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19 décembre 2024 4 19 /12 /décembre /2024 16:55
Samar Yazbek, romancière syrienne exilée en France : « Il est prématuré de prévoir un futur démocratique » (L'Humanité, Entretien avec Muriel Steinmetz, 11 décembre 2024)
Samar Yazbek, romancière syrienne exilée en France : « Il est prématuré de prévoir un futur démocratique » (L'Humanité, Entretien avec Muriel Steinmetz, 11 décembre 2024)

Opposante de gauche au régime de Bachar Al Assad, Samar Yazbek, romancière exilée en France, nous fait part de ses sentiments après la chute du tyran et de ses interrogations sur l’avenir de son pays.

Culture et savoir - L'Humanité

11 décembre 2024

Née en Syrie, Samar Yazbek est romancière, poète, journaliste. Elle répond à nos questions depuis le Qatar, où elle vient d’atterrir après avoir quitté la France. Née en 1970 à Jableh (Syrie), opposante de gauche au régime de Bachar Al Assad, plus d’une fois menacée de mort par sa communauté, les Alaouites – à la tête de l’appareil répressif et sécuritaire – elle a été contrainte à l’exil en 2011 avec sa fille.

Poursuivie par les services de renseignement pour avoir participé à des manifestations pacifistes durant les premiers mois de la révolution syrienne, elle retournait clandestinement sur place, en 2012 et 2013, pour observer la militarisation et la radicalisation à l’œuvre au nord du pays.

En 2019, elle publiait 19 femmes (Stock), devenant ainsi la greffière de la vie des autres, hors récit officiel. Elle témoigne aujourd’hui de sa joie, celle de tout un peuple, suite à la chute du régime du tyran, mais aussi de sa crainte pour l’avenir, notamment celui des femmes.

Bachar Al Assad chassé du pouvoir. Quel a été votre sentiment à cette annonce ?

J’ai éclaté de joie. C’est la libération de la Syrie. Vingt ans que nous attendons ce moment. Nous voilà libérés d'un assassin.

Vous en avez souffert, vous-même…

À plusieurs reprises, ils ont calomnié mes écrits, ils m’ont discréditée, diffamée, interrogée avec brutalité, frappée…

Quel est votre vœu le plus cher pour l’avenir de la Syrie ?

Que la Syrie devienne un pays uni, démocratique, laïque, qu’une vraie justice soit mise en place pour toutes les victimes. Nous luttons depuis si longtemps. Nous allons continuer. Il est encore trop tôt pour parler de la suite.

Le peuple s’est battu durant toutes ces années pour arriver à ce résultat, mais le destin du pays dépend de régimes et de gouvernements extérieurs, les États-Unis, l’Iran, la Turquie, la Russie, Israël…

Quel rôle pourrait avoir la diaspora répartie dans le monde, si nombre d’exilés rentrent au pays ?

La priorité est de revenir pour participer à la reconstruction et à la renaissance. La Syrie, aujourd’hui, c’est l’enfer. Les villes sont détruites. Notre rôle consiste à rentrer, écrire, témoigner, retisser des liens de tous ordres, y compris culturels, entre les différentes factions du pays.

Envisagez-vous votre retour ?

Bien sûr ! Je réfléchis à l’organisation de ma vie sur place. Pour le moment, nous sommes débordés. Nous avons besoin d’écrire des articles, de parler avec les médias, de contacter des partis politiques. Je m’apprête à rentrer chez moi, même si j’ai le sentiment d’être une femme française. Je serai entre deux pays, chose positive, pour créer des passerelles entre la France et la Syrie.

Vous êtes sûrement en contact avec des parents, des proches, des amis là-bas ? Comment voient-ils la situation ?

Le fait que le HTC soit allé jusqu’à Damas en passant par plusieurs régions, sans qu’une seule goutte de sang n’ait été versée, sans qu’aucune agression contre les minorités n’ait été constatée, c’est déjà une victoire de taille. Avec cette très longue guerre et le ressentiment accumulé, nous nous attendions à des tueries. Il est trop tôt pour parler de la suite. Je peux vous dire que les parents et les amis sont à la fois très heureux et assez inquiets. Ils ont peur de l’avenir.

Pensez-vous qu’après le soulagement né de la chute d’un régime tyrannique, ceux qui en sont venus à bout pourront définir un chemin de paix en vue d’une reconstruction honorable de la Syrie ?

Je ne sais pas. L’avenir du pays est ouvert vers toutes sortes de directions, y compris du côté de très grands dangers. Israël a bombardé plus de 400 cibles en Syrie les deux derniers jours. Ils ont mis la main sur plusieurs terres syriennes, en même temps que le Hayat Tahrir al-Cham (HTC) marchait sur Damas et qu’Assad perdait le pouvoir.

S’il est prématuré de prévoir un futur démocratique, cela dépendra, à mon avis, des accords qui auront lieu entre les différentes nations intervenues sur le terrain. Je souhaite, de tout mon cœur, qu’après tout le sang versé par le peuple syrien, les différents pays impliqués laissent les Syriens reconstruire eux-mêmes la Syrie en paix.

On ne sait pour l’heure, passé la liesse populaire après la chute de Bachar, quel sera le pouvoir qui va se mettre en place. Fera-t-il leur juste place aux femmes ? Qu’en dites-vous ?

C’est une question essentielle. Le premier comité de presse que le HTC a sorti était en rapport avec l’habit des femmes. Ce qu’il dit est très clair : personne n’a le droit de se mêler de la façon dont elles souhaitent se vêtir. Notre pays ne sera pas comme l’Afghanistan. Il semble que, pour l‘instant, il n’y ait pas de vue sur la répression des femmes. Ce n’est pas dans l’agenda du HTC. Cependant, leur situation est difficile dans les pays arabes, surtout en Syrie, après cette guerre. Je connais bien ces difficultés. J’ai travaillé avec des réseaux activistes qui leur sont dédiés. Je ne suis pas particulièrement pessimiste mais pas optimiste non plus. Je continue d’avoir peur pour elles.

Cet entretien a été réalisé avec le concours de Yasmine Jraissati pour la traduction.

Muriel Steinmetz

 

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L’héroïsme de femmes syriennes dans la guerre
Jeudi, 7 Novembre, 2019

19 femmes Samar Yazbek, traduit de l’arabe (Syrie) par Emma Aubin-Boltanski et Nibras Chehayed Stock, 425 pages, 22,50 euros
Grâce à des témoignages étayés, la romancière Samar Yazbek, délaissant un temps la fiction, fait entendre la voix de ses compatriotes, celles dont on parle peu, qui ont tant à dire sur ce qu’elles ont vécu.

 

Opposante à Bachar Al Assad, la romancière, poète et journaliste Samar Yazbek (née en 1970 à Jableh, en Syrie), plus d’une fois menacée de mort par sa propre communauté, les Alaouites – à la tête de l’appareil sécuritaire et militaire syrien –, publie un document poignant. Elle y donne la parole à ses compatriotes en première ligne durant la révolution de 2011. Leur calvaire, leur résistance acharnée, leur rôle au plus fort de la lutte constituent la chair de ce livre qu’on dirait écrit avec leur sang. Samar Yazbek s’efface derrière ces voix plurielles. N’est-elle pas la 20e femme de son livre ? Contrainte à l’exil en 2011 avec sa fille, elle retourne clandestinement en Syrie en 2012 et 2013, observant sur place la militarisation et la radicalisation à l’œuvre au nord du pays. En retrait de sa vocation de romancière, la voici greffière de la vie des autres, hors récit officiel, consignant par écrit « des faits incontestables ». La plupart de ces femmes sont aujourd’hui en exil en France, en Allemagne, en Hollande, au Canada, en Turquie, au Liban… Issues de la classe moyenne, elles font ou ont fait des études. Samar Yazbek s’est promis de recueillir bientôt les témoignages de Syriennes issues de classes pauvres et réfugiées dans des camps, et ceux de femmes kurdes, ainsi que d’opposantes au soulèvement de 2011. Œuvre de vérité en cours qui dessinera, à la longue, une terre en lambeaux éprouvée du dedans.

