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9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 05:35

Un an après son élection, le président Macron offre en bilan des riches courtisés, un chômage en baisse insuffisante pour être perçue, et une brutalité de l’exercice du pouvoir. Sous l’apparence de rupture, un ancien monde persiste.

Assuré d’être élu face à Marine Le Pen, le candidat avait tout loisir pour mettre en scène son accession au pouvoir, et il ne s’en était pas privé. Le cadre du Louvre, la longue marche solitaire jusqu’au pupitre, toute cette pompe bien peu républicaine avait pour but d’effacer le soir même de l’élection les conditions hors normes de la campagne. Le symbole, vu alors comme simplement grandiloquent, apparaît différemment un an plus tard, et passe désormais pour ce qu’il est : la marque, au fond, qu’un ancien monde a réussi en fait à supplanter le « nouveau » qu’était censé incarner Emmanuel Macron. Car c’est un ancien monde fait de solutions libérales, de conquêtes sociales en matière de travail mises à bas, de zadistes empêchés d’alternative, d’un contrôle des chômeurs en même temps qu’une attention extrême aux soucis des plus fortunés, qu’incarne depuis le 7 mai l’hôte de l’Élysée. Tolérance zéro pour les premiers, absolue pour les seconds. Il est loin le candidat de la bienveillance. Le président a pris goût à l’autoritarisme permis par le recours aux ordonnances. Selon un sondage Ifop, 73 % des personnes interrogées le jugent ainsi « autoritaire », et seulement 30 % « proche des Français ».

« tout est dédié à la croissance du capital. De ceux qui en ont »

Alain Deneault, philosophe québécois, auteur de la Médiocratie et du Totalitarisme pervers, inventeur de l’expression « extrême centre » qui caractérisa les débuts du macronisme, relevait récemment dans un entretien au Média que « tout est dédié à la croissance du capital. De ceux qui en ont ». Déjà, le futur plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises – la future loi Pacte, seul projet dont étrangement rien ne fuite jusqu’ici – répondra à la demande récurrente des patrons de suppression de contraintes réglementaires, en particulier les seuils sociaux, a confirmé le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire.

Comble, Emmanuel Macron réserve au magazine des businessmen américains Forbes une annonce fiscale qui devrait concerner les Français au premier chef : doit-on conserver la mesure mise en place par Nicolas Sarkozy pour dissuader la domiciliation fiscale hors de France ? Sarkozy, au moins, assumait sa politique sans prétendre la déguiser.

«Macron n’a pas honte d’insulter les classes populaires»

Macron, à l’inverse, dissimule sous des mots anodins une violence inédite. L’« exit tax », une peccadille pour les finances publiques ? S’agissant d’une taxe dissuasive, si elle rapporte peu, c’est donc… qu’elle fonctionne. En outre, « les 800 millions de manque à gagner avec la suppression de l’exit tax, c’est deux fois le coût de la revalorisation des retraites agricoles proposée par les parlementaires communistes. Pas d’argent magique, pas d’argent pour le social ? C’est une question de choix ! » s’emporte le sénateur PCF Éric Bocquet, quand le gouvernement exige dans le même temps un milliard d’économies à l’hôpital public. Choix également de se montrer attentiste sur les questions de mœurs, comme la PMA. Le chef de l’État peut aussi être à la manœuvre pour freiner des avancées, quand Paris ne se montre guère pressé sur la directive européenne favorable à l’égalité femmes-hommes sur le congé parental.

Aux étudiants indiens, burkinabés ou américains – le président Macron voyage beaucoup, une façon d’occuper le terrain sans devoir rendre de compte au pays –, il répète : « Ne respectez jamais les règles. » Il se garde bien d’encourager de la sorte les étudiants français. Il y a quelque chose de schizophrène à vouloir courir après une cohérence du discours chez Emmanuel Macron, comme en témoigne celui prononcé devant les évêques de France. Là, le président de tous les Français a singulièrement marqué sa distance d’avec la loi de 1905, pour suggérer que seule la spiritualité comblait les manques de l’existence. Pour le romancier Édouard Louis, il y a en outre « une violence extrême chez Macron, qu’on n’avait jamais vue avant. Ce à quoi on assiste avec lui, c’est la fin de la honte : Macron est quelqu’un qui n’a pas honte d’insulter les classes populaires. Pour lui, ce sont des fainéants ». « L’élite française a perdu toute aptitude à la honte », dit en écho Alain Deneault. Exemple avec Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, qui peut affirmer sans ciller que « notre modèle social est là pour protéger, mais aussi pour émanciper. Émanciper par le travail, mieux rémunéré. Émanciper par l’école, où chaque enfant retrouve une chance. Émanciper en choisissant librement son avenir professionnel, par la formation et l’apprentissage ». Pour Alain Deneault, Macron ou un autre, au fond peu importe. Macron est interchangeable, « la force de ce système est de n’avoir pas de tête », poursuit le philosophe. Ajoutant : « C’est aussi sa faiblesse, ce système ne sait plus où il va, tient par intimidation et propagande effrénée, sur le plan du chantage aux conditions de vie. » En 2017, 24 % des électeurs votaient au premier tour pour Macron. Un an plus tard, selon un sondage Ipsos sur sa première année à l’Élysée, la France « va mieux » pour à peu près autant, 27 % des personnes sondées. Elle va en revanche « moins bien » pour 36 %, et « rien ne change » pour 37 %. Selon l’institut Odoxa, 72 % des Français jugent la politique économique d’Emmanuel Macron « injuste ». La cote d’alerte est atteinte pour le pouvoir. Où est passée la « disruption » ? Les réformes lancées à tour de bras, sélection à l’université, SNCF, formation professionnelle, retraites, droit d’asile, ne sont pas majoritairement perçues comme utiles.

La base électorale du président s’est déportée à droite

L’action d’Emmanuel Macron pour ce qui est du pouvoir d’achat et de la réduction des inégalités sociales, toujours selon Ipsos, est jugée particulièrement sévèrement, 78 % des Français estimant qu’elle va dans le mauvais sens. Avec les premiers déçus du macronisme (lire page 6), la base électorale du président s’est déportée à droite. Les sympathisants des « Républicains » sont désormais majoritairement satisfaits du président de la République : 53 % (+ 14 points en un mois). L’électorat de droite est, juste après celui de la République en marche, le second pilier de Macron. Les effets du macronisme tardent à venir, pourtant. Pour 2018, la Commission européenne place la France dans le peloton de queue, avec une prévision de croissance du PIB de 2 %, et tandis qu’elle est de 0,3 % pour le premier trimestre. Tout ça pour ça ? Même la recomposition politique que Macron appelle de ses vœux est résistible, quand huit Français sur dix se positionnent encore spontanément « à gauche » ou « à droite ».

