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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 17:53
Pourquoi il y a toujours besoin de communisme. Le congrès de Tours, l’acte fondateur du PCF (Cédric Clérin, L'Humanité, 24 décembre 2020)

Pourquoi il y a toujours besoin de communisme. Le congrès de Tours, l’acte fondateur du PCF

Jeudi 24 Décembre 2020 - L'Humanité

Les crises qui agitent le monde réactualisent le besoin de communisme. Dans un hors-série spécial, « l’Humanité » défriche les chemins de l’avenir d’une idée. En 1920, au sortir de la guerre, le mouvement socialiste connaît de vifs débats. Le choix des délégués du congrès de Tours d’adhérer à l’Internationale communiste marquera l’histoire. Récit.

 

C’est un peu comme si la planète avait voulu rappeler l’urgence de rompre avec le système actuel. Un siècle après la révolution d’Octobre, qui a essaimé l’espoir révolutionnaire partout dans le monde, la crise écologique est venue s’ajouter à une crise sociale permanente à laquelle le capitalisme est incapable de répondre. Celle liée au Covid-19 ne faisant que le confirmer encore. Un constat qui amène un nouveau « besoin de communisme », comme l’affirme le hors-série publié par « l’Humanité » à l’occasion des 100 ans du congrès de Tours.

Une force agissante

« La banquise et les glaciers fondent, le climat s’emballe, les rivières et les océans sont souillés, des espèces vivantes sont épuisées et périssent, tandis que près d’un quart de l’humanité vit sans eau courante », décrit le philosophe Bernard Vasseur. Dans ce monde gouverné par « une finance agressive qui se gave de dividendes, ce qui conduit à la stagnation de l’investissement, au recul désastreux du travail et à la précarisation de la vie des salariés (…), l’humanité va dans le mur, et cela devient visible pour tous », conclut-il. Un appel à des changements profonds mais aussi un terreau idéal pour la montée des nationalismes, obscurantismes et réponses autoritaires. Après 100 ans, dont les 30 dernières années débarrassées de tout système concurrent, le capitalisme est (toujours) en échec.

« Le communisme est toujours à l’ordre du jour, parce que, sans lui comme force agissante, rien ne se passe », souligne le philosophe Étienne Balibar. Les jeunes aussi posent un regard critique sur le système qu’on leur vend pourtant comme indépassable. 58 % (1) des 18-30 ans jugent le capitalisme responsable du dérèglement climatique, l’une de leurs premières préoccupations. De même, pour 83 % d’entre eux, la lutte des classes est toujours une réalité. 78 % pensent que « des secteurs comme la santé, l’éducation ou le logement ne devraient pas être soumis à la concurrence et à la compétition économique » ou encore 75 %, que « les salariés, les travailleurs devraient pouvoir décider des choix de leur entreprise ». Des objectifs et des valeurs partagées avec les communistes. Pourtant, le terme « communisme » lui-même est jugé négativement par 65 % des jeunes. « Voici un mot qui porte indûment une lourde et négative charge historique. Un mot galvaudé, piétiné, détourné, dénaturé. Un mot “profession de foi” qu’il faudra pourtant bien défricher et repenser pour affronter les temps présents », souligne Patrick Le Hyaric, directeur de « l’Humanité ».

Un ensemble de combats

Pour Étienne Balibar, explorer de nouveaux chemins consiste à « travailler à un programme  “socialiste” pour l’humanité du XXIe siècle, dans lequel se rejoindraient des régulations économiques et environnementales planétaires, des insurrections populaires et des utopies concrètes, expérimentant à petite ou grande échelle de nouveaux modes de vie en commun », et de préciser : « L’insurrection est le terme clé dont tout dépend. S’il n’y a pas d’insurrection contre l’ordre existant, rien ne peut évoluer, sinon vers le pire. »

Selon Bernard Vasseur, le communisme, « ce n’est pas d’abord un résultat (une société), c’est l’ensemble des combats qui peuvent y mener ». Une définition comme un écho à la phrase de Marx, qui y voit « le mouvement réel qui abolit l’état de choses existant ».

Pour Étienne Balibar « les déterminations qu’il (Marx – NDLR) a ajoutées ensuite, qu’il s’agisse de substituer le commun à la propriété privée, d’étendre la démocratie au-delà des formes bourgeoises de la délégation de pouvoir, de surmonter la division du travail manuel et intellectuel, enfin et surtout de promouvoir l’internationalisme (donc l’antimilitarisme et l’antiracisme), ont à la fois pour effet de traduire l’idée du communisme en objectifs politiques et de lui conférer une signification anthropologique ».

