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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 06:16
Il faut sauver Antonio Gramsci de ses ennemis (Robert Maggiori, Libération, mercredi 3 août 2016)

La droite et l’extrême droite ont revendiqué le penseur du Parti communiste italien. Récupération tactique de celui qui rappelait que la conquête du pouvoir passait par les idées. Mais pas n’importe quelles idées, aurait ajouté le penseur sarde.

Suivant les données de la Bibliografia gramsciana, fondée par John M. Cammett, et de l’International Gramsci Society, il existe plus de 18 000 études consacrées au philosophe, homme politique et révolutionnaire italien, publiées dans une quarantaine de langues (2 500 en anglais, 600 en japonais). Preuve de la richesse de sa pensée, mais aussi de la difficulté à définir, sans trop de simplifications, «ce que Gramsci a vraiment dit». S’il est normal que son œuvre (dont il faut rappeler qu’elle a été pour une large part rédigée en prison, qu’elle a de ce fait un caractère «non systématique», et qu’il a fallu plusieurs décennies pour en présenter une édition scientifique), fasse l’objet d’une multitude d’interprétations, il apparaît plus paradoxal qu’après avoir constitué l’une des assises fondamentales du marxisme d’après Marx, elle soit, depuis le début des années 80, «annexée» par la pensée d’extrême droite. Il y a même eu un Sarkozy, philosophe bien connu, pour déclarer (au Figaro) : «Au fond, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées.»

Antonio Gramsci est né le 22 janvier 1891 à Ales, en Sardaigne. Enfant, il fait une grave chute qui déforme à jamais son dos. Pour aider sa famille, le jeune Antonio trouve un travail de «transporteur de dossiers» au cadastre de Ghilarza. Une bourse lui permet de partir pour Turin et de s’inscrire à la faculté de lettres. Membre des jeunesses socialistes, il entre, en 1916, à la rédaction de l’Avanti ! comme chroniqueur et critique théâtral. Il étudie l’idéalisme allemand, Hegel, et découvre Marx. Un an après, il dirige le Cri du peuple : c’est dans ses pages qu’il commente la révolution russe.

En 1919, il fonde l’Ordine nuovo. Dans un article de cette revue, il lance l’idée des «conseils d’usine», qui aussitôt se multiplient. Gramsci devient le leader du mouvement conseilliste, lors des grandes grèves de mars-avril 1920. L’année suivante, il entre au Comité central du Parti communiste, juste né à Livourne, qui le délègue à l’Internationale. Il part pour Moscou fin mai 1922. Malade, il reste six mois au sanatorium de Serebryany Bor, où il rencontre une jeune musicienne russe, Julia Schucht, qui deviendra sa femme.

Le «cerveau» à supprimer

En 1923, le Komintern l’envoie à Vienne pour suivre de plus près la situation en Italie, où le fascisme s’est installé. Chef effectif du PCI, Gramsci est élu député de Vénétie le 6 avril 1924. Revenu en Italie, il est, pour les mussoliniens, le «cerveau qu’il faut empêcher de fonctionner».Malgré son immunité parlementaire, il est arrêté par les fascistes le 8 novembre 1926. Il restera en prison jusqu’à sa mort, le 27 avril 1937. On sait aujourd’hui - il faudrait tout un livre pour en expliquer les sombres raisons - que les cadres du Parti n’ont pas fait grand-chose pour le libérer.

Du côté opposé, une certaine historiographie de droite, pour détruire l’idée qu’il aurait été le «cerveau» à supprimer, s’escrime désormais à montrer qu’en réalité Mussolini a «aidé» Gramsci et a «sympathiquement» veillé à ce qu’il reçoive dans sa cellule les livres dont il avait besoin.

Toujours est-il qu’au début des années 30, toute référence au fondateur du journal du Parti, L’Unitá, disparaît de la presse communiste. Ce n’est qu’après la guerre que sa mémoire devient objet de culte. Gramsci est le Parti par antonomase, son héros, son label, sa «philosophie». Son portrait est dans toutes les cellules, son effigie sur les drapeaux, les polos et les agendas. Durant la période révolutionnaire, en Union soviétique, il était par l’action, Lénine, et par sa pensée, Marx. Mais lorsque, en Italie, le parti de Togliatti, puis de Luigi Longo et d’Enrico Berlinguer, le transforme en théoricien de l’eurocommunisme, antidogmatique et antistalinien, à Moscou on l’efface des tablettes. Il sera réhabilité, comme les autres hérétiques György Lukács ou Nikolaï Boukharine, lorsque Gorbatchev lancera la glasnost.

En juillet 1987, la revue Kommunist titre : «L’actualité des idées d’Antonio Gramsci» et annonce la parution en russe des Cahiers de prison. En Italie, grâce à l’hégémonie culturelle exercée par le Parti communiste, Gramsci devient un auteur classique, étudié dans les écoles. La gauche française, en revanche, l’ignore ou le sous-estime. Une partie des raisons est éditoriale. Gallimard publie les Lettres de prison en 1971 et, de 1974 à 1980, les Ecrits politiques (rédigés avant l’emprisonnement). Ce n’est qu’en 1984 que Robert Paris commence la publication des ouvrages de captivité, les cinq volumes des Cahiers de prison.

Longtemps, autrement dit, on n’a guère disposé en France d’une édition fiable de l’œuvre gramscienne. Les autres motifs sont politiques et philosophiques. Le marxisme, en France, c’était en grande partie Louis Althusser. On lui doit probablement d’avoir introduit de force Gramsci dans le débat théorique. Mais d’une façon assez paradoxale, puisque, au nom de la «scientificité» du marxisme (mère porteuse de bien des catastrophes), il soumet à une violente critique toute la pensée gramscienne, réduite à une forme d’«historicisme». L’opération ne réussit guère, et, à mesure que les œuvres du philosophe sarde paraissent et que paraissent, de plus en plus nombreux, les commentaires et les études, Gramsci devient la «coqueluche» de la gauche française. «Le siècle sera gramscien ou ne sera pas», lance audacieusement un hebdomadaire.

On pourrait supposer que les Cahiers ne sont pétris que de politique et de théorie marxiste. Ce n’est pas le cas. Ils représentent six ou sept années d’écriture dans la solitude d’une cellule ou d’une chambre de clinique, mais tout y est : réflexions personnelles, développements philosophiques, portraits, remarques psychologiques, études littéraires, notes bibliographiques, essais de traductions… Il voulait faire, écrit-il à sa belle-sœur, Tatiana Schucht, «quelque chose "für ewig"», «pour l’éternité», qui pût l’«absorber» et «centrer [sa] vie intérieure».

Une assise théorique

En entamant son premier cahier, le 8 février 1929, il dresse la liste, en seize points, des principaux thèmes qu’il se propose d’étudier : «Théorie de l’histoire et historiographie», «Formations des groupes intellectuels italiens», «Littérature populaire des romans-feuilletons», «Le concept de folklore», «La question méridionale», «Le sens commun», etc. Publiés à partir de 1948 en volumes thématiques - le Matérialisme historique et la philosophie de Benedetto Croce, les Intellectuels et l’organisation de la culture, Notes sur Machiavel… - les Cahiers feront de Gramsci «le plus grand philosophe marxiste après Marx». Sa pensée, diversifiée et articulée, offre, en effet, une assise théorique à partir de laquelle il est possible de rendre compte de la complexité des sociétés occidentales avancées, dans lesquelles le «dessein révolutionnaire» ne peut reproduire les schémas du modèle soviétique, mais exige d’abord la«direction intellectuelle et morale» de la société civile et la conquête de l’«hégémonie».

A la critique de l’économisme dominant, Gramsci ajoute donc les dimensions culturelles et éthiques de l’exercice du pouvoir politique. Son apport spécifique au marxisme, qu’il nomme «philosophie de la praxis»,tient à la façon dont il a repensé les liens entre l’infrastructure économique et la superstructure idéologique, à laquelle il donne une importance capitale. C’est dans ce cadre - l’analyse des conditions culturelles de l’action - qu’il a élaboré ses recherches sur les intellectuels et a forgé le concept, très opératoire, d’«hégémonie».