Le mépris des corps intermédiaires par le gouvernement, ce que reconnaît même l’interlocuteur privilégié qu’était Laurent Berger à la CFDT, rend le pouvoir solitaire, et sans amortisseur avec la base sociale du pays. Le profil de gestionnaire exigé des ministres fait par conséquent remonter à Matignon ou à l’Élysée toutes les questions politiques. La technostructure au pouvoir se coupe du pays, et n’a guère d’antennes pour comprendre ses attentes. Année électorale blanche, 2018 n’en est pas moins porteuse de dangers pour l’exécutif. Dans la Fin de l’innocence, le documentaire réalisé par un proche, Bertrand Delais, à l’occasion du premier anniversaire de l’élection du chef de l’État, et diffusé sur France 3 ce soir, Macron confie son dédain pour « les gens qui pensent que la France est une espèce de syndic de copropriété où il faudrait défendre un modèle social qui ne sale plus, une République dont on ne connaît plus l’odeur ». La marche forcée des réformes ouvrira-t-elle un an II des difficultés ?

 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 05:41

La stratégie des «passions tristes»

 

Chaque fois qu'un mouvement social se profile, la réaction se développe en trois phases: théâtralisation, désarticulation, criminalisation...

 

Le ciel bas, la lumière évanouie d'un soleil de réserve, le sombre murmure des bruits de bottes, le sourd rugissement des tambours de la guerre, rien n'est dit de la fin, tant on ignore tout du commencement des choses.

 

Pour déceler ce qui se joue dans « l'ici et maintenant », considérons la situation sociale comme un théâtre de guerre, l'odeur du gaz s'étant substituée à celle de la poudre. Le rapport de forces se fonde alors sur l'intimidation psychologique à canon scié d'un système politico-médiatique bien rodé. Le corps politique entretient avec le spectre médiatique des rapports incestueux. Toutes les radiographies révèlent ce que les commandes de l'Elysée aux terminaisons nerveuses des « réformes » doivent à la discipline des cellules médiatiques.

 

Chaque fois qu'un mouvement social se profile, la réaction se développe en trois phases : théâtralisation, désarticulation, criminalisation.

 

D'abord, extirper les revendications des minorités du réel commun, présentées comme les acteurs désincarnés d'un drame qui les dépasse et dont elles ne sauraient comprendre l'intrigue. C'est ce que M. Macron explique au personnel hospitalier – au manque cruel de moyens, l'évidence des hautes sphères : «réorganisation», «dette» et «argent magique» – infantilisé, ravalé au dernier rang de sujets. Le président se fait monarque d'opérette. L'espace scénique et l'espace médiatique se confondent alors où, dans son drapé neuf, le souverain a la « courtoisie » de deviser avec ceux qui n'ont pas voulu lui « serrer la main». Dans ce flottement où deux langages, deux mondes se confrontent, le principe de fictionnalisation doit opérer une désorientation de la conscience érigeant un quatrième mur entre les spectateurs et les acteurs pour enrayer tout processus d'identification.

 

Ensuite, si plusieurs faisceaux de résistance commencent à éprouver un désir de convergence, le système s'emploie à en oxyder sur-le-champ les mécanismes. La focalisation sur le statut « privilégié » des cheminots, cependant que tout respire une colère profonde et systémique, relève de la stratégie de la diversion. Pour désarticuler, il faut verrouiller les structures sociales, opposer les intérêts des grévistes criminalisés à ceux des usagers victimisés, les étudiants aux bloqueurs, distinguer « les colères légitimes» des autres, mettre en place des contre-feux afin que, dans un jeu de miroirs déformants, les colères ne se reconnaissent pas, se retournent les unes contre les autres et finissent par se neutraliser.

 

Mais, jouer la stratégie des « passions tristes », c'est jouer avec le feu. La tristesse, la peur, la méfiance, la haine, l'acédie (*), la compétition permanente, le sentiment d'impuissance instillés partout intiment aux individus de succomber aux rapports extérieurs défavorables ; or les mouvements sociaux sont de ces puissances imprévisibles et sauvages, par nature rétives aux pronostics. Si l'acte de criminalisation arrive tôt dans le scénario, voilà le signe que le pouvoir s'inquiète. Cette stratégie de l'extinction des feux dans les consciences se liquéfie à mesure que dans nos sociétés contemporaines se répandent les huiles de la colère et les « passions joyeuses » de l'intérêt commun.

 

(*) Dans la théologie catholique, affection spirituelle qui atteint principalement les moines et qui se manifeste par l'ennui, le dégoût de la prière et le découragement.[NDLR]

 

 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 05:40

Fin de partie pour le PDG de la compagnie, qui avait lié son sort au résultat d’une consultation d’entreprise sur les salaires. Les syndicats sortent renforcés de cette séquence houleuse.

Tel est pris qui croyait prendre. En voulant contourner les organisations syndicales et s’en remettre directement aux salariés via une consultation d’entreprise, le PDG d’Air France-KLM s’est vu infliger, vendredi, un camouflet. Il avait mis son mandat dans la balance. Jean-Marc Janaillac quittera donc ses fonctions le 15 mai, après moins de deux ans à la tête de la compagnie aérienne.

«Pour permettre une issue positive au conflit en cours, êtes-vous favorable à l’accord salarial proposé le 16 avril 2018 ? » La question était ainsi formulée, les résultats sont sans appel : 80,33 % des 46 771 salariés d’Air France se sont prononcés. Le non l’emporte à plus de 55 %. « Les salariés ont clairement légitimé l’action des syndicats pour porter leurs revendications », résume Vincent Salles, cosecrétaire général de la CGT Air France. Pour le syndicaliste, non seulement la tentative de contournement des organisations syndicales a échoué, mais « le non l’a emporté alors même que les syndicats n’ont pas eu les moyens de la direction pour faire campagne ». Et de lister « le bombardement de mails internes » pour convaincre du bien-fondé de la proposition de la direction, les envois de courriers postaux au domicile des salariés « pour expliquer pourquoi il fallait voter oui », ou, pire encore, le « chantage auprès des apprentis ou des salariés en CDD » sur leur avenir dans l’entreprise. Pari perdu. « Ce qui nous réjouit, c’est d’avoir la confirmation que les syndicats représentent toujours les salariés. On a essayé de mettre en doute cette constante, elle se révèle fausse », a réagi Philippe Evain, président du SNPL (pilotes). Même constat du côté de l’Unsa aérien ou du syndicat d’hôtesses et de stewards SNPNC (affilié à FO), qui estime que la « légitimité » de l’intersyndicale s’en trouve « renforcée ».

