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26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 05:17
Droits humains. Colombie, rouge du sang des acteurs sociaux
Jeudi, 25 Juillet, 2019

Depuis les accords de paix de 2016, on compte 482 assassinats politiques. Des ONG parlent de 700 victimes. Journée de mobilisation, le 26 juillet.

 

Ces cris d’effroi ont noué les tripes. On y entend la peur, le désespoir et la tristesse d’un garçon de 9 ans qui vient d’assister à l’assassinat de sa mère. Ce matin du 21 juin, Maria del Pilar Hurtado Montano s’apprête à quitter le domicile familial situé dans la municipalité de Tierralta, dans le sud du département de Cordoba. Deux sicaires à moto se plantent alors devant elle. Après deux détonations, la femme de 34 ans s’écroule à terre. Le gamin, lui, explose de douleur. La vidéo où on le voit gémir a fait l’effet d’un uppercut. Le crime a été qualifié d’« odieux » par Ivan Duque, le chef de l’État de droite extrême, tandis que des membres de son gouvernement cherchaient à en réduire la portée politique. Aussitôt, le mouvement Défendons la paix a appelé à la tenue de marches « pour la vie », le 26 juillet (1).

la toute-puissance des paramilitaires

L’homicide de Maria del Pilar a profondément choqué ses voisins qui connaissaient bien cette mère de famille de quatre enfants. Elle était arrivée sur ces terres du nord-ouest du pays, il y a quatre ans, fuyant le département du Cauca où l’on enregistre encore aujourd’hui le taux le plus effrayant de meurtres politiques, en dépit de la signature des accords de paix, en 2016, entre l’ancienne guérilla des Farc-EP et l’État présidé alors par Juan Manuel Santos. À Tierralta, elle s’était impliquée dans la récupération de terres afin d’y faire construire des habitations pour les trop nombreux déshérités de cette région. Elle n’était pas syndicaliste, ni militante d’un parti politique ; c’était une leader communautaire, comme l’on dit en Colombie. Son engagement lui avait valu des menaces de mort de la part des Autodefensas Gaitanistas de Colombie, connues également comme Clan du golfe, un groupe armé qui tient la ville entre ses mains et contrôle jusqu’au moindre détail de la vie de ses 100 000 habitants. Ces paramilitaires, comme les autres qui sévissent ailleurs, vivent du commerce de la drogue et des trafics en tout genre, du racket de la population… Dans cette zone où les forces publiques ne maîtrisent rien, les « paracos » font la pluie et le beau temps au détriment des droits les plus élémentaires.

Depuis la mort de Maria del Pilar, Défendons la paix dénonce les décès de dix autres responsables sociaux – politiques, syndicalistes, paysans, Indiens, environnementalistes, défenseurs des droits humains –, du fait de leurs activités. « Les assassinats de ces dix leaders sociaux constituent dix raisons supplémentaires pour sortir dans les rues et les places publiques (…) pour la vie de ceux qui défendent la vie et la paix dans les territoires », déclare cette ONG. Les voyants sont au noir. Entre janvier 2016 et mai 2019, la Defensoria del Pueblo – une institution gouvernementale chargée de la protection des droits civils – a recensé 482 assassinats. Pas moins de 982 leaders sociaux ont été la cible de menaces entre avril 2018 et avril 2019. L’ONG Indepaz estime, quant à elle, que les victimes s’élèvent à plus de 700. « La persistance des violences armées est étroitement liée à la stigmatisation et aux discours de haine contre une vraie paix, sans impunité et comportant des alternatives aux modèles violents d’accumulation de richesses. Elle est également liée à la lenteur des réponses de l’État dans les territoires directement visés par des groupes armés irréguliers, là où les Farc-EP détenaient une grande influence et où l’appareil militaire a cessé d’être présent en raison de la démobilisation. Dans ces territoires, beaucoup de groupes d’intérêts ont renforcé leurs actions pour défendre leur position et des avantages dans une réorganisation des dynamiques d’accumulation des richesses et de la reproduction du pouvoir », analyse Camilo Gonzalez Posso, le directeur d’Indepaz, dans un document rendu public le 10 juillet, à l’occasion de la visite d’une délégation onusienne chargée de vérifier la mise en œuvre des accords de paix.

Derrière la guerre des chiffres, la guerre sale...

Depuis, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont fait part de « leur sérieuse préoccupation quant aux assassinats persistants de leaders sociaux et communautaires, ainsi que des ex-membres des Farc-EP », qui s’élèvent désormais à plus de 140, leurs anciens responsables désormais reconvertis à la vie politique parlant même d’un plan d’extermination. Au terme des rencontres sur le terrain, la délégation a certes reconnu « les efforts du gouvernement pour aborder ce problème », avec la mise en place d’un « plan de protection » de ces acteurs, mais elle insiste sur « la nécessité que les mesures se traduisent par des résultats concrets pour prévenir les attaques et traduire les responsables en justice ».

Dans un récent entretien accordé à El Espectador, le président Ivan Duque faisait, lui, valoir un bilan positif de son programme, revendiquant une réduction de 30 % des assassinats des acteurs sociaux durant les six premiers mois de l’année. Il s’agit là d’un « mirage », a rétorqué sèchement Human Rights Watch. L’ONG rappelle que les autorités ne comptabilisent pas l’ensemble des cas d’homicides politiques tant qu’ils font l’objet d’une enquête des Nations unies. Une guerre des chiffres pour ne pas évoquer la guerre sale et ses raisons.

(1) Des rassemblements sont également prévus en France : à Paris, parvis du Trocadéro, à 18 h 30, ainsi qu’à Lyon, place Bellecour, à la même heure.
Cathy Dos Santos
Droits humains. Colombie, rouge du sang des acteurs sociaux - Cathy Dos Santos, jeudi 25 juillet - L'Humanité
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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 13:25
En Irlande du Nord, l’inquiétude accompagne le tracé de la future frontière européenne (Audrey Parmentier, Médiapart, 24 juillet 2019)
En Irlande du Nord, l’inquiétude accompagne le tracé de la future frontière européenne
Par Audrey Parmentier

En cas de Brexit, leur destin au sein de l’Union européenne prendra fin et ces villes resteront à seulement quelques mètres de la forteresse bruxelloise. Un coup dur pour les frontaliers. Balade nord-irlandaise à Newry, Belcoo et Strabane. 

