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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 07:18
Infographie l'humanité sur les monopoles capitalistes dans les médias: les grands groupes médiatiques au service des intérêts politiques et économiques des milliardaires les plus riches de France

Infographie l'humanité sur les monopoles capitalistes dans les médias: les grands groupes médiatiques au service des intérêts politiques et économiques des milliardaires les plus riches de France

Médias. Le 4e pouvoir aux mains du CAC 40

CLAUDE BAUDRY

LUNDI, 1 AOÛT, 2016

L'HUMANITÉ

Les opérations de rachat de titres de presse, de chaînes de radio ou de télévision par de grands groupes financiers font florès depuis quelques décennies. Le quotidien que vous tenez entre les mains est un ovni dans cette galaxie.

Ils sont milliardaires, leurs groupes forment une galaxie géante qui règne sur l’information de ce pays. Sans être exhaustifs, c’est ce que nous avons voulu montrer avec cette infographie qui témoigne de la concentration de plus en plus forte des médias. L’Humanité en est absente. Parce que le quotidien fondé par Jaurès n’est pas adossé, d’une manière ou d’une autre, à ces groupes dont la presse et les médias ne représentent en fait qu’une partie parfois infime de leurs activités industrielles ou financières.

Depuis plusieurs mois, les lecteurs et amis, les militants, les équipes du journal, journalistes et employés, se mobilisent pour assurer un avenir à leur journal dans le cadre de la campagne « Printemps de l’Humanité » lancée après l’alerte de PatrickLe Hyaric, son directeur, dans ces colonnes...

Les nombreux témoignages que nous publions depuis des semaines montrent le rôle original que joue l’Humanité dans le paysage de la presse française. Une voix différente, parfois raillée, souvent occultée, mais une voix qui compte par exemple sur le front des luttes sociales, des enjeux politiques, économiques et sociaux, internationaux, de la culture, dans le débat d’idées et la nécessaire confrontation qu’exige la situation.

L’Humanité sous protection citoyenne poursuit son combat avec, selon la formule de Patrick Le Hyaric, toujours la même « flamme indocile ». « Ce n’est pas un hasard si l’Huma, le journal, est menacé au moment où l’humain est tenu pour quantité négligeable par toutes sortes de financiers et de politiques qui ont construit les systèmes les plus sophistiqués pour accaparer les fortunes les plus considérables », argumentait dans les colonnes de l’Humanité Denis Sieffert, directeur de Politis, hebdomadaire qui, comme l’Humanité Dimanche, est indépendant des pouvoirs financiers. Pour le psychanalyste Roland Gori, l’Humanité est « la voix du peuple aujourd’hui recouverte par les haut-parleurs des industries médiatiques ». Pour que vive l’Humanité, Jeanne Puchol, dessinatrice de bande dessinée, a imaginé quant à elle un personnage portant une pancarte : « Je suis l’Humanité pour la liberté d’expression. »

Et puis il y a ces dons de lectrices et de lecteurs qui s’amplifient et ces mots qui traduisent leur attachement à ce journalpas comme les autres. Comme Marina et Didier, pour qui :« plus qu’un journal d’information, en lisant l’Huma et l’HumaDimanche, on est proches de tous ceux qui sont laissés pour compte ». Pour eux aussi, il faut que l’Humanité vive pour aider à bâtir une alternative politique.

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 05:51
Union forcée autour de Hillary Clinton - par John R. Mac Arthur (Le Monde Diplomatique, août 2016)

Dans une chronique du 24 mai 2016, l’éditorialiste conservateur du New York Times David Brooks s’interrogeait : « Pourquoi Hillary Clinton est-elle si impopulaire ? » Plutôt que de chercher la réponse dans son bilan politique, il se penchait sur sa psychologie. « Je commencerai mon explication par cette interrogation : pouvez-vous me dire ce que fait Hillary Clinton pour s’amuser ? »

Si l’ancienne première dame peine à séduire, ce serait avant tout à cause de son tempérament : constamment absorbée par sa carrière, elle manquerait de joie de vivre. « Son impopularité est celle d’un bourreau de travail », affirme Brooks, ce qui la mettrait « en décalage avec les mœurs de l’époque des réseaux sociaux, qui valorisent l’intimité et la vulnérabilité ». Cette mansuétude peut surprendre de la part d’un éditorialiste proche du Parti républicain. Mais le rejet de M. Donald Trump est tel que l’on assiste à des alliances (en apparence) insolites.

À lire Brooks, on croirait que Mme Clinton débarque dans la vie politique américaine, alors u’elle a été successivement première dame des États-Unis, sénatrice et secrétaire d’État. A-t-il oublié son engagement en faveur de l’invasion de l’Irak en 2003, ses trois discours rémunérés 225 000 dollars (202 000 euros) chacun devant les banquiers de Goldman Sachs, son soutien indéfectible aux accords de libre-échange, son appui au renversement du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi ? Et que dire du conflit d’intérêts impliquant la Fondation Clinton — sorte de multinationale familiale de la philanthropie — quand Mme Clinton servait l’administration Obama ? Selon le New York Times (18 octobre 2015), des cadres de la fondation ont réussi, par un intense travail de lobbying auprès de la secrétaire d’État, à faire transférer de l’argent destiné à un programme fédéral de lutte contre le sida au Rwanda vers un de leurs programmes de formation.

Cela sans évoquer la proximité de la candidate démocrate avec Wall Street, dont les têtes de pont financent à la fois sa campagne et sa fondation. Même M. Trump a donné à la boutique des Clinton: plus de 100 000 dollars en 2009. Il faut dire que le milliardaire s'est longtemps montré chaleureux envers le couple, qu'il avait invité à son troisième mariage, en janvier 2005. A l'église, "Bill et Hillary" étaient installés au premier rang et, à voir leur sourires radieux, ils ont passé un excellent moment. Voilà comment s'amuse Mme Clinton.

En fait, voter pour Mme Clinton en novembre, c'est opter pour un couple inséparable, dont chaque membre est le plus proche conseiller de l'autre. D'ailleurs, l'ancienne secrétaire d'Etat a d'ores et déjà annoncé la couleur. Si elle emporte l'élection, c'est son époux qui conduira sa politique économique: il aura la charge de "revitaliser l'économie, parce qu'il sait comment faire", a t-elle déclaré lors d'un meeting dans le Kentucky, le 15 mai 2016.

Selon l'image qu'elle se plaît à donner, Mme Clinton se passionne pour le sort des enfants. Cette passion serait née il y a plus de trente ans, quand son mari était gouverneur de l'Arkansas. Elle s'est alors associée à des organisations charitables comme le Children's Defense Fund, dans l'espoir de bâtir sa légende de femme généreuse. Pourtant, pendant ses années sudistes, c'est à une tout autre cause qu'elle a consacré ses journées: de 1977 à 1992, elle a travaillé pour le cabinet d'avocats Rose, en se spécialisant dans la question des brevets et de la propriété intellectuelle. Incarnation de la collusion entre establishment politique et milieux d'affaires de l'Arkansas, le cabinet comptait parmi ses clients Walmart, la tentaculaire chaîne d'hypermarchés connue pour sa détestation des syndicats et son amour des produits fabriqués à bas coûts dans des pays où la main d'oeuvre est corvéable à merci.

A l'aise avec l'administration Bush

Les Etats de service de l'avocate Clinton lui ont ouvert les portes du conseil d'administration de la multinationale, auquel elle a siégé de 1986 à 1992, en touchant pour cela 18 000 dollars par an (soit environ 31 000 dollars actuels, en tenant compte de l'inflation). Politesse oblige, elle s'est toujours gardée d'évoquer publiquement les sujets susceptibles de fâcher la société de Bentonville, et en particulier sa politique de compression salariale. Il est pourtant difficile d'élever des enfants en gagnant 19 427 dollars par an - le salaire moyen actuel d'un caissier de Walmart. De retour d'un voyage dans le sud des Etats-Unis effectué en 2013 et 2014, l'écrivain Paul Théroux disait avoir vu, dans l'Arkansas, "des villes qui ressemblent à des villes du Zimbabwe, aussi négligées et assiégées". Il raillait la fondation Clinton, ambitieuse quand il s'agit de "sauver les éléphants en Afrique" - c'est l'un de ses programmes phares - mais qui se désintéresse des familles noires pauvres dans l'Etat natal de M. William Clinton.

Dès le début de son premier mandat, le président, soucieux d'améliorer le financement des campagnes électorales, jusque-là trop dépendant des grands syndicats industriels, s'était attelé à tirer le Parti démocrate vers la droite. Pour cela, il avait tout misé sur la promulgation de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena), aussi apprécié des multinationales que détesté des électeurs démocrates. Mme Clinton ne s'y est jamais opposée... Enhardi par ce succès libre-échangiste, M. Clinton allait progressivement revenir sur des principes essentiels de l'Etat-Providence américain, en vigueur depuis les années 1930 et le New Deal de Franklin D.Roosevelt... Il imposa la réforme de l'assistance publique qui privait d'aides plus de onze millions de familles pauvres. En signe de protestation, M. Peter Edelman - époux de la fondatrice du Children's Defense Fund cher à Mme Clinton - démissionna de son poste de sous-secrétaire à la planification et à l'évaluation: "Cette loi n'encourage pas le travail. Elle va pénaliser des millions d'enfants pauvres" déclarait-il en mars 1997 dans le mensuel The Atlantic. Des enfants, surtout noirs et latinos, pénalisés par la politique menée par son propre mari? Une fois de plus, Mme Clinton resta muette.

Quelques années plus tard, c'est encore grâce à la coopération de ses "adversaires" républicains que le président a déréglementé Wall Street. En novembre 1999, il a abrogé la loi Glass-Steagall, qui séparait depuis 1933 les fonctions de banque commerciale et de banque d'affaires afin de décourager la spéculation avec l'argent des petits déposants. Certains, à l'instar du républicain John Mac Cain, proposent aujourd'hui de revenir sur cette abrogation. Pas la candidate démocrate: "Il n'y aura pas de retour à la loi Glass-Steagall" a tranché son conseiller économique Alan Blindern, interrogé par Reuters le 13 juillet 2015.

La carrière politique personnelle de Mme Clinton commence véritablement en 2000, quand, parachutée par son mari et ses puissants relais dans le Parti Démocrate, elle se présente au poste de sénatrice de New York, un Etat où elle n'a jamais résidé. Une fois élue, elle se revèle particulièrement à son aise avec l'administration Bush. Le 10 octobre 2002, au Sénat, elle affirme son soutien à l'invasion de l'Irak, relayant tous les mensonges de la Maison Blanche sur les "armes de destruction massive" de Saddam Hussein. Défendant le concept de "guerre préventive", elle dresse un parallèle avec les bombardements sur la Serbie que son époux avait décidés en 1999 dans le noble but, dit-elle, "d'arrêter la persécution et l'épuration ethnique visant plus d'un millier d'Albanais au Kosovo". Elle ajoute: "Peut-être que ma décision est influencée par l'expérience de mes huit années passées à la Maison Blanche, à voir mon mari affronter les défis auxquels fait face notre nation". Des propos pas vraiment féministes, mais qui n'étonnent guère venant d'une femme qui, aujourd'hui, sur son compte Twitter, se définit comme "épouse, maman, mamie".

(...) Quoi qu'il en soit, le récit de ses quatre années à la tête de la diplomatie américaine n'inspire guère confiance. En 2011, tandis que la rébellion libyenne s'amplifie, Mme Clinton fait d'abord preuve d'une grande prudence. "Je suis de ceux qui pensent que, sans autorisation internationale, une action solitaire des Etats-Unis conduirait le pays vers une situation dont on ne peut mesurer les conséquences" déclare t-elle le 11 mars devant une commission du Congrès. Puis, elle change d'avis. Pourquoi? "Sarkozy n'a cessé de me parler d'une intervention militaire. C'est un personnage dynamique, toujours empli d'une énergie exubérante, qui adore être au centre de l'action. Il était aussi influencé par l'intellectuel Bernard Henri-Lévy. Tous deux étaient sincèrement émus par la détresse du peuple libyen, brutalisé par un dictateur", raconte t-elle. Séduite par le duo français, et afin d'éviter "une catastrophe humanitaire" , la secrétaire d'Etat bascule donc dans le camp interventionniste. Avec le président Barack Obama, elle précipite les Etats-Unis dans une nouvelle guerre, sans demander l'autorisation au Congrès, comme l'exige pourtant la Constitution. Heureusement, tout se termine bien: "En 72 heures, les défenses aériennes de Khadafi furent vaincues et le peuple de Benghazi sauvé d'une destruction imminente". Le reste du livre (ses Mémoires) est à l'avenant.