Une politique austéritaire désavouée

Pour autant, loin de constituer l’épilogue d’une séquence sociale chargée pour la compagnie aérienne, la démission de son PDG n’a pas répondu à la revendication phare de l’intersyndicale, celle d’une revalorisation générale des salaires, gelés depuis 2011. Alors que dix syndicats intercatégoriels estiment à 6 % l’augmentation qui permettrait de rattraper le gel et l’inflation, la direction reste sourde et le ton monte depuis le mois de janvier. Arc-boutée sur une augmentation générale de 0,6 % des salaires assortie de 1 % d’augmentation individuelle pour les agents au sol, la direction – qui entre-temps a annoncé un résultat d’exploitation en hausse de 42 %, à près de 1,5 milliard d’euros pour 2017 – refuse obstinément d’ouvrir de réelles négociations. Las, le 22 février, les salariés entrent dans l’action, une grève intercatégorielle inédite depuis 1993. Onze autres journées de grève suivront. Finalement, le 16 avril dernier, Jean-Marc Janaillac met sur la table une proposition « améliorée » d’augmentation de 2 % immédiatement et de 5 % étalées sur la période 2019-2021 à laquelle il lie son avenir à la tête du groupe. Mais le diable se niche dans les détails et Vincent Salles rappelle que ces augmentations, en plus d’être très éloignées des revendications de l’intersyndicale, restent hypothétiques puisque « corrélées aux résultats de l’entreprise ». En sus, poursuit le syndicaliste, « l’article 7 du projet de la direction stipule que les syndicats signataires s’engagent à ne pas appeler à la grève durant toute la durée de l’accord ». Les salariés ne s’en sont pas laissé conter et ont donc majoritairement refusé ce qui s’apparente à « un coup politique » de la part de Jean-Marc Janaillac. « La direction allait chercher une légitimation de la politique austéritaire qu’elle mène depuis 2009 et un chèque en blanc sur son plan Trust Together (dernier plan stratégique de la compagnie, présenté en novembre 2016 – NDLR) qui consiste à inscrire la croissance du groupe en dehors d’Air France et sans ses salariés », poursuit Vincent Salles.

Et maintenant ? Le conseil d’administration de la compagnie devrait nommer une « gouvernance de transition ». Les syndicats, eux, en appellent à l’État, premier actionnaire d’Air France (15 %). « Il serait aberrant que le ou la futur(e) numéro 1 poursuive cette politique », estime la CGT. En attendant, les directions passent, les revendications restent. Deux nouvelles journées de grève pour les salaires sont prévues aujourd’hui et demain.

Consultation sans base légale

Mis en place par les ordonnances Macron, le système référendaire en entreprise prévoit des règles précises. Mais la direction d’Air France n’a pas choisi cette option. Il s’agit donc d’une simple consultation des salariés de la compagnie aérienne sur un accord salarial, un processus « sans base légale », précise Vincent Salles, de la CGT Air France. « Un oui majoritaire n’aurait d’ailleurs par eu non plus de valeur juridique », poursuit le syndicaliste. Selon lui, Jean-Marc Janaillac a voulu « dramatiser l’enjeu en mettant sa carrière sur la table, passer outre les syndicats et jouer sur les peurs » pour briser le mouvement social. Échec.

 

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8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 05:34

 

Les mesures participant au bien des peuples sont méprisées par la minorité la plus aisée.

Sur le fond de crise sociale qui s'installe, d'aucuns prétendent que la longévité du néolibéralisme s'explique par l'absence d'alternative crédible. Ne s'agirait-il pas plutôt des termes d'un rapport social dont l'abandon est impensable pour la minorité qu'elle avantage ?

Les élites préfèrent privatiser la chose publique au détriment de son utilité. À l'utilité sociale se substitue la distribution de dividendes aux actionnaires, deux fois plus importante que les nouveaux investissements réalisés par les entreprises du CAC 40. De même, en refusant de perdre 170 millions d'euros que produirait la fuite des riches, l'État a choisi de perdre 3,5 milliards en exonérant une partie de l’ISF.

 

Les théories économiques néolibérales qui font fi de la notion d'œuvre et du sens attaché au travail ont enterré l'esprit de Philadelphie. L'attention disponible se focalise sur les bas de bilan et les ratios de rentabilité, transformant rapidement l'or en plomb. Nos systèmes juridiques évoluent sous la pression de sociétés multinationales désormais émancipées de la tutelle des États. Feu des logiques industrielles paternalistes. Les sociétés de capitaux réticulaires soumettent les salariés à des donneurs d'ordres difficilement identifiables, jetant des milliers de familles dans le désarroi quand tombe le couperet des licenciements boursiers.

 

Cette logique détruit les collectivités de travail en sacrifiant ceux qui ne peuvent s*adapter ou dont on n'a pas besoin. Êtres surnuméraires ou inutiles abandonnés à leur désespoir, à qui les États récusent leur qualité de victimes, incriminant en revanche leur manque de combativité. Expliquer la dette sur des fondements spécieux est un épouvantail social. La véritable origine de la dette due au fait que les États se sont eux-mêmes contraints à emprunter à des taux importants aux banques d'affaires, alors qu'ils empruntaient auparavant auprès de leurs banques nationales à des taux minimes, est passée sous silence. En tout état de cause, comme le patrimoine public couvre les dettes de la France, l'État ne serait pas obligé de couper dans les dépenses liées au service public quand, de l'autre main, il donne 24 milliards aux entreprises les plus riches.

 

Les « élites » refusent de voir que le primat de la compétition et de la concurrence confronte les populations aux catastrophes produites par une logique fondée sur l'aveuglement néolibéral. Le libre-échange supposé est avant tout un jeu inégal de domination. Assumer les fonctions de l'État comme on administre une entreprise est un leurre dont le point aveugle consiste dans le rejet de l'incommensurable humain, qui échappe au calcul. Sauf à repenser l'organisation de la société en renonçant à la rémunération de l'argent pour se concentrer sur la production de richesses réelles et sauf à remédier aux conséquences écologiques de ses actes, l'agir humain sera de plus en plus incontrôlable. Le saccage suicidaire de la nature, l'incapacité à renoncer au trading haute fréquence et aux paradis fiscaux, l'incapacité de la science à pouvoir refroidir le climat ou à résorber les déchets nucléaires toxiques pour des centaines de milliers d'années nous donnent un petit aperçu d'une servitude engluée dans la pulsion de mort consubstantielle au capitalisme.

