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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 06:43

Les villes anti-TAFTA d’Europe haussent le ton

23 avril 2016 | Par Ludovic Lamant - Médiapart

Une quarantaine de villes de toute l’Europe, dont Grenoble, se sont donné rendez-vous à Barcelone, pour durcir leur stratégie contre les négociations commerciales avec Washington. « Les États ne sont pas à la hauteur des défis européens. Nous voulons montrer qu’il existe des alternatives à ce genre de traités », explique à Mediapart le numéro deux de la mairie « indignée » de Barcelone.

À peine élue, Ada Colau, la maire « indignée » de Barcelone, avait fait voter en octobre 2015 3 une résolution faisant de sa ville une zone anti-TAFTA, anti-CETA et anti-TISA. C’était, d’entrée de jeu, une prise de position contre trois des gros chantiers commerciaux en cours à Bruxelles, qui inquiètent nombre d’Européens : le traité de libre-échange entre l’UE et les États-Unis (TAFTA, ou TTIP dans le jargon bruxellois), celui déjà conclu entre l’UE et le Canada (CETA, pas encore voté), et enfin les discussions en cours sur la libéralisation des services financiers (TISA). En vue de poursuivre sur la lancée de ce vote symbolique, la mairie catalane s’est transformée, jeudi 21 et vendredi 22 avril, en caisse de résonance des mouvements sociaux. C’était une première dans la bataille anti-TAFTA sur le continent : une rencontre entre des représentants d’une quarantaine de villes, de Vienne à Birmingham, de Grenoble à l’île grecque de Corfou, de Madrid à Cologne, qui se sont déclarées « zones hors-TAFTA » – ou sont sur le point de le faire. Dans leur « déclaration de Barcelone » (pdf, 1.2 MB) conclue vendredi soir, les participants exigent la suspension des négociations du TTIP et de TISA, mais aussi « la renégociation d’un nouveau mandat qui prenne en compte les demandes de celles et ceux qui n’ont pas été consultés ». « Nous voulons tisser des liens entre les villes, pour que notre voix soit davantage entendue. Les municipalités sont en train de hausser le ton », a expliqué Gerardo Pisarello, le numéro deux de la maire de Barcelone, en ouverture des débats organisés entre les murs de l’hôpital Sant Pau, un fleuron de l’Art nouveau catalan. Pisarello, un Argentin spécialiste des questions internationales, remplaçait au pied levé Ada Colau qui a bizarrement fait l’impasse sur la réunion, officiellement pour des raisons d’agenda. L’absence de celle qui ne cesse de gagner en popularité, sur la scène politique espagnole, a sans conteste affaibli la portée de l’événement, même si quelques figures de premier plan de la classe politique espagnole dont Pablo Bastinduy, député Podemos et très proche de Pablo Iglesias, y ont participé. Depuis le lancement des négociations avec Washington au printemps 2013, plus de 1 600 villes, départements et régions se sont déclarés « hors TAFTA » à travers le continent, dont pas moins de 650 en France si l’on en croit ce décompte de la campagne Stop-TAFTA 3 (avec, parmi les derniers en date, la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 3). Ces résolutions ne permettront pas, si le traité finit par aboutir, d’empêcher l’entrée en vigueur du texte dans les territoires en question. L’idée est plutôt, à travers ces votes, d’exercer une pression politique sur les gouvernements qui suivent les négociations, mais aussi sur les députés et eurodéputés qui auront leur mot à dire, une fois le texte finalisé. À Barcelone, la majorité des élus oscillaient entre l’aile gauche de la social-démocratie (Vienne, Séville) et une gauche plus critique, passant par des partis écologistes. Alors que Barack Obama est en visite en Europe et devrait parler du TTIP avec la chancelière Angela Merkel dimanche en Allemagne, les discussions catalanes ont dressé un inventaire très concret des inquiétudes des élus de terrain, qui tranchent avec les discours officiels de la commission de Bruxelles et de certains exécutifs nationaux. « Les contextes nationaux sont très différents, et les tailles des villes présentes sont très variables aussi, mais j’ai entendu dans les échanges une vraie convergence concernant les inquiétudes que suscitent le TTIP », juge Alan Confesson, conseiller municipal (PG) de Grenoble, qui avait fait le déplacement à Barcelone. La ville française, qui a adopté dès 2014 un « vœu » anti-TTIP, s’est portée candidate pour accueillir la prochaine réunion européenne, peut-être d’ici la fin de l’année. « On se pose tous les mêmes questions, on a tous peur pour nos services publics », constate l’élu grenoblois. Le refrain est en effet revenu en boucle au fil des débats, en particulier du côté des mairies espagnoles gouvernées par des exécutifs de la gauche alternative depuis l’été 2015, comme Barcelone, Madrid ou encore des villes de Galice comme La Corogne. Pour ces exécutifs locaux, l’un des axes de leur mandat consiste à “remunicipaliser” des services de base, comme la gestion de l’eau ou le ramassage des déchets. Ce qui n’est pas une mince affaire, parce qu’ils doivent souvent s’attaquer à des contrats liant l’exécutif qui les précédait avec des multinationales… Si le TTIP passe, ils sont persuadés qu’ils n’auront plus aucune chance d’y arriver.

« La mairie de Barcelone s’est fortement engagée pour remunicipaliser la gestion de l’eau [aujourd’hui prise en charge par une filiale de Suez – ndlr]. Cela nous permettrait notamment de faire baisser les tarifs pour les habitants. Mais l’on redoute qu’avec le TTIP, ces objectifs ne deviennent encore plus difficiles à réaliser », a expliqué Pisarello. En Catalogne, pas moins de 80 % de la gestion de l’eau est privatisée. Du côté de la mairie socialiste de Vienne en Autriche, où plus de 60 % des habitants vivent dans des logements sociaux, « il est impensable pour nous de remettre en cause ce système de subventions en faveur du logement, mais le TTIP pourrait bien l’attaquer », a regretté Omar al-Rawi, un élu viennois de la majorité, qui veut « tout faire pour bloquer le TTIP ». Beaucoup d’élus présents se sont aussi inquiétés d’une perte de leur souveraineté. « En Belgique comme ailleurs, la classe politique est très déconsidérée. Notre popularité est presque nulle, parce que la population a l’impression que l’on n’a de l’influence sur rien », a résumé d’entrée de jeu Olivier Deleuze, ex-coprésident du parti belge Écolo, aujourd’hui bourgmestre (maire) de l’une des 19 communes qui forment la région de Bruxelles. « Mais le niveau local reste le niveau de pouvoir le moins touché. J’ai certes peu d’influence sur le TTIP, mais je peux réparer un trottoir, construire un arrêt de bus. Si l’on empêche les municipalités de faire au moins ces choses-là, de décider si l’on peut par exemple servir des aliments avec ou sans pesticides à la cantine, ce sera catastrophique pour la démocratie. Les élus locaux vont rejoindre la grande confrérie des politiciens bagarreurs et impuissants. »

