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27 septembre 2025 6 27 /09 /septembre /2025 06:17
Gisèle Halimi et Djamila Boupacha en 1962

Gisèle Halimi et Djamila Boupacha en 1962

Serge Halimi interroge le choix de Charlotte Gainsbourg, alignée sur les positions israéliennes d'opposition à l'existence d'un Etat palestinien,  pour incarner à l'écran Gisèle Halimi, militante anticolonialiste et révolutionnaire
"DÉGOÛT"...
L’actrice Charlotte Gainsbourg, qui doit incarner, dans un « biopic » en cours de tournage dont la sortie en salle est prévue pour 2026, l’avocate et infatigable militante progressiste Gisèle Halimi, décédée le 28 juillet 2020, a cosigné, le 19 septembre dernier, avec une petite vingtaine d’autres personnalités, une tribune collective dénonçant la reconnaissance de l'Etat de Palestine par la France le 22 septembre, et appelant Emmanuel Macron à conditionner la reconnaissance d’un État palestinien « à la libération des otages » israéliens retenus à Gaza « et au démantèlement du Hamas ».
Ulcéré par ce déni, l’un des fils de l’avocate, Serge Halimi, dirigeant du mensuel de la gauche critique et anti-libérale " Le Monde Diplomatique", a fait parvenir ce texte rappelant que cette dernière a, tout au long de sa vie, exprimé « sa solidarité constante » avec Gaza - où, constatait-elle, « un peuple aux mains nues est en train de se faire massacrer ». Il estime qu’elle « aurait lu cette tribune avec dégoût ».
 
COURRIER DE SERGE HALIMI:
 
J’ai appris plusieurs mois après que la décision soit prise que Charlotte Gainsbourg avait été choisie pour interpréter le rôle de ma mère lors du procès de Bobigny. Autant dire qu'on ne m'a pas demandé mon avis.
Les producteurs, réalisateurs, journalistes, présidents de la République, maires, actrices, etc. peuvent se référer à leur guise à une personnalité publique. Ils peuvent même s'en prévaloir quand ils l'ont combattue par leur œuvre ou par leur engagement politique.
Jusqu'à présent la mémoire de Gisèle Halimi a surtout été mise en avant pour célébrer des causes et des victoires devenues relativement consensuelles (avortement libre, criminalisation du viol, abolition de la peine de mort, dépénalisation de l’homosexualité). En revanche, hormis son combat pour l’indépendance de la Tunisie et de l’Algérie, ses engagements anti-impérialistes, nombreux et constants (Vietnam, Cuba, militants basques, hostilité à la guerre du Golfe et du Kosovo, Palestine), tout comme son refus des traités européens (Maastricht, TCE) ont été oubliés ou occultés.
La signature par Charlotte Gainsbourg, avec Bernard-Henri Lévy, Alain Minc, Dominique Reynié, etc., d’une « lettre ouverte » s’opposant à la reconnaissance de la Palestine par la France et assimilant cette décision à « une capitulation morale face au terrorisme » fait donc resurgir par contraste tout un chapitre de la vie de Gisèle Halimi.
Car elle aurait lu cette tribune collective avec dégoût. Elle ne dit rien des crimes de guerre israéliens pourtant qualifiés de génocide par nombre d’organisations internationales. Charlotte Gainsbourg vient ainsi, sans l’avoir voulu, de rappeler tout un pan trop peu connu de la vie militante de Gisèle Halimi, du Tribunal Russell sur la Palestine à sa défense de Marwan Barghouti. Et notamment sa solidarité constante avec Gaza, à un moment où déjà, écrivait-elle à L’Humanité en juillet 2014, « un peuple aux mains nues est en train de se faire massacrer. L’histoire jugera, mais n’effacera pas le saccage. » Ce fut l’une de ses dernières prises de position publiques.
Le jour où le film sur le procès de Bobigny sortira, Charlotte Gainsbourg sera peut-être interrogée sur la différence fondamentale entre le personnage qu’elle interprète et ses propres convictions qui la rangent dans le camp, peu honorable, des avocats inconditionnels d'Israël. L'opération qu'elle escomptait en incarnant Gisèle Halimi à l’écran se retournera alors contre elle.
 
Voir aussi: 

L'association "La Cause des Femmes" rappelle le 23 septembre que Gisèle Halimi, qui s'est battue contre les méfaits du colonialisme et de l'occupation militaire en Algérie et en Tunisie, a toujours été dans le même temps et pour les mêmes raison une avocate de la cause palestinienne: 

https://www.choisirlacausedesfemmes.org/2025/09/23/gis%C3%A8le-halimi-l-avocate-de-la-cause-palestinienne/

Le 11 mars 1968, Gisèle Halimi co-signait une tribune collective qui dénonçait l'arrestation et la détention arbitraires d’étudiant·es palestinien·nes.

 

Le 3 mars 1982, elle co-signait un appel collectif appelant à ce que la “France s'exprime clairement (...) pour réaffirmer les principes d'une paix juste et durable au Proche-Orient : le retrait des troupes Israéliennes de tous les territoires occupés depuis 1967, y compris la partie arabe de Jérusalem ; la reconnaissance des droits nationaux du peuple palestinien, y compris le droit à édifier son propre État indépendant sur le sol de sa patrie ; le droit de tous les États de la région, y compris le futur État palestinien, à la paix et à la sécurité. « 

 

Le 18 octobre 2000, un appel collectif intitulé “En tant que juifs…” Celui-ci affirmait  “Partisans de la fraternité judéo-arabe, nous réclamons la relance d'un processus de paix qui passe nécessairement par l'application des résolutions de l'ONU, par la reconnaissance d'un Etat palestinien souverain et du droit au retour des Palestiniens chassés de leur terre. C'est par là que la coexistence pacifiée de différentes communautés culturelles et linguistiques sur un même territoire peut devenir possible.”

À  partir de septembre 2002 Gisèle Halimi devint l’avocate de Marwan Barghouthi et défendit jusqu’à sa disparition en 2020, un « homme de paix ». Chef du Fateh en Cisjordanie Marwan Barghouthi, était pour elle un « homme de paix » à qui Israël intentait un « procès politique ».

 Le 1er juillet 2004, à nouveau un appel collectif en soutien à Leila Shahid alors représentante en France de l’OLP et le 28 avril 2011 elle co-signe une nouvelle tribune qui demande notamment que “La France et l'Union européenne  (prennent)  l'initiative en reconnaissant sans attendre l'Etat palestinien dans les frontières d'avant la guerre de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale, et en appelant l'ONU à faire de même sans délai. Mais nous ne pouvons nous en remettre aux seules autorités nationales et internationales.”

