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18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 16:58
Loi de programmation militaire : libertés en berne, état d’alerte permanent

L'éditorial de Maud Vergnol

Publié le 16 mai 2026, L'Humanité

Les droits mettent des siècles à se conquérir, quelques semaines à se perdre. À un an de l’élection présidentielle, alors que son bilan en matière de libertés publiques est déjà accablant, Emmanuel Macron ne désarme pas. Le projet de loi de programmation militaire « pour faire face au retour de la guerre » – dont l’examen n’a pas été achevé dans les délais prévus et devrait reprendre le 18 mai – en est une nouvelle illustration.

Il fixe d’ici à 2030 les grandes orientations et les moyens des armées françaises, prévoit un budget de 36 milliards d’euros supplémentaires pour atteindre 436 milliards (sans préciser comment les financer), mais propose également d’instaurer un « état d’alerte de sécurité nationale ».

Autrement dit : un état d’exception économique et politique. Sur simple décision du Conseil des ministres, l’exécutif pourrait suspendre des pans entiers de la législation au nom d’une menace « grave et actuelle » dont il serait le seul juge. Qu’une telle disposition tombe entre les mains d’un pouvoir d’extrême droite, et l’on mesure l’étendue du danger.

Cette initiative présidentielle n’est pas un accident de fin de parcours : elle s’inscrit dans une lente érosion des libertés publiques amorcée dès le premier quinquennat Macron. Arrestations préventives de manifestants, dissolution arbitraire d’associations au nom du « séparatisme », bureaucratisation du droit de manifester, surveillance algorithmique légalisée sous prétexte de sécurité : la République en est venue à se défendre de ses propres citoyens.

Les récents rapports d’Amnesty International, de la Ligue des droits de l’homme ou de Human Rights Watch dressent tous le même constat : la peur est devenue un instrument de gouvernement. En 2025, le Comité des Nations unies contre la torture dénonçait déjà les violences policières et la banalisation du recours à la force en France, en particulier contre les minorités et les mobilisations écologistes.

 

L’arsenal législatif n’a cessé de s’étoffer au rythme des faits divers et de la droitisation extrême du débat public : loi « séparatisme », loi « sécurité globale », extension des pouvoirs préfectoraux, dispositifs de surveillance de masse expérimentés pour les jeux Olympiques puis pérennisés.

Chaque texte, pris isolément, peut paraître limité. Ensemble, ils dessinent la bascule d’un pays, où l’ordre et la réduction des contre-pouvoirs deviennent une fin en soi. Dans un climat saturé d’invectives contre l’État de droit et l’indépendance de la justice, le pouvoir macroniste n’a pas joué le rôle de garde-fou qu’on était en droit d’attendre : il a bien souvent allumé la mèche, déroulant le tapis rouge aux obsessions de l’extrême droite et préparant ainsi ses possibles victoires électorales.

Quand les lanceurs d’alerte, les syndicalistes et les militants climatiques sont criminalisés, quand les associations sont asphyxiées financièrement ou contraintes à l’autocensure par crainte de dissolution, la démocratie s’assèche. La France, qui aime tant donner des leçons de liberté au reste du monde, en est venue à contester les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme et à vilipender ses propres juges.

Ce reflux démocratique n’est pas une fatalité. Les libertés s’usent quand on cesse de les défendre. Le véritable « réarmement » de la France ne sera ni militaire ni sécuritaire : il sera démocratique et passera par le refus obstiné de l’arbitraire, par la défense indéfectible des droits fondamentaux, par cette vigilance populaire sans laquelle les démocraties s’éteignent, doucement, mais sûrement.

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18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 16:48
Le droit international est-il mort? - éditorial de L'Humanité par Fabien Gay (7 mai 2026)

Il fut un temps où l’on croyait que le droit pouvait faire barrage à la loi du plus fort.

En 1918, les « 14 points » de Wilson consacraient un principe simple : le droit des peuples à disposer d’eux mêmes. Une promesse. Un socle du droit international moderne. Un siècle plus tard, que reste-t-il de cette ambition ?

La France a reconnu l’État palestinien devant l’ONU, un geste diplomatique fort.

Mais que vaut une reconnaissance quand, dans le même temps, un peuple est privé de ses terres, de ses droits, de sa souveraineté, rongé par une politique d’apartheid et un génocide en cours ?

Pendant des mois en 2025, Israël a bloqué l’acheminement de l’aide humanitaire.

Des mois de siège et de privations.

Une famine documentée par l’ONU.

En avril 2026, 96 % des terres agricoles de la bande de Gaza sont détruites ou devenues incultivables. Pendant ce temps, les colonies s’étendent en Cisjordanie. Chaque implantation grignote un peu plus la possibilité d’un État palestinien viable, continu, souverain.

Plus de 38 000 femmes et filles tuées à Gaza entre octobre 2023 et décembre 2025.

La commission d’enquête de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés démontre des actes génocidaires commis avec l’intention de détruire un groupe. Des mots d’une gravité extrême et qui, ailleurs, auraient déclenché des sanctions immédiates.

Ici, ils se heurtent au mur du silence. Le droit international humanitaire est pourtant clair : les populations doivent être protégées.

Mais que vaut un droit que personne ne fait respecter ? Alors, à quoi sert vraiment l’ONU ? À compter les morts ? À publier des rapports ? À alerter, sans jamais contraindre ?

Le Conseil de sécurité est paralysé, otage des rapports de force. Le droit international n’est pas mort, il est suspendu. Suspendu à la volonté des puissants, avec cinq nations qui détiennent un droit de veto, les plaçant au-dessus des autres peuples.

Netanyahou ne subit aucune pression des gouvernements et peut survoler le ciel français et européen malgré un mandat d’arrêt international et alors qu’il contrevient à des dizaines de résolutions de l’ONU ; aucune pression du droit international non plus contre Trump, libre de kidnapper un président en exercice au Venezuela. Pour le droit de la mer, même combat. Alors qu’une nouvelle flottille était en route vers Gaza, 211 militants – dont notre camarade Raphaëlle Primet – ont été enlevés par l’armée israélienne dans les eaux internationales et retenus illégalement.

Le deux poids, deux mesures est insupportable, notamment pour les pays du Sud global. 

La Palestine n’est pas une exception. Iran, Soudan, Mali, Congo… Les conflits se multiplient, se superposent, se hiérarchisent dans une indifférence croissante. Une guerre en chasse une autre. L’émotion est sélective. L’application du droit malheureusement aussi.

Et, pourtant, il résiste. En 2025, des ONG ont saisi la justice française. Elles visent des soldats franco-israéliens, accusés de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide. Le droit existe donc. Il s’applique dans les tribunaux quand il échoue à s’imposer dans les chancelleries. Et toujours grâce à la mobilisation populaire, qui est la seule à pouvoir faire bouger les lignes, à faire vivre la solidarité internationale.

Reste une question, essentielle : voulons-nous encore un monde régi par le droit ou acceptons-nous définitivement la loi du plus fort ?

Le droit international et nos instances internationales, même avec leurs imperfections, restent et demeurent le meilleur bouclier pour la défense de l’égalité entre les peuples.

Bien sûr, il doit évoluer pour que chaque peuple soit à égalité, par exemple en abolissant le veto.

Les nations doivent être libres et souveraines pour construire un monde de coopération.

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11 mai 2026 1 11 /05 /mai /2026 08:07

 

Résolution du Conseil national – 9 mai 2026

Les affrontements impérialistes actuels sont nourris par la crise du capitalisme mondialisé et la concurrence pour les ressources, l’énergie, les technologies. Les réelles causes des guerres actuelles sont économiques et géostratégiques. Face à la crise économique et à la remise en cause de certaines dominations, les grandes puissances privilégient de plus en plus les politiques de force et la militarisation. Les communistes portent une autre voie, celle du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de la coopération et de la paix.

L’administration Trump, avec le concours du pouvoir d’extrême droite de Netanyahou, a plongé le Moyen-Orient dans le chaos, au prix d’innombrables victimes civiles en Iran ou au Liban. Et le peuple palestinien continue de se voir nier ses droits nationaux et fondamentaux par la guerre et la colonisation organisées par le gouvernement israélien. Au bilan humain terrible de cette politique impérialiste, s’ajoute l’impact mondial sur les hydrocarbures et les matières premières de cette guerre qui provoque un choc énergétique, industriel et agricole amplifiant la crise systémique du capitalisme.

Le PCF sonne l’alerte : une crise économique dévastatrice grandit et les mesures actuellement prises par le gouvernement ne la résoudront pas d’autant plus qu’il poursuit ses attaques contre nos conquis sociaux, comme en témoigne sa volonté de remise en cause du 1er mai comme jour férié, chômé et rémunéré pour tous et toutes, et prend des mesures qui amplifient les inégalités. Il est urgent de se mobiliser et de changer de politique !

