Un article excellent et terrifiant de Lina Sankari. Le sabre et le goupillon, l'intégrisme religieux, l'oligarchie et le fascisme, on en est pas sorti, ni aux Etats-unis, ni en Amérique latine:
Bolivie. Camacho, un fasciste en mission divine
Lundi, 9 Décembre, 2019
Lina Sankari - L'Humanité
Candidat à la prochaine présidentielle, cet avocat use de la religion pour asseoir son pouvoir autoritaire. Faute de ne l’avoir jamais emporté dans les urnes. Portrait.
Bientôt, les supplices par l’eau et le feu. La « nouvelle Bolivie » renoue avec les ordalies, ces procès religieux médiévaux qui, par l’intervention divine, promettaient de conclure à la culpabilité de l’accusé. « Ce n’est pas de la haine, ni du ressentiment, c’est ce que l’on appelle la justice divine, et la justice divine a déclaré que ce qu’il fallait faire sur cette terre devait être fait, et que nous ne pouvons pas laisser impunis ceux qui ont détruit notre pays en quatorze ans », prêche ainsi le candidat d’extrême droite à la prochaine présidentielle (mars 2020), Luis Fernando Camacho. Le 4 octobre, quelques semaines avant le précédent scrutin, il réunissait ses partisans au pied d’un monument dédié au Christ rédempteur afin de les inciter à « punir le tyran par le vote » . Comprendre Evo Morales. C’est en cette place du Christ-Rédempteur que le pape François avait donné une messe sur le thème de la « mission » lors de son déplacement en 2015.
L’incarnation de la bourgeoisie de Santa Cruz
Pour Camacho, « Evo n’est pas seulement un “dictateur”, mais également un “idolâtre” qui a mis la Pachamama (déesse-terre – NDLR) au palais. » De quoi heurter sa foi. Selon le sociologue Julio Cordova, spécialisé dans les mouvements évangéliques, Luis Fernando Camacho, dont l’autorité n’est jamais passée par les urnes, « légitimise sa position autoritaire grâce au discours religieux à la manière de (Jair) Bolsonaro ». Depuis le coup d’État contre le président Evo Morales, cet avocat a pris la tête de l’opposition. Adepte des opérations coups de poing, il avait mené une marche, le 5 novembre, jusqu’au palais présidentiel afin d’obliger le président sortant à signer sa lettre de démission. Après le départ forcé de l’ex-chef de l’État andin au Mexique, l’un des premiers actes politiques de Luis Fernando Camacho fut de déposer la bible sur le drapeau national dans l’enceinte du palais présidentiel. Le même incite ses partisans à brandir des représentations de la Vierge Marie durant les manifestations. L’image tranche radicalement avec celle d’un Morales prêtant serment, en 2006, le poing levé aux sons des « pututu » (cornes des Indiens aymaras), remerciant la Pachamama et rendant hommage à Simon Bolivar, Che Guevara et au résistant anti-espagnol Tupac Katari.
Luis Fernando Camacho est l’incarnation de la bourgeoisie de Santa Cruz, le département dont il est issu, qui prétendait faire sécession en 2008. La région n’a cessé de cultiver son mépris raciste pour les Colla, les Indiens aymaras et quechuas des zones occidentales, et de s’opposer aux nationalisations. « La diabolisation des indigènes est ancrée dans une pensée coloniale qui, sans être dominante en Bolivie, est toujours opérante », souligne le sociologue des religions mexicain Hugo José Suarez.
Fief des grands propriétaires terriens blancs, Santa Cruz possède la majeure partie des gisements de pétrole, de gaz et des terres agricoles fertiles. Selon des statistiques officielles datées de 2016, le département pesait à lui seul 28,9 % du PIB national. Les élites locales n’ont eu de cesse de remettre en cause la légitimité d’Evo Morales depuis sa prise de fonctions en 2006. Leurs revendications autonomistes avaient alors obtenu l’agrément discret mais certain de l’ambassadeur des États-Unis, depuis expulsé, et qui fut en poste en Yougoslavie avant la dislocation du pays. À l’issue des élections d’octobre, Santa Cruz fut d’ailleurs l’un des épicentres de la sédition d’une partie des forces de police. C’est également là que les manifestants de droite s’en sont pris à la maire de Vinto, Patricia Arce (Mouvement vers le socialisme), la sortant de force de son bureau, avant de mettre le feu au bâtiment, de briser toutes les fenêtres et de lui couper les cheveux. Elle avait dû marcher, plusieurs kilomètres durant, pieds nus, peinte en rouge. L’humiliation en place publique.
Il est vice-président d’un mouvement paramilitaire raciste
Président du comité pro-Santa Cruz depuis 2017, une organisation qui lie commerçants, chefs d’entreprise et société conservatrice, Luis Fernando Camacho est également un entrepreneur de 40 ans qui a fait ses armes au sein de l’Union des jeunes crucénistes, un mouvement paramilitaire raciste qui revendique 20 000 miltants, et dont il fut vice-président. Né avec une cuillère en argent dans la bouche, il hérite des diverses entreprises et de l’immense fortune de son père dans la distribution du gaz. Des sommes colossales qu’il fait parfois fructifier en toute illégalité : son nom est cité dans le scandale de fraude fiscale mondial des Panama Papers. Les combats du fils héritier dépassent d’ailleurs largement le cadre national. Après le départ d’Evo Morales, Luis Fernando Camacho se sent pousser des ailes et promet : « La Bolivie va être l’espoir de toute l’Amérique latine. Le communisme, c’est fini ! Nous aurons la liberté et la démocratie. Nous, Boliviens, allons reprendre le combat pour que le Venezuela retrouve sa dignité, ainsi que tous les pays qui ont été humiliés. »
Luis Fernando Camacho est également un machiste assumé. « Macho Camacho », comme il est parfois surnommé, a suscité de vives réactions des organisations féministes qui qualifient, à l’instar d’Adriana Guzman du mouvement d’Abya Yala, « le coup d’État en Bolivie (de) raciste, patriarcal, ecclésiastique et économique ». Dernière référence de Camacho : le baron de la drogue colombien, Pablo Escobar, dont il loue les méthodes et qui avait, en son temps, formé une unité de tueurs spécialisés.
