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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 07:29

 

Les avis scientifiques convergent désormais pour attribuer au changement climatique global les vagues de chaleur qui affectent l’hémisphère Nord. La tendance devrait s’accentuer, mais le pire peut être évité, à condition d’actions rapides.

Les deux pieds et les deux mains dans le réchauffement climatique : l’été 2018 n’en est qu’à mi-parcours, mais son flot d’anomalies météorologiques a déjà déferlé sur l’hémisphère Nord. À commencer par les vagues de chaleur. L’épisode quasi tropical qu’a traversé, en juillet, l’extrême pointe de la Scandinavie compte parmi les plus remarquables, alors que la chaleur a grimpé jusqu’à 30 °C, accompagnée d’averses intenses. La Grèce se confronte à des feux ravageurs, tandis que le Japon s’est déclaré en état de catastrophe naturelle. Les États-Unis ne sont pas épargnés, avec les conséquences que l’on connaît en Californie, où les incendies liés à la sécheresse ont déjà tué au moins 8 personnes et ravagé près de 100 000 hectares, incluses des zones habitées.

MÉTÉO FRANCE PRÉVOIT DES POINTES À 38 °C CE WEEK-END

Côté français, les temps sont un brin plus clément, mais un brin seulement. Dans le Gard ou en Ardèche, Météo France prévoit des pointes à 38 °C ce week-end et compte sur du 36 °C en Centre-Val de Loire ou en Ille-et-Vilaine…

Il fait chaud, donc, et même plus : des chercheurs n’hésitent plus à faire un lien direct entre ces poussées caniculaires et le réchauffement global. Une affirmation pas complètement nouvelle qui n’a toutefois rien de banal.

« Le fait que les vagues de chaleur seront plus intenses et fréquentes dans un monde réchauffé avait été anticipé dès 1990 et le premier rapport du Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) », rappelle Valérie Masson-Delmotte, chef de projet au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) de l’Institut Pierre-Simon-Laplace. Les quatre rapports suivants, dont le dernier, sorti en 2013 et auquel elle a participé, ont renforcé cette hypothèse.

Reste que, rigueur scientifique oblige, aucun chercheur ne s’avance à établir un lien direct entre un événement météorologique singulier et le réchauffement climatique. À la question : « Telle canicule est-elle due aux bouleversements globaux ? », les scientifiques ont pour usage d’apporter une réponse de Normand, sur le mode « ce serait logique, mais ce n’est pas sûr ».

Les reparties, cela dit, se font de plus en plus engagées. « Ce que nous observons aujourd’hui est bel et bien une augmentation du nombre des vagues de chaleur, de leur intensité et de leur durée », reprend Valérie Masson-Delmotte. « Cela correspond parfaitement à l’effet démultiplicateur attendu dans un cadre des bouleversements climatiques. »

Plusieurs études dites d’attribution vont dans le même sens. Lundi, la revue Nature a ainsi publié un article rapportant les résultats de 60 recherches, portant sur un total de 190 vagues de chaleur survenues depuis 2004, incluses celles de 2018. Cinquante-quatre estiment très probable que le réchauffement anthropique (induit par les activités humaines) a à voir avec le déclenchement de ces épisodes caniculaires.

Dans la même veine, la World Weather Attribution (WWA), plateforme issue d’un partenariat international entre laboratoires scientifiques, publiait, fin juillet, une étude concluant à un lien direct entre la vague de chaleur qui sévit depuis mai dans le nord de l’Europe et le changement climatique global. Ce dernier aurait doublé la probabilité de survenue d’un épisode aussi long et intense.

Nous y sommes bel et bien, donc. Si les pays dits du Sud continuent d’essuyer les événements les plus extrêmes – sécheresse, ouragans… – et de souffrir des plus lourdes conséquences – migrations, maladies, insécurité alimentaire… –, ceux dits du Nord ne sont officiellement plus épargnés. Avec à la clé, cette question renouvelée : dans quelle mesure peut-on encore agir ?

ENVIRONNEMENT. RÉCHAUFFEMENT  CLIMATIQUE : DÉJÀ TROP TARD OU ENCORE TEMPS ? (L'HUMANITE - VENDREDI 3 AOUT 2018 - MARIE-NOËLLE BERTRAND)

