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27 septembre 2022 2 27 /09 /septembre /2022 05:50
Le 29 septembre manifestons pour les  SALAIRES, L’EMPLOI, LE POUVOIR D'ACHAT, LA RETRAITE À 60 ANS ! - Communiqué du PCF Finistère (27 septembre 2022)
Le 29 septembre manifestons pour les  SALAIRES, L’EMPLOI, LE POUVOIR D'ACHAT, LA RETRAITE À 60 ANS !

Pour une grande partie des Français·es, ce n’est pas l’abondance,c’est le frigo vide, les fins de mois difficiles, les factures qui explosent.

- 6 millions de privé·es d’emploi, la précarité, les salaires et les pensions qui stagnent.
 

- Une hausse sans précédent des tarifs de l’énergie qui va conduire bon nombre de Français·es à choisir entre se chauffer, se nourrir correctement ou se déplacer cet hiver, et qui menace aussi de causer une crise économique et sociale en percutant de plein fouet les collectivités locales et les entreprises qui ne pourront plus investir et devront renoncer à des activités si rien n'est fait, hausse des prix de l'énergie qui est liée aux logiques de spéculation créées par le démantèlement des prix administrés, du service public du gaz et d'électricité, et par les logiques de mise en concurrence, de financiarisation, et de privatisation du secteur de l'énergie, comme par les retards d'investissement dans le domaine du nucléaire et des énergies renouvelables.  
 

- Une inflation galopante qui atteint 5,9% en août qui contraint nos concitoyen·nes à se serrer la ceinture.


Et pendant ce temps-là, les groupes du CAC 40 se gavent. 160 milliards d’euros de profits en 2021, 71 milliards d’euros de profits au 1er semestre en 2022. Et un gouvernement qui ne veut pas taxer ces super-profits comme le demandent les députés de la NUPES.


La politique de Macron aggrave la crise que subissent les Françaises et les Français. (Réforme des retraites, de l’assurance-chômage, budgets d’austérité, libéralisation de l’énergie), le pouvoir fait le choix de la régression sociale. Nous appelons à une large riposte du monde du travail, de la jeunesse et des retraités.


La fédération du Finistère du Parti Communiste Français appelle à faire grève et à rejoindre les manifestations syndicales du département le jeudi 29 septembre  pour exiger des augmentations de salaires, une sécurité de l’emploi et de la formation, la retraite à 60 ans à taux plein:

 

– à Brest 11h place de la Liberté

–à  Quimper 11h place de la Résistance

– à  Morlaix 11h place des Otages

– à Carhaix 11h30 maison des syndicats

– à Quimperlé 10h30 en face du centre Guehenno

Les communistes proposent:

- Une sécurité de l’emploi et de la formation qui permette d’alterner périodes d’emploi et de formation, sans perte de revenus, ni de droits acquis au travail.
- Des pouvoirs nouveaux pour les salarié·es dans la gestion des entreprises et sur la finalité de leur travail.
- Le blocage et la baisse des prix de l’énergie, la renationalisation totale d’EDF et GDF, sous maîtrise publique et sociale, l’investissement dans le mix nucléaire-renouvelables et le retour à un tarif réglementé.
-  L’augmentation des salaires et du Smic à 1600 € net (2000 €brut) et des pensions, augmentation de 10 % du point d’indice et la stricte égalité salariale femmes-hommes.

Pour financer ces mesures le PCF  propose de s'attaquer aux profits des grands groupes, de conditionner les aides publiques aux entreprises en fonction de critères écologiques et sociaux, d’utiliser l’argent de la Banque Centrale Européenne pour la création d’emplois et des investissements utiles.

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27 septembre 2022 2 27 /09 /septembre /2022 05:09
Photo Daniel Laporte

Photo Daniel Laporte

La catastrophe italienne doit provoquer un sursaut à gauche en Europe (Fabien Roussel)
 
Les premiers résultats qui proviennent d’Italie indiquent que la coalition d'extrême-droite et de droite dominée par les néofascistes arrive en tête avec plus de 44 % des voix et pourra ainsi constituer une majorité au Parlement.
Presque 100 ans jour pour jour après l'arrivée au pouvoir de Mussolini, la droite fasciste italienne remporte les élections.
Ce résultat, dans un des pays fondateurs de l’UE, est un tournant politique pour toute l’Europe. Il montre l’ampleur de la crise européenne et italienne, tant sociale que politique et démocratique, et la profondeur des inégalités sociales et territoriales.
Par ailleurs, la droite conservatrice, en faisant le choix de s’allier avec l’extrême-droite, et en étant soutenue par la Confindistria, le patronat italien, porte une responsabilité historique dans cette catastrophe.
Ce bloc droitier a exacerbé le racisme et la xénophobie et dévoyé les colères. La situation difficile de la gauche depuis plusieurs années n’a pas permis l’émergence d’un bloc social et politique capable de s’opposer à la recomposition de la droite italienne sur des bases d’extrême-droite. Cela résonne tout particulièrement venant d’un pays tel que l’Italie, qui est depuis plusieurs décennies un laboratoire pour l'émergence d'un bloc droitier autoritaire, libéral, anti-démocratique et xénophobe partout en Europe.
Je réaffirme la solidarité des communistes français avec les forces de gauche et communistes, les syndicats, le mouvement social, le mouvement féministe, les défenseurs des droits des migrants et avec tous ceux qui en Italie s’apprêtent à lutter, pied à pied, contre cette majorité dominée par l'extrême-droite.
En Italie comme dans tous les autres pays européens où l’extrême-droite est en position de prendre le pouvoir, il est urgent de reconstruire la gauche, en lien avec le mouvement social et les revendications populaires, pour construire de nouvelles majorités sociales et politiques.
 
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord
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26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 05:33
Hadis Najafi avait 20 ans. Elle a été abattue de 6 balles par l’armée iranienne. Solidarité avec les iraniennes, la jeunesse et le peuple iranien qui se soulève pour sa liberté.

Hadis Najafi avait 20 ans. Elle a été abattue de 6 balles par l’armée iranienne. Solidarité avec les iraniennes, la jeunesse et le peuple iranien qui se soulève pour sa liberté.

Mahsa Amini

Mahsa Amini

Iran. Le régime islamique tente de museler le mouvement de protestation

À l’occasion de la grande prière du vendredi, les autorités iraniennes ont mobilisé leurs partisans contre ceux que l’armée appelle « la stratégie diabolique de l’ennemi ». Mais la colère est forte et a gagné l’ensemble du pays. Les gardiens de la révolution menacent. Ailleurs dans le monde la solidarité avec les manifestantes et manifestants gagne du terrain. De nombreux rassemblement de soutien se dérouleront ce week-end. 