 

Les mesures participant au bien des peuples sont méprisées par la minorité la plus aisée. La liberté des puissants est bien réelle, quant à l'égalité et à la fraternité...

 

 

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 05:40

 

Avec la suppression de l'exit tax, Macron offre 800 millions d'euros aux ultra-riches

Emmanuel Macron ? “Le président des très riches”. Avec sa blagounette, François Hollande était en dessous de l’étiage. Forbes, magazine des millionnaires américains, le sacre en couv' « leader de l’économie de marché ». Avec la fin de l’exit tax en 2019, annoncée à l'occasion d'un entretien avec le mensuel libéral, le mardi 1er mai, le Président fait surtout les affaires des ultra-riches. Le cadeau est sans précédent : il s'approche du milliard d'euros.

Comme le montre un rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, institution associée à la Cour des comptes, publié en janvier 2018, le rendement de l'exit tax s'est en effet élevé à 803 millions d’euros en 2016, selon les derniers chiffres officiels disponibles. Une peccadille pour Emmanuel Macron, semble-t-il. Auprès de Forbes, le chef de l'Etat a décrit un impôt... « pas particulièrement bénéfique pour les finances publiques ».

L'exit tax, c'est quoi ?

Créée sous Nicolas Sarkozy, en 2011, l'exit tax a pour objectif de freiner l’exil fiscal des entrepreneurs fortunés. Elle prévoit qu’en cas de transfert du domicile fiscal en dehors de la France, le contribuable doit acquitter une taxe sur ses plus-values mobilières égale à 34,5% (19% d'impôt de plus-value majoré de 15,50% de contributions sociales). Depuis la mise en place à l'automne 2017 du PFU (*), ce taux de 19% est passé à 12,8%.

Tous les résidents français qui déménagent à l’étranger ne sont évidemment pas concernés : la taxe touche seulement les contribuables qui détiennent un patrimoine mobilier supérieur à 800.000 euros ou au moins 50% du capital d’une entreprise. Concrètement, et depuis le PFU, le citoyen en partance doit acquitter une taxe qui s’élève à 28,3% de la différence entre la valeur actuelle de ses actions et leur valeur d’achat.

Il est particulièrement intéressant de rapprocher ces 800 millions du nombre de personnes touchées par la taxe. Le Conseil détaille leur nombre entre 2011 et 2014 : selon les années, ces ménages désireux d'aller vivre sous des cieux fiscaux plus cléments étaient entre 200 et 400. La taxe a donc rapporté environ... deux millions d'euros par contribuable. Une vraie machine à sous d'ultra-riches ! Cet âge d'or est désormais révolu : les prochains foyers tentés par un déménagement à l'étranger garderont toutes leurs plus-values dans leur poche. Voilà qui rappelle le milliard des émigrés de la Restauration, quand Charles X avait indemnisé les nobles ayant fui la Révolution. En matière de « nouveau monde », on repassera.

En l’occurrence, Emmanuel Macron est pourtant logique avec lui-même. Cette suppression est la conséquence prévisible de la fin de l’Impôt sur la Fortune (ISF), mise en œuvre dès son entrée à l'Elysée. Avec la fin de l’exit tax, qui avait été instaurée par Nicolas Sarkozy, le compteur des cadeaux aux bienheureux et aux biens nés se montera à 6 milliards en 2019.

Le président de la République assume. Fidèle à ses idées libérales, il voit en cette juteuse exit tax « une grave erreur pour nos start-up parce que nombre d’entre elles, quand elles considéraient la France moins attractive, décidaient de lancer leurs projets en partant de zéro à l’étranger dans le but d’éviter cet impôt ».

Un raisonnement particulièrement tordu qui voudrait qu'un entrepreneur décide de se lancer à l'étranger plutôt qu'en France, par crainte d'être trop taxé si, dans un second temps, il décidait de partir à l'étranger ! Un sacré sens de l'anticipation de la part des start-uppeurs.

(*) PFU : prélèvement forfaitaire unique [NDLR]

(Journal Marianne)

 

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 05:37

Gérard LE PUILL sera présent, pour une conférence débat le mardi 29 Mai

20 h - Salle Stérédenn à Lanmeur

 

 

Un minimum d’informations a été diffusé depuis l’Elysée sur le contenu de la rencontre d’hier entre le président de la République et les jeunes agriculteurs. Pire encore, tout semble avoir été filtré par le service communication de la présidence de la République. « Je ne suis pas là pour plaire, je suis là pour faire», a sèchement déclaré Emmanuel Macron à ses invités. Mais faire quoi au juste ? Il apparaît que la franchise du chef de l’Etat fut à géométrie variable devant ces jeunes paysans et paysannes de moins de 35 ans installés tout récemment. Reste à voir quelle sera demain la teneur de ses échanges avec toute la profession lors de l’inauguration officielle du Salon international de l’agriculture.

Chez les jeunes éleveurs de bovins, comme d’ailleurs chez les moins jeunes, on souhaitait être mieux informé sur l’offre européenne concernant le projet d’accord que l’Europe entend conclure dans les tous prochains jours avec les pays du Mercosur. On sait que ces derniers veulent vendre toujours plus de viande bovine, porcine et de volaille sur le vieux Continent. Hier, à l’Elysée, Emmanuel Macron n’a abordé le sujet que de manière détournée. Selon lui, « il n’y aura jamais de bœuf aux hormones en France, il ne faut pas faire peur aux gens. S’il y en a aujourd’hui, c’est parce que les contrôles sont mauvais, c’est parce qu’il y en a qui fraudent » a-t-il ajouté.

Admettons qu’il n’y ait plus de fraude à l’avenir. Pour autant, cette certitude présidentielle ne répond nullement à une question fondamentale. Autant que l’on sache, la Commission n’a pas reçu de mandat des Etats membres de l’Union pour négocier un contingent de viande aux hormones. Les pays du Mercosur sont capables de produire de la viande bovine sans hormones pour l’Europe. Il suffit pour cela de ne pas imposer au bétail ce traitement qui accélère la prise de poids au jour le jour. La question que se posent les éleveurs français est la suivante : combien de tonnes de viande bovine seront importées dans les 28 pays membres de l’Union européenne si cet accord de libre échange est signé dans les prochains jours et quelle sera l’influence de ces importations inutiles sur les prix de marché dans un pays comme la France qui compte 4,2 millions de vaches dans les seules races à viande en plus des 3,7 millions de vaches laitières? 

