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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 05:30

Parti Communiste Français

Membre du Front de Gauche

Section de Morlaix

2 Petite Rue Callac 29600 MORLAIX – tel : 02 98 88 30 35

Mel : pcf-morlaix@wanadoo.fr Blog : http://le-chiffon-rouge-pcf-morlaix.over-blog.com/

Samedi 3 septembre 2016

Permanence vignettes fête de l’Humanité : 10 h – 12 h 30 et 13 h 30 – 15 h 30 au local du PCF

Venez achetez vos vignettes.

Les camarades ayant vendus des vignettes pourront ramener l’argent récoltés.

8 Il est possible sinon de réserver des vignettes pour vous et vos proches en appelant au 06 20 90 10 52. Contact mail: dupont.ismael@yahoo.fr . Même contact pour des infos sur des covoiturages éventuels pour monter à Paris.

La Fête de l’Humanité se tiendra les vendredi 9, samedi 10, dimanche 11 septembre au parc départemental Georges Valbon à la Courneuve.

L'an passé, la fête de l'Huma avait réuni 600 000 personnes. Cette fête est, en même temps que la plus grande fête populaire et musicale de France, le grand rendez-vous de rentrée pour la gauche, une fête internationale et le moyen de financer le journal créé par Jean Jaurès, "L'Humanité" dans un contexte de crise de la presse écrite qui touche tout particulièrement notre quotidien, indépendant des puissances d'argent, défendant les salariés contre elles.

Cette année encore, nous devons rester debout et fidèles aux valeurs d'humanité et de partage face à l'horreur des attentats terroristes.

Pour résister à ceux qui cherchent, de tous côtés, à instiller la peur, la haine et la division, nous devons réussir cette grande fête de la fraternité, de l'internationalisme et de la gauche qui place au cœur de son combat la lutte contre les inégalités et le racisme, pour la paix et le progrès social.

La vignette militante, au prix de 25 €, permet l'accès à la fête pour les trois jours, trois jours de fête, de débats, de meetings, de rencontres, et de concerts.

Même si vous ne pouvez pas venir à la fête de l'Huma cette année, vous pouvez acheter la vignette de soutien de manière à permettre l'avenir de la fête et du journal "L'Humanité".

Cette année, les communistes du Finistère auront un stand bar et restauration rapide à l'angle de l'Avenue Martin Luther King et de l'avenue Raymonde Tillon, non loin de la Grande Scène.

Lundi 5 septembre 2016

AG du Front de Gauche Morlaix : 18 h – local PCF Morlaix

Nous y parlerons de la situation politique et sociale, des prochaines échéances électorales (présidentielles et législatives).

Il s’agira aussi de relancer l’association FDG Morlaix : prises de cotisations pour ceux le peuvent et le veulent.

La présence du plus grand nombre de camarades est importante et nécessaire.

Merci d’y être présent.

Mardi 13 septembre 2016

Déchargement du camion revenant de la fête de l’Huma aura lieu de mardi 13 septembre matin

Rendez-vous à 10 h au local de la section.

Nous avons besoin de bras. Merci aux camarades volontaires de se faire connaître.

Jeudi 15 septembre 2016

Nouvelle journée d’action contre la « loi Travail »

Dès que les informations seront connues (action sur Morlaix), elles seront diffusées.

Lundi 19 septembre 2016

Assemblée Générale de la section PCF Morlaix : 18 h – local de la section

Il s’agira de l’Assemblée Générale de rentrée de la section, AG qui se tiendra après la fête de l’Huma. Ce sera l’occasion de débattre ensemble de la situation politique et sociale, de définir notre activité.

Merci à tous d’y être présent.

Samedi 24 septembre 2016

Distribution d’un tract PCF sur le marché de Morlaix

â Rendez-vous à partir de 9 h 30 devant la mairie de Morlaix

Mardi 27 septembre 2016

Les bénévoles qui ont donné un coup de main pour la réussite de la fête du 1er mai sont invités à une rencontre (18 h – local PCF Morlaix) pour faire un bilan, rencontre qui se terminera par un casse-croûte convivial.

PCF Morlaix: calendrier septembre 2016
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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 05:17

" L'Humanité " du vendredi 02 septembre publie un reportage sur les luttes des Rennais pour conserver leur " Postes " bien mises à mal depuis le changement de statut conduisant à la privatisation de ce grand service public de proximité .

Une blague avait fait le " buzz " à ce moment-là : " Pour privatiser la Poste , il faut être TIMBRE " !

Eh bien , après les soi-disant "modernisations" sous Sarkozy puis sous Hollande , les fondés de pouvoirs du capital transnational européen arrivent au but : on supprime à tour de bras !

Mais , comme ailleurs , les Rennais ne s'en laissent pas compter . La section de Rennes-Métropole du PCF d'une part , les syndicats de postiers d'autre part sont à l'initiative d'un grand mouvement populaire qui n'a pas fini de faire parler et de lui .

Plus de 3000 signatures recueilies par les militants communistes au cours de l'été ont été remises ce matin à la direction régionale du Groupe La Poste

Demain l'Humanité et Ouest-France devraient revenir sur la mobilisation en cours . A vos kiosques !

Jacquy Rivoalan

SAMEDI 03 Septembre , Rassemblement Place de la Mairie à 14 h: remise des copies des pétitions à Madame la Maire de Rennes.

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 05:09
Ensemble ! La refondation de la gauche en point de mire

AURÉLIEN SOUCHEYRE

MARDI, 30 AOÛT, 2016

L'HUMANITÉ

À Guidel, le mouvement membre du Front de gauche fait de 2017 une étape pour recomposer les forces alternatives.

Une gauche dispersée, mais bien vivante. C’est d’abord le deuxième qualificatif que retiennent les quelque 400 participants à la 3e université d’été d’Ensemble !, qui a débuté le 27 août et doit s’achever aujourd’hui à Guidel (Morbihan). « Le fait qu’une gauche franche se manifeste et bouge est une bonne nouvelle », apprécie Clémentine Autain, porte-parole du mouvement, sans se voiler la face sur le problème posé par le nombre de candidatures alternatives à Hollande, dont plusieurs au sein du PS en cette rentrée. « Certes, la gauche est atomisée. Certes, la primaire du PS n’est pas notre cadre, mais je trouve très positif le nombre de voix, d’Arnaud Montebourg à Benoît Hamon, qui s’élèvent de façon différente pour contester la politique néolibérale et austéritaire de François Hollande. »

Alors que les communistes n’ont pas encore fait leur choix et travaillent à une candidature la plus large possible, et que Jean-Luc Mélenchon s’est déjà déclaré candidat pour le Parti de gauche et la France insoumise, Ensemble ! entend continuer à œuvrer pour l’unité. « Que les forces du Front de gauche se présentent actuellement de manière éclatée est une très mauvaise nouvelle, poursuit Clémentine Autain. À Ensemble !, nous voulons non seulement rester rassemblés, mais nous voulons en plus que le périmètre du Front de gauche s’élargisse, pour fédérer de manière beaucoup plus large. Nous avons une responsabilité collective à rester unis. Il faut y arriver. »

Si la présidentielle et les législatives de 2017 sont dans les esprits, le mouvement ne souhaite pourtant pas s’arrimer uniquement à ce sujet. « La question reste bien sûr en débat, mais nous trancherons à l’automne, explique Clémentine Autain. Les enjeux de recomposition de la gauche passent par 2017 mais ne s’y arrêtent pas. Nous devons bâtir un projet global qui va bien au-delà. »

Comme pour en faire la démonstration, le rendez-vous estival a réuni de nombreuses composantes de la gauche, dont des représentants du PCF, du Parti de gauche, d’Europe Écologie-les Verts, ainsi que le député frondeur de la sixième circonscription du Morbihan, Philippe Noguès, qui a quitté le PS ainsi que le groupe socialiste de l’Assemblée nationale en juin 2015. « Nous avons toujours cet objectif de faire converger, de tisser des passerelles à gauche, pas seulement en additionnant les forces, mais en réalisant un travail de fond, pour saisir l’époque et préparer la transformation écologique et sociale, reprend la conseillère régionale d’Île-de-France. Nous avons besoin d’une refondation, d’une nouvelle force à gauche. »

Aurélien Soucheyre

Journaliste

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 05:07
Calais: la France et l'UE doivent respecter le droit de ceux qui fuient la guerre et la misère (PCF)

Calais : la France et l'UE doivent respecter le droit de ceux qui fuient la guerre et la misère

Le PCF exprime ses plus vives préoccupations devant la dégradation de la situation à Calais. Le nombre de migrants ne cesse d'augmenter s'élevant aujourd'hui à près de 10 000 selon les associations, dont près de 900 mineurs.

Leurs conditions de vie se sont encore détériorées malgré les efforts remarquables des associations, après les fermetures de la zone sud du camp, sans que des solutions d'hébergement suffisantes soient offertes.

Cette situation fait craindre des tensions au sein des communautés.

