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27 juillet 2018 5 27 /07 /juillet /2018 19:03

Les plateformes numériques de travail sont partout : livraison de repas, transport de personnes, design, traductions, menus travaux… La modernité de l’outil est un prétexte à un contournement massif du droit social. En dépit de la liberté affichée, les travailleuses et les travailleurs des plateformes numériques se trouvent dans des situations d’exploitation d’une intensité digne du siècle dernier.

Privés du statut de l’emploi, ils n’ont en effet quasiment aucun droit. Paiement à la tâche, absence de salaire minimum ou d’assurance-chômage, absence de protection contre le pouvoir de contrôle et de sanction des plateformes (pouvant aller jusqu’à la rupture du contrat : la « désactivation ») ou encore une protection contre les accidents professionnels de nature assurantielle s’avérant injuste et inefficace, puisque construite avec et pour les plateformes.

La question des plateformes de travail est alors celle de la paupérisation des personnes qui subissent la révolution numérique comme un nouveau coup de fouet du néolibéralisme. Celles et ceux qui soutiennent le développement de ces modèles économiques en dehors des réglementations qui devraient leur être appliquées (droit social, réglementations du secteur d’activité, etc.) s’attaquent en réalité au modèle salarial et favorisent le dumping social. Ils mettent ainsi à mal les entreprises qui respectent la loi et contraignent les populations les plus fragiles à rester à l’écart du statut de l’emploi : un travail sans protection, des précaires toujours plus précaires et toujours plus exploités.

Partout, pourtant, les contestations montent et se multiplient pour dénoncer cette nouvelle forme si brutale d’exploitation. Cependant, aucune unité des luttes n’a encore pu s’opérer au niveau national et international en raison de l’absence de voix syndicales et politiques fortes et sans équivoque pour les porter à ces niveaux. Il est temps que cela change.

Mesurant non seulement la situation d’extrême précarité des travailleurs des plateformes mais aussi le risque réel de développement et de contagion de ces nouveaux modèles dans tous les secteurs, nous avons décidé de prendre le problème au sérieux et de réfléchir à la constitution d’un bouclier social pour les protéger.

Nous avons donc travaillé avec le groupe CRCE pour proposer un amendement au projet de loi dit « avenir professionnel » en faveur de l’application du droit social aux travailleurs des plateformes. Surtout, nous allons initier très prochainement un tour de France sur plusieurs mois pour établir un diagnostic national. Il s’agit d’un premier pas vers la constitution d’un rapport et d’une proposition de loi.

Pour commencer, ce travail se fera autour des coursiers à vélo, très en demande d’appui à un moment où ils s’organisent syndicalement et internationalement. Jeudi dernier, nous avons donc réuni une équipe pour lancer cet ambitieux projet, avec des spécialistes des plateformes numériques de travail, en premier lieu desquels figurent évidemment les travailleurs eux-mêmes. Se sont ainsi notamment joints à nous des représentants du Clap (syndicat parisien de coursiers), de CoopCycle (plateforme coopérative conçue comme une alternative éthique) ou la CGT coursiers Gironde, comprenant des grandes figures de la lutte telles que Jérôme Pimot ou Arthur Hay.

À l’occasion de notre tour de France, nous organiserons des événements festifs pour libérer la parole, informer, discuter et débattre, avec des travailleuses et travailleurs, des syndicalistes, des élu·e·s, des universitaires, des citoyennes et des citoyens… Nous voulons faire converger les savoirs et unir les luttes. La Fête de l’Humanité sera par ailleurs un temps fort de ce projet.

Notre objectif, à l’inverse de certains, est ainsi de préparer concrètement la voie à tracer pour enfin penser l’encadrement des plateformes et du statut de leurs travailleuses et travailleurs dans une perspective humaniste et progressiste. Nous annonçons alors le lancement du premier volet de notre bataille : « Pédale et tais-toi ! Pour une véritable protection des travailleurs numériques » #PETT. Contre le capitalisme de plateforme, il est temps que les travailleuses et les travailleurs puissent faire entendre leur parole. Nous en serons désormais un porte-voix.

Pascal Savoldelli Sénateur du Val-de-Marne

Fabien Gay Sénateur de Seine-Saint-Denis

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27 juillet 2018 5 27 /07 /juillet /2018 05:44
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27 juillet 2018 5 27 /07 /juillet /2018 05:42

 

En décidant seuls de la liste des personnes à auditionner dans le cadre de l’enquête parlementaire sur l’affaire Benalla, les députés LaREM se sont aliéné leurs homologues LR, PCF et FI, qui ont suspendu leur participation à la commission.

A-t-on déjà vu majorité plus croupionne ? Les députés LaREM ne souhaitaient pas créer de commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Benalla. Puis ils ne voulaient pas que les auditions soient publiques. Il a fallu toute la détermination des députés de l’opposition pour qu’il en soit autrement. Aujourd’hui, les macronistes refusent encore et toujours de convoquer de nombreuses personnes dont le témoignage est pourtant indispensable. À tel point que Guillaume Larrivé, corapporteur LR de la commission, a suspendu jeudi, avec l’ensemble de son groupe, sa participation aux travaux de l’enquête, qu’il qualifie de « parodie ». Il accuse la présidente LaREM de la commission, Yaël Braun-Pivet, de vouloir en « torpiller les travaux », afin de « bâcler la préparation d’un vrai-faux rapport ». Les députés FI, qui demandent la démission de Yaël Braun-Pivet, ont eux aussi suspendu leur participation, estimant que les députés LaREM font œuvre de « sabotage », afin de « protéger Emmanuel ­Macron en étouffant la vérité ».

Idem pour les élus communistes : « Tout cela est scandaleux et incroyable. La majorité décide elle-même du périmètre des auditions sur une affaire qui la concerne directement. Elle est à la fois juge et partie », s’indigne le député Stéphane Peu. La situation est devenue particulièrement explosive jeudi matin, lorsque la commission d’enquête du Sénat a auditionné le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, ce que refuse toujours la majorité LaREM de l’Assemblée. « J’étais devant BFMTV pour voir cette audition. Moi, vice-président LR de la commission d’enquête, devant la télévision, sans pouvoir poser une seule question, parce que la majorité se livre à une obstruction déterminée ! » s’alarme Philippe Gosselin.