 

Le 28 juillet 2014 elle signe seule son dernier appel en faveur du peuple palestinien dans L’Humanité : 

 « Un peuple aux mains nues – le peuple palestinien – est en train de se faire massacrer. Une armée le tient en otage. Pourquoi ? Quelle cause défend ce peuple et que lui oppose-t-on ? J’affirme que cette cause est juste et sera reconnue comme telle dans l’histoire. Aujourd’hui règne un silence complice, en France, pays des droits de l’homme et dans tout un Occident américanisé. Je ne veux pas me taire. Je ne veux pas me résigner. Malgré le désert estival, je veux crier fort pour ces voix qui se sont tues et celles que l’on ne veut pas entendre. L’histoire jugera mais n’effacera pas le saccage. Saccage des vies, saccage d’un peuple, saccage des innocents. Le monde n’a-t-il pas espéré que la Shoah marquerait la fin définitive de la barbarie ? »

Dans "Choisir la cause des femmes"

https://www.choisirlacausedesfemmes.org/2025/09/23/gis%C3%A8le-halimi-l-avocate-de-la-cause-palestinienne/

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27 septembre 2025 6 27 /09 /septembre /2025 06:05
Jeudi 2 octobre - Nouvelle journée de grève et manifestation de l'intersyndicale à Morlaix, 10h30 place des Otages
Ouest-France, 26 septembre

Ouest-France, 26 septembre

Aucun engagement du nouveau Premier Ministre : mobilisons-nous le 2 octobre ! (PCF)
Les organisations syndicales avaient laissé jusqu'à hier au nouveau Premier Ministre pour répondre aux revendications de l'intersyndicale.
En deux heures de rendez-vous, il n'a pris aucun engagement pour la justice sociale et fiscale, la conditionnalité sociale et environnementale des 211 milliards d'euros d'aides publiques, l'abandon de la réforme des retraites, la sécurité sociale, des moyens pour nos services publics, l'investissement dans l'industrie et la transition écologique !
Le PCF soutient donc l'appel de l'intersyndicale et appelle les travailleurs et travailleuses, l'ensemble de nos concitoyens à y répondre en se mobilisant massivement lors d'une nouvelle journée de grèves et de manifestations le jeudi 2 octobre.
Les communistes participeront pleinement à cette journée et poursuivront la mise en débat de notre pacte d'avenir pour la France.
Seule une mobilisation puissante peut conduire le pouvoir à répondre aux exigences sociales et de paix qui s'expriment.
C'est d'autant plus nécessaire que le grand patronat continue de s'opposer à toute mesure de justice fiscale. L'annonce d'un meeting le 13 octobre prochain pour défendre les privilèges du capital appelle, pour les communistes, à mettre en cause sa domination sur toute l'économie qui empêche de répondre aux besoins sociaux et de relever les défis du siècle. Le problème du pays n'est ni la dette, ni le prétendu "coût du travail". C'est le coût du capital, les dividendes et les intérêts payés aux banques, qu'il faut baisser !
Paris, le 25 septembre 2025
Parti communiste français.
 
***
 
LE MUET N'AVAIT RIEN À DIRE
 
Rencontre avec Sébastien Lecornu à Matignon : à sa sortie, l’intersyndicale annonce une nouvelle grève le 2 octobre.
 
Les huit confédérations syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU, Solidaires) étaient reçues ce mercredi à Matignon. Malgré les journées de mobilisations du 10 et 18 septembre et la censure de François Bayrou, son successeur, Sébastien Lecornu, s’accroche aux mesures austéritaires.
Les syndicats mettent sur la table une nouvelle grève pour le 2 octobre.
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT assure qu’« aucun élément précis sur la justice fiscale n’a filtré de cet échange ».
Pour rappel, l’intersyndicale dénonce le « musée des horreurs » du budget présenté en juillet par François Bayrou et ses 44 milliards d’euros d’austérité auxquels l’exécutif n’a pas renoncé, en dehors de la suppression initialement envisagée de deux jours fériés.
Ce projet compte notamment une réforme de l’assurance-chômage, le gel des prestations sociales, des salaires des fonctionnaires, la désindexation des pensions de retraite, le doublement des franchises médicales, la remise en cause de la 5e semaine de congés payés ou encore des suppressions de postes dans les services publics.
 
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27 septembre 2025 6 27 /09 /septembre /2025 05:00
Dans les rues de New York, Benyamin Netanyahou accueilli en « criminel de guerre » (L'Humanité, Sarah Laurent, 25 septembre 2025)
Dans les rues de New York, Benyamin Netanyahou accueilli en « criminel de guerre »
 
Alors que le chef du gouvernement israélien parlait devant un auditoire clairsemé, dans le cadre de l’assemblée générale des Nations Unies, une manifestation partait de Times Square pour rejoindre le siège de l’ONU et demander son arrestation.
 
L'Humanité, le 26 septembre 2025
Sarah Laurent
 
À 9 heures du matin, les touristes n’ont pas encore tout à fait envahi Times Square. Cela n’empêche pas les promoteurs de visites guidées d’essayer de vendre les premiers tours de la journée aux personnes allant au travail d’un pas rapide.
Mais ce vendredi 26 septembre, dans une météo encore estivale, un contingent de plusieurs centaines de personnes s’était réuni au pied de panneaux publicitaires géants, pour protester contre la présence de Benyamin Netanyahou à New York, pour l’assemblée générale des Nations Unies. Les manifestants appelaient à ce que les États-Unis arrêtent celui qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la cour Pénale internationale depuis le 24 novembre 2024.
Des dizaines de drapeaux rouge, vert, blanc et noir flottaient au vent, accompagné d’une mer de pancartes demandant un embargo sur la vente d’arme à Israël, des sanctions et un cessez-le-feu immédiat occupés ainsi l’une des intersections les plus occupées au monde. Pour les New Yorkais venus manifester, la présence du chef de gouvernement israélien dans leur ville est un affront personnel.
 