La vie quotidienne de très nombreux ménages se voit d’ores et déjà durement impactée. Alors que l’inflation a atteint 2,2% sur un an au mois d’avril et que les prix de l’énergie ont augmenté de plus de 14%, le pouvoir d’achat, déjà en berne, des salarié·es, des retraité·es, des privé·es d’emploi, est en train de chuter dramatiquement. De plus, à l’heure où les prix des denrées agricoles pourraient flamber, de lourds enjeux pèsent sur notre souveraineté alimentaire compte tenu de la totale dépendance de notre agriculture aux énergies fossiles. Nos concitoyennes et concitoyens, nos services publics, nos collectivités territoriales et les petites et moyennes entreprises sont directement menacés par une guerre qui, chacun le voit bien, n’apportera aux peuples du monde ni le bien-être, ni la paix, ni la démocratie.

Ce n’est pourtant pas la crise pour tout le monde. La France est devenue la championne au sein de l’Union européenne des dividendes versés aux actionnaires.

Comme toujours en pareil cas, les menées spéculatives emplissent les poches d’actionnaires déjà gavés par la spéculation. Au premier rang de ces profiteurs de guerre, se situe l’industrie pétrolière. TotalEnergies vient ainsi de réaliser 6 milliards de bénéfices sur le premier trimestre 2026. Le groupe avait déjà engrangé 65 milliards de bénéfices en quatre ans.

Le Parti communiste français n’a cessé de le dire : ce n’est pas aux peuples, à la jeunesse, au monde du travail, aux familles, aux dirigeant·es des TPE et PME, aux agriculteurs·trices et aux artisans de payer les dividendes des groupes. Le capital doit mettre la main à la poche.

Une autre politique est possible.

La France doit agir pour la paix en portant l’exigence de cessez-le-feu durables, un cadre de sécurité collective dans la région et par conséquent organiser sa sortie de l’OTAN qui doit être dissoute car elle constitue une menace grandissante pour les peuples du monde. Et le gouvernement doit prendre des mesures d’urgences pour protéger nos concitoyennes et concitoyens de la crise.

Plus fondamentalement, la course actuelle à l’augmentation des budgets militaires doit être stoppée, les travailleurs et travailleuses doivent prendre la main sur l’appareil productif du pays et les dépenses humaines, sociales et écologiques du pays doivent être développées.

L’énergie, le pétrole, l’électricité, le gaz ne doivent pas être des objets de spéculation. Notre pays a besoin de bâtir, de produire et d’innover pour répondre aux besoins sociaux et relever les défis écologiques. Tout doit être mis en œuvre pour permettre à chacune et chacun de vivre décemment, tout en planifiant le développement économique par un autre mode de production, en engageant une nouvelle industrialisation de ses territoires, et en accélérant la transition écologique et la sortie des énergies fossiles, du pétrole et du gaz, comme le propose notre Plan Climat Empreinte 2050. Le plan d'électrification proposé par le gouvernement est totalement insuffisant, puisqu'il ne propose aucun moyen supplémentaire. C’est possible par une autre utilisation de l’argent et de nouveaux pouvoirs d’intervention des salarié·es et des citoyen·nes.

Le PCF appelle donc les travailleurs et travailleuses à se mobiliser en urgence pour que des mesures exceptionnelles soient prises par le gouvernement face à cette crise et pour gagner un changement radical de politique.

Nos propositions :

  • Bloquer les prix à de l’essence et du gazole à 1,50 euro le litre et taxer les bénéfices de l’industrie pétrolière, notamment dans le raffinage. Annuler l’augmentation des certificats d’économies d’énergie, qui représentent au total jusqu’à seize centimes sur le litre et utiliser une partie des réserves stratégiques afin de faire baisser les prix et d’empêcher les pénuries. A long terme, les communistes portent l’ambition d’une autre formation des prix et d’un dépassement du marché des biens et des services qui ne vise qu’à satisfaire les besoins solvables.
  • Bloquer le prix du gazole non routier à 1€ le litre avec un plafond à 12 000 litres pour favoriser les petites et moyennes exploitations. A long terme, les communistes défendent l’électrification des usages et une sortie progressive des engrais azotés grâce à une transformation agroécologique au service de notre souveraineté alimentaire.
  • Baisser les factures d’électricité de 25 à 30% en baissant la TVA et en sortant du marché européen de l’énergie. L’Espagne et le Portugal ont négocié le fait de pouvoir moduler leurs tarifs. C’est un premier pas. Nous demandons que la France s’affranchisse du carcan néolibéral imposé par l’Union européenne.
  • Augmentation immédiate des salaires, des pensions et allocations. Augmenter immédiatement le smic de 5% pour atteindre (et aller vers 2200 euros brut) et l’ensemble des premiers niveaux de rémunération des grilles salariales ainsi que les retraites, indexer les salaires et les pensions sur les prix ; augmenter immédiatement le traitement des fonctionnaires de 10%, dégeler le point d’indice (et aller vers 30% d’augmentation).
  • Mettre en place un moratoire sur les licenciements et créer un fonds de 500 milliards d’euros pour une nouvelle industrialisation sociale et écologique du pays et les services publics. Ce fonds alimenté par des avances à bas taux du pôle public bancaire existant permettrait : un développement de l’emploi et de la formation pour développer les filières stratégiques avec les nationalisations nécessaires ; la reprise et le développement de l'exploitation directe des matières premières en France ; un développement des infrastructures publiques et des services publics.
  • Créer un grand pôle public de l’énergie, réintégrant les entreprises productrices et distributrices d’électricité, de gaz, EDF et Engie, et de pétrole. Nationaliser à cet effet TotalEnergies.
  • Mettre en place un réel mix énergétique décarboné, reposant à la fois sur l’accélération du programme nucléaire, grâce à la mise en service de 20 réacteurs EPR 12 et de douze petits réacteurs modulaires d’ici 2050, et sur la relance des énergies renouvelables. 
  • Engager au moins 10 milliards d'euros par an, en s'appuyant sur une autre utilisation de l'argent, pour un plan de leasing social pour 500 000 véhicules par an pour les catégories populaires et moyennes, et de soutien à l'achat de véhicules électriques neufs à moins de 10 000 euros et une augmentation du budget de l'ANAH pour engager la rénovation d'ampleur de 700 000 logements par an, en priorité en lien avec le changement d'énergies de chauffage de logements utilisant le fioul et le gaz.
  • Annuler l’augmentation de 36 milliards d’euros des dépenses militaires décidée par le gouvernement français pour satisfaire les exigences de Donald Trump envers les pays européens. Ces dépenses doivent être réorientées vers la réponse aux besoins sociaux et écologiques, notamment par une nouvelle industrialisation et le développement des services publics.       
  • Arrêter la distribution de 200 milliards d'euros d’aides publiques annuelles visant à nourrir les profits. Les aides publiques doivent être versées sous le contrôle des salariés et sur critères stricts en matière d’emploi, de salaire et d’égalité professionnelle femmes-hommes, d’accessibilité universelle, de formation, de relocalisation, de transition écologique. Elles doivent être restituées en cas de non-respect des engagements.
  • Décider un moratoire sur le pacte de stabilité qui, au nom d’un désendettement décrété prioritaire et de la baisse des déficits, interdit les investissements d’avenir, bride la production de richesses par les capacités humaines, et creuse au final la dette.
  • Engager trois négociations internationales : une négociation avec les pays européens pour un fonds européen solidaire ; une négociation de la France et de l’UE avec les pays du Sud global pour des traités de maîtrise des échanges et investissements internationaux pour le développement de l’emploi et des biens communs en lieu et place des accords de libre-échange actuels ; une négociation internationale pour une conférence mondiale de financement des dettes et des biens communs pour aller vers la sortie du système dollar et une monnaie commune mondiale.

Paris, le 9 mai 2026

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6 mai 2026 3 06 /05 /mai /2026 06:00
Empêcher le désastre : s’unir, agir - Tribune de Patrick Le Hyaric, 28 avril 2026, L'Humanité
Empêcher le désastre : s’unir, agir

C’est souvent en douceur, avec des mots suaves que les affidés du grand capital préparent les basculements les plus violents.
En voici une nouvelle étape à prendre très au sérieux et avec gravité: Une inédite rencontre entre le bureau exécutif du syndicat du grand patronat,- le MEDEF- et le président du RN/FN, le 20 avril dernier.

Basculement historique, car depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le grand patronat se faisait fort – pour faire oublier de graves faits de collaboration avec le nazisme – de tenir l’extrême droite à distance, voire de la combattre.

Désormais, à l’approche de l’élection présidentielle, les dîners mondains et officiels se multiplient entre le grand patronat et l’extrême droite. En mars, Mme Le Pen déjeunait avec le président du Medef, avant la rencontre officielle du 20 avril précédée d’un dîner le 7 avril avec une quinzaine de dirigeants des plus grandes entreprises françaises.

