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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 06:05

Par Yves Housson

Mardi, 9 Août, 2016

L'Humanité

L'éditorial de Michel Husson : "À l’échelle macroéconomique, le premier anniversaire de la loi Macron, qui devait « doper » la croissance, coïncide avec l’annonce d’une croissance zéro au deuxième trimestre, et un rebond du chômage ces derniers mois."

Déréglementons, et tout ira mieux. Avant d’être celui de la loi El Khomri, ce fut le credo de la loi Macron, dite « pour la croissance et l’activité ». Un an après son adoption, le ministre de l’Économie claironne une « réussite » qui aurait commencé à « changer le quotidien » des Français. Au concours des invraisemblances, lancé par le fameux « ça va mieux » de Hollande, qui l’emportera ? L’enflure des mots ne cache pas la misère des résultats. Principal titre de gloire avancé, le succès des transports interurbains par autocar a été obtenu, sans surprise dans un contexte de pouvoir d’achat en berne, grâce à des tarifs excessivement bas… dont les patrons des compagnies avouent, maintenant qu’ils ont raflé le marché, qu’ils ne vont pas durer. Et, quand les prix du bus auront remonté, le service public ferroviaire, lui, sera un peu plus affaibli, entre la mise à mort gouvernementale des trains de nuit et les menaces sur les trains Intercités…

Quant à l’extension du travail du dimanche, prétendument très attendue par les salariés du commerce, ceux-ci l’ont heureusement mise en échec en nombre d’endroits. Et, là où elle est appliquée, le miracle n’a pas eu lieu : selon les retours des commerçants, « il n’y a pas eu de hausse significative du chiffre d’affaires », constate un économiste. Les quelques emplois créés risquent fort, du coup, d’être à durée très limitée.

À l’échelle macroéconomique, le premier anniversaire de la loi Macron, qui devait « doper » la croissance, coïncide avec l’annonce d’une croissance zéro au deuxième trimestre, et un rebond du chômage ces derniers mois. Symbole, après le pacte de responsabilité, avant la loi travail, de la dérive libérale de la présidence Hollande, la loi Macron le démontre encore une fois : la déréglementation n’est pas le remède, mais bien une impasse économique. Socialement cher payée. Et propice aux pires aventures politiques. Il est encore temps d’en tirer les conséquences

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 05:59
«Il faut s'attaquer aux origines sociales de la violence»

L'HUMANITE

Entretien avec Olivier DARTIGOLLES

Le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, revient sur les attentats et les réponses à opposer au terrorisme. L'heure est selon lui à la réflexion et au débat démocratique, à la prise en compte des causes sociales plutôt qu'à l'enfermement sécuritaire.

La France a été frappée cet été par des attentats. La polémique a suivi celui de Nice. Que pensez-vous de l'attitude des habitants de SaintÉtienne-du-Rouvray à la suite de l'assassinat du père Hamel?

OLIVIER DARTIGOLLES

Après un tel choc, alors qu'un nouveau palier a été franchi dans l'abomination, il ne faut pas oublier une chose essentielle: le but ultime des terroristes est le basculement dans la haine pour créer un processus de division allant jusqu'à l'affrontement. La population de SaintÉtienne-du-Rouvray a réagi de manière remarquable, dans le respect de tous. Je crois que les paroles du maire ont marqué les esprits. Alors qu'après le massacre de Nice, le débat public était monopolisé par les surenchères indécentes et indignes de la droite, Hubert Wulfranc a parlé de l'État de droit et de la prochaine rentrée scolaire. Ce n'est pas rien de parler de la réponse éducative dans un tel moment. Il a appelé au discernement, à prendre le temps de la réflexion. Les solutions pour faire reculer les impasses sécuritaires, autoritaires et guerrières viendront aussi des territoires, des citoyens, des élus locaux, des associations. L'orientation de ces politiques publiques de proximité et les moyens pour les mener sont une question essentielle.

Que pensez-vous de la surenchère que certains alimentent à droite ?

OLIVIER DARTIGOLLES

Surenchère, oui, attisée par la compétition des primaires, mais qui dessine un choix de société qui n'est pas celle dans laquelle nous vivons. Le problème, c'est que cette droite a été confortée et renforcée par l'exécutif au cours des derniers mois, et le 21 juillet dernier avec le vote sans débat d'une nouvelle loi « antiterroriste » qui, en plus de la prorogation de six mois l'état d'urgence ¬ ce qui est déjà très préoccupant ¬, reprend des demandes de la droite, puisées dans le programme du FN, jusque-là repoussées. Cela est d'une exceptionnelle gravité. Notre pays mérite mieux.

Cet enfermement vers le tout-sécuritaire représente-t-il un danger pour l'État de droit et la démocratie ?

OLIVIER DARTIGOLLES

Après Charlie, le gouvernement n'a pas voulu tirer le meilleur de ce que notre société et notre République sont capables. Après le 13 novembre, le débat sur la déchéance de nationalité a ouvert les vannes au pire. Cela a été mis en échec, mais que de temps perdu. Après les derniers attentats, le pouvoir accentue ce qui jusque-là n'a apporté aucune solution: un état d'urgence inefficace, une fuite en avant sécuritaire et guerrière, une politique d'austérité qui provoque des dégâts considérables pour les vies et les territoires. Ce terreau est favorable à la propagande de haine des terroristes. Ça ne va pas mieux pour notre pays et c'est pourtant un chantier prioritaire pour faire reculer les menaces. Pas mieux quand on voit la dernière note de conjoncture de l'Insee, pas mieux avec les conditions de la mort du jeune Adama Traoré et le comportement inadmissible du parquet en réponse à une famille qui demande que la vérité soit faite, pas mieux avec les provocations du patronat ¬ des annonces faites par Patrick Drahi pour SFR à la caissière d'Auchan licenciée pour 85 centimes.

«Le pouvoir accentue une fuite en avant guerrière, une politique d'austérité qui provoque des dégâts considérables pour les vies et les territoires.» Que propose le PCF face au terrorisme, sur les plans national et international ?