A partir de làont fleuri les «études gramsciennes», en nombre infini, et dans tous les pays. Elles ont surtout proliféré au sein de la gauche intellectuelle - l’Argentin Ernesto Laclau pour ne citer qu’un nom - qui, exploitant la «philosophie de la praxis» de Gramsci, mais aussi sa vision de l’Etat et de la société civile, a tenté, comme le voulait Marx, de faire l’«anatomie» des sociétés contemporaines, dont le mode de production a radicalement changé, où les notions de «classe», de «parti», de «prolétariat», etc. ont perdu de leur prégnance et où la politique a été dessaisie de son gouvernail par les puissances absconses de la finance.

Dans les pays anglo-saxons et aux Etats-Unis - où une anthologie desPrison Notebooks figure parmi les lectures obligées des étudiants en philosophie, sociologie, sciences politiques et journalisme - la pensée gramscienne alimente les cultural studies, par l’intermédiaire de penseurs tels que Edward W. Said ou de l’Anglo-Jamaïcain Stuart Hall, les postcolonial studies, à travers la derridienne Gayatri Spivak, et les subaltern studies, nées en Inde du travail de l’historien Ranajit Guha et de son élève Partha Chatterjee, qui a interprété la lutte de libération indienne au moyen des catégories utilisées par Gramsci pour le Risorgimento italien. Le penseur sarde est même devenu une sorte de drapeau de la lutte des minorités sexuelles ou ethniques sous la plume de l’Afro-Américain Cornel West («Councillor West», dans Matrix Reloaded des sœurs Wachowski).

En Amérique latine, et au Brésil en particulier, Gramsci continue, en revanche, à être lu (entre autres par Carlos Nelson Coutinho, Marco Aurélio Nogueira ou Marcos del Roio) comme théoricien politique révolutionnaire, dont les outils restent opératoires pour comprendre les dynamiques du monde globalisé (et en sortir). On n’oublie pas, enfin, que Gramsci est une référence tant pour Aléxis Tsípras et les inspirateurs de Syriza en Grèce, ou pour Pablo Iglesias et les philosophes de l’université Complutense de Madrid, où est né Podemos. Dans tous les cas, il s’agit d’une exploitation légitime de la pensée gramscienne, qui en poursuit la visée émancipatrice, de gauche.

«Gramscisme de droite»

Plus paradoxale est sa «récupération» par les penseurs néoconservateurs ou d’extrême droite. C’est sans doute Alain de Benoist qui insista le premier, dès les années 70, sur la nécessité de forger un «gramscisme de droite» (oxymore ?) qui puisse inciter les politiques droitières à faire davantage attention aux dimensions culturelles de l’action politique. En 1985, huit de ses textes sont réunis et traduits en allemand sous le titre Kulturrevolution von rechts. Gramsci und die Nouvelle Droite,et la revue Junge Freiheit («jeune liberté») explicite encore le propos en appelant la droite et l’extrême droite à la reconquête de l’«hégémonie sociale» perdue contre la gauche, en travaillant sur la notion (gramscienne) de «sens commun».

L’appel, depuis, a été entendu, des think tanks «néocons» américains au Front national lepéniste - même si l’on oubliait que, pour Gramsci, c’est le Parti communiste qui devait construire l’hégémonie et, en tant qu’intellectuel collectif, donner cohérence au «sens commun», afin que de là sourdent, majoritaires, les idées de justice sociale. A voir la façon dont il est aujourd’hui utilisé par ceux qui furent toute sa vie ses ennemis, Antonio Gramsci se retournerait dans sa tombe. Là où il est, il a sans doute gardé avec plus d’émotion la «vidéo lettre» que lui envoya, en 1997, l’historien marxiste Eric Hobsbawm : «Tu es mort depuis soixante ans, mais tu vis dans le cœur de ceux qui veulent un monde où les pauvres aient la possibilité de devenir de vrais êtres humains.»

Robert Maggiori

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 06:11
Daniel Roucous
L'Humanité
Vendredi, 29 Juillet, 2016
Demain, c’est l’accord d’entreprise, à défaut le patron, qui règlementeront les congés payés. C’est ce que prévoit la loi Travail qui vient d’être adoptée.
La trame de la loi Travail qui vient d’être adoptée en force par le gouvernement ce 21 juillet est que c’est l’accord d’entreprise, à défaut l’employeur, qui fait la loi. Ce n’est qu’à défaut que le code du travail s’applique ou met des limites. Les congés payés n’y échappent pas.

Certes les principes fondamentaux issus de la loi du 20 juin 1936 et de l’actuel code du travail ne sont pas remis en cause :

- tout salarié aura toujours droit à 2,5 jours ouvrables de congés par mois de travail effectif, payés par l’employeur,

- la durée totale des congés est toujours de 30 jours ouvrables (inchangé depuis 1982),

- les congés payés, maternité, paternité, d’accueil de l’enfant, les arrêts maladies, accidents du travail, les RTT etc. sont toujours considérés comme du travail effectif et donc pris en compte dans le calcul des jours de congés payés,

- les salariés de moins de 21 ans et les mères de famille pour chaque enfant à charge (également les pères de famille c’est la nouveauté) bénéficient toujours de un à deux jours de congés supplémentaires à défaut de conventions collectives ou d’accords collectifs prévoyant des dispositions plus favorables,

- l’indemnité de congés payés est maintenue en l’état, mieux elle sera due même en cas de rupture de contrat pour faute lourde (merci au Conseil constitutionnel) !

Cependant un accord d’entreprise ou de branche (à défaut l’employeur) peuvent fixer le début de la période de référence pour l’acquisition des congés et la majoration de la durée du congé en raison de l’âge (Moins de 21 ans), de l’ancienneté ou du handicap. A défaut c’est un décret qui les fixera.

Examinons ce qui va changer avec toujours ce principe d’accord d’entreprise.

La période de référence

Actuellement la période de référence pour l’acquisition des jours de congés se situe entre le 1er juin de l’année précédente et le 31 mais de cette année… sauf accord dit de modulation. Un accord d’entreprise pourra prévoir une dérogation à cette période (nouvel article L3141-11 du code du travail).

La prise de congés

Comme pour la période de référence c’est un accord d’entreprise ou de branche professionnelle qui en décidera. La nouveauté qui a été apportée par la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale est que le code du travail (article L3141-12) impose que les congés payés pourront être pris dès l’embauche et non plus dès l’ouverture des droits (soit au moins après un mois de travail). L’employeur pourra, par accord collectif, fixer les délais qu’il doit respecter s’il modifie la date de départs en congés. Cependant ce délai ne pourra être inférieur à un mois avant la date prévue du départ.

- Nouveaux articles L 3141-12 à L3141-16 du code du travail.

L’ordre des départs

C’est l’employeur qui décidera, à défaut d’indication dans les conventions collectives ou accords d’entreprises ou de branche… après avis du comité d’entreprise, à défaut des délégués du personnel (quand ils existent). Cependant le nouvel article L3141-16 du code du travail l’obligera à tenir compte de :

- la situation de famille du salarié (congés du conjoint, du partenaire d’un PACS, présence dans son foyer d’un enfant ou d’un adulte handicapé ou d’une personne âgée en perte d’autonomie),

- l’ancienneté du salarié dans l’entreprise,

- l’activité du salarié chez un autre ou plusieurs autres employeurs.

Quoi qu’il en soit, l’employeur ne peut modifier l’ordre des départs moins d’un mois avant la date prévue.

Les règles de fractionnement et de report

Elles sont inchangées et donc s'appliquent les règles actuelles du code du travail

Cependant un accord d’entreprise peut prévoir que les jours pris en dehors de la période du 1er mai au 31 octobre ne donnent plus droit à des jours de congés supplémentaires comme prévu actuellement, par l’article L3141-19 du code du travail. Aujourd’hui l’employeur doit faire une demande de renoncement aux salariés.