« Netanyahou devrait être arrêté ! »
Un des membres du Youth Palestinian Movement, une des organisations ayant organisé la manifestation, lançait depuis l’arrière du pick-up blanc faisant office de scène pour les intervenants : « Il y a un criminel de guerre dans nos rues. Allons-nous vraiment laisser faire cela ? Le gouvernement américain abrite un criminel. »
Judy, 75 ans, née et élevée à New York, ne « comprend pas que nous pouvons le laisser se balader en toute liberté et impunité. Netanyahou devrait être arrêté ! »
Elle porte un t-shirt avec « Pas en notre nom » sur le devant et « Les Juifs disent : cessez-le-feu immédiat » sur le dos. Elle est venue aujourd’hui en « soutien au peuple palestinien. En tant que juive, je ne peux pas accepter que notre génocide soit utilisé pour en justifier un autre. Et en tant qu’Américaine, je ne peux pas cautionner notre complicité dans ces actes. »
La manifestation dénonçait autant les exactions de Netanyahou que la complicité du gouvernement américain, le dernier puissant soutien à Tel Aviv.
Joe, un membre du parti pour le socialisme et la libération, fait le lien entre les deux gouvernements : « Donald Trump a passé le début de son second mandat obsédé avec la « criminalité ». « Il a utilisé des vagues de crimes inventées de toutes pièces comme excuses pour terroriser nos voisins immigrants. Pour envoyer des troupes américaines contre ses propres citoyens. Pour donner des milliards à ICE » résume-t-il, « Mais si Trump se souciait vraiment de la criminalité, alors Netanyahou, le plus grand criminel au monde, ne serait pas en train de parler au quartier général de l’ONU. Il serait dans une cellule. »
L’annonce du départ de la plupart des représentants des pays lorsque Benyamin Netanyahou a commencé son discours faite au micro par Julian, un membre de la Korean Community Development, une autre association ayant organisé la manifestation, est accueillie avec un cri de joie.
« Le criminel Netanyahou a pris la parole, et presque tous les représentants des pays se sont levés et sont partis, insiste Julian. Grâce à votre action sans relâche qui a fait que les pays du monde entier se sont réveillés. Parce que ne vous méprenez pas, il n’y a pas une once de légitimité dans ce bâtiment. Pas tant que ceux qui font couler le sang d’innocents marchent librement dans ses couloirs. La seule légitimité est ici, avec nous, dans la rue. »
Un des manifestants, Ellias 26 ans, confirme qu « [il] ne peu [t] que [s] e réjouir qu’Israël soit rejeté par de plus en plus de pays. Cela montre bien que le pays devient un État paria et que le reste du monde réalise les horreurs qui sont en train de se passer à Gaza. » Il confie aussi qu’il « espère que, lorsque Zohran (Mamdani, N.D.L.R.) sera élu, Netanyahou ne sera plus la bienvenue dans New York et qu’il sera arrêté s’il insiste pour venir. »
Le candidat socialiste vainqueur de la primaire démocrate, avait en effet promis qu’une fois élu maire, il ordonnerait à la police de New York d’arrêter Netanyahou. L’élection a lieu le 4 novembre prochain et Zohran Mamdani fait figure de favori. Alors que le cortège quittait Times Square pour se diriger vers le siège des Nations Unies, les manifestants espéraient que leur demande d’arrestation de Netanyahou serait entendue la prochaine fois.
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26 septembre 2025 5 26 /09 /septembre /2025 04:58
Avec Hala Abou Hassira à la fête de l'Humanité avant le discours sur la grande scène de l'ambassadrice de Palestine (photo Philippe Rio)

Avec Hala Abou Hassira à la fête de l'Humanité avant le discours sur la grande scène de l'ambassadrice de Palestine (photo Philippe Rio)

Hala Abou Hassira, l’ambassadrice de Palestine en France, se félicite du discours prononcé par Emmanuel Macron le 22 septembre, mais rappelle la nécessité d’arrêter immédiatement le génocide en cours à Gaza et de donner les moyens à l’Autorité palestinienne de construire son État.

Pierre Barbancey, L'Humanité, 24 septembre 2025

L’ambassadrice de Palestine en France met en avant les responsabilités de la communauté internationale pour que les mots prononcés à l’ONU par le président de la République se transforment en réalité.

Comment avez-vous perçu le discours d’Emmanuel Macron ?

Hala Abou Hassira

Nous saluons la reconnaissance par la France, par le président Macron de l’État de Palestine, dans les frontières de 1967. C’est une reconnaissance du droit inaliénable du peuple palestinien. Nous espérons que cela va ouvrir la voie à un cessez-le-feu immédiat et urgent dans la bande de Gaza et l’entrée massive de l’aide humanitaire. Israël continue à exterminer le peuple palestinien, à anéantir son existence à Gaza comme en Cisjordanie à travers son nettoyage ethnique qui vise à déraciner le peuple palestinien de sa terre.

Ce qui s’est passé ce 22 septembre n’est rien d’autre qu’un message de l’ensemble de la communauté internationale pour la paix. C’était un signal à Israël pour qu’il choisisse la voie de la paix plutôt que celle de la destruction.

Des voix s’élèvent pourtant qui estiment que cette reconnaissance ne va rien changer. Que leur répondez-vous ?

 

Que cette reconnaissance doit être accompagnée par des actions concrètes, c’est-à-dire des sanctions contre l’État d’Israël, comme le suggère la Cour de justice internationale. Il faut imposer immédiatement un embargo sur les armes. Il faut rompre les relations politiques et diplomatiques, économiques et commerciales avec Israël. Il faut traiter l’origine de problèmes, l’origine de l’instabilité dans notre région, l’origine de l’injustice : l’occupation militaire israélienne, la colonisation, l’apartheid et le génocide.

Le peuple palestinien doit vivre libre chez lui, doit avoir la possibilité de bâtir un avenir pour ses enfants. Israël est en train de tuer les générations palestiniennes à venir. Il est de la responsabilité de la communauté internationale d’utiliser les outils pacifiques et juridiques à sa disposition pour mettre en place des sanctions vraiment coercitives. Il faut arrêter ce génocide de toute urgence.

Que faut-il pour que se réalise enfin le droit à l’autodétermination du peuple palestinien, si on pense aux accords d’Oslo qui ont été finalement un échec ? Emmanuel Macron a-t-il donné des gages pour permettre cela ?

Tout le monde, y compris le président Macron, a affirmé la nécessité d’un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, l’urgence de l’entrée d’aide humanitaire et un règlement pacifique basé sur le droit international, le droit du peuple palestinien à vivre dans un État indépendant dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-est comme capitale. Voilà le cadre, l’exigence.