LE PIC D’ÉMISSIONS DE CO2 N’INTERVIENDRA PAS AVANT 2030

Inverser la tendance ? Plus personne n’y pense. L’année 2016 affichait déjà une moyenne des températures supérieure de 1,1 °C par rapport à celles enregistrées durant l’ère préindustrielle. Limiter les dégâts est en revanche possible, techniquement parlant, à défaut d’être gagné politiquement. « Circonscrire le réchauffement à + 2 °C d’ici la fin du siècle (comme s’y sont engagés les États via l’accord de Paris – NDLR) implique des efforts magistraux », insiste François-Marie Bréon, lui aussi climatologue au LSCE et coauteur du 5e rapport du Giec. « Les changements de société à entreprendre sont souvent sous-estimés », reprend le chercheur, qui ne masque pas son pessimisme. « Cela implique, par exemple, d’en finir avec le transport aérien de masse, et donc avec une activité touristique qui par ailleurs offre des débouchés économiques et sociaux… » Autre difficulté majeure, et pas la moindre : pour être efficace, l’action doit être mondiale. « Qu’un seul pays décide de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) ne sert à rien si les autres ne font pas de même. » Au reste, insiste encore le chercheur, « les actions ne bénéficient pas toujours à ceux qui les engagent ». Ainsi, ceux dits du Nord, nettement moins affectés par les bouleversements que ceux du Sud, freinent-ils des quatre fers, depuis bientôt trente ans, à assumer les efforts auxquels leur statut de plus gros pollueurs devrait les obliger.

En témoignent leurs promesses formulées en 2015 dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat. Huit études scientifiques les ont passées au crible. Leurs conclusions sont sans appel : à ce rythme, le pic d’émissions de GES n’interviendra pas avant 2030. Soit trop tard pour s’en tenir à la limite des 2 °C.

Tous foutus, donc ? Valérie Masson-Delmotte refuse de se laisser happer par un blues no futur. « Des décisions fortes peuvent être prises à tout moment, y compris après 2030 », insiste la climatologue. « Agriculture, transports, bâtiments… les secteurs dans lesquels nous disposons de leviers d’action sont nombreux. » Et la transition ne sera pas fatalement douloureuse. Les politiques climatiques peuvent engendrer des cobénéfices en matière de santé ou encore de souveraineté alimentaire, insiste-t-elle. « Réduire l’usage de la voiture aura, par exemple, un impact important sur la qualité de l’air… »

Reste qu’il faut désormais agir vite, prévient-elle. « Plus on tarde, plus on fait peser le fardeau sur les générations suivantes, et plus les mesures nécessaires seront coûteuses. » Voire risquées, quand, passé un certain niveau de concentration de CO2 dans l’atmosphère, des dispositifs de géo-ingénierie aujourd’hui contestés devront être envisagés. Le traitement, dès lors, pourrait s’avérer tout aussi délétère que le mal.

LIMITER LE RÉCHAUFFEMENT À 2 °C, VOIRE 1,5 °C, UNE CHIMÈRE ?

Limiter le réchauffement à 1,5 °C, Ce serait encore mieux que 2 °C… et beaucoup plus souhaitable pour nombre de populations. Ainsi, les petits États insulaires ont-ils toutes les chances d’être noyés du fait de la hausse du niveau des mers passée cette limite de hausse des températures globales. En 2015, lors de la COP21, les États se sont engagés à tenter de s’y tenir, non sans afficher leur scepticisme à y parvenir. Le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) a été missionné pour établir la faisabilité d’un tel objectif. Très attendu, son rapport sera rendu public en octobre prochain.

Marie-Noëlle Bertrand

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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 07:24

Ce 31 juillet, Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, a rendu le traditionnel hommage à Jean Jaurès devant le Café du Croissant à Paris, où il fût assassiné en 1914. Découvrez l’intégralité de son discours.

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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 07:22

 

La firme à la virgule a su adapter sa stratégie d’optimisation fiscale, tablant d’abord sur les Bermudes puis sur les Pays-Bas pour réduire comme peau de chagrin son niveau d’imposition.

Autre grand vainqueur de la Coupe du monde de football, le numéro un du vêtement de sport américain et sponsor de l’équipe de France est aussi un champion de l’optimisation fiscale. Des pratiques révélées grâce aux Paradise Papers – enquête menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (Icij) sur les fuites venant du cabinet d’avocats Appleby basé aux Bermudes – en novembre 2017. Avec une croissance continue et des profits toujours plus juteux – 4,2 milliards de dollars de résultat net en 2017 –, Nike a su profiter des mécanismes de plusieurs paradis fiscaux pour faire chuter son taux d’imposition. De son propre aveu, la multinationale consacrait 35 % de son bénéfice à l’impôt en 2006, contre 13,2 % en 2017. « Soit un niveau bien inférieur à celui de Google la même année (19,2 %), un groupe pourtant réputé pour ses montages d’évasion fiscale », notait dans un rapport, en juin dernier, le collectif Éthique sur l’étiquette. « De ce fait, Nike aurait réalisé un gain potentiel de plus de 600 millions d’euros par an sur les dix dernières années », poursuit l’association.

Jusqu’en 2014, l’ingénieux stratagème de l’équipementier consistait à facturer les achats réalisés par les consommateurs ou revendeurs au siège européen de la marque, basé à Hilversum, aux Pays-Bas. C’est donc sur la base de la législation néerlandaise qu’était imposé le chiffre d’affaires européen du groupe, ce qui aurait permis à Nike de faire passer son taux d’imposition sur le Vieux Continent de 25 % – la moyenne européenne en la matière – à 2 %. En ajoutant à cela un système classique consistant à faire payer à certaines de ses filiales une redevance pour l’utilisation des marques à une autre filiale du groupe basée aux Bermudes, le siège européen de Nike aurait ainsi fait remonter plus de 3,85 milliards de dollars dans l’archipel britannique célèbre pour son absence d’imposition.