L’ensemble de ces combats articule changement de mode de production et luttes émancipatrices contre le racisme ou le patriarcat. Ne pas omettre ces dernières, comme ça a pu être le cas par le passé, mais sans exonérer le système d’exploitation comme le font certaines critiques du libéralisme. « On le sait de source sûre, établir une redistribution étatique des richesses sans toucher à leur mode de production, c’est laisser en place ceux qui vont annuler vos efforts et revenir au pouvoir peu après » ! rappelle Bernard Vasseur.

des désirs populaires

Le siècle passé a déjà apporté des embryons de communisme « déjà là » : la Sécurité sociale, les formes de propriété alternatives (Scop…) ou encore des pratiques politiques locales comme la gestion publique de l’eau ou le développement des services publics. D’autres idées communistes émergent pour se débarrasser des affres du capitalisme : sécurité d’emploi et de formation pour en finir avec le chômage et la précarité, salaire à vie contre la marchandisation du travail ou encore sécurité sociale de l’alimentation.

Des réalisations possibles dans une République refondée : « Aujourd’hui encore, le principe d’égalité et le droit au bonheur concentrent une telle charge révolutionnaire qu’ils exaltent l’aspiration à l’universelle émancipation de toute l’humanité », rappelle l’historien Jean-Paul Scot. C’est naturellement que Fabien Roussel veut faire prospérer ce lien entre République et communisme. « Le peuple doit disposer de nouvelles institutions, d’une nouvelle République afin de prendre véritablement la main », propose l’actuel secrétaire national du PCF. Un parti qui, pour ses 100 ans, cherche le meilleur moyen d’incarner l’espoir révolutionnaire aux yeux du plus grand nombre. « Si le communisme a un avenir en tant que mouvement politique, c’est en s’inscrivant dans les espaces de vie, de travail des classes populaires et en s’opposant à la diversité des dominations », pense pour sa part le sociologue Julian Mischi. Le champ intellectuel et politique reste vaste pour faire avancer le mouvement communiste. « Quelles sont les conditions contemporaines de la lutte des classes ? Comment fédérer les forces sociales, porteuses de projets émancipateurs qui ne sont pas spontanément les mêmes ? Comment affronter la question de l’État sans être piégé par l’électoralisme à courte vue ? Comment réorganiser le travail et repenser une planification démocratique ? » s’interroge la philosophe Isabelle Garo. Pour Bernard Vasseur, « cela commence par s’employer à faire naître des désirs populaires d’émancipation, de maîtrise dans son travail, de liberté dans sa vie afin qu’il n’y ait plus à la “gagner” mais à la vivre pleinement ». Un début de réponse au « besoin de communisme ». Le regretté philosophe Lucien Sève, dont « l’Humanité » publie un texte inédit, parlait même d’« urgence de communisme ».

Le 25 décembre 1920, quand les délégués.du 18e congrès de la SFIO (parti socialiste) pénètrent dans la salle du Manège, à Tours, ils ont conscience que la décision de l’adhésion à l’Internationale communiste est jouée. Les fédérations départementales se sont prononcées massivement pour cette IIIe Internationale. Pourtant, l’intensité du moment se lit sur les rares photographies dont nous disposons encore (1). La séparation ne sera pas joyeuse, il est toujours difficile de rompre politiquement avec l’ami, le camarade avec lequel on a milité pendant des années. La fin de l’unité des socialistes, qui fut difficilement acquise en 1905, ne se fait pas sans conscience de la gravité du moment.

des voix contre la guerre

La décision majoritaire de Tours n’est pas un accident mais un événement, et, comme tout événement, ses causes sont à chercher dans le temps long de l’histoire du mouvement ouvrier français, du socialisme international et dans cette sorte d’accélération de l’histoire que furent la Première Guerre mondiale et les conséquences des révolutions russes de 1917. Comme tout événement, le congrès de Tours est inscrit dans une conjoncture, celle de l’après-guerre, de la vague révolutionnaire, de l’agitation sociale en Europe et de la recomposition des impérialismes. Comme tout événement, la décision de Tours n’avait rien d’inéluctable, il y avait d’autres possibles, ou n’aurait pu être comme dans d’autres pays que le fait d’une minorité. Mais là encore, comme pour tout événement, le rôle de femmes et d’hommes fut essentiel.