Elle n'est pas sans conséquence sur l'activité économique créant un sentiment d'inquiétude légitime chez les salariés du port, toutes professions confondues, et une partie de la population.

Il ne sert à rien que les deux ministres de l'Intérieur anglais et français déplorent, dans un communiqué commun, « la situation humanitaire à Calais qui les affecte profondément » tout en maintenant une politique qui est à l'origine de cette situation inacceptable et ubuesque. Cela vaut à notre pays une condamnation générale des instances internationales de défense des droits de l'homme, des réfugiés et des grandes ONG.

Il faut rappeler que la grande majorité de ces hommes et femmes veulent passer en Angleterre. Mais les accords du Touquet les en empêchent. Ces accords signés en 2003 par les deux pays, dont Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, au nom de la France, font que la frontière anglaise s'est déplacée sur le territoire français et c'est à notre gouvernement, contre compensation financière, d'assurer le refoulement des personnes voulant traverser la Manche.

Il s'agit donc de renégocier ces accords et le gouvernement français ne peut continuer à tergiverser constamment sur cette question et doit s'en expliquer devant les députés, le parlement anglais venant d'en débattre.

Dans l'immédiat, les autorités anglaises doivent respecter les conventions internationales qu'elles ont signées, accueillir les mineurs qui ont de la famille sur son territoire et donner la possibilité aux migrants de déposer des demandes d'asile comme réfugiés politiques.

Enfin devrait s'engager un processus de répartition des migrants dans des centres humanitaires pris en charge par l’État, respectant les normes du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Le PCF, ses élus, tiennent à renouveler leur soutien à ces hommes et à ces femmes victimes d'un monde où la violence, les guerres, la misère les poussent à quitter leur pays pour trouver paix et sécurité. Ce droit leur est reconnu au plan international et les politiques de l'UE, des États membres dont le nôtre, se doivent de le respecter. Cette France de la fraternité et de la solidarité, des millions de Français la partagent. C'est pour elle que nous agissons et que nous appelons à nous rassembler.

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 05:01
Brésil: Dilma Roussef destituée, la révolution conservatrice est en marche (Lamia Oualalou- Médiapart, 1er septembre)

Brésil: Dilma Rousseff destituée, la révolution conservatrice est en marche

1 SEPTEMBRE 2016 | PAR LAMIA OUALALOU

Les sénateurs brésiliens ont définitivement voté, mercredi, la destitution de la présidente Dilma Rousseff, écartée du pouvoir depuis mai. « Aujourd'hui, je crains la mort de la démocratie », a-t-elle déclaré lors d'un discours dur et combatif. Sa sortie de scène marque l'épuisement du système mis en place par le Parti des travailleurs depuis quinze ans. Les élites conservatrices reprennent la main, le nouveau président promettant un programme ultralibéral.

De notre correspondante.- Michel Temer vient de s'envoler pour la Chine. Il va pouvoir assister aux travaux du G20 – qui réunit les 19 pays les plus riches du monde et l'Union européenne – avec le titre de président du Brésil. Ce mercredi 31 août 2016, Dilma Rousseff, la première femme élue chef d'État du géant latino-américain, a été définitivement démise de ses fonctions par le Sénat, réuni depuis six jours pour ce jugement final. Près de neuf mois après l'ouverture d'un processus de destitution qui a plongé le Brésil dans la pire crise politique de son histoire, 61 des 81 élus de la chambre haute ont mis fin au second mandat de Dilma Rousseff. C'est bien plus que les deux tiers de votes requis.

Des hourras ont fusé dans les quartiers chics, en particulier à São Paulo, la capitale économique. Mais dans le reste du pays, c'est la mélancolie qui prime, même si la majorité des Brésiliens étaient en faveur du départ de Dilma Rousseff, à laquelle ils reprochent l'effondrement de l'économie et l'envolée du chômage. À Brasilia, en face du Congrès, on ne comptait d'ailleurs qu'une centaine de militants, réunis autour de baraques à saucisses et munis de rares banderoles pour protester contre le « coup d’État ».

Le Brésil est plongé dans l'apathie. Depuis le 12 mai, date à laquelle Dilma Rousseff a été écartée provisoirement de ses fonctions, cédant la place à Michel Temer, son vice-président depuis le 1er janvier 2011, les partisans des deux camps ont déserté la rue. La messe était dite, et les rares épisodes susceptibles de mettre en doute le jugement de la population – celui des sénateurs avait déjà été négocié – sont passés inaperçus de la majorité des Brésiliens, grâce aux efforts d'une presse travaillant activement à la destitution de la présidente. Une prise de parti telle que les sièges des journaux et télévisions ont été les premiers protégés par la police militaire lors des manifestations en faveur de la chef d’État.

Lundi 29 août, cette complicité a été illustrée jusqu'à la caricature. Alors que la présidente décidait d'assurer sa propre défense face aux sénateurs, avec un discours suivi de quatorze heures d'interrogatoire, les chaînes de télévision hertziennes rivalisaient de créativité pour en faire un non-événement. La palme allant à la chaîne de télévision Globo, le seul canal atteignant près de 100 % du territoire brésilien, et qui, quand Dilma Rousseff prenait la parole, a transmis un cours de cuisine enseignant aux téléspectateurs à faire un œuf au plat. Un peu plus tard, le présentateur vedette du journal télévisé annonçait son divorce, pour occuper son public.

C'est pourtant un discours historique qu'a prononcé Dilma Rousseff lors de ses dernières heures à la tête du pays. « Sans doute le meilleur de toute sa carrière politique », estime Mauricio Santoro, professeur de sciences politiques à l'université d’État de Rio de Janeiro. « J'en arrive à me demander si elle n'aurait pas pu changer le cours des choses en adoptant cette posture plus tôt dans la crise politique», poursuit-il. Dilma Rousseff savait que, sauf miracle, elle avait déjà perdu. Son allocution, prononcée durant quarante minutes dans un silence absolu, fait rare au Congrès, n'avait pas pour objectif de convaincre ses 81 juges, mais de rendre justice à sa propre biographie.

  • Lire en cliquant ici l'intégralité du discours (version française) de Dilma Rousseff devant le Sénat
  • Elle n'avait que 20 ans, rappela-t-elle, quand la dictature la jeta en prison. La jeune guérillera a payé son engagement contre le régime militaire de trois ans de prison, marqués par les viols et la torture. « C'est le deuxième jugement auquel je suis soumise, avec, les deux fois, la démocratie à mes côtés sur le banc des accusés », a martelé Dilma Rousseff avant de préciser : « J'avais peur de mourir, aujourd'hui, je crains la mort de la démocratie. » Une photographie, exhumée des archives militaires fin 2011, la montre en 1971 face au tribunal militaire. Celle qu'on ne connaît alors que sous le nom de guerre de “Vanda” et “Estela” est belle, épuisée, mais affiche un regard déterminé. En arrière-plan, les militaires qui la jugent dissimulent leurs visages derrière leur main. Le cliché, associé aux photographies de la Présidente devant le Sénat, fait fureur dans les pages de ses sympathisants, sur les réseaux sociaux.
  • « Je suis jugée pour des crimes que je n'ai pas commis » Une profonde rupture dans l'histoire démocratique LIRE AUSSI « Je suis jugée pour des crimes que je n'ai pas commis » Une profonde rupture dans l'histoire démocratique Lula, candidat en 2018 ?

    Lundi, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu'elle n'était pas coupable. Le recours à des crédits d'établissements publics pour maquiller provisoirement l'ampleur du déficit public, dont elle est accusée, n'est pas, à ses dires, un « crime de responsabilité», seule raison selon la Constitution de démettre un chef d’État. Tous ses prédécesseurs y ont eu recours, « les règles ne peuvent pas changer en cours de jeu», a-t-elle insisté. De fait, les arguments juridiques à son encontre sont très fragiles, au point que Janaina Paschoal, l'un des deux avocats à l'origine de la plainte, a argumenté que la destitution de Dilma était « l'œuvre de Dieu», un argument« technique » qui a embarrassé les opposants de la présidente.

    En clair, le processus de destitution a plus d'arguments politiques que juridiques. « Il n'est pas légitime, comme le prétendent mes accusateurs, d'écarter le chef d'État “pour l'ensemble de son action” ; punir le président pour son travail est la prérogative du peuple, et seulement du peuple, lors des élections », a tancé Dilma Rousseff. Le politologue Mauricio Santoro estime que l'argument fait mouche. « Nous n'avons pas de vote de confiance au Brésil, ce n'est pas un régime parlementaire. Écourter un mandat pour des raisons politiques est extrêmement dangereux, et ouvre un précédent à tous les niveaux de pouvoir : des gouverneurs et des maires», analyse-t-il.