« La bataille du TTIP est gagnable » Stéphanie Charret, elle, a fait le déplacement depuis sa ville de Nangis (Seine-et-Marne, 8 300 habitants) qui a adopté, en décembre 2015, une motion à l’unanimité : anti-CETA, anti-TTIP et anti-TISA. « Mettre en relation les élus locaux, partager nos expériences, nos informations et nos inquiétudes, c’est une étape primordiale pour préparer la suite de la bataille », juge cette maire adjointe issue de la société civile, et rattachée au Front de gauche. Elle redoute en particulier, alors que sa commune est située sur un territoire où pourraient être exploités des gaz de schiste, les conséquences du traité sur l’énergie : « Jusqu’à présent, les municipalités peuvent s’opposer au travail d’exploration. Mais si le TTIP passe, on ne sait pas ce qu’il pourrait se passer. »

Dans ce contexte, le durcissement de la position française, avec un secrétaire d’État chargé du dossier qui menace de bloquer les négociations du TAFTA, n’est bien sûr pas passé inaperçu. « Les mobilisations de la société civile obligent les gouvernements à prendre des positions plus tranchées. Le discours de Paris n’est pas dénué d’ambiguïtés, mais cela permet au moins d’en finir avec ce mythe selon lequel “tout va bien, madame la marquise”, et d’encourager les mouvements à poursuivre », réagit Pablo Sanchez Centellas, l’organisateur des rencontres pour la mairie de Barcelone. À ses yeux, « cette bataille du TTIP est gagnable » même si, sur le front des mobilisations d’élus locaux, « il y a encore du pain sur la planche ». De son côté, Pablo Muñoz, adjoint à l’urbanisme de la ville de Saragosse (670 000 habitants), à mi-chemin entre Madrid et Barcelone et elle aussi remportée l’an dernier par une plateforme citoyenne « indignée », insiste sur « l’imaginaire politique » en train de naître. « Je ne crois pas que le plus important, ce soit ce qu’il se dit. Nous représentons tous ensemble des millions de citoyens d’Europe, et ce n’est pas si fréquent que des villes aux profils si différents décident de se rencontrer sur des sujets pareils », estime Muñoz dont la municipalité, elle, n’a pas encore trouvé de majorité pour faire voter une résolution anti-TTIP, en l’absence de soutien des socialistes locaux.

Nous devons être capables de dire non au TTIP, bien sûr, mais aussi de dépasser cette attitude d’opposition, et de dire oui aux stratégies de coopération entre villes. Nous devons mettre en avant une autre idée de l’Europe », poursuit l’élu espagnol. Ce fut l’un des fils rouges des deux jours de débat, en forme de numéro d’équilibriste dans lequel les Espagnols sont souvent très à l’aise : conjuguer le rejet des traités commerciaux en cours de négociation avec un parti pris favorable à l’Union. Pisarello, le numéro deux de la mairie de Barcelone, avait aussi assisté au lancement du DiEM à Berlin, le mouvement imaginé par Yanis Varoufakis, censé enclencher l’écriture d’une nouvelle constitution pour l’Europe à horizon dix ans, et renforcer sa légitimité démocratique. L’adjoint au maire vient de publier en Espagne un livre d’entretiens 3 sur le sujet avec l’ex-ministre des finances grec, qui mise en particulier sur tout un réseau d’élus locaux à travers l’Europe.

« Les États ne sont pas à la hauteur des défis européens. C’est évident dans la crise des réfugiés, mais aussi dans les négociations commerciales. Nous avons l’obligation de montrer qu’il existe des alternatives à ce genre de traités, explique à Mediapart Gerardo Pisarello. Les villes sont en première ligne dans la gestion du quotidien des gens. Et dans tous ces secteurs, du logement à la gestion de l’eau, nous devons prouver que des politiques alternatives à l’austérité imposée par les États membres et Bruxelles existent. » « Si l’Union ne réagit pas à temps face aux crises qu’elle traverse, elle finira par s’effondrer et tomber aux mains de forces xénophobes et d’extrême droite. Notre défense du souverainisme municipal s’inscrit dans une démarche européenne et internationaliste », poursuit l’ancien professeur de droit. Sur le front des réfugiés, Barcelone était déjà monté au créneau début avril avec un déplacement très médiatisé d’Ada Colau à Bruxelles pour exhorter la commission et les États membres, y compris le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy, à accueillir davantage de réfugiés. Mais cette mise en scène n’a, jusqu’à présent, pas fondamentalement changé la donne au niveau espagnol. Tandis que l’horizon européen semble bouché, les villes ont-elles les réponses aux « polycrises », pour reprendre l’expression de Jean-Claude Juncker, qui secouent le continent et menacent d’emporter l’UE ? À Barcelone en cette fin de semaine, les élus voulaient y croire. En attendant, cette première réunion d’élus anti-TTIP s’inscrit dans une démarche plus large et hétéroclite d’initiatives nouvelles, celle des sommets du « plan B » comme du DiEM de Varoufakis, qui cherchent à faire sortir de ses rails idéologiques la machine bruxelloise. La question, désormais, est de savoir si elles parviendront à gagner en puissance dans les mois à venir.

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 15:49
Rony Brauman: "le BDS, une arme pacifique et efficace pour amener les Israéliens à prendre leurs responsabilités" (Interview avec l'AFPS)

Rony Brauman : « le BDS, une arme pacifique et efficace pour amener les Israéliens à prendre leurs responsabilités »

Né à Jérusalem, Rony Brauman est un médecin français, ancien président de Médecins Sans Frontières et professeur à l’université de Manchester. Son engagement pour les droits du peuple palestinien n’est plus à présenter. Il a récemment reçu le prix Palestine-Hamchari pour son manifeste Pour les Palestiniens, et a signé différentes tribunes affirmant le droit de boycotter Israël.

Thomas, membre du Conseil National de l’AFPS, lundi 18 avril 2016

Comment percevez-vous le climat actuel post-attentat, entre criminalisation de la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions et les dernières déclarations du Premier ministre assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme ?