Newry, Belcoo et Strabane (Irlande du Nord), envoyée spéciale.–  « Je veux mourir européen. Voilà ce que j’ai répondu à ma femme lorsqu’elle m’a demandé pourquoi je voulais un passeport irlandais. » Donal O’Donnell est un ancien journaliste nord-irlandais. Il sillonne le marché de Newry, petite ville de 27 000 habitants à cheval sur la frontière avec l’Eire. Lorsqu’il évoque le Brexit, le regard du petit homme chauve s’allume. « C’est un véritable bordel au Parlement, je n’ai jamais vu ça ! »

Donal O’Donnell raconte avoir couvert les remous de la politique nord-irlandaise « pendant plus de 30 ans ». À cette époque, le conflit – les Troubles (1968-1998) – entache la province britannique. Durant cette guerre civile, les protestants unionistes attachés à la couronne britannique étaient opposés aux nationalistes républicains en faveur d’une réunification des deux Irlandes. « Les Anglais penseront toujours qu’ils sont au sommet de tout le monde. Ils se sentent même au-dessus des Français », s’exclame Donal O’Donnell avant de trancher : « Aujourd’hui, il faut combattre le nationalisme anglais. »

Le journaliste à la retraite critique vivement le Parti unioniste nord-irlandais (DUP). Cette formation très conservatrice s’est positionnée il y a maintenant trois ans en faveur d’une sortie de l’Union européenne (UE). Devenu un allié du gouvernement minoritaire, le DUP est la clé de voûte des négociations sur le Brexit. Lors des trois votes sur l’accord négocié par la première ministre britannique Theresa May, le parti unioniste s’est distingué par son refus du backstop – filet de sécurité qui permettrait à l’Irlande du Nord de rester dans le marché unique européen en cas de Brexit.

 

« Le DUP ne prend pas en compte le souhait des Nord-Irlandais. La population a voté pour rester dans l’Union européenne », déplore Donal O’Donnell. Mais le DUP est le seul parti nord-irlandais à se faire entendre à Westminster. De l’autre côté de l’échiquier politique, l’historique Sinn Fein, nationaliste et républicain, favorable à la réunification des deux Irlandes, refuse de siéger au Parlement. « Il n’y a personne pour se lever et défendre notre cause », proteste l’ex-reporter avant de s’arrêter devant l’un des maraîchers. « Vous ne pourrez pas parler à un homme plus raisonnable », s’arrête-t-il en pointant du doigt John Bradley.

Cet ancien professeur des écoles, sexagénaire, tient depuis une vingtaine d’années un stand d’antiquaire au marché de Newry. Anciennes revues, médaillons et bibelots sont disposés sur une table en bois dépliée devant lui. « Je pense que l’Union européenne devrait dire au DUP de dégager », fustige John Bradley, qui quitte son stand quelques instants pour exprimer ses craintes : « Le retour d’une frontière dure serait un pas en arrière. J’ai peur de ce qu’il peut se passer en cas de Brexit. » Et il n’est pas le seul.

Financée par l’Union européenne, l’organisation Action Mental Health suit de près les avancées du Brexit. Situé à quelques mètres du marché, cet organisme accompagne les personnes atteintes de troubles mentaux. Dirigé par Brian Huge, le centre accueille actuellement 145 personnes. « La moitié de nos financements provient de l’Union européenne », déclare le directeur. En cas de Brexit, l’organisation perdra ces fonds européens. « Cependant, le gouvernement britannique a promis de débloquer de l’argent d’ici 2020-2022 », rassure Brian Huge. Mais cela n’empêche pas les patients du centre d’être très inquiets, à l’instar de Dell Rogers : « Où allons-nous aller si le centre vient à fermer ? »

À une dizaine de kilomètres de Newry, les pêcheurs de moules de Warrenpoint, deuxième port de l’Irlande du Nord, voyagent eux aussi en eaux troubles. Hank Waverton, un marin hollandais, fume une cigarette à l’entrée d’un pub. « Ici, il n’y a que des pêcheurs de moules. Mais la plupart des compagnies sont irlandaises ou hollandaises. Je crois que 95 % des revenus de la pêche sont reversés aux entreprises hollandaises », explique-t-il en regardant le port.

Hank Waverton témoigne des changements apportés par le Brexit. « Depuis quelque temps, la frontière est plus surveillée. Il y a deux mois, un bateau de Kilkeel, premier port d’Irlande du Nord, a été attrapé par la marine irlandaise », raconte le Hollandais. Les contrôles à répétition des deux côtés de la frontière font fuir les pêcheurs irlandais, « qui ne se rendent plus en Irlande du Nord ». Hank Waverton prend pour exemple ce qui est arrivé à l’un de ses amis : « Il avait amarré son bateau au port alors qu’il n’était pas référencé. Ça lui a coûté plus de 15 000 euros ! » Il marque une pause pour jeter son mégot : « Malheureusement, personne ne sait où se trouve la frontière. »

À l’instar des pêcheurs, les agriculteurs seront en première ligne en cas de Brexit dur. John Sheridan en est conscient. Ce fermier nord-irlandais habite à Belcoo, un petit village frontalier niché dans le comté de Fermanagh, au nord-ouest de Newry. Ce comté nord-irlandais dépend économiquement du tourisme et de l’agriculture. Depuis trois ans, cet éleveur de moutons avoue avoir gelé tout investissement pour faire face à l’incertitude liée au Brexit.

« On ne mord pas la main qui nous a nourris »

« Pour vendre de la viande, nous avons besoin d’une vingtaine de marchés pour une seule carcasse. Et ces vingt marchés n’existent pas au Royaume-Uni », se plaint John Sheridan. Il estime qu’en cas de no deal « ses moutons pourraient être taxés à 75 % ». Au volant de sa Jeep, cet éleveur de moutons roule sur les sentiers escarpés. « On traverse la frontière au niveau du pont entre Belcoo et Blacklion, en République d’Irlande. Quand j’étais enfant, les forces britanniques étaient postées au niveau de la frontière », raconte le fermier de 56 ans, sans quitter la route des yeux. Né au début des années 1960, John Sheridan a connu les Troubles, dont il garde un souvenir impérissable. « Dès qu’on voyait une boîte en carton sur la route, on se demandait s’il s’agissait d’un colis piégé », se remérore le fermier protestant.

En 1998, l’accord du Vendredi saint met fin à une guerre qui aura marqué l’Irlande du Nord pendant trente ans. « C’est un accord fantastique, très rare et unique. J’espère qu’il va continuer à nous protéger », confie John Sheridan, qui remercie l’Union européenne pour avoir facilité le processus de paix. « Bruxelles a injecté plus de 7 milliards de livres entre 2007 et 2020. C’est en partie grâce à Michel Barnier – à l’époque ministre délégué aux affaires européennes – si tout cet argent a été débloqué. On ne mord pas la main qui nous a nourris. » L’éleveur confie que sa ferme a été financée par l’Union européenne. « Je me considère comme un bébé européen », dit-il en souriant.

Un peu plus loin, il y a la bourgade de Ballyshannon, de l’autre côté de la frontière, en République d’Irlande. C’est là que vit Patrick Rooney, éleveur de moutons et de vaches laitières. « Je ne suis pas d’accord avec tout ce que l’UE a fait mais je pense que Bruxelles a coopéré correctement avec l’Irlande », estime-t-il. Le fermier irlandais craint l’arrivée sur le marché britannique des bœufs sud-américains. « Ce sont des produits inférieurs aux nôtres et dotés d’une moins bonne traçabilité », maugrée-t-il.

« En Irlande, nous avons des produits uniques et si le Royaume-Uni impose des tarifs à hauteur de 15 à 30 %, alors cela devrait détruire l’agriculture irlandaise », prédit Patrick Rooney, qui se revendique comme « européen mais irlandais dans le sang ». Lui aussi traverse régulièrement la frontière. Pour l’éleveur, son contrôle total serait impossible sans fermer les routes secondaires. « Nous allons devenir le seul pays européen qui partage une frontière terrestre avec le Royaume-Uni », continue-t-il.