Sur ce tapis brun largement déployé en ce mois d’avril, marchent en parallèle de petites coalitions de la connivence votant un jour un rapport pour abattre l’audio-visuel public, un autre pour suggérer que l’on remette sur le tapis une loi amalgamant antisémitisme et dénonciation des crimes de guerres de l’extrême droite israélienne, alors que la veille on a sorti les couteaux aiguisés contre la journée internationale de lutte des travailleurs –le 1 mai- et le lendemain le hachoir gouvernemental réduit -sans consultation du parlement – les budgets sociaux de 6 milliards d’euros tout en augmentant les crédits militaires de un milliard pendant que les propos racistes, masculinistes, sexistes courent en liberté. Décidément le fond de l’air est brun ! Il est urgent de se lever ensemble !

Le long processus de rapprochement – MEDEF-RN- indique que les missionnaires du grand capital français sont non seulement prêts à collaborer avec l’extrême droite, mais qu’ils considèrent cette dernière comme la force la plus sûre, la plus déterminée, pour servir les intérêts des possédants et des puissances d’argent.

« On ne leur parle que d’économie, le reste ne nous regarde pas », clament les grands patrons après chaque rencontre, comme pour se justifier. Le programme raciste, xénophobe, autoritaire, anticonstitutionnel – avec la préférence nationale – est sans doute considéré comme un outil nécessaire à cette « économie » capitaliste qui a besoin de réduire encore les impôts de production, de bazarder les normes sur l’autel de la rentabilité, de maintenir un volant de chômage suffisant pour peser sur les salaires et laisser la précarité s’insinuer dans toutes les vies.

 

« Je ne suis pas de gauche, je n’ai pas l’entreprise honteuse », leur répond en écho, M. Bardella ajoutant : « Je crois dans la liberté d’entreprendre » qui devient, pour celles et ceux qui en doutaient, le pivot central de son projet présidentiel. Bien décryptés, ces mots signifient précisément que le RN/FN est une assurance-vie pour amplifier la liberté d’exploiter au sein d’un système où la propriété lucrative sera préservée, soutenue, garantie.

Joignant les actes à la parole, le président du RN/ FN et Mme Le Pen ont adressé une lettre d’amour aux représentants du grand capital pour leur annoncer la préparation d’une « ordonnance de simplification » afin de « lever les verrous normatifs pesant sur l’économie française ».

La préparation de la fusion des extrêmes droites avec le haut du panier des mandataires du grand capital est accélérée avec le recrutement au RN/FN de François Durvye jusque-là bras droit de M.Stérin. Sa mission : préparer le plan de destruction des normes sociales et écologiques inclus dans le projet du RN/ FN. Voilà qui réjouit les fonds financiers puisque la base de travail de ce conseiller en démolition sociale coïncide exactement avec les appétits voraces du système capitaliste en crise : réductions budgétaires massives, privatisations nouvelles, destruction de la sécurité sociale et retraite par capitalisation. Autant d’orientations massivement rejetées par les travailleurs et le peuple ces dernières années.

Voilà donc le dévoilement d’une force qui a fait du combat « antisystème » sa marque de fabrique pour camoufler sa servitude au grand capital exploiteur.

Voilà aussi mis à nu, l’esprit de la classe des possédants, qui, menacée par les contradictions mêmes du système capitaliste en crise de longue durée, considère les taux de profits insuffisants, et l’accumulation trop peu rapide.

À la fois dernier rempart de la haute bourgeoisie et symptôme morbide de la crise d’hégémonie du capitalisme, la bascule de fascisation trouve sa source dans l’amplification des choix néolibéraux au service de ce même capital lucratif, entamés à la fin des années 1980, accélérés encore à la suite de la crise financière de 2008, contre les conquis sociaux jusqu’à remettre en cause ce que certains baptisent « le compromis social ». C’est dans ce contexte que les partis mandataires des intérêts de la bourgeoisie dans leurs différentes variantes – libéraux-conservateurs et sociaux-libéraux – se succédant au pouvoir en lien avec le haut encadrement étatique pour organiser un consentement majoritaire à l’ordre capitaliste, sont aussi en crise si profonde que la disparition les guette.

Agissant comme prolongateur d’une assurance vie, le macronisme aura été une tentative d’unir le bloc bourgeois, mais sa base populaire a toujours été minoritaire. Et les puissantes luttes sociales de ces dernières années ont amplifié encore la crise d’hégémonie capitaliste. Faute de relais politiques et de traductions politiques suffisantes, l’alternative progressiste de pouvoir et de politique n’a pu se frayer un chemin d’espoir pour barrer la route au processus de droitisation des politiques et de fascisation. L’échec des tentatives unitaires avec la NUPES puis le nouveau Front populaire aura dégouté, démobilisé nombre de citoyens à la recherche d’issue transformatrice à la crise d’un système économique et politique en déconfiture.

C’est dans ce contexte que les extrêmes droites se présentent comme une force de remplacement des anciens commis du capital jugé plus efficaces par ce dernier car plus radicaux, plus déterminée. Du reste, ces forces ont grandi sur les blessures humaines et les dégâts sociaux entassés au fil des alternances – sans changement fondamental de leur vie – de forces politiques au pouvoir : insécurité de vie, précarité, inégalités sociales galopantes, destructions des services publics à la ville comme à la campagne, affaiblissement de l’école et de l’université, austérité pour les familles populaires alors que les actionnaires se gavent de dividendes, perte de souveraineté industrielle et agricole. La fiction du « changement » n’a fait qu’alimenter les déceptions, les colères et les ressentiments que récolte aujourd’hui l’extrême droite.

Les processus de fascisation se déploient toujours sur fond de mensonges, de stigmatisation « de l’autre », de racisme et de démagogie illimitée. Il détourne les colères, parle « peuple » et du peuple, brandit la rupture pour en réalité mieux consolider le capitalisme industriel et financier qui a l’impératif besoin aujourd’hui d’une mutation sous domination numérique et militaire et de se débarrasser de la démocratie.

Le grand patronat œuvre désormais ouvertement à ce projet. Les leçons des alliances entre grand capital et fascisme dans l’Italie de 1922 ; de l’Allemagne de 1933, du Chili en 1973 devraient faire réfléchir. Les politiques de Milei en Argentine et de Trump aux États-Unis et ailleurs aussi.

Le conseiller économique de M. Trump, M. Miran est très clair : « Le capitalisme est bien plus important que la démocratie. Je ne suis moi-même pas un fervent partisan de la démocratie ».

Le danger est là. La digue républicaine cède sous nos yeux.

L’extrême droite, marginale en 1981, s’est frayé un chemin bordé de connivences politiciennes, enrobées de mépris des élites, minée par la désindustrialisation, de saccage des vies à la ville comme à la campagne. Puis, de bonnes âmes respectables l’ont déclarée fréquentable, posant, paraît-il de bonnes questions. Voici qu’une grande partie de la haute bourgeoisie la décrète capable de gouverner pour restaurer « l’ordre » de soumettre encore plus le travail, de construire pour un temps une unité nationale autour du capital.

Le danger est là. Il est fait de banalisation, d’appels à essayer tout de même comme on essaierait une nouvelle voiture ou un chemisier. Or, on n’essaie jamais le poison. On l’écarte, on le repousse, on l’éloigne.

Le danger est là : celui de la légitimation ou de la croyance en la fatalité de la victoire.

Face à ce danger, l’impératif absolu est de l’empêcher. Le moyen est de s’attacher à construire le mouvement populaire majoritaire qu’appelle plus ou moins confusément une large partie de nos concitoyens, notamment la jeunesse dans sa diversité. Il nécessite rencontres, explications sur les dangers et ses irréversibilités possibles, projets anticapitalistes et post-capitalistes. Le laisser faire aujourd’hui peut conduire au pire demain.

Il y a urgence à se mettre à la disposition de l’unité pour construire un bloc progressiste et démocratique bien loin des actuelles courses de petits chevaux présidentiels qui ne font qu’aggraver la crise démocratique.

Les divisions du camp progressiste – encouragées par toutes les variétés de droite et du capital- doublé du venin des vaines polémiques ne sont ni une force, ni une richesse, ni un gage d’efficacité : elles dessinent le sombre visage de la défaite.

Ne l’acceptons pas. L’union et l’action populaire doivent être la priorité de l’indispensable offensive progressiste. Ne contemplons pas les yeux humides le basculement, combattons-le.

 

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6 mai 2026 3 06 /05 /mai /2026 05:19
Étudiants étrangers : comment l’État instaure une préférence européenne pour bannir les plus pauvres - L'Humanité, 3 mai 2026
Étudiants étrangers : comment l’État instaure une préférence européenne pour bannir les plus pauvres

Suppression des APL, application des frais d’inscription différenciés, difficultés pour renouveler son titre de séjour… Les obstacles se multiplient pour les jeunes venus de pays hors Union européenne, surtout pour les plus pauvres, alors que la France s’enorgueillit de son système éducatif.