Après l’assassinat de Jean Jaurès, quand la guerre est déclenchée, l’écrasante majorité du socialisme et du syndicalisme rejoint l’union nationale. Il en va pareillement dans pratiquement tous les autres pays belligérants. Comme si, au-delà des proclamations françaises sur la légitimité de cette guerre du droit contre l’Empire autoritaire allemand, la logique nationaliste s’imposait partout. La durée des combats, le déferlement de haine contre l’ennemi, l’exacerbation des sentiments nationalistes pouvaient emporter l’idée socialiste de fraternité par-delà les frontières. Mais quelques voix s’élevèrent pour critiquer les buts de guerre impérialistes, puis la guerre elle-même. Au niveau international, des rencontres entre militants socialistes, syndicalistes, libertaires reprirent, comme lors des conférences de Zimmerwald et de Kiental. Un comité pour la reprise des relations internationales, qui deviendra par la suite comité pour la IIIe Internationale, s’organise. Mais c’est aussi du cœur du parti socialiste, et notamment autour de Jean Longuet, qu’émergea la critique. Cette minorité de guerre gagna en influence au sein du parti socialiste, jusqu’à en prendre la direction dans le courant de l’année 1918.

La fin de la guerre, le retour des combattants, le deuil interdirent au sein du parti socialiste l’oubli des quatre années terribles. Il y eut même l’espoir d’une revanche politique immédiate. Le parti socialiste uni autour du programme rédigé par Léon Blum crut en une victoire retentissante aux élections législatives de novembre 1919. Mais, malgré un progrès en voix, il perdit plusieurs dizaines de députés par rapport à 1914. Les partisans à la CGT d’une radicalisation gagnaient aussi en influence. Ils misaient sur les grèves, qui avaient repris depuis 1917, voire sur la grève générale comme moyen de reprendre en main leur destin. Si les grèves furent massives et conduisirent le gouvernement à concéder la journée de huit heures, elles échouèrent à aller au-delà et se terminèrent dans une répression généralisée et coordonnée de l’État et du patronat.

Face à ces échecs, il apparut à l’ancienne minorité de guerre devenue majorité que la révolution d’Octobre 1917, qui avait su en finir avec la guerre, qui avait semble-t-il donné le pouvoir aux travailleurs dans les soviets, devenait une perspective concrète. Du côté du Parti communiste russe, on pensait alors que la révolution n’avait d’avenir que si elle devenait véritablement mondiale et que pour cela il fallait un outil en rupture avec l’ancienne Internationale socialiste, qui avait trahi. L’Internationale communiste fut ainsi créée à l’été 1919. La direction de la SFIO, qui souhaitait la reconstruction d’une véritable Internationale, décida d’envoyer Cachin et Frossard en Russie lors de son second congrès. Les deux représentants annoncèrent alors leur adhésion personnelle à celle-ci et proposèrent que la SFIO y adhère. Frossard et Cachin symbolisaient le retournement qui s’était opéré au cœur du parti socialiste et en cela représentaient une pièce maîtresse des bolcheviks, qui ne voulaient pas s’appuyer, au moins dans un premier temps, seulement sur la gauche la plus radicale du parti, conduite par Loriot et Souvarine. L’enjeu était justement d’emmener une majorité à l’Internationale communiste.

divisé en trois motions

Les militants socialistes durent donc choisir entre trois motions. La motion de Frossard, Cachin, Loriot et Souvarine, qui proposait un ralliement à l’Internationale tout en évitant un vote formel sur les 21 conditions. La motion portée par Longuet, qui souhaitait une adhésion avec conditions et qui ne renonçait pas en même temps à la reconstruction d’une Internationale unitaire des partis socialiste et communiste, ce dont ne voulaient absolument pas les bolcheviks. La motion de Léon Blum, qui combattait toute adhésion au nom de la tradition socialiste et de la conception démocratique du parti. La force de la première motion, qui allait être majoritaire, était de s’ancrer dans la réalité vécue des militants en commençant par la référence aux quatre années de massacre mondial. Les deux autres, et notamment celle de Blum, très générales et abstraites, et à certains égards prémonitoires, étaient sans prise sur la réalité concrète d’une France et d’un mouvement ouvrier bouleversés par la guerre. Le congrès accentua l’opposition des protagonistes, car l’Internationale, par la voix de Clara Zetkin et le télégramme de Zinoviev, répétera son veto au maintien de Longuet dans le nouveau parti. Les délégués, dans leur immense majorité, suivirent l’injonction et confirmèrent le vote des fédérations ; toutes les tentatives de compromis furent balayées.

