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Les députés LaREM s’estimaient hier renforcés par le résultat des européennes, et autorisés à réformer seuls la fonction publique et le règlement de l’Assemblée.
L’extrême droite est arrivée en tête des élections européennes en France dimanche soir ? « Ne mégotons pas là-dessus », affirme Gilles Le Gendre. Mais cet échec à peine évoqué, le président du groupe LaREM à l’Assemblée nationale énumère très vite ses motifs de satisfaction liés à ce scrutin. « La voie est dégagée pour pouvoir mettre en œuvre la feuille de route fixée par le président de la République à la fin du grand débat national », a-t-il apprécié hier, juste avant que le Parlement ne reprenne ses travaux. Au menu, le vote de la réforme de la fonction publique. « Nous sommes dans l’acte II du quinquennat. Notre méthode est d’être à l’écoute des Français, d’associer les corps intermédiaires et les syndicats », insiste Gilles Le Gendre. Quelques minutes plus tôt, de nombreux fonctionnaires manifestaient devant le Palais Bourbon pour dire leur rejet de cette réforme qui fait l’unanimité contre elle au sein des organisations syndicales. Interrogé à ce sujet, Gilles Le Gendre ne tremble pas une seconde. « S’il y a un texte qui s’est fait dans la négociation, c’est bien celui-là, pendant 18 mois », assène-t-il, avant de regretter la « posture » des syndicats, et de louer le travail d’Olivier Dussopt, secrétaire d’État chargé de la réforme. « C’est un artiste. Vous aurez le plus grand mal à trouver un syndicaliste qui dise du mal de sa personne », assure-t-il.
Passé le vote de ce texte (par 351 voix contre 156), qui organise le recrutement massif de contractuels dans la fonction publique, rompt avec le modèle du fonctionnaire citoyen et fait entrer toujours plus le privé dans l’organisation de l’État, les députés macronistes se sont attaqués à la réforme du règlement de l’Assemblée nationale. À entendre Gilles Le Gendre, l’ambition est de « réinventer la relation entre l’exécutif et la majorité », et de se livrer à une « élévation du niveau de jeu à l’Assemblée ». Il est pourtant prévu que le temps de parole alloué aux explications de vote soit divisé par deux, et que les amendements puissent être votés uniquement en commission. « Les députés de la majorité décident seuls de comment nous allons travailler », s’indigne Jean-Christophe Lagarde (UDI). « LaREM veut un mécanisme parlementaire robotique, un peu comme sa majorité », tance David Habib (PS), quand Elsa Faucillon (PCF) s’inquiète de la transformation de l’Assemblée en « chambre de contrôle, au lieu d’être un lieu de démocratie délibérante ».Loin d’entendre ces alertes, les députés LaREM considèrent toujours qu’ils ont pleinement mandat pour faire ce qu’ils veulent, seuls. « Nous sommes la force politique qui est légitime à faire barrage aux extrémistes et qui est capable d’apporter des solutions aux problèmes subis par les Français », tranche Gilles Le Gendre. La majorité a même réservé une standing ovation hier au premier ministre Édouard Philippe lorsqu’il s’est levé pour la séance de questions au gouvernement.
La tête de la liste LaREM pour les européennes, Nathalie Loiseau, a elle aussi eu droit a des applaudissements nourris après avoir été citée. Se proclamant remparts « aux nationalistes et aux populistes », s’estimant « présents au rendez-vous de l’urgence climatique », raillant les députés LR au motif que ce parti est tombé dimanche à 8,5 % et ignorant une gauche fragilisée, la majorité a passé la journée à danser tout sourire au-dessus du volcan. Et les députés de gauche s’interrogeaient tous sur la façon de briser le mano à mano électoral entre LaREM et le RN sur lequel Macron compte surfer à chaque occasion.
L’Assemblée nationale a adopté mardi 28 mai 2019 en première lecture le projet de loi sur la fonction publique qui entend donner plus de « souplesse » à un secteur souvent « victime de rigidités », avec notamment un recours accru aux contractuels.
Le texte a été voté par 351 voix contre 156 et 53 abstentions. Se sont abstenus des députés de l’UDI ainsi que les élus du RN. Ont voté pour, les députés LREM et Modem. Tous les députés GDR, LFI et PS ont voté contre. Pour les LR une partie s’est abstenue et 5 ont voté pour.
« Nous pourrions utilement rebaptiser votre texte « loi d’extinction de la fonction publique » tant elle met à mal notre conception française et républicaine de la fonction publique, enviée dans le monde entier » a dénoncé Stéphane Peu dans l’explication de vote du Groupe de la Gauche démocrate et républicaine
L’explication de vote en intégralité :
« Votre texte met à mal la conception française et républicaine de la fonction publique, un modèle dont la grandeur et l’originalité sont remarquées, sinon enviées, dans le monde entier. Vous affaiblissez une fonction publique fondée sur la neutralité, qui garantit de servir l’intérêt général plutôt que les intérêts particuliers ; une fonction publique entrée dans la modernité au sortir de la dernière guerre mondiale, lorsqu’il fallut reconstruire, à partir de ses services publics, une nation démocratique faisant le choix du progrès, de la liberté et de l’égalité, contre l’obscurité et la barbarie.
Mesurez, chers collègues, que c’est dans ce contexte si particulier, au sortir de l’occupation nazie et de la collaboration vichyste, que s’est construit le statut moderne de notre fonction publique. Bâti autour de trois principes, l’égalité, la neutralité et la responsabilité, ce statut crée un fonctionnaire-citoyen qui n’est pas le « rouage impersonnel de la machine administrative », pour reprendre les mots du ministre de l’époque du général de Gaulle, Maurice Thorez.
Oui, cette fonction publique a su évoluer, notamment sous l’impulsion d’Anicet Le Pors, à l’orée des années 1980, pour être l’outil d’une France moderne, décentralisée, organisée autour de collectivités s’administrant librement dans l’intérêt de tous.
Oui, cette grande fonction publique s’est montrée capable de répondre aux exigences de développement de nos services publics dans tant de domaines : se soigner, s’éduquer, se déplacer, communiquer, être protégé, défendu… Tant de besoins essentiels pour nos vies !
Les Français d’ailleurs le savent bien, eux qui, confrontés à une paupérisation accrue, à des inégalités entre les territoires toujours plus profondes, réclament aujourd’hui massivement plus de services publics. Ils savent bien que l’action publique et l’esprit républicain qui l’anime sont parmi les vecteurs les plus fiables de la cohésion sociale et territoriale.
Le statut de fonctionnaire n’est pas un privilège. Il est l’expression et l’incarnation des valeurs essentielles à la vitalité de notre République : la primauté de l’intérêt général, l’affirmation des principes d’égalité, de laïcité et de probité.
Malheureusement, votre texte tourne le dos à ces valeurs. Vous choisissez d’opérer un glissement du privé vers le public. C’est votre obsession : quand vous ne confiez pas au privé les missions du public, vous injectez dans le public les méthodes du privé. C’est l’esprit et la lettre de votre projet de loi que l’État soit « géré comme une entreprise » – pour reprendre la formule d’Emmanuel Macron.
Tel est le sens du recours massif aux contractuels. Or, pour nous, c’est le concours qui doit rester la règle d’entrée dans la fonction publique, parce qu’il garantit le principe d’égalité au détriment de l’entre-soi, des réseaux d’influence et du clientélisme. Il garantit à chacun de nos concitoyens la possibilité de faire valoir ses compétences et il préserve l’action publique des conflits d’intérêts qui contreviennent à l’intérêt général.
Il en est de même du pantouflage et du rétro-pantouflage, c’est-à-dire de ces allers-et-retours entre public et privé, ou du recours à des contractuels notamment sur les postes à haute responsabilité, entretenant ainsi la confusion des finalités du public et du privé.
Comme dans le privé, avec les contrats de chantier, vos contrats de projet, qui peuvent être rompus avant terme et qui ne donnent lieu ni à la titularisation ni à un CDI, réduiront de facto l’indépendance de l’agent face aux pressions économiques et politiques.
Comme dans le privé, vous introduisez le détachement d’office et l’usage de la rupture conventionnelle – une véritable arme de destruction massive pour satisfaire la véritable ambition de ce projet de loi, à savoir supprimer à terme 120 000 postes de fonctionnaires, soit un plan social inégalé dans le secteur public.
Comme dans le privé, vous supprimez les CHSCT et réduisez les prérogatives des commissions administratives paritaires. En réalité, votre texte est la « loi Travail » de la fonction publique. Méthodiquement, vous adaptez notre société et ses règles républicaines au seul modèle auquel vous croyez : une société marchande.
Ce week-end, les nationalistes et les démagogues ont encore avancé leurs pièces dans l’Europe tout entière. À la lumière de ces résultats, fragiliser les fondements de notre République apparaît encore plus dangereux.
Pour toutes ces raisons, le groupe GDR votera contre ce texte »
Adresse de Glenn Le Saoût, candidat finistérien du PCF sur la liste "L'Europe des gens contre l'Europe de l'argent" après les Européennes du 26 mai:
Nous avons néanmoins trouvé écho chez 8 068 personnes dans le Finistère et nous pouvons en être fièr-e-s. Bien que faible en pourcentage compte tenu notamment de la participation importante aux Européennes, le nombre de vote pour le PCF est en augmentation au niveau du Finistère de 40% par rapport aux législatives de 2017, passant de 5 649 voix à 8 068 voix.
Dans le Finistère, quelques communes mettent la liste de Ian Brossat et du PCF à plus de 5%. Merci à nos électeurs dans ces communes et partout dans le Finistère d'avoir fait le choix d'une gauche de courage et de justice sociale :
La Feuillée: 9,21%
Scrignac: 8,71%
Berrien: 8,55%
St Jean du Doigt: 5,88%
Lanmeur: 5,87%
Guimaëc: 5,45%
Le Guilvinec: 5,41%
Plougonven: 5,29%
A Plouégat-Guerand (4,9%), Plounéour Menez (4,81%), nous touchons la barre des 5%
Dans des communes plus importantes du Finistère, à Quimper, nous sommes à 2,34% (530 voix), Brest à 2,32% (926 voix), Douarnenez à 3% (179 voix), Concarneau à 2,41% (208 voix), Morlaix à 3,6% (187 voix), Rosporden à 4,49% (137 voix), Landerneau à 1,94% (109 voix), Carhaix à 4,29% (121 voix), Quimperlé à 2,67% (117 voix), Le Relecq Kerhuon à 3,39% (169 voix). Beaucoup trop loin du compte....