Nadège Dubessay

Étudier en France ? « C’est notamment l’assurance de bénéficier de l’un des meilleurs et des plus accessibles systèmes d’enseignement supérieur au monde. » La promesse affichée sur le site de l’agence nationale Campus France se veut sacrément alléchante.

Comme pour un peu plus de 320 000 étudiants étrangers extracommunautaires chaque année, elle a su séduire Anna1. Arrivée à Paris en janvier avec la ferme intention de décrocher un diplôme en musicologie, la jeune clarinettiste péruvienne de 25 ans était loin de s’imaginer l’envers du décor.

D’abord il y a la langue. Au Pérou, elle obtient le B1, certificat en langue indispensable pour étudier en France. « Mais entre ce que l’on nous apprend là-bas et la réalité d’ici, il y a un monde. » Ensuite, le logement. Elle réussit à trouver une chambre avec un loyer de 500 euros mensuels.

Difficile de dégoter mieux dans la capitale. Qu’à cela ne tienne. Anna pense trouver un job alimentaire rapidement. « Mais le visa accordé aux étudiants étrangers ne nous permet pas de travailler plus de vingt heures par semaine. Et le visa vacances-travail, attribué aux jeunes étrangers pour un an – très en vogue –, nous met en rude concurrence car eux peuvent travailler autant qu’ils le souhaitent. »

C’est ainsi qu’un boulot lui est passé sous le nez. « J’ai économisé très dur pour venir ici. Je ne reçois d’aide de personne et il est très compliqué d’obtenir un visa étudiant. » Fatiguée, Anna soupire. Dans deux mois, si sa situation n’évolue pas, toutes ses économies se seront volatilisées. Elle devra se faire une raison et prendre un vol retour.

 

Les dysfonctionnements majeurs de l’Anef

La jeune femme n’aura peut-être même pas l’occasion de demander le renouvellement de son titre de séjour et de découvrir l’autre casse-tête de tout étudiant étranger hors UE – et de tout étranger en général : l’administration numérique pour les étrangers (Anef).

Depuis sa création en 2019, la plateforme administrative du ministère de l’Intérieur, censée gérer les visas et renouvellements de titres de séjour, fait l’objet de dysfonctionnements majeurs. Malgré les discours officiels valorisant l’attractivité de la France, des milliers d’étudiants se retrouvent chaque année suspendus au renouvellement incertain d’un titre de séjour qui conditionne logement, emploi et poursuite d’études.

« Un cauchemar. Un traumatisme dont je garde encore des séquelles », raconte Amandine. En master d’intelligence artificielle et data sciences à l’université de Strasbourg (Unistra), la jeune femme de 23 ans originaire de Côte d’Ivoire s’est retrouvée sans papiers l’année dernière. Les bons documents avaient pourtant bien été envoyés dans les clous.

Amandine alerte, adresse des mails en préfecture. En vain. Jusqu’au moment fatidique. Sans renouvellement via la plateforme et dans l’illégalité malgré elle, tout se déclenche immédiatement : « J’ai perdu mon job étudiant et mes 190 euros d’APL (aides au logement – NDLR). Je me suis retrouvée en panique, avec des impayés. »

Trois mois interminables. « J’ai pensé tout arrêter. Des amis, ma famille m’ont aidée à tenir le coup. » Avec un titre de séjour de deux ans, elle peut aujourd’hui souffler et terminer son master. « Des histoires comme la mienne, c’est le quotidien de tous les étudiants étrangers. Et parfois elles se terminent vraiment mal », assure-t-elle.

« Les étudiants étrangers font partie des plus précaires »

Jusque-là, Amandine s’estimait pourtant chanceuse. Si tout va bien, elle devrait passer à travers la réforme qui supprime progressivement les APL applicables dès cette rentrée pour les nouveaux étudiants étrangers hors UE et non boursiers, introduite dans la loi de finances.

Et parce qu’elle est inscrite à Strasbourg depuis le début de ses études, son université l’a exonérée des frais d’inscription différenciés (c’est-à-dire multiplié par 16 pour les étudiants hors UE) mis en place à la rentrée universitaire 2018-2019 via le plan baptisé « Bienvenue en France », par un gouvernement qui n’a décidément honte de rien. Ce qui n’a pas été le cas pour tout le monde.

À l’Unistra, la présidence fait aujourd’hui du zèle et menace de désinscrire une quarantaine d’étudiants en master qui n’ont pas payé intégralement les 3 941 euros annuels de frais de scolarité exigés pour les étudiants extracommunautaires.

Face aux établissements jusque-là encore récalcitrants, le ministre de l’enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a annoncé le 20 avril la fin de la possibilité pour les universités d’exonérer les étudiants étrangers. En clair, ils devront débourser à la rentrée universitaire 2 895 euros en licence (contre 178 euros pour un étudiant français) et 3 941 euros en master (contre 254 euros).

Amandine ne cache pas ses craintes. Va-t-elle devoir débourser presque 4 000 euros pour finir son master ? « Impossible », assure celle qui a déjà bien du mal à joindre les deux bouts avec ses 20 heures hebdomadaires en intérim.

L’Unef dénonce « une discrimination fondée sur la nationalité et sur les moyens dans l’accès au service public de l’enseignement supérieur ». Le syndicat le rappelle : les étudiants étrangers (15 % des étudiants en France) ne sont pas ces privilégiés décrits par le gouvernement, « ils font partie des plus précaires et font face à des obstacles administratifs, sociaux et financiers considérables ».

Selon l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), ils sont 62 % à avoir recours à l’aide alimentaire ou en auraient besoin, contre 22 % des étudiants français.

Suppression de la seule aide possible pour les étudiants étrangers

Pour couronner le tout, seuls 2 % des étudiants extracommunautaires sont éligibles aux bourses sur critères sociaux. « Si très peu d’entre eux sont boursiers, c’est simplement dû aux conditions spécifiques d’accès aux bourses presque impossible à satisfaire : titre de séjour temporaire, deux années de domiciliation, statut de réfugié… » précise la Fondation pour le logement des défavorisés.

Beaucoup n’ont pas le droit aux aides du Crous, principalement destinées aux jeunes Français. Les calculs sont vite faits : la seule aide pérenne à laquelle ils peuvent prétendre, c’est l’aide au logement versée par la CAF, soit 150 à 250 euros mensuels. Le gouvernement ne s’y est pas trompé et entend supprimer l’APL pour les étudiants non européens et non boursiers, soit la quasi-totalité des étudiants extracommunautaires.

En février, la Fondation pour le logement, avec une dizaine d’associations et de syndicats, a saisi le Conseil constitutionnel afin de dénoncer « l’inconstitutionnalité de cette mesure, qui contrevient aux principes d’égalité, de dignité de la personne humaine, de droit au logement décent, de fraternité et d’impératif de lutte contre les discriminations et la pauvreté », appuyant ainsi les recours déposés par de nombreux députés (LFI, Écologiste et social, Gauche démocrate et républicaine, PS).

Le Conseil constitutionnel a néanmoins validé la mesure le 19 février. « L’argument du Conseil constitutionnel, pas vraiment développé, est assez inquiétant, estime Manuel Domergue, directeur des études de la fondation. Il consiste à dire qu’à situation différente, le législateur a le droit de prendre des dispositions différentes. Mais qu’y a-t-il de différent entre un étudiant français et un étudiant étranger, à part le fait qu’il est étranger ? C’est la porte ouverte à la préférence nationale. »

« Notre espoir, c’est que ce décret prenne du temps »

Gabriel Saenz, 24 ans, étudiant d’ingénierie spécialisé en informatique à Angers (Maine-et-Loire), a préféré prendre les devants. « J’ai vu que les APL risquaient de m’être supprimées. Dans le doute, j’ai planifié mon départ et trouvé un stage de fin d’étude en région parisienne, là où j’ai la chance d’avoir de la famille. Je me suis installé chez eux. »

Le jeune Latino a lui aussi vécu le stress de plusieurs mois sans papiers. « Aux préoccupations liées aux études s’ajoute une charge mentale avec des difficultés économiques et administratives qui créent une forme d’inégalité », souffle-t-il.

À la Fondation pour le logement, on compte sur l’inertie gouvernementale. Le Conseil constitutionnel a exigé un décret d’application pour la suppression des APL. « Notre espoir, c’est que ce décret prenne du temps. Et il est possible que la CAF ne soit pas très encline à mettre en œuvre une préférence nationale », espère Manuel Domergue.

Une chose est sûre, derrière cette réforme, le but du gouvernement reste d’attirer les « bons » étudiants. Sous-entendu « ceux capables de payer » et, de facto, bannir les plus pauvres. « Le principe idiot d’une immigration ”utile”, basée sur les seuls revenus des parents », résume Manuel Domergue.

 
  1. Les prénoms des étudiants et étudiantes ont été modifiés. ↩︎

 

 

« Si un étudiant étranger décide de se réorienter, il peut recevoir une OQTF » alerte Manon Moret, secrétaire générale de l’Unef

Pour Manon Moret, secrétaire générale de l’Unef, les conditions de plus en plus difficiles pour les étudiants étrangers hors Union européenne s’inscrivent dans un contexte où le gouvernement donne toujours plus de gages à l’extrême droite.