OLIVIER DARTIGOLLES

Le débat démocratique et pluraliste est légitime et ne peut plus être à ce point cadenassé et empêché. Nos groupes parlementaires ont fait des propositions qui tiennent non pas au renforcement de l'arsenal législatif après chaque attentat, mais à des moyens renforcés et adaptés pour la sécurité, le renseignement de proximité, la justice. L'exécutif et la droite ne parlent que de répression alors que tous les spécialistes de ces questions insistent depuis des mois, sans que leurs avis ne soient pris en considération, sur la prévention et la réinsertion. Rien ne sera réglé si on ne s'attaque pas aux origines sociales de la violence ; c'est pourquoi le secrétaire national du PCF a proposé de déclarer un état d'urgence social afin de stopper les politiques d'austérité en déployant des moyens sans précédent de l'État et des services publics dans tous les territoires de la République. Il faut dans le même temps réaffirmer, avec plus de force et de constance, que la paix est la solution. La France doit changer en profondeur sa politique internationale pour bâtir la paix, apporter des solutions pacifiques et politiques durables au Proche-Orient et en Afrique, sous maîtrise de l'ONU.

«Les décisions prises par le PCF priorisent l'irruption dans le paysage politique d'un mandat populaire.» Comment le PCF prépare-t-il la rentrée alors que se profilent la présidentielle et les législatives de 2017 ?

OLIVIER DARTIGOLLES

Pierre Laurent s'exprimera lors de l'université du PCF qui se tiendra à Angers du 26 au 28 août. Cette intervention sera importante pour la prochaine période. La grande consultation citoyenne lancée par notre parti est plus que jamais un outil qui permet d'écouter et d'échanger. Quasiment systématiquement, les personnes qui ont consacré une vingtaine de minutes pour répondre au questionnaire nous disent merci... Pour 2017, il n'y aura pas de raccourcis, de « sauveur », de formule miracle. Les décisions prises par le PCF lors de son dernier congrès priorisent l'intervention citoyenne, l'irruption dans le paysage politique d'un mandat populaire. La prochaine Fête de l'Humanité en sera le cœur battant. Ça va se voir... et surtout se vivre partout dans les allées, les stands, les débats. Ce mandat populaire trouvera sa traduction dans un pacte d'engagements communs puis dans une votation citoyenne partout dans le pays.

Je mesure bien que cette façon de faire ne rentre pas dans la manière dont la présidentielle se présente. Raison de plus, car le présidentialisme, et tout ce qu'il provoque, est un verrou au changement et à un récit émancipateur qui dépasse 2017. La droite et le Front national peuvent être mis en difficulté et être battus en 2017. Le simple fait de fixer cet objectif est une bouffée d'oxygène face aux « fatalités » qui privent notre peuple d'imaginaire et d'espérance. Il va falloir oser.

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 05:55
Tomate du Maroc : juteuse pour l'Europe et toujours plus amère aux paysans

LES GRANDS ENJEUX POUR NOTRE PLANÈTE, PAR GÉRARD LE PUILL

Beaucoup de gros serristes européens se sont installés au Maroc pour bénéficier de marges élevées grâce aux bas salaires payés sur place.

En 2012, l'Union européenne a conclu un accord de libre échange avec le Maroc. Il permet à ce pays d'exporter chaque année des millions de tonnes de tomates, concombres, courgettes, melons, poivrons et autres légumes dans tous les pays de l'Union européenne. La France a ainsi importé 340 000 tonnes de tomates marocaines pour la seule année 2014 et sans doute encore davantage en 2015. Ce faisant, notre pays importe beaucoup d'eau du Maroc puisque 95 % du poids de la tomate est de l'eau. Cette eau exportée s'ajoute à celle utilisée dans le circuit d'alimentation de la plante dans cette culture irriguée.

Ces dernières années, l'auteur de ces lignes a été l'un des rares journalistes, voire le seul, à dénoncer régulièrement ces prélèvements en eau dans un pays qui souffre de sécheresses récurrentes alors que beaucoup de serristes de l'Union européenne s'y sont installés afin de bénéficier de marges élevées grâce aux bas salaires payés sur place. La production marocaine augmente aussi les marges des grandes surfaces hexagonales, qui vendent des légumes marocains ayant parcouru plus de 2 000 kilomètres en camions frigorifiques.

Mais voilà que le tribunal arbitral européen a été sollicité récemment pour tenter de régler certains litiges commerciaux avec le Maroc. Il a été saisi par le Front Polisario, qui revendique en droit le Sahara occidental et accuse le Maroc de lui voler l'eau des nappes phréatiques fossiles du désert pour faire pousser ses cultures d'exportation. Ces nappes, comme celles de l'Arabie saoudite, disposent de réserves d'eau datant de plusieurs milliers d'années. Mais elles ne se rechargent plus depuis longtemps, compte tenu des conditions climatiques.

Le tribunal arbitral européen n'a pas voulu prendre parti sur les raisons pour lesquelles le Front Polisario conteste la présence d'exploitations marocaines au Sahara occidental. Il ne met donc pas en cause la légitimité de ces exploitations agricoles « contrôlées par des personnes étrangères non indigènes ».

Mais il a retenu le fait que ces exploitations agricoles seraient « exclusivement orientées vers l'exportation et reposeraient sur l'extraction d'eau issue de bassins non renouvelables et située en profondeur ». La justice va suivre son cours dans cette affaire et il est difficile de savoir ce qu'il en sortira, en fin de compte. Mais que ce tribunal arbitral ait sanctionné en première instance le pillage des eaux souterraines non renouvelables d'une région désertique est encourageant pour ceux qui dénoncent ce pillage, qui se fait aussi au détriment des générations futures.

C'est pourquoi le moment est sans doute venu pour les consommateurs français de ne plus acheter des tomates, des concombres, des melons et des fraises en provenance du Maroc. C'est aussi une manière de dire qu'il est grand temps de relocaliser ces productions légumières qui poussent en serre, puisqu'on peut les cultiver à proximité des grands bassins de consommation, comme nous l'avons montré récemment dans « l'Humanité Dimanche

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 05:50

Face à la pression des syndicats productivistes agricoles, de nombreux élus du département, du patronat, de la CFDT, les riverains à l'origine du recours contre l'implantation de la nouvelle usine Sill s'expliquent dans Le Télégramme.