À ses yeux, Yaël Braun-Pivet, qui préside aussi la commission des Lois, « se décrédibilise chaque jour et décrédibilise la commission. Elle ridiculise et abaisse l’Assemblée nationale tout entière ». Un point de vue partagé par Ugo Bernalicis. « Braun-Pivet est en train de détruire sa fonction. Elle est censée être présidente de toute la commission, au service de la mission confiée. Elle n’est pas présidente de son propre groupe LaREM au service de l’Élysée. C’est un problème majeur », assène l’insoumis.

UN SYSTÈME D’ABUS DE POUVOIR

L’intéressée tance pour sa part « l’approche polémique et politique de l’opposition, qui vise à tirer profit de l’actualité loin de tout souci de la vérité ». Une réplique qui navre les commissaires : « La présidente fait voter sa liste des auditions par sa majorité et refuse les propositions de l’opposition qui visent à éclairer les faits et à chercher la vérité », s’étouffe Stéphane Peu. « Les passerelles entre nous et les communistes, les insoumis, les socialistes, l’UDI et même le Modem désormais sont honnêtes et sincères, car nous sommes ulcérés », plaide Philippe Gosselin.

« Jeudi matin Benalla accorde un entretien au Monde, et on ne peut pas l’auditionner ? On réclamait sa venue depuis le début de l’enquête et les députés LaREM s’y opposent encore. Pourquoi ? De quoi ont-ils peur ? » poursuit Ugo Bernalicis. Et la liste des personnalités que la Macronie refuse de recevoir est longue : à Kohler et Benalla s’ajoute Jean-Marie Girier, chef de cabinet de Gérard Collomb, qui a supervisé le recrutement de Benalla pour la campagne présidentielle de Macron. Il y a aussi les syndicats policiers, déjà reçus au Sénat, où le déroulement sérieux des travaux contraste cruellement avec celui de l’Assemblée. Il y a encore Vincent Crase, salarié de LaREM et collaborateur de l’Élysée qui était aux côtés de Benalla le 1er  Mai, tout comme Philippe Mizerski, le policier chargé de les accompagner. Sans oublier Bruno Roger-Petit, porte-parole de l’Élysée, qui le premier a fait état d’une sanction qui pose question, puisque aucune retenue sur le salaire de Benalla n’a pas été appliquée, comme l’a avoué Patrick Strzoda, directeur de cabinet du président de la République.

« Nous avons beaucoup de monde à voir. Les députés LaREM doivent stopper au plus vite leur volonté manifeste d’enterrer une affaire qui ne peut pas se limiter à la seule responsabilité de Benalla. Le préfet de police de Paris a fait état de “copinages malsains”. Nous devons aller plus loin dans cette enquête qui révèle tout un système d’abus de pouvoir souvent inhérent à la Ve République », insiste Stéphane Peu. « Chaque jour on en apprend un peu plus, c’est pour cela qu’ils veulent tout saboter », s’étrangle Ugo Bernalicis. La dernière révélation en date, et non des moindres, concerne Ismaël Emelien. Ce conseiller spécial de Macron aurait été en possession des bandes vidéo illégalement remises par trois policiers à Benalla. Il risque donc à son tour d’être mis en examen pour recel de détournement d’images. « Il faut évidemment auditionner Emelien. Mais ce qui est très grave, c’est qu’avec leur attitude, les députés LaREM transforment l’obligation sous serment de dire toute la vérité lors d’une audition en blague de mauvais goût. Il faut savoir que le bureau doit d’abord voter pour poursuivre quelqu’un pour parjure. Vu le comportement des députés LaREM, qui sont dans la déférence et la volonté de gêner le moins de monde possible là-haut, on se doute bien que la procédure ne sera pas lancée, ce qui ne constitue pas du tout une invitation à dire la vérité », mesure gravement l’insoumis.

UN DÉNI DE DÉMOCRATIE

« Cette majorité, on la croyait docile, elle n’est que servile, tacle Philippe Gosselin. Elle n’a en plus rien compris à la situation politique : cette affaire n’est pas le roman de l’été, c’est le roman de l’État, et c’est une crise grave. Il faut cesser de s’arc-bouter avec cynisme et de se crisper de façon fautive, car les dégâts vont être considérables. Ce n’est pas du tout une bonne nouvelle : cela nous abîme tous. » Le député fait référence à l’immense déception – et la défiance croissante – que cette affaire va faire naître chez tous ceux qui ont cru à la promesse de « moralisation de la vie politique » de Macron. « Le président dit que “la République est inaltérable”. Il se trompe. Elle est altérable. Surtout quand une majorité bloque l’avancée d’une enquête parlementaire, prive l’opposition de ses droits et se livre à un tel déni démocratique », développe-t-il.

Plus les députés LaREM freineront des quatre fers en commission, plus l’affaire Benalla leur nuira. C’est pourtant ce qu’ils s’obstinent à faire, bien encouragés par un président de la République qui revendique son irresponsabilité. « Puisqu’il veut que l’on “vienne le chercher”, autant le prendre à son propre jeu, en le convoquant à une audition. Mais la droite s’y refuse », regrette Ugo Bernalicis. « À nos yeux, le président est responsable devant le peuple, pas devant le Parlement. Nous n’avons pas à l’amener à l’Assemblée. Mais nous attendons de pied ferme le premier ministre : c’est bien pour qu’il s’explique devant nous que nous déposons aujourd’hui une motion de censure », argumente Philippe Gosselin.

Preuve que le bras de fer entre l’exécutif et le législatif bat toujours son plein. « Cette affaire démontre que nous avons besoin d’un Parlement fort et indépendant, à l’inverse de ce que fait la majorité et de ce que prépare le gouvernement avec sa révision constitutionnelle. On nous promet “plus de contrôle”, mais on voit bien ici que l’objectif est de mettre totalement et définitivement les députés à la botte du gouvernement, pour faire de la France l’un des pays les moins démocratiques d’Europe », condamne Stéphane Peu.

