Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
7 janvier 2020 2 07 /01 /janvier /2020 17:38
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Conférence de presse de la liste Morlaix Ensemble conduite par Jean-Paul Vermot - voeux aux Morlaisiens - Photos Jean-Paul Le Calvez
Ensemble, et à gauche, Morlaix peut commencer à se relever en 2020 !
 
Conférence de presse de la liste "Morlaix Ensemble, pour une ville solidaire, écologique, active", conduite par
Jean-Paul Vermot, pour souhaiter nos vœux aux Morlaisiens pour une année 2020 utile pour relever nos défis collectifs et sortir la ville de la spirale du déclin.
 
Le 6 janvier - Photos Jean-Luc Le Calvez
Partager cet article
Repost0
7 janvier 2020 2 07 /01 /janvier /2020 17:31
Retraites : Fabien Roussel au gouvernement à l'Assemblée Nationale: Vous n’avez qu’une obsession : faire travailler plus longtemps nos enfants et les pousser à la capitalisation

Vous trouverez ci-dessous la question au gouvernement posée par Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord, aujourd'hui mardi 7 janvier 2020.

Retraites : "Vous n’avez qu’une obsession : faire travailler plus longtemps nos enfants et les pousser à la capitalisation" (Fabien Roussel - PCF)

Monsieur le Premier Ministre

Depuis des semaines, vous vous obstinez à nous faire accepter une réforme des retraites pourtant très largement rejetée.

Nous vivons une crise historique par son ampleur, par sa longueur. Tellement de professions ont fait leur compte qu’elles seront encore plus mobilisées les 9, 10 et 11 janvier prochain.

Vous n’avez qu’une obsession en tête, c’est faire travailler plus longtemps nos enfants et les pousser à la capitalisation.

Or les salariés, les jeunes, ont besoin d’un système qui leur garantisse un niveau de vie digne après une vie au travail et de pouvoir partir en retraite en bonne santé !

Ils exigent que la pénibilité soit prise en compte et que les femmes touchent autant que les hommes.

Que celles et ceux qui ont travaillé toute leur vie puissent toucher au minimum une pension égale au SMIC !

Vous avez reçu des tas de propositions dans ce sens des syndicats, des forces de gauche qui répondent à ces demandes, sans casser notre modèle social, sans aller se vendre à des fonds de pension américains.

En élargissant les cotisations aux revenus du capital, en réalisant tout de suite l’égalité salariale femme homme, en utilisant les fonds de réserve, en créant des emplois et en augmentant les salaires. Tout est possible.

Oui, l’argent existe: allez le chercher du côté du CAC40, des GAFA, du côté du capital qui n’a jamais été autant exonéré fiscalement !

Mettez ces propositions au cœur d’une vraie conférence sociale porteuse de progrès pour tous.

Vous savez que les communistes ont toujours été au cœur des grandes réformes quand toute la société progressait comme avec la création de la Sécurité Sociale !

Mais en l’état, nous appelons à amplifier les mobilisations pour le retrait de votre projet.

Le retrait: n’est ce pas la seule voie pour pouvoir étudier toutes les propositions dans la sérénité et dans l’apaisement que nous voulons tous ?

 

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2020 2 07 /01 /janvier /2020 16:57
ESPAGNE
LE MOUCHOIR DE POCHE
 
C'est dans des conditions très difficiles que la gauche espagnole devrait être "intronisée" pour gouverner un pays miné par un conflit récurrent entre Catalans et Castillans. Ce conflit masque une réalité préoccupante.
Sans la Catalogne, c'est la droite qui serait au pouvoir, flanquée d'une extrême droite qui rappelle les pires moments du franquisme avec le soutien de l'église espagnole impliquée dans une ingérence concrète dans les affaires du pays.
Et il ne s'agit pas que de l'appui très discret de l'ERC (parti indépendantiste que l'on classerait à gauche en France). Les députés des COMU (alliance entre l'IU catalane (ICV) et Podemos) et du PSC pèsent aussi pour empêcher la droite de faire un terrible bond en arrière dans toute l'Espagne.
De leur côté, la CUP (extrême gauche) et Junt per Cat (droite catalaniste) ont voté contre l'investiture de Sanchez, prenant ainsi le risque d'un conflit frontal entre la Catalogne et une Espagne nationaliste.
La question des prisonniers politiques, pris en sandwich entre le droit espagnol et le droit européen, est loin d'être réglée. La destitution de Torra, président de la Generalitat catalane met le feu aux poudres. Qu'on le veuille ou non, comme l'a prouvé le procès de Madrid, la justice est aux mains des néo franquistes. Vox et le PP comptent bien s'en servir.
Aux Cortes (parlement espagnol) l'hystérie de la droite en dit long sur l'ambiance que nous risquons d'avoir dans les semaines qui viennent, le but étant de paralyser toute velléité de réforme sociale et démocratique venant de ce compromis qui a été si difficile à négocier entre le PSOE et IU-PODEMOS.
Si les choses se passent bien, nous risquons d'avoir un communiste ministre de la consommation, Alberto Garzon, une première en Espagne depuis 80 ans !... Mais ne vendons pas la peau de l'ours. A suivre donc.
 
Yvon Huet, journaliste, correspondant du Chiffon Rouge
 
 Fotos de un día histórico. Tras años de duro trabajo en la calle y en las instituciones, de luchas, de campañas y de negociación, logramos formar un #GobiernoProgresista al servicio de nuestro pueblo. No pudieron evitarlo la ultraderecha, su rabia y sus maniobras. #SíSePuede

Fotos de un día histórico. Tras años de duro trabajo en la calle y en las instituciones, de luchas, de campañas y de negociación, logramos formar un #GobiernoProgresista al servicio de nuestro pueblo. No pudieron evitarlo la ultraderecha, su rabia y sus maniobras. #SíSePuede

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2020 2 07 /01 /janvier /2020 07:00
1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)
Photo Ouest-France: René Vautier à Cancale

Photo Ouest-France: René Vautier à Cancale

René Vautier, le porteur de drapeau à droite, en 1945. Le scout de Quimper a effectué de nombreuses "missions", l'année où il préparait son bac: c'était lui qui représentait le clan des Eclaireurs lors des cérémonies officielles (collection René Vautier - repris par Philippe Chapleau et l'équipe du livre "Des enfants dans la Résistance", Ouest-France)

René Vautier, le porteur de drapeau à droite, en 1945. Le scout de Quimper a effectué de nombreuses "missions", l'année où il préparait son bac: c'était lui qui représentait le clan des Eclaireurs lors des cérémonies officielles (collection René Vautier - repris par Philippe Chapleau et l'équipe du livre "Des enfants dans la Résistance", Ouest-France)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère

7/ René Vautier: 1928-2015

Né le 15 janvier 1928 à Camaret-sur-Mer (Finistère), mort le 4 janvier 2015 à Cancale où il vivait depuis des années, René Vautier est un cinéaste engagé, anticolonialiste, antimilitariste. René Vautier, jeune lycéen résistant dans le sud-Finistère dès 1943, décoré de la croix de guerre à 16 ans en 1945, adhère au PCF dans l'après-guerre.

Ses films et ses documentaires profondément novateurs sur le rapport au réel les plus connus sont "Afrique 50" (1950), "Un homme est mort" (1950), "Anneau d'or" (1956), "Avoir vingt ans dans les Aurès" (1971), "Frontline" (1976), "Marée Noire, colère rouge" (1978). 

Pendant la guerre d'Algérie, René Vautier eut le courage par conviction anti-colonialiste et par goût du témoignage inédit de suivre des fellagas du FLN pendant plusieurs mois à l'insu évidemment des autorités coloniales avant d'être arrêté par le FLN et de passer plus de deux ans dans ses prisons. 

Ce fut aussi un adhérent communiste jusqu'à sa mort, et un militant du Mouvement de la Paix. 

Dans le livre richement illustré Des enfants dans la Résistance (1939-1945) (édition Ouest-France), Philippe Chapleau nous fait revivre la naissance à l'engagement de René Vautier à Quimper, comme scout résistant, à travers la retranscription d'un interview passionnant. 

 

René Vautier revient sur son adolescence de résistant dans le Sud-Finistère et les blessures intimes que cela a engendré pour lui:  

" Je suis né le 15 janvier 1928 à Camaret. A 9 ans, j'ai quitté Brest pour Quimper, où ma mère était institutrice dans une école de la ville, sur le bord de la route de Pont-l'Abbé. Elle était divorcée. Nous vivions à trois, avec mon frère aîné, Jean, qui avait 16 ans. 

En 1939, mon père, que je n'avais pas vu depuis quelques temps, a été mobilisé. Il a été envoyé dans un casernement de Quimper, à 300 mètres de l'école de ma mère. Je suis allé lui rendre visite plusieurs fois; ça a été mon premier contact avec la guerre. Chez nous, on ne parlait pas beaucoup de la Grande Guerre. En revanche, dès que les Allemands sont arrivés, on a eu une réaction immédiate: il fallait faire quelque chose.