Elles exigeaient la fin d’une culture patriarcale étouffante

Ces 19 femmes, dès le début de la révolution de mars 2011, se sont dressées contre le régime dictatorial de Bachar Al Assad. Elles exigeaient la démocratie, des changements dans leurs conditions de vie, des droits élargis, ainsi que la fin d’une culture patriarcale étouffante. La plus jeune a 20 ans quand éclate la révolution, la plus âgée, 77. Sara, Mariam, Doucha, Souad, Amal, ­Hazami, Faten… sont alaouites, sunnites, chiites, druzes, chrétiennes… Peu sont alors politisées, hormis deux, dont l’une a été membre du « Parti de l’action communiste » interdit. Elles viennent de toutes les régions du pays. On les entend dans leur quotidien d’effroi. Toutes sont devenues activistes dans l’urgence. Elles ont essuyé les tirs de mortier, les bombes au chlore, le gaz sarin, armes chimiques aux dégâts extrêmes (« le sol jonché d’intestins », « On ne faisait que ramasser des cadavres déchiquetés »). Certaines ont dû recoudre des corps en charpie pour les rendre présentables. Elles se sont improvisées infirmières d’urgence. Beaucoup ont perdu un père, une mère, des frères. Elles ont organisé des centres d’éducation dans les sous-sols. Les hommes, y compris ceux de l’Armée syrienne libre, voyaient souvent d’un mauvais œil leurs initiatives. Elles ont été progressivement empêchées d’agir, d’abord par le régime, les conseils locaux, les brigades et enfin les djihadistes. On les humilie, on les jalouse. Qu’à cela ne tienne. « Invraisemblablement courageuses », elles alphabétisent, animent des ateliers clandestins pour former leurs sœurs à « l’autonomie économique », créent des bureaux d’aide psychologique. Elles filment et documentent les événements au péril de leur vie. Elles ont pour la plupart été torturées, ou prises en otage. Le corps capté par les hommes de tout poil, elles sont contraintes de se voiler de la tête aux pieds lorsque Daech gagne du terrain. « Tout ce qui touchait à notre présence et à notre apparence les rendait dingues », dit l’une d’elles.

L’ouvrage éclaire aussi sur les rivalités entre groupes rebelles, du sécularisme démocratique de l’Armée syrienne libre au « djihadisme gradué d’al-Nosra et de Daech » en passant par « le salafisme nationaliste » de Jaych al-Islam. Il analyse la flamme du confessionnalisme allumée par le régime, les collusions entre Assad et les brigades salafistes, le rôle délétère de l’argent saoudien… Zaina Erhaim dit : « Nous revendiquions plus de liberté et de dignité et nous n’avons obtenu qu’asservissement et humiliation. »

Muriel Steinmetz
Samar Yazbek, romancière syrienne exilée en France : « Il est prématuré de prévoir un futur démocratique » (L'Humanité, Entretien avec Muriel Steinmetz, 11 décembre 2024)
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19 décembre 2024 4 19 /12 /décembre /2024 16:47
Nomination de Bayrou, démission de Macron… Comment LFI compte surfer sur la crise politique - L'Humanité, Cyprien Caddéo, 19 décembre 2024

La nomination de François Bayrou à Matignon conforte les insoumis dans leur stratégie de faire porter à Emmanuel Macron la responsabilité du blocage. Avec, pour objectif, une présidentielle anticipée dont profiterait Jean-Luc Mélenchon.

Cyprien Caddeo , L'Humanité, 19 décembre 2024

Le calendrier est posé au milieu du siège de la France insoumise, entre une pyramide de cartons et des piles de tracts, symboles d’un QG en état de « campagne permanente ». Marqué au Velleda, on y lit le plan de bataille suivant : « Mars : démission de Macron. Mi-avril : Mélenchon président. Fin avril : dissolution. Mi-mai : 400 députés FI. Juin : France = paradis. » Le tout relève bien sûr de la boutade entre militants, jusqu’à prédire que l’un des leurs finira premier ministre. Mais derrière la blague, il y a un fond de vérité.

Car, au risque de braquer leurs partenaires du Nouveau Front populaire (NFP), les insoumis jouent leur propre agenda politique, tourné vers une présidentielle anticipée, dès 2025. S’il défend toujours publiquement la nomination d’un gouvernement NFP – sans y croire un instant –, le mouvement mise sur l’enlisement politique pour augmenter le niveau de colère dans le pays.

« Ils cherchent à organiser le chaos pour que Macron n’ait d’autre choix que de partir »

Il est bien aidé, en cela, par le refus catégorique d’Emmanuel Macron de nommer un premier ministre issu de la coalition de gauche. « Au final, qu’il n’y ait pas de premier ministre NFP, ce n’est pas un échec pour nous, glisse un cadre insoumis. Car, depuis les législatives, on a réussi à faire monter le niveau de crise politique dans le pays. » Un député FI abonde : « Le plan se déroule comme prévu, on a même un petit peu d’avance », avec la chute de Michel Barnier.

C’est ainsi qu’il faut aussi lire le refus des insoumis de participer à toute rencontre à l’Élysée ou à Matignon, où François Bayrou a convié l’ensemble des groupes parlementaires. « Nous ne voulons pas jouer le jeu des lignes rouges ou vertes, tranche la présidente du groupe, Mathilde Panot. Bayrou sera censuré, Macron devra s’en aller. »

La FI, qui a amorcé en vain une procédure de destitution du chef de l’État, mise toujours sur sa démission, arguant que 64 % des Français y sont favorables. Problème : le président a exclu de démissionner. Pour le politologue Rémi Lefebvre, la stratégie insoumise est « claire comme de l’eau de roche : ils cherchent à organiser le chaos pour que Macron n’ait d’autre choix que de partir ».

« Même certains macronistes disent que cela va passer par sa démission, assure le député FI Antoine Léaument. Il peut même faire un coup de poker pour se représenter (malgré la limite de deux mandats – NDLR) en s’appuyant sur des proches du Conseil constitutionnel, qui sera renouvelé en mars. » Les insoumis se tiennent donc prêts à lancer une campagne express à tout moment et ont même commencé à sonder les élus locaux pour sécuriser les 500 signatures, qu’il faudra trouver en un temps très court (deux semaines) dans le cas d’une élection anticipée.

Les alliés du NFP pas « obsédés » par la présidentielle

Leurs partenaires du NFP, qui ont eux accepté d’entrer dans le jeu des discussions avec l’exécutif, leur reprochent leur stratégie radicale. « À force de ne rien vouloir lâcher sur rien, à la fin tu n’as rien », ironise la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, dans l’émission Backseat. « Nous n’avons pas, comme eux, l’obsession présidentielle », tacle pour sa part André Chassaigne, chef de file des députés communistes.

« Si les autres forces du NFP ne veulent pas de présidentielle anticipée, c’est que personne n’y est prêt, sauf nous », grince un parlementaire FI. « Ils ont le programme, le candidat, quand les autres devront passer par des primaires ou choisir un mode de désignation, dans un temps très contraint, et ça, ils le savent », rappelle Rémi Lefebvre.

Même s’il n’est toujours pas officiellement candidat, tout le monde sait bien que Jean-Luc Mélenchon portera la bannière FI. « Il a l’expérience et la force de caractère pour y aller », assure Mathilde Panot. Le 15 décembre, sur M6, l’intéressé a de toute façon tranché : « Il y aura une candidature insoumise. Nous la proposerons en candidature commune à nos alliés ! » Une façon de tordre le bras à ses partenaires, quitte à risquer à nouveau un éparpillement à gauche, ce qui ne les inquiète pas plus que cela.

En campagne permanente, la FI entend ainsi politiser le « peuple » et offrir à Jean-Luc Mélenchon un duel avec Marine Le Pen, parachevant la prophétie faite par l’insoumis en 2014 : « À la fin, ce sera eux (le RN) ou nous. » Mais les Français préféreront-ils le candidat de gauche à l’extrême droite au second tour ? « La stratégie de la bordélisation est efficace au premier tour pour mobiliser son camp mais inopérante quand il faut rassembler au second », estime Rémi Lefebvre.