Aurélien Soucheyre

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27 juillet 2018 5 27 /07 /juillet /2018 05:36

 

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BLOG : LETTRES D'UN ENGAGÉ À SES AMIS QU'IL DÉRANGE

 

« Le seul responsable, c’est moi ». C’est ainsi qu’Emmanuel Macron croit pouvoir clore l’affaire Benalla – en couvrant de son large manteau tous ceux qui y sont impliqués. Une stratégie révélatrice de la logique mafieuse d'un président qui couvre les coupables, méprise la justice, et ose un face-à-face direct avec le peuple dont il méprise les représentants.

« Le seul responsable, c’est moi ». C’est ainsi qu’Emmanuel Macron croit pouvoir clore l’affaire Benalla – en couvrant de son large manteau tous ceux qui y sont impliqués. Une stratégie révélatrice de la logique mafieuse d'un président qui couvre les coupables, méprise la justice, et ose un face-à-face direct avec le peuple dont il méprise les représentants.

Pour prendre sur soi les fautes de ses subordonnés, encore faut-il faut en avoir le pouvoir : le pouvoir discrétionnaire du chef de guerre ou du seigneur féodal, dont la volonté fait loi. Mais en l’occurrence, il n’appartient pas à Macron d’attribuer, ni de s’attribuer, la culpabilité. Il est particulièrement scandaleux de le faire quand on ne peut soi-même être poursuivi pour les fautes que l'on prétend assumer. En affirmant hautement qu’il est seul responsable, le président réitère en fait la faute dont est née l’affaire Benalla : encore une fois, il couvre ses troupes ; encore une fois, il trahit une mentalité de mafieux mû par un code d’honneur entre complices qui prime le respect de la loi.       

Que le président affirme par ailleurs dans sa déclaration que les enquêtes en cours devront éclaircir « la chaîne des responsabilités » constitue, dans ce contexte, une contradiction manifeste : il y aurait donc, en définitive, d’autres responsables que lui ? Le fait est que le président ne peut empêcher la justice de faire son travail et qu’il ne peut pas ne pas lui témoigner un respect formel. Il n’en tente pas moins d’atténuer autant que possible les conséquences politiques du travail judiciaire. En prenant sur lui les responsabilités, Emmanuel Macron espère tuer dans l’œuf l’intérêt du public pour les enquêtes en cours. Il reste pourtant beaucoup à élucider : qui, par exemple, a donné à Alexandre Benalla un brassard de police et une radio ? Si un Alexandre Benalla peut se trouver à casser du manifestant sous uniforme, pourquoi d’autres ne pourraient-ils pas en faire autant ? Grâce à quelles complicités? Qui sont les ripoux ? Tout cela, Macron dit crânement qu’il s’en fiche. Le fait qu’il ne veuille pas savoir est aussi stupéfiant que le fait qu’il ne veuille pas que nous sachions. Cela confirme encore ce qui est l’essence de l’affaire Benalla : le pouvoir se moque royalement que ses serviteurs soient malhonnêtes, du moment qu’ils sont fidèles et dévoués. Et dans la plus pure logique mafieuse, il les soustrait aux autorités légitime, se réservant d’ailleurs le droit de punir derrière des portes closes, à sa manière.

L’incroyable nonchalance du président quant au comportement de ses propres employés, son indifférence totale quant à la chaine des agissements qui a conduit à un tabassage de manifestants, éclate dans l’absurdité de sa déclaration qui empile les contradictions comme on enfile les perles : Si, comme l’a dit Emmanuel Macron, « ce qui s’est passé le 1er mai est grave, sérieux, [...] une déception, une trahison », alors il ne pouvait pas considérer qu’une mise à pied bidon de deux semaines fût une sanction appropriée. Pourtant il assume avoir « confirmé la sanction ». Sanction qui fut prise sans que soit alertée l'autorité judiciaire, comme l'exige le code pénal. Ce qui n’empêche pas le président d’affirmer que « personne auprès de [lui] ou dans [son] cabinet n’a jamais été protégé ou soustrait aux règles, aux lois de la république, au droit de tous les citoyens », alors que ne pas alerter la justice constituait, en l’occurrence, une tentative de soustraire Alexandre Benalla à son jugement.

Toutes les personnes auditionnées, à la question « pourquoi n’avez-vous pas alerté la justice en vertu de l’article 40 du code pénal ? », ont répondu qu’elles ne l’avaient pas fait parce que les supérieurs hiérarchiques d’Alexandre Benalla ne l’avaient pas fait. Ce faisant, elles valident la déclaration d’Emmanuel Macron : oui, il est bien, en un sens, le premier responsable du fait qu’Alexandre Benalla et ses complices auraient échappés à la justice sans les révélations du Monde. En un sens seulement, car, à strictement parler, toutes ces personnes avaient bien l’obligation d’alerter la justice.

L’esprit de l’article 40 est de responsabiliser l’entièreté d’une hiérarchie, précisément pour couper court aux abus de pouvoir et à l’impunité dont pourraient jouir des éléments protégés. Quand Alain Gibellin, directeur de l’ordre public et de la circulation à la préfecture de police de Paris, a déclaré que s’il était coupable de ne pas avoir appliqué l’article 40, des centaines de personnes l’étaient au même titre que lui, il s'est défendu bien maladroitement : la faute d’une centaine de personnes n’effaçait pas la sienne. Cent coupables ne font pas un innocent. En revanche, ils interrogent sur le sentiment, manifestement prévalent dans l’administration, qu’on ne va pas à l’encontre de l’attitude de l’Elysée : si l’Elysée ne bouge pas, personne ne bouge. La déclaration d’Emmanuel Macron, encore une fois, valide cette passivité de l’administration : ils ne pouvaient faire autrement, dit-il, que selon mes desiderate. Ne leur reprochez pas de m’avoir désobéi – comme si l’obéissance d’un fonctionnaire envers son supérieur devait s’étendre au mépris de la loi.