L’agence de secours de l’ONU avertit d’une crise le mois prochain sauf si les pays donateurs apportent 60 millions de dollars (53,6 millions €)
Jennifer Rankin pour le Guardian à Bruxelles – 15 mai 2019
Plus d’un million de personnes risquent de souffrir de la faim à Gaza le mois prochain sauf si les donateurs internationaux comblent avec 60 millions de dollars (53,6 millions €) un trou noir largement créé par des coupures de l’aide aux réfugiés palestiniens par l’administration Trump, a dit une agence de l’ONU.
L’office de Secours et de Travaux pour les Réfugiés Palestiniens, de l’ONU, (UNWRA) qui fournit de la nourriture à plus d’un million de personnes dans la bande de Gaza, fait appel à l’UE, aux États du Golfe, et à de grandes économies émergentes comme la Russie et la Chine pour qu’ils « s’engagent fermement » sur 60 millions de dollars d’ici le milieu de juin pour empêcher la famine.
« Nous sommes dans une situation critique en termes de livraison de nourriture » dit Matthias Schmale, le directeur des opérations de l’UNWRA à Gaza. « Nous avons plus d’un million de personnes qui reçoivent des livraisons alimentaires trimestrielles et nombre de ces personnes ne survivraient pas vraiment sans cet apport, chaque trimestre.
S’exprimant à Bruxelles avant une réunion de représentants européens, Schmale a dit que « la raison la plus immédiate » de ce trou dans le financement a été la perte du soutien des États Unis.
Les USA ont annoncé en 2018 qu’ils coupaient tout financement à l’UNWRA, une perte brutale de la part de celui qui était le premier donateur de l’agence jusque là, ayant apporté 360 millions de dollars en 2017 (321,6 millions €).
Schmale a dit que cela aurait été « une autre histoire » si les USA avaient réduit progressivement leur financement, même si cela eût été « malheureux et triste ». Mais la disparition des fonds du jour au lendemain a causé des ravages, forçant l’UNWRA à pratiquer des coupes sévères sur les programmes de santé et d’emploi dans la bande de Gaza.
L’agence a coupé son budget d’aide à la santé mentale de 50% dans la seconde moitié de 2018, ce qui a réduit la disponibilité du soutien aux enfants dans cette région déchirée par la guerre. Elle a aussi fait des coupes dans un programme qui crée du travail à court terme pour la population de Gaza, une bouée de sauvetage dans une économie où le taux de chômage est de 53%. En 2018, 10 139 personnes ont bénéficié de contrats de travail de courte durée, soit 48% de moins que l’année précédente.
L’UE est passée au rang de premier donateur à l’UNWRA, avec un supplément de ressources venant de la plupart des pays membres – l’Allemagne, le Royaume Uni et la Suède ont fait les contributions les plus importantes en 2018. Mais Schmale n’a pas observé un rôle significatif joué par ce bloc pour construire la paix dans cette région, bien qu’il ait félicité la cheffe de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini.
Il a dit : « Ce que j’entends beaucoup à Gaza est que les USA, à cause de leur comportement visiblement erratique, ne sont plus considérés comme un intermédiaire crédible. L’UE a perçu un capital politique (mais) les États membres sont trop préoccupés d’eux-mêmes pour qu’on attende de l’UE qu’elle joue un rôle ».
L’UNWRA, créée en 1949 pour apporter un secours de court terme aux réfugiés palestiniens après le conflit arabo-israélien de 1948, gère les écoles, les hôpitaux et les services sociaux dans cinq zones dont la Cisjordanie, la Jordanie, le Liban et la Syrie.
C’est un renfort important pour Gaza soumise à un blocus total aérien, terrestre et maritime depuis 2007. L’impasse politique, le conflit avec Israël et les divisions au sein des faction palestiniennes ont laissé le territoire en ruines au plan économique, sans services de santé et sociaux, avec presque aucun accès à de l’eau potable et seulement quatre ou cinq heures d’électricité par jour.
Aucune paix n’étant en vue, une génération grandit à Gaza qui n’a connu qu’un territoire fermé et n’a jamais rencontré un Israélien.
« C’est une course contre la montre » a dit Schmale, suggérant que des enfants sans espoir se tournent vers l’extrémisme. « Malgré leur expérience, les enfants – par internet pour la plupart – sont connectés au reste du monde (et) ils rêvent de l’avenir mais… cela ne va pas de soi. Si le blocus continue, cela changera, c’est pourquoi je comprends les parents palestiniens : ils sont soucieux pour leurs enfants ».
Traduction SF pour l’Agence Media Palestine
Entretien. Ian Brossat fut l’une des révélations de la campagne, mais sa dynamique ne s’est pas concrétisée. Avec 2,49 % des voix, le PCF n’a plus d’eurodéputés.
Votre campagne a été marquée par une belle dynamique, saluée unanimement, même chez vos adversaires politiques. Avec 2,49 %, elle ne s’est pas traduite dans les urnes. Comment analysez-vous ce score décevant ?
Ian Brossat Le surcroît de participation a bénéficié à l’extrême droite. C’est le résultat de la stratégie délibérée d’Emmanuel Macron. L’électorat de gauche était désorienté par les divisions et très volatil. Un quart des votants se sont finalement décidés dans l’isoloir. Nous avons eu du mal à apparaître dans la dernière semaine, où les grosses machines électorales étaient au contraire invitées sur tous les plateaux télé. Certes, en montrant de nouveaux visages au cœur de la gauche, nous avons gagné de nombreuses voix nouvelles, mais d’autres qui avaient fait confiance aux candidats locaux du PCF durant les législatives ont privilégié le vote utile pour ce scrutin national. Résultat, malgré une belle dynamique, nous sommes en dessous de nos objectifs.
Cela faisait quinze ans que le PCF n’était pas parti sous ses propres couleurs aux élections européennes. La marche des 5 % était-elle trop haute ?
Ian Brossat J’aurais tant voulu ramener une victoire. Mais il faut voir d’où l’on vient. Il est clair que les élections nationales sont plus difficiles pour nous que les élections locales, où le travail formidable de nos élus est reconnu. La marche des 5 % est profondément antidémocratique, elle était d’autant plus élevée pour les formations de gauche que la droite macroniste et l’extrême droite ont écrasé le débat politique. Pour autant, nous n’avons pas fait tout cela pour rien : désormais, le PCF a repris pied sur la scène nationale et a montré qu’il portait des idées utiles. Nous avons beaucoup appris lors de cette campagne. L’expérience sera très précieuse pour la suite.
En dépit de cette déception, pensez-vous avoir semé des graines pour l’avenir ?
Ian Brossat À l’évidence. Nous avons attiré la sympathie, l’intérêt. Beaucoup ont porté sur nous un regard neuf. Tous n’ont pas voté pour nous dimanche dernier, bon nombre d’entre eux ont hésité et ont au final choisi de porter leur voix sur une liste donnée à plus de 5 % dans les derniers sondages. Mais tout cela existe et ne peut pas être balayé d’un revers de main. Nous devons préserver en nous l’état d’esprit positif et l’énergie qui ont été les nôtres durant cette campagne.
L’ensemble des formations de gauche, excepté EELV, sortent très fragilisées de ce scrutin, avec un rapport de forces dangereusement favorable à la droite macroniste et au RN. Vous avez appelé dès hier soir à « reconstruire une gauche digne de ce nom en France ». Par quoi cela doit-il passer selon vous ?
Ian Brossat La gauche doit s’assumer fièrement et se rassembler. S’assumer fièrement : la gauche de demain doit placer au cœur de son projet la justice sociale et l’urgence écologique, et pour cela la rupture claire avec le libéralisme. Se rassembler car, sinon, le risque est grand de voir le scénario mortifère de la bipolarisation entre libéraux et fachos s’ancrer durablement dans notre pays. Pour y parvenir, les formations de gauche doivent se garder de toute tentation hégémonique, avoir la modestie de tendre la main encore plus qu’hier. J’ai l’intime conviction que l’avenir passe par l’humilité, le travail collectif et le respect mutuel. Écoutons-nous, respectons-nous, travaillons ensemble. Dans cette période politique trouble, n’oublions jamais que nous n’avons aucun adversaire à gauche. Préservons la bienveillance qui fut la nôtre, préservons cette envie sincère de tendre la main, de réussir le rassemblement demain.
rappel des faits La victoire du Likoud de Netanyahou et de ses alliés aux élections législatives israéliennes d’avril laisse présager une nouvelle fuite en avant du régime dans sa politique d’écrasement de la Palestine.
Taoufiq TAHANI
Efraim Davidi
Taoufiq TAHANI
Président d’honneur de l’AFPS
« Tant que je serai premier ministre, il n’y aura pas d’État palestinien. » Ces paroles ont été constantes chez Netanyahou et plus particulièrement à la veille des élections car elles lui ont toujours porté chance. Mais cela n’a rien d’étonnant, c’est tout simplement conforme à la charte de son parti, le Likoud.
La communauté internationale, qui s’inquiétait « officiellement » de l’absence de toute volonté de paix de la part des dirigeants israéliens, n’a pris aucune mesure pour les contraindre à respecter le droit international et les différentes résolutions de l’ONU et du Conseil de sécurité. Pourtant, la résolution 2334, adoptée en décembre 2016 à l’unanimité de 14 voix moins une abstention, celle des États-Unis présidés encore pour quelques jours par Barack Obama, exigeait de nouveau d’Israël qu’il « arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans les territoires palestiniens occupés, y compris à Jérusalem-Est ».
Par ce vote, les pays européens et autres membres du Conseil de sécurité de l’ONU voulaient sauver Israël de la folie de ses dirigeants. Dans les chancelleries occidentales, on entendait souvent dire que l’abandon de la solution à deux États ouvrirait la voie à deux autres solutions qui mettraient en péril l’État d’Israël.
Soit un seul État démocratique sur l’ensemble de la Palestine historique avec l’égalité des droits pour tous ses citoyens, soit un statu quo qui conduirait nécessairement à une situation d’apartheid. Or, l’écrasante majorité de la classe politique israélienne est farouchement opposée à la solution d’un seul État démocratique car elle estime que les Palestiniens seraient rapidement majoritaires. Netanyahou, qui se moque des états d’âme de la communauté internationale, surtout depuis l’élection de Donald Trump, a décidé de pousser son avantage au maximum pour, d’une part, rendre la solution à deux États impraticable (en accélérant la colonisation et la judaïsation de Jérusalem), d’autre part, officialiser et institutionnaliser l’apartheid israélien avec la loi « État-nation du peuple juif ».
Le calcul de Netanyahou est très simple. Comme le plan de paix de Trump n’a aucune chance de passer et comme il ne sait pas ce qui va se passer aux élections américaines de 2020, il a décidé d’annexer le maximum de territoires et de cantonner la population palestinienne dans des bantoustans sans aucune perspective viable et à la merci des aides de la communauté internationale. Aides souvent accompagnées de pressions et d’humiliations.
