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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 08:44

Les militants d’En Marche! se prononcent sur les statuts de leur futur parti. Comités locaux sans pouvoir, direction ultra-puissante : le parti, où l'absence de démocratie est assumée, s'annonce très centralisé. Des militants attaquent les textes en justice.

Ils étaient des “marcheurs” et des “helpers”, concentrés autour d'un homme providentiel, avec pour seul objectif de faire d'Emmanuel Macron le nouveau président de la République. Une fois cet objectif atteint, au-delà des espérances, vu l'écrasante majorité parlementaire qui a suivi l'élection de leur héraut, le temps est venu de se structurer pour espérer pouvoir durer. Le dimanche 30 juillet prochain, La République en marche (LREM) va ainsi se muer en parti. Il est très probable qu’à l’issue de la consultation par voie électronique de ses adhérents, ses statuts soient ainsi adoptés.

Tour d'horizon des enjeux et des contraintes qui vont entourer le plus dur qui commence : s'inscrire dans la durée d'un monde politique espéré comme « nouveau », mais qui doit quand même passer par des rites « anciens »…

 

25 % tirés au sort, 75 % cooptés

Sur le papier, les comités locaux « constituent le socle fondamental du parti » : n’importe qui peut en créer un, choisir son mode de fonctionnement, y entrer, sans s'acquitter d'une cotisation. Il y a « un référent territorial » par département, ou plus si la densité du territoire l’exige. Celui-ci est nommé par le bureau exécutif et approuvé par le conseil national. Mais il n’a pas de « lien de tutelle avec les comités locaux, il n’a pas le droit de donner d’ordre », explique Anne Descamps, porte-parole du mouvement. Ces référents territoriaux constituent, avec les élus – parlementaires, présidents de collectivités, maires –, 75 % du « Conseil national », le parlement du parti. Les 25 % restants se décomposent en 20 % d’adhérents et 5 % d’animateurs locaux tirés au sort.

Ce scrutin a donné lieu à la première fronde interne du “mouvement-parti”. Trente-deux adhérents ont en effet déposé un référé au tribunal de grande instance de Créteil pour faire annuler la consultation, dénonçant le non-respect des statuts actuels d’En Marche!, qui prévoient un délai d’un mois entre la convocation à l’assemblée générale électronique et le début de celle-ci. Or les adhérents ont reçu leur convocation le 8 juillet et le scrutin a démarré le 23. 

 

« Aristocratie de droit divin »

Ce vice de forme vient s’ajouter à un certain nombre de griefs de fond de ces trente marcheurs qui réclament le report du vote. « 75 % des membres du Conseil national sont des référents départementaux, nommés par la direction nationale, ou des élus, élus par le peuple, certes, mais après avoir été choisis par la commission nationale d'investiture qui dépend directement du bureau exécutif », détaille Rémi Bouton, porte-parole du collectif La démocratie en marche. Il s’inquiète également du seuil de 20 % de comités ou d'adhérents à atteindre pour pouvoir soumettre une question au bureau exécutif, ou encore des deux tiers des adhérents à réunir pour réviser les statuts, quand le bureau exécutif peut le faire à n’importe quel moment. Or En Marche! compte aujourd’hui officiellement 375 000 adhérents et 3 200 comités locaux.

Après la convention sur les statuts, le 8 juillet dernier, les membres de Denfert, le comité parisien de Rémi Bouton, avaient discuté de ce qu’ils auraient voulu inscrire dans ces statuts. « Nous aurions voulu élire les référents plutôt que de se les voir imposer par le national, que ce soient des binômes paritaires plutôt qu’une seule personne, que les instances nationales soient élues. Et aussi que l’on mette en place la “civic-tech”, des outils de collaboration entre comités locaux, des plates-formes pour inventer un nouveau type de démocratie. » À la réception du projet de statuts, c’est le désenchantement. « La défiance envers les adhérents était à tous les étages, explique le “marcheur”. Ils voulaient supprimer les baronnies des partis traditionnels ? Ils les remplacent par une aristocratie de droit divin ! Les adhérents ne sont pas un tiers état, nous sommes un “quart état” ! »

 

 « Plafond de verre »

Comment quelqu’un qui, il y a quelques mois, se lançait à corps perdu dans l’aventure En Marche!, en est-il arrivé à une telle amertume ? « J’ai adhéré parce que je trouvais qu’Emmanuel Macron était séduisant. Ancien des radios libres, j’aime expérimenter. Mais lorsque je proposais des choses, mon référent territorial agissait souvent en verrou. Il ne nous rapportait pas beaucoup d'informations de ce qui se passait au “QG”. Il y avait comme un plafond de verre qui nous empêchait de prendre part à ce qui se passait dans les hautes sphères du mouvement. Nous, nous avions juste le droit de parler de militantisme, de faire les petites mains. Mais la politique était ailleurs. C’était très frustrant », témoigne Rémi Bouton. Dans un premier temps, le militant se tait, comprenant la nécessité d’une « opération commando » en vue des élections, et « pour ne pas faire de mal au mouvement ». « Mais sur les statuts, rien ne nécessitait un tel empressement », juge-t-il. 

La parole de Rémi Bouton et de ses camarades se heurte pour l'instant à un mur d'hostilité, du moins de la part des militants présents à la convention du 8 juillet que nous avons recontactés. Lorsqu'elle a vu les dissidents à la télévision, Rozenn, du comité d'Issoire, a tout de suite envoyé un message à son référent départemental pour lui demander ce que c'était que ce « bazar » : « Les législatives ont eu lieu il y a seulement deux mois ! Il faut laisser le temps au temps au lieu d'alerter tout le monde au moindre problème ! Mais bon, les gens veulent faire parler d'eux. » L'absence d'élections internes ne la dérange pas plus que cela : « Dans les autres partis, on élit des gens et pourtant, certains restent plus puissants que d'autres. » Son camarade Jacques-François, coréférent territorial en Côte-d'Or, relativise : « Trente personnes, c'est minime au vu du nombre d'adhérents. Il y a toujours des mécontents, des personnes aigries de n'avoir pas eu de poste. » Lui aussi défend le fonctionnement vertical du parti : « Pour l'instant, nous sommes dans une phase de création, nous avons besoin de gens compétents. Ils sont nommés seulement pour trois ans, au-delà, ça bougera. »

 

Une direction recrutée sur C.V. 

Du côté d’En Marche!, on assume sans complexe que le parti ne soit pas démocratique. « Nous ne voulons pas de strates, de corps intermédiaires qui captent la voix des adhérents. Nous ne voulons pas non plus des élections que proposent ceux qui s’opposent aux statuts, car la désignation nous permet de sélectionner des profils, des compétences, et de maintenir la parité. Revenons au principe de réalité : les élections au niveau local, c’est cela qui enkyste les partis », explique Anne Descamps. Comme dans une entreprise, c’est donc sur C.V. que les « référents territoriaux » sont recrutés par le bureau exécutif.