    Dilma Rousseff a rappelé qu'elle n'a jamais été accusée d'avoir volé un centime, ni elle, ni aucun des membres de sa famille. Ce n'est pas le cas, note-t-elle, d'Eduardo Cunha, qui occupait le perchoir au Parlement jusqu'à il y a quelques semaines. Celui qui est à l'origine du processus de destitution de la présidente fait l'objet de multiples procès pour corruption, et possède des comptes millionnaires à l'étranger. Il parvient depuis des mois à préserver son mandat entre chantage au gouvernement de Michel Temer et appel à la loyauté des dizaines de députés dont il a financé la campagne.

    « Curieusement, je serai jugée pour des crimes que je n'ai pas commis, avant le jugement de l'ex-président du Parlement, accusé d'avoir pratiqué de très graves actions illégales (…). Une ironie de l'Histoire ? Pas le moins du monde, nous sommes à la veille d'un véritable coup d’État », a déclaré Dilma Rousseff aux sénateurs.

    Un discours dur et combatif, à l'image de la présidente, et, comme elle, laissant peu de place à l'autocritique. En affirmant ne jamais avoir été complice de « ce qu'il y a de pire dans la politique brésilienne», Dilma Rousseff oublie que son gouvernement, suivant en cela l'exemple de Lula, s'est longtemps allié à ces acteurs jugés aujourd'hui infréquentables. Même peu apprécié, Eduardo Cunha était un partenaire de la présidente. Romero Juca, autre figure proche de Michel Temer, fut le porte-parole du gouvernement au Sénat sous Dilma et Lula. Quant au président de la chambre haute, Renan Calheiros, il était un incontournable des réunions stratégiques au palais présidentiel du Planalto, jusqu'à quitter le navire il y a peu. Tous sont accusés de corruption à plusieurs reprises.

    « Au contraire de ce que le PT et Dilma pensaient, le coup d'État n'est pas venu de l'opposition qui a perdu l'élection en 2014, mais de l'intérieur même du gouvernement, démontrant la stupidité des alliances faites », assène Gilberto Maringoni, professeur de relations internationales à l’Université fédérale ABC, à São Paulo. Il reconnaît que le système politique, et notamment l'impossibilité pour un parti d'être majoritaire, incite à la construction de coalitions politiquement absurdes, mais estime que Lula et Dilma se sont rapidement accommodés des règles du jeu. « Il n'y a eu aucun effort pour construire un autre pôle politique avec les mouvements sociaux et les partis progressistes », ajoute-t-il.

    Le choix d'un Lula très habile a bien fonctionné pendant huit ans (deux mandats présidentiels), mais ses conséquences se sont avérées dramatiques sous Dilma, incapable d'articuler politiquement ses décisions. Lorsque, début 2012, elle s'attaque aux taux d'intérêt, pour les faire baisser des niveaux les plus élevés du monde à un degré plus acceptable, elle fait un geste révolutionnaire. Poursuivre cette politique, ce serait en finir avec des décennies de plein pouvoir des banquiers et contraindre les plus riches qui placent leurs économies en bons du Trésor – rapportant autour de 7 % par an, inflation décomptée ! – à abandonner la culture de la rente pour investir dans une politique productive. Ce serait aussi libérer de gigantesque marges de manœuvre financières pour l'État, dont le budget est grevé par une charge de la dette publique sans aucun lien avec le véritable risque de défaut.

    À droite comme à gauche, les spécialistes ont saisi l'impact de la mesure, mais elle n'a jamais été expliquée à la population, ni aux mouvements sociaux. « Dilma a fait de la baisse des taux une simple mesure technique, et sans personne pour la défendre, elle a fait marche arrière au bout de quelques mois », se désole Gilberto Maringoni. Trop tard pour les détenteurs du capital, qui ne lui ont jamais pardonné l'audace.

    Lundi, la présidente n'a pas non plus reconnu que l'absence de remise en cause du système politique a poussé le Parti des travailleurs (PT), qu'elle a rejoint en 2000, à adopter les mêmes pratiques douteuses de financement des campagnes. Le scandale de corruption au sein de la compagnie d'hydrocarbures nationale Petrobras, révélé par l'enquête désormais connue mondialement sous le nom de “Lava Jato” (Kärcher), a démontré l'ampleur de la corruption. Si Dilma Rousseff n'est pas jugée à ce titre, c'est une des raisons de sa perte de popularité au sein de la population.

    Gilberto Maringoni juge toutefois « héroïque » le dernier discours de Dilma Rousseff en tant que présidente : « Au-delà de la farce juridique, c'est la dénonciation du comportement de la classe dominante qui restera dans l'Histoire », dit-il. Un héritage au poids régional, comme l'a affirmé Dilma Rousseff. « Dans le passé de l'Amérique latine et du Brésil, à chaque fois que les intérêts des secteurs de l'élite politique et économique ont été remis en question par les urnes, des conspirations ont vu le jour, donnant lieu à des coups d’État », dit-elle, avant d'énumérer les ruptures violentes de l'ordre démocratique.

    Les armes ont cédé la place à des mises en scène parlementaires, avec la complicité d'une partie du système judiciaire. Ce mercredi 29 août, le président de la Cour suprême Ricardo Lewandowski, qui dirigeait le jugement, a insisté sur le caractère impeccable du« processus légal » en inaugurant la cérémonie de votes. Après avoir rappelé que Dilma Rousseff avait pu « amplement présenter sa défense », il a félicité le jury : « Nul ne peut, aussi bien que les sénateurs, interpréter la Constitution. »

    Ultime note surréaliste : Ricardo Lewandowski a profité des pauses entre deux sessions de débat pour aller d'un sénateur à l'autre, en vue de leur demander de voter en faveur de l'augmentation des salaires des juges suprêmes. « Il faut croire que le coup d’État à la paraguayenne a fait école », s'amuse Adriano Codato, politologue à l'université du Parana, en référence à la destitution par le Parlement du président Fernando Lugo en 2012, là encore une farce.

    De notre correspondante.- Michel Temer vient de s'envoler pour la Chine. Il va pouvoir assister aux travaux du G20 – qui réunit les 19 pays les plus riches du monde et l'Union européenne – avec le titre de président du Brésil. Ce mercredi 31 août 2016, Dilma Rousseff, la première femme élue chef d'État du géant latino-américain, a été définitivement démise de ses fonctions par le Sénat, réuni depuis six jours pour ce jugement final. Près de neuf mois après l'ouverture d'un processus de destitution qui a plongé le Brésil dans la pire crise politique de son histoire, 61 des 81 élus de la chambre haute ont mis fin au second mandat de Dilma Rousseff. C'est bien plus que les deux tiers de votes requis.

    Des hourras ont fusé dans les quartiers chics, en particulier à São Paulo, la capitale économique. Mais dans le reste du pays, c'est la mélancolie qui prime, même si la majorité des Brésiliens étaient en faveur du départ de Dilma Rousseff, à laquelle ils reprochent l'effondrement de l'économie et l'envolée du chômage. À Brasilia, en face du Congrès, on ne comptait d'ailleurs qu'une centaine de militants, réunis autour de baraques à saucisses et munis de rares banderoles pour protester contre le « coup d’État ».

    Le Brésil est plongé dans l'apathie. Depuis le 12 mai, date à laquelle Dilma Rousseff a été écartée provisoirement de ses fonctions, cédant la place à Michel Temer, son vice-président depuis le 1er janvier 2011, les partisans des deux camps ont déserté la rue. La messe était dite, et les rares épisodes susceptibles de mettre en doute le jugement de la population – celui des sénateurs avait déjà été négocié – sont passés inaperçus de la majorité des Brésiliens, grâce aux efforts d'une presse travaillant activement à la destitution de la présidente. Une prise de parti telle que les sièges des journaux et télévisions ont été les premiers protégés par la police militaire lors des manifestations en faveur de la chef d’État.

    Lundi 29 août, cette complicité a été illustrée jusqu'à la caricature. Alors que la présidente décidait d'assurer sa propre défense face aux sénateurs, avec un discours suivi de quatorze heures d'interrogatoire, les chaînes de télévision hertziennes rivalisaient de créativité pour en faire un non-événement. La palme allant à la chaîne de télévision Globo, le seul canal atteignant près de 100 % du territoire brésilien, et qui, quand Dilma Rousseff prenait la parole, a transmis un cours de cuisine enseignant aux téléspectateurs à faire un œuf au plat. Un peu plus tard, le présentateur vedette du journal télévisé annonçait son divorce, pour occuper son public.

    C'est pourtant un discours historique qu'a prononcé Dilma Rousseff lors de ses dernières heures à la tête du pays. « Sans doute le meilleur de toute sa carrière politique », estime Mauricio Santoro, professeur de sciences politiques à l'université d’État de Rio de Janeiro. « J'en arrive à me demander si elle n'aurait pas pu changer le cours des choses en adoptant cette posture plus tôt dans la crise politique», poursuit-il. Dilma Rousseff savait que, sauf miracle, elle avait déjà perdu. Son allocution, prononcée durant quarante minutes dans un silence absolu, fait rare au Congrès, n'avait pas pour objectif de convaincre ses 81 juges, mais de rendre justice à sa propre biographie.

