On oublie pas : Au petit matin du 11 février 1957, Fernand Iveton est guillotiné, exécuté à la prison Barberousse à Alger, en même temps que les deux autres patriotes algériens Mohamed Ounnouri et Ahmed Lakhnache.
"Fernand Iveton est né à Alger le 12 juin 1926. Il a un peu plus de trente ans quand il est guillotiné le 11 février 1957 à la prison de Barberousse d’Alger.
Le père, Pascal, enfant recueilli par l’Assistance Publique avait reçu le nom patronymique d’Iveton. Pascal vécut dans un quartier populaire d’Alger, le Clos Salembier (aujourd’hui El Madania). Communiste et syndicaliste, Pascal Iveton fut révoqué sous le régime de Vichy de son emploi à Électricité et Gaz d’Algérie (EG.A.).
Fernand, son fils, suivit son exemple en devenant employé de l’usine à gaz d’El-Hamma au Ruisseau. En 1943, il adhère à la section de la Redoute (un quartier proche du Clos Salembier) des jeunesses communistes. Il milite aux côtés d’Henri Maillot et Ahmed Akkache au sein de cette section. Quand L’Union de la Jeunesse Communiste Algérienne est dissoute pour faire place à l’Union de la Jeunesse Démocratique Algérienne qui rassemblera dans ses rangs des jeunes communistes et nationalistes et d’autres patriotes, Fernand Iveton rejoindra le cercle de la redoute de l’UJDA. Il militera également au sein des syndicats d’Algérie affiliés à la CGT de France (Confédération Générale du Travail) puis à l’UGSA (Union Générale des Syndicats Algériens) organisation syndicale algérienne qui demeurera affiliée à la CGT. Il sera désigné par les travailleurs de l’usine à gaz du Hamma comme délégué syndical.
En 1953, il épouse Hélène Ksiazek, une Polonaise émigrée en France, qu’il connut lors de l’un de ses séjours en région Parisienne. Son épouse le rejoint et ils s’installeront au Clos Salembier.
En juin 1955 il s’intègre dans les groupes armés des Combattants de la Libération au côté de Abdelkader Guerroudj, Félix Collosi, Mohamed Hachelaf, Yahia Briki, Georges Accampora et d’autres camarades communistes.
Après l’Accord FLN-PCA les Combattants de la Libération sont intégrés dans l’ALN-FLN, il fera partie du commando du Grand Alger. Après avoir participé à plusieurs actions (sabotages de wagons sur le port, incendie des Bouchonneries Internationales) il sera chargé de placer une bombe à l’usine à gaz du Hamma. Elle est déposée le 14 novembre 1956. Mais tout prouve qu’il a pris toutes ses précautions pour que la bombe ne cause que des dommages matériels. À ce propos Pierre Vidal-Naquet écrit dans sa préface à l’ouvrage de jean Luc-Einaudi « Pour l’exemple. L’affaire Fernand Iveton. Enquête » ce qui suit : « Iveton ne voulait pas d’une explosion-meurtre. Il voulait une explosion témoignage. »
Dans son ouvrage « Des douars et des Prisons » Jacqueline Guerroudj qui lui a apporté la bombe fabriquée par Abderahmane Taleb et Daniel Timsit raconte qu’elle était chargée de lui donner deux bombes. Le 25 novembre 1956, onze jours seulement après son arrestation il est passé devant le tribunal. « Dans une atmosphère de pogrom » est-il écrit dans « La guerre d’Algérie » tome 2, page 364 (ouvrage sous la direction d’Henri Alleg).
Il est condamné à mort au cours d’une parodie de procès « dans un prétoire où montaient des cris de haine et de mort ».
