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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 11:15

La fin de l’occupation est le seul moyen de jeter les bases d’une paix durable entre Israéliens et Palestiniens (ONU)

Centre d’actualités de l’ONU, mercredi 5 juillet 2017

Mettre fin à l’occupation est le seul moyen de jeter les bases d’une paix durable répondant à la fois aux besoins de sécurité des Israéliens et aux aspirations des Palestiniens pour un Etat et une souveraineté, ont déclaré jeudi les deux plus hauts responsables des Nations Unies.

« C’est le seul moyen d’atteindre les droits inaliénables du peuple palestinien », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, lors d’un forum organisé au siège de l’ONU pour marquer les 50 ans du début de la guerre israélo-arabe de 1967 qui a eu pour résultat l’occupation israélienne de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est, de Gaza et du Golan syrien.

Dans un message lu par la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Amina Mohammed, M. Guterres a déclaré qu’il était temps de revenir à des négociations directes pour résoudre toutes les questions de statut final « sur la base des résolutions de l’ONU, des accords et du droit international adéquats ». Il est également temps de mettre fin au conflit en créant un Etat palestinien indépendant, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité avec l’Etat d’Israël, a-t-il ajouté.

Le chef de l’ONU a rappelé que l’occupation a imposé un lourd fardeau humanitaire et de développement au peuple palestinien. « Des générations de Palestiniens ont grandi dans des camps de réfugiés bondés, beaucoup dans une pauvreté abjecte et avec peu ou pas de perspective d’une vie meilleure pour leurs enfants », a déploré M. Guterres.

Résoudre le conflit israélo-palestinien éliminera le facteur de l’extrémisme violent et du terrorisme au Moyen-Orient, a ajouté le Secrétaire général, et « ouvrira les portes à la coopération, à la sécurité, à la prospérité et aux droits de l’homme pour tous ».

Dans son propre discours, Mme Mohammed a déclaré qu’il était temps de non seulement de réfléchir aux coûts et aux conséquences de 50 ans d’occupation, mais aussi de regarder ce qu’il faut faire pour mettre fin à cette situation.

« Je comprends le profond sentiment de désespoir du peuple palestinien. Pendant trop longtemps, la communauté internationale n’a pas trouvé une solution juste et durable à leur déplacement », a-t-elle déclaré aux participants du forum organisé par le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien de l’Assemblée générale.

« La vie de générations de Palestiniens et d’Israéliens a été confinée par un conflit qui a façonné le paysage physique et humain avec des murs en béton, des points de contrôle et des tours de surveillance, sous une forte atmosphère de peur, de méfiance mutuelle et de désespoir », a-t-elle poursuivi.

« Certains pensent que la situation peut être gérée. Ils se trompent. Il faut qu’elle soit résolue », a dit Mme Mohammed. « Une paix réelle ne peut être atteinte sans une résolution juste et durable », a-t-elle ajouté, soulignant que la solution à deux États est le seul moyen de faire en sorte que les Palestiniens et les Israéliens puissent réaliser leurs aspirations nationales et historiques et vivre dans la paix, la sécurité et la dignité.

Le forum de deux jours (29-30 juin) réunit des experts internationaux, y compris de l’État de Palestine et d’Israël, des représentants de la communauté diplomatique, de la société civile, ainsi que des universitaires et des étudiants pour discuter de l’occupation continue dans une série de rencontres interactives.

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 11:13
Non à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme

Le Parlement européen vient d’adopter une résolution de lutte contre l’antisémitisme qui vise aussi les critiques contre la politique israélienne.

Libération, mercredi 5 juillet 2017

Le 1er juin, le Parlement européen a adopté une résolution sur une cause essentielle et qui mérite un traitement sérieux : la lutte contre l’antisémitisme. Or, cette résolution, qui reprend l’une des deux propositions déposées, celle des groupes conservateurs (PPE), libéraux (Alde) et socialistes (S&D), pose de sérieux problèmes. Elle s’appuie, en effet, sur la définition de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, l’International Holocaust Remembrance Alliance (Ihra), dont le grave défaut est de s’écarter de son objet en multipliant les références à l’Etat d’Israël.

Ce n’est pas à un Parlement de définir des notions qui font l’objet d’un vaste débat historiographique et de centaines de travaux critiques. Et le texte de l’Ihra est loin d’être une référence indiscutable. Il affirme d’emblée que : « Les manifestations de l’antisémitisme peuvent inclure le ciblage de l’Etat d’Israël » et mentionne à neuf reprises cet Etat ; même si ses auteurs se voient contraints d’ajouter : « Cependant, une critique d’Israël similaire à celle menée contre n’importe quel autre pays ne peut être vue comme antisémite. » Quand il donne ensuite des « exemples contemporains d’antisémitisme dans la vie publique, les médias, l’école, le monde du travail ou la sphère religieuse », il met sur le même plan quatre exemples de propos haineux, stéréotypés, fantasmés ou négationnistes relevant incontestablement de l’antisémitisme, et sept autres portant sur l’Etat d’Israël, sa « politique actuelle » et ses « actions ».

C’est cette définition de l’antisémitisme par l’Ihra que la résolution votée par le Parlement européen invite les Etats membres, les institutions et les agences de l’Union à adopter et à appliquer.

Or, si l’on peut considérer qu’il existe dans certaines attaques formulées contre Israël des dérives antisémites, les critiques de la politique des gouvernements israéliens ne peuvent en aucun cas être assimilées à de l’antisémitisme sans nuire tout à la fois au combat contre l’antisémitisme et contre le racisme, et à la liberté d’opinion nécessaire au fonctionnement de nos démocraties.

C’est ce qu’ont exprimé au Parlement européen les députés de gauche et écologistes (GUE - NGL et Verts - ALE) qui refusent cette instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme et souhaitent inscrire celle-ci dans le combat, essentiel et universel, contre toutes les formes de racisme et de discriminations. Oui, on peut lutter contre l’antisémitisme et défendre les droits des Palestiniens. Oui, on peut lutter contre l’antisémitisme tout en condamnant la politique de colonisation du gouvernement israélien.

La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations ne se divise pas.

Parmi les signataires :

Bertrand Badie, Etienne Balibar, Fethi Benslama, Sophie Bessis, Rony Brauman, Alice Cherki, Suzanne Citron, Sonia Dayan-Herzbrun, Michel Dreyfus, Ivar Ekeland, Jeanne Favret-Saada, Marcel-Francis Kahn, Catherine Lévy, Gilles Manceron, Gustave Massiah, Elise Marienstras, Fabienne Messica, Véronique Nahoum-Grappe, Emmanuel Naquet, Jacques Rancière, Bernard Ravenel, Carole Reynaud-Paligot, Michel Rotfus, Elisabeth Roudinesco, Shlomo Sand, Michel Tubiana, Dominique Vidal…

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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 07:38
Mariage pour tous, l'Allemagne dit oui (Le Télégramme, 1er juillet 2017)

L'Allemagne a rejoint, ce vendredi, la majorité des pays occidentaux en légalisant, par un vote des députés, le mariage gay, en dépit de l'opposition de la chancelière, Angela Merkel.

 

Le texte a été approuvé par une majorité des députés, venant des trois partis de gauche représentés à la chambre basse du Parlement - sociaux-démocrates, écologistes et gauche radicale - et d'une partie des élus de la CDU d'Angela Merkel. L'Allemagne va ainsi rejoindre les 20 pays occidentaux, dont 13 en Europe, qui ont déjà légalisé le « mariage homo ».