Publié le Vendredi 23 Septembre 2022 - l'Humanité
« Femme, vie et liberté ». Le slogan court les rues des villes iraniennes, porté par des centaines de milliers de personnes. Aux abois, le pouvoir iranien tente, pour l’instant, de juguler à moindre coût le mouvement de protestation qui a gagné l’ensemble du pays après la mort de Mahsa Amini. La répression est particulièrement dure dans les villes du Kurdistan d’où était originaire la jeune femme de 22 ans, décédée après son arrestation par la police des mœurs pour avoir porté des « vêtements inappropriés ». Mais le ras-le-bol est tel que les manifestations se sont étendues à la capitale et à au moins 50 villes et villages. La mort d’Amini a ravivé la colère sur des questions telles que les restrictions aux libertés individuelles en Iran, les codes vestimentaires stricts pour les femmes et une économie sous le choc des sanctions. Le choc dépassé, la colère s’est exprimée largement en Iran. Des milliers de femmes se sont dévoilées en se portant à la tête des manifestations (certaines ont même jeté leur foulard au feu), soutenues par autant d’hommes.
Toutes les générations se confondent et l’exigence de la suppression de la loi faisant obligation du port du voile, en vigueur depuis quarante ans, représente le symbole du refus de toute coercition. Car c’est bien le régime dans son ensemble, honnis, qui est rejeté par les foules de manifestants.

Un régime qui, bien que conspué et défendu par une ultime minorité, n’entend pas céder la place aussi facilement. Tout en exprimant leur sympathie pour la famille d’Amini, les gardiens de la révolution viennent de hausser le ton et mettent en garde contre toute poursuite du mouvement. Pour qui connaît les pasdaran la menace est à peine… voilée. Leurs troupes pourraient déferler sans ménagement comme ils l’ont fait à chaque période de protestation, notamment en 2019. « Ces actions désespérées font partie de la stratégie diabolique de l’ennemi pour affaiblir le régime islamique », a fait savoir l’armée. Celle-ci a affirmé qu’elle « affronterait les divers complots des ennemis afin d’assurer la sécurité et la paix pour les personnes qui sont injustement agressées ». Le ministère iranien du Renseignement a également tenté de briser l’élan des manifestations, affirmant que la participation aux rassemblements est illégale et que toute personne s'y trouvant ferait l’objet de poursuites.

Les médias iraniens ont rapporté l’arrestation de 288 personnes alors qu’au moins trente-cinq autres auraient été tuées.

Et, comme on pouvait s’y attendre, le pouvoir tente de mobiliser ses troupes. À l’occasion de la grande prière du vendredi, des contre-manifestations ont été organisées, conspuant les manifestants antigouvernementaux, qualifiés de « soldats d’Israël ». Ils ont également crié « Mort à l’Amérique » et « Mort à Israël », slogans courants que les dirigeants cléricaux du pays utilisent pour tenter de susciter le soutien aux autorités. « Les contrevenants au Coran doivent être exécutés », scandait la foule.

L’imam de la prière du vendredi Seyed Ahmad Khatami a donné le ton dans son prêche à l’université de Téhéran. «Je demande fermement au pouvoir judiciaire d’agir vite contre les émeutiers qui brutalisent les gens, qui mettent le feu aux biens publics et brûlent le Coran», a-t-il dit, selon des images de la télévision d’État. « Punissez ces criminels avec l’arme de la loi », a-t-il lancé. Les fidèles ont brandi pour leur part des pancartes remerciant les forces d’ordre, « colonne vertébrale du pays », et s’en sont pris aux femmes qui brûlent leur voile. « Prôner la fin du voile, c’est faire la politique des Américains », ont-ils scandé.

En réalité, les dirigeants cléricaux iraniens craignent une reprise des manifestations qui ont éclaté en 2019 contre la hausse du prix de l’essence, la plus sanglante de l’histoire de la République islamique. Une nouvelle perturbation de l’Internet mobile a été enregistrée dans le pays, a souligné le groupe de surveillance Internet Netblocks sur Twitter, dans un signe possible que les autorités craignent que les manifestations ne s’intensifient. Le lien entre les revendications sociales et celles des femmes serait terrible pour le régime. De nombreux syndicalistes sont déjà emprisonnés pour leur rôle dans les mobilisations ouvrières et pour avoir rencontré des syndicalistes étrangers. C’est le cas de Reza Shahabi, du syndicat des travailleurs de la compagnie des bus de Téhéran (Sherkat-e Vahed) arrêté le 12 mai dans la capitale iranienne et qui pourrait être condamné à plusieurs années de prison. La remise en cause de l’ordre islamique et des orientations ultra-libérales pourrait effectivement ouvrir la voie à un avenir nouveau pour les Iraniens.

Ce qu’a bien compris Ebrahim Raïssi. S’exprimant lors d’une conférence de presse en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, le président iranien a déclaré, jeudi, que les « actes de chaos » n’étaient pas acceptables. Il a ajouté qu’il avait ordonné une enquête sur le cas de Mahsa Amini. Pas de quoi apaiser la colère des Iraniens.

Iran. Le témoignage de Naghmeh, qui marche désormais sans voile dans les rues de Téhéran

Sept jours après la mort de Mahsa Amini, la population exprime toujours son rejet de la République islamique. Toutes les villes du pays sont touchées. Le régime organise la répression. Naghmeh, pianiste à Téhéran, se confie à l’Humanité.

Publié le Jeudi 22 Septembre 2022 - L'Humanité

Naghmeh, 44 ans, pianiste à Téhéran, n’en revient toujours pas. L’autre soir, dans la capitale, alors qu’un rassemblement se formait, un feu a été allumé. Des dizaines de femmes comme elle, certaines plus jeunes, d’autres plus âgées, ont jeté leur foulard dans les flammes, un crépitement de joie dans les yeux.

Ce qui n’était pas sans rappeler le Tchaharchanbé-Souri, la fête du Feu célébrée par les Iraniens à la fin de l’année et qui date du zoroastrisme. Le feu symbolise l’espérance d’un éclaircissement et d’un bonheur radieux pour l’année à venir. Naghmeh n’a pas été en reste. Elle aussi a brûlé son voile. Depuis plus de six jours maintenant, elle marche dans la rue la tête nue.

La détestée brigade de la morale

Des manifestations ont éclaté en Iran lorsque, le 16 septembre, l’annonce de la mort d’une jeune femme de 22 ans, Mahsa Amini, après son arrestation pour « port de vêtements inappropriés » par la police des mœurs, s’est répandue dans le pays comme une traînée de poudre.

Cette brigade de la morale chargée de faire respecter un code vestimentaire pour les femmes est détestée. « La forme qui convient au gouvernement est un manteau assez long qui couvre les fesses et descend préférablement jusqu’aux genoux », précise à l’Humanité Naghmeh jointe par téléphone. « Avec, bien sûr, un foulard qui soit assez sévère et qui ne laisse pas entrevoir les cheveux. » Notre pianiste rapporte que les gens n’appellent plus cette unité Gasht-e Ershad (littéralement patrouille d’orientation) mais Ghatl-e Ershad (orientation du meurtre).

70 coups de ceinture

« J’ai été contrôlée plusieurs fois dans la rue, raconte Naghmeh. Soit ils viennent pour nous donner des “conseils” sur la façon de porter le foulard, soit ils nous embarquent. Il ne faut absolument pas monter dans leur voiture, sinon vous finissez au commissariat. »

Une expérience qui lui est arrivée, il y a quelques années, et qui l’a marquée profondément. « C’est très, très violent quand on est là-bas. Soit on nous donne une amende très chère, soit on est enfermée pour une ou deux nuits. » Elle qualifie ça de « torture mentale ».