Anne Descamps préfère concentrer son discours sur l’innovation que constitue le tirage au sort d’un quart du parlement du parti : « Je préfère la démocratie directe à la démocratie indirecte. Nous sommes le seul parti qui permette aux adhérents de siéger de manière fixe dans les instances qui ont le pouvoir de désigner la direction exécutive du parti. Alors que d’habitude, les adhérents n’ont aucun rôle dans ces instances. » Sauf, peut-être, celui de les élire et de les réélire, ou pas.

 

 

Régler les problèmes par la hiérarchie

Un système qui « fonctionne si chacun joue son rôle », explique Anne Descamps. Elle le concède, le staff d’En Marche! a identifié « des verrous », « des relations interpersonnelles compliquées » : des conflits. « La réponse à ces verrouillages, ce ne sont pas des élections, c’est plus de fluidité. » Comprendre : en cas de crise ouverte, la direction nationale nommera un nouveau référent à la place du premier.

La porte-parole souligne aussi que les process mis en place par En Marche! ont permis de « solutionner » une partie de ces problèmes. « Avant le vote en lui-même, nous avons lancé une consultation sur des projets de statuts. Nous avons récolté 2 500 retours et pris en compte certaines demandes. Les référents territoriaux pourront être évalués de manière formalisée, ils pourront être soumis à un vote de confirmation sur proposition du bureau exécutif, et les comités locaux auront la possibilité de proposer un candidat », explique la cadre d’En Marche!

 

Des baronnies par le haut

« Les statuts d’En Marche! laissent aux comités locaux une grande autonomie, contrairement aux sections des partis. On remarque une absence de leader, qui marque le refus de la personnalisation. Mais surtout, surtout, il y a une absence totale de contrôle des adhérents sur les dirigeants », analyse Frédéric Sawicki, professeur de sciences politiques à Paris I.

Selon le politologue, l’absence d’intermédiaires est un leurre. « Les intermédiaires existent, mais ils sont désignés par le haut. Ce sont les référents territoriaux, sortes de préfets du parti. » Pour lui, mettre la formation de baronnies sur le compte des statuts, quels qu’ils soient, est une erreur. « Ce ne sont pas les statuts des anciens partis qui ont créé les baronnies, ce ne sont pas eux qui peuvent les empêcher dans les nouveaux partis. Il sera d’autant plus facile pour un maire de faire main basse sur le parti grâce à sa puissance – comme ce qui se passe actuellement à Montpellier – qu’il n’y a pas d’élections internes, pas d’élus qui peuvent rendre compte. Si vous ne précisez pas les droits des adhérents, qui va définir les règles ? Les plus puissants. »

 

« Néogaullisme »

Autre problème soulevé par Frédéric Sawicki, celui de la gratuité de l’adhésion. « Il n’est précisé aucune périodicité pour renouveler son adhésion. N’importe quel élu peut faire adhérer des dizaines de gens en un simple clic pour faire voter des choses, sans aucun contrôle. Si on ajoute la question de la possibilité de double appartenance, En Marche! peut être capté par n’importe quelle autre force politique. Il faut lier ces deux questions avec l’absence de pouvoirs des adhérents », décrypte le chercheur. L’impuissance des comités locaux expliquerait donc leur totale liberté. Cette liberté elle-même expliquerait pourquoi pas un centime des millions d’euros de subventions touchées par le parti après les élections ne sera reversé à ces comités sans passer par un appel à projet… piloté par le national.

« Nous sommes donc dans un système très centralisé, néogaulliste, quasi militaire, fait pour défendre une personne », juge Frédéric Sawicki, qui fait même un parallèle avec « le PC [le Parti communiste] de la grande époque, où les permanents étaient payés pour s’assurer que les militants restaient dans la ligne ». « Les chefs d’entreprise peuvent s’insérer dans ce système, sur le mode “tout le monde derrière le CA [conseil d'administration] !”. Mais pour les ex du parti socialiste, même ceux du Nouveau Centre, ou encore les gens issus du monde associatif, ça va être plus difficile. Cela sera-t-il compatible avec le rapport actuel, critique, aux institutions ? » s’interroge le politologue. À court terme, il doute surtout que le parti puisse se lancer dans les élections municipales sans faire vivre, y compris financièrement, les comités locaux.

 

Lanceurs d’alerte

Cette rigueur formelle a déjà suscité l’explosion publique de trente “marcheurs”. Leurs vaines tentatives de rencontrer les membres du QG, puis Jean-Paul Delevoye, et même Emmanuel Macron lui-même, les poussent à porter leur différend devant la justice, et à le médiatiser. Une seule possibilité pour que les statuts ultra-centralisateurs d’En Marche! ne soient pas adoptés : que la justice l’empêche. Résultats le 1er août. « Si on ne gagne pas, on aura lancé une alerte », estime Rémi Bouton.

 

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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 08:07

 

L'ONG Global Footprint Network a établi au 2 août le jour où l'humanité aura épuisé les réserves naturelles planétaires pour l'année. C'est une situation que nous prenons très au sérieux. Certes chaque consommateur doit adopter des attitudes en conformité avec cet enjeu vital, toutefois l'efficacité commande de vite bâtir un nouveau mode de production beaucoup moins prédateur des ressources naturelles.

Il est urgent d'en finir avec un système qui se fixe comme priorité le seul appât du gain financier pour une minorité. C'est cette pollution financière qui empêche d'avancer vers le changement souhaitable.

Pour en finir avec la surconsommation, il faut d'abord en finir avec l'obsolescence programmée, vecteur de scandaleux profits, et tendre vers l'éco-conception durable pour chaque produit, ainsi développer les filières de recyclage et l'économie circulaire.

Nous proposons pour limiter la prédation des ressources naturelles d'en taxer le prélèvement. On compenserait ce nouvel impôt par l'octroi de crédits bancaires bonifiés à chaque fois que l'entreprise investit dans des process industriels « propres », qu'elle forme ses salarié-e-s et les rémunère à un bon niveau. Augmenter le pouvoir d'achat de chaque salarié-e, c'est permettre à chaque consommateur l’accès à des produits de meilleure qualité.

Pour cela, il est incontournable de décider un autre partage des richesses produites, de lutter contre l'évasion fiscale afin de développer considérablement la recherche, les services publics, et orienter l'argent vers les biens communs, moteurs d'un véritable développement humain durable.