 

On ne sait plus où sont les lignes rouges de la France 

 Emmanuel Macron a évité de répondre à cette question. Selon lui, « en décembre, on aurait pu conclure un accord mais comme la France avait mis des lignes rouges, la Commission ne l’a pas signé ». Il s’est gardé de préciser si les lignes rouges de février 2018 sont toujours les mêmes que celles de décembre 2017. En théorie, le mandat donné à la Commission jusqu’en décembre consistait à ne pas dépasser l’importation de 70.000 tonnes de viande bovine par an des pays du Mercosur. Mais il s’est dit depuis que la Commission avait été autorisée à faire une offre de 99.000 tonnes par an. Selon Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine (FNB) de la FNSEA, la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, serait prête à accorder un contingent annuel de 130.000 tonnes aux pays du Mercosur. Comme il s’agit ici de viande bovine désossée ne comptant que des pièces nobles à rôtir et à griller, cette viande entrerait en concurrence frontale avec les viandes françaises de haut de gamme, à savoir les races charolaise, limousine et quelques autres qui feront la fierté du Salon de l’agriculture à partir de demain .

L’arrivée de ces viandes en Europe conduirait aussi des pays comme l’Italie et l’Espagne à moins acheter de broutards français, ces veaux de huit mois que ces pays engraissent au maïs et au soja. D’où un risque de baisse sensible du prix des broutards, faute de débouchés.

Emmanuel Macron a également déclaré « qu’il n’y aura aucune réduction de nos standards de qualité, sociaux, environnementaux, ou sanitaires à travers cette négociation», ajoutant que la France fera de sorte qu’il soit possible de « bien contrôler aux frontières, la traçabilité et les normes environnementales et sociales » .Dire cela, c’est se moquer du monde ou ne pas connaître ses dossiers quand on sait que la traçabilité des animaux est inexistante au Brésil. Dans ce pays, 98% des animaux de sont pas identifiés alors qu’en Europe chaque bovin, caprin et ovin est identifié par une fiche sanitaire et une boucle d’oreille portant le numéro correspondant à cette fiche.

 

Comment partir des coûts de production pour fixer les prix ?

Pour bien saisir toute l’ambigüité du discours d’Emmanuel Macron sur ce dossier, il convient de se remémorer ce qu’il avait dit lors de ses vœux aux paysans le 25 janvier dernier à Saint-Gegnès- Champanelle dans le Cantal : « Sur les accords commerciaux, nous serons toujours clairs sur les lignes rouges que nous donnons à l’Europe lorsqu’elle négocie. Nous l’avons été sur le Mercosur (…) Une fois que j’ai dit ça sur la situation actuelle, je ne sais ce que donneront les négociations sur le Mercosur mais mon souhait est que les lignes rouges françaises soient respectées » affirmait le président de la République avant de poursuivre à demi-mots : « Cet accord peut être bon si nos lignes rouge sont tenues. Il est clair que ce sera un défi porté, en particulier par la filière bovine, puisqu’il permettra de faire entrer des volumes(…) Et donc quelle est la meilleure réponse si nous finalisons cet accord avec le Mercosur ? C’est d’avoir une stratégie défensive en France pour valoriser notre filière, l’origine France et faire que nos concitoyens auront de la vraie traçabilité, que ceux qui veulent acheter de la viande française pourront le savoir et, en quelque sorte, savoir défendre dans un marché ainsi ouvert, selon les règles que nous aurons négociées ,nos propres intérêts et être très offensifs à l’extérieur dans les marchés que nous avons rouverts ».

Ce jour là, de manière détournée, Emmanuel Macron déclarait aux éleveurs français, qu’il était favorable aux importations de viandes d’Amérique du sud pour que certains industriels français puissent vendre plus de marchandises comme des voitures et des avions aux pays du Mercosur. Mais il a laissé entendre aux éleveurs qu’ils devront se débrouiller pour vendre à la Turquie, au Japon et à la Chine la viande française qu’ils ne pourront plus vendre sur notre marché intérieur à cause de la place que prendre celle du Mercosur sur ce marché. Alors que près de 80% des viandes consommée en France dans la restauration privée et la restauration collective des écoles, des entreprises, des hôpitaux et autres services publics, ministères compris, est importée, on imagine qu’un accord avec le Mercosur va encore fermer des débouchés pour la viande produite en France.

On peut aussi se demander comment la loi promise par le gouvernement suite aux Etats généraux de l’alimentation parviendra à « inverser cette construction du prix qui doit partir des coûts de production », comme le promettait Emmanuel Macron dans son discours de Rungis le 11 octobre 2017.

 

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 05:34

Première recette fiscale des communes, reconnue comme premier échelon de la démocratie vivante, la taxe d’habitation va être progressivement supprimée pour 80% des assujettis et, à ce titre, transformée en dotation de l’État, dans l’attente d’une réforme de la fiscalité locale, promise à l’horizon 2020.

Les familles qui trouvaient, à juste titre, cet impôt injuste dans son mode de calcul vont découvrir que cette suppression pourrait, en vérité, engendrer, si elles ne s’en mêlent pas, des mécanismes fiscaux encore plus inéquitables et douloureux pour leur pouvoir d’achat.

Ainsi, un rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental vient opportunément apporter son concours à une surenchère de propositions visant, au final, à alourdir la fiscalité sur les ménages.

Outre qu’il fait volontairement l’impasse sur les 13 milliards d’allègements de contribution économique des entreprises issus de la réforme de la taxe professionnelle de N. Sarkozy, il propose d’aller plus loin dans la « spécialisation » des collectivités en privilégiant l’échelon intercommunal (très largement défini par les préfets désormais) et l’échelon régional et, pire, envisage de procéder au partage de quatre impôts entre l’État et les collectivités.

À savoir l’impôt sur le revenu, mais surtout la TVA, la contribution climat énergie (qui va augmenter le prix du plein d’essence et du chauffage) et, cerise sur le gâteau, la contribution sociale généralisée, celle-là même que le Gouvernement vient d’augmenter pour une grande part des retraités, avec lesquels nous avons manifesté.