La division de la gauche partisane était réalisée et allait structurer dorénavant le paysage politique français. Le nouveau parti, qui s’appelait au sortir du congrès parti socialiste-Section française de l’Internationale communiste, allait devoir encore se transformer, lever certaines ambiguïtés autour de l’interprétation et de l’application des conditions, dont son rapport au syndicalisme. Il allait devoir revoir son mode de fonctionnement, s’engager dans de nouvelles pratiques politiques anti-impérialistes, antimilitaristes, féministes, transformer la composition de son encadrement pour devenir un véritable parti ouvrier. Mais devaient peser sur ces évolutions le poids de son rapport à l’URSS et la stalinisation que nombre de ses fondateurs refuseront. Le parti socialiste maintenu allait devoir penser l’articulation entre ses proclamations révolutionnaires, sa pratique réformiste, voire de collaboration de classe.

(1) Sondage Ifop pour«  l’Humanité », décembre 2020. (1) « Aux alentours du congrès de Tours », de V. Fau-Vincenti, F. Genevée, É. Lafon, musée de l’Histoire vivante, 2020

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 17:48
Ce que la France doit au Parti communiste - par Patrick Le Hyaric, 24 décembre 2020

Ce que la France doit au Parti communiste

Jeudi 24 Décembre 2020 - L'Humanité
 

Cent ans déjà, 100 ans à peine. Nous fêtons cette semaine la fondation du Parti communiste français. Né de l’horreur de la Première Guerre mondiale, du refus de la collaboration qu’une partie du courant socialiste scella avec l’Union sacrée, ce parti, qui sut concilier le drapeau tricolore et le drapeau rouge, a toujours été un élément moteur de l’union populaire et des forces prônant la transformation sociale, comme le fer de lance des combats internationalistes pour l’émancipation humaine.

Malgré les obstacles, les persécutions dont ses militants ont souvent été l’objet, les erreurs et retards dont il a su faire la critique, on ne peut enlever aux générations de militants leur dévouement sans faille à la défense des intérêts populaires, la fidélité à ceux de leur pays et à la solidarité internationaliste, les combats pour la paix, le désarmement et l’antiracisme. C’est par la voix de ces militants que les noms de Sacco et Vanzetti, Julius et Ethel Rosenberg, Angela Davis, Nelson Mandela, comme ceux de Marwan Barghouti et de Mumia Abu Jamal ont pu s’inscrire dans les rues et résonner sur les places publiques.

Deux des combats portés par les communistes trouvent aujourd’hui une singulière résonance. Tout d’abord, l’appel que le Parti a lancé avec ses parlementaires pour s’opposer à la Constitution gaullienne de 1958, dont le présidentialisme exacerbé continue d’être un verrou institutionnel bloquant toute perspective de changement. De même, ses propositions pour refuser « l’Europe du capital », dès la fin des années 1950, comme l’incomparable force d’entraînement qu’il a constituée pour que les Français refusent le projet de Constitution européenne, après avoir été le seul parti à refuser l’Acte unique, puis le traité de Maastricht, tout en travaillant à une union des peuples souverains fondée sur des projets communs, démontrent sa capacité d’anticipation.

Les tentatives répétées d’effacer son apport à l’histoire de France, par la guerre idéologique comme par l’empilement des contre-réformes vouées à l’anéantissement d’un siècle de conquêtes sociales, témoignent de l’intangible détermination des capitalistes et de leurs serviteurs à plonger dans l’oubli politique les classes populaires et leurs aspirations à vivre mieux, libres et respectées. C’est ainsi que le champ politique tend aujourd’hui à se résumer à un panel de nuances, parfois fortes, voire inconciliables, mais dont les classes populaires sont absentes, reléguées ou renvoyées dans la foule des abstentionnistes anonymes.

Prolongement de l’histoire révolutionnaire du pays, le communisme en fut tout autant la « rupture » en proposant pour la première fois au large peuple du travail un cadre d’organisation inédit, performant et fraternel, que chacune et chacun investissait en le transformant, rendant vivante la maxime de la Ire Internationale selon laquelle « la libération des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Ce faisant, le Parti communiste permit à des millions d’entre eux d’acquérir des compétences rivalisant avec celles de la bourgeoisie, d’accéder à des formations de très haut niveau politiques, culturelles, scientifiques, donnant ainsi honneur et dignité à celles et ceux qui n’étaient jusqu’ici jugés dignes ni de l’un, ni de l’autre.

Des générations d’élus gagnant des responsabilités jusqu’aux ministères, de responsables syndicaux ou associatifs devinrent ainsi des « cadres » de grande qualité, restés proches du peuple dont ils et elles étaient issus. Cela au bénéfice de l’ensemble de la nation, qui s’est redéfinie à l’aune des conquêtes sociales arrachées par les travailleurs organisés.

