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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 05:53
"Laisser le poète à notre solitude": un article de Marina Da Silva dans les pages littéraires du Monde Diplomatique sur Mahmoud Darwich et le recueil "Présente absence"

Le Monde Diplomatique, août 2016

Laisser le poète à notre solitude

par Marina Da Silva

Cette Présente Absence (1) au titre percutant, publiée pour la première fois en 2006, renvoie à la désignation israélienne des Palestiniens ayant dû fuir leur foyer en 1948 : les « présents-absents ». Elle se révèle prose poétique testamentaire : c’est l’avant-dernier livre paru du vivant de Mahmoud Darwich. Il y pressent sa fin proche et fait défiler le film de sa vie. Depuis l’exil de l’enfance et de la patrie vers le Liban, jusqu’au retour en Cisjordanie occupée et au siège de Gaza. Une vie d’errance pour lui et pour son peuple. Vingt chapitres qu’il adresse à son double créateur et au lecteur, dans une intimité troublante. Jamais on n’avait eu autant le sentiment que le poète se confiait et se livrait, dans ses fragilités et ses tourments, ses espoirs et ses aspirations. Après la Nakba (« catastrophe » en arabe) de 1948, séisme historique et personnel, plus rien ne sera jamais comme avant. « Tout ici était comparaison douloureuse avec ce que fut là-bas. » En plus de la terreur du massacre de Deir Yassin (avril 1948), l’homme va se lester de l’encerclement de Beyrouth (juin 1982), des massacres de Sabra et Chatila (septembre 1982), d’une souffrance sans fin, jusqu’à un retour où « l’occupant est sorti de la chambre à coucher mais se vautre au salon et dans toutes les autres pièces ».

Le voyage dans cette mémoire introspective, personnelle et collective, parcourue par fragments, échappe à tout déroulé chronologique. Il se construit par associations de fragrances, douloureuses ou lumineuses, selon que Darwich est hanté par la perte des êtres chers, le souvenir-morsure de la prison, ou vivifié par la brûlure de l’amour. L’amitié — à laquelle on doit cette traduction que signent Farouk Mardam-Bey et Elias Sanbar — est aussi l’une des valeurs cardinales de son univers poétique. Qui sert de rempart à toutes les trahisons : « Si tu savais en partie ce que je sais, tu aurais abjuré la langue arabe. » Méditations politiques, philosophiques, esthétiques : après sa disparition, Darwich demeure toujours vivant et sa parole n’en finit pas d’éteindre notre solitude.

« Pourquoi choisissez-vous le métier de journaliste ? — Pour pouvoir un jour interviewer Mahmoud Darwich. » Ivana Marchalian, journaliste libanaise d’origine arménienne (2), jubile donc lorsqu’elle réussit à forcer la porte du poète-icône, en 1991, alors qu’il ne donnait plus d’interviews depuis quatre ans. Cette entrevue sera le prélude à une amitié que la journaliste-écrivaine relate dans le détail, fascinée autant par la stature de Darwich que par sa

propre prouesse, qu’elle se complaît à mettre en scène. Malgré cette faute de style, ce livre nourri d’un échange riche se lit avec plaisir et apporte de nouveaux éclairages sur la vie et l’œuvre d’un poète dont on ne se lasse pas. On y découvre un Darwich généreux et plein d’empathie, qui se laisse embarquer dans l’aventure, non sans humour : « Je soussigné, M. D., m’engage en toute conscience, au nom de toutes valeurs morales et sacrées, à remettre l’entretien journalistique avec Mlle Ivana la Terrible, dans son intégralité, à quatre heures de l’après-midi du 28 décembre 1991. » Marchalian s’engage de son côté à ne publier le texte qu’après sa disparition. Accompagné du manuscrit en arabe, ce long entretien, qui interroge le poète sur sa relation à la mère et à la terre, à l’exil et à la guerre, à l’amour et à la vie, parcourant l’œuvre et les questions esthétiques et politiques qui la traversent, vient nourrir la somme des apports prolifiques du poète palestinien, qui manque à notre poésie intérieure.

Marina Da Silva

Journaliste.

ette Présente Absence (1) au titre percutant, publiée pour la première fois en 2006, renvoie à la désignation israélienne des Palestiniens ayant dû fuir leur foyer en 1948 : les « présents-absents ». Elle se révèle prose poétique testamentaire : c’est l’avant-dernier livre paru du vivant de Mahmoud Darwich. Il y pressent sa fin proche et fait défiler le film de sa vie. Depuis l’exil de l’enfance et de la patrie vers le Liban, jusqu’au retour en Cisjordanie occupée et au siège de Gaza. Une vie d’errance pour lui et pour son peuple. Vingt chapitres qu’il adresse à son double créateur et au lecteur, dans une intimité troublante. Jamais on n’avait eu autant le sentiment que le poète se confiait et se livrait, dans ses fragilités et ses tourments, ses espoirs et ses aspirations. Après la Nakba (« catastrophe » en arabe) de 1948, séisme historique et personnel, plus rien ne sera jamais comme avant. « Tout ici était comparaison douloureuse avec ce que fut là-bas. » En plus de la terreur du massacre de Deir Yassin (avril 1948), l’homme va se lester de l’encerclement de Beyrouth (juin 1982), des massacres de Sabra et Chatila (septembre 1982), d’une souffrance sans fin, jusqu’à un retour où « l’occupant est sorti de la chambre à coucher mais se vautre au salon et dans toutes les autres pièces ».

"Laisser le poète à notre solitude": un article de Marina Da Silva dans les pages littéraires du Monde Diplomatique sur Mahmoud Darwich et le recueil "Présente absence"
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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 05:23
A la une de "l'Humanité" le 16 janvier 1953: La guerre froide et le stalinisme, par Fréderick Genevée, historien (L'Humanité, 11 août 2016)

La guerre froide et le stalinisme

les séries d'été de l'Humanité 18/33

FRÉDÉRICK GENEVÉE HISTORIEN

JEUDI, 11 AOÛT, 2016

L'HUMANITÉ

Dans les années 1950, le monde apparaît binaire. À la force du communisme à l’Est s’oppose un Ouest en crise. C’est la période du stalinisme, mais aussi de la répression maccarthyste.

Le 16 janvier 1953, la une de l’Humanité, organe central du Parti communiste français, nous plonge dans le communisme de guerre froide et le stalinisme. Tout y est et tout s’articule. On y apprend ainsi que Staline est présenté aux élections du soviet de Moscou, que dans le même pays des médecins ont été arrêtés pour avoir attenté à la vie de dirigeants soviétiques, c’est le début du fameux complot dit « des blouses blanches ». Plusieurs dizaines de médecins soviétiques dont le médecin personnel de Staline sont arrêtés. La répression s’abat sur eux en mêlant critique du sionisme et campagne antisémite. Ils ne devront leur survie qu’à la mort du dictateur peu de temps après, en mars de la même année.