Mon frère et quelques-uns de ses copains des Éclaireurs de France ont échafaudé un plan: ils projetaient de quitter la France en allant prendre l'avion à Pluguffan pour gagner l'Angleterre. Nous, les plus jeunes des Éclaireurs, on était six ou sept: il y avait Bob, Jojo... On a décidé de retarder les Allemands en barrant la route et en faisant des barrages. On a commencé à creuser des trous, des tranchées... Il fallait qu'on donne du temps à nos aînés pour qu'ils puissent s'envoler de l'aérodrome de Pluguffan. C'était complètement dingue, mais ça nous a marqués parce qu'on s'est fait tirer dessus par les premiers soldats allemands qui sont arrivés; c'était en juillet 1940. Ils étaient en side-car, avec de grands cirés, un fusil-mitrailleur à l'avant du side-car. Impressionnant! On a quand même décidé de continuer à balancer des cailloux. Quand ils ont vu qu'ils étaient immobilisés par des rochers sur la route et par des gamins qui leur jetaient des pierres, ils ont tiré en l'air. On a couru très vite à l'abri...   Ce fait d'armes n'a guère impressionné les gens du coin qui nous en voulaient d'avoir creusé des tranchées: ça allait attirer les avions allemands. Certains d'entre nous se sont pris des gifles et on été condamnés à reboucher nos trous! 

Les adultes n'étant pas d'accord avec nous, nous avons décidé que nous mènerions notre résistance nous-mêmes. Comme le lycée avait été réquisitionné par les Allemands, les élèves de 6e, 5e et 4e, suivaient les cours de l'autre côté de la ville, route de Brest. Tous les matins, il fallait donc que je traverse toute la ville. C'est alors qu'on a eu une idée. Au début, c'était comme une plaisanterie: on déplaçait les poteaux indicateurs mis en place par les Allemands. Mais, quand les Allemands ont placé des sentinelles près des fameux poteaux de signalisation, on s'est pris au jeu et on leur a compliqué la vie autant qu'on pouvait. C'est à cette époque que j'ai trouvé des poèmes de Victor Hugo; je me suis mis à les lire aux copains. C'était des poèmes de résistance, de lutte contre les Prussiens. Je trouvais ça bien. 

Quand on partait camper avec le groupe des Éclaireurs de France qui continuait à fonctionner, je lisais aussi ces poèmes. Mon professeur de français m'a appelé un jour; il s'appelait Xavier Trélu. Il m'a demandé pourquoi je lisais ces textes. Je lui ai répondu qu'il fallait qu'on appelle les gens à la résistance contre l'occupant. Il s'est alors arrangé pour que je reçoive les premières éditions de littérature clandestine, des textes des Lettres françaises *. 

*Le journal du Front National pour la Libération de la France, à visée de rassemblement mais à base communiste, dont le responsable était Louis Aragon  

Je lisais ça dans la cour. Le groupe des Éclaireurs a ainsi été un petit peu éduqué dans cet esprit. Un jour Xavier Trélu a disparu. On a appris qu'il était parti en Angleterre. C'était en 1942. 

On a alors appris que les Allemands avaient tué des parachutistes qui avaient été largués le long de la côte. On n'a jamais su exactement ce qui s'était passé. Toujours est-il qu'on a pensé que ces paras étaient venus pour faire des relevés, dresser des plans de défense côtières, étudier les zones de tir... Pourquoi pas nous?   

En tant qu’Éclaireurs, on avait le droit de marcher le long de la côte: on pouvait aussi faire du renseignement. On a commencé à faire des relevés des angles de tir de casemates. Jusqu'au jour où le responsable du groupe nous a convoqués. Il s'appelait Albert Philippot. Il était professeur à l'école Jules-Ferry, c'est-à-dire le cours complémentaire qui était juste en face du lycée. Philippot nous a fait la leçon: "Vous faites des bêtises qui risquent de se retourner contre vous et contre beaucoup de monde". 

On a eu beau expliquer nos activités, ça ne l'a pas convaincu. Il nous a demandé de lui remettre nos relevés. On a tout donné. Mais quinze jours plus tard, il est revenu nous voir: "Bon, vous pouvez continuer; soyez quand même plus discrets". C'était en 1943. Philippot nous a même fourni du matériel, des compas par exemple. Ce qu'on ne savait pas, c'est qu'il allait devenir le chef des FFI du Sud-Finistère. 

Un jour de mai 1944, tout le lycée a été fouillé par les Allemands. J'avais sur moi des relevés que je devais remettre à Philippot. Notre professeur de français, dont on apprendra qu'il était lieutenant dans les FFI, a protesté quand les soldats ont fait irruption dans la classe. Il a entraîné les officiers allemands chez le proviseur. Il est seulement resté un garde dans notre salle de classe, un vieux soldat. Les élèves ont commencé à chahuter. Moi, j'étais au premier rang. Je voulais me débarrasser des trois feuilles de relevés. J'ai plié deux feuilles pour en faire des bateaux et une pour en faire un avion. J'ai engagé la conversation avec le soldat en lui parlant des cuirassés allemands et de la Luftwaffe et en m'expliquant avec mes bateaux de papier. A la fin, j'en ai fait des boulettes que j'ai jetées par terre. Heureusement, car les officiers sont revenus et ont fouillé mon sac et celui d'André, un copain. Ils sont repartis les mains vides. 

Nous, à partir de ce jour-là, on n'a plus remis les pieds au lycée. On s'est cachés prs d'Audierne, chez un certain Trividic. Comme on n'avait pas d'armes, on a projeté de piquer les revolvers des gendarmes locaux. A défaut, on a volé celui d'un Feldgendarm dans une salle de bal réservée aux Allemands. Un revolver et six balles qu'on n'a pas gardés longtemps puisque le frère de Jojo nous les a confisqués! 

Près des casemates, on avait aussi repéré des dépôts de munitions. On s'est dit alors qu'il devait y en avoir d'autres en ville, que ça pouvait être utile d'avoir des munitions parce qu'on parlait de maquis... Nos aînés, dont Jean, mon frère, apprenaient déjà à se servir de mitraillettes, toujours grâce au fameux Philippot! On a donc commencé à piller des dépôts allemands en 1944. Au début, on piquait cinq ou six grenades; à la fin, on y allait carrément avec des sacs! On a ainsi pu fournir des grenades à Jean et ses copains Éclaireurs et Routiers.  On est devenus des pourvoyeurs pour d'autres groupes de résistants. 

Fin 1944, on a failli se faire prendre, mon copain Bob et moi. Des Allemands nous ont pris en chasse, place de la Tour-d'Auvergne. Deux side-cars nous sont tombés dessus et nous ont coursés dans les rues. On a dû se séparer. J'ai réussi à me mettre à l'abri mais je n'avais pas de nouvelles de Bob. C'est alors qu'on m'a dit qu'un jeune homme avait été tué par des Allemands en side-car du côté de la gare. J'ai décidé de le venger. 

Il y avait, à Quimper, des convois en transit. Des camions quittaient Concarneau pour se rendre vers Brest ou vers la presqu'île de Crozon. J'ai pris mes grenades et j'ai "marché au canon", vers la sortie de la ville où les résistants tentaient de bloquer ces convois. J'ai attaqué un camion allemand en stationnement. J'ai balancé une grenade dans la cabine par le toit ouvert. Au même moment, un soldat allemand s'est redressé; la grenade l'a touché à la poitrine avant d'exploser. J'ai vu ce que cela donnait... Du coup, je suis reparti. 

Après, j'ai appris que Bob n'était pas mort du tout, qu'il me cherchait de son côté. J'avais conscience d'avoir tué. J'en ai parlé à Philippot. Lui et mon prof de français, André Monteil, qui commandait les FFI de Quimper et qui deviendra député MRP (Mouvement républicain populaire) du Finistère, ont décidé que nous, les plus jeunes, nous devions être épargnés, que nous devions éviter de tuer à 16 ans. Ils ont décidé de nous rattacher au commandement. Nous, c'était un groupe de de vingt et un gars des Éclaireurs de France. On a continué comme approvisionneurs. moi, de toute façon, je ne voulais plus du tout me servir d'une arme. Au total, sur les vingt et un jeunes du groupe, sept seront tués.

Je me suis fait coincer pour de bon pendant les combats pour la libération de Quimper. Au retour d'une expédition dans un dépôt, je m'étais réfugié avec un autre garçon dans un bâtiment de la préfecture auquel les Allemands ont mis le feu. On a été capturés. Je me suis retrouvé attaché à un tuyau dans la cave de la Kommandantur, passé à tabac (ils m'ont cassé deux dents) pour me faire taire! J'ai réussi à m'évader pendant mon transfert vers la gare: j'ai sauté du camion et j'ai rejoint les copains qui ont eu du mal à me reconnaître tant mon visage était tuméfié.