Parti communiste français,
Paris, le 2 août 2017

 

 

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 07:00

Les députés Insoumis, communistes et socialistes, associés à deux non inscrits, vont déposer cette semaine un recours au Conseil constitutionnel sur le projet de loi habilitant le gouvernement à réformer par ordonnances le Code du travail, ont-ils annoncé jeudi dans un communiqué commun.

Le recours annoncé par les députés insoumis, communistes et socialistes auprès du Conseil constitutionnel pour tenter d'empêcher une nouvelle casse du Code du travail porte "principalement sur l'imprécision du mandat confié au gouvernement par les ordonnances, et sur le droit à la réparation intégrale du préjudice en cas de licenciement abusif", précisent les présidents Olivier Faure (Nouvelle Gauche), Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et André Chassaigne (communistes). Deux des trois députés nationalistes corses y sont associés, selon un élu LFI.

Et il pourrait y avoir d'autres actions communes du même genre

Notant que "cette initiative commune est la seule qui permette à nos groupes d'opposition de saisir le Conseil constitutionnel pour s'assurer de la conformité des projets de loi votés par la majorité", car il faut au moins 60 députés pour une saisine, ils se disent prêts à la réitérer "chaque fois" qu'ils le jugeront nécessaire.

A leurs yeux, le projet de loi porté par la ministre du Travail Muriel Pénicaud contrevient à plusieurs principes et libertés constitutionnels.

Sur la forme, "la procédure d'adoption de cette loi a été marquée par des délais et conditions matérielles ayant empêché le Parlement d'exercer son rôle constitutionnel, et méconnaît notamment l'exigence de clarté et de sincérité du débat parlementaire", plaident notamment les trois présidents de groupe. Sur le fond, ils estiment que cette loi "méconnaît l'exigence de précision des finalités de l'habilitation qui découle de l'article 38 de la Constitution".

"En entretenant le vague sur les mesures à venir, la loi (...) laisse toute latitude au gouvernement pour modifier à sa guise le code du travail, sans garantie du respect des droits fondamentaux des salariés", déplorent Olivier Faure, Jean-Luc Mélenchon et André Chassaigne.

un "fait majeur"

Et "ce recours, qui est un fait majeur, est une manière de dire qu'on n'est pas dupes d'une session extraordinaire qui a servi à une loi de destruction massive du Code du travail, une loi ordinaire qui porte bien son nom sur la confiance (...) et qui fragilise le Parlement, une politique d'austérité sans équivalent", a déclaré Eric Coquerel lors d'une conférence de presse des seuls Insoumis.

(Avec AFP)

 

Communiqué de Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône

 

" Dès le début de l'examen du  projet de loi d’habilitation visant à réformer par ordonnances le code du travail, le groupe GDR a envisagé la possibilité de saisir le Conseil constitutionnel. Nous avons très rapidement pris des contacts en vue de faciliter cette saisine qui nécessitait la signature de 60 députés. Les deux autres groupes de gauche de l’Assemblée ayant chacun conçu le même projet de leur côté, nous nous sommes retrouvés pour faire échec à ce texte malgré son adoption le mercredi 2 août par le Parlement.

Nous nous félicitons qu'une telle convergence ait pu se concrétiser face à un projet d'une gravité extrême pour le monde du travail, portant atteinte aux fondements de notre pacte républicain. L’état d’esprit qui a animé cette démarche sera celui des députés communistes tout au long de cette législature. Nous voulons travailler à la construction d’une gauche combative face au libéralisme et ses déclinaisons modernes, et rechercher des convergences avec d'autres dans le respect des sensibilités et de l’histoire de chacun.

Nous escomptons l’aboutissement de ce recours afin de faire reculer la majorité et d’alimenter les mobilisations à venir."

 

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 05:50

LES GRANDS ENJEUX POUR NOTRE PLANÈTE, PAR GÉRARD LE PUILL

 

Macron, adepte de la « destruction créatrice », omet que nous entrons dans un monde de rareté...

Le seul but de la Cop21, l'obtention d'un accord et d'une ratification, quel qu'en soit le prix. Relever l'ambition des négociations, peu importe... 

Dans son discours d'investiture prononcé le 14 mai à l'Élysée, Emmanuel Macron a rendu hommage à de Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande, qui l'ont précédé à la présidence de la Ve République. Après tout, pourquoi pas ? Toutefois, glorifier François Hollande du succès de la COP21 est plutôt grotesque. Depuis qu'il fait de la politique, Hollande ignore les enjeux climatiques. En témoignent son parcours de parlementaire comme celui de premier secrétaire du PS. Le sujet ne l'a pas davantage passionné durant la préparation de la COP21, qui s'est tenue au Bourget en décembre 2015. Seule l'intéressait la conclusion d'un accord, quel qu'en soit le contenu, histoire d'obtenir un succès diplomatique à dix-huit mois de la fin de son mandat. Il y voyait un atout pour en solliciter un second auprès des électeurs. Dans le livre publié par les deux journalistes du « Monde » qui ont eu des années d'entretiens avec lui, François Hollande confie : « Je me suis intéressé à ce sujet tardivement, quand on a eu la COP21 (...), je pensais que l'écologie était un sujet mais il n'y avait pas de traduction électorale » (1).

Ces propos ont le mérite de la franchise. Emmanuel Macron n'est pas plus écologiste que François Hollande (lire la chronique de l'« HD » n° 562). Sa vision de l'économie est fondée sur ce que certains appellent la « disruption permanente ». C'est l'accélération de la théorie de la « destruction créatrice », conceptualisée dans la première moitié du XXe siècle par l'économiste autrichien Joseph Schumpeter, lequel observait ­ d'un oeil parfois plus critique qu'enthousiaste ­ l'usage fait des progrès technologiques pour rendre obsolètes des biens et des outils de production afin de les remplacer par d'autres plus performants.

RELIRE SCHUMPETER

Comme les économistes libéraux, Macron fait du Schumpeter puissance dix en ce début de XXIe siècle marqué par le réchauffement climatique. Sans voir que nous entrons dans un monde de rareté qui nous invite à économiser toutes les matières premières fossiles avec le double impératif d'en laisser aux générations futures et de freiner le réchauffement.

Ceux qui citent sans cesse Joseph Schumpeter n'ont pas bien lu leur idole. Car il écrivait aussi, dans son dernier livre (2), peu avant de mourir en 1950 : « Il y a beaucoup de chance, semble-t-il, pour que la concurrence "bienfaisante" du type classique fasse place à une concurrence destructrice, à "une guerre au couteau", ou, simplement, à des luttes pour des prises de contrôle menées sur le terrain financier. Or de telles manœuvres constituent autant de sources de gaspillage social. » Nous sommes dans cette « guerre au couteau » depuis plusieurs décennies. Mais, vu les intérêts qu'ils défendent, Macron et ses semblables ne veulent pas le voir.

glepuill@humanite.fr

(1) « Un président ne devrait pas dire ça ». Stock.