Une frontière qui pourrait de nouveau séparer les villes de Strabane et Lifford. La première est nord-irlandaise et la seconde appartient à la République d’Irlande. Aujourd’hui, les voitures circulent librement entre les deux villages frontaliers. Certaines se garent au supermarché Asda implanté à Strabane. L’enseigne accueille 40 % d’Irlandais parmi sa clientèle. « S’il venait à y avoir une frontière européenne, ça nous affecterait directement, car les clients auront besoin de leur passeport pour venir faire leurs courses », explique l’une des gérantes du magasin, qui tient à rester anonyme.

Si une frontière européenne venait entraver les échanges entre Lifford et Strabane, le supermarché s’en trouverait affaibli. En effet, une partie des produits vendus dans le magasin viennent de l’Union européenne. Le retour à une frontière dure inquiète un certain nombre de commerçants à Strabane. Cette ville de 18 000 habitants est la deuxième du comté de Tyrone, après la cité d’Omagh. À Strabane, les rues du centre-ville sont bordées d’affiches électorales à l’effigie du Sinn Fein.

Le centre-ville se concentre autour de deux ou trois rues principales. Dans l’une d’elles, à l’entrée d’un magasin d’électroménager, un vendeur éclate de rire quand on lui parle du Brexit : « Ça n’arrivera pas, c’est impossible ! » Il part à la recherche du propriétaire de l’échoppe, Conor Devan. La trentaine passée, le directeur raconte l’impact du retour d’une frontière dure. « On livre beaucoup d’électroménager de l’autre côté. Avec le Brexit, on risque de connaître des difficultés en termes d’assurances. »

Mais comment se préparer au pire ? C’est la question à laquelle ne peut pas répondre Conor Doherty, le fils d’une fleuriste, à quelques pas du magasin d’électroménager. « C’est dur de se préparer car il y a trop d’incertitudes, du moins jusqu’à ce qu’une décision soit prise », explique le jeune Nord-Irlandais de 24 ans. Il reprend : « Le débat à Westminster est une vaste blague. Personne ne sait ce qu’il veut », poursuit-il.

À l’instar de Conor Devan, le fils de la fleuriste craint pour le commerce de sa mère, dont une partie se trouve en Irlande. « Nous livrons des bouquets dans le comté de Donegal [dans le nord de la République d’Irlande – ndlr] et une grande partie de nos fleurs viennent des Pays-Bas », explique le jeune homme. Il réajuste ses lunettes et reprend : « Déjà qu’on lutte contre les supermarchés qui proposent des fleurs à des prix très bas, alors le Brexit ne risque pas d’arranger les choses. »

Comme beaucoup de villages frontaliers, la ville de Strabane a voté massivement pour rester dans l’UE. Le 30 mars dernier, une centaine de personnes ont marché jusqu’à la frontière pour protester contre le Brexit. Conor Doherty aurait aimé faire partie du cortège « mais [il avait] un empêchement ». Né après les Troubles, le jeune homme avoue vouloir vivre dans l’unité. « J’ai grandi après la guerre civile et cela a affecté ma vision des choses, dit-il. Dans ma tête, je suis irlandais. Et davantage européen que britannique. »

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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 06:21
Territoires palestiniens. Bulldozers israéliens contre droit des Palestiniens (Pierre Barbancey, L'Humanité, 25 juillet 2019)
Territoires palestiniens. Bulldozers israéliens contre droit des Palestiniens
Mercredi, 24 Juillet, 2019

Israël a détruit, lundi, des logements jugés illégaux au sud de Jérusalem, alors qu’ils sont sous l’administration de l’Autorité palestinienne. La communauté internationale condamne, mais n’agit pas.

 

Depuis lundi, les autorités israéliennes procèdent à la démolition de plusieurs immeubles à Wadi Houmous dans le village de Sur Baher, quartier résidentiel à cheval entre Jérusalem-Est et la Cisjordanie, territoires palestiniens occupés depuis 1967. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), 10 bâtiments, dont la plupart sont encore en construction, sont concernés par l’opération israélienne de démolition. Un immeuble inachevé de huit étages a été partiellement détruit à l’explosif. Environ 350 personnes sont impactées et 17 autres seront déplacées, toujours selon l’Ocha. « Je veux mourir ici ! » criait un homme, après avoir été évacué de force.

A priori, malheureusement, rien de très nouveau, puisque, dans le cadre de sa politique de judaïsation de Jérusalem, Israël installe de force des colons dans la partie orientale, notamment dans les quartiers de Silwan et de Cheikh Jara’h, et refuse tout permis de construire aux familles palestiniennes, forcées de détruire elles-mêmes leurs maisons sous peine de devoir payer en plus l’utilisation des bulldozers par l’occupant.

Une opération « destinée à couper Jérusalem de Bethléem »

Ce qui se passe à Sur Baher est pourtant encore plus grave. Wadi Houmous a une situation administrative particulière : il se trouve à la fois dans les zones A, B, sous contrôle civil de l’Autorité palestinienne, et C, sous contrôle israélien comme défini par les accords d’Oslo. De plus, bien que considéré comme appartenant à la Cisjordanie, il se trouve du « bon » côté du mur de séparation construit par les Israéliens, c’est-à-dire que les habitants peuvent se rendre sans entrave à Jérusalem même. Ce que les Palestiniens considèrent comme un « mur de l’apartheid », constitué de barbelés, de clôtures électroniques et de blocs de béton atteignant jusqu’à neuf mètres de haut, est jugé illégal par la Cour internationale de justice et doit s’étendre sur 712 kilomètres. Son tracé se trouve à 85 % en Cisjordanie occupée et isole 9,4 % du territoire palestinien, selon les cartes de l’ONU.

Israël affirme maintenant que les immeubles visés ont été construits trop près du mur (sic). Les Palestiniens accusent de leur côté Tel-Aviv d’utiliser la sécurité comme prétexte pour les contraindre à abandonner la zone, ce qui semble totalement en adéquation avec les plans ­israéliens d’expulsion, voire de nettoyage ethnique dans le cadre d’une reconfiguration de la Cisjordanie (notamment l’annexion de la zone C) et de Jérusalem-Est. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a condamné ces démolitions comme « une dangereuse escalade contre le peuple palestinien sans défense ». Pour sa part, le ministre palestinien chargé de la surveillance des colonies israéliennes, Walid Assaf, dénonce une opération « destinée à couper Jérusalem de Bethléem », dans le sud de la Cisjordanie.

Une vingtaine de diplomates, pour la plupart de pays européens, se sont bien rendus, le 16 juillet, dans le quartier touché, où des responsables palestiniens les avaient appelés à empêcher Israël de démolir ces habitations. Mais, visiblement, Benyamin Netanyahou et son gouvernement considèrent que les lois internationales n’existent que pour les autres pays (notamment l’Iran), tout comme les mesures coercitives. La question se pose pourtant avec acuité. À quoi sert, pour l’ONU, de déclarer que « la politique d’Israël de détruire une propriété palestinienne n’est pas compatible avec ses obligations au regard du droit humanitaire international », si rien n’est fait pour l’y contraindre ? Que vaut l’injonction de l’Union européenne à Israël d’« arrêter immédiatement les démolitions en cours », estimant que la politique israélienne « affaiblit la viabilité de la solution à deux États et les perspectives d’une paix durable », si elle ne se donne pas les moyens de faire cesser ce déni du droit du peuple palestinien ? Que vaut l’action de la France qui « condamne » ces démolitions, quand Emmanuel Macron reçoit en grande pompe Benyamin Netanyahou, et Anne Hidalgo, le maire israélien de la Jérusalem occupée ? Seuls des actes forts, politiques et économiques, comme la suspension de l’accord UE-Israël ou le développement de la campagne BDS, seront à même de faire plier le gouvernement israélien.