Guipavas Finistère

Sill. Les riverains « entrouvrent » la porte

Après la manifestation des salariés de la Sill, vendredi, dans la zone de Lavallot, les riverains à l'origine du recours contre l'implantation de la nouvelle usine ont souhaité expliciter leur point de vue. Le collectif, qui représente 24 familles, rappelle, en premier lieu, qu'il n'a « rien contre la Sill et les salariés qui y travaillent. » Sur le fond du dossier, il apporte aussi des précisions. « Si notre action impacte cette entreprise, c'est parce que cette parcelle n°6, qui lui a été proposée, n'était pas fiabilisée comme le pensait son P-DG. La présence de la nappe phréatique affleurante qui pose problème n'a pas été décelée par l'aménageur de la zone, qui aurait du faire effectuer les études hydrogéologiques nécessaires avant de la commercialiser, du fait de la proximité d'une source et d'une zone humide ». Et le collectif de s'interroger : « Pourquoi et de quoi sommes-nous responsables à ce niveau ? Conséquence : La future usine est prévue pour être construite sur pilotis : plusieurs centaines de pieux de 80 cm de diamètre enfoncés jusqu'à 10 m de profondeur vont traverser cette nappe.

« Prêts à travailler à l'évolution du dossier »

« Le recours est le droit le plus fondamental dans une démocratie », rappelle encore le collectif. « Notre démarche s'inscrit dans la légalité, le respect de la loi et des personnes » en déplorant les argumentaires de certains communiqués « qui décrédibilisent leurs auteurs, tout comme nous déplorons les pressions, les menaces, le chantage et les mensonges de certains acteurs. » « Non, nous ne sommes ni " égoïstes ", ni " preneurs d'otages ", encore moins " criminels ", etc. Nous ne sommes pas non plus opposés à la création d'emplois, mais dans une démarche responsable qui considère que le secteur économique peut se développer en respectant également les autres critères. Nous sommes prêts, pour ce qui nous concerne, à travailler à l'évolution de ce dossier. Cette information a été officiellement donnée le 4/08 aux personnes et institutions intéressées. »

Et l'article du Ouest-France: Guipavas. Usine de la Sill : les riverains réagissent
http://www.ouest-france.fr/bretagne/brest-29200/guipavas-usine-de-la-sill-les-riverains-reagissent-4411801

***

Lire les commentaires / sur le Site du télégramme ou sur le blog "Le Homard Enchaîné":

michel kerninon 09 Août 2016 à 23h46

Pas sûr que "toute " l'information sur le sujet ait donc été " normalement " et complètement portée à la connaissance des citoyens-lecteurs.
Un peu louche cette " union sacrée " apparente en faveur du projet. Sans que soient même portés à notre connaissance les tenants et aboutissants à la fois environnementaux et techniques justifiant le refus des riverains d'accepter une atteinte à leur cadre de vie.
Arguments qu'on découvre aujourd'hui publiquement dans le contenu de leur prise de position... Y'a donc un lézard.

Pierre-Yvon Boisnard 09 Août 2016 à 21h28

Les riverains n'entrouvrent pas la porte, ils ouvrent les yeux et les oreilles à qui veut bien entendre, voir et écouter avant de condamner.

Pierre-Yvon Boisnard 09 Août 2016 à 21h20

Il semblerait que le personnel de la SILL manquait d'information de la part la direction de la SILL.

Dominique RESMON 09 Août 2016 à 17h55

Encore un dossier industriel pris par le petit bout de la lorgnette et qui s'avère avoir des répercussions écologiques, environnementales et humaines importantes...
Beaucoup trop de dossiers de ce type dans le Finistère depuis quelques années...
Dans le cas de la SILL c'est quand même la troisième commune consécutive...pour ce projet!

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 05:44

Reportage

Paris : les migrants chassés sans relâche

Depuis plusieurs semaines, démantèlements et contrôles d’identité se multiplient dans la capitale. Les associations accusent de harcèlement les forces de l’ordre.

Les tractopelles sont arrivées peu de temps après les forces de l’ordre. Mardi, à l’heure du déjeuner, les quelque 200 réfugiés qui dormaient à même le trottoir de l’avenue de Flandre, dans le XIXe arrondissement de Paris, ont été emmenés dans quatre bus de la préfecture de police. Le campement de fortune a été rasé dans la foulée. Une «opération de contrôle», à ne pas confondre avec les évacuations de «mise à l’abri», menées jusqu’ici avec la mairie. Et dont la dernière remonte au 22 juillet, sur le camp situé entre les stations de métro Jaurès et Colonel-Fabien. Depuis, la stratégie de la préfecture, contactée parLibération, est tout autre :«Eviter la stagnation de migrants.» Certes,«certains réfugiés se verront proposer des solutions d’hébergement à l’issue de ces contrôles administratifs». Mais pour la plupart, la police le sait,«ils vont revenir». Autrement dit,«c’est comme vider la mer à la petite cuillère». Agathe, membre du Collectif parisien de soutien aux exilé-e-s, s’en désole :«On ne sait pas combien d’entre eux seront vraiment relogés. Et, comme d’habitude, certains iront au commissariat pour identification et seront ensuite remis à la rue. Sans parler de la situation déplorable réservée aux mineurs.»

Agathe était présente la veille, lundi, quand dix camions de CRS ont débarqué«discrètement» boulevard de la Villette, selon ce modus operandi utilisé depuis une dizaine de jours.«J’étais en train de discuter avec un jeune mineur, sur un banc, raconte-t-elle.Et là, d’un coup, nous nous sommes retrouvés entourés par la police qui est arrivée sans bruit, sur la pointe des pieds. Certains réfugiés ont sauté par-dessus la barrière du boulevard pour échapper à l’interpellation.» Une vingtaine de minutes, des contrôles d’identité et une nasse plus tard, environ 30 personnes de nationalité afghane ont été placées dans deux camions de CRS. Seuls 20 d’entre eux ont été relogés depuis dans un Formule 1, la préfecture assurant que«c’est le chiffre moyen de personnes à qui [elle] propose un hébergement» dans le cadre de ces opérations. Une sélection opérée selon«leurs dossiers et situations individuelles».