(2) Citation extraite du dernier livre de Gérard Le Puill : « Devant l'urgence climatique, bousculons les politiques », Éditions du Croquant.

 

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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 05:41

Le FMI a tressé des louanges à la politique du gouvernement français le 17 juillet dernier, à la grande satisfaction des deux locataires de Bercy. Mais ces conclusions s'opposent complètement avec les analyses passées de l'institution. 

Le 17 juillet dernier, le Fonds monétaire international (FMI) publiait les conclusions de la « mission de consultation » annuelle que l’institution mène au titre de l’article IV de ses statuts sur la France. Ces conclusions sont souvent assez convenues et suscitent assez peu l’intérêt. Mais celles-ci vont attirer l’œil. Le FMI réalise en effet en deux pages un éloge appuyé du programme – plus que des mesures réellement annoncées – d’Emmanuel Macron.

Selon le Fonds, « l’ambitieux programme de réformes du gouvernement pourrait fortement contribuer à résoudre les défis économiques auxquels la France se heurte de longue date ». Le reste est à l’avenant : éloge de la « priorité accordée à la réduction des dépenses publiques », à la « stratégie de réforme du marché du travail » qui est « vaste et ambitieuse » et aux « réformes projetées dans les domaines de la fiscalité des entreprises, des revenus du capital et du travail » qui devraient « stimuler l’investissement et l’emploi ». N’en jetez plus ! Tout se passe effectivement comme si la politique économique du gouvernement d’Édouard Philippe avait réalisé le rêve des équipes de l’institution de Washington.

Du reste, les deux locataires de Bercy, Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances, et Gérald Darmanin, se sont fendus le jour même d’un communiqué pour « saluer » les conclusions du Fonds et se féliciter de cette « appréciation du FMI » qui « conforte la stratégie du gouvernement pour accroître notre compétitivité : engager des réformes structurelles et réduire la dépense publique tout en allégeant la fiscalité pour les Français ». Et de fait, pour qui s’en tient à n’observer que l’éloge d’une institution internationale sans s’intéresser à son bilan désastreux en termes de politique économique, ce soutien peut avoir un certain poids dans la stratégie de communication du gouvernement. Ce dernier aime en effet à se présenter comme porteur d’une stratégie « réaliste » et « rationnelle » dans la droite ligne de cette doctrine énoncée par Emmanuel Macron à Versailles le 3 juillet : « faire face au réel ».

 

Communiqué de presse de Bercy sur les conclusions du FMI.

 

N’empêche que ce beau tableau ne résiste guère à l’analyse. Pour plusieurs raisons. D’abord, ces conclusions apparaissent plus politiques qu’économiques du fait de la chronologie de sa publication. De 2013 à 2015, les conclusions de la consultation au titre de l’article IV sur la France ont été publiées en mai et juin. Sans doute, en 2017, compte tenu des élections présidentielles puis législatives, une telle publication était-elle délicate. Mais dans ce cas, le FMI devait-il les publier dès juillet, c’est-à-dire sur la seule foi des intentions du gouvernement et non de ses réalisations ? En 2012, lors de la précédente alternance politique, le FMI avait, en tout cas, pris davantage de temps. Ses conclusions avaient été finalisées fin octobre, prenant en compte les premières décisions du nouveau gouvernement. Du reste, ces conclusions apparaissent beaucoup plus mesurées que celles publiées en 2017 avec une évaluation des premières mesures prises et des recommandations pour l’avenir. On est loin de celles du 17 juillet où l’on a principalement une opinion du FMI sur un programme dont on ignore encore la réalité de la mise en œuvre.

Or la hâte du FMI pour encenser la politique envisagée par le gouvernement français pose problème. En effet, depuis le début du mois de juillet, cette politique a pris un tournant nouveau qui met en doute le caractère équilibré du programme Macron : priorité a été donnée à la réduction des dépenses publiques et des impôts. Une coupe pour 2018 de 20 milliards d’euros, soit 1 point de PIB, a été annoncée, notamment pour financer des baisses d’impôts massives sur les plus fortunés. Cette politique est très différente de celle promise puisque désormais la partie investissement et soutien à la demande est essentiellement mise en doute par cette priorité. Le FMI ignore cependant entièrement ce fait, tout en donnant une importance notable au plan d’investissement de 50 milliards d’euros sur le quinquennat dont on ignore ce qu’il sera et quel sera son financement. Bref, comme en 2012, le FMI eût sans doute été plus prudent et plus avisé d’attendre les premières mesures pour émettre ses conclusions. Ici, tout se passe comme si le FMI se contentait d’une évaluation d’un programme électoral, ce qui n’est pas tout à fait son rôle au titre de l’article IV de ses statuts.

 

 

Mais l’essentiel n’est sans doute pas ici. Il est bien dans le contenu de ces conclusions qui, en réalité, sont en désaccord complet avec l’évolution intellectuelle du Fonds. Depuis 2012, le FMI a en effet engagé une réflexion sur ses priorités à la suite des très lourdes erreurs commises lors de la crise européenne et particulièrement lors de la crise grecque. En janvier 2013, l’économiste en chef du FMI d’alors, Olivier Blanchard, avait publié un article avec un autre économiste du Fonds, Daniel Leigh, où ils reconnaissaient les erreurs de prévisions dues à la sous-estimation du « multiplicateur budgétaire », autrement dit de l’impact de la consolidation budgétaire sur la croissance. Cette erreur avait, à nouveau, été pointée du doigt en juillet 2016 lorsque le Bureau d’évaluation indépendant du FMI (IEO) a publié un rapport mettant au jour les principales erreurs commises lors de la crise européenne. L’IEO soulignait alors que « les programmes du FMI pour la Grèce et le Portugal ont inclus des projections de croissance largement trop optimistes ». Et d’ajouter que des « projections plus réalistes auraient rendu évidents les impacts sur la croissance et la dynamique de la dette de la consolidation budgétaire »

Cette réflexion a conduit les chercheurs du FMI à aller fort loin dans la remise en cause de ce qu’on a pu appeler dans les années 1980 le « consensus de Washington », qui défendait une politique mêlant libéralisation et consolidation budgétaire. En juin 2016, trois économistes du Fonds, Jonathan Ostry, Prakash Loungani et Davide Furceri ont publié un texte devenu célèbre et titré « Le néolibéralisme est-il survendu ? » (« Neoliberalism : Oversold ? ») où étaient remis en cause les grands principes de ces politiques. Certes, ce texte ne représente pas la pensée du FMI en tant qu’institution, mais il s’agissait d’un message appelant à une vraie prise de conscience des limites des recettes utilisées depuis des années par le Fonds.