Berlin avait adopté, dès 2001, une union civile, deux ans après le Pacs français. Au cours des années suivantes, la justice administrative allemande a accordé aux couples homosexuels la plupart des avantages fiscaux prévus par le mariage. Il manquait toujours la reconnaissance formelle du mariage pour tous et le droit à l'adoption pour les enfants. La société allemande y était prête depuis longtemps, avec une majorité de la population favorable au mariage gay depuis au moins le début du siècle, selon les sondages. Ils sont aujourd'hui 75 % à le soutenir. L'Église protestante accepte déjà, depuis plusieurs années, de célébrer les unions religieuses homosexuelles dans plusieurs régions du pays. L'Église catholique, en revanche, y est catégoriquement opposée. C'est l'une des raisons pour laquelle la famille politique conservatrice de la chancelière a bloqué pendant des années une reconnaissance du mariage pour tous.

 

Merkel vote contre

 

Au pouvoir depuis 2005, Angela Merkel s'est refusée pendant longtemps à brusquer, en particulier, la branche bavaroise catholique (CSU) de son parti démocrate-chrétien, très traditionaliste. Toutefois, avec la perspective des législatives, fin septembre, la pression de l'opinion a nettement monté pour évoluer sur la question. Les deux partenaires potentiels dans une future coalition gouvernementale, les sociaux-démocrates à gauche et les libéraux à droite, ont fait du mariage pour tous une condition à toute alliance.

Angela Merkel a ainsi fini par lâcher du lest, lundi, à la surprise générale, en acceptant que les élus de son parti votent sur le sujet librement, sans consigne. Elle planifiait un vote après les élections mais a été prise de vitesse par son partenaire de coalition, les sociaux-démocrates, qui ont imposé un vote quelques jours plus tard en s'alliant avec les deux autres partis de gauche au Bundestag, situés dans l'opposition. Ensemble, ils détenaient la majorité. Angela Merkel s'est ainsi retrouvée dans une situation paradoxale : elle a fini, hier, par voter contre le mariage pour tous, comme près des trois quarts de sa famille politique. La loi pourrait, du reste, être bientôt contestée devant la Cour constitutionnelle. Consolation au plan politique pour Angela Merkel : l'adoption du mariage gay lui permet de priver ses rivaux sociaux-démocrates d'un argument de campagne dans la dernière ligne droite avant les législatives.

 

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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 05:42
Génocide au Rwanda : Sherpa, le CPCR et Ibuka France déposent plainte contre BNP Paribas sur le fondement de complicité de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre

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Génocide au Rwanda :
Sherpa, le CPCR et Ibuka France déposent plainte contre BNP Paribas sur le fondement de complicité de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre

Paris, le 29 juin 2017

Les associations Sherpa, le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR) et Ibuka France déposent plainte avec constitution de partie civile contre BNP Paribas pour complicité de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. La banque aurait accepté de transférer en juin 1994, pendant le génocide et alors que l’embargo sur les armes avait été adopté par l’ONU un mois plus tôt, 1,3 million de dollars d’un compte de sa cliente, la Banque nationale du Rwanda (BNR), sur le compte suisse d’un courtier d’armes sud-africain, M. Ehlers.

Ehlers se serait alors rendu avec un commandant Hutu, M. Théoneste Bagosora, aux Seychelles, pour conclure, le 17 juin 1994, la vente de quatre-vingt tonnes d’armes, qui auraient ensuite été acheminées à Gisenyi au Rwanda, via Goma. Au cours de son audition devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), le colonel Bagosora a confirmé que des armes arrivées des Seychelles par Goma auraient servi à « donner un coup de main à Kigali »[.

Force est de constater que la Banque Bruxelles Lambert (BBL) avait refusé la demande d’utilisation de fonds émanant de la Banque commerciale du Rwanda, se refusant de violer l’embargo. D’après le témoignage du détaché de la BBL au Rwanda, le milieu bancaire, qui avait déjà l’obligation de se renseigner auprès de leur client sur la destination des fonds en cas de circonstances inhabituelles, savait que « le gouvernement rwandais avait un besoin crucial d’argent. […] Il était évident pour tout le monde qu’ils devaient acheter des armes et munitions. Le Rwanda était sous embargo ». La BNP aurait été la seule banque à accepter ce transfert de fonds.

Ainsi, selon les nombreux témoignages et rapports d’enquête joints à la plainte, la BNP aurait eu nécessairement connaissance de la destination des fonds et conscience que ce transfert pouvait contribuer au génocide en cours.

C’est la première fois qu’une plainte est déposée sur ce fondement contre une banque en France. Si les faits étaient avérés, elle permettrait de mettre en lumière la responsabilité des investisseurs dans les conflits armés, et plus largement dans de graves violations de droits humains. « L’aspect préventif du devoir de vigilance tel qu’adopté le 21 février dernier, appliqué aux institutions financières, devrait permettre d’éviter leur implication dans de telles violations », déclare Sandra Cossart, directrice des programmes de Sherpa.

 

Découvrez le dossier de presse complet ici.

 

 

 http://francegenocidetutsi.org/BagosoraTranscript28novembre2002.pdf

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 17:41
Un chant d'amour  Israël-Palestine, une histoire française Alain GRESH, Hélène ALDEGUER  Le 17 novembre 2013, au cours d'un repas en petit comité organisé à Tel Aviv en présence de François Hollande et de Benjamin Netanyahou, une artiste locale interpréta la chanson de Mike Brant « Laisse-moi t’aimer ». Au moment du toast, le président de la République française se refusa à entonner une chanson. Mais il rendit hommage au Premier ministre israélien : « Pour l’amitié entre Benjamin et moi-même, pour Israël et pour la France, même en chantant aussi mal que je chante - car je chante mal -, j'aurais toujours trouvé un chant d'amour - d'amour pour Israël et pour ses dirigeants. » Cet épisode, passé inaperçu à l'époque est révélateur des relations étonnantes que la France entretient avec Israël et, par conséquent, avec la Palestine. C'est cette relation spéciale, faite d'amours et de haines, de tensions et non-dits, de collusions et d'incompréhensions qu'explorent dans cette bande dessinée le journaliste Alain Gresh, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique et spécialiste reconnu du monde arabe, et Hélène Aldeguer, dessinatrice et illustratrice. L’ouvrage, qui paraîtra cinquante ans après la guerre des Six-Jours (juin 1967), raconte un demi-siècle de relations franco-israélo-palestiniennes. Il dévoile non seulement comment Paris a joué un rôle diplomatique central dans le conflit israélo-arabe, depuis plusieurs décennies, mais également comment ce conflit est très tôt devenu une « passion française », agitant les milieux politiques, intellectuels, médiatiques, artistiques et militants. Depuis cinquante ans, et plus intensément encore qu’on ne le croit, expliquent les auteurs, la question israélo-palestinienne est au cœur de la société française. Le travail d'Alain Gresh, scénariste de l'ouvrage s'appuie sur des recherches approfondies dans les archives de la diplomatie française et dans la production des médias hexagonaux (presse écrite, télévision, radio, cinéma, brochures militantes, etc.). Grâce à la documentation exceptionnelle qu'il a rassemblée, ce livre permet de comprendre les grandes étapes des relations que la France entretient à la fois avec Israël et avec la Palestine tout en revenant sur des épisodes oubliés, méconnus, voire inconnus, mais emblématiques de l'amour que la société française entretient avec le Proche-Orient. L'ouvrage est destiné à la fois aux néophytes et aux connaisseurs. C'est dans le but de s'adresser à un public large et exigeant que les auteurs ont choisi de raconter cette histoire sous forme graphique sans pour autant avoir recours à la fiction (les propos des personnages sont tous authentiques). Et pour bien souligner la « passion française » dont il est question dans le livre et les déchirements nationaux qu'elle ne cesse de provoquer depuis des décennies, la dessinatrice Hélène Aldeguer a choisi de restituer cette histoire en jouant sur les effets saturés et contrastés de trois couleurs symboliques : le bleu, le blanc et le rouge.(22€, La découverte)