Après le durcissement relatif de la législation impulsée par l’OCDE, Nike a décidé en 2014 de démanteler son réseau offshore, sans pour autant renoncer à minimiser ses impôts. Le poids lourd de l’habillement a su s’adapter pour profiter des failles de la régulation financière internationale. Le groupe a ainsi créé une nouvelle société aux Pays-Bas destinée à encaisser les droits liés à ses marques : Nike Innovate CV, qui désigne en réalité une société en commandite (Commanditaire Vennootschap). Le montage consiste à mettre cette entité sous la coupe de deux filiales américaines de Nike, puis de laisser faire les subtilités des mécanismes fiscaux américains et néerlandais. Le fisc hollandais estime que, la société étant détenue par des filiales américaines, il incombe aux autorités états-uniennes de prélever l’impôt, tandis que les services fiscaux américains jugent pour leur part que, la société étant domiciliée aux Pays-Bas, il serait de la responsabilité de ce pays de taxer cette filiale. Grâce à ce jeu de neutralisation, Nike serait parvenu à ne payer aucun impôt en 2016, selon les Paradise Papers.

De l’autre côté de l’Atlantique, la marque à la virgule a également su contourner ses obligations de contribuable en transférant une partie de ses profits à l’étranger. « À date de 2016, Nike avait réalisé 12,2 milliards de profits à l’étranger, sur lesquels l’entreprise aurait dû payer 4,1 milliards de dollars si elle avait rapatrié ces profits », faisait valoir fin 2017 l’Itep (Institute on Taxation and Economic Policy, un think tank américain non partisan). Une habileté qui a évidemment un coût pour les États lésés, mais aussi sur la chaîne de production et de distribution. « Les montants annuels d’évasion fiscale de Nike estimés par les journalistes de la Tribune de Genève – 60 millions de dollars par an en moyenne – correspondent à ce qu’il faudrait pour assurer des salaires vitaux à 287 000 ouvrier.ère.s au Vietnam et 241 000 ouvrier.ère.s en Indonésie », estime par exemple le collectif Éthique sur étiquette.

 

LE GUIDE TOURISTIQUE DE LA FRAUDE : Guam

Située près des Philippines, cette ex-colonie espagnole aux plages de sable fin de 550 km2 abrite depuis 1944 l’une des plus importantes bases militaires américaines dans le Pacifique, mais aussi deux millions de serpents et… un climat fiscal extrêmement opaque. Figurant sur la liste noire des paradis fiscaux de l’Union européenne (UE), ce territoire non incorporé des États-Unis ne semble pas pressé de se soumettre aux normes internationales. « Guam a refusé de coopérer avec les autres pays sur les questions de fiscalité. En outre, Guam n’a montré aucun signe d’engagement public vis-à-vis des nouvelles normes internationales minimales (…) pour réduire l’évasion fiscale des entreprises », dénonçait Oxfam dans un rapport en 2017. Les autorités locales invoquent, pour justifier leur absence de coopération, leur incapacité, en tant que territoire des États-Unis, à signer des traités avec des États souverains. Le secrétaire au Trésor américain estime pour sa part que Guam devrait être couvert par les traités que les États-Unis ont passé avec les autres pays du G20 en termes de transparence financière. Un argument qui n’a pas convaincu l’UE jusqu’à maintenant, Guam possédant son propre système d’imposition, distinct de celui des États-Unis.

Loan Nguyen

 

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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 07:20
LIBERTÉ D’EXPRESSION. LA POÉSIE PALESTINIENNE DANS LES GEÔLES D’ISRAËL (L'HUMANITE - VENDREDI 3 AOUT 2018 - PIERRE BARBANCEY)

 

Dareen Tatour, poétesse de Nazareth, a été condamnée à cinq mois de prison pour incitation au terrorisme. « Résiste mon peuple, résiste-leur » : ce vers motive son arrestation.

Elle s’appelle Dareen Tatour. Elle est toute menue, n’a que 35 ans et, quand on la voit, on lui donnerait le bon Dieu sans confession, elle, une Palestinienne qui vient de Nazareth. Mais, au pays de la Terre promise, la chose est manifestement impossible. Parce que des confessions, la police et l’armée israélienne en veulent et en redemandent. Surtout lorsqu’il s’agit des Palestiniens. Pour cela, tout est permis.