Pour compenser une taxe d’habitation dont le produit s’élève à environ 22 Mds d’euros, ce sont au moins 2 points de plus de CSG qui pourraient amputer le pouvoir d’achat de toutes les familles, faute de dégrèvements !

Et l’addition pourrait être encore plus corsée pour certaines familles disposant de trois revenus, par exemple celles de parents hébergeant un(e) jeune salarié(e) contraint(e) de rester chez ses parents, faute de logement à loyer abordable !

À la satisfaction des familles de voir la taxe d’habitation disparaître, pourrait bien succéder une immense déception populaire, si une réforme juste de toute la fiscalité locale n’était pas engagée.

C’est à celle-ci que les sénatrices et sénateurs du groupe CRCE entendent travailler, à partir de priorités :

  • Permettre un financement des politiques publiques locales, mises à mal par deux décennies de transferts de charges et de baisses des dotations ;
  • Réviser enfin les bases d’imposition, pour rendre l’impôt local plus juste ;
  • Elargir la contribution des entreprises au financement de l’action publique et de l’investissement local dont elles bénéficient par ailleurs,
  • Taxer les actifs financiers et spéculatifs comme instrument de péréquation.

 

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 05:32

Le gouvernement a décidé, contre les syndicats et contre l’accord du 22 février des organisations syndicales avec les représentants du patronat, une réforme qui rabougrit encore la formation professionnelle.

Qui peut croire que 500 euros de formation par an, ou même 800 euros, permettraient de répondre aux enjeux? L’accord conclu par les partenaires sociaux prévoyait un renforcement du compte professionnel de formation (CPF), en permettant aux salariés de cumuler 35 heures de formation par an (au lieu de 24). En monnayant ainsi le droit à la formation, le gouvernement favorise l’inflation des coûts de formation et une baisse des droits, comme l’ont immédiatement souligné les organisations syndicales.

La formation professionnelle est pourtant l’un des deux ou trois enjeux majeurs pour l’emploi. C’est ce qui conduit le PCF à mettre au cœur de son projet la perspective d’une sécurité d’emploi et de formation pour toutes et tous.

Le droit à la formation continue et au déroulement de carrière est l’avancée sociale fondamentale de notre temps comme en témoignait, à la suite de 1968, les lois de 1971 et 1973 puis, la création du CPF.

 

Le gouvernement supprime la transparence et l'implication des représentants des travailleu-r-ses via les OPCA et en confie la gestion aux Urssaf (dominée par le patronat). De même la fusion de la cotisation formation et de la taxe d’apprentissage va faire obstacle au fléchage et au suivi des fonds.

Quant à la certification à la demande et l’accent mis sur les « compétences », au détriment des diplômes et non en complémentarité avec eux, c’est la porte ouverte à une illisibilité des formations et à des difficultés pour la mobilité des salariés d’une entreprise à l’autre. Elle permettra une traduction « à la carte » du bénéfice de ces formations dans les fiches de paie des salariés qui en auront bénéficié.

Le gouvernement satisfait en fait des exigences idéologiques de baisse du coût du travail en faveur du capital.

Pourtant, il est possible de prendre des mesures répondant aux exigences modernes d’efficacité économique et aux exigences sociales. Le PCF propose de :

- Instaurer, d’une part, un bonus-malus des cotisations formation des entreprises selon leur politique de suppressions d’emploi, ainsi que le taux de CDD,

- Baisser le coût du capital par un développement massif du rôle de la Caisse des dépôts (via la BPI) pour des avances massives de financement de formation et d’investissements de modernisation à taux zéro et à remboursement décalé, permettant aux entreprises de se moderniser,

- Conforter la gouvernance du système, par l’implication réelle du service public de l’emploi et de la formation, refondu, dans la gestion d’un compte personnel de formation conforté comme une nouvelle liberté, permettant un nouveau droit à la mobilité sécurisée et efficace.

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 07:23

 

Dans son entretien à Forbes, Emmanuel Macron explique que ses choix économiques sont déterminés par sa volonté de coller aux intérêts des investisseurs. Il ne se contente pas d’annoncer la fin de l’exit tax, il présente une vision du monde faite de soumission à la volonté des plus riches.

 « Mon travail n’est pas de regarder la télé et de faire des commentaires d’actualité, j’ai autre chose à faire », a martelé Emmanuel Macron concernant sa présence en Australie le jour de la fête du travail. Et pour enfoncer le clou sur cette indifférence à l’égard du 1er Mai, Forbes, le magazine étasunien préféré des hommes d’affaires de la planète, a publié un entretien avec le président de la République qui révèle sa conception des rapports économiques et sociaux comme aucun autre auparavant.

EMMANUEL MACRON FAIT LE CHOIX DE LA SOUMISSION A L’ORDRE ECONOMIQUE (MEDIAPART - 2 MAI 2018 PAR ROMARIC GODIN)

La défense des intérêts du secteur privé

L’hôte de l’Élysée y est dans son élément, il assure faire partie du monde des lecteurs de Forbes. « Je pense que je comprends les entrepreneurs et les preneurs de risque plutôt bien », revendique-t-il avant d’appuyer : « Pour moi, c’est important. J’ai cette compréhension directe de ce que sont leurs intérêts. » Cette perception est élevée au rang de mode de gouvernement. « Avoir des contacts directs avec le secteur privé, avoir cette expérience de ce secteur et être capable de comprendre les déterminants clés du choix d’un investissement sont les meilleures façons de comprendre et de prendre la bonne décision », explique le président de la République.

Emmanuel Macron ne cache donc pas qu’il détermine ses choix par sa volonté de coller le plus possible aux intérêts des investisseurs, ce qu’il appelle une « approche favorable aux affaires » (« business friendly approach »). Or, ces intérêts sont financiers et les choix seront donc ceux qui accroîtront la rentabilité de ces investisseurs. D’où les généreux cadeaux fiscaux qui ont été accordés et qui le sont encore, on le verra. On le sait, Emmanuel Macron rejette le titre de président des riches, mais il revendique celui de « président des investisseurs ». De fait, Emmanuel Macron truffe ses réponses à Forbes de termes managériaux. Il se met en scène dans cette interview comme dirigeant d’entreprises, conseillant EDF, par exemple, sur la nécessité de s’allier aux start-up.