Nadège Dubessay  - 3 mai 2026

Pourquoi la situation des étudiants étrangers hors Union européenne (UE) s’aggrave-t-elle ?

Manon Moret

Secrétaire générale de l’Unef

D’abord à cause de la mise en place en 2018 du plan très cyniquement intitulé « Bienvenue en France », qui a multiplié par 16 les frais obligatoires d’inscription pour eux. À l’époque, la majorité des présidences d’université s’étaient indignées et avaient refusé de l’appliquer.

Mais, aujourd’hui, le gouvernement exerce une pression sur les finances des universités si bien qu’elles doivent composer avec leurs fonds propres et il est de plus en plus difficile pour elles de résister.

Le ministre de l’Enseignement supérieur vient d’ailleurs de déclarer qu’elles ne pourront plus s’y soustraire. S’ils veulent continuer leurs études, les étudiants étrangers doivent avancer des sommes astronomiques à la rentrée, ce qui a un impact sur leurs finances tout au long de l’année.

À cela s’ajoute le fait qu’ils ne bénéficient pas des mêmes aides sociales que les autres, comme les bourses ou l’aide spécifique annuelle, qui requièrent des critères de nationalité.

 

Que constatez-vous sur le terrain ?

Beaucoup de nos camarades dans nos sections se retrouvent à la rentrée universitaire dans les services sociaux du Crous avec des étudiants étrangers qui ont leur paquetage sur le dos et avec qui on essaie de négocier des logements d’urgence. Ce qui est de plus en plus compliqué parce qu’il n’y en a quasiment plus dans les Crous.

Depuis plusieurs années, ces étudiants ont une cible dans le dos et avec les menaces sur les APL (aide personnalisée au logement), ils risquent de perdre la seule aide sociale à laquelle ils ont accès.

Et, concernant le renouvellement des titres de séjour, qu’observez-vous ?

Nous étions en négociation avec le ministère de l’Intérieur au sujet de la plateforme des étrangers en France, l’Anef (administration numérique pour les étrangers en France). Nous venons de faire le choix de quitter la table des discussions, car nous étions la seule organisation syndicale à être invitée.

La CGT notamment, avec qui nous travaillons beaucoup sur le sujet, n’a pas été conviée parce qu’elle était en recours au Conseil d’État contre l’Anef. Il faut savoir que, si un étudiant étranger décide de se réorienter ou doit redoubler une année, il peut recevoir une obligation de quitter le territoire (OQTF) parce que la plateforme décide qu’il n’y a pas de cohérence pédagogique dans son projet d’étude et ne renouvelle pas son titre de séjour.

Ce qui signifie clairement que les étudiants étrangers n’ont pas le même droit à l’échec que les autres. Ce sont des flics en préfecture qui vont statuer sur la cohérence ou non d’un projet pédagogique étudiant ! À ce problème de conditions immatérielles s’ajoute une précarité administrative avec la fermeture des guichets uniques dans les universités.

Est-ce un choix délibéré du gouvernement ?

Cette discrimination a été assumée par le ministre de l’Enseignement supérieur, qui a exprimé récemment, sur un plateau de France Info, sa volonté de sélectionner les « meilleurs profils » d’étudiants étrangers.

Quand on met des barrières administratives, qu’on enchaîne les politiques de précarisation, l’objectif est clair : il s’agit bien d’écarter les étudiants qui n’ont pas les moyens ni l’accompagnement nécessaires pour franchir toutes ces barrières. Cette sélection cachée du profil d’étudiants étrangers souhaités dans les universités entre dans un contexte général où le gouvernement donne des gages à l’extrême droite.

Quels sont vos moyens d’action ?

Nous travaillons avec la CGT pour débloquer des situations de titre de séjour. Pour les questions de frais d’inscription et de précarité, nous accompagnons les étudiants vers les aides ponctuelles du Crous, les seules accessibles. Le rapport d’activité du Crous de l’année dernière indique d’ailleurs que 62 % des bénéficiaires des aides ponctuelles sont des étudiants étrangers.

Dans nos campagnes de rentrée, nous négocions avec les présidences d’université des commissions d’exonération pour les frais d’inscription des étudiants étrangers. Nous œuvrons aussi beaucoup avec les associations d’étudiants étrangers en France.

Et en matière de revendications ?

La mesure d’urgence, c’est le maintien des APL. Nous militons également pour la suppression des critères de nationalité sur les aides annuelles du Crous. Les étudiants étrangers n’ont pas accès au système de bourse, car il faut justifier de deux ans au minimum de résidence fiscale en France.

À l’Unef, depuis plus de soixante-dix ans, nous revendiquons un mode de calcul des bourses en fonction des besoins des étudiants et non du revenu des parents. Et, bien évidemment, nous réclamons la fin du plan « Bienvenue en France ».

 

 

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5 mai 2026 2 05 /05 /mai /2026 05:15
« L’un avait le visage tuméfié, l’autre l’épaule déboîtée » : l’élue PCF Raphaëlle Primet raconte son kidnapping et la violence de l’armée israélienne - Pierre Barbancey, L'Humanité, 3 mai 2026
« L’un avait le visage tuméfié, l’autre l’épaule déboîtée » : l’élue PCF Raphaëlle Primet raconte son kidnapping et la violence de l’armée israélienne
L’élue communiste de Paris Raphaëlle Primet raconte l’arraisonnement dans les eaux internationales du bateau de la Flottille pour Gaza sur lequel elle se trouvait, la détention qui a suivi et la violence des soldats israéliens.
 
Monde
 
Publié le 3 mai 2026
Pierre Barbancey
 
Coprésidente du groupe communiste au Conseil de Paris, vice-présidente de la Métropole de Paris, Raphaëlle Primet avait embarqué sur l’un des 58 bateaux de la Global Sumud Flotilla.
 
Le but, briser le blocus imposé à la population de la bande de Gaza depuis bientôt vingt ans, apporter une aide humanitaire aux Palestiniens qui meurent à petit feu, subissent un génocide et continuent à être abattus par l’armée israélienne malgré un cessez-le-feu qui n’en a que le nom.
 
Dans la nuit du 29 au 30 avril, 21 bateaux ont été arraisonnés par la marine militaire israélienne dans les eaux internationales. Elle raconte pour l’Humanité son arrestation, la détention et les mauvais traitements.
 
Comment s’est passé l’arraisonnement du bateau par l’armée israélienne ?
 
Nous avons d’abord vu des drones nous survoler, puis nous avons reçu des messages des autres bateaux de la flottille. Nous avons essayé de partir le plus vite possible. Mais un Zodiac de l’armée israélienne est arrivé. Nous nous sommes regroupés dans le cockpit.
Les soldats sont montés à bord en hurlant, en braquant leurs fusils sur nous, nous ordonnant de mettre les mains sur la tête. Ils ont alors détruit toutes les caméras du bateau. Un militaire particulièrement excité criait qu’il aurait voulu qu’on aille à Gaza parce qu’il aurait su quoi faire avec nous. Je ne sais pas ce qui s’est passé mais notre bateau a commencé à prendre feu.
Ils nous ont alors entassés dans leur Zodiac, non sans nous avoir au préalable fouillés, ont pris nos téléphones – que nous n’avons malheureusement pas eu le temps de jeter à la mer – et nous ont volé tout l’argent liquide que nous possédions.
Ils nous ont emmenés sur un bateau-prison, il n’y a pas d’autres termes pour désigner ce navire qu’on voyait depuis pas mal de temps sans parvenir à savoir s’il s’agissait d’un bateau de croisière ou autre. En réalité, c’était une prison flottante sur laquelle ils nous ont fait monter. Ils nous ont fait mettre à genoux, la tête baissée, les mains sur la nuque.
Nous avons dû « avancer » pendant près d’une demi-heure comme ça. Ils n’arrêtaient pas de hurler. Ils ont pris nos noms et placé un bracelet autour de nos poignets, avec un numéro. Le mien était le 75 ! À cause de mon statut d’élue de Paris ? Je ne sais pas.
 
Où vous ont-ils détenus ?
 
Il y avait une espèce d’excavation dans le bateau, laissant apparaître les cales. Elles étaient surmontées de barbelés qui clôturaient l’enceinte, encadrée par deux miradors. Des soldats arpentaient les coursives pour nous surveiller. Nous avons essayé de nous organiser comme nous le pouvions.
La nuit, il faisait très froid, et dans la journée, très chaud. Les projecteurs étaient allumés en permanence. Ils nous jetaient des bouteilles d’eau et de la nourriture, bien sûr insuffisante, comme à des chiens. Ils voulaient nous terroriser en permanence.
On entendait des détonations, ils tapaient sur les parois, ils hurlaient. Comme ils se sont aperçus qu’on avait réussi à s’organiser pour dormir, ils envoyaient de l’eau gelée qui s’écoulait sur le sol et imbibait les matelas en mousse. On répondait en criant : « Free Palestine ! »
 
Thiago Avila et Saif Abu Keshek étaient-ils avec vous ?
 
