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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 05:21
Une récolte de fonds pour replanter les oliviers de Palestine
Clémence Viola
Mardi, 20 Juin, 2017
Humanité
L’olivier, cet « arbre de lumière » nommé ainsi par les habitants de Cisjordanie, tient une place fondamentale dans l’économie palestinienne, et l’huile produite à partir de ces arbres représente à elle-seule 25% de la production agricole. Photo : Jaafar Ashtiyeh/AFP
L’olivier, cet « arbre de lumière » nommé ainsi par les habitants de Cisjordanie, tient une place fondamentale dans l’économie palestinienne, et l’huile produite à partir de ces arbres représente à elle-seule 25% de la production agricole. 

Le Mouvement des jeunes communistes de France (MJCF) a lancé début juin une campagne de récolte de fonds pour planter des oliviers en Palestine, qui depuis des décennies, sont arrachés et brûlés par l’occupation israélienne.

Objectif : récolter 10 000 euros pour replanter 1000 arbres. La campagne, « Des oliviers pour la Palestine », s’étend sur quatre mois, jusqu’à la fin du mois de septembre, et se déroule parallèlement sur le terrain et sur internet avec la création . « Il faut environ dix à vingt euros pour planter un olivier », précise Mehdi Belmecheri-Rozental, responsable national des questions internationales au Mouvement des jeunes communistes de France (MJCF). Chaque fédération a un objectif de fonds à atteindre, et prend des initiatives en fonction de ses moyens et de ses envies. Cette campagne de terrain peut prendre diverses formes. Des concerts aux tournois de football, en passant par des lâchés de ballon jusqu’à des projections de films ouvrant sur des débats, tout est bon pour rassembler le plus possible de personnes et les sensibiliser à la question palestinienne. Le projet est aussi mené en collaboration avec l’Arab center for agricultural development (ACAD), association palestinienne qui lutte depuis 1988 pour l’amélioration de la situation économique des petits agriculteurs. Les fonds permettront d’aider les producteurs à résister de façon pacifique à la l’occupation israélienne en conservant leurs terres.

« On a envie que vous meniez la lutte avec nous »

Pour mener une campagne de terrain, il faut être allé sur le terrain. « Notre projet est né lors de notre dernier voyage de solidarité en Palestine en octobre 2016 », explique Mehdi Belmecheri-Rozental. Un groupe de jeunes militants, dont il fait partie, sont partis à la rencontre de Fayez Odeh, agriculteur palestinien, qui s’est vu retirer, il y a une dizaine d’années, la moitié de son exploitation biologique en Cisjordanie par l’Etat israélien, au profit de la construction du « mur de séparation » destiné à protéger les israéliens. Une usine chimique a également été construite tout près de ses terres agricoles. Mais Fayez Odeh fait partie de ces Palestiniens qui ont décidé de ne pas s’apitoyer sur leur sort, et de lutter contre la colonisation. C’est dans une optique de combat qu’il a fait part aux jeunes militants de son projet avec , dont il fait partie. Ces derniers ont alors repris ce geste politique pour rejoindre les agriculteurs dans leur combat. Les paysans palestiniens qui subissent cette pratique d’arrachage d’oliviers et de dépossession de leurs terres sont bel et bien décidés à ne pas abandonner. « Leur premier réflexe est la tristesse (…). Mais très vite, ils passent dans une dynamique de lutte »,  décrit le jeune militant, qui a pu s’entretenir avec plusieurs agriculteurs lors de son voyage. Ces derniers ont même lancé un véritable appel à la France : « On ne veut pas que vous pleuriez avec nous, on a envie que vous meniez la lutte avec nous ».

Faire reconnaitre l’Etat Palestinien

Outre la récolte de fonds, cette campagne est avant tout destinée à sensibiliser les Français sur la question palestinienne, cause pour laquelle le MJCF est plus généralement engagé. Alors que la plupart des gens ignorent ces pratiques coloniales, ce sont,  depuis le début du conflit israélo-palestinien (1967), environ 800 000 arbres qui ont été arrachés par les colons. Selon Mehdi Belmecheri-Rozental,  « en arrachant les arbres (…), ils effacent  le territoire palestinien ». En effet, l’olivier, cet « arbre de lumière » nommé ainsi par les habitants de Cisjordanie, tient une place fondamentale dans l’économie palestinienne, et l’huile produite à partir de ces arbres représente à elle-seule 25% de la production agricole. C’est la principale ressource pour les petits agriculteurs. Arracher les oliviers reviendrait alors à effacer toute trace de la Palestine dans l’histoire, et la priver de son identité.  C’est pourquoi la campagne menée par le MJCF s’inscrit dans un contexte plus large. À travers  cette initiative se joue aussi la reconnaissance d’un Etat Palestinien par Israël, et par la France. « L’Etat palestinien ne sera pas reconnu tant qu’on n’aura pas de vrai gouvernement de gauche », dénonce le jeune militant. Symboles de résistance, les oliviers mais aussi les figuiers de barbarie, qui ont de profondes et solides racines, sont considérés comme la preuve historique de  l’existence du peuple palestinien en Palestine.

Visant directement tout espoir de paix, la politique menée par l’Etat israélien va alors bien au-delà des enjeux économiques et politiques. Politique, qui, en 2003 déjà, était désignée comme « une autre forme de terrorisme » par le quotidien israélien Haaretz.

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 06:13
20 juin, Journée mondiale des réfugiés. « Immigrants » du dessinateur Iranien Alireza Pakdel, Grand Prix du World Press Cartoon 2017

20 juin, Journée mondiale des réfugiés. « Immigrants » du dessinateur Iranien Alireza Pakdel, Grand Prix du World Press Cartoon 2017

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 05:33
Israël commence à réduire dangereusement les livraisons d'électricité à Gaza
LUNDI, 19 JUIN, 2017
HUMANITE
Palestine. Deux millions de personnes (sur)vivent à Gaza, sous blocus et désormais avec un accès des plus limités à l'électricité.  (Photo AFP)
Palestine. Deux millions de personnes (sur)vivent à Gaza, sous blocus et désormais avec un accès des plus limités à l'électricité. (Photo AFP)

Israël a commencé lundi à réduire les livraisons d'électricité aux deux millions de Gazaouis qui ne bénéficiaient déjà que de quelques heures d'électricité par jour. L’Onu évoque un risque d’effondrement total » des services vitaux pour la population.  

Cette diminution, qui fait passer à deux heures par jour l'approvisionnement en électricité des Gazaouis, suscite des inquiétudes sur une montée des tensions et un possible effondrement des services vitaux dans un territoire qui a connu depuis 2007 trois guerres avec Israël et une quasi guerre civile entre mouvements palestiniens.

"L'approvisionnement sera réduit sur deux lignes sur dix chaque jour, jusqu'à ce que cette baisse s'applique à l'ensemble des dix lignes", a détaillé la compagnie d'électricité israélienne dans un communiqué.

Israël "a réduit lundi matin de huit mégawatts l'approvisionnement des lignes électriques" vers le territoire côtier surpeuplé et ravagé par les guerres et la pauvreté, a de son côté indiqué l'Autorité de l'énergie, tenue par le Hamas islamiste au pouvoir à Gaza, dans un communiqué.

En temps normal, Israël fournit 120 mégawatts à Gaza --soit un quart des besoins de l'enclave estimés entre 450 et 500 MW. La facture, payée par l'Autorité palestinienne pourtant chassée du pouvoir à Gaza par le Hamas, s'élève chaque mois à 11,3 millions d'euros.

Depuis que l'unique centrale électrique de la bande de Gaza est à l'arrêt faute de carburant, ces 120 MW représentent 80% de l'électricité disponible dans la bande de Gaza.

La réduction entamée lundi est "dangereuse" dans un territoire "en pénurie chronique d'énergie", a estimé l'Autorité de l'énergie. Elle en a fait porter la responsabilité à Israël et "aux parties impliquées dans la prise de cette décision".

Une histoire de facture à payer... 

Mi-juin, le gouvernement israélien avait annoncé avoir décidé de réduire les livraisons, arguant que l'Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas refusait désormais de régler la facture d'électricité de la bande de Gaza. L'Autorité palestinienne, elle, accuse le Hamas de ne pas assumer l'approvisionnement en énergie du territoire qu'il contrôle sans partage.

L'ONU et de nombreuses organisations humanitaires ont mis en garde contre "un effondrement total" des services vitaux pour la population, notamment dans le secteur de la santé.

Dans un contexte de crise humanitaire et de marasme économique permanents, l'alimentation en électricité est une préoccupation primordiale dans l'enclave en bordure du désert, a fortiori en plein ramadan et durant l'été.

La question de l'électricité a déjà provoqué en janvier des manifestations de protestation, rares dans la bande de Gaza et aussitôt réprimées par les forces de sécurité du Hamas.