Maintenant, l’action est nécessaire. Il faut sauver Gaza. Il faut, comme l’exige le président Mahmoud Abbas, le retour du gouvernement palestinien dans la bande de Gaza pour qu’il assume sa responsabilité et puisse secourir une population martyrisée et mettre fin au génocide en cours.

C’est ce que nous attendons de l’ensemble de la communauté internationale, et de la France à sa tête qui a engagé ce processus politique. Nous nous inspirons des luttes des peuples de l’Afrique du Sud, du Vietnam et du monde entier. Car, au-delà des sanctions nécessaires, la mobilisation des peuples est indispensable.

N’est-il pas inquiétant qu’Emmanuel Macron n’ait pas annoncé au même moment la nécessité d’actions coercitives contre Israël ?

Il faut imposer des sanctions, que tous les États parties à la Charte des Nations Unies assument leurs responsabilités. C’est un moyen pacifique et juridique, il faut le comprendre. Quand on prend des mesures contre un État qui a violé chaque article de droit international, c’est pour préserver la paix et la sécurité dans le monde, en mettant un terme à tous les massacres, à tous les crimes de guerre, à tous les crimes contre l’humanité perpétrés contre le peuple palestinien.

Qu’est-ce que les Palestiniens eux-mêmes vont faire, après cette déclaration, pour avancer sur cette voie ?

Le gouvernement palestinien a entamé des réformes depuis des années dans tous les domaines, que ce soit dans la santé, l’éducation, la protection sociale. Nous continuons à les mener afin d’être les plus fonctionnels possible, pour que notre économie, qui est asphyxiée par la colonisation israélienne, par le terrorisme des colons israéliens puisse fonctionner. Le président Abbas a décrété une réforme de loi électorale.

Nous attendons de cette conférence des Nations unies qu’elle soutienne, renforce l’Autorité palestinienne par une aide économique et une aide financière. Je rappelle qu’Israël détient toujours des milliards de dollars de nos recettes fiscales et douanières. Nous nous trouvons face à une crise sans précédent. Sans l’aide et le soutien international, nous ne serons pas capables de mener nos réformes jusqu’au bout.

Hala Abou Hassira, ambassadrice de Palestine : « Nous saluons la reconnaissance du droit inaliénable du peuple palestinien à un État. Maintenant, il faut sauver Gaza » (Pierre Barbancey, L'Humanité, 24 septembre 2025)
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23 septembre 2025 2 23 /09 /septembre /2025 05:48
 Etat de Palestine : reconnaissance aujourd’hui, justice demain - Tribune de l'AJPF publiée dans l'Humanité du 22 septembre
Etat de Palestine : reconnaissance aujourd’hui, justice demain

Tribune

Nous publions cet appel lancé par des maires et élus, membres de l’association de jumelage entre des villes françaises et des camps de réfugiés palestiniens (AJPF).

Publié le 21 septembre 2025

Le 24 juillet, le Président Macron s’est engagé à reconnaître officiellement, au nom de la France, l’État de Palestine et il coprésidera, le 22 septembre 2025, aux côtés de Mohammed Ben Salmane, prince héritier saoudien, une conférence au siège des Nations Unies à New York, consacrée à la mise en œuvre de la solution à deux États.
Nous saluons cet acte politique marquant, qui est un pas vers une paix juste et durable au Proche-Orient.
Il aura fallu attendre des décennies d’alertes répétées de l’ONU et des ONG sur l’urgence de la situation en Palestine, il aura fallu un génocide en cours à Gaza et que la Palestine soit mitée de centaines de colonies rendant sa continuité territoriale impraticable sur le terrain, pour que la France franchisse enfin le pas de cette reconnaissance.
Cette décision, si elle veut véritablement marquer l’histoire, doit s’accompagner d’un travail diplomatique et politique courageux pour parvenir à une solution crédible et à la mise en place effective de deux États sans faire l’impasse, comme pour les accords d’Oslo en 1994, sur les réfugié.es et leur droit au retour selon la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies 194, adoptée à l’ONU le 11 décembre 1948 et réaffirmée maintes fois.
Notre association et le réseau des élu.es jumelé.es ne cesseront de porter la voix des réfugié.es palestinien.nes doublement victimes de l’injustice et du silence de la communauté internationale. Ils ne peuvent pas être encore les grands oubliés de l’histoire.
Ils sont la clé de voûte de la paix car celle-ci ne se décrète pas : elle se construit sur le droit, elle se cultive avec le terreau de la justice et elle se consolide dans les actes concrets de reconnaissance mutuelle et de respect du droit international.
La France doit, à l’instar d’autres pays comme l’Espagne, accompagner cette reconnaissance de prises de positions claires. Nous savons que cela devra passer par des sanctions à l’encontre du gouvernement israélien d’extrême droite, soutenu de manière indéfectible par l’administration Trump, qui ne s’arrêtera qu’avec une pression internationale coordonnée et déterminée. La France doit cesser de se cacher derrière une prétendue « action commune européenne » avant d’agir. Elle a les moyens pour faire entendre sa voix et ouvrir la voie à d’autres pays, comme l’a fait l’Espagne.
« La paix à n’importe quel prix, ce n’est plus la paix » disait Ève Curie, l’une des premières femmes diplomates. Le lundi 22 septembre, nous, maires, élu.e.s de la République, attaché.e.s aux valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de justice, ferons entendre cette voix pour que la France soit à la hauteur des enjeux et au rendez-vous de l’Histoire.

 

 

Signataires :

ADAM Raphaël, Maire de Nanterre

AGGOUNE Fatah, Maire de Gentilly

AGGOUNE Fatiha, Conseillère départementale du Val-de-Marne

AIT SALAH LECERVOISIER Laurence, Conseillère municipale d’Orly

AMIABLE Marie-Hélène, Maire de Bagneux

APOURCEAU POLY Cathy, Sénatrice du Pas-de-Calais

AQUA Jean-Noël, Conseiller de Paris

AUTAIN Clémentine, Députée de Seine-Saint-Denis

BACCHI Jérémy, Sénateur des Bouches-du-Rhône

BARROS Pierre, Sénateur du Val d’Oise

BAUDOUIN Marie-Christine, Maire de Saint-Germain-du-Puy

BAUDRIER Jacques, Adjoint au Maire de Paris

BELHOMME Jacqueline, Maire de Malakoff

BELL-LLOCH Pierre, Maire de Vitry-sur-Seine

BENARD Edouard, Député de Seine-Maritime

BENHAMRA EL AKHFACH Zakaria, Adjoint au Maire de Noisy-le-Sec

BERT Richard, Maire de Blanzat

BESSAC Patrick, Maire de Montreuil

BIDARD Hélène, Adjointe au Maire de Paris

BILLOUT Michel, Maire honoraire de Nangis, ancien sénateur

BLAISE Sandra, Conseillère régionale Grand-Est

BLANDIOT FARIDE Charlotte, Maire de Mitry-Mory et Présidente de l’association de jumelage entre des villes françaises et des camps de réfugiés palestiniens (AJPF)