Depuis son plus jeune âge, Dareen couchait des mots sur le papier. Un assemblage de phrases qui s’est transformé en poèmes. Les thèmes traités ont évidemment évolué de l’enfance à l’adolescence jusqu’à la perception de l’adulte. L’amour, la perte d’un être cher mais aussi la souffrance nationale et la résistance. Il y a quelques années, elle se met à afficher en ligne sa poésie. De fil en aiguille, elle accompagne ses poèmes d’images de ses frères et sœurs palestiniens qui affrontent, la fronde à la main, l’occupant israélien. « Résiste, mon peuple, résiste-leur, résiste au pillage des colons et suis la caravane des martyrs », déclame- t-elle un jour d’octobre 2015, alors qu’à Jérusalem-Est, les jeunes se révoltent et sont réprimés. La sensibilité de Dareen Tatour est à fleur de peau. Il y a une chose qu’elle ne savait pas et que révèle Adalah-NY, une organisation basée à New York qui milite pour la campagne Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS) contre Israël : les médias sociaux sont sous haute surveillance. Des centaines de Palestiniens ont ainsi été poursuivis et emprisonnés pour de simples écrits sur leur page Facebook. La jeune femme n’est pas passée au travers, son post n’a pas échappé à la sagacité des censeurs israéliens.

Un beau matin, elle est arrêtée au domicile de ses parents, dans le village de Reineh, près de Nazareth. On ne sait pas si, à l’instar de la raillerie de Léo Ferré, les flics qui sont venus la chercher lui ont lancé « Poète, vos papiers ! », mais on peut supposer que, comme Rimbaud, sa mère a vu « l’âme de son enfant livrée aux répugnances ». Ce n’est qu’au bout de vingt jours qu’on daigne lui faire connaître les charges retenues contre elle. Dareen était détenue pour « incitation à la violence » à cause de deux messages postés sur Facebook et d’une vidéo sur Youtube ! Elle est emprisonnée trois mois puis placée en résidence surveillée. Non pas chez elle, mais près de Tel-Aviv, avec interdiction de publier ses écrits et d’utiliser Internet (sic). Une situation qui va durer près de trois ans avant son retour à Nazareth et, en prime, l’obligation de porter un bracelet électronique. En avril 2016, elle fait cependant savoir : « On m’a envoyée en prison pour avoir écrit un poème. Mais la poésie est devenue la clé de ma porte vers la liberté et je vais m’accrocher à celle-ci jusqu’à la fin. » En mai 2017, les conditions de sa détention ont été assouplies. Elle a pu sortir, de 9 heures à 19 heures, accompagnée de « gardiens bénévoles » dûment approuvés par un tribunal.

« J’ÉTAIS EN TRAIN D’ÉCRIRE JUSTE POUR M’EXPRIMER »

Ainsi donc, de simples mots – « Résiste mon peuple, résiste-leur » – effraient l’État d’Israël, sa police et son armée, qui est l’une des plus puissantes du monde. On comprend mieux pourquoi Ghassan Kanafani, Majed Abu Sharar et Kamal Nasser, pour ne parler que de ces écrivains, ont été assassinés par les services israéliens. De leur côté, les islamistes algériens du FIS et du GIA avaient eux aussi promis de faire « périr par le sabre » ceux qui « luttaient avec la plume ». Du mot naît l’idée. De l’idée naissent l’action et la résistance à tout totalitarisme, qu’il soit idéologique, religieux, colonial ou les trois à la fois ! « Je ne savais pas que l’écriture pouvait changer quoi que ce soit. J’étais en train d’écrire juste pour m’exprimer », a expliqué Dareen Tatour au site Mondoweiss. Pendant toutes ces années, de nombreux comités de soutien se sont créés dans le monde.

Elle a finalement été jugée, lundi, et condamnée à cinq mois de prison ferme (et six mois avec sursis) pour incitation au terrorisme, à l’issue d’un procès aux allures parfois surréalistes. Notamment lors d’une discussion portant sur la traduction en hébreu de mots arabes utilisés dans le poème de Dareen. « Je me m’attendais pas à ce que la justice soit rendue. Dès le départ, le dossier était politique parce que je suis une Palestinienne et que je soutiens la liberté d’expression », a- t-elle commenté sobrement en ajoutant : « C’est un État raciste et la loi sur l’État-nation juif prouve que l’apartheid existe ici. Ils ne me feront pas abandonner. Je ne suis pas la première prisonnière et je ne serai pas la dernière. Je continuerai. » Il est vrai que, par ailleurs, dans les écoles israéliennes, les élèves apprennent les vers d’un poète sioniste et révisionniste, Uri Zvi Greenberg, qui écrivait : « Le sang déterminera qui sera l’unique dirigeant. »

Ironie de l’histoire : loin de se laisser intimider ou abattre, Dareen Tatour a profité de cet enfermement forcé pour se remettre à écrire. « J’ai été arrêtée et jugée à cause de la langue arabe, dit-elle, et j’appelle tout le public arabe à continuer d’écrire et de s’exprimer dans notre langue. » Mais peut-être les juges et les dirigeants politiques israéliens devraient garder en mémoire cette parole du grand poète palestinien Mahmoud Darwich, exilé et mort loin de sa terre : « Sans doute avons-nous besoin aujourd’hui de la poésie, plus que jamais. Afin de recouvrer notre sensibilité et notre conscience de notre humanité menacée, et de notre capacité à poursuivre l’un des plus beaux rêves de l’humanité, celui de la liberté. »

Pierre Barbancey

 

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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 07:18
SEBASTIEN JUMEL (DEPUTE PCF) - EXPLICATION DE VOTE MOTION DE CENSURE GDR, NOUVELLE GAUCHE, FI

" Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, chers collègues, pour les parlementaires communistes que nous sommes, cela fait plusieurs mois que la coupe de ce président, de son gouvernement, de sa majorité, est pleine. Ce qui ressort des échanges que nous avons avec nos concitoyens, au quotidien, est sans appel : la coupe que vous servez aux Français est pleine d’une politique à sens unique, qui fait mal aux classes populaires, qui fait mal aux classes moyennes.