Netanyahou sait également qu’il peut compter sur des « amis » de plus en plus nombreux à accéder au pouvoir dans leur pays et qui rêvent d’avoir des relations privilégiées avec l’État d’Israël. La victoire de Bolsonaro a été pour lui la meilleure nouvelle après celle de Trump. Mais il y a aussi ses amis de l’extrême droite européenne qui empêchent maintenant l’adoption par l’Europe de toute mesure contre la politique israélienne, aussi symbolique soit-elle. Dans un récent tweet, Netanyahou a souhaité la victoire aux européennes du Néerlandais Geert Wilders, de l’Italien Matteo Salvini, du Hongrois Viktor Orban et du Britannique Nigel Farage… mais il n’a pas cité Marine Le Pen ! Serait-il satisfait de la politique actuelle de la France ?
Netanyahou mène une politique dévastatrice depuis dix ans, celle de la terre brûlée. Il multiplie les déclarations racistes vis-à-vis des Arabes d’Israël, il incite à la violence contre les Palestiniens, il participe activement à la déstabilisation de toute la région… Mais le plus inquiétant, c’est que l’Europe et la France semblent s’adapter à cette politique.
Le seul signal politique qui pourrait donner à réfléchir à Netanyahou pour qu’il reconsidère sa politique diabolique, c’est la reconnaissance de l’État de Palestine dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale… Mais ça ne semble pas inscrit dans l’agenda de Macron. À nous d’agir pour faire que cela le soit.
Efraim Davidi
Dirigeant du Hadash (Front démocratique pour la paix et l’égalité – Parti communiste d’Israël)
L’élection législative israélienne anticipée du mardi 9 avril désigna le vainqueur : l’ancien et nouveau premier ministre, Benyamin Netanyahou, tout-puissant leader du parti d’extrême droite Likoud.
Ce parti devrait garder la main pour la formation d’un gouvernement, tant est vive sa coalition avec divers partis de droite et religieux, plus extrémistes encore. Tous (Likoud inclus), partisans de l’accélération de la colonisation et la plupart du temps d’une annexion au plus tôt de 60 à 100 % des territoires palestiniens occupés de Cisjordanie, écrasent de loin ce qui reste des partisans d’une reconnaissance des droits politiques des Palestiniens et d’un partage des territoires contrôlé par Israël en deux États souverains. Cette coalition des droites nationalistes, religieuses et coloniales a recueilli 65 sièges (sur 120) à la Knesset, le Parlement israélien.
Avec les résultats des élections, il paraît que le projet colonial israélien dans les territoires occupés palestiniens connaît un tournant historique. Jusqu’ici les autorités israéliennes, y compris Netanyahou depuis son fameux discours de 2009, faisaient mine d’accepter la perspective dite des deux États pour deux peuples. Certes, elle accélérait la colonisation – le quotidien israélien Haaretz a donné, l’an dernier, le chiffre de 700 000 colons juifs, 470 000 en Cisjordanie et 230 000 à Jérusalem-Est –, mais elle maintenait formellement un flou juridique autour du statut des territoires occupés. La Paix maintenant a recensé 2 100 nouveaux logements en cours de construction en 2018, soit près de 200 de plus que la moyenne des dix dernières années. En 2017, l’accélération avait été encore plus forte : elle était alors de 20 %, dit Brian Reeves, directeur du développement et des relations extérieures de la Paix maintenant. « Ce à quoi on assiste, c’est ce qu’on appelle l’effet Trump. Depuis que Donald Trump a été élu, Israël a – à raison – considéré que les États-Unis ne joueront plus un rôle dissuasif pour contenir la politique de colonisation », explique-t-il.
Si la colonisation s’est accélérée depuis l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche, elle se faisait déjà à un rythme soutenu depuis 2009. La Paix maintenant relève que le nombre de colons israéliens en Cisjordanie a augmenté de près de 30 % depuis le retour de Benyamin Netanyahou à la tête du gouvernement : ils sont 120 000 de plus qu’il y a dix ans. « On se demande déjà aujourd’hui si la solution à deux États est morte, s’interroge encore Reeves. La question est la volonté politique. À quel moment même le dirigeant le plus courageux ne sera plus en mesure de se retirer des colonies, tout en conservant sa coalition. » Pour le directeur du développement et des relations extérieures de la Paix maintenant, à ce rythme de développement, il ne faut plus que quelques années pour enterrer pour de bon la solution à deux États. Netanyahou et ses amis bâtisseurs du « Eretz Israel » (Grand Israël) ont décidé, violant ouvertement cinquante années de résolutions des Nations unies, d’enterrer la solution dite des deux États au profit d’un seul : un État d’apartheid, où les Palestiniens annexés ne jouiraient pas des droits politiques, à commencer par le droit de vote. Mais ces extrémistes le savent : leur fuite en avant pourrait susciter, à terme, des réactions négatives de l’opinion publique.
Si l’absence d’alternative à gauche a poussé les Israéliens toujours plus vers la droite, cette évolution a des limites : selon une enquête d’opinion, la moitié des sondés n’estiment pas « normal » de poursuivre la colonisation de la Cisjordanie et 53 % s’opposent à son annexion ; plus de la moitié se prononcent pour la création d’un État palestinien dans les territoires occupés.
« Soy Cuba » - Un film, une émotion visuelle incroyable qui laisse enchantés et déconcertés
À Cuba, le cinéma est arrivé en janvier 1897 grâce à Gabriel Veyre, représentant des Frères Lumière. La première projection eut lieu à La Havane et le mois suivant le premier film fut tourné sur l’île : la simulation de l’intervention des pompiers dans une ville.
En 1898, après la fin de la guerre hispano-américaine, fut réalisé le premier court-métrage El brujo desapareciendo œuvre de l’acteur José Esteban Casasús, suivi des films d’Enrique Díaz Quesada, le cinéaste le plus significatif de l’époque du muet, auteur de nombreux documentaires et du premier long métrage cubain Manuel García, rey de los campos de Cuba (1913). Sa production massive a été détruite en 1923 par un incendie quelques mois après sa mort. Le travail de Ramón Peón a également été remarquable. Mais le cinéma hollywoodien monopolisait le secteur de la distribution, facteur qui s’accentua avec l’ascension du pouvoir de Fulgencio Batista qui gouverna sans cesse l’île, protectorat USA, de 1933 à 1959.
Ce n’est pas par hasard que le véritable développement du cinéma cubain a eu lieu seulement après la Révolution dirigée par Fidel Castro et Ernesto « Che » Guevara, qui avaient montré plus d’un intérêt pour le septième art, faisant reprendre leur action dans les années de la révolution par Julio García Espinosa. En 1959 fut fondé l’ICAIC (Institut cubain de l’Art et de l’Industrie Cinematográficos), l’Institut du cinéma d’État né pour organiser, établir et développer l’industrie cinématographique, et produire et distribuer les films cubains. L’ICAIC, dirigé par Alfredo Guevara, collabore avec des cinéastes européens (dont l’italien Cesare Zavattini) et soviétiques (dans la période de plus grande collaboration entre les deux pays). De l’une de ces collaborations est né le film cubain le plus important et connu, Soy Cuba dirigé par le soviétique Michail Kalatozov.
Auteur de Letjat zhuravli (Quand passent les cigognes, 1957), Palme d’or au Festival de Cannes en 1958, Michail Konstantinovic Kalatozov (Tbilissi, 28 décembre 1903 – Moscou, 27 mars 1973), le moins staliniste parmi les réalisateurs soviétiques, eut l’idée de tourner un film sur Cuba dès 1961 à la suite de sa première rencontre avec le Directeur de l’ICAIC Alfredo Guevara.
Soy Cuba (littéralement Je suis Cuba) a pris forme lorsque Fidel Castro même a commandé le film pour célébrer les fastes du système politique cubain et les horreurs de l’ancien régime de Batista. Ils ont également travaillé au projet le poète soviétique Evgenij Aleksandrovic Evtušenko et l’écrivain cubain Enrique Pineda Barnet qui ont édité le scénario, Carlos Fariñas qui a composé la musique poignante et Sergey Urusevsky méticuleux directeur de la photographie qui avait déjà travaillé avec Kalatozov pour Quand passent les cigognes. Après quatorze mois de travail et la collaboration de Mosfilm de Moscou, le film est sorti dans les salles.
Suite à un bref prologue, présenté par la « voix de Cuba » (la voix est de Raquel Revuelta) qui accompagnera tout le film, Soy Cuba raconte quatre histoires de violences et d’abus qui se déroulent dans les derniers jours du régime de Batista. Dans la première, la jeune Maria (Luz María Collazo) est contrainte par la misère de se prostituer avec les riches Américains, entre alcool et night-clubs; dans la deuxième, le pauvre paysan Pedro (José Gallardo), informé que la terre qu’il cultive a été vendue à United fruits, met le feu à toute la plantation; dans la troisième histoire, Enrique (Sergio Corrieri, puis membre du Comité Central du Parti Communiste Cubain et député) renonce à tuer le chef de la police, qui ensuite le tue lâchement lors d’une manifestation. Dans le quatrième et dernier épisode Mariano, qui vit dans la Sierra avec sa famille, se joint aux barbudos après la mort de l’un de ses quatre enfants.
Influencé par le Cinema Novo brésilien, le néoréalisme italien, la nouvelle vague française et les images d’Orson Welles, Kalatozov (s’accordant de larges nuances artistiques) réalisa un chef-d’œuvre en enregistrant la ferveur politique du moment. Pure distillation de cinéma, habilement embellie par une photographie expérimentale qui convertit chaque image en une exception visuelle, le film a été agrémenté par la technique soviétique, des cadres « obliques », des longs et « acrobatiques » plans séquence, inoubliable la reprise de l’enterrement de l’étudiant montrant la douleur d’un pays entier.
Le réalisateur déclara qu’il voulait réaliser une fresque exhaustive, quelque chose, si ce n’est pas trop ambitieux, comme les Rougon-Macquart d’Émile Zola, mais la première et unique coproduction Cuba-URSS fut vivement critiquée à sa sortie. Les cubains rebaptisèrent le film No soy Cuba en voyant une représentation stéréotypée de leurs habitudes, tandis que les soviétiques le trouvèrent assez peu révolutionnaire. Le film fut ainsi retiré de la circulation et marqué comme expérience de propagande avortée.
Soy Cuba, joué par des acteurs non professionnels, a été redécouvert trente ans plus tard, en 1992, au Telluride Film Festival dans le Colorado lorsque deux hauts représentants de la New Hollywood, Martin Scorsese et Francis Ford Coppola, ils l’ont qualifié de chef-d’œuvre et ont réussi en 2005 à le remettre dans les salles. Les raisons pour lesquelles il fut attaqué à l’époque, les innovations artistiques, devinrent les mêmes pour la redécouverte.