Les congés spécifiques

La loi Travail les regroupe en trois familles :

- les congés d’articulation entre la vie professionnelle et personnelle. Il s’agit des congés pour évènements familiaux (mariage, naissance, décès, adoption, déménagement), le congé pour enfant malade, le congé de solidarité familiale, le congé de proche aidant et le congé sabbatique,

- les congés pour engagement associatif, politique ou militant (congés de formation économique et sociale, syndicale, de formation professionnelle etc.),

- le congé pour création ou reprise d’entreprise.

Leur principe est maintenu (ce sont toujours des congés payés) mais leur durée dépend du bon vouloir de l’accord d’entreprise ou du patron dans les limites fixée par le code du travail. Ces limites demeurent celles existantes aujourd’hui sauf en cas du décès d’un enfant (5 jours au lieu de 2) et du décès d’un conjoint, concubin, partenaire d’un PACS, père, mère, beau-père, belle-mère, frère ou sœur (3 jours au lieu de 1).

Quant à l’ancienneté pour prendre un congé de proche aidant elle passe de 2 à un an.

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 05:59
1936-2016 - 80 ans de congés payés : ce que dit le code du travail

DANIEL ROUCOUS pour l'Humanité

Aujourd’hui, tout salarié a droit chaque année à 5 semaines de congés payés. S’y ajoutent d’autres congés et se posent bien des questions auxquelles nous répondons.

80 ans après, les fondamentaux de la loi du 20 juin 1936 sur les congés payés sont toujours valides. Ils sont inscrits comme alors dans le code du travail notamment les articles L3141-1-a-L3141-21 et D3141-1-a-D3141-6

Ils répondent comme en 36 aux questions les plus posées : combien de jours ? Quand les prendre ? Qui décide de la période ? Comment sont-ils rémunérés ? Sont-ils perdus si on ne les prend pas ? Que se passe-t-il en cas de maladie pendant les congés ? Etc.

Précisons qu’à ces congés payés légaux peuvent s’ajouter des congés payés au titre de l’ancienneté dans l’entreprise, au titre de jeune salarié(e) de moins de 21 ans et de femme salariée ayant des enfants à charge, pour évènement familiaux, pour cause de maladie, maternité, accident du travail, accompagnement d’un proche malade etc. La liste des congés payés est consultable ici

A combien de jours de congés payés a-t-on droit ?

Tout salarié, quelle que soit son ancienneté dans l’entreprise et quel que soit son contrat de travail (CDD, CDI, temps partiel, autres), a droit à des congés payés par son employeur.

Ces congés payés sont au nombre de 2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif soit 24 jours chez le même employeur. Ils sont limités à 30 jours ouvrables par an. Ce qui donne 5 semaines de congés payés annuels légaux.

Des dispositions plus favorables (pas moins favorables) prévues par les conventions collectives, des accords interprofessionnels ou d’entreprises peuvent prévoir plus de congés payés.

Pour atteindre ce nombre de jours, il suffit de justifier de 48 semaines de travail effectif. En effet, certaines absences (maladie, maternité, paternité, évènements familiaux, formation, congés payés eux-mêmes etc.) sont prises en compte pour le calcul des jours de congés.

Jours ouvrables jours ouvrés quelle différence ?

Vous avez lu que les congés payés sont calculés en jours ouvrables. Cela dit, l’employeur peut les calculer en jours ouvrés sous réserve que les droits aux congés payés soient les mêmes que ceux calculés en jours ouvrables.

Ainsi les jours ouvrables sont constitués de tous les jours de la semaine sauf le jour de repos hebdomadaire qui (loi Macron oblige) n’est plus obligatoirement le dimanche + les jours fériés légaux chômés dans l’entreprise. Ca donne 6 jours ouvrables dans la semaine si elle ne comporte pas de jours fériés (du lundi au samedi inclus). Par contre la semaine du 15 août comptera 5 jours ouvrables puisque le lundi 15 août est férié et chômé, soit du mardi 16 au samedi 20 août inclus.

Les jours ouvrés correspondent à tous les jours de la semaine durant lesquels votre entreprise est ouverte. Il s’agit donc de jours normalement travaillés. Ainsi lorsque l’entreprise est ouverte 5 jours par semaine, ça donne 5 jours ouvrés. Si elle est ouverte 6 jours c’est 6 jours ouvrés.

Sur quelle période sont-ils calculés ?

En l’état actuel du droit, les congés payés sont calculés du 1er juin de l’année passée ( par exemple) au 31 mais de l’année en cours (2016 par exemple)… sauf disposition conventionnelles ou collectives contraires. Par exemple dans le BTP et les Spectacles, les entreprises doivent s’affilier à une caisse de congés payés, ceux-ci sont alors calculés du 1er avril de l’année passée au 31 mars de l’année en cours.

Qui décide des dates de départ en congés ?

C’est l’employeur ou les conventions collectives ou accords interprofessionnels qui décident de la prise de congés.

Les congés doivent légalement être pris entre le 1er mai et le 31 octobre mais peuvent s’étendre toute l’année.

L’employeur est tenu à :

- informer le personnel de la période de prise de congés au moins deux mois avant son ouverture (par exemple au moins le 1er mars si la période des congés débute le 1er mai),

- fixer les dates et l’ordre des départs en congés (sauf s’il est fixé par conventions collectives, accords ou usage). En pratique le personnel pose les jours de congés qu’il souhaite prendre mais il doit savoir que l’employeur peut refuser. Dans ce cas, les vacances sont reportées à une autre date.

Peut-on fractionner ses congés sur l’année ?

Oui ! Même si en pratique beaucoup prennent 4 semaines l’été et une semaine l’hiver.

Mais ce n’est pas obligatoire sauf dans deux cas :

- vous n’avez acquis que 12 jours ouvrables de congés, vous devez le prendre en une seule fois,

- vous avez acquis entre 12 et 24 jours ouvrables de congés, vous devez prendre au moins 12 jours consécutifs entre le 1er mai et le 31 octobre (période légale de prise de congés)… sauf accord avec l’employeur ou conventions collectives ou accords collectifs.

Certaines entreprises ferment au mois d’août. L’employeur peut alors imposer à ses salariés de prendre leurs congés le temps de la fermeture. Deux réserves :

- l’employeur doit d’abord consulter et avoir l’accord du comité d’entreprise et des délégués du personnel, à défaut l’accord des salariés est nécessaire ;

- l’employeur doit avertir informer les salariés suffisamment à l’avance (au moins deux mois).

Les salariés qui n’ont pas acquis suffisamment de jours de congés n’ont plus droit à une allocation de chômage partiel comme autrefois. Ils peuvent alors bénéficier de jours de congés payés supplémentaires ou faire une demande d’aide financière pour congés non payés auprès de Pôle emploi.

Les jours non pris peuvent être reportés sur l’année suivante ?

Oui ! Trois conditions :

- une convention ou un accord collectifs le prévoit,

- l’employeur est d’accord,

- la 5ème semaine de congés payés peut être reportée pour les salariés qui souhaitent prendre l’année suivante un congé pour création d’entreprise, un congé sabbatique ou placer les jours de congés acquis sur un compte-épargne-temps

Attention, hors ces trois cas et en l’absence d’accord de l’employeur, le salarié qui n’a pas pris ses congés dans la période prévue dans l’entreprise, les perd. L’employeur n’est pas tenu de les lui payer sauf s’il est fautif.

Comment est calculée l’indemnité de congés payés ?

Les congés non pris dans la période prévue pour les prendre (dite de référence) ne sont pas indemnisés.

Exceptions :

- en cas de rupture du contrat de travail,

- le salarié n’a pas pu les prendre (en tout ou partie) par la faute de l’employeur,

- l’employeur est d’accord pour les indemniser, - une convention collective ou un accord collectif prévoient de les indemniser.

Peut-on travailler pendant les congés ?

Non ! La seule dérogation est de faire les vendanges à condition d’être embauché par contrat vendanges.