Un chant d'amour Israël-Palestine, une histoire française Alain GRESH, Hélène ALDEGUER Le 17 novembre 2013, au cours d'un repas en petit comité organisé à Tel Aviv en présence de François Hollande et de Benjamin Netanyahou, une artiste locale interpréta la chanson de Mike Brant « Laisse-moi t’aimer ». Au moment du toast, le président de la République française se refusa à entonner une chanson. Mais il rendit hommage au Premier ministre israélien : « Pour l’amitié entre Benjamin et moi-même, pour Israël et pour la France, même en chantant aussi mal que je chante - car je chante mal -, j'aurais toujours trouvé un chant d'amour - d'amour pour Israël et pour ses dirigeants. » Cet épisode, passé inaperçu à l'époque est révélateur des relations étonnantes que la France entretient avec Israël et, par conséquent, avec la Palestine. C'est cette relation spéciale, faite d'amours et de haines, de tensions et non-dits, de collusions et d'incompréhensions qu'explorent dans cette bande dessinée le journaliste Alain Gresh, ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique et spécialiste reconnu du monde arabe, et Hélène Aldeguer, dessinatrice et illustratrice. L’ouvrage, qui paraîtra cinquante ans après la guerre des Six-Jours (juin 1967), raconte un demi-siècle de relations franco-israélo-palestiniennes. Il dévoile non seulement comment Paris a joué un rôle diplomatique central dans le conflit israélo-arabe, depuis plusieurs décennies, mais également comment ce conflit est très tôt devenu une « passion française », agitant les milieux politiques, intellectuels, médiatiques, artistiques et militants. Depuis cinquante ans, et plus intensément encore qu’on ne le croit, expliquent les auteurs, la question israélo-palestinienne est au cœur de la société française. Le travail d'Alain Gresh, scénariste de l'ouvrage s'appuie sur des recherches approfondies dans les archives de la diplomatie française et dans la production des médias hexagonaux (presse écrite, télévision, radio, cinéma, brochures militantes, etc.). Grâce à la documentation exceptionnelle qu'il a rassemblée, ce livre permet de comprendre les grandes étapes des relations que la France entretient à la fois avec Israël et avec la Palestine tout en revenant sur des épisodes oubliés, méconnus, voire inconnus, mais emblématiques de l'amour que la société française entretient avec le Proche-Orient. L'ouvrage est destiné à la fois aux néophytes et aux connaisseurs. C'est dans le but de s'adresser à un public large et exigeant que les auteurs ont choisi de raconter cette histoire sous forme graphique sans pour autant avoir recours à la fiction (les propos des personnages sont tous authentiques). Et pour bien souligner la « passion française » dont il est question dans le livre et les déchirements nationaux qu'elle ne cesse de provoquer depuis des décennies, la dessinatrice Hélène Aldeguer a choisi de restituer cette histoire en jouant sur les effets saturés et contrastés de trois couleurs symboliques : le bleu, le blanc et le rouge.(22€, La découverte)

Il y a cinquante ans, la guerre des Six-Jours faisait les ravages que l’on connaît dans la région. L’impact de la défaite des pays arabes face à Israël se fait toujours ressentir aujourd’hui. C’est cet épisode sombre de l’histoire de la région, ainsi que les relations bilatérales et si particulières qui unissent la France à l’État hébreu qu’Alain Gresh – journaliste, auteur et directeur du média en ligne Orient XXI – et la dessinatrice Hélène Aldeguer mettent en scène dans Un chant d’amour : Israël-Palestine, une histoire française*, aux éditions La Découverte, et qui vient de paraître. Sous forme de dessins, les auteurs retracent, depuis le conflit de 1967, les relations entre la France et Israël, rapportant fidèlement les propos des protagonistes de l’époque. Rien n’est inventé ni romancé.

Samia Medawar, L’Orient le Jour, dimanche 25 juin 2017

Qu’est-ce qui vous a poussé à adopter le format assez particulier de la bande dessinée ?

Au départ, il y avait l’idée de toucher un public différent, qui ne serait pas forcément le public habituel qui lit des livres politiques. En France, depuis plusieurs années déjà, le journalisme en bandes dessinées est un phénomène qui se développe pas mal. Je parle de mettre ensemble un journaliste et un dessinateur, et de faire des articles politiques, sous forme de récit en images.

En travaillant, il y a autre chose qui m’a frappé. Parfois, il est vrai qu’avec des images on peut dire des choses très fortes, en peu d’espace si je puis dire. Par exemple, quand on a reproduit la une du journal France-Soir, qui a paru le 5 juin 1967, et qui dit que les Égyptiens ont attaqué Israël. C’est une manière de traduire le climat antiarabe qui régnait en France à l’époque. On n’a pas besoin de long discours pour le montrer. Cette image le montre très clairement. Les images peuvent être très fortes quand on sait les utiliser.

  Les couleurs aussi, d’ailleurs...

Tout à fait. C’était l’idée de (la dessinatrice) Hélène Aldeguer de faire les Israéliens en bleu, les Palestiniens en rouge, d’utiliser beaucoup de noir, et de se limiter à ces couleurs. C’est un choix esthétique et qui fonctionne assez bien.

  Vous avez choisi de vous pencher sur une question assez précise, la relation entre la France et Israël. D’où vient la particularité de cette relation depuis la création de l’État hébreu ?

Le livre couvre la période d’après la guerre de 1967, pour des raisons simples. D’abord, cette guerre est un tournant dans l’histoire de la région, et de l’histoire de la question palestinienne. C’est également un tournant de la relation de la France avec Israël. Dans les années 1950, le principal allié de la France dans la région était Israël. C’est la France qui fournissait l’essentiel de l’armement de l’armée israélienne ; c’est elle également qui va lui fournir les éléments pour bâtir ses bombes atomiques.

Une évolution dans les relations bilatérales avait déjà pu être observée, mais 1967 marque une rupture, à cause de la position très particulière du général de Gaulle. Je savais déjà que sa position avait été impopulaire, mais, en faisant mes recherches, j’ai été surpris : je n’avais jamais imaginé à quel point il avait été isolé, y compris dans sa famille politique, la plupart de ses membres étant à l’époque pro-israéliens. Toute la classe politique, à l’exception du Parti communiste, qui à l’époque est encore une force importante, était pro-israélienne. Tous les médias font une propagande pro-israélienne, et surtout antiarabe. Tout le vocabulaire et tous les propos tenus dans le livre, et c’est important de le savoir, sont véridiques, rien n’a été inventé. Tout a été pris des journaux de l’époque, des déclarations officielles, des mémoires des uns et des autres.

Cette haine antiarabe doit être située : on est en 1967, cinq ans après la fin de la guerre d’Algérie. Il y a l’idée d’une revanche à l’égard des Arabes, qui touche une partie de la droite française notamment, mais aussi les socialistes.

  Peut-on donc affirmer que cette position gaullienne bouleverse non seulement le paysage politique français, mais également l’ensemble de la société ?

Oui, certainement. En 1967, on a une vraie émotion de la population française. Il y a une peur en faveur d’Israël, des dizaines de milliers de gens qui manifestent. On met en scène Serge Gainsbourg, à qui l’ambassade d’Israël commande une chanson – il va écrire Le sable et le soldat –, alors que Gainsbourg est totalement apolitique ! Cela montre cette espèce d’émotion et de sentiment pro-israéliens, qui vont durer relativement longtemps. En reflet, cela montre le courage de la politique que le général de Gaulle adopte, et qui n’est pas une politique électoraliste ou tactique. C’est vraiment une vision à la fois du rôle de la France dans la région, mais aussi de l’avenir même de la région. Il voit très bien les conséquences que vont avoir la guerre déclenchée par Israël et la déstabilisation de la région.