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 05:00
Royaume-Uni. L'une "gagne", l'autre "perd": déroute pour May, triomphe pour Corbyn
Thomas Lemahieu
 
Vendredi, 9 Juin, 2017
 
L' Humanite
Le chef du parti travailliste Jeremy Corbyn a appelé Theresa May à démissionner : « Elle n'a plus la confiance de personne, je pense qu'il est temps qu'elle parte. » Photo : Niklas Hallen/AFP
Le chef du parti travailliste Jeremy Corbyn a appelé Theresa May à démissionner : « Elle n'a plus la confiance de personne, je pense qu'il est temps qu'elle parte. » Photo : Niklas Hallen/AFP

Au terme d'une longue nuit consacrée au dépouillement des votes, le Royaume-Uni s'éveille, au lendemain des élections législatives, avec un "parlement suspendu" et une instabilité politique tout à fait inattendue. Alors que tous les résultats ne sont pas encore parvenus, plusieurs éléments sont d'ores et déjà établis. À 43%, Theresa May perd sa majorité absolue et Jeremy Corbyn fait une percée inespérée, dépassant, avec ses 40%, les scores de Tony Blair, Gordon Brown et Ed Milliband depuis 2005. Les ressorts du vote ont été économiques et sociaux, loin du seul Brexit derrière lequel Theresa May voulait dissimuler la poursuite de ses attaques anti-sociales et de l'austérité.

Londres (Royaume-Uni), envoyé spécial.

Avec 43% des voix aux législatives de jeudi au Royaume-Uni (+6% par rapport à 2015), Theresa May a, dans l'absolu, réalisé un très bon score. Son parti conservateur aura plus de députés que les autres (319). Mais, en vérité, elle a tout perdu: le nombre de parlementaires tories baisse d'une quinzaine, elle n'a plus de majorité absolue et son maintien à la tête du gouvernement paraît désormais plus qu'improbable. À la mi-avril, la première ministre britannique avait, par surprise et avec un cynisme consommé, convoqué ces élections anticipées, convaincue d'écraser le Labour de et d'en sortir avec une majorité autrement plus confortable: elle espérait gagner une centaine de députés supplémentaires, de quoi lui permettre d'aller à Bruxelles imposer ses conditions pour la sortie de l'Union européenne (Brexit) et en profiter pour graver dans le marbre pour cinq années de plus sa politique d'austérité qui ravage les services publics, le système de santé et les droits sociaux.

À l'époque, selon la presse dominante, alimentée par les conservateurs et, bien souvent, par les hiérarques blairistes qui n'ont jamais accepté de voir une figure de l'aile gauche prendre la tête du Labour, elle devait ne faire qu'une bouchée du leader travailliste: dans les sondages, la gauche culminait à 24%, quand les tories flirtaient, eux, avec les 50%, et, selon l'humeur de ses détracteurs, Corbyn était présenté tantôt comme un doux rêveur végétarien pacifiste de l'ultra-gauche intello londonienne, coupé de la classe ouvrière, tantôt comme un danger public, adepte de Marx, tueur de l'économie et complice de tous les terroristes de la planète. En adoptant une ligne dure sur le Brexit, Theresa May savait également pouvoir compter sur un siphonnage en règle des voix qui s'étaient portées en 2015 sur l'Ukip, la formation xénophobe et ultra-libérale.

Une campagne coupée des aspirations citoyennes pour May

Pour les conservateurs, rien ne s'est passé comme prévu. May a fait une campagne désastreuse, centrée sur son prétendu côté "forte et stable" et, en fait, totalement coupée des aspirations des citoyens: elle a refusé de débattre avec ses adversaires - Jeremy Corbyn, en particulier - à la télévision, elle a promis d'autoriser de nouveau la chasse aux renards - une pratique aristocratique particulièrement impopulaire -, elle s'est mise à dos les retraités en promettant d'introduire une taxe dédiée pour financer la protection sociale des retraités, elle a fait la leçon à une infirmière réclamant la fin du gel de son salaire de misère en lui rétorquant, sur un ton détaché, que "l'argent ne pousse pas dans les arbres", au moment même où ses amis promettaient aux grandes fortunes qu'ils ne les attaqueraient jamais. En dehors de son raid sur l'Ukip qui a bel et bien lieu au profit des tories - son leader, Paul Nuttall, qui a remplacé Nigel Farage, perd son siège, laminé par son concurrent conservateur -, a tout raté.

Ceci dit, c'est évidemment, à rebours, l'extraordinaire campagne de Jeremy Corbyn, systématiquement présenté depuis son élection à la tête du Labour en septembre 2015 comme n'ayant absolument aucune chance de mener le Labour à la victoire, qui joue dans ce séisme électoral. Même ses adversaires les plus acharnés - qui se préparaient déjà à tenter de le démettre pour la deuxième fois en deux ans - ont fini, au cours de la nuit, par lui reconnaître la qualité de leader incontesté: il faut dire qu'avec lui, le Labour porte son score à 40% (+10% par rapport à 2015 et +11% par rapport à 2010) et vient de remporter entre 30 et 35 sièges supplémentaires, portant le total autour de 260-265 députés.

Corbyn a réussi à mobiliser comme jamais la jeunesse britannique

Dans un électorat trahi par les travaillistes convertis au néolibéralisme (Tony Blair et Gordon Brown, en particulier), son programme anti-austérité et pro-justice sociale, intitulé "Pour le plus grand nombre, pas quelques-uns", a manifestement été plébiscité (voir ci-dessous) et a emporté une adhésion enthousiaste, comme en témoignaient les foules de milliers de sympathisants rassemblées lors de ces déplacements dans toute l'île. Il a redonné confiance aux acteurs des mouvements sociaux et des syndicats. Corbyn a surtout, et ça a beaucoup joué dans les conquêtes du parti travailliste, réussi à mobiliser comme jamais la jeunesse britannique: ce sont les jeunes qui, en bonne part, ont permis la hausse de la participation et d'après un sondage à la sortie des urnes, 63% des moins de 35 ans ont voté Labour (contre 27% pour les tories).

Lire :

"Il n'y avait jamais eu une participation aussi élevée tout au long de la campagne, lance Corbyn, juste après l'annonce officielle de sa réélection dans un fauteuil, et sans surprise là, à Islington-Nord, un quartier de Londres. Les conservateurs pensaient que le peuple leur était acquis, ils ont été sévèrement punis, ils voulaient un mandat clair et le peuple leur a répondu en leur faisant perdre des sièges. Theresa May n'a plus la confiance de personne, je pense qu'il est temps qu'elle parte. Nous sommes tous très fiers de ces résultats qui nous parviennent cette nuit. Tout change en politique ce soir. Les citoyens en ont plus qu'assez des politiques d'austérité, ils n'en peuvent plus des coupes dans les dépenses publiques, du sous-financement de notre système de santé, de nos écoles. Ils veulent donner la chance à laquelle les jeunes ont droit dans notre société."

Signe que le Labour, sous l'impulsion de Corbyn, fait mieux que résister au tsunami conservateur attendu, il l'emporte largement là où il devait être battu à plates coutures. Les exemples sont nombreux. C'est le cas à Canterbury, une ville du Kent tenue par les conservateurs depuis 1918, conquise ce jeudi par les travaillistes qui progressent de plus de 20% par rapport à 2015. Dans le Nord de l'Angleterre, dans le West Yorkshire précisément - terre de conquêtes multiples espérées par May (lire ci-dessous) -, les travaillistes conservent quasiment tous leurs sièges et en gagnent pas mal comme à Leeds Nord-Ouest. À Halifax, où le siège Labour tenu par Holly Lynch était très menacé - le total des voix des conservateurs et Ukip dépassait les 55% des voix en 2015 -, la jeune députée travailliste l'emporte avec plus de 5000 voix d'écart (contre à peine 400, il y a deux ans). Un vrai exploit collectif, comme pleins d'autres ailleurs.

Lire :

Pour ce qui est des autres formations politiques, les nationalistes anti-austérité écossais du SNP, en situation de quasi monopole (ils avaient 56 sièges en 2015)  perdent pas mal de plumes avec 35 parlementaires dans la future assemblée, mais restent la première formation en Ecosse. Leader du SNP, la première ministre écossaise a ouvert la porte à une coalition avec Jeremy Corbyn. Sévèrement sanctionnés en 2015 après leur alliance avec les tories de David Cameron, les centristes libéraux-démocrates, qui avaient concentrés leur campagne sur l'opposition au Brexit, gagnent une poignée de sièges, mais en perdent d'autres: ils auront 12 députés. La verte Caroline Lucas, assez proche  des positions du Labour de Corbyn, réussit à conserver le seul siège de son parti à Brighton.

Au bout du compte, faute de majorité absolue des tories, ce sont les Nord-Irlandais qui, eux mêmes en situation de blocage institutionnel dans leur assemblée régionale, détiennent une des clefs pour les discussions des prochains jours à Westminster. Alors que les républicains du Sinn Fein emportent 7 sièges (+3, par rapport à 2015) qu'ils n'occuperont pas - partisans de l'unification de l'Irlande, ils boycottent Westminster -,  la déclinaison locale des tories, les unionistes du DUP, farouchement pro-Brexit, disposera de 10 élus qui proposent leurs services aux conservateurs afin d'atteindre de justesse la majorité absolue.

Lire aussi :

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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 06:38
Attaque de Londres de la nuit du 3 juin: halte à la haine, solidarité avec les londoniens et les victimes du terrorisme

Le fanatisme meurtrier d'individus gonflés de haine a encore frappé à Grande-Bretagne et à Londres hier soir, une attaque de trois personnes à la camionnette faisant au moins six morts et 48 blessés. 