Et d’expliquer : « Des policiers venaient nous menacer de nous agresser violemment, nous harceler physiquement. Ils ne le disaient pas directement mais leur regard et leurs paroles signifiaient “viol”. Une fois, je les ai vu battre une jeune femme avec une ceinture. Ils lui ont donné près de soixante-dix coups. »

Une vague de contestation inédite depuis 2019

Pas étonnant dans ces conditions que le décès d’Amini ait déclenché une énorme colère dans la population, les plus importantes manifestations de ce type en Iran depuis 2019. La plupart ont été concentrées dans les régions du nord-ouest du pays, peuplées de Kurdes, mais se sont étendues à la capitale et à au moins 50 villes et villages à travers le pays, la police utilisant la force pour disperser les manifestants.

Dans le Nord-Est, ces derniers criaient : « Nous mourrons, nous mourrons, mais nous récupérerons l’Iran ! » près d’un poste de police incendié, comme l’a montré une vidéo publiée sur un compte Twitter. Les manifestants ont également exprimé leur colère contre le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. « Mojtaba, puissiez-vous mourir et ne pas devenir le guide suprême ! » a scandé un groupe à Téhéran, faisant référence au fils de Khamenei, qui, selon certains, pourrait succéder à son père au sommet de l’establishment politique iranien.

Icon QuoteJ’ai vu la police des mœurs battre une femme avec une ceinture. Ils lui ont donné près de soixante-dix coups.»

Naghmeh, pianiste à Téhéran

Le pouvoir a lancé la répression en tentant de tuer dans l’œuf les protestations. Sans VPN, impossible d’utiliser WhatsApp ou Instagram. Niloufar Hamedi, journaliste du journal progressiste Shargh, a été arrêtée jeudi pour avoir twitté que la grande mère de Mahsa Amini cherchait sa petite-fille en pleurant et psalmodiant en langue kurde.

Selon une ONG, 31 personnes auraient déjà été tuées alors que le commandement des pasdarans (gardiens de la révolution) a publié une déclaration remerciant les forces de police qui répriment les manifestations ! Mais la colère est forte. Selon Hamshahri, le journal de la mairie de Téhéran, 3 bassidjis (miliciens prorégime) ont trouvé la mort à Tabriz, Qazvin et Mashhad.

« Les jeunes générations n’obéissent plus ! »

Des personnalités publiques, connues en Iran, se sont exprimées en faveur des manifestations. Le musicien Homayoun Shajarian a écrit sur Instagram : « Aucun d’entre nous n’est heureux en ces jours amers. Y a-t-il une volonté de la part des autorités de répondre raisonnablement aux exigences d’une nation honorable et noble ? Si oui, alors pourquoi tant de retards ? »

Mohsen Chavoshi, un chanteur pop, a publié un message sur la même plateforme : « J’annonce par la présente, en pleine conscience et en toute santé, qu’à partir d’aujourd’hui, je vais arrêter toute coopération avec le ministère de la Culture et de l’Orientation islamique… et continuerai à chanter pour le peuple. Le silence n’est plus acceptable. »

Mehdi Mahdavikia, un ancien footballeur de l’équipe nationale iranienne qui officie maintenant à Hamburg, a dénoncé la violence des forces de sécurité : « Vous ferez en sorte que les gens vous haïssent davantage, a-t-il écrit. Battre les femmes ? Honte à vous. »

Grande actrice iranienne, Katayoun Riahi a publié une photo d’elle sur Instagram, sans foulard. Lors d’une manifestation, la comédienne Shabnam Farshadjo a enlevé son hidjab et s’est adressée aux dirigeants de la République islamique, en disant : « Je déteste vos actions et votre comportement  ! »

Fait assez rare, 200 universitaires en poste en Iran ont lancé un appel dans lequel ils affirment défendre « le droit des femmes de notre pays de choisir librement de s’habiller » et expriment leur « opposition au processus d’humiliation et de torture systématique des femmes par le port obligatoire du hidjab ».

De quoi réjouir Naghmeh. « Les jeunes générations ne se couvrent plus autant qu’on le faisait. Ça, c’est vraiment super. Elles n’obéissent plus ! » Sans son foulard, elle sait ce qu’elle risque. « Bien sûr, s’ils nous attrapent, ils nous arrêtent. Mais on est arrivées à un point où on s’en fout. » Il est des fois où les situations atteignent des points de non-retour.n

Iran. Le régime islamique tente de museler le mouvement de protestation (Pierre Barbancey, L'Humanité, 23.09.2022)
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26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 05:29
Italie. « L’héritage empoisonné du fascisme perdure » - entretien de Thomas Lemahieu avec Mimmo Franzinelli  (L'Humanité, 25 septembre 2022)
Italie. « L’héritage empoisonné du fascisme perdure »

Grand historien du fascisme, Mimmo Franzinelli démonte l’imposture de la banalisation de l’extrême droite, en mettant en lumière les continuités dans la police, la magistrature et la presse entre régime fasciste et démocratie, de l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui. Entretien

Publié le
Dimanche 25 Septembre 2022

Bologne (Italie), envoyé spécial

En Italie, une page a été tournée, et un chapitre, clos, mais non, le fascisme ne s’est pas achevé à la Libération, le 25 avril 1945. À travers son livre (1) paru au printemps dans une collection montée par de jeunes historiens pour intervenir dans un débat public toujours plus empoisonné en Italie (Fact Checking aux éditions Laterza), leur aîné, Mimmo Franzinelli, l’un des meilleurs spécialistes du fascisme, décrit la continuité entretenue et organisée, juste après la guerre mais bien au-delà, pendant les décennies ultérieures, entre le régime mussolinien et une démocratie au sein de laquelle ses ramifications ont, en réalité, pu prospérer… L’enjeu est important, tant le déni impose sa loi dans la mémoire collective, comme l’illustrent, pour le pire, les élections qui se sont déroulées ce dimanche dans la Péninsule.

Comment comprendre que l’Italie paraît n’en avoir jamais fini avec le fascisme ?

Mimmo Frazinelli
Historien

Le fascisme, en Italie, ce n’est pas une parenthèse qui se serait ouverte et refermée: il n’est pas venu, comme tombé du ciel, et reparti, disparu du jour au lendemain. Même s’il a trouvé des expansions en Allemagne, en Espagne ou ailleurs, c’est en Italie qu’est son berceau et qu’il reste enraciné en profondeur. Après la Marche sur Rome, en octobre 1922, la dictature fasciste a duré plus de vingt ans. Deux décennies sans la moindre place pour l’opposition, deux décennies de propagande dédiée au nationalisme exacerbé et au culte de la personnalité. Quand tout s’effondre avec la guerre - et la guerre n’est pas un accident de parcours, c’est le débouché naturel du fascisme -, les ramifications perdurent après la Libération. L’hérédité est évidente dans le Mouvement social italien (MSI) dont le logo renvoie directement à Benito Mussolini: il représente la tombe du Duce avec la flamme tricolore.

Et ce symbole demeure, comme chacun peut le constater, sur les matériel électoral de Frères d’Italie, le parti dirigé par Giorgia Meloni ! Mais ça n’est pas tout car, dans l’après-guerre, tous les journalistes, ou presque, qui avaient participé à la propagande mussolinienne restent en place: l’opinion publique est conditionnée par leur vision bénie-oui-oui et nostalgique, celle d’un Mussolini débonnaire, d’un régime petit-bourgeois et d’une Italie qui, au fond, n’allait pas si mal. Passés de la presse fasciste à la presse démocratique, les dirigeants des grands journaux veulent bien reconnaître que le chef avait quelques vices d’un dictateur, mais en même temps, prétendent-ils, c’était une bonne pâte, pleine d’humanité ! Cette vision pénètre les esprits d’une part significative de l’opinion, et elle persiste aujourd’hui dans une sorte de mythologie totalement falsificatrice…

Les ramifications sont également structurelles: dans votre livre, vous décrivez méticuleusement les parcours de nombreux magistrats, policiers, dirigeants des hautes administration qui ont pu passer sans heurts du service pour le régime fasciste à celui pour la République italienne. Parmi tous ceux-ci, un personnage emblématique se détache: Marcello Guida. Qui est-ce ?