  Y a-t-il un moment charnière particulier, dans la politique française, qui a mené à celle que l’on voit aujourd’hui ? Comment expliquer ce « tournant silencieux », comme vous l’appelez ?

La France a eu une politique un peu d’avant-garde au niveau européen, et occidental. Elle a été la première à affirmer le droit des Palestiniens à l’autodétermination et appeler à négocier avec l’OLP (Organisation pour la libération de la Palestine). Tous les présidents successifs jusqu’à Jacques Chirac l’ont adoptée, plus ou moins avec des nuances selon les uns et les autres. Qu’est-ce qui change maintenant et qu’est-ce que ce « tournant silencieux » ? Il n’est pas visible. Si l’on demande aux responsables français, ils vont affirmer que leur position n’a pas changé, qu’ils sont pour un État palestinien, qu’ils sont contre la colonisation. Mais la différence fondamentale n’est pas seulement liée au conflit israélo-palestinien. Après la position prise par la France contre la guerre en Irak en 2003, c’est une espèce d’alignement sur les Américains, la réintégration dans l’organisation militaire de l’OTAN, et l’idée aussi que nous sommes dans un conflit contre le terrorisme, et que, dans cette guerre, Israël est notre allié.

Deux choses changent aujourd’hui. Premièrement, contrairement à avant, il n’y a aucun lien entre le comportement israélien à l’égard de la Palestine et les relations bilatérales entre la France et Israël. Avant, on ne pensait pas normaliser totalement les relations avec l’État hébreu si la question palestinienne n’était réglée. Deuxièmement, il n’y a plus une voix de la France. On rappelle dans le livre l’importance de la déclaration de Venise. La France fait adopter par l’Europe une déclaration disant qu’il faut négocier avec l’OLP, qu’il faut le droit à l’autodétermination aux Palestiniens, et c’est cette position qui a fait bouger toute la communauté internationale. Aujourd’hui, la France se contente d’être à la remorque des États-Unis, sans aucune idée neuve concernant le conflit israélo-palestinien.

  Ce qui est un peu paradoxal, vu qu’elle était à l’avant-garde du soutien aux Palestiniens...

Tout à fait. Ce tournant dont je parlais a été pris par Nicolas Sarkozy, accentué par François Hollande. Il y a beaucoup de raisons qui ont contribué à ces changements, comme aussi la disparition de la génération gaulliste, l’affaiblissement du Parti communiste, la question du terrorisme, etc. Aujourd’hui, la vision de la question palestinienne n’est plus une question d’autodétermination, mais de lutte contre le terrorisme. Tout cela a joué dans ce tournant de la politique française.

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 05:14
Macron: "Bachar-al-Assad n'est plus notre ennemi, sa destitution n'est pas un préalable à tout": Macron reprend les principaux arguments des soutiens au régime sanguinaire et cynique d'Assad (Médiapart, Léna Bredoux - 26 juin 2017)

 

Le coup politique de Macron sur la Syrie
 PAR 

En assumant un « aggiornamento » sur la politique française en Syrie, le nouveau président a en grande partie verbalisé ce que les gouvernements précédents avaient fini par admettre : le départ de Bachar al-Assad n'était plus leur priorité. Mais Macron va plus loin, en reprenant les principaux arguments des soutiens du régime, notamment russes.

Dans les mots, le revirement est spectaculaire. Dans les faits, sa portée est plus discutable. En assumant un « aggiornamento » de la politique française en Syrie, Emmanuel Macron a abandonné les engagements pris par Paris depuis 2011 : le départ de Bachar al-Assad, qui « n’est pas notre ennemi », n’est plus un objectif pour le nouveau président de la République, tout à sa volonté de remettre la France au cœur du jeu diplomatique mondial et de renouer le dialogue avec la Russie de Vladimir Poutine.

À bien des égards, il ne fait que valider une réorientation souterraine de la politique française depuis les attentats de novembre 2015. Mais en s’alignant sur la rhétorique de Moscou, Macron va encore plus loin et prend le risque de perdre toute crédibilité sur la défense des droits de l’homme et le soutien aux sociétés civiles.

Selon plusieurs sources interrogées par Mediapart, il a d’ailleurs totalement pris de court les diplomates et les spécialistes français du dossier syrien, qui n’ont pas été consultés en amont. Seul le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui défendait, à la Défense, un discours similaire, et qui était à Moscou la semaine dernière, semblait être dans la confidence.

C’est un entretien publié jeudi 22 juin par huit journaux européens, dont Le Figaro, qui a déclenché la polémique. « Le vrai aggiornamento que j'ai fait sur ce sujet, c'est que je n'ai pas énoncé que la destitution de Bachar al-Assad était un préalable à tout », explique Macron. Pendant la campagne, il avait pourtant juré à plusieurs reprises que le président syrien, responsable du massacre de son peuple, devait quitter le pouvoir pour assurer une transition politique durable. Il l’a encore dit en recevant les principaux représentants de l’opposition syrienne au lendemain de la visite de Vladimir Poutine à Versailles.

Mais l’ancien conseiller de François Hollande s’était toujours montré plus prudent que les exécutifs précédents : lors d’une visite à Beyrouth en janvier, le candidat d’En Marche! avait déjà estimé que « l'erreur qui a été faite, de droite ou de gauche, a été à un moment de faire du départ de Bachar al-Assad un préalable à tout ». « La France n'est pas là pour décerner des bons points et des mauvais points à qui que ce soit, elle est là pour construire la paix, c'est bien plus compliqué », avait-il insisté.

 

Le gouvernement français lui-même avait déjà entamé une réorientation de son discours sur la Syrie : juste après les attentats de Paris et de Saint-Denis le 13 novembre 2015, François Hollande avait tenté de se rapprocher (en vain) de la Russie et avait indiqué que le principal ennemi de la France était l’État islamique (EI, ou Daech), et non le régime syrien. C’est aussi à cette époque que le président avait décidé de participer aux frappes de la coalition emmenée par les États-Unis en Syrie – jusque-là, la France n’opérait qu’en Irak et refusait de bombarder les positions de l’EI en Syrie pour ne pas renforcer le régime.

En janvier 2017, le ministre des affaires étrangères Jean-Marc Ayrault avait aussi déclaré : « Si certains veulent à tout prix qu'on place le débat sur: “Est-ce que l'on garde Assad ou est-ce que l'on ne garde pas Assad”, ce n'est pas comme cela que la question se pose. » Selon un témoin, son cabinet avait déjà indiqué à son arrivée au Quai d’Orsay, un an plus tôt : « On va arrêter de parler de Bachar al-Assad. »

De ce point de vue, Emmanuel Macron, élu président, ne fait que tirer les enseignements des errements passés de la diplomatie française qui s’est elle-même condamnée à l’impuissance : elle proclamait nécessaire le départ de Bachar al-Assad mais s’avérait incapable de l’obtenir. Au fil des années, et singulièrement depuis l’intervention militaire russe, la France, jugée peu crédible par toutes les parties prenantes, s’est trouvée totalement marginalisée, voire isolée, sur le dossier syrien (lire notre analyse).

« La diplomatie française ne s’est pas trompée sur le diagnostic, mais il est vrai qu’elle n’a pas trouvé les leviers lui permettant d’avoir un impact à la hauteur des enjeux », estime l’ancien ambassadeur de France en Syrie, Michel Duclos, dans une note très détaillée que vient de publier l’Institut Montaigne. « Comment faire du départ d’Assad une pré-condition alors qu’il n’y a même pas de négociation réelle à Genève ? », relève aussi une source diplomatique.