    Montage sur les réseaux sociaux. Dilma Rousseff, jugée par les militaires en 1970, jugée par les sénateurs aujourd'hui.

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  • Elle n'avait que 20 ans, rappela-t-elle, quand la dictature la jeta en prison. La jeune guérillera a payé son engagement contre le régime militaire de trois ans de prison, marqués par les viols et la torture. « C'est le deuxième jugement auquel je suis soumise, avec, les deux fois, la démocratie à mes côtés sur le banc des accusés », a martelé Dilma Rousseff avant de préciser : « J'avais peur de mourir, aujourd'hui, je crains la mort de la démocratie. » Une photographie, exhumée des archives militaires fin 2011, la montre en 1971 face au tribunal militaire. Celle qu'on ne connaît alors que sous le nom de guerre de “Vanda” et “Estela” est belle, épuisée, mais affiche un regard déterminé. En arrière-plan, les militaires qui la jugent dissimulent leurs visages derrière leur main. Le cliché, associé aux photographies de la Présidente devant le Sénat, fait fureur dans les pages de ses sympathisants, sur les réseaux sociaux.

    Lundi, Dilma Rousseff a insisté sur le fait qu'elle n'était pas coupable. Le recours à des crédits d'établissements publics pour maquiller provisoirement l'ampleur du déficit public, dont elle est accusée, n'est pas, à ses dires, un « crime de responsabilité», seule raison selon la Constitution de démettre un chef d’État. Tous ses prédécesseurs y ont eu recours, « les règles ne peuvent pas changer en cours de jeu», a-t-elle insisté. De fait, les arguments juridiques à son encontre sont très fragiles, au point que Janaina Paschoal, l'un des deux avocats à l'origine de la plainte, a argumenté que la destitution de Dilma était « l'œuvre de Dieu», un argument« technique » qui a embarrassé les opposants de la présidente.

    En clair, le processus de destitution a plus d'arguments politiques que juridiques. « Il n'est pas légitime, comme le prétendent mes accusateurs, d'écarter le chef d'État “pour l'ensemble de son action” ; punir le président pour son travail est la prérogative du peuple, et seulement du peuple, lors des élections », a tancé Dilma Rousseff. Le politologue Mauricio Santoro estime que l'argument fait mouche. « Nous n'avons pas de vote de confiance au Brésil, ce n'est pas un régime parlementaire. Écourter un mandat pour des raisons politiques est extrêmement dangereux, et ouvre un précédent à tous les niveaux de pouvoir : des gouverneurs et des maires», analyse-t-il.

    Dilma Rousseff a rappelé qu'elle n'a jamais été accusée d'avoir volé un centime, ni elle, ni aucun des membres de sa famille. Ce n'est pas le cas, note-t-elle, d'Eduardo Cunha, qui occupait le perchoir au Parlement jusqu'à il y a quelques semaines. Celui qui est à l'origine du processus de destitution de la présidente fait l'objet de multiples procès pour corruption, et possède des comptes millionnaires à l'étranger. Il parvient depuis des mois à préserver son mandat entre chantage au gouvernement de Michel Temer et appel à la loyauté des dizaines de députés dont il a financé la campagne.

    « Curieusement, je serai jugée pour des crimes que je n'ai pas commis, avant le jugement de l'ex-président du Parlement, accusé d'avoir pratiqué de très graves actions illégales (…). Une ironie de l'Histoire ? Pas le moins du monde, nous sommes à la veille d'un véritable coup d’État », a déclaré Dilma Rousseff aux sénateurs.

    Un discours dur et combatif, à l'image de la présidente, et, comme elle, laissant peu de place à l'autocritique. En affirmant ne jamais avoir été complice de « ce qu'il y a de pire dans la politique brésilienne», Dilma Rousseff oublie que son gouvernement, suivant en cela l'exemple de Lula, s'est longtemps allié à ces acteurs jugés aujourd'hui infréquentables. Même peu apprécié, Eduardo Cunha était un partenaire de la présidente. Romero Juca, autre figure proche de Michel Temer, fut le porte-parole du gouvernement au Sénat sous Dilma et Lula. Quant au président de la chambre haute, Renan Calheiros, il était un incontournable des réunions stratégiques au palais présidentiel du Planalto, jusqu'à quitter le navire il y a peu. Tous sont accusés de corruption à plusieurs reprises.

    « Au contraire de ce que le PT et Dilma pensaient, le coup d'État n'est pas venu de l'opposition qui a perdu l'élection en 2014, mais de l'intérieur même du gouvernement, démontrant la stupidité des alliances faites », assène Gilberto Maringoni, professeur de relations internationales à l’Université fédérale ABC, à São Paulo. Il reconnaît que le système politique, et notamment l'impossibilité pour un parti d'être majoritaire, incite à la construction de coalitions politiquement absurdes, mais estime que Lula et Dilma se sont rapidement accommodés des règles du jeu. « Il n'y a eu aucun effort pour construire un autre pôle politique avec les mouvements sociaux et les partis progressistes », ajoute-t-il.

    Le choix d'un Lula très habile a bien fonctionné pendant huit ans (deux mandats présidentiels), mais ses conséquences se sont avérées dramatiques sous Dilma, incapable d'articuler politiquement ses décisions. Lorsque, début 2012, elle s'attaque aux taux d'intérêt, pour les faire baisser des niveaux les plus élevés du monde à un degré plus acceptable, elle fait un geste révolutionnaire. Poursuivre cette politique, ce serait en finir avec des décennies de plein pouvoir des banquiers et contraindre les plus riches qui placent leurs économies en bons du Trésor – rapportant autour de 7 % par an, inflation décomptée ! – à abandonner la culture de la rente pour investir dans une politique productive. Ce serait aussi libérer de gigantesque marges de manœuvre financières pour l'État, dont le budget est grevé par une charge de la dette publique sans aucun lien avec le véritable risque de défaut.

    À droite comme à gauche, les spécialistes ont saisi l'impact de la mesure, mais elle n'a jamais été expliquée à la population, ni aux mouvements sociaux. « Dilma a fait de la baisse des taux une simple mesure technique, et sans personne pour la défendre, elle a fait marche arrière au bout de quelques mois », se désole Gilberto Maringoni. Trop tard pour les détenteurs du capital, qui ne lui ont jamais pardonné l'audace.

    Lundi, la présidente n'a pas non plus reconnu que l'absence de remise en cause du système politique a poussé le Parti des travailleurs (PT), qu'elle a rejoint en 2000, à adopter les mêmes pratiques douteuses de financement des campagnes. Le scandale de corruption au sein de la compagnie d'hydrocarbures nationale Petrobras, révélé par l'enquête désormais connue mondialement sous le nom de “Lava Jato” (Kärcher), a démontré l'ampleur de la corruption. Si Dilma Rousseff n'est pas jugée à ce titre, c'est une des raisons de sa perte de popularité au sein de la population.

    Gilberto Maringoni juge toutefois « héroïque » le dernier discours de Dilma Rousseff en tant que présidente : « Au-delà de la farce juridique, c'est la dénonciation du comportement de la classe dominante qui restera dans l'Histoire », dit-il. Un héritage au poids régional, comme l'a affirmé Dilma Rousseff. « Dans le passé de l'Amérique latine et du Brésil, à chaque fois que les intérêts des secteurs de l'élite politique et économique ont été remis en question par les urnes, des conspirations ont vu le jour, donnant lieu à des coups d’État », dit-elle, avant d'énumérer les ruptures violentes de l'ordre démocratique.

    Les armes ont cédé la place à des mises en scène parlementaires, avec la complicité d'une partie du système judiciaire. Ce mercredi 29 août, le président de la Cour suprême Ricardo Lewandowski, qui dirigeait le jugement, a insisté sur le caractère impeccable du« processus légal » en inaugurant la cérémonie de votes. Après avoir rappelé que Dilma Rousseff avait pu « amplement présenter sa défense », il a félicité le jury : « Nul ne peut, aussi bien que les sénateurs, interpréter la Constitution. »

    Ultime note surréaliste : Ricardo Lewandowski a profité des pauses entre deux sessions de débat pour aller d'un sénateur à l'autre, en vue de leur demander de voter en faveur de l'augmentation des salaires des juges suprêmes. « Il faut croire que le coup d’État à la paraguayenne a fait école », s'amuse Adriano Codato, politologue à l'université du Parana, en référence à la destitution par le Parlement du président Fernando Lugo en 2012, là encore une farce.

    Lula et Chico Buarque lors du discours de Dilma Roussef au Sénat. © Edilson Rodrigues/ Agência Senado

    Prévisible, la sortie de scène de Dilma Rousseff marque en réalité une profonde rupture dans l'histoire démocratique brésilienne. « Ce qui est en jeu, c'est la reprise en main par les élites politiques et économiques du système, non seulement pour passer l'éponge sur les treize années de présidence du Parti des travailleurs, et peut-être même se débarrasser pour toujours de cette formation politique, mais plus profondément remettre en question les acquis de la Constitution de 1988 », estime André Singer, professeur de sciences politiques à l'université de São Paulo.