En ce début 1953, la vision communiste du monde semble binaire. À la force du communisme qui se construit à l’Est s’oppose un Ouest en crise. La première page du journal met ainsi en exergue une grande photographie de Mao entouré de jeunes pionniers. Le dirigeant chinois est célébré parce qu’il vient d’annoncer la tenue d’élections générales. La seconde photographie est celle d’une délégation de ménagères conduite par le maire de Bagnolet pour protester contre l’impéritie des services préfectoraux du département de la Seine. Le journal annonce aussi que des licenciements sont prévus aux usines Renault.

L’affaire Ethel et Julius Rosenberg atteint son paroxysme

Démocratie d’un côté, crise de l’autre mais aussi répression. Nous sommes au temps où des dirigeants communistes et syndicaux sont envoyés en prison en France car accusés de complot. C’est ainsi le cas d’Alain Le Léap, dirigeant de la CGT : une pétition demandant sa libération a rassemblé 50 000 signatures de mineurs du Nord et du Pas-de-Calais. Plus grave encore, l’affaire Ethel et Julius Rosenberg atteint son paroxysme. Le couple d’Américains, accusé d’espionnage et condamné à mort, doit bientôt être exécuté – ils le seront effectivement en juin de la même année. Les manifestations pour les sauver se multiplient, et l’Humanité rend compte de celle qui vient de se tenir à New York. On s’interroge souvent sur les raisons de l’aveuglement des communistes sur les réalités de l’Union soviétique stalinienne et sur leur solidarité sans faille. Se poser cette unique question ne permet pourtant pas d’y répondre.

Le monde de la guerre froide est un jeu de miroirs qui plonge les militants dans plusieurs « réalités » simultanées. Des informations filtrées leur proviennent de l’Est, mais ils vivent aussi dans un monde où la répression contre leur parti pour fait d’opinion est fréquente. Il est ainsi question dans cette livraison du journal des poursuites contre Jacques Duclos à la suite du célèbre complot des pigeons. Les difficultés de la vie quotidienne ne sont pas non plus pure invention, comme ne l’est pas non plus le retour de la droite aux affaires – René Mayer vient d’être investi avec le soutien des élus du RPF de De Gaulle. Jacques Duclos tente d’ailleurs une critique générale de la politique économique du nouveau gouvernement qu’il accuse d’être inféodé aux États-Unis. Une véritable relance serait d’ailleurs impossible sans l’affirmation de l’indépendance de la France prisonnière jusque-là du plan Marshall et des dépenses militaires. Il affirme alors qu’un gouvernement français parce que français, c’est-à-dire indépendant, conduirait une tout autre politique et une véritable relance au service du peuple. Cette orientation ne peut qu’avoir l’oreille des militants, huit années seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale où s’est joué le sort de la France. Pour comprendre la force du stalinisme, il ne faut jamais omettre cette mémoire de la guerre, ni oublier le rôle joué par l’URSS dans la victoire contre le nazisme.

L’orientation stalinienne et ouvriériste du PCF

Tous ces éléments font système et expliquent le stalinisme à la française, d’autant que la direction du PCF est déstabilisée : Maurice Thorez, malade, est en convalescence en URSS, la direction du PCF est entre les mains de Duclos et d’Auguste Lecœur qui exacerbe l’orientation stalinienne et ouvriériste. Faut-il en déduire que cette conception du monde et de la politique communiste n’était pas empreinte de contradictions ? Le principal titre en ce 16 janvier 1953 porte sur la découverte par les services secrets britanniques d’un complot nazi en Allemagne. Cela ne cadre pourtant pas avec la vision manichéenne qui se dégage des analyses que l’on peut faire de cette époque, celle d’un affrontement entre l’Ouest et l’Est. En effet, si les services britanniques luttent avec efficacité contre des résurgences du nazisme, cela signifie qu’ils ne sont pas que du mauvais côté de la barrière et que la grande alliance antinazie pourrait se reconstituer. Le PCF n’est pas une secte stalinienne, c’est un grand parti implanté qui a joué un rôle majeur dans la Résistance et dans l’obtention des acquis sociaux qui font l’identité de la France. Il a été moteur dans le rassemblement du Front populaire, de la Résistance, et des luttes anticoloniales ; cela le marque définitivement. Dans les années 1950, malgré la guerre froide, il ne s’agit pas de revenir à l’isolement de la fin des années 1920. Le PCF aurait sombré s’il n’avait été qu’un simple soutien à l’URSS sans lien avec la société française. Bien sûr, cette solidarité sans faille – et son identification totale au camp socialiste – d’un atout est devenue par la suite un obstacle à son développement.

Sa critique globale du stalinisme a été effectivement tardive alors même que des voix se faisaient entendre à l’extérieur et en son sein, surtout après 1956, pour le dégager de ce soutien. Il aurait pu s’y engager plus tôt, mais n’ayons pas non plus à notre tour une vision manichéenne de cette époque.

Dans l’Humanité du 16 janvier 1953 « (…) En même temps que l’indignation contre les médecins terroristes et leurs maîtres américains étreint le cœur des Soviétiques, la nouvelle annonçant que le groupe assassin avait été démasqué est interprétée comme un coup terrible porté aux fauteurs de guerre. Leurs agents qui avaient pour tâche d’amoindrir la capacité de défense de l’URSS en assassinant les chefs militaires soviétiques ont été mis hors d’état de nuire. Leur plan a été détruit. (...) »

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 20:01
L'Humanité du 5 octobre 1944 annonce: Picasso adhère au PCF

L'Humanité du 5 octobre 1944 annonce: Picasso adhère au PCF

Picasso a apporté son adhésion au PCF

les séries d'été de l'Humanité 17/33

MAURICE ULRICH

MERCREDI, 10 AOÛT, 2016

Alors que la guerre n’est pas terminée, le 5 octobre 1944, l’Humanité consacre la moitié de sa une à l’adhésion du grand peintre au Parti communiste français.