BONNET OULALDJ Nicolas, Adjoint au Maire de Paris

BOSINO Jean-Pierre, Maire de Montataire

BOUGET Vincent, Conseiller départemental du Gard

BOUROUAHA Soumya, Députée de Seine-Saint-Denis

BOUTON Cécile, Conseillère départementale d’Ille-et-Vilaine

BOUTRIH Sofia, Conseillère municipale de Saint-Denis

BOUYSSOU Philippe, Maire d’Ivry-sur-Seine

BRETON Anouk, Maire d’Angres

BROSSAT Ian, Sénateur de Paris

BRULIN Céline, Sénatrice de Seine-Maritime

BRUNEAU Alban, Maire de Gonfreville-l’Orcher

CADORE Eric, Conseiller régional d’Occitanie

CERCEL Agnès, Maire de Tourville-la-Rivière

CHARIFI ALAOUI Audrey, Adjointe au Maire de Mitry-Mory

CHEVALIER Catherine, Conseillère de Paris

CILLIERES Hélène, Adjointe au Maire de Bagneux

COHARD Roger, Maire de Le Cheylas

COMPAORE Mahama, Adjoint au Maire de Blainville-sur-Orne

CORBIERE Alexis, Député de Seine-Saint-Denis

CORBIERE NAMIZO Evelyne, Sénatrice de La Réunion

CORBISEZ Jean-Pierre, Sénateur du Pas-de-Calais

CORZANI Olivier, Maire de Fleury-Mérogis

CUVILLIER Valérie, Maire de Rouvroy

DATCHARRY Denis, Conseiller départemental des Hauts-de-Seine

DAUMIN Stéphanie, Maire de Chevilly-Larue

DELAVOIE Damien, Conseiller départemental des Landes

DESMARAI Audrey, Conseillère départementale du Pas-de-Calais

DUPONT Erwan, CGT des Mines et de l’Energie 44

DUPONT Ismaël, Conseiller départemental du Finistère

FIGUERES Sonia, Adjointe au Maire de Malakoff

FITER Françoise, Conseillère départementale des Pyrénées-Orientales

FLAGEUL Jeannot, Adjoint au Maire de Rostrenen

GALLOIS Mathieu, Maire de Saran

GAMBACHE Patrick, Adjoint au Maire de Morlaix

GARZON Pierre, Maire de Villejuif

GAUTRAIS Jean Philippe, Maire de Fontenay-sous-Bois

GAY Fabien, Sénateur de Seine-Saint-Denis

GEOLLOT Lionel, Conseiller régional Centre-Val-de Loire

GHENAIM Sara, Conseillère municipale de Grigny

GIACOMEL Pascal, Conseiller municipal de Villeparisis

GIBELIN Jean-Luc, Conseiller régional d’Occitanie

GILLET Jean-Philippe, Conseiller de Paris

GUILLAUME Daniel, Adjoint au Maire de Champs-sur-Marne

HAESINGER Jacqueline, Maire de Fosses

HARRIS Florence, Conseillère départementale de la Vienne

HOCQ René, Maire de Burbure

HURTEBIZE Didier, Maire de Saint-Congard

JEANNE Joël, Conseiller municipal de Mondeville

KENNEDY Jean-Claude, Maire honoraire Vitry-sur-Seine

KIROUANI Lamya, Conseillère départementale du Val-de-Marne

LABADOT Louis, Maire de Mauléon

LABBE Pascale, Conseillère départementale de Seine-Saint-Denis

LACAPERE Rémi, Conseiller départemental des Pyrénées-Orientales

LAHELLEC Gérard, Sénateur des Côtes-d’Armor

LANGLOIS Nicolas, Maire de Dieppe

LARONZE Fleur, Conseillère départementale d’Alsace

LARROUY Isabelle, Conseillère régionale Nouvelle Aquitaine

LARRUY Marie-Ange, Adjointe au Maire de Limoux

LAVERGNE STRULOVICI Laura, Conseillère municipale de Villeparisis

LE HYARIC PATRICK, Ancien directeur de l’Humanité, ancien député au parlement européen

LECLERC Patrice, Maire de Gennevilliers

LEPRETRE Michel, Président du territoire du Grand Orly Seine Bièvre

LEPROUST Gilles, Maire d’Allonnes

LETOQUART Jean, Maire d’Avion

LONCHAMPT Dominique, Conseiller régional Bourgogne-Franche-Comté

LOUCHAERT Laurence, Conseillère départementale du Pas-de-Calais

MAHE Véronique, Conseillère régionale Pays-de-la-Loire

MAINGUENE Patrick, Conseiller municipal de Saint-Erblon

MALAISE Céline, Conseillère régionale d’Ile-de-France

MARCELOT Annie, Maire de Pougny

MARGATE Marianne, Sénatrice de Seine-et-Marne

MARION Joël, Maire de Compans

MARTIN Marion, Conseillère départementale du Val-de-Marne

MAZET Pascal, Conseiller régional d’Occitanie

MIGNOT Didier, Conseiller régional d’Ile-de-France

MIRANDE Jean-Jacques, Adjoint au Maire Le Passage d’Agen

MORA Franck, Conseiller départemental du Val-de-Marne

MOYSE Joachim, Maire de Saint-Etienne-du-Rouvray

MUNCK Flore, Conseillère départementale du Val-de-Marne

MUZETTE Thierry, Maire de Saint-Anne Saint-Priest –
NAGET Camille, Conseillère de Paris