    Il en veut pour preuve le projet de loi poussé par le gouvernement Temer, et que le chef d’État compte faire voter dès son retour de Chine : une interdiction de croissance de la dépense publique pendant vingt ans et la fin de l'obligation de dédier un pourcentage défini aux budgets de la santé et de l'éducation. « Ce serait le premier changement structurel de la question de la dépense publique depuis la Constitution de 1988 », s'enorgueillit d'ailleurs le ministre des finances Henrique Meirelles, mentor du projet de loi. Une rupture aux conséquences sociales incalculables.

    Michel Temer mettra-t-il véritablement en œuvre ce programme radicalement conservateur, qu'il a promis au patronat en échange de son appui ? Il a manifesté de nouveau son mépris pour le Brésil de la diversité qui a émergé au cours de la dernière décennie, en arrivant à la cérémonie d'investiture du Sénat entouré exclusivement entourés d'hommes blancs, vieux, et riches. Aucune femme, aucun Noir, aucun Indien.« Je ne crois pas qu'il parvienne à mettre en place toutes les mesures libérales sur lesquelles il s'est engagé, sa base au Congrès refusera, car elles seraient désastreuses d'un point de vue électoral », estime Adriano Codato.

    Le politologue table toutefois sur une profonde marche arrière en termes de droits sociaux et du travail. Le gouvernement a déjà commencé, avec des mesures symboliques, comme la suspension du programme d'alphabétisation des plus de quinze ans, alors que 8,5 % de la population adulte est incapable de déchiffrer le moindre mot, un des pires taux d'Amérique latine. En s'adressant pour la première fois à la nation en tant que président mercredi 31 août, Michel Temer a annoncé vouloir assouplir les droits des travailleurs. Il veut aussi, dès la semaine prochaine, « privatiser tout ce qui peut l'être », y compris des crèches, des hôpitaux et des prisons. Son gouvernement a aussi fait savoir sa volonté de remettre en question le Système unique de santé (SUS), le seul au monde à offrir un accès universel aux soins dans un pays de plus de 100 millions d’habitants : une couverture précaire, mais accessible à tous.

    Autre exemple, il veut remettre en question les universités fédérales, pourtant les plus performantes du pays. Les coupes dans le budget de l'enseignement supérieur ont déjà pris des proportions inquiétantes. « À ce rythme, les universités publiques ne vont plus avoir d'Internet, elles ne peuvent plus payer les factures, et le montant des bourses de recherche est au plus bas depuis vingt ans », constate Mauricio Santoro. Conséquence, seuls les étudiants issus des classes aisés auront accès aux maîtrises et doctorats, leurs familles finançant leurs études. Une marche arrière qui n'émeut guère au sein de l'élite politique : « le discours de haine du pauvre s'est généralisé dans la classe moyenne élevée, avec l'aide de la presse », résume Gilberto Maringoni, avant de conclure : « Avec Michel Temer, nous avons un gouvernement de riches et pour les riches. »

    Ce 31 août, c'est tout de rouge vêtue que Dilma Rousseff, déjà présidente destituée, a fait une dernière déclaration dans le palais de l'Alvorada, la résidence présidentielle. « Ce n'est pas un adieu, mais un “à bientôt”. Ils pensent avoir vaincu, mais ils se trompent. Le gouvernement putschiste devra faire face à l'opposition la plus énergique et déterminée », a-t-elle promis.

    Malgré les applaudissements, le propos laisse rêveur. Pour l'heure les Brésiliens, brisés par le chômage (11,3 %) et la hausse des prix et alors que la récession s'installe dans le pays – un sixième trimestre de chute du produit intérieur brut vient d'être confirmé ce 31 août –, ne voient guère de différence dans leur quotidien entre Dilma Rousseff et Michel Temer, tous deux jugés très négativement. « Le problème, c'est que rapidement, tous ceux qui protestaient contre elle en demandant plus de dépenses pour l'éducation, la santé et la sécurité vont d'apercevoir qu'ils ont été floués », dit Mauricio Santoro. Des scénarios d'explosion sociale sont donc à envisager. Mais il n'est pas sûr que le camp progressiste soit capable d'en profiter pour reconstruire une alternative politique.

    Le Parti des travailleurs semble à genoux. Il a été incapable de trouver une réponse pour ses électeurs au catastrophique deuxième mandat de Dilma Rousseff, qui a opté pour une politique contraire à ses promesses de campagne. Il n'a pas su non plus expliquer les errances de la corruption. Et encore moins organiser la lutte au cours des neuf mois du processus de destitution. À quelques semaines des élections municipales d'octobre, les dirigeants du PT illustrent leur incapacité à penser leurs erreurs. Ils persistent dans des alliances incompréhensibles avec des caciques conservateurs, comme à São Paulo, ou maintiennent un candidat propre sans aucune chance contre une importante figure de la gauche locale, comme à Rio de Janeiro. Des stratégies de surcroît inefficaces. Le PT devrait connaître un recul historique de sa représentation locale.

    Et Lula ? Celui qui reste l'homme politique le plus populaire du Brésil – mais aussi le plus haï – a tenté jusqu'au dernier moment de convaincre les sénateurs de ne pas lâcher le gouvernement de sa dauphine. Des négociations faites à l'ancienne, plus dans les coulisses qu'en haranguant les foules, et durant lesquelles il n'a guère camouflé son abattement.

    « Contrairement à Dilma qui a perdu face à la dictature quand elle était jeune, pour Lula, c'est la première véritable défaite », explique un de ses proches. « Bien sûr, il a perdu des élections, mais dans un contexte où lui et le PT continuaient à croître et à gagner en prestige au sein de la population ; aujourd'hui, l'effondrement de son projet est un coup très dur », poursuit-il. Lula a certes fait le voyage pour assister à la défense de Dilma Rousseff au Sénat, mais c'est aux côtés du chanteur Chico Buarque qu'il s'est installé. La présence de l'artiste symbolisait le rejet par la classe intellectuelle progressiste de la destitution, mais elle n'en démontre pas moins, dans son incongruité, la solitude de l'ex-président. Mercredi, lors du rassemblement autour de Dilma Rousseff dans le palais de l'Alvorada, Lula était encore là, mais toujours à distance de sa dauphine.

    Aujourd'hui seul espoir du PT pour une éventuelle victoire en 2018, Lula doit tout faire pour ne pas être rattrapé par la justice. La législation brésilienne interdit en effet à tout homme politique condamné en première instance (avant même le moindre recours) d'être candidat. « Or sans présumer de son innocence ou de sa culpabilité, il est manifeste que la justice et en particulier les juges de l'opération Lava Jato ont fait de Lula une cible privilégiée, ce qui est problématique », reconnaît Mauricio Santoro.

    L'ex-président a été réveillé par la police fédérale chez lui à 6 heures du matin en mars dernier, avant d'être empêché par un juge de faire partie du gouvernement. Il a été successivement inculpé pour tentative d'entrave à la justice, corruption passive et blanchiment d'argent, le tout grâce à des enregistrements obtenus de façon illégale et sans preuve claire. « Pendant ce temps, Eduardo Cunha, sur lequel pèsent des éléments accablants, n'a toujours pas été convoqué par la justice, c'est tout de même deux poids deux mesures », poursuit l'universitaire. Il est aujourd'hui impératif pour le gouvernement d'obtenir une condamnation de l'ex-président, sans quoi sa présence au moins au second tour est garantie.

    De même, les proches de Temer multiplient les stratégies pour neutraliser l'opération Lava Jato qui, après la chute du PT, pourrait s'intéresser aux grands noms de la droite cités abondamment dans l'investigation. Le seul certain d'y échapper est Michel Temer lui-même, soupçonné pourtant d'avoir reçu d'importants montants. Avec la présidence, il vient de gagner l'immunité, et ne peut être poursuivi pour des crimes antérieurs à son mandat, entamé ce 31 août.

    Même si Lula parvenait à être candidat, il n'est pas sûr qu'il puisse mettre fin au vent de conservatisme autoritaire soufflant sur le Brésil. « Lula est le candidat de la conciliation, comme tout bon syndicaliste, il ne veut pas casser l'entreprise, mais faire un accord avec le patron pour que tout le monde soit gagnant », explique Gilberto Maringoni. Un pacte que l'ex-métallurgiste a réussi à établir au début des années 2000, dans un contexte de croissance mondiale et notamment de hausse des cours des matières premières, dont le Brésil est un grand exportateur.

    Mais le contexte international n'est plus le même et les élites ont peu goûté le nouveau Brésil surgi des années Lula et Dilma. Même si la réduction de l'injustice s'est faite à dose homéopathique, elle a permis à des dizaines de millions de Brésiliens de se hisser au-dessus de la pauvreté, de rêver à l'université et à un bon emploi. Ce 31 août 2016, les élites brésiliennes ont clairement fait savoir qu'elles ne voulaient plus entendre parler d'accord et de conciliation. Reste à savoir si, et comment, ceux qui ont entrevu l'espace de quelques années un avenir plus digne, pourront résister.