Lina Sankari
Comment les travailleurs belges ont bloqué la retraite à points
Mercredi, 11 Décembre, 2019
C'est dans "Solidaire", le journal du Parti du Travail de Belgique, que Jonathan Lefèvre nous raconte comment il y a deux ans, gouvernement et patronat ont tenté d’imposer une « pension » à points. Les travailleurs ont réussi à les faire reculer. Retour sur une victoire – et non pas une histoire – belge.
Alors que le gouvernement fédéral affichait sa détermination d’aller jusqu’au bout de sa réforme – imposer ce qu’on appelle ici la pension à points, « le point d’orgue de toute réforme des pensions du gouvernement » selon le ministre libéral des Pensions Daniel Bacquelaine – il a reculé à mesure que les travailleurs marchaient dans les rues du pays...
La lutte de la pédagogie
Le 28 octobre 2017, le ministre des Pensions annonce : « J’introduis un projet de loi sur la pension à points avant la fin de l’année. » Très vite, les trois organisations syndicales du pays réagissent et le 19 décembre, une première manifestation en front commun est organisée à Bruxelles. Plus de 40 000 personnes battent le pavé de la capitale. Le jour même de cette première action d’envergure, le ministre effectue son premier rétropédalage : il annonce que, finalement, son texte sera introduit pour juin. Reculade encore en avril, lorsqu’il déclare : « Il ne faut pas absolument voter les textes avant la fin de la législature. Il y a d’abord un effort pédagogique à faire. » Sous-entendu : les gens auraient tort de se mobiliser contre une réforme qu’ils ne comprennent pas.
Mais les travailleurs avaient bien compris que le système de retraite à points transformait les retraites en tombola. C’est d’ailleurs un message que n’ont cessé de rappeler les syndicats et le PTB (Parti du Travail de Belgique). Une tombola que résumait de cette manière le député et porte-parole du PTB Raoul Hedebouw, en décembre 2017 déjà : « On vous donnera des points et plus des euros. Ces points seront calculés à la fin de votre carrière. Mais ils seront variables en fonction du budget de l’État, du coût de la vie et de l’espérance de vie. Donc, si l’espérance de vie augmente, notre pension va diminuer. S’il y a de nouveau une crise comme en 2008, c’est à nouveau les pensionnés qui vont payer, automatiquement. C’est une pension tombola. »1
Une tombola organisée par la Commission européenne. Car la retraite à points est bien une « demande » venant de l’Union européenne. Partout où ce système est imposé, les montants des retraites ont diminué, l’âge pivot a reculé. Comme en Allemagne, où les retraites ont baissé de 10 % par rapport aux salaires. Et où 2,7 millions des plus de 65 ans vivent sous le seuil de pauvreté. Ou comme en Suède, où les travailleurs doivent bosser jusqu’à 68,5 ans pour toucher le montant qu’ils avaient avant la réforme, à 65 ans.
Ce système à points favorise l’assurance privée : vu que les retraites sont plus basses et que les travailleurs ne savent que très peu de temps avant leur retraite le montant de celle-ci, ils sont plus enclins à prendre une assurance individuelle afin de pallier aux mauvaises surprises.
Avec la fin du système par répartition, au revoir la solidarité interprofessionnelle et intergénérationnelle. Au revoir les revendications collectives. Bonjour la privatisation des retraites.
Grâce au travail de sensibilisation des syndicats et du PTB, les manœuvres du gouvernement afin d’enfumer les travailleurs échouent.
Mobilisation de la rue
Convaincus de la dangerosité des plans du gouvernement, ils sont plus de 70 000 dans les rues bruxelloises le 16 mai 2018, lors d’une manifestation centrée sur le refus de la pension à points. Quelques jours après, un prédécesseur de Daniel Bacquelaine, le député fédéral Vincent Van Quickenborne, confirme à la télévision ce que les travailleurs savent déjà : le gouvernement n’osera pas imposer la casse du système par répartition en mettant en place le système à points durant cette législature. « Mon impression est qu’elle ne viendra plus. Et le ministre l’a confirmé il y a deux semaines. D’où cela vient-il ? C’est une réforme drastique du système. Il y a hélas de l’insécurité et des incertitudes. (…) Et, pour le dire honnêtement, nous sommes trop proches des élections (les communales, équivalent des municipales, ont eu lieu en octobre 2018 et les scrutins des autres niveaux de pouvoir en mai 2019, NdlR) pour prendre encore une décision sur ce point. »
Mais, plus que les calculs politico-politiciens, c’est bien la mobilisation de la rue qui a fait reculer le gouvernement libéral.