Le mode opératoire de cet acte criminel ressemble à un acte de terreur djihadiste comme on en a connu plusieurs ces derniers mois en Europe, une conception folle et totalitaire de la religion, et une psychologie pathologique construite par l'endoctrinement sectaire et la fragilité de parcours humains et sociaux accidentés, conduisant à l'horreur du massacre de civils au nom d'une idéologie bête et méchante.  

La colère et la tristesse nous gagnent devant ces actes vils et nihilistes qui veulent mettre à mal le lien de bienveillance, de fraternité et de communauté entre les citoyens de nos sociétés multiculturelles, qui pour l'écrasante majorité d'entre eux vivent et pratiquent leurs idées religieuses, morales, philosophiques et politiques dans la tolérance et sans prétendre nier ceux qui pensent différemment. 

Nos pensées émues et solidaires vont aux victimes de cette attaque, à leurs familles et aux londoniens.

Nos démocraties doivent combattre intelligemment le terrorisme djihadiste par le renseignement, la prévention, l'action internationale, sans contredire leurs principes comme on en a eu de nombreux exemples dans le passé et aujourd'hui encore.  

Ismaël Dupont, le 4 juin 2017

  

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 05:49
Comment Bachar al-Assad a gazé son peuple: les plans secrets et les preuves (Médiapart- 1er juin, René Backmann)
Comment Bachar al-Assad a gazé son peuple: les plans secrets et les preuves
 PAR RENÉ BACKMANN

Aujourd’hui en exil, des scientifiques syriens qui ont participé à la fabrication des armes chimiques utilisées par le régime de Damas dévoilent pour Mediapart les secrets du complexe militaro-scientifique syrien. Ils révèlent que le dictateur se préparait à utiliser les gaz de combat contre ses opposants dès 2009, deux ans avant les premières manifestations en faveur de la démocratie.

 

Dès l’été 2009, deux ans avant l’explosion de la révolte populaire syrienne, le régime de Damas avait décidé d’utiliser des gaz de combat, en particulier le sarin, un neurotoxique mortel, contre sa propre population en cas de troubles internes. Il a attendu juillet 2011, juste après la première défection d’un officier de l’armée régulière, pour ordonner aux responsables des sites de production d’armes chimiques de concevoir aussi vite que possible des munitions de petite taille – obus, grenades, ogives de roquettes – adaptées à cet usage tactique.

Mais avant la fin de l’année 2009, l’ordre avait déjà été donné d’équiper sept bases aériennes militaires de systèmes de stockage des précurseurs du sarin et de remplissage des bombes ou autres projectiles chimiques. Dans le plus grand secret, Bachar al-Assad avait formé le projet de gazer ses compatriotes en cas de menace contre son régime, et s’en était donné les moyens. La suite a montré qu’il ne s’en est pas privé, même si l’usage et la possession du sarin, et des autres armes de destruction massive à sa disposition, étaient interdits par une convention de l’ONU de janvier 1993. Texte que la Syrie, à l’époque, n’avait pas signé et qu’elle n’a ratifié contrainte et forcée qu’en septembre 2013.

Cela ne l’a pas empêchée de poursuivre jusqu’à aujourd’hui, en le niant, l’utilisation de son arsenal d’armes chimiques. En particulier du sarin. Produit généralement inodore et incolore, donc difficile à détecter, ce gaz de combat peut provoquer la mort en quelques minutes en paralysant le système nerveux et le système respiratoire. Il laisse chez les survivants exposés au nuage toxique de graves lésions neurologiques permanentes. À ce jour, sur les 300 000 morts de la guerre civile syrienne, les attaques au gaz par l’armée du régime de Damas auraient tué près de 2 000 personnes et fait plusieurs milliers de blessés, selon les ONG médicales et humanitaires présentes sur le terrain.

 

Le caractère prémédité de ces crimes de guerre du dictateur syrien est l’une des révélations obtenues par Mediapart lors d’entretiens avec plusieurs scientifiques, experts ou ingénieurs syriens impliqués dans la conception et la fabrication des armes chimiques. Ils sont aujourd’hui en exil en Europe ou au Moyen-Orient.

S’exprimant sous le couvert de l’anonymat, ces transfuges, dont certains ont aujourd’hui rejoint les rangs de l’opposition qu’ils aident notamment à se protéger contre les gaz, ont livré à Mediapart de nombreuses informations inédites sur le complexe « scientifico-militaire » syrien. C’est-à-dire sur la nature – et la quantité – des armes chimiques encore détenues aujourd’hui par Damas, sur l’origine des matières premières et des installations utilisées pour les produire, l’emplacement des principaux sites d’études et de production, les vecteurs à la disposition des militaires syriens et les moyens employéspour tromper les inspecteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimique (OIAC) et de l’ONU.

Certains d’entre eux nous ont aussi expliqué pourquoi ils s’étaient mis au service de Bachar al-Assad ou de son père. Et pourquoi ils ont choisi de fuir leur pays. Ils nous ont enfin confié quelques « secrets de fabrication » qui permettent de confirmer avec certitude l’origine syrienne de certains gaz utilisés par la dictature depuis cinq ans et qui contribueront peut-être un jour à nourrir le réquisitoire contre Bachar al-Assad et son clan devant un tribunal international.

Pour l’heure, leurs témoignages et leur expérience constituent une source d’informations irremplaçable sur la vraie nature de la dictature syrienne, la personnalité de ses dirigeants, la barbarie dont ils sont capables. C’est notamment grâce aux informations livrées par certains de ces transfuges que les experts français ont identifié avec certitude, il y a deux mois, les traces du sarin sur les victimes du bombardement du village de Khan Cheikhoun, dans la province d’Idleb, où la dernière attaque chimique, à ce jour, de l’aviation syrienne a fait 88 morts dont 31 enfants, le 4 avril 2017.

Fabriqué depuis plus de trente ans par le régime de la famille Assad, le sarin syrien est synthétisé selon une recette que les experts considèrent comme « classique », mais qui a fait l’objet de quelques adaptations locales. De ces adaptations découle, lorsque le gaz est diffusé dans l’atmosphère, la présence de deux produits, le diisopropyl méthylphosphonate (DIMP) et l’hexamine. Le premier est un « produit secondaire » de la synthèse du gaz. Le second est une substance utilisée par les chimistes syriens pour faciliter le déroulement de la synthèse. La présence des deux constitue la signature caractéristique du sarin syrien. Signature d’autant plus facile à détecter que ces deux produits restent présents durablement dans les sols, les restes de munitions, le sang, l’urine et les tissus des victimes, où ils sont dosables, en laboratoire, par électrophorèse ou d’autres méthodes analytiques sophistiquées.

C’est fort de ces preuves irréfutables, collectées sur le terrain par les sauveteurs et les médecins et analysées par les experts des services de renseignement français à partir des indications fournies par certains des scientifiques syriens exilés, que le ministre des affaires étrangères de François Hollande, Jean-Marc Ayrault, a rendu publique, trois semaines après l’attaque de Khan Cheikhoun, une« Évaluation nationale » accusant clairement la Syrie d’avoir « mené une attaque chimique au sarin contre les civils le 4 avril 2017 ».

Pourquoi Bachar al-Assad, qui avait succédé à son père Hafez al-Assad en juin 2000 avec une réputation de président moderniste, favorable à une « ouverture » politique – Nicolas Sarkozy l’avait même invité à assister au défilé du 14 juillet 2008 ! –, a-t-il décidé en 2009 de retourner contre ses compatriotes l’arme chimique stratégique dont son père avait doté la Syrie, officiellement pour instaurer un semblant d’équilibre de la terreur avec Israël, qui possédait depuis longtemps l’arme nucléaire ?

L'alerte du soulèvement iranien de 2009

« Parce que Bachar al-Assad avait peur, explique l’un des scientifiques syriens interrogés. La concomitance entre l’explosion de la “révolution verte” de juin 2009 en Iran et les consignes données au Centre d’études et de recherches scientifiques (CERS) de miniaturiser en urgence les munitions au gaz et d’équiper sept bases aériennes spécialement choisies d’installations de stockage des précurseurs du sarin et de dispositifs de remplissage des munitions montre clairement qu’il redoutait d’affronter la même révolte populaire qu’Ahmadinejad, dont la réélection à la présidence de la République islamique, jugée manipulée par ses opposants, avait jeté les étudiants et une partie de la population dans la rue. Bachar al-Assad savait que les réseaux sociaux avaient joué un rôle majeur dans cette “révolution Twitter”, peut-être pressentait-il ce qui s’est produit deux ans plus tard. Mais il était résolu à casser les reins, par n’importe quels moyens, à tout mouvement de révolte populaire. »

« La meilleure preuve de sa panique face à une possible contestation de son régime,constate un ingénieur, lui aussi ancien du CERS, c’est qu’il a simultanément commandé 10 000 grenades lacrymogènes à l’Iran et ordonné la mise à l’étude et l’installation dès que possible, sur les grands axes de circulation, d’un réseau de portiques équipés de caméras reliées à un centre de surveillance par des fibres optiques à haut débit. S’il s’agissait seulement, comme le régime l’a annoncé alors, de surveiller et réguler la circulation, il n’était pas nécessaire d’investir dans un réseau équipé de caméras de haute définition permettant non seulement de surveiller les véhicules et les passants, mais de reconnaître les visages. Et de stocker les données. À la seule vue du cahier des charges, certains techniciens ont compris la nature exacte du projet : doter le régime d’un réseau inédit de contrôle des foules. D’autant qu’au même moment, d’autres départements recevaient l’ordre de concevoir et mettre en place un programme de surveillance de tous les réseaux de télécoms. »

Institution choyée – et étroitement contrôlée – par Bachar al-Assad comme par son père, le CERS n’est pas, contrairement à ce qu’avancent parfois les porte-parole du régime, une « version syrienne » du CNRS mais un vaste complexe scientifico-militaire créé au début des années 1970. Théoriquement voué à l’étude et l’avancement des sciences et beaucoup mieux doté que les départements scientifiques des universités, il est rattaché directement à la présidence – et non au ministère de l’éducation – et l’essentiel de son activité est consacré aux recherches et développements en matière d’armement.