Dès lors, la vision économique du président s’explique clairement : le chef de l’État est là pour favoriser ce besoin de rendement des investisseurs, leurs « esprits animaux », comme aurait dit Keynes. « Si vous créez les meilleures conditions possibles [pour investir de l’argent, comme il l’indique auparavant – ndlr], vous pouvez mener une révolution et créer des emplois », explique ainsi le président français. Pour lui, dans sa vision naïvement smithienne, l’intérêt général n’est donc que la somme des intérêts particuliers.

 

C’est, du reste, un point sur lequel il est d’accord avec Donald Trump et le président français souligne cet accord dans l’entretien. Les lecteurs de Forbes, qui ont grandement bénéficié des largesses fiscales du président des États-Unis, apprécieront la remarque, qui n’est pas fortuite puisque Emmanuel Macron explique plus loin qu’il est un des rares à comprendre son homologue étasunien. Pourquoi ? Parce qu’il a, comme lui, une expérience privée et qu’il le voit comme un « dealmaker », un faiseur d’affaires. Le compliment pourrait d’ailleurs sans doute lui être renvoyé. Et entre hommes d’affaires, on finit toujours par se comprendre.

En tout cas, on comprend mieux pourquoi les politiques fiscales en France comme aux États-Unis ont visé les plus riches : la pensée économique de la Maison Blanche et celle de l’Élysée puisent à la même source. La politique économique se résume alors à créer des incitations fiscales pour attirer des investisseurs guidés par l’appât d’un gain sûr et facile. « Plus vous êtes clair avec ce que vous avez l’intention de faire, plus vous êtes efficace avec la communauté d’affaires », explique le président français. Et il est on ne peut plus clair.

Ce que dit la suppression de l’exit tax

De ce point de vue, l’annonce principale de cet entretien, la suppression de l’exit tax, est hautement significative. Cette taxe mise en place par Nicolas Sarkozy en 2012 frappe les personnes qui décident de changer leur domicile fiscal. Son rendement est de 800 millions d’euros. Emmanuel Macron annonce qu’elle sera supprimée en 2019. Le journaliste de Forbes n’en croit pas ses oreilles, il demande s’il parle bien d’une « suppression » ou d’une « réduction ». Et il s’agit bien d’une suppression. La justification d’Emmanuel Macron confirme ce qu’il avait déjà laissé percer lors de son entretien avec Jean-Pierre Pernaut le 12 avril (date également, du reste, de l’entretien accordé à Forbes) où il affirmait que les « riches n’ont pas besoin de président ». Pour lui, le lien entre les entrepreneurs et le territoire où ils investissent s’apparente à un mariage. C’est donc simple : vous vous mariez, vous pouvez divorcer. « Si vous voulez vous marier, vous ne devez pas expliquer à votre partenaire que “si tu te maries avec moi, tu ne pourras pas être libre de divorcer” (…) alors moi, je suis pour qu’on soit libre de se marier et libre de divorcer », explique Emmanuel Macron. Dès lors, « les gens sont libres d’investir où ils veulent ».

Pour l’hôte de l’Élysée, les entrepreneurs ou les investisseurs (la confusion s’opère souvent entre les deux) sont donc des êtres hors de toute communauté nationale. Ils choisissent leurs pays librement en fonction de leurs goûts et surtout de leurs intérêts. Et s’ils se sentent contraints à quoi que ce soit, alors ils ne viennent pas. Ce sont des petites choses fragiles dont il faut donc prendre soin. Si l’on veut être choisi, il faut être le plus beau, surtout sur le plan fiscal. Point. D’où non seulement la suppression de l’impôt sur la fortune pour le capital non immobilier, mais aussi le prélèvement forfaitaire unique pour les revenus de ce capital ou la conversion du CICE en baisses de cotisation, mais encore la fin de cette exit tax.

Le président affirme que la taxe n’est pas rentable avec seulement 70 millions d'euros de rendement. Mais comme l'a souligné Marianne, le patrimoine concerné pourrait induire un rendement de 800 millions d’euros. Surtout, si elle rapporte peu, c’est peut-être aussi parce que sa fonction répressive fonctionne bien… Supprimer cette taxe est donc un choix qui vise à en finir avec cette fonction. D’ailleurs, si elle était si inutile qu’on le dit, pourquoi la supprimer ?

Emmanuel Macron mérite bien le titre de « leader of the free markets » (« leader des marchés libres ») que lui accorde Forbes en une. Pour lui, pas question de contraindre la liberté des investisseurs, c’est aux États de se faire beaux pour leur plaire. « Si vous êtes capable d’attirer, c’est bon pour vous ; mais si ce n’est pas le cas, on doit pouvoir divorcer », explique-t-il. D’où cette idée que c’est le pays qui doit se plier aux investisseurs, pas l’inverse.

Jusqu’où va cette liberté ? Très loin puisque l’exit tax n’est pas une taxe frappant la simple réalisation d’une prise de bénéfice, c’est une taxe contre l’optimisation fiscale qui frappe ceux qui souhaitent transférer leurs foyers fiscaux dans un pays fiscalement plus intéressant. Nicolas Sarkozy l’avait d’ailleurs présenté comme une taxe contre l’évasion fiscale et elle ne concernait que les participations de plus de 1,3 million d’euros. Bref, cette taxe souhaitait compenser les futures pertes de recettes fiscales liées aux pratiques fiscales agressives de certains pays. Contrairement à ce que prétend Emmanuel Macron, il ne s’agissait pas d’empêcher le divorce, mais simplement de demander une indemnité à celui qui décidait de rompre le mariage (tout en en conservant certains avantages, comme la jouissance des services publics, par exemple). Depuis quand les pensions alimentaires, par exemple, empêchent-elles la liberté de divorcer ?

La soumission à l’ordre économique existant

En réalité, dans la vision du monde d’Emmanuel Macron l’optimisation fiscale fait partie de la normalité. La seule façon de la combattre, c’est d’être de plus en plus fiscalement compétitif. Ce n’est donc pas un hasard si le gouvernement hésite à lever le verrou de Bercy, invente le « plaider-coupable » en matière fiscale et crée un « droit à l’erreur » dans le même domaine. Le président vante d’ailleurs cette mesure dans Forbes. Tout cela rend plutôt circonspect quant à la réalité de la volonté de lutter contre l’évasion fiscale affichée par l’exécutif.