Si quelques-uns se voient donc proposer des solutions - souvent précaires - depuis une dizaine de jours, de nombreuses associations dénoncent le traitement par les pouvoirs publics de ces personnes originaires du Soudan, d’Erythrée, d’Ethiopie ou encore d’Afghanistan. En cause, ces interventions policières quasi quotidiennes, souvent qualifiées de«violentes» par les demandeurs d’asile. Les bénévoles, parlent, eux, d’un«véritable harcèlement». Un programme bien rodé, que la mairie de Paris - qui préfère prendre ses distances - qualifie de«stratégie de dispersion de la part de la préfecture»(lire ci-dessous) : les réfugiés délogés sont emmenés au commissariat où ils subissent un contrôle d’identité et de situation administrative. Certains y reçoivent alors des obligations de quitter le territoire français sous trente jours… Puis sont relâchés dans la rue, sans véritables solutions alternatives.

Une version corroborée par Ahmad, la vingtaine et d’origine soudanaise. Le document le sommant de quitter la France est soigneusement plié dans sa poche. Il n’en a cure :«Je ne vais pas retourner dans une zone que j’ai quittée à cause de la guerre. Je veux juste être aidé.» A ses côtés, Jad, 26 ans, qui vient lui aussi du Soudan. En France depuis deux mois, il vit dans une insécurité permanente. Régulièrement délogé, il bouge constamment, passe d’un bout d’asphalte à un autre :«Il n’y a nulle part où aller, la police vient tout le temps nous dire de partir, on se fait gazer.» Même chose pour Ali, 18 ans, qui a quitté le camp de Jaurès puis le boulevard de la Villette, après que les policiers lui ont crié«leave, leave !» Hatheam, 22 ans, a choisi pour sa part de s’installer sur une parcelle d’herbe de la Rotonde, place Stalingrad. Il a peur :«On se dispatche, car quand on est un groupe trop gros, la police vient nous déloger.» Il se dit également amer d’avoir«quitté [son] pays en guerre pour [se] retrouver dans cette situation».

Abdou, 25 ans, a eu, lui, plus de chance : il est actuellement logé à l’hôtel, après sept mois d’errance. Mais ce Soudanais aux chaussettes jacquard et lunettes de soleil sur le nez est las :«Parfois, la vie est tellement difficile que je me dis que j’aimerais mourir, comme ça, le calvaire serait terminé.» Sur son téléphone portable, il montre une photo de la manif des migrants de samedi, bloquée par les CRS. Sur l’image, une pancarte :«Honte à la France.»

Les associatifs, eux aussi, sont à vif.«Ces interventions quotidiennes, c’est vraiment pour décourager les gens, explique l’un d’eux.Elles ralentissent les réfugiés dans leurs démarches administratives et les empêchent de s’installer.» Pierre Henry, président de France terre d’asile, se désole de la situation mais parle aussi d’un phénomène «attendu, au plein cœur du mois d’août» : «On savait que les arrivées seraient plus nombreuses, avec 50 à 100 primo-arrivants par jour à Paris et en Ile-de-France.» Aline Pailler, ex-députée européenne apparentée PCF et productrice à France Culture, est elle aussi effarée :«C’est comme ce qui s’est passé pour les Roms, personne ne leur propose de solution et on les chasse violemment de lieu en lieu… Il n’y a aucune logique dans cette manière de procéder, puisqu’ils s’installent 20 mètres plus loin. Forcément, ils n’ont pas d’autre choix.» Elle est venue, avec sa fille, apporter des vêtements -«visiblement il y a besoin de chaussures d’hommes ici !» - et ne semble pas en revenir :«C’est une honte qu’on en soit arrivé là.»

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 05:41
1927: Sacco et Vanzetti sont électrocutés: la couverture de l'évènement par l'Humanité

Sacco et Vanzetti sont électrocutés

Les séries d'été de L'Humanité

ALEXANDRE COURBAN HISTORIEN ALEXANDRE COURBAN HISTORIEN

VENDREDI, 29 JUILLET, 2016

Un jour dans L'Humanité. Au mois d’août 1927, deux éditions spéciales paraissent. L’une pour annoncer leur sursis, l’autre leur exécution qualifiée de « déclaration de guerre à la classe ouvrière ».

Dans la nuit du mercredi 10 août au jeudi 11 août 1927, une édition spéciale de l’Humanité est mise sous presse à l’Imprimerie française, rue Montmartre. Comme l’écrit Paul Vaillant-Couturier dans son éditorial, « la nuit horrible de veille (vient) de se terminer par un coup de théâtre ». Et le rédacteur en chef du quotidien communiste de préciser : « Le sursis est accordé… Sacco et Vanzetti sont vivants. » La dernière dépêche en provenance de Boston, aux états-Unis, annonçant que « toute décision concernant l’exécution (était) ajournée jusqu’au 22 août » a conduit la direction de l’Humanité à sortir ce numéro particulier. Depuis sa nomination au poste de rédacteur en chef en avril 1926, Paul Vaillant-Couturier entend faire de l’Humanité « le grand quotidien d’information de classe des travailleurs ». L’affaire Sacco et Vanzetti lui en donne pleinement l’occasion.

« Et les bourgeois eux-mêmes qui veulent savoir achètent, pour une fois, l’Humanité »

Le tirage de cette édition spéciale uniquement diffusée en région parisienne s’élèverait à 80 000 exemplaires ; ce qui équivaut à la moitié de la vente journalière totale en 1927. Le quotidien communiste revendique le lendemain avoir été « avant tous les autres, le premier de tous les journaux » à avoir annoncé la décision du gouverneur Fuller. Et d’ajouter : « C’était la ruée de la foule sur les boulevards, aux Halles, dans tous les quartiers sur nos camelots, portant des milliers d’exemplaires de l’Humanité, que Paris ouvrier s’arrachait. » On peut lire plus loin : « Et les bourgeois eux-mêmes qui veulent savoir, avec une grimace, achètent, pour une fois, l’Humanité. Mais chez eux, c’est curiosité, besoin d’informations, que nous sommes seuls à donner, et ils ne participent guère à l’allégresse populaire. » Une déclaration du bureau politique du Parti communiste publiée le lendemain « témoigne sa satisfaction à la rédaction de l’Humanité, à l’équipe des techniciens de l’imprimerie et à l’administration du journal pour le bel effort et les résultats obtenus au cours de la campagne Sacco et Vanzetti ». Le compliment est suffisamment rare pour être porté à la connaissance des lecteurs du journal. La priorité donnée à l’information – véritable leitmotiv de Paul Vaillant-Couturier – s’avère un choix payant.