Les leçons de la victoire
Les organisations qui ont réussi à bloquer la réforme ont tiré des leçons. D’abord, le sujet des retraites est l’un de ceux où la colère est la plus grande chez les travailleurs. Ensuite, la pression populaire s’est exprimée via un mouvement large qui a réuni des travailleurs de tout le pays, en front commun syndical, interprofessionnel, mais aussi des associations citoyennes, et avec le soutien de la population. Preuve de ce soutien, un sondage paru en juin 2018 montrait que la majorité de la population voulait prendre sa retraite plus tôt, et pour un montant plus élevé. Trois quarts des travailleurs belges disaient avoir peur de ne pas avoir une retraite décente.2
Autre leçon : un objectif clair. Les 70 000 personnes qui ont manifesté en mai 2018 l’ont fait en se montrant fermes quant à leur refus du système à points. Pas d’aménagements possibles, c’était non, et « juste » non. Ce sont cette unité et cette clarté par rapport à l’objectif qui ont mené les travailleurs à la victoire. Et qui donnent maintenant des idées pour aller plus loin…
En route pour de meilleures pensions
Car une telle victoire laisse des traces. Du côté des perdants – les partis au gouvernement fédéral ont subi une sévère défaite – mais surtout des gagnants. Les organisations syndicales et le PTB sont passés à l’offensive : pour une pension minimum de 1500 euros net par mois. La campagne du parti de gauche est d’ailleurs en plein boum. Les 100 000 signatures de citoyens que le PTB a recueillies afin de déposer une proposition de loi d’initiative citoyenne (la première dans l’histoire du pays) pour arracher cette pension minimum sont sur le point d’être déposées… Un succès qui s’explique en partie par le signal envoyé en 2017-2018 : les travailleurs peuvent gagner face au gouvernement.
(1)« Matin Première », RTBF, 21 décembre 2017 2. « Trois Belges sur quatre craignent de ne pas avoir une pension décente », Le Soir, 12 juin
Longtemps dirigeant national en charge de la section cadres, l’ancien responsable départemental du PCF dans le Val-de-Marne est décédé à l’âge de 89 ans.
Militant communiste fidèle jusqu’au bout à ses engagements de jeunesse, Marcel Zaidner est décédé. Comme Henri Malberg, Henri Krazucki, Roger Trugnan et bien d’autres militants de cette trempe, il appartenait à cette génération de jeunes Parisiens, d’origine juive de Pologne, qui ont rejoint le Parti communiste en 1945, au sortir d’une enfance pourchassée par les nazis allemands et français. Les parents de Marcel se nomment Lejb et Tauba. Fuyant les persécutions antisémites, le jeune couple s’installe à Paris en 1929, un an avant la naissance de leur fils. Sans emploi, ils travaillent comme maroquiniers à domicile. Les parents parlent en yiddish entre eux, mais français aux enfants, Marcel et sa sœur Renée. Marcel est très bon élève, avide de lecture, joue du violon. Lejb fréquente les associations progressistes juives et adhère au PCF. Plus tard, il parvint à ouvrir avec son beau-frère un atelier où travaillaient une dizaine de salariés. La guerre, l’invasion allemande, Pétain et voilà le racisme d’État à nouveau aux trousses de la famille Zaidner. Entré en Résistance, Lejb est arrêté et interné à Pithiviers, dont il s’évade. La famille quitte Paris pour l’Isère et réussit à gagner la Suisse.
De retour à Paris en 1945, Marcel Zaidner fréquente les jeunes communistes de Belleville, poursuit sa scolarité au lycée Colbert, puis travaille avec son père à l’atelier. En 1948, il adhère au PCF, où il ne cessera de militer et d’exercer diverses fonctions dans les 11e, 18e et 20e arrondissements. Dans les années 1950, il travaille comme fraiseur dans une entreprise d’Ivry-sur-Seine. En 1961, il est élu secrétaire de la fédération Seine-Sud du PCF, en remplacement de Georges Marchais qui vient d’intégrer la direction nationale. En 1970, Marcel Zaidner, qui entre-temps a été élu au comité central, devient responsable de la section des cadres. En 1979, il est l’adjoint de Charles Fiterman au secteur jeunesse et sport et le remplace quand celui-ci entre au gouvernement comme ministre des Transports, en 1981. En 1996, Marcel Zaidner quitte le comité central mais reste présent dans les débats qui agitent le PCF. Il s’engage fortement dans la lutte contre le racisme, dans la défense des sans-papiers et demandeurs d’asile. Ce combat faisait écho à son propre passé. Responsable des archives de la fédération PCF du Val-de-Marne, il est à l’origine de leur ouverture et de leur dépôt aux archives départementales. Ses obsèques auront lieu samedi 14 décembre, à 9 h 30 au funérarium de Vitry, quai Jules-Guesde, puis à 11 h 30, au cimetière Monmousseau, à Ivry. L’Humanité exprime ses condoléances à son épouse, Jeanine, à ses filles, à tous ses proches.
Plus d'un millier de personnes mobilisés contre la réforme des retraites ce matin, 10 décembre, a Morlaix. On lâche rien contre ce projet qui va faire voler en éclat le système de retraite par répartition et approfondir les inégalités. Prochain rendez vous de grève et de mobilisation, jeudi 11h au kiosque.
Dans le Finistère: 8000 à Brest, 5000 à Quimper, 1000 à Morlaix, 750 à Quimperlé, 500 à Carhaix.
Photos Ismaël Dupont et Jean-Luc Le Calvez
Mardi 12 décembre (11 h – Place des Otages : derrière le kiosque) :
Manifestation dans le cadre de la nouvelle journée nationale d’actions contre la réforme des Retraites Macron
La lutte contre la réforme des retraites programmée par macron continue : un nouvel appel est lancé pour le jeudi 12 décembre.
A Morlaix, une nouvelle manifestation intersyndicale (CGT – FO – FSU – SOLIDAIRES) est programmée à 11 h Place des Otages (derrière le kiosque)
Le parcours sera identique à celui de la manifestation du 10 mardi décembre. Néanmoins un sit-in est prévu, jusqu’à 13 h 30, sur la Place Charles De Gaulle.