Ses ennemis d’aujourd’hui comme d’hier refusent d’accepter que l’essor de la démocratie en France soit étroitement lié à celui du phénomène communiste. Sans l’apport communiste, la République n’aurait pu être qualifiée de démocratique, de sociale ou de laïque que par abus de langage. Plus que cela, par son activité intense, ses victoires politiques, son ancrage, il a retissé le lien avec les avancées décisives, philosophiques et politiques, de la Grande Révolution ou de la Commune. Et quand la nation sombrait sous la collaboration, il en fut l’honneur. C’est à lui que l’on doit ces fragments de communisme que sont la Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, la création d’EDF, les congés payés, les services publics, la retraite solidaire par répartition, les réductions du temps de travail, plusieurs nationalisations, les maisons de la Culture comme les centres de santé dans les municipalités, la solidarité concrète avec les travailleurs immigrés.

Les classes possédantes ont ainsi été contraintes de céder du terrain, non pas tant par la radicalité des discours et des postures que par l’organisation politique massive de celles et ceux qui ont un intérêt objectif à changer le monde : l’immense peuple des travailleurs, dont les plus exploités d’entre eux, les créateurs. Cette irruption des classes populaires, conscientes de leur poids, de leur rôle historiques, de leurs responsabilités à l’égard du peuple français comme des peuples du monde en a fait pâlir plus d’un. Et le poids que le Parti communiste, certes réduit, continue d’exercer par l’activité parlementaire, par l’engagement de ses milliers d’élus et de ses réseaux militants, qui en ce moment même organisent la solidarité avec les plus démunis dans les quartiers, animent des combats pour la garantie de l’emploi dans des entreprises et se placent aux côtés des créateurs, n’a pas fini d’exaspérer les tenants de l’ordre injuste qui ne rêvent que de conjurer définitivement le spectre d’un changement révolutionnaire, au moment où le mode de développement capitaliste est entré en procès permanent.

Comme ont su le faire les anciennes générations de militants et de dirigeants, l’heure est à l’invention pour une puissante ambition transformatrice, rassembleuse et innovante. Avec, au cœur de tout, la démocratie jusqu’au bout, la démocratie pour de vrai. Voilà ce à quoi se refusent les capitalistes. Voilà ce qui continue d’inspirer les communistes.

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 14:07

 

Les visio conférences du centenaire du PCF Le PCF et la culture : une histoire passionnelle Avec Michel Duffour, Yolande Rasle, Julie Brochen, Alain Hayot et pierre dharréville.

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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 14:04

 

Jacques Dimet, Francis Wurtz, Jean Radvanyi, Serge Wolikow et Sandrine Kott

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25 décembre 2020 5 25 /12 /décembre /2020 14:19

 

Dirigeant du PCF en charge de coordonner son centenaire, Guillaume Roubaud-Quashie met en perspective un siècle d’histoire de la formation née du congrès de Tours avec l’actualité du combat communiste.

 

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE Historien, membre de la direction du PCF

 

Les communistes soufflent cette année les cent bougies du congrès de Tours. Face à la crise historique que nous vivons, comment leur combat prend-il une nouvelle actualité ?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE L’une des dimensions du congrès de Tours est l’ambition d’un changement de civilisation. Dans la période que nous vivons, cette volonté de rupture rencontre une possibilité plus importante que cent ans en arrière du fait des connaissances accumulées par l’humanité. Mais aussi une nécessité plus grande due aux ravages du capitalisme. Le lamentable épisode mercantile des vaccins, où certains sont davantage préoccupés par les profits à engranger que par les vies à sauver, l’illustre parfaitement.

 

Révolution ou réformisme, ce débat trouve-t-il encore une résonance aujourd’hui ? Quelle forme prend aujourd’hui la révolution dont rêvent les communistes ?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE Ce vocabulaire est ancien mais a encore un usage aujourd’hui : dans une partie du monde syndical, par exemple, certains évoquent parfois la constitution d’un pôle réformiste. Nous nous définissons toujours comme révolutionnaires. Évidemment, ce mot a une histoire et peut évoquer la brutalité, la brièveté, éventuellement l’idée d’insurrection barricadière. Si ce n’est pas notre stratégie, nous pensons en revanche que les changements à impulser sont globaux. En l’occurrence, sortir d’une logique fondée sur la seule rentabilité quitte à broyer les êtres humains et la planète, pour miser sur le libre et plein développement de chacun. Malheureusement, les forces qui ne portent pas clairement l’ambition d’affronter les logiques du capital sont nombreuses à gauche, peut-être même plus qu’au cours du siècle passé. Ce qui ne doit pas être tout à fait étranger à l’état de la gauche. Est-ce qu’avec des mesures qui laissent le cœur du réacteur intact, on sauvera le million d’espèces menacées ? Beaucoup de gens se rendent comptent que ça ne tient pas.