Depuis son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron, qui rêve comme tous les présidents avant lui de redorer l’image de la France, tente donc de rééquilibrer la position française pour lui rendre sa crédibilité et retrouver une place à la table des “grands” dont l’avis compte pour l’avenir du Proche- et du Moyen-Orient. Cette envie était palpable lors de son déplacement à l’Otan fin mai et de sa rencontre avec le président américain Donald Trump. Lors d’un débriefing avec la presse, l’Élysée avait exprimé son enthousiasme, y compris sur « la volonté des Américains d’échanger avec nous » sur le dossier syrien. « Il faut assez rapidement, en lien avec l’Onu et les pays les plus engagés dans la région, trouver un format de dialogue pour amorcer et accompagner une forme de transition diplomatique et politique inclusive », avait précisé l’équipe de Macron.

Le nouveau président a également répété à plusieurs reprises qu’il voulait combattre les tentations néoconservatrices qui ont agité la diplomatie française à intervalles réguliers, et manifeste le plus grand scepticisme à l’égard du « regime change ». « Avec moi, ce sera la fin d'une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans, explique-t-il dans cet entretien à la presse européenne. La démocratie ne se fait pas depuis l'extérieur à l'insu des peuples. La France n'a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. Quel fut le résultat de ces interventions ? Des États faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. Je ne veux pas de cela en Syrie. » Des propos qu’il avait déjà tenus, presque mot pour mot, surle plateau de Mediapart deux jours avant le second tour.

Parallèlement, il a rappelé sa volonté d’intervenir militairement à l’aune de « lignes rouges » – une référence aux propos de Barack Obama sur les armes chimiques. « J'ai deux lignes rouges, les armes chimiques et l'accès humanitaire, a redit Macron. Je l'ai dit très clairement à Vladimir Poutine, je serai intraitable sur ces sujets. Et donc l'utilisation d'armes chimiques donnera lieu à des répliques, y compris de la France seule. La France sera d'ailleurs à cet égard parfaitement alignée avec les États-Unis. » Donald Trump a lui-même décidé de frappes unilatérales après l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, en avril dernier.

Macron et ses soutiens, à l’image de l’ambassadeur de France aux États-Unis Gérard Araud, assument donc un discours qu’ils jugent « réaliste », conforme à la réalité du terrain, et qui s’inspire des propos tenus ces dernières années par l’ancien ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin, dont le nouveau président se dit proche, ou de Hubert Védrine.

« Ce n’est pas mal joué, estime aussi une source militaire. Sur le terrain, les ordres n’ont absolument pas changé. Mais cela évite d’être marginalisé. Si on reste sur une position de principe, on sera tout seul, et on ne comptera pas dans la solution. » Le revirement de Macron, qui n’est « que du verbal », selon cette même source, permet aussi « d’ôter un argument aux Russes » et de « parler aux Iraniens », alors que l’Iran attire les convoitises des grandes entreprises depuis l’accord sur le nucléaire.

Macron reprend les principaux arguments des soutiens du régime

Mais dans ses dernières déclarations, Emmanuel Macron ne s’arrête pas là : lui qui est si attentif à son expression et aux termes qu’il emploie reprend, pour justifier son« aggiornamento », les principaux arguments défendus depuis des années par le régime syrien et ses alliés. Il prétend ainsi que le départ de Bachar al-Assad ne doit pas être un« préalable », non pas parce que les Russes et les Iraniens ne veulent pas en entendre parler en l’état, mais « car personne ne m’a présenté son successeur légitime ». Il promeut aussi « la stabilité de la Syrie », « car je ne veux pas d’un État failli », dit-il, reprenant ainsi l’une des obsessions russes. Des propos qui ont évidemment ravi la propagande de Damas, ou certains soutiens zélés du régime comme l’ancien député LRThierry Mariani ou l’ancien président du Front national de la Jeunesse (FNJ) Julien Rochedy, et qui ont écœuré l’opposition syrienne.

Mais comment Emmanuel Macron peut-il prétendre qu’aucune transition politique n’est possible ? Et comment peut-il affirmer que la Syrie n’est pas déjà un « État failli », alors que le régime ne tient que grâce au soutien de puissances étrangères, la Russie et l’Iran, et que le conflit a fait plus de 300 000 morts et des millions de réfugiés ? Comment peut-il omettre publiquement la responsabilité du clan au pouvoir dans la prospérité du djihadisme de l’EI ?

« C'est du mépris affiché vis-à-vis de tout un peuple et une approche qui dessaisit la France des valeurs universelles et du droit international qu'elle prétend souvent défendre, rétorque le chercheur Ziad Majed, spécialiste de la Syrie. Pire encore, ce message sera interprété par le dictateur syrien comme un permis de tuer, comme une totale immunité. » Il rappelle également que « plus Assad reste au pouvoir, plus Daech, Al-Nosra, ou d'autres qui leur succéderaient, augmenteront leur capacité de recrutement ». Avant d’ajouter : « Macron promettait de jouer un rôle de leadership politique et éthique au niveau européen et international. Cette déclaration l'a d'emblée décrédibilisé aux yeux d'une grande partie de ceux qui y croyaient. »

« La Syrie est un État failli depuis très longtemps, depuis bien avant le déclenchement de la révolution, dénonce Salam Kawakibi, chercheur en sciences politiques et directeur adjoint de l’Arab Reform Initiative établi à Paris. Ici, il n’y a pas d’État, mais un régime dictatorial qui s’est approprié du pouvoir et des ressources. Tout cela, c’est le b.a.-ba de la situation. »

« Sur le plan analytique, cela ne fait aucun doute : lorsque l’on connaît la véritable nature de ce régime, il n’est pas possible de croire en sa capacité de s’amender ou de le considérer comme un partenaire, tant sa connivence avec le terrorisme est profonde, et sa duplicité insondable, analyse également l’ancien ambassadeur Michel Duclos, qui juge dans le même temps que « sur le plan de la tactique diplomatique, l’insistance mise sur l’exigence du départ d’Assad s’est révélée contre-productive ». Mais à ses yeux,« aucune stabilisation réelle ne peut intervenir sans une éviction de Bachar al-Assad et de ses principaux associés ».

Ces constats sont largement partagés par les diplomates français et par les principaux spécialistes de la Syrie et de l’EI. Certains d’entre eux craignent une politique à courte vue, qui conduirait à soutenir, partout, et sans conditions, tous les régimes dictatoriaux au prétexte de la « stabilité » et de la lutte antiterroriste. Une doctrine ancienne, qui avait vacillé sous l’effet des printemps arabes, mais qui est revenue en force avec l’expansion de Daech. C’est le sens du soutien indéfectible de la France au régime égyptien, ou même de la récente visite d’Emmanuel Macron au Maroc. Mais cette doctrine omet, à chaque fois, de rappeler que ce sont aussi ces régimes qui ont, par tactique, ou par leur violence, ou les deux, largement alimenté les réseaux djihadistes.

Les partisans de la nouvelle ligne Macron, eux, font le pari que ses propos, même excessifs, permettront de renouer le dialogue avec Poutine, et in fine à la France de participer à une solution politique, qui contribuera à « anéantir » Daech et à stabiliser la région. Mais si ce pari échoue, les mots, eux, resteront. Comme une tache sur un quinquennat qui vient de commencer.

 

 

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 05:05
Turquie: Darwin banni des programmes

Alpaslan Durmus, en charge des programmes scolaires, a informé le 23 juin que la théorie de l'évolution, théorisée et popularisée par Darwin en 1859, ne serait plus enseignée dans le secondaire. "Si les étudiants n'ont pas le contexte nécessaire pour comprendre les prémisses et les hypothèses, ou s'ils n'ont pas le savoir et le cadre scientifique nécessaires, ils ne pourront pas comprendre certaines questions controversées" (propos relayés par le journal Hürriyet). 