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 05:00

Invalidation de l’arrêté anti-Burkini : « une sage décision »

Le conseil d’état vient d’invalider l’arrêté anti Burkini pris par le maire de Villeuneuve-Loubet. C’est une sage décision que vient de prendre la plus haute autorité administrative française. Elle vient mettre un terme, espérons le définitif, à une polémique qui n’a qu’un seul but : stigmatiser une partie de la population au prétexte de sa religion.
Nous continuons notre combat pour le respect dans l’égalité de tous les citoyens quelles que soient ses convictions et pour la pleine liberté des femmes contre toutes les formes de domination.

Pierre Laurent, 29 août 2016

Invalidation de l'arrêté anti-burkini: "une sage décision" (Pierre Laurent)
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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 05:00
Henri Froment-Maurice, ambassadeur: "Les kurdes, un peuple sans Etat" (Ouest-France, débats)

Point de vue. Les Kurdes, un peuple sans État
http://www.ouest-france.fr/debats/editorial/point-de-vue-les-kurdes-un-peuple-sans-etat-4447611

Henri Froment-Meurice, ambassadeur de France.

Les Kurdes, l'un des peuples les plus anciens du Moyen-Orient, sont au nombre d'environ 35 à 40 millions. Ils se répartissent entre quatre États : la Turquie (12 à 15 millions), l'Iran (6 à 9), l'Irak (5 à 7), la Syrie (2,8). En majorité musulmans sunnites, mais parfois chrétiens, ils n'ont jusqu'à présent pas réussi à se détacher d'un de ces pays pour accéder à l'indépendance et créer leur propre État.

Pourtant, à l'issue de la Première Guerre mondiale, en 1920, le Traité de Sèvres qui démembrait l'Empire Ottoman prévoyait, après une période d'autonomie pour les provinces kurdes, leur accession à l'indépendance. Mais trois ans plus tard, en 1923, le Traité de Lausanne, conclu avec le Turc Moustapha Kemal, revint sur cette autonomie.

Aujourd'hui, la situation des Kurdes varie d'un pays à l'autre. En Turquie, sans avoir été victimes d'un génocide, à la différence des Arméniens, ils n'ont jamais été acceptés comme une minorité jouissant des droits normalement consentis. Aussi, en majorité, mènent-ils une lutte armée sous la conduite du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). D'où leur qualification de « terroristes » par le pouvoir central, ainsi d'ailleurs que par l'Union européenne.

En Syrie, les Kurdes constituent la minorité la plus importante, mais leur identité est insuffisamment reconnue. Ils sont en lutte à la fois contre l'armée gouvernementale de Bachar al Assad qui, le 18 août, les a bombardés, ainsi que contre Daech. Ils ont créé dans le nord, où ils contrôlent 600 des 800 km de la frontière avec la Turquie, la « zone fédérale » de Rojava.

Vers l'indépendance en Irak ?

En Iran, après la chute de la dynastie et la prise du pouvoir par les mollahs de la Révolution islamique, les Kurdes leur présentèrent leurs revendications, « démocratie pour l'Iran et autonomie pour le Kurdistan », mais celles-ci furent rejetées. Ils sont considérés comme un danger et ne cessent d'être maltraités.

En Irak enfin, fait exceptionnel, les Kurdes bénéficient d'une réelle autonomie. Ils disposent en outre de ressources pétrolières et exploitent leur propre pipeline vers la Turquie. Actuellement, leurs soldats - les peshmergas (« celui qui confronte la mort ») - sont au premier rang des combattants de la coalition formée contre Daech dans la dure bataille pour la reconquête de Mossoul. Les quelques chrétiens qui n'ont pas fui leur doivent de pouvoir y demeurer.

Mais ce monde kurde est souvent désuni et, malheureusement, dans chacun des quatre États où ils sont implantés, les Kurdes sont fréquemment divisés par des rivalités de personnes, parfois aussi par des positions divergentes concernant leurs rapports avec le pouvoir central.

La France apporte un important soutien, tant militaire qu'humanitaire, aux Kurdes d'Irak auprès desquels le président de la République s'est rendu, geste incontestablement exceptionnel. Aujourd'hui, on est en droit de se demander si la situation n'est pas mûre pour franchir une nouvelle et décisive étape : obtenir du gouvernement irakien qu'il accepte d'accorder l'indépendance au Kurdistan. Ainsi serait enfin créé le premier État kurde.

Mais peut-être n'est-ce qu'une utopie et les Kurdes devront-ils demeurer encore longtemps un peuple sans État.

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 04:44
Affaire Dassault: la faillite de la justice financière

1 SEPTEMBRE 2016 | PAR YANN PHILIPPIN

Au lieu de la peine d’inéligibilité attendue, le TGI de Paris a ordonné un supplément d’information dans l’affaire des caisses noires de Serge Dassault. L’avionneur et sénateur, qui avait séché son procès, en est aujourd’hui récompensé. Un nouvel exemple de l’incapacité de la justice à condamner les puissants dans les dossiers financiers.

Pendant l’audience correctionnelle au sujet de ses caisses noires, en juin, Serge Dassault avait affiché son profond mépris de la justice, préférant parader à une cérémonie militaire plutôt que d’assister à son propre procès (lire ici). Le milliardaire, avionneur et sénateur LR aurait tort de se priver, puisque la justice n’est pas rancunière. Au lieu de rendre son jugement, le tribunal de Paris a préféré ordonner, ce jeudi, un supplément d’information. Il y aura donc une nouvelle enquête menée par le président de la chambre correctionnelle, puis un second procès en 2017.

C’est une véritable aubaine pour le sénateur Serge Dassault, qui risquait l’inéligibilité. Il était poursuivi par le parquet national financier (PNF) pour « blanchiment de fraude fiscale » et « omission de déclaration de patrimoine par un parlementaire », délits respectivement punis de cinq et trois ans de prison. L’affaire porte sur ses cagnottes offshore dissimulées en Suisse, au Luxembourg et au Liechtenstein. L’ancien maire de Corbeil-Essonnes, par ailleurs mis en examen pour « achat de votes », y a puisé au moins 70 millions d’euros, en particulier pendant les élections municipales.

Estimant qu’à 91 ans Dassault était trop vieux pour aller en prison, le PNF avait pourtant été relativement clément dans ses réquisitions : deux ans avec sursis, 9 millions d’euros d’amende et surtout cinq ans d’inéligibilité. « Ça n’a pas de sens social que Serge Dassault puisse rester dans son siège de sénateur et siéger à la commission des finances. Où est la décence commune quand le représentant du peuple se moque à ce point du représenté ? », avait lâché l’un des procureurs, Patrice Amar. « Pour Serge Dassault, il y a sa loi et il y a la loi des autres. […] Il vous appartient de dire que le droit s’applique aussi, ne lui en déplaise, à Serge Dassault », avait ajouté sa collègue Ulrika Delaunay-Weiss.

Ils n’ont pas été entendus. L’amende requise étant dérisoire vu sa fortune de 13 milliards d’euros, seule la peine d’inéligibilité était redoutée par Dassault. Très attaché à son siège, il voulait éviter à tout prix le déshonneur d’être viré du Sénat. Il a gagné, au moins provisoirement. Au train où va la justice française, le respectable parlementaire pourra continuer à parader au palais du Luxembourg pendant au moins dix-huit mois. De quoi alimenter un peu plus le soupçon que la justice épargne les puissants, et nourrir le vote Front national.

L’affaire semblait pourtant pliée. Lorsque ses caisses noires ont été découvertes par les juges qui enquêtent sur la corruption électorale à Corbeil, Serge Dassault a été contraint de régulariser sa situation auprès du fisc (avec 19 millions d’amende à la clé) et de la haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), chargée de contrôler le patrimoine des parlementaires. Ces procédures ont démontré que « Serge Dassault a bien assumé au final être le propriétaire de ces comptes dissimulés et non déclarés », a confirmé hier le président du tribunal.

Pourtant, il a jugé que, vu les « explications parcellaires et contradictoires, y compris dans les propres écrits signés par Serge Dassault » lors de la régularisation de ses avoirs, le tribunal n’en savait pas suffisamment « sur le rôle exact du prévenu » dans la création des sociétés offshore et la gestion des fonds. À ce stade, on frise l’absurde, puisque le prévenu a refusé à deux reprises d’être auditionné pendant l’enquête, puis de venir à l’audience. En clair, Dassault est de facto récompensé pour son obstruction. On n’ose imaginer ce qui arriverait à un voleur de poules ou à un petit dealer de cannabis qui adopterait la même stratégie...