 

L’histoire du PCF est aussi celle des conquêtes sociales rendues possibles par de puissants mouvements populaires et le rassemblement de la gauche. Quelles leçons en tirer ?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE Les enjeux institutionnels et électoraux ont une grande importance. Mais une grande illusion consiste à penser que les changements révolutionnaires ne pourraient advenir que par une logique délégataire. Ce à quoi les communistes appellent, c’est à la mise en mouvement la plus large et de toute nature. Je sais bien que, dans la période, certains cherchent des sauveurs suprêmes, mais, sur ce point, l’Internationale n’a pas pris une ride. En outre, ce sont ces cercles vertueux fondés sur des perspectives de victoires qui ont donné leur force au mouvement populaire en 1936 ou à la Libération. Aujourd’hui, la résignation n’est pas seulement le fruit de la bataille idéologique, mais aussi de déceptions politiques objectives et de difficultés du mouvement social. Cependant, il faut aussi mesurer les points marqués, comme les concessions, malgré toutes leurs limites, que le pouvoir a été obligé de consentir au monde de la santé… La direction actuelle du PCF fait aussi montre de volontarisme pour structurer les communistes sur les lieux de travail et de création de plus-value, parce que le combat de classe y prend sa source. C’est une tâche difficile mais qui n’a rien perdu de sa pertinence.

 

Sur les questions dites de société comme le féminisme ou l’antiracisme, les positions à gauche ont fluctué, quelles ont été les évolutions du PCF sur ces sujets au cours de son histoire ?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE C’est plus compliqué que ce que l’on dit toujours : avant, les luttes étaient hiérarchisées, maintenant elles ne le sont plus. La logique multidimensionnelle des changements à opérer a été l’objet de fluctuations, parfois de conflits pendant tout ce siècle. Les années 1920 sont celles de l’accentuation de la question de classe, mais aussi d’affirmation du combat des femmes, avec des candidates aux élections municipales, par exemple. Cela est atténué lors du Front populaire parce que ces questions ne font pas l’objet d’un accord unanime dans la société française et que le rassemblement prime face à la menace fasciste. Avec la Libération, viennent les combats pour le droit de vote et d’éligibilité des femmes ou encore la création de l’Union des femmes françaises. Pendant les années 1950, des oppositions avec le mouvement féministe naissent sur la question du « birth control », suivies d’autres ratés en 1968 et dans les années 1970 avec une hostilité réciproque assez forte. Mais, dans la décennie 1990, un rapprochement s’opère à nouveau sous l’impulsion de personnalités comme Marie-George Buffet qui affirment très clairement qu’il n’y a pas à penser de hiérarchie dans les combats émancipateurs. Sur l’antiracisme, les combats contre l’antisémitisme des années 1930, la lutte contre le fascisme, contre la colonisation, ou encore la création du Mouvement national contre le racisme, qui deviendra ensuite le Mrap, ont marqué l’histoire du PCF. Tout cela est abîmé à la fin des années 1970 et début 1980 par un moment de flottement sur des questions de politique migratoire, encore l’objet aujourd’hui d’instrumentalisation de l’extrême droite. Mais on ne peut pas résumer le Parti communiste ni même Georges Marchais, puisque c’est de lui qu’il est question, à ce flottement de quelques années.

 

Courant majoritaire à gauche après-guerre, l’influence du PCF a reflué à partir de 1978. Quelles sont aujourd’hui ses forces et ses faiblesses ?

GUILLAUME ROUBAUD-QUASHIE La mémoire du pays est assez sensible aux années 1970. Or ces années sont effectivement un moment d’apogée, très loin de représenter les cent ans du PCF. Si on se place en regard de l’histoire générale du mouvement ouvrier, on peut mesurer que le Parti communiste d’aujourd’hui par rapport à celui du début des années 1930, par exemple, compte un nombre tout à fait significatif d’adhérents, de cotisants, de municipalités… La période des années 1980-1990 a été extrêmement difficile, avec un déclin qui semblait impossible à arrêter. Depuis une quinzaine d’années, le PCF a réussi à en sortir. L’image de l’URSS continue de jouer négativement, mais elle est moins significative pour les plus jeunes générations. Et cette dynamique est aussi liée à la crise du capitalisme : nombreux sont ceux qui cherchent une alternative. Les succès d’éditions autour de Marx le donnent à voir.