L’armée et surtout les « Moukhabarat » (services de renseignement) exercent une surveillance très vigilante sur le recrutement et le comportement du personnel, à l’intérieur de l’institution comme au-dehors. Organisé sur un schéma quasi militaire, fondé sur des chercheurs de formation occidentale, le CERS est divisé en cinq départements, dont quatre sont identifiés par des numéros : département 1000 (électronique), département 2000 (mécanique), département 3000 (chimie), département 4000 (aviation et tous objets volants). Le cinquième département est l’Institut supérieur des sciences appliquées et de technologie (ISSAT), façade « civile » de ce complexe essentiellement militaire.

Indépendant des cinq départements, le discret « projet 99 » dissimule les bureaux et les sites de production des missiles Scud « made in Syria » qui viennent compléter les Scud à propulseur liquide fournis par la Corée du Nord. Chaque département possède, dispersés dans le pays, ses propres centres d’études, d’essais et de production, souvent camouflés en installations civiles. Plusieurs de ces sites du CERS ont été identifiés et localisés par leurs anciens utilisateurs, que nous avons rencontrés.   

Sur les quelque 9 000 employés du CERS, près de 5 500, selon les estimations de ses anciens cadres interrogés par Mediapart, travaillent aujourd’hui dans les départements aviation, électronique et mécanique, au développement et à la production des missiles, bombes et roquettes. Les instituts 1000 et 2000 fournissent des pièces électroniques, des systèmes de guidage et la mécanique lourde de lancement de missiles ou de roquettes, installée sur des camions ou des blindés. Plus de 350 personnes étaient affectées au département chimie (3000), lui-même divisé en deux branches : 3100 et 3600.

Au sein de la 3100 (recherche et développement en matière de biologie, toxicologie, polymères et peintures à usage militaire), le département 3110 se consacre exclusivement aux méthodes de synthèse des armes chimiques et de leurs antidotes, ainsi qu’à la détection et à la décontamination. Plusieurs des scientifiques rencontrés par Mediapart ont travaillé et/ou eu des responsabilités au sein de cette unité.

Un premier emploi à à Kafar Takharim, en octobre 2012

L’autre branche (3600) du département chimie était chargée de la production des armes chimiques. Elle disposait de plusieurs sites situés en plein désert, entre 60 et 100 km à l’est de Damas, dont le site historique de Dumayr, desservi par la route n° 2, partiellement détruit, après l’accord russo-américain de 2013 sur l’élimination des armes chimiques syriennes, par l’ONU. L’actuel directeur du département 3000 – renommé récemment département 5000 pour brouiller les cartes – s’appelle Zouhair Fadhloun.

Un autre site du département 3000 du CERS, celui de Jamraya, sur les flancs du mont Qassioun au nord-ouest de Damas, où étaient assemblés et stockés des missiles, a été attaqué à deux reprises par l’aviation israélienne en janvier, puis en mai 2013. Apparemment pour détruire des engins d’un type jugé dangereux par les militaires israéliens ou sur le point d’être transférés au Hezbollah libanais.

« Nombre de cadres du CERS avaient été recrutés, comme moi, après le baccalauréat, au vu de leurs notes dans les matières scientifiques et invités à poursuivre leurs études, en Syrie, puis à l’étranger, grâce à des bourses du CERS, pour devenir, par leur contribution à la modernisation des moyens militaires, des défenseurs de la Syrie, au même titre que les soldats, raconte un ancien responsable de branche dans le département 3000. À mes yeux, contribuer à doter mon pays de l’atout stratégique que constituent les armes chimiques, c’était le mettre à l’abri d’une attaque d’Israël, péril qui était présenté et, pour beaucoup de mes compatriotes, ressenti, comme récurrent en Syrie. C’était aussi lui permettre de négocier à peu près d’égal à égal avec Israël pour récupérer le Golan.

 Je savais qu’une guerre ne nous permettrait pas d’atteindre cet objectif. Je ne suis pas alaouite, je n’avais aucun attachement clanique au régime de Hafez al-Assad, mais je considérais le président assez bon manœuvrier pour obtenir cela d’Israël, dans le cadre, ou non, d’un accord de paix. Donc, travailler à la production d’armes chimiques stratégiques, et à un outil de dissuasion crédible, avec des avions et des missiles capables de délivrer nos munitions chimiques, ne me posait pas de problème particulier.

Les doutes, et les problèmes, ne sont arrivés que lorsqu’on nous a désigné les sept bases aériennes à équiper, et ordonné de concevoir des munitions au gaz miniaturisées. Les pistes des aéroports choisis n’étaient pas assez longues pour permettre le décollage des bombardiers Sukhoï 22 ou Mig 23 de notre aviation. Elles ne se prêtaient donc pas un usage stratégique des armes chimiques. L’une des bases n’abritait même que des hélicoptères. Une autre, celle de Soueïda au sud du pays, était si proche de la frontière que les Israéliens auraient pu la détruire à coups de canon, s’ils avaient constaté qu’elle devenait dangereuse pour eux. Doter ces bases de systèmes de stockage des précurseurs du sarin et de l’équipement nécessaire pour l’introduire dans les bombes ne tenait pas debout. Il n’y avait qu’une seule conclusion à tirer : le gouvernement voulait utiliser cette arme à l’intérieur. Donc contre une révolte potentielle. J’ai fait part de mes doutes à mon supérieur. J’ai aussi fait prévenir le chef des services de renseignements, Ali Mamluk, que nous avions reçu un ordre absurde. Ce que j’ignorais, c‘est que l’idée d’utiliser le sarin contre l’opposition venait de lui. »

Lorsque pour la première fois des armes chimiques ont été utilisées à l’intérieur du pays, à Kafar Takharim, en octobre 2012, les employés du CERS qui avaient manifesté des doutes, des réserves ou des réticences, et qui avaient tous été relevés de leurs fonctions, ont pensé qu’un scandale international allait éclater et que le régime allait être contraint, au moins, de s’expliquer et, peut-être, de renoncer à cette stratégie. Erreur. L’envergure des attaques était limitée, la majorité des premières victimes étaient des combattants de l’opposition armée. L’ampleur médiatique de l’affaire est restée modeste. Son retentissement diplomatique, dérisoire. Et Bachar al-Assad a compris qu’avec quelques précautions, dont il a fini, avec le temps et l’impunité, par s’affranchir, il pouvait persister dans sa décision de gazer ses opposants. Mais les témoins de la préméditation de son crime, surtout ceux qui avaient produit les armes et affiché leur désaccord, devenaient encombrants.

C’est à ce moment, en septembre 2012, qu’un des responsables du programme d’armement chimique, Bachar Hamwi, a été enlevé par les services de renseignements devant son bureau du CERS. « Depuis, il n’a donné aucun signe de vie, raconte un de ses anciens collègues. Mais les armes miniaturisées sur lesquelles il travaillait ont été réalisées et utilisées, après sa disparition, à de multiples reprises. Il n’est pas impossible qu’il soit, aujourd’hui encore, séquestré et contraint de continuer son travail en secret en échange de la sécurité de sa famille prise en otage. »

Des gaz de combat auraient été utilisés à près de 130 reprises

C’est à ce moment aussi qu’un autre cadre du Département 3000, qui avait été relevé de ses fonctions après avoir manifesté son désaccord avec les consignes du régime, a découvert sur Internet que son nom apparaissait dans des forums dénonçant les fabricants de gaz de combat et demandant leur élimination. « Au lieu de me liquider, explique-t-il aujourd’hui, le régime avait livré mon nom au public en espérant sans doute que je serais éliminé par l’opposition. J’ai compris alors qu’il valait mieux, pour ma famille et moi, que nous quittions le pays. J’avais des amis dans l’opposition, des parents dans le Golfe et en Europe. Je suis parti. »

Malgré quelques défections, le département des armes chimiques du CERS, qui ne dépend pas de l’armée, mais de la branche aviation des Mukhabarat, a continué à travailler à l’adaptation du sarin à un usage interne, à concevoir des munitions miniaturisées adaptées à cette besogne et à livrer le tout à l’aviation.

Jusqu’à 2008, les précurseurs des armes chimiques étaient stockés par deux unités des moukhabarat de l’aviation, l’unité 417 et l’unité 418. Après un accident, lié à la corruption d’un groupe de militaires qui avaient détourné une partie du budget affecté à la sécurité des stocks, un officier, Gaith Ali, et une vingtaine d’autres militaires ont été mutés.