Pierre Barbancey
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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 07:26
Disparition. Johnny Clegg, guerrier pacifiste du combat anti-apartheid
Jeudi, 18 Juillet, 2019 -L'Humanité

Un riche legs musical et un engagement exemplaire. L’artiste activiste sud-africain est mort mardi à l’âge de 66 ans. Il nous laisse des souvenirs émouvants, comme ses concerts à la Fête de l’Humanité.

En 1990, la Fête de l’Humanité célébrait la libération de Nelson Mandela. En ce samedi soir du 15 septembre, la Grande Scène battait un de ses records. Nous étions au moins 100 000 mélomanes citoyens à écouter Johnny Clegg et son groupe Savuka (dont le nom signifie « Nous nous sommes réveillés », en zoulou)   Je me souviens de la clameur qui s’est élevée de la mer humaine, pour saluer l’arrivée, sur le plateau, du chanteur et de ses musiciens sud-africains. Frissons… Je me souviens de l’océan de briquets qui se sont allumés, quand ont retenti les premières notes de l’hymne Asimbonanga (« Nous ne l’avons pas vu »), que le leader avait dédié à Mandela, maintenu par le pouvoir dans ses geôles depuis 1962. Je me souviens que, lorsque Johnny a entonné le couplet en l’honneur de Nelson Mandela, Steve Biko et Victoria Mxenge, le peuple de la Fête de l’Humanité s’est transformé en gigantesque chœur. Certains et certaines d’entre nous, le poing levé, versaient des larmes d’émotion…

Le spectacle splendide de ce groupe, qui, sans peur et sans reproche, bravait la ségrégation raciale, entrait en résonance avec l’espoir porté par la libération de Mandela survenue en février 1990. Mais nous avions conscience que, pour le moment, n’était coupée qu’une seule tête de l’hydre apartheid. « Il ne faut pas encore interrompre les sanctions économiques, s’était exclamé le lucide Johnny Clegg, dans les coulisses. La lutte est loin d’être terminée. Il faudra énormément de temps pour réparer, ne serait-ce que partiellement, les ravages dus au racisme institutionnalisé en 1948 et la misère dans laquelle a été emmurée tout particulièrement la population noire. »

Le 16 juillet 2019, l’ancien professeur d’anthropologie à l’université à Johannesburg, devenu artiste activiste, est décédé d’un cancer à l’âge de 66 ans, à Johannesburg. Il est mort comme il a vécu : avec la lucidité, la simplicité et la générosité chevillées à l’âme. Nous adressons nos sincères condoléances à sa famille et à son équipe, en particulier à son manager français, Claude Six. « Je garderai de lui le souvenir d’un homme brillant, généreux, fidèle à son idéal de justice, mais aucunement naïf, Johnny avait un regard acéré sur le monde, nous souffle Claude Six, chamboulé, qui travaillait avec le regretté musicien depuis 1986. Il a été enterré hier, à Johannesburg, près de sa maman ». 1986, année où nous l’avons découvert en France, à Musiques métisses d’Angoulême, grâce au directeur du festival, Christian Mousset, qui l’avait programmé… Foudroyante a été la révélation de cet artiste révolutionnaire, dont la musique multicolore traversait les murailles de l’apartheid et qui, avec le danseur et percussionniste Dudu Zulu, faisaient la nique à l’apartheid au gré d’ancestrales danses guerrières zouloues. Dudu Zulu paiera de sa vie les spasmes du système, il sera assassiné le 4 mai 1992.

« Il a joué un rôle important pour la démocratie en Afrique »

Dans la musique de Savuka s’embrassaient rythmes africains, guitares rock, claviers électriques et, à la manière d’un pont entre toutes ces cultures, un accordéon puisant aux traditions sud-africaines et occidentales. Clegg s’était initié à la langue et aux rythmes zoulous auprès de Sipho Mchunu. En 1976, année des émeutes de Soweto, Clegg monte, à 23 ans, la formation Juluka (« sueur », en zoulou). Mais Sipho ayant décidé de retourner vivre au village, Johnny lance Savuka. La suite, on la connaît. En 1987, Asimbonanga offre à Clegg une gloire planétaire.

Dans notre édition du 13 septembre 1994, Patrick Apel-Muller et Zoé Lin écrivaient, après le second concert de Johnny Clegg à la Fête de l’Humanité, qui saluait l’élection de Mandela à la présidence de la République : « Ce devait être un concert, ce fut un hymne à la joie, à la liberté recouvrée, pour fêter en musique la nouvelle Afrique du Sud ». Pour Angélique Kidjo, qui a participé au dernier disque de Johnny Clegg, King of Time (2018), il n’y a aucun doute. « Johnny a joué un rôle important dans l’histoire de la musique, mais aussi pour la démocratie en Afrique. Ce qui me touchait, chez lui, c’était son authenticité. Un homme parmi les plus sincères que j’ai jamais rencontrés. »

Fara C.

King of Time, ultime album du Zoulou blanc

Se sachant condamné par le cancer, Johnny Clegg nous a gratifiés, fin 2018, d’une offrande : son album King of Time, abordant le thème du temps qui règne sur toute destinée. Sur le premier single, Color of My Skin, il a eu l’excellente idée d’inviter Angélique Kidjo, tandis que son fils Jesse, musicien de 29 ans, est convié dans I’ve Been Looking. De Johnny, on retrouve le mélange afro-rock reconnaissable entre tous. Sa chanson Oceanheart a été choisie par l’Unesco comme hymne pour la campagne de préservation des océans. CD King of Time (chez Oceanbeat/BMG) johnnycleggsa/

Johnny Clegg. « J’ai fait mon ­apprentissage d’homme à travers une autre culture »
Jeudi, 18 Juillet, 2019

Au fil des années, suivant la situation en Afrique du Sud, le chanteur nous a fait part dans l’Humanité de ses sentiments sur l’évolution de son art, la découverte de la langue zouloue, ses liens de fraternité avec le peuple et les changements politiques dans son pays.