Le président, non content de couvrir les coupables et de déresponsabilise les serviteurs de l’Etat, rit au nez de la représentation nationale en mettant au défi les oppositions politiques: « Qu’ils viennent me chercher », dit-il, sachant pertinemment qu’il est hors de leur portée. Comment mieux dire : vous ne pouvez rien contre moi et je me moque de vous ? Mais ce défi prend tout son sens en relation avec les derniers mots de sa déclaration : « Je réponds au peuple français ». Sommet d’impudeur, qui trahit le narcissisme délirant du président qui s’imagine que le peuple prend son parti contre la justice, contre le Parlement, contre les oppositions, que le peuple aime, autrement dit, le président davantage que la loi, que la justice. Mais le plus grave est ce que révèle l'opposition qu'établit le président entre le peuple et les oppositions parlementaires. Comment, en effet, le peuple se manifeste-t-il en République, sinon par le truchement de ses représentants, ceux-là même auxquels Macron adresse son défi : « qu’ils viennent me chercher » ? Si le peuple ne peut demander de comptes au président ni par la voie parlementaire, ni par la voie judiciaire, comment est-il censé interpeller le chef de l’Etat ?  

Chercher la réponse à cette question, c’est prendre la mesure du jeu dangereux que joue le chef de l’Etat en se moquant de tous les contre-pouvoirs de la République. L’appel au peuple est, en fait, la conclusion logique d'une stratégie de la terre brûlée qui ne laisse d’autre voie de résolution des conflits qu’un face-à-face entre le pouvoir et une population acculée à s’organiser en marge des institutions, c’est-à-dire dans la rue où l’attendent les Alexandre Benalla qui sont, en définitive, le visage découvert du pouvoir.

 

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27 juillet 2018 5 27 /07 /juillet /2018 05:35

 

Macron se flatte d’aligner les « réformes » et rêve d’écraser les syndicats, au mépris de la démocratie sociale et quitte à fragiliser la démocratie politique. L’abus d’autorité du chef de l’état vire à l’inconscience.

Flanqué de la ministre des Transports, Élisabeth Borne, et du porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, le président de la République a apposé sa signature sur la loi « sur le nouveau pacte ferroviaire » devant les caméras de télévision convoquées pour l’occasion le 27 juin dernier à l’Élysée. Importé des États-Unis, ce cérémonial accompagne désormais chaque promulgation de texte. En se mettant en scène, Emmanuel Macron ne veut pas seulement montrer qu’il agit. Il prétend avoir le dernier mot. Après être parvenu à imposer ses ordonnances sur le Code du travail en 2017, il espère tourner la page du conflit à la SNCF et poursuivre son entreprise de détricotage des droits des salariés. La loi « avenir professionnel », qui place l’apprentissage sous la tutelle du patronat, individualise l’accès à la formation professionnelle et les règles d’indemnisation des demandeurs d’emploi, est en cours d’examen au Sénat. La remise en cause du statut des fonctionnaires est dans les tuyaux. Le projet de loi Pacte et ses privatisations a été présenté en Conseil des ministres et l’automne verra le coup d’envoi de la casse des retraites. Alors Macron vainqueur ? Pas si simple…

L’objectif d’Emmanuel Macron n’est pas seulement de remettre en cause les droits sociaux et les garanties collectives, il est aussi de rallier la population à sa politique. Seule une conversion de la société dans son ensemble au libéralisme peut assurer la pérennité des mesures prises. Or, un an après son élection, l’échec est patent. La publication, le 4 mai dernier, d’un sondage Odoxa révélait que 72 % des Français considèrent qu’il est « le président des riches » (+ 7 points par rapport à celui du 16 avril). Quant à sa popularité, le chef de l’État n’en finit pas de chuter. Selon l’enquête d’Ipsos du 27 juin, seuls 36 % des Français ont une opinion favorable de son action. Les sympathisants LREM (78,9 %), Modem (43,8 %), UDI (43,5 %) et LR (42,9 %) étant les plus favorables contre seulement 25 % en moyenne des sympathisants de gauche. Bien que minoritaire, le soutien important à la grève des cheminots qui, selon l’enquête hebdomadaire Ifop/le « JDD », a varié entre 37 % et 46 % a démontré à sa façon que l’adhésion à sa politique est loin d’être unanime.

PILOTES, RETRAITÉS, GAZIERS ET FONCTIONNAIRES

En sortant « victorieux » du conflit à la SNCF, où les salariés sont plus syndiqués qu’en moyenne et où la CGT est la principale organisation syndicale, le chef de l’État espérait mettre K.-O. le mouvement avant de s’attaquer aux retraites. Pari perdu. À la SNCF, le conflit va se poursuivre durant l’été à l’appel de la CGT et de SUD rail. La décision de l’Unsa ferroviaire de « ne pas appeler à la grève en juillet » et celle de la CFDT cheminots de « suspendre » n’ont pas mis fin à l’intersyndicale, qui devrait à nouveau se manifester dans le cadre de la négociation de la convention collective.

Emmanuel Macron doit compter aussi avec les conflits sociaux dans d’autres secteurs. Dans l’énergie, le mouvement des salariés d’Enedis et de GRDF gagne en ampleur. Chez Air France, le conflit salarial devrait reprendre dès le nouveau PDG nommé. Dans la fonction publique, la journée d’action du 22 mai dernier devrait connaître des suites à la rentrée. Dans l’immédiat, les conflits y sont nombreux, en particulier à l’hôpital. Air Liquide, SNF, Satys… les grèves se multiplient aussi dans le cadre des négociations obligatoires sur les salaires.