Quand Quimper a été libéré, on été rattaché à la 6e compagnie du bataillon FFI de Quimper, comme gardes de l'état-major. Philippot pouvait ainsi nous avoir à l’œil. C'était à l'époque où les combats se poursuivaient entre le Menez Hom et Brest. Les accrochages étaient fréquents entre FFI et Allemands. Un jour, le PC (poste de commandement) a été encerclé et investi. L'état-major a dû se replier. Nous, ce jour-là, on servait de vigies du haut d'un clocher. On est restés là-haut pendant toute une journée. Les copains nous avaient oubliés! 

C'est pendant cette période de combat, en août, qu'a eu lieu le bombardement de Telgruc, près de Crozon. Les canons allemands qui tiraient vers l'intérieur des terres devaient être détruits. La mission a été confiée aux FFI, appuyés sur les chars américains. Le 3 septembre, ils ont progressé mais l'aviation américaine ne le savait pas. Il y a donc eu un bombardement de Telgruc. Nous, on était restés bloqués à 5 ou 6 kilomètres, à cause d'une panne de camion. Ce qui nous a sauvé la vie. 

Les bombes des B-17 ont tué 52 civils, 25 FFI et 11 soldats américains. Trois éclaireurs, dont Roger Le Braz, le chef du clan, ont été tués ce jour-là au cours du bombardement, qui a fait beaucoup de victimes civiles. A partir de là, le clan des Éclaireurs a changé de nom. Il s'appelait le "clan René-Madec" et il est devenu le clan "Roger-Le Braz". C'est sous ce nom qu'il a été cité à l'ordre de la Nation. 

Pour moi, ce bombardement marque la fin de la guerre. On est rentrés pour enterrer les gars à Quimper. Le chien de Roger Le Braz a suivi le cercueil de son maître. 

J'ai alors été démobilisé, cinq jours avant de passer les épreuves du premier bac. J'avais déjà passé deux épreuves, français et latin, le 6 juin 1944; j'ai été reçu avec la mention "bien". Mon année de philo a été détestable. Je n'aimais pas les cours de philo. Je séchais souvent mais j'avais une bonne raison: j'étais en "mission". En fait, j'étais le porte-drapeau du clan. On m'appelait dès qu'il y avait une inauguration d'une rue qui portait le nom d'un résistant. 

Je suis ensuite entré à l'Institut des hautes études cinématographiques. J'avais passé le concours d'entrée en 1946. Je suis alors parti pour Paris. Sans jamais perdre de vue les copains du clan, j'ai commencé une carrière de cinéaste"      

Propos recueillis par Philippe Chapleau, Des enfants dans la Résistance (1939-1945), Ouest-France.    

Retranscrits par Ismaël Dupont qui remercie vivement notre ami France Chapa de St Malo, qui a bien connu René Vautier au sein de la fédé PCF d'Ille-et-Vilaine et lors des fêtes de section, pour nous avoir fait découvrir ce texte.  

Collection René Vautier - livre "Des enfants dans la résistance (1939-1945) Philippe Chapleau, Ouest-France - quatre photos du clan scout résistant en action: sur l'une des photos, on aperçoit bien les grenades allemandes passées à la ceinture de René Vautier (au centre) et de ses camarades

Témoignage de René Vautier dans "Caméra en dissidence" sur sa Libération et sa résistance en Finistère:

" Dans les vieilles rues de Quimper, le général de Gaulle a été acclamé par une foule en délires. Il était précédé par le groupe René Madec des éclaireurs de France de Quimper, entourant le drapeau du Clan décoré de la croix de Guerre avec l'étoile d'argent et le coussin sur lequel étaient épinglés les décorations des jeunes morts au combat". On pouvait lire ces lignes dans "Le Télégramme de Brest et de l'Ouest", en 1944 ou 1945 (je ne me souviens plus très bien de la date de la première visite chez nous du Général, c'est grave?).

Le "Groupe René Madec" ou "corps-franc Vengeance", c'était nous. Le Général de Gaulle s'était fait expliquer les "hauts faits" de ces jeunes décorés en culottes courtes - et, laconiquement - peut-être un peu vexé aussi parce que nous avions été, à Quimper, au moins aussi applaudis que lui! - il avait laissé tomber, saluant le drapeau que tenait Jo Legrand: "Ces jeunes ont suivi avec honneur la pente naturelle qui les menait vers la Résistance". 

Bob, avec un certain irrespect, mais bombant fort la poitrine où brillait sa croix de guerre (je devais bomber tout autant de mon côté), Bob avait sussurré entre les dents: "C'est ça, mon con, on a eu qu'à se laisser glisser sur le cul!" Mais en fait, je crois qu'il avait raison, le Général: dans notre milieu, il y a bien eu "pente naturelle" de la résistance - "pente naturelle" beaucoup plus que choix réfléchi. " ...      

 

 

Partager cet article
Repost0
6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 13:21
RETRAITES : LA PREUVE PAR L'ALLEMAGNE (Info'Com CGT)

Partager cet article
Repost0
6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 13:19

 

Dans son projet, le gouvernement prévoit que les salariés ne cotisent plus pour leur retraite au-delà d’un salaire de 10 000 euros par mois. Un bouleversement qui ouvre grand la porte à la retraite par capitalisation et qui risque de poser de graves problèmes d’équité et d’équilibre financier du régime actuel.

Dans le tableau d’ensemble que dessine le projet de réforme des retraites, la question des salariés touchant les plus hauts revenus n’est pas souvent mise en avant par les adversaires de l’exécutif. Ce pan de la transformation à venir est pourtant fort éclairant sur la logique interne de la réforme. Sur ses incohérences et ses dangers, ainsi que sur les questions sans réponses qu’elle occasionne.

Le sujet a été mis sur la table de la façon la plus spectaculaire par Thomas Piketty sur France Inter le 5 décembre.

L’économiste a rappelé les grandes lignes du projet tel qu’il a été dévoilé en juillet par Jean-Paul Delevoye. Sur la question des plus hauts salaires, il n’a jamais été démenti, ni précisé depuis.

Pourtant, la réforme prévoit un bouleversement majeur. Dans le système actuel, les salariés cotisent sur leur salaire à environ 28 % pour la retraite (environ 17 % sont pris en charge par l’employeur et 11 % par le salarié). Et ce jusqu’à 324 000 euros brut de salaire annuel, soit 27 000 euros brut par mois. Au-delà de cette somme, les très hauts salaires continuent à cotiser, au taux de 2,3 % (1,9 % payé par l’employeur, 0,4 % par le salarié), mais sans que cela leur donne de droits supplémentaires pour la retraite. Il s’agit uniquement d’une participation au financement du système, sans droits en contrepartie.

Dans le futur système, le gouvernement a décidé de baisser drastiquement le plafond de la cotisation commune à tous. Seuls les salaires allant jusqu’à 10 000 euros brut par mois seront concernés par la nouvelle cotisation de 28,12 %. Au-delà, la cotisation ne sera plus que de 2,8 % et elle sera non contributive (elle n’ouvrira pas de droits supplémentaires).

Le gouvernement et les députés de la majorité ont tendance à présenter cette cotisation non contributive comme un élément de « solidarité » que les plus riches devront payer. C’est une analyse très largement abusive : comme le martèle Christian Eckert, ex-secrétaire d’État au budget sous la présidence de François Hollande, très opposé à la réforme, « tous les cotisants, y compris les plus modestes », paieront en fait cette cotisation spécifique, sans acquérir de droits supplémentaires.

Les conséquences de cette réforme seront majeures, et elles devraient concerner entre 300 000 et 350 000 personnes, dont 200 000 salariés du privé. Il y a deux façons de les envisager. D’abord, la réforme permettra un gain non négligeable pour les salariés les plus riches, mais aussi leurs employeurs. La baisse de cotisation fera monter le niveau du salaire net des hauts cadres. L’Institut de la protection sociale (IPS), un think tank spécialisé dans ces sujets, a estimé le gain à environ 2 000 euros par an pour un salarié gagnant 13 500 euros brut par mois, et jusqu’à 10 500 euros de gain pour un salarié payé 27 000 euros.

« Par rapport au système actuel, c’est une énorme baisse de cotisation pour les salaires entre 120 000 et 250 000 euros », résumait Thomas Piketty sur France Inter. C’est exact : selon une étude de l’Agirc-Arrco (qui gère les retraites complémentaires des salariés du privé), dévoilée notamment par la CGT« près de 4,8 milliards en moyenne annuelle », soit « plus de 71 milliards d’euros » en une quinzaine d’années, ne seraient plus prélevés sur les salaires.

Pour Jacques Rigaudiat, économiste, membre de la Fondation Copernic et conseiller social des premiers ministres Michel Rocard et Lionel Jospin, les choses sont entendues : « Les riches seront exemptés de la solidarité intergénérationnelle »tranche-t-il sur son blog hébergé par Mediapart.

Quant aux entreprises, elles seront incontestablement gagnantes : elles qui payent 60 % des cotisations retraites de leurs employés devraient obtenir un gain moyen de l’ordre de 2,9 milliards par an, selon l’étude de l’Agirc-Arrco. « Contrairement au discours populiste entretenu par le gouvernement, sortir 10 % des cadres du système par répartition est tout sauf une mesure de justice sociale. C’est un cadeau aux entreprises », dénonce donc la CGT.