 

21 juillet 1994 :

« La première danse zouloue que j’ai pratiquée, c’était la danse baka. Les employés noirs municipaux qui dégageaient les ordures dans les camions avaient l’habitude de la danser. J’ai appris auprès d’eux. Dès l’âge de 14 ans, j’étais fasciné par la culture zouloue. J’ai étudié le zoulou en autodidacte. J’avais rencontré un guitariste de rue. Il ne parlait pas l’anglais et je ne connaissais pas un mot de zoulou. J’ai appris avec lui en enregistrant ses chansons sur un magnétophone et en les répétant phonétiquement. Je ne savais pas ce que je chantais ! Mais dès que j’ai commencé à maîtriser la langue, je l’ai aimée. À l’âge de 16 ans, j’ai rencontré Sipho, avec lequel, plus tard, j’ai fondé le groupe Juluka. J’ai alors rejoint sa troupe de danse, qui était très cotée. Avec Sipho, j’ai vécu une amitié extraordinaire, une rare fraternité. Sans en être conscient, j’allais contre le système de l’apartheid. »

10 août 1994 :

« Quand vous grandissez dans trois pays d’Afrique différents, que vous êtes né en Angleterre, que votre mère est divorcée… J’ai eu une éducation totalement folle et, à un moment donné, j’ai commencé à m’intéresser aux sociétés ­traditionnelles, parce qu’elles m’apportaient un foyer, une identité (…). J’ai fait mon ­apprentissage d’homme à travers une autre culture, parce que celle qu’on m’offrait dans ma propre société était en pleine banqueroute. »

18 juillet 2007 :

« La Fête de l’Humanité est un symbole important, un événement que j’associe à des valeurs d’égalité. Très différent de tous les spectacles que je fais en tournée, d’autant plus que c’est un moment chargé d’histoire. La première fois que je me suis produit à la Fête de l’Humanité, c’était en 1987 ou 1988… Je garde de très bons souvenirs de cette époque. Nous étions très conscients de la situation en Afrique du Sud, de l’apartheid et de toutes les autres situations où perdurent des dictatures. »

9 décembre 2013 :

« Pour ma famille, pour moi, pour le peuple sud-africain, Nelson Mandela incarne la longue et persévérante pérégrination qui s’est avérée nécessaire pour que notre pays atteigne, enfin, la rive rêvée : celle de la démocratie et d’une Afrique du Sud délivrée de l’apartheid. La décennie 1990 a été secouée par des tourmentes, mais ni le massacre du 17 juin 1992 dans le township de Boipatong (perpétré par des membres armés de l’Inkatha Freedom Party – NDLR), ni l’assassinat, en 1994, de Chris Hani, secrétaire général du Parti communiste sud-africain, ni les autres atrocités qui ont pu être commises n’ont pu arrêter les négociations pour une Afrique du Sud libre et démocratique. Parfois, le doute ou la peur s’emparait de nous. Mais dès que Nelson Mandela s’exprimait à la radio ou à la télévision, sa voix, à la fois puissante et irradiante d’amour, nous redonnait courage. Madiba avait, en outre, un grand sens de l’humour, qu’il savait conjuguer avec les vertus de sa bravoure. Il accordait une oreille attentive et respectueuse à ses interlocuteurs, y compris à ses adversaires. Des qualités particulièrement précieuses dans un contexte où primaient le racisme et la démagogie. Nelson Mandela a été le capitaine qu’il fallait à notre Afrique du Sud malmenée par la tempête. Son héritage continuera de nous inspirer profondément. Au revoir, papa. Hamba kahle, Tata ! »

Disparition. Johnny Clegg, guerrier pacifiste du combat anti-apartheid (L'Humanité, 18 juillet 2019)
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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 07:11
États-unis. Les tweets de Trump dignes du Ku Klux Kan
États-unis. Les tweets de Trump dignes du Ku Klux Kan
Mercredi, 17 Juillet, 2019 -L'Humanité

Le président américain insulte des représentantes démocrates du Congrès. De gauche et issues de l’immigration, elles représentent tout ce qu’il exècre.

 

« On ne nous fera pas taire », a répliqué Ayanna Pressley, qui a accusé Donald Trump de manquer « de la grâce, de l’empathie, de la compassion et de l’intégrité qu’exige la fonction » présidentielle. « J’encourage néanmoins les Américains (…) à ne pas mordre à l’hameçon », a-t-elle ajouté, voyant dans les attaques du milliardaire républicain « une distraction » pour détourner l’attention « des problèmes affectant les Américains ». Celle qui est la benjamine du Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez, a, elle, déclaré ne pas être « surprise » par la « rhétorique » de Trump. De son côté, Ilhan Omar a accusé Donald Trump, auteur d’une « attaque ouvertement raciste à l’encontre de quatre élues de couleur », de promouvoir les idées des nationalistes blancs. Enfin, l’élue de confession musulmane, Rashida Tlaib, a appelé à lancer une procédure de destitution contre Donald Trump.

« Est-ce que cela vous dérange que nombre de gens trouvent vos tweets racistes ? » a demandé un journaliste à Donald Trump. Réponse de ce dernier : « Cela ne me dérange pas car beaucoup de gens sont d’accord avec moi. » Pourtant, au sein du Parti républicain, certains élus lui ont demandé de retirer ses tweets et de s’excuser. Le président américain sait ce qu’il fait. Il alimente le racisme et veut conforter sa politique anti-immigrés. Ses attaques visent également à identifier le Parti démocrate avec ces quatre élues représentant la tendance la plus à gauche et en désaccord avec Nancy Pelosi, qui doit maintenant les défendre. Conclusion de Trump : « Cela signifie qu’ils soutiennent le socialisme, la haine d’Israël et des États-Unis ! » CQFD.

Pour Donald Trump, les tensions raciales sont une manne électorale qui lui sert à galvaniser sa base d’électeurs, très majoritairement blanche. Depuis dimanche, via ses fameux tweets, il déverse sa haine et sa xénophobie sur quatre élues démocrates : Alexandria Ocasio-Cortez (New York), Ilhan Omar (Minnesota), Ayanna Pressley (Massachusetts) et Rashida Tlaib (Michigan). Après avoir conseillé ce week-end aux quatre élues de « retourner » dans leur pays d’origine, le président américain a intensifié ses attaques, en début de semaine, les accusant de « haïr » l’Amérique. « Si vous n’êtes pas heureuses ici, vous pouvez partir ! » a-t-il lancé depuis les jardins de la Maison-Blanche alors même que trois de ces élues sont nées sur le sol états-unien. La veille, il avait suggéré à ces représentantes de retourner dans « ces endroits totalement défaillants et infestés par la criminalité dont elles viennent ».

Pierre Barbancey
États-unis. Les tweets de Trump dignes du Ku Klux Kan
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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 08:39
Le zoulou blanc, Johnny Clegg est décédé
Mardi, 16 Juillet, 2019 - L'Humanité

Le musicien sud-africain Johnny Clegg, surnommé le "Zoulou blanc", est décédé mardi des suites d'un cancer à l'âge de 66 ans.

 
"Johnny est décédé paisiblement aujourd'hui, entouré de sa famille à Johannesburg (...), après une bataille de quatre ans et demi contre le cancer", a déclaré son manager, Roddy Quin sur la chaîne de télévision publique SABC. "Il a joué un rôle majeur en Afrique du Sud en faisant découvrir aux gens différentes cultures et en les rapprochant", a-t-il ajouté dans un communiqué. "Il nous a montré ce que cela signifiait d'embrasser d'autres cultures sans perdre son identité".
Johnny Clegg a puisé dans la culture zoulou son inspiration pour concevoir une musique révolutionnaire où les rythmes africains endiablés cohabitent avec guitare, clavier électrique et accordéon. Son album "Scatterlings of Africa" en 1982 l'avait propulsé en tête des hit-parades en Grande-Bretagne et en France. L'un de ses plus grands tubes planétaires, "Asimbonanga" ("Nous ne l'avons pas vu", en langue zoulou), est dédié à Nelson Mandela, le héros de la lutte anti-apartheid. Le chanteur et danseur, qui souffrait d'un cancer du pancréas, avait récemment fait une tournée mondiale d'adieu.
Lorenzo Clément avec AFP.
 