Nous n’avions pas de nouvelles de Saif. En revanche, Thiago était avec nous. C’est grâce à lui que nous avons tenu. On faisait des réunions, on discutait. La dernière nuit, quand ils sont venus nous chercher, on a dit qu’on ne partirait pas tant qu’on n’aurait pas de nouvelles de nos camarades disparus.
Ils ont alors commencé à nous sortir un par un, manu militari, en distribuant des coups. Ils s’en sont particulièrement pris à Thiago. Ils lui donnaient des coups de pied dans le ventre, le frappaient avec leurs fusils tout en le tirant. Ils l’ont exfiltré et on ne sait pas ce qu’il est devenu.
Nous sommes finalement sortis. Un Zodiac faisait des allers-retours jusqu’à la côte crétoise. C’est là qu’on s’est aperçu de la violence subie. L’un avait le visage tuméfié, l’autre l’épaule déboîtée, un autre encore a été touché à la jambe par une balle en caoutchouc. En Crête, plusieurs dizaines de militants ont dû aller à l’hôpital. Mais, surtout, Thiago et Saif n’étaient pas avec nous.
 
Quelle a été l’attitude des autorités grecques ?
 
J’estime que la police grecque a été d’une certaine manière complice des Israéliens. Jusqu’à quel point, je ne sais pas. Tout s’est quand même passé pas très loin de leurs eaux territoriales. Quand nous sommes arrivés, ils nous ont laissés attendre dans des bus pendant des heures sans raison, en nous disant qu’ils allaient nous donner nos passeports, ce qu’ils n’ont fait que tardivement. On n’avait rien bu, rien mangé.
Finalement, on a tous décidé de sortir et on est parti en manifestation sans nos passeports. Le cortège a d’ailleurs grossi au fur et à mesure. Nous avons été rejoints par des Crétois venus soutenir ce cortège pour la Palestine. On a marché comme ça pendant près de trois heures. À l’aéroport, nous avons retrouvé les représentants consulaires de nos pays respectifs.
 
Vous êtes rentrée, mais certains ont décidé de rester. Pour quelles raisons ?
 
Certains sont restés puisqu’ils n’ont attrapé que 21 bateaux sur les 58 qui constituaient la flottille. Et beaucoup de participants ont décidé de rester pour la faire repartir. J’ai décidé de rentrer pour agir d’ici, pour la mobilisation, pour la flottille, pour la libération de Saif et de Thiago, et évidemment pour continuer à nous battre pour Gaza et pour le droit à l’autodétermination du peuple palestinien.
Il est quand même atterrant de constater que la France n’a rien dit ou à peine murmuré quelques mots pour condamner cet acte de piraterie contre la flottille. Quand on voit ce que fait Pedro Sanchez, le premier ministre espagnol, pour s’opposer aux politiques israéliennes, on se dit qu’une autre attitude que celle du gouvernement français est possible.
C’est aussi une des raisons pour lesquelles je suis rentrée. Il faut vraiment arriver à faire bouger les lignes, en France, sur cette question de la Palestine et de Gaza.
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2 mai 2026 6 02 /05 /mai /2026 12:45
L'Humanité, 30 mai 2026: interview de Sophie Binet par Naïm Sakhi
Sophie Binet : égalité des salaires, 1er mai… « Encore une fois, le gouvernement capitule devant le Medef »
 
En marge de la Journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs, Sophie Binet dénonce les attaques contre le 1er mai et l’inaction de l’exécutif dans la transposition de la directive européenne sur l’égalité salariale. Quatre-vingt-dix ans après la victoire du Front populaire, la secrétaire générale de la CGT fustige les rapprochements entre le patronat et le RN.
 
Social et Économie
 
Publié le 29 avril 2026
Naïm Sakhi
 
Un 1er-Mai inédit dans un contexte pas moins inédit. Ce vendredi, les numéros un de la CFDT, de la CGT, de FO, de l’Unsa, de Solidaires et de la FSU sont attendus en tête du cortège parisien, alors que la Journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs est dans le viseur des libéraux.
À l’issue du Conseil des ministres, le 29 avril, Jean-Pierre Farandou a confirmé un projet de loi visant à clarifier le cadre juridique du travail des salariés des boulangeries et des fleuristes. L’ensemble des confédérations syndicales s’y opposent et dénoncent une première brèche visant à détricoter cette journée historique du mouvement social. Plus de 300 rassemblements sont prévus dans l’Hexagone.
 
Ce 1er-Mai 2026 sera-t-il le dernier obligatoirement chômé et payé ?
 
Sophie Binet
Secrétaire générale de la CGT
 
Grâce à la mobilisation, nous avons fait échouer la tentative honteuse de Gabriel Attal, de Bruno Retailleau et de Jordan Bardella de nous voler le 1er-Mai. Je veux dédier cette édition à Maria Blondeau, ouvrière, l’une des 11 victimes du massacre de Fourmies, assassinée le 1er mai 1891. Grâce à l’unité syndicale et politique, nous avons réussi à sauvegarder cent quarante ans d’histoire ouvrière. Non, tout ne s’achète pas. Le 1er-Mai n’est pas une journée à « fort potentiel commercial ».
 
Sébastien Lecornu, pourtant, promet un projet de loi qui permette aux boulangeries et fleuristes artisanaux d’ouvrir en cas d’accord de branche…
Nous sommes passés de plusieurs millions de salariés pénalisés avec des ouvertures tous azimuts de commerces de proximité à un texte qui concernerait 200 000 salariés au maximum. C’est toujours trop. La CGT reste opposée à ce texte. Nous nous battrons pour conserver le 1er-Mai férié et chômé, comme c’est le cas depuis 1947, à l’exception des services publics vitaux et des industries ne pouvant interrompre leurs productions. Pas question que ce projet de loi rouvre la boîte de Pandore. Si on autorise le travail des salariés de commerces de proximité se posera la question des transports, puis celle de la garde des enfants. Et ainsi de suite.
 
Pour autant, plus de 60 % des Français sont favorables à l’extension du travail le 1er-Mai dans des secteurs de commerces de proximité. Cela traduit-il une attente ?
 
Ces mêmes personnes sont-elles prêtes à travailler le 1er-Mai ? La réponse est totalement inversée. Ce débat est une histoire montée de toutes pièces pour que Gabriel Attal lance sa campagne présidentielle et satisfasse les intérêts des lobbys de ces secteurs. Partout dans le monde, les travailleuses et les travailleurs manifesteront pour la justice sociale et pour la paix qui ont rarement été aussi fragilisées. Les guerres ont un impact catastrophique, avec une explosion des prix et un détournement des budgets des services publics et de la protection sociale vers l’armement.
 
Craignez-vous d’autres mauvais coups de la Macronie d’ici à 2027 ?
 
Oui, bien sûr. C’est pathétique, mais le seul logiciel qui leur reste, c’est de s’attaquer aux droits des travailleurs. Pourquoi tant de haine ? Ont-ils jamais travaillé un jour ? D’ailleurs, l’exécutif bloque la transposition d’une directive européenne sur l’égalité salariale. C’est un scandale absolu. Cette directive, adoptée depuis trois ans, impose une transparence sur les politiques salariales et vise à supprimer les écarts de rémunération.
Je rappelle que les femmes sont payées en moyenne 25 % de moins que les hommes. La France a jusqu’à juin pour l’inscrire dans la loi, mais aucun texte n’est à l’agenda parlementaire. C’est un comble alors qu’Emmanuel Macron avait fait de l’égalité entre les femmes et les hommes une grande cause nationale en 2017. Quel bel exemple pour les dirigeants d’extrême droite en Europe ! Encore une fois, le gouvernement capitule devant le Medef.
 
Conséquence de la guerre en Iran, 6 milliards d’économies sont sur la table. Les choix austéritaires sont-ils une fatalité ?
 
L’austérité n’est pas une fatalité. Que le gouvernement commence par regarder du côté des 211 milliards d’euros d’aides publiques versés sans condition aux entreprises. Grâce à la mobilisation de la CGT et au rapport sénatorial, le gouvernement a forcé France Stratégie à lancer une mission de concertation. Dès la première réunion, le patronat était seul à défendre cette politique du chèque en blanc, alors que les abus sont manifestes.
Cette manne financière serait plus utile dans les services publics, la protection sociale, ou pour financer la relocalisation et la transition écologique de nos industries. Dans le même temps, les budgets militaires augmentent. On ferme des lits d’hôpitaux pour construire des canons.
 
Le conflit au Moyen-Orient est parti pour durer. La politique des aides ciblées peut-elle suffire ?
 