Et si on tombe malade ou est accidenté en vacances ?

La réponse est sur notre site Internet www.humanite.fr

Les chômeurs ont-ils droits de partir en vacances ?

Oui ils peuvent partir en vacances ou en voyage jusqu’à 35 jours par an (samedis et dimanches inclus). Ils doivent simplement informer au préalable Pôle emploi s’ils partent plus de 7 jours.

Ne pas oublier de prévenir son conseiller Pôle emploi pour reporter l’entretien prévu.

Peut-on cumuler RTT et congés payés ?

Les RTT (réduction du temps de travail) ne sont pas des congés payés mais des jours de repos de récupération des heures supplémentaires. En effet les heures supplémentaires peuvent être payées ou faire l’objet de RTT lorsqu’un accord collectif ou d’entreprise le prévoit ou encore un mélange des deux.

Ainsi donc, pour savoir si les RTT sont cumulables avec les congés payés il faut consulter l’accord d’entreprise ou interprofessionnel sur les RTT. S’il ne dit rien le cumul n’est pas interdit selon la jurisprudence.

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 05:45
Jean-Yves Camus : « Parler de guerre civile, c'est se précipiter vers le piège tendu par Daech »

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR DIEGO CHAUVET

L'Humanité Dimanche

Le politologue, spécialiste des mouvements d'extrême droite radicale, réfute l'idée que la France soit au bord de la « guerre civile ». S'il n'exclut pas l'acte fou d'un individu isolé, il considère que l'extrême droite n'est pas en situation de créer une confrontation. Utiliser des mots tels que « guerre civile » fait alors le jeu de l'« État islamique ».

HD. Avant l'attentat de Nice, naissait une polémique sur un risque de « guerre civile » en France. Qu'en pensez-vous ?

Jean-Yves Camus.

Il faut revenir à l'origine de ce qui provoque la séquence consacrée à la guerre civile. Le directeur de la DGSI est intervenu à deux reprises au mois de mai devant les commissions parlementaires en indiquant non pas la possibilité d'une guerre civile, mais d'une confrontation entre l'ultradroite et le « monde musulman ». Ce n'est pas la « communauté musulmane », contrairement à ce que certains ont essayé de faire croire. Il parle d'une possibilité que, après un autre attentat commis par des islamistes radicaux, des militants d'extrême droite passent à l'acte contre des personnes ou des biens identifiables comme « d'origine musulmane ».

Et que, à partir de là, s'enclenche un engrenage de confrontation ethnique. La première fois, il dit que sa direction a déplacé des effectifs pour le suivi de l'ultra droite. La seconde fois, ses propos sont un peu différents : il explique qu'il faudra à un moment donné mettre des effectifs sur cette mouvance. Le chaînon manquant de ces déclarations, c'est qu'il ne donne pas d'indications précises quant aux individus, aux groupes et aux mouvements qui seraient actuellement dans le radar de sa direction. On ne sait pas s'il s'agit d'un schéma intellectuel ou d'une réalité.

Il est normal et logique que le patron des services de renseignements français ait ce schéma dans la tête. Nous avons depuis les attentats de janvier et novembre 2015 une augmentation des actes anti-musulmans, qui restent ¬ c'est relatif bien sûr quand on en est victime ¬ de « basse intensité ». La rhétorique de l'ultradroite sur la guerre ethnique est connue depuis plus de 20 ans. Cela étant, ce scénario d'apocalypse voulue ne s'est jamais réalisé... Pour autant, si un individu isolé passait à l'acte, cela pourrait avoir des répercussions énormes.

HD. Serait-ce pour autant une « guerre civile » ?

Jean-Yves Camus.

Une guerre civile implique que deux factions ou fractions de la population se disputent la légitimité de la représentation nationale, et qu'elles soient décidées à s'annihiler l'une et l'autre. On a un schéma extrêmement simple : c'est la Résistance et la collaboration sous l'Occupation. Or, on n'en est pas là. Pour l'instant, dans cette hypothétique guerre civile, la population subit les actes terroristes, mais elle n'est pas organisée pour soutenir les terroristes, ni pour les contrer. Il n'y a pas d'armée en marche de citoyens musulmans qui soutiendraient l'« État islamique » et on n'a pas davantage de citoyens qui auraient formé des milices pour s'y opposer. Pour une vraie guerre civile, il faut que les deux factions soient de niveau de force égal ou, du moins, pas complètement disproportionné. Ce n'est pas le cas. Nous assistons à une multiplication des actes imputables à l'islamisme radical, mais en face le seul protagoniste est le détenteur de la violence légitime, c'est-à-dire l'État, via la police et l'armée. En revanche, on ne peut pas demander à une population de subir des actes aussi massifs, répétés, dont l'objectif est de contester le modèle de valeurs que la République constitue, de simplement rester vigilante, de faire corps, et de commémorer.

« Nos armes : le renforcement de la coordination du renseignement. Et la sobriété de la parole. » La commémoration est utile, mais elle ne fait pas une politique.

Or pour l'instant personne ne porte des mesures politiques qui seraient à même, non pas de contenir le danger, mais de le refouler. On demande aux gens de s'installer dans l'attitude d'un pays qui fera face à d'autres attaques. C'est à la fois courageux de le dire, et en même temps désespérant.

HD. Est-ce qu'une réaction de l'ultradroite a plus de chance de survenir sur le terreau local niçois ?

Jean Yves CAMUS

Soyons clairs. Les groupes d'extrême droite en France aujourd'hui qui ont pignon sur rue (y compris le Bloc identitaire sur Nice) ne passeront pas à la violence. Le risque aujourd'hui provient plutôt d'un individu qui préparerait son acte seul. Ou de celui qui, militant dans un groupuscule, se dirait que s'il y a une rhétorique verbale de la violence, il n'y a rien derrière... Ces groupuscules proposent au mieux à leurs adhérents des défilés autorisés, des distributions de tracts et d'autocollants, et éventuellement quelques stages de survie et des cours d'arts martiaux. Il existe peut être d'autres choses infiniment plus sophistiquées.

La DGSI le sait peut être, mais moi je n'ai pas de données là-dessus. Mais ces activités qui consistent à chauffer les militants à blanc génèrent chez certains une réelle envie d'en découdre. En dehors de ça, le Bloc identitaire est dans une trajectoire de normalisation, il est dans l'orbite du FN, surtout à Nice... Il n'a aucune espèce de raison de tuer le patient travail d'implantation et de notabilisation qu'il a réussi à accomplir en laissant ses militants faire n'importe quoi.

HD. Dans ce cas, l'utilisation du terme de « guerre civile » dans le débat politique et médiatique est-elle dangereuse ?

Jean Yves CAMUS

Je n'aime jamais quand on parle de guerre civile... Ça induit l'image d'une France qui se scinde en deux camps qui prennent les armes l'un contre l'autre. La situation actuelle est celle d'un mouvement, religieux et politique, qui décide d'attaquer un certain nombre de pays occidentaux. Dans quel objectif ? Celui de rallier à leur idéologie le plus grand nombre possible de personnes d'origine musulmane. Même si le nombre de « radicalisés » augmente, ça ne représente qu'une infime partie de la population musulmane. Comment en rallier davantage ? Peut-être en tendant à la population française le piège qui consiste à favoriser cette montée aux extrêmes qui verraient les actes antimusulmans augmenter. L'un des objectifs de Daech serait ainsi de transformer en communauté soudée ce qui n'est pas une communauté. On tomberait de cette manière dans une forme d'essentialisation des identités.

HD. Si la capacité de résilience est limitée, quelles sont nos armes pour ne pas tomber dans ce piège ?