Le ministre français de la Justice de l’époque, François Mitterrand, et le président de la République Française refuseront de le gracier après la demande introduite par ses avocats. Le 11 février 1957 au petit matin il sera guillotiné en même temps que deux autres patriotes algériens. « Fernand Iveton, Mohammed Ouennouri et Ahmed Lakhnèche marchent courageusement au supplice. Les 3 hommes s’embrassent et clament « Vive l’Algérie libre ! » au pied de la guillotine tandis que, de la prison tout entière, s’élève un grand cri de solidarité, de colère, d’espérance. Les détenus politiques pleurent, entonnent des chants patriotiques, ébranlent de leurs poings les portes des cellules. »
Dans sa dernière lettre à son avocat Joe Nordmann, Iveton déclare : « Pour moi, seuls la lutte de notre peuple et l’appui désintéressé du peuple Français sont les gages de notre libération. » William Sportisse
Grand témoin des « Etats Généraux du Progrès Social », Florent Gueguen de la Fédération des acteurs de la solidarité intervient sur l'enjeu d'un accueil digne des migrants
Une page de l'histoire du Sinn Féin se tourne. Le 10 février, Mary Lou McDonald devrait succéder à Gerry Adams à la tête du parti de gauche irlandais. Prison, attentats, combat pour la paix, durant trentecinq années, le dirigeant a relevé de nombreux défis pour hisser ce parti au rang de seule force politique présente en Irlande du Nord et en République d'Irlande. Gerry Adams laisse surtout un acte fort, l'« accord du vendredi saint » signé le 10 avril 1998. Cet accord a mis fin à un conflit de trente ans (3 500 morts) auquel se livraient les républicains défendant l'unité entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande et les unionistes qui prônent le rattachement à la Couronne britannique. Mary Lou McDonald et le Sinn Féin avec elle devra relever le défi d'une possible arrivée au pouvoir.
Il y a peu de dirigeants politiques en Europe qui peuvent se targuer d'avoir autant marqué l'histoire contemporaine de leur pays que Gerry Adams, le président du parti de gauche irlandais Sinn Féin depuis trente-cinq ans. Il était donc logique de s'arrêter sur son parcours exceptionnel alors qu'il s'apprête à passer le relais, le 10 février. Ce jour-là, le congrès de la formation républicaine élira une nouvelle dirigeante. Le choix annoncé sera en soi un symbole du rayonnement que Gerry Adams aura grandement contribué à assurer à son parti. Il devrait, en effet, se porter sur l'actuelle vice-présidente du parti, une femme de 48 ans, originaire, non plus d'Irlande du Nord, comme l'étaient traditionnellement la plupart des responsables du Sinn Féin, mais de la République d'Irlande elle-même. La promotion de Mary Lou McDonald, hier déjà première parlementaire européenne de son parti (en 2004), aujourd'hui (depuis 2011) députée au Parlement de Dublin, illustrera ainsi à elle seule l'une des réussites les plus importantes de l'action de Gerry Adams : faire du Sinn Féin un acteur politique de premier plan dans toute l'Irlande et crédibiliser, par là même, toujours plus, l'objectif stratégique central de son parti qui est la réunification du pays.
Un peu d'histoire
Un petit rappel historique s’impose à ce propos : lors de la création du nouvel État libre d’Irlande, en 1922, les unionistes, descendants des colons anglais et écossais, majoritaires dans la région du nord du pays, avaient décidé de rattacher « leur » province à la Grande-Bretagne. Depuis, Londres considère cette partie de l’Irlande comme l’une des quatre « nations » constitutives du Royaume-Uni. Dès lors, les républicains d’Irlande du Nord, favorables au retour de la province dans la nation irlandaise, engagèrent le combat que l’on sait – y compris, par la voie militaire avec l’IRA, opposée à la Royal Ulster Constabulary – contre les forces d’occupation. Le Sinn Féin fut longtemps présenté comme la « vitrine politique » de l’IRA, et Gerry Adams comme un membre clandestin de l’IRA, ce que l’intéressé a toujours démenti.
C'est, au contraire, dans son action inlassable pour que soit définitivement tournée la page de la lutte armée au profit de la seule lutte politique que Gerry Adams a acquis sa stature de leader incontournable, tant en Irlande même que, progressivement, vis-à-vis des dirigeants britanniques successifs. Et les succès enregistrés sur cette voie sont spectaculaires.