Comment le FMI oublie ses propres études

Tous ces travaux, toutes ces études semblent, dans le cas de l’analyse sur la France, être jetés par pertes et profits. La question du multiplicateur de la politique française n’est ainsi absolument pas abordée. Dans ses conclusions, le Fonds défend la « théorie du choc » en indiquant qu’« un effort majeur de réductions des dépenses est nécessaire dès le début ». Tout cela pour permettre à la dette de « repartir sur une trajectoire descendante » et de disposer de « marges de manœuvre budgétaire » en cas de crise à venir.

Quel sera l’impact sur la croissance de cet effort ? Aucun, si l’on en croit le FMI qui se contente d’indiquer que la croissance française « devrait pouvoir se hisser à 1,5 % cette année et accélérer l’an prochain ». L’impact pourrait donc être même favorable puisque, parallèlement, le FMI adopte l’idée d’une consolidation budgétaire d’un point de PIB en 2018. Il reconnaît que cet effort est « exceptionnel d’un point de vue historique » et il réclame ouvertement la baisse du nombre de fonctionnaires, la réduction des dépenses des administrations locales, la réduction des dépenses sur le logement et la santé, ainsi qu’une réforme des retraites. Et tout cela permettra à la croissance d’accélérer. Le FMI adoube à nouveau l’idée de « l’austérité expansive », autrement dit celle que la contraction de la demande de l’État soutient la demande globale.

 

 

Or, que disait l’étude de remise en cause du libéralisme publiée par le FMI en juin 2016 ? « Le bénéfice de la réduction de la dette en terme d’assurance contre une future crise budgétaire se révèle extrêmement faible même à des niveaux élevés de dette relativement au PIB. » Voilà l’argument principal du gouvernement français et de ses soutiens au FMI effacé. Et, du reste, ajoute la même note, « même si le bénéfice de cette baisse de la dette est faible, elle pourrait en valoir la peine si le coût est suffisamment faible ». Or, ajoute ce même texte, « le coût pourrait être élevé, beaucoup plus élevé que le bénéfice ». Et de conclure : « Le coût de la hausse des impôts ou des coupes dans les dépenses nécessaire pour réduire la dette peut être plus élevé que la réduction du risque de crise écartée par la réduction de l’endettement. » Voilà tout le discours du FMI et du gouvernement français détruit par des chercheurs… du FMI !

Mais il y a pire. Le texte de 2016 réglait son compte à l’austérité expansive : « Les politiques d’austérité (…) réduisent la demande et ainsi dégradent l’emploi. » Et d’ajouter : « En pratique, les épisodes de consolidation budgétaire ont été suivis, en moyenne, par des baisses plutôt que par des expansions de la production. » Les trois économistes évaluaient qu’en moyenne, un point de PIB de consolidation budgétaire conduit à une augmentation à long terme du chômage de 0,6 point. « Dans les exemples de consolidation budgétaire, les coûts à court terme de la baisse de la production et des transferts sociaux ainsi que du chômage le plus élevé ont été sous-estimés », ajoutaient les chercheurs. Cela est plutôt cohérent avec l’état de la recherche actuelle sur les effets négatifs durables de l’austérité budgétaire qui, notamment, ont été mis en lumière par Antonio Fatás et Lawrence Summers dans une étude qui, précisément, utilisaient les corrections de 2013 apportées par Blanchard et Leigh.

Autrement dit, la recherche économique actuelle pose un vrai problème à la politique économique menée par le gouvernement français. Il n’est pas possible de valider aveuglément l’idée que la baisse du déficit sera bénéfique à l’économie hexagonale sans prendre en compte ces objections et en se contentant des habituels discours moraux sur la dette « laissée à nos enfants » et l’effet bénéfique et magique de la neutralité ricardienne (qui estime que la baisse attendue des impôts induite par la consolidation budgétaire favorise la demande)… Il est donc assez étonnant de voir les conclusions du FMI refuser de soulever la question de l’impact de cette consolidation et nier ouvertement tout effet multiplicateur sur la croissance de l’austérité française, sans explications. L’argument (non évoqué par le FMI dans ses conclusions…) d’un meilleur environnement mondial ne saurait tenir. Rappelons qu’en 2010, avant que l’Europe ne se lance dans sa spirale austéritaire, la croissance mondiale paraissait plus solide qu’aujourd’hui…

Par ailleurs, la politique envisagée par le gouvernement français est profondément inégalitaire par deux leviers. D’abord, la réforme du marché du travail qui vise à imposer la modération salariale et, donc, à transférer de la richesse du travail vers le capital. Les conclusions de la revue du FMI sont sans appel sur ce point puisqu’elles réclament que cette réforme « aille de pair avec le maintien de la modération salariale ». D’ailleurs, tous les pays qui ont flexibilisé l’emploi ont vu leurs inégalités se dégrader, comme le soulignait une étude de l’OCDE d’octobre 2016, qui remarquait que, pour la première fois, et par la grâce conjuguée de l’austérité et des réformes, les inégalités continuaient à se creuser en dépit de la reprise de l’économie.

 

Effet redistribution sur les classes de revenus des mesures fiscales du gouvernement. © OFCE

 

 

Le deuxième pilier de ce renforcement des inégalités est la politique fiscale du gouvernement. L’OFCE a bien montré, dans une modélisation récente, le caractère profondément inégalitaire des mesures fiscales envisagées et notamment de la transformation de l’ISF en impôt sur la fortune immobilière (IFI) et de la mise en place d’un prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % sur les revenus du capital. Là encore, il s’agit d’un transfert de richesse vers le capital et vers les 1 % les plus riches. Une telle politique ne peut se justifier que par la fameuse théorie du « ruissellement », selon laquelle lorsque les plus riches s’enrichissent encore, ils en font bénéficier le reste de l’économie. Dans ses conclusions du 17 juillet, le FMI adoube cette logique en affirmant que la réforme de la fiscalité des entreprises et des revenus du capital « devrait stimuler l’investissement et l’emploi ».

Le problème, c’est qu’aucune étude sérieuse ne valide cette théorie. Les études ont plutôt tendance à montrer qu’il faut, pour pouvoir bénéficier pleinement des baisses d’impôts, cibler les ménages peu riches ou endettés. L’évasion fiscale, l’attractivité des marchés financiers et la liberté de circulation des capitaux conduiraient même à penser que de tels cadeaux fiscaux aux plus riches coûtent au bout du compte très cher : le bénéfice en termes de consommation et d’investissement est limité et le coût budgétaire est lourd et pèse principalement sur les plus fragiles. Du reste, une note de discussion des équipes du FMI de juin 2015 titrée « Causes and Consequences of Income Inequality » (« Causes et conséquences des inégalités de revenus »), considérait comme nulle et non avenue la théorie du ruissellement. « Si la part des revenus des 20 % les plus riches augmente, alors la croissance du PIB décline à moyen terme », en déduisaient les économistes du FMI. Cette conclusion conduirait alors à penser que la politique du gouvernement français est dangereuse. L’optimisme du FMI dans ses conclusions sur la France semble donc peu crédible au vu même des travaux du FMI et demanderait, du moins, quelques explications.