Jean Yves CAMUS

Peut-être la solution est-elle de ne pas dire tous les jours, plusieurs fois par jour, quelque chose qui vienne rajouter une couche au mille-feuille. La sobriété de la parole est aussi nécessaire. Depuis l'attentat de Nice, nous avons entendu trop de petites phrases, trop de commentaires. C'est extrêmement imprudent par ailleurs de la part de l'opposition puisque bien malin aujourd'hui celui qui peut dire que s'il était au pouvoir rien ne se serait passé. On a plutôt besoin de voir des résultats dans la prévention des attentats, tout en sachant bien que le risque zéro n'existe pas. On a besoin d'améliorer encore la coordination internationale du renseignement. De savoir comment on va gérer les centaines et peut-être milliers de retours de gens qui considèrent que la partie est déjà perdue en Syrie et en Irak, et qui veulent passer à l'action ici.

Jean-Yves Camus est l'auteur, avec Nicolas Lebourg, de l'ouvrage « les Droites extrêmes en Europe », paru en 2015 aux Éditions du Seuil, 320 pages, 20 euros

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 05:28
Photo de la soirée crêpes du PCF à Fouesnant - Le Télégramme, août 2015

Photo de la soirée crêpes du PCF à Fouesnant - Le Télégramme, août 2015

Le dimanche 7 août 2016 la section PCF de Fouesnant vous convie à sa grande soirée crêpes.

A partir de 15h vous pourrez venir vous amuser en pratiquant le jeu de palets et dès 19h la dégustation des crêpes à la salle polyvalente du vieux port de La Forêt Fouesnant.

La soirée sera animée par Patricia Dupont.

Si vous souhaitez passer un moment convivial n'hésitez pas a nous rejoindre joie et bonne humeur garantis!!

Entrée libre

Les prochaines fêtes du PCF en Finistère:

Samedi 20 août: repas de fruits de mer sur le port de Loctudy (section PCF du Pays Bigouden)

Samedi 20 août-Dimanche 21 août: fête de l'Isole à Scaër (au Grand Champ)

Voir le calendrier complet des fêtes de l'été:

Les fêtes des sections du Parti Communiste dans le Finistère cet été 2016

Et un bref compte rendu des deux fêtes déjà passées dans le pays bigouden:

Fête du PCF à Guilvinec: les photos de Karo Berardan sur le Facebook du PCF Finistère

Photos de la fête du Travailleur de la Mer le 23 juillet 2016 à Lesconil et discours d'Ismaël Dupont, secrétaire départemental du PCF Finistère: Tant de raisons de ne pas abdiquer!

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3 août 2016 3 03 /08 /août /2016 05:00

Vincent Bolloré, l'actionnaire principal du groupe Vivendi et le patron de Canal +, réclame 50 millions d'euros à France 2 pour la programmation d'un documentaire "Un ami qui vous veut du bien", rediffusé le 21 juillet, qui montre comment les intérêts particuliers de Bolloré interfèrent sur les choix de programmation de Canal +, dans la mesure où la chaîne cryptée a décidé d'annuler la diffusion d'un documentaire sur le Crédit Mutuel qui déplaisait au grand patron breton, lequel a finalement été présenté sur le service public...

De quoi rappeler que quand les médias sont détenus par le grand capital, la liberté d'investigation et d'expression des opinions a pour limite, le plus souvent, les intérêts des actionnaires. Ce qui est d'autant plus préoccupant quand ceux-ci sont très proches du pouvoir politique, dépendent de ses autorisations et de ses commandes, financent ses campagnes électorales, emploient ses collaborateurs.

Liberté d'expression? Pourquoi Bolloré réclame 50 millions à France 2?
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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 08:32
Vente militante de "Lotta communista" à Milan, non loin du palais des Sforza

Vente militante de "Lotta communista" à Milan, non loin du palais des Sforza

Local de Rifondazione Communista à Venise, près de l'ancien Arsenal

Local de Rifondazione Communista à Venise, près de l'ancien Arsenal

Cartes postales d'Italie: 30 juillet-1er août 2016
Cartes postales d'Italie: 30 juillet-1er août 2016
Cartes postales d'Italie: 30 juillet-1er août 2016
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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 07:18
Infographie l'humanité sur les monopoles capitalistes dans les médias: les grands groupes médiatiques au service des intérêts politiques et économiques des milliardaires les plus riches de France

Infographie l'humanité sur les monopoles capitalistes dans les médias: les grands groupes médiatiques au service des intérêts politiques et économiques des milliardaires les plus riches de France

Médias. Le 4e pouvoir aux mains du CAC 40

CLAUDE BAUDRY

LUNDI, 1 AOÛT, 2016

L'HUMANITÉ

Les opérations de rachat de titres de presse, de chaînes de radio ou de télévision par de grands groupes financiers font florès depuis quelques décennies. Le quotidien que vous tenez entre les mains est un ovni dans cette galaxie.

Ils sont milliardaires, leurs groupes forment une galaxie géante qui règne sur l’information de ce pays. Sans être exhaustifs, c’est ce que nous avons voulu montrer avec cette infographie qui témoigne de la concentration de plus en plus forte des médias. L’Humanité en est absente. Parce que le quotidien fondé par Jaurès n’est pas adossé, d’une manière ou d’une autre, à ces groupes dont la presse et les médias ne représentent en fait qu’une partie parfois infime de leurs activités industrielles ou financières.

Depuis plusieurs mois, les lecteurs et amis, les militants, les équipes du journal, journalistes et employés, se mobilisent pour assurer un avenir à leur journal dans le cadre de la campagne « Printemps de l’Humanité » lancée après l’alerte de PatrickLe Hyaric, son directeur, dans ces colonnes...

Les nombreux témoignages que nous publions depuis des semaines montrent le rôle original que joue l’Humanité dans le paysage de la presse française. Une voix différente, parfois raillée, souvent occultée, mais une voix qui compte par exemple sur le front des luttes sociales, des enjeux politiques, économiques et sociaux, internationaux, de la culture, dans le débat d’idées et la nécessaire confrontation qu’exige la situation.

L’Humanité sous protection citoyenne poursuit son combat avec, selon la formule de Patrick Le Hyaric, toujours la même « flamme indocile ». « Ce n’est pas un hasard si l’Huma, le journal, est menacé au moment où l’humain est tenu pour quantité négligeable par toutes sortes de financiers et de politiques qui ont construit les systèmes les plus sophistiqués pour accaparer les fortunes les plus considérables », argumentait dans les colonnes de l’Humanité Denis Sieffert, directeur de Politis, hebdomadaire qui, comme l’Humanité Dimanche, est indépendant des pouvoirs financiers. Pour le psychanalyste Roland Gori, l’Humanité est « la voix du peuple aujourd’hui recouverte par les haut-parleurs des industries médiatiques ». Pour que vive l’Humanité, Jeanne Puchol, dessinatrice de bande dessinée, a imaginé quant à elle un personnage portant une pancarte : « Je suis l’Humanité pour la liberté d’expression. »

Et puis il y a ces dons de lectrices et de lecteurs qui s’amplifient et ces mots qui traduisent leur attachement à ce journalpas comme les autres. Comme Marina et Didier, pour qui :« plus qu’un journal d’information, en lisant l’Huma et l’HumaDimanche, on est proches de tous ceux qui sont laissés pour compte ». Pour eux aussi, il faut que l’Humanité vive pour aider à bâtir une alternative politique.

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 05:51
Union forcée autour de Hillary Clinton - par John R. Mac Arthur (Le Monde Diplomatique, août 2016)

Dans une chronique du 24 mai 2016, l’éditorialiste conservateur du New York Times David Brooks s’interrogeait : « Pourquoi Hillary Clinton est-elle si impopulaire ? » Plutôt que de chercher la réponse dans son bilan politique, il se penchait sur sa psychologie. « Je commencerai mon explication par cette interrogation : pouvez-vous me dire ce que fait Hillary Clinton pour s’amuser ? »

Si l’ancienne première dame peine à séduire, ce serait avant tout à cause de son tempérament : constamment absorbée par sa carrière, elle manquerait de joie de vivre. « Son impopularité est celle d’un bourreau de travail », affirme Brooks, ce qui la mettrait « en décalage avec les mœurs de l’époque des réseaux sociaux, qui valorisent l’intimité et la vulnérabilité ». Cette mansuétude peut surprendre de la part d’un éditorialiste proche du Parti républicain. Mais le rejet de M. Donald Trump est tel que l’on assiste à des alliances (en apparence) insolites.