« Je suis venu au communisme comme on va à la fontaine. » La phrase est célèbre. On voit Picasso sur une grande photo s’entretenant avec Jacques Duclos, alors l’un des principaux dirigeants du Parti, et Marcel Cachin, le directeur historique du journal. L’événement est considérable, Picasso, alors âgé de soixante-trois ans mais alerte comme jamais, est déjà un géant. Il a derrière lui une œuvre immense comme un compagnonnage de dizaines d’années avec toutes les avant-gardes intellectuelles et esthétiques, ses amis s’appellent Aragon, Éluard, Cocteau, Léger…

Lorsqu’en 1944 il représente dans son atelier sa pièce de théâtre Le désir attrapé par la queue, les acteurs et les spectateurs sont comme un Bottin de la culture : Simone de Beauvoir, Sartre, Michel Leiris, Dora Maar, Raymond Queneau dans une mise en scène d’Albert Camus et, dans l’assistance, Jacques Lacan, Cécile Éluard, Jean-Louis Barrault, Georges et Sylvia Bataille, Braque, Maria Casarès, Henri Michaux, Pierre Reverdy, Claude Simon…

Des révolutions dans l’art et dans la vie

Depuis 1937, Picasso est aussi l’auteur d’une des toiles les plus célèbres et les plus emblématiques du XXe siècle, Guernica, après le bombardement de la petite ville espagnole par les aviateurs allemands de la légion Condor. On peut une nouvelle fois relater sa réponse à un officier allemand venu le voir dans son atelier. « C’est vous qui avez fait ça ? » aurait-il questionné en montrant l’immense toile. « Non, c’est vous. » On sait aussi qu’il distribuait aux Allemands qui venaient le voir des cartes postales représentant la toile : « Souvenir, souvenir. » Les visites des Allemands dans son atelier ne sont pas toujours de courtoisie. En janvier 1943, la Gestapo y est. « Ils m’ont traité de communiste, de dégénéré, de juif, ils ont donné des coups de pied dans mes toiles. » En juillet de la même année, les Allemands brûlent aux Tuileries des toiles de lui-même, d’André Masson, Miro, Klee, Léger, Ernst… Il est régulièrement attaqué par la presse pétainiste, surveillé de très près par la Gestapo, dénoncé pour ce qu’on suppose déjà de ses sympathies communistes, attaqué par certains peintres comme Vlaminck…

On a souvent tenté de réduire son adhésion au PCF à un geste opportuniste ou sans vrais lendemains dans l’enthousiasme de la Libération dont le PCF apparaît à juste titre comme l’un des principaux acteurs. C’est faire bon marché de ce qu’aime à souligner, parfois contre les clichés, l’ancienne directrice du musée Picasso, Anne Baldassari, qui entretenait le projet de réaliser une exposition sur le thème « Picasso politique ». Dès sa jeunesse il baigne dans le milieu des jeunes anarchistes de Barcelone, où l’on débat avec autant de flamme des révolutions dans l’art et dans la vie. Il sera toujours un lecteur très attentif de la presse et choisira même dans ses collages des articles à portée politique comme ceux qui alertent avant la grande boucherie sur les risques pour la paix de la guerre des Balkans.

Pour Picasso, il n’a jamais été question de déposer les armes

La guerre d’Espagne, pour lui qui n’a toujours pas la nationalité française en raison précisément des sympathies anarchistes qu’on lui prête, va être un choc. C’est aussi à cette époque qu’il rencontre Dora Maar, photographe et femme très engagée à gauche. Nombre d’intellectuels et d’artistes parmi les plus prestigieux prennent le parti de la République espagnole dans ce qui apparaît à nombre d’entre eux, aux communistes, comme le premier grand affrontement contre le fascisme. Picasso dessine la série Songes et mensonges de Franco dans la suite de Guernica : « Comme je voulais frapper plus fort que les intellectuels discoureurs, j’ai décidé de la graver, pour qu’elle puisse être tirée en cartes postales vendues au profit des républicains. »

Dans un entretien publié dans les Lettres françaises, il dira : « la peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est une arme de guerre offensive et défensive contre l’ennemi ». C’est à la fois politique et esthétique quand bien même ce n’est sans doute pas vrai de toutes ses périodes mais le fait est que pour Picasso il n’a jamais été question de déposer les armes. Quelques jours après son adhésion, un magazine américain sollicite du PCF qu’il lui arrange un entretien avec Picasso. Le 29 octobre, à la suite du magazine en question, l’Humanité publie le célèbre texte du peintre : « Mon adhésion au Parti communiste est la suite logique de toute ma vie, de toute mon œuvre. Car, je suis fier de le dire, je n’ai jamais considéré la peinture comme un art de simple agrément, de distraction ; j’ai voulu, par le dessin et la couleur, puisque c’étaient là mes armes, pénétrer toujours plus avant dans la connaissance des hommes et du monde afin que cette connaissance nous libère tous chaque jour davantage ; j’ai essayé de dire, à ma façon, ce que je considérais comme le plus vrai, le plus juste, le meilleur, et c’était naturellement toujours le plus beau, les plus grands artistes le savent bien. Oui, j’ai conscience d’avoir toujours lutté par ma peinture en véritable révolutionnaire. Mais j’ai compris maintenant que cela même ne suffit pas ; ces années d’oppression terrible m’ont démontré que je devais non seulement combattre par mon art, mais de tout moi-même. (…) En attendant que l’Espagne puisse enfin m’accueillir, le Parti communiste français m’a ouvert les bras, j’y ai trouvé tous ceux que j’estime le plus, les plus grands savants, les plus grands poètes et tous ces visages d’insurgés parisiens si beaux, que j’ai vus pendant les journées d’août. Je suis de nouveau parmi mes frères. »

Tel quel. Dans l’Humanité du 5 octobre 1944 « Nous vivons un temps blanc et noir où, lorsque l’horreur s’écarte un peu, des promesses inouïes partout se font jour, éclairant l’avenir. Contre les misères que notre pays a subies, les meilleurs d’entre les hommes ont combattu, Joliot-Curie, Langevin, Francis Jourdain, Picasso ont toute leur vie été au service de l’homme. Ils se rangent résolument aux côtés des travailleurs et des paysans. J’ai vu aujourd’hui Pablo Picasso et Marcel Cachin s’embrasser. Et j’ai vérifié la noblesse de l’intelligence et du cœur en entendant Picasso remercier le peuple de France en adhérant à son plus grand Parti : celui des fusillés. »

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 19:55

Les odeurs nauséabondes ne devraient pas être diffusées par les médias publics (Olivier Dartigolles)

On ne peut que regretter les propos tenus sur France Télévision lors de la retransmission de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques et notamment ceux sur l'esclavage. Certains commentaires furent tout simplement racistes avec des considérations géopolitiques absurdes.

Parallèlement, France Inter a cru bon de réussir le tour de force d'inviter le vice-président du parti d'extrême droite FN pour parler du Front populaire. Seul intervenant politique pour une formation qui n'a pas été partie prenante de cet événement de l'histoire sociale et politique de France, c'est tout simplement scandaleux.

Le Parti communiste français invite le CSA à une extrême vigilance. Alors que notre pays traverse des moments douloureux, que notre société est menacée par des tensions, des divisions et des fractures. Les valeurs républicaines, le vrai pluralisme, la connaissance et l'information sont autant de remparts face aux odeurs nauséabondes.

Les odeurs nauséabondes ne devraient pas être diffusées par les médias publics (Olivier Dartigolles, PCF)
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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 19:53

Triste et en colère, nous poursuivrons la bataille pour la libération de Jacqueline Sauvage (Laurence Cohen)

Nous déplorons avec force le rejet de la libération conditionnelle de Jacqueline Sauvage. C'est une très mauvaise nouvelle pour toutes celles et tous ceux qui luttent contre les violences faites aux femmes, pour les victimes quotidiennes.