Sans faille
L'étape clé de ce défi historique fut, on le sait, le fameux accord du vendredi saint du 10 avril 1998, par lequel unionistes et républicains d'Irlande du Nord ouvrirent la voie à une cogestion de la province dans des institutions spécifiques (Conseil des ministres et Assemblée propres à l'Irlande du Nord) et à la création d'instances de coopération entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord. En outre, Londres et Dublin s'engagèrent à reconnaître la double citoyenneté irlandaise et britannique aux habitants de l'Irlande du Nord. Cet accord fut massivement approuvé tant par les citoyens de l'Irlande du Nord que par ceux de la République d'Irlande. Encore fallait-il s'assurer, côté républicain, du respect durable de la décision arrachée deux ans auparavant à l'IRA de renoncer à la lutte armée et, dans le même temps, arriver à gérer tant bien que mal la cohabitation plus qu'atypique avec les chefs unionistes, souvent ultras et anciens ennemis jurés. Or, si cette expérience ne fut évidemment pas exempte de crises (comme c'est le cas en ce moment même), elle aura permis d'instaurer la paix dans la province et de déplacer le conflit sur le seul terrain acceptable en démocratie : celui de la politique.
« Nous allons modifier le paysage politique du tout au tout, déclara Gerry Adams. Nous allons réussir. » Depuis lors, en effet, lui qui avait subi la sinistre prison de Long Kesh sans jugement , qui fut victime de deux attentats qui ont failli lui coûter la vie ; lui, dont même la voix fut bannie de la radio britannique par Margaret Thatcher, fit preuve d'une détermination sans faille pour parvenir à cette métamorphose. Aussi, lorsque, quatre mois à peine après ce fameux « vendredi saint », un groupe dissident de l'IRA, opposé au processus de paix, fit exploser une bombe tuant 29 personnes, il se montra d'une fermeté implacable dans la condamnation de ce crime. Gerry Adams est aujourd'hui reconnu comme un homme de paix.
Mutation
Ces vingt années furent naturellement semées d'embûches. Plus d'une fois, en Irlande du Nord, de vieux démons de l'ex-IRA surgirent à nouveau, aussitôt exploités par les irréductibles adversaires du Sinn Féin. Mais jamais Gerry Adams n'a renoncé devant l'obstacle :
« Nous avons perdu l'initiative ; il faut vite la reprendre ! » m'avait-il expliqué un jour, avec sa calme assurance. En République d'Irlande, les coups reçus ne sont pas moindres. C'est que, sous la conduite de son emblématique leader, le Sinn Féin est devenu un authentique parti de gauche, proche du peuple et investi dans toutes les grandes questions sociales : « Ce qui inquiète les partis traditionnels, c'est que le Sinn Féin a réussi à capter l'électorat ouvrier et populaire au détriment des partis centristes, ce qui introduit une logique de classe dans la politique irlandaise », notait fort justement, à la veille des dernières élections générales dans la République d'Irlande, il y a tout juste deux ans, un éminent universitaire de Dublin (1).
De fait, le Sinn Féin est aujourd'hui un acteur majeur de la gauche irlandaise et européenne. « Il y a vingt ans, nous n'avions qu'un député. Aujourd'hui, nous en avons 23 en Irlande et 27 en Irlande du Nord », rappelait Gerry Adams, en annonçant son prochain départ. De fait, le Sinn Féin, seul parti présent dans les deux parties du pays, est la deuxième force politique en Irlande du Nord et la troisième en République d'Irlande. Ses parlementaires européens siègent au groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE). « L'idéologie du républicanisme irlandais trouve ses racines dans la Révolution française : liberté, égalité, fraternité ! » déclarait Declan Kearney, un élu de l'Assemblée d'Irlande du Nord, lors d'une récente rencontre avec Pierre Laurent au siège du PCF.