 

Évolutions des coefficients de Gini dans l'OCDE de 2007 à 2014 © OCDE

 

 

Ces louanges du FMI au gouvernement français sont d’autant plus incompréhensibles que le Fonds, à l’image de la Banque mondiale et de l’OCDE, insiste de plus en plus sur le problème que posent les inégalités croissantes pour l’économie. « Il existe désormais de fortes preuves que les inégalités peuvent significativement abaisser et le niveau et la soutenabilité de la croissance », affirmaient en juin 2016 les trois économistes du FMI qui remettaient en cause le néolibéralisme. C’est aussi le fruit des travaux de nombreux économistes. Et les études citées du FMI de juin 2015 et juin 2016 soulignent l’importance de la politique fiscale dans la réduction des inégalités. Exactement l’inverse des politiques envisagées par la France. Or, rappelons-le, contrairement au discours libéral ambiant, la France n’est pas « championne de l’égalité ». L’étude citée de l’OCDE montre que son niveau d’inégalité demeure plus important que celui du Benelux et de l’Europe nordique et germanique, même si, précisément en raison des transferts sociaux, le niveau d’inégalité s’est moins dégradé qu’ailleurs pendant la crise. Elle n’a donc pas besoin de « davantage d’inégalité », mais sans doute de moins encore d’inégalités, ce que le FMI nie absolument dans ses conclusions.

In fine, ces conclusions du FMI sont fort étranges. Prématurées et univoques, elles nient la plupart des éléments de la recherche du Fonds. Tout se passe comme si, concernant la France, le « consensus de Washington », qui bat en retraite partout ailleurs, était toujours valable. En cela, elles ressemblent davantage à un soutien politique aux dirigeants français qu’à une analyse approfondie de la situation. La présence de Christine Lagarde, ancienne ministre de l’économie et des finances de la France, à la tête du FMI, pourrait-elle expliquer cette position ? En tout cas, ces conclusions posent clairement à nouveau un des problèmes pointé du doigt par le réquisitoire de l’IEO : celui de l’indépendance du FMI vis-à-vis des politiques nationaux et, notamment des politiques de la zone euro. Sous peine de voir de nouveau des risques économiques apparaître. Décidément, les leçons sont difficiles à retenir dans l’immeuble de la 19e rue de Washington…

 

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 05:37

 

Voilà connus les choix gouvernementaux en matière de gestion des finances publiques pour les cinq années qui viennent. Le plan prévoit une réduction globale des impôts de 14 milliards dès l'année prochaine. Au-delà d'un discours quelque peu embrouillé, le gouvernement a fait miroiter aux ménages un quasi-effacement de la taxe d'habitation et, aux salariés, une baisse substantielle des cotisations sociales. De quoi lever les réticences d'une grande partie de la population ? Tromperie, car le programme poursuit un objectif qui n'a pas grand chose à voir avec la justice fiscale et sociale. Examinons de plus près la stratégie proposée.

Le but d' Emmanuel Macron est d'éliminer ce que ce dernier nomme « les blocages et les rigidités qui freinent l'économie ». Ainsi, la réduction de l'impôt sur la fortune (l'ISF) et sa transformation en impôt sur l'immobilier (l'IFI) ont pour but de décourager les placements dans la pierre, ce qui est considéré comme un comportement de « rentier » et, à l'opposé, d'encourager le financement des entreprises et la prise de risques par les investisseurs. L'objectif est aussi d'attirer des investissements étrangers. Emmanuel Macron mise sur un « choc » fiscal et social qui renforcera l'attractivité de la France et soutiendra la croissance, et donc l'emploi. Somme toute, une démarche assez voisine de celle que Nicolas Sarkozy proposait dans le débat de la primaire de la droite, l'année dernière.

Les commentaires ont beaucoup porté sur l'équilibre économique d'un tel programme. Comment concilier de telles baisses d'impôts avec l'engagement de réduire le déficit public à 2,7 % du PIB en 2018 et à 0,5 % en 2022 ne signifie-il pas un programme plus drastique de coupes budgétaires ? Certains experts avancent le chiffre de 80 milliards d'euros ! La contradiction est évidente. Le gouvernement parie en fait sur un chômage à 7 % à la fin du quinquennat. Mais cet objectif pâtira, entre autres, des mesures d'austérité visant à combattre les déficits publics. La décrue du taux de chômage sera ralentie, fragilisant toute la construction financière gouvernementale.

Mais ce programme de réductions d'impôts se caractérise par son injustice. Un chiffre choc ressort des évaluations réalisées par l'Institut français des conjonctures économiques, l'OFCE : « 46 % des gains liés aux baisses d'impôts iront vers les 10 % de ménages les plus riches. » L'analyse est solide. L'institut estime même que 280 000 ménages parmi les plus favorisés vont être les principaux bénéficiaires d'une cascade de mesures allant de la sortie des actions de l'assiette de l'ISF à un allègement de la fiscalité de l'épargne, dont les différents régimes seront remplacés par un prélèvement forfaitaire unique (PFU) très favorable d'environ 30 %. Le gain représentera jusqu'à 2 200 euros en moyenne par ménage.

46 % DES GAINS LIÉS AUX BAISSES D'IMPÔTS IRONT AUX 10 % DE MÉNAGES LES PLUS RICHES. 280 000 SERONT LES PREMIERS BÉNÉFICIAIRES.

Par contre, les allègements d'impôts, notamment la quasi-suppression de la taxe d'habitation, seront, pour les autres catégories de ménages, contrebalancés par des mesures défavorables comme la taxe sur le tabac et l'alignement de la fiscalité du diesel... le prélèvement supplémentaire variant entre 450 et 700 euros par ménage et par an.

L'affichage de réductions d'impôts est censé créer, selon l'expression du premier ministre lui-même devant le Parlement, « un effet de souffle ». Soyons sûrs que la masse des ménages ne mettra pas longtemps à percevoir l'injustice des choix fiscaux gouvernementaux et à le faire savoir

(*) Économiste et syndicaliste.

 

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 05:35

 

« Nous ne procéderons pas par baisse brutale de dotation ». C’est ce qu’avait annoncé Emmanuel Macron lors de la Conférence Nationale des Territoires organisée au Sénat le 17 juillet dernier en affirmant qu’il n’y aurait pas d’annulation des crédits en cours.