Voilà plusieurs années déjà que l’Humanité rend compte de la situation de Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti. La mobilisation en faveur de la révision du procès des deux anarchistes italiens, condamnés à mort pour avoir soi-disant participé à un hold-up, est désormais mondiale.

Un rassemblement est convoqué au Pré-Saint-Gervais le dimanche 21 août 1927

Dans les jours qui suivent la parution de cette édition spéciale, l’Humanité rend compte de la multiplication des actions pour « arracher Sacco et Vanzetti à la chaise électrique ». Des photographies sont publiées, donnant à voir les multiples manifestations organisées, en particulier à Londres et à New York. Un rassemblement est convoqué au Pré-Saint-Gervais le dimanche 21 août 1927. Malgré une « pluie battante », les « travailleurs parisiens » sont présents au rendez-vous. L’Humanité espère encore la grâce du président des États-Unis Calvin Coolidge après le rejet des divers recours juridiques.

Dans la nuit du dimanche 22 août au lundi 23 août, une nouvelle édition spéciale de l’Humanité est imprimée. « Électrocutés ! Le prolétariat les vengera ! » La dépêche de Boston annonçant leur exécution est tombée à 5 h 30, heure française. Une heure plus tard, l’édition spéciale de l’Humanité est en vente, non seulement à Paris, mais aussi en banlieue parisienne et même au-delà. Des exemplaires sont expédiés par le train à Creil, Soissons et Lille pour y être vendus à la criée. Au total, le tirage de cette édition funeste s’élève officiellement à 192 000 exemplaires. Une nouvelle fois, le quotidien communiste a décidé de donner la priorité à l’information, qui plus est une information considérée comme une « déclaration de guerre » à l’encontre du « prolétariat » pour reprendre les mots de Paul Vaillant-Couturier. Comme le précise un rédacteur anonyme du journal dans son édition du lendemain : « L’Humanité n’a fait que son devoir en ces circonstances tragiques, mais qu’il nous soit cependant permis de constater que le journal de la classe ouvrière a été en mesure d’informer les ouvriers de Paris du crime du capital yankee, moins d’une heure après le martyre de nos deux camarades. L’Humanité, au point de vue technique, peut maintenant rivaliser avec les plus grands journaux de la bourgeoisie. »

Dans l’Humanité du 11 aout 1927 (édition spéciale) par Paul Vaillant-Couturier

« Au bord de l’assassinat, le capitalisme le plus brutal, le plus cynique, le mieux outillé, l’impérialisme aux rouages broyeurs d’acier trempé, le régime-exemple de la dictature bourgeoise, le capitalisme américain a dû céder. (…) Sacco et Vanzetti, qui devaient être exécutés cette nuit après 2 213 jours de torture et 24 jours de grève de la faim, SONT VIVANTS. Miracle du soulèvement de la conscience prolétarienne universelle ! À la face de l’ennemi capitaliste international et malgré des défections honteuses, comme celle de l’American Federation of Labour, le prolétariat mondial s’est manifesté comme une réalité tangible. (…) Sursis ? Sans doute ! Mais qui pourrait désormais oser faire de ce sursis une torture supplémentaire, un nouveau et atroce délai de souffrance avant l’exécution ? »

Joan baez Sacco et Vanzetti
extrait du film (et archives de l'époque a 6 minutes) : http://www.dailymotion.com/video/x2pl47_sacco-vanzetti_shortfilms

paroles en français de georges mous
taki:

http://artists.letssingit.com/georges-moustaki-lyrics-la-marche-de-sacco-et-vanzetti-heres-to-you-w19gwdg

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 05:28

Après la réunion publique du vendredi 10 juin à Plourin, riche des nombreuses interventions et des témoignages des participants la décision avait été prise de prendre contact largement avec la population, au premier chef concernée par les conditions de fonctionnement de l’hôpital public.

Le samedi 16 juillet les militants du comité de défense étaient présents sur le marché de Morlaix pour distribuer un tract décrivant la situation, les inquiétudes quant à l’avenir du centre hospitalier encore aggravées par la mise en place, à marche forcée, du Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) du Nord-Finistère.


Comme nous étions assez nombreux, ce fut aussi l’occasion d’échanger avec les chalands du marché.

Parmi les thèmes abordés l’inquiétude liée aux menaces programmées sur certains services (psychiatrie, maternité, pneumologie, chirurgie, …), la remise en cause de l’activité de proximité et les conséquences sur les patients et leurs proches contraints à de nombreux déplacements à Brest ou plus loin.

De nombreux témoignages aussi sur la dégradation des conditions de soins et de travail de la part de familles de malades, d’agents hospitaliers soumis à une véritable souffrance. Souffrance se répercutant aussi sur leur vie familiale et générant stress et arrêts de travail. Une mère de famille nous indiquant que sa fille, agent hospitalier à Morlaix, n’en pouvait plus et était prête à craquer. Une autre, retraitée, témoignait de la dégradation par rapport à sa période d’activité.


Un samedi matin de mi-juillet ensoleillé… forcément il y avait beaucoup d’estivants sur le marché. L’occasion, dans les échanges, s’il en était besoin, de vérifier que la loi Touraine, dans la même logique que la loi Bachelot et la politique générale du gouvernement produisent les mêmes effets dans tout le pays. Comment en serait-il autrement lorsque l’on sait qu’il prévoit de supprimer jusqu’en 2017 10 milliards d’euros sur la politique de santé dont 3 milliards sur le financement de l’Hôpital public. Parmi les témoignages me reste en mémoire celui de ce couple d’hospitaliers morbihannais dont le mari, quoi qu’il lui en ait coûté financièrement, se vit contraint de prendre sa retraite anticipée tant les conditions d’exercice lui étaient devenues insupportables.