À lire Brooks, on croirait que Mme Clinton débarque dans la vie politique américaine, alors u’elle a été successivement première dame des États-Unis, sénatrice et secrétaire d’État. A-t-il oublié son engagement en faveur de l’invasion de l’Irak en 2003, ses trois discours rémunérés 225 000 dollars (202 000 euros) chacun devant les banquiers de Goldman Sachs, son soutien indéfectible aux accords de libre-échange, son appui au renversement du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi ? Et que dire du conflit d’intérêts impliquant la Fondation Clinton — sorte de multinationale familiale de la philanthropie — quand Mme Clinton servait l’administration Obama ? Selon le New York Times (18 octobre 2015), des cadres de la fondation ont réussi, par un intense travail de lobbying auprès de la secrétaire d’État, à faire transférer de l’argent destiné à un programme fédéral de lutte contre le sida au Rwanda vers un de leurs programmes de formation.

Cela sans évoquer la proximité de la candidate démocrate avec Wall Street, dont les têtes de pont financent à la fois sa campagne et sa fondation. Même M. Trump a donné à la boutique des Clinton: plus de 100 000 dollars en 2009. Il faut dire que le milliardaire s'est longtemps montré chaleureux envers le couple, qu'il avait invité à son troisième mariage, en janvier 2005. A l'église, "Bill et Hillary" étaient installés au premier rang et, à voir leur sourires radieux, ils ont passé un excellent moment. Voilà comment s'amuse Mme Clinton.

En fait, voter pour Mme Clinton en novembre, c'est opter pour un couple inséparable, dont chaque membre est le plus proche conseiller de l'autre. D'ailleurs, l'ancienne secrétaire d'Etat a d'ores et déjà annoncé la couleur. Si elle emporte l'élection, c'est son époux qui conduira sa politique économique: il aura la charge de "revitaliser l'économie, parce qu'il sait comment faire", a t-elle déclaré lors d'un meeting dans le Kentucky, le 15 mai 2016.

Selon l'image qu'elle se plaît à donner, Mme Clinton se passionne pour le sort des enfants. Cette passion serait née il y a plus de trente ans, quand son mari était gouverneur de l'Arkansas. Elle s'est alors associée à des organisations charitables comme le Children's Defense Fund, dans l'espoir de bâtir sa légende de femme généreuse. Pourtant, pendant ses années sudistes, c'est à une tout autre cause qu'elle a consacré ses journées: de 1977 à 1992, elle a travaillé pour le cabinet d'avocats Rose, en se spécialisant dans la question des brevets et de la propriété intellectuelle. Incarnation de la collusion entre establishment politique et milieux d'affaires de l'Arkansas, le cabinet comptait parmi ses clients Walmart, la tentaculaire chaîne d'hypermarchés connue pour sa détestation des syndicats et son amour des produits fabriqués à bas coûts dans des pays où la main d'oeuvre est corvéable à merci.

A l'aise avec l'administration Bush

Les Etats de service de l'avocate Clinton lui ont ouvert les portes du conseil d'administration de la multinationale, auquel elle a siégé de 1986 à 1992, en touchant pour cela 18 000 dollars par an (soit environ 31 000 dollars actuels, en tenant compte de l'inflation). Politesse oblige, elle s'est toujours gardée d'évoquer publiquement les sujets susceptibles de fâcher la société de Bentonville, et en particulier sa politique de compression salariale. Il est pourtant difficile d'élever des enfants en gagnant 19 427 dollars par an - le salaire moyen actuel d'un caissier de Walmart. De retour d'un voyage dans le sud des Etats-Unis effectué en 2013 et 2014, l'écrivain Paul Théroux disait avoir vu, dans l'Arkansas, "des villes qui ressemblent à des villes du Zimbabwe, aussi négligées et assiégées". Il raillait la fondation Clinton, ambitieuse quand il s'agit de "sauver les éléphants en Afrique" - c'est l'un de ses programmes phares - mais qui se désintéresse des familles noires pauvres dans l'Etat natal de M. William Clinton.

Dès le début de son premier mandat, le président, soucieux d'améliorer le financement des campagnes électorales, jusque-là trop dépendant des grands syndicats industriels, s'était attelé à tirer le Parti démocrate vers la droite. Pour cela, il avait tout misé sur la promulgation de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena), aussi apprécié des multinationales que détesté des électeurs démocrates. Mme Clinton ne s'y est jamais opposée... Enhardi par ce succès libre-échangiste, M. Clinton allait progressivement revenir sur des principes essentiels de l'Etat-Providence américain, en vigueur depuis les années 1930 et le New Deal de Franklin D.Roosevelt... Il imposa la réforme de l'assistance publique qui privait d'aides plus de onze millions de familles pauvres. En signe de protestation, M. Peter Edelman - époux de la fondatrice du Children's Defense Fund cher à Mme Clinton - démissionna de son poste de sous-secrétaire à la planification et à l'évaluation: "Cette loi n'encourage pas le travail. Elle va pénaliser des millions d'enfants pauvres" déclarait-il en mars 1997 dans le mensuel The Atlantic. Des enfants, surtout noirs et latinos, pénalisés par la politique menée par son propre mari? Une fois de plus, Mme Clinton resta muette.

Quelques années plus tard, c'est encore grâce à la coopération de ses "adversaires" républicains que le président a déréglementé Wall Street. En novembre 1999, il a abrogé la loi Glass-Steagall, qui séparait depuis 1933 les fonctions de banque commerciale et de banque d'affaires afin de décourager la spéculation avec l'argent des petits déposants. Certains, à l'instar du républicain John Mac Cain, proposent aujourd'hui de revenir sur cette abrogation. Pas la candidate démocrate: "Il n'y aura pas de retour à la loi Glass-Steagall" a tranché son conseiller économique Alan Blindern, interrogé par Reuters le 13 juillet 2015.

La carrière politique personnelle de Mme Clinton commence véritablement en 2000, quand, parachutée par son mari et ses puissants relais dans le Parti Démocrate, elle se présente au poste de sénatrice de New York, un Etat où elle n'a jamais résidé. Une fois élue, elle se revèle particulièrement à son aise avec l'administration Bush. Le 10 octobre 2002, au Sénat, elle affirme son soutien à l'invasion de l'Irak, relayant tous les mensonges de la Maison Blanche sur les "armes de destruction massive" de Saddam Hussein. Défendant le concept de "guerre préventive", elle dresse un parallèle avec les bombardements sur la Serbie que son époux avait décidés en 1999 dans le noble but, dit-elle, "d'arrêter la persécution et l'épuration ethnique visant plus d'un millier d'Albanais au Kosovo". Elle ajoute: "Peut-être que ma décision est influencée par l'expérience de mes huit années passées à la Maison Blanche, à voir mon mari affronter les défis auxquels fait face notre nation". Des propos pas vraiment féministes, mais qui n'étonnent guère venant d'une femme qui, aujourd'hui, sur son compte Twitter, se définit comme "épouse, maman, mamie".

(...) Quoi qu'il en soit, le récit de ses quatre années à la tête de la diplomatie américaine n'inspire guère confiance. En 2011, tandis que la rébellion libyenne s'amplifie, Mme Clinton fait d'abord preuve d'une grande prudence. "Je suis de ceux qui pensent que, sans autorisation internationale, une action solitaire des Etats-Unis conduirait le pays vers une situation dont on ne peut mesurer les conséquences" déclare t-elle le 11 mars devant une commission du Congrès. Puis, elle change d'avis. Pourquoi? "Sarkozy n'a cessé de me parler d'une intervention militaire. C'est un personnage dynamique, toujours empli d'une énergie exubérante, qui adore être au centre de l'action. Il était aussi influencé par l'intellectuel Bernard Henri-Lévy. Tous deux étaient sincèrement émus par la détresse du peuple libyen, brutalisé par un dictateur", raconte t-elle. Séduite par le duo français, et afin d'éviter "une catastrophe humanitaire" , la secrétaire d'Etat bascule donc dans le camp interventionniste. Avec le président Barack Obama, elle précipite les Etats-Unis dans une nouvelle guerre, sans demander l'autorisation au Congrès, comme l'exige pourtant la Constitution. Heureusement, tout se termine bien: "En 72 heures, les défenses aériennes de Khadafi furent vaincues et le peuple de Benghazi sauvé d'une destruction imminente". Le reste du livre (ses Mémoires) est à l'avenant.