Après le calvaire que Jacqueline Sauvage avait enduré avec ses enfants, les coups et les viols, sa condamnation était apparue comme particulièrement injuste.

J'étais intervenue, au Sénat, en sa faveur en tant que parlementaire et au nom du combat que mènent les communistes contre les violences que subissent encore trop de femmes.

Sa libération était très attendue et ce sont aujourd'hui la tristesse et la colère qui nous gagnent.

Avec les associations féministes, les syndicats et les progressistes, nous allons poursuivre la bataille en faveur de la libération de Jacqueline Sauvage et plus globalement contre ce fléau qui gangrène la société.

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 19:49

En Egypte, les hommes d’affaires s’offrent des médias pour protéger le régime

13 AOÛT 2016 | PAR AZIZ EL MASSASSI

Si l’Égypte assiste ces dernières années à l’émergence d’une floraison de nouveaux médias, de richissimes magnats de divers secteurs referment petit à petit cette minuscule fenêtre de liberté, refrénant toute velléité de critiques contre le pouvoir du président Abdel Fatah al-Sissi.

Caire, correspondance.- En Égypte, l’État n’est plus la seule menace pour le journalisme indépendant. Déjà submergée par une vague de répression inédite depuis l’arrivée au pouvoir du maréchal Abdel Fatah al-Sissi en 2014, avec 27 journalistes emprisonnés et 50 autres en procès, la presse égyptienne craint désormais l’influence grandissante dans ce secteur d’Ahmed Abou Hashima. Ce sémillant homme d’affaires se livre ces dernières semaines à des achats tous azimuts de titres plus ou moins importants. Personnalité hyper médiatique, ce magnat de l’acier, depuis la création de son entreprise Egyptian Steel en 2010, oscille entre les annonces officielles de rachat via son autre société Al-Masryeen Media, et les tractations obscures qui laissent les journalistes dans l’incertitude.

À la rédaction d’Al-Shorouk (Le lever du soleil, en arabe), un quotidien au traitement de l’information relativement équilibré, les journalistes entendent depuis plusieurs semaines les rumeurs d’un probable rachat de leur titre par Ahmed Abou Hashima. Anxieux, ils tremblent à l’idée de subir le même sort que leurs confrères de Dot Misr (Point Égypte). Le 19 juillet, 90 salariés de ce site d’information ont été licenciés sans possibilité de recours après le rachat du titre. Le propriétaire précédent, Yasser Selim, un ancien homme des services de renseignement devenu un acteur majeur du marketing avec sa société Black And White, assure avoir vendu Dot Misr à Ahmed Abou Hashima, mais ce dernier n’a pas confirmé l’information.

L’acquisition en juin 2016 de la chaîne ONTV a en revanche été une opération spectaculaire suscitant la crainte des défenseurs de la liberté de la presse. Créée en 2010, ONTV a connu une période de gloire à l’époque de la révolution après la diffusion de reportages sur les violences de la police et de l’armée. Le célèbre journaliste Yosri Fouda y présente jusqu’en 2012 l’émission « Akher Kalam » (Dernier mot), explicitement favorable au discours révolutionnaire et franchement hostile à l’ancien régime. Yosri Fouda, naguère reporter à la BBC Arabic et à Al-Jazeera, a décidé de suspendre son programme à plusieurs reprises à la suite de pressions exercées par l’establishment militaire. Alors propriétaire de la chaîne, le magnat des télécommunications Naguib Sawiris, président de Orascom et actionnaire principal d’Euronews, l’avait publiquement soutenu.

Le rachat d’ONTV par Ahmed Abou Hashima a ainsi sonné le glas de l’influence médiatique de Naguib Sawiris, certes proche du régime mais plus critique sur les choix de l’armée. L’éviction de sa petite protégée, Liliane Daoud, peu de temps après le rachat d’ONTV, a fait l’effet d’une bombe médiatique. Expulsée manu militari d’Égypte, la journaliste libano-britannique a présenté jusqu’à l’été 2016 l’émission « El-Soura El-Kamila » (L’image complète) où l’introduction de voix discordantes tranche avec l’absence généralisée de pluralisme politique dans les médias de masse, en particulier la télévision. L’expulsion de Liliane Daoud est cependant justifiée par des raisons administratives – comprendre, ici, la raison d’État.

Assurément le plus médiatique, Ahmed Abou Hashima n’est pas le seul à lorgner sur la presse privée pour renforcer le système en place. « Tous les hommes d’affaires sont fidèles à l’État et les médias qu’ils possèdent défendent le gouvernement, fulmine Mohamed Sheikh, ancien directeur adjoint de la rédaction du site Dot Misr désormais au chômage. Les médias ont des bailleurs de fonds aux intérêts particuliers, qu’il s’agisse de l’État, des hommes d'affaires, mais aussi des partis politiques ou des groupes de pression. Cette réalité existe également en Occident à la différence que ces pays respectent la loi et favorisent un environnement concurrentiel qui peut satisfaire tous les publics. En Égypte, il n'y a pas de place pour ce discours. »

Renforcées lors de l’accès à la présidence de Hosni Moubarak en 1981, les interactions entre le milieu des affaires et le régime égyptien ont connu leur apogée dix ans plus tard. En 1991, le lancement d’une politique d’ajustement structurel, via l’Economic Reform and Structural Adjustment Program (ERSAP), marquant la pleine entrée de l’Égypte dans le capitalisme mondialisé, séduit les hommes d’affaires de plus en plus nombreux à rôder autour du Parti national démocratique (PND) du président. Ahmed Bahgat, Mohamed Abou el-Einein ou Naguib Sawiris, aujourd’hui encore hommes d’affaires et de médias de premier plan, s’allient ouvertement à l’appareil d’État. À partir de cette période, le nombre de businessmen siégeant au Parlement ne cessera d’augmenter, la plupart sous la bannière du PND. Dans les années 2000, la montée en puissance politique du fils du président, le fringant Gamal Moubarak, acquis personnellement au milieu des affaires, affermit davantage encore ce réseau d’influence jusqu’à la chute de Hosni Moubarak et la dissolution du PND en 2011 dans le contexte de la révolution.

Après cette parenthèse révolutionnaire, et à la suite du renversement en juillet 2013 du président Mohamed Morsi, le Frère musulman élu démocratiquement un an plus tôt, le milieu des affaires redouble de zèle dans son soutien quasi indéfectible à l’appareil d’État. Comme à l’époque du PND de Hosni Moubarak, les hommes d’affaires soignent les mouvements favorables au maréchal al-Sissi, tels que Moustaqbal Watan (L’avenir de la nation), gracieusement financé par Ahmed Abou Hashima, ou encore Hizb El-Mesriyin El-Ahrar (Le parti des Égyptiens libres), lancé par Naguib Sawiris. Les médias qu’ils détiennent s’évertuent aussi à complaisamment relayer, à des degrés certes variables, la propagande gouvernementale. Le plus ardent défenseur du régime, le quotidien Youm 7– ou Youm Essaba’ – (Le Septième jour), comporte de nombreux hommes d’affaires proches du régime parmi ses principaux actionnaires, dont Ahmed Abou Hashima.