Morlaix 04.08.2016

Alain DAVID

Nouvelle présence sur le marché :

Les adhérent-e-s du comité de défense vous attendent de nouveau sur le marché de Morlaix samedi 13 août, à partir de 10 H 30.

En fonction du nombre de personnes disponibles, nous serons devant la mairie et/ou en haut à l'angle de la rue piétonne et de la place Allende. N'hésitez-pas à venir nous rejoindre pour discuter et nous aider à faire connaître le collectif auprès d'un large public, en pièce jointe le tract que nous distribuerons.

Amicalement

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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 08:42
Carte postale représentant un homme bandant ses muscles, vers 1913

Carte postale représentant un homme bandant ses muscles, vers 1913

Propriétaire entre 1996 et 2015 du concours de beauté Miss USA, M. Donald Trump avait promis « de réduire la taille des maillots de bain et d’augmenter la hauteur des talons ». Le jour de l’édition 2005, il clamait : « Si vous voulez voir un génie, n’allumez pas votre télévision ce soir ; mais si vous voulez voir une très belle femme, vous devriez regarder. »Le milliardaire a fait l’objet de plusieurs plaintes pour viol, dont l’une concernant une adolescente de 13 ans. Tout en se vantant sans relâche de ses propres conquêtes et exploits sexuels, il avait envisagé en 2007 de produire un reality-show dans lequel des jeunes filles « aimant faire la fête » seraient envoyées dans un pensionnat où on leur « apprendrait les bonnes manières ».

Sa passion pour la plastique féminine va de pair avec une profonde répulsion pour le corps des femmes. L’avocate Elizabeth Beck a raconté (CNN, 29 juillet 2015) qu’en 2011 elle avait dû interrompre une réunion pour aller tirer son lait ; M. Trump s’était alors levé, le visage rouge, et avait agité son index dans sa direction en répétant : « Vous êtes dégoûtante ! » Traumatisé par une interview tendue avec la journaliste de la Fox Megyn Kelly, il frissonnait : « Vous pouviez voir du sang jaillir de ses yeux, de son… Bref ! » (CNN, 7 août 2015). Et, le 21 décembre 2015, au cours d’un meeting, il commentait une brève absence de Mme Hillary Clinton, qui avait profité d’une pause publicitaire pendant un débat du Parti démocrate pour se rendre aux toilettes : « Je sais où elle est allée. C’est trop dégoûtant, je ne veux pas en parler. Non, ne le dites pas ! »

Sa passion pour la plastique féminine va de pair avec une profonde répulsion pour le corps des femmes. L’avocate Elizabeth Beck a raconté (CNN, 29 juillet 2015) qu’en 2011 elle avait dû interrompre une réunion pour aller tirer son lait; M. Trump s’était alors levé, le visage rouge, et avait agité son index dans sa direction en répétant: «Vous êtes dégoûtante!» Traumatisé par une interview tendue avec la journaliste de la Fox Megyn Kelly, il frissonnait: «Vous pouviez voir du sang jaillir de ses yeux, de son… Bref!» (CNN, 7 août 2015). Et, le 21 décembre 2015, au cours d’un meeting, il commentait une brève absence de Mme Hillary Clinton, qui avait profité d’une pause publicitaire pendant un débat du Parti démocrate pour se rendre aux toilettes: «Je sais où elle est allée. C’est trop dégoûtant, je ne veux pas en parler. Non, ne le dites pas!»

Le symbole laisse rêveur: la première femme à accéder à l’investiture pour l’élection présidentielle dans l’histoire des États-Unis affronte un homme qui se distingue par un étalage de misogynie virulente. «Vous savez, elle joue la carte féminine. Sans cela, elle n’aurait aucune chance de gagner», a lancé le candidat républicain à propos de Mme Clinton lors d’un meeting, le 7 mai. Rien d’étonnant: quand un membre d’un groupe marginalisé – une femme, un Noir – vient jouer les trouble-fête sur la scène politique, «on lui reproche d’injecter des questions identitaires dans le débat, comme si cela détournait l’attention des vrais sujets», observe Jackson Katz3. Or, soutient l’essayiste, l’élection présidentielle américaine a toujours été une affaire d’identité. Sauf qu’auparavant personne ne le remarquait, car la seule identité qu’elle mettait en jeu était la masculinité – et, jusqu’à M. Barack Obama, la masculinité blanche.

«Une version à peine plus sophistiquée d’un concours de popularité entre adolescents mâles»: voilà, selon Katz, à quoi s’apparente la course au titre de leader du monde libre. Comme au lycée, le pire est de passer pour une «mauviette»4; et, comme au lycée, ceux qui fournissent des efforts trop voyants pour avoir l’air à leur avantage ne peuvent espérer aucune pitié. En 1988, le démocrate Michael Dukakis avait épargné aux républicains la fatigue de le ridiculiser eux-mêmes quand il avait cru bon de se faire filmer paradant à bord d’un tank, un casque sur la tête: on aurait dit un garçon de 4 ans effectuant son premier tour de manège. En 2004, le candidat John Kerry, tentant de rivaliser avec l’image de cow-boy du président sortant, M. George W. Bush, avait convié les photographes à une partie de chasse dans l’Ohio; les conservateurs avaient ricané de l’aspect un peu trop neuf de sa veste.

Cette année, cependant, M. Trump et ses concurrents de la primaire républicaine ont réussi la prouesse de se livrer à une version littérale du concours de celui qui a la plus grosse. En mai, M. Marco Rubio a insinué que le vieux play-boy au teint orange avait un tout petit pénis; l’intéressé a démenti en fanfaronnant. En janvier, lui-même s’était moqué d’une paire de bottines à talonnettes arborée par le sénateur de Floride, obligeant celui-ci à contre-attaquer en parlant football américain et armes à feu. Voir le débat politique sombrer dans de tels abysses inquiète jusqu’au militant masculiniste Dean Esmay: «On a une bulle de la dette étudiante sur le point d’exploser, une classe moyenne en cours de désintégration5…» Encore un intello efféminé qui ne sait pas s’amuser.