« J’ai rencontré à chaque présidentielle des gens qui disaient ”plus jamais Mélenchon”, mais, une fois dans l’isoloir, c’est autre chose », balaie le député Antoine Léaument. Pour le moment, tout cela relève de la politique-fiction, Emmanuel Macron ne comptant pas de sitôt quitter son palais, même s’il est sous pression comme jamais depuis 2017.

 

 

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19 décembre 2024 4 19 /12 /décembre /2024 06:55
Urgence solidarité Mayotte - Le PCF Finistère relaie l'appel du Secours Populaire
Ci contre le lien pour la solidarité envers les mahorais https://don.secourspopulaire.fr/mayotte/~mon-don
 
Parce que la solidarité n'a pas de prix! Urgence Mayotte après le passage du cyclone Chido !
 
Alors que la section de Brest du PCF a déjà décidé d'un don de 500 euros à la campagne du Secours populaire pour la solidarité avec les habitants de Mayotte, la fédération du PCF Finistère a décidé lors de son conseil départemental hier soir à Pont-de-Buis Les Quimerc'h de promouvoir à son tour l'appel au don du Secours populaire face à la catastrophe humaine qui frappe Mayotte auprès de ses adhérents et sections avec l'objectif de réunir plusieurs milliers d'euros pour Mayotte qui vit une des plus grandes catastrophes de l'histoire de l'île dans un contexte d'extrême pauvreté et injustice déjà. 100 000 sans-abris, des infrastructures et des bâtiments ravagés, avec déjà 77 pour cent de la population en dessous du seuil de pauvreté dans le 101e département français.
 
A signaler que nous avons également réuni grâce aux dons des sections et adhérents finistériens déjà 2500 euros pour la petite ville libanaise de Doha el Hoss près de Beyrouth qui a vu son nombre d'habitants multiplié par dix avec des réfugiés victimes de l'agression israélienne et des bombardements de l'armée israélienne ayant tout perdu. La fédération a également lancé une souscription de solidarité avec Cuba tout dernièrement et participé à l'appel à la solidarité avec le peuple palestinien. 
 
Ismaël Dupont, secrétaire départemental de la fédération du Finistère du Parti communiste français
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19 décembre 2024 4 19 /12 /décembre /2024 06:46
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19 décembre 2024 4 19 /12 /décembre /2024 06:44
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18 décembre 2024 3 18 /12 /décembre /2024 12:35
Photo sur la plaque de la tombe de Fernand Iveton à Bab el Oued, Alger

Photo sur la plaque de la tombe de Fernand Iveton à Bab el Oued, Alger

Fernand Iveton et ses parents sur sa tombe à Bab el Oued

Fernand Iveton et ses parents sur sa tombe à Bab el Oued

la plaque d'hommage à Fernand Iveton sur sa tombe à Bab el Oued

la plaque d'hommage à Fernand Iveton sur sa tombe à Bab el Oued

La tombe de Fernand Iveton au cimetière de Bab el Oued (Saint Eugène, désormais cimetière de Bologhine)

La tombe de Fernand Iveton au cimetière de Bab el Oued (Saint Eugène, désormais cimetière de Bologhine)

 
 
Gisèle Halimi, à propos de Fernand Iveton, seul algérien d'origine européenne
 
(communiste algérien partisan de l'indépendance) guillotiné pendant la guerre d'Algérie, dans "Le lait de l'oranger" (première édition en 1988, L'Imaginaire Gallimard).
 
 
"Le 11 février 1957, Fernand Iveton fut guillotiné à Alger. Ce jeune tourneur à l’Électricité et Gaz d'Algérie avait déposé dans l'usine du Hamma, où il travaillait, un engin explosif à retardement. La minuterie marquait dix-neuf heures trente. Une heure où les locaux étaient, à coup sûr, déserts. Les artificiers de la police désamorcèrent à temps la bombe. Il ne pouvait y avoir de sang, il n'y eut même pas de dégâts.
Dénoncé, appréhendé, torturé, Iveton avoua et s'expliqua.
Membre du Parti communiste algérien, alors dissous, il se battait pour l'indépendance du peuple colonisé.
"J'en suis, à part entière", lança-t-il avec courage à l’aréopage d'uniformes français qui le jugeait.
Il avait pris, comme chacun dans son groupe de "combattants de la libération", un engagement: "Nous avions promis que nous ne ferions un geste fatal à une vie humaine". Son acte, disait-il, "était destiné à attirer l'attention et cela seulement".
L'instruction révélera même qu'il avait publiquement condamné les attentats de la Cafétéria et du Milk Bar (commis à Alger le 30 septembre 1956: 4 morts et 56 blessés).
"Je suis algérien, je défends mon peuple, répétait-il lors de son procès, j'aime la France, mais je n'aime pas les colonialistes".
Quelques jours auparavant, je me trouvais à Alger en compagnie de Gaston Amblard, avocat communiste de Paris. Il me parla d'Iveton, qui lui demandait de le défendre: "Mais ils me l'interdisent", me dit-il bouleversé.
Ils, c'était le Parti. Une discipline qui exigeait de lui la désertion. Double. Avocat, il resterait sourd à l'appel d'un homme broyé par la répression. Communiste, il n'expliquerait par les raisons de ce "terroriste à l’œil juste", son camarade.
Le Parti n'a donc jamais tort?
Nous en discutâmes longuement ce soir-là, à l'hôtel Aletti où nous nous trouvions. Amblard, sous le choc, me devenait très proche. Par sa juste vulnérabilité, par son intelligence blessée, par cette sorte de grande fidélité humaine.
Dans l'histoire algérienne, la ligne communiste refusait l'imagination. Au prix d'ambiguïtés et d'erreurs, elle ne reconnaissait que les bons vieux mouvements de masse, pétitions, réunions, manifs. Pas question d'aider les "aventuristes", les partisans de l'action directe. Crainte de la provocation, hantise de l'interdiction et du ghetto politique sans doute.
Cette position reflétait d'ailleurs l'extraordinaire insensibilité de la classe ouvrière au drame algérien. Souvenons-nous. Pas une seule grève générale durant la guerre d'Algérie. A l'exception de celle qui rassembla plusieurs millions de travailleurs - et, malice de l'Histoire, De Gaulle y avait appelé: "Françaises, Français, Aidez-moi!" - contre le putsch des généraux le 21 avril 1961, à Alger.
Longtemps les communistes tentèrent de coller à cette distorsion. "Paix en Algérie", plutôt qu'"Indépendance algérienne" proclamaient leurs slogans. Le "fait national algérien" prendra son temps pour remplacer la "nation en formation".
Avec le FLN, ils entretenaient des rapports difficiles, heurtés. Des discussions, au sein des instances dirigeantes, mettaient en cause la représentativité du Front de libération, ses méthodes, son hétérodoxie marxiste. Faute de combattants, l'internationalisme prolétarien tournait de plus en plus au mythe. Aussi les communistes algériens furent-ils instamment priés de n'engager en rien la doctrine ou l'appareil du Parti. A cette condition, une aide discrète leur serait dispensée.
Un nombre croissant de militants, cependant, supportait mal cette inertie. Le fantasme d'un nouveau Front populaire, à travers le Front républicain, se perdait de plus en plus dans les méandres de la tactique.
Après le vote des pouvoirs spéciaux en 1956 et la répression qui s'ensuivit, les communistes s'enhardirent. Avec modération. Un accord tacite couvrait quelques actions témoins, mais jamais exemplaires, celles de déserteurs comme l'aspirant Henri Maillot, ou de soldats insoumis comme Alban Lietchi.
Pour Iveton, tout alla très vite. Arrêté en flagrant délit le 14 novembre 1956, condamné à mort le 25 novembre.
Amblard, rentré de Paris pour s'expliquer, essaya de convaincre les camarades, au plus haut niveau. Il ne fut pas écouté. Défense de défendre. Défense de se compromettre auprès d'Iveton.
Demeurée à Alger, une idée saugrenue me poussa à proposer à Iveton, par l'intermédiaire de militants incarcérés à Barberousse, de l'assister.*
Laisser cet homme seul, face à ses juges militaires, me paraissait indécent. Notre politique l'avait contraint à cet engagement, il devait s'exprimer. Je ne songeais même pas à une éventuelle condamnation à mort. Elle semblait tellement improbable! Après tout, Iveton n'eut jamais l'intention de tuer ou de blesser. Ni sang, ni dégâts, je l'ai dit, ne restait que la symbolique du geste.
Iveton me fit répondre combien mon offre le touchait. Mais selon lui, un militant communiste se devait, dans un procès politique, de ne choisir qu'un avocat communiste. Il refusa donc.
Le Tribunal militaire désigna, selon la loi, deux avocats du bureau d'Alger, un jeune stagiaire, Maître Smadja, et Maître Lainé, partisan de l'Algérie française. Ce dernier plaida techniquement, comme pour un crime de droit commun. On n'avait jamais, de mémoires d'annales judiciaires, infligé de peine capitale pour celui qui ne blessa, ne tua ni ne voulut le faire, soutiendra-t-il avec talent.
Iveton fut condamné à mort.
Son pourvoi en cassation rejeté, son recours en grâce soumis au Président de la République, René Coty, je n'entendis plus parler de cette affaire avant la nuit qui précéda l'exécution.
Les communistes ne se préoccupèrent d'Iveton qu'après l'arrêt de mort. Avec eux, avec la Ligue des Droits de l'homme, Mgr Duval, évêque d'Alger, et certains intellectuels engagés, moi aussi, en démarches désespérées.
Le téléphone sonna jusqu'à l'aube. Jusqu'à l'heure fatale.
Coty voulut faire un exemple. Le sens politique de sa décision n'échappa à personne. Il importait peu que le crime ne signifiât qu'une "explosion-appel", une "explosion-témoignage". Le premier européen mêlé au terrorisme algérien devait avoir la tête tranchée?
Et elle le fut, au petit matin, dans la cour de la prison de Barberousse.
Iveton marcha au supplice avec ses trente ans et le courage des grands".
 