Marcello Guida peut effectivement être considéré comme la personnification des milliers de fonctionnaires qui ont servi le régime mussolinien, embrassant souvent des carrières au plus haut niveau, avant de continuer leurs parcours dans les institutions de la démocratie. En l’occurrence, Guida devient, très jeune, à la fin des années 1930, le directeur d’une colonie pénitentiaire, Ventotene, sur une île au large du Latium. Il était chargé de la répression de centaines d’antifascistes, et il l’a fait, avec cruauté, refusant notamment d’accorder des soins aux malades de la tuberculose, jusqu’à les laisser mourir…

Dans les années après la Libération, Marcello Guida est bien aidé par le climat de la Guerre froide: les gouvernements centristes voient d’un bon œil la perspective de récupérer des fonctionnaires ayant contribué au régime fasciste. Lui, comme tant d’autres au sommet de la police, de la magistrature, des forces armées, continue une carrière remarquable, et cela le portera, au fil des décennies, à devenir questeur (chef de la police, NDLR) à Turin pendant les révoltes ouvrières de la Fiat dans les années 1960. À l’époque, il sera même payé en pots-de-vin par les patrons de l’entreprise, la famille Agnelli, pour réprimer le mouvement. Ensuite, à Milan, lors de « l’automne chaud » de 1969, quand les actions terroristes néofascistes commencent, le 12 décembre, avec l’attentat de la Piazza Fontana, Marcello Guida joue un rôle décisif pour brouiller les pistes: c’est lui qui présente l’assassinat du cheminot anarchiste Giuseppe Pinelli - jeté par la fenêtre du quatrième étage de la questure de Milan, où il était détenu illégalement - comme un suicide.

Par cette manœuvre, il protège les fascistes et expose à la Une des médias des « monstres anarchistes ». Cette thèse finit par s’effondrer grâce au travail de quelques journalistes. Et à ce moment-là, Guida, subitement devenu infréquentable, est mis à la retraite… Attention, ceci dit, je voudrais rappeler qu’en France, vous avez eu des profils du même genre: pensez à Maurice Papon en particulier !

Oui, bien sûr, mais comme vous le rappelez dans votre travail, entre les collaborateurs français et les fascistes italiens, l’ampleur du recyclage n’est peut-être pas la même ?

Oui, dans un autre livre consacré à ce qu’on appelle « l’amnistie Togliatti », en Italie, du nom du dirigeant du Parti communiste italien qui fut, à la Libération, ministre de la Justice, je relève les différences énormes qui existent dans l’épuration entre la France et l’Italie. En Italie, l’épuration a été une sorte de farce, alors qu’en France ou en Belgique, ça a été pris bien plus au sérieux…

En Italie, écrivez-vous, « les épurateurs n’ont jamais été épurés »…

Oui, voilà.

Le droit lui-même contient encore des éléments hérités de la dictature mussolinienne… Avec l’affaire Vincenzo Vecchi, un jeune manifestant contre le G8 de Gênes en 2001, réfugié en France et menacé d’extradition aujourd’hui après une condamnation à une peine de 12 ans de prison sur la base d’un délit émanant directement du fascisme (« dévastation et pillage »), on voit bien comment des éléments du Code pénal mis au point pendant les deux décennies de régime mussolinien par le ministre Alfredo Rocco perdurent. Comment est-ce possible ? 

Le Code Rocco est resté en vigueur en Italie jusqu’en 1989. Et cette persistance pose de sérieuses interrogations sur la conscience, appelons-la comme ça, de la classe dirigeante antifasciste pendant les décennies après la Libération. Au niveau juridique, dans les textes de loi essentiels, elle n’a jamais tourné la page résolument, mais elle a, au contraire, utilisé une part des lois répressives datant du fascisme pour ses propres activités de gouvernement.

A la sortie de la guerre, vous pointez un renversement qui paraît s’être accentué au fil du temps: d’un côté, les nazifascistes, engagés dans la république de Salò (République sociale italienne, RSI) de Mussolini après 1943, finissent par être reconnus comme « combattants légitimes », tandis que les partisans sont, eux, persécutés et poursuivis… 

C’est la période des procès à la Résistance qui s’ouvre pour plusieurs années, après les élections parlementaires le 18 avril 1948. À ce moment-là, la magistrature, les forces de police et de gendarmerie s’emparent des épisodes sanglants survenus entre 1943 et 1945, et dans la presse dominante, cela permet une interprétation des refrains contre la gauche et les communistes. Des centaines de partisans sont arrêtés, d’autres doivent s’enfuir vers la Yougoslavie ou vers la Tchécoslovaquie pour ne pas être emprisonnés.

Ces procès servent à donner, dans le cadre de la nouvelle République, une image dégradée de la Résistance. Et cela, alors que, dans le même temps et en dehors d’une petite dizaine de cas, la magistrature militaire escamote des centaines et des centaines de dossiers sur des crimes de guerre nazifascistes (massacres dans des villages, exécutions sommaires, etc.) afin de ne pas perturber l’opinion publique italienne, au moment où la République fédérale allemande est intégrée dans le pacte atlantique. Cela donne une situation où tous les feux sont braqués sur des exactions commises par les résistants, tandis que les massacres nazifascistes sont camouflés par la justice elle-même…

Aujourd’hui, ces représentations paraissent s’être largement imposées en Italie où il n’est pas rare de mettre un signe d’égalité entre fascistes et Résistants en matière de barbarie… Comment contrecarrer ce sens devenu commun ?

Je suis d’accord, il y a des lieux communs qui n’ont aucune vérité d’un point de vue factuel. Une part des intellectuels ont participé à ériger une « légende noire » décrivant des persécutions de fascistes après la Libération. Cela a été très accentué au fil des décennies. Et moi, je démontre, faits à l’appui, que ça n’a pas été comme ça. Cette assimilation obscène dans la barbarie n’explique toutefois pas tout…

Dans le passé, il y a eu une sorte de rhétorique antifasciste qui dépeignait la dictature de Mussolini comme un événement impliquant peu de gens et imposé à un peuple réticent. Ce qui était une manière de nier les racines profondes du fascisme, et cela s’est révélé absolument délétère. Je dois tout de même souligner une évolution réconfortante: ces dernières années, il y a une nouvelle génération d’historiens - on peut citer Carlo Greppi, Francesco Filippi et Eric Gobetti - qui ont, avec une conscience civique très développée, pris de front cette « légende noire » pour contester toutes ces visions erronées. Il y a désormais en Italie une production historiographique qui est très importante et qui a, sans doute, beaucoup manqué dans le passé…

Comment cette « dérive de la mémoire » a-t-elle pu se produire avec les résultats que l’on voit aujourd’hui en Italie ?