M. Trump se vantait, lors d’un meeting, de pouvoir «tirer sur quelqu’un au milieu de la 5e Avenue sans perdre un seul vote». S’il était élu, son profil de président «petite frappe» ne serait toutefois pas une innovation. M. Vladimir Poutine en Russie, M. Nicolas Sarkozy en France (2007-2012), M. Rodrigo Duterte aux Philippines… Le premier voulait «aller buter les terroristes jusque dans les chiottes» (septembre 1999); le deuxième, «nettoyer au Kärcher» la cité des 4000 à La Courneuve (19 juin 2005); le troisième, élu le 9 mai dernier, a promis la mort de «cent mille délinquants dont les cadavres iront engraisser les poissons de la baie de Manille6».

Dans chaque pays, cet hypervirilisme prend racine dans une histoire particulière. Aux États-Unis, c’est Richard Nixon qui, dans les années 1970, a le premier eu l’idée d’exploiter le ressentiment des hommes blancs des classes populaires; non pas en leur redonnant la dignité économique qui leur avait été volée avec la complicité du Parti républicain, mais en plaçant le débat sur le terrain des «valeurs»7 et en les incitant à diriger plutôt leur colère contre les femmes libérées, les hippies, les minorités.

Nul n’aura incarné la réussite de cette stratégie mieux que Ronald Reagan. Face à un Jimmy Carter dont le crédit avait été sapé par une interminable prise d’otages (quatre cent quarante-quatre jours) à l’ambassade américaine de Téhéran, il apparut en 1980 comme un rédempteur. Sa carrière hollywoodienne lui permit de réactiver le mythe du cow-boy, ce paroxysme de la virilité blanche, recourant volontiers à la violence dans un monde impitoyable. «This is Reagan country» («Ceci est le pays de Reagan»), disait un slogan pour sa réélection en 1984 – allusion transparente à celui des célèbres publicités pour cigarettes mettant en scène un cow-boy, «This is Marlboro country». Bien sûr, tout cela entretenait peu de rapports avec la réalité. L’un de ses anciens stratèges de campagne a raconté comment un jour, alors que, candidat au poste de gouverneur de Californie, il devait aller se promener à cheval avec une journaliste, il était apparu vêtu d’un pantalon jodhpur – sa tenue habituelle pour monter. Accablé, son conseiller l’avait immédiatement envoyé se changer: «Tu vas passer pour une chochotte de la côte Est! Les électeurs californiens veulent que tu sois un cow-boy!»

Autre réminiscence du Far West: un candidat au poste suprême se doit d’afficher sa détermination à «protéger sa famille». En 1988, M. Dukakis a définitivement sabordé une carrière politique déjà bien compromise par l’affaire du tank quand, interrogé sur ce qu’il ferait si son épouse était violée et assassinée, il s’est contenté de répondre que, à son avis, la peine de mort n’était pas la solution. Détaillant la spectaculaire crispation antiféministe qui a suivi le 11-Septembre8, l’essayiste Susan Faludi a montré comment, en réaction aux attentats, les Américains se sont mis à produire à jet continu des récits fantasmatiques de sauvetages de faibles femmes par des héros musculeux. L’humiliation infligée par la soudaine découverte de leur vulnérabilité les ramenait à la première «guerre contre la terreur» que la nation ait connue: celle des colons face aux incursions indiennes. Réécrite pour les besoins de la propagande, l’histoire du sauvetage de la soldate Jessica Lynch en Irak en 20039 faisait ainsi écho à La Prisonnière du désert de John Ford (1956). Un clip pour la réélection de M. Bush en 2004 mettait en scène le président serrant dans ses bras une adolescente, Ashley, dont la mère avait péri dans l’attentat du World Trade Center, tandis que la jeune fille disait en voix off: «Il est l’homme le plus puissant du monde et tout ce qu’il veut, c’est s’assurer que je suis en sécurité.»

On l’aura compris: dans cette surenchère de postures viriles agressives, les démocrates partent avec un désavantage structurel. Cependant, Katz a une remarque intéressante: nombre d’entre eux se laissent entraîner sur le terrain idéologique de l’adversaire – quand ils ne droitisent pas tous azimuts leur discours, comme en témoigne la politique étrangère prônée par Mme Clinton. Ils apparaissent alors fatalement comme hésitants et pusillanimes. À cet égard, la candidature de M. Bernie Sanders à l’investiture démocrate a marqué un tournant. En assumant sans complexes ses convictions de gauche, le sénateur du Vermont a réussi à ramener une partie des hommes blancs des classes populaires dans le giron (si l’on ose dire) du parti. Il s’est même offert le luxe de l’autodérision, affirmant lors d’un meeting en Californie, en mai, qu’il était «typiquement l’homme [du magazine masculin] GQ» (Daily Republic, 19 mai 2016). Sur Instagram, on l’a vu poser, souriant, avec un chapeau rouge vif et ce commentaire: «Enfin chopé ce look GQ.» Une pointe d’humour dans un océan de testostérone: voilà qui ne fait pas de mal…

  • 1.Andrew Kaczynski, «Donald Trump said a lot of gross things about women on ‘Howard Stern’», Buzzfeed.com, 24 février 2016.
  • 2.Steven Zeitchik, «Trump’s “Lady” comes to Fox», Variety.com, 12 juin 2007.
  • 3.Jackson Katz, Man Enough? Donald Trump, Hillary Clinton, and the Politics of Presidential Masculinity, Interlink Books, Northampton, 2016. La plupart des anecdotes citées ici en sont tirées.
  • 4.Cf. Stephen J. Ducat, The Wimp Factor. Gender Gaps, Holy Wars, & the Politics of the Anxious Masculinity, Beacon Press, Boston, 2005.
  • 5.Hannah Levintova, «Even some men’s rights activists are worried about a Trump presidency», Mother Jones, San Francisco, 20 mai 2016.
  • 6.Cf. Harold Thibault, «Aux Philippines, ‘Duterte Harry’, le candidat à la présidence partisan des escadrons de la mort», Le Monde, 29 février 2016.
  • 7.Cf. Thomas Frank, Pourquoi les pauvres votent à droite, Agone, Marseille, 2013.
  • 8.Susan Faludi, The Terror Dream. Fear and Fantasy in Post 9/11 America, Metropolitan Books, New York, 2007.
  • 9.Lire Ignacio Ramonet, «Mensonges d’État», Le Monde diplomatique, juillet 2003.