( Gisèle Halimi, p.179-182).
 
* Gisèle Halimi venait de sauver 17 condamnés à mort dans l'affaire des meurtres d'européens à Philippeville (aujourd'hui Skida) en prouvant que leurs aveux avaient été obtenus sous la torture de l'armée française et correspondait à des constats de médecins légistes qui étaient faux et bâclés, l'exhumation des cadavres des victimes européennes le prouvant.
 
Lire aussi:
 
Fernand Iveton et Hélène Ksiazek, sa fiancée

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Gisèle Halimi à propos de l'exécution de Fernand Iveton dans "Le lait de l'oranger", ses mémoires de 1988

Gisèle Halimi raconte dans "Le lait de l'oranger" sa proximité avec le Parti communiste dans sa jeunesse. Elle milite pour le Parti communiste tunisien dans son adolescence et est accueilli à Paris par un couple de militants communistes, dans l'après-guerre, pour faire ses études de droit et de philosophie.

 

Gisèle Halimi, "Le Lait de l'oranger":
 
"C'est un peu plus tard que je me suis mis à fréquenter, avec Gaby, la maison de mon oncle Jacques.
Mon père me parlait avec colère de son frère et de sa "clique". Ce terme englobait, au-delà de l'épouse ("sa complice"), les "Arabes", les "pouilleux", et les "communistes", présents toutes les semaines sur les lieux, pour la réunion de cellule.
En secret, il admirait la culture politique de son frère - Marx, Staline, Maurice Thorez...- et sa détermination. S'avouer communiste, risquer d'être fusillé par les Allemands en 1943, accepter, revendiquer même sa marginalité, voilà qui méritait considération. Mais en même temps, ce Jacques le dérangeait.
Fortunée, elle, ne l'aimait pas.
Les raisons ne lui manquaient guère. D'abord Jacques se proclamait athée. "Dieu soit loué... et mes appartements aussi!" avait-il coutume de lancer en arrivant chez nous, sur le ton de l'incantation religieuse. Provocation qui la hérissait et nous faisait pouffer de rire, Gaby et moi.
Marcelle, ma tante, avait réussi une performance unique pour son époque. Bien que femme et autodidacte, elle régnait sur le cabinet d'un grand avocat comme premier clerc, en fait "homme" de confiance décidant de tout. De l'organisation même des affaires, de l'étude des dossiers, des audiences devant les tribunaux. Experte incontestée, elle se livrait avec Edouard à des joutes techniques, en jargon procédural de surplus, qui agaçaient Fortunée, de tempérament plutôt jaloux.
Enfin, inutile de le nier, l'oncle Jacques exerçait sur nous, les filles, une séduction dangereuse. Ne nous entraînait-il pas vers des fréquentations détestables avec ces communistes de peu de foi? Appréhensions qui se révélèrent quelque peu justifiées. Très vite, je lus des brochures, participai à des discussions avec les camarades, partageai - sommairement - avec eux un programme d'antiracisme, d'égalité et de justice sociale. La bataille anticolonialiste me motiva très tôt.
J'allais même jusqu'à vendre dans les rues l'hebdo du Parti.
Le dimanche matin, je sortais furtivement de chez moi, passais chez mon oncle, comptais mes journaux et me plaçais au grand carrefour de l'avenue Jules-Ferry, à l'angle même de l'immeuble de "La Dépêche tunisienne", organe, orgueil, et symbole de la présence française. Comme un camelot rompu à cette pratique, j'interpellais les passants: "Achetez "L'Avenir de la Tunisie", organe central du Parti communiste tunisien... Lisez L'Avenir! ... "
Des bras m'écartaient sans aménité, des lippes de mépris me toisaient, je ne perdais rien de mon assurance. Je martelais mon annonce d'une voix forte et fourrais d'autorité le journal sous le nez des promeneurs: "A-che-tez L'A-ve-nir de la Tu-ni-sie, or-ga-ne cen-tral du Par-ti com-mu-nis-te-tu-nis-sien". Je m'époumonais, sans complexe. Je voulais édifier les masses. Je discutais, avec les réticents ou avec ceux que le spectacle, insolite à l'époque, de cette gamine défendant sur la voie publique une cause difficile intriguait". (...)
Mon féminisme embryonnaire m'entraîna à fonder avec un petit groupe, et sous l'aile tutélaire des communistes, l'Union des jeunes filles de Tunisie. "
 
Gisèle Halimi, "Le Lait de l'oranger"
 
* On est en 1944, Jacques son oncle était résistant communiste contre Vichy et l'occupation allemande de la Tunisie, Edouard est son père, Fortunée sa mère, Gaby sa sœur.
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18 décembre 2024 3 18 /12 /décembre /2024 06:31
Georges Ibrahim Abdallah doit être libéré - Blogs Médiapart, Tribune collective du 17 décembre
Tribune 17 décembre 2024
 