Quarante et une réformes, avez-vous rappelé, pour abîmer la France, pour renoncer à l’aménagement de nos territoires. Pouvoir d’achat des retraités attaqué, emplois aidés supprimés, crise de l’hôpital laissée sans réponse, attaques contre le monde du travail, diminution des aides personnalisées au logement, torpillage du logement social, soustraction des services publics dans les milieux ruraux et dans les villes moyennes, volonté de tuer à petit feu nos communes, renoncement à un État qui corrige les inégalités. Et en même temps – cela va de pair – cadeaux fiscaux par milliards à ceux pour qui l’argent dégouline déjà !

Vous agissez comme s’il fallait jeter par-dessus bord la République qui protège, pour servir ceux qui pensent que l’heure est venue d’administrer à la France la purge thatchérienne, comme jadis ils auraient saigné le malade pour mieux le guérir. Nous vivons un niveau d’attaque contre le modèle social français qui n’a pas connu d’équivalent. Nos concitoyens ne sont pas dupes de cette entreprise ultralibérale. La coupe est pleine et nous avons donc mille et une raisons de voter la défiance contre votre gouvernement, contre sa politique dont nous pensons qu’elle abîme la République.

L’idée qu’Emmanuel Macron est le président des riches ne fait plus débat. À ce niveau, d’ailleurs, ce n’est plus le sparadrap du capitaine Haddock qu’il traîne, mais un boulet de galérien. Cela étant, jusqu’aux quinze derniers jours, qui ébranlèrent le « nouveau monde », pouvait demeurer l’illusion qu’une nouvelle manière de faire de la politique était incarnée par ce jeune président élu sur la promesse d’une « République exemplaire ». Mais patatras ! Cette construction-là s’effondre à son tour. Nous mesurons, à travers ce que révèle le comportement du collaborateur préféré du Président, à travers la latitude, les facilités dont il a joui, la dissimulation, les avantages multiples dont il a bénéficié, après même que ses actes répréhensibles ont été connus au sommet de l’État, que cette construction était un château de cartes, un tour de passe-passe. La République exemplaire est en fait un mirage posé sur l’horizon des Français.

Cette affaire Benalla-Élysée-Macron, qui survient en plein débat sur le projet de réforme constitutionnelle, agit comme le révélateur d’une gouvernance qui n’a d’exemplaire que la façon dont elle consacre, comme jamais jusqu’alors, l’hypertrophie présidentielle dans la pratique de nos institutions. Cette affaire révèle une présidence Macron qui s’occupe de tout et du reste, pratique sans complexe la confusion des pouvoirs, organise un État de déférence, et même de révérence, et qui, au-dessus du Gouvernement, passé à l’ombre, orchestre un gouvernement bis, au mépris même de nos institutions.

Cette présidence sourde aux avertissements du pays, ivre de ses vérités, fait passer la précipitation pour de l’esprit de décision. Elle veut au quotidien étouffer le débat démocratique et désormais, même, elle le délégitime, elle le caricature en immobilisme pour mieux demain le réduire à peau de chagrin, en remplaçant les représentants du peuple par des technocrates qui mettront en œuvre vos projets, vos pseudo-vérités du marché libre et sans entraves. Ce qui gêne le plus cette présidence, c’est l’idée que l’opposition discute ses projets, des projets qu’elle voudrait déjà décisions, en vertu de la vitesse d’exécution libérale.

Nous ne distinguons pas cette affaire de violence politique, d’impunité et de sentiment de toute puissance du projet de réforme constitutionnelle du président Macron, de son projet de société du laisser-faire et du laisser-passer, débarrassé de tout ce qui lui fait obstacle. Le Parlement vient de faire la démonstration par l’absurde de la caricature et de la nocivité de cette réforme.

Nous sommes face à un président qui, décidément, a emprunté l’itinéraire d’un enfant gâté, qui ne supporte pas le temps de la démocratie ; un président dont le projet constitutionnel présente des similitudes troublantes avec celui de la Constitution du Second Empire de Napoléon III ; un président qui n’aime pas la transparence, comme en témoigne le texte sur le secret des affaires ; un président gêné par la liberté de la presse, comme l’illustre le texte sur les fake news ; un président qui veut moins de Parlement pour plus de Président.

Monsieur le Premier ministre, en vous écoutant, on a l’impression que la chanson Tout va très bien, madame la marquise redevient d’actualité.