Vaste question! Et c’est sûr que des journalistes comme Giampaolo Pansa ont joué un rôle fondamental dans la vulgate renvoyant dos à dos fascistes et résistants (lire notre entretien avec le collectif Nicoletta Bourbaki dans l’Humanité du 22 août)… Mais puisque nous parlons de l’information, moi, j’aimerais regretter une forme d’inattention des journalistes. En Italie, ils ont vraiment la mémoire courte. Je prends un exemple qui s’est passé ces derniers jours.

Aux funérailles d’un fasciste à Milan, Romano La Russa, adjoint dans le gouvernement régional de Lombardie, a multiplié les saluts fascistes devant le cercueil. Or, son frère, le député Ignazio La Russa qui est l’un des très proches de Giorgia Meloni, la dirigeante de Frères d’Italie, a pris ses distances avec ce geste, en le grondant… Et dans les médias, tout le monde a évoqué ces reproches. Mais les journalistes italiens, ils ne devraient pas avoir oublié que, lors d’autres funérailles, celles du terroriste fasciste Nico Azzi - un personnage important qui avait voulu mettre une bombe dans un train en 1973, mais qui, par sa maladresse, la fait exploser, se blesse et est arrêté, avec en poche un exemplaire du quotidien d’extrême gauche, Lotta Continua, qu’il aurait dû laisser, comme une signature, dans ce train pour orienter les enquêtes de ce côté-là -, ce même Ignazio La Russa s’était livré à une série de saluts fascistes…

Eh bien voilà, ça, c’est le personnel politique qui gravite autour de Giorgia Meloni. C’est un fait, ce n’est pas mon interprétation ! Mais malheureusement, dans le débat politique, personne ne rétablit les faits en opposant aux paroles de La Russa sa solidarité directe avec un terroriste! 

Mais une fois qu’on a réussi à désigner, comme le font les médias dominants en Italie, la coalition rassemblant deux formations d’extrême droite (Frères d’Italie et Ligue) comme « centre-droit » et que les milieux d’affaires les plébiscitent, le niveau d’alarme face à la menace s’abaisse considérablement, non?

Oui, il y a une question qui est désormais de vocabulaire, d’étiquettes. Les fascistes sont effectivement présentés comme le « centre-droit », ce qui est une manière de les rendre propres. En revanche, on utilise le terme de « gauche » pour parler d’Enrico Letta, par exemple, le dirigeant du Parti démocrate (PD). C’est un brave gars, pas de doute, mais pour moi, toute son histoire fait de lui un centriste. Quand le centre-gauche est désigné comme la « gauche » et que la droite radicale néofasciste apparaît comme une droite respectable, ces glissements dans la langue produisent des effets non négligeables… Mais on s’habitue à ce long empoisonnement de l’information. Ce qui est évidemment très grave.

Dans votre livre, vous rappelez que Giorgia Meloni se présente comme la fille spirituelle de Giorgio Almirante, l’homme qui a dirigé, pendant près de 40 ans, le parti néofasciste (MSI) fondé après la Libération. Qu’est-ce que cela signifie ?

Meloni a émergé comme jeune activiste politique au sein du MSI. En soi, on ne peut pas dire que c’est une faute. Mais son chemin, son évolution politique ont été linéaires. Elle n’a jamais renié son passé. Elle est entourée de conseillers qui sont évidemment fascistes. Je parlais d’Ignazio La Russa, mais on peut aussi évoquer l’eurodéputé Carlo Fidanza. Son insistance sur Giorgio Almirante est un signe évident: elle présente comme un simple « patriote » un des pires fascistes qui soit, engagé dans la bataille raciste, avec les lois antisémites, entre 1938 et 1945, et qui, ensuite, s’est inséré dans la politique italienne comme protagoniste de premier plan du MSI mussolinien, avec sa double stratégie qui alternait la matraque et le costume deux-pièces, entre la violence politique et la respectabilité parlementaire.

D’un point de vue personnel, je pense que Giorgia Meloni a, en réalité, une consistance politique proche de zéro. Elle hurle, elle gagne. C’est comme ça en Italie: pendant une brève période, celui ou celle qui hurle remporte la mise. On l’a vu avec Beppe Grillo et son mouvement des 5 Etoiles… Mon pronostic, c’est donc qu’après sa percée, Giorgia Meloni laissera assez vite de marbre les Italiens. Sur le versant autoritaire, je trouve ainsi bien plus inquiétant encore Matteo Salvini qui a l’obsession de reprendre le poste de ministre de l’Intérieur et donc de la police. C’est extrêmement dangereux.

J’ai suivi toute cette campagne électorale avec un certain accablement. Ce qui est démoralisant, c’est que, dans la gauche, il y a eu une acceptation que Meloni se présente depuis un mois au moins comme celle qui a gagné l’élection. Cela me semble une attitude préoccupante pour la démocratie. Le centre-gauche, à commencer par Enrico Letta, a considéré le résultat comme joué d’avance. Ce qui est un paradoxe car cela signifie accepter de perdre sans même avoir commencé le match!

Le fascisme ne reviendra pas sous la forme du régime mussolinien, c’est évident. Mais, comme le démontre l’assaut contre la CGIL à l’automne 2021 fomenté par des militants du groupe Forza Nuova, sur fond de mobilisations contre les restrictions anti-Covid, il peut survenir notamment dans des manifestations de « squadrisme », ces descentes organisées par des milices paramilitaires contre des adversaires et des minorités… Cela vous préoccupe-t-il?

Une des caractéristiques fondamentales du fascisme a toujours été de disqualifier ses opposants politiques en les traitant non pas comme antifascistes mais comme des éléments « anti-nationaux », subversifs, anti-patriotes. Par exemple, les exilés politiques ne sont pas qualifiés comme des « exilés » parce que le terme a une dignité, mais comme des « fugitifs ». Aujourd’hui, ce qui m’inquiète, c’est moins le squadrisme des matraques et des barres de fer que le squadrisme verbal et idéologique, répandu chez Salvini et Meloni… Ils ne peuvent concevoir une démocratie dans laquelle l’opposition ait pleinement voix au chapitre et droit à la citoyenneté. Pour eux, ceux qui ne sont pas d’accord, qui s’opposent, sont des éléments antipatriotiques. Cette manière de refuser absolument toute dignité à l’opposition demeure, à mes yeux, l’héritage le plus empoisonné du fascisme. Et je suis convaincu que Meloni et ses alliés vont l’endosser, d’une manière ou d’une autre.

(1) Mimmo Franzinelli, « Il fascismo è finito il 25 aprile 1945 » (« Le fascisme s’est terminé le 25 avril 1945 »), Éditions Laterza, Bari-Rome, 14 euros (non traduit).

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26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 05:26
Trente ans de normalisation de l’extrême droite italienne (Gaël de Santis, L'Humanité)
Trente ans de normalisation de l’extrême droite italienne

Dès 1960, les néofascistes italiens ont participé à des majorités parlementaires et, depuis 1994, à des gouvernements conservateurs.