C’est inquiétant. D’un côté, il y a une obsession de l’islam liée aux guerres du Proche-Orient et à l’exportation du terrorisme, donnant à cette religion, en première approximation, un visage angoissant, menaçant. Cet aspect mérite une analyse en profondeur pour distinguer terrorisme islamiste et musulmans, de même que nous n’incriminons pas les Protestants pour le Ku Klux Klan, les orthodoxes pour le stalinisme ou les Catholiques pour la pédophilie. On voit se développer un discours accusatoire et globalisant de l’islam et des musulmans, tenu par différents intellectuels qui ont des accès médiatiques considérables. De prime abord, nous pensons à Finkielkraut ou Zemmour, rejoints récemment par Elisabeth Badinter dont les propos incendiaires, caricaturaux, instrumentalisent la laïcité et le féminisme au service d’un combat global contre tout ce qui peut être rattaché à l’islam.

De l’autre côté, et à la rencontre de cette obsession, il y a la défense obstinée de la politique israélienne. François Hollande et Manuel Valls se situent dans la tradition de la SFIO de Guy Mollet, marquée par le colonialisme et l’orientalisme. Valls, sans doute le premier ministre le plus pro-israélien de notre histoire, est allé jusqu’à dire publiquement qu’il était « lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël ». Discours doublement fautif, puisqu’il invoque une « communauté juive » - qui n’existe pas plus que la « communauté musulmane » - et qu’il l’associe comme allant de soi à Israël. Et cela, de plus, au moment où on a à faire au gouvernement le plus raciste et violent de l’histoire d’Israël.

Ces deux mouvements sont distincts mais, progressivement, ils ont convergé. La campagne BDS est qualifiée logiquement d’antisémite, puisqu’à partir du moment où nos gouvernants sont, d’une part des défenseurs d’Israël, et d’autre part confondent explicitement Juif et Israël, toute dénonciation de la politique israélienne peut être ramenée à un acte anti-juif. Evidemment, ce n’est pas un hasard si la criminalisation s’accentue parallèlement à la montée de l’inquiétude, parmi les dirigeants israéliens, de la progression du BDS.

Faites-vous un lien entre la lutte contre l’islamophobie et la défense des droits du peuple palestinien ?

A partir du moment où la religion majoritaire de la population palestinienne est l’islam, il y a de facto un lien que nous ne pouvons pas ignorer. Cependant, ce serait une erreur de surestimer la portée de ce lien. Chez une partie des gens qui ont une vision combattive de la laïcité, et qui s’en servent contre le religieux, et particulièrement l’islam, la lutte des Palestiniens pour la reconnaissance de leurs droits déclenche spontanément de la sympathie politique. Je crois que même parmi les Français qui disent avoir un problème avec l’islam, il y a de la sympathie pour la cause palestinienne. Le Hamas, en tant que branche palestinienne des Frères musulmans, ébranle sans doute cette sympathie, mais il ne l’annule pas.

Vous venez de signer une tribune à l’initiative de l’Union Juive Française pour la Paix intitulée « Appel juif pour le BDS ». Pourquoi est-ce important de signifier que vous soutenez le BDS en tant que Juif ?

Je tiens d’abord à signaler mon ambivalence par rapport à cette démarche. Je n’apprécie pas de mettre en avant mon affiliation juive pour des motifs politiques. Je connais plusieurs personnes, militants pour la Palestine d’origine juive, qui ont refusé de signer la tribune estimant qu’elle véhicule une vision ethniciste ou culturaliste, qu’ils récusent. Je les comprends très bien, et j’ai moi-même hésité pour ces raisons. Si j’ai signé, c’est parce que je souhaite multiplier les occasions de dénoncer la criminalisation du BDS, réaffirmer que cette campagne de diabolisation est odieuse et contraire aux principes démocratiques. On cherche à disqualifier un mouvement citoyen qui utilise la consommation comme levier politique.

Vous avez été, au début de cette année, au cœur d’une polémique suite à votre passage sur Europe 1 et la mauvaise interprétation qui a été faite de vos propos sur une prétendue affiliation politique du port de la kippa en France. Vous avez dû vous en expliquer, notamment sur le site de Mediapart, afin de rappeler que votre argumentation visait le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France et son soutien à la politique israélienne. Vous n’êtes pas le premier à montrer du doigt un repli communautaire en France, et notamment parmi les Juifs. Comment percevez-vous cette dérive ?

C’est une tendance générale, qui ne concerne pas seulement les juifs. Parmi ceux-ci, il y a en effet une tendance préoccupante récente. Depuis le début des années 2000, une part minoritaire –mais croissante - d’entre eux se replie dans le cocon de l’espace communautaire. Je précise que la recherche de la tranquillité et de la fraternité dans l’entre-soi est tout simplement humaine et n’a rien de condamnable à mes yeux. Le problème surgit lorsque, par exemple, on manifeste bruyamment son soutien politique à un Etat étranger en train de commettre un massacre.

J’ai en tête la manifestation de l’été 2014 en soutien à l’attaque de Gaza, organisée devant l’ambassade d’Israël, qui m’a particulièrement choqué. Notons que l’Union des Etudiants Juifs de France, syndicat étudiant qui se situe en principe à gauche, y avait appelé, signalant par là son légitimisme pro-israélien à toute épreuve. Cette manifestation est à mes yeux l’un des évènements les plus honteux que les institutions juives aient organisé. Voir ces gens, en plein Paris, crier leur soutien à la ratonnade de Gaza est particulièrement choquant. Ils m’ont fait penser à ces Israéliens qui s’installaient sur les hauteurs à la frontière de Gaza pour observer le carnage fait par leur armée. Moralement, je juge cela presque plus abject que de participer activement aux bombardements. Du moins, ce voyeurisme, cette pornographie politique revendiquée, n’est pas moins grave.

Valls, tout comme le CRIF, affirme, à juste titre d’ailleurs, que la place des Juifs français n’est pas en Israël mais en France. Or, ils soutiennent dans le même temps, explicitement ou implicitement, un gouvernement israélien qui prône l’inverse. Cette contradiction a été particulièrement claire lors du 11 janvier 2015 et du discours de Netanyahu dans une synagogue parisienne. Pourront-ils tenir cette ambiguïté sur du long terme ?

Je partage votre désarroi, mais je note que cette contradiction est plus large encore puisqu’elle peut s’appliquer à ceux qui s’affirment sionistes. Toute proportion gardée, le sionisme, dans son discours englobant, me fait penser au communisme. Mais il y a une différence majeure. Lorsque nous étions communistes à l’époque de l’URSS ou de la Chine communistes, nous avions tout à faire à Paris, rien à Moscou. Il y avait une révolution, un combat politique, à réaliser dans notre pays. Quand on est sioniste, je ne vois pas ce qu’on fiche en dehors d’Israël. De plus, comment peut-on s’affirmer républicain et en même temps soutenir le sionisme ? Il y a ici une contradiction majeure.