Le pouvoir égyptien peut aussi compter sur le même Ahmed Bahgat de l’ère Moubarak, aujourd’hui à la tête d’un conglomérat d’entreprises œuvrant dans divers secteurs, et propriétaire des chaînes Dream TV. En 2011, la présentatrice Dina Abdel Rahman a été limogée immédiatement après un échange houleux avec un ancien officier de l’armée lors de son émission « Sabah Dream » (Matin Dream). Mohamed al-Amin, magnat de l’immobilier et de l’agroalimentaire, détient quant à lui la chaîne CBC dont l’émission « Hona Al-Aasema » (Ici la capitale), présentée par Lamis Elhadidy, est l’une des plus regardées en Égypte. Tarek Nour, qui préside une société éponyme spécialisée dans la communication, possède la chaîne Al-Kahera Wal Nass (Le Caire et les gens), tristement célèbre pour l’émission « El-Soundouq El-Aswad » (La boîte noire), diffusant des conversations téléphoniques volées de personnalités de l’opposition. Figure incontournable de l’industrie pharmaceutique avec sa société Sigma Pharmaceuticals, Sayed el-Badawi est de son côté à la fois propriétaire de la chaîne de télévision Al-Hayah (La Vie) et président du parti historique Al-Wafd (La Délégation), membre de la coalition au pouvoir.

Soutenir le régime pour se protéger

« Pour se sentir protégé, un homme d’affaires important a besoin d’un bon avocat, d’un garde du corps et d’un média influent », résume avec ironie Sayed el-Masri, un photojournaliste et reporter d’images se présentant comme « révolutionnaire » et« membre actif » du Mouvement du 6-Avril, un groupe de jeunes activistes particulièrement mobilisé lors de la révolution de janvier 2011. Indépendant, Sayed el-Masri officie notamment pour Sada El-Balad (Écho du pays), une chaîne détenue par Mohamed Abou el-Einein, président du groupe Cleopatra spécialisé dans la céramique et déjà proche de l’appareil d’État sous l’ère Moubarak.

Comme An-Nahar ou CBC, autres chaînes devenues proéminentes dans le paysage audiovisuel égyptien, Sada El-Balad est née quelques mois après la révolution de janvier 2011. « Les hommes d’affaires ont peur pour leurs biens, analyse Sayed el-Masri que rien ne décourage, pas même ses trois séjours en prison. Détenir un journal ou une chaîne de télévision leur permet de témoigner leur allégeance au régime en place, d’afficher ouvertement leur capacité de nuisance et enfin de se protéger en cas de changement de la situation politique. »

Les limites éditoriales qui tiennent lieu de censure dans les médias privés ne diffèrent guère de celles que l’État impose à la presse gouvernementale. Lorsque, revenant de l’inauguration du nouveau canal de Suez l’an passé, Sayed el-Masri rapporte des images d’Égyptiens mécontents, on lui oppose un refus catégorique. Quand, en opiniâtre, il propose de couvrir les manifestations qu'a déclenchées le meurtre d’un jeune chauffeur par un policier dans le quartier populaire de Darb El-Ahmar en février 2016, Sayed el-Masri subit le regard réprobateur de son rédacteur en chef. « Trois sujets nous sont formellement interdits : la présidence, l’armée et la police, explique-t-il. Les décisions proviennent directement de l’appareil d’État avec la complaisance du propriétaire de la chaîne. »

Un déficit de complaisance serait ainsi à l’origine des déboires judiciaires de Salah Diab, président de la société PICO, mastodonte du secteur agricole, de l’immobilier ou encore de l’énergie. Cofondateur du quotidien Al-Masry Al-Youm (L’Égyptien aujourd’hui), Salah Diab a assisté à de nombreux procès à la fin de l’année 2015, notamment pour corruption. Son arrestation spectaculaire intervient à la suite d’une série de publications, par ce journal relativement équilibré sur la question des libertés publiques, sur les exactions commises par la police. « Contrairement à d’autres hommes d’affaires, je n’attends rien des autorités, assure Salah Diab dans son somptueux bureau situé au Caire, tenant cigare et smartphone à la main. Al-Masry Al-Youm restera un journal libéral dont je fixe moi-même la politique éditoriale générale. »

Acquitté dans la majorité des procès ouverts à son encontre, Salah Diab, aux innombrables connexions dans la sphère politique, affirme ignorer quelle partie de l’appareil d’État a ourdi ce complot. « Tous les ministères ont dénié une quelconque implication dans cette affaire, confie-t-il cependant. D’ailleurs, la plupart des membres du gouvernement m’ont téléphoné pour présenter leurs excuses. Quant à al-Sissi, je ne l’imagine pas avoir donné des instructions dans le sens d’une décision aussi stupide. »Quel qu’ait été l’instigateur de ces procédures judiciaires, Salah Diab considère qu’« un homme d’affaires ne peut être en sécurité sans posséder un média ».

Par le biais d’un projet de loi actuellement en discussion, l’État favorise cette appropriation des médias par le milieu des affaires. Rédigée en août 2015, cette nouvelle législation censée harmoniser le droit de la presse, actuellement examinée par le Conseil d’État, devrait bientôt passer au Parlement où les débats sont déjà houleux. Si le statut des propriétaires de médias privés n’est pas explicitement évoqué, une disposition prévoit qu’aucun titre ne pourra être publié, y compris sur Internet, sans une autorisation préalable et, surtout, sans le versement d’un capital exorbitant. Pas moins d’un demi-million de livres égyptiennes (50 000 euros) est requis pour la création d’un site d’information, sous peine d’amende.