Publié le Lundi 26 Septembre 2022 - L'Humanité
 

L’Italie est le seul pays européen où droite et extrême droite forment une coalition avant les élections. Dans d’autres pays européens, la Finlande, le Danemark, l’Autriche, la droite extrême a bien eu des ministres, mais la droite ne l’avait invitée à table qu’une fois le résultat des élections connu. C’est Silvio Berlusconi qui porte la responsabilité d’avoir normalisé le Mouvement social italien (MSI), parti créé en 1946 par des nostalgiques de Benito Mussolini, au point qu’il puisse participer au pouvoir. Lorsqu’il remporte les élections législatives de 1994 à la tête d’une coalition dite de « centre droit », il fait rentrer dans son gouvernement des ministres de la Ligue du Nord, qui est alors plus un parti régionaliste qu’une formation d’extrême droite, et du MSI.

depuis 2018, la donne a changé

Depuis, à l’exception des élections de 1996, à toutes les législatives, c’est cette coalition de droite qui se présente, si bien que l’électeur modéré est habitué depuis près de trente ans à voter parfois pour un candidat d’extrême droite. Mais, depuis 2018, la donne a changé. Ce n’est plus la droite « classique » berlusconienne, qui domine la coalition, qui pèse à chaque élection 45 % des suffrages, mais l’extrême droite. Cette année-là, la Ligue, boostée par le discours xénophobe de son leader Matteo Salvini, devient la première force de droite. Sa participation de 2018 à 2019 au gouvernement du Mouvement 5 étoiles puis, depuis 2021 – sans que les sociaux-libéraux du Parti démocrate ne trouvent rien à redire –, à celui d’union nationale de Mario Draghi l’a affaibli. Giorgia Meloni, ex-ministre à la Jeunesse de Silvio Berlusconi et dont le parti Frères d’Italie (parti qui ne se revendique plus du fascisme mais est héritier du MSI) ne recueillait que 4 % des voix en 2018, a bénéficié d’avoir choisi de rester sur les bancs de l’opposition. Ses 25 % d’intentions de vote début septembre en ont fait la leader de la coalition de droite. Son résultat, inconnu à l’heure où nous écrivons ses lignes, est le fruit de près de trente ans de collusion de la droite avec l’extrême droite.

L’Italie est le premier pays où le cordon sanitaire a été coupé en Europe. Dès 1960, face à la montée du Parti communiste, le premier ministre démocrate chrétien, Fernando Tambroni, sans majorité, avait choisi de gouverner avec l’appui parlementaire du MSI. 

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26 septembre 2022 1 26 /09 /septembre /2022 05:23
Pour nos salaires, nos retraites, nos conditions de travail, nos services publics, le 29 septembre, on est en grève, en manifestation et on se bat pour une politique de progrès social!
Pour nos salaires, nos retraites, nos conditions de travail, nos services publics, le 29 septembre, on est en grève, en manifestation et on se bat pour une politique de progrès social!

 Jeudi 29 septembre on est en grève et on manifeste notre colère.

Rappel des rassemblements :

– Brest 11h place de la Liberté

– Quimper 11h place de la Résistance

– Morlaix 11h place des Otages

– Carhaix 11h30 maison des syndicats

– Quimperlé 10h30 en face du centre Guehenno

Alors, jeudi on est en grève, on se bouge et on proteste dans la rue contre cette politique macronienne, et pour de meilleurs salaires, pour nos retraites.

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25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 13:47
A coeur ouvert: le journal santé du PCF - octobre 2022
A coeur ouvert: le journal santé du PCF - octobre 2022
A coeur ouvert: le journal santé du PCF - octobre 2022
A coeur ouvert: le journal santé du PCF - octobre 2022
A coeur ouvert: le journal santé du PCF - octobre 2022

1500 exemplaires de ce "A cœur ouvert" d'octobre 2022 seront bientôt distribués par les militants communistes dans le Finistère, auprès des professionnels et usagers de la santé, des hôpitaux, des Ehpad, etc.

Pour en savoir plus, le blog de l'Atelier Santé PCF Bretagne:

        http://croizat-pcf.blogspot.com/

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25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 13:22
Le Télégramme - 25 septembre 2022- Entretien avec Luc Blanvillain, écrivain, auteur de "Pas de souci"

DIMANCHE, C'EST TELEGRAMME & ENTRETIEN AVEC Luc Blanvillain:

Luc Blanvillain : « J’ai beaucoup pensé à Claude Chabrol quand j’ai écrit ce livre »

« Ce n’est pas du tout un livre qui se veut donneur de leçons car j’ai horreur de ça. J’ai du mal avec le sentimentalisme, ce qui risque, pour moi, d’apparaître un peu vite comme une mièvrerie », confie Luc Blanvillain (Photo Jacques Chanteau)

Auteur de littérature jeunesse, Luc Blanvillain écrit aussi des romans adulte, dont le troisième, « Pas de souci » (*), décrit une histoire haletante autour d’une jeune femme et de ses parents qui lui « cachent quelque chose ».

« Pas de souci » raconte deux histoires parallèles qui vont finalement se rejoindre. Il y a celle de Patricia, aide à domicile, qui partage son temps avec une vieille dame et un homme un brin troublant. Il y a aussi et surtout l’histoire de Chloé, qui aborde la trentaine et qui apprend, via une thérapeute, que ses parents lui « cachent quelque chose ». Chloé va donc se lancer en quête de découvrir ce « quelque chose ».

 

 

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25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 07:57
Manifestation pour le droit au logement à Morlaix le 29 octobre, 14h
Mobilisons-nous pour le droit au logement en Bretagne, et contre l'inflation des prix des logements.
 
Après les manifs du 10 septembre à Lannion et Douarnenez, le PCF Finistère et le PCF Pays de Morlaix appellent à manifester pour l'accès au logement pour tous et toutes le samedi 29 octobre à Morlaix à 14h.
 
avec pour mot d'ordre la régulation des locations de courte durée, la taxation des résidences secondaires, l'encadrement des loyers, le refus de l'habitat indigne, l'effort financier pour le logement social et public à loyer modéré et sa présence sur tous les territoires.
 
Quand on parle de pouvoir d'achat, on parle bien de logement, c'est le premier poste de dépenses des ménages français et bretons. Intervenir pour le réguler est incontournable car ce sont les étudiants, les jeunes ménages, les familles monoparentales, en somme les classes populaires qui sont les plus touchées.
La question du logement est cruciale en ce moment. De nombreux besoins sont insatisfaits et elle est au cœur aussi des inégalités sociales qui vont en s'amplifiant avec l'inflation actuelle, produite par de nombreuses spéculations imbriquées.
 
On ressent comme jamais auparavant en Bretagne les conséquences désastreuses pour la majorité des habitants de la spéculation foncière et immobilière, de la spécialisation des territoires, du poids des résidences secondaires dans certaines communes. Ce phénomène n'est pas particulier à la Bretagne et ne se limite pas d'ailleurs aux secteurs touristiques mais à l'ensemble des zones à forte valeur spéculative. On y trouve évidemment une partie de la frange littorale mais également des villes comme Rennes,ou Brest et leurs abords résidentiels.
 
Les constats que tout un chacun peut faire - gentrification du centre des grandes villes, gentrification des zones côtières à vocation touristique, développement de locations touristiques de courte durée, éloignement des salariés des zones d'emplois ou des secteurs bien pourvus en équipements etc – ne sont que le résultat des effets pervers du marché du logement laissé hors de toute régulation publique.
 
Chacun peut aujourd'hui mesurer les dégâts d'une politique totalement tournée vers le « laisser faire », le « fil de l'eau » la réduction de l'action publique et la transformation du logement social conçu pratiquement à son origine comme un logement de service public en logement des plus démunis.
 