Plus l’Etat d’Israël s’enracine dans la terre et dans l’histoire, et plus son caractère ethnocratique s’affirme. Rappelons qu’avant les années 1980 et la première Intifada, on circulait librement de la frontière égyptienne à la frontière libanaise, du Jourdain à la Méditerranée, que l’on s’appelle Mohamed ou David. A cette époque, Naplouse était à vingt minutes de Tel-Aviv, à présent ces villes ne se connaissent plus et sont situées dans des entités différentes.

Face à cette évolution, des personnalités comme Bernard-Henri Lévy proclament leur amour des principes de la République, et pour cet Etat qui les piétine au quotidien. Cherchez l’erreur !

Vous l’avez dit, ces personnalités ou organisations ont un accès aisé aux médias, et certains, comme le CRIF, n’hésitent pas à prétendre parler au nom des Juifs de France et dans le même temps défendre la politique israélienne. Vous êtes également un interlocuteur ponctuel pour le champ médiatique. Pourquoi les journalistes n’invitent-ils pas davantage de voix juives critiques d’Israël ? Pour paraphraser le dernier numéro de Manière de Voir, comment pouvons-nous faire sauter le verrou médiatique sur cette question ?

C’est aux journalistes qu’il faut poser la question, et à votre place je la radicaliserais. Pourquoi un propagandiste comme BHL est-il autant présent dans les médias ? Pour moi, la première réponse c’est qu’il fait le spectacle, à l’instar d’autres démagogues. Ensuite, il détient un capital social qui semble lui donner un accès privilégié par rapport à d’autres aux médias, et le protège des critiques.

Pour faire sauter le verrou, il faut d’abord avoir davantage d’individus qui s’expriment sur cette question. Davantage de protestation citoyenne, de pétitions, tant contre la politique d’Israël que contre la présence envahissante de ces personnalités dans les médias. Cependant, il faut savoir rester sur le fil du rasoir et ne pas verser dans une dérive antisémite.

Notre pays a un problème avec ses Juifs et ses Arabes, comme séquelle de Vichy et de la colonisation. A l’image du décret Crémieux de 1870, les politiques pensent trouver une solution dans une gestion partiale de ces deux populations. L’une se voit dotée de toutes sortes d’attributs, il est le signal de notre bonne, ou mauvaise, santé nationale. En bref, si les Juifs de France ne vont pas bien, c’est la nation entière qui va mal. L’autre, au contraire, est continuellement dévalorisé, soit parce qu’il est trop arabe, soit parce qu’il est trop musulman, voire les deux.

Pour être plus clair, le décret Crémieux est perpétuellement présenté comme un symbole démocratique au sein d’un tableau colonial jugé trop sombre. C’est oublier qu’il ne fut qu’un raffinement de l’apartheid colonial. Philosophiquement, que vous soyez dévalués ou surévalués, cela revient au même puisque vous n’êtes pas au même rang que les autres. Et les médias ne sont pas étrangers à ce prisme postcolonial.

Pour terminer, si nous constatons une progression du BDS, il reste une accusation qui a la peau dure, à savoir que le boycott radicaliserait encore davantage la société juive israélienne. Pourquoi considérez-vous qu’aujourd’hui le BDS soit une arme efficace ?

Un pays qui se prétend démocratique et qui se rend coupable de la plus longue occupation des temps modernes pose un problème particulier. Le BDS est une arme pour placer Israël dans le rang des nations ordinaires. D’ailleurs, le sionisme originel aspirait à créer un Etat juif qui soit une nation parmi les nations. Je n’ai pas été enthousiasmé par cette campagne lorsqu’elle a commencé en 2006. Sans adhérer formellement à tous les points du BDS, je trouvais cependant intolérable qu’il puisse être interdit. Vous pouvez demain appeler au boycott du Mexique, de la Chine, de la Russie, sans problème. Vous pouvez également appeler à boycotter des marques de vêtements qui font travailler des enfants, ou comme Badinter celles qui proposent une « mode islamique ». Vous pouvez aussi appeler à la guerre en Syrie, en Libye, au Soudan, en Somalie… Mais appeler au boycott des produits des colonies d’Israël relève du tribunal depuis 2010, à l’initiative de Michèle Alliot-Marie alors Garde des sceaux. De plus, Omar Barghouti, co-fondateur et principal animateur de la campagne BDS, est une personnalité impressionnante. Sa détermination et sa fermeté politique, y compris dans son propre camp, m’ont marqué et ont levé mes réticences sur la question du boycott.

Je constate également que la progression du BDS, notamment dans les campus anglo-saxons, permet d’une part d’amener un débat sur la politique israélienne, et surtout d’engager un travail que nos politiques semblent incapables de réaliser, à savoir la pénalisation des institutions israéliennes engagées dans la colonisation et l’occupation de la Palestine en violation de toutes les résolutions internationales. Rappelons que pour le boycott de l’Afrique du Sud, ça n’est pas tellement les campagnes contre des produits qui ont renversé la donne, mais celles contre les équipes de sport sud-africaines. Manifester contre la présence dans un événement sportif d’une équipe sud-africaine y avait provoqué des blessures symboliques profondes. Il est probable qu’à terme, des actions comparables s’organisent contre des équipes de sport israéliennes, qui ne pourront plus voyager à l’étranger sans provoquer de mobilisations.

Enfin, j’entends ceux qui ne voient dans le boycott qu’un moyen de radicaliser davantage la société israélienne. Précisons d’emblée qu’Israël n’a pas eu besoin du boycott pour rendre toute candidature pacifiste aux élections inefficace politiquement, ou pour amener au pouvoir un gouvernement d’extrême droite. Mais surtout, ça n’est pas mon/notre problème, et il est temps que cette société, y compris la jeunesse branchée de Tel-Aviv, qui vit coupée de la réalité politique, comprenne que ce clivage politique n’est plus tenable. Je précise toutefois qu’il faut se garder de mépriser les Israéliens, qu’il faut être capable d’entendre leurs inquiétudes, d’autant plus dans un Proche-Orient à feu et à sang, mais pour justement être en mesure de leur rappeler leur part de responsabilité, et qu’il est plus que temps qu’ils les assument. Pour cela, j’estime que le BDS est une arme pacifique et efficace pour mobiliser les citoyens et influer sur le cours politique des choses.