Les unités ont été directement rattachées au CERS en devenant la « branche 450 » à laquelle le stockage des produits a été confié, divisé entre les branches 451 et 452. Le pouvoir pensait ainsi réduire le niveau de corruption très élevé qui affectait l’armée, mais dont le CERS était relativement épargné. La surveillance de l’institut responsable des armes chimiques et le secret autour de leur usage interne ont été encore accrus. Ancien responsable de l’armement chimique au sein de la 5e division de l’armée, le général Zaher al-Saket, qui a fait défection en avril 2013, a raconté ensuite à Al Jazeera que sa candidature pour le commandement de l’unité 451 avait ainsi été écartée au bénéfice du colonel Mohammad Ali Wannous, alaouite, donc jugé plus sûr qu’un sunnite. 

À partir de juillet 2011, alors que l’armée syrienne libre vient d’annoncer sa création, la branche 450 commence le remplissage des réservoirs installés sur les bases aériennes désignées et les unités d’hélicoptères reçoivent leurs premières grenades au sarin. Dès octobre 2012, alors que le soulèvement poursuit sa militarisation, l’usage « fortement présumé » de sarin par l’armée syrienne est signalé à Kafar Takharim et à Salqin, à 60 km à l’ouest d’Alep. Puis en novembre à Harasta, près de Damas, et en décembre à Homs. Selon le recensement des « Allégations d’emploi d’armes chimiques » établi par la DGSE et annexé à « L’évaluation nationale » du Quai d’Orsay d’avril dernier, des gaz de combat auraient été utilisés à près de cent trente reprises en Syrie, entre octobre 2012 et avril 2017, contre des cibles contrôlées par l’opposition. Qu’il s’agisse de positions tenues par des combattants ou d’objectifs civils.

Une vingtaine de ces recours aux gaz de combat ont eu lieu avant l’accord russo-américain sur la destruction des armes chimiques syriennes de septembre 2013 et l’adhésion de la Syrie, le même mois, à la Convention internationale sur l’interdiction des armes chimiques. Tous les autres ont eu lieu après. Ce qui confirme non seulement le mépris manifeste du droit, mais surtout le cynisme absolu du régime de Damas. Mépris et cynisme confortés par l’inaction de la communauté internationale, puis par le soutien militaire et diplomatique décisif de l’allié russe.

Selon le document compilé par la DGSE, les trois quarts des allégations d’usage d’armes chimiques par le régime syrien n’ont pas pu être « caractérisées avec une grande fiabilité par les services français », mais deux font apparaître de « fortes présomptions » d’usage du sarin, vingt-deux révèlent de « fortes présomptions de l’usage de chlore » et dans cinq cas : à Alep, à Jobar et à Saraqeb, en avril 2013, à Damas en août 2013, puis à Khan Cheikhoun le 4 avril 2017, « l’usage de sarin a été prouvé par la France ». Dans la même période, trois attaques à l’ypérite (gaz moutarde) à El Hassekeh, en juin 2015, à Marea, en août puis septembre 2015 ont été attribuées à l’organisation État islamique, qui a récupéré, notamment à Mossoul, de vieux stocks de gaz de combat de l’armée irakienne.

Au cours de l’une des attaques au sarin prouvées par les services français, à Saraqeb, un hélicoptère de l’armée syrienne a largué sur les quartiers situés à l’est de la ville trois grenades du même type. La première a explosé et libéré sa charge de gaz sans faire de victimes, la deuxième a fait un mort et une vingtaine de blessés. La troisième, qui n’a pas explosé, a été récupérée par les services français. Son analyse a démontré qu’elle contenait « un mélange solide et liquide d’environ 100 millilitres de sarin à une pureté estimée à 60 %. L’hexamine, le DF et un produit secondaire, le DIMP, ont également été identifiés » : la signature des chimistes du département 3 000. L’utilisation d’un hélicoptère, la nature des munitions, l’analyse des composés chimiques retrouvés désignaient clairement, sans doute possible, le régime syrien. La « ligne rouge » définie en août 2012 par Barack Obama était clairement transgressée. Déjà. Sans provoquer de réaction notoire. Quelques mois plus tard, le 21 août 2013, c’était le massacre de la Ghouta, qui a fait près de 1 400 morts et 5 000 blessés.

À suivre: le régime syrien a constitué son arsenal avec l'aide de plusieurs pays

Un témoignage à lire sur les attaques au gaz chimique sur des zones rebelles à l'est de Damas en 2013

Un témoignage à lire sur les attaques au gaz chimique sur des zones rebelles à l'est de Damas en 2013

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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 19:32
Les prisonniers palestiniens arrêtent leur grève de la faim
LORENZO CLÉMENT AVEC AFP
SAMEDI, 27 MAI, 2017
HUMANITE
Les centaines de prisonniers palestiniens qui observaient une grève de la faim depuis le 17 avril dans des prisons israéliennes pour améliorer leur conditions de détention de vie ont mis fin à leur mouvement, ont indiqué samedi des sources palestiniennes et israéliennes.
La grève a été suspendue à la suite d'un accord conclu entre les représentants des prisonniers et les autorités israéliennes, a indiqué à l'AFP le président du Club des prisonniers Qaddura Farès. Une porte-parole de l'administration pénitentiaire israélienne a confirmé à l'AFP la fin de la grève. Selon elle, l'accord prévoit que les prisonniers auront droit à deux visites par mois contre une avant le début de la grève. Cette revendication était une des principales présentées par les grévistes. La fin de la grève, qui était observée par plus de 800 détenus selon l'administration pénitentiaire, coïncide avec le début samedi du ramadan, le mois de jeûne musulman. Le président palestinien Mahmoud Abbas avait demandé une médiation américaine afin de mettre fin à ce mouvement initié par Marwan Barghouthi.
 
L'accord prévoit que les prisonniers auront droit à deux visites par mois contre une avant le début de la grève. Il s'agissait de l'une des principales revendications des grévistes. "Le CICR est prêt à aider pour organiser une deuxième visite" par mois, a indiqué son porte-parole Jesus Serrano. Il s'est félicité de la fin de la grève car son organisation, la seule à visiter les détenus, était "inquiète de la détérioration de l'état de santé des grévistes". Une trentaine d'entre eux ont été hospitalisés ces derniers jours en raison de la détérioration de leur état de santé, selon l'administration pénitentiaire. Les détenus réclamaient aussi des téléphones publics dans les prisons, la fin des "négligences médicales" et des mises à l'isolement, ainsi que l'accès à des chaînes télévisées et de la climatisation. Ils n'ont pas obtenu les téléphones publics, selon la porte-parole de l'administration.
Les Palestiniens ont proclamé la "victoire" et loué "l'épopée de la dignité et de la liberté" à l'issue d'une des grèves de la faim les plus longues de l'histoire du mouvement des prisonniers. Sur la place Yasser Arafat à Ramallah, où siège l'Autorité palestinienne en Cisjordanie occupée, des dizaines de proches, en majorité des mères et des filles de détenus, ont convergé vers la tente de soutien aux grévistes de la faim, a constaté une journaliste de l'AFP.
Au milieu des youyous, Amal Abou Dalal a explosé de joie. "C'est le prisonnier qui a vaincu son geôlier! On est heureux, on a gagné", a lancé cette Palestinienne de 50 ans dont le fils de 33 ans a déjà passé 14 ans en prison. Fedwa, l'épouse de Marwan Barghouthi dont plusieurs capitales et le Parlement européen réclament la libération car ils estiment qu'il pourrait jouer un rôle dans les efforts de paix avec Israël, a salué auprès de l'AFP "la victoire de la résistance et de la dignité".
 
La grève était observée par plus de 800 détenus selon l'administration pénitentiaire qui a précisé qu'une trentaine d'entre eux avaient été hospitalisés ces derniers jours en raison de la détérioration de leur état de santé. Le CICR avait averti jeudi que les grévistes étaient entrés dans une phase "critique". "Les médecins du CICR ont rendu visite à tous les détenus en grève de la faim", avait déclaré le chef du département de la santé du CICR en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, Gabriel Salazar. "Nous sommes préoccupés par les éventuelles conséquences irréversibles sur leur santé. Du point de vue médical, nous entrons dans une phase critique", avait-il estimé dans un communiqué.
Les grévistes de la faim étaient issus de toutes les mouvances politiques palestiniennes, du Fatah aux partis de la gauche en passant par le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle la bande de Gaza. Les Palestiniens ont multiplié les contacts internationaux depuis le début de la grève qui était menée dans différentes prisons israéliennes. Le président Abbas avait indiqué avoir notamment demandé jeudi à l'émissaire américain Jason Greenblatt, qu'il a reçu à Ramallah, en Cisjordanie occupée, d'assurer une médiation entre Palestiniens et Israéliens sur la question des prisonniers. M. Greenblatt s'est rendu à Ramallah deux jours après la venue en Israël et en Cisjordanie du président américain Donald Trump.
Ces prisonniers entendaient donner l'alerte sur les conditions de détention des 6.500 Palestiniens incarcérés par Israël, dont des dizaines de femmes et d'enfants, et dénoncer le système judiciaire israélien appliqué aux Palestiniens des Territoires occupés. Le sort des prisonniers est particulièrement sensible parmi les Palestiniens: plus de 850.000 d'entre eux (pour une population actuelle de 4,5 millions dans les Territoires) sont passés par les prisons israéliennes depuis le début en 1967 de l'occupation israélienne.
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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 19:04
Grève de la faim des prisonniers politiques palestiniens: une victoire de haute lutte et de grande portée (AFPS, 28 mai 2017)

Grève de la faim des prisonniers politiques palestiniens : une victoire de haute lutte et de grande portée

 

http://www.france-palestine.org/Greve-de-la-faim-des-prisonniers-politiques-palestiniens-une-victoire-de-haute

 

La victoire arrachée par les prisonniers politiques palestiniens après 41 jours de grève de la faim est d'abord la leur : celle d'une action résolue et coordonnée sur les mots d'ordre très forts de la liberté et de la dignité, centrée sur des objectifs immédiatement atteignables, celle d'une incroyable volonté face aux risques pour leur vie et aux mauvais traitements de toutes sortes qu'ils ont subi d'un système pénitentiaire inhumain.