En revanche, pour un haut cadre, au niveau individuel, le bénéfice est moins certain, voire assurément factice : pour compenser les droits à la retraite qu’il n’obtiendra plus sur une partie de son salaire (selon l’IPS, la perte ira de 500 à 2 500 euros par année de cotisation, en fonction du niveau de salaire), il lui faudra bien mettre de l’argent de côté. Et il perdra presque immanquablement au change par rapport à la retraite servie par la Sécurité sociale, notamment parce qu’une partie de l’argent qu’il mettra de côté ou qu’il placera sera taxé, et parce que les rendements assurés par les banques ou les assureurs sont très incertains sur le long terme.

La montée en puissance de la capitalisation

Mais qu’importe, le principal est peut-être ailleurs aux yeux du gouvernement : avec le plafond de cotisations fixé à 10 000 euros, les hauts cadres devraient se diriger dans leur immense majorité vers des systèmes de retraite par capitalisation, qui n’ont jusqu’ici jamais vraiment décollé en France. « L’exclusion subreptice des salariés fortunés de l’assurance vieillesse dont la réforme Macron se veut être l’occasion est ainsi le meilleur cheval de Troie pour la destruction programmée de la retraite par répartition », balance Jacques Rigaudiat.

Et cela tombe bien, la loi Pacte, adoptée au printemps 2019, prévoyait justement une plus grande défiscalisation des produits d’épargne retraite, qui ont été relookés dans la foulée. Une évolution à laquelle assistent avec plaisir les acteurs de ce marché potentiellement gigantesque, dont l’Américain BlackRock, premier gestionnaire d’actifs au monde, régulièrement reçu à l’Élysée.

La retraite par capitalisation devrait donc prendre dans les années à venir un large essor en France, contrairement à ce qu’a clamé pendant des mois le haut-commissaire à la retraite Jean-Paul Delevoye, qui a assuré à d’innombrables reprises, en public et en privé, qu’il ne voulait pas « d’un système à l’américaine ».

La montée en puissance de la capitalisation est par ailleurs une conséquence, sans doute inéluctable, du renversement de logique à l’œuvre dans la réforme, comme nous l’analysions ici : d’un système garantissant le niveau de retraite par rapport au dernier salaire des travailleurs, on passe à un système figeant le niveau de cotisations qui seront versées et faisant évoluer le montant des pensions en fonction de facteurs économiques et démographiques.

La réforme voulue par Emmanuel Macron et le gouvernement « ouvre un boulevard au développement de l'épargne retraite, qui reste trop marginale en France »se réjouissait dès le mois d’août un éditorialiste des Échos. Dit autrement, « le pouvoir fait rentrer le monstre par une porte dérobée »s’indignait le 20 décembre François Hommeril, le dirigeant de la CFE-CGC, le syndicat des cadres, foncièrement hostile au projet, comme il l’a répété en cette toute fin d’année sur Europe 1.

Le dirigeant syndical s’inquiète surtout des conditions de financement du régime actuel : « Le gouvernement joue en permanence un double jeu, il crée les conditions de la rupture et du déficit et après dit : “Je vais prendre le pouvoir et mettre la main sur les réserves [financières – ndlr]” », a-t-il rappelé sur Europe 1.

Et son trouble est compréhensible. Le manque à gagner lié à la baisse de cotisations des plus hauts cadres risque fort de poser un problème insoluble. C’est sans doute l’économiste Michaël Zemmour qui le résume le mieux, sur son blog hébergé par Alternatives économiques, en pointant le décalage à venir entre ce que le régime actuel devra verser pendant des années et les sommes qu’il ne touchera plus.

En effet, les cadres supérieurs qui sont déjà à la retraite, ou même encore en activité, ont acquis des droits à la retraite. Donc, « jusqu’à leur mort, ces cadres percevront leur retraite, calculée sur des salaires pouvant aller jusqu’à huit plafonds de la Sécurité sociale [la limite actuelle de 27 000 euros brut par mois – ndlr] ». Mais à partir du basculement dans la réforme, annoncé pour 2027 par Édouard Philippe, il n’y aura plus de cotisations versées entre 10 000 euros et 27 000 euros.

« Cela veut dire que pendant plusieurs décennies, le système de retraite devra en même temps verser des pensions calculées sur des très hauts salaires, tout en ayant renoncé à percevoir des cotisations sur les très hauts salaires », souligne l’économiste. Autrement dit : « Pour payer le “bon de sortie” des très hauts salaires du système et favoriser le développement des fonds de pension, c’est le système de Sécurité sociale de base qui sera mis à contribution. »

Cette situation précaire déclenchera le creusement quasi inévitable de déficits. Et ouvre des questions insondables. Comment les gouvernements futurs traiteront-ils lesdits déficits ? Tenteront-ils de les combler ? Comment ? « Les anciennes caisses, fortement déficitaires, seront dans les mains de l’État, qui devra organiser des transferts entre la nouvelle caisse et les anciennes. On voit tous les conflits qui pourront naître de cette situation »avertit dans le Club de Mediapart Henri Sterdyniak, membre des Économistes atterrés et très bon spécialiste du sujet.

Au-delà même de la question des hauts salaires, l’économiste de l’OFCE qualifie de « transition impossible » la période qui s’ouvrira lorsque l’ancien système et le nouveau régime devront cohabiter. « Les caisses existantes seront privées des cotisations des personnes nées après 1975, soit approximativement de la moitié de leurs ressources, alors qu’elles devront continuer, au moins jusqu’en 2037, à distribuer autant de prestations, rappelle-t-il. En sens inverse, le nouveau régime engrangera des cotisations sans verser de prestations. »

Ce défaut logique aura des conséquences concrètes sur la perception même du système français par ceux qui y contribueront : « Le pire dans les propositions actuelles du gouvernement est de briser le fondement de la solidarité intergénérationnelle du système. Les jeunes cotiseront à un régime spécifique qui devra reverser leurs cotisations à des régimes dont les jeunes eux-mêmes ne bénéficieront jamais. »

La conclusion d’Henri Sterdyniak est pessimiste. « Édouard Philippe prétend vouloir sauver le système français de répartition mais sa réforme aboutirait à le fragmenter et à le fragiliser pendant longtemps », insiste-t-il. Le gouvernement a prévu de présenter sa réforme au conseil des ministres le 22 janvier, pour lancer la discussion parlementaire en février. Il est peu probable que dans ce laps de temps réduit, il parvienne à formuler des réponses adéquates à ce sombre constat.

 

Partager cet article
Repost0
6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 07:00
Denise Firmin née Larnicol

Denise Firmin née Larnicol

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère

6 - Denise Firmin (1922-2019) née Larnicol

 

Voici des extraits de l’hommage qui lui a été rendu par son petit-fils Frédéric, lors de ses obsèques à Lesconil le 19 janvier 2019 http://pcbigouden.over-blog.com/

 

Hommage à Denise Larnicol

 

Elle était parmi les personnes les plus âgées de notre village. Elle était de ces grandes familles de Lesconil qui ont pour la plupart disparu. Denise, nous le savons tous, était une militante au sens le plus noble ; mais c'était aussi, par sa vie, un témoin privilégié du XXème siècle qui, s'il lui apporta tristesse et chagrin, sut lui donner aussi beaucoup de joie.

 

Morte à l'aube de ses 97 ans, Denise, par la longueur considérable de son existence, fut un témoin exceptionnel des grands bouleversements et plus particulièrement des moments les plus sombres que connurent la France et le monde au cours du XXème siècle.

Née le 5 février 1922 au pied de la butte de Ménez-Veil, elle était la fille de Louis Larnicol et de Victorine le Fur, tous deux issus de familles anciennement installées à Lesconil.

Louis, propriétaire d'un petit bateau dont le nom – « Egalité » – exprimait avec pertinence et simplicité les idées progressistes qu'il avait adoptées, était l'un des enfants du célèbre meunier conteur dont les récits inspirèrent et nourrirent les recueils de Marcel Divanach qui, originaire du quartier, avait eu le bonheur d'assister aux veillées qu'il animait dans sa chaumière. Victorine, quant elle, originaire de Kerandraon, haut de la grand’rue actuelle, était la fille d'un marin, Jean le Fur (Yann ar Fur) et de Anna Draoulec que tout le monde désignait par la forme bretonne de son prénom « Nagen Draoulec ».

Quelques années après sa naissance, Denise changea de quartier pour s'installer à proximité du Temple avant que ses parents ne décident d'entreprendre, non loin de là, au fond d'un chemin que l'on allait baptiser plus tard « rue du Temple », l'édification d'une maison qu'elle ne quittera plus.