Erdogan et son pouvoir autoritaire, dictatorial même, continuent à battre en brèche la laïcité et à suivre les injonctions du fondamentalisme religieux au mépris des libertés fondamentales et du droit à l'exercice de la raison.   

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 04:56
Maroc: dans le Rif, sa majesté le peuple défie le Palais (Rosa Moussaoui - L'Humanité, 22 juin 2017)
Maroc. Dans le Rif, « Sa Majesté le peuple  » défie le Palais
Rosa Moussaoui
Jeudi, 22 Juin, 2017
L'Humanité

L’incarcération de dizaines de militants du Hirak, le mouvement populaire qui secoue depuis huit mois cette région frondeuse, ne décourage pas les protestataires. La stratégie de répression et d’isolement du Palais est un échec.

Dans la ville d’Al Hoceïma quadrillée par la police, toute tentative de rassemblement est désormais violemment dispersée et ses instigateurs embarqués. Lundi, c’est une adolescente de 14 ans, Houda Jelloul, qui a été arrêtée et conduite au commissariat central avant d’être relâchée. Elle entendait manifester pour la libération des porte-voix du Hirak, le mouvement social qui embrase la région du Rif depuis huit mois. Parmi ces détenus politiques, son père, Mohamed Jelloul, un syndicaliste incarcéré à la prison d’Oukacha, à Casablanca. Comme ses 47 compagnons, il est accusé de « complot » et d’« atteinte à la sûreté de l’État ». Pour tenter de décapiter le mouvement de protestation, le pouvoir a fait procéder ces dernières semaines à des centaines d’arrestations. Sans réussir à éteindre la révolte allumée le 19 octobre 2016 par la mort de Mouhcine Fikri, ce jeune poissonnier broyé par une benne à ordures alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise confisquée par les autorités.

Suite de la page une

La place Mohammed-VI, qu’ils ont rebaptisée place des Martyrs, leur est interdite. Ils ont été chassés des faubourgs par la police. Alors les jeunes d’Al Hoceïma ont trouvé refuge dans les collines, où leurs lanternes s’allument, à la tombée du jour, comme des lucioles. De là-haut, ils chantent, scandent des slogans qui se répondent, comme un écho, d’une butte à l’autre, invectivent, dans l’obscurité, les policiers restés en bas. En jetant en prison les principales figures de la contestation, le pouvoir pensait en finir avec ce mouvement populaire qui défie le Palais. Peine perdue. L’acharnement répressif décuple la colère des Rifains. Au risque de donner aux événements un tour violent. Ces derniers jours, à Al Hoceïma, à Imzouren, lors des affrontements avec la police, de jeunes protestataires répondaient aux tirs de grenades lacrymogènes par ce cri : « Silmya, c’est fini ! » (« Le pacifisme, c’est fini ! »)

Des journalistes croupissent derrière les barreaux

Tout a basculé le 29 mai dernier, avec l’arrestation de Nasser Zefzafi, icône du Hirak. Quelques jours plus tôt, il avait fait irruption, avec d’autres militants, dans la mosquée Mohammed-V d’Al Hoceïma, pour interrompre le prêche d’un imam lié au pouvoir, hostile aux manifestations. Un coup d’éclat inacceptable pour le makhzen, l’appareil monarchique, qui fait du religieux un pilier de légitimité politique. La capture de Zefzafi, après plusieurs jours de cavale, a donné le signal d’une vague d’arrestations qui se poursuit encore. Chaque jour, des activistes sont kidnappés. Des journalistes, coupables d’avoir couvert les manifestations, croupissent derrière les barreaux. Et devant la justice, les premières sentences sont tombées. Elles vont jusqu’à dix-huit mois de prison ferme. Les leaders du mouvement, eux, attendent à la prison d’Oukacha, à Casablanca, que se décide leur sort. Leurs avocats font état d’allégations de torture et de mauvais traitements. De lourdes charges pèsent sur eux.

Zefzafi est accusé, entre autres, de « participation au crime d’atteinte à la sûreté intérieure de l’État en commettant des violences ayant pour but d’entraîner la dévastation, le massacre et le pillage ». Présenté par le pouvoir comme un « séparatiste » pour avoir revendiqué la reconnaissance effective de la culture et de la langue amazighes (berbères), il est aussi poursuivi pour « réception de dons (…) destinés (…) à mener et à rémunérer au Maroc une activité et une propagande de nature à porter atteinte à l’intégrité, à la souveraineté, ou à l’indépendance du Royaume ». Ce n’est pas la première fois que l’accusation de complot ourdi et financé depuis l’étranger est invoquée pour justifier la répression dans cette région septentrionale enclavée, abandonnée par l’État. En 1984, Hassan II avait utilisé la même vulgate en écrasant les émeutes du pain d’Al Hoceïma. Le même, avant son couronnement, avait supervisé en 1958 la brutale répression d’un soulèvement populaire dans cette région.

Une région placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire

Entre le Rif et le pouvoir central monarchique, la défiance remonte plus loin encore. En 1926, sous l’Arc de triomphe, le sultan n’a-t-il pas participé à la célébration de la défaite d’Abd El Krim El Khattabi, héros de la première guerre de décolonisation, en compagnie des colonisateurs espagnols et français (voir page 6) ? Cette mémoire traumatique n’a cessé d’affleurer dans le mouvement de contestation. Sur les manifestations flotte la bannière amazighe, mais aussi le drapeau de l’éphémère République d’Abd El Krim, un symbole jugé provocateur par le Palais. Zefzafi, lui, n’hésitait pas, avant son arrestation, à se mettre en scène, lors des interviews, aux côtés d’un portrait d’Abd El Krim, personnage effacé de l’historiographie officielle. Dans le Rif, ces contentieux mémoriels n’ont cessé d’attiser le sentiment de marginalisation, avec le soupçon d’une « punition collective » infligée à cette région fière et rebelle, placée depuis 1958 sous étroite surveillance militaire. Et de fait, malgré quelques investissements consentis par Mohammed VI depuis son accession au trône, notamment dans les infrastructures routières, le Rif reste bel et bien délaissé. Le taux de chômage des jeunes y est deux fois plus élevé que dans le reste du pays. Quatre personnes sur dix y sont analphabètes. La région, livrée aux trafics et à la culture du cannabis qui enrichit moins les paysans rifains que les gros barons de la drogue, manque cruellement de services publics de base.

Et le Hirak, parti de la revendication de vérité et de justice pour Mouhcine Fikri, est finalement devenu le symptôme de la crise sociale profonde et des inégalités scandaleuses qui minent tout le Maroc. « Ils sont en prison pour avoir réclamé une université, un hôpital, des routes et des infrastructures pour notre région », résume avec amertume le père de la jeune Silya Ziani, artiste et militante incarcérée à Casablanca, visée, entre autres, pour l’usage de ce slogan : « Sa Majesté le peuple ». Autant de revendications sociales dont l’écho parvient à d’autres régions déshéritées, à d’autres villes où se multiplient les rassemblements de solidarité avec le Rif. D’où la crainte, au Palais, d’un effet de contagion. « Après le Mouvement du 20 février 2011, le pouvoir avait multiplié les promesses d’ouverture, de démocratisation, de transition vers un État de droit, de reconnaissance de la culture amazighe. Mais la nouvelle Constitution, censée entériner de telles avancées, n’a pas été suivie d’effet. Au contraire, le régime s’est durci », résume Khadija Ryadi, de la Coordination maghrébine des organisations de défense des droits humains. De quoi alimenter les frustrations sociales et politiques, sur fond de corruption décomplexée.