Revirement apparent sur le libre-échange

Madame Clinton sait que son image droitière constitue un obstacle pour conquérir les électeurs de M. Bernie Sanders. Tirée à gauche par le succès de son rival socialiste à la primaire, elle a récemment avancé diverses mesures progressistes: taxer les banques qui s'endettent trop, augmenter le salaire minimum à 12 dollars l'heure, moduler les frais d'inscription à l'université en fonction des revenus des parents, etc.

Son revirement sur la question du libre-échange est particulièrement spectaculaire. Si, le 15 novembre 2012, elle s'émerveillait du partenariat pacifique (TPP), "le modèle par excellence pour les accords de libre-échange, afin d'instaurer un marché libre, transparent et juste", trois plus tard le vent a tourné. Les critiques formulées par MM. Trump et Sanders semblent convaincre les électeurs. "A ce jour je ne suis favorable à ce que je connais du partenariat transpacifique. Je ne crois pas qu'il atteindra le haut niveau d'exigence que j'avais fixé" déclare t-elle le 7 octobre 2015. Au-delà de ces discours, Mme Clinton refuse toutefois d'inscrire le rejet du TPP dans son programme présidentiel.

La candidate démocrate semble néanmoins beaucoup plus prévisible que M. Trump qui a multiplié les propos violents contre "les musulmans radicaux" et les "immigrés". Son calme et son sens de la mesure séduisent jusque dans les rangs républicains. Mme Meg Whitman, présidente-directrice-générale de Hewlett-Packard et ancienne codirectrice des finances du précédent candidat conservateur à la présidentielle, M Willard Mitt Romney, lui a ouvertement apporté son soutien, tout comme le néoconservateur Robert Kagan, lui aussi ancien conseiller de M. Romney. Même la famille Bush a annoncé qu'elle s'abstiendrait lors du prochain scrutin.

En outre, Mme Clinton bénéficie d'un soutien sans faille au sein de l'establishment médiatique qui la présente comme le dernier rempart contre la barbarie... Ce type de discours fait écho à la confrontation entre MM. Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen en 2002, quand la gauche française avait dû soutenir un candidat de droite pour protéger le pays du "danger fasciste". Or, M. Chirac était sans doute plus progressiste que Mme Clinton, en particulier en matière de politique étrangère. La campagne présidentielle américaine pourrait en fait équivaloir à un duel entre Mme Angela Merkel et M; Silvio Berlusconi; et la gauche américaine a décidé de soutenir Mme Merkel.

Par John R. Mac Arthur, directeur de "Harper's Magazine". Auteur de "L'illusion Obama. Chroniques d'un intellectuel libéral aux Etats-Unis", Les Arènes, Paris, 2012

- Le Monde Diplomatique, août 2016

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 05:49
Réchauffement climatique : la Commission européenne met son incompétence en exergue

Gérard LE PUIL

Vendredi, 22 Juillet, 2016

Humanite.fr

Le 20 juillet, le collège des commissaires a produit pour les Etat membres de l’Union une feuille de route uniquement fondée sur le marché spéculatif du carbone. Elle a décidé de ne pas prendre en compte les émissions de gaz à effet de serre des transports maritimes et aériens afin de pousser encore plus loin le libre échange dont le développement en soutien des délocalisations de productions multiplie les pollutions.

Sept mois après l’adoption d’un texte par la Cop 21 à Paris en décembre 2015, la Commission européenne a fait connaître le 20 juillet un projet de feuille de route à la fois incomplet et incongru pour réduire de 30% en moyenne les émissions de gaz à effet de serre (GES) des pays de l’Union dans les secteurs de la construction, de l’agriculture et de la forêt, des déchets, des transports. Ainsi le fret maritime et l’aviation ont été exclus de tout effort dans ce domaine, prétextant qu’il s’agit d’un sujet mondial, mais dans le but de ne pas perturber les échanges commerciaux sur de longues distances dans le cadre de la mondialisation libérale stimulée par les règles de l’OMC et les accords de libre échange que la Commission européenne ne cesse de négocier avec l’accord des Etats membres.

Dans le projet présenté par le commissaire espagnol Miguel Arias Canete, en charge du Climat et de l’Energie - mais très lié aux intérêts pétroliers dans son pays avant de prendre cette fonction - les émissions de GES des pays membres doivent diminuer de 30% d’ici 2030 en moyenne par rapport à ce qui avait été décidé en 2005 en partant des émission datant de 1990. Le taux d’effort ira de zéro pour la Bulgarie à 40% d’émissions en moins pour la Suède en passant par 38% pour l’Allemagne 37% pour la France et le Royaume Uni, lequel vient de voter pour la sortir de l’Union et n’aura que faire des objectifs fixés par la Commission européenne. De même, la Belgique, le Danemark, le Luxembourg, les Pays Bas, l’Autriche, la Finlande se voient fixer un objectif de réduction de leurs émissions de 35 à 39%, tandis que l’on descend à 33% pour l’Italie, 26% pour l’Espagne, 17% pour le Portugal et 16% pour la Grèce.

Les pays dont l’adhésion à l’Union européenne est la plus récente, se voient attribuer des objectifs beaucoup plus modestes en termes de réduction des GES. Pour la Croatie, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, la Roumanie et la Pologne la fourchette de réduction sera comprise entre 2% et 9%. Mais les propositions de la Commission sont entachées d’anomalies et autres bizarreries tandis que la philosophie libérale du projet condamne ce dernier à une totale inefficacité.

Bruxelles occulte le bilan carbone des délocalisations industrielles

Ces objectifs chiffrés concernent des secteurs non couverts par le marché européen du carbone. Comme si ceux qui le sont fonctionnaient de manière efficace et irréprochable depuis leur entrée en vigueur. Parce qu’elles sont déjà soumises au marché du carbone, la production électrique et l’industrie ne sont pas concernées se voient demander une réduction de leurs émissions de 43% d’ici 2030 via le fonctionnement déficient du marché européen du carbone. Or nous savons que, dans l’industrie, beaucoup de patrons européens se sont servis du marché du carbone pour transférer des productions dans des pays à bas coûts de main d’œuvre depuis la mise en place de ce marché. Le bénéfice devait être double pour eux. Le prix de revient final des productions délocalisées dans des pays à bas salaires diminuait, ce qui augmentait parallèlement les marges des entreprises qui délocalisaient. Comme les pays pauvres n’avaient pas à fournir un bilan carbone dans le cadre du protocole de Kyoto, le bilan des délocalisations n’était plus comptabilisé dans le portefeuille de CO2 des entreprises. En revanche on pouvait vendre en Europe des tonnes de carbone non consommées pour se faire encore plus d’argent. Mais, comme il y avait plus de vendeurs que d’acheteurs, le prix du carbone a chuté. On pouvait donc, à partir de là, polluer à moindre coût en Europe grâce à ce marché fondé sur la loi de l’offre et de la demande !

Du fait de ces délocalisations, le bilan carbone final des productions transférées dans des pays lointains à bas coûts de main d’œuvre n’a cessé d’augmenter pour au moins deux raisons. La première tient au fait que l’énergie électrique utilisée dans ces pays est surtout produite dans des centrales au charbon et pas seulement en Chine. La seconde raison est imputable aux longs transports de ces productions délocalisées et réimportées dans des pays comme la France. Cette politique augmente doublement les émissions de GES. Elle va continuer et s’accentuer à travers les nouvelles propositions faites par la Commission puisque cette dernière cherche à mettre en place un marché du carbone pour l’agriculture et la forêt. On fait mine de croire que la marchandisation du carbone permettra de diminuer les émissions sans avoir besoin de recourir, pays par pays comme au niveau de l’Union à des politiques planifiées, tournées vers le long terme. Voilà qui donne une idée de la veulerie et du dogmatisme qui prévalent au collège des commissaires et dans leur armée de technocrates déconnectés du réel.

Cette incompétence du collège des commissaires résulte du fait que l’on y considère bêtement que le marché du carbone avec un prix de la tonne suffisamment dissuasif peut fonctionner comme une baguette magique qui réduira les émissions de GES. Sans voir, par exemple, que les accords de libre échange que l’Europe a négocié où qu’elle continue de discuter avec des pays comme le Maroc, le Canada, les Etats Unis et quelques autres sont des vecteurs du réchauffement climatique pour au moins deux raisons. La première tient à l’allongement des distances de transport entre le lieu de production des marchandises et leur lieu d’utilisation ou de consommation quand elles sont alimentaires. Là, pour le coup, le fait de ne pas prendre en compte le bilan carbone du fret maritime et aérien révèle une malhonnêteté du collège des commissaires que les gouvernements et les parlementaires des pays membres se doivent de dénoncer.

La seconde raison tient au fait que ces importations - surtout de nourriture dans les secteurs où l’Europe est autosuffisante et souvent exportatrice - favorisent des gaspillages énormes faute de rationalité économique en phase avec la lutte contre le réchauffement. Car la concurrence de tous contre tous sur fond de dumping social et environnemental ne permet pas de mettre en place des politiques agricoles à faible bilan carbone. A cela s’ajoute une fuite en avant au sein même de l’Union européenne dans une agriculture industrielle et énergivore alors qu’il conviendrait de favoriser l’agro-écologie. Hélas ce raisonnement de bon sens n’est pas compréhensible pour un Commissaire technocrate comme Pierre Moscovici, pas plus qu’il ne l’était pour Pascal Lamy avant lui pour ne prendre que deux exemples chez des Français envoyé à Bruxelles par la France. Alors que chaque année devient plus chaude que la précédente dans l’Union européenne, il est urgent que les gouvernements des pays membres et le Parlement européen discutent et avancent quelques dispositions porteuses d’une vision à long terme pour les transports, l’agriculture et la forêt et qu’on les mette en place rapidement.

Pour un usage intelligent de la taxe carbone

Dans le domaine des transports, il faudrait qu’une taxe carbone sur les carburants évite de provoquer des distorsions de concurrence entre pays membres et que son produit soit utilisé partout pour promouvoir les transports en commun et à d’autres actions susceptibles de réduire l’usage de la voiture. Dans le bâtiment, il faudrait des constructions à énergie positive, un plus gros usage du bois afin de réduire les volumes de béton énergivores. Il faudrait aussi octroyer aux bailleurs sociaux comme aux propriétaires occupants à revenus modestes des aides tirées de la taxe carbone pour rénover l’habitat afin de réduire la consommation d’énergie fossile qui est souvent du gaz ou du fioul. Il faudrait enfin rapprocher le lieu de travail et le domicile des salariés, ce qui ne se fera pas en transformant les grandes régions européennes et leurs villes principales en pôle de compétitivité concurrents les uns des autres.

Pour l’agriculture , il est urgent de rechercher une autonomie optimale qui concilie la réduction des labours en favorisant le travail simplifié du sol, le moindre usage des engrais grâce à la culture des légumineuses pour lesquelles l’Europe est déficitaire alors qu’elle a la possibilité d’être autonome en améliorant le bilan carbone de sa production alimentaire .Quitte à produire moins de blé et de viandes difficiles à vendre sur les marchés des pays tiers. Cette nouvelle politique agricole passe par la production de plus de protéines végétales pour la nourriture du bétail comme des humains alors que nous important des millions de tonnes de tourteaux de soja pour nos élevages et des milliers de tonnes de lentilles, de haricots secs et de pois chiches pour nos repas, bien que ces denrées peuvent être produites chez nous. Surtout que ce sont des légumineuses, des plantes écologiques qui puisent dans l’air les nutriments azotés que l’on apporte aux autres plantes sous forme d’engrais.

L’Europe doit aussi aider ses paysans à faire des plantations de haies et des systèmes d’agroforesterie qui combineront dans les prochaines décennies la production d’herbe et de céréales avec la production de bois d’œuvre et des fruits sur une même parcelle. C’est d’autant plus urgent que les forêts, du fait de leur forte densité de leur plantation, risquent au cours des prochaines décennies de souffrir beaucoup de la sécheresse et d’être ravagées par les incendies en raison du taux de mortalité qui ne cesse de progresser ces dernières années dans les massifs forestiers par manque d’eau. Mais il est vrai que l’on est loin de ces choses là dans le collège des commissaires européens. Surtout quand on est d’abord intéressé par les week-ends prolongés à Paris ou ailleurs, ainsi que récemment révélé la presse française à propos de Pierre Moscovici.