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 15:38
Des communes françaises pour la libération des prisonniers palestiniens (Politis)

Des communes françaises pour la libération des prisonniers palestiniens

À l’occasion de la journée de solidarité avec les prisonniers palestiniens, la mairie de Gennevilliers réitère son soutien à la lutte contre l’occupation israélienne.

Margaux Mazellier, Politis, mercredi 20 avril 2016

« La bataille pour la libération de Marwan Barghouti est une bataille pour tous les prisonniers palestiniens », a lancé lundi soir Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers, lors d’une réunion qui se tenait en mairie à l’occasion de la journée de solidarité avec les prisonniers palestiniens. Le maire communiste participe activement à la campagne internationale de libération de ce député palestinien, détenu par Israël depuis quatorze ans. Une campagne qui compte aujourd’hui plus de 7.400 signataires.

La ville de Gennevilliers fait parti du « Réseau Barghouti » regroupant vingt-deux communes qui ont fait le choix d’élever le prisonnier au rang de citoyen d’honneur. Une délégation est d’ailleurs prévue au mois de juin pour permettre à chaque maire participant, accompagné du député européen Patrick Le Hyaric, d’aller rendre visite à Marwan Barghouti dans sa prison israélienne.

Le « Mandela palestinien »

Emprisonné depuis le 15 avril 2002, Marwan Barghouti est devenu un symbole de l’occupation. Ce militant du Fatah, le mouvement de Yasser Arafat, est accusé du meurtre de cinq civils israéliens et d’avoir été impliqué dans quatre attaques terroristes. Son fils, Qassam s’est rendu hier à Gennevilliers, dans le cadre de la journée de solidarité avec les prisonniers palestiniens, pour continuer à faire vivre la parole de son père au-delà des portes de sa cellule :

Marwan Barghouti appelle à la libération de la Palestine et à la création de l’État palestinien selon les frontières d’avant 1967, reconnues par la communauté internationale. Ce n’est pas son but, c’est celui de tous les Palestiniens !

Un discours dans lequel se reconnaît une majorité des Palestiniens qui voient en lui un vrai leader politique. Un discours qui vise aussi à réunifier un peuple pris en étau entre diverses factions armées et politiques. « Il est membre du Fatah mais essaye de coordonner les positions des différentes factions comme celles du Hamas ou encore du jihad islamique, précise Qassam, ce qui signifie que nous avons une base pour mettre tout le monde plus ou moins d’accord et unifier la parole politique du peuple palestinien. »

Pour les coordinateurs de la campagne internationale de libération de Marwan Barghouti, ce discours unificateur et ce combat contre l’apartheid rappellent celui de Nelson Mandela. Cette campagne provoque la rage de la Ligue de Défense Juive qui accuse la mairie de Gennevilliers de faire l’apologie du terrorisme et de pratiquer des politiques « communistes antijuives ». Une dénonciation accompagnée de menaces contre les Gennevillois.

440 enfants dans les prisons israéliennes

Qassam lui aussi a connu la prison. Étudiant dans une université américaine, c’est lors d’un séjour en Palestine qu’il a été arrêté à la frontière par les forces israéliennes. « J’avais 17 ans. J’ai du passer quatre ans en prison, juste parce que j’étais le fils de Marwan Barghouti. Ils essayaient de trouver d’autres accusations : membre du Fatah, étudiant activiste... Mais c’est ce que font tous les Palestiniens ! »

Selon un rapport de Human Rights Watch, le nombre de mineurs détenus en Israël aurait plus que doublé depuis octobre 2015. Parmi les 7.000 prisonniers palestiniens estimés, 440 seraient âgés de 12 à 17 ans. Des prisonniers, enfants comme adultes, retenus en toute illégalité au regard du droit international puisque la Convention de Genève interdit le déplacement d’un prisonnier d’une zone occupée vers le pays occupant.

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 06:15
Photo Ismaël Dupont - fresque murale à Jérusalem

Photo Ismaël Dupont - fresque murale à Jérusalem

Alors qu'Israël est confronté, depuis six mois, à une révolte contre l'occupation, les mineurs sont la première cible de la répression.

- par Mélinée Le Priol, correspondante du Ouest-France à Ramallah

Touché par une vague d'attaques - notamment au couteau- qui ont tué une trentaine d'Israéliens depuis octobre, mais semblaient ralentir avant l'attentat de lundi à Jérusalem (21 blessés), l'Etat hébreu réprime sévèrement.

En six mois, plus de 200 Palestiniens ont été tués. Des assaillants, mais aussi des manifestants; plusieurs milliers ont été arrêtés, dont 1500 avaient moins de 18 ans, selon les ONG.

Ces arrestations de mineurs palestiniens ne sont pas une nouveauté.

Depuis 2010, on en dénombre 1200 chaque année. Quand elles n'ont pas lieu au domicile des parents, souvent en pleine nuit, ces arrestations se font au check-points ou sur le chemin de l'école. Les forces de sécurité israéliennes disposeraient en effet de listes de jeunes recherchés, car jugés "capables de faits de terrorisme" ou "d'incitation à la violence". Les réseaux sociaux, notamment, sont étroitement surveillés.

"En ce moment, 450 mineurs palestiniens se trouvent dans des prisons israéliennes" dénombre le militant associatif Qadura Fares - l'armée israélienne concède le chiffre de 119 détenus. "La plupart de ceux arrêtés depuis l'automne ont été relâchés, souvent avec une lourde amende pour les parents, une assignation à résidence ou une interdiction d'utiliser Internet. Tous ont été torturés", assure Qadura Fares.

Contrairement aux palestiniens d'Israël et de Jérusalem, ceux de Cisjordanie ne sont pas jugés par des tribunaux civils, mais militaires. Or, cette juridiction peut condamner à de la prison dès l'âge de 12 ans. Les jeunes risquent alors six mois de prison pour un simple jet de pierre, chef d'accusation retenu contre deux tiers des mineurs arrêtés.

Ouest-France, 20 avril 2016

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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 10:46
Embastillé depuis 3 mois par Israël, le clown triste palestinien, Mohammad Abou Sakha, manque aux enfants (L'Orient Le Jour)

Embastillé par Israël, le clown triste palestinien manque aux enfants

Mohammad Abou Sakha est en prison depuis 3 mois, sans qu’il sache pourquoi. Militants et artistes du monde entier multiplient les manifestations pour demander sa libération.