On peut ensuite venir nous parler de mixité sociale, de cohérence entre le lieu de travail et le domicile, de bonne gestion des mobilités, d'indispensables transitions énergétiques, sociales, environnementales, dans la réalité , on est très loin du compte.
 
Si nous voulons une société inclusive, qui respecte de droit de tous les citoyens en matière de logement et de lieux de résidence nous ne pouvons en rester là.
 
Il y a des leviers qui existent. Il faut les utiliser.
Il y a des batailles à gagner. Il faut les mener.
Il y a des objectifs à atteindre. Il faut les désigner.
 
Le Parti communiste s'est toujours battu pour le droit au logement et le droit au territoire, en témoigne par exemple, et il y en a bien d'autres, le travail de Ian Brossat à Paris pour la défense du logement social et la lutte pour encadrer airbnb et d'autres plateformes de location touristique. Les communistes se sont aussi battus à l'origine de la loi SRU pour l'obligation d'avoir une proportion minimale de logement social dans toutes les communes et des pénalités en cas de retard sur ce plan de la mixité sociale.
 
Il est grand temps de redonner toute sa place stratégique au logement de service public, au logement pour tous. Car ce qu'il est convenu d'appeler le logement social c'est d'abord le logement pour tous. On ne peut donc détourner sa mission en le limitant au logement des plus démunis. En fait le logement de service public attribué sous conditions de ressources qu'il s'agisse du logement locatif ou en accession à la propriété intéresse la grande majorité des habitants de la région et 70% d'entre y sont éligibles. C'est donc un élément majeur du droit au logement et au territoire.
 
Il faut encourager les communes les communauté des communes et d'agglomération, à utiliser tous les moyens qui sont d’ores et déjà à leur disposition pour maîtriser le foncier et les opportunités immobilières, notamment dans les secteurs où l’exclusion des couches populaires est la plus marquée ou en voie de gentrification. En gardant pour ligne de conduite l’intérêt collectif et le bien commun.
 
Les organismes du logement de service public locaux, départementaux sont des partenaires essentiels avec lesquels il convient de conclure des conventions pour des interventions ciblées destinées à promouvoir la mixité sociologique.
 
Il est temps aussi d'expérimenter des solutions nouvelles comme l'Office Foncier Solidaire qui a déjà fait ses preuves à Paris et à Rennes, l’acquisition par bail emphytéotique, l'acquisition du logement sans le terrain, offrant la possibilité aux classes moyennes et populaires de vivre dans des zones qui leur sont de fait interdites.
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23 septembre 2022 5 23 /09 /septembre /2022 05:36
Jin - Jiyan - Azadî  Femme - Vie - Liberté #JinaMahsaAmini  #Mahsa_Amini     #IranProtests2022

Jin - Jiyan - Azadî Femme - Vie - Liberté #JinaMahsaAmini #Mahsa_Amini #IranProtests2022

Mahsa Amini - Iran. Les femmes relèvent le défi de la liberté (L'Humanité, Nadjib Touaibia - Pierre Barbancey)
Mahsa Amini - Iran. Les femmes relèvent le défi de la liberté (L'Humanité, Nadjib Touaibia - Pierre Barbancey)
Mahsa Amini - Iran. Les femmes relèvent le défi de la liberté (L'Humanité, Nadjib Touaibia - Pierre Barbancey)
Iran. Les femmes relèvent le défi de la liberté
Publié le Jeudi 22 Septembre 2022 - L'Humanité
 

Elles dansent, ôtent leur voile, le jettent dans le feu et chantent :  « N’ayez pas peur, n’ayez pas peur, nous sommes tous ensemble !  »  La scène a lieu dans la ville de Sari, au nord de l’Iran… Le décès de la jeune Mahsa Amini, la semaine dernière, après son arrestation et un coma de trois jours, n’a pas fini d’ébranler la société iranienne.

D’un bout à l’autre du pays, la colère monte et la contestation prend de l’ampleur. Les manifestations se sont poursuivies pour la cinquième nuit consécutive, rapporte mercredi l’agence officielle Irma. Des hommes et des femmes – beaucoup d’entre elles étaient débarrassées de leur foulard – se sont rassemblés à Téhéran et dans d’autres grandes villes du pays, notamment à Mashhad (Nord-Est), Tabriz (Nord-Ouest), Rasht (Nord), Ispahan (Centre) et Kish (Sud), ajoute l’agence.

Iran. « Les jeunes filles n’obéissent plus, c’est super ! »

Sept jours après la mort de Mahsa Amini, la population exprime toujours son rejet de la République islamique. Toutes les villes du pays sont touchées. Le régime organise la répression. Naghmeh, pianiste à Téhéran, se confie à l’Humanité.

Publié le Jeudi 22 Septembre 2022 - L'Humanité

Naghmeh, 44 ans, pianiste à Téhéran, n’en revient toujours pas. L’autre soir, dans la capitale, alors qu’un rassemblement se formait, un feu a été allumé. Des dizaines de femmes comme elle, certaines plus jeunes, d’autres plus âgées, ont jeté leur foulard dans les flammes, un crépitement de joie dans les yeux. Ce qui n’était pas sans rappeler le Tchaharchanbé-Souri, la fête du Feu célébrée par les Iraniens à la fin de l’année et qui date du zoroastrisme. Le feu symbolise l’espérance d’un éclaircissement et d’un bonheur radieux pour l’année à venir. Naghmeh n’a pas été en reste. Elle aussi a brûlé son voile. Depuis plus de six jours maintenant, elle marche dans la rue la tête nue.

Des manifestations ont éclaté en Iran lorsque, le 16 septembre, l’annonce de la mort d’une jeune femme de 22 ans, Mahsa Amini, après son arrestation pour « port de vêtements inappropriés » par la police des mœurs, s’est répandue dans le pays comme une traînée de poudre. Cette brigade de la morale chargée de faire respecter un code vestimentaire pour les femmes est détestée. « La forme qui convient au gouvernement est un manteau assez long qui couvre les fesses et descend préférablement jusqu’aux genoux », précise à l’Humanité Naghmeh jointe par téléphone. « Avec, bien sûr, un foulard qui soit assez sévère et qui ne laisse pas entrevoir les cheveux. » Notre pianiste rapporte que les gens n’appellent plus cette unité Gasht-e Ershad (littéralement patrouille d’orientation) mais Ghatl-e Ershad (orientation du meurtre).

« J’ai été contrôlée plusieurs fois dans la rue, raconte Naghmeh. Soit ils viennent pour nous donner des “conseils” sur la façon de porter le foulard, soit ils nous embarquent. Il ne faut absolument pas monter dans leur voiture, sinon vous finissez au commissariat. » Une expérience qui lui est arrivée, il y a quelques années, et qui l’a marquée profondément. « C’est très, très violent quand on est là-bas. Soit on nous donne une amende très chère, soit on est enfermée pour une ou deux nuits. » Elle qualifie ça de « torture mentale ». Et d’expliquer : « Des policiers venaient nous menacer de nous agresser violemment, nous harceler physiquement. Ils ne le disaient pas directement mais leur regard et leurs paroles signifiaient “viol”. Une fois, je les ai vu battre une jeune femme avec une ceinture. Ils lui ont donné près de soixante-dix coups. »

Une vague de contestation inédite depuis 2019

Pas étonnant dans ces conditions que le décès d’Amini ait déclenché une énorme colère dans la population, les plus importantes manifestations de ce type en Iran depuis 2019. La plupart ont été concentrées dans les régions du nord-ouest du pays, peuplées de Kurdes, mais se sont étendues à la capitale et à au moins 50 villes et villages à travers le pays, la police utilisant la force pour disperser les manifestants. Dans le Nord-Est, ces derniers criaient : « Nous mourrons, nous mourrons, mais nous récupérerons l’Iran ! » près d’un poste de police incendié, comme l’a montré une vidéo publiée sur un compte Twitter. Les manifestants ont également exprimé leur colère contre le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. « Mojtaba, puissiez-vous mourir et ne pas devenir le guide suprême ! » a scandé un groupe à Téhéran, faisant référence au fils de Khamenei, qui, selon certains, pourrait succéder à son père au sommet de l’establishment politique iranien.