L’histoire, le « making of » et l’accueil du film sont racontés dans le documentaire Soy Cuba, le mammouth sibérien (2004) dirigé par le réalisateur brésilien Vicente Ferras qui recueille les témoignages des protagonistes de l’époque aujourd’hui étonnés de la réévaluation. Comme le critique américain James Hoberman l’a dit, le film a été ressuscité d’un oubli de décennies, comme un mammouth réapparaît après des millénaires dans la glace sibérienne.
Depuis, le cinéma cubain a produit des milliers de films, parmi des longs-métrages, des documentaires, des dessins animés; il a fait émerger des réalisateurs de renommée internationale comme Tomás Gutiérrez Alea et Juan Carlos Tabío (Fraise et Chocolat), Humberto Solás (Lucía), Daniel Díaz Torres (Alice in Wondertown), mais Soy Cuba, film qui a failli être effacé des pages de l’histoire du cinéma, reste un aperçu d’un monde qui n’existe plus. Tourné en pleine guerre froide, il décrivit la dictature de Batista, souligna « l’infaillibilité » de Castro, dénonça le capitalisme. Il montra plus simplement combien l’idée même de la Révolution peut être belle.
Andréa Lauro
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Déclaration de Ian Brossat
« Je souhaite ce soir remercier très chaleureusement les centaines de milliers d’électrices et les électeurs qui nous ont fait confiance.
C’est une belle campagne qui s’achève, après 12 ans d’absence à une élection nationale.
C’est une campagne que nous avons voulue sincère, combative, fidèle aux combats et aux valeurs de la gauche. En dépit de nos efforts, il arrive que la marche soit parfois trop haute pour être franchie du premier coup. Ce soir, nous n’atteignons pas encore nos objectifs.
Première leçon. L’extrême-droite arrive en tête de ce scrutin. Rappelons-nous, il y a encore 10 ans, la liste du Front National ne dépassait pas les 6%. Le score d’aujourd’hui est le résultat d’un pari perdu, un pari forcément perdant et dramatique pour notre pays.
Cette stratégie, c’est celle d’Emmanuel Macron, qui impose aux Français ce face-à-face avec Marine Le Pen pour assurer sa survie politique. Non, ce n’est pas un duel comme on cherche à nous le faire croire, c’est un duo mortifère pour notre pays et pour la démocratie.
Deuxième leçon. La gauche a également sa part de responsabilités. Je prends ma part de responsabilité, il ne s’agit pas de se dédouaner. Ce soir, la gauche est affaiblie, tout est à reconstruire.
J’ai l’intime conviction que l’avenir passe par l’humilité, le travail collectif, le respect mutuel, le refus de la tentation hégémonique. Ecoutons-nous, respectons-nous, travaillons ensemble.
Et soyons clairs: cette reconquête des coeurs et des esprits ne sera possible que dans la rupture avec le libéralisme. Reconstruire une gauche digne de ce nom en France, c’est à cet objectif que le Parti Communiste doit consacrer tous ses efforts, dans les semaines à venir.
A tous les communistes, à celles et à ceux venus d’autres horizons et qui nous ont rejoint, je voudrais vous témoigner de ma profonde gratitude. Être vôtre candidat, vous représenter, fut un honneur et un privilège.
Je voudrais dire à chacune et chacun de nous ce soir : le combat continue — il continue partout, il continue toujours. Je voudrais remercier chaleureusement Fabien Roussel, ainsi que tou.te.s mes colistier.e.s et particulièrement Marie-Hélène Bourlard.
Ce soir, demain, cette semaine, dans les prochains mois : conservons en nous ce formidable état d’esprit et cette énergie qui fut le nôtre durant cette campagne. Faisons-les vivre ! Conservons-en nous cette joie d’être ensemble, cette envie, ce bonheur de nous être retrouvés.
La 2e chose que je vous demande et j’en terminerai ainsi : dans cette période politique trouble, n’oublions jamais que nous n’avons aucun adversaire à gauche. Conservons la bienveillance qui fut la nôtre, cette envie sincère de tendre la main, de réussir le rassemblement demain. »
Déclaration de Fabien Roussel :
Au soir de ce scrutin, la domination des forces réactionnaires, marquée par le score élevé du Rassemblement national qui arrive en tête, deux ans après le séisme de 2017, doit interpeller toutes les forces de gauche. Cette situation est très grave pour l'avenir de la France. L'aspiration à un changement de politique, pourtant largement majoritaire en France et en Europe, ne s'exprime pas pour le moment en faveur d'une issue politique de progrès social et démocratique.
La responsabilité première de la progression du RN incombe à Emmanuel Macron qui a tout fait depuis plusieurs mois pour installer un face-à-face avec le parti de la haine. Non seulement LREM connaît un échec, mais en faisant ce choix ainsi qu'en mettant en œuvre une politique néolibérale, profondément antisociale, le Président de la République aura offert au RN un regain de crédit politique. Ce jeu cynique a un prix catastrophique : il met en danger la République au moment même où des formations autoritaires et xénophobes viennent d’obtenir des résultats préoccupants dans plusieurs pays d’Europe. Nous n’en sommes que plus inquiets de la place qu’ont pris, dans la campagne électorale, les propos démagogiques ou mensongers, les discours racistes et les appels à la stigmatisation des réfugiés.
Les estimations connues à cette heure indiquent une forte hausse de la participation par rapport à ce qui était attendu. Cela n'efface pas pour autant la crise démocratique dans laquelle s’enfonce, depuis des années, notre pays. Plusieurs dizaines de millions d’électeurs.trices, notamment dans les catégories populaires comme parmi les jeunes et dans l’électorat de gauche, ne se sont pas sentis concernés, laissant ainsi la droite, qu’elle soit macroniste ou LR, et l’extrême-droite rafler l’essentiel des sièges au Parlement européen.
Malgré la très belle campagne de Ian Brossat et de ses colistier.e.s, la participation des militant.e.s du PCF et de République et Socialisme, ainsi que de citoyen.ne.s de tous horizons, le score de notre liste Pour l'Europe des gens contre l'Europe de l'argent est en deçà de nos espérances. Les propositions que nous avons portées, notre travail de terrain pour promouvoir les exigences populaires, notre respect de toutes les forces de gauche constituent un atout pour construire une alternative de gauche à la politique d’Emmanuel Macron.
Du fait d’un mode de scrutin inique, qui élimine toute liste ayant obtenu moins de 5 %, notre résultat ne nous permet pas d’envoyer des députés au Parlement européen. Ces élus manqueront pour conduire les combats plus que jamais indispensables pour construire l’Europe des gens contre l’Europe de l’argent. Ce combat ne s’en poursuivra pas moins, avec nos partenaires du Parti de la gauche européenne et du groupe de la Gauche unitaire européenne, dans les luttes et les batailles qu’il faudra mener contre le néolibéralisme et le nationalisme qui menacent l’Europe et la France.
La grande leçon de ce scrutin est donc le besoin de reconstruire la gauche, afin d’ouvrir une issue à la grave crise que vit notre pays.
Au total, les différentes listes s’en réclamant, qui étaient divisées sur la question européenne, atteignent à peine un tiers des suffrages exprimés. Il convient maintenant de travailler au rassemblement. C’est le sens de l’appel solennel que nous lançons ce soir à l’ensemble des forces de gauche, à leurs électrices et à leurs électeurs.
Notre pays est en proie à une colère profonde devant les inégalités que provoquent des politiques au service exclusif de la finance et du capital. Rien n’est plus indispensable que d’empêcher son dévoiement en proposant à notre peuple une perspective de progrès social et de justice, d’égalité et de fraternité retrouvées, de démocratie et de défense des équilibres écologiques menacés par un capitalisme cupide. C’est la seule manière de faire renaître un espoir majoritaire et de pouvoir battre, en même temps, le président des ultra riches et ses faux adversaires d’extrême droite.
Dans le respect de notre diversité, nous devons, nous pouvons construire un large rassemblement sur des propositions de gauche en rupture avec les politiques néolibérales. Nous pouvons construire et obtenir des avancées importantes et attendues avec les salarié.e.s en lutte dans les entreprises, leurs organisations syndicales, de nombreux citoyen.ne.s mobilisés dans le mouvement des gilets jaunes et les actions pour le climat, le mouvement associatif. Nous pouvons mettre en échec le projet gouvernemental de contre-réforme des retraites, comme les reculs démocratiques contenus dans les réformes institutionnelles en préparation, gagner ensemble une augmentation générale des salaires et des pensions, une sécurité sociale étendue, un plan d’urgence pour les services publics, le retour sur les privatisations imposées aux Français à commencer par celle d’ADP, une lutte déterminée contre l’évasion fiscale et pour une autre utilisation de l'argent public, des banques et des entreprises. Le PCF prendra toute sa part dans ce travail de reconstruction de la gauche. Nous proposons à toutes les forces de gauche et écologistes de se rencontrer rapidement pour échanger sur les initiatives à prendre et nous appelons nos concitoyens à s'appliquer dans cette reconquête.
Passons ensemble à l’action. Commençons ainsi à esquisser l'union populaire qui pourra demain changer le destin du pays et de l'Europe. C’est avec détermination que le Parti communiste français s’engage dans la bataille pour la transformation sociale.

Au soir de ce scrutin, la domination des forces réactionnaires, marquée par le score élevé du Rassemblement national qui arrive en tête, deux ans après le séisme de 2017, doit interpeller toutes les forces de gauche. Cette situation est très grave pour l’avenir de la France. L’aspiration à un changement de politique, pourtant largement majoritaire en France et en Europe, ne s’exprime pas pour le moment en faveur d’une issue politique de progrès social et démocratique. La responsabilité première de la progression du RN incombe à Emmanuel Macron qui a tout fait depuis plusieurs mois pour installer un face-à-face avec le parti de la haine. Non seulement LREM connaît un échec, mais en faisant ce choix ainsi qu’en mettant en œuvre une politique néolibérale, profondément antisociale, le président de la République aura offert au RN un regain de crédit politique. Ce jeu cynique a un prix catastrophique : il met en danger la République au moment même où des formations autoritaires et xénophobes viennent d’obtenir des résultats préoccupants dans plusieurs pays d’Europe. Nous n’en sommes que plus inquiets de la place qu’ont pris, dans la campagne électorale, les propos démagogiques ou mensongers, les discours racistes et les appels à la stigmatisation des réfugiés. Les estimations connues à cette heure indiquent une forte hausse de la participation par rapport à ce qui était attendu. Cela n’efface pas pour autant la crise démocratique dans laquelle s’enfonce, depuis des années, notre pays. Plusieurs dizaines de millions d’électeurs.trices, notamment dans les catégories populaires comme parmi les jeunes et dans l’électorat de gauche, ne se sont pas sentis concernés, laissant ainsi la droite, qu’elle soit macroniste ou LR, et l’extrême-droite rafler l’essentiel des sièges au Parlement européen.