Liens transmis par André Garçon:
 
Johnny Clegg, le Zoulou blanc
un film fort sur ce très grand artiste militant antiraciste et anti-apartheid :
 
En 2014, Johnny Clegg était aux Jeudis du Port à Brest :
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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 05:59
Glenn Le Saoût, Catherine Grall, Michel-Thierry Atangana, Ismaël Dupont, René Grall - Saint-Pol-de-Léon, 13 juillet 2019

Glenn Le Saoût, Catherine Grall, Michel-Thierry Atangana, Ismaël Dupont, René Grall - Saint-Pol-de-Léon, 13 juillet 2019

Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Nous avons vécu une rencontre marquante et émouvante avec Michel Thierry Atangana, né en 1964 à Yaoundé au Cameroun, français depuis 1988, ce samedi 13 juillet à Saint-Pol-de-Léon, ville dont Michel Atangana est devenu le citoyen d'honneur. Il était accueilli au départ ado à Perharidy où il se faisait soigner au centre héliomarin pour des problèmes de dos et chez la famille Grall qui hébergeait des enfants en soins éloignés de leur famille pour leur apporter de la chaleur humaine. Catherine Grall travaillait à ce moment-là justement avec les enfants à Perharidy.
 
Glenn Le Saoût avait participé à l'émouvante cérémonie organisée par le maire de Saint-Pol-de-Léon Nicolas Floch durant laquelle Michel-Thierry Atangana a été fait citoyen d'honneur de la ville de Saint-Pol-de-Léon le samedi 29 juin dernier. Le chroniqueur Afrique du journal "Le Monde", Daniel Le Bigot, en a tiré un article très documenté au titre sans ambiguïté:
"La France doit se racheter d'avoir abandonné Michel-Thierry Atangana durant 17 ans" (Le Monde, 2 juillet).
 
RFI qui avait défendu Michel pendant son emprisonnement a aussi soutenu la demande de réhabilitation, comme d'autres grands médias africains comme "Jeune Afrique".
Glenn Le Saoût et moi avions rencontré déjà dans la semaine au local du PCF à Morlaix René et Catherine Grall. Ce sont les très courageux animateurs du comité de soutien de cet économiste et financier français travaillant pour des investisseurs internationaux emprisonné de manière arbitraire et inhumaine sous de faux prétexte et par cupidité par des ministres du président Biya, avec le soutien du dictateur, et laissé pendant 17 ans dans une cellule de 7m2 sans fenêtre, de 1997 à 2014, sans guère de soutien des politiques français malgré une condamnation du Cameroun par la commission d'enquête internationale de l'ONU dans cette affaire et le soutien d'ONG comme Amnesty international.
Catherine et René n'ont eu de cesse pendant des années, quand ils ont appris l'apprisonnement de Michel Thierry Atangana, d'interpeller l’État, les médias, l'opinion publique, pour que pression soit faite sur les autorités camerounaises, puis, à la libération de Michel, pour qu'il soit pleinement réhabilité. Il faut dire que jusqu'en 2013, Hollande, qui rencontrera plus tard Michel Thierry Atangana et sera impressionné par la valeur de cette homme et sa résolution, maintient encore officiellement sa croyance au "crime" de corruption et d'abus de bien public prétendument commis par l'économiste.
Manière de ne pas contrarier l'ami Paul Biya, chez lequel des groupes français, et en particulier Bolloré, ont tant d'intérêts?
Pourtant l'avis n°38 du groupe de travail sur la détention arbitraire du Conseil des droits de l'homme de l'Assemblée Générale de l'ONU (avis arrêté après aller-retour avec l’État concerné, à vrai dire sans réponse du Cameroun) est formel: 
"Le 12 mai 1997, M. Atangana a été interpellé, sans mandat d'arrêt, par des éléments des forces spéciales du Groupement spécial d'opération puis détenu par la police judiciaire à Yaoundé. M. Atangana est détenu depuis le jour de son arrestation... dans une cave du secrétariat d'Etat à la défense, en isolement total, sans accès aux soins et sans communication avec le monde extérieur et en particulier avec sa famille, mettant gravement en danger sa santé physique et mentale..." .
L'avis laisse entendre que le lien fait par le pouvoir entre l'administrateur financier chargé de piloter un gros projet d'investissement dans les routes camerounaises et un candidat d'opposition (lien toujours nié par Michel Atangana) n'est pas sans rapport avec son arrestation et que les procédures juridiques normales n'ont pas été respectées. En réalité, des ministres du président Biya ont saisi le prétexte d'un lien supposé avec un challenger politique pour faire main basse sur l'argent des sociétés dont Michel Thierry Atangana était le mandataire pour un gros projet d'investissement en travaux publics, et sur l'argent de Michel-Thierry Atangana, tout en l'accusant lui-même de corruption alors qu'il gérait des fonds privés, et non publics. 
Il a été condamné après plusieurs semaines de détention administrative après un procès expédié de nuit, sans avocat ni possibilité de se défendre, à 15 ans de prison. Malgré une ordonnance de non-lieu en 2008, il est resté en détention et a été à nouveau condamné pour les mêmes faits à 20 ans de prison en 2012.  Du côté des autorités françaises, il faudra attendre l'implication de Bruno Gain, ambassadeur de France au Cameroun (2009-2013) pour que Michel-Therry Atangana bénéficie enfin de la protection consulaire à laquelle tout citoyen français détenu à l'étranger a droit mais qu'aucun prédécesseur n'avait jugé utile de faire appliquer. Et c'est le président Hollande qui va obtenir sa libération, après des mois de silence et de tergiversations, le 24 février 2014. 
René et Catherine Grall, et Michel Thierry Atangana nous ont remis les dossiers d'une grande partie des démarches effectuées par le comité de soutien, des correspondances avec l'ex président Hollande, le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, le rapport de l'ONU sur cette affaire, les preuves du caractère extrêmement tardif de la prise en compte par la France de l'innocence et de l'enfermement arbitraire de son ressortissant, Michel, français depuis 1988.
Michel Atangana réclame aujourd'hui un décret de réhabilitation, une indemnisation par l'état camerounais (aujourd'hui, ses biens ont été confisqués, ses comptes bancaires français bloqués suite à une commission rogatoire camerounaise) et une loi qui protège mieux les ressortissants français a l'étranger en créant notamment une possibilité d'alerte et de démarche auprès de la commission Droits de l'Homme de l'ONU pour leurs municipalités de résidence, afin que la protection diplomatique ne soit pas à géométrie variable et dépendant essentiellement des intérêts financiers et stratégiques de la France et de la seule realpolitik.
Nous allons travailler a ce que cette juste cause soit entendue et puisse aboutir.
Trois députés communistes de Seine Maritime s'associent déjà à un appel (pas encore publié) "pour que la France n'abandonne plus jamais les siens", comme Michel Atangana: Sébastien Jumel, Jean-Paul Lecoq, et Hubert Wulfranc.
Avec d'autres parlementaires de droite, du centre et de gauche... Une quarantaine en tout à ce stade.
Cet appel des parlementaires est le suivant:
"Pour que la France n'abandonne jamais plus les siens!
Il y a cinq ans, Michel-Thierry Atangana était libéré de sa geôle camerounaise. (...)
Malgré la décision prise à son profit par les Nations-Unies, Michel-Thierry Atangana a certes retrouvé sa liberté mais pas sa vie.
Sa réputation est entachée par une condamnation inique entravant sa carrière de financier de haut vol. Ses comptes bancaires français sont bloqués parce que notre pays n'applique pas les décisions de l'ONU et répond favorablement aux commissions rogatoires camerounaises visant à geler les avoirs de M. Atangana en France.
(...)
Le cas emblématique de Michel-Thierry Atangana doit servir de point de départ à une réflexion collégiale sur un renforcement de la protection juridique des Français à l'étranger.
(...)
Désormais, nous devons aller plus loin, plus vite.
- Prendre en commission des lois cet avis déclaratif qui consacrerait en droit interne l'Avis rendu par les Nations-Unies préconisant la réhabilitation et l'indemnisation intégrales de Michel-Thierry Atangana.
- Faire adopter la proposition de loi en cours de rédaction qui renforcerait la protection des Français à l'étranger contre l'arbitraire. Nous prémunissant de violation des droits de nos concitoyens par instrumentalisation judiciaire.
..."
 