ISOLER ET DIVISER LES SYNDICATS, C’EST RATÉ

Le candidat Macron ne s’est jamais caché du peu de considération qu’il portait aux syndicats, vestiges de ce « vieux monde » qui « bloque les réformes ». Élu président de la République, il a suivi sa ligne : à l’État seul de décider de ce qu’est l’intérêt général, l’activité syndicale devant se cantonner aux branches professionnelles et aux entreprises. Et avec moins de moyens, les ordonnances y ont veillé (fusion des instances représentatives, moins de délégués, etc.). Proclamée fin mars 2017 premier syndicat du privé, la CFDT n’a pu savourer longtemps sa victoire. Depuis 1995 et Nicole Notat défendant le plan Juppé sur la Sécurité sociale, la centrale accompagne volontiers les réformes libérales mises en place par les gouvernements successifs. Elle pouvait ambitionner depuis le quinquennat Hollande d’en devenir coauteur. Coup d’arrêt : « La méthode Macron, c’est vous discutez et je tranche », constatait cet hiver avec amertume Laurent Berger (« les Échos », 26 février). Et d’avouer : « Pour la CFDT, ce n’est pas une période facile » (challenges.fr ; 17 mai). Un désarroi partagé par les autres syndicats dits « réformistes », telles l’Unsa, la CFTC ou la CFE-CGC.

Réélu en juin à la tête de la CFDT, Laurent Berger garde pourtant le cap, malgré quelques remous au sein de ses troupes. Pour les souder, il ne ménage pas ses critiques contre la CGT, accusée de se contenter de « dénoncer » « sans jamais apporter de résultats qui améliorent ici et maintenant la situation de travailleurs ». Emmanuel Macron ne pouvait rêver mieux. Ignorer et déstabiliser la CFDT, mais la retrouver comme alliée pour tenter d’écraser la CGT, le plus honni des syndicats ! Mais ce n’est pas si simple. Sur le terrain, la CGT demeure bien vivante, et les luttes minuscules peut-être aux yeux de certains que mènent ses militants avec les salariés du nettoyage, des Ehpad, du commerce, de l’hôtellerie… engrangent des victoires et contribuent surtout à refuser la fatalité.

Pour l’isolement, c’est raté aussi. L’arrivée de Pascal Pavageau à la tête de FO, après un congrès très remonté contre la ligne conciliante de la direction sortante, a changé la donne. Le 28 juin, FO est venue renforcer la CGT, SUD et les organisations de jeunesse (Unef, UNL, Fidl) pour appeler à une mobilisation nationale interprofessionnelle contre la politique sociale du gouvernement. À travers 120 initiatives partout en France, des milliers de militants ont montré qu’ils n’étaient pas vaincus et ont pris date pour la rentrée. Le 2 juillet – fait rare –, le bureau confédéral de FO recevait celui de la CGT « pour se connaître et échanger », selon le secrétaire général de FO.

Emmanuel Macron n’a pas encore réalisé son rêve : écraser les syndicats – voire l’ensemble des contre-pouvoirs – pour régner seul en souverain face au « peuple ». Mais il joue en tout cas un jeu dangereux pour la démocratie. Au sein du salariat, colères et rancœurs s’accumulent contre la politique du président des très riches et son mépris de classe affiché en toutes circonstances. « En tentant de décrédibiliser les organisations syndicales (…) on prend le risque de voir émerger d’autres formes d’action », alerte Pascal Pavageau (l’« HD » du 21 juin). Sébastien Menesplier, secrétaire général de la CGT énergie, ne dit pas autre chose : « La colère est telle que nous pouvons être très vite dépassés » (l’« HD » du 28 juin). Actions radicales et désespérées, abstention massive ou vote d’extrême droite ? Quelle victoire, vraiment !

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27 juillet 2018 5 27 /07 /juillet /2018 05:32

 

Océana est une organisation internationale de défense se consacrant exclusivement à la conservation des océans. Ella a à son actif plus de 200 victoires mettant fin à la surpêche, à la destruction des habitats marins et lutte contre l’extermination d’espèces menaces comme les tortues et les requins. Le 12 juillet, Oceana a publié un rapport « dévoilant 41 cas de pêche illicite, non déclare et non réglementée en Méditerranée ».

Selon Lasse Gustavsson, directeur exécutif d’Oceana pour l’Europe, « La Méditerranée est la mer la plus surexploitée d’Europe avec plus de 90% des stocks sur-pêchés. En ne prenant pas de mesures, les gouvernements mettent en péril l’avenir de la pêche en Méditerranée et l’avenir de 300.000 pêcheurs et leurs familles qui dépendent de la pêche pour leur alimentation et leurs revenus ».

Océana dit avoir « identifié plus de 20 chaluts de fond italiens présumés avoir pêché pendant plus de 10.000 heures dans une zone fermée destinée à protége  les jeunes merlus dans le détroit de Sicile, où les stocks sont gravement sur-pêchés ». Selon Oceana, « la situation est sûrement plus préoccupante encore puisque des sources officielles ont confirmé des activités de pêche par des navires battant pavillon d’autres Etats (par exemple la Tunisie) qui n’utilisent pas le Système d’identification automatique (SIA) et qui n’ont donc pas été détectés par l’étude d’Oceana».

Oceana assure aussi avoir « détecté d’éventuelles intrusions illégales de navires étrangers dans les eaux relevant de la juridiction nationale de sept pays méditerranéens ». Mais « il est impossible de vérifier la légalité de ces activités de pêche car la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) ne publie pas d’information sur les accords de pêches bilatéraux, contrairement à d’autre organismes de pêche dans le monde ». Selon Oceana, « ce manque de transparence ne permet pas de déterminer si, par exemple, les trois navires battant pavillon de l’Union européenne qui ont vraisemblablement pêché dans les eaux relevant de la juridiction de la Lybie pendant 900 heures et de la Tunisie pendant 1.500 heures pêchaient légalement ou non».

LE RENFORCEMENT DES CONTRÔLES PEUT-IL SUFFIRE

Selon Oceana, «la pêche illicite, non déclarée et non réglementée met en danger les efforts des membres de la mer en danger les efforts des membres de la CGPM pour inverser cette situation». Il reste à savoir si un renforcement des contrôles peut suffire à mettre fi au pillage de la Méditerranée comme à celui de nombreuses zones de pêche dans le monde. Dit autrement, n’est-il pas illusoire de se contenter de fixer des quotas de prises annuelles comme c’est le cas dans les pays membres de l’Union européenne quand la consommation par individu demeure illimitée et quand la restauration privée et collective tout comme les ménages peuvent mettre du poisson sauvage au menu tous les jours ? Ne faudra-t-il pas un jour avoir recours aux tickets de rationnement qui durèrent après la seconde guerre mondiale, quand il fallait permettre aux pauvres d’avoir accès à l’alimentation, sans que le pouvoir de riches ne mette la viande hors de leur portée?