 

C'est aussi la victoire de tout le peuple palestinien, qui s'est identifié à la cause de ses prisonniers, et de tous les Palestiniens qui se sont  mobilisés partout, au péril de leur vie, en portant cette revendication.

 

C'est enfin notre victoire et celle de tous nos partenaires, de cet immense mouvement de solidarité qui s'est mobilisé partout dans le monde. L'engagement plein et entier de tous nos partenaires pour cette cause, la multitude des mobilisations, partout en France, dans la diversité et l'inventivité de leurs formes, sont là pour en témoigner malgré un quasi embargo médiatique.

Quels que soient les détails des accords conclus ce matin, dont nous n'avons pas encore connaissance, nous devrons rester d'une vigilance absolue sur les conditions de détention des prisonniers palestiniens. Et nous poursuivrons sans relâche nos efforts pour leur libération, première étape indispensable d'une solution politique. 

L’absence de réaction publique du gouvernement français pour soutenir les demandes légitimes des prisonniers palestiniens indique une continuité regrettable avec la politique mise en œuvre sous la présidence de François Hollande. La question générale de la réponse à la politique de force du gouvernement israélien, celle de la nécessité de sanctions effectives, ne pourra pas être éludée par le nouveau président de la République. C'est ce à quoi nous nous emploierons.


Communiqué de l'Association France Palestine Solidarité

 

 

Déclaration de la Campagne internationale pour la libération de Marwan Barghouthi et tous les prisonniers palestiniens
 
samedi 27 mai 2017
Les prisonniers palestiniens en grève de la faim ont gagné. Après de longues négociations entre les autorités d’occupation israéliennes, Marwan Barghouthi et la direction de la grève, un accord a été trouvé et la grève de la faim est suspendue. C’est une étape importante vers le plein respect des droits des prisonniers palestiniens en conformité avec le droit international. C’est aussi une indication de ce qu’est vraiment l’occupation israélienne qui n’a laissé d’autre option aux prisonniers palestiniens que de se laisser mourir de faim afin d’obtenir les droits élémentaires que leur garantit le droit international.
La grève de la faim lancée par plus de 1000 prisonniers palestiniens sous la direction de Marwan Barghouthi a duré 41 jours, ce qui en fait l’une des grèves collectives les plus longues et les plus massives dans l’histoire du mouvement des prisonniers palestiniens. Elle avait pour objectif de mettre fin aux violations par Israël des droits des prisonniers. Les revendications comportaient le respect du droit de visite des familles, la fin de la torture et des mauvais traitements pendant l’arrestation, le transport et la détention, la fin de la politique de mise à l’isolement, parfois pour des années, ainsi que la fin de la détention administrative sans accusation pour des périodes de temps indéfinies et enfin le droit à l’éducation.
Le gouvernement israélien avait annoncé qu’il ne négocierait en aucun cas avec les prisonniers palestiniens. Il a tenté de briser la grève par la force, y compris par l’incitation contre les prisonniers et le dirigeant de la grève de la faim, par des mesures punitives, entre autres l’isolement, et par des menaces d’alimentation forcée, considérée comme une forme de torture. La résilience et la détermination épiques des grévistes de la faim et leur refus de mettre fin à la grève en dépit des pressions et des conditions très dures auxquelles ils étaient soumis, a permis que leur volonté triomphe de la volonté de leur geôlier.
Nous tenons à remercier tous ceux et celles qui ont soutenu les prisonniers palestiniens et le peuple palestinien pendant cette importante bataille dans leur longue lutte pour la liberté. Nous remercions tout particulièrement les anciens prisonniers politiques dans le monde, dont ceux d’Afrique du Sud, d’Irlande et d’Argentine, qui ont affirmé une solidarité indéfectible avec les prisonniers palestiniens car ils savent que la lutte des Palestiniens est l’incarnation du combat, dans l’histoire, pour la liberté contre toutes les formes d’oppression. 
Le peuple palestinien est une nation tenue en captivité et les prisonniers palestiniens sont le reflet de cette douloureuse réalité. Leur terrible situation est l’exemple le plus frappant des arrestations arbitraires de masse dans l’histoire contemporaine, avec plus de 800 000 Palestiniens arrêtés depuis 1967, soit l’équivalent de 40 % de la population masculine du territoire occupé. Marwan Barghouthi a déclaré, au premier jour de la grève de la faim ’pour la Dignité et la Liberté’ que “nos chaînes seront brisées avant que nous le soyons car il est dans la nature humaine d’entendre l’appel de la liberté quel qu’en soit le prix”.
La Campagne internationale pour la libération de Marwan Barghouthi et tous les prisonniers palestiniens va poursuivre sans relâche ses efforts jusqu’à ce que les prisonniers palestiniens et le peuple palestinien recouvrent la liberté.
C’est la seule voie vers la justice et la paix.
 
 
 
 
 
 
AFPS du Pays de Morlaix
19, rue Waldeck Rousseau
29600-Morlaix
 
et notre page Facebook : @afpspaysdemorlaix
Grève de la faim des prisonniers politiques palestiniens: une victoire de haute lutte et de grande portée (AFPS, 28 mai 2017)
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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 18:30
Orban, premier ministre hongrois d'extrême-droite

Orban, premier ministre hongrois d'extrême-droite

La Hongrie recrute des chasseurs de migrants

  LE PARISIEN MAGAZINE. En Hongrie, la police recrute des volontaires pour surveiller les frontières. Nous avons rencontré des membres de cette brigade, symptôme de la politique nationaliste du gouvernement de Viktor Orban.

En une minute, il l’a plaqué au sol. Le tibia sur la nuque de son partenaire, il lui écrase le visage sur le tatami. Des chaînes de menottes crissent dans le gymnase de police de la paisible ville de Szeged. Dans ce chef-lieu du sud-est de la Hongrie, 22 futurs « chasseurs frontaliers » suivent, en binômes, un cours d’« autodéfense ». Comprendre : mener à bien une arrestation musclée de migrants. « Chasseurs frontaliers », c’est le nom officiel de ce nouveau corps de police magyar. Le gouvernement a annoncé sa création en août 2016, en pleine campagne du référendum anti-migrants. L’objectif affiché est de recruter 3 000 personnes pour faire face à « la pression de l’immigration clandestine ». Depuis le 2 mai, elles assistent les plus de 10 000 policiers et militaires déjà déployés aux frontières serbe et croate du pays.

Combattre le « poison »

Dans la cour du gymnase, une autre classe passe un examen. Trois rangées d’uniformes bleus défilent. Après six mois d’entraînement – la formation d’un policier en Hongrie dure généralement deux ans –, ces volontaires de 30 ans en moyenne vont patrouiller, armés d’un spray de gaz poivré, d’une matraque et d’un revolver. « Des techniques d’arrestation aux cours de tir, en passant par les règlements de Schengen, on leur enseigne tout pour assurer la défense de la frontière, dans le respect de la loi », affrme Mihaly Varga, lieutenant-colonel chargé du recrutement. Depuis le début de la crise des migrants en 2015, les réformes se sont multipliées. Cette année-là, l’entrée dans le pays sans autorisation est devenue un crime, passible de trois ans de prison. En mars dernier, le Parlement a réintroduit la détention systématique des demandeurs d’asile et approuvé le renvoi en Serbie des non-demandeurs migrants. Un texte qui « viole les obligations de la Hongrie vis-à-vis des lois internationales et de l’Union européenne » selon le HCR, l’agence de l’ONU pour les réfugiés. « Le but, c’est de les maîtriser », dit-on au centre de formation de Szeged – les mots « migrant » ou « réfugié » n’y sont jamais prononcés.

Le service de presse local nous interdit de poser des questions aux élèves sur ce sujet. Lors des prestations de serment des « chasseurs », comme dans ses discours, le Premier ministre, Viktor Orban, nationaliste et populiste, préfère les termes « immigration illégale », « poison » ou « cheval de Troie du terrorisme ». Alexandra, 29 ans, fait partie des 15 % de femmes parmi les 110 admis à Szeged. « J’ai hâte de commencer ! » dit-elle. Ancienne hôtelière, elle ne voit pas de contradiction entre l’accueil des touristes et l’expulsion des migrants : « C’est un boulot garanti et bien payé. » Les élèves sont rémunérés dès le début de leur formation. Au bout de deux mois, la rétribution mensuelle passe de 500 à plus de 700 euros brut, le double du salaire minimum en Hongrie. C’est d’ailleurs le premier argument avancé par les autorités sur les fascicules et affiches destinés à recruter.