Réforme des retraites : Le Premier ministre était attendu, il a finalement confirmé le pire (PCF, 11 décembre 2019)
Travailler plus longtemps, pensions calculées avec des points et non plus des trimestres, âge pivot à 64 ans avec malus pour un départ avant cet âge… et donc recul de l’âge de départ à la retraite.
Et il ne dit pas un mot sur le blocage des ressources financières à 14% du PIB, confirmant que le coeur de la réforme vise bien à satisfaire des intérêts financiers et le monde des assurances.
La réforme Macron est en fait conçue pour démanteler totalement le système solidaire issu du programme du CNR, pilier de notre système social.
L’universalité est un leurre quand les annonces consistent à opposer les générations entre elles et à sacrifier les nouvelles générations. Si cette réforme était réellement vertueuse, pourquoi le décalage de sa mise en œuvre pour les générations nées après 1975 est-il présenté comme une bonne nouvelle pour celles nées avant 1975 ?
Aujourd’hui, le pays n’a eu aucune réponse sur sa principale attente : à l’âge de la retraite, quel sera le niveau de ma pension par rapport à mon salaire de fin de carrière ?
Le pays voit bien que l’objectif de Macron consiste à nous faire travailler toujours plus longtemps pour une pension toujours plus faible. Les rustines proposées, qui additionnent le pas grand chose au trois fois rien, visent à masquer la baisse de 27 % du niveau de pensions qui se profile pour les deux prochaines décennies.
Face au mouvement social et populaire qui s’installe avec force dans le pays et qui s’élargit, une autre réforme des retraites est possible pour répondre aux attentes et aux besoins. Le PCF mettra toutes ses forces dans son élargissement, jusqu’au retrait du projet Macron, et appelle à ce titre la jeunesse, particulièrement visée par les annonces du Premier ministre, à s’engager dans cette bataille.
A nouveau un très beau mardi de l'éducation populaire sur l'urgence écologique et climatique à Morlaix avec Gérard Le Puill, 36 personnes étaient présentes et le débat a été très intéressant.
Gérard Le Puill, journaliste à l'Humanité, ancien paysan et ouvrier métallo, ancien journaliste à La Terre, nous a parlé de l'urgence climatique et de l'urgence sociale. Un propos très argumenté, informé, concret et intéressant, comme toujours avec Gérard Le Puill.
Sont venus en débat le logement et les économies d'énergie, l'arrêt des délocalisations et la sortie des traités de libre-échange, une agriculture qui doit privilégier les circuits courts, l'agro-écologie, l'autonomie alimentaire, contre la dépendance au marché mondial et l'intensif, le développement des transports en commun, du réseau ferroviaire, les alternatives au fioul lourd pour les transports de marchandise, le nucléaire et les énergies renouvelables, les vertus des barrages hydro-électriques.
Prochain intervenant: Maurice Lemoine, ancien journaliste au Monde Diplomatique sur les expériences socialistes en Amérique Latine et les déstabilisations des gouvernements de gauche anti-impérialistes par l'oligarchie sud-américaine aidée des Etats-Unis. Le mardi 14 janvier à 18h au local du PCF Morlaix, 2 petite rue de Callac.
Photo CGT - 10 décembre: Anne-Véronique Roudaut. 14 000 personnes à manifester dans les rues du Finistère - ici c'est Brest
Photo CGT - 10 décembre: Anne-Véronique Roudaut. 14 000 personnes à manifester dans les rues du Finistère - ici c'est Quimper
Nous étions 14 000 manifestants aujourd’hui dans le Finistère. Le mouvement continue d’être massif.
L’intersyndicale CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES du Finistère après la journée de mobilisation d’aujourd’hui 10 décembre appellent l’ensemble des travailleuses et travailleurs du Finistère à élargir la mobilisation, à reconduire et faire grève contre le plan Macron sur les retraites.
Les déclarations du premier ministre, lors d’une réunion avec députés LREM, aujourd’hui sont très claires : “il n’y aura pas d’annonces magiques”.
Autrement dit, il reconnaît que le mouvement est installé et qu’il s’élargit.
L’intersyndicale du Finistère appelle à faire grève et manifester le jeudi 12 décembre 2019 à:
– Brest: 11h Place de la Liberté, une AG suivra à 14h à la Maison du Peuple;
– Quimper: 11h Place de la Résistance;
– Morlaix: 11h Place des Otages;
– Carhaix: 11h Champs de Foire;
– Quimperlé: 10h30 Coat Kaër.
Mercredi 11 décembre à 12h30, un pique-nique est organisé à Brest devant la permanence LREM (28 bvd Gambetta).
Venez nombreux.ses!
Nous vous attendons nombreux à l'auberge de jeunesse mercredi prochain, 11 décembre, à 18h30 pour échanger sur les nouvelles relations a envisager entre la municipalité de Morlaix et ses associations.
La responsabilité du préfet Lelarge est en cause, comme celle du gouvernement et des élus macronistes. Depuis quelques années, les jeunes, étudiants, lycéens, jeunes travailleurs, en lutte contre la domination néo libérale et les représentants politiques du monde financier sont l'objet de violences d'état immédiates et inacceptables, visant à étouffer dans l’œuf, en cassant les jeunes et les meneurs, la révolte de la jeunesse.
Les communistes du Pays de Brest et du Finistère sont choqués par le choix de la violence effectué par l'autorité préfectorale. En faisant intervenir violemment les forces de l'ordre au sein de la bibliothèque universitaire en dehors de toute demande effectuée par la présidence de l'université la préfecture se situe dans l'illégalité.