Malgré la très belle campagne de Ian Brossat et de ses colistier.e.s, la participation des militant.e.s du PCF et de République et Socialisme, ainsi que de citoyen.ne.s de tous horizons, le score de notre liste Pour l’Europe des gens contre l’Europe de l’argent est en deçà de nos espérances. Les propositions que nous avons portées, notre travail de terrain pour promouvoir les exigences populaires, notre respect de toutes les forces de gauche constituent un atout pour construire une alternative de gauche à la politique d’Emmanuel Macron. Du fait d’un mode de scrutin inique, qui élimine toute liste ayant obtenu moins de 5%, notre résultat ne nous permet pas d’envoyer des députés au Parlement européen. Ces élus manqueront pour conduire les combats plus que jamais indispensables pour construire l’Europe des gens contre l’Europe de l’argent. Ce combat ne s’en poursuivra pas moins, avec nos partenaires du Parti de la gauche européenne et du groupe de la Gauche unitaire européenne, dans les luttes et les batailles qu’il faudra mener contre le néolibéralisme et le nationalisme qui menacent l’Europe et la France.
La grande leçon de ce scrutin est donc le besoin de reconstruire la gauche, afin d’ouvrir une issue à la grave crise que vit notre pays. Au total, les différentes listes s’en réclamant, qui étaient divisées sur la question européenne, atteignent à peine un tiers des suffrages exprimés. Il convient maintenant de travailler au rassemblement. C’est le sens de l’appel solennel que nous lançons ce soir à l’ensemble des forces de gauche, à leurs électrices et à leurs électeurs. Notre pays est en proie à une colère profonde devant les inégalités que provoquent des politiques au service exclusif de la finance et du capital. Rien n’est plus indispensable que d’empêcher son dévoiement en proposant à notre peuple une perspective de progrès social et de justice, d’égalité et de fraternité retrouvées, de démocratie et de défense des équilibres écologiques menacés par un capitalisme cupide. C’est la seule manière de faire renaître un espoir majoritaire et de pouvoir battre, en même temps, le président des ultra riches et ses faux adversaires d’extrême droite.
Dans le respect de notre diversité, nous devons, nous pouvons construire un large rassemblement sur des propositions de gauche en rupture avec les politiques néolibérales. Nous pouvons construire et obtenir des avancées importantes et attendues avec les salarié.e.s en lutte dans les entreprises, leurs organisations syndicales, de nombreux citoyen.ne.s mobilisés dans le mouvement des gilets jaunes et les actions pour le climat, le mouvement associatif. Nous pouvons mettre en échec le projet gouvernemental de contre-réforme des retraites, comme les reculs démocratiques contenus dans les réformes institutionnelles en préparation, gagner ensemble une augmentation générale des salaires et des pensions, une sécurité sociale étendue, un plan d’urgence pour les services publics, le retour sur les privatisations imposées aux Français à commencer par celle d’ADP, une lutte déterminée contre l’évasion fiscale et pour une autre utilisation de l’argent public, des banques et des entreprises. Le PCF prendra toute sa part dans ce travail de reconstruction de la gauche. Nous proposons à toutes les forces de gauche et écologistes de se rencontrer rapidement pour échanger sur les initiatives à prendre et nous appelons nos concitoyens à s’appliquer dans cette reconquête.
Passons ensemble à l’action. Commençons ainsi à esquisser l’union populaire qui pourra demain changer le destin du pays et de l’Europe. C’est avec détermination que le Parti communiste français s’engage dans la bataille pour la transformation sociale
C’est « l’élection européenne la plus importante depuis 1979 », serine à l’envi Emmanuel Macron. Si elle l’est, ce n’est pas seulement pour les raisons qu’il donne – lui ou le chaos –, mais parce que l’occasion est unique de réorienter une Union européenne que l’austérité néolibérale a menée à l’impasse.
D’ici à dimanche, 427 millions de personnes sont appelées aux urnes pour renouveler leurs représentants au Parlement européen. Une élection qui intéresse peu, mais qui aura pourtant des conséquences concrètes sur la vie quotidienne. En France, plus d’un électeur sur deux qui compte se déplacer entend « sanctionner » Emmanuel Macron. Le chef de l’État, affaibli depuis novembre et la traduction par les gilets jaunes de la crise sociale qui couve, veut éviter que ce scrutin ne se transforme en référendum et ne compromette ainsi la fin de son quinquennat. D’où l’énergie déployée par l’exécutif pour tenter de réduire cette élection à une opposition entre nationalistes et « progressistes », usurpant passablement le vocable, mais jouant d’un danger bien réel, avec une poussée de l’extrême droite redoutée dimanche dans nombre de pays. L’enjeu pourtant dépasse ce clivage artificiel, qui évacue les urgences sociales et les alternatives au néolibéralisme, qui a pourtant conduit l’Europe dans l’impasse. L’UE s’invite dans nos assiettes, conditionne nos emplois, pèse sur notre avenir. À l’heure de se prononcer, l’Humanité décline les enjeux de ce scrutin.
L’Union européenne est au pied du mur. L’impasse des politiques néolibérales, du dogme de la concurrence et de l’austérité, incapables de répondre aux aspirations sociales, démocratiques et écologiques, explique le désamour des peuples européens à l’égard d’institutions soumises aux lobbies et intérêts des multinationales. L’affaiblissement des souverainetés populaires a encouragé la fièvre nationaliste et raciste. Mais cette situation est loin d’être une fatalité. À Strasbourg, chaque voix comptera. Lors du précédent mandat, les directives de libéralisation du rail sont passées à 22 voix près. Or, la future Assemblée aura à se prononcer sur des dossiers cruciaux, notamment un nouvel accord commercial avec les États-Unis, une sorte de traité transatlantique bis. De même, Emmanuel Macron et d’autres responsables nationaux entendent renforcer l’Europe de la défense, à savoir organiser un pilier européen d’une Otan sous domination américaine. Si rien n’est fait, cette législature pourrait être celle d’une nouvelle étape de vassalisation de l’Europe envers Washington. Mais l’heure est aussi à tourner la page des politiques d’austérité. Sur fond d’affaiblissement des deux poids lourds du Parlement, le Parti populaire européen (PPE, conservateur) et les socialistes et démocrates, la majorité austéritaire du Parlement pourrait pourtant se renforcer avec l’apport des centristes et des macroniens de l’Alliance des démocrates et libéraux en Europe (Alde), voire des Verts.
L’abstention pourrait atteindre, dimanche, un nouveau record, notamment chez les classes populaires. Les 1 % les plus riches, eux, n’oublieront pas d’aller voter. Si les mobilisations des gilets jaunes ont permis l’irruption de la colère sociale dans le débat public, elle doit pouvoir se traduire dans les urnes, sous peine de laisser les mains libres aux libéraux. Les macronistes ont bien tenté la récupération, mais leurs listes « gilets jaunes » – une première tentative avec Jacline Mouraud, puis une deuxième avec Ingrid Levavasseur – ont capoté. Résultat : les GJ, divisés, sont présents sur plusieurs listes. De gauche, ce qui se comprend au vu de leurs revendications (sur le rétablissement de l’ISF, la hausse du Smic, le conditionnement voire l’arrêt du crédit d’impôt compétitivité-emploi, etc.), mais de droite extrême ou d’extrême droite aussi. Marine Le Pen a eu beau jeu de leur lancer cet appel, depuis Villeblevin (Yonne), le 21 mai : « Le moyen pacifique et démocratique de pouvoir obtenir quelque chose (...), c’est d’aller voter pour la seule liste capable de battre celle d’Emmanuel Macron, celle du Rassemblement national ! » En se positionnant favorablement uniquement sur le référendum d’initiative populaire (qu’il entend manipuler sur la question migratoire), le parti d’extrême droite se relooke à peu de frais en « working class hero », en évacuant totalement le volet social – qui l’emporte sur les autres attentes – du mouvement. Car, il faut mettre en parallèle les revendications portées sur les ronds-points et le refus de Marine Le Pen d’y accéder pour se rendre compte de l’arnaque. Si certaines figures du mouvement ont appelé fort justement à « battre Macron » dans les urnes à cause de sa politique antisociale, ceux qui n’ont pas fixé leur choix feraient bien de relire les programmes pour ne pas faire pire que mieux en glissant un bulletin contraire à leurs attentes dans l’urne dimanche.
« Si on veut voter contre Macron, le vote utile, désormais, c’est le vote Rassemblement national ! » proclamait tranquillement l’animateur Olivier Truchot, la semaine dernière, sur BFMTV. Il faut dire que journalistes et sondeurs se sont démenés pour surjouer le duel progressistes-nationalistes imaginé par le RN d’une part, LaREM d’autre part, emmenant le parti d’extrême droite à marquer des points, notamment sur l’immigration. À l’issue du débat sur LCI, le 20 mai, le directeur opinions de Harris Interactive, Jean-Daniel Lévy, osait dire qu’un point distingue le RN des autres formations politiques : « Quand Marine Le Pen ou les représentants du RN parlent, on les comprend. » Un exemple ? « Nous avons en France 10 millions de pauvres, 6 millions de chômeurs et un Français sur trois qui n’arrive plus à se soigner correctement. (…) Nous assumons d’être élus par les nôtres et de faire de la politique pour les nôtres d’abord », a déclaré la tête de liste RN, Jordan Bardella, au meeting de Villeblevin. On voit la cible se dessiner. Mais quand on sait qu’en 2015, au pic de la crise de l’accueil, les migrants représentaient 0,2 % de la population européenne globale, on a du mal à « comprendre » comment ceux qui parlent sur les plateaux télé d’un FN « new look » n’entendent pas le Front national des années 1980, et son « Les Français d’abord ». Un slogan d’ailleurs décliné dans plusieurs pays, où l’extrême droite pourrait parvenir en tête du scrutin et constituer un groupe influent autour du Rassemblement national et de la Ligue du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini. Certains partis dits de la droite traditionnelle comme le Fidesz hongrois ou les conservateurs autrichiens de l’ÖVP pourraient leur tendre la main pour mener en Europe une politique toujours moins solidaire et toujours plus anti-migrants.