A l'école, dès le début, Denise se passionna pour le savoir et, naturellement, se fit remarquer par l'excellence des résultats qu'elle obtenait dans toutes les disciplines comme en témoigneront toujours ses anciennes camarades de classe. Cela fut toujours l'objet pour ses parents d'une indéniable fierté. Ayant obtenu brillamment son certificat d'étude, sésame des enfants du peuple de cette Troisième république de la méritocratie, elle choisit pourtant, contre les conseils de son père, disposé à financer ses études secondaires, de travailler à l'usine pour demeurer dans la compagnie de ses amies. Elle se rendra cependant très rapidement compte de l'erreur commise et nous fera part, jusqu'à la fin de ses jours, des regrets de ne pas avoir suivi les sages conseils paternels.

Mais vinrent les heures sombres. La déclaration de guerre avec l'Allemagne d'Adolphe Hitler, en septembre 1939, allait constituer le commencement de la période la plus dramatique de sa vie. C'est devant le mur du Temple, en présence de ses parents et des habitants du quartier, qu'elle assista à l'entrée triomphale des troupes de la Wehrmacht à Lesconil, dans une atmosphère, comme elle le dira toujours, chargée d'un silence inquiétant. Cette angoisse était, à l'évidence, prémonitoire, car, les quatre années qui suivirent furent pour sa famille proche, comme pour bon nombre de Lesconilois, le temps de ce que l'on pourrait qualifier bibliquement d'une véritable Apocalypse.

Membres très actifs du Parti communiste et patriotes authentiques, son père et ses cousins de la famille Larnicol entrèrent immédiatement en résistance, refusant la politique de collaboration du maréchal Pétain et toute forme d'attentisme.

Les combles de l'antique chaumière des Larnicol au Ménez-Veil furent aussitôt choisis pour abriter les premières armes, les tracts et les journaux clandestins, au péril de la vie de ses oncles et tantes tandis que son cousin, Alain le Lay, révoqué de l’Éducation nationale pour ses opinions politiques, ne cessait de parcourir la Bretagne afin d'organiser et de structurer un vaste mouvement de résistance. Mais les missions dont il était chargé s'arrêtèrent brutalement en 1941 lorsqu'il fut arrêté dans le train, le 12 novembre, par des gendarmes français, abominables sicaires de Pétain et de sa clique de traîtres. Livré aux Allemands et déporté à Auschwitz, il y mourut le 4 octobre 1942 à Birkenau. Louis Larnicol, autre cousin, également chassé de l’Éducation nationale, fut, quant à lui, fusillé à l'école Saint-Gabriel de Pont-l'Abbé, le 12 juin 1944, après avoirs subi d'horribles sévices dont les traces physiques poussèrent sans doute les Allemands à faire disparaître son corps qui ne fut jamais retrouvé. Pierre Quéméner, un autre cousin, fut fusillé, avec d'autres camarades, dans les dunes de la Torche. Fille unique, Denise se retrouvait donc, lorsque la paix revint, privée d'une partie des parents de son âge et de ses amis les plus proches.

Il convenait de faire le deuil et de passer à autre chose. La vie continuait. Denise épousa René Firmin de Larvor et donna naissance à Louis-René et, un an plus tard, à Marie-Pierre. Il fallut agrandir la maison de Victorine pour y loger confortablement la petite famille. Les années passèrent ; chacun suivit son destin : René Firmin allait en mer et Denise travaillait chaque été dans les cuisines du centre de loisir de la SNCF. Cette activité lui plaisait car, lorsqu'elle fut en retraite, elle en parlait souvent, toujours avec émotion (...).

 

Une humaniste communiste militante

 

D’un bout à l’autre de sa longue vie, Denise ne cessa d'être une militante. Jamais elle ne s'arrêta de combattre activement aux côtés de sa famille idéologique, le Parti communiste.

Dès la fondation de ce mouvement, lors du congrès de Tours en décembre 1920, son père avait officiellement adhéré à ce courant révolutionnaire qui, dans le sillage tracé par la révolution d'octobre 1917, voulait mettre un terme à l'odieux système capitaliste fondé sur l'exploitation des travailleurs et des petits. Membre actif et incontournable du syndicat des marins, Louis Larnicol éleva donc sa fille dans une ambiance imprégnée de militantisme. C'est à cette époque qu'elle se familiarisa, comme tant d'autres enfants de Lesconil, avec les luttes sociales parfois intenses dont les ports bigoudens étaient le théâtre.

Devenue adulte et jusqu'à ce que ses forces le lui permirent, Denise fut de la plupart des manifestations que l'on organisait lorsqu'un acquis social obtenu durement par les anciens, comme l'on disait, était menacé. Ainsi, dans les années 1980, elle défila dans les rues de Pont-l'Abbé pour le maintient de l'usine Saupiquet et s'activa vigoureusement pour empêcher la fermeture de l'usine Raphalen de Plonéour-Lanvern et de la conserverie COOP du Guilvinec. A chaque fois qu'un membre du Comité central de la place du Colonel Fabien organisait une réunion dans la région, elle figurait au nombre des participants, généralement en compagnie de sa complice et fidèle cousine Anita Charlot. Je me souviens par exemple l'avoir accompagné à un meeting organisé à Brest, lors de la campagne présidentielle, en vue de soutenir la candidature d'André Lajoinie. Je pus mesurer, et j'en fus impressionné, à quel point l'esprit militant qui l'imprégnait, elle et ses camarades (Anita, Lita Quéméner, Marthe Brenn...), était puissant et quasiment religieux.

Pleinement dévouée aux idéaux d'égalité et de fraternité, c'est naturellement qu'elle s'investit très rapidement dans les causes relatives au pacifisme et, plus récemment, à l'écologie. Il s'agit d'ailleurs, sans nul doute, de la raison qui la poussa à prendre part à un rassemblement organisé en faveur de la disparition des armes nucléaires. Elle fut d'ailleurs enchantée d'y avoir rencontré le sulfureux monseigneur Gaillot dont elle me montrait régulièrement, non sans fierté, les photos qu'elle avait prises de lui.

Finalement, chers amis, une image suffit à résumer l'humaniste et la militante qu'elle fut : celle de Denise juchée sur sa bicyclette bleue à sacoches parcourant notre cher village de Lesconil et ses environs pour remettre aux camarades et aux sympathisants le journal qu'ils attendaient, Leur Journal, celui fondé par le Grand Jaurès : l'Humanité.

En somme, le communisme de Denise fut comme celui de la grande majorité des Français qui croyaient à l'avènement d'un monde meilleur, comme celui mis en poème par Aragon ou celui chanté par Jean Ferrat : un humanisme imprégné d'un profond patriotisme.

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 19:37
Pétition unitaire pour le retrait de la réforme des retraites Macron: vous aussi, signez!

Pour signer la pétition, aller au l'adresse suivante:

Retrouve le texte et les signataires sur : https://lapetitionretraite.fr/

 

Une majorité de citoyennes et de citoyens le demandent : retrait de la réforme Macron !

Depuis le 5 décembre, des millions d'hommes et de femmes se retrouvent dans les grèves, dont beaucoup en reconductible, et les manifestations à l'appel des organisations syndicales.

Ils et elles rejettent la réforme du système de retraites que veulent leur imposer le président de la République et son gouvernement.

Ce projet n'est pas acceptable, car il est porteur de régression des droits de chacune et chacun : toutes les hypothétiques avancées proposées par le gouvernement devraient être financées par des baisses de pensions ou par l’allongement de la durée de la vie au travail. D’autres choix sont pourtant possibles.

C’est pourquoi nous demandons le retrait du projet présenté par le Premier ministre, afin que soient ouvertes sans délai de vraies négociations avec les organisations syndicales, pour un système de retraites pleinement juste et solidaire, porteur de progrès pour toutes et tous, sans allongement de la durée de la vie au travail.