En 2025, Georges Abdallah doit être libéré !
Georges Abdallah est un militant communiste libanais emprisonné en France depuis plus de 40 ans. Sa demande de libération conditionnelle a été acceptée par le tribunal d'application des peines. Le parquet a immédiatement fait appel de cette décision. Alors qu’une nouvelle audience doit se tenir, un large ensemble de personnalités réaffirment « leur engagement en faveur de la libération de celui qui est devenu le plus ancien prisonnier politique d’Europe ».
Georges Abdallah est un militant communiste libanais emprisonné en France depuis plus de 40 ans. Engagé aux côtés des peuples palestinien et libanais contre les invasions du Liban par l’armée israélienne en 1978 et 1982 et co-fondateur des Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises (FARL), il est finalement arrêté à Lyon le 24 octobre 1984.
Lors d’un procès politique qui est le théâtre de nombreuses irrégularités, il est condamné à la perpétuité. Le procureur avait requis 10 ans de détention.
Libérable d’après le droit français depuis 1999, Georges Abdallah a fait neuf demandes de libération. En 2013, elle est acceptée par le tribunal d’application des peines et conditionnée à la signature d’un arrêté d’expulsion vers le Liban. Le Ministère de l’Intérieur refuse de le signer pour l’expulser en arguant le refus de repentir de Georges Abdallah. Lors d’une audience du tribunal administratif pour statuer sur son expulsion en janvier 2022, la rapporteure publique avait déclaré « qu’il est bien évident que le maintien en détention [de Georges Abdallah] obéit à des considérations de nature extra-juridiques ».
En juin 2023, l’avocat de Georges Abdallah, Maître Jean-Louis Chalanset, a déposé une nouvelle demande de libération conditionnelle devant le juge d’Application des Peines de Paris. Le Tribunal d’Application des Peines a tenu une audience à Lannemezan le 7 octobre dernier afin de statuer sur cette demande.
Vendredi 15 novembre 2024, sa demande de libération conditionnelle a été acceptée par le tribunal d'application des peines. Celle-ci est subordonnée à la condition de quitter le territoire national et de ne plus y paraître et non plus à un arrêté d’expulsion dépendant du Ministère de l’Intérieur, ce qui constitue une première victoire importante. Le parquet a immédiatement fait appel de cette décision.
Alors qu’une nouvelle audience doit se tenir le 19 décembre 2024, nous réaffirmons notre engagement en faveur de la libération de celui qui est devenu le plus ancien prisonnier politique d’Europe. L’acharnement des autorités françaises contre Georges Abdallah n’a que trop duré. En 2025, il doit retourner vivre libre dans son pays, le Liban !
 