La question peur paraître provocatrice et incongrue. Mais il faudra bien se la poser avant qu’il ne soit trop tard dans notre système capitaliste libéral qui, par son fonctionnement, prépare l’effondrement des sociétés.

 

 

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26 juillet 2018 4 26 /07 /juillet /2018 05:42

 

Notre pays traverse une très grave crise institutionnelle et démocratique.


L’affaire Benalla est devenue officiellement une « affaire Macron » puisque le Président de la République revendique en être « le seul responsable », tout en affirmant n’avoir à en rendre compte devant aucune institution de la République, et surtout pas au Parlement. La démocratie est bafouée comme jamais. Le danger est d’autant plus grand qu’au même moment, Emmanuel Macron fait tout pour imposer une révision de la Constitution aggravant tous ses traits anti-démocratiques, même s’il vient d’en être provisoirement empêché par la suspension des travaux parlementaires sur cette révision.

Ce scandale d’État est révélateur de ce qui doit cesser au plus vite dans notre République: l’omnipotence et l’impunité dont jouit le Président de la République, hors de tout contrôle démocratique. Les conséquences de cette affaire seront durables, mais elles ne sont pas jouées. L’avenir ne sera pas le même selon que l’emportera dans l’opinion la colère, le dégoût, le discrédit de la démocratie ou au contraire la mobilisation populaire pour exiger la transparence et la justice jusqu’au bout dans cette affaire, l’abandon de la révision constitutionnelle programmée par Macron et au-delà une refondation démocratique de nos institutions jusqu’à l’avènement d’une nouvelle République fondée sur une nouvelle Constitution.

Une bataille majeure est désormais engagée. Les parlementaires communistes et notre parti l'avaient lancée avant même l’affaire Benalla en prêtant leur nouveau serment du jeu de Paume le 9 juillet, quand Emmanuel Macron est venu devant le congrès à Versailles.


Quels premiers enseignements tirer de cette affaire?

Premièrement, l’extrême gravité des faits. Le chef de la sécurité privée de l’Élysée, Alexandre Benalla, qui assurait déjà la garde rapprochée du Président pendant sa campagne, a été installé à un poste clé, cela en dehors et même à l’encontre des services de protection officielle de la police nationale. Cet homme a été protégé et ne cessait d’intervenir en dépassant ses fonctions. Aussi grave soit-il, le 1er mai n’a pas été un cas isolé. Pourquoi n’y-a-t-il pas eu plus tôt des réactions? Comment cela a-t-il été rendu possible? Parce que l’impunité présidentielle s’insinue comme un poison dans notre vie politique et institutionnelle, et que le sésame présidentiel s’impose au respect des règles publiques et démocratiques. Mais plus grave encore, on sait désormais, qu’une réforme de la sécurité de l’Élysée, actuellement assurée par un service de la police nationale et par un commandement militaire, envisageait d’introduire la sécurité privée dans le nouveau dispositif au plus haut niveau de l’État. Benalla n’était donc pas un accident mais la préfiguration d’un projet de privatisation rampante de la sécurité de l’Élysée qui marquait, comme en ont témoigné les syndicats de policiers, une défiance à l’égard des fonctionnaires, de leur statut et de leur mission de service public, de leur code de déontologie. Macron veut, à tous les étages de la République, des services à sa main, et il veut tout simplement appliquer à l’Élysée ses principes de destruction de l’appareil d’État public, avec les recettes d’austérité et de privatisation qu’il entend infliger à toute la société.

Deuxième enseignement, la gravité de la réaction de l’Élysée. Celle-ci a bafoué tous les dispositifs de protection de la démocratie et des règles publiques qui auraient dû être appliquées. L’Élysée a cherché à étouffer l’affaire et à la mettre sous le tapis, en pleine connaissance de ce qui s’était passé. Sans l’article du journal Le Monde, tout aurait continué comme avant. Sans la réaction du Parlement, qui a refusé de poursuivre l’examen du projet constitutionnel, celui-ci aurait été adopté à l’Assemblée nationale cette semaine par une majorité de godillots En Marche. Aujourd’hui, la stratégie d’étouffement a explosé. Deux commissions d’enquête parlementaire, une instruction judiciaire, et une enquête de l’IGPN sont en cours. Alors que fait le Président de la République? Il déclenche l’arme lourde: celle de la toute puissance présidentielle dans nos institutions. « Je suis le seul responsable et comme je n’ai de compte à rendre à personne, fermez le ban, et on reprendra la révision constitutionnelle quand je le déciderai ». Et il lâche cette formule incroyable, digne d’un forcené assiégé, reclus dans son château: « qu’ils viennent me chercher! » En clair, le Président dit qu’il s’assoit sur les procédures en cours, sur le Parlement, et qu’il décidera seul des suites à donner à cette affaire. Et c’est là que nous touchons au fond du problème démocratique posé à notre pays par la dérive de tout le système vers la monarchie présidentielle absolue, négation même d’une République digne de son ce nom.

En déclarant, comme viennent de le faire successivement Édouard Philippe et Emmanuel Macron, que le Président de la République n’a de compte à rendre qu’au peuple directement, autrement dit qu’il ne relève d’aucun contrôle démocratique entre deux élections présidentielles, ils sacralisent le fait que le quinquennat devient ainsi une période de pleins pouvoirs pour le Président de la République. Ils ont beau dire que le gouvernement, lui, rend compte devant le Parlement, c’est une duperie puisque tous les arbitrages relèvent désormais du Président de la République. Et c’est le sens profond de la révision constitutionnelle engagée: pousser à terme cette logique pour aboutir à une Présidence encore augmentée et une démocratie encore diminuée. Et pour cela, réduire d’un tiers le nombre de parlementaires ce qui les coupera davantage du peuple et permettra au passage de liquider le pluralisme politique des assemblées; réduire leur pouvoir d’amendement, leur maîtrise de l’ordre du jour parlementaire au profit du gouvernement; réduire le nombre, le rôle et la libre administration des collectivités locales; réduire de moitié le nombre de membres du Conseil économique, social et environnemental... On sait au service de quel projet Emmanuel Macron veut ce régime de pleins pouvoirs: la liquidation de l’État social pour le seul service des riches, du capital financier et du marché. Cette société dangereuse, inégale et anti-démocratique, dans laquelle l’injustice et l’autoritarisme marchent de pair, nous ne devons pas l’accepter.