Le peuple ne l’entend pas de cette oreille. En votant cette motion de censure, nous sommes fidèles à sa colère".

(Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, FI et NG).

 

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4 août 2018 6 04 /08 /août /2018 08:52
Braderie de Morlaix (photo Le Télégramme)

Braderie de Morlaix (photo Le Télégramme)

COMMUNIQUE DE PRESSE du PCF Morlaix

Publié dans le Télégramme le 2 août. 

Les commerçants prennent une nouvelle fois l'eau.

 

Rendez vous estival des touristes, locaux et des commerçants pendant l'été, la grande Braderie de Morlaix s'est bâtie une solide réputation, tant l'implication et le professionnalisme des « locaux » n'est plus à faire et surtout à démontrer.

L'équipe Municipale a décidé de mener la vie dure à cette association de commerçants très active dans l'éveil et à l'animation du centre ville.

Elle s'est vue dans l'obligation d'assurer et de prendre en charge les coûts de sécurité liés à l’événement.

Un véritable coup de couteau dans le dos des commerçants qui, après avoir pour certains bu la tasse dans la nuit du 3 au 4 juin, se retrouvent une nouvelle fois noyés mais cette fois volontairement.

Il est donc certain que les coûts engendrés par cette sécurité mais aussi l’installation de surcoût ne vont pas faciliter les efforts de cette association qui se donne comme objectif de participer à   la remontée économique du commerce de centre ville.

Après les associations sportives, les commerçants morlaisiens seraient-ils la nouvelle cible de la municipalité Le Brun ? 

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4 août 2018 6 04 /08 /août /2018 08:52
Les communistes présents au festival du Bout du Monde à Crozon

Festival du Bout du Monde à Crozon 

Samedi 4 Août de 14h00 à 17H00  à l'entrée des cars du festival ( chemin d'accés au festival)

Parce que la fête et le partage n'interdisent pas la réflexion et la conscience politique ... 

des militants communistes finistériens iront à la rencontre des festivaliers, distribueront des flyers pour la féte de l'huma, vendront la vignette de bon de soutien de la fête de l'Humanité (ouvrant droit à l'entrée pour les 3 jours), feront signer la pétition pour exiger une autre République que celle de la monarchie présidentielle des présidents qui se succèdent depuis des décennies, dérive autoritaire qu'accentue encore Emmanuel Macron. 
 
 
 
Les communistes présents au festival du Bout du Monde à Crozon
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4 août 2018 6 04 /08 /août /2018 07:30

Juin 1936. La semaine tombe à 40 heures. Les maîtres des Forges tonnent contre ce qu’ils baptisent « la loi de fainéantise sociale» : «Nos entreprises sont perdues. Comment relever le pays si nos ouvriers habitués à la tache et fiers de l’accomplir travaillent deux fois moins ? La France va à sa ruine. Et tous pâtiront de ce luxe de paresse !» La chanson contre la réduction du temps de travail est une vielle rengaine. Au fil des siècles, les archives déclinent les mêmes arguments. 

Nous sommes en 1848. La journée de travail du textile lyonnais vient de passer de 14 à 12 heures. Pour la chambre patronale, c’est la catastrophe. Elle adresse au préfet une supplique pour dénoncer la dangerosité et l’amoralisme de la nouvelle loi : « Nous attirons votre attention sur les graves conséquences qu’auraient à subir nos industries au cas où la loi venait à être appliquée. Vous le savez, la main d’œuvre ici est exigeante et hors de prix. Avec 14 heures, nous tenions à peine.12 heures précipiteraient les faillites. Le travail, dans nos entreprises, a toujours commencé à 4 h du matin, repos d’un quart d’heure à midi, repos final à 18 h. Les filles employées s’y livrent sans que leur santé n’ait jamais été altérée et sans qu’elles se plaignent de leur sort par ailleurs envieux quand on songe à tous les « sans travail » qui écument les rues. Ici, la main d’œuvre est plus coûteuse qu’à l’étranger. Si nous maintenions le même salaire pour la journée réduite à 12 heures, la partie ne serait plus tenable. Nous serions dans l’obligation de fermer nos manufactures et de les transporter là où l’ouvrière est la moins dispendieuse. Et puis, que l’on ne se trompe pas, l’ouvrière ramenée à 12 heures, continuerait à se lever à l’aurore pour n’arriver à la manufacture qu’à la minute obligatoire, plus disposée à se reposer des occupations auxquelles elles auraient vaqué dehors qu’à attaquer avec ferveur le travail de nos fabriques. Redevenue plus tôt libre le soir, elle n’en profiterait pas dans l’intérêt de son sommeil. Il y aurait à craindre pour la moralité de celles qui se verraient affranchies de toute surveillance pendant deux longues heures de la soirée. » Le texte est éloquent. On entendra la même remarque pour réprouver la loi qui interdit aux enfants le travail dans les mines : « Loi qui porte atteinte au droit du travail et à la liberté individuelle » 
 