À la tête de la commission des libertés au Syndicat des journalistes, Khaled el-Balshy, également rédacteur en chef du site indépendant Al-Bedaiah (Le début), poursuit son engagement en dépit des pressions de l’État. Libéré sous caution quelques semaines auparavant, Khaled el-Balshy a été arrêté en mai pour avoir protesté contre un raid sans précédent de la police dans l’enceinte du syndicat où avaient trouvé refuge les deux jeunes révolutionnaires Mahmoud el-Sakka et Amr Badr, aux commandes du site Yanayir (Janvier). « Après la révolution, nous avons eu une opportunité exceptionnelle de lancer de nouveaux médias indépendants sur Internet, rappelle Khaled el-Balshy. Désormais, l’objectif principal des autorités est d’exercer un contrôle sur tous les médias pour en finir avec cette presse alternative. »

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 07:59
Toutes et tous, donnons-nous rendez-vous le 15 septembre pour l'abrogation de la loi travail ! (Intersyndicale CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, UNEF, UNL, FIDL)

Déclaration commune intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL du 8 juillet

Les organisations syndicales de salarié-es et de jeunesse (CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL) ont pris acte et dénoncent la nouvelle utilisation du 49-3, véritable déni de démocratie, pour faire passer le projet de loi travail. C'est bien la preuve, si celle-ci était nécessaire, que ce texte de régression sociale reste minoritaire. Soutenues par une large majorité de la population, elles réaffirment leur opposition à ce projet et la nécessité de nouveaux droits pour les salarié-es, privé-es d'emploi, étudiant-es, lycéen-es, retraité-es. Ce sont encore plus d'un million qui ont participé à la votation citoyenne et signifié leur rejet de ce projet. Les nombreux rassemblements et manifestations de ces derniers jours, notamment le 5 juillet, ont réunis plusieurs dizaines de milliers de participantes.

Les organisations syndicales et de jeunesse dénoncent les conditions contraignantes de manifestations qui ont empêché certain-es d'y participer. Elles réaffirment que la liberté de manifester doit rester un droit.

Les mobilisations initiées depuis quatre mois n'ont pas été entendues par ce gouvernement. Qu'à cela ne tienne ! La détermination, malgré le passage en force à l'assemblée nationale, reste intacte et toute la période estivale sera l'occasion de la rappeler. Nombre d'initiatives locales, sur tout le territoire, sont déjà prévues et organisées de manière unitaire.

Les organisations syndicales et de jeunesse invitent l'ensemble des salarié-es, privé-es d'emploi, étudiant-es, lycéen-es, retraité-es à adresser une carte postale au président de la République pour lui assurer qu'ils seront toujours mobilisés à la rentrée !

Les organisations (CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL) donnent rendez-vous à l'ensemble des salarié-es, privé-es d'emploi, étudiant-es, lycéen-es, retraité-es pour une journée d'actions et d'initiatives le 15 septembre pour obtenir l'abrogation de la loi Travail et conquérir de nouvelles garanties et protections collectives. Elles se retrouveront pour faire le point le 31 août.

Pour signer la carte postale à F. Hollande :

http://cgt.fr/Envoyez-votre-carte-postale-au.html

Pour s'informer, le décryptage de la dernière version

de la loi travail sur le site de l'UGICT CGT :

http://www.ugict.cgt.fr/articles/references/decryptage-post-49-3

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 07:48
Fernand Grenier, ce communiste qui a défendu le droit de vote des femmes à l'assemblée constituante provisoire de la France libre à Alger

Fernand Grenier est décédé le 12 août 1992

Voici un article paru dans l’Humanité en avril 2014 (lu sur la page Facebook de Pascal Bavencove, Histoire Populaire).


Fernand Grenier, ce communiste qui a permis le droit de vote des femmes !

"Si l’ordonnance donnant le droit de vote aux femmes a été prise il y a 70 ans jour pour jour par le Général de Gaulle, cette avancée, on la doit à un Tourquennois.

Fernand Grenier rédigera l’amendement, un mois plus tôt, lors de l’assemblée constituante provisoire, installée à Alger : « Les femmes seront électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Un texte sans ambiguïté mais qui suscita le débat. Un amendement adopté par 51 voix sur 67 votants.

En janvier 1943 pourtant, lorsque se constitue l’assemblée consultative provisoire, « les débats sur l’organisation des pouvoirs publics ne prévoyaient pas le vote des femmes », relate Fernand Grenier dans un article de L’Humanité (18/04/1991). En 1943, le Tourquennois, au nom du parti communiste rejoint à Londres le Général de Gaulle. « C’est ainsi que je fus amené à poser la question du vote des femmes pour la première fois quand le Général de Gaulle me proposa de faire partie d’une commission de réforme de l’État, écrit-il encore. Je pensais qu’il serait injuste de continuer à considérer les femmes comme incapables de se servir du bulletin de vote ».


Mais comment ce Tourquennois a-t-il gravi les échelons ?

Pour le comprendre, il faut remonter à la jeunesse de Fernand Grenier. Et cette figure du père qui va le marquer profondément. Édouard Grenier, marié à Léontine Ghesquière, tous deux belges, va donner naissance à Fernand le 9 juillet 1901. « Mon père arrivé illettré de sa Wallonie, va apprendre à lire et écrire par les cours du soir », raconte Fernand Grenier dans Ce Bonheur là.* Un père livreur, militant socialiste, organisateur du syndicat des transports de Tourcoing. En raison de son action syndicale, il sera licencié plusieurs fois.

C’est durant cette période que Fernand découvre l’univers socialiste : les lectures du père, l’achat du pain à la coopérative La solidarité ouvrière, les dimanches à la maison du peuple, siège du parti ouvrier, alors qu’il n’a que 11 ans. Cette figure paternelle va disparaître en 1917. Arrêté par les Allemands, il décédera dans une compagnie disciplinaire des travailleurs. « C’est une épreuve qui devait marquer ma jeunesse, j’avais 16 ans ». Et il était orphelin. Fernand Grenier avait perdu sa mère alors qu’il n’avait que 9 ans. « J’étais fier de mon père. À chaque événement marquant de ma propre vie de militant, le souvenir de mon père s’imposera », écrit Fernand Grenier.

Apprenti mouleur à la fonderie, apprenti boulanger où il sera licencié car syndiqué, Fernand est ensuite embauché comme aide comptable à l’école des Mutilés de Tourcoing. Il habite alors Neuville – où il épousera en 1926 Andréa Beulque – et, en février 1922, adhère à la section communiste. « J’avais sans m’en rendre compte découvert le chemin de la vie : la joie de servir le peuple auquel on appartient ».

Après le service militaire, Fernand Grenier intégrera l’école centrale du Parti et en sortira instructeur pour le Roubaisis et le Valenciennois. Élu au comité exécutif régional en 1925, Fernand sera dépêché à Halluin, comme employé de mairie pour « aider la municipalité communiste contre laquelle le puissant patronat de Roubaix Tourcoing concentrait tous ses moyens ».

Au début des années 30, Fernand Grenier est appelé à Paris, non sans hésitation. « À Neuville, en adhérant au parti, j’avais commencé à ouvrir les yeux aux réalités sociales. L’âpreté de la lutte sociale contre la bourgeoisie, Halluin me l’avait apporté », raconte-t-il.

Président des amis de l’URSS, Fernand Grenier bataillera à Saint-Denis où il sera élu conseiller municipal en 1937, puis en deviendra le député jusqu’en 1968. « C’était quelqu’un de très attaché à sa région, raconte Claudie Gillot-Dumoutier, fille d’Auguste Gillot, ancien maire de Saint-Denis. Il chantait tout le temps Le P’tit Quinquin ».