Comment expliquer cette décision ? Plusieurs experts y voient l’incapacité des juges du siège, pourtant statutairement indépendant, à sanctionner les délits politico-économiques, surtout lorsqu’ils impliquent des personnalités. « C’est un vrai problème culturel », lâche un enquêteur spécialisé, écœuré par le report du verdict Dassault. On l’a vu par le passé avec la relaxe de l’ex-ministre UMP Éric Woerth dans l’affaire Bettencourt (lireici), ou encore celle de l’ancien conseiller élyséen de Sarkozy François Pérol pour son passage à la hussarde à la tête du groupe bancaire BPCE (lire ici). Idem dans les affaires de fraude fiscale, où les condamnations à de la prison ferme sont rarissimes.

Le cas Dassault illustre aussi les failles de la procédure pénale à la française, où les prévenus capables de se payer de bons avocats peuvent multiplier les recours et ralentir les procédures pendant des années. D’ailleurs, l’information judiciaire sur les achats de voix présumés par Serge Dassault, en cours depuis six ans, n’est toujours pas terminée…

C’est justement pour tenter d’obtenir une condamnation rapide que le parquet national financier (PNF) a décidé, pour l’affaire des caisses noires, d’ouvrir au printemps 2015 une simple enquête préliminaire. Puisque Dassault a reconnu les faits, le PNF a estimé, pour éviter la lenteur des procédures internationales, qu’il n’était pas necessaire d’entendre les deux citoyens suisses qui géraient les avoirs secrets de Dassault : le comptable Gérard Limat et l’avocat Luc Argand. Le tribunal a sèchement désavoué ce choix, estimant que ces deux auditions étaient indispensables.

Serge Dassault a enfin bénéficié d’un coup de pouce… du Luxembourg. En effet, de nombreuses informations sur ses caisses noires, dont l’audition du comptable Limat et la manière dont il livrait du cash dans le bureau de Dassault, figurent dans la procédure pour corruption électorale. Mais ces pièces sont issues d’une demande d’entraide pénale avec le Luxembourg, et les traités de coopération avec le Grand-Duché rendent très difficile la transmission de ces pièces dans une autre affaire. Le PNF a donc préféré y renoncer. D’autant plus que les avocats de Dassault auraient pu en profiter pour réclamer la nullité de la procédure…

Lors de l’audience, ses conseils, Jacqueline Laffont et Pierre Haïk, ont joué sur du velours : ils ont dénoncé le fait que le dossier était « vide », et ont même osé se plaindre de ce que Dassault n’a pas été auditionné, alors même que c’est lui qui a refusé de parler. Et de demander un supplément d’information, finalement obtenu ce jeudi. « C’est une très bonne décision parce que ce dossier n’était effectivement pas en état d’être jugé », a jubilé Me Laffont. Dans cette affaire accablante pour lui sur le fond, Serge Dassault voulait avant tout gagner du temps. Il a réussi.

Le dossier du PNF était-il réellement trop léger ? Il est difficile de le savoir. Il n'empêche, même si le tribunal en est convaincu, sa décision ressemble à un message symboliquement désastreux adressé aux délinquants financiers : ne parlez pas, multipliez les recours, ne venez pas à votre procès, et vous en serez récompensés. Le président de cette chambre correctionnelle, Olivier Géron, s'était par ailleurs récemment illustré en annulant l'ensemble de la procédure pour abus de biens sociaux et blanchiment visant le conseiller élyséen de François Hollande, Faouzi Lamdaoui.

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 08:04

GÉRALD ROSSI

L'HUMANITE

Mercredi 31 août 2016

FLORILÈGE

Pendant ses deux ans au gouvernement, le ministre de l'Économie s'est fait remarquer par de multiples déclarations devant la presse ou les patrons, d'inspiration très libérale.

Idée fixe. À l'heure de sa nomination au gouvernement, en août 2014, Emmanuel Macron laissait immédiatement deviner le fil conducteur de ce que serait sa ligne politique au ministère de l'Économie : « Nous pourrions autoriser les entreprises à déroger aux règles du temps de travail et de rémunération. » Depuis, le banquier d'affaires installé à Bercy par la volonté de François Hollande, après avoir assuré la direction du pôle « économie et finances » au secrétariat général de l'Élysée, n'a cessé de multiplier les petites phrases, souvent choquantes, toujours libérales, qui alimentent les réseaux sociaux sur la Toile.

Tout le monde a noté une de ses dernières sorties médiatiques, le 19 août dernier au Puy-du-Fou, le parc de loisirs vendéen, quand, devant le très réactionnaire Philippe de Villiers, il a avoué : « L'honnêteté m'oblige à vous dire que je ne suis pas socialiste. » Ce qui n'avait en vérité rien d'un scoop. D'ailleurs, le même désormais ex-ministre ne disait-il pas un mois plus tôt « Vous savez, c'est très dur de savoir ce qui nous fait de gauche ou de droite » ? En juillet 2015, il croyait aussi déceler « un absent dans la politique française, la figure du roi, dont (il) pens(ait) fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort ».

Pour le reste, le ministre a été conforme à ce qu'on pouvait redouter de la part de l'un des rédacteurs du rapport de la commission Attali commandé par Sarkozy en 2008 : pour lui, le statut de la fonction publique « n'est plus adéquat ». La France n'a « pas su développer un environnement fiscal favorable aux entrepreneurs; il existe une préférence pour les hausses de salaires et le versement des dividendes plutôt que pour l'emploi et les investissements ». L'année dernière, à l'université d'été du Medef (où il était invité à nouveau en tant que ministre aujourd'hui), ce sont encore les 35 heures qu'il avait dans le viseur en indiquant devant la mine réjouie des grands patrons que « la France a cru qu'elle irait mieux en travaillant moins, c'était une fausse idée ».

Le mépris très présent dans ses discours

Aux jeunes Français, il conseille d'avoir « envie de devenir milliardaires », expliquait-il quelques mois plus tard aux Échos. Mais il serait injuste de penser pour autant que l'ancien énarque n'a jamais pensé aux petites gens. « Avec la relance des autocars, les pauvres voyageront plus facilement », a-t-il développé, pour justifier l'émergence d'un droit au transport à deux vitesses littéralement. Le mépris était encore présent dans le discours lors d'une visite dans un abattoir de volailles à Lampaul-Guimiliau (Finistère) quand il notait « qu'il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées ». Même morgue à Lunel (Hérault) face à un ouvrier qui l'apostrophait : « Vous n'allez pas me faire peur avec votre tee-shirt, lui répondait-il. La meilleure façon de se payer un costume, c'est de travailler. » Comme le font sans doute les entrepreneurs « pour qui la vie est beaucoup plus dure que celle d'un salarié », ajoutait-il en janvier cette année... De toute façon, « vu la situation économique, ne plus payer plus les heures supplémentaires, c'est une nécessité », précisait-il aussi. En décembre déjà, il estimait « pas réaliste d'imposer un doublement de la rémunération pour les salariés travaillant le dimanche ».

Autre sortie remarquée, quand il note que le FN « est, toutes choses égales par ailleurs, une forme de Syriza à la française d'extrême droite ». En mai dernier, devant un parterre d'investisseurs, Emmanuel Macron faisait un autre aveu : « Si j'étais en désaccord avec ce que fait le gouvernement, j'aurais moi-même pris mes responsabilités. Ce n'est pas le cas. » Que s'est-il passé depuis ?

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 07:55

MARIE-NOËLLE BERTRAND

Cet article est paru dans l'Humanité du 30 août dernier.

Depuis un "accord" a été trouvé, accord contesté et contestable. La teneur de cet article reste tout à fait valable.

LA 13e FORTUNE DE FRANCE S'ENGRAISSE EN ÉTANT LA PLUS IMPITOYABLE ET RADINE DU SECTEUR. Lactalis, le géant qui veut mettre les éleveurs à sa botte
5 MILLIARDS DE LITRES,C'EST LE VOLUME DE LAIT QUE COLLECTE CHAQUE ANNÉE LACTALIS CHEZ LES ÉLEVEURS FRANÇAIS.

Comment le 1er groupe laitier mondial parvient-il à imposer les prix les plus bas du marché à des éleveurs qui parlent, aujourd'hui, de véritable asservissement ? La réponse est à chercher dans un système à la mesure des pratiques sans scrupule du groupe.

C'est une simple lettre, quelques lignes tapées sans fioritures sur un papier A4, datée de vendredi. En haut à gauche figure le logo du groupe Lactalis, en bas à droite, la qualité de l'expéditeur (« La direction approvisionnement lait »). Pas de nom, de numéro de téléphone, ou autre contact de référence. Le courrier n'amorce pas à un quelconque dialogue : il explique, juste, ce qu'il en coûte de résister au premier groupe laitier mondial. « Chers producteurs », précise-t-il en préalable. « Notre site de Laval fait l'objet d'un blocus initié par les organisations syndicales FNSEA et Jeunes Agriculteurs (...) depuis le 22 août.