1919. La loi des 8 heures suscite les mêmes réactions. Voici ce qu’écrit un entrepreneur : « On en veut à ceux qui font la richesse du pays. Il est sûr que nos industries péricliteront, et puis que feront nos ouvriers de tout ce temps vacant ? Désœuvrement, fréquentation plus assidue des estaminets. Décidément la morale n’est plus du côté du gouvernement. Faudra-t-il bientôt que nous transportions nos industries dans les colonies? »
 

Un dernier exemple. 12 novembre 1938. Par une série décrets, baptisés « décrets misère », le gouvernement Daladier supprime les conquis du Front Populaire. Entre autres la semaine de quarante heures. L’argument mérite citation : « Cette loi de paresse et de trahison nationale est la cause de tous les maux de notre économie. Elle va précipiter la chute de la France. On ne peut pas avoir une classe ouvrière avec une « semaine de deux dimanches » et un patronat qui s’étrangle pour faire vivre le pays ! ». 
Deux ans plus tard, reprenant les mêmes arguments, Pétain balayera les dernières lois sociales et les syndicats qui en étaient à l’origine…

Michel Etievent

Auteur du livre "Ambroize CROIZAT ou l'invention sociale"

Acteur et Hôte du Film "La Sociale" de Gilles PERRET

 

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4 août 2018 6 04 /08 /août /2018 07:28

La situation des sans-abri est encore plus difficile en été, en raison de la fermeture de centres et de la réduction des places d’hébergement.

« Je ne veux plus avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus », avait déclaré le président Macron en juillet 2017. Un an après, les associations d’aide aux sans-abri observent pourtant un accroissement de la pénurie en matière de structures d’accueil. « La situation des sans-abri cet été est plus dégradée que l’année dernière au même moment », résume Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). Les lieux d’hébergement d’urgence ne parviennent plus à répondre à la demande, soulignait, le 20 juillet, le Collectif des associations unies. À Paris, 130 familles appellent tous les soirs le 115 sans obtenir de solution. À Toulouse, seuls 10 % des appels reçus débouchent sur un hébergement. Dans le Val-de-Marne, il n’y a plus aucune admission.

Faute de place suffisante, les autorités essaient de sélectionner entre les misères. À Marseille, par exemple, pour qu’une femme enceinte soit hébergée, il faut qu’elle soit à huit mois de grossesse ou plus. Sinon, c’est la rue. Ailleurs, l’accueil est parfois réservé aux seules familles avec enfants de moins de 3 ans. Tant pis pour les 4 ans et plus…

Les raisons de cette situation aggravée sont multiples. Il y a la gestion saisonnière de la misère par les autorités. Sur les 13 000 places d’hébergement ouvertes dans le cadre du plan hivernal et les 5 300 dans celui du plan grand froid, seules 5 000 ont été pérennisées. Résultat : depuis le 31 mars, beaucoup des personnes hébergées dans ce cadre sont remises à la rue sans solution, alors même que, durant l’été, l’accueil de jour, les maraudes et les distributions alimentaires sont en baisse.

« Il y a une diminution de la solidarité en période estivale. Les gens ont tendance à penser : une nuit à la belle étoile, c’est pas grave. Mais, l’été, il y a des problèmes de santé, d’alimentation. L’accès à l’eau et à l’hygiène devient un véritable parcours du combattant », observe Bruno Morel, directeur d’Emmaüs Solidarité. « Dans certains territoires, comme Lyon, Marseille ou les Hauts-de-Seine, s’ajoute à cela une baisse des budgets pour payer des nuitées d’hôtel, ce qui provoque encore des expulsions », explique de son côté Florent Gueguen.

Et la situation ne devrait pas s’améliorer. Selon Bruno Morel, le gouvernement veut fixer des prix plafonds pour une place en hébergement d’urgence, bien en dessous de ceux pratiqués (35 euros en 2018, 31 en 2019, contre plus de 40 euros actuellement). Une baisse qui risque d’accentuer encore la logique de tri entre publics précaires. C. B.

La justice sanctionne les remises à la rue

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a demandé mardi 24 juillet au gouvernement français de reloger en urgence une demandeuse d’asile et ses trois enfants. Ils font partie des quelque 300 personnes remises à la rue à la fin du plan hivernal à Toulouse où, avec les beaux jours, le nombre de places d’hébergement a fondu de 1 100 à 700. Début juillet, le tribunal administratif avait déjà ordonné à l’État de trouver une solution dans les plus brefs délais. Mais la préfecture avait fait la sourde oreille. D’où la démarche devant la CEDH.

 

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4 août 2018 6 04 /08 /août /2018 07:27

L’exécutif a beau marcher sur des œufs ces dernières semaines pour tenter d’apaiser les craintes des syndicats et de l’opposition de gauche, tous redoutent la remise en cause de ce dispositif destiné à allouer aux veuves et veufs une partie de la retraite de leur conjoint.