Cinq nouvelles catastrophiques en trois heures

Durant les trois heures passées à écrire cet article, quatre dépêches de l’Agence France Presse et une cinquième de Reuters sont venues confirmer l’urgence climatique, chacune à sa manière. La première indiquait que 60 baleines venaient d’être découvertes mortes et échouées sur les côtes du sud du Chili tandis que des chercheurs imputaient cette moralité élevée à la prolifération d’algues toxiques due au phénomène climatique El Nino, qui réchauffe la mer.

La seconde information provenait de Côte d’Ivoire où, dans le sud-est du pays, 20000 hectares de plantations de cacao ont été dévastés en quelques jours par des chenilles qui mangent les feuilles, les fleurs et même les jeunes pousses. La sécheresse est le principal facteur explicatif de cette prolifération des chenilles. Selon un responsable du ministère ivoirien de l’Agriculture, « la pluviométrie a beaucoup baissé dans la région depuis deux ans. De janvier à juin 2016, il y a eu seulement 13 jours de pluie contre 28 durant la même période en 2015 ».

La troisième information concernait l’agriculture en Ile-de-France où 30 000 hectares de terres agricoles ont été inondés il y a seulement huit semaines. Un agriculteur de l’Essonne racontait que ses pois protéagineux sont d’une couleur qui oscille entre le marron et le verdâtre au lieu d’être clairs, que ses blés ont des grains rachitiques, atrophiés par la fusariose, un champignon friand d’humidité. « Ils ne contiennent aucune farine, il n’y a que l’enveloppe du grain. C’est quasiment impossible à utiliser pour la filière meunière », précisait-il.

La quatrième dépêche nous apprenait les récentes pluies qui se sont abattues ces dernières semaines sur des terres agricoles proche de Pékin ont fait au moins 24 morts et 70 disparus, détruisant au passage quelques 7 000 logements ainsi que de nombreuses cultures

La cinquième dépêche, de Reuters, cette fois, nous indiquait que « la Terre devrait connaître en 2016, son année la plus chaude jamais enregistrée et le taux de dioxyde de carbone le plus élevé dans l’histoire, contribuant au réchauffement climatique » selon l’Organisation météorologique mondiale. Elle confirmait que « le mois de juin a été enregistré comme le 14ème mois consécutif avec des records de chaleur sur terre et sur mer » et que « la température moyenne des six premiers mois de 1016 était supérieure de 1,3°C à celle de l’ère préindustrielle à la fin du 19ème siècle. Dans ce panel de nouvelles tombées en moins d’une demi -journée chacune des quatre premières est une conséquence catastrophique du réchauffement climatique. La cinquième nous montre que les choses vont empirer de manière accélérée dans les prochaines années.

Surtout si on décide en haut lieu de croire qu’on peut les éviter en se contentant de mettre en place un marché du carbone à vocation spéculative.

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 05:40

PROVOCATIONS ATLANTIQUES

Les dirigeants des Etats Européens membres de l’Alliance Atlantique ont-il voulu prendre exemple sur M. José Barroso, devenu lobbyiste pour Goldman Sachs après avoir présidé l’Union Européenne ?

Ont-ils, par conséquent, profité du sommet de l’OTAN pour préparer leur reconversion comme conseillers d’une société américaine d’armement ?

Assurément absurde… Enfin on l’espère, l’hypothèse est à peine plus effarante que la décision annoncée à l’issue de leur réunion de Varsovie, en Juillet : Le déploiement d’une nouvelle unité mobile de 4000 hommes en Pologne ou dans l’un des états Baltes. A porté de tir d’artillerie de St Petersbourg et du siège de la flotte Russe en mer Baltique.

On imagine déjà la rancœur des dirigeants russes quand l’OTAN, structure héritée de la guerre froide et qui aurait mérité de disparaître avec l’URSS (1), se réunit là même où, sous l’égide de l’Union Soviétique fut signé en mai 1955 le Pacte de Varsovie. Pour ne rien arranger, le général américain Curtis Scaparrotti, nouveau commandant des forces de l’ OTAN en Europe, a déclaré que la « structure de commandement » devrait être « assez agile pour que la transition se face naturellement entre la paix, la provocation, et le conflit » (2).

Vous avez dit « provocation »? Le président ukrainien Porochenko en guerre larvée avec la Russie, a été convié dans la capitale polonaise alors que son pays n’appartient pas à l’OTAN.

Il a pu y entendre le président des US rappeler son « ferme soutien aux efforts de l’Ukraine pour défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale face à l’agression Russe« . Traduction : les sanctions occidentales contre Moscou seront maintenues « tant que la Russie n’aura pas pleinement rempli ses obligations découlant des accords de Minsk 3 ». Washington et ses alliés persistent donc à occulter le rôle des manœuvres ukrainiennes dans l’annexion de la Crimée par Moscou tout comme dans le non respect des accords de Minsk.

Pourquoi entretenir ainsi la tension entre les pays d’Europe et la Russie?

Cela permet à Washington de prévenir tout rapprochement entre eux et de s’assurer au lendemain du Brexit, que son allié le plus docile, le Royaume-Uni, demeurera étroitement associé au destin militaire du vieux continent. Berlin, qui vient d’accroitre son budget militaire estime de son côté que : » sans un changement de cap, la Russie représentera dans un avenir prévisible un défi pour la sécurité de notre continent (4) ».

On est presque tenté d’appliquer une telle formule à l’OTAN…

Les roulements de tambour de l’Alliance ont été recouverts par d’autres fracas. M. B Obama a dû écourter son séjour en Europe après l’assassinat de policiers à Dallas. Et, lors de son allocution du 14 juillet, quelques heures avant la tuerie de Nice, M. F.Hollande a parlé du salaire de son coiffeur mais n’a pas évoqué le sommet de Varsovie à l’issue duquel la France venait de s’engager à contribuer au déploiement de troupes à la frontière de la Russie.

pour le Monde Diplomatique n°7449 Aout 2016

(1) Lire Régis Debray, « La France doit quitter l’OTAN » (le monde diplo, mars 2013).

(2) Cité par The Wall Street Journal N.Y., 11/07/2016.

(3) Accord destiné à mettre fin au conflit en Ukraine orientale. Lire Igor Delanoï « L’Ukraine entre guerre et paix », Le monde diplo, mars 2015

(4) Livre blanc allemand pour la défense. Cité par le Figaro, Paris, 14 juillet 2016

Serge Halimi

Serge Halimi

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 05:31
Sur la photo du Télégramme, de gauche à droite : Marie-Annick Le Berre, Isabelle Le Guillou, Anne-Marie Guillermou, Alain Le Corre, de la CGT Poste et Télécom du Sud-Finistère.

Sur la photo du Télégramme, de gauche à droite : Marie-Annick Le Berre, Isabelle Le Guillou, Anne-Marie Guillermou, Alain Le Corre, de la CGT Poste et Télécom du Sud-Finistère.

La Poste. « Ça va forcément aller au clash à la rentrée » selon la CGT / Le Télégramme

Fermetures saisonnières, baisse des horaires d'ouverture de bureaux, tournées de facteurs en diminution... La CGT dénonce les conditions de travail à La Poste et la dégradation du service au public.

« La Poste supprime 21 emplois par jour alors qu'en 2015 elle a reçu 252 millions du CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) dénonce Marie-Annick Le Berre, de la CGT FASP du sud-Finistère. Pas de trêve estivale pour le syndicat, donc, qui a effectué en fin de semaine dernière un tour d'horizon cornouaillais.

Quimper, Saint-Évarzec, Locronan, Plozévet, Combrit...

Côté bureaux, la CGT critique ainsi la fermeture saisonnière du bureau de Kermoysan en juillet, à Quimper. Celle à venir la première quinzaine d'août à Plozévet, une remise en cause des horaires d'ouverture à Pouldreuzic, Saint-Évarzec ou encore Combrit. « À Locronan, c'est déjà un facteur guichetier. Le bureau est ouvert de 10 h à 12 h en période estivale depuis un an : cela pose problème ». « Nous sommes dans un cycle de déclin : on apprend aux gens à se passer de bureaux de poste. Comment un salarié va aller récupérer un objet dans un bureau ? Il va être obligé de faire une procuration », s'interroge Alain Le Corre. Selon le syndicat, Plomeur va voir ses horaires d'ouverture réduits à compter du 20 septembre, « ce sera la même chose à Saint-Évarzec mais la date n'est pas encore connue ».

Pas d'eau pendant la canicule

Situation critique de la distribution du courrier aussi pour le syndicat. « Quimper a perdu neuf tournées en début d'année, cela s'accompagne d'une hausse des accidents du travail, des heures supplémentaires par toujours payées. Avec l'obligation d'une pause méridienne de trois-quarts d'heure, les derniers habitants ne reçoivent pas leur courrier avant 15 h 30 ». « À Pont-l'Abbé, 3,5 tournées ont sauté sur 45. On en avait déjà perdu cinq il y a deux ans », dit Isabelle Le Guillou. « Il y a des tournées à découvert. À Penmarc'h, une tournée n'a pas été faite trois jours de suite », ajoute-t-elle. « Lors de la canicule, il a été impossible d'avoir des bouteilles d'eau à Pont-de-Buis, à Pont-l'Abbé. À Douarnenez, on a obtenu des récipients isothermes d'eau parce qu'on a relancé la demande ».

Orange : fermeture de la boutique de Pont-l'Abbé ?

La CGT voit venir une rentrée « compliquée ». « Les nouvelles organisations du travail vont se mettre en place en septembre-octobre. Ça va forcément aller au clash », estime Marie-Annick Le Berre. Chez Orange, le syndicat évoque le regroupement à Créac'h-Gwen des sites d'intervention, la disparition de boutiques dans les petites villes comme Châteaulin ou Douarnenez, « On parle de fermer Pont-l'Abbé ».

Jacky Hamard / Le Télégramme / 26 juillet 2016

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 05:30
Les jeunes communistes mettent en application BDS contre la politique coloniale d'Israël au Leclerc de Plérin

Lu sur le site de la section PCF de Quimper:

BDS. Opération boycott des jeunes communistes au Leclerc de Plérin / Humanité.fr / 27 juillet

Deux cents jeunes communistes venus de toute la France ont tenu leur camp d'été du 22 au 31 juillet à Ploufragan dans les Côtes d'Armor.

À cette occasion, ils ont organisé dans une grande surface de Plérin une opération de sensisbilisation au boycott de produits alimentaires issus des territoires palestiniens occupés.

En voici le compte-rendu par Olivier Morin sur Humanité.fr, illustré d'une photo de Gwenn Herbin.

Pour dénoncer le commerce de produits alimentaires issus des territoires occupés palestiniens, le Mouvement jeunes communistes de France a opéré une opération de sensibilisation dans un magasin Leclerc des Côtes d'Armor.

Devant le magasin E.Leclerc de Plérin, ils sont près de 60 jeunes communistes, tracts et pétitions en mains, à la rencontre des consommateurs : « Les jus d'orange de la marque Jafaden sont fabriqués à partir de fruits cultivés sur des territoires palestiniens occupés par Israël », explique Mehdi Belmecheri-Rozental, coordinateur des relations internationales au MJCF (Mouvement jeunes communistes de France). « Ce sont les moins chers car ils sont étiquetés comme « marque-repère » et les classes populaires sont contraintes de se rabattre sur ces produits là ». Malgré quelques refus de prendre les tracts, l'accueil est majoritairement encourageant. Une femme âgée prend le tract et confie : « si seulement la France pouvait permettre de ne plus acheter ces produits ».

De fait, le MJCF est parti du constat que les négociations pour la paix en Palestine sont bouchées et lors de son congrès en 2014, le mouvement prend l'engagement de devenir membre observateur de BDS (Boycott désinvestissement sanction). « Un engagement que nous avons réaffirmé lors de l'Assemblée nationale des animateurs de 2016 », rappelle Camille Lainé, secrétaire générale du MJCF, présente également sur l'action. Elle ajoute : « nous avons aussi déjà manifesté devant des magasins de téléphonie de la compagnie Orange qui investit en Israël ».