En s’impliquant personnellement dans la bataille, Emmanuel Macron en a fait un référendum pour ou contre lui. De fait, le scrutin de dimanche peut permettre aux citoyens de sanctionner sa politique. D’autant que le président pense que la crise sociale, mise en lumière par les gilets jaunes, est derrière lui. Au point de décréter qu’ils n’ont « plus de débouché politique ». À l’inverse, le chef de l’État estime ne pas avoir à « rougir de son bilan » dans son interview à la presse régionale, mardi. « Le pouvoir d’achat n’a jamais augmenté de cette manière depuis douze ans, (…) les emplois industriels sont recréés » (en fait, 8 000 créés depuis 2016), a-t-il égrené, loin de la réalité sociale du pays. « Le chômage est au plus bas depuis dix ans », avance-t-il également. Il a juste retrouvé son niveau de 2009, à peine sous les 9 %. On est loin encore de l’objectif de 7 % qu’il s’était fixé pour la fin de son mandat. Le 26 mai, selon le score de la majorité et du rapport de forces à gauche, l’occasion est donnée aux électeurs de peser sur la fin d’un quinquennat, dont les deux premières années ont été marquées par une violence inouïe envers les classes populaires.
Portée de façon inédite dans le cadre d’élections européennes, l’écologie aura été une thématique phare de cette campagne. Pas une liste qui la snobe – quitte, pour certaines, à opter pour un « greenwashing » ostentatoire. Reste que, en la matière, l’Union a de nombreuses cartes à jouer, et son Parlement les moyens de peser sur les décisions. Son vote unanime, en 2018, contre la pêche électrique, technologie mortifère au service de la surpêche, en est un exemple éloquent. Non seulement les députés ont, sous impulsion de la GUE et d’EELV, pris à contre-pied un projet de la Commission, mais ils l’ont acculée à aller dans leur sens : un an plus tard, celle-ci validait l’interdiction. Leur rôle sera tout aussi déterminant lors du prochain mandat. Redéfinition des objectifs de réduction de gaz à effet de serre pour les rendre cohérents avec l’accord de Paris, réorientation de la politique agricole commune… l’agenda écologique sera chargé. En matière de climat, singulièrement, des décisions structurelles sont en jeu. Elles porteront, entre autres, sur le ciblage des financements accordés aux entreprises par la BCE, laquelle continue de financer à hauteur de 112 milliards d’euros par an les secteurs les plus polluants, ou sur le soutien aux pays membres dépendants du charbon, afin qu’ils puissent rapidement opérer une transition énergétique socialement soutenable.
Paradoxe, l’élection européenne mobilise traditionnellement peu en France, considérée comme une élection intermédiaire entre deux présidentielles. L’Union s’invite pourtant dans le quotidien des Français : quand une loi n’est pas la transposition en droit français d’une directive européenne, elle est inspirée d’injonctions suscitées à Bruxelles… Le « semestre européen » est ainsi une procédure méconnue de surveillance des politiques structurelles, sociales, budgétaires et macroéconomiques des États membres de l’UE, qui règle le calendrier européen comme du papier à musique. Par des recommandations spécifiques aux États, la Commission et le Conseil européens les poussent à aller toujours plus loin dans la dérégulation sociale. Y sont examinés tous les « obstacles au commerce », ce qui inclut les différences de réglementation qui nous protègent sur les plans sanitaire, social et environnemental. Un exemple : l’importation de saumon transgénique, autorisée au Canada, est interdite en Europe. Mais il n’y a pas d’obligation d’étiquetage du saumon OGM au Canada, lequel pourra, avec l’accord UE-Canada, qui, en supprimant les droits de douane, rend le saumon canadien attractif, se retrouver dans votre assiette, sans que vous le sachiez.
Henri Peña-Ruiz, Baptiste Talbot, Maryam Madjidi, Hélène Langevin-Joliot,Didier Daeninckx, Josiane Balasko,Florent Guéguen, Jacques Fournier.
Henri Peña-Ruiz, Philosophe, écrivain, maître de conférences à Sciences-Po Paris
« Ian Brossat fait honneur à la politique et au communisme. Il mène brillamment campagne en faisant le pari de l’intelligence et de la culture. Dans “communisme”, il y a commun. Commun à tous les êtres humains. Au-delà des amalgames injustes qui ont tenté de disqualifier l’idéal communiste, il est grand temps de rappeler ce sens du bien commun, de l’intérêt général et de la solidarité qu’implique la notion de communisme. Souvenons-nous du Front populaire, de la résistance au nazisme, puis de la Libération, avec l’œuvre inoubliable d’Ambroise Croizat, ministre communiste qui créa la Sécurité sociale. Oui, le Parti communiste français a joué un rôle décisif dans l’histoire de notre pays. Notamment pour promouvoir le progrès social. Aujourd’hui, face à la morgue de classe de M. Macron et à sa politique dévastatrice pour les plus démunis, il nous faut un Parti communiste fier de son histoire et décidé à jouer un rôle moteur dans le rassemblement des forces de progrès.… Au Parlement européen, les élus communistes ne manqueront pas de combattre une économie dévoyée par des financiers indifférents au sort des laissés-pour-compte. Il est temps de refonder l’Europe sur la justice sociale et la responsabilité écologique, sans oublier la laïcité, idéal d’émancipation plus actuel que jamais. Je souhaite un beau succès à Ian Brossat et à sa liste pour que la France de notre regretté Jean Ferrat parle haut et fort à Bruxelles. »
Baptiste Talbot, Fonctionnaire territorial, militant CGT
« Le scrutin du 26 mai est une échéance majeure pour faire entendre les exigences du monde du travail. Voter le 26 mai, c’est une forme de lutte, c’est l’occasion de porter la nécessité de rompre avec les politiques mortifères actuellement à l’œuvre en France et en Europe. Dans son Appel aux fonctionnaires, Ian Brossat a fermement affirmé son attachement au statut des fonctionnaires et à une fonction publique forte. Pour l’avenir du service public, pour peser dans la bataille en cours pour le retrait du projet de loi gouvernemental sur la fonction publique, je voterai dimanche pour la liste conduite par Ian Brossat. »
Maryam Madjidi, Écrivaine, prix Goncourt du premier roman
« Pourquoi je vous invite à voter pour notre liste ? Parce que nous avons plus que jamais besoin d’une alternative au système capitaliste. Notre liste est cette alternative, ce garde-fou contre cette Europe libérale que le PCF a toujours refusée. Il est urgent aujourd’hui de construire une union européenne qui soit fidèle à l’idée que nous nous faisions de l’Europe à sa création, à savoir une union des peuples, une solidarité entre les États, une garantie solide des services publics et une protection digne et solidaire envers les travailleurs immigrés, les réfugiés, les exilés. Je vous invite à voter pour notre liste parce que les Françaises et les Français, les Européennes et les Européens méritent mieux que cette union non pas des peuples mais des lobbyistes et des milliardaires. Il est temps de briser cette puissance de l’argent au profit d’une justice fiscale et sociale. Notre liste est à l’image de tous ces gens qui travaillent, qui paient leurs impôts, qui militent pour une solidarité envers les plus démunis, qui refusent que le monde de demain soit uniquement gouverné par une poignée de riches qui ont la ferme intention de s’enrichir encore et encore sur le dos de celles et ceux qui ne récoltent jamais ou alors très peu le fruit de leur travail. Je vous invite à voter pour notre liste au nom de notre humanité, cette humanité qui fait notre grandeur, qui fait notre dignité. »
Hélène Langevin-Joliot, Physicienne, petite-fille de Marie et Pierre Curie
« L’avenir des peuples de l’Union européenne dépend pour beaucoup de l’usage qui sera fait des savoirs scientifiques et des technologies. Produire ces savoirs et les maîtriser suppose un effort public considérable, une recherche publique et des formations post-bac à un niveau bien supérieur à l’actuel, alors que les gouvernements de droite et du Parti socialiste ont supprimé plus de 1 500 postes au CNRS en quelques années. (…) Les réussites scientifiques européennes le montrent : c’est par la coopération et non par la mise en concurrence des peuples que nous trouverons des solutions aux défis que nous affrontons. La liste dirigée par Ian Brossat porte un projet cohérent à cet égard, fondé sur le soutien à la recherche publique, son besoin de liberté, de temps long, de dialogue avec la société pour l’usage des technologies. »
Didier Daeninckx, Écrivain
« La première raison de mon vote en faveur de Ian Brossat tient à la personnalité du candidat, à la clarté de son propos politique, au fait qu’il se soit abstenu d’attaquer les autres têtes de liste de notre camp si divisé. Une attitude qui préserve l’avenir et les chances d’une nécessaire et urgente reconstruction de ce qu’il faut continuer à nommer la gauche. Je suis sensible aussi à la composition de cette liste qui donne sa juste part au monde du travail.
J’ai également été attentif à son affirmation d’une Europe du partage et non de l’exclusion, une Europe créatrice de richesses responsables, une Europe qui fasse contribuer les plus riches et qui ne lésine pas sur la lutte contre la faramineuse évasion fiscale. Une Europe qui ne cède en rien aux mirages du souverainisme, qui se révèle trop souvent comme le masque du nationalisme. Auteur de Missak, un roman consacré à Manouchian, je me souviens que, dès 1939, des dizaines de milliers d’apatrides, de juifs exilés, d’Italiens et d’Espagnols pourchassés, faisaient la queue pour s’engager dans l’armée française afin de combattre les fascismes européens. Parmi eux, Missak et ses compagnons arméniens. J’aime que, contre les négateurs, Ian Brossat le rappelle avec force. »
Josiane Balasko, Actrice
« Le 26 mai, j’aimerais essayer de vous convaincre d’aller faire entendre votre voix. Vous n’êtes pas forcément communiste et je ne le suis pas non plus. Mais, à travers mes différents engagements associatifs, j’ai souvent pu voir la présence de femmes et d’hommes communistes, et j’ai pu voir les valeurs qui les animaient, des valeurs populaires, jamais populistes. J’ai pu voir leur sincérité, j’ai pu voir leur disponibilité dès lors qu’il s’agit de défendre les plus modestes. C’est pourquoi j’ai décidé d’aller voter pour la liste de Ian Brossat. Parce que je crois que nous avons plus que jamais besoin de députés sincères, clairs, combatifs, à l’image de leur belle campagne. Surtout, en votant pour la liste de Ian Brossat, nous pouvons faire élire Marie-Hélène Bourlard, entrée à l’usine à l’âge de 16 ans, qui fut ouvrière du textile pendant 43 ans dans le Nord. Avec l’aide de nous toutes et de nous tous, Marie-Hélène Bourlard peut devenir la toute première femme ouvrière à entrer au Parlement européen depuis quarante ans. »
Florent Guéguen, Directeur d’une fédération d’associations de lutte contre l’exclusion
« Sur le continent le plus riche du monde, 86 millions d’Européens-es vivent en dessous du seuil de pauvreté, quand le nombre de personnes sans abri explose dans toutes les grandes capitales européennes. Dans ce contexte d’urgence sociale, les mal-logés, les chômeurs et les classes populaires ont besoin d’une gauche de combat fidèle à ses valeurs, qui lutte contre ces inégalités inacceptables et qui redonne un espoir aux millions de précaires. Avec ses propositions de Smic européen à au moins 60 % du revenu moyen, de clause de non-régression sociale et de réinvestissement dans les services publics, c’est la liste de Ian Brossat qui incarne cette volonté de conquête sociale. Je voterai aussi pour Ian car sa liste s’engage sans ambiguïté en faveur de l’accueil des personnes migrantes, qui fuient la guerre et l’extrême pauvreté, en assumant des sanctions financières contre les États qui ne respectent pas leur devoir de solidarité. Envoyons au Parlement européen des femmes et des hommes qui défendront fidèlement l’intérêt des ménages les plus modestes face à l’Europe de l’argent et des marchés financiers !