Signataires :
Jean Abaul, président CNCP - Martinique
Robert Abdallah, frère et porte-parole de la campagne libanaise pour la libération de Georges abdallah
Sarah Abdel-Motaleb, National Lawyers Guild (USA)
Fidaa AbdFatah, avocate
Nahla Abdo, Chancellor's Professor
Rabab Abdulhadi, chercheuse (USA
Pierre Abi Saab, journaliste
Malek Abisaab, professeur (McGill University)
Gilbert Achcar, auteur et professeur (Université de Londres)
Suzanne Adely, présidente de la National Lawyers Guild
Nassim Aissou, analyste Moyen-Orient
Norman Ajari, Maître de conférence University of Edinburgh
Bassam Al Kantar, chercheur
Osamah Alabdulrahim, Kuwaiti Progressive Movement
José Alcala, réalisateur
Zahra Ali, Universitaire, Rutgers University (USA)
Omar Alsoumi, porte-parole d'Urgence Palestine
Jean-Claude Amara, porte-parole de Droits Devant!
Lydia Amarouche, éditrice
Salah Amokrane, militant pour l'égalité Toulouse
Klaod An Duigou, syndicaliste
Joseph Andras, écrivain
Ariane Anemoyannis, porte-parole du Poing Levé
Raphaël Arnault, député
Nathalie Arthaud, Porte-Parole de Lutte Ouvrière
Sihame Assbague, journaliste et militante
Jean Asselmeyer, réalisateur
Simon Assoun, éducateur spécialisé et porte-parole de Tsedek!
Manon Aubry, députée Européene FI
Ron Augustin, éditeur
Olivier Azam, réalisateur
Paola Bacchetta, sociologue et professeur Université de Berkeley
Etienne Balibar, philosophe
Salwa Banna, romancière palestinienne
Ludivine Bantigny, historienne
Khaled Barakat, ecrivain et militant
Frank Barat, auteur et producteur
Docteur Ramzy Baroud, journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle
Pernando Barrena, député Européen Euskal Herria Bildu (Pays basque espagnol)
Jean-Pierre Bastid, cinéaste et écrivain
Al Baylac, écrivain
Yessa Belkhodja, co-fondatrice du Collectif Défense des Jeunes du Mantois
Judith Bello, United National Antiwar Coalition
Hajer Ben Boubaker, historienne et chercheuse indépendante
Manel Ben Boubaker, enseignante, autrice et syndicaliste
Laila Benderra, pédiatre
Stéphane Berard, artiste
Antonin Bernanos, militant antifasciste
Judith Bernard, metteuse en scène
Olivier Besancenot, ancien candidat à la présidentielle
Manuel Bompard, coordinateur nation FI et député FI
Véronique Bontemps, anthropologue - CNRS
Catherine Boskowitz, metteuse en scène
Saïd Bouamama, sociologue, auteur et militant
Laura Bouillic, éditrice
Alima Boumediene Thiéry, avocate et militante associative
Jacques-Marie Bourget, journalitse
Youssef Boussoumah, militant décolonial
Gabriel Boutan, étudiant et co-fondateur de Tsedek!
Houria Bouteldja, militante décoloniale
José Bové, paysan retraité et ancien député Européen
Erig Bainvel, Militant de la Gauche Indépendantiste Bretonnert conseiller Municipal (St Herblain)
Rony Brauman, médecin et essayiste
Gaël Briand, conseiller regionale et municipal (Lorient)
Sebastian Bugden, Directeur éditorial-Verso Books
Anton Burel, militant de la Gauche Indépendantiste Bretonne et conseiller Municipal (Cintré/Kentreg)
François Burgat, politologue
Mark Burton, National Lawyers Guild (USA)
Fabrice Cadou, Fsu Morlaix-Montroulez
Matteo Capasso, University of Venice, Marie Curie Reseasercher
Pierre Carles, réalisateur
Rita Carlos, sociologue
Benjamin Carrot, photographe Encrage
Carmen Castillo, cinéaste
Laurence Chable, comédienne
Leïla Chaibi, députée Européenne FI
Luc Chauvin, éditeur
Ismahane Chouder, enseignante et formatrice
Irene Clausen, Boykot Israel (Danemark)
Jean Clément, Porte-parole de la Campagne Unitaire pour la Libération de Georges Abdallah
Jason Cohen, Friends of Swazi Freedom (USA
Kathleen Copps, BDS Vancouver/Coast Salish Territories
Éric Coquerel, député
Philippe Corcuff, professeur des universités (Science Politiques Lyon)
Enzo Cormann, écrivain
Annick Coupé, militante altermondialiste
Fatima Daas, autrice
Laurence De Cock, autrice et historienne
Laurent De Wangen, enseignant
Gérard Delteil, écrivain
Chris Den Hond, journaliste
Elsa Diaz Torres, conseillère municipale (Melle)
Douce Dibondo, écrivaine
Alexandra Dols, artiste et réalisatrice
Elsa Dorlin, philosophe et professeur Université Toulouse Jean-Jaurés
Nicolas Dot-Pouillard, checheur en sciences politiques (Beyrouth - Liban)
Peio Dufau, député Euskal Herria Bai-NFP
David Dufresnes, écrivain et réalisateur
Charlotte Dugrand, éditrice et correctrice
Ismaël Dupont, conseiller départemental communiste (Finistère), conseiller municipal (Morlaix)
Assia El Kasmi, éditrice
Christo El Morr, professeur-York University
Paul Elek, doctorant
Annie Ernaux, prix Nobel de littérature
Christian Etelin, avocat
Marie-Christine Etelin, avocate honoraire
André Fadda, syndicaliste
Mireille Fanon Mendès France, fondation Frantz Fanon
Navid Farnia, Wayne State University
Nina Faure, autrice et réalisatrice
Sara Flounders, International Action Center
Sebastien Fontenelle, auteur et journaliste
Emma Fourreau, députée Européenne France Insoumise
Estrella Galán, députée Européenne Sumar (Espagne)
Patrick Gambache, adjoint à Morlaix
Isabelle Garo, philosophe
Sabah Ghandour, Professeur retraité
Denis Gheerbrant, cinéaste
Terri Ginsberg, professeure
Alain Giraudie, cinéaste
Liliane Giraudon, écrivain
Jean-Marie Goater, conseiller municipalet communautaire (Rennes)
Jeanne Gobin, photographe Encrage
Dominique Grange, chanteuse engagée
Jeannette Graulau, professeure CUNY (USA)
Alain Gresh, journaliste
Céline Grillon, documentariste et réalisatrice
Thomas Grimonprez, enseignant
Robert Guediguian, rélaisateur et producteur
Thierry Guitard, auteur et illustrateur
Habibitch, danseuse et chorégraphe
Sarah Haidar, écrivaine
Salah Hamouri, avocat franco-palestinien
Kaoutar Harchi, écrivaine et sociologue
Mathilde Hary, porte-parole Euskal Herria Bai
Rima Hassan, députée Européenne FI
Sarah Hassenforder, dramaturge
Jacqueline Héré, conseillère départementale du Finistère et maire de quartier à Brest (PCF)
Charles Hoareau, syndicaliste
Amanda Jacquel, autrice et journaliste
Joseph Jamison, US Peace Council
Chantal Jaquet, philosophe et professeure émérite Unviversité Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Iqbal Jassat, Media Review Network (Afrique du Sud)
Salam Jawad, productrice - Orok Films
Pascale Jeay, assistante sociale
Mathieu Jeuland, Collectif Vacarme(s) Films
Nadav Joffe, militant Tsedek!
Jean Kader, photographe Encrage
Charlotte Kates, coordinatrice internationale de Samidoun
Bruce Katz, Palestinian and Jewish Unity (PAJU)
Sarah Katz, socio-démographe et coordinatrice des actions de l'UJFP avec Gaza
Anasse Kazib, porte-parole de Révolution Permanente
Léo Kekemenis, photographe Encrage
Razmig Keucheyan, sociologue
John King, New York University, Associate Adjunct Professor
David Klein, professeur émérite California State University Northridge
Stathis Kouvelakis, philosophe
Hubert Krivine, physicien
Souad Labbiz, autrice
Selma Labib, Porte-Parole du NPA-Révolutionnaires
Thomas Lacoste, cinéaste - La bande passante
James Lafferty, National Lawyers Guild (Los Angeles)
Arlette Laguiller, ancienne candidate aux élections présidentielles, porte-parole Lutte Ouvrière
Leopold Lambert, architecte et éditeur
Alfred Lang, journalitse (Danemark)
Mathilde Larrère, historienne
Stéphanie Latte Abdallah, historienne
Arnaud Legall, député FI
Nina Lendal, coordinatrice de Colombia Solidarity (Danemark)
Didier Lestrade, journaliste et écrivain
Frédéric Lordon, philosophe
Lena Louarn, vice-présidente du conseil regional de bretagne Roazhoan-rennes
Christian Mahieux, éditeur Syllepse
Noël Mamère, journaliste et homme politique
Toufan Manoutcheri, comédienne et autrice
Elsa Marcel, avocate au barreau de Saint-Denis
Fabio Marcelli, CRED
Maguy Marin, chorégraphe
Tom Martin, porte-parole du collectif Palestine Vaincra
Catarina Martins, députée Européenne Bloco de Esquerda (Portugal)
Corinne Masiero, actrice
Isabelle Mazelin, adjointe au maire PCF (Relecq-Kerhuon)
Jean-Luc Mélenchon, homme politique et ancien candidat à la présidentiel
Avigail Melka, membre de Tsedek!
Victor Mendez, Porte-Parole du NPA Jeunes Révolutionnaires
Jean-Pierre Mercier, Porte-Parole de Lutte Ouvrière
Morgane Merteuil, Militante féministe
Gustave Massiah, économiste
Marina Mesure, Députée européen France Insoumise
Bill Meyer, Président du Peace Council (Michigan)
Adam Mitelberg, AED et membre de Tsedek!
Raphaëlle Mizony, Porte-Parole du NPA Jeunes Révolutionnaires
Marie-José Mondzain, philosophe
Irene Montero, députée Européenne Podemos (Espagne)
Monira Moon, militante antiraciste et décoloniale
Rémi Moons, photographe Encrage
Monica Moorehead, Workers World Party
Corinna Mullin, CUNY for Palestine (USA)
Sara Mychkine, écrivaine
Mystique, dj (Marseille)
Rehab Nazzal, artiste (Canada)
Hannah Nelson, photographe Encrage
Immanuel Ness, public university in NYC
Sol Netra, éditeur
Olivier Neveux, universitaire
NnoMan, photographe
Nicolas Norrito, éditeur
Orsso, musicien (Marseille)
Karima Ouaghenim, éditrice
Miel Pagès, écrivaine
Ugo Palheta, sociologue et professeur Université de Lille
Thierry Perennes, comité Nathalie Le Mel
Mireille Perrier, actrice
Primael Petit, militant de la Gauche Indépendantiste Bretonne et Conseiller municpal St Herblain
Julien Pitinome, photographe Encrage
Thomas Portes, député FI
Christine Poupin, porte-parole du NPA
Philippe Poutou, ancien candidat à la présidentielle
François Pradal, responsable de recherche et membre d eTsedek!
Serge Quadruppani, romancier et essayiste
Nathalie Quintane, autrice et enseignante
Gaël Quirante, Porte-Parole du NPA- Révolutionnaires
Lissell Quiroz, historienne et professeur Université de Cergy
Tancrène Ramonet, réalisateur
Jacques Rancière, Philosophe et professeur honoraire (Unviversité Paris VIII)
Jacques Rannou, maire délégué (Kernevel)
Marie Reynal, comédienne et metteuse en scène
Houyem Rebai, enseignante, militante et autrice
Mouhad Reghif, porte-parole de Bruxelles Panthères
Milady Renoir, poétesse au service de la lutte des sans papiers
Fabrice Riceputi, historien
Anita Richard, conseillere municipale (Rosporden Kernevel)
Mathieu Rigouste, chercheur indépendant
Bernard Ripert, avocat
Joyce Rivière, écrivaine et poètesse juive antisioniste
Gaël Roblin, Conseiller Municipal de la ville de Guingamp/Gwengamp
Michel Rodinson, Responsable du journal Lutte Ouvrière
Liliane Rovere, Comédienne
Jonathan Ruff, cofondateur du collectif Tsedek!
Robert Sae, responsable aux affaires extérieures CNCP - Martinique
Elodie Safaris, journaliste.
Nordine Saïdi, membre de Bruxelles Panthères et Mouvement Citoyen Palestine
Pauline Salingue, porte-parole du NPA
Aziz Salmone Fall, politologue
Catherine Samary, économiste
Mariana Sanchez, éditeur Syllepse
Sasha Yaropolskaya, militante à Révolution Permanente et Du Pain et de Roses
Martha Schmidt, National Lawyers Guild (USA)
Heike Schotten, Professor of Political Science, University of Massachusetts Boston
Jean-christophe Sellin, Co-coordinateur national du Parti de Gauche
Isabel Serra Sanchez, députée Européenne Podemos (Espagne)
Bachir Sfeir, journaliste
Ramy Shaath, militant palestinien et ancien prisonnier politique en Egypte
Yoav Shemer-Kunz, politologue (Université de Strasbourg)
Michèle Sibony, porte-parole UJFP
Sylvain Silverstein, éditeur Syllepse
Jean-François Sivadier, metteur en scène
Skalpel, rappeur
Omar Slaouti, militant antiraciste et élu de la ville d'Argenteuil.
Anthony Smith, Député européen FI
Ersilia Soudais, députée FI
Maboula Soumahoro, cofondatrice du Black History Month
Pierre Stambul, porte-parole de l'UJFP
Mark stern, National Lawyers Guild (USA)
Taoufiq Tahani, maître de Conférences (Université de Lille)
Tardi, dessinateur
Pierre Tevanian, philosophe et co-animateur de LMSI.NET
Enzo Traverso, historien
Cheryl Trine, avocate (USA)
Anne Tuaillon, présidente de l'Association France Palestine Solidarité
Tulyppe, photographe Encrage
Francoise Vergès, autrice
Thomas Vescovi, doctorant en etudes politiques
Dominique Vidal, journaliste et essayiste
Marie-Pierre Vieu, éditrice
Irvin Violette, syndicaliste
Luz Volckmann, écrivaine
Léo Walter, ancien député
Roger Waters, musicien et militant
Eileen Weitzman, avocat
Wissam Xelka, streameur et militant décolonial
Cem Yoldas, porte-parole de la Jeune Garde
Louisa Yousfi, journaliste et autrice
Sophie Zafari, syndicaliste
Olivia Zemor, présidente de CAPJPO-Europalestine
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18 décembre 2024 3 18 /12 /décembre /2024 06:30

Ouest-France

« Nous sommes laminés » : Morlaix communauté se prépare à faire 2,2 millions d’euros d’économie
Zoé BOIRON.