Arrêté en 1940, il s’évadera de Châteaubriant. En1943, il partira à Londres représenter le parti communiste clandestin auprès du Général de Gaulle. Il décédera en 1992 à Saint-Denis".

Ce bonheur Là, de l’horizon d’un homme à l’horizon de tous », Fernand Grenier, Éditions sociales, 1974

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 07:33
L'Humanité clandestine pendant la seconde guerre mondiale, commentaire d'un numéro de juillet 1942 par Roger Bourderon, historien (les séries de l'Humanité)

L’Humanité clandestine

les séries d'été de l'Humanité 16/33

ROGER BOURDERON HISTORIEN

MARDI, 9 AOÛT, 2016

L'HUMANITÉ

Ce numéro du 24 juillet 1942 est très représentatif des orientations de la résistance communiste, qu’illustrent deux articles : un bref éditorial et l’annonce de l’exécution de Georges Politzer et de Jacques Solomon. Par Roger Bourderon, Historien

« Du pain et des armes » : Le titre de l’éditorial résume en ce printemps 1942 deux fondements majeurs de la résistance communiste, qu’un article, « L’appel au combat », développe.

Le pain : évoquant l’ampleur des manifestations du 14 Juillet, l’article insiste sur la lutte contre la pénurie alimentaire et le pillage des richesses par les nazis. Il appelle les ouvriers à revendiquer jusqu’à la grève, les ménagères à s’unir et à manifester, les paysans à ne pas donner leurs récoltes « aux boches ». Ces consignes sont en concordance avec la montée du mécontentement (Pétain a parlé en août 1941 du « vent mauvais » qui souffle sur la France) qu’atteste entre autres la manifestation de ménagères rue de Buci le 31 mai 1942 – une autre est en cours d’organisation, rue Daguerre, pour le 1er août.

Les armes : l’article en élargit le sens, qualifiant d’« arme terrible » les sabotages (machines, moteurs, matériel ferroviaires) et la lutte pour empêcher les départs d’ouvriers en Allemagne : en mai, l’occupant exige le transfert dans le Reich d’ouvriers qualifiés, et en juin Vichy accepte le principe de la « Relève », envoi de main d’œuvre contre libération de prisonniers – de fait un marché de dupes. En juin et juillet, l’Humanité dénonce la manœuvre. Dans notre numéro, un autre article, « N’allez pas en Allemagne », exhorte les ouvriers à refuser ce transfert, soulignant que « Mieux vaut lutter en France en hommes libres que travailler en esclaves au pays de la croix gammée ».

Recruter les militants communistes les plus actifs, rôle essentiel de la lutte armée

Une place essentielle est donnée aux francs-tireurs et partisans (le sigle FTP n’apparaît pas encore), structurés en avril 1942 dans la logique de la lutte armée lancée l’été 1941 : prendre des armes à l’ennemi, tuer les « boches » et les traîtres, être ouvert à tous les patriotes, recruter les militants communistes les plus actifs, rôle essentiel de la lutte armée pour que s’ouvre un second front et pour préparer le soulèvement armé de la nation.

Clin d’œil aux gaullistes : l’Humanité du 17 juillet cite parmi les manifestations du 14 Juillet la revue à Londres des « troupes de la France combattante », terme utilisé ce jour-là pour la première fois (au lieu de « France libre ») par de Gaulle attentif aux contacts en cours avec la Résistance intérieure. L’éditorial de notre numéro fait des francs-tireurs « l’avant-garde de la France combattante ». Autre signe : dans l’hommage aux fusillés figure d’Estienne d’Orves (Honoré et non Jean), premier gaulliste exécuté par les Allemands le 29 août 1941. De premiers contacts existent au printemps 1942 entre France libre et PCF, via le colonel Rémy, agissant il est vrai sans mandat. Ils conduiront en janvier 1943 à l’envoi à Londres de Fernand Grenier comme représentant du PCF auprès du général de Gaulle.

Voici des extraits de cet article signé « Le Parti communiste français (SFIC) » : « Jacques Solomon, docteur ès sciences, (…) a été fusillé sans jugement, après avoir été maintenu au secret depuis la date de son arrestation. (…) Georges Politzer, agrégé de philosophie, (…) a été maintenu au secret comme J. Solomon et fusillé aussi sans jugement. (…) Nous saluons avec émotion (leur) mémoire, (…) leurs noms seront inscrits à jamais parmi les noms des héros morts pour la France et le progrès humain, aux côtés des noms de Jean d’Estienne d’Orves, Pierre Semard, Gabriel Péri, Jean Catelas, etc. (…) Nous nous vengerons. »

Arrêtés par la police française le 15 février (Politzer) et le 2 mars 1942 (Solomon), livrés aux Allemands, fusillés le 23 mai, ces deux militants communistes ont lancé la première revue clandestine pour les intellectuels, l’Université libre (novembre 1940), et en février 1941 la Pensée libre, avec Jacques Decour, professeur d’allemand, arrêté le 17 février 1942 et fusillé le 30 mai. Ces revues dénoncent la politique vichyste, fustigent l’idéologie raciste nazie et marquent la naissance de la résistance intellectuelle communiste dans une période où subsistent des contradictions dans la ligne politique (dénonciation de la « guerre impérialiste », libération sociale comme condition de la libération nationale).

La création du Front national de lutte pour l’indépendance par le PCF en mai 1941 et l’agression contre l’URSS en juin clarifient la situation et favorisent l’union des intellectuels refusant l’oppression. En juillet 1941, Aragon lance l’idée d’unir les écrivains autour d’un journal, les Lettres françaises, dont l’élaboration commence avec des non-communistes. Sa sortie, prévue en février 1942 mais stoppée par l’arrestation de son directeur, Jacques Decour, aura lieu en septembre. L’année 1942 est celle de la mise en place du Comité national des écrivains (CNE), dont les Lettres françaises deviennent l’organe en 1943, avec des auteurs de toutes tendances, communistes, comme Paul Eluard ou Elsa Triolet, ou non, comme Jean Paulhan, Jean Guéhenno, François Mauriac, Jean-Paul Sartre, Jean Bruller (Vercors), souvent issus du réseau des éditions Gallimard. Dans le même temps se structurent les résistants d’autres professions intellectuelles, musiciens, artistes, juristes, etc.

Dans l’Humanité du 24 juillet 1942 « Du pain et des armes. Tel est le cri qu’ont fait retentir les manifestants du 14 Juillet. (…) La résistance ouvrière aux départs en Allemagne s’accentue. Le devoir des ouvriers français est de lutter par tous les moyens afin de ne pas aller travailler pour l’ennemi. Les patriotes français ont pour devoir de renforcer les détachements de francs-tireurs et partisans qui sont, sur le sol de la patrie, l’avant-garde en armes de la France combattante. »

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 07:21

Précarité à la SNCF: les prud’hommes plutôt que le CDI

11 AOÛT 2016 | PAR MATHILDE GOANEC

À la SNCF, entreprise publique, la précarité gagne les salariés. Comme ailleurs, les CDD à répétition deviennent un mode de gestion du personnel, quitte pour la direction à payer des indemnités prud’homales plutôt que d’embaucher.