Premiers signataires :

  • Éliane ASSASSI, sénatrice, Parti communiste français
  • Clémentine AUTAIN, députée
  • Guillaume BALAS, coordinateur, Génération.S
  • Josiane BALASKO, comédienne
  • Julien BAYOU, secrétaire national, Europe écologie-Les Verts
  • Ester BENBASSA, sénatrice, Europe écologie-Les Verts
  • Olivier BESANCENOT, porte-parole, Nouveau Parti anticapitaliste
  • Éric BEYNEL, porte-parole, Union syndicale Solidaires
  • Frédéric BOCCARA, économiste, membre du CESE, Parti communiste français
  • Paul BOUFFARTIGUE, sociologue CNRS
  • Marie-Pierre BRESSON, adjointe à la maire de Lille, co-présidente, Union des démocrates et des écologistes
  • Pierre CAILLAUD-CROIZAT, petit-fils d’Ambroise Croizat
  • Gilles CANDAR, historien
  • Damien CAREME, député européen, Europe écologie-Les Verts
  • André CHASSAIGNE, député, Parti communiste français
  • Jean-Louis COMOLLI, cinéaste, écrivain
  • Éric COQUEREL, député, La France insoumise
  • Alain COULOMBEL, porte-parole, Europe écologie-Les Verts
  • Laurence DE COCK, historienne
  • Anne DE HARO, Gauche démocratique et sociale
  • Dyenaba DIOP, porte-parole, Parti socialiste
  • Sylvie DURAND, secrétaire générale, Union générale des ingénieurs, techniciens et cadres-CGT
  • Eric FASSIN, sociologue
  • Olivier FAURE, premier secrétaire, Parti socialiste
  • Caroline FIAT, députée
  • Gérard FILOCHE, Gauche démocratique et sociale
  • Christakis GEORGIOU, chercheur, université de Genève
  • Gaël GIRAUD, économiste
  • Raphaël GLUCKSMANN, député européen, Place publique
  • Cécile GONDARD-LALANNE, porte-parole, Union syndicale Solidaires
  • Roland GORI, professeur honoraire des universités, psychanalyste, essayiste, président de l’Appel des appels
  • Pierre JOUVET, porte-parole, Parti socialiste
  • Régis JUANICO, député, Générations.S
  • Aurore LALUCQ, députée européenne, Place publique
  • François-Michel LAMBERT, député, co-président, Union des démocrates et des écologistes
  • Jean-Luc LAURENT, ancien député, Gauche républicaine et socialiste
  • Frédéric LEBARON, sociologue (Savoir/Agir)
  • Marie-Noëlle LIENEMANN, sénatrice, Gauche républicaine et socialiste
  • Myriam MARTIN, conseillère régionale LFI Occitanie, porte-parole, Ensemble
  • Philippe MARTINEZ, secrétaire général, Confédération générale du travail
  • Corinne MASIÉRO, comédienne
  • Laurent MAUDUIT, journaliste, cofondateur de Mediapart
  • Emmanuel MAUREL, député européen, Gauche républicaine et socialiste
  • Dominique MEDA, sociologue
  • Jean-Luc MÉLENCHON, député, La France insoumise
  • Gérard MEYLAN, comédien
  • Claire MONOD, coordinatrice, Génération.S
  • Chantal MONTELLIER, dessinatrice et écrivaine
  • Gérard MORDILLAT, écrivain
  • Jean NUMA-DUCANGE, historien
  • Jean-François PELLISSIER, porte-parole, Ensemble
  • Roland PFEFFERKORN, professeur émérite de sociologie
  • Michel PINÇON, sociologue, ancien directeur de recherche CNRS
  • Monique PINÇON-CHARLOT, sociologue, ancienne directrice de recherche CNRS
  • Christine POUPIN, porte-parole, Nouveau Parti anticapitaliste
  • Philippe POUTOU, porte-parole, Nouveau Parti anticapitaliste
  • Audrey PULVAR, journaliste, responsable associative
  • Adrien QUATTENENS, député, La France insoumise
  • Yvon QUINIOU, philosophe
  • Gilles RAVEAUD, économiste
  • Sandra REGOL, secrétaire nationale adjointe, Europe écologie-Les Verts
  • Fabien ROUSSEL, secrétaire national, Parti communiste français
  • Alain RUSCIO, historien
  • Stéphane SAINT-ANDRÉ, président, Les Radicaux de gauche
  • Jean-Paul SCOT, historien
  • Sylvie SCOT, professeur d’histoire retraitée
  • Gabrielle SIRY, porte-parole, Parti socialiste
  • Stéphane SIROT, historien et sociologue
  • Françoise SIVIGNON, médecin
  • Jo SPIEGEL, président, Place publique
  • Valère STARAZELSKI, écrivain
  • Henri STERDYNIAK, économiste (Les économistes atterrés)
  • Sophie TAILLÉ-POLIAN, sénatrice, Génération.S
  • Benoît TESTE, secrétaire général, Fédération syndicale unitaire
  • Marie-Christine VERGIAT, responsable associative
Partager cet article
Repost0
5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 07:00
Fernand Jacq- Document archives départementales du Finistère

Fernand Jacq- Document archives départementales du Finistère

Fernand Jacq et sa famille - Document archives départementales du Finistère

Fernand Jacq et sa famille - Document archives départementales du Finistère

Publication du PCF Finistère à la Libération - document archives Départementales du Finistère

Publication du PCF Finistère à la Libération - document archives Départementales du Finistère

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère:

5 - Fernand Jacq (1908-1941)

médecin et élu au Huelgoat, militant communiste et résistant, fusillé à Châteaubriant le 15 décembre 1941

Sources:

Site des Archives départementales du Finistère: http://www.archives-finistere.fr/concours-national-de-la-r%C3%A9sistance-et-de-la-d%C3%A9portation-dossier-fernand-jacq

Maitron des fusillés: http://maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr/spip.php?article76398

Ceux de Châteaubriant, Fernand Grenier (éditions sociales, 1961)

 

Né à Granville (Manche) le 12 janvier 1908, Fernand Jacq est issu d’une famille de fonctionnaires (père douanier, mère employée des PTT). Ses parents quittent peu après sa naissance la Normandie pour la Bretagne et Fernand grandit en Finistère, dans la petite commune de Pleyber-Christ.

Élève studieux et brillant malgré une santé fragile, il s’oriente vers des études de médecine et sort diplômé de la faculté de Rennes, ville où il rencontre sa femme. En 1933, il revient dans le Finistère, d’abord à Querrien, puis s’installe au Huelgoat comme médecin, terminant sa thèse de doctorat en médecine en 1934.

Communiste, sa mère écrit en 1945 dans une brève biographie de son fils, qu’elle l’interrogea avant guerre sur son engagement politique. Il lui répondit : « Parce que j’ai eu faim ! et que je travaille pour qu’il n’y ait plus de misères ».

En effet, dès 1930, Fernand Jacq adhère au Parti Communiste Français alors qu'il est étudiant à Rennes. Il devient conseiller municipal au Huelgoat en 1935, puis participe à sa restructuration après son interdiction en septembre 1939.  Il fut élu municipal à Huelgoat de 1935 à 1939. En 1935, la liste communiste aux municipales, composée de huit artisans, quatre cultivateurs, un instituteur et deux retraités, avait devancé la liste SFIO, obtenant ainsi trois élus. En 1937, Fernand Jacq était candidat du PCF aux cantonales à Huelgoat ; il se désista en faveur de Pierre Blanchard (SFIO), élu au second tour avec 55 % des voix face au radical François Le Dilasser.

Fernand Jacq était en même temps secrétaire de la section de Huelgoat, membre du comité régional du PCF.

L'arrivée de la guerre

Lorsque la guerre éclate, Fernand Jacq est contrarié de n’être pas mobilisé. Il est réformé pour raison de santé mais adresse un courrier au préfet du Finistère par lequel il demande d’être incorporé dans un régiment quelconque. Il souhaite, d’après le témoignage de sa mère, être aux côtés de ses camarades dans le combat. Toutefois, sa demande est rejetée et il est contraint d’attendre l’arrivée des Allemands au Huelgoat.

A l'arrivée des troupes d'occupation à Pont-Aven, commune de résidence de ses parents, un notaire menace et rappelle les engagements politiques de Fernand Jacq au père de ce dernier. Il déclare espérer que le médecin sera bientôt fusillé. La famille vit alors dans une inquiétude perpétuelle. Le médecin est en effet déchu de son mandat politique par le Gouvernement de Vichy. Le médecin est empêché par les Allemands et sa mairie collaboratrice de circuler en voiture dès la fin 1940 (il n'a pas de bons d'essence pour ses déplacements).  " Qu'importe, il est allé de village en village, à pied ou à bicyclette, dans la boue ou la neige, apporter aux malades soins et réconfort moral. Sensible au courage quotidien des paysans des Monts d'Arrée arrachant à une terre ingrate une maigre subsistance, il en est aimé à cause de sa simplicité et de sa générosité" (Fernand Grenier). 

Naturellement, Fernand Jacq rejoint la Résistance en adhérant en 1941 au Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France. Il procède à de nombreux recrutements et est l'un des organisateurs des premiers groupes de FTP (Francs-Tireurs et Partisans) dans le Finistère. En juin de la même année, il est désigné comme responsable départemental du Service Sanitaire et réussit rapidement à mettre sur pied les éléments d'une organisation qui rend de grands services à la Résistance.

Arrestation et internement

Fernand Jacq est arrêté le 3 juillet 1941, probablement victime d’une des innombrables lettres de délation envoyées aux autorités sous l’Occupation. Il est immédiatement conduit dans le camp d’internement de Choisel, à Châteaubriant (Loire-Inférieure), section politique, baraque 7. Voici son témoignage le lendemain de son arrivée (correspondance à ses parents) :

Dans les lettres suivantes adressées à sa famille, le Docteur Jacq ne renie jamais ses engagements et redit sa fierté de partager le sort de millions d’Hommes, d’être enfermé à Choisel au milieu de camarades constituant « l’élite de la France ». Il écrit aussi : « Il y a plus d’intelligence ici que dans n’importe quel lycée de France et nous vivons dans l’attente d’un avenir que nous sentons très proche, avec la certitude de la victoire ». Toutes ses lettres dénotent d’une grande foi en l’avenir et la victoire finale du camp de la Liberté.