Publié le

Les indicateurs sont au rouge pour les finances de Morlaix communauté (Finistère). Premier signal : la collectivité va perdre 630 000 € de recette en raison d’une TVA atone en 2024, a annoncé Jean-Paul Vermot, président, en conseil, lundi 16 décembre 2024.

Lundi 16 décembre 2024, le président et des conseillers communautaires ont déploré les efforts financiers demandés par l’État aux collectivités. Le conseil se refuse à procéder à des coupes franches, notamment dans la culture.

Lundi 16 décembre 2024, le président et des conseillers communautaires ont déploré les efforts financiers demandés par l’État aux collectivités. Le conseil se refuse à procéder à des coupes franches, notamment dans la culture. | OUEST-FRANCE

« Nous sommes laminés depuis plusieurs années et nous ne sommes pas responsables de la dérive des comptes publics » : ces mots, prononcés par Guy Pennec, vice-président de Morlaix communauté (Finistère), ont résumé la pensée générale, lundi 16 décembre 2024, en séance de conseil communautaire.

« Il faut éviter des coupes sombres »

La collectivité fait face à « une perte sèche de 630 000 € de recette », en raison d’une TVA atone, a fait savoir son président, Jean-Paul Vermot, alors que le budget de l’État n’est pas encore voté et que celui de l’agglomération le sera en mars.

Lire aussi : Morlaix Co ne fléchit pas sur la culture : plus de 320 000 € pour les bibliothèques et les écoles

« Cette fraction de TVA » qui remplace une partie de la taxe d’habitation et la CVAE, « est très importante pour Morlaix communauté puisqu’elle représente 38 % de nos recettes », abondait François Girotto, vice-président chargé des finances. « Nous étions inquiets, a repris le président, sur la transformation de taxes et impôts solides, prévisibles, en fraction de la TVA qui, par essence, fluctue. »

« La voie d’équilibre sera ténue »

Les différentes mesures de l’État « mises bout à bout », Morlaix communauté se prépare à faire 2,2 millions d’euros d’économie entre les budgets 2024 et 2025. « Il faut absolument éviter des coupes sombres dans les budgets de nos partenaires puisque c’est la qualité de vie sur les territoires qui s’en trouvera impactée », a déclaré Jean-Paul Vermot, en citant la Région des Pays de la Loire, qui va réaliser, en 2025, 82 millions d’euros de coupes budgétaires.

Pour cela, elle supprime bon nombre de subventions dans le domaine de la culture, du sport et de l’égalité hommes-femmes. « L’équation s’est complexifiée. La voie d’équilibre, qu’il nous faudra trouver, sera ténue. »

« Vaste recentralisation de l’État »

« Les collectivités locales doivent avoir des budgets à l’équilibre, a rappelé Guy Pennec. On investit, on rembourse nos emprunts, on fait vivre l’économie locale. » L’élu, maire de Plourin-lès-Morlaix et membre de l’association Territoires en résistance pour le grand âge, est revenu sur la situation exsangue des Ehpad (Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), à l’instar de Julien Kerguillec, vice-président à la culture et maire de Pleyber-Christ.

Ismaël Dupont, élu communiste à Morlaix, et Sébastien Marie, maire de Plounéour-Ménez, ont tous deux pointé la « vaste recentralisation de l’État » depuis sept ans. « Les collectivités sont de plus en plus assujetties aux préfectures, à l’État, avec des niveaux de financement qui ne sont plus garanties sur la durée. Ce pouvoir exécutif ne repose pas sur une base d’élus locaux et est complètement hors-sol par rapport aux besoins des collectivités locales », a réagi le premier.

Le maire de Plounéour-Ménez lui a emboîté le pas : « L’organisation de l’État est complètement arriérée avec des élus nationaux déconnectés, a-t-il pointé. On récupère tout ce dont se décharge l’État mais on a de moins en moins d’autonomie financière. »

https://www.ouest-france.fr/economie/budget-collectivites-etat/nous-sommes-lamines-morlaix-communaute-se-prepare-a-faire-2-2-millions-deuros-deconomie-ba0e20f0-bc82-11ef-b5d6-7870d96100f5

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18 décembre 2024 3 18 /12 /décembre /2024 06:28

Ouest-France

ENTRETIEN. Avec sa BD, Inès Léraud veut aider à « mieux comprendre l’histoire des agriculteurs »
Recueilli par Pierre FONTANIER.

Publié le

Après le succès de sa bande dessinée coup de poing « Algues vertes, l’histoire interdite », la journaliste d’investigation Inès Léraud publie « Champs de bataille, l’histoire enfouie du remembrement ». Elle revient sur cette réorganisation foncière, rurale, intervenue au cours du siècle dernier. Mais aussi, et surtout, sur ses conséquences.

Inès Léraud, journaliste d’investigation, publie sa deuxième BD : « Champs de bataille, l’histoire enfouie du remembrement ».

Inès Léraud, journaliste d’investigation, publie sa deuxième BD : « Champs de bataille, l’histoire enfouie du remembrement ». | CAMILLE DE CHENAY

Journaliste d’investigation indépendante, Inès Léraud, originaire de Saumur (Maine-et-Loire), vit en Bretagne. Après avoir enquêté pour France Culture sur l’agriculture bretonne, elle a scénarisé en 2019 sa première BD, Algues vertes, l’histoire interdite, dessinée par Pierre Van Hove et coéditée par Delcourt et La Revue dessinée. Tout comme Champs de bataille, l’histoire enfouie du remembrement, parue le 20 novembre 2024.

Après Algues vertes, l’histoire interdite, vous publiez Champs de bataille, l’histoire enfouie du remembrement. Ce sont deux sujets très liés…

C’est concomitant, ces sujets me sont apparus nécessaires en quittant Paris pour m’installer en Centre-Bretagne. À Maël-Pestivien (Côtes-d’Armor), j’ai réalisé combien le remembrement avait été un moment de bascule, à quel point il y avait eu un avant et un après. C’est presque un épisode anthropomorphique dans la vie des gens, émaillé de violences policières sur des paysans. C’est un sujet un peu lointain et il m’a été difficile de trouver des témoins du passé. Mais c’est vrai que les deux sujets se répondent : les algues vertes (phénomène causé par la pollution de l’eau par les nitrates en Bretagne) sont le produit de l’agriculture intensive mise en place grâce au remembrement.

À quels obstacles vous êtes-vous heurtée au fil de ces quatre ans d’enquête ?

Il n’y a pas eu de pression particulière comme pour Algues vertes, qui était un sujet brûlant, sensible, avec des gens qui avaient des choses à cacher et craignaient que je les dévoile. Là, j’ai été confrontée au mutisme des témoins du remembrement, qu’ils comparaient à une guerre. Leur mémoire était très intériorisée. C’était comme indicible, les gens n’avaient pas transmis ça dans leurs familles. Mon objectif était de rassembler les éléments du puzzle. J’étais à la limite de l’exercice journalistique, je n’aurais rien pu faire avec la seule collecte de témoignages, il fallait que je passe par la case archives. Mais beaucoup de témoins avaient gardé des coupures de presse précieuses.