L’Orient le Jour, lundi 11 avril 2016 - Revue de presse de l'AFPS

« Où est passé celui qui sourit ? » chante, tambourin à la hanche, Hanita Hendelman, conteuse et militante pacifiste devant la prison israélienne d’Ofer. Ni la bruine ni le vent n’aurait pu la faire reculer. De l’autre côté du mur, Mohammad Abou Sakha, un formateur aux arts du cirque, est enfermé sans savoir pourquoi. Il a déjà reçu le soutien de chanteurs brésiliens, de clowns israéliens ou belges.

Le 14 décembre 2015, le jeune homme de 24 ans est arrêté par des soldats israéliens. Il passe de commissariats en centres de détention sans que les charges retenues contre lui ne lui soient révélées. Quelques semaines plus tard, on lui apprend qu’il est détenu administrativement pour six mois. Il dit à son avocat être régulièrement interrogé.

Ce régime d’incarcération permet aux autorités israéliennes de retenir des individus plusieurs mois. Il est renouvelable indéfiniment. Plus de 670 autres Palestiniens sont ainsi derrière les barreaux. L’avocat de Mohammad, membre de l’ONG Addameer, a demandé à requalifier la détention. « Généralement, ces demandes ne sont même pas entendues par le tribunal militaire israélien, mais nous avons réussi à avoir une audience, c’est maintenant à eux de nous répondre, et s’ils refusent, nous pourrons aller à la Cour suprême. Nous pensons que les autorités israéliennes n’ont pas assez de preuves contre lui, et pas de levier pendant les interrogatoires », explique un porte-parole de l’ONG.

Si la détention est requalifiée, alors le clown devra répondre de chefs d’accusations précis, et il sera emprisonné pour un temps adapté à l’enquête. Lors des interrogations, il lui a été reproché d’avoir été présent lors d’une discussion au cours de laquelle la sécurité d’Israël aurait été menacée, mais aussi son affiliation au groupe d’origine marxiste, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), considéré comme une organisation terroriste par Israël, les États-Unis et l’Union européenne. Mohammad avait déjà été arrêté en 2009 pour un mois, sa présence à des manifestations à l’âge de 13 ans lui avait alors été reprochée.

« Tellement charismatique »

« Si on lui reproche d’avoir mis une photo de Leïla Khaled (membre du FPLP connue pour avoir détourné deux avions dans les années 70) sur son mur Facebook, alors beaucoup de gens dans le monde doivent aller en prison », regrette une collègue de l’école du cirque de Bir Zeit, où enseignait Mohammad. Ahmad Abou Taleb, cousin du clown et formateur dans la même école, balaie lui aussi les soupçons d’activisme politique : « Je fais le trajet de la maison à l’école de cirque avec lui tous les jours depuis plus de cinq ans, une fois à l’école, on est ensemble, et de retour à la maison, on est ensemble... Je le saurais s’il était engagé politiquement ! »

Si les réseaux sociaux sont pleins de ces images d’artistes arborant le portrait du clown et réclamant sa libération, dans l’école de Bir Zeit, c’est l’inverse. « Les enfants nous apportent des dessins, mais on préfère parler de lui sans imposer un mémorial », explique une collègue. Ici, plus de 300 élèves apprennent les subtilités du jonglage ou de l’équilibrisme. Mohammad est de la première génération d’entre eux. S’il n’avait pas percé, sans diplôme, il aurait travaillé dans la blanchisserie de son père à Jénine.

Assise près du chapiteau, sa collègue poursuit : « Mohammad est tellement charismatique que tous les enfants l’adorent, il s’occupait notamment d’un garçon qui a une paralysie cérébrale ; au bout de deux ans, Mohammad avait réussi à le faire marcher... Après l’arrestation, ce garçon ne voulait plus revenir. Il commence à peine à prendre des cours avec un autre formateur. On a fait un spectacle pour Mohammad, l’idée c’est de mettre en scène les sentiments liés à l’emprisonnement. À la fin, ce garçon ne voulait plus quitter le chapiteau, il était complètement perdu. » Entre les quilles, les rubans et les balles de jonglage, Mohammad, 12 ans, autre élève d’Abou Sakha, a aussi été ému par le spectacle : « Quand sa mère a parlé, j’ai vraiment eu de la peine... On nous dit qu’il va rentrer en juin, mais qu’est-ce qu’on en sait ? »

Le père de Mohammad vient d’obtenir un permis de visite. Il pourra dire à son fils qu’Amnesty International soutient le recours contre la détention sans inculpation ou que l’Union européenne a elle aussi publié une déclaration de soutien, en espérant lui faire garder le sourire.

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 15:07

Pierre Vermeren: «La Belgique a laissé salafistes et wahhabites faire leur apostolat»
"L'histoire, les origines et les activités de beaucoup de Marocains installés en Belgique expliquent comment le quartier de Molenbeek, dans l'agglomération bruxelloise, a pu devenir un sanctuaire de l'islam radical, selon l'historien Pierre Vermeren. Explications sur cette immigration venue de la région du Rif, au Maroc, et sur le poids de l'«économie du haschich». "

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 13:36

Selon le président Turc Recep Tayyip Erdogan lui-même, 5000 membres du PKK et Kurdes ont été tués au cours des attaques de l'armée et des forces de sécurité dans des zones densément peuplés du sud-est turc. Une nouvelle preuve du caractère de plus en plus brutal de ce régime qui désormais joue à plein de la xénophobie anti-kurdes.

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 06:15
Qui sont les plus grandes fortunes d'Europe? (Ouest-France commente le palmarès du magazine Forbes)

Qui sont les plus grandes fortunes d’Europe ?
http://www.ouest-france.fr/economie/qui-sont-les-plus-grandes-fortunes-deurope-4128724

À la tête d’une chaîne de supermarchés discount ou de magasins de prêt-à-porter, des hommes et des femmes détiennent à eux seuls la plus grande fortune de leur pays.

L’Oréal en France, Lidl en Allemagne ou encore Zara en Espagne… Qu’ils soient à la tête d’une chaîne de supermarchés discount ou de magasins de prêt-à-porter, des hommes et des femmes détiennent à eux seuls la plus grande fortune de leur pays.

Alors que le nombre de milliardaires a sensiblement baissé à travers le monde, l’Europe garde le cap. Selon le dernier classement annuel du magazine américain Forbes, en 2016 l’Europe compte 489 milliardaires contre 482 l’an dernier. Cependant, la richesse globale de ces fortunes enregistre une légère chute de 62,5 milliards d’euros. Un chiffre quasi insignifiant étant donné que leurs richesses cumulées s’élèvent à 1,83 billion d’euros (soit 1 830 000 000 000 d’euros). Une enfilade de zéros qui fait tourner la tête.