Nous tenons à apporter aux personnels universitaires , aux étudiants et à leurs élus et organisations syndicales toute notre solidarité.Ce choix de bafouer les franchises universitaires montre la volonté du gouvernement de refuser le débat démocratique.
Brest. Le président de l’université « estomaqué » après l’intervention musclée des CRS
En dehors de situations d’urgence absolue, et cela depuis presque 800 ans, les forces de l’ordre ne peuvent intervenir sur un site universitaire que sur réquisition du président, rappelle Matthieu Gallou, président de l’Université de Bretagne occidentale, après l’intervention musclée de ce mardi matin, à Brest (Finistère).
Dans un communiqué de presse, adressé mardi en fin de matinée aux rédactions, l’association étudiante Une Alternative pour l’UBO réagit « à l’intervention de CRS au sein de la bibliothèque universitaire (BU) et au matraquage d’étudiants ».
« Ce matin, à la suite d’une action pacifiste contre la réforme des retraites, un groupe d’étudiants a été poursuivi par un groupe de CRS jusque dans la bibliothèque universitaire, relate l’association. Ils se sont fait matraquer devant un personnel choqué qui a dû intervenir pour protéger les étudiants. »
« Cette intervention des forces de l’ordre s’apparente davantage à une opération de répression politique du mouvement social », estime l’association. Considérant qu’elle est « intervenue en dehors de toute autorisation du président de l’UBO », elledemande « que toute la lumière soit faite sur cet événement et que le président de l’UBO réaffirme son autorité au sein des murs de l’UBO en y interdisant les interventions de ce type ».
La « vive émotion » du président de l’université
Matthieu Gallou, président de l’université de Bretagne occidentale (UBO), n’a pas tardé, lui non plus, à réagir. Dans un courrier adressé à ses collègues, il confie « avoir appris avec une vive émotion l’intervention policière musclée qui a eu lieu ce mardi matin dans le hall de la BU Lettres de Brest. »
« Je tiens tout d’abord à exprimer ma profonde sympathie à l’égard des personnels et usagers de la BU, particulièrement choqués par cette intervention, poursuit le président de l’UBO. J’ai immédiatement saisi le sous-préfet de Brest pour lui demander des explications, afin de faire la lumière sur ces faits qui ne correspondent pas à des usages remontant à presque 800 ans. Ceux-ci prévoient qu’en dehors de situations d’urgence absolue, les forces de l’ordre ne peuvent intervenir sur un site universitaire que sur réquisition du président. »
« Le maintien de l’ordre universitaire est une lourde responsabilité, mais je tiens, sous le contrôle de la loi et de nos instances, à l’exercer pleinement, et à garantir ainsi le plein exercice des libertés académiques. »
À la veille d’une nouvelle journée d’action contre la mise en place d’un système de retraite par points que l’on peut qualifier de perdant-perdant, la clarté progresse dans les têtes sur le machiavélisme d’Emmanuel Macron, des membres du gouvernement et des parlementaires de la République en Marche. Car la précarité de l’emploi continue de progresser dans le pays, ce que confirme l’Observatoire des inégalités. Or, plus il y aura des actifs en galère, plus ils auront plus tard des retraites de misère.
Petit à petit, la clarté se fait sur les arguments changeants mais toujours machiavéliques du gouvernement qui continue de seriner que la retraite par points serait le système le plus équitable qui soit, dès lors que chaque euro cotisé donnerait les mêmes droits pour tous. Chacun comprend, de mieux en mieux, que quiconque aura subi plusieurs licenciements suivis de périodes de chômage durant sa vie professionnelle aura aussi été conduit à accepter des emplois moins payés que ceux perdus précédemment. Il aura donc un déficit de points transformables en droits à pension au moment de prendre sa retraite.
La forte mobilisation du 5 décembre a conduit les médias audiovisuels à donner la parole aux responsables syndicaux qui appellent à une nouvelle journée d’action demain 10 décembre. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a ainsi pu expliquer à plusieurs reprises que le calcul de la pension sur les dix meilleures années de la carrière des salariés du privé par la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV) était le système qui corrigeait le mieux les inégalités.
Ce que donnait le calcul sur des dix meilleures années
Ce système donnait, jusqu’en 1993, une pension de base égale à 50 % du salaire des dix meilleures années de la carrière du salarié. Il était donc calculé sur les 40 meilleurs trimestres pour un total de 150 nécessaires pour donner droit à une pension complète. La réforme Balladur a progressivement porté le calcul sur les 25 meilleures années, soit 100 trimestres sur un total de 160. Ce calcul a fait baisser les pensions de tous les salariés du privé qui ont pris leur retraite depuis 1994, la perte étant plus forte chaque année. Elle est devenue maximale pour toutes les personnes nées en 1948 et après. Le système par points ne ferait qu’aggraver cette situation et augmenter en France le nombre de retraités pauvres. Mais, comme le ridicule ne tue pas, Aurore Bergé, députée LaREM des Yvelines et ancienne militante du parti Les Républicains, a prétendu ce matin sur BFMTV que ce système par point favoriserait les femmes et les agriculteurs !
L’emploi baisse dans plusieurs régions françaises
Nous sommes dans une France où le taux de chômage reste élevé en France tandis que l’emploi est de plus en plus précaire. Mais il faut parfois lire certains documents entre les lignes pour faire percer la vérité. Dans un « focus » rendu public la semaine dernière, l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE) nous dit, qu’en 2018, « l’emploi n’augmente plus partout, il baisse à la Réunion, en Bourgogne-Franche-Comté, dans le Centre-Val-de-Loire et le Grand Est (…) Cet infléchissement est surtout imputable au ralentissement de l’activité économique (…) Le ralentissement de l’emploi provient de l’emploi salarié qui constitue près de 90 % de l’emploi total. L’emploi salarié augmente de 154 000 emplois en 2018, soit plus de deux fois moins qu’en 2017 (323 000). En revanche, l’emploi non salarié accélère en 2018 (71 000 en 2018 contre + 15 000 en 2017). Les assouplissements apportés au régime de la microentreprise, notamment le doublement des plafonds de chiffre d’affaires à compter de janvier 2018, expliqueraient ce regain de dynamisme », lit-on dans ce focus.