Revirement apparent sur le libre-échange

Madame Clinton sait que son image droitière constitue un obstacle pour conquérir les électeurs de M. Bernie Sanders. Tirée à gauche par le succès de son rival socialiste à la primaire, elle a récemment avancé diverses mesures progressistes: taxer les banques qui s'endettent trop, augmenter le salaire minimum à 12 dollars l'heure, moduler les frais d'inscription à l'université en fonction des revenus des parents, etc.

Son revirement sur la question du libre-échange est particulièrement spectaculaire. Si, le 15 novembre 2012, elle s'émerveillait du partenariat pacifique (TPP), "le modèle par excellence pour les accords de libre-échange, afin d'instaurer un marché libre, transparent et juste", trois plus tard le vent a tourné. Les critiques formulées par MM. Trump et Sanders semblent convaincre les électeurs. "A ce jour je ne suis favorable à ce que je connais du partenariat transpacifique. Je ne crois pas qu'il atteindra le haut niveau d'exigence que j'avais fixé" déclare t-elle le 7 octobre 2015. Au-delà de ces discours, Mme Clinton refuse toutefois d'inscrire le rejet du TPP dans son programme présidentiel.

La candidate démocrate semble néanmoins beaucoup plus prévisible que M. Trump qui a multiplié les propos violents contre "les musulmans radicaux" et les "immigrés". Son calme et son sens de la mesure séduisent jusque dans les rangs républicains. Mme Meg Whitman, présidente-directrice-générale de Hewlett-Packard et ancienne codirectrice des finances du précédent candidat conservateur à la présidentielle, M Willard Mitt Romney, lui a ouvertement apporté son soutien, tout comme le néoconservateur Robert Kagan, lui aussi ancien conseiller de M. Romney. Même la famille Bush a annoncé qu'elle s'abstiendrait lors du prochain scrutin.

En outre, Mme Clinton bénéficie d'un soutien sans faille au sein de l'establishment médiatique qui la présente comme le dernier rempart contre la barbarie... Ce type de discours fait écho à la confrontation entre MM. Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen en 2002, quand la gauche française avait dû soutenir un candidat de droite pour protéger le pays du "danger fasciste". Or, M. Chirac était sans doute plus progressiste que Mme Clinton, en particulier en matière de politique étrangère. La campagne présidentielle américaine pourrait en fait équivaloir à un duel entre Mme Angela Merkel et M; Silvio Berlusconi; et la gauche américaine a décidé de soutenir Mme Merkel.

Par John R. Mac Arthur, directeur de "Harper's Magazine". Auteur de "L'illusion Obama. Chroniques d'un intellectuel libéral aux Etats-Unis", Les Arènes, Paris, 2012

- Le Monde Diplomatique, août 2016

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 05:49
Réchauffement climatique : la Commission européenne met son incompétence en exergue

Gérard LE PUIL

Vendredi, 22 Juillet, 2016

Humanite.fr

Le 20 juillet, le collège des commissaires a produit pour les Etat membres de l’Union une feuille de route uniquement fondée sur le marché spéculatif du carbone. Elle a décidé de ne pas prendre en compte les émissions de gaz à effet de serre des transports maritimes et aériens afin de pousser encore plus loin le libre échange dont le développement en soutien des délocalisations de productions multiplie les pollutions.

Sept mois après l’adoption d’un texte par la Cop 21 à Paris en décembre 2015, la Commission européenne a fait connaître le 20 juillet un projet de feuille de route à la fois incomplet et incongru pour réduire de 30% en moyenne les émissions de gaz à effet de serre (GES) des pays de l’Union dans les secteurs de la construction, de l’agriculture et de la forêt, des déchets, des transports. Ainsi le fret maritime et l’aviation ont été exclus de tout effort dans ce domaine, prétextant qu’il s’agit d’un sujet mondial, mais dans le but de ne pas perturber les échanges commerciaux sur de longues distances dans le cadre de la mondialisation libérale stimulée par les règles de l’OMC et les accords de libre échange que la Commission européenne ne cesse de négocier avec l’accord des Etats membres.

Dans le projet présenté par le commissaire espagnol Miguel Arias Canete, en charge du Climat et de l’Energie - mais très lié aux intérêts pétroliers dans son pays avant de prendre cette fonction - les émissions de GES des pays membres doivent diminuer de 30% d’ici 2030 en moyenne par rapport à ce qui avait été décidé en 2005 en partant des émission datant de 1990. Le taux d’effort ira de zéro pour la Bulgarie à 40% d’émissions en moins pour la Suède en passant par 38% pour l’Allemagne 37% pour la France et le Royaume Uni, lequel vient de voter pour la sortir de l’Union et n’aura que faire des objectifs fixés par la Commission européenne. De même, la Belgique, le Danemark, le Luxembourg, les Pays Bas, l’Autriche, la Finlande se voient fixer un objectif de réduction de leurs émissions de 35 à 39%, tandis que l’on descend à 33% pour l’Italie, 26% pour l’Espagne, 17% pour le Portugal et 16% pour la Grèce.

Les pays dont l’adhésion à l’Union européenne est la plus récente, se voient attribuer des objectifs beaucoup plus modestes en termes de réduction des GES. Pour la Croatie, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, la Roumanie et la Pologne la fourchette de réduction sera comprise entre 2% et 9%. Mais les propositions de la Commission sont entachées d’anomalies et autres bizarreries tandis que la philosophie libérale du projet condamne ce dernier à une totale inefficacité.

Bruxelles occulte le bilan carbone des délocalisations industrielles

Ces objectifs chiffrés concernent des secteurs non couverts par le marché européen du carbone. Comme si ceux qui le sont fonctionnaient de manière efficace et irréprochable depuis leur entrée en vigueur. Parce qu’elles sont déjà soumises au marché du carbone, la production électrique et l’industrie ne sont pas concernées se voient demander une réduction de leurs émissions de 43% d’ici 2030 via le fonctionnement déficient du marché européen du carbone. Or nous savons que, dans l’industrie, beaucoup de patrons européens se sont servis du marché du carbone pour transférer des productions dans des pays à bas coûts de main d’œuvre depuis la mise en place de ce marché. Le bénéfice devait être double pour eux. Le prix de revient final des productions délocalisées dans des pays à bas salaires diminuait, ce qui augmentait parallèlement les marges des entreprises qui délocalisaient. Comme les pays pauvres n’avaient pas à fournir un bilan carbone dans le cadre du protocole de Kyoto, le bilan des délocalisations n’était plus comptabilisé dans le portefeuille de CO2 des entreprises. En revanche on pouvait vendre en Europe des tonnes de carbone non consommées pour se faire encore plus d’argent. Mais, comme il y avait plus de vendeurs que d’acheteurs, le prix du carbone a chuté. On pouvait donc, à partir de là, polluer à moindre coût en Europe grâce à ce marché fondé sur la loi de l’offre et de la demande !