Ce blocus total, empêchant tout accès au site, a entraîné l'arrêt des activités de l'usine et de la plateforme logistique. (...) Sa paralysie a des conséquences périphériques directes sur le fonctionnement des usines du Grand Ouest et de Normandie qui l'approvisionnent (...). Aussi, nous sommes contraints de suspendre de manière temporaire la collecte du lait. » Formulé autrement, Lactalis prévient : dans le cas où ce blocage ¬ ou tout autre du même type ¬ doit se poursuivre, l'industriel n'achètera plus leur lait aux éleveurs. Autant dire, dans un langage plus direct, que, jusqu'à nouvel ordre de sa part, ceux-ci ne seront plus payés.

La faute à « un syndicalisme aveugle et irresponsable », conclut la missive, écrite, donc, le jour même où les négociations entre la FNSEA, le syndicat Jeunes Agriculteurs et les représentants de Lactalis tournaient court.

Les producteurs laitiers, en mouvement depuis une semaine, demandaient à ce que le groupe accepte de payer leur lait au moins 300 euros la tonne (30 centimes le litre) ¬ soit ce qu'il leur coûte à produire. Lactalis qui, depuis juillet dernier, ne la leur payait plus que 256,90 euros, leur a concédé une hausse de 15 euros (0,015 centime au litre), soit un prix de 271,90 euros la tonne (lire l'Humanité d'hier). Les éleveurs ont refusé l'offense, s'engageant, à compter d'hier soir, dans une bataille au long cours (lire ci-après). Lactalis a anticipé le mouvement, menaçant à la ronde de ne plus payer leur travail.

« Cette suspension de la collecte n'a rien à voir avec nos actions, estime Yohann Barbe, responsable national du dossier lait pour les Jeunes Agriculteurs (JA). À Laval, nous avons bloqué les bureaux, en aucun cas le cycle de production. » La manoeuvre relève ni plus ni moins d'un coup de pression, estime-t-il, comme l'industriel a coutume d'en faire chaque fois que des producteurs tentent de lui rentrer dans le lard. Un classique, qui n'en révèle pas moins le pouvoir dont bénéficie le groupe, en mesure d'imposer depuis trois ans des prix en dessous de toute raison aux éleveurs, lesquels, aujourd'hui, parlent d'asservissement.

Comment Lactalis est-il parvenu à les mettre sous sa dépendance ? La réponse est tout autant à chercher dans les avantages que le groupe tire de la fructification pécuniaire de ses ferments lactiques que dans un système sculpté à sa mesure.

L'asservissement par la contractualisation

Yohann Barbe fait remonter le premier coup de ciseau à 2009. « C'est l'époque du démantèlement de nos indicateurs de prix, jugés anticoncurrentiels sous le gouvernement Sarkozy. » Le prix du lait, jusqu'alors évalué chaque mois en fonction des coûts de production, devient désormais invisible, y compris à court terme. Mieux : l'ensemble des entreprises d'un même bassin ne sont plus tenues de l'appliquer. Votée en 2010, la loi de modernisation de l'économie (LME) finira de valider le processus.

Cette même année, un autre coup de burin sera asséné à la politique laitière en France : dans la perspective de la fin des quotas européens, Bruno Le Maire, alors ministre de l'agriculture, promeut des dispositifs de contractualisation entre les éleveurs laitiers et leurs entreprises de transformation. Logiquement, cela doit permettre de clarifier les échanges commerciaux, de réguler les volumes de production, et ainsi de garantir une stabilité des revenus pour les éleveurs. Bref, de les protéger. Le résultat sera loin du compte: si les contrats spécifient bien les quantités de lait achetées aux producteurs, ils n'indiquent en rien le prix auquel les entreprises de la transformation devront le leur payer.

Celles-ci ont désormais tous les droits en la matière. Lactalis, en sus, s'en arroge un autre, imposant une clause interdisant à « ses » éleveurs de venir manifester devant ses usines. « En substance, il est spécifié qu'ils ne doivent pas faire entrave à ses activités, ni communiquer négativement sur son image, à moins de s'exprimer sous bannière syndicale », souligne Yohann Barbe. De fait, l'histoire montre que le groupe n'aime pas cela. Ainsi, en 2011, avait-il porté plainte contre des cadres de la Confédération paysanne à la suite du blocage d'une de ses usines dans la Loire, mené pendant la grande grève du lait de 2009. Et pas plus tard que vendredi dernier, il engageait une action en justice, obtenant du tribunal de Laval la condamnation de la FNSEA à verser une amende de 5 000 euros par heure de blocage dans le cas où celui-ci se poursuivrait.

« Nous n'avons plus rien pour nous défendre », relève cette éleveuse d'Ille-etVilaine, militante de la Confédération paysanne et qui, comme beaucoup, préfère rester anonyme. « Je ne suis installée que depuis quelques années. Je ne peux pas prendre le risque de ne plus être collectée », explique-t-elle. Pas plus qu'elle n'a pu prendre de celui de refuser de signer un contrat contre lequel, pourtant, ils étaient nombreux à protester. « Nous avons tous signé à cause de cette peur », insiste-t-elle. Certes, d'autres entreprises laitières existent, qui payent mieux que Lactalis ¬ Laïta achète à 290 euros la tonne, la laiterie Saint-Père, filiale d'Intermarché, paye 300 euros. « Mais on ne sait rien des ententes qu'elles auraient pu faire avec Lactalis, on ne veut pas prendre le risque. »

«Nous n'avons plus rien pour nous défendre.» UNE ÉLEVEUSE D'ILLE-ET-VILAINE

Car le géant est puissant, ce n'est pas un pléonasme. L'absence de transparence sur les bénéfices que ses dirigeants en retirent est certes totale. Mais les signes sont là. Présente sur tout le territoire, et plus encore dans le grand ouest, le nord et l'est, l'entreprise d'Emmanuel Besnier, richissime fils de... (lire ci-après), assure près de 25 % de la collecte française, et plus d'un producteur sur cinq travaille pour elle. Elle s'était juré de posséder tous les AOC de France et n'est pas loin d'y être parvenu, détenant entre autres le très valorisé Roquefort. Chaque crise, au reste, lui profite, quand elle s'en saisit pour racheter un autre groupe ¬ comme l'italien Parmala en 2009.

74 % du chiffre d'affaires réalisés à l'étranger

Car la France n'est pas son seul atout. Désormais présent dans 56 pays, le 1er groupe laitier mondial est aussi le 2e groupe fromager européen et le 15e groupe agroalimentaire mondial. En 2013, son chiffre d'affaires s'élevait à 16 milliards d'euros... dont près de 74 % réalisés hors de la France. De fait, celle-ci est de moins en moins son souci. « Lactalis tend de plus en plus à collecter son lait en dehors du pays, relève Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. C'est une pression supplémentaire pour les producteurs français à qui il dit, comme le font d'autres patrons : si vous n'êtes pas content, j'en ai d'autres pour prendre votre place... » Une pression qu'il exerce tout autant dans les pays voisins. En février 2015, rappelle dans les colonnes de Mediapart Karl Laske, journaliste d'investigation et coauteur d'une vaste enquête sur les Cartels du lait, Lactalis a été condamné par l'autorité espagnole de la concurrence à une amende de 11,6 millions d'euros, mis en cause dans une entente avec d'autres industriels laitiers pour imposer leurs prix aux producteurs espagnols.

En France, c'est du côté des producteurs que la riposte s'organise. Celle menée par la FNSEA et JA n'est pas le premier coup du genre. En février dernier, la Confédération paysanne menait une opération coup de poing à Rodez, en Aveyron. Et en janvier 2015, 500 producteurs de l'organisation de producteurs (OP) NormandieCentre se rebiffaient eux aussi, décidant de traîner le groupe en justice au regard des prix du lait pratiqués entre 2012 et 2013, lequel, estimaient-ils, leur avait fait perdre en moyenne 8 000 euros par ferme. Reste que pour l'heure, ils ne font pas le poids. Créées en 2010, encore une fois par Bruno Le Maire, « les OP sont des genres d'organisations maison, rattachées chacune à une industrie laitière et soumises à sa pression », rappelle encore Laurent Pinatel. Chez Lactalis, la cotisation que leur versent les éleveurs est directement prélevée sur la paye que leur verse l'entreprise. « Ce qu'il nous faut, ce sont des organisations par bassin, réunissant beaucoup de producteurs comptant ensemble pour beaucoup de volume. » Certaines tentent de s'organiser, telle que France Milk Bord (FMB), rejeton de l'EMB, son homologue européenne, qui rassemble aujourd'hui plusieurs centaines d'éleveurs dans le grand ouest, en Normandie et dans le sud. À leur tour, elles travaillent à mettre la pression sur les industriels afin de pouvoir leur dire, cette fois : si vous nous payez mal, on ne vous livre plus.

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UN GRENELLE DU PRIX DU LAIT
Face au désarroi du monde agricole, le PCF demande la tenue d'un Grenelle sur les prix. Celui-ci viserait, pour la production laitière, à instaurer des négociations interprofessionnelles pérennes, à se doter d'outils de gestion des volumes en faveur des jeunes et des plus modestes...
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