L’INSEE ne donne aucun chiffre sur le revenu de ces créateurs d’entreprise. Mais la note nous informe qu’en 2018, « le tertiaire marchand continue de porter la hausse de l’emploi, même si sa progression est moins forte qu’en 2017 ». La note précise également que la « décélération est imputable à l’emploi salarié » tandis que « l’emploi non salarié, au contraire, accélère nettement ». L’INSEE n’évoque pas le revenu tiré de ces nouveaux emplois non salariés. Hier soir, l’émission « Zone Interdite » de M6 a suivi le parcours de plusieurs de ces nouveaux créateurs et créatrices d’entreprises dans la restauration et le commerce. Tous se sont endettés à des niveaux beaucoup plus élevés qu’ils ne l’avaient envisagé au départ et aucun n’était certain de dégager un revenu décent et régulier à la fin de l’enquête. Voilà qui n’est pas de nature à assurer une retraite décente aux hommes et aux femmes qui créent leur entreprise sans être certains de pouvoir cotiser pour une future retraite.
Le Mal-emploi frappe 8 millions de personnes en France
Voilà qui nous renvoie au communiqué publié le 6 décembre par « l’Observatoire des inégalités ». Il nous dit que « 8 millions de personnes subissent le mal-emploi en France. Le mal-emploi comprend les chômeurs, les salariés précaires et les personnes souhaitant travailler mais non comptabilisées dans les chiffres du chômage. Il touche une personne sur quatre parmi les adultes qui ont un emploi ou qui en cherchent un ». Selon Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, « Le mal-emploi constitue une forme d’« insécurité sociale » qui nourrit une peur du lendemain, quand une majorité de salariés disposent de la stabilité d’un contrat à durée indéterminée ». La note dit aussi que le mal-emploi « est alimenté par la faiblesse des créations d’emplois et la flexibilité croissante du droit du travail ».
Il est alors facile de comprendre que quiconque sera souvent passé par ce « mal-emploi » durant sa vie active aura, avec la retraite par points fondée sur le même droit pour tous pour chaque euro cotisé, une retraite de misère après une vie de galère.
Gérard Le Puill
RAPPEL
Ce mardi 10 décembrenous accueillerons Gérard LE PUILL à 18 h dans notre local (2 Petite Rue Callac – Morlaix) pour une nouvelle séance des Mardis de l'Education Populaire.
Gérard LE PUILL est journaliste à l’Humanité et essayiste, spécialiste des questions d’environnement, d’agriculture et d’écologie.
Il interviendra sur le thème « Comment faire face à l’urgence climatique et à l’urgence sociale? ».
Il est l’auteur de différents ouvrages :
-Devant l'urgence climatique, bousculons les politiques (éditions du Croquant)
-Produire mieux pour manger tous d'ici 2050 et après
-L'écologie peut encore sauver l'économie
-Réinventons l'économie dans un monde fini
Ces conférences sont gratuites et ouvertes à tous.
Premier gestionnaire d’actifs au monde, BlackRock a des vues sur l’épargne française, « une des plus élevées d’Europe ». À la faveur de la loi Pacte, première étape pour dynamiter la retraite par répartition, le fonds américain dispense ses recommandations au gouvernement.
Officiellement, le gouvernement jure qu’il veut défendre la retraite par répartition. Mais en coulisses, les assureurs et les financiers ne se privent pas de lui dispenser leurs conseils « éclairés », auxquels il prête la plus grande attention, pour faire éclater le système. La réforme des retraites, pour les financiers, doit être l’occasion de mettre en œuvre un système par capitalisation, qui, jusque-là, n’a pas réussi à s’implanter en France, en dépit des divers mécanismes instaurés depuis quinze ans (dispositifs Madelin, Perco, Perp). Elle doit leur permettre de mettre enfin la main sur une épargne « parmi les plus élevées d’Europe » qui leur échappe jusqu’à présent.
Parmi les plus influents, il y a BlackRock, le premier gestionnaire d’actifs au monde. Le fonds a de grandes ambitions en France manifestement. « Fin 2017, seuls 130 milliards d’eurosavaient été collectés dans ces produits [d’épargne retraite – ndlr], ce qui est décevant par rapport à l’épargne déposée en liquidités (1 500 milliards d'euros), les produits d'assurance-vie en euros (1 600 milliards d’euros)ou les investissements directs/indirects en actifs non financiers (plus de 7 600 milliards d’euros) », relève-t-il dans une note publiée en juin 2019. Bref, une situation misérable pour les financiers à laquelle il convient de remédier au plus vite.
Cette note, rédigée « à destination du gouvernement français », est faite pour lui suggérer la façon dont il convient d’écrire la loi et les règlements pour que les choses changent, qu’enfin la capitalisation s’installe en France. Le premier pas pour le gestionnaire américain d’actifs vient d’être franchi victorieusement avec la loi Pacte. « Un élément majeur de la réforme de l’épargne retraite en France », proclame-t-il.