Menée avec l'appui de l'AFPS (Association France Palestine solidarité), « l'action a aussi pour but d'en déclencher d'autres », remarque Camille Lainé. Helwann, un des militants, porte beaucoup d'espoir dans cette action pour « conscientiser des gens qui n'ont pas forcément l'habitude de ce genre d'action ». Emilie, 32 ans, a stoppé son caddie pour signer la pétition. « Ça veut aussi dire qu'il faut développer l'étiquetage des produits et privilégier la consommation locale ». Satisfait de l'accueil réservé par les consommateurs, Mehdi Belmecheri-Rozental explique que « le boycott fonctionne, comme en témoigne la réunion qui s'est tenue sur le sujet à la Knesset en Israël en 2015 qui le qualifie de "menace stratégique" ». Pour la solidarité avec le peuple palestinien, une vraie raison pour continuer à « agir ici et maintenant ».

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 05:20

Louis Aminot nous a fait part d'un article très intéressant de Bernard Norlain sur des enjeux dont personne ou presque ne parle dans les médias. Il est écrit dans le cadre de l'association IDN de Paul Quilès, qui s'engage pour un désarmement nucléaire.

Le Sommet de l’OTAN à Varsovie qui s’est achevé le 9 juillet a donné lieu à la publication d’un très long communiqué des chefs d’État et de gouvernement. Ce communiqué est d’abord caractérisé par une inflation du nombre d’articles qu’il contient : 139. Par comparaison, le communiqué du Sommet de Lisbonne en 2010 comprenait 54 articles et celui du Sommet du Pays de Galles 113.

Rien d’étonnant à cela : ce Sommet se situait à un moment crucial pour l’OTAN, confronté à un « nouvel environnement de sécurité » et dont on attendait la définition d’une nouvelle posture stratégique. Effectivement, tout au long de ce communiqué cette nouvelle posture est définie comme une « posture de dissuasion et défense ».

Dans le cadre du volet dissuasion, le communiqué, dans ses articles 53 et 54, réaffirme le rôle du nucléaire « L’objectif fondamental de la capacité nucléaire de l’OTAN est de préserver la paix, de prévenir les actions coercitives et de décourager toute agression ». Mais il le fait de façon ambigüe : « aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’OTAN restera une alliance nucléaire ».

Néanmoins, le communiqué précise également que « les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France ont un rôle de dissuasion propre et contribuent à la sécurité globale de l’Alliance ». Voilà qui devrait rassurer la France, très inquiète de voir l’OTAN s’éloigner de la dissuasion nucléaire et qui souhaitait redonner à l’OTAN une culture nucléaire.

Bien entendu, le communiqué évoque les armes nucléaires américaines stationnées en Europe : «la posture de dissuasion nucléaire de l’OTAN repose également, en partie, sur les armes nucléaires des Etats-Unis déployées en Europe ». En effet, la présence d’armes nucléaires en Europe depuis 1954 par les Etats-Unis n’est plus un secret. Actuellement environ 200 bombes nucléaires américaines (modèle B-61) sont stationnées en Belgique, au Pays-Bas, en Italie, en Allemagne et en Turquie.

Il est regrettable que les dirigeants politiques n’aient pas plaidé en faveur du retrait de cet arsenal qui, en l’état actuel, n’a plus aucune valeur opérationnelle, et qui contrevient aux articles 1 et 2 du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP).

En dépit de cette réaffirmation du rôle des armes nucléaires dans la stratégie de l’OTAN, une lecture attentive du communiqué final du Sommet de Varsovie met en évidence une certaine prudence dans l’utilisation conceptuelle des armes nucléaires. On peut noter par exemple que le volet opérationnel du nucléaire ne fait l’objet que de deux articles. En revanche les appels au désarmement, au respect du TNP notamment, occupent 9 articles, du 62 au 68 :

Ainsi sur l’utilité stratégique des armes nucléaires, on peut lire la phrase suivante « les conditions dans lesquelles l’OTAN pourrait être amenée à recourir à l’arme nucléaire sont extrêmement improbables ».

Sur le TNP, « l’Alliance réaffirme sa détermination à tendre vers un monde plus sûr et à créer les conditions d’un monde sans armes nucléaires de façon pleinement conforme à toutes les dispositions du TNP »

Sur le désarmement « Nous restons déterminés à contribuer à créer les conditions pour de nouvelles réductions sur la base de la réciprocité ».

De l’examen de l’ensemble des articles plus ou moins consacrés au nucléaire, on retire une impression d’ambigüité de la position de l’OTAN. Une valse-hésitation, un pas en avant, deux pas en arrière. En somme, plutôt que le renforcement du rôle du nucléaire demandé par plusieurs pays, il semble que ce soit le statu quo qui ait prévalu.

Cependant les chefs de gouvernement auraient pu s’interroger sur les modalités de sécurité qui entourent ces armes. Il est écrit en effet dans l’article 53 « Les Alliés feront en sorte que tous les éléments composant la dissuasion nucléaire de l’OTAN restent sûrs, sécurisés et efficaces. Cela exigera un maintien de l’attention des dirigeants et une excellence institutionnelle pour la mission de dissuasion nucléaire ».

Or, le coup d’Etat en Turquie est une preuve flagrante du danger que ces armes font courir à la sécurité internationale. La base turque d’Incirlik, située à 110 kilomètres de la Syrie, abrite au moins 50 bombes thermonucléaires, ce qui représente le plus grand stock d’armes nucléaires de l’Alliance. Pendant les heures d’instabilités qui ont suivi le coup d’Etat, cette base a été en proie à un certain désordre et la sécurité a été portée au niveau « FPCON Delta », niveau le plus élevé d’alerte utilisé normalement en cas d’attaque terroriste imminente. Ces armes ont-elles été en « danger » de vol, d’acte de destruction, de vandalisme ? Nul ne le sait, aucune communication officielle n’ayant été faite, mais on sait que le commandant de cette base et neuf autres de ses officiers ont été arrêtés pour avoir soutenu le coup d’Etat…

Face à une telle situation d’instabilité et de risque potentiel, ne serait-il pas temps pour les Etats-Unis de rapatrier ces armes sur son territoire ? Les Etats membres de l’OTAN qui partagent cette politique nucléaire ne devraient-ils pas s’inquiéter de ces risques ? Si le pire arrivait – détonation accidentelle ou volontaire – « les effets d’une explosion atomique ne connaîtraient pas de frontières nationales et affecteraient les États et les populations, tant au niveau régional qu’au niveau mondial ». C’est la conclusion faite par la Norvège (membre de l’OTAN) en 2013 lors de la première Conférence sur l’impact humanitaire des armes nucléaires…

Il n’est pas inutile de noter par ailleurs que ce retrait serait un signe d’apaisement envers Moscou, qui voit s’installer le long de sa frontière européenne un système de défense antimissile, dont le rôle est complémentaire de celui des armes nucléaires, ainsi que l’a affirmé ce Sommet.

Bernard Norlain

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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 10:15
Marwan Barghouti sera t-il le Nelson Mandela palestinien? (Haaretz, 22 juillet 2016)

Voici une nouvelle preuve de l'importance de la campagne internationale pour "nobéliser" Marwan Barghouti et obtenir la libération de ce prisonnier politique, condamné à perpétuité par les Israéliens, ce dossier de Haaretz sur le leader politique palestinien le plus respecté et le plus capable de rassembler la nation palestinienne.

Marwan Barghouti sera-t-il le Nelson Mandela palestinien ?

Près d’une décennie et demie après qu’il a commencé à purger plusieurs peines d’emprisonnement à perpétuité pour son rôle dans les meurtres de la seconde Intifada, Marwan Barghouti est toujours perçu – parmi la plupart des Palestiniens, parmi de nombreux Israéliens et parmi les dirigeants dans le monde – comme l’homme qui pourrait mener son peuple à l’indépendance. Par le biais d’un intermédiaire, Barghouti déclare à Haaretz qu’il demeure un ferme défenseur de la solution à deux états et qu’il a l’intention de briguer la présidence palestinienne si des élections étaient tenues.

Gidi Weitz et Jack Khoury, Haaretz, vendredi 22 juillet 2016

1. RAMALLAH, 2002

Le 15 avril, le Chef de l’Etat-Major des Forces de Défense d’Israël, Shaul Mofaz, a appelé le ministre de la défense, Benjamin Ben-Eliezer. “Le Shin Bet a retrouvé sa trace. Nous savons où il se cache,” a déclaré Mofaz au ministre. “Je ne veux pas qu’il soit liquidé – ne faites que l’arrêter,” Ben-Eliezer en a conjuré Mofaz. A son avis, l’individu le plus recherché serait le prochain dirigeant des Palestiniens, après l’époque de Yasser Arafat.

“S’il essaie de résister et de combattre, nous l’abattrons,” a déclaré Mofaz à son chef, “mais je suis prêt à parier qu’il va se rendre sans combattre. Il n’a pas de cran.”

Dans les mois avant qu’il ne soit repéré, Marwan Barghouti s’est comporté comme un homme traqué. “Nous avons essayé deux fois de l’éliminer, nous avons malmené les siens de tous les côtés,” a déclaré à Haaretz Avi Dichter, à l’époque chef du service de sécurité du Shin Bet.

Le 29 mars 2002, les FDI ont lancé l’Opération Bouclier Défensif, pour faire la conquête des villes palestiniennes de Cisjordanie. On allait se souvenir en Israël du mois qui annonce le printemps comme le "Mars noir" : 110 civils et soldats ont été tués lors des attaques terroristes, principalement lors d’attentats-suicides.

Après que l’armée a repris le contrôle de Ramallah, Marwan Barghouti, député palestinien, secrétaire général du Fatah et dirigeant de la milice du Tanzim (= Organisation) – le “chef d’état major de l’intifada,” selon le point de vue d’Israël – a disparu comme si la terre l’avait englouti. “On nous a dit quelque chose que nous avions rarement entendu,” a déclaré à Haaretz le Capitaine A., de l’unité d’infiltration Duvdevan, “ à savoir que l’ordre de le capturer était une directive du premier ministre, Ariel Sharon.”

La mise sur écoute a révélé que Barghouti se cachait dans une maison sécurisée. Le commandant d’alors de la Brigade de Ramallah de l’armée, le Général de Brigade (de réserve) Ilan Paz, a raconté à Haaretz : “Quant les services de renseignement sont arrivés à la conclusion qu’il était dans un bâtiment au coeur d’un quartier de Ramallah, (des forces d’) une brigade blindée ont encerclé le site et l’on m’a passé le flambeau. L’unité Duvdevan était sous mon commandement. Nous avons compris qu’il était dans le bâtiment. L’un des soldats l’a vu à travers la fenêtre, se mettant à l’abri près de ce qui nous semblait être, du moins, une vieille femme qui était étendue sur un lit. Nous avons évacué tout le monde du bâtiment. J’ai appelé le commandant de la division, Yitzhak Gershon, et je lui ai dit que si j’étais à sa place, je reconsidèrerais l’ensemble du problème.

“Placer un dirigeant politique en captivité n’est pas une mince affaire,” a ajouté Paz. “A la fin de la journée, il n’avait assassiné personne de ses propres mains. Je m’interrogeais moi-même quant à la nécessité de l’opération qui pourrait se terminer par le fait qu’il soit tué. La réponse que j’ai reçue : « Aller de l’avant. » Dans des cas comme ceux-ci nous avions mis en oeuvre la procédure de la "cocotte-minute". Vous réduisez progressivement l’affrontement, afin de ne pas mettre en danger la vie des soldats, jusqu’à ce qu’un canon anti-char soit dirigé vers la maison ou qu’on fasse appel à des bulldozers. Dans ce cas, l’affrontement s’est terminé quand nous nous sommes dirigés, armés et avec des chiens, vers la porte de l’immeuble dans lequel il se cachait. Il est sorti, paraissant effrayé.”

Gershon, le commandant de la division, a pris la main de Barghouti et l’a mené hors de l’immeuble. “Je l’ai placé dans le véhicule de commandement,” a raconté Gershon lors d’un entretien avec Haaretz. “J’ai sorti ma gourde et je lui ai donné de l’eau. Il avait en quelque sorte pété les plombs. Très effrayé. Je lui ai dit : Ne vous inquiétez pas. Nous ne vous ferons pas ce que vous nous auriez fait.”