«J’ai vu la police des mœurs battre une femme avec une ceinture. Ils lui ont donné près de soixante-dix coups.» Naghmeh, pianiste à Téhéran

Le pouvoir a lancé la répression en tentant de tuer dans l’œuf les protestations. Sans VPN, impossible d’utiliser WhatsApp ou Instagram. Niloufar Hamedi, journaliste du journal progressiste Shargh, a été arrêtée jeudi pour avoir twitté que la grande mère de Mahsa Amini cherchait sa petite-fille en pleurant et psalmodiant en langue kurde. Selon une ONG, 31 personnes auraient déjà été tuées alors que le commandement des pasdarans (gardiens de la révolution) a publié une déclaration remerciant les forces de police qui répriment les manifestations ! Mais la colère est forte. Selon Hamshahri, le journal de la mairie de Téhéran, 3 bassidjis (miliciens prorégime) ont trouvé la mort à Tabriz, Qazvin et Mashhad.

Des personnalités publiques, connues en Iran, se sont exprimées en faveur des manifestations. Le musicien Homayoun Shajarian a écrit sur Instagram : « Aucun d’entre nous n’est heureux en ces jours amers. Y a-t-il une volonté de la part des autorités de répondre raisonnablement aux exigences d’une nation honorable et noble ? Si oui, alors pourquoi tant de retards ? » Mohsen Chavoshi, un chanteur pop, a publié un message sur la même plateforme : « J’annonce par la présente, en pleine conscience et en toute santé, qu’à partir d’aujourd’hui, je vais arrêter toute coopération avec le ministère de la Culture et de l’Orientation islamique… et continuerai à chanter pour le peuple. Le silence n’est plus acceptable. » Mehdi Mahdavikia, un ancien footballeur de l’équipe nationale iranienne qui officie maintenant à Hamburg, a dénoncé la violence des forces de sécurité : « Vous ferez en sorte que les gens vous haïssent davantage, a-t-il écrit. Battre les femmes ? Honte à vous. »

Grande actrice iranienne, Katayoun Riahi a publié une photo d’elle sur Instagram, sans foulard. Lors d’une manifestation, la comédienne Shabnam Farshadjo a enlevé son hidjab et s’est adressée aux dirigeants de la République islamique, en disant : « Je déteste vos actions et votre comportement  ! »

Fait assez rare, 200 universitaires en poste en Iran ont lancé un appel dans lequel ils affirment défendre « le droit des femmes de notre pays de choisir librement de s’habiller » et expriment leur « opposition au processus d’humiliation et de torture systématique des femmes par le port obligatoire du hidjab ».

De quoi réjouir Naghmeh. « Les jeunes générations ne se couvrent plus autant qu’on le faisait. Ça, c’est vraiment super. Elles n’obéissent plus ! » Sans son foulard, elle sait ce qu’elle risque. « Bien sûr, s’ils nous attrapent, ils nous arrêtent. Mais on est arrivées à un point où on s’en fout. » Il est des fois où les situations atteignent des points de non-retour.

« La rupture entre le régime et la population est totale »

Behrouz Farahany met en regard les manifestations qui se déroulent actuellement après la mort de Mahsa Amini et le mouvement revendicatif iranien.

Publié le Vendredi 23 Septembre 2022 - L'Humanité

La réaction de la population iranienne vous a-t-elle étonné ?

On s’y attendait. Cela fait plus de deux mois maintenant que cette police des mœurs s’en prend aux femmes de façon violente, notamment parce qu’il y a eu la Journée mondiale du hidjab islamique, décrétée par le pouvoir en Iran. La police des mœurs avait alors multiplié les rondes de nuit. On sentait donc qu’une pression sur les femmes était en train de monter. Et, étant donné la situation économique et sociale, on s’attendait à une explosion. La mort en détention de Mahsa Amini, la semaine dernière, est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Toutes les villes d’Iran sont en ébullition. C’est une répétition de ce qui s’est passé en 2019.

Dans quel contexte économique et social ces protestations éclatent-elles ?

Il s’agit d’un des pires moments pour le régime islamique. Celui-ci avait commandé des sondages sur le regard des Iraniens sur le pouvoir en place. Ces résultats ont fuité. 13 % seulement de la population lui sont favorables. Tout le reste condamne le régime et, parmi eux, plus d’une moitié pense qu’il faut même le renverser ! Depuis son avènement, en 1979, la base sociale n’a jamais été aussi étroite. Chaque fois, ils ont réussi à encadrer le mécontentement par des manœuvres ou la mise en avant d’un camp dit réformateur comme avec le président Khatami. Ils avaient une assise sociale assez considérable. Mais là, la coupure est nette. Si vous regardez le nombre d’organes de répression et de propagande idéologique qui existent en Iran, ces 13 % sont les gens qui travaillent pour le régime et leur famille. En dehors de ceux-là, qui vont lui rester fidèles car il les nourrit, tout le reste est contre.

L’inflation est galopante, parfois à trois chiffres. Et cela touche les produits de première nécessité, ce que les gens doivent acheter tous les jours : le pain, le lait, les fruits, les légumes… La viande devient une denrée de luxe. La situation économique est terrible. L’Iran est un pays où les politiques néolibérales et les privatisations se poursuivent d’année en année, produisant fermetures d’usines, licenciements, chômage. Ces difficultés sont exacerbées par la continuation des sanctions américaines. Il y a peut-être 5 à 6 % de la population qui profitent de ce régime alors que les affaires de fraude et de corruption ne cessent pas. Les pasdarans (gardiens de la révolution) utilisent les canaux officiels pour faire de la contrebande. Au final, les Iraniens sont révoltés contre le régime. Il n’est pas étonnant que, depuis six jours, on entende des slogans comme « Liberté, pain, travail », « Mort à Khamenei »… La rupture entre le régime et la population est totale.

Ce mouvement peut-il aboutir à quelque chose ?

Il y a régulièrement en Iran des explosions comme celle à laquelle on assiste aujourd’hui. Mais, entre ces explosions, il y a un mouvement de revendication, de protestation, de grève des ouvriers et des salariés qui n’a jamais cessé. L’an dernier, on a dénombré 4 122 actions de protestation, de grève et de sit-in, ce qui est un record sur les quarante-trois années du régime islamique. En août 2020, on a assisté à un grand mouvement des ouvriers de la pétrochimie. Plus de 100 000 salariés ont participé aux arrêts de travail. Le mouvement revendicatif en Iran est un fleuve continu, ponctué d’explosions. Le fer de lance d’un mouvement contre le régime est le mouvement revendicatif des ouvriers et des salariés.

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