Le Brexit constitue le dernier défi majeur auquel se sera attelé le président du Sinn Féin : plutôt que de le subir (puisque la future frontière extérieure de l'UE risque en principe de couper l'Irlande en deux !), il a, là encore, choisi l'offensive en soulignant que la réunification des deux Irlandes était la vraie solution au problème. « Le Sinn Féin fera campagne pour la tenue d'un référendum et pour la victoire dans les cinq prochaines années ! »
(1) Aidan regan, professeur à l'University College of dublin (« la Tribune » du 22 février 2016).
Les Etats généraux du progrès social organisés le 3 février par le Parti communiste français ont constitué un rendez-vous national important dans la riposte à la politique d'Emmanuel Macron, un lieu de convergence de militant·e·s politiques, syndicaux et associatifs, de citoyen·ne·s engagés dans des luttes et des projets qui portent l'ambition d'un nouveau progrès social pour la France. Plus de 1000 personnes ont participé à ce rendez-vous.
Ces Etats Généraux se sont organisés autour de 4 thèmes : Travail et Emploi ; Industrie ; Logement ; Services Publics et Protection Sociale.
Le thème sur l'Industrie était intitulé "Pas de progrès social sans industrie (Riposter à la casse de l’industrie – Quel renouveau industriel pour la France ? – Comment répondre à l’enjeu de la sécurité industrielle ?)"
Les Etats généraux du progrès social organisés le 3 février par le Parti communiste français ont constitué un rendez-vous national important dans la riposte à la politique d'Emmanuel Macron, un lieu de convergence de militant·e·s politiques, syndicaux et associatifs, de citoyen·ne·s engagés dans des luttes et des projets qui portent l'ambition d'un nouveau progrès social pour la France. Plus de 1000 personnes ont participé à ce rendez-vous.
Ces Etats Généraux se sont organisés autour de 4 thèmes : Travail et Emploi ; Industrie ; Logement ; Services Publics et Protection Sociale.
Anicet Le Pors revient sur l'importance du statut de la fonction publique remis en cause par Emmanuel Macron.
Vidéo réalisée à l'occasion des États généraux du progrès social (3 février 2018)
RAPPEL DES FAITS Sous le régime d'une Constitution taillée à sa démesure, l'offensive militaire lancée par le président du pays dans le nord-ouest de la Syrie apparaît comme une nouvelle fuite en avant d'Ankara.
Hamit Bozarslan - Docteur en histoire et en sciences politiques, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
«L'Arabie saoudite a contribué très massivement à la confessionnalisation du conflit syrien.»
Ahmet Insel - Universitaire et politologue
« L'UE a une utilité pour Erdogan, qui est d'afficher qu'il est toujours un homme respecté par les puissances occidentales.»
Didier Billion - Directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris)
«La Turquie reste un pays incontournable dans le cadre d'équilibres régionaux à reconstruire.»
REMISE EN CAUSE DE L’ÉTAT DE DROIT, DES LIBERTÉS PUBLIQUES ET DE LA DÉMOCRATIE… LA DÉRIVE AUTOCRATIQUE DE RECEP TAYYIP ERDOGAN EST-ELLE RÉVERSIBLE ?
HAMIT BOZARSLAN Je n’aurai pas de réponse à cette question. Dans la vision d’Erdogan, la nation est dans un état de guerre permanente. Cela lui permet à la fois la mobilisation totale de la nation et son identifi- cation personnelle avec elle, la nation et son leader devant être en fusion charnelle. De fait, il y a une désinstitutionalisation massive du pays, non seulement en ce qui concerne les institutions étatiques, mais aussi l’indépendance des partis politiques, qui est totalement vidée de toute substance. On a l’impression que la société est totalement assommée et que les repères sont totalement détruits avec un bloc turco-sunnite, le bloc majoritaire représentant autour de 65% de la population, qui ne le lâchera sans doute pas de sitôt. Erdogan a réussi soit à neutraliser, soit à immobiliser totalement cette couche de la population. Le discours nationaliste fonctionne. Pour le résumer, on peut rappeler son slogan : «La terre ne peut devenir patrie et le tissu ne peut devenir drapeau qu’à condition d’être arrosés de sang.» Ce discours très violent est atténué par les médias européens, qui jettent un voile pudique sur la Turquie. Il y a deux facteurs qui sont aussi très importants à souligner. Le premier, c’est qu’il y a eu un rapprochement très net entre Erdogan, les ultrakémalistes nationalistes et le Parti d’action nationaliste, qui est un parti d’extrême droite de type national-socialiste. Ce rapprochement fait qu’aujourd’hui il peut dominer le camp de la droite dans sa totalité. De l’autre côté, le camp de la gauche est totalement marginalisé.