Paru dans Le Monde diplomatique d’août 2016

"Moumoutes, flingues et talonnettes": le machisme échevelé de la politique américaine dont Donald Trump constitue l'apothéose, par Mona Chollet ( Le Monde Diplomatique, août 2016): ou comment la démocratie libérale post-moderne redécouvre les Cavernes de Neandertal!
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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 07:15

En juillet, les prisons françaises comptaient 69 375 détenus pour une capacité de 58 311 places. Un record qui n’avait pas été atteint depuis avril 2014.

La mission de la prison républicaine est en partie mais inséparablement de réintégrer le détenu au terme de sa détention dans la communauté civique. Quelle possibilité pour cela si les conditions de détention sont indignes et génèrent du stress, de la violence? De manière générale, le degré de civilisation d'une société se mesure à la manière dont elle traite ses êtres les plus vulnérables: vieux, enfants, bêtes, fous, prisonniers... On est loin du compte!

Cela interroge aussi sur la législation pénale: sachant qu'une bonne proportion des prisonniers sont des trafiquants de cannabis, et que la prison ne les rend souvent pas plus honnêtes et pas plus tendres, mais surtout pas plus en mesure de s'intégrer économiquement et socialement par des voies légales, n'y a t-il pas urgence à remettre en débat la dépénalisation du cannabis, pour mettre fin à toute cette économie illégale de la drogue, cet argent facilement et mal gagné pour les jeunes, qui génère aussi beaucoup de criminalité, de danger par rapport à la santé publique, en envisageant une légalisation sous contrôle public comme aux Pays-Bas?

Les partisans du "tout répressif", motivés souvent par la démagogie puisque que l'instinct populaire veut souvent semble t-il, surtout quand le discours médiatique célèbre les victimes et surmédiatise les drames indépendamment des explications rationnelles, la punition exemplaire et la plus sévère pour autrui, devraient se rendre à l'évidence: la prison, surtout quand elle est surpeuplée et manque de moyens, ne fait pas suffisamment revenir les citoyens qui ont fauté dans le droit chemin, et ne protège pas suffisamment la société.

Par ailleurs, ne faut-il pas reconnaître que la prison est aujourd'hui un moyen de gérer, très mal et de manière très inefficace et contre-productive, les conséquences pathologiques d'un système social et économique inégalitaire, qui rejette dans la marginalité sociale des périphéries urbaines et des enfants de l'immigration pour lesquels l'accès au travail et à des conditions de vie décentes est très compliqué? Ce n'est pas être angélique de rappeler que la prison est toujours un échec pour la société et que c'est une société d'intégration basée sur la justice et une volonté d'égalité d'accès aux droits, mais aussi sur des valeurs communes solides, autre chose que le capitalisme sauvage et l'argent roi, qui peuvent réduire les crimes et délits.

I. D

En juillet, les prisons françaises comptaient 69 375 détenus pour une capacité de 58 311 places. Un record qui n’avait pas été atteint depuis avril 2014. 11 000 détenus de trop!

Dans la région parisienne par exemple, celles de Fresnes ou de Fleury enregistrent des taux d’occupation de 200 %.

Adeline Hazan décrit bien les conséquences de cette surpopulation carcérale: "Que ce soit pour la société ou pour l’individu incarcéré, elle a des conséquences catastrophiques. L’administration pénitentiaire ne dispose pas d’assez de moyens pour préparer des projets de réinsertion. En outre, la forte proximité crée de la violence et des tensions entre les codétenus, mais aussi entre détenus et surveillants.

Aujourd’hui, les droits fondamentaux des détenus ne sont pas respectés, comme le droit aux liens familiaux ou le droit à la santé, puisqu’il n’y a pas assez de médecins pour voir tout le monde. Les prisons françaises sont des cocottes-minute, il pourrait se passer n’importe quoi".

" Plus on construit de places dans les prisons, plus elles se remplissent. Il faut créer un certain nombre de places, mais pas au niveau qu’on entend aujourd’hui dans la bouche de certaines personnalités politiques. L’ancienne garde des sceaux, Christiane Taubira, avait annoncé 6 000 places supplémentaires, c’est amplement suffisant.

La bonne solution face à la surpopulation carcérale, c’est de développer des alternatives à l’incarcération, comme les contraintes pénales, ou des libérations sous contrainte."

A lire en intégralité, cet article du journal Le Monde constitué d'un entretien avec Adeline Hazan, contrôleuse générale des prisons, ancienne députée socialiste: Surpopulation : « Les prisons françaises sont des cocottes-minute »

Surpopulation : « Les prisons françaises sont des cocottes-minute »
http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/08/08/surpopulation-carcerale-le-numerus-clausus-une-question-de-courage-politique-adeline-hazan-controleure-generale-des-lieux-de-privation-de-liberte-surpopulation-les-p_4980010_1653578.html

En juillet, les prisons françaises comptaient 69 375 détenus pour une capacité de 58 311 places. Un record qui n’avait pas été atteint depuis avril 2014.

Surpopulation carcérale: "les prisons françaises sont des cocottes-minute" (Marine Forestier/ Adeleine Hazan: Le Monde, 8 août 2016): 69 375 détenus pour 58 311 places, des prisonniers qui dorment sur des matelas à même le sol!
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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 06:50
Histoire secrète du Patronat, 23€ aux éditions La Découverte (2014): Fréderic Charpier, Benoît Collombat, Martine Orange, Erwan Seznec, David Servenay: un usuel à se procurer de toute urgence!

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