Gershon a ajouté : “A mon avis, il aurait dû être relâché sans condition à ce moment. Et non comme quelqu’un qui collabore avec nous, mais comme quelqu’un qui prévoira (l’avenir du) peuple palestinien, s’il y a encore une petite chance qu’il puisse devenir une personnalité dirigeante de l’autre bord. Je dis ceci même si je sais qu’il a du sang sur les mains, en tant que chef du Tanzim pendant la seconde intifada. L’on fait la paix avec des ennemis puissants dont l’honneur n’a pas été piétiné.”

"Le mythe grandira"

Les officiers qui ont capturé Barghouti sont convaincus qu’il devrait être libéré maintenant. Le même point de vue a été défendu par Ehud Barak. Peu après que Barghouti a été capturé et emmené pour interrogatoire par le Shin Bet, Barak – premier ministre au moment où la seconde intifada a éclaté, mais à ce moment-là simple citoyen – a parlé à Mofaz, Chef d’Etat-Major. “Avez-vous perdu la tête ? Qu’est-ce qui se passe avec Barghouti ?” a simplement demandé Barak. “Si cela fait partie de votre lutte contre le terrorisme, cela n’a aucun sens. Mais si c’est une partie d’un grand projet pour faire de lui un futur dirigeant national des Palestiniens, alors c’est un plan génial, parce que ce qui manque vraiment dans son curriculum vitae c’est une appartenance au terrorisme. Il luttera pour la direction de l’intérieur de la prison, en n’ayant rien à prouver. Le mythe grandira de lui-même de façon constante.”

Le Premier Ministre Sharon, qui a donné l’ordre de tuer ou d’arrêter Barghouti, était d’accord de le libérer pour une raison différente : en tant que partie d’un éventuel accord avec les Américains en échange de l’espion Jonathan Pollard. Mais cela n’a pas fonctionné. Yuval Diskin, chef adjoint du Shin Bet pendant l’intifada, a déclaré dans des conversations privées que la libération était certainement possible en tant qu’étape dans le cadre de négociations avec les Palestiniens. (Diskin n’a pas répondu à une question d’Haaretz sur le sujet.)

En revanche, l’ancien Ministre de la Défense Moshe Ya’alon, qui était chef d’état major adjoint au moment de la capture de Barghouti, pense que la place de celui-ci reste la prison. Cette opinion est partagée par Avi Dichter, qui a dirigé l’organisation de l’ombre qui a trouvé les renseignements sur le lieu où se trouvait Barghouti. “Quand j’étais le chef du Shin Bet,” dit-il, “il y avait des ministres dans le gouvernement Sharon qui ont essayé de faire pression sur moi pour prendre position en faveur de sa libération. Je leur ai dit que ce n’était pas la peine. Un dirigeant politique israélien de tout premier plan me l’a décrit comme "Mandela. » (L’ancien dirigeant du Meretz) Haim Oron le voyait comme l’avenir de la nation palestinienne. Je leur ai dit à tous qu’il avait acheté son rôle dirigeant avec le sang des Juifs.”

La direction civile et militaire israélienne qui s’était occupée de la seconde intifada était alors divisée sur la question difficile de savoir s’il fallait ou non libérer Barghouti. Mais toute cette histoire n’est qu’une promotion pour le drame qui pourrait s’ensuivre quand l’actuel président palestinien, Mahmoud Abbas (Abu Mazen) se retirera. Malade, fatigué et s’en tirant de façon désastreuse dans les sondages (65 % de l’opinion publique palestinienne veulent qu’il s’en aille), Abbas pourrait annoncer bientôt sa démission. “Il n’a aucun soutien,” déclare Yossi Berlin qui a co-rédigé un projet d’accord de paix avec Abbas en 1995. “Il fonctionne comme dans d’autres régimes que nous connaissons : au moyen de décrets présidentiels, de forces de sécurité loyales et d’un recul significatif des droits de l’homme. Son régime est faible, et donc les circonstances de son départ ne sont pas forcément liées à son état de santé.”

En attendant, Barghouti a déjà annoncé que si Abbas se retire et qu’une élection présidentielle se tient, il s’y présentera depuis sa cellule à la Prison d’Hadarim, prés d’Haïfa, où il purge cinq peines à perpétuité.

“Il [Barghouti] a été bien en avance sur ses rivaux dans tous les sondages d’opinion effectués ces dernières années,” a déclaré à Haaretz le Dr. Khalil Shkaki, directeur du Centre Palestinien de Politique et de Recherche par Sondage, installé à Ramallah. Dans le tout dernier sondage du centre, effectué ce mois-ci en Cisjordanie et à Gaza avec la participation de 1.200 personnes interrogées, le soutien à Barghouti s’élevait à 40 %, contre 20 % à Abbas et 35 % à la personnalité de premier plan du Hamas, Ismail Haniyeh.

Dans un sondage effectué en mars dernier, qui supposait le scénario d’une campagne électorale entre Barghouti et Haniyeh, le premier obtenait 57 %, le second 39 %. Le sondage a montré que dans une compétition entre Haniyeh et Abbas, le dirigeant installé à Gaza gagnerait haut la main, par 52 % contre 41 %.

Selon Shkaki, il est important de garder à l’esprit que la majorité de l’opinion publique palestinienne ne croit pas qu’une élection se tiendra de sitôt. Néanmoins, dans un scénario selon lequel le mandat d’Abbas se termine soudainement, le Fatah et les institutions de l’OLP devront prendre des mesures immédiates pour susciter l’élection d’un successeur. “Il ne fait pas de doute que Marwan Barghouti est dans une meilleure position de départ que tout autre candidat,” conclut Shkaki.

Non-violence collective

Même s’il se réveille chaque matin pour l’appel des prisonniers pendant le reste de sa vie, Barghouti aujourd’hui semble présenter une complète alternative idéologique à Abbas quand il en vient aux questions-clés : la réconciliation avec le Hamas, la cessation immédiate de la coopération sécuritaire avec Israël, le soutien de l’Autorité Palestinienne à la protestation non-violente collective contre Israël et un boycott des produits palestiniens. Barghouti pense que l’“intifada des couteaux” est une erreur fatale. Dans un entretien par le biais d’un intermédiaire qui lui a rendu visite en prison à la fin de juin, il a déclaré à Haaretz qu’une protestation populaire doit regrouper des centaines de milliers de gens de toutes les factions palestiniennes, y compris le Hamas et le Jihad Islamique. la protestation doit être continuelle et systématique, afin d’établir une pression internationale sur Israël pour revenir à la table des négociations et mettre fin à l’occupation.

“Il y a une disponibilité pour la lutte parmi les Palestiniens ; ils ont besoin de quelqu’un pour les conduire,” a déclaré Barghouti à son interlocuteurr. “Je soutiens toujours sans équivoque l’idée de deux états pour deux nations. L’AP peut aujourd’hui agir dans une ou deux directions : pour servir d’outil pour se libérer de l’occupation, ou pour être un outil qui valide l’occupation. Ma tâche est de rétablir l’AP dans son rôle d’instrument de libération nationale.”

Barghouti reçoit régulièrement la visite de députés arabes à la Knesset, dont certains le voient comme un futur dirigeant. “On peut évaluer à 86 % le nombre des Palestiniens qui le soutiennent,” déclare le député Ayman Odeh, chef de la Liste Unie formée par les partis arabes. Odeh a récemment apporté à Barghouti l’imposante biographie de Nelson Mandela du journaliste et écrivain britannique Anthony Sampson publiée en 1999.

Le député Zahalka, président du parti Balad, une composante de la Liste Unie, a rendu visite à Barghouti il y a une semaine et rapporte que ce dernier a considéré la candidature collective arabe lors de la dernière élection de la Knesset comme un modèle à suivre, “pour son aspiration à unir le Fatah et le Hamas dans la révolution par une protestation non-violente. Il est le meilleur candidat à la présidence. Il a une vision du monde éclairée quant aux droits des femmes, par exemple,” remarque Zahalka.

L’avocat et ami proche de Barghouti, Elias Sabbagh, lui rend visite chaque semaine. La semaine dernière ils se sont rencontrés à la Prison de Gilboa, dans laquelle Barghouti a été brusquement déplacé quand les responsables de la Prison d’Hadarim ont reçu “une information des services de renseignements relative à une infraction disciplinaire ,” selon une source émanant du Service des Prisons d’Israël.

“Pour Barghouti, la lutte non-violente est un moyen, et non une fin,” explique Sabbagh, “tant que continuent la construction de colonies et la judaïsation de Jérusalem. Il m’a dit que des négociations sont possibles si Israël se déclare prêt à mettre fin à l’occupation et à revenir aux lignes de 1967 dans un laps de temps d’un an.”

Mais Barghouti est pessimiste sur le fait que cela puisse avoir lieu dans un avenir proche. “Aucun de Gaulle ou de Klerk n’est encore apparu en Israël,” a-t-il remarqué à partir de sa cellule.

Un document en possession d’Haaretz, qui a été établi par le service de renseignement du SPI, remarque que Barghouti “a lancé, enseigné et institutionnalisé l’idée d’études universitaires clandestines pour les détenus des prisons de haute sécurité, en faisant appel à cette fin à des universités arabes. Le prisonnier est en contact continu avec des personnalités politiques du Fatah qui se trouvent à l’extérieur, cela par divers moyens, parmi lesquels les visites des avocats qui sont un vecteur de réception et de transmission de messages et qui s’occupent de sa part de la coordination. Le prisonnier a été impliqué dans l’organisation et la coordination de dispositifs de protestation violente et active contre le SPI, de grèves de la faim collectives … Ce prisonnier a un statut de supérieur à l’intérieur et à l’extérieur des installations de détention, il est un soi-disant candidat à la direction du Fatah, et comme tel est un sujet d’intérêt de la part de personnalités de la scène politique en Israël et ailleurs.”

2. RAMALLAH, 2016

“L’idée est de mobiliser des centaines de milliers de personnes, qui marcheront vers Jérusalem,” nous dit l’ancien ministre de l’AP Qadura Fares tout en écrasant une autre cigarette Rothmans. Fares est considéré comme un proche collaborateur de Barghouti, son représentant à l’extérieur. Lui aussi est très familier des prisons israéliennes, dans lesquelles il a passé15 ans pour appartenance à un groupe armé du Fatah. Il a été libéré dans le sillage des accords d’Oslo. Récemment, le journaliste Avi Issacharoff a révélé l’existence d’arrangements qui ont été conclus au début de cette année entre Fares et de hauts dirigeants du Fatah proches de Barghouti, et le Hamas, au sujet du renouvellement de la lutte palestinienne dans l’esprit de Martin Luther King Junior et du Mahatma Gandhi.

“Une autre voie est de faire s’asseoir des dizaines de milliers de gens sur les routes de contournement (en Cisjordanie) de l’aube au coucher du soleil,” déclare Farès. “Et imaginons qu’un colon tombe entre les mains des masses ? Il n’est pas nécessaire de lui faire du mal, mais seulement de lui dire : "quittez les lieux". Je parle d’une révolution populaire soutenue qui perturbera les vies des colons. Je veux jouer aux échecs avec mes amis ? Nous nous asseoirons sur la route. Quelqu’un veut une cérémonie de mariage ? Elle aura lieu sur une route de contournement.”

Vous avez constamment échoué à mener une lutte non-violente, et vous avez plutôt été tenté par des attaques-suicides.

Fares : “D’accord. Cela demandera quelques mois d’entraînement et de préparation. Mais je peux vous dévoiler que toutes les personnes parmi les sommités du Hamas avec lesquelles j’ai parlé se rangent à l’idée d’une intense protestation collective non-violente.”

Une photographie dans le bureau de Fares montre Barghouti, dans un uniforme de prison, serrant énergiquement les mains d’un jeune prisonnier du nom de Thaer Hamed, tous les deux arborant un sourire victorieux. Les voici, les deux symboles de la seconde intifada.

A 6 h, le 3 mars 2002 Hamed était posté en embuscade sur une colline donnant sur un point de contrôle militaire à Wadi Haramiya, entre Ramallah et Naplouse. Armé d’un vieux fusil Mauser, il a tiré et tué sept soldats des FDI et trois civils, avant de s’échapper et de devenir un héros populaire dans les territoires occupés. Des légendes apparurent sur l’identité du mystérieux tireur d’élite, qui ne fut arrêté que deux ans plus tard. “A mes yeux, il est un héros, comme tous les prisonniers palestiniens,” nous a déclaré Fares. “Il a tué des soldats qui causaient souffrance et humiliation à des dizaines de milliers de Palestiniens, et il les a vaincus avec une arme démodée.”