Le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage

À l’épreuve du soulèvement social du Rif, le makhzen hésite sur la marche à suivre. L’appareil sécuritaire se divise entre les partisans d’une ligne répressive dure et ceux qui craignent que cette stratégie du pire ne hâte un embrasement généralisé. Ces jours-ci, des voix autorisées plaident pour des gestes d’apaisement, implorent une grâce royale pour les militants incarcérés. Une Initiative civile pour le Rif réclame « la libération des détenus » et « le retrait des charges qui pèsent contre eux ». « Les revendications du mouvement populaire du Rif sont légitimes (…) Plusieurs chantiers sociaux lancés n’ont pas abouti. Al Hoceïma ressemble à une île isolée », admet son coordinateur, Mohammed Nachnach. Dans les faits, pourtant, le pouvoir monarchique choisit toujours le verrouillage. Sans parvenir à isoler le Rif, ni à décourager la contestation ailleurs. Mardi soir, à Casablanca, malgré l’interdiction du ministère de l’Intérieur, la marche à l’appel de la Confédération démocratique du travail pour commémorer la sanglante répression des émeutes du pain, en 1981, a rassemblé une foule nombreuse, à la lueur des bougies. Avec, omniprésente, l’expression de la solidarité avec le Rif.

Journaliste à la rubrique Monde
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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 06:00
Crise du Golfe: l’ultimatum de l’alliance anti-Qatar
 PAR 

Après avoir rompu leurs relations diplomatiques avec l’émirat gazier, placé sous embargo aérien et maritime, l’Arabie saoudite et ses alliés viennent d’édicter 13 exigences que Doha doit accepter pour mettre fin à la crise. Exigences qui mettraient un terme à la souveraineté du Qatar

Moins d’un mois après avoir annoncé la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar, accusé de « soutien au terrorisme », l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte viennent d’adresser à Doha un véritable ultimatum. Dans un document transmis par l’intermédiaire du médiateur koweïtien, ils dressent une liste de 13 exigences à satisfaire dans les dix jours, pour mettre fin à la crise, sans préciser toutefois ce qu’ils entendent faire si le Qatar n’accepte pas leurs conditions. « Il est plus sage que le Qatar prenne au sérieux les demandes et les préoccupations de ses voisins. Autrement, le divorce sera effectif », s’est contenté de dire, menaçant, le ministre émirati des affaires étrangères, Anwar Gargash, tandis que les Nations unies offraient leur assistance pour tenter de résoudre la crise « par le dialogue ». En vain pour le moment.

 

Le ministre émirati des affaires étrangères, Anwar Gargash, lors d’une conférence de presse à Dubaï, le 24 juin 2017 © Abdel Hadi Ramahi / ReutersLe ministre émirati des affaires étrangères, Anwar Gargash, lors d’une conférence de presse à Dubaï, le 24 juin 2017 © Abdel Hadi Ramahi / Reuters
Alors que les frontières aériennes, terrestres et maritimes entre les quatre pays et le Qatar sont fermées, que les ambassadeurs des cinq pays ont quitté leur poste et que les ressortissants du Qatar – visiteurs ou résidents permanents – ont été priés de plier bagages par les quatre pays coalisés, de plus en plus rares sont ceux, parmi les experts et les diplomates, qui estiment que la crise, pourrait se résoudre comme en 2014, où après huit mois de discorde, le Qatar avait accepté de se « conformer à la plate-forme arabe »présentée par Riyad, Abou Dabi et Manama – Le Caire, à l’époque ne s’était pas joint aux trois monarchies du Golfe. La crise actuelle est manifestement d’une tout autre nature. Si l’émirat gazier acceptait les 13 conditions exigées par ses voisins, il abandonnerait du même coup purement et simplement sa souveraineté. On le comprend aisément à la lecture de la liste. Voici ce que réclament Riyad, Abou Dabi, Manama et Le Caire.

1. Le Qatar doit réduire ses relations diplomatiques avec l’Iran et fermer les missions diplomatiques iraniennes sur son territoire. Le commerce et les échanges avec l’Iran doivent respecter les sanctions américaines et internationales, de manière à ne pas menacer la sécurité du Conseil de coopération du Golfe.

2. Le Qatar doit immédiatement fermer la base que la Turquie est en train de construire sur son territoire et mettre un terme à toute coopération militaire avec la Turquie à l’intérieur de l’émirat.

3. Le Qatar doit couper les liens avec toutes les organisations terroristes, sectaires et idéologiques, en particulier avec les Frères musulmans, l’État islamique, Al-Qaïda, Fatah al-Cham (ex-Front al-Nosra), les Chebabs somaliens, AQMI et le Hezbollah libanais. Il doit formellement déclarer que ces entités sont des groupes terroristes, conformément à la liste rendue publique par l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Égypte, et accepter toutes les futures mises à jour de cette liste.

4. Le Qatar doit couper tous les moyens de financement destinés à des individus, groupes et organisations qui ont été considérés comme terroristes par l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Égypte, les États-Unis et d’autres pays.

5. La Qatar doit remettre les figures du terrorisme, les fugitifs et individus recherchés, ressortissants de l’Arabie saoudite, de Bahreïn, des Émirats arabes unis et de l’Égypte à leur pays d’origine. Il doit aussi geler leurs biens et fournir toutes les informations requises sur leurs domiciles, mouvements et moyens financiers.

6. Le Qatar doit fermer Al Jazeera et ses stations affiliées.

7. Le Qatar doit cesser toute ingérence dans les affaires intérieures des États souverains, cesser d’offrir sa nationalité à des individus recherchés de nationalité saoudienne, émiratie, bahreinie ou égyptienne. Il doit retirer la citoyenneté qatarie aux personnes dont la naturalisation viole les lois de ces pays.

8. Le Qatar doit verser des réparations financières à ses voisins pour les pertes en vies humaines et les pertes financières provoquées par sa politique ces dernières années. Le montant de ces indemnités sera déterminé en coordination avec le Qatar.

9. Le Qatar doit aligner sa politique sur celle des autres pays arabes du Golfe, tout comme il doit le faire en matière économique, conformément à l’accord conclu en 2014 avec l’Arabie saoudite.

10. Le Qatar doit cesser tout contact avec l’opposition en Arabie saoudite, au royaume de Bahreïn, aux Émirats arabes unis et en Égypte. Il doit communiquer des rapports détaillant les contacts qu’il a déjà entretenus avec des groupes d’opposition dans ces pays et les soutiens qu’il leur a apportés.

11. Le Qatar doit fermer tous les organes d’information qu’il finance directement ou indirectement, y compris Arabi21, Al Araby, Al Jadeed, Mekameleen, Middle east eye, etc.

12. Le Qatar doit communiquer son accord avec ces demandes dans les 10 jours suivant la communication de cette liste.

13. Le Qatar doit accepter un audit mensuel du respect de ces obligations pendant la première année suivant son acceptation, puis un audit trimestriel la deuxième année et des audits mensuels les années suivantes.