Des vidéos de promotion sur Facebook

Depuis huit mois, la police mène une campagne de sensibilisation active : elle édite un magazine avec les témoignages d’un ex-pizzaïolo, d’un concessionnaire ou d’une championne d’arts martiaux devenus « amoureux de l’uniforme », prêts « à défendre le pays » après avoir entendu une annonce à la radio. Des vidéos de promotion, montées comme des bandes-annonces de films d’action, sont diffusées sur Facebook ; des opérations de recrutement sont menées dans des supermarchés, des lycées, sur les places publiques.

Tout est mobilisé pour faire vibrer la corde nationaliste. Ce dimanche 30 avril, à Kelebia, bourgade conservatrice du Sud, l’ambiance est à la fête. Lancers de bottes, courses de brouettes, marmites de goulasch fumant, on rit à gorge déployée sur fond de rock américain des années 1970. Dans un coin, deux policiers tentent d’attirer de nouvelles recrues. Sans succès. Quatre amis regardent les agents s’en aller. « Il n’y a que ça, ici, des policiers ! » dit Tibor (un pseudonyme), 23 ans, en sirotant une bière, main dans la main avec sa copine. De tous les « chasseurs », agents, psychologues et syndiqués de police que nous avons approchés, il est le seul qui ait répondu à toutes nos questions, sans condition. Les autres, de peur de perdre leur emploi, nous ont renvoyés vers l’office de communication de la police nationale – office qui nous a barré la route dès que nous entrions en contact avec des « chasseurs » ou leurs proches en dehors de sa surveillance. « On n’a pas le droit de parler », explique Tibor. Lui aussi dit avoir postulé pour le salaire, sans grande conviction. Sur les migrants, il tient les mêmes propos que Viktor Orban : « On ne doit pas les accueillir. Ils sont incapables de s’intégrer à la culture européenne. Ils sont agressifs. » Sa copine acquiesce : « Depuis qu’il s’est engagé, j’ai peur qu’il se fasse attaquer. »

Plus de 900 millions d’euros investis

Des migrants, ils n’en ont jamais rencontré. Ils citent volontiers les heurts avec les forces de l’ordre au moment où la Hongrie fermait ses portes, en 2015. Ces images, qui ont tourné en boucle à la télévision – contrôlée en partie par le gouvernement –, semblent les avoir convaincus. Un ami de Tibor, Daniel, 25 ans, lève les yeux au ciel. Travailleur saisonnier dans un hôtel en Suisse, il est le seul de la bande à avoir vécu à l’étranger. Le seul, aussi, à critiquer le mur et les « chasseurs ». « Tout cet argent, on aurait dû le consacrer à l’emploi ! » Plus de 900 millions d’euros ont été investis dans les infrastructures, selon le secrétaire d’Etat à l’Intérieur.

Deux jours plus tard, Tibor, Alexandra et 578 autres effectuent leur première patrouille sous un soleil de plomb, aux confins de l’espace Schengen. Sur la plaine d’Alföld se dresse la double clôture d’acier qui sépare la Hongrie de la Serbie. L’hostilité du pays se mesure à l’épaisseur de la frontière érigée en 2015 : 6 mètres de large, 4 mètres de haut et 175 kilomètres de long. Fin avril, le secrétaire d’Etat à l’Intérieur est venu officialiser la fn des travaux du second rideau, équipé de caméras thermiques, de haut-parleurs et de fls de tension. Au bout du mur, entre la Hongrie, la Serbie et la Roumanie, un « chasseur » veille avec deux militaires dans un silence de mort. « On bronze ! » ironise l’un des soldats. Personne en vue. Le pays est en « état d’urgence dû à une immigration massive », décrété il y a deux ans et renouvelé jusqu’en septembre prochain. Début septembre 2015, au plus fort de la crise, ils étaient près de 3 000 par jour à traverser illégalement la frontière, selon le ministère de l’Intérieur. Depuis janvier 2017, ils sont à peine deux par jour.

 

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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 05:30

Stéphanie Latte Abdallah :

"On estime qu’une proportion de 40 % des hommes palestiniens sont passés par les prisons israéliennes depuis 1967. Entre 2006 et 2008, au moment de la répression de la seconde Intifada, environ 8 000 Palestiniens étaient détenus. Les arrestations massives ont repris depuis les épisodes violents de l’automne 2013, puis de « l’Intifada des couteaux », nommé par les Palestiniens le « petit soulèvement (habbeh) », déclenchée en octobre 2015 : selon la police israélienne, 17 396 Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est ont été arrêtés en 2014. Depuis l’occupation de 1967, ce système carcéral, arrimé à la justice militaire et à un système de la preuve ancré sur les aveux, n’a ainsi pas été seulement élaboré comme un mode de sanction pour des délits avérés et prouvés de type sécuritaire. Il est aussi un dispositif central de renseignement et de gestion de l’occupation qui a criminalisé toute activité politique la contestant et tissé ce que je qualifie de véritable toile carcérale sur les territoires palestiniens : réalité et virtualité, cette toile carcérale consiste en un ensemble de dispositions juridiques permettant d’arrêter et d’incriminer un très grand nombre de personnes, hommes et femmes à partir de l’âge de 12 ans."

Stéphanie Latte : « Israël a tissé une toile carcérale sur les territoires palestiniens »
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ROSA MOUSSAOUI
MARDI, 23 MAI, 2017
L'HUMANITÉ
Stéphanie Latte Politiste et historienne, chercheuse au CNRS. Photo : Laurence Fragnol
Stéphanie Latte Politiste et historienne, chercheuse au CNRS. Photo : Laurence Fragnol

Stéphanie Latte est politiste et historienne, chercheuse au CNRS, au Centre de recherches internationales de Sciences-Po. Elle voit dans le système carcéral israélien un dispositif central de renseignement et de gestion de l’occupation.

L’actuelle mobilisation des prisonniers palestiniens en grève de la faim est-elle inédite par son ampleur et sa durée ? 

Stéphanie Latte. Ces dernières années, ce sont surtout de longues grèves individuelles ou de petits groupes (80 personnes en 2016) contestant la détention administrative qui ont été conduites. Celle-ci fait donc partie des grandes grèves de la faim qui ont eu lieu depuis 1967, comme celle de 1992 qui engagea quasiment tous les détenus et l’ensemble des partis et aboutit à l’allongement de la durée de visites familiales de 30 à 45 minutes et à la possibilité d’étudier en prison. Un droit retiré en juin 2011 suite à la décision du Premier ministre israélien de durcir les conditions de détention afin de les rendre plus proches de celles du soldat Gilad Shalit enlevé et détenu par le Hamas à Gaza entre 2006 et octobre 2011, tout comme la possibilité de passer le bac en détention, et de recevoir suffisamment de livres, journaux et vêtements des familles. Ce qui fait partie des revendications de la grève actuelle. Une grève réellement unitaire n’avait pas eu lieu depuis celle de 2004 qui se solda par un échec et eut des conséquences lourdes sur les mobilisations collectives en prison pendant la décennie qui a suivi. Le Mouvement des prisonniers politiques, créé dans les années 1980, a en effet été très affaibli au début des années 2000, malgré la signature du Document des prisonniers en 2006 par l’ensemble des représentants partisans qui appelaient à l’unité face à la scission entre le Hamas et le Fatah. D’une part, en raison de l’absence de transmission générationnelle alors que la plupart des détenus (à l’exception de 350) sont sortis avec le processus de paix. D’autre part et surtout car avec la reprise des incarcérations massives au moment de la seconde Intifada (2000-2004) un nouveau management carcéral qui a fortement individualisé la vie en détention a été mis en place par l’administration pénitentiaire. Il a séparé et isolé les détenus en quartiers en fonction de leurs appartenances partisanes mais aussi de leurs lieux de résidence et de leurs liens familiaux : les résidents des villes ont été séparés de ceux de camps et des villages ; ceux originaires de Ramallah ont été distingués de ceux venus de Naplouse ou de Jénine. Un système de promotion matérielle et individuelle a été installé, et la représentation politique collective des prisonniers politiques a également été mise à mal par une politique de transferts. Le Mouvement des prisonniers a refait surface lors de la grève de la faim d’avril-mai 2012 lancée par le Hamas dont certaines revendications étaient similaires à celles encore portées à présent : arrêt des mises à l’isolement prolongé, fin de la politique de la détention administrative. Si 20% seulement des membres du Fatah l’avaient alors suivie et aucun de ses leaders, elle attestait déjà d’un regain de cohésion nationale par-delà les murs. Le mouvement actuel, réellement unitaire, est porté par des leaders charismatiques de tous les partis : Marwan Barghouti, Ahmed Saadat, secrétaire général du Front Populaire de Libération de la Palestine, Abbas Sayyed, membre du bureau politique du Hamas, Zaid Bseiso du Djihad islamique, Wajdi Jawdat du Front Démocratique de Libération de la Palestine et Bassam Kandakji du Parti du peuple. Il signe le retour sur la scène politique du Mouvement des prisonniers.

Comment les formes d'expression politique des militants palestiniens incarcérés s'articulent-elles aux mobilisations à l'extérieur ? Comment s'inscrivent-ils dans le champ politique palestinien ?