Comment résolvez-vous la contradiction entre l’admiration pour un tireur d’élite et l’accent mis sur la protestation non-violente ? Devons-nous en conclure que vous pensez que la seconde intifada a été une erreur ?

Fares : “Au cours de notre histoire, nous avons lutté avec notre sang beaucoup plus qu’avec notre tête.”

Le combat international

L’avocate Fadwa Barghouti, l’épouse du prisonnier, a un bureau au sixième étage d’un brillant immeuble de bureaux au centre de Ramallah. Sur les murs il y a des photographies et des tableaux de la main de son mari emprisonné. Depuis l’incarcération de Barghouti, Fadwa a géré un fonds financé par l’AP dont l’objet est d’établir une pression internationale pour provoquer sa libération et de façon générale pour entretenir le mythe autour de lui, qui a beaucoup de points communs avec l’aura qui s’est installée en Afrique du Sud autour de Mandela. Elle voyage beaucoup, rencontrant des ministres des affaires étrangères et des faiseurs d’opinion publique.

La campagne pour la libération de Barghouti a été lancée en 2013 à partir de la cellule de Nelson Mandela à Robben Island, en Afrique du Sud, où beaucoup de dirigeants de la lutte contre l’apartheid furent emprisonnés. Serré avec Fadwa Barghouti dans la minuscule cellule, il y avait à cette occasion Ahmed Kathrada, autre lutteur contre le régime raciste, qui a aussi purgé dans la prison une peine de longue durée.

La déclaration de Robben Island demandant la libération de Barghouti a eu pour signataires huit lauréats du Prix Nobel de la Paix Nobel, dont l’ancien Président des USA, Jimmy Carter, et Desmond Tutu, lui-même vétéran de la campagne d’Afrique du Sud. Cette année, Tutu a envoyé une lettre au comité Nobel, le pressant de décerner le Prix de la Paix à Barghouti. Adolfo Perez Esquivel, le militant des droits de l’homme en Argentine qui a lui-même obtenu ce prix en 1980, a aussi proposé,en même temps que plusieurs députés belges, que ce prix soit accordé à l’homme qui purge actuellement en Israël cinq condamnations à perpétuité, après avoir été reconnu coupable de meurtre – en soulignant son engagement pour la démocratie, les droits de l’homme et l’égalité entre hommes et femmes.

Au cours des premières années de son emprisonnement, son mari avait été placé en isolement cellulaire et elle n’était pas autorisée à le voir, à l’exception d’une visite dramatique qui avait été autorisée par le bureau du Premier Ministre Sharon. Ces dernières années, elle a reçu l’autorisation de deux visites de 45 minutes par mois. Les appels téléphoniques sont interdits. Elle lui apporte les livres qu’il demande (elle est autorisée à apporter un livre par mois). En plus d’être un obsessionnel lecteur de livres (huit à dix par mois, selon ses confidents, dont, dernièrement, la biographie de Sharon de David Landau), il est abonné à l’édition en anglais d’Haaretz, regarde religieusement l’émission quotidienne d’actualités “London et Kirschenbaum” [1] et les informations israéliennes, fait des exercices physiques dans la petite cour et donne des conférences aux prisonniers.

Marwan Barghouti est né en 1959 à Kobar, un petit village près de Ramallah. Il a été arrêté pour la première fois à l’âge de 15 ans, pour avoir participé à des manifestations contre l’occupation. En 1978, à l’âge de 19 ans, il a été jugé et condamné à cinq ans d’emprisonnement dans une prison israélienne pour appartenance aux escadrons du Fatah. Il a, pendant sa peine de prison, terminé ses études supérieures. Après sa libération il a épousée Fadwa, une parente éloignée ; leur mariage a été reporté à maintes reprises en raison des fréquents arrestations et interrogatoires de Barghouti. “Il n’a été présent à aucune des naissances de mes quatre enfants,” raconte Fadwa Barghouti. Le premier-né du couple a été appelé Qassam, d’après Iz al-Din al-Qassam, un pionnier de la lutte nationale palestinienne.

Barghouti a étudié les sciences politiques à l’Université de Bir Zeit en Cisjordanie et a été élu président du syndicat des étudiants. “Dans ces années il a vécu entre interrogatoires et arrestations, une vie clandestiine ” déclare sa femme. "L’université était le coeur de l’agitation nationale palestinienne.”

En mai 1987, Barghouti a été expulsé vers la Jordanie. Son expulsion, avec certains dirigeants de l’université, était censée être “une frappe préventive” israélienne pour maîtriser l’agitation. Toutefois, sept mois après la vague d’arrestations, la première intifada a éclaté, stupéfiant le Shin Bet et le monde des services secrets israéliens – et aussi Yasser Arafat et la direction de l’OLP à Tunis. Fadwa Barghouti a rejoint son époux, et leur famille a déménagé en faisant des allers et retours entre la Jordanie et la Tunisie. Selon un ancien haut responsable du Shin Bet, pendant l’intifada, il y a eu au moins un cas de meurtre d’un colon dans lequel a été attestée l’implication de Barghouti, qui était à l’époque en Jordanie.

En 1994, à la suite de la signature des Accords d’Oslo et de l’arrivée de la direction de l’OLP dans la Bande de Gaza, Israël a autorisé Barghouti à revenir.

“A la différence d’autres, il croyait bel et bien qu’Oslo aurait été une période de cinq ans après laquelle l’état palestinien aurait été créé” rappelle Fadwa Barghouti. “Mais l’assassinat du Premier Ministre Yitzhak Rabin a dangereusement porté atteinte au processus. Après l’arrivée au pouvoir de (Benjamin) Netanyahu, il a compris que le processus ne serait pas mené à bien. Contrairement à votre description, l’offre de Barak à Camp David n’était pas généreuse. La poussée de construction de colonies et l’établissement de routes de contournement nous a montré que vous n’aviez aucun intérêt à conclure un accord.

“Notre génération, de Marwan et moi, recèle encore une étincelle de l’espoir que le conflit se terminera par une solution à deux états,” ajoute-t-elle. “Mes enfants n’y croient pas ; ils aspirent à un seul état, démocratique.”

Dans la période entre Oslo et la seconde intifada, Barghouti a établi un vaste réseau de liens sociaux avec des hommes politiques israéliens. Un des amis proches de Barghouti à l’époque était Haim Ramon, un ancien membre du gouvernement.

Nous avions l’habitude de nous rencontrer chaque semaine, habituellement le vendredi à Tel Aviv,” rappelle Ramon. “Il était une des personnalités les plus modérées de l’AP. Il m’a dit alors qu’il était possible de conclure un accord, prenant en compte la question des réfugiés. Dans nos conversations, il disait qu’il était évident qu’aucun réfugié ne reviendrait en Israël, sauf ceux vivant dans les camps du Liban, qui étaient, disait-il, les plus misérables de tous. Il avait une haine pathologique des colons. Pendant la seconde intifada, il a choisi le terrorisme. Après qu’il a été emprisonné, j’ai reçu des messages de lui du genre de, "Pourquoi Ramon ne me rend-il pas visite ?"

“Il n’y a aucun doute qu’il sera le prochain président palestinien,” continue Ramon. « ll est le consensus. Il est très bien accepté par le Hamas. Quand cela arrivera, une forte pression internationale s’exercera sur Israël, qui sera forcé de le libérer.”

En 1996, s’est tenue la première élection du parlement palestinien, le Conseil Législatif. “A cette époque, Barghouti faisait circuler des tracts en faveur du processus politique, d’Oslo et d’un accord, mais cela était un cas anormal, unique,” déclare le Dr. Matti Steinberg, expert des politiques palestiniennes et conseiller de quatre directeurs du Shin Bet. “La vie de Barghouti incarne l’espoir et la déception en un accord politique avec Israël. Je m’attends à une crise à la suite du départ d’Abu Mazen, après laquelle ils feront appel au sauveur à partir de sa prison. Nous pourrions bien assister à une évolution semblable à ce qui s’est passé en Afrique du Sud : un leader palestinien en prison. C’est une situation très dangereuse, qui conduira à la pression internationale pour sa libération.”

Pendant les années où Barghouti flirtait avec la gauche sioniste, il a fait de temps en temps des déclarations qui ont cassé son image de meilleur partenaire , et qui peut-être ont laissé présager l’avenir. Des exemples en sont sa proposition au parlement palestinien d’envoyer des condoléances à la famille d’un terroriste qui s’était fait exploser au Café Apropos à Tel Aviv en 1997, et une allusion au fabricant de bombe installé à Gaza, Yahya Ayyash, connu sous le nom de “l’Ingénieur,” comme étant un chahid ou un martyr de la cause. “C’est un discours interne palestinien,” a expliqué Barghouti aux Israéliens dont il sentait qu’il les décevaient. Il a créé le Tanzim, une organisation politique qui reflétait la situation de la population locale à l’opposé des personnalités en costume, fumant le cigare, qui arrivaient de Tunis.

“Le groupe de Tunis nous considérait comme des soldats, et Marwan voulait qu’ils nous considèrent comme des partenaires,” remarque Qadura Fares au sujet de la querelle intestine à l’intérieur du Fatah. “Il avait été expulsé et il connaissait les deux mondes, ainsi il était directement au courant de l’énorme disparité entre le niveau de vie de l’équipe dirigeante à Tunis et la pauvreté dans les territoires. Il luttait pour l’égalité et la démocratisation. Il travaillait à l’intégration des gens venant des territoires dans l’appareil de l’AP.”

Barghouti s’est opposé aux dispositifs de sécurité créés par Arafat, et a accusé publiquement leurs chefs de brutalité et de corruption.

“Son bureau à Ramallah était une résidence, avec des enfants pissant dans la cage d’escalier. C’était le cadre qu’il avait choisi afin de souligner le fait qu’il venait des gens ordinaires,” déclare le journalist Danny Rubinstein, qui était un ami proche de Barghouti. “Le Tanzim était une milice civile qui lui était fidèle. Il était la principale opposition au groupe de Tunis. C’était sa carte de visite politique, et elle était censée l’amener à la direction après Arafat. Il était entièrement favorable à un accord. Je l’ai rencontré deux jours avant qu’il n’entre dans la clandestinité et il a commencé à être traqué. C’était dans le hall de l’Hôtel du Parc, à Ramallah. Il m’a dit que l’endroit pouvait sauter – il craignait de se trouver sur le point d’être liquidé.”

En 2000, à la veille de la conférence de Camp David, Barghouti a déclaré que, “Arafat n’a pas le droit de sacrifier le droit au retour des réfugiés.” La conférence s’est soldée par un échec, avec la déclaration d’Ehud Barak selon quoi il n’ y avait “aucun partenaire” pour faire la paix. Deux mois plus tard, le 28 septembre 2000, le député Ariel Sharon, chef de l’opposition, s’est rendu sur le Mont du Temple. Des émeutes ont éclaté dans les territoires. Les FDI, qui dans les mois précédant Camp David s’étaient entraînées en vue d’une guerre déclenchée par les Palestiniens, ont réagi de façon agressive.

“Au début, la proportion de ceux qui étaient tués était de 15 pour 1 au détriment des Palestiniens,” a remarqué Diskin, ancien directeur du Shin Bet, dans un interview à l’émission de la Chaîne, “La Source,” qui portait sur les leçons de la seconde intifada. Diskin était en désaccord avec l’affirmation des chefs des FDI selon laquelle les Palestiniens avaient préparé une guerre.

Mais les deux officiers des FDI de plus haut rang à l’époque, Mofaz et Ya’alon, ont mis en avant un récit suggérant juste cela. Ils ont affirmé que la soi-disant intifada d’Al-Aqsa avait été organisée longtemps avant et que la visite de Sharon au Mont du Temple n’était qu’une excuse. Quelques mois plus tôt, Barghouti avait perdu contre Hussein al-Sheikh dans l’élection du secrétaire général du Fatah. Arafat ignorait les résultats. Ya’alon était convaincu que c’était une ruse, une manoeuvre délibérée de la part d’Arafat, qui avait désigné Barghouti – considéré comme une personnalité charismatique, combattive – pour diriger l’Intifada. Le chef d’état major adjoint voyait un net présage d’autres choses à venir dans les évènements qui en 2000 ont commémoré la Nakba (que les Palestiniens considèrent comme “la catastrophe” de la création d’Israël en 1948), qui ont été dirigées par Barghouti, quelques mois avant le sommet de Camp David. Pendant la commémoration de la Nakba, dans des manifestations qui ont duré pendant trois jours, des pierres et des cocktails Molotov ont été jetés sur les soldats. Huit Palestiniens sont morts dans les échanges de tirs qui s’en sont suivis entre les troupes israéliennes et les miliciens du Tanzim. A ce jour, Ya’alon est convaincu que ceci était la promo, et que Barghouti était alors, et plus particulièrement pendant l’intifada, “l’alter ego d’Arafat.”