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25 décembre 2020 5 25 /12 /décembre /2020 14:02

 

Les besoins humains face à la domination du capital : - services publics, transformation du travail et de la formation, - appropriation et socialisation avec Caroline Besse-PCF Denis Durand PCF Sophie Binet UGICT CGT Bernard Thibaud OIT

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25 décembre 2020 5 25 /12 /décembre /2020 09:43
Bravo à nos camarades de Landerneau!!!

Bravo à nos camarades de Landerneau!!!

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25 décembre 2020 5 25 /12 /décembre /2020 09:19
Accord UE-Royaume Uni : un Brexit pour le business, pas pour les travailleurs, ni pour les peuples
 
Après deux élections législatives, trois crises gouvernementales en Grande-Bretagne et 4 ans et demi de tractations laborieuses et souvent opaques, la volonté majoritaire et souveraine du peuple britannique à quitter l'UE qui s'est exprimée en juin 2016 sera donc effective le 31 décembre prochain, date de la fin de la période de transition.
 
L'accord qui vient d'être annoncé évite une sortie sèche du Royaume-Uni de l'espace communautaire, ce qui aurait signifié une crise majeure, entre autres, pour la pêche et pour les accords de paix en Irlande. 
Mais ce même accord scelle un Brexit négocié entre les conservateurs anglais et les bourgeoisies européennes pour le plus grand bénéfice du libre-échange et du capital. Les faibles normes sociales et environnementales européennes, qui sont déjà trop élevées pour la bourgeoisie britannique, ne pèsent que peu de choses face aux dispositions de ce qui n'est ni plus, ni moins qu'un accord de libre-échange gigantesque entre la 6e puissance économique mondiale, qui a déjà signé de tels accords avec des états tiers et s'apprête à en signer d'autres, et l'Union Européenne, qui tout au long des
négociations a placé le maintien des règles du marché intérieur communautaire au-dessus de toute autre considération. D'après les éléments révélés ce matin par la presse britannique, le dispositif « d'équivalence » entre les règles européennes et britanniques est réduit à sa portion congrue et les règles qui vont dans ce sens sont soumises à un arbitrage « indépendant ». Il n'y a rien dans l'accord pour empêcher la transformation de la City en véritable paradis fiscal. 
 
Tout cela va avoir des conséquences graves à la fois pour les travailleurs et les peuples européens d'une part et pour les peuples du Royaume-Uni d'autre part, qu'ils aient ou non voté pour le Brexit, et qui sont frappés par une explosion de la pauvreté du fait des politiques austéritaires des gouvernements successifs. Il ne s'agit donc pas d'un « compromis », mais d'un accord entre les conservateurs britanniques en pleine dérive droitière et les classes dirigeantes européennes.
 
Cet accord a aussi des impacts négatifs pour les activités de pêche et cela touche notamment les régions de Bretagne, Normandie et Hauts-de-France. Le gouvernement français doit prendre toutes les mesures qui s'imposent pour que les pêcheurs ne paient pas le prix du Brexit. 
 
Le PCF réaffirme sa solidarité avec les forces de gauche politiques et syndicales britanniques qui luttent contre les nouvelles régressions sociales, environnementales et démocratiques que les conservateurs britanniques cherchent à imposer. Il réitère également au Sinn Féin irlandais qu'il se tient à ses côtés pour la défense des droits
nationaux du peuple irlandais et de l'intégralité des dispositions de l'Accord de paix de 1998.
 
Le Brexit marque la faillite de la construction capitaliste de l'UE.
 
Plus que jamais, il est urgent d'en finir avec les règles et les traités européens néolibéraux, pour aller vers une Europe à géométrie choisie respectant les souverainetés démocratiques des peuples et des nations et offrant un cadre à une association et une coopération mutuellement bénéfiques entre elles.
 
Parti Communiste Français,
 
Paris, le 24 décembre 2020

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24 décembre 2020 4 24 /12 /décembre /2020 13:51
PCF - Pauvreté, chômage : Il n'y a pas de fatalité (Fabien Roussel)

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24 décembre 2020 4 24 /12 /décembre /2020 07:34
Centenaire du PCF - Congrès de Tours, 25 décembre 1920: L'ouverture du congrès prometteur (Jacques Girault, L'Humanité, 24 décembre 2020)

Centenaire du pcf. 25 décembre 1920, l’ouverture d’un congrès prometteur

Jeudi 24 Décembre 2020

À 9 heures, à Tours, ce jour de Noël, la salle du Manège accueille les délégués de la SFIO. Après plusieurs jours de débats intenses, le 30 décembre, à 2 h 45, la majorité vote l’adhésion à l’Internationale communiste. Retour sur ce huis clos décisif.