Jacques Fournier, Conseiller d’État honoraire, ancien secrétaire général du gouvernement, ancien PDG de la SNCF et de GDF.
« Je voterai pour la liste de Ian Brossat. Cette annonce pourra surprendre : Ian Brossat, adjoint au maire chargé du logement à la ville de Paris, est à la tête de la liste du Parti communiste, à laquelle les sondages ne donnent que fort peu de chance d’atteindre le seuil des 5 % qui permet d’avoir des élus.
Je n’ai jamais été anticommuniste. Mais j’ai fait en France, depuis le congrès d’Épinay en 1971, le choix du socialisme. J’y suis toujours resté fidèle et je ne le renie pas. Je persiste à penser que c’est autour d’un PS rénové et ragaillardi que pourra revenir au pouvoir un gouvernement de la gauche en France.
Trois des promoteurs des listes en présence le 26 mai sont issus du Parti socialiste, mais aucune de ces listes n’en porte le drapeau. Jean-Luc Mélenchon s’est lancé, avec la France insoumise, dans une démarche mégalomaniaque dont les excès deviennent insupportables. Benoît Hamon a cru que son succès relatif dans les primaires du PS lui donnait, avec Génération(s), un destin national qui se dérobe sous ses pieds. Olivier Faure, plus modestement, a essayé de reconstruire la maison, mais il a estimé ne pouvoir le faire qu’en allant chercher sur la place publique – que l’on me pardonne ce jeu de mots – le pion qui lui manquait.
Je pense, depuis longtemps déjà, qu’il faut donner un sérieux coup d’éperon à la monture européenne. J’ai cru, en votant Hollande en 2012, que la France allait s’engager dans une démarche résolue de remise en cause du traité d’austérité budgétaire, qui interdit aux pays membres de s’engager dans la voie de ce que j’appelle l’économie des besoins. Comme beaucoup d’autres, j’ai été déçu. L’Europe doit être non pas le vecteur de l’assujettissement de notre continent à la mondialisation capitaliste, mais le ferment d’une orientation nouvelle que son histoire et sa culture lui permettent de dessiner. Un vote pour la liste conduite par Raphaël Glucksmann, quelle que soit la considération que l’on peut avoir pour la personne de son chef de file, et même si l’on y trouve plusieurs de mes amis du PS, n’aurait pas cette portée. Je ne pense pas que les socialistes français soient en mesure d’infléchir la ligne, beaucoup trop attentiste à mes yeux, du groupe dans lequel ils entreraient s’ils arrivent à franchir le seuil des 5 %. C’est pourquoi, pour ce scrutin bien particulier, je préfère apporter mon suffrage à une liste se réclamant de la gauche radicale européenne. »
Franck Sailliot
Ancien délégué CGT chez ArjoWiggins
Long et intense, une campagne européenne ? Certes, mais pas de quoi effrayer Franck Sailliot. Avec ses camarades, il a occupé pendant trois ans et demi l’usine ArjoWiggins de Wizernes (Pas-de-Calais). « On est resté jour et nuit, et on a fini par trouver un repreneur. Un industriel local. On s’est battu pour empêcher le démantèlement de l’outil de production et sauver un maximum d’emplois. Un de gagné, c’est toujours ça », apprécie Franck. À Pôle emploi depuis février, l’ancien délégué syndical du groupe et responsable national Filpac continue de se mobiliser. Il est 19e sur la liste du PCF pour les élections européennes, conduite par Ian Brossat. « J’ai hésité à dire oui au début. J’avais en tête l’exemple d’Édouard Martin, de Florange, raconte Franck. Mais le site de Wizernes, lui, n’a pas fermé. La machine a redémarré et la première bobine est sortie vendredi dernier. Et puis j’ai évidemment demandé aux gars d’Arjo ce qu’ils en pensaient. Je ne pouvais pas décider sans eux. Ils ont dit oui très vite, avec un grand sentiment de fierté. » Un peu comme s’ils étaient tous sur la liste. « Elle est composée à 50 % d’ouvriers, ça peut être que bénéfique. Ce qui me motive, c’est que j’ai bien vu les groupes de l’industrie papetière faire du lobbying à Bruxelles pour assouplir les normes sociales et environnementales. Arjo faisait aussi du dumping avec ses autres sites en Europe. Du coup, ça me semble une bonne idée d’interdire les délocalisations à l’intérieur de l’Union », apprécie-t-il. S’il bat la campagne avec le PCF, Franck n’oublie jamais les « copains » d’Arjo et continue à les soutenir sur des sites occupés. « On était leader mondial sur le papier haut de gamme. On faisait aussi des billets, du calque, des serviettes, des cartes grises, des lettres, du papier aquarelle. En 2008, quand Pascal Lebard a pris la tête du groupe, il s’est mis à tout saboter. On s’est battu partout pour les gars, les familles, les usines et les villes. J’en retiens que, quand tout s’écroule, il faut se battre : la lutte paie toujours. Et je suis très fier d’être sur une liste aujourd’hui avec des gens de combat. »
Lucie Martin
Étudiante, benjamine de la liste
Elle est la benjamine de la liste, mais n’en est pas moins déterminée. Au contraire, du haut de ses 19 bougies soufflées pendant la campagne, Lucie Martin veut à la fois se faire porte-voix d’une jeunesse précarisée et sonner le tocsin contre l’abstention massive dans sa tranche d’âge. Originaire d’un village du nord de l’Isère, « un peu à la campagne », l’étudiante s’est engagée à l’UEC, son bac en poche. Alors qu’elle s’apprête à rejoindre les bancs de Sciences-Po à Grenoble, c’est l’injustice de la réforme Parcoursup qui la pousse dans la rue et à s’engager plus encore. « J’étais scolarisée dans un lycée privé et l’un de mes profs nous a dit qu’on n’avait pas de soucis à se faire parce qu’on était dans un établissement bien coté, alors qu’au même moment, mes amis scolarisées dans des lycées de banlieue, par exemple, enchaînaient refus et vœux en attente. On prend vite conscience alors de ce qu’injustice veut dire », raconte la candidate. Issue d’une famille où « on ne parle pas trop politique », l’étudiante raconte comment elle s’est rendu compte que « beaucoup d’idées reçues sur le PCF sont fausses » en rencontrant ses militants ; elle espère le démontrer à son tour. Alors, quand seulement 24 % des 18-24 ans seraient décidés à voter dimanche, son message est clair pour ceux tentés de ne pas se rendre aux urnes : « On peut changer les choses mais pour ça il faut agir ! » résume-t-elle. Ces réformes contre lesquelles lycéens et étudiants se sont mobilisés ne tombent pas totalement du ciel, estime-t-elle : « Le processus de Bologne, qui aboutit aujourd’hui à la sélection, à la hausse des frais d’inscription, nous vient de l’Europe. Il faut créer un rapport de forces pour combattre ces logiques, sinon l’université pour toutes et tous restera un rêve. » Si on lui avait dit, il y a quelques mois, qu’elle prendrait la parole en meeting devant plus de 500 personnes, la « timide » Lucie n’y aurait pas cru. Mais l’enjeu importe trop. « À l’instar du Smic, je veux défendre un salaire étudiant au niveau européen, insiste-t-elle. Il est insupportable que tant d’étudiants échouent à cause du job qu’ils sont contraints de prendre pour financer leurs études ou abandonnent carrément pour avoir les moyens de vivre. » J. H.
Stanislas Baugé
Chauffeur routier et membre de la fédération CGT des transports
«Je me suis assis et je l’ai relu deux trois fois… » Stanislas Baugé part dans un éclat de rire en racontant le SMS reçu par Marie-Pierre Vieu, eurodéputée sortante, qui lui propose alors de faire partie de la liste PCF. Le chauffeur routier de 38 ans, transporteur d’hydrocarbures, a évidemment hésité, lui qui a des journées bien remplies par ses heures de conduite, couplées à son mandat à la fédération CGT des transports. Mais le Charentais fait vite le lien avec cette nouvelle aventure politique, lui à qui on a souvent dit qu’il « ne (pouvait) pas marcher sur une seule jambe ».
De ses rencontres avec la ministre des Transports, Élisabeth Borne, aux blocages, il est partout. « Quand il a quelque chose en tête, il va jusqu’au bout, nous dit Jean-Pierre, chauffeur routier de 51 ans qui le connaît depuis quinze ans. Toute la semaine, il peut être à Paris pour son mandat à la CGT et revenir le samedi pour la manifestation. Heureusement que sa femme (avec qui il a deux enfants – NDLR) comprend son engagement… » C’est avec la Fédération européenne des travailleurs des transports qu’il a été amené, l’année passée, à se rendre au Parlement européen pour travailler sur le paquet mobilité, muni uniquement de ses « tripes » et de ses « convictions », précise-t-il avec malice, en référence aux lobbies présents à Bruxelles. C’est là qu’il rencontre Marie-Pierre Vieu, pour qui Stanislas est « quelqu’un de très humain dans un métier très dur », qui fut « l’une des chevilles ouvrières pour gagner le vote des élus ». Lui tance cette « Europe libérale » qui aurait bien besoin de plus de travailleurs dans ses instances : « On a pris l’habitude de dire “c’est à cause de l’Europe’’. Mais c’est là qu’il faut être, c’est là que s’écrit toute notre profession. On ne peut pas faire sans l’Europe, alors autant bien l’écrire. » Car, un combat l’occupe : celui contre le dumping social. Désocialisation, temps de conduite qui explosent, manque d’hygiène et de moyens pour se soigner… il pense tout de suite aux routiers polonais : « C’est eux qui trinquent. »
La campagne de « l’Europe des gens » et de sa tête de liste Ian Brossat a marqué les esprits et changé la donne à gauche. Il lui reste à transformer l’essai, dimanche.