Le gouvernement fait l’autruche, en espérant que la crise énergétique passe. Or, l’Agence internationale de l’énergie affirme que la crise est pire que le choc pétrolier de 1973. Il est maintenant indispensable de prendre des mesures fortes, sans quoi notre économie pourrait ne pas s’en relever. Les conséquences sont d’ores et déjà catastrophiques pour le monde du travail : des millions de personnes sont obligées de choisir entre faire le plein et remplir le frigo, et le patronat en profite pour amplifier les licenciements.
J’ai adressé en ce sens un courrier, mercredi, au premier ministre. Nos priorités sont la hausse des salaires, du point d’indice et des minima sociaux. À cela s’ajoute le blocage des prix du carburant. Une mesure qui ne coûte rien aux finances publiques. Elle avait été mise en place durant la guerre du Golfe, sans pénurie à la clé. Il faut empêcher les profiteurs de guerre de se gaver. Tirons les leçons de l’invasion de l’Ukraine en 2022 : TotalEnergies a réalisé 20 milliards d’euros de profits, les prix à la pompe ne sont pas redescendus et les salaires n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant crise.
 
Le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, est-il un bon interlocuteur ?
 
Oui, c’est un changement salutaire par rapport à son prédécesseur. Mais nous avons besoin d’une vraie stratégie industrielle. Il faut pour cela organiser des assises de l’industrie. Cela fait deux ans que la CGT alerte sur la multiplication des plans de licenciements. Aucune réponse n’a été apportée par les cinq gouvernements qui se sont succédé. Un exemple concret : la France importe 50 % de son diesel raffiné car la moitié des raffineries ont fermé en dix ans.
On laisse aujourd’hui se dérouler des catastrophes similaires dans l’automobile, la chimie, le papier, le verre, etc. Nous réclamons un moratoire sur les licenciements pour protéger notre outil industriel, le temps de trouver des solutions alternatives. Comme c’est le cas à Fibre Excellence, dernière usine à produire de la pâte à papier : l’État doit protéger le site jusqu’à ce qu’un repreneur se manifeste. Nationaliser ne doit plus être un gros mot. C’est d’ailleurs un impératif à Arcelor pour empêcher Mittal de démanteler nos hauts fourneaux.
 
Ce 1er-Mai est aussi marqué par la suppression de la cérémonie en hommage aux 42 mineurs morts le 27 décembre 1974 à Liévin par le nouveau maire RN. Qu’est-ce que ce choix traduit ?
 
Les masques tombent. Nous avons la confirmation que l’extrême droite est le pire ennemi des travailleurs. Elle n’a honte de rien. Les mineurs ont mené une grève héroïque en 1941. Ils ont reconstruit le pays à la Libération. Leurs corps ont payé un lourd tribut. C’était un des métiers les plus accidentogènes et les anciens mineurs encore en vie additionnent les maladies professionnelles, à commencer par la silicose. C’est leur cracher à la figure et piétiner leur héritage, mais ce n’est pas étonnant de la part des héritiers du fascisme.
L’édile rétorque que les syndicats n’ont de cesse de s’opposer au RN…
Cela démontre que leur problème est l’indépendance syndicale. C’est pourtant un fondement de notre démocratie et un principe majeur du droit international du travail. Oui, les syndicats doivent pouvoir critiquer un parti, un gouvernement, un patron. C’est une de nos libertés constitutionnelles. Le RN confirme qu’il est un adversaire de la démocratie et un allié fidèle du capital. L’extrême droite a d’ailleurs voté avec « Les Républicains » et les macronistes pour tenter de nous voler le 1er-Mai.
 
En 1936, le 1er-Mai, plusieurs grèves reconductibles sont lancées. Cet élan contribuera à la victoire du Front populaire le 3 mai et aux accords de Matignon. Quatre-vingt-dix ans plus tard, quelles leçons en tire la CGT ?
 
D’abord les ingrédients pour gagner : l’unité et la mobilisation. Les conquêtes sociales ont toujours été arrachées par la lutte. Penser qu’on peut battre l’extrême droite seulement avec un grand discours sur les valeurs républicaines est un leurre. En 1936, nous n’avons pas eu Hitler mais le Front populaire parce que la gauche était unie et porteuse d’une alternative sociale.
Aujourd’hui, nous avons besoin de perspectives de rupture avec cette longue nuit macroniste. La gauche doit redevenir le parti de la classe du travail. 1936, c’est avant tout la bataille pour les congés payés, c’est-à-dire le temps libéré. Être payé sans travailler semblait inaccessible, une hérésie pour les patrons. La conquête du temps libéré et rémunéré a été une immense émancipation. Notre horizon n’est pas de travailler toujours plus, pour consommer plus, et polluer plus. Au contraire, le progrès technologique doit permettre la réduction du temps de travail sans perte de salaire.
 
La menace de l’extrême droite est-elle comparable à celle de 1936 ?
 
Elle est tout aussi dangereuse. Aujourd’hui, elle contrôle la première puissance mondiale, les Gafam, de nombreux médias, une partie de l’IA et du capital, et s’organise à l’échelle mondiale. Les guerres se multiplient et nos institutions internationales sont fragilisées. Quels points communs entre Poutine, Trump et Netanyahou ? Ils sont d’extrême droite, bombardent des civils et démantèlent le droit international pour le remplacer par la loi du plus fort, ou plutôt du plus riche. Le RN n’a jamais renié les positions négationnistes et antisémites de ses fondateurs. La CGT ne renverra jamais dos à dos l’extrême droite avec un quelconque autre parti.
 
À la différence des patrons ?
 
Ils semblent développer leurs relations avec le RN. C’est une rupture majeure depuis 1945, l’acte final de la normalisation de l’extrême droite. C’est très grave. Le Medef fait primer ses intérêts économiques sur l’impératif démocratique et prend ainsi la lourde responsabilité de permettre au RN d’arriver au pouvoir par les urnes, ce qui serait inédit en France. Rien n’est écrit d’avance, nous l’avons montré en 2024. La CGT, elle, prendra toujours ses responsabilités pour être au rendez-vous de l’histoire.
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2 mai 2026 6 02 /05 /mai /2026 12:38
Photo Groupe des élu.e.s communistes à Paris: Raphaëlle Primet avec ses camarades

Photo Groupe des élu.e.s communistes à Paris: Raphaëlle Primet avec ses camarades

Israël innove dans la violation du droit international. Ses forces armées auraient détenu durant 40 heures les militants sur un bateau prison où ils auraient été violemment battus. Les ressortissants français sont arrivés ce matin après de multiples interventions auprès du ministère français des Affaires étrangères, dont celles du secrétaire national du PCF, Fabien Roussel et du sénateur de Paris, Ian Brossat.

Lina Sankari, L'Humanité, 2 mai 2026 

La détention de Raphaëlle Primet et de ses 170 camarades de la flottille pour Gaza (Global Sumud Flotilla) a pris fin hier. Leurs 21 bateaux sur les 58 de la Flottille partis ces dernières semaines de Marseille (France), Barcelone (Espagne) et Syracuse (Italie), qui tentaient de briser le blocus imposé à l’enclave palestinienne depuis 2007, avaient été arraisonnés par l’armée israélienne, le 29 avril au soir. Cette opération illégale, menée dans les eaux internationales, est celle qui a été menée le plus loin de la bande de Gaza. Preuve de l’escalade sans fin dans laquelle est engagé le gouvernement d’extrême droite israélien.

Transfert en Crète

Après avoir été transférée en Crète, la conseillère communiste de Paris et coprésidente du groupe communiste au Conseil de Paris, Raphaêlle Primet, qui se trouvait à bord du bateau Le Mystère Iqrit, a atterri ce matin à l’aéroport d’Orly. Si elle se trouve en bonne santé, d’autres ont, eux, fait état dans la presse italienne de « violence sévère et de torture » de l’armée israélienne. Des photos montrent des visages couverts d’ecchymoses.

Selon le journal Il Manifesto, les militants auraient eu à subir 40 heures d’une violence sans retenue à bord du navire israélien sur lequel ils ont été forcés d’embarquer avant d’être remis à la Grèce, un pays avec lequel Israël entretient une étroite coopération. Les coups se seraient intensifiés après que les militants ont entamé une grève de la faim et de la soif pour s’élever contre le transfert forcé du militant brésilien Thiago Avila et du syndicaliste hispano-palestinien Saif Abukeshek vers Israël pour interrogatoire. Leur sort soulève les plus grandes inquiétudes.

Une plainte déposée auprès du parquet de Rome

La France n’a pas condamné cet acte de piraterie israélien ni le kidnapping de ses 15 ressortissants. « Se rendre à Gaza, soit par la mer, soit par la terre, est dangereux », s’est contenté de déclarer le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, lors d’un point presse. Comment imaginer dès lors qu’Israël entende l’appel au « respect du droit international et du droit à la mer » dont se prévaut le Quai d’Orsay ? D’importantes mobilisations pour leur libération ont eu lieu partout en France, jeudi.