L’empire du textile…

C’est en Europe qu’on trouve le deuxième homme le plus riche du monde, Amancio Ortega. Il est à la tête d’un empire du textile à petit prix : Zara, Pull & Bear, Massimo Dutti, Bershka, Stradivarius, Oysho… À 80 ans, Amancio Ortega est le fondateur du groupe Inditex qui englobe toutes ces chaînes de magasins. Autre magnat du prêt-à-porter, Stefan Persson, à la tête de la chaîne de magasins H&M, qui amasse des milliards d’euros chaque année.

… des cosmétiques

Sur l’échelle planétaire, Liliane Bettencourt est la 11e fortune mondiale. Les finances de la fille d’Eugène Schueller, le fondateur du groupe L’Oréal, ont un peu fondu en 2015, 32,2 milliards d’euros contre 35,7 l’année passée. Ce qui n’empêche pas l’héritière de 93 ans de se placer au premier rang des femmes les plus fortunées du monde.

Sans oublier le chocolat

Une autre femme s’illustre en Europe, par la taille de son portefeuille. Il s’agit de Maria Franca Fissolo, la veuve de Michele Ferrero qui, depuis la mort de son conjoint en février 2015, dirige l’entreprise familiale de confiserie Ferrero.

… et la bière

De manière générale, le vieux continent concentre plus de femmes milliardaires qu’aux États-Unis. À l’image de Charlene de Carvalho-Heineken, l’héritière d’Heineken, le troisième plus grand brasseur au monde, fondé en 1864.

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 18:13
Le théâtre romain de Palmyre

Le théâtre romain de Palmyre

Un article de l'Huma du 27 mars 2016

http://www.humanite.fr/operation-deminage-apres-la-liberation-de-palmyre-603117

Et il y a quelques mois, les conséquences de la prise de Palmyre par l'Etat Islamique:

http://www.humanite.fr/lei-fait-exploser-des-vestiges-de-palmyre-et-execute-un-grand-archeologue-582022

Avec la reprise de Palmyre, le régime Assad s’offre une victoire militaire et médiatique
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/03/28/avec-la-reprise-de-palmyre-le-regime-assad-s-offre-une-victoire-militaire-et-mediatique_4890927_3218.html

Point de vue

Palmyre, ville-oasis symbole de l'antiquité impériale romaine dans le désert de Syrie, dont les heures de gloire sont associées à la reine nabatéenne Zénobie et à la route commerciale vers l'Asie, vient d'être reprise à l'Etat Islamique par le Hezbollah, l'armée syrienne de Bachar al- Assad, avec l'appui des forces russes encore bien présentes en Syrie et dont le soutien est décisif. Palmyre, ville symbole aussi de la la férocité du régime des Al-Assad puisque Tadmor, du nom syrien de la ville, abritait une des prisons les plus atroces du régime, où ont été enfermés dans des conditions inhumaines, condamnés à la désolation et à l'oubli, des milliers de prisonniers politiques.

Cette victoire est aujourd'hui très valorisée médiatiquement car c'est un nouveau revers pour les fanatiques terroristes de l'Etat Islamique, désormais identifiés, et largement à raison au vu de l'ampleur de leurs exactions, qui visent prioritairement les populations civiles en Syrie et en Irak, comme le Mal par excellence.

On pense évidemment à toutes les victimes des atrocités de l'Etat Islamique, bande multinationale d'illuminés et de voyous faisant de la religion un prétexte pour couvrir toutes sortes de vices et de volontés de puissance.

En même temps, c'est assez étonnant de voir les médias occidentaux et français en venir à célébrer presque les victoires du Hezbollah pro-iranien, jadis honni comme force identifiée comme "terroriste" dans son combat contre Israël, de l'armée de Bachar-al-Assad, et des forces russes d'habitude très suspectes pour leur résistance aux desiderata occidentaux.

La Russie est en train de réussir son pari de consolidation de son influence en Syrie, le seul Etat du Proche-Orient et du Moyen-Orient (avant il y avait l'Irak et la Libye...) qui n'est pas essentiellement sous influence des pétromonarchies ultra-réactionnaires du Golfe, des Etats-Unis et de l'OTAN.

Victoire de la culture et de la civilisation contre la barbarie islamiste?

Si la barbarie islamiste dopée à coup de pétrodollars, d'argent du golfe, de racket et de rapines, ne fait aucun doute, si c'est évidemment à raison qu'on s'était ému en août 2015 et après des assassinats publics dans l'amphithéâtre de Palmyre, des destructions de monuments appartenant au Patrimoine de l'Humanité et des vols en tout genres d'antiquité, cette émotion tout à fait légitime et salutaire arrivait un peu tard après des années de guerre où la politique brutale, cynique et impitoyable de Bachar-al-Assad pour sauver son régime clanique et ses privilèges contre la volonté majoritaire de son peuple avait provoqué quasiment la mort de 80% des victimes de la guerre civile syrienne. C'est d'abord le régime de Bachar-al-Assad qui est le bourreau de la Syrie même si le type de société que promeut l'Etat Islamique, fondé sur le fondamentalisme religieux le plus fou et la violence totalitaire, est certainement encore beaucoup moins vivable que l'autoritarisme d'un régime despotique et policier accompagné d'une certaine tolérance communautaire plus que d'une laïcité véritable que représentait le régime de Bachar-Al-Assad

La tentation de choisir son camp et de penser les choses en termes de lutte du camp du bien contre celui du mal est forte dans l'observation des guerres étrangères. Rarement pourtant elle n'a paru si peu appropriée. Car peu d'acteurs armés du conflit syrien, hormis peut-être les kurdes, beaucoup plus laïcs et progressistes à nos yeux, qui se battent d'abord pour leur liberté, ont le profil pour prétendre défendre la culture, la paix, la sécurité, la veuve et l'orphelin...

Néanmoins, les populations civiles et même une partie des hommes amenés à se battre, qu'ils soutiennent ou tolèrent comme un rempart, un dernier défenseur, la fraction qui "défend" la ville, la région, la communauté face aux menaces de représailles féroces en cas de conquête de l'ennemi, sont essentiellement les otages d'une logique de fragmentation sociale et communautaire qu'on a déjà vu s'opérer au Liban en 1975-1976 dans une guerre civile tout aussi atroce, où on peut comprendre que le chrétien, l'alaouite, le sunnite fonctionnaire, ne voit pas son salut en cas de défaite de l'armée du pouvoir Al-Assad, et inversement que l'habitant d'Alep ou de l'est de la Syrie "préfère" l'une ou l'autre des armées rebelles à référence islamiste financés et armés par les monarchies du Golfe, le Qatar, la Turquie, plutôt que le régime criminel de Bachar-al-Assad. De l'extérieur, c'est très difficile de juger et puéril de hiérarchiser le degré de légitimité des protagonistes, des exécutants, même si les responsabilités des crimes de guerre et contre l'humanité, de la guerre elle-même, doivent être bien identifiées. Chacun joue la partition que le capricieux destin lui a laissé en partage, pour le meilleur et pour le pire. Peu peuvent prétendre se placer au-dessus de la mêlée même si le désir le plus partagé est très certainement le retour à la paix, à la sécurité, et à une vie délivrée de la faim, du froid, des bombardements, de la menace permanente, de l'exil contraint.