Adoptée en avril et promulguée en juin, cette loi, sans qu’on en prenne toujours garde, est bien le premier étage de la fusée visant à mettre à terre le système par répartition existant, avant la réforme proprement dite. Elle vise « à combler les lacunes structurelles des régimes d'épargne retraite volontaire existants. Elle permet à l'épargnant : de bénéficier d'un allègement fiscal pour les cotisations versées en réduisant sa base imposable sur le revenu,d’accéder à son capital avant la retraite dans certains cas prédéfinis […], de transférer son patrimoine à une entité plus concurrentielle sans frais de transfert après cinq ans », se félicite BlackRock. Ce qui revient à contourner tout ce qui relève des principes d’égalité et de solidarité : la Sécurité sociale, le fisc et le droit sur les successions.
Mais pour que ce dispositif prospère, il convient que l’État prenne les bonnes dispositions. Dans sa grande bienveillance, BlackRock a lui-même rédigé les principales règles que le gouvernement se doit de suivre, « pour réussir la réforme de l’épargne retraite » : « 1) Améliorer par voie de décrets d’application et d’ordonnance la lisibilité du régime avec un corpus de règles communes destiné à faciliter la portabilité de l’épargne retraite. 2) S’inscrire dans le cadre du nouveau règlement européen qui instaure le produit paneuropéen d’épargne retraite individuelle (PEPP) 3) Pérenniser le dispositif législatif et les incitations fiscales de long terme en renforçant le rôle d’un tiers indépendant ayant pour mission d’évaluer le coût et l’efficacité des réformes dans la durée. »
Quand BlackRock recommande, tout gouvernement écoute. Avec quelque 7 000 milliards de dollars d’actifs gérés, le fonds a accumulé un poids immense dans les décisions du monde (voir notre enquête). Biberonné à l’argent des banques centrales, il a acquis depuis la crise de 2008 une place sans précédent : la FED et la BCE font appel à lui pour évaluer les banques. Il a l’oreille de nombre de gouvernements, ayant su trouver des relais puissants dans pratiquement tous les pays et institutions européennes. L’ancien président de la banque suisse, Philipp Hildebrand, est ainsi devenu vice-président de BlackRock. Ancien responsable de la CDU, Friedrich Merz est le représentant du fonds américain en Allemagne. Et cela ne l’a pas empêché à l’automne 2018 de briguer – en vain – la succession d’Angela Merkel à la tête de la CDU.
Mais il semble que BlackRock a développé une relation toute particulière en France ces dernières années. Et pas seulement parce qu’il est actionnaire de toutes les entreprises du CAC 40. Avant même l’élection d’Emmanuel Macron, Larry Fink, co-fondateur et président de BlackRock, se passionnait pour le futur président. En avril 2017, avant le premier tour de la présidentielle, il n’hésitait pas à expliquer sur Fox News sa vision de la présidentielle française et tout le bien qu’il pensait d’Emmanuel Macron – qu’il semble déjà bien connaître –, destiné, selon lui, à devenir le futur président pour le « plus grand bien de la France et de l’Europe ». Macron « bluffe l’homme le plus puissant de Wall Street », écrira quelques semaines plus tard Challenges.
En tout cas, Larry Fink a le droit à un traitement spécial. Dès la fin juin 2017, alors que les élections législatives sont à peine achevées, le président de BlackRock est le premier dirigeant financier à être reçu à l’Élysée, le jour même où le gouvernement présente sa réforme du marché du travail. Il y reviendra moins de trois mois après pour participer au lancement de la campagne voulue par Emmanuel Macron pour attirer les investisseurs étrangers. Depuis, Larry Fink est de tous les programmes élyséens : en faveur de la « finance verte », « pour un capitalisme plus inclusif », « pour la lutte contre le changement climatique ». Il est invité au moins une fois par an dans les palais nationaux, à l’Élysée ou Versailles selon les circonstances.
BlackRock, présidé en France, par Jean-François Cirelli (ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée sous Chirac, PDG de GDF, puis vice-président de GDF-Suez devenu Engie), a porte ouverte dans les ministères. Il est associé à toutes les réflexions sur la réforme de l’épargne, au point que Thierry Martel, directeur général de Groupama (groupe mutualiste) s’est énervé de l’alignement de Bercy sur les vues du gestionnaire d’actifs. Très désireux de faire plaisir, le gouvernement a demandé à l’agence française de développement d’investir avec BlackRock dans les énergies renouvelables dans les pays en développement. Sans y voir le moindre problème.
Dans le même souci de créer un partenariat « gagnant-gagnant », le gouvernement a invité Jean-François Cirelli, en tant que représentant de BlackRock, à siéger au comité Action publique 2022, afin de prodiguer ses conseils sur les missions de l’État. Car si le gouvernement peut tout à fait se passer de l’avis de la société civile sur la façon dont doivent évoluer les politiques publiques, il ne saurait faire l’impasse sur les lumières de la finance.
Fraude fiscale et fuite des capitaux
En retour, les dirigeants de BlackRock ne cessent de chanter les louanges de la politique d’Emmanuel Macron (lire ici ou là). En juillet 2018, le fonds a annoncé choisir Paris plutôt que Londres pour y installer un centre de gestion alternative à destination de l’Asie et de l’Europe. L’annonce a permis au ministre des finances, Bruno Le Maire, qui rêve de transformer Paris en City en profitant du Brexit, de se féliciter de cette victoire, marquant le succès de sa politique d’attractivité en faveur du monde financier.
Dans les faits, le siège est resté à Londres, ainsi que toute la gestion ; BlackRock compte à peine soixante salariés en France. Mais cette annonce lui a permis de décrocher en un temps record, soit moins de trois mois, l’autorisation de créer une société de gestion alternative par l’Autorité de marchés financiers. Et de peser sur les choix futurs sur les règles de l’épargne.