En Italie, une équipe juridique a déposé plainte auprès du parquet de Rome afin qu’une enquête soit ouverte sur les responsabilités et que des poursuites pénales soient engagées. Comme une manière de réaffirmer que le droit doit prévaloir contre l’impunité. « Ce que nous cherchons à obtenir en Italie, comme au niveau européen, c’est la mobilisation de tous les moyens possibles pour que les gouvernements, et notamment le gouvernement italien, assument leurs responsabilités quant à ce qui s’est passé sur ces navires », précise l’avocate Tatiana Montella.

 

Washington n’a pas non plus manqué de réagir en condamnent « une initiative pro-Hamas qui constitue une tentative infondée et contre-productive visant à saper le plan de paix du président », selon un communiqué du porte-parole du département d’État, Tommy Pigott. Et d’inviter les alliés des États-Unis à « prendre des mesures décisives contre cette manœuvre politique insignifiante en refusant l’accès aux ports, l’accostage, le départ et le ravitaillement en carburant aux navires participant à la flottille ». Une manœuvre insignifiante qui vaut quand même réaction et déploiement d’un dispositif important de l’armée israélienne…

 

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21 avril 2026 2 21 /04 /avril /2026 09:42

 

La décision de Monsieur Bolloré d’écarter Olivier Nora de la direction des éditions Grasset a pour but de réorienter radicalement la politique éditoriale de cette institution emblématique dans le paysage éditorial français. Monsieur Bolloré ne supporte aucune résistance dans les entreprises qu’il s’approprie, au mépris des savoir-faire, de l’histoire, des collectifs humains qui les font vivre.

Cet acte d’autorité est un nouveau coup de semonce adressé à l’ensemble de son empire : il est prêt à détruire la réputation d’une maison, sa place, sa raison d'être. Ce que Vincent Bolloré a fait dans le monde des médias, il le poursuit avec la même brutalité dans le monde de l’édition. Il met sa puissance financière au service d’une vision politique profondément réactionnaire et de ses amis d’extrême droite. Il reconfigure l’espace de l’information et de la création pour reconfigurer les imaginaires.

En nombre, les auteurs et autrices de la maison Grasset ont manifesté plus que leur inquiétude, leur refus radical devant cette décision qui porte atteinte à leurs œuvres et à leurs projets : ils ne veulent pas être associés à l’entreprise de Monsieur Bolloré, ils ne veulent pas être sa propriété.

Nous leur apportons tout notre soutien. Nous appelons à prendre la mesure de la gravité de cette offensive et à voter des lois contre la concentration des moyens d’information, d’édition, de distribution ou de production culturelle, à prendre des dispositions pour protéger les institutions culturelles et médiatiques qui concourent à la santé démocratique de notre pays.

Nous appelons à déployer des politiques puissantes face à ces entreprises de dévoiement et de destruction. Monsieur Bolloré mène la bataille culturelle. Il veut promouvoir les auteurs qui lui conviennent, les commentateurs qui lui conviennent, pour façonner le peuple qui lui convient.

La République doit être au rendez-vous. Nous appelons à faire grandir le large front populaire pour la culture et la liberté qui a commencé à se constituer avec les Nouveaux Etats généraux de la culture.

Le 17 avril 2026,
Pierre Dharréville, responsable de la commission culture du PCF
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF 

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21 avril 2026 2 21 /04 /avril /2026 09:39

 

Publié le 08 avril 2026

La guerre déclenchée par Washington et Tel-Aviv contre l’Iran n’est pas « là-bas ». Elle est déjà dans le porte-monnaie des Français.es. Elle vient s’ajouter au conflit en cours en Ukraine avec ses conséquences sur les peuples, bien au-delà des champs de bataille.

Même si la perspective d’un cessez-le-feu se concrétise, c’est déjà un tsunami budgétaire pour les ménages, mais aussi pour nos entreprises, nos collectivités et nos services publics. Notre pays fait face à un choc économique mondial.

Il faut agir, vite et fort !

Je demande au Premier ministre de décréter l’état d’urgence énergétique. Plus que jamais, il doit abandonner ses préjugés idéologiques qui nous emmènent collectivement dans le mur.
Même si la situation relative aux prix à la pompe pourrait s’améliorer dans les semaines qui viennent, nous le savons d’expérience, les baisses de prix sont toujours plus longues à se concrétiser que les hausses.

Face à la crise, il faut faire preuve d’audace et prendre des mesures exceptionnelles en bloquant les prix du carburant et en mettant à contribution l’industrie pétrolière.

Nous demandons :

  • De bloquer les prix à 1,60 € le litre pour l’essence sans plomb, à 1,50 € pour le gazole ;

  • De taxer immédiatement les bénéfices de l’industrie pétrolière, qui ont explosé, notamment dans le raffinage. Total Énergies a engrangé 65 milliards d’euros de bénéfices en 4 ans !

  • D’annuler l’augmentation des certificats d’économies d’énergie, décidée par le gouvernement et effective depuis janvier 2026, qui représente jusqu’à 6 centimes par litre ;

  • D’utiliser une part des réserves stratégiques pour faire baisser les prix et éviter les pénuries.

Pour redonner du pouvoir d’achat aux Français.es, redonner des marges de manœuvre aux entreprises, la bataille de l’énergie doit être menée sur tous les fronts.
Pour un juste prix, baissons tout de suite de 25 à 30 % les factures d’électricité en baissant la TVA et en sortant du marché européen de l’énergie. L’Espagne et le Portugal l’ont fait ! Pourquoi la France continue-t-elle de satisfaire les oukases libéraux de Bruxelles ?

Retrouvons notre souveraineté pleine et entière sur l’énergie !

Soyons offensifs en renouant avec l’esprit d’une France qui bâtit, qui produit, qui innove, en assurant à nos concitoyens une qualité et un niveau de vie élevé tout en planifiant son économie et la transition écologique.
Aménagement du territoire, relocalisation de notre industrie, compétitivité en matière énergétique, formation, recherche… Pour relever tous ces défis, il faut arrêter de dire que nous n’avons pas d’argent, pas de richesses ou trop de dettes et de fermer ainsi la porte à toute possibilité de se projeter dans l’avenir !

Soyons ambitieux et prenons le problème de l’énergie à la racine car cette question sera au centre de toutes les politiques économiques mondiales des 20 prochaines années. Certains, comme Donald Trump, mènent déjà la guerre en son nom. La guerre est désormais d’abord une guerre énergétique.

Protégeons toutes les sources d’énergie pour les mettre au service des peuples, du progrès, du climat et de la paix.
L’énergie, aussi bien le pétrole que l’électricité ou le gaz, n’est pas une marchandise comme les autres et encore moins un objet de spéculation. C’est un bien commun indispensable, autant pour sauver le climat que pour chauffer sa maison ou produire des biens.

Nous proposons de créer un pôle public de l’énergie, en réintégrant nos entreprises productrices et distributrices d’électricité, de gaz et de pétrole. C’est dans cet esprit que nous proposons la nationalisation de Total Energies.

Alors que nous fêtons cette année les 80 ans de la nationalisation des secteurs de l’électricité et du gaz, renouons avec l’ambition d’une réelle maîtrise publique de l’énergie.

De même, l’État doit changer de braquet pour planifier l’électrification des usages, sortir de l’ère du pétrole et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. C’est au cœur du plan Climat du PCF qui propose, entre autres :

  • Un mix énergétique décarboné reposant sur deux piliers : le nucléaire et les énergies renouvelables.

  • Changer d’échelle avec un programme nucléaire, en planifiant la mise en service de 20 réacteurs EPR2 et de 12 petits réacteurs modulaires d’ici 2050, tout en prolongeant la durée de vie du parc existant. Mesurons l’atout pour la France que représentent nos centrales nucléaires, première énergie décarbonée française, aux côtés des énergies renouvelables.

  • Un plan de décarbonation et de relocalisation de l’industrie pour renouer avec 12 % d’industrie dans notre PIB d’ici 2035. Cela nécessitera l’électrification, le recours au biogaz et à l’hydrogène.

  • L’engagement d’un plan massif de rénovation thermique globale des bâtiments, visant jusqu’à 900 000 rénovations par an en 2032 avec un reste à charge nul pour les ménages les plus modestes.

  • Le développement prioritaire du rail et des transports publics, grâce à un investissement supplémentaire de 10 milliards d’euros par an dans le ferroviaire et la mise en place de la gratuité des transports publics urbains.

La France peut compter sur ses millions de travailleurs formés, sur ses ingénieurs, sur ses savoir-faire et ses services publics. Construisons l’avenir avec eux et arrêtons d’opposer les énergies !

La BCE, au sein de l’Union européenne, ou la Caisse des dépôts, la Banque postale, la Banque publique d’investissement en France sont les outils de financement pour de tels projets. Nous ne sommes pas seuls en Europe à réclamer de tels engagements.

Allons-y, la liberté et l’indépendance de la France, comme de l’Union européenne, en dépendent !

Le 8 avril 2026, 

Fabien Roussel

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