Cette sombre affaire éclaire aussi certains aspects peu reluisants de la françafrique et des intérêts français qui y font bon ménage avec les dictatures.
Pour Michel-Thierry Atangana, il n'y a pas de pire ennemi pour l'homme et notre époque que l'indifférence qui nous fait tout accepter. "L'indifférence est un cancer qui tue la vie".
Lui aurait pu accepter un poste pépère "de dédommagement modique pour se taire", de la part du Cameroun (on lui a proposé un poste de ministre à sa libération!!!) ou de la France, mais Michel n'a qu'un souhait: que justice et réparation soient enfin effectuées, que les mêmes injustices contre des ressortissants français abandonnés par leur État ne puissent se reproduire aussi facilement.
 
Ismaël Dupont, le 14 juillet 2019
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
Abandonné par la France dans une cellule de 7 m2 sans fenêtre au Cameroun pendant 17 ans, Michel-Thierry Atangana réclame que la France le réhabilite en s'appuyant sur l'avis du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU et de la justice camerounaise, et qu'elle défende mieux ses ressortissants à l'étranger
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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:18
Nucléaire militaire - la sécurité des Français en danger - Jean-Marie Collin, porte-parole de l'ICAN France

Tribune de Jean-Marie Collin, porte-parole de l'ICAN France, publiée dans Ouest-France de lue sur le site internet du PCF Pays Bigouden, Le Travailleur Bigouden: http://pcbigouden.over-blog.com

 

Le risque de guerre et d'emploi d'arme nucléaire n'a jamais été aussi élevé. Les accords de contrôle des armes nucléaires s'érodent et perdent en crédibilité. Face à cette situation alarmante, la diplomatie française contribue avec les autres puissances nucléaires à déstabiliser la pierre angulaire du régime de non-prolifération nucléaire et, en même temps, les parlementaires sont aux abonnés absents !

Depuis 1945, les relations internationales sont fondées sur l'équilibre de la terreur. Autrement dit, sur le pari qu'aucun État ne va employer en premier l'arme nucléaire. Pendant combien de temps ce pari est-il tenable ?

Cet « ordre » nucléaire est principalement fondé sur le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) qui vient de tenir son dernier comité préparatoire (28 avril-10 mai), avant la Conférence d'examen quinquennal de 2020. L'échec de ce comité, à se mettre d'accord sur le futur de ce traité, annonce la perte de crédibilité du régime de non-prolifération et donc d'une plus grande insécurité.

Alors à qui la faute ? Aux 186 États qui n'ont pas la bombe ou aux États qui ont adopté le Traité d'interdiction des armes nucléaires pour renforcer la norme internationale d'interdiction de cette arme de destruction massive ? Ces derniers estimant qu'il est de leur devoir d'agir contre le risque d'une utilisation – accidentelle, volontaire ou malveillante – de l'arme nucléaire aux conséquences catastrophiques pour l'ensemble de l'humanité. Évidemment non !

« Un petit gang »

L'ambassadeur sud-africain – dont l'État a volontairement éliminé son arsenal nucléaire – a apporté la réponse : « Certains États parties ne peuvent pas fonctionner comme un petit gang Ce « gang » est composé des États-Unis, de la Russie, du Royaume-Uni, de la France et de la Chine.

Ces cinq États, aux régimes politiques opposés, sont en effet dans une attitude des plus incohérentes qui risque d'entraîner le TNP vers sa fin. Tous ont refusé, avec des argumentaires communs, les recommandations exprimées par la majorité de ce comité qui constituaient pourtant un bon point de départ pour la conférence de 2020. Pire, ces cinq États renoncent à leurs obligations de désarmement (article 6 du TNP et multiples autres engagements acceptés en 1995, 2000, 2010) en poursuivant la modernisation et le renouvellement de leurs arsenaux nucléaires. La France, par exemple, augmente son budget nucléaire de 60 %, soit 37 milliards d'euros qui seront dépensés entre 2019 et 2025. Comme l'a clamé la ministre des Armées : « Nous affûtons nos armes, toutes nos armes ! »

Une menace constante

L'objectif du TNP est d'amener plus de sécurité. Or, par leur refus de mettre fin à leurs arsenaux nucléaires, ils renforcent l'insécurité mondiale. Le plus incompréhensible est qu'ils se menacent les uns les autres à travers des exercices simulant une frappe nucléaire !

Les parlementaires sont censés contrôler l'action du gouvernement (article 24 de la Constitution), mais, dans ce domaine, nous observons tout le contraire. Il est inquiétant de voir que la réflexion engagée l’an dernier, avec la mission des députés Fanget et Lecoq, a disparu. Cela fait en effet près d'une année que nous attendons la création de la « délégation permanente à la dissuasion nucléaire, à la non-prolifération, à la maîtrise de l'armement et au désarmement », adoptée à l'unanimité par la commission des Affaires étrangères. Pourquoi n'est-elle pas encore en place ? Il est largement temps que les parlementaires prennent leur responsabilité.

La France, qui possède le troisième arsenal nucléaire au monde, doit arrêter de fuir ses engagements. Oui, il est possible de la complimenter pour ses efforts passés. Mais ils ne servent à rien, si son discours et ses actions restent figés dans une politique de défense datant du siècle dernier.

Les armes nucléaires représentent un problème de sécurité qui doit trouver une fin définitive autre que celles de la menace constante et du risque de leur utilisation. Croire que nous échapperons éternellement à une détonation nucléaire est une vision stratégique naïve et une erreur politique grossière !