Le président de la République prétend dans cette interview faire la « révolution » et « transformer » la France, mais il n’est pas l’acteur de cette transformation. Il la subit et l’accompagne. Cette transformation est menée par les investisseurs internationaux, ceux qui, pour Emmanuel Macron, disposent de la réalité du pouvoir (et c’est pourquoi il veut tant faire partie de leur monde). Ce cours des événements dictés par les « esprits animaux » des plus riches s’impose à tous. Et tout ce que les politiques ont à faire est de s’y conformer et de le faire accepter par leur population. « La meilleure protection, ce n’est pas de dire : “nous résisterons” », explique le président français. Il faut donc se soumettre à ce jeu imposé par les puissants de l’époque. Du reste, Emmanuel Macron répète deux fois dans cet entretien qu’« il n’y a pas d’autres choix », ce qui rappelle évidemment le fameux « il n’y a pas d’alternative » de feu Margaret Thatcher. Il y a un aspect métaphysique, presque religieux, dans cette approche, selon laquelle il existerait un ordre économique transcendant et immuable qui apporterait le bien à qui l’accepte sans ciller.

 

Derrière ses oripeaux monarchiques, la vision d’Emmanuel Macron est celle d’une soumission du politique à cet ordre, celui des intérêts particuliers des plus riches. Il n'y a pas d'autre intérêt général. En cela, le président français est profondément un conservateur à l’ancienne, un défenseur de l’ordre établi. La suppression de l’exit tax est, ici, fort parlante car l’optimisation fiscale, en affaiblissant les ressources des États, est une des sources principales du chantage au moins-disant fiscal qui ronge nos sociétés. En faisant croire qu’on réduirait l’exil fiscal en levant les rares contraintes qui l’entourent, il conduit à désarmer encore la puissance publique. Il est ensuite plus aisé, il est vrai, de présenter son impuissance comme une évidence.

Quant à croire que cette soumission apportera la prospérité, cela fait évidemment abstraction des deux crises de 2007 et 2010 ainsi que de leurs conséquences politiques, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni. Bercy avait reconnu en 2017 que la défiscalisation du capital n'aurait pas d'impact économique. Ce qui est certain, c’est qu’il faudra compenser les pertes liées à l’exit tax, comme celles des autres cadeaux fiscaux. Et que la course au moins-disant fiscal, dans laquelle s'engage le président français la fleur au fusil, est mortifère et perdue d'avance. Mais les voies de l’idéologie sont impénétrables. Cette interview accordée à Forbes affine donc le portrait économique d’Emmanuel Macron, faux révolutionnaire et vrai croyant.

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 07:20

Géard LE PUILL sera présent, pour une conférence débat le mardi 29 Mai

20 h - Salle Stérédenn à Lanmeur

 

 

Ce jeudi peu après 13 heures, le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert connaîtra le baptême du feu que constitue une intervention ministérielle devant un congrès de la FNSEA. C’est une tradition dans ce syndicat de clore les congrès en interpellant le ministre en charge de l’agriculture.

De cette joute de fin de congrès, certaines personnalités politiques en ont gardé un souvenir douloureux, à commencer par Edith Cresson. Première et unique femme ministre de l’Agriculture depuis que la fonction existe, elle fut confrontée en 1982 à l’arrogance de François Guillaume, alors président de la FNSEA, avant de devenir lui-même ministre de l’Agriculture de 1986 à 1988 dans le gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac.

L’an dernier, Stéphane Le Foll avait choisi de ne pas s’y rendre. Douze mois plus tôt, de nombreux congressistes lui avaient délibérément tourné le dos au moment de sa prise de parole. Il faut dire que Le Foll a dirigé ce ministère  dans un contexte de baisse mondiale de prix agricoles qui a touché les grands secteurs de production que sont les céréales, le lait, la viande bovine et la viande porcine. La volaille, notamment la production de palmipèdes, a été malmenée par la grippe aviaire. D’autres productions comme les fruits et le vin ont parfois connu des baisses sensibles de rendements imputables à des aléas climatiques qui vont de la grêle aux gelées de printemps.

Beaucoup d’exploitations agricoles ont ainsi été fragilisées depuis 2015. Alors que la formation des prix est devenue spéculative en permanence du fait de la mondialisation, les spéculateurs parient sur la baisse des cours des céréales depuis trois ans dans les salles de marchés. Il en est allé de même dès 2015 pour le prix du lait du fait de l’augmentation de la production en Europe, suite à la sortie des quotas par pays. D’un prix moyen de 410€ la tonne en 2014, le lait payé au producteur est tombé à 316€ en 2015, à 294,5 € en 2016 pour ne remonter qu’à 345€ en 2017. Il se dit que  les prix moyens de 2018 pourraient baisser par rapport à 2017 en raison une nouvelle hausse de la production européenne ces derniers mois.

L’agro-écologie et la proximité pour promouvoir une agriculture durable

Il est probable que les échanges entre la présidente de la FNSEA et le Ministre de l’Agriculture porteront beaucoup en cette  journée du 29 mars sur les sujets de conjoncture, dont la loi qui doit être élaborée puis votée pour tendre vers une plus juste rémunération du travail des paysans. Mais, sans préjuger de ce que cette loi apportera, ou pas, au monde paysan, ni la FNSEA  ni le pouvoir politique ne se posent vraiment les questions qu’il est urgent de se poser en ce début de XXIème siècle.

Alors que le réchauffement climatique risque de se déboucher en peu d’années sur une grande insécurité alimentaire au niveau planétaire, s’en remettre au fonctionnent d’un marché mondial spéculatif pour fixer au jour le jour le prix des aliments de base que sont les céréales, les oléagineux, les viandes, les produits laitiers et le sucre peut déboucher rapidement sur des famines, des émeutes de la faim et des migrations massives de populations. Quatre années successives de production céréalière mondiale légèrement supérieure à la demande solvablene doivent pas masquer qu’une à deux mauvaises récoltes successives dans les pays exportateurs pourraient suffire pour provoquer d’importantes famines dans le monde dans la mesure où les stocks céréaliers de sécurité n’existent guère en dehors de la Chine et de l’Inde.

Si nous voulons permettre aux peuples de manger à leur faim tout en faisant contribuer l’agriculture au freinage du réchauffement climatique, il faut promouvoir partout l’agro-écologie et les cultures de proximité pour un maximum de consommateur. Le commerce, fut-il mondialisé, ne doit intervenir qu’en complément et les aliments que nous consommons ne doivent pas faire le tour du monde avant d’être déposés dans nos assiettes. Cette nouvelle vision du rôle des agricultures manque cruellement chez  Stéphane Travert devenu ministre de l’Agriculture en récompense d’un soutien précoce d'Emmanuel Macron pour accéder à l’Elysée. Elle a également manqué dans la préparation du congrès de la FNSEA.

 

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