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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 06:11
Léonard Cohen a rejoint sa muse (L'Humanité, 11 novembre)

Le musicien, homme de lettres du rock et poète,  est mort à l'âge de 82 ans, lit-on jeudi sur sa page Facebook. Interpretées de sa voix grave, ses chansons où la religion cotoyait le désir, le sexe,  la rédemption en ont fait un artiste unique et incontournable.

 Le musicien et poète canadien Leonard Cohen est décédé à l'âge de 82 ans, a annoncé son entourage jeudi. «C'est avec une profonde tristesse que nous informons du décès du poète, compositeur et artiste légendaire Leonard Cohen", a écrit son agent sur la page Facebook du musicien. Nous avons perdu l'un des visionnaires les plus prolifiques et respectés du monde de la musique. Une cérémonie sera organisée à Los Angeles, en Californie, où il résidait.
 
Aucun autre détail concernant le décès de Leonard Cohen n'est fourni dans le communiqué et les représentants du chanteur n'étaient pas disponibles dans l'immédiat pour faire un commentaire. Il est précisé qu'une commémoration est prévue à Los Angeles, où Leonard Cohen résidait depuis de nombreuses années
 
Originaire du Québec, Leonard Cohen était déjà un poète et romancier célèbre lorsque, à l'âge du 31 ans, il s'est installé à New York en 1966, pour tenter sa chance dans la musique.
Né dans une famille juive en 1934 et élevé dans un quartier aisé, anglophone, de Montréal, Leonard Cohen a lu les oeuvres du poète espagnol Federico Garcia Lorca dans son adolescence, a appris à jouer de la guitare auprès d'un musicien flamenco et a formé un groupe country appelé les Buckskin Boys. Il a suivi des cours à l'université McGill de Montréal et a publié son premier recueil de poèmes peu après avoir obtenu son diplôme.
Vivant d'une Bourse accordée par le gouvernement canadien et d'un héritage de sa famille, Leonard Cohen a publié dans les années 1960 les recueils de poèmes "The Spice-Box of Earth" et "Flowers for Hitler" ainsi que les romans "Jeu de dupe" et "Les perdants magnifiques". Désillusionné par la maigreur de ses revenus littéraires, Leonard Cohen s'est tourné vers la composition des chansons pour obtenir, en 1967, une audition avec John Hammond, le producteur qui avait découvert Bob Dylan. John Hammond fait alors signer Leonard Cohen chez Columbia Records, qui restera sa maison de disques pendant cinq décennies. Peu de temps après ses débuts musicaux, les critiques ont commencé à le comparer à Bob Dylan, récent lauréat du prix Nobel de littérature, au vu de l'élan lyrique de ses chansons.
 
Malgré les nombreux musiciens qu'il a influencés et les récompenses obtenues - dont une intronisation au Rock and Roll Hall of Fame et l'Ordre du Canada - Leonard Cohen a rarement atteint les sommets des hit-parades avec ses chansons folk-rock plutôt mélancoliques. Cependant, sa chanson la plus connue, "Hallelujah", qui évoque le roi biblique David et établit un parallèle entre l'amour physique et le désir d'une connexion spirituelle, a été reprise des centaines de fois depuis sa sortie en 1984.
 
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:56
La mort de Léonard Cohen nous laisse un peu plus orphelins... mais avec des mélodies et des chansons pour exprimer la tristesse, la douleur et la joie !

Aujourd'hui, jour de deuil, encore empli des frissons du concert de Natacha Atlas hier avec son excellente formation de jazz oriental et les orchestrations d'Ibrahim Maalouf, nous apprenons la mort d'un monstre sacré de la chanson, poète des grandes émotions, du lyrisme, de la mélancolie, et de l'amour épique et malheureux: Léonard Cohen, dont la voix nous transporte dans d'autres sphères depuis notre enfance. 

Le dernier album du chanteur canadien, qui avait 82 ans, "You want it darker", est une pure merveille d'épure, avec des paroles qui résonnent comme des prières et une voix rauque qui porte avec elles des millénaires de vie, de sagesse et de désillusions... 

L'album live de ses concerts à Londres il y a sept ans, lorsqu'il avait repris la musique et ses concerts par besoin d'argent après s'être fait escroqué par son ancien producteur, est également extraordinaire. 

Léonard Cohen est de ces chanteurs dont le décès nous apprend que nous avons basculé dans une autre époque, un autre siècle... Même s'il est éternel comme ces paroles de l'Ancien Testament et ces psaumes qui hantaient sa musique et son imaginaire! 

Né en 1934 à Montréal dans une famille de la middle class juive, après s'être essayé à l'écriture et à la poésie sous l'influence de ses maîtres Camus, Sartre, Garcia Lorca, Yeats, Léonard Cohen a sorti son premier album en 1967, sobrement appelé "Songs of Léonard Cohen".

Il meurt l'année où Dylan obtient son prix Nobel de littérature. 

Deux monstres sacrés de la chanson littéraire et romantique américaine se réappropriant le meilleur de la tradition folk et country et sublimant cette musique populaire à travers des paroles qui portent la liberté, l'intensité amoureuse, et la douleur. 

Chapeau, Léonard: pour nous, tu seras toujours associé aux après-midi de l'enfance pluvieuses et introspectives dans le salon familial et aux soirées de lecture en écoutant ta voix douloureuse, enveloppante, exaltée, qui nous faisait voyager à travers les émotions les plus extrêmes. 

Aujourd'hui, nous sommes un peu plus orphelins... de quelqu'un qui nous a révélé et ennobli un peu de la vie - c'est la magie des grands poètes, des grands écrivains, des musiciens et des chanteurs de génie- avec l'intensité de ses chansons.    

Ismaël Dupont. 

Leonard Cohen est mort, le musicien canadien avait 82 ans
http://www.huffingtonpost.fr/2016/11/10/leonard-cohen-est-mort-musicien-canadien-avait-82-ans/

 

         

Chanson dédiée à Marianne Ihlen, son amoureuse norvégienne sur île grecque d'Hydra par temps de rupture annoncée. Mais Léonard Cohen correspondra avec elle jusqu'à la mort de Marianne et disait qu'il la retrouverait ...

Une des plus belles chansons que je connaisse...

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:45
11 novembre 1940: un éclair d'espoir au début de la nuit noire de l'occupation: les étudiants parisiens manifestent place de l'Etoile!
11 novembre 1940: un éclair d'espoir au début de la nuit noire de l'occupation: les étudiants parisiens manifestent place de l'Etoile!

11 novembre 1940, les étudiants manifestent place de l’Étoile !


La manifestation du 11 novembre 1940 et son retentissement, par Francis Cohen

 

(lu sur la page Facebook de Robert Clément, un brillant camarade communiste parisien qui entretient la mémoire du monde ouvrier et du communisme, notamment sur le plan de ses aspects culturels ).  


Pour bien comprendre la manifestation des lycéens et étudiants sur les Champs Elysées le 11 novembre 1940, il faut se reporter en pensée à la situation d’alors.
Cinq mois ne s’étaient pas écoulés depuis l’entrée des troupes allemandes à Paris. La stupeur, le désarroi, la confusion qui avaient frappé la grande majorité de la population commençaient à peine à se dissiper. L’occupation n’avait pas encore révélé ses méfaits.
Les actes de résistance avaient commencé. Des petits groupes se formaient, mais on ne peut pas parler alors de mouvement organisé sur une grande échelle. De Gaulle était encore peu connu, contesté. Les premiers résistants (qui ne se désignaient pas encore sous ce nom) étaient inspirés par deux courants de pensée principaux, qui allaient peu à peu se rencontrer. L

e premier, d’inspiration souvent nationaliste, voulait simplement (ce qui était déjà beaucoup!) continuer la guerre et se nourrissait de sentiments patriotiques et anti-allemands. Le second, nettement plus nombreux, était antifasciste, démocrate et républicain. C’est à ce second courant que se rattache l’action des communistes.
 

Le climat a l’université
 

Les universitaires, enseignants, étudiants et lycéens des grandes classes constituaient un milieu limité, particulier. L’antihitlérisme, le soutien au Front Populaire et à l’Espagne Républicaine y avaient laissé des traces profondes, malgré le munichisme de certains. Dans les lycées des beaux quartiers, le nationalisme, voire le militarisme, étaient endémiques.
Les révocations d’enseignants communistes, «franc-maçons» (lisez républicains) et juifs commençaient. Les nazis cherchaient à gagner les intellectuels en multipliant les conférences et les écrits de ceux d’entre eux, rares à vrai dire, qui adhéraient à l’idéologie hitlérienne.
Notre action d’étudiants communistes se déroulait dans ce climat. Nous dénoncions les atteintes à la culture française et, comme les autres communistes le faisaient dans leurs secteurs, nous défendions les revendications immédiates des étudiants (organisation et études, situation matérielle) qui les mettaient en conflit avec les autorités. Nous étions peu nombreux, mais très actifs. Nous agissions par tracts, journaux, papillons, bouche à oreille.
De leur côté, les universitaires communistes, non moins actifs, préparaient, entre autres, la sortie du journal clandestin l’ «Université Libre», dans un esprit de défense de la culture et de l’indépendance de la France, en diffusant notamment un Appel du PCF aux intellectuels.
L’arrestation de Paul Langevin
Deux