Tirer toutes les leçons de l’affaire Macron-Benalla, c’est donc empêcher l’étouffement de cette affaire et soutenir jusqu’au bout la manifestation de la vérité et la mise en œuvre des sanctions et des mesures qu’elle rendra nécessaires. C’est notamment refuser la privatisation en marche des missions de sécurité. C’est au delà amplifier la bataille pour l’abandon du projet constitutionnel macronien et empêcher la reprise des débats à la rentrée sur ces bases. C’est engager dans le pays un débat national d’ampleur pour la désintoxication présidentialiste du régime et la démocratisation profonde de la République. Les communistes et leurs parlementaires prendront toutes les initiatives nécessaires en ce sens.


 

Paris, le 25 juillet 2018.

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26 juillet 2018 4 26 /07 /juillet /2018 05:42

Après une audition à l'Assemblée nationale, Gérard Collomb devait répondre le 24 juillet aux questions de la commission d'enquête du Sénat. Parmi ses interlocuteurs, le sénateur communiste Pierre Laurent a posé trois questions restées sans réponse.

Ce 24 juillet, la séance de questions/réponses n'était pas terminée pour Gérard Collomb : après son passage devant la commission des Lois de l'Assemblée nationale réunie commission d'enquête, il a dû répéter l'exercice devant les sénateurs.

Les interrogations du sénateur communiste Pierre Laurent, qui est revenu sur des questions déjà posées la veille, illustrent les frustrations parlementaires quant au manque de précision et de communication des membres du gouvernement dans l'affaire Benalla.

Un proche de Collomb a-t-il embauché Benalla ?

L'élu PCF a questionné Gérard Collomb sur sa connaissance ou non d'Alexandre Benalla avant la révélation de l'affaire dans Le Monde, le 18 juillet : «Ma question porte sur les incohérences de vos déclarations, monsieur le ministre d'Etat : votre principal collaborateur depuis des années à Lyon [...] et qui est aujourd'hui votre chef de cabinet, Jean-Marie Girier, a été directeur de campagne d'Emmanuel Macron. C'est lui qui a recruté monsieur Benalla, fin 2016, dans l'équipe de campagne de Macron. Comment pouvez-vous prétendre, vu votre proximité personnelle avec monsieur Girier, ne pas connaître monsieur Benalla ?»

«Le système de copinage va-t-il perdurer ?»

Pierre Laurent s'est également demandé si certains protagonistes mis en cause dans l'affaire allaient éventuellement bénéficier d'un traitement de faveur et si le «système» mis en place par la présidence allait perdurer à l'Elysée : «Concernant le fonctionnaire de police de la DOPC (Direction de l'ordre public et de la circulation) appartenant à l'Etat major, monsieur Philippe Mizerski, qui a déjà été évoqué dans certaines auditions, qui est, semble-t-il, le tuteur de monsieur Benalla et qui lui aurait remis les attributs de police, n'a pas été mis en examen alors que trois autres policiers ont été mis en examen. Qu'est-ce qui nous garantit que ce système de copinage qui a protégé monsieur Benalla et dont a parlé monsieur Delpuech, ne va pas perdurer dans le système de sanctions qui est en train de se mettre en place ?»

Les policiers unanimes contre Benalla... Collomb n'en-a-t-il jamais eu vent ?

Enfin, Pierre Laurent a souligné l'étrangeté de la situation qu'ont décrit les syndicats policiers auditionnés au Sénat avant le ministre de l'Intérieur : en tant que premier policier de France et représentant de premier plan des forces de sécurité, comment Gérard Collomb n'a-t-il jamais été mis au courant des relations exécrables qu'entretenait ce collaborateur très présent auprès d'Emmanuel Macron avec les forces de l'ordre légitimes ? : «Maintenez-vous, envers et contre tout, malgré ce que nous avons entendu de la part des syndicats de police ce matin, que rien ne vous est remonté sur les "relations exécrables", je reprends les mots d'un des syndicats de police, et sur les incidents récurrents qui existaient entre monsieur Benalla et les services de police ? Même si les langues se délient tardivement, on a du mal à croire que dans la hiérarchie policière, personne n'entendait parler de ces incidents, vu le nombre, visiblement, d'incidents qu'il y a eu et qui nous ont été rapportés ce matin par les syndicats de policiers. Et visiblement, on ne sait pas tout. Donc, comment est-ce possible qu'aucune de ces informations ne vous soit parvenue, ne vous soit jamais remontée ?»

Le ministre de l'Intérieur répond à peine

Soumis à ces questions précises, Gérard Collomb s'est contenté de répondre, lapidaire : «J'ai déjà répondu à toutes les questions que vous me posez. Je vous rappelle que monsieur Mizerski était tuteur de monsieur Benalla. Qui l'a désigné comme tuteur ? C'est ce que dira effectivement l'enquête judiciaire qui est en cours.»

Sur monsieur Girier, je ne pense pas qu'il ait jamais recruté monsieur Benalla. S'il devait en être ainsi, il y aurait des questions de confiance

Pierre Laurent a repris la parole : «Sur monsieur Girier, vous n'avez rien à dire ?» Et le ministre de l'Intérieur de répondre, de façon énigmatique : «Sur monsieur Girier, je ne pense pas qu'il ait jamais recruté monsieur Benalla. S'il devait en être ainsi, il y aurait des questions de confiance.»

Ces questions devraient notamment être au centre des enquêtes qui ont été lancées depuis la révélation de l'affaire Benalla. Le ministre de l'Intérieur, peu loquace devant la représentation nationale, pourrait être entendu par la justice.