NEDJAR Djamel, Maire de Limay

NIAKHATE Sokona, Conseillère départementale du Val-de-Marne

OGBI Fatima, Conseillère régionale d’Ile-de-France

OUZOULLIAS Pierre, Sénateur des Hauts-de-Seine

OZENNE Julien, Député de l’Essone

PASSEBOSC Brigitte, Maire de Saint-Etienne-au-Mont

PATRICE Laurence, Adjointe au Maire de Paris

PEDOWSKI Christian, Maire de Sallaumines

PEU Stéphane, Président du groupe GDR, député de Seine-Saint-Denis

POUX Gilles, Maire de La Courneuve

PRIMET Raphaëlle, Conseillère de Paris

QUENNESSON Julien, Maire de Somain

QUERIC Catherine, Conseillère départementale du Morbihan

RABEH Ali, Maire de Trappes

RAINERO Yvonne, Conseillère municipale de Quimper

RIO Philippe, Maire de Grigny

ROBIC Guillaume, Maire de Rostrenen

RODRIGUEZ Raymond, Maire de Gauriac

ROUSSEL Fabien, Maire de Saint-Amand-les-Eaux

RUFFIN François, Député de la Somme

RUSSO Stéphanie, Conseillère municipale de Villeparisis

SALVODELLI Pascal, Sénateur du Val-de-Marne

SARRABEYROUSE Olivier, Maire de Noisy-le-Sec

SONREL Christophe, Maire de Damelevières

SOUID Imène, Maire d’Orly

TAHAR Smaïn, Conseiller municipal de Mitry-Mory

TAIBI Azzedine, Maire de Stains

TALLET Maud, Maire de Champs-sur-Marne

TARIOL Béatrice, Conseillère régionale des Pyrénées-Atlantiques

TMIMI Hocine, Conseiller départemental du Val-de-Marne

TOURE Elsa, Adjointe au Maire de Corbeil

TRAORE Ibrahima, Conseiller départemental du Val-de-Marne

TRONI Bruno, Maire de Billy-Montigny

VARAILLAS Marie-Claude, Sénatrice de la Dordogne

VERMOT Jean-Paul, Maire de Morlaix

VEYSSIERE Rémi, Conseiller départemental du Puy-de-Dôme

WURTZ Francis, Ancien député au parlement européen

ZOUGHEBI Henriette, Conseillère régionale honoraire d’Ile-de-France

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23 septembre 2025 2 23 /09 /septembre /2025 05:39
Emmanuel Macron, ascenseur pour les fachos - L'Humanité, 22 septembre 2025
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21 septembre 2025 7 21 /09 /septembre /2025 08:06
« Sans sanctions immédiates, vous finirez par reconnaître un cimetière » - Lina Sankari, L'Humanité, 19 septembre 2025
« Sans sanctions immédiates, vous finirez par reconnaître un cimetière » : pourquoi la reconnaissance de la Palestine appelle d’autres mesures d’urgence
 
L’annonce de la reconnaissance de l’État de Palestine par la France a provoqué l’ire de l’occupant israélien qui menace d’occuper la Cisjordanie. Il n’y aura pas d’autonomie effective sans imposer des sanctions à même d’isoler un régime qui colonise et génocide en toute impunité.
 
L'Humanité, le 19 septembre 2025
Lina Sankari
 
Bezalel Smotrich n’est né ni de la dernière pluie ni du 7 Octobre. Le colon d’extrême droite, devenu ministre des Finances, connaît ses classiques et ne cesse d’ailleurs de s’y référer. En mars 2023, sept mois avant l’attaque terroriste du Hamas, il livre déjà le fond de sa pensée : « Le peuple palestinien est une invention de moins de cent ans. Est-ce qu’ils ont une histoire, une culture ? Non, ils n’en ont pas. Il n’y a pas de Palestiniens, il y a juste des Arabes. »
 
Comprendre : si les Palestiniens n’existent pas, pourquoi auraient-ils droit à un État ? L’effacement de ce peuple ne remonte pas au gouvernement de Benyamin Netanyahou. Issue des rangs travaillistes, l’ancienne première ministre (1969-1974) Golda Meir explique : « Comment pourrions-nous rendre les territoires occupés ? Il n’y a personne à qui les rendre. » Nous sommes alors deux ans après la guerre des Six-Jours de 1967 qui a permis à l’armée israélienne de prendre le contrôle de Jérusalem-Est et d’occuper la Cisjordanie et la bande de Gaza, étendant ainsi son contrôle sur la quasi-totalité de la terre revendiquée originellement par le mouvement sioniste.
Une fois cette carte mentale posée, on peut aisément comprendre que l’annonce par la France de la reconnaissance de l’État de Palestine lors d’une conférence, le 22 septembre prochain, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies, suscite l’ire du premier ministre israélien et de sa coalition. Eux qui ont fait du choc – réel – du 7 Octobre l’équivalent israélien d’un 11 Septembre leur permettant de reléguer la question palestinienne à un problème sécuritaire, de soumettre Gaza à un blocus total et d’annihiler toute perspective d’autonomie. La réponse militaire s’est pourtant muée en projet génocidaire dans la bande de Gaza.
 