Notre seule occupation utile, en dehors de la désolation et du sentiment d'horreur et de pitié face à l'ampleur de cette tragédie humaine, en dehors de notre combat pour la reconnaissance de nos devoirs de solidarité et d'humanité vis à vis des réfugiés que l'on doit accueillir au nom du droit d'asile, et accueillir dignement, peut être d'essayer de penser les moyens de trouver une issue acceptable et rapide à la crise, en faisant pression sur nos gouvernements pour qu'ils la promeuvent.

Beaucoup d'observateurs affirment que c'est Bachar-al-Assad lui même qui a laissé l'Etat Islamique s'emparer de Palmyre en août 2015, pour susciter une émotion en Occident servant sa propagande faisant de son régime un gardien de la civilisation syrienne multiséculaire et favoriser un retournement d'alliances qui est aujourd'hui acté et spectaculaire. C'est le but qu'il a poursuivi dès le début de la révolte de la société syrienne en la disant contrôlée par des islamistes et en faisant en sorte que les islamistes prennent l'ascendant sur elle. L'Etat Islamique, et avant le Front al Nosra et Al Qaida en Syrie, ont été quelque part des alliés objectifs de la dictature de Bachar.

Il ne faut pas oublier que c'est un pouvoir illégitime et criminel qui reprend Palmyre.

Entre temps, Bachar al-Assad, avec l'appui des russes, a réussi son coup. Enrayer la progression de la rébellion, renforcer son pouvoir, se rendre à nouveau incontournable dans tout processus de cessation des hostilités en Syrie.

Faut-il au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste voir dans la consolidation de ce pouvoir un moindre mal? Une donnée incontournable pour stabiliser la Syrie à terme?

La situation est bien complexe, à l'image de cet Orient compliqué... Peu peuvent se vanter d'avoir des solutions simples et sans reproche. L'idéalisme en politique internationale est d'ailleurs souvent stérile, voire contre-productif même si le "réalisme" conduit bien souvent aussi à s'accommoder du pire au nom des intérêts stratégiques, économiques de nos pays, ou du statut quo.

Faut-il se féliciter de l'alliance objective du moment entre les Russes, les Américains et autres puissances occidentales, les Iraniens au nom de l'endiguement et de la lutte prioritaire contre l'Etat Islamique?

Le chemin de la paix en Syrie est malheureusement sans doute encore long et jalonné de drames et de souffrances collectives.

Peut-on être qu'une victoire de diverses factions islamistes rivales à l'afghane contre la dictature des Al-Assad n'annonçait rien de bon non plus pour l'avenir de la Syrie.

En tout cas, une chose est sûre, il est bien difficile d'envisager un avenir de paix et de retour à une vie normale dans une Syrie non balkanisée si continue à sévir l'oligarchie du clan Assad et ses services de répression qui ont mis la Syrie à feu et à sang.

Dans cette situation sans moralité ni guère d'espoir pour la société syrienne, on peut souhaiter néanmoins que Iraniens, Russes, Américains, Européens, aient la volonté et la lucidité d'utiliser les contradictions du régime et son état de faiblesse intrinsèque pour préparer l'après-Assad en intégrant l'opposition et peut-être des forces actuelles du régime pour préparer une transition vers la paix.

I.D

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 06:44

Le 18 mars, l'Union Européenne a conclu avec la Turquie un accord censé mettre fin au flux de réfugiés arrivant sur les îles grecques. Il prévoit que toute personne, migrante ou réfugiée, qui a traversé la mer Egée irrégulièrement à compter du 20 mars, est renvoyée en Turquie, qui les admettra sur son territoire à partir du 4 avril. Et que, pour chaque Syrien renvoyé en Turquie, l'UE acceptera d'en accueillir un autre venant de Turquie - mais jusqu'à 72 000 seulement! La Turquie accepte de faire le chien de garde de l'Europe pour contenir les réfugiés en échange de 6 milliards d'euros, d'une nouvelle reconnaissance internationale malgré la dérive dictatoriale et la politique de répression contre les kurdes et les organisations démocratiques. Cet accord met fin concrètement au caractère inaliénable du droit d'asile en Europe.

Il montre que l'Europe politique comme projet inspiré théoriquement par un certain nombre de valeurs démocratiques et humaines a explosé face à l'ampleur de la crise des migrants et de la montée des xénophobies sur le vieux continent que viennent visiter ses vieux démons.

Aujourd'hui, le visage (terriblement dur et décevant) de l'Europe, pour beaucoup de migrants syriens, irakiens, kurdes, afghans, c'est le camp d'Idomeni qui accueille, à la frontière fermée entre la Grèce et la Macédoine, 12 000 réfugiés alors qu'il ne pourrait en contenir que 2000. Des tentes sans lit, de la boue, des files d'un kilomètre pour obtenir de la nourriture, des réfugiés qui se noient en essayant de traverser la frontière par le fleuve, d'autres qui sont renvoyés manu militari de Macédoine en Grèce.

Dans l'Humanité Dimanche de la semaine, Hussam, photographe syrien, pose avec une pancarte en carton sur laquelle sont écrites ces mots qui sonnent comme une condamnation terrible de la politique des Européens:

"We survived War but you make me wish I didn't"

(On a survécu à la guerre mais nous me le faites regretter).

Camp d'Idomeni: «C'était l'enfer - Tribune de Genève
Dans l'enfer du camp d'Idoméni, où s'entassent 14.000 ...
«Ce que ces enfants vivent va marquer leur mémoire ... (Libération)

Lire aussi les propos du Pape François contre la brutalité de la politique européenne contre l'accueil des réfugiés:

A Rome, le pape fustige la "conscience anesthésiée" de l'Europe
http://www.ouest-france.fr/societe/religions/pape-francois/rome-le-pape-fustige-la-conscience-anesthesiee-de-leurope-4120916

Le visage de l'Europe vu du camp d'Idomeni à la frontière gréco-macédonienne
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