« Faire croire que nous voudrions supprimer les pensions de réversion est une rumeur malsaine, visant à faire peur », s’est défendu le président de la République, lundi 9 juillet, lors de son congrès versaillais. Fin juin, le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, s’était pourtant interrogé dans une note transmise aux partenaires sociaux sur la pertinence de maintenir ce dispositif. Et le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, avait reconnu que cette pension de droit dérivé pourrait « baisser pour certains et augmenter pour d’autres ». Le 10 juillet, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, a même réussi à raviver les inquiétudes, tout en essayant de les dissiper. « Pour les retraités de demain, nous maintiendrons le système des pensions de réversion, cela concerne des femmes qui n’ont pas travaillé, qui se sont occupées de leurs enfants ou ont travaillé aux côtés de leur mari sans cotiser », a-t-elle expliqué devant l’Assemblée nationale. Une manière de sous-entendre que les trois quarts des 4,4 millions de bénéficiaires de cette mesure, qui actuellement cumulent retraite de droit direct et pension de réversion, pourraient se voir lésés. « Une maladresse », a invoqué son cabinet, qui se veut rassurant sur la pérennité du dispositif.

Cette propension gouvernementale à souffler le chaud et le froid fait bondir syndicats et associations de retraités. « On sent que Macron et le gouvernement Philippe cafouillent un peu, mais la menace sur les pensions de réversion existe bel et bien », estime Gérard Gourguechon, porte-parole de l’Unirs (Union nationale interprofessionnelle des retraité-e-s Solidaires). « On ne sait pas encore quelle forme cela va prendre, mais d’une manière ou d’une autre, ils vont y toucher », s’inquiète pour sa part Jean-Pierre Floret, responsable Union confédérale des retraités (UCR) CGT à la coordination intersyndicale qui rassemble neuf syndicats et associations de retraités. « Or, il s’agit une fois de plus de s’attaquer aux catégories les plus pauvres », dénonce-t-il. En effet, en 2016, 89 % des bénéficiaires des pensions de réversion, un mécanisme qui consiste à réallouer au conjoint du salarié décédé la moitié de la pension que celui-ci aurait touchée en retraite, étaient des femmes. Or, d’après les derniers chiffres de la Drees (la direction des études et des statistiques des ministères sociaux), la pension moyenne de droit direct (y compris majoration de pension pour enfant) s’élevait ainsi à 1 065 euros par mois pour les femmes et à 1 739 euros pour les hommes en 2016. Mais, en tenant compte des pensions de réversion, la retraite moyenne des femmes atteignait 1 322 euros par mois, ce qui réduisait l’écart à « seulement » 24,9 % avec les pensions moyennes des hommes.

« On nous dit qu’aujourd’hui, les femmes travaillent plus qu’avant, mais nombre d’entre elles continuent à élever des enfants, à avoir des carrières interrompues et, au final, des petites pensions », souligne Jean-Pierre Floret. Le nombre de femmes actives est certes en expansion : d’après l’Insee, entre 2005 et 2015, le taux d’activité des femmes de 15-64 ans a ainsi progressé de 3,2 points pour atteindre 67,6 %, quand celui des hommes est resté quasi stable (+ 0,3 point), pour s’établir à 75,5 % en 2015. Mais, d’après les prévisions effectuées en 2017 par le Conseil d’orientation des retraites (COR), il faudrait attendre 2070 pour que la pension moyenne de droit direct des femmes représente 90,3 % de celle des hommes. « À partir du moment où l’objectif de la réforme des retraites est d’harmoniser les différents régimes, selon la règle où un euro cotisé donne un euro de droit, avec l’objectif de diminuer la part des pensions dans le PIB, on sait que certains vont y perdre », explique Patrice Perret, membre de la délégation Unirs qui rencontre le haut-commissaire à la réforme des retraites dans le cadre de la consultation engagée avec les syndicats. « On a le sentiment que ce que cherche Delevoye, c’est d’aboutir à un système de splitting, qui existe dans d’autres pays et consiste pour les deux conjoints à se partager le montant total de leurs pensions », subodore-t-il. En 2007, le secrétariat général du COR avait d’ailleurs produit un document de travail consistant à évaluer l’impact d’un passage du système de réversion actuel à un partage des droits entre époux. Derrière l’apparence progressiste d’une telle mesure, le COR reconnaissait que « le partage des droits est moins coûteux que la réversion pour les régimes car les assurés des deux sexes perçoivent globalement moins de prestations. Le passage de la réversion au partage des droits apparaît comme un jeu à somme négative entre les hommes et les femmes ».

Une autre piste – redoutée par les syndicats – pourrait consister à généraliser l’existence d’un plafond de revenus comme condition d’attribution pour le conjoint survivant, critère n’existant actuellement que pour le régime de base privé (lire notre article ci-contre). L’exécutif pourrait également souhaiter aligner le niveau de réversion du public et du privé. Ou fixer un âge minimal pour accéder à ce droit pour les conjoints de fonctionnaires. Dans tous les cas, les syndicats craignent que l’argument de l’harmonisation ne serve qu’à tirer l’ensemble des pensionnés vers le bas.

 

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