Du fait de ces délocalisations, le bilan carbone final des productions transférées dans des pays lointains à bas coûts de main d’œuvre n’a cessé d’augmenter pour au moins deux raisons. La première tient au fait que l’énergie électrique utilisée dans ces pays est surtout produite dans des centrales au charbon et pas seulement en Chine. La seconde raison est imputable aux longs transports de ces productions délocalisées et réimportées dans des pays comme la France. Cette politique augmente doublement les émissions de GES. Elle va continuer et s’accentuer à travers les nouvelles propositions faites par la Commission puisque cette dernière cherche à mettre en place un marché du carbone pour l’agriculture et la forêt. On fait mine de croire que la marchandisation du carbone permettra de diminuer les émissions sans avoir besoin de recourir, pays par pays comme au niveau de l’Union à des politiques planifiées, tournées vers le long terme. Voilà qui donne une idée de la veulerie et du dogmatisme qui prévalent au collège des commissaires et dans leur armée de technocrates déconnectés du réel.

Cette incompétence du collège des commissaires résulte du fait que l’on y considère bêtement que le marché du carbone avec un prix de la tonne suffisamment dissuasif peut fonctionner comme une baguette magique qui réduira les émissions de GES. Sans voir, par exemple, que les accords de libre échange que l’Europe a négocié où qu’elle continue de discuter avec des pays comme le Maroc, le Canada, les Etats Unis et quelques autres sont des vecteurs du réchauffement climatique pour au moins deux raisons. La première tient à l’allongement des distances de transport entre le lieu de production des marchandises et leur lieu d’utilisation ou de consommation quand elles sont alimentaires. Là, pour le coup, le fait de ne pas prendre en compte le bilan carbone du fret maritime et aérien révèle une malhonnêteté du collège des commissaires que les gouvernements et les parlementaires des pays membres se doivent de dénoncer.

La seconde raison tient au fait que ces importations - surtout de nourriture dans les secteurs où l’Europe est autosuffisante et souvent exportatrice - favorisent des gaspillages énormes faute de rationalité économique en phase avec la lutte contre le réchauffement. Car la concurrence de tous contre tous sur fond de dumping social et environnemental ne permet pas de mettre en place des politiques agricoles à faible bilan carbone. A cela s’ajoute une fuite en avant au sein même de l’Union européenne dans une agriculture industrielle et énergivore alors qu’il conviendrait de favoriser l’agro-écologie. Hélas ce raisonnement de bon sens n’est pas compréhensible pour un Commissaire technocrate comme Pierre Moscovici, pas plus qu’il ne l’était pour Pascal Lamy avant lui pour ne prendre que deux exemples chez des Français envoyé à Bruxelles par la France. Alors que chaque année devient plus chaude que la précédente dans l’Union européenne, il est urgent que les gouvernements des pays membres et le Parlement européen discutent et avancent quelques dispositions porteuses d’une vision à long terme pour les transports, l’agriculture et la forêt et qu’on les mette en place rapidement.

Pour un usage intelligent de la taxe carbone

Dans le domaine des transports, il faudrait qu’une taxe carbone sur les carburants évite de provoquer des distorsions de concurrence entre pays membres et que son produit soit utilisé partout pour promouvoir les transports en commun et à d’autres actions susceptibles de réduire l’usage de la voiture. Dans le bâtiment, il faudrait des constructions à énergie positive, un plus gros usage du bois afin de réduire les volumes de béton énergivores. Il faudrait aussi octroyer aux bailleurs sociaux comme aux propriétaires occupants à revenus modestes des aides tirées de la taxe carbone pour rénover l’habitat afin de réduire la consommation d’énergie fossile qui est souvent du gaz ou du fioul. Il faudrait enfin rapprocher le lieu de travail et le domicile des salariés, ce qui ne se fera pas en transformant les grandes régions européennes et leurs villes principales en pôle de compétitivité concurrents les uns des autres.

Pour l’agriculture , il est urgent de rechercher une autonomie optimale qui concilie la réduction des labours en favorisant le travail simplifié du sol, le moindre usage des engrais grâce à la culture des légumineuses pour lesquelles l’Europe est déficitaire alors qu’elle a la possibilité d’être autonome en améliorant le bilan carbone de sa production alimentaire .Quitte à produire moins de blé et de viandes difficiles à vendre sur les marchés des pays tiers. Cette nouvelle politique agricole passe par la production de plus de protéines végétales pour la nourriture du bétail comme des humains alors que nous important des millions de tonnes de tourteaux de soja pour nos élevages et des milliers de tonnes de lentilles, de haricots secs et de pois chiches pour nos repas, bien que ces denrées peuvent être produites chez nous. Surtout que ce sont des légumineuses, des plantes écologiques qui puisent dans l’air les nutriments azotés que l’on apporte aux autres plantes sous forme d’engrais.

L’Europe doit aussi aider ses paysans à faire des plantations de haies et des systèmes d’agroforesterie qui combineront dans les prochaines décennies la production d’herbe et de céréales avec la production de bois d’œuvre et des fruits sur une même parcelle. C’est d’autant plus urgent que les forêts, du fait de leur forte densité de leur plantation, risquent au cours des prochaines décennies de souffrir beaucoup de la sécheresse et d’être ravagées par les incendies en raison du taux de mortalité qui ne cesse de progresser ces dernières années dans les massifs forestiers par manque d’eau. Mais il est vrai que l’on est loin de ces choses là dans le collège des commissaires européens. Surtout quand on est d’abord intéressé par les week-ends prolongés à Paris ou ailleurs, ainsi que récemment révélé la presse française à propos de Pierre Moscovici.

Cinq nouvelles catastrophiques en trois heures

Durant les trois heures passées à écrire cet article, quatre dépêches de l’Agence France Presse et une cinquième de Reuters sont venues confirmer l’urgence climatique, chacune à sa manière. La première indiquait que 60 baleines venaient d’être découvertes mortes et échouées sur les côtes du sud du Chili tandis que des chercheurs imputaient cette moralité élevée à la prolifération d’algues toxiques due au phénomène climatique El Nino, qui réchauffe la mer.

La seconde information provenait de Côte d’Ivoire où, dans le sud-est du pays, 20000 hectares de plantations de cacao ont été dévastés en quelques jours par des chenilles qui mangent les feuilles, les fleurs et même les jeunes pousses. La sécheresse est le principal facteur explicatif de cette prolifération des chenilles. Selon un responsable du ministère ivoirien de l’Agriculture, « la pluviométrie a beaucoup baissé dans la région depuis deux ans. De janvier à juin 2016, il y a eu seulement 13 jours de pluie contre 28 durant la même période en 2015 ».

La troisième information concernait l’agriculture en Ile-de-France où 30 000 hectares de terres agricoles ont été inondés il y a seulement huit semaines. Un agriculteur de l’Essonne racontait que ses pois protéagineux sont d’une couleur qui oscille entre le marron et le verdâtre au lieu d’être clairs, que ses blés ont des grains rachitiques, atrophiés par la fusariose, un champignon friand d’humidité. « Ils ne contiennent aucune farine, il n’y a que l’enveloppe du grain. C’est quasiment impossible à utiliser pour la filière meunière », précisait-il.

La quatrième dépêche nous apprenait les récentes pluies qui se sont abattues ces dernières semaines sur des terres agricoles proche de Pékin ont fait au moins 24 morts et 70 disparus, détruisant au passage quelques 7 000 logements ainsi que de nombreuses cultures

La cinquième dépêche, de Reuters, cette fois, nous indiquait que « la Terre devrait connaître en 2016, son année la plus chaude jamais enregistrée et le taux de dioxyde de carbone le plus élevé dans l’histoire, contribuant au réchauffement climatique » selon l’Organisation météorologique mondiale. Elle confirmait que « le mois de juin a été enregistré comme le 14ème mois consécutif avec des records de chaleur sur terre et sur mer » et que « la température moyenne des six premiers mois de 1016 était supérieure de 1,3°C à celle de l’ère préindustrielle à la fin du 19ème siècle. Dans ce panel de nouvelles tombées en moins d’une demi -journée chacune des quatre premières est une conséquence catastrophique du réchauffement climatique. La cinquième nous montre que les choses vont empirer de manière accélérée dans les prochaines années.

Surtout si on décide en haut lieu de croire qu’on peut les éviter en se contentant de mettre en place un marché du carbone à vocation spéculative.

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