L’action tient de la bravade. Farid (nom d’emprunt), soutenu par une grappe de militants FO et CGT, s’est présenté au travail comme d’habitude le 31 juillet dernier, au pôle opérationnel Paris-Nord-Picardie de la SNCF. Le service, qui jouxte la gare du Nord, gère les arrivées et les départs de trains, ainsi que la régularité du trafic. Mais l’entrée de la petite troupe dans le bâtiment est stoppée illico. Le badge du jeune homme a été désactivé depuis la veille au soir et Farid est refoulé dès le rez-de-chaussée.

L’ex-employé garde un sourire quasi permanent accroché au visage, enchaîne les« merci, merci beaucoup » et les poignées de main aux syndicalistes qui l’accompagnent. Son amertume est pourtant réelle. Farid a enchaîné sept CDD à la SNCF depuis janvier 2015. Il faisait, selon ses collègues, très bien l’affaire, à tel point qu’il était programmé au « planning » pour tout l’été. La direction de la SNCF commet cependant une erreur, qui grippe la machine. Au mois de juillet, un huitième CDD parvient à Farid, mais avec du retard. Cela fait une quinzaine de jours que l’employé travaille sans contrat, ce qui le requalifie automatiquement en CDI, selon une jurisprudence ancienne de la Cour de cassation.

« Faut croire que je suis un optimiste naïf car, quand j’ai appris qu’il y avait un problème avec mon contrat, je n’étais pas du tout dans une logique d’affrontement, raconte Farid.Les syndicats eux-mêmes espéraient que l’on trouverait une solution à l’amiable, comme cela avait pu arriver dans le passé. » Ils y croient d’autant plus que des documents et des mails circulant en interne font état, à plusieurs reprises, du salarié comme d’un excellent élément. Une prime, non obligatoire et attribuée aux résultats, lui a même été offerte les mois passés.

« J’ai attendu un peu que mon chef rentre de vacances, j’étais prêt à accepter un poste en 3×8, à aller travailler en Picardie si besoin, l’essentiel étant de continuer à faire un métier qui me plaisait », poursuit Farid. Mais la réponse de la SNCF à cette erreur manifeste est un énième contrat antidaté, un neuvième CDD pour le mois d’août, ainsi que cette phrase, en forme de fin de non-recevoir : « Ils m’ont dit que je n’avais qu’à attaquer aux prud’hommes, pour toucher des indemnités supplémentaires. » Interrogée sur ce cas précis, la direction de la SNCF n’a pas répondu à nos questions.

Les syndicats maison n’en reviennent pas. « C’est d’autant plus révoltant que l’erreur est manifeste et que derrière ils produisent un faux, assure Christophe Jocquel, secrétaire fédéral FO Cheminots. Dix ans plus tôt, la SNCF l’aurait passé direct en CDI, surtout que son travail correspond à un besoin. Lorsque j’ai plaidé son cas cette fois-ci, la direction juridique m’a envoyé sur les roses. » Un autre salarié de la SNCF a subi le même sort l’an passé : il a été mis dehors après avoir effectué une dizaine de CDD, et ce, malgré plusieurs jours passés en CDI de facto faute de contrat. « Des gens qui travaillent sans contrat après la date d’échéance de leur CDD, c’est très fréquent, souligne le secrétaire fédéral. La SNCF fait comme les autres, elle s’assoit sur le droit du travail et pense que ça se réglera par une indemnisation aux prud’hommes. »

Le secrétaire général de la fédération cheminots de FO pose le même diagnostic que son collègue, accusant la SNCF de jouer sciemment avec la règle : « Même si elle perd aux prud’hommes, elle préfère payer une amende pour non-exécution de la sanction plutôt que de réintégrer les gens, estime François Graza. La SNCF compte également sur l’usure. Les procédures sont longues, les salariés se lassent et cherchent du boulot ailleurs. »

Pour les syndicats, la filière RH (ressources humaines) de l’entreprise publique « est cassée », ce qui entraînerait une flopée d’erreurs. « Depuis la réforme ferroviaire [votée en 2014 – ndlr], la SNCF a explosé en mille morceaux, explique un délégué syndical CGT.La pénurie de personnel touche aussi la RH, l’encadrement, avec des gens qui ne sont pas toujours correctement formés ou qui n’ont plus la culture maison. » En effet, depuis la mise en œuvre de la modernisation de la SNCF, l’un des objectifs de la direction était d’atteindre un effectif de 40 % de cadres contractuels (CDD ou CDI), et donc « non statutaires », selon la CGT citée par L’Humanité en 2012. « Résultat, aujourd’hui, ils ont un jeune qui bosse, qui fait bien son travail, et on le fout dehors. Le manque de responsabilité, de solidarité, qu’ils nous reprochent à longueur de temps, ils l’appliquent », peste un militant.

La SNCF n’est plus, depuis longtemps, une entreprise 100 % cheminots. La part des recrutements des salariés en contrat de droit privé a augmenté ces dernières années pour se stabiliser autour de 26 % selon les chiffres de 2014. Le recours à l’intérim a lui aussi beaucoup augmenté. L’entreprise dispose même, depuis 2011, de sa propre agence d’intérim filialisée (SNCF InterServices). La direction, dans sa communication officielle, assure cependant que le recrutement « au statut » restera prioritaire. Cette question a d'ailleurs fait l'objet d'un accord majoritaire signé en 2015 par la CGT et Sud rail.

Farid a, lui, tenté deux fois de passer en CDI, en passant les concours interne et externe de la SNCF. Son doctorat en sciences sociales a vraisemblablement posé problème. « J'ai dit que j'étais prêt à signer une renonciation de diplôme pour être embauché quand même, mais la direction n'a pas voulu. Finalement, en juin et juillet, deux CDI ont été recrutés en externe, à bac +2 et bac +3. Tout le mois d'août, je devais d'ailleurs en former un sur mon poste. » La même mésaventure, racontée par Midi Libre, est arrivée à Séverine Chalbos. Tout en cumulant des dizaines de CDD durant plusieurs années, la jeune femme prépare un doctorat en sociologie. Au moment d’être titularisée en 2013, la sanction tombe : elle est surqualifiée pour le poste. « Paradoxalement, je reste toujours motivé pour travailler à la SNCF, conclut Farid. J'y ai découvert une forme de solidarité qui n'existe pas forcément ailleurs, des gens que je ne connaissais pas sont venus m'aider. C'est tout un monde qui est mis à mal, et qu'il faut préserver. »

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