AHMET INSEL Il faut toujours espérer qu'une telle dérive soit réversible, dans tous les pays, par des moyens démocratiques et pacifiques. De plus en plus, une inquiétude monte en Turquie sur le fait que les futures échéances électorales pourraient ne pas être représentatives et que les résultats pourraient être truqués par le gouvernement. Au jourd'hui, Erdogan semble pouvoir gagner les élections sans passer par des manipulations. Qu'en sera-t-il dans un an ? Nous ne le savons pas. La réversibilité de la situation est liée à la crédibilité d'une opposition qui puisse gagner les élections et au fait que le pouvoir accepte le résultat des urnes. Aujourd'hui, malheureusement, une partie de l'opposition est déclarée illégitime par le pouvoir, notamment le parti prokurde. D'un autre côté, il y a une certaine résilience de la société civile qui essaie de résister, de manifester mais d'une manière de plus en plus limitée. Cela dit, la société civile est terriblement réprimée dans ses expressions critiques notamment sur les médias sociaux. Il y a un deuxième facteur qui décime l'opposition et qui permet à Erdogan de conserver son pouvoir. C'est l'intervention militaire en Syrie, à Afrin. Malheureusement, les enquêtes d'opinion montrent que plus de 70 % de la population approuvent l'intervention militaire actuelle. Du coup, l'opposition de la société civile démocratique, qui s'exprime pour une solution de paix et remet en cause la justification de cette intervention, est étouffée et reste très isolée.
DIDIER BILLION En politique, rien n'est jamais irréversible, néanmoins la situation des droits démocratiques et de l'État de droit est aujourd'hui très préoccupante en Turquie. La multiplication des limogeages et des emprisonnements, notamment depuis la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016, réduit considérablement la possibilité des diverses forces démocratiques de faire librement valoir leurs points de vue. En dépit de cette situation, il me semble que le Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis plus de quinze ans et qui a systématiquement gagné les 13 consultations électorales organisées depuis lors, a « mangé son pain blanc ». Ainsi le référendum portant sur la modification de la Constitution, organisé en avril 2017, constitue un tournant politique. Malgré l'asymétrie des moyens médiatiques, le climat politique exécrable dans lequel s'est tenue la campagne référendaire et les forts soupçons de fraude électorale, les partisans du « oui » n'ont recueilli que 51,4 % des suffrages exprimés. De plus, les deux principales villes du pays, Istanbul et Ankara, administrées par l'AKP, ont voté « non ». Ce sont des faits d'une grande portée politique. Depuis, on observe une incontestable fébrilité au sein des cercles les plus proches d'Erdogan, se manifestant, entre autres, par la démission forcée des deux maires d'Istanbul et Ankara. En outre, des rumeurs persistantes circulent sur des élections anticipées, ce qui n'est pas le signe d'une grande sérénité.
L'ARMÉE TURQUE EST À NOUVEAU ENTRÉE EN GUERRE EN SYRIE. QUELLES SONT LES VISÉES DE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DU PRÉSIDENT TURC ?