"La résistance est allée très loin, la Bretagne, c’est la seule région où des attentats ont été commis contre les bulldozers et plusieurs remembrements ont été effectués sous la contrainte policière."

 

— Inès Léraud, journaliste d’investigation

 

Vous évoquez une diversité politique et sociale chez les « pro » et les « anti » remembrement…

Des figures très fortes portaient le remembrement, chez les pétainistes comme chez les communistes. Et les « anti » étaient autant de droite que de gauche. Les « pro » étaient portés par l’idéologie des Trente Glorieuses, celle du progrès, de l’émancipation par la technique. L’idée que demain sera toujours mieux qu’aujourd’hui a transcendé les classes politiques. La première remise en question de cette idéologie, elle vient de René Dumont, premier candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1974.

Le remembrement a-t-il été plus violent en Bretagne qu’ailleurs ?

Le remembrement a eu lieu partout dans la moitié nord de la France. J’ai pu étudier le Limousin, les Pays de la Loire, la Bretagne et la Normandie. Dans l’Est, ça a été un énorme chantier avec des contestations et un profond déni de démocratie. Mais c’est vrai que je ne me suis pas installée en Bretagne par hasard, la paysannerie y était particulièrement pauvre et peu développée dans les années 1950. En une décennie, elle a fait un énorme bond, un saut très rapide pour devenir une des régions les plus productives. C’est un laboratoire particulièrement intéressant à étudier.

La résistance est allée très loin, c’est la seule région où des attentats ont été commis contre les bulldozers et plusieurs remembrements ont été effectués sous la contrainte policière. Cette région avait une image d’arriérée, mais c’était au regard d’une volonté étatique de la moderniser. Sa culture et son identité ont perduré plus longtemps. Le remembrement a détruit les spécificités paysagères du territoire, sa langue… C’est la prise de pouvoir de la puissance économique et administrative.

Revue dessinée, 150 pages, 23,50 €. | INÈS LÉRAUD / PIERRE VAN HOVE / DELCOURT-LA REVUE DESSINÉE

Quelles sont les conséquences les plus graves de ce remembrement « autoritaire » ?

L’injustice et l’inégalité dans la redistribution des parcelles. Les agriculteurs syndiqués à la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), le plus puissant syndicat de la profession, étaient juges et parties, ils ont fait une razzia sur les meilleures terres. Le remembrement a aussi entraîné des choix absurdes faits sur des cartes, comme l’arasement de talus indispensables pour empêcher l’érosion de sols en pente. Les communes étaient des communautés avec des gens qui travaillaient ensemble, étaient solidaires. Aujourd’hui encore, des habitants et leurs descendants se détestent. En Normandie, je me suis rendue dans des communes clivées où il y a deux bars, deux sociétés de chasse, ceux des « anti » et ceux des « pro ». Le plus grave, c’est que la société paysanne était très résistante aux aléas climatiques, elle fonctionnait avec le bocage.

"Je veux être un trait d’union entre paysans et population car on est vraiment divisés."

— Inès Léraud, journaliste d’investigation

Un remembrement « à l’amiable » aurait-il été possible ?

Oui. Même s’il était indispensable de faire évoluer, structurer et araser, ce bocage avait des intérêts écologiques énormes. On a liquidé cette société qui aurait pu être une source d’inspiration pour faire face à la crise climatique. Aujourd’hui, 30 % des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté, c’est la catégorie socioprofessionnelle qui se suicide le plus, a les plus mauvaises retraites et les campagnes se sont vidées. L’agriculture industrielle est néfaste pour l’environnement, alors que l’agriculture paysanne est vertueuse. Elle a un rôle social, environnemental et nourricier. C’est un levier. Mais ceux qui veulent s’installer peinent à obtenir des terres. C’est le principal verrou contre lequel il faut se battre pour favoriser l’installation de nouvelles fermes. On est passé de 7 millions d’agriculteurs en 1945 à 400 000 aujourd’hui et on en prévoit 200 000 dans dix ans. On est en train de perdre notre force nourricière alors qu’on était le principal producteur d’Europe.

Le succès d’Algues vertes a été fulgurant, il a entraîné le film de Pierre Jolivet, un BD-concert… Qu’attendez-vous de cette nouvelle BD ?

Algues vertes était un cri de dénonciation, une envie de décortiquer un tabou, un système clairement nocif et qu’il était difficile de nommer comme tel. Là, je veux être un trait d’union entre paysans et population car on est vraiment divisés, alors qu’on voit qu’on peut réussir des combats quand les agriculteurs et le peuple s’allient. L’idée de cette BD est de mieux comprendre l’histoire des agriculteurs.

https://www.ouest-france.fr/culture/bande-dessinee/entretien-avec-sa-bd-ines-leraud-veut-aider-a-mieux-comprendre-lhistoire-des-agriculteurs-710cca30-b248-11ef-a8ca-075099a0d9c7

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18 décembre 2024 3 18 /12 /décembre /2024 06:24
Ouest-France
Médecin, courses… Du covoiturage « au plus près de chez soi » pour les habitants de Morlaix Co
Zoé BOIRON.

Publié le

Après s’être concentrée sur les trajets domicile-travail, l’association Ehop va proposer un nouveau service de covoiturage aux habitants du territoire de Morlaix communauté (Finistère). Le projet « Ehop au plus près de chez moi » vise cette fois les trajets pour les activités du quotidien : loisirs, soins, achats...

Morlaix communauté (Finistère) renouvelle son engagement envers l’association Ehop, qui va, à partir du 1er janvier 2025, porter un projet de covoiturage de proximité, pour les trajets du quotidien, en plus de la promotion des trajets domicile-travail. Photo d’illustration.

Morlaix communauté (Finistère) renouvelle son engagement envers l’association Ehop, qui va, à partir du 1er janvier 2025, porter un projet de covoiturage de proximité, pour les trajets du quotidien, en plus de la promotion des trajets domicile-travail. Photo d’illustration. | ARCHIVES OUEST-FRANCE

« Il ne s’agit pas de faire de l’incitation ou la promotion du covoiturage, mais bien d’outils concrets » : vice-président en charge de la mobilité, Roger Héré a présenté lundi 16 décembre 2024, lors du conseil, un nouveau projet de covoiturage sur le territoire de Morlaix communauté (Finistère). L’association Ehop, avec laquelle travaille l’agglomération depuis 2018, va développer du covoiturage à destination des habitants pour les trajets du quotidien : achats, loisirs, rendez-vous médicaux…

Appels et demandes centralisés

Ce projet « Ehop près de chez moi » devrait s’intituler à terme « Morlaix covoit’ ». Concrètement, à partir du 1er janvier 2025, une personne d’Ehop centralisera les appels et mettra en relation les covoitureurs.

Ce covoiturage « de proximité » poursuit un « un objectif social d’accès à la mobilité », et veut lutter contre l’autosolisme (1), toujours « très important ». « C’est le mode naturel de déplacement, mais il y a un changement à opérer », a soutenu Roger Héré.

90 000 € sur trois ans

Pour mettre en œuvre ce projet, les élus ont adopté, lundi soir, une nouvelle convention triennale avec Ehop. Elle court du 1er janvier 2025 au 31 juillet 2027 et nécessite un investissement de 30 000 € par an (2), soit 90 000 € au total. Le projet étant éligible au dispositif Fonds vert de l’État, seuls 50% du coût seraient supportés par Morlaix communauté.

La convention formalise aussi la poursuite de la promotion du covoiturage pour les trajets domicile-travail en lien avec les entreprises, les communes et les structures d’insertion. Ici, l’investissement de Morlaix communauté est de 7 000 € par an.

(1) Le fait de circuler seul dans une automobile

(2) Dont 15 000 € déjà investis depuis le 30 juillet 2024 et 15 000 € du 1er janvier au 31 juillet 2027.

https://www.ouest-france.fr/economie/transports/covoiturage/medecin-courses-du-covoiturage-au-plus-pres-de-chez-soi-pour-les-habitants-de-morlaix-co-99704712-bc53-11ef-b5d6-7870d96100f5

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