 
L’abattement n’est donc pas de mise et Fernand Jacq est très actif dans le camp. Il dispense durant sa captivité des cours de breton pour les autres otages du camp et met en place une chorale bretonne.
 
 
 

Côté population, il faut aller chercher dans la correspondance préfectorale pour mesurer l'émoi suscité par l'arrestation du médecin. En décembre 1941, en effet, deux courriers du Sous-Préfet de Châteaulin sont transmis à son supérieur direct, le Préfet du Finistère.

Il demande la grâce du Docteur Jacq, assortie d'une mesure d'éloignement du département.

La raison de cette démarche volontariste du Sous-Préfet transparaît clairement dans ses écrits. La population "... commence à le (Fernand Jacq) considérer comme un héros". La libération par les autorités à la période de Noël "... dissipera définitivement le malaise dont j'ai pu être témoin depuis quelques semaines au cours de mes tournées dans la région susvisée".

L'arrestation de Fernard Jacq choque donc bien la population du Huelgoat, à tel point que le Sous-Préfet de Châteaulin semble craindre que son maintien en détention ne constitue un danger dans le rapport des autorités avec la population locale.

Cette initiative du Sous-Préfet restera toutefois lettre morte, intervenant trop tardivement

 

Les Neuf de la Blisière

En effet, à la suite d’attentats à Paris, les Allemands décident de fusiller 100 otages ; neuf seront pris dans le camp de Choisel. Parmi eux figure Fernand Jacq. Vers midi, le 15 décembre 1941, les feldgendarmes conduisent les neuf otages en plein cœur de la forêt de Juigné, au bord de l’étang de La Blisière où ils sont exécutés aux alentours de 15 heures.

Au moment du départ des otages pour le lieu de l’exécution, les prisonniers du camp de Choisel s’étaient mis à entonner la Marseillaise, certains chantèrent le Bro gozh ma zadoù (hymne national breton), d’autres enfin entonnèrent l’Internationale en breton.
L’espoir et la résistance à l’oppression ne quitta pas ces hommes comme en témoigne encore la dernière lettre de Fernand Jacq, lettre d’adieux rédigée à ses parents le jour même de l’exécution.
 

Fernand Jacq ne manque d’ailleurs pas de rappeler dans cet écrit que lui et ses camarades ne sont pas les premières victimes de l’occupant au camp de Choisel et commémore les fusillés du 22 octobre 1941. Ce jour là, en représailles à l’assassinat du commandant de Nantes, le Feldkommandant Fritz Holtz, les Allemands avaient fusillés 27 détenus du camp de Choisel dont le jeune Guy Môquet (17 ans).

L’émotion est grande à la mort du médecin du Huelgoat. Les premiers témoignages d’afflictions des proches de la famille en attestent bien sûr, mais c’est à la libération qu’on mesurera l’impact qu’eurent ces exécutions arbitraires de civils parmi la population française.

Médecin de campagne, médecin des pauvres, profondément humaniste, Fernand Jacq était considéré comme une sorte de "saint laïc" à Huelgoat, dans la montagne rouge de l'Arrée. Au camp de Châteaubriant, il avait ouvert des cours de breton et monté un groupe de chant choral. Il était très estimé dans toute la région d’Huelgoat où il fit campagne pour le développement de l’hygiène. Acquise aux communistes dès 1921, la mairie du Huelgoat fut marquée par la dissidence de Corentin Le Floch (ancien SFIO et PCF), avant de devenir le fief d’Alphonse Penven entre 1945 et 1989. Selon Pierre Guyomarh, ancien FTP, cité par Fernand Grenier (Ceux de Châteaubriant), la mort de Fernand Jacq va susciter "une vive recrudescence de l'activité patriotique dans tout le Finistère et fera lever de nombreux combattants décidés à venger Jacq et à chasser l'envahisseur".

Extrait de l'ultime message de Fernand Jacq: 

"La mort naturelle libère l'humanité de ses fragments usés; la mort violente donne par réaction une énergie nouvelle à cette humanité. Toute ma vie, j'ai lutté contre la guerre et pour une vie meilleure, pour le progrès. Les morts sont de grands convertisseurs. Ma mort sera utile..."

Fernand Jacq après l'exécution des 27 otages communistes et cégétistes à Châteaubriant le 22 octobre 1941 avait refusé, au camp de Choisel, avec la grande majorité des 700 détenus (seuls 20 firent exception), de signer une déclaration d'allégeance à Pétain qui aurait pu le sortir des listes d'otages potentiels à fusiller en cas d'attentat contre les troupes d'occupation allemandes. 

Il est fusillé le 15 décembre alors qu'il n'a que 32 ans avec un autre docteur, Louis Babin, l'instituteur Paul Baroux, le charpentier Maurice Pillet, le secrétaire de la fédération CGT des Produits Chimiques René Perrouault, Adrien Agnès, agent technique, les métallos Raoul Gosset et Georges Vigor, le jeune ouvrier Georges Thoretton. 

Quand son nom est prononcé pour l'appel des condamnés, Fernand Jacq travaille à une étude avec les médecins Ténine et Pesqué sur la médecine sociale.

"Les neuf appelés sont amenés devant le bureau. Ils sont aussitôt enchaînés. Ils montent dans les camions, la tête haute. Le 22 octobre se renouvelle avec la même émotion. La "Marseillaise" éclate puis le "Chant du Départ". Tout le camp chante avec eux, jusqu'à ce que disparaissent au tournant de la route les deux véhicules... C'est aux abords de la forêt de Juigné, en un lieu enchanteur, La Blisière, que le crime va être consommé". Les Allemands, rapporte le grand résistant communiste Fernand Grenier dans Ceux de Châteaubriant voulaient éviter de faire traverser Châteaubriant aux condamnés pour les emmener à la sablière comme les 27 fusillés du 22 octobre tant l'émotion était grande dans la ville de Loire-Inférieure après ce crime. Ils avait décidé d'assassiner au fond d'un bois, loin de toute agglomération. Les 9 condamnés à mort communistes furent attachés aux arbres dans la forêt. Le crépitement des balles fut entendu des fermes proches. Le même jour, Gabriel Péri tombe au Mont Valérien et Lucien Sampaix, secrétaire général de la rédaction de l'Humanité, à Caen. 

 

Lire aussi:

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 1/ Daniel Trellu (1919-1998)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)
"Ceux de Châteaubriant", Fernand Grenier

"Ceux de Châteaubriant", Fernand Grenier

Le nom de Fernand Jacq est mal orthographié, "Ceux de Châteaubriant", Fernand Grenier

Le nom de Fernand Jacq est mal orthographié, "Ceux de Châteaubriant", Fernand Grenier

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 06:16
Quand le pays bigouden était rouge: les noms des bateaux de pêche de Lesconil, tout un programme révolutionnaire - à lire sur le blog politique de Gaston Balliot

https://www.gastonballiot.fr/pays-bigouden-rouge/

extraits:

Des maires communistes en Pays Bigouden

Jean-Désiré Larnicol élu en 1935 maire de Tréffiagat, destitué en 1939 par le gouvernement Daladier.
élu conseiller général du canton de Pont L’Abbé de 1945 à 1949

Marc Scouarnec maire du Guilvinec de 1935 à 1940, puis de 1945 à 1963

Jean Le Brun maire du Guilvinec de 1965 à 1983

Albert Hénot maire de Tréffiagat de 1971 à 2003

Roger Coquelin (sympathisant communiste) maire de Penmarc’h de 1977 à 1983

Emile Bargain maire de Treguennec de 1989 à 2001

Un député:

Alain Signor député communiste de 1946 à 1955

 

* Les noms de bateaux du port de Lesconil :

publié par Raymond Cariou dans “Le Travailleur Bigouden” en 1975

Chose remarquable dans le port de Lesconil, les marins ont donné à leurs bateaux des noms s’inspirant d’idées humanitaires, des noms de grands hommes, savants, écrivains qui ont combattu pour de grandes causes, pour la paix, contre le fascisme, des noms de révolutionnaires de tous pays qui souvent ont donné leur vie pour leur noble cause.
Déjà, avant la première guerre mondiale 1914-1918, nous avions dans  le port de Lesconil :

– Les deux Frères Républicains: Corentin Divanach (Divanach Couz);

Dreyfus (officier juif injustement condamné au bagne pour trahison et dont l’affaire a la fin du siècle dernier remua la France entière) : Corentin Primot­

Esclave du Riche: Pierre Cariou.

Et entre les deux guerres et après :

Jean-Jaurès (militant socialiste, député, fondateur de L’Humanité , assassiné le 31 juillet 1914) Laurent Durand (Laurès Duren).

André Marty (officier mécanicien a bord du « Protet » , l’un des dirigeants de la révolte de la Mer Noire, député communiste) : Pierre Le Moigne (Per Bihan).