« Ces exigences sont déraisonnables et irréalistes », a répondu le Qatar, comme on pouvait s’y attendre. « Cette liste, a ajouté le directeur du bureau de communication gouvernemental, cheikh Saïf ben Ahmed al-Thani, n’est pas destinée à combattre le terrorisme mais à empiéter sur la souveraineté du Qatar et à s’ingérer dans sa politique étrangère. » Elle ne simplifie pas, c’est le moins qu’on puisse dire, la tâche de ceux qui ont proposé leurs bons offices pour résoudre la crise. Et elle place dans une situation diplomatiquement très inconfortable ceux qui entretiennent des liens avec les deux camps. C’est notamment le cas des États-Unis. L’alliance entre Washington et Riyad est historique. Elle a été renforcée encore lors de la visite, le mois dernier, de Donald Trump en Arabie saoudite, au cours de laquelle il a dénoncé le soutien apporté par l’Iran au terrorisme international et appelé la communauté internationale à isoler Téhéran, reprenant l’argumentation utilisée depuis des mois par les dirigeants saoudiens (et israéliens). Récompensé par une commande de plus d’un milliard de dollars d’armes, ce soutien américain a manifestement été interprété par Riyad comme un encouragement américain à punir le Qatar, jugé trop proche de Téhéran.

En raison du soutien qu’il apporte, depuis longtemps aux Frères musulmans, mais aussi en raison des bonnes relations économiques et politiques qu’il entretient avec l’Iran, le petit émirat gazier, qui, depuis les années 1990, entend exploiter ses énormes moyens financiers pour manifester sa présence sur la scène diplomatique internationale, est considéré par Riyad comme un rival et présenté comme un danger pour les pays de la région.

Et cela en dépit du fait que l’islam wahhabite en vigueur à Doha soit aussi rigoureux et médiéval que celui des princes saoudiens. Collant à la position saoudienne, la Maison Blanche a donc estimé, dans un premier temps, que la crise du Golfe était d’abord « une affaire de famille » et encouragé les pays de la région à trouver, entre eux, une porte de sortie. Le nouveau secrétaire d’État Rex Tillerson, ancien patron d’Exxon, donc familier des monarchies pétrolières et de leurs querelles, avait conseillé à l’Arabie saoudite et à ses alliés de préparer une liste de leurs griefs qui soit « raisonnable et acceptable ». Celle qui vient d’être communiquée au Qatar « ne répond pas à ces caractéristiques », a-t-il admis vendredi.

La situation est d’autant plus gênante pour Washington qu’outre leur alliance et leurs relations militaro-commerciales avec Riyad, les États-Unis ont depuis longtemps établi à Bahreïn le QG de leur cinquième flotte, tout en disposant au Qatar – qui a décidé de leur acheter 12 milliards de dollars d’armement – de deux installations stratégiques : le commandement des opérations aériennes contre l’État islamique, installé sur la base de Al-Udeid, et le commandement central pour les opérations américaines en Afghanistan et au Moyen-Orient.

Cette présence dans les deux camps pouvait être un atout, pour jouer les intermédiaires. Elle pourrait, si Riyad et ses alliés maintiennent l’intégralité de leurs exigences, devenir un casse-tête. Paris et Londres, qui ont également des intérêts et/ou des implantations militaires dans les deux camps ne sont pas dans une position beaucoup plus confortable. La crise ne sera résolue, a déclaré le Foreign Office, que lorsque les pays concernés accepteront de discuter de revendications« mesurées et réalistes ». Manière diplomatique britannique d’indiquer que pour Londres, les exigences formulées par l’alliance anti-Qatar ne sont aujourd’hui ni l’un ni l’autre. Paris, qui a reçu la semaine dernière le prince héritier et régent des Émirats arabes unis, semble avoir choisi un silence prudent. L’Élysée se borne à indiquer que le président de la République s’est entretenu mercredi dernier avec les dirigeants qatari, saoudien et iranien, qu’il a appelés à « poursuivre le dialogue ».

Certes, certains des protagonistes, comme le ministre émirati des affaires étrangères, déclarent maintenant que la liste n’était qu’un « document de travail destiné à démarrer la discussion » et accusent le Qatar d’en avoir organisé la « fuite » dans la presse, mais ils indiquent aussi qu’il existe une autre liste contenant notamment les noms de 49 personnes que Riyad et ses alliés souhaitent voir arrêtées et/ou extradées. Aucune issue négociée, en d’autres termes, n’est en vue pour le moment. Et la Turquie, qui juge les demandes adressées au Qatar « déraisonnables » et « contraires au droit international »vient de prendre une initiative qui ne va pas alléger le contentieux régional. Loin de fermer la base dont elle dispose au Qatar, comme l’exige la deuxième condition, Ankara poursuit ses livraisons par avion et par bateau de denrées alimentaires au petit émirat soumis à l’embargo de ses voisins. Et surtout vient de décider de mettre en œuvre l’accord conclu en 2014 avec Doha, qui lui permet de déployer plusieurs milliers de soldats sur sa base au Qatar, en renforçant immédiatement le contingent turc déjà présent sur place.

 

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 14:00
"Un royaume d'olives et de cendres": Territoires palestiniens. Un livre pour dénoncer l'enfermement (Le Télégramme, 19 juin 2017)

Une vingtaine d'écrivains mondialement reconnus publie " Un Royaume d'olives et de cendres " , un recueil d'écrits sur l'occupation des Territoires palestiniens par Israël depuis 50 ans, les revenus du livre allant à l'ONG, Breaking the Silence. 

 

 " Un Royaume d'olives et de cendres " rassemble des textes de 26 auteurs, un Nobel  Mario Vargas Llosa, trois prix Pulitzer dont Geraldine Brooks, et des plumes comme l'Américain Dave Eggers, l'Irlandais Colm Toibin ou la Française Maylis de Kerangal.


Les éditeurs, le couple Michael Chabon/Ayelet Waldman - américain et israélo-américaine--, juifs tous les deux, entendent secouer par l'écriture l'indifférence généralisée qui s'est installée à l'égard de ce conflit vieux d'un demi-siècle et exposer les conséquences concrètes de l'occupation sur les Israéliens et les Palestiniens.

 

Cinquante ans après la guerre des Six Jours
 

L'ouvrage sort à dessein cinquante ans après la guerre des Six Jours, marquant le début de l'occupation des Territoires palestiniens par l'Etat hébreu. Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville sainte, a depuis été annexée par Israël, même si l'ONU ne reconnaît pas cette décision.

La Cisjordanie reste aussi occupée par l'armée israélienne et deux millions de Palestiniens vivent enfermés dans la bande de Gaza soumise à un rigoureux blocus. 

 


Rendre compte des réalités de l'Occupation
Les auteurs qui ont contribué à "un Royaume d'olives et de cendres", publié en anglais, arabe, hébreu, français, espagnol et italien, sont venus sur place au cours des deux dernières années pour rendre compte des réalités de l'occupation. Le chapitre écrit par Michael Chabon insiste sur le caractère "arbitraire" de l'occupation israélienne en Cisjordanie, qui soumet les Palestiniens à la lourdeur de la bureaucratie et au bon vouloir de tel ou tel soldat ou officier israélien. Le romancier américain Dave Eggers s'est rendu à Gaza pour raconter comment les Palestiniens vivent dans cette enclave souvent qualifiée de "plus grande prison du monde à ciel ouvert". L'auteur du "Cercle" et de "Zeitoun" rapporte les frustrations des Gazaouis devant leur réclusion, mais aussi devant les restrictions imposées par le mouvement islamiste Hamas qui les gouverne. 

 

Les bénéfices à une ONG détestée du gouvernement israélien
 

Le bénéficiaire des ventes du livre est l'un des acteurs indirects du conflit. L'ONG israélienne Breaking the Silence offre sous le couvert de l'anonymat une plateforme aux soldats israéliens pour raconter leur vécu et dénoncer les agissements selon eux condamnables de l'armée dans les territoires palestiniens occupés. Breaking the Silence est l'une des bêtes noires du gouvernement considéré comme le plus à droite de l'histoire d'Israël. Elle et d'autres organisations opposées à l'occupation sont soumises depuis des mois à de rudes attaques du gouvernement qui cherche à restreindre leurs activités. 

 

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