DIDIER BILLION L'opération militaire « Rameau d'olivier », initiée le 20 janvier dernier, a un but clair : éliminer le Parti de l'union démocratique (PYD), regroupant une partie des Kurdes syriens, qualifié de terroriste car considéré par les autorités turques comme la franchise locale du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Les autorités turques ne cessent de répéter depuis des mois qu'il est hors de question d'accepter qu'une « entité terroriste » puisse se constituer à leur frontière. Cela étant posé, quelle que soit l'appréciation politique que l'on peut porter sur le PYD, il est totalement illusoire d'imaginer pouvoir éradiquer ce dernier par des moyens militaires. C'est politiquement qu'il est envisageable de trouver une solution d'ensemble aux défis syriens, dont la question kurde est partie.
D'une façon plus générale, on constate que la politique régionale de la Turquie a quelques difficultés à se doter d'un axe organisateur. La catastrophique gestion de la crise syrienne par Ankara depuis l'été 2011 a contribué à gâcher de nombreux atouts qu'elle possédait et son président fonctionne désormais au coup par coup dans un environnement régional, il est vrai, infiniment chaotique. Pour autant, la Turquie reste un pays incontournable dans le cadre d'équilibres régionaux à reconstruire.
AHMET INSEL En lien avec la Syrie, il y a deux visées. La première, c'est le danger kurde qui est la ligne politique séculaire de l'État turc au-delà même des options d'Erdogan et du parti au pouvoir. Erdogan est totalement entré dans cette logique. Tout ce que les Kurdes peuvent gagner en termes d'acquis politiques dans la région est considéré comme une remise en cause de l'intégrité de la Turquie. Il y a malheureusement un large consensus dans la classe politique turque à ce sujet. Même les électeurs et les membres du parti principal d'opposition, le Parti social-démocrate, ne sont pas franchement hostiles à cette intervention. Deuxième problème, cette situation de guerre est propice pour Tayyip Erdogan pour consolider sa base électorale. Il a en effet réussi, depuis un an et demi, à constituer une alliance de fait avec le parti d'extrême droite nationaliste. Par conséquent, la guerre en Syrie a aussi une fonction de politique intérieure qui prime peut-être sur toute autre considération.
HAMIT BOZARSLAN Le contexte doit effectivement être élargi. Erdogan, qui a flirté avec toutes les organisations djihadistes, « État islamique » compris, a joué avec le feu. Il n'est pas le seul. L'Arabie saoudite, par exemple, a contribué très massivement à la confessionnalisation du conflit syrien. Les défaites successives d'Erdogan dans la politique arabe et plus particulièrement dans la politique syrienne, son repli notamment par rapport à la Russie et à l'Iran, l'ont conduit à se concentrer sur un seul objectif qui est de détruire toute entité kurde. Mais cet objectif même doit être placé dans un cadre plus large. Il y a une très violente nostalgie d'empire en Turquie. La lecture que donne Erdogan de l'histoire, c'est que l'histoire du monde est l'histoire de la guerre du monde contre la Turquie. L'histoire est lue comme l'histoire d'une lutte entre les nations et l'histoire à venir est lue comme l'histoire d'une revanche sur l'histoire du passé. Pour lui, cette guerre continue aujourd'hui et de nouvelles batailles décisives auront encore lieu. Le deuxième élément très important à souligner, c'est que, selon Erdogan, les Turcs ont une double mission historique. En premier lieu, celle de dominer le monde pour lui apporter justice, administration, droit et harmonie. Cette mission aurait été entravée par l'action des ennemis de la nation, ennemis de l'intérieur et de l'extérieur, ainsi que par la trahison des élites turques. D'ici à 2067, qui sera l'année du millénaire de la première défaite byzantine, il faut, pour Erdogan, que la Turquie soit prête pour l'inauguration d'une nouvelle ère de domination turque. La deuxième mission historique selon Erdogan, c'est que la Turquie constitue le bras armé de l'islam sunnite. Il faut placer la guerre actuelle dans cette vision. Aujourd'hui, dans sa perspective, le principal obstacle à la réalisation de ce projet après les défaites successives sont les Kurdes.
QUELLES ACTIONS LA FRANCE ET L'UE PEUVENT-ELLES ENGAGER POUR SOUTENIR LA SOCIÉTÉ TURQUE DANS SA RÉSISTANCE À L'ESPÈCE DE FUITE EN AVANT DU RÉGIME À LAQUELLE NOUS ASSISTONS ?