 

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26 juillet 2018 4 26 /07 /juillet /2018 05:36

 

En invitant des entreprises pour leur confier le désenclavement de certains quartiers, l’exécutif poursuit son abandon de politiques publiques au profit du privé.

Roulement de tambour au ministère de la Cohésion des territoires et à l’Élysée. Annoncé par un subtil « teasing » de ses communicants, digne de la « start-up nation » que veut instaurer Macron, l’événement « La France, une chance : les entreprises s’engagent », qui devait se tenir hier soir, a été présenté comme le dernier cri de ce qui se fait en Macronie. Mais derrière les engagements pompeux issus du discours du président de la République, le 22 mai, devant les acteurs de la politique de la ville et repris par ses conseillers et le ministère, peu de nouveautés. Pour répondre aux ambitions affichées d’« effectivité des droits », d’« émancipation » et à la volonté évasive de « faire République » à travers une « société inclusive », l’exécutif et le ministère de la Cohésion des territoires comptent surtout sur le patronat pour sortir quartiers populaires et territoires ruraux de la relégation. Pas moins de 100 entreprises, dont Danone, Total ou L’Oréal, ainsi que des parlementaires et quelques associations, devaient se réunir hier pour « apporter les réponses adéquates aux territoires ».

UN CURIEUX ÉCHO AU JOSPIN DE 1999

« L’État ne peut pas tout », prévient d’emblée Anne-Claire Mialot, « conseillère cohésion des territoires, logement à la présidence de la République », dans un curieux écho au Lionel Jospin de 1999. Ce que traduit une des mesures sur laquelle s’attardent ses promoteurs, qui se borne à proposer… des stages pour les élèves de 3e ! Si ceux-ci sont déjà obligatoires pour les 600 000 écoliers de cette tranche d’âge, l’exécutif promet néanmoins aux élèves des territoires en difficulté 15 000 stages « de qualité » chez Orange, BNP Paribas, La Poste ou encore Adecco. Et pour ne pas faire de jaloux, il s’engage pour sa part à prendre 15 000 stagiaires dans les services publics. L’État promet aussi le développement du mentorat (adaptation de l’anglais « mentoring »), qui consiste à transmettre des expériences dans l’entreprise – et à son profit – entre « un cadre et un jeune diplômé » et la mise en œuvre d’une campagne de tests antidiscrimination.

PAS QUESTION DE CONTRÔLER

L’Élysée et le ministère de la Cohésion des territoires devaient aussi faire les entremetteurs entre les patrons et certaines organisations comme Mozaïk RH, qui se présente comme « le premier cabinet de recrutement et de conseil en ressources humaines spécialisé dans la promotion de la diversité », au prétexte que certaines entreprises ne sauraient pas où aller chercher des candidats dans les quartiers populaires… De là à leur confier des tâches effectuées par Pôle emploi plutôt que de donner des moyens à l’établissement public, il n’y a qu’un pas. Enfin, des fonds de la Banque publique d’investissement (BPI) viendront abonder ceux d’investisseurs privés pour soutenir les entreprises tandis que 15 millions d’euros sont promis aux associations dans le budget 2019. Par contre, pas question de contrôler l’usage des fonds alloués aux entreprises ni même leurs engagements. « Nous ne sommes pas dans une politique du bâton » envers le patronat, répète-t-on chez les conseillers de l’Élysée. Mais pour le maire PCF de Grigny (Essonne), Philippe Rio, « l’incitation pour les entreprises sans contrôle, on a vu avec le Cice ce que ça pouvait donner ». Si l’élu témoigne de la difficulté réelle des élèves de 3e à trouver des stages, « un véritable plafond de verre pour eux », il pointe la responsabilité sociétale d’entreprises « pétées de thunes » qui « ne font pas le job ». Et ajoute que l’angle mort des annonces concerne les moyens des collectivités locales et de la culture, pour lesquels aucune amélioration n’est visible à l’horizon.

Olivier Morin avec Julia Hamlaou

 

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25 juillet 2018 3 25 /07 /juillet /2018 05:51

 

Cacophonie, mensonges, rétractation, amnésies… Dans l’imbroglio de l’affaire Benalla, le mentir-vrai et le renvoi de patates chaudes sont devenus un sport de combat. Mais la séparation des pouvoirs a ceci de bon qu’il est dans les fonctions du législatif de contrôler l’action de l’exécutif. La mise en place de commissions d’enquête parlementaires en est un moyen et cet outil a plus d’une fois montré son efficacité pour établir une vérité. La majorité LaREM a tout fait pour empêcher sa mise en place. Mais, toute majorité qu’elle est, elle a perdu, et c’est tant mieux !

Édouard Philippe, hier, devant l’Assemblée nationale a eu beau jouer une fois de plus la fable de la « dérive individuelle » d’Alexandre Benalla, la vérité se fraye peu à peu un chemin. La confrontation des auditions resserre l’étau autour de l’Élysée et des nombreux passe-droits accordés à ce conseiller, de son rôle parallèle au sein des forces de police à son appartement de fonction de 300 mètres carrés. Dans cette affaire, la duperie d’un Emmanuel Macron « chantre du renouveau » éclate en plein jour. Le scandale alimente la face noire de la politique et abîme un peu plus la démocratie.

Car il ne faut pas se réjouir de la crise, stigmate d’un régime à bout de souffle qui tient les citoyens pour quantité négligeable et poursuit son inexorable dérive vers un pouvoir sans partage du chef de l’État. Aphone face aux démonstrations de solidarité métissée après la victoire des Bleus au Mondial de football, Marine Le Pen sort de sa boîte comme le diable dès que se présente l’occasion d’alimenter le « tous pourris ». La politique a besoin de retrouver sa noblesse d’idées, de projeter un avenir qui puise dans le souffle de l’intérêt général, d’asseoir sa légitimité sur l’exercice d’une démocratie participative. Ce dont témoigne l’affaire Benalla, c’est que cet objectif n’est plus réalisable avec la Ve République. Et qu’il faut en changer.

Par Paule Masson

 

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