Le bras droit d’Arafat

Trois jours avant la visite de Sharon au Mont du Temple, et l’éclatement des émeutes dans les territoires qui a suivi, Carmi Gillon, un ancien directeur du Shin Bet qui était alors le chef du Centre Peres pour la Paix, a rencontré Barghouti dans le hall de l’Hôtel Hyatt à Jérusalem, afin d’organiser des projets communs pour la jeunesse israélienne et palestinienne.

“Il ne ressemblait pas à quelqu’un qui passait ses nuits à préparer l’intifada et ses jours à lancer des projets de paix,” se rappelle Gillon. “Mon impression était qu’il préconisait un accord. L’explosion de l’intifada l’a surpris, ainsi qu’Arafat. Et ensuite il a mangé du lion. Barghouti a compris que la voie politique de soutien à un accord ne l’aiderait pas à devenir le dirigeant. Il n’y a pas de doute qu’il est vraiment aimé par les gens et qu’il est un candidat sérieux à la présidence. Nous avions un intérêt évident à le relâcher. Il n’y a pour l’instant aucun intérêt à le relâcher, parce qu’il n’y a aucun élan vers un accord.”

Cette ligne est approuvée par un autre ancien chef du Shin Bet, Ami Ayalon : “Dans la première semaine de l’intifada, Barghouti et ses associés ont été aussi surpris que tout le monde. L’analyse du Shin Bet était parfaite : c’était un soulèvement populaire. Et alors, il (Barghouti) a commencé à donner forme au raisonnement opérationnel et politique de la seconde intifada. Il est devenu le bras droit d’Arafat et il a cru que l’intifada était le moyen de parvenir au but de deux états pour deux nations. Quand j’étais ministre dans le gouvernement d’Ehud Olmert, j’ai dit (au premier ministre), pendant les négociations sur la libération du soldat kidnappé (Gilda) Shalit, que nous devions libérer autant de prisonniers que possible, qui étaient des atouts du Fatah, et avant tout, Barghouti. Olmert n’était pas fait pour écouter des idées de cette sorte.”

Dans les premiers jours de la seconde intifada, Barghouti a conduit des manifestations de masse. Quand les affrontements se sont intensifiés, il a déclaré, “Le temps où ne faisions que sacrifier des victimes est passé. Nous devons nous venger. Nous devons tuer des Israéliens. Oui. Nous avons des balles. Nous avons des fusils, et ils viseront les occupants.”

Il était alors considéré comme le dirigeant du courant combattif. Une partie du personnel dirigeant des FDI affirmait à l’époque qu’il éclipsait Arafat en pouvoir et en influence, et que le Tanzim qu’il dirigeait était armé, contrairement aux Accords d’Oslo. “Peut-être pouvez-vous l’envoyer en Alaska pendant quelques semaines pour un temps de répit ?” a suggéré Shimon Peres, Ministre des Affaires Etrangères à Arafat dans une réunion.

Par la suite, le Shin Bet a reçu des renseignements affirmant que Barghouti, par l’intermédiaire de personnes qui lui étaient fidèles dans le Tanzim et dans les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, avait fourni des fonds et des armes qui furent utilisées dans une série d’attaques terroristes dans les territoires contre les soldats et les colons. Un moine grec fut tué parce que les assassins l’avaient pris pour quelqu’un d’autre.

“La seconde intifada a commencé comme une lutte populaire, et l’armée israélienne l’a noyé dans le sang,” nous dit Qadura Fares dans son bureau de Ramallah. “Nous assistions à des funérailles dans lesquelles les gens demandaient à Barghouti de se venger. Marwan, un dirigeant aux liens directs avec la base, ne pouvait ignorer ces appels, étant donné son opposition à l’attitude de membres du Comité Central (du Fatah), (tel qu’Abbas). Il comprenait qu’un concurrent sérieux du Fatah était apparu sous la forme du Hamas. Marwan voulait garder un Fatah fort. Dans la seconde intifada il était à cent pour cent en coordination avec Arafat.Cela ne veut pas dire qu’ils siégeaient la nuit pour préparer tous les détails. Barghouti comprenait ce que voulait Arafat, à partir des signes et des gestes. Si Arafat avait voulu arrêter les tirs, il les aurait arrêtés.”

Le moment le plus hautement tendu de la seconde intifada est probablement arrivé en janvier 2002. L’envoyé spécial américain, le Gén. Anthony Zinni était arrivé en Israël quelques semaines auparavant et négociait un cessez-le-feu, qui a capoté quand les FDI ont assassiné Raad al-Karmi, du Tanzim, au moyen d’une bombe. Karmi, qui avait mené des dizaines d’attaques terroristes contre les Israéliens, était à ce moment sur le chemin vers sa bien aimée. L’assassinat, qui a provoqué un débat houleux à l’intérieur de l’institution israélienne de la défense, à conduit au Mars Noir et à l’Opération Bouclier Défensif en avril. Barghouti, qui avait été le patron de Karmi, a appelé à la vengeance. Quelques attaques du Tanzim furent perpétrées en deçà de la Ligne Verte, dont la fusillade tuant trois personnes au restaurant du Marché aux Poissons de Tel Aviv. Barghouti aurait plus tard affirmé qu’il avait donné des instructions pour que les attaques ne soient menées qu’en Cisjordanie.

Ceci a été le moment où la décision a été prise d’accentuer les efforts soit pour arrêter, soit pour assassiner l’ennemi public palestinien n° 1.

Après son arrestation, Barghouti a subi un interrogatoire intensif par les agents du Shin Bet, “Mofaz” et “Smith.” Les notes que les interrogateurs ont rédigées pour résumer l’entretien avec Barghouti constituent son récit des origines de la seconde intifada.

“Elle devait être de caractère populaire, et je faisais partie de ses instigateurs,” a-t-il admis. “Mais les choses ont échappé à tout contrôle.” La visite de Sharon au Mont du Temple “ n’a été que la goutte qui a fait déborder le vase” a-t-il maintenu, et il a continué à faire la liste des facteurs qui ont conduit les Palestiniens à fomenter des troubles : “Le développement des colonies, la perte de tout espoir à la suite de l’échec à Camp David, la perte de tout espoir de l’indépendance et l’échec d’Arafat à la faire arriver, la corruption de l’AP et la question des réfugiés.”

Barghouti a reconnu devant les interrogateurs que son implication dans la violence était due en partie à la lutte de pouvoir dans la rue palestinienne, “afin de pousser dehors le Hamas et le Jihad Islamique,” et aux luttes entre générations parmi les dirigeants du Fatah pour le contrôle du pouvoir.

De son point de vue, a-til dit, la violence n’était pas une stratégie mais une manoeuvre tactique dont l’intention était d’amener l’état palestinien. “La seconde intifada,” a-t-il prédit, “sera la dernière vague de violence, parce que les Palestiniens ont le sentiment qu’ils ont restauré leur respect de soi par les attaques. Un équilibre a été établi entre les deux camps, comme cela est arrivé à Israël avec (le Président de l’Egypte) Anwar Sadat après la Guerre du Kippur.”

Il a dit aux interrogateurs qu’il assumait l’entière responsabilité des attaques du Fatah, mais pas de celles à l’intérieur d’Israël, auxquelles il était catégoriquement opposé.

Dans ses longs entretiens avec les agents du Shin Bet, Barghouti s’est montré comme étant un politicien ambitieux et calculateur. Il a participé à l’enchaînement sanglant, a-t-il raconté, pour une part, en sorte qu’ “à l’avenir, il puisse dire de lui qu’il a agi pour la paix et aussi dans la guerre, tandis que d’autres dirigeants ne se sont pas salis les mains. Ainsi il gagnerait la sympathie des Palestiniens.”

Les interrogateurs ont remarqué que “l’interrogé avait un sens de l’humour bien développé et qu’il nous a régalé de plusieurs blagues étonnantes.” Ils ne faisaient probablement pas référence à la remarque suivante qu’il a faite : “Je serai bientôt libéré dans un échange de prisonniers, comme dans l’accord avec Jibril en 1985 [2] .”

Quatre mois après son arrestation, l’état a accusé Barghouti d’implication dans 37 attaques terroristes et actes de terreur. Le ministre de la justice de l’époque, Meir Sheetrit, a proposé que son procès, devant un tribunal civil, soit télévisé, “comme le procès d’Eichmann” (qui fut diffusé en direct à la radio). Barghouti a refusé de se défendre ou de citer des témoins à comparaître, déclarant avec véhémence qu’il ne reconnaissait pas le droit à Israël de le juger. Il a été déclaré coupable de cinq chefs d’accusation de meurtre et condamné à cinq peines cumulées d’emprisonnement à perpétuité plus 40 ans d’emprisonnement pour tentative de meurtre et appartenance à une organisation terroriste.

Les juges ont conclu que Barghouti avait dirigé les escadrons terroristes du Tanzim et les Brigades terroristes des Martyrs d’Al-Aqsa, avait fourni des fonds et des armes aux commandants d’escadrons, et dans plusieurs cas avait à l’avance approuvé les attaques. “J’ai pensé que ce procès posait vraiment problème pour Israël,” déclare Ami Ayalon, en ajoutant, “Si je croyais aux théories du complot, j’aurais pensé que c’était peut-être un complot israélien ayant pour but de façonner un dirigeant qui croit à la solution à deux états. Mais j’ai eu un professeur à Harvard qui disait que les théories du complot doivent toujours être laissées à la fin en dernier recours . L’essentiel de ce que nous voyons est aléatoire ou stupide.”

Beilin est d’accord pour dire que “le jugement était une erreur,” remarquant que “même la présidente du tribunal, Sara Sirota, pensait que c’était une faute. Le procès a fait de lui un Mandela, et Barghouti n’est pas Mandela. Il est un chat des rues qui, dans une large mesure, était derrière la seconde intifada. Il a pensé qu’il pourrait contrôler les flammes, mais personne ne contrôle jamais aucune flamme.”

Examen après décès

Après la mort de Yasser Arafat, en novembre 2004, Mahmoud Abbas, qui s’était opposé à la voie de la lutte armée suivie par Arafat et Barghouti, fut désigné comme son successeur temporaire. De sa cellule d’isolement, Barghouti a déclaré qu’il avait lui-même l’intention d’être candidat à la présidence. Les dirigeants israéliens ont reçu l’information selon laquelle les deux personnes les plus proches de Barghouti – sa femme Fadwa et Qadura Fares – étaient opposées à cette idée, et ils l’ont convaincu de se retirer. De façon inhabituelle, le Bureau du Premier Ministre les ont tous les deux autorisés à rendre visite à Barghouti, qui avait été placé en isolement total à la prison de Be’er Sheva depuis deux ans. “Je suis allé le voir à la demande d’Abu Mazen. Aujourd’hui je reconnais que j’ai fait une erreur quand j’ai fait pression sur lui pour qu’il ne soit pas candidat,” admet Fares, et il se rappelle le dialogue entre eux.

Fares : Marwan, supposons que le 10 janvier 2005, nous nous levions le matin et que tu sois le président de la Palestine. Que feras-tu pour nous ? Tu es à l’isolement ici à Be’er Sheva.

Barghouti : Et que fera Abu Mazen ?

Fares : Je n’ai aucune illusion qu’Abu Mazen réussisse à fonder la Palestine. Mais nous pouvons remettre la maison en état après sa destruction lors de l’intifada, reconstruire les institutions, favoriser la démocratie et continuer le processus politique.

Barghouti : Rappelle-toi, Qadura, les Israéliens ne nous donneront rien. Ils ne nous autoriseront pas à parvenir à quelque chose.

Fares : Pourquoi ?

Barghouti : Quand un dirigeant n’a qu’une alternative, il n’y a pas de raison pour les Israéliens de lui donner quelque chose . Et Abu Mazen ne choisira que l’option diplomatique, les négociations. Nous avons essayé le combat sans négociations, et les négociations sans combat, et cela n’a servi à rien. Seules les négociations et le combat assureront la libération.