Stéphanie Latte. Ce mouvement est massivement soutenu et fortement relayé dehors par tous les partis et par l’ensemble des forces de la société civile : BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions), les comités de résistance populaire, le Conseil des organisations palestiniennes des droits humains, la Commission contre le mur et les colonies, le Haut comité de suivi pour les citoyens arabes d'Israël, etc. Il renforce et catalyse ainsi un front d’opposition large à la politique de l’Autorité palestinienne, qui divise de plus en plus le Fatah. Il intervient dans un contexte politique qui a vu s’accroître l’opposition de la société palestinienne et d’une part grandissante des cadres du Fatah et de la jeunesse du Parti à sa politique de répression des opposants, des mobilisations pacifiques et de la résistance, et à sa coopération sécuritaire avec Israël, maintenue pendant la grève, ce qui accroît les tensions avec la population, le leadership de la grève et ses soutiens dehors. Les communiqués du Mouvement des prisonniers associent de façon systématique la cause des détenus au boycott des produits israéliens, alors que l’Autorité palestinienne se borne à endosser le boycott des produits des colonies. Fervents défenseurs d’une ligne arafatiste, ils sont de plus en plus nombreux au sein du Fatah à afficher frontalement leur désaccord. Si nombre de cadres des partis traditionnels ont longtemps minoré l’impact des mobilisations de la société civile et de la jeunesse, ils ont maintenant pris acte de la nécessité de fédérer les fronts militants.

Quel est le rôle de Marwan Barghouti dans ce mouvement de protestation ?

Stéphanie Latte. Marwan Barghouti est une figure politique consensuelle et populaire au sein de la société palestinienne, donné vainqueur d’une prochaine élection présidentielle. Il est un symbole qui permet de fédérer le mouvement en prison et dehors. Représentant de la branche résistante du Fatah et ardent partisan de l’unité palestinienne, il est apprécié par l’ensemble des partis y compris le Hamas qui s’est engagé à le faire libérer lors d’un futur échange de prisonniers. Par ailleurs, il défend l’idée d’un vaste mouvement de résistance populaire pacifique et de désobéissance civile. Il est pour une solution à deux Etats dans le respect du droit international et contre les attaques visant des civils israéliens, et appelle au boycott économique et diplomatique d’Israël. Les prisonniers représentent à présent la seule ressource militante partagée à même de rallier le plus grand nombre, et c’est maintenant le leadership de l’intérieur des prisons qui, parce qu’il dépasse les conflits partisans dehors, est plébiscité par les partis, et de nombreux militants du Fatah, ainsi que par la société civile et les initiatives de jeunesse, inversant ainsi le rapport de force entre l’intérieur et l’extérieur des prisons.

Quelle place l'expérience carcérale tient-elle dans les biographies des militants palestiniens ?

Stéphanie Latte. Elle est centrale alors que les taux d’incarcération sont très élevés. En 1989, le taux d’incarcération était de 750 prisonniers pour 100 000 personnes (1), soit le plus haut au monde, et on estime qu’une proportion de 40 % des hommes palestiniens sont passés par les prisons israéliennes depuis 1967. Entre 2006 et 2008, au moment de la répression de la seconde Intifada, environ 8 000 Palestiniens étaient détenus (2). Les arrestations massives ont repris depuis les épisodes violents de l’automne 2013, puis de « l’Intifada des couteaux », nommé par les Palestiniens le « petit soulèvement (habbeh) », déclenchée en octobre 2015 : selon la police israélienne, 17 396 Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est ont été arrêtés en 2014. Depuis l’occupation de 1967, ce système carcéral, arrimé à la justice militaire et à un système de la preuve ancré sur les aveux, n’a ainsi pas été seulement élaboré comme un mode de sanction pour des délits avérés et prouvés de type sécuritaire. Il est aussi un dispositif central de renseignement et de gestion de l’occupation qui a criminalisé toute activité politique la contestant et tissé ce que je qualifie de véritable toile carcérale sur les territoires palestiniens : réalité et virtualité, cette toile carcérale consiste en un ensemble de dispositions juridiques permettant d’arrêter et d’incriminer un très grand nombre de personnes, hommes et femmes à partir de l’âge de 12 ans (3). Depuis quelques années, outre les membres du Hamas et du FPLP, les militants pacifiques engagés dans la résistance populaire dans les villages s’opposant au tracé du Mur et aux prédations territoriales des colons (Nai’lin, Bei’lin, Nabi Saleh, etc.) sont très fréquemment inculpés. En 2013 et 2014, selon l’ONG israélienne Court Watch, les comparutions les plus nombreuses devant les cours militaires ont été celles de très jeunes hommes – dont de nombreux mineurs – pour jets de pierres et celles d’hommes entrant en Israël sans permis. D’autres formes d’engagement et d’expression ont été récemment visés avec la multiplication des incriminations pour activités ou incitations sur les réseaux sociaux, l’arrestation de journalistes, de militants et de figures locales du mouvement BDS dont Omar al-Barghouti, l’un de ses fondateurs, au mois de mars 2017.

Comment l'information, les mots d'ordre circulent-ils en prison ? Comment s'élaborent les stratégies de mobilisation ?

Stéphanie Latte. Toute une série de moyens de communication existent entre les prisons, et vers l’extérieur. L’information a beaucoup circulé par le biais de tout petits contenants, les « cabsuleh », qui étaient ingérées. C’est moins le cas à présent alors que des téléphones portables ont commencé à entrer en fraude au début des années 2000, bien qu’ils soient peu nombreux à présent car régulièrement saisis par l’administration. C’est aussi par le biais des visites familiales, celles des avocats, au moment des transferts et lors des audiences au tribunal, et des multiples entrées et sorties que circulent les nouvelles et mots d’ordre. Quand une grève est décidée, un comité spécifique réunissant les leaders de la grève est désigné pour être l’interlocuteur de l’administration pénitentiaire (Shabas) pour les négociations.

Chez les plus jeunes emprisonnés pour des faits mineurs, la prison constitue-t-elle une expérience de politisation ? 

Stéphanie Latte. Oui, elle le reste même si l’expérience carcérale a été ces dernières années moins structurante que dans les années pré-Oslo, et si des activités individuelles (sport, TV, lectures de pure détente) ont pour partie remplacé la vie collective. La prison joue ainsi un rôle d’« université palestinienne », un lieu clé d’apprentissage militant et de formation où des cours et débats sont dispensés par les différents partis ou par des figures intellectuelles ou politiques. Les prisonniers sont en effet réunis en fonction de leur appartenance partisane, et s’ils en sont dépourvus, comme c’est le cas pour nombre de jeunes entrés en prison depuis 2013 alors que les mobilisations et actions violentes ont été le fait de jeunes non affiliés, ils vont en général dans la section Fatah, considérée comme « l’organisation mère ». Par ailleurs, les élections internes qui désignent la représentation politique et administrative des détenus, chargée des interactions avec le Shabas, et de l’organisation de la vie en détention, participent de cette socialisation politique.

Comment les femmes prisonnières s'inscrivent-elles dans ces mobilisations ?

Stéphanie Latte. Les femmes, peu nombreuses (61 détenues au 1eravril), ont toujours été plus isolées des canaux de communication. Dans le passé, elles ont conduit de longues grèves de la faim et se sont opposées à l’administration pénitentiaire pour obtenir un certain nombre de droits mais elles l’ont souvent fait de manière autonome (4). Leur mobilisation dépend aussi de la présence de figures militantes en détention à même de fédérer un mouvement. Lina Jarbouni qui représentait les détenues depuis de longues années et a été incarcérée pendant 15 ans a été libérée le 16 avril. Khaleda Jarrar, députée du FPLP, est sortie en juin 2016 après 15 mois de détention. Les femmes détenues ont fait des déclarations de soutien et annoncé une grève symbolique mais elles ne me semblent pas pleinement associées au mouvement.

De quelle façon les autorités israéliennes, qui contreviennent au droit humanitaire international, réagissent-elles à ces mobilisations collectives ?

Stéphanie Latte. Pour l’instant elles refusent toujours de négocier sérieusement avec le leadership de la grève. Elles ont tenté de casser le mouvement en isolant ses leaders et en transférant fréquemment les grévistes, en brisant les canaux de communication (interdiction des visites familiales et quasi-absence de visites des avocats), en adoptant une politique répressive (confiscation du sel, fouilles perpétuelles, harcèlement, etc.), en tentant de  discréditer la grève par la diffusion de fausses informations (comme le montage vidéo montrant Marwan Barghouti en train de manger) ou des rumeurs d’accords. Des négociations parallèles avec certaines figures, en excluant d’autres, notamment Barghouti, ont été tentées ; des rencontres avec des acteurs politiques censés pouvoir faire pression sur une partie du leadership ou des grévistes, tels que des responsables de services de sécurité de l’Autorité palestinienne ont également fait partie des stratégies.

  1. Human Rights Watch, Annual Report, 1991.
  2. http://www.btselem.org.
  3. Voir Stéphanie Latte Abdallah, « Déni de frontières. Toile carcérale et management des prisonniers politiques palestiniens après Oslo (1993-2010) », in Stéphanie Latte Abdallah, Cédric Parizot (dir.), À l’ombre du Mur. Israéliens et Palestiniens entre occupation et séparation, Arles, Actes Sud, 2011, p. 73-101.
  4. Voir Stéphanie Latte Abdallah, « Des féminités mobilisées et incarcérées en Palestine », Critique Internationale, 2013/3 n° 60, p. 53-69.
Journaliste à la rubrique Monde
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