Trois jours plus tard et dans le plus grand des secrets, c’est ce qu’a pourtant fait le gouvernement avec une coupe de 300 millions d’euros dès 2017. C’est un avant-goût de ce qui est projeté pour les années à venir et les 13 milliards d’euros de baisse de dotations aux collectivités. À terme, c’est le risque d’un affaiblissement certain de la capacité des pouvoirs publics à répondre aux besoins de nos concitoyens.
Durant tout le mois de juillet, le Président de la République et le Premier ministre n’ont cessé d’afficher leurs intentions de dialogues et de travail commun avec les acteurs des collectivités territoriales. Pourtant, c’est en lisant le Journal officiel que les élus locaux et les parlementaires, représentants des territoires et de la nation, ont découvert le décret en question.

Dans le fond, cette coupe budgétaire est particulièrement grave puisqu’elle entraînera l’annulation de projets en cours de réalisation, singulièrement dans les communes rurales qui ont besoin d’être revitalisées. A la clé, cela correspond à la mise en danger d’entreprises locales, mais aussi d’associations. De plus, 46,5 millions d’euros sont pris sur le budget de la politique de la ville, soit près de 11% de ce que l’État avait prévu pour appuyer les communes dont les populations sont le plus en difficulté.

Sur la forme, le gouvernement s’inscrit dans une méthode de gestion comptable particulièrement anti-républicaine, évinçant les citoyens et leurs représentants de toute prise de décision. Cela confirme à quel point les débats lancés avec la Conférence Nationale des Territoires ne constituent que des discussions de façades.

Porte-voix des territoires et des élus locaux, les sénateurs du groupe Communiste Républicain et Citoyen s’opposent fermement aux pratiques du gouvernement. Tant que les élus locaux ne seront pas réellement écoutés, le renouveau politique affiché par l’exécutif ne sera jamais qu’un leurre. C’est pourquoi nous portons plus que jamais le projet d’une nouvelle République et d’une nouvelle décentralisation, outils de renforcement de l’action publique locale.

 

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 05:33

Députés et sénateurs vont pouvoir souffler, la loi d'habilitation autorisant le gouvernement à réformer le code du travail par ordonnances va être votée jeudi. Mais l'essentiel des mesures restent à préciser, en dehors de tout débat et dans un temps record. Un déni de démocratie sociale et politique.

Le rideau tombe provisoirement sur la loi travail, saison 2. Ce mercredi 2 août, le Sénat a adopté « le projet de loi d’habilitation à prendre par ordonnances les mesures pour renforcer le dialogue social », après l'Assemblée nationale le mardi 1er. Cela marquera la fin – provisoire – d’un feuilleton qui a débuté fin mai avec les premières consultations entre les partenaires sociaux et le président de la République, puis fin juin devant les députés de la commission des affaires sociales.

Mère des batailles macroniennes, que le président de la République a voulu mener en blitzkrieg au nom de l’urgence sur le front de l’emploi, cette réforme va bouleverser des pans entiers du code du travail et modifier en profondeur les règles qui régissent les relations entre syndicats et employeurs. Ce ne sont pas de petits sujets, ni des peccadilles à la marge. Il s’agit bien de grandes mutations que propose le nouveau pouvoir, fin prêt à tailler un peu plus dans les protections des salariés en assouplissant les règles du licenciement, en accélérant la mise en œuvre de plans sociaux ou en limitant l’accès aux prud’hommes.

En complément, le nouveau pouvoir s’entête à changer le mode d’emploi des relations sociales dont le sommaire a pourtant été réécrit très récemment avec la loi El Khomri d’août 2016 et la loi Rebsamen d’août 2015, sans que personne puisse à ce jour en connaître les effets malgré la promesse présidentielle de mieux évaluer les dispositions législatives.

Mediapart a documenté au fil des consultations entre les partenaires sociaux et le cabinet de la ministre du travail les évolutions majeures qui toucheront la vie même des salariés. Ce fut une étrange période, à partir du mois de juillet, où syndicats et organisations patronales se rendaient rue de Grenelle discuter de points hautement sensibles, comme l’instauration de l’instance unique du personnel ou la mise en place d’un barème obligatoire concernant les indemnités prud’homales, alors même qu’à 500 mètres de là, à l’Assemblée nationale, les députés votaient déjà lesdites dispositions.

Malgré cette illusion d’un parfait respect du dialogue qu’a souhaité donner le pouvoir, entretenue par certains négociateurs trop heureux de revenir dans le jeu de la discussion ou trop inquiets de regarder se détricoter le code du travail sans être à la table des pourparlers, la démocratie sociale a bel et bien été niée. Pour s’en convaincre, il suffisait de regarder la majorité parlementaire aphone et sourde, ne prêtant aucune attention aux inquiétudes syndicales et aux amendements de l’opposition les relayant, voter en bons soldats l’ensemble des dispositions mises à la discussion par un gouvernement bulldozer.

L’Élysée va trancher

Ce qui s’est joué depuis deux mois n’est donc ni plus ni moins que la victoire des cabinets ministériels sur les partenaires sociaux, la ministre du travail n’étant jamais présente lors des consultations. Ce qui se profile aujourd’hui va être la domination de l’Élysée qui, grâce à la technostructure de la direction générale du travail à la plume, va trancher dans le vif, à l’abri des regards.

Chacun leur tour, à partir du 21 août, les représentants des salariés et des employeurs vont certes être consultés, assure-t-on au ministère afin de prolonger la fable du dialogue social. Mais organisations syndicales et patronales n’auront, en tout et pour tout, qu’une petite semaine pour donner leur avis sur près de 200 pages d’ordonnances ultra-techniques, où chaque mot, chaque virgule, chaque formulation pèseront de tout leur poids sur l’orientation de la loi que l’on sait déjà fortement imprégnée des obsessions du Medef. La demande syndicale d’organiser une plénière où tous les « négociateurs » pourront échanger en un même lieu, dans le même temps et sur les mêmes contenus a été repoussée.

Le calendrier ultra-serré de la réforme se comprime à mesure que l’été avance. Le 28 août, les ordonnances seront soumises au conseil d’État alors que les syndicats les auront juste découvertes. Le 20 septembre, elles devront être adoptées en conseil des ministres, puis paraîtront au Journal officiel la semaine suivante. La boucle sera donc bouclée d’une séquence à la densité folle en termes de cadence. En revanche, elle laissera l’image d’une inutilité profonde du débat, ignorant le respect de la démocratie. Donnant ainsi à voir, en creux, un pouvoir tout à son assurance dévastatrice.