En 2004, Barghouti a soutenu le projet du gouvernement israélien de retrait de la Bande de Gaza. Il a par la suite envoyé de sa prison une lettre demandant aux Palestiniens de ne pas réagir avec violence quand Israël a évacué les colons de Gaza. A la veille du déplacement dramatique dû à Sharon, une initiative israélienne pleine d’imagination a été avancée par l’ambassadeur à Washington, Danny Ayalon.

“J’ai reçu avant le désengagement l’accord tacite de Sharon pour la démarche suivante : la libération de Barghouti en échange de Pollard,” se rappelle Ayalon. “A cette fin, j’ai rencontré la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice. Je savais que les Américains étaient partisans de la libération de Barghouti, afin de renforcer le Fatah. Je lui ai demandé : « Seriez-vous disposée à libérer Pollard en échange de Barghouti ? » Elle a répondu : ‘Danny, n’y songez pas.’”

L’initiative Barghouti contre Pollard sous la houlette d’Ariel Sharon a coulé comme une pierre. Barghouti avait été placé au sommet de la liste des candidats du Fatah aux élections législatives de janvier 2006. Quand les résultats sont arrivés, Abbas a été forcé de désigner Ismail Haniyeh comme premier ministre. Au milieu de ce qui ressemblait aux premiers signes d’une imminente guerre civile entre les Palestiniens, Barghouti a rédigé un document ambitieux pour bloquer les tensions qui circulaient vers l’extérieur. Il a engagé un long dialogue avec les prisonniers sécuritaires des diverses factions palestiniennes, y compris le Hamas et le Jihad Islamique.Le résultat en a été le “document des prisonniers.”

Ce texte formateur demande l’établissement de deux états, l’un à côté de l’autre, fondés selon les frontières d’avant 1967, la mise en oeuvre du droit au retour et l’adoption des accords antérieurs entre les parties, l’abandon de la lutte armée à l’intérieur d’Israël proprement dit, et l’introduction de la démocratie ainsi que de droits égaux pour les femmes.

Toutefois, le 25 juin 2006, le jour où le Premier Ministre, membre du Hamas, Haniyeh était censé annoncer l’acceptation du document au nom de l’organisation, des membres de la branche militaire du Hamas ont kidnappé le Caporal Gilad Shalit sur la frontière avec Gaza. La cérémonie de signature a été suspendue. Il y allait en avoir une autre cinq ans avant que Netanyahu, qui est devenu premier ministre pour la première fois en 2009, n’ait signé un accord d’échange de prisonniers pour Shalit – sans que Barghouti n’en fasse partie. Antérieurement, le gouvernement Olmert l’avait aussi laissé en incarcération.

Haim Oron, l’ancien dirigeant du Meretz, raconte que le Ministre de la Défense Ehud Barak lui avait dit qu’il considérait l’arrestation de Barghouti comme ayant été une erreur fondamentale. Néanmoins, le gouvernement Olmert-Barak ne l’a pas libéré non plus.

Barghouti a apporté son soutien aux négociations menées par Olmert. Il a dit à l’époque à ses proches collaborateurs que si cela avait dépendu de lui, il aurait pu signer l’accord pour un statut final “dans les jours suivants.” Certains dans la classe dominante israélienne pensaient que le soutien de Barghouti en faveur des négociations était vrai. Comme preuve, ils ont fait la remarque que les plus proches collaborateurs de Barghouti, conduits par Fares, avaient signé l’Initiative de Genève, un accord-cadre non-officiel élaboré, quelques années auparavant, par des équipes d’Israéliens et de Palestiniens. “Je ne l’aurais pas signé, si j’y avais été opposé,” a déclaré Fares à Haaretz.

D’autres ont soupçonné que la modération affichée par Barghouti dans ses entretiens en prison avait une motivation personnelle : sa libération comme partie d’un accord après lequel il reprendrait sa ligne combative. “Je sais que Abu Mazen a mis en avant la libération de Marwan comme une condition d’un accord,” déclare Fadwa Barghouti, “et ultérieurement aussi au Secrétaire d’Etat des USA, John Kerry. Ceci m’a été dit personnellement.”

D’autres sources gouvernementales israéliennes, cependant, maintiennent que Abbas s’est toujours comporté avec duplicité. "Nous savons qu’il a parfois demandé aux Américains sa (de Barghouti) libération, y compris dans un tête-a-tête avec le Président Obama,” déclare une source bien informée. “Mais il y a eu aussi des appréciations selon lesquelles, par crainte pour sa propre survie, Abu Mazen a préféré que Barghouti reste en prison.” Selon le député à la Knesset Zahalka, “Il y a eu des années où ils ne voulaient pas entendre son nom à la Muqata” – le quartier général palestinien à Ramallah.

“Au cours des années, Abu Mazen n’a pas fait l’effort nécessaire pour ma libération,” a dit Barghouti lui-même à Haaretz.

Ces derniers mois, le Ministre pour Jérusalem Zeev Elkin a rencontré des universitaires pour discuter de la situation qu’entraînera le départ d’Abbas. La plupart de ses interlocuteurs lui ont dit que Barghouti est la seule personnalité du Fatah qui puisse battre le Hamas dans une élection. Ceci n’a pas conduit Elkin à rejoindre le choeur de ceux recommandant vivement sa libération.

“Le jour d’après Abu Mazen, l’AP s’effondrera, et nous devons être prêts pour cela,” déclare Elkin à Haaretz de façon apocalyptique. “A mon avis, le Fatah ne prendra pas le risque d’une élection, qu’il pourrait perdre au bénéfice du Hamas, et même s’il en prend le risque, le gouvernement Netanyahu n’autorisera pas les Arabes de Jérusalem-Est à voter.” Elkin considère comme probable une situation de chaos et de violence dans la période immédiate d’après Abbas, et pense aussi que Barghouti pourrira en prison.

De l’avis de certains, les trois fonctions d’Abbas (président de l’OLP, président du Fatah, président de l’AP) seront réparties entre trois

personnes différentes. Le président de l’OLP sera la personnalité principale et sera à la pointe des initiatives politiques, le président de l’AP sera un technocrate qui traitera les questions administratives, et la direction du Fatah sera prise par une troisième personne de l’organisation. Et que se passera-t-il s’il y a une élection et que Barghouti la remporte ? “Le cabinet (israélien) de sécurité n’a pas encore mené de discussion relative à cette question,” déclare un ministre du cabinet à Haaretz.

Le Président Reuven Rivlin, qui est aujourd’hui opposé à la libération de Barghouti, a tenu quelques réunions avec des personnalités politiques dans lesquelles la question a été posée de ce qu’Israël devrait faire si Barghouti est élu président. Rivlin a dit au cours de ces entretiens que les dirigeants du pays devraient, dans ce cas, recalculer leur cap et faire ce qui sauvegarde le mieux les intérêts d’Israël. A l’avis de Rivlin, si la communauté internationale le considère comme une personnalité comparable à Mandela et exerce des pressions en faveur de sa libération, il serait contraire aux intérêts supérieurs d’Israël qu’il soit maintenu en prison.

Barghouti lui-même a récemment dit à un de ses visiteurs qu’il est vigoureusement opposé à ce que le successeur d’Abbas soit choisi dans une élection du style de celles des états arabes. “La seule façon est une élection entièrement démocratique sous supervision internationale", a dit le prisonnier. “Quiconque pense que le prochain président palestinien ne sera pas élu par la voie des urnes vit dans l’illusion.”

Lire davantage : http://www.haaretz.com/israel-news/1.728135

Marwan Barghouti sera t-il le Nelson Mandela palestinien? (Haaretz, 22 juillet 2016)
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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 10:08

BALADE ANTI-ATOMIQUE et PACIFISTE

DIMANCHE 7 AOÛT , 10H30

MENEZ-HOM

«Contre les nostalgiques de la guerre, il faut refaire la paix »

.Après le nouvel outrage à la raison qu'a représenté le tir du missile M51

le 1 juillet au large des côtes bigoudènes,

.Après les réactions d'indignation que cette opération a soulevées en Bretagne, notamment en regard des contraintes pour les marins-pêcheurs et plus globalement de celles liées aux servitudes militaires qui impactent l'économie du littoral atlantique,

.Pour revendiquer l'abolition des armes de la dissuasion atomiques, dangereuses, coûteuses, inutiles…,

. En souvenir-hommage aux drames d'Hiroshima et Nagasaki…,

.Pour réaffirmer le refus des surenchères de peurs et terreurs actuelles et promouvoir les valeurs de liberté, d’égalité, de respect, de fraternité et de justice,

le Mouvement de la paix appelle à participer à une

chaîne humaine de déclaration de la paix.

Cette balade anti-atomique et pacifiste nous mènera au sommet du Menez-Hom, point culminant de la presqu'île de Crozon ou est basée toute la logistique maritime de l'armada nucléaire Française.

________________________

Pratique

10h30 Rassemblement-départ au parking de la stèle de la résistance

face à la chapelle de Sainte Marie du Ménez hom

11h30 le rendez vous commémoration au sommet

12h30 pique nique sur le lieu de départ

Voir aussi:

Contre le nucléaire militaire, en mémoire d'Hiroshima et de Nagasaki, jeûne de l'île Longue: du 6 août 8h au 9 août 2016 11h: demandez le programme

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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 09:49
Les ONG dans le viseur de viseur de Netanyouhou (Pierre Barbancey, L'Humanité)

Les ONG dans le viseur de Netanyahou

L’organisation Breaking the Silence, qui publie les témoignages de soldats, est attaquée pour révéler ses sources.

Pierre Barbancey, l’Humanité, jeudi 21 juillet 2016

Breaking the Silence (« Briser le silence ») est une ONG israélienne qui recueille et publie les témoignages de soldats engagés dans la répression dans les Territoires palestiniens. Un travail qui n’est pas du goût des autorités, qui, plutôt que briser le silence, préférerait briser la parole. Depuis deux mois maintenant, Breaking the Silence est citée à comparaître dans un procès visant à obtenir qu’elle divulgue ses sources. Or elle est reconnue comme offrant une plateforme aux soldats pour dénoncer sous couvert de l’anonymat les agissements condamnables de l’armée dans les Territoires.

« Si vous voyez quelqu’un, tirez ! » C’est l’ordre qu’ont ainsi reçu des soldats israéliens envoyés dans la bande de Gaza, durant la guerre menée à l’été 2014, selon plusieurs témoignages recueillis par Breaking the Silence. « Les ordres étaient de tirer pour tuer, même si la personne n’était pas identifiée », rapporte par exemple un sergent. « Vous ne trouverez pas de civils dans les zones d’intervention. Si c’est le cas, ils sont forcément suspects », a-t-il également été asséné aux militaires. L’un d’entre eux se souvient de deux Palestiniennes qui marchaient dans un verger lorsqu’elles ont été repérées par un drone. Elles ont été tuées. Aucune arme n’a pourtant été retrouvée sur elles. C’est également dans les documents de Breaking the Silence que l’on trouve ceci : « Le discours était vraiment d’extrême droite, un discours raciste et nationaliste », selon un lieutenant. « (Nos supérieurs) nous ont dit : si vous tuez quelqu’un à Gaza, c’est cool, ce n’est pas grave », rapporte un sous-officier.

Le procureur estime que les témoignages anonymes favorisent la diffusion de mensonges sans permettre d’enquêter sur les méfaits éventuels. Breaking the Silence invoque en revanche la nécessité de protéger ses sources et accuse l’État d’essayer de faire taire les voix discordantes.

Pour Yehuda Shaul, cofondateur de l’ONG, « plus aucun soldat ne parlera s’il sait qu’il risque d’aller en prison ». Breaking the Silence et d’autres ONG comme la Paix maintenant ou B’Tselem, critiques opiniâtres de l’occupation et de la colonisation israéliennes, font face à de dures attaques de l’un des gouvernements les plus à droite de l’histoire d’Israël et d’une partie de la classe politique qui voient en elles une « cinquième colonne » agissant pour les ennemis d’Israël.

La semaine dernière, sous prétexte de transparence, la Knesset a approuvé une loi très controversée sur le financement des ONG, précisément sur des aides de gouvernements étrangers. Une loi qui, selon un député de l’opposition, porte « les bourgeons du fascisme qui fleurit en Israël ».

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