Le message de Paris à l’extrême droite israélienne
Le nombre de morts dépasse désormais les 63 000 à Gaza, 500 000 personnes sont directement menacées par la famine et la Cisjordanie est guettée par l’annexion : face à l’horreur du siècle, le président français, Emmanuel Macron, estime que le temps de la reconnaissance est « venu ». Si la diplomatie française parle de longue date d’un État palestinien sans jamais être passée à l’acte, ce mouvement soudain pourrait notamment s’expliquer par l’attentisme de l’Union européenne et la volonté de « sceller définitivement la création future d’un État palestinien. Cela nous permet de dire à l’extrême droite israélienne : votre objectif de voir les Palestiniens quitter leur terre est un mythe, cela n’arrivera pas », selon une source proche des autorités françaises, citée par le site Middle East Eye.
La reconnaissance d’un État de Palestine est non seulement la condition préalable à la paix mais également la réparation de l’injustice historique qui avait vu, en 1948, l’État d’Israël créé par l’ONU s’étendre sur 56,5 % du territoire. L’État palestinien, qui devait exister sur seulement 43,5 % des terres, ne s’est lui jamais concrétisé. Et ce malgré les accords d’Oslo de 1993, qui prévoyaient la création, cinq ans plus tard, d’un État de Palestine sur 22 % de la Palestine historique, dans les frontières de 1967, mais ont, dans les faits, renforcé les mécanismes de contrôle colonial. Si l’adhésion pleine et entière lui est refusée, la Palestine est pour l’heure cantonnée au statut d’observateur aux Nations unies.
Elle est toutefois reconnue par 148 des 193 États qui composent l’ONU, majoritairement asiatiques, africains et latino-américains. La France n’est pas pionnière au sein des membres permanents du Conseil de sécurité (la Russie et la Chine ont franchi le pas avant elle) ni même en Europe : l’Espagne, l’Irlande, la Norvège et la Slovénie l’ont fait ces derniers mois, mais elle serait en revanche la première au sein du G7. Dans son sillage, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, la Finlande, l’Australie, le Canada, Malte et la Belgique ont annoncé leur intention de faire de même.
Renversement du processus mis en place dans les années 1990
Outre la libération des otages israéliens enlevés le 7 Octobre, la plupart des États posent toutefois leurs conditions : le futur État devra être démilitarisé – une manière d’entendre que la menace est essentiellement palestinienne – et débarrassé du Hamas aux affaires. En revanche, la France ne fait nulle mention de Jérusalem-Est comme capitale, ni de la nécessité de revenir aux frontières de 1967.
Reste qu’à ce stade, la reconnaissance de la Palestine renverse le processus mis en place par les États-Unis durant les négociations de paix des années 1990. Selon ce théorème intangible, l’État de Palestine ne pourrait voir le jour qu’après la fin de l’occupation. Occupation qu’Israël fait sciemment traîner en longueur pour modifier la donne sur le terrain, notamment du point de vue des terres colonisées. A contrario, pour la gauche palestinienne, et notamment le Parti du peuple palestinien (PPP, communiste), la fin de l’occupation doit marquer le début du processus de paix et non sa conclusion.
« Comme il ne pouvait pas annexer la Cisjordanie mais qu’il n’avait aucune intention de la rendre ou même d’accorder aux Palestiniens l’autonomie réelle qui leur avait été promise à Camp David, (Menahem) Begin (premier ministre de 1977 à 1983 – NDLR) a simplement poursuivi l’approche pragmatique des travaillistes en laissant le statut final du pays ouvert, tout en construisant une nouvelle réalité sur le terrain : davantage de routes reliant les territoires à Israël, davantage d’expropriations de terres, davantage d’implantations juives », note le journaliste états-unien Thomas L. Friedman dans De Beyrouth à Jérusalem (éditions Saint-Simon, 2024).
 
L’an dernier, une résolution inédite de l’ONU, votée par la France, exigeait la fin de l’occupation et de la colonisation dans un délai de douze mois, soit au 18 septembre 2025. Reste à savoir quelle sera l’attitude des États qui s’étaient prononcés en faveur de ce texte à l’issue de l’échéance.
 
Empêcher l’annexion de la Cisjordanie promise par Israël
 
La seule reconnaissance de l’État palestinien ne saurait suffire. Bezalel Smotrich a d’ailleurs prévenu : « Si vous reconnaissez un État palestinien en septembre, notre réponse sera l’application de la souveraineté israélienne sur toutes les parties de Judée-Samarie (la Cisjordanie occupée – NDLR). » Parvenir à un État nécessite donc des mesures concrètes. Le document détaillé, issu de la conférence franco-saoudienne qui s’est tenue du 28 au 30 juillet, contient des avancées en termes de souveraineté telle que la révision du protocole de Paris de 1994 qui imposait notamment une dépendance de l’économie palestinienne à l’économie israélienne.
Selon ce texte, le futur État doit pouvoir avoir la main sur ses frontières et ressources naturelles. Cependant, soutient l’historienne Stéphanie Latte Abdallah, dans les colonnes de l’Humanité, « la section consacrée à l’application du droit international semble plus relever de la parole performative que d’actes concrets : sont réitérées des mesures à venir visant à refuser la normalisation de la colonisation de la Cisjordanie (par la non-importation des produits des colonies par exemple), à s’opposer aux violations des droits humains par l’État israélien, en invitant à suspendre les accords multilatéraux ou bilatéraux en cas de non-respect de ceux-ci, à arrêter l’exportation d’armes vers Israël si elles sont utilisées dans les territoires occupés, ou encore à coopérer aux enquêtes de la Cour pénale internationale ».
Enfin, le document ne permet pas, en l’état, de faire cesser le génocide, les déplacements forcés de population et le processus illégal d’annexion de la Cisjordanie. En l’espèce, seules des sanctions politiques, économiques et judiciaires à l’encontre d’Israël et de ses dirigeants suprémacistes se révéleront contraignantes, comme ce fut le cas pour l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid.
 
Elles ont déjà été formulées par le groupe de La Haye, fondé le 31 janvier dernier par des pays du Sud global pour faire respecter les décisions de la Cour internationale de justice (CIJ) et de la Cour pénale internationale (CPI) et protéger le peuple palestinien. Dans une tribune au Monde, l’historien Vincent Lemire et l’ancien ambassadeur d’Israël en France, Élie Barnavi, concluent : « Si des sanctions immédiates ne sont pas imposées à Israël, vous finirez par reconnaître un cimetière. » Manière de dire qu’une reconnaissance de papier n’a jamais préservé aucun peuple de la mort programmée.
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21 septembre 2025 7 21 /09 /septembre /2025 07:56
Pierre Barros, un sénateur communiste, de retour de Cisjordanie, interviewé par l'Humanité
SÉNATEUR COMMUNISTE DE RETOUR DE CISJORDANIE.
 
« En Cisjordanie, l’apartheid s’amplifie avec la création de nouvelles colonies » : Pierre Barros, sénateur communiste, de retour de Palestine.
 
Sénateur communiste, Pierre Barros revient de Cisjordanie, où il s’est rendu dans le cadre d’une délégation du groupe d’amitié France Palestine. Il invite à préparer le « jour d’après » la reconnaissance de l’État de Palestine par la France, prévue le 22 septembre.
 
Entretien:
 
Comment, en Cisjordanie, la situation à Gaza est-elle perçue?
 
Pierre Barros sénateur communiste:
 
"Ils considèrent que nous sommes face à une catastrophe colossale. On affame des gens, qui finissent par se déplacer eux-mêmes, qui cherchent de la nourriture sur les points contrôlés par l’armée israélienne.
Avec une centaine de morts par jours, des bombardements quotidiens, on touche au pire de l’horreur.
La population est déshumanisée, placée dans une détresse folle. Il y a quelques mois, nous avions déjà reçu Médecins sans frontières, qui utilisait des termes similaires.
On n’a pas affaire à une guerre, où deux pays, deux armées régulières s’affrontent, dans laquelle les populations civiles sont le moins affectées possible, avec des règles.
Là, on a affaire à un déplacement de population. Il n’y a plus de règles. On est totalement hors du cadre du droit international."
 