Lénine (stratège de la révolution d’octobre 1917, fondateur de l’Union Soviétique) : Jean-Marie Drézen (Drézen Couz),

Sacco et Vanzetti (ouvriers italiens, accusés sans preuve d’un crime en 1920 aux États-Unis ; électrocutés en août 1927: pour le juge : coupables ou non, ils sont les ennemis de la société. parce que anarchistes) : Nicolas Le Bec.

Rosa Luxembourg : (socialiste allemande, fondatrice du Parti Communiste allemand, assassinée le 15 janvier 1919) : Etienne Le Moigne.

Karl Liebknecht :, (Militant socialiste allemand, organisateurs de la résistance à la trahison de leur parti en 1914 et de la lutte contre la guerre impérialiste, fondateur du Parti communiste allemand, assassinés le 15 janvier 1919) : Corentin Divanach (Divanach Couz)

Karl Marx (philosophe allemand du 19e siècle, fondateur de notre doctrine, le socialisme scientifique) : Corentin Divanach (Divanach Bihen).

Krassine (Premier ambassadeur des Soviets à Paris en 1924, ingénieur de grand talent, un des dirigeants du parti Bolchevik) : Louis Charlot.

Jeanne Labourbe (institutrice française à Odessa, joua un grand rôle dans la fraternisation des marins et soldats français avec les soldats de l’Armée Rouge, fusillée le 1er mars 1919) : Pierre-Marie Cossec (Rouzar).

Badinat (marin français parmi les dirigeants de la révolte de la Mer Noire) Louis Cossec (Louis Vicent).

Albin Koeb (marin allemand, l’un des chefs de la révolte de la flotte de haute mer allemande en 1918 : Maurice Durand (Molis Duren).

Henri Barbusse (auteur du livre immortel  « Le Feu », combattant de 14-18, consacra le reste de ses forces à la lutte contre la guerre et le fascisme) : Yves Biger , Maurice Biger ( Mol ar Biger)

Démocratie : Louis Cossec (Louis Vicent).

Les Droits de l’Homme : Pierre Stéphan (Per Stéphen).

Paix Universelle : Alour Daniel (père de Mme Léon Girard).

Honte aux indifférents (charge vengeresse contre ceux qui ne s’intéressent à rien, contre les pantouflards, etc…) : Hervé Volant (Volen Couz).

Barra (jeune héros de la Révolution française, mort en 1793 à 14 ans, près de Cholet, pendant la guerre de Vendée) : Jean Cariou.

Auguste Blanqui (célèbre socialiste et révolutionnaire français : 30 années de prison) : Pierre-Jean Cariou.

La Voix du Vent d’Est (la voix du vent soufflant du pays des Soviets) : Louis et Alain Larnier) (Louis et Lan ar Meiller).

L’Egalité : Louis Larnicol et Jacques Le Lay (Chag A Lay).

Paix Universelle : Jean Guénolé.

Romain Rolland (grand écrivain, consacra sa vie à la lutte contre la guerre et le fascisme) : Pierre Le Moigne (Per Moingn).

Exploité de la Mer : Etienne Le Brenn (Stephen a Brenn) et Albert Primot.

Spartacus (chef des esclaves révoltés dans Rome, il tint tête aux légions pendant deux ans, tué en 71 ans avant Jésus-Christ) : Albert Cadiou.

Bien-être et Liberté : Cariou (Stéphannic).

Travail – Bien-être : Julien Faou.

Pauvres de Nous : Paul Le Bleis (Polig a Bleis).

Paul Vaillant-Couturier (officier des chars pendant la guerre 14-18, un des fondateurs du Parti communiste, député, maire de Villejuif, rédacteur en chef de. L’Humanité. de 1926 à 1937 : Corentin Divanach (Divanach Bihen).

Sadoul (officier français à l’ambassade de France à Moscou, témoin de la Révolution d’octobre 1917, grand ami de l’Union Soviétique) : Pierre Stéphan (Per Stephen).

Le Petit Socialiste : Yves Gentric (Cheintric Couz).

Prolétaire : Pierre-Jean Castric, Jean Cadiou, Louis Le Bleis, Louis Cossec (Louis Vissent).

Les Droits de l’Homme : Pierre Marie Le Moigne.

La Voix du Peuple : Jean-Marie Morzadec.

Camélinat (Cet homme célèbre de l’immortelle Commune de Paris de 1871, Directeur de la Monnaie. disait: « Je ne pourrais pas supporter d’être riche, l’argent pourrit l’esprit et durcit le coeur » ) : Jean-Marie Quéméner (Reutar).

Marcel Cachin (notre compatriote, né à Paimpol). Professeur de philosophie, entré au journal de Jaurès « L’Humanité », en 1912, l’un des fondateurs de notre parti, longtemps député de Paris, doyen de l’Assemblée nationale. Directeur de « L ‘Humanité », organe central de notre Parti, de 1918 à 1958) : Louis Charlot.

Louise Michel (institutrice, encore une remarquable figure de la  Commune de Paris» de 1871. déportée au bagne de Nouméa en Nouvelle Calédonie. puis réfugiée à Londres de 1890 à 1895, morte à Marseille en 1905) : Yves Charlot (Youin).

Stalingrad (la fameuse bataille, le tournant décisif de la seconde guerre mondiale, grande défaite des armées hitlériennes début 1943. L’Armée Rouge entamait la libération de l’Europe entière) : Etienne Larzul, Jean Le Bec.

Paul Langevin (physicien de renommée mondiale, ses inventions permirent de détecter et de combattre les sous-marins allemands en 14-18. Membre de notre parti, ardent combattant de la paix) : Etienne Le Moigne.

Alain Le Lay (né à Lesconil, quartier de Ménez-Veil, instituteur ; l’un des dirigeants de notre parti dans le Finistère avant-guerre ; militant clandestin, arrêté dans le Morbihan en 1941 ; livré aux nazis par la police. française. ; déporté en Allemagne, assassiné au camp d’extermination d’Auschwitz) Manu et Denis Guillamet.

La cellule du quartier de Ménez-Veil a pris le nom d’Alain Le Lay; Concarneau a également donné le nom d’Alain à l’une de ses rues.

Joliot-Curie (Irène, professeur à la Sorbonne, directrice de l’Institut du Radium, sous-secrétaire d’Etat à la Recherche scientifique en 1936 dans le gouvernement de Front populaire Léon Blum; Frédéric, professeur au Collège de France, son nom est attaché à la fameuse pile Zoé, membre éminent de notre parti.
Irène et Frédéric, prix Nobel de Chimie en 1935 en tant qu’inventeurs de la radio-activité artificielle. Tous les deux furent chassés du Haut Commissariat français à l’énergie atomique par quelque petit gouvernement réactionnaire) : Gabriel Faou et René Donnard.

Baudin: représentant du peuple à l’Assemblée de 1849; tué à Paris sur une barricade le 3 décembre 1851, au lendemain du coup de force de Napoléon (le petit) (Jean Quémener : Jean Colaic).

-Vive Le Bail : le député radical, le “rouge” du “Cheval d’Orgueil”) : Corentin Guillamet.

-La Marseillaise I : Francis Le Brenn, Alain Scoarnec, Etienne Le Brenn, Louis Le Fur.

-La Marseillaise II : Alain Simon et Lili Le Fur (fils de Louis).

-Guy Mocquet : (l’un des 27 otages, fusillé à Chateaubriant à 17 ans le 22 octobre 1941) : Pierre Cossec (Rouzar Bihen)

Avant juin 1940, les troupes allemandes n’avaient pas encore occupé Lesconil, une commission d’inspection des bateaux de l’Inscription maritime du Guilvinec se trouvait dans notre port. Les canots: « Paul Vaillant Couturier “, « Karl Marx », « Jeanne-Labourbe “, « Karl Liebnecht » , « L’Humanité », étaient amarrés sur la cale. L’inspecteur de navigation vit rouge : « Voici les voleurs de la France », s’écria-t-il indigné ! Lorsqu’en juillet 1940 les troupes allemandes occupèrent Lesconil, des marins s’empressèrent de camoufler le nom de leur bateau par une planche, afin d’éviter les représailles nazies.
En 1948, notre ami Pierre Gossec se rendit à l’Inscription maritime déclarer le nom de son bateau: « Guy Mocquet ». Une bouffée de pétainisme monta au cerveau de l’employé qui osa déclarer: . Qui c’est encore, cet individu ? . Cet individu, monsieur, est un pur héros de notre jeunesse, un parmi les vingt-sept fusillés au camp de Châteaubriant, en octobre 1941. C’est Pucheu, ministre de votre ami Pétain, qui l’inscrivit sur la liste des communistes à fusiller par les hitlériens, il était le fils de Prosper Mocquet, député. Il avait dix-sept ans. Le cercueil de Guy était trop petit, un fusilleur nazi l’y fit rentrer à coups de talon de botte : . Komunist pas français ! . Mme Kérivel, de Nantes, militante de notre Parti, internée à Châteaubriant avait demandée à être fusillée à la place du jeune martyr. Guy Mocquet, une rue de Lesconil porte son nom.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011