 

En France, dans le Parti socialiste SFIO, les minoritaires, avec Jean Longuet et Louis-Oscar Frossard, l’emportent en octobre 1918, mais le parti perd les élections l’année suivante. Dans la CGT, les grèves et les actions ouvrières qui ont continué pendant le conflit échouent en 1920. L’espoir vient du bolchevisme. Après un premier Parti communiste, un Comité de la IIIe Internationale naît en mai 1919. Les anciens opposants à l’Union sacrée décident de mener leur action dans ou en direction du parti socialiste SFIO. Ils lancent le Bulletin communiste, en mars 1920, pour faire connaître les idées bolcheviques.

Le Parti socialiste décide, en février 1920, d’entreprendre des discussions exploratoires avec la IIIe Internationale, après la rupture décidée avec la IIe Internationale. En juin 1920, le secrétaire général Frossard et le directeur de l’Humanité Marcel Cachin partent en Russie pour négocier avec ­’Internationale communiste (IC).

Dans le même temps, la stratégie de cette dernière change d’orientation. Après l’échec de la révolution mondiale, il faut faire adhérer les partis socialistes à l’IC et les bolcheviser ensuite. Le congrès de l’IC insiste sur la rupture totale avec le réformisme. Les 21 conditions énoncent les principes de tout parti communiste de type nouveau, centralisé sur le plan national et dans sa structure internationale. Le choix de procéder à la constitution de partis communistes expurgés impose des scissions dans les partis socialistes. La France est un des champs d’application.

Les résultats du vote des fédérations confirment la scission

Le samedi 25 décembre 1920, à partir de 9 heures, la salle du Manège à Tours commence à se remplir de délégués au congrès national du Parti socialiste SFIO. L’harmonie la Lyre du peuple exécute l’Internationale, un chœur de fillettes du patronage laïc interprète le Chant des ouvriers, de Pierre Dupont. À 10 h 30, Louis-Oscar Frossard, secrétaire général du Parti socialiste SFIO, ouvre le congrès et procède à la mise en place des structures habituelles des congrès nationaux de la SFIO depuis la création du parti en 1905. Après quatre journées de débats, la séance de nuit s’ouvre le mercredi 29 décembre. On savait dès l’ouverture que l’adhésion à l’Internationale communiste l’emporterait. Après les explications de votes données par les représentants des fédérations, la tendance s’est confirmée. Après que Léon Blum eut annoncé le retrait de la motion du Comité de Résistance, les résultats du vote des fédérations confirment la scission à la suite de l’ultime tentative de maintenir l’unité du parti. À l’annonce de la poursuite du « congrès communiste », Frossard précise que « le socialisme français continue » et commente : « L’inévitable s’est accompli. » Il est 2 h 45. Cette séance a été marquée par des agitations, non signalées dans le compte rendu officiel, conséquence des négociations entre minoritaires.

Paul Vaillant-Couturier lit l’acte de naissance du nouveau parti

Le matin du 30 décembre, toujours dans la salle du Manège, le congrès communiste se déroule. Paul Vaillant-Couturier lit l’acte de naissance du Parti socialiste (section française de l’Internationale communiste). Après les réunions séparées des partisans de la Résistance autour de Blum et des Reconstructeurs autour de Longuet, les deux courants minoritaires se retrouvent, l’après-midi, pour réorganiser le Parti socialiste de l’Internationale ouvrière, la « vieille maison », selon l’expression de Léon Blum.

Les analyses propres au Parti communiste viennent de loin. Héritière de clivages anciens, résultant des analyses marquées par la radicalité sensible dans les couches sociales défavorisées depuis la Révolution française, relayées par des théoriciens de formes avancées se réclamant du socialisme, l’aspiration communiste dans la société se réveille avec la guerre et la révolution bolchevique. Le Parti socialiste SFIO en France et les partis constitutifs de l’Internationale socialiste n’ont pas poursuivi l’action de Jaurès pour maintenir la paix. La guerre s’est aggravée avec la participation des socialistes. Exploitant la faiblesse du pouvoir, les bolcheviques en Russie ont triomphé et s’engagent dans la constitution d’une Internationale communiste qui entend provoquer la révolution mondiale. La majorité des socialistes français choisissent cette voie. Reste à construire le parti défini dans les 21 conditions d’adhésion à l’Internationale communiste.

Jacques Girault

Historien

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