La solidarité vit-elle entre Cisjordanie et Gaza ?
 
Pierre Barros sénateur communiste:
À Ramallah, nous avons visité un site du Croissant rouge palestinien.
De là, ils gèrent l’ensemble des secours sur Gaza et la Cisjordanie. Sur le site, sont affichés l’ensemble des professionnels de santé tués à Gaza et en Cisjordanie. Cela pose l’ambiance.
On voit que c’est un métier difficile. Le sous-sol est un site logistique avec de la nourriture, du matériel médical, des tentes, des générateurs. On nous dit que le problème n’est pas tant le matériel, que de le faire entrer dans Gaza.
Le gouvernement israélien explique que ce n’est pas possible parce que les piquets de tentes, ça peut être des armes, etc. L’acheminement se fait au compte-goutte de sorte que les Gazaouis aient un peu à manger, mais aussi pour que cela entraîne des problèmes, des trafics, des bagarres. La faim devient une arme pour déplacer les populations.
 
Vos interlocuteurs vous font-ils part de l’évolution en Cisjordanie également ?
 
Pierre Barros sénateur communiste
Absolument. Par exemple, lorsque nous étions à Bethléem, cartes à l’appui, l’installation de nouvelles colonies nous a été montrée, avec un zonage conçu pour faire en sorte qu’un État de Palestine n’ait aucune continuité territoriale. Une colonie est en train de s’installer à l’Est de Jérusalem, qui séparera le Nord et le Sud de la Palestine.
Des Palestiniens nous ont raconté leur quotidien, marqué par les coupures d’eau et d’électricité, les checkpoints, les permis de déplacement, de travail ou autre. Cela s’est dégradé depuis la crise du covid. Il est plus difficile d’avoir une autorisation de déplacement.
 
Les atteintes aux droits humains se multiplient ?
 
Pierre Barros sénateur communiste: 
Concernant les droits humains, on a un paquet global, fait d’humiliations, d’un apartheid qui s’amplifie par la création de colonies, de réseaux routiers auxquels seuls les colons peuvent accéder. Cela s’accélère. Un pays se superpose sur un autre avec ses propres infrastructures.
 
L’Autorité palestinienne vous fait-elle part de sa difficulté à administrer le territoire ?
 
Pierre Barros sénateur communiste: 
Elle n’a pas les moyens de tout gérer. Ainsi, il y a beau y avoir des puisages en territoire palestinien, l’eau, comme l’électricité sont gérées par des entreprises israéliennes. C’est le gouvernement israélien qui a donc la main sur le robinet.
Or, en Cisjordanie, il y a de fortes restrictions d’eau. Un Palestinien pourra avoir au mieux 50 litres par jour alors qu’un colon bénéficiera de 150 litres. Il y a un véritable rationnement qui est un outil de l’État israélien. C’est ce genre de détail qui empêche les gens de vivre au quotidien, de travailler, de construire un avenir.
De plus, l’État israélien a détourné deux milliards de dollars de recettes fiscales qui auraient dû permettre à l’administration palestinienne de payer les salaires de ses agents.
 
La France s’apprête à reconnaître l’État de Palestine. Quels autres gestes doit produire la France ?
 
Pierre Barros sénateur communiste: 
Le jour d’après la reconnaissance, il faut faire en sorte que l’État de Palestine puisse disposer d’une administration avec des cadres compétents. Cela va être un combat, car Israël va entraver la possibilité d’un État de Palestine de fonctionner normalement. Il va y avoir besoin d’un appui de l’ONU, de partenaires économiques, d’investissements. Il va falloir irriguer économiquement le territoire pour qu’il soit libéré de l’emprise du gouvernement israélien.
 
Faut-il sanctionner Israël pour faire pression sur lui ?
 
Malheureusement, on voit bien que rien ne bouge sans qu’il y ait, à un moment donné, une contrainte. Il faudra des sanctions pour qu’Israël se plie au droit international, comme il y en a eu après l’agression russe contre l’Ukraine. Il faut des sanctions, mais il ne faudra pas manier le seul bâton.
Je pense qu’il y a un vrai travail à faire sur la question de l’empathie. Les gens doivent être reconnus pour ce qu’ils sont et il faut tenir compte de l’histoire d’Israël, des citoyens d’Israël, la manière dont cette population a été martyrisée, chassée de partout à un moment de son histoire. Cela ne peut être balayé d’un revers de main. Mais en ce moment, on assiste à un repli et les premières victimes sont les Palestiniens, qui sont chassés.
 
Qu’avez-vous appris au contact des communautés chrétiennes ?
 
Pierre Barros sénateur communiste: 
 
Nous avons rencontré des communautés religieuses. Leurs établissements vivent autour de lieux de culte et de pèlerinage. Ils étaient très fréquentés. Il n’y a plus personne et ce n’est pas sans conséquence. Tout un modèle économique existe autour du pèlerinage.
Or, les congrégations finançaient des écoles, des hôpitaux, des orphelinats, des centres sociaux. Elles permettaient un accès aux droits dans les territoires palestiniens. Tout ce réseau est en difficulté. Nous avons visité une congrégation dont le terrain a été coupé en deux pour y placer un mur.
Certaines voient leur eau, leur électricité coupée. Les membres des congrégations font face aux check-points, sont mis à nu pour être fouillés. Parfois on leur crache dessus. Les chrétiens, pour certains venus de l’étranger, nous disent vivre ce que vivent les Palestiniens en matière de privations.
 
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20 septembre 2025 6 20 /09 /septembre /2025 06:02
Palestine: Reconnaissance aujourd'hui, justice demain - Tribune de l'AJPF lancée par Charlotte Blandiot Faride et Philippe Rio: signez-la!
Palestine: Reconnaissance aujourd'hui, justice demain - Tribune de l'AJPF lancée par Charlotte Blandiot Faride et Philippe Rio: signez-la!

Voici une tribune lancée par Philippe Rio président de la coopérative des élus communistes et républicains, maire de Grigny, et Charlotte Blandiot-Faride, présidente de l'AJPF et maire de Mitry-Mory, au côté de nombreux collègues élu.e.s dont Jean-Paul Vermot, Patrick Gambache, Ismaël Dupont à Morlaix  :

"Palestine : reconnaissance aujourd'hui, justice demain".

 

Appel à signature d’une tribune sur la reconnaissance de la Palestine
 
Mardi 16 septembre 2025
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19 septembre 2025 5 19 /09 /septembre /2025 05:56
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