Peu l’ont vue venir mais, dans la dernière ligne droite, nombreux sont ceux à avoir jugé la campagne de Ian Brossat comme la « révélation » de ces européennes. Une expression entendue sur France 2, quand les Inrocks s’interrogent sur « le retour de l’idée communiste ? », ou Libération estime que « le communiste a surpris son monde »… Le tournant médiatique prend corps début avril avec le premier débat de France 2. Le grand public découvre alors un candidat loin des clichés entretenus sur les communistes et dont les punchlines marquent les esprits. Une, ce soir-là, retient particulièrement l’attention : « Quand je vous entends, Madame Loiseau, expliquer que vous êtes fière d’avoir divisé par 10 le nombre de migrants, vous devriez regarder vos pompes parce que pendant ce temps-là, il y a des gens qui sont morts en Méditerranée. Deux mille en 2018 », lance l’élu parisien à la candidate LaREM. Immigration, mais aussi justice fiscale et sociale, pouvoir d’achat… la clarté du discours et des propositions est saluée. En parallèle, les sondages progressent… lentement.
Mais la campagne communiste ne repose pas sur cette seule percée et compte d’abord sur ses propres forces, s’appuyant sur des militants ravis de retrouver leur couleur après de multiples élections sans candidat communiste. Monté sur le ring comme « chef de file » dès juin, c’est lors d’un congrès tendu en novembre 2018 que Ian Brossat devient officiellement « tête de liste » du PCF avec la double mission de mobiliser les communistes et d’éviter la dispersion à gauche. Les « mains tendues » hivernales aux autres partis n’évitent pas la constitution de six listes au printemps, mais la mobilisation militante, elle, est au rendez-vous. Un enthousiasme qui permet une campagne de proximité tous azimuts et au candidat de donner la réplique à France 2, mi-mai, lorsque la chaîne le relègue une seconde fois hors du casting des « principaux candidats » : « Nous sommes la force politique qui réunit le plus de monde dans ses meetings. » Place publique-PS, par exemple, réunissait mardi dernier 500 personnes à Lhomme (Sarthe) avec l’appui de Martine Aubry, quand 1 000 écoutaient Ian Brossat à Denain, près de Valenciennes.
Si elle crée la surprise, la liste pour « l’Europe des gens contre l’Europe de l’argent » grimpe dans les sondages, sans pour l’heure franchir le seuil fatidique des 5 % (jusqu’à 4 % dans un sondage OpinionWay la semaine dernière, mais plus généralement environ 3 %). Une pente ascendante, contrairement à Génération.s, qui ne permet pas toutefois de rattraper PP-PS (autour de 5 %) ni EELV et FI (entre 7 % et 9 %). Reste que la participation des sympathisants de gauche n’est évaluée, jusqu’à présent, qu’à 44 % (selon Ipsos et le Cevipof, contre 53 % à droite). Une abstention moins élevée dans cet électorat pourrait changer la donne. Dans la dernière ligne droite, le possible gain de voix de Ian Brossat inquiète d’ailleurs ses concurrents. « Il faut donner la force à une force. (…) Et la force, c’est nous ! » a martelé Jean-Luc Mélenchon lors d’un point presse, dimanche .
Si le candidat communiste ne veut pas entrer « dans le petit jeu des bisbilles », il ne s’est pas privé de l’argument du vote « rentable » mercredi soir sur France 2 : « Avec 5 %, vous vous doterez de 5 députés d’une gauche combative, sincère, authentique. 5 députés européens de plus pour la gauche. 5 députés européens de moins pour Mme Le Pen et M. Macron. Ça vaut le coup. »
Candidat de la gauche européenne au poste de Juncker, le syndicaliste FGTB promène sa gouaille ouvrière et ses valeurs forgées à l’usine sur tout le continent.
Le 1er janvier dernier, à 62 ans, c’est à la retraite que Nico Cué devait partir. Puis, en fait, non, rien ne s’est passé comme prévu : depuis cinq mois, il sillonne l’Europe, de l’Espagne à la Grèce, en passant par la France et l’Italie. Il a suffi d’un coup de fil, ou deux, de l’Allemand Gregor Gysi, du Français Pierre Laurent ou de l’Espagnole Maite Mola – tous trois dirigeants du Parti de la gauche européenne (PGE), qui rassemble une trentaine de formations politiques d’obédience communiste et plus si affinités – pour convaincre cette figure du syndicalisme belge de présenter sa candidature, en duo avec la Slovène Violeta Tomic, à la présidence de la Commission européenne au nom de ce courant de la gauche la plus authentique en Europe. Et le voilà qui, avec son verbe haut et sa gouaille ouvrière, court le continent pour dénoncer l’austérité, la financiarisation de l’économie, le dumping, pour rejeter la xénophobie et le racisme, pour en appeler à la justice et à l’harmonisation par le haut.
Comme une évidence, pour Nico Cué, entre atavisme familial et surtout convictions sociales. En 1962, après de grandes grèves dans les mines de charbon des Asturies, qui secoueront la dictature franquiste, son père, syndicaliste et communiste, est, pour échapper à la prison ou à un sort pire encore, contraint à l’exil. Il arrive à Liège, en Belgique. Son épouse, Nico, ses frères et ses sœurs le rejoindront un an plus tard. Rappelant aujourd’hui qu’il a lui-même été un « illégal », le fils de républicain espagnol ne manque jamais une occasion de répéter : « L’immigration est une chance, j’en suis la preuve ! » À la fin de son adolescence, après la mort de son père dans un accident de voiture, le gamin milite un temps dans la jeunesse communiste espagnole de Liège – son seul engagement partisan connu… Car, chez Nico Cué, la prise de conscience est passée d’abord par la condition ouvrière et l’engagement syndical.
Après des études techniques, il rentre à 19 ans à la Fabrique nationale, une usine d’armes appartenant à la région wallonne. Il adhère directement au syndicat Fédération générale du travail de Belgique (FGTB) et deviendra vite l’un des délégués du site, avant de devenir pendant vingt ans le secrétaire général de la puissante fédération des métallos. Daniel Richard, secrétaire régional de la FGTB pour Verviers-Ostbelgien, et beau-frère de Nico par ailleurs, souligne : « C’est un des rares syndicalistes belges qui ait occupé les fonctions les plus élevées en ayant, au départ, travaillé en usine. Toutes ses convictions ont été nourries par cette histoire, cette expérience. Il a toujours été très attaché à la formation militante, très porté sur l’éducation populaire, parce qu’il en a lui-même bénéficié. Au cœur de cette formation, il y avait le matérialisme dialectique, c’est quelque chose qui l’a construit et qu’il a transmis ensuite, car cela donne de l’efficacité, de la puissance, c’est une arme dans les luttes sociales. »
À la tête des métallos FGTB de Wallonie-Bruxelles – une fédération qui compte plus de 60 000 adhérents –, Nico Cué n’a jamais ménagé sa peine pour articuler les actions à l’échelle européenne, quand ça s’imposait, comme lors de la dernière crise de la sidérurgie en 2012-2013 avec le jeu de Lakhsmi Mittal, qui opposait les bassins industriels entre eux, ou dans les instances syndicales avec l’animation du groupe d’Annecy fédérant les syndicalistes les plus engagés sur des bases antilibérales, des commissions ouvrières (CCOO) espagnoles à la CGIL italienne et à la CGT française.
Comme bon nombre de ses camarades en Wallonie, le syndicaliste se tient sur une ligne de crête entre régionalisme et internationalisme. Une position qui s’explique dans un pays où les Flamands, très néolibéraux, dominent le champ politique et imposent leurs vues à des francophones, traditionnellement ancrés à gauche. Mais à la différence, cette fois, de nombre de ses « frères de lutte » qui s’engagent toujours sur les listes PS, Nico Cué revendique depuis toujours l’« indépendance syndicale », et ça n’a rien d’un paradoxe au moment où lui-même participe à la compétition électorale, indirectement, toutefois, car il n’est pas candidat aux européennes. Yannick Bovy, qui a longtemps travaillé à ses côtés à la FGTB, le décrit comme un « électron libre, très attaché à sa cohérence personnelle ». « Il donne sa confiance et, quand il la donne, il ne la retire jamais, développe-t-il. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, faire confiance au PS en tant que tel, ça peut être compliqué : il y a de l’hypocrisie, des retournements possibles. Il ne supporte pas la duplicité, il maintient en toutes circonstances ses positions idéologiques comme ses valeurs humaines. Il ne se laissera jamais placer en position de sujétion, car, même dans la radicalité, il aime la nuance, et déteste le sectarisme. Ni dieu, ni césar, ni tribun : c’est aussi le fond anarcho-syndicaliste qui remonte toujours chez lui. »
Nico Cué n’est donc ni au PS, longtemps hégémonique chez les francophones et toujours marqué à gauche au sein de la social-démocratie européenne – c’est la Wallonie dirigée par un socialiste qui a mené la fronde contre l’accord de libre-échange avec le Canada (Ceta) –, ni au PTB, la force de gauche radicale en ascension fulgurante en Belgique, alliée du PGE et dont le candidat en position d’être élu au Parlement européen viendra grossir les rangs de la GUE-NGL.
« Avec 1,5 million de syndiqués en Belgique, la FGTB représente en vérité la gauche dans son ensemble, et nous pouvons être très critiques avec les socialistes quand c’est nécessaire, explique Nico Cué à l’Humanité. Les libéraux ne s’y trompent pas en prenant systématiquement notre syndicat pour cible. Nous sommes l’une des digues face à eux et à l’extrême droite, qui n’a aucune chance, soulignons-le, d’avoir des élus en Wallonie, et je crois bien qu’elle va tenir plus que jamais lors de ces élections ! »
À la veille du scrutin, depuis Kalavryta, un village du Péloponnèse martyrisé par les nazis en décembre 1943 – près de 500 hommes âgés entre 16 et 70 ans y ont été exécutés –, Nico Cué confie, par téléphone, sa fierté de participer à la lutte contre la montée présentée comme inexorable des néofascistes en Europe. « En me lançant dans la bataille, je redoutais une campagne molle et un peu morne, confie encore le syndicaliste. Mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé : que ce soit en France avec Ian Brossat, à Barcelone avec Ada Colau ou, comme ces derniers jours, en Grèce, l’ambiance de cette campagne est réellement grisante et enthousiasmante. Il est possible, et indispensable, de changer cette Europe et de rompre avec ses orientations libérales ! » Rien ne se passe comme prévu. Sans doute, au bout du compte, à l’automne prochain, Nico Cué ne remplacera-t-il pas Jean-Claude Juncker au Berlaymont. Mais sa retraite n’approche pas pour autant…