Car, en la matière, BlackRock a des opinions très arrêtées : les règlements sur la gestion de l’épargne en France sont beaucoup trop prudents. Il faut en finir avec les obligations sur les placements en titres d’État ou en immobilier, imposées pour assurer aux épargnants de retrouver leur épargne investie. Place à la finance moderne, aux ETF (exchange trade funds), aux plateformes électroniques de gestion.
Hasard, c’est justement les points forts de BlackRock. Celui-ci a développé toute une gestion d’actifs basée sur la reproduction des indices boursiers, où tout se négocie et s’échange à la nanoseconde, à partir d’un système électronique, Aladdin. « Le risque de perdre tout ou partie du capital existe », avertissent en préambule nombre de plateformes de gestion alternative. Mais cela ne semble pas gêner BlackRock. Au contraire.
Depuis le début de la crise financière, le fonds a volé de succès en succès grâce à l’afflux des liquidités apportées par les banques centrales, ce qui a permis une explosion des indices boursiers. Attiré par ces performances, l’argent afflue, ce qui lui rapporte toujours plus de commissions de gestion. Si à un moment la crise survient, il n’a aucune responsabilité à l’égard de ses clients, puisque, à l’inverse des assureurs, il n’y a pas de garantie sur le capital épargné. Et si vraiment tout tourne mal, il sera toujours temps de demander secours aux États pour le renflouer, au nom de la détresse des épargnants, au nom du « too big to fail » (trop gros pour faire faillite).
C’est cette gestion risquée de l’épargne que le gouvernement français accepte de soutenir dans sa promotion de la capitalisation. Officiellement, cela est censé aider le développement de l’épargne productive et le financement des PME. Mais les demandes de BlackRock au gouvernement vont tout à fait dans un sens opposé. Les produits d’épargne retraite, promus dans le cadre de la loi Pacte, doivent s’inscrire, recommande le gestionnaire, dans le cadre de la directive Juncker sur l’épargne paneuropéenne. Dans ce cadre, « la liste des investissements éligibles aux dispositifs d’épargne salariale gagnera à être étendue aux SICAV de droit étranger. […] Un grand nombre de gestionnaires d’actifs ont des gammes de fonds domiciliées au Luxembourg ou en Irlande, qui sont aujourd’hui exclues de cette offre. » Intérêt : ces fonds sont non imposables. En d’autres termes, il faut faciliter l’évasion fiscale et la fuite des capitaux. Sans que cela fasse frémir un seul responsable.
Le gouvernement en premier assiste, voire encourage, la dégradation systématique des finances publiques à tous les niveaux. La loi Pacte prévoit déjà que les souscripteurs des nouveaux plans de retraite par capitalisation pourront déduire leur placement dans la limite de 10 % des revenus imposables. Comme cette mesure est destinée en priorité aux tranches supérieures, le manque à gagner risque d’être important. Dans son étude d’impact présentée avec le projet de loi, le gouvernement le chiffre à 1,1 milliard d’euros en 2019 et 1,2 milliard en 2020. Des chiffres sans doute sous-estimés. La mesure viendrait s’ajouter à la suppression de l’ISF et de la flat tax sur les revenus du capital.
Mais il faut ajouter à cela la deuxième mesure visant à dynamiter la retraite par répartition de l’intérieur : l’abaissement des cotisations retraite sur les très hauts salaires. Jusqu’à présent, les cotisations sur les retraites sont perçues jusqu’à des salaires de 27 000 euros par mois, soit huit fois le plafond de la Sécurité sociale. Dans le cadre de sa réforme, le gouvernement prévoit que les cotisations obligatoires sur les salaires seront perçues jusqu’à 10 000 euros par mois, soit trois fois le plafond de la Sécurité sociale. Au-delà, il y aurait juste une cotisation de « solidarité » de 2,8 %. « Par rapport au système actuel, c’est une énorme baisse de cotisation pour les salaires entre 120 000 et 250 000 euros par an. C’est le nouveau “super Macron des riches” », s’indigne l’économiste Thomas Piketty.
Selon les premières estimations, cet abaissement des cotisations sur les plus hauts salaires représenterait un manque à gagner de quelque 3 milliards d’euros. Des milliards que l’exécutif souhaite orienter vers les plans par capitalisation. Il paraît pourtant que ce dernier est très préoccupé par l’équilibre financier du système de retraite.
Dans l’esprit de BlackRock, ce dynamitage de la retraite par répartition, de la solidarité entre les générations, ne doit pas s’arrêter là. Après les hauts salaires, il convient de poursuivre l’œuvre et de l’étendre à tous. Dans le cadre de son chapitre « Faciliter ou prévoir la mise en place d’incitations comportementales pour accroître le niveau des contributions volontaires », il préconise ainsi une série de mesures qui s’apparentent aux mutuelles rendues obligatoires pour la santé, qui sont en train de prendre le pas sur l’assurance-maladie : « L’épargnant devrait se voir proposer par défaut une contribution automatique à son plan en pourcentage de son revenu mensuel, à un niveau de base compatible avec l’effort d’épargne considéré comme minimal (par exemple 5 %) ; cette contribution automatique par défaut pourrait être associée à un dispositif d’augmentation automatique dans lequel le taux d’épargne augmente progressivement à chaque augmentation de revenu du salarié. De cette manière, une part croissante des augmentations dont bénéficiera l’individu sera affectée à son épargne retraite, sans que cela soit une contrainte trop forte pour l’individu, qui voit son salaire augmenter. »
La finance pourrait ainsi préempter une partie toujours plus grande des salaires et le gouvernement en finir avec la Sécurité sociale. Tout un programme. Et BlackRock l’a rédigé pour nous.
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