(Ican - Campagne Internationale pour Abolir les Armes Nucléaires)

Tribune publiée par Ouest-France

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 08:10
Commandement militaire : Macron à la course aux armements et à la « guerre des étoiles » (PCF, 15 juillet 2019)
Commandement militaire : Macron à la course aux armements et à la « guerre des étoiles »

Ce 13 juillet, le discours aux armées du Président de la République a marqué un nouvel infléchissement guerrier et atlantiste de la politique militaire française.

Officiellement, la création en septembre prochain d’un « Grand commandement de l’espace », le renouvellement du parc des satellites français, ou le lancement du nouveau sous-marin nucléaire d’attaque s’inscrivent dans la perspective d’une future défense européenne. En pratique, celle-ci n’est que l’alibi d’une adaptation sans cesse plus poussée d’Emmanuel Macron à la course aux armements et à la « guerre des étoiles » initiées par Donald Trump.

La présence, le 14 juillet, au côté du chef de l’État, du secrétaire général de l’Otan, la nomination à la tête de la direction des affaires politiques et de sécurité du ministère des Affaires étrangères d’une figure du néoconservatisme à la française, les postures belliqueuses adoptées récemment à l’égard de la Russie ou de l’Iran, vont toutes dans ce sens.

De même, l’annonce de la constitution d’un commandement militaire dédié à l’espace ne fait qu’emboîter le pas à l’administration nord-américaine. Elle remet en cause le Traité international de l’espace, pourtant signé par la France et les États-Unis, lequel en son article 4 prohibe la mise en orbite d’armes nucléaires ou de destruction massive. À l’inverse, les annonces présidentielles s’inspirent de l’armée de l’espace chère à la Maison Blanche et elles aboutissent à laisser libre cours au Space Act de 2015, qui autorise les entreprises américaines à s’emparer des ressources de l’espace.

Non seulement la doctrine militaire de Monsieur Macron va amputer les finances publiques de 37 milliards d’euros rien que pour la modernisation de l’arme nucléaire (inscrits dans la loi de programmation militaire 2019-2025), alors que l’austérité saigne déjà à blanc les services publics et le pouvoir d’achat des Français. Mais elle entraîne notre pays dans la folle stratégie de tensions internationales mise en œuvre par Trump.

La France doit plutôt recouvrer son indépendance et se faire porteuse de propositions de paix. Ce qui implique qu’elle se désengage de l’Alliance atlantique, qu’elle agisse en défense du droit international, qu'elle signe et ratifie le Traité international d'interdiction des armes nucléaires (TIAN), pour le respect de tous les traités internationaux aujourd’hui violés par les États-Unis.

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16 juillet 2019 2 16 /07 /juillet /2019 07:50
Afrique. Affaire des missiles en Libye : le double jeu de Paris
Jeudi, 11 Juillet, 2019

Des armes achetées par la France aux États-Unis ont été retrouvées dans un camp abandonné par le maréchal Haftar, le chef de guerre qui attaque la capitale Tripoli.

 

L’affaire est pour le moins embarrassante pour le gouvernement français. Le New York Times vient de révéler que les quatre missiles antichars découverts par les forces loyales au gouvernement d’union nationale (GNA) sur une base reprise fin juin au maréchal Haftar (qui a lancé en avril une offensive sur la capitale) étaient la propriété de la France.

« Les missiles Javelin trouvés à Gharyan (ouest) appartiennent effectivement aux armées françaises, qui les avaient achetés aux États-Unis, a déclaré le ministère français des Armées, confirmant les assertions du quotidien américain. Ces armes étaient destinées à l’autoprotection d’un détachement français déployé à des fins de renseignement en matière de contre-terrorisme. » Toutefois, ces munitions, « endommagées et hors d’usage », étaient « temporairement stockées dans un dépôt en vue de leur destruction » et « n’ont pas été transférées à des forces locales », assure Paris, qui se défend de les avoir fournies aux troupes du maréchal Haftar, sans pour autant expliquer comment elles ont fini sur cette base. « Il n’a jamais été question ni de vendre, ni de céder, ni de prêter ou de transférer ces munitions à quiconque en Libye », insiste le ministère français des Armées, qui ne dit pas non plus pourquoi ces munitions, stockées dans un pays en guerre, n’ont pas été rapidement détruites.

Le nœud gordien libyen

En réalité, l’affaire aurait pu en rester là. Mais dans le dossier libyen, depuis la guerre menée en 2011 sur volonté de la France de Sarkozy entraînant avec elle les États-Unis d’Obama et bien d’autres pays dont le Royaume-Uni, mais également les Émirats arabes unis, les antagonismes sont forts. Emmanuel Macron cherche à être le deus ex machina pour trancher le nœud gordien de cette Libye déchirée, affirmant soutenir le GNA mais aidant, en sous-main, les forces du maréchal Haftar, ce que montre la découverte de ces missiles. Ce n’est pas du goût de Washington, qui appuie, comme Moscou, au grand jour le maréchal et n’apprécie pas le double jeu de Paris. D’autant que le GNA bénéficie de l’aide de Doha et d’Ankara. D’où les révélations du New York Times. Selon l’agence de coopération pour la défense et la sécurité du Pentagone, la France a bien donné son accord, en 2010, pour l’acquisition de 260 missiles Javelin de fabrication américaine et les éléments associés, pour un coût total estimé à 69 millions de dollars (soit au cours actuel un peu plus de 61 millions d’euros).

Ces missiles particulièrement efficaces ont été utilisés notamment lorsque le maréchal Haftar a lancé la bataille pour reprendre Benghazi (est) aux islamistes épaulés par le Qatar et la Turquie. Haftar était alors soutenu par les Émirats, l’Égypte et… la France, qui avait dépêché des forces spéciales, comme l’a révélé François Hollande après qu’un hélicoptère dans lequel se trouvaient trois soldats français d’élite a été abattu lors d’une « dangereuse opération de renseignement », selon ses propres paroles. C’était en juillet 2016.

Yémen même salade

Autre fait troublant, ces Javelin auraient été retrouvés dans des caisses sur lesquelles il était indiqué qu’ils avaient été vendus en 2008 aux Émirats, important partenaire militaire des États-Unis. Ce qu’a démenti Abou Dhabi. Volonté de dissimulation pour masquer l’aide de Paris ou imbroglio international comme les armes françaises utilisées au Yémen par l’Arabie saoudite et dont une partie était officiellement destinée (et payée par Riyad) à l’armée libanaise ? Dans ce domaine, tout est possible. Pour notre part, nous avions constaté en avril 2011 alors que les combats faisaient rage entre la rébellion et les troupes de Mouammar Kadhafi dans la localité de Ras Lanouf qu’avaient été abandonnés par les troupes gouvernementales des missiles rangés dans des caisses en provenance de Corée du Nord qui étaient censées renfermer des « pièces détachées pour bulldozer ».

La France a reconnu tardivement avoir apporté du renseignement au maréchal Haftar dans la lutte antidjihadiste dans l’est et le sud du pays mais continue à réfuter tout soutien militaire dans son offensive contre Tripoli lancée il y a trois mois, tuant plus de 1 000 personnes, dont plus d’une centaine de civils et, parmi eux, des dizaines de migrants.

Pierre Barbancey
Afrique. Affaire des missiles en Libye: le double jeu de Paris (L'Humanité, Pierre Barbancey, 11 juillet 2019)
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