 

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 05:31

 

La nomination d'un premier ministre de droite, épaulé par deux ministres de la même tendance à Bercy, disait déjà de quel côté penchait le candidat Macron derrière son faux nez du « en même temps » de gauche et de droite. Lorsque, le 10 juillet dernier, le quotidien des milieux d'affaires britanniques « Financial Times » lui fait remarquer que ses baisses d'impôts pour les riches sont le signe d'une politique « plutôt » de droite, le président de la République répond tout de go : « Et à quoi vous attendiez-vous ? » En vérité, ce « en même temps », laissant croire qu'on pouvait à la fois mener une politique de gauche et de droite, ne visait qu'à tromper les gens en cachant le fond d'une vieille politique néolibérale qui partout sème inégalités, chômage et précarité.

Une vieille politique qui laisse la multitude de celles et ceux qui ont donné de la force à la France sur le bord de la route. Cela est théorisé depuis les couloirs du Château et résumé dans cette phrase qui, loin d'être une maladresse, est un fondement : « Les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. » Ces derniers seront encore plus relégués avec les insupportables dernières décisions. Le pouvoir enlève 5 euros par mois à plus de 6 millions de personnes allocataires des aides personnalisées au logement, ceux-là mêmes qui terminent le mois à 10 euros près. Alors que les cadeaux fiscaux aux plus fortunés se multiplient, il fait bloquer les salaires et veut augmenter la CSG. Tout entier 11 se dévoue au service des puissances d'argent et se montre insensible aux souffrances des plus défavorisés, au point de décider de laisser basculer des millions de jeunes, de travailleurs et de privés d'emploi dans le « rien » de la pauvreté et de la souffrance sociale.

Pire, avec ce nouveau régime, les plus faibles paient pour garnir les comptes en banque des plus riches et non pas pour réduire quelque déficit que ce soit, selon les nouvelles fables destinées à hypnotiser les foules. La Commission européenne, le Fonds monétaire international et les milieux financiers se réjouissent du programme présidentiel de droite : flexibili-sation et précarisation du travail, et réduction des crédits publics utiles pour satisfaire aux demandes des petits comptables de Bruxelles ou de Berlin. C'est la voie de l'aggravation des injustices, inefficace de surcroît en empêchant la nécessaire relance créatrice d'emplois et permettant la transition environnementale. Les nouveaux transferts de richesse aux forces de l'argent ne font qu'alimenter une bulle financière qui pourrait replonger le monde dans les affres d'une nouvelle crise financière fatale aux petites entreprises, aux banques coopératives, à l'emploi et aux services publics.

On ne peut investir dans l'avenir pour éduquer, soigner mieux les gens, loger ou transporter tout le monde en respectant l'environnement, mieux informer ou permettre à chacun de se cultiver avec moins de services publics, ou en privatisant leurs missions. Il n'y a pas non plus d'efficacité économique et même d'amélioration de la productivité dans un gouffre d'inégalités.

Il est donc d'intérêt général de ne pas laisser faire. Que le s étudiants et tous les autres qui vont se voir amputés d'une partie de l'allocation logement, les jeunes privés de place à l'université, les collectivités et tous leurs administrés qui risquent d'être privés de services publics locaux, celles et ceux qui ne supportent pas qu'on réduise l'aide publique au développement alors que le pouvoir renonce au projet de taxation des transactions financières, toutes celles et ceux qui ne supportent pas cette dérive visant à inclure l'état d'urgence dans la loi, qui vont subir les nouveaux reculs sociaux et démocratiques contenus dans le nouveau projet de loi improprement baptisé « travail », si tous ceux-là se manifestent et manifestent sans attendre, alors l'intérêt public sera dans de bonnes mains.

À l'inverse, laisser faire préparerait des désenchantements douloureux et dangereux, au cœur d'une crise aggravée de la démocratie et de la politique. Les désillusions doivent se transformer en force du changement et non contribuer aux pires régressions. Toutes les occasions de se rencontrer pour préparer dans l'unité les nécessaires ripostes et pour ouvrir d'autres chemins seront les bienvenues. Il en est une à ne pas manquer, dont le retentissement, s'il est suffisant, sera utile à toutes les autres. Telle est en effet la vocation de la prochaine Fête de l'Humanité, dont le succès se prépare au cœur de l'été en tenant le plus grand compte du mécontentement qui grandit à l'égard de la politique gouvernementale. Nul doute que seront nombreux nos concitoyens qui répondront positivement aux propositions d'achat du bon d'entrée. Encore convient-il que la démarche soit très largement démultipliée en une foison d'initiatives. À ce prix, la Fête de l'Humanité pourra se situer au niveau que réclame l'offensive des forces de l'argent roi et de leurs mandataires politiques installés au pouvoir.

 

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 05:47

 

« Ce chien est à moi, disaient ces pauvres enfants. C'est là ma place au soleil. Voilà le commencement et l'image de l'usurpation de toute la terre », a écrit Pascal dans ses Pensées. Muriel Pénicaud, ministre du Travail, n'est pas une pauvre enfant, loin s'en faut, et elle n'est pas née de la dernière pluie, mais elle y tient. Ce million est à moi, c'est le prix de ma place au soleil. Chez Danone, comme l'écrit Pierre Ivorra dans nos pages, huit autres cadres dirigeants du groupe ont ainsi usé de leur place au soleil pour un montant de près de 5 millions d'euros, s'appuyant sur la hausse du cours de l'action au moment où le groupe annonçait 900 suppressions d'emplois. Ce n'est pas illégal, certes, et Mme Pénicaud s'estime blessée par des mises en cause « absurdes » qui relèveraient du « voyeurisme ».

Eh bien non, Madame la ministre du Travail. Enquêter sur les pratiques financières et les rémunérations des dirigeants d'un grand groupe du CAC 40, ce n'est pas du voyeurisme, c'est un devoir civique et une responsabilité sociale. Révéler dans quelles conditions les uns s'enrichissent par un coup de Bourse quand d'autres se dirigent vers la sortie et le chômage, c'est une œuvre de salubrité publique. Révéler, comme nous le faisons aujourd'hui, que plusieurs de ces mêmes dirigeants font partie des proches, comme vous-même, du président de la République, c'est poser la question majeure des liens d'un gouvernement avec la haute finance.

Quelle tartufferie que de vanter une loi de moralisation de la vie publique, de quelque nom qu'on la baptise, quand il devient clair que ce pouvoir est celui d'une caste, que c'est, oui, sa place au soleil, que c'est l'une des images de l'usurpation de la terre par les « élites » du capital mondialisé. Et vous êtes à la manœuvre, Madame, pour casser le Code du travail, limiter les indemnités prud'homales pour les salariés abusivement licenciés, « assouplir » les procédures légales de licenciement ! Oh, c'est vrai, vous n'êtes pas seule. Mais justement. Ça suffit. « Cet ordre est injuste, écrivait Bossuet. Il faut que les choses changent. »

 

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