DIDIER BILLION Rester ferme quant à la défense des hommes et des femmes qui sont limogés de leur travail ou emprisonnés sans que les accusations formulées à leur encontre ne soient véritablement toujours étayées. Dénoncer le fait que des élus soient démis de leurs fonctions, que des parlementaires soient privés de leur liberté. Maintenir le lien avec les forces d'opposition démocratique, les organisations syndicales et associatives indépendantes. La tâche est certes compliquée, mais Erdogan n'est pas insensible à ces prises de position car il ne peut être en opposition avec la totalité de ces partenaires. Sa visite officielle en France, au début du mois de janvier, tend à le prouver. Malgré la difficulté de la relation avec la Turquie, il serait irresponsable de geler les relations avec ce pays.
AHMET INSEL Depuis que la perspective d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne est bloquée, la prise de l'UE sur la Turquie est affaiblie. Aujourd'hui, l'UE n'est plus tellement un partenaire très efficace pour la Turquie. La Turquie pousse les relations bilatérales. En revanche, l'UE a une utilité pour Erdogan, qui est d'y afficher qu'il est toujours un homme respecté par les puissances occidentales. Nous, nous sommes un peu dans l'expectative à savoir si l'UE, pour des raisons de court terme ou pour des raisons de continuation des habitudes institutionnelles, se plie à ce diktat d'Erdogan. Je pense cependant qu'il est important de garder le dialogue avec le pouvoir pour rappeler, à chaque fois, les exigences des droits de l'homme. Pas simplement comme une formule passe-partout, mais avec des contraintes, c'est-à-dire que tant que la Turquie continuera à emprisonner des députés, à emprisonner des gens qui appellent à la paix, il faudrait que la Turquie soit considérée comme un État non démocratique et qui soit donc traité comme tel. On regrette beaucoup en Turquie, dans la société civile démocratique, que les pays européens et particulièrement la France aient une position ambivalente dans les relations avec la Turquie. On peut comprendre que la gestion des djihadistes français en Turquie soit une priorité sécuritaire mais, pour cette priorité sécuritaire de la France, il serait très regrettable que soient sacrifiées les positions que la France doit fermement défendre en matière de droits de l'homme.
HAMIT BOZARSLAN La première chose à rappeler, c'est qu'il y a une sorte de résignation des démocraties par rapport aux antidémocraties. La première chose qui est nécessaire, c'est le courage politique. Et ce courage politique, malheureusement, n'existe pas. Ce n'est pas la première fois dans l'histoire. Chaque fois que les démocraties capitulent devant les antidémocraties, in fine, elles finissent par en payer le prix. La deuxième chose qui me paraît vraiment très importante, c'est que la France, seule, ne peut rien faire. L'Union européenne peut faire beaucoup. Mais on a l'impression vraiment qu'il y a une paralysie de l'UE. Il y a énormément de mécontentement mais, en même temps, l'UE en tant qu'instance n'arrive absolument pas à avoir une politique étrangère. La question, c'est, effectivement, de réanimer l'UE, qui est quand même le premier partenaire économique de la Turquie et le premier fournisseur d'armes, ne serait-ce qu'en suspendant totalement toute livraison d'armes.
LA REVUE DE PRESSE
Le Monde
Allan Kaval
« Lancée le 20 janvier, l'offensive est entrée dans sa troisième semaine avec des airs de sale guerre tandis que les lignes de front semblent s'enliser. Si les assaillants ont rogné l'enclave d'Afrin sur plusieurs axes, les miliciens syriens, estimés à plus de 10 000 hommes armés par Ankara, n'ont réalisé que des percées relativement limitées sur un terrain vallonné où l'on se bat pour le contrôle de collines stratégiques. »
20 Minutes avec AFP
Le 5 janvier 2018
« Sur le respect de l'État de droit, Erdogan vante une justice "indépendante". Sa courte visite à Paris était son plus important déplacement dans un pays de l'UE depuis le putsch manqué de 2016 et la répression qui l'a suivi. Plus de 140 000 personnes ont été limogées ou suspendues et plus de 55 000 ont été arrêtées, dont des universitaires, des journalistes et des militants pro-Kurdes, accusés de propagande "terroriste"».
« PLONGÉ DANS SON SOMMEIL »...
Voici une déclaration de Recep Tayyip Erdogan : « Notre patrie de 5 millions de kilomètres carrés a littéralement été pillée dans le passé (...), il ne nous reste plus que ce pays, la Turquie, de 780 000 kilomètres carrés. (...) Certains pensent que cela aussi est trop pour nous. Ils nous ont tellement forcés la main qu'ils ont fini par réveiller le géant plongé dans son sommeil. »
LES GRANDS ENJEUX POUR NOTRE PLANÈTE, PAR GÉRARD LE PUILL
On a un peu ironisé sur les six voitures et les résidences secondaires de Nicolas Hulot à la suite de la publication du patrimoine des membres du gouvernement à la mi-décembre 2017. Cette révélation concernant le ministre de la Transition écologique et solidaire tombait juste après le mini-sommet d'Emmanuel Macron visant à nous faire croire que la finance mondialisée serait désormais au service de l'économie verte.
Mais, plus un ménage est riche, plus son empreinte carbone est élevée en raison de sa consommation et de l'accumulation de biens qui va avec. Et comme les inégalités augmentent un peu partout dans le monde, ça ne contribue pas à la réduction des émissions de CO2. Durant cette même semaine de décembre, une autre information publiée par « le Monde » n'a pas suscité le même intérêt médiatique. Elle est pourtant révélatrice des effets pervers de la mondialisation capitaliste sur le climat. Alors que, à l'initiative de Nicolas Hulot le gouvernement français a fait voter par l'Assemblée nationale une loi qui prévoit d'augmenter la prime à l'achat de chaque voiture neuve ou d'occasion, moins polluante que les vieilles bagnoles, on apprenait que 3 à 4 millions de véhicules d'occasion en provenance de l'Union européenne et des États-Unis sont vendus en Afrique chaque année.
Chaque jour, 25 000 véhicules venant d'Europe débarquent à Cotonou. Ils cracheront leur CO2 des décennies.
Ce business est estimé à près de 15 milliards d'euros par an. Il se débarque jusqu'à 25 000 véhicules par jour au port de Cotonou, au Bénin. Vu le passé colonial de la France en Afrique, on imagine que bon nombre de véhicules retirés du marché français cracheront leur CO2 sur le continent africain des décennies durant. De Cotonou, toute une logistique se met en route vers différents pays voisins, parmi lesquels figurent notamment le Mali, le Tchad, le Burkina Faso, le Niger et surtout le Nigeria, gros producteur de pétrole.
Toujours en marge du mini-sommet de Paris, il a été dit que le parc automobile mondial pourrait doubler d'ici à 2050. Même si les voitures européennes devaient moins polluer à cette date que ne le font celles d'aujourd'hui, on imagine mal comment le bilan carbone global des véhicules en circulation sera moindre au niveau planétaire.
Certains objecteront que la voiture électrique permettra de réduire considérablement les émissions de CO2 sur la route comme en ville. Mais il faudra extraire des millions de tonnes de minerais et les transformer en métaux pour fabriquer ces véhicules qui intègrent beaucoup de cuivre. À moins de refondre dans les pays développés toute la ferraille récupérée dans les vieilles voitures, au lieu de vendre ces véhicules en Afrique.
« Aujourd'hui le choix est soit de piloter la rareté, soit de subir la pénurie imminente », confiait Hulot dans un entretien à « l'HD » en janvier 2014. Tel qu'il a été voté par une majorité de députés, avant d'être bientôt débattu au Sénat, le texte qu'il a présenté aux parlementaires est davantage tourné vers la pénurie imminente que vers le pilotage de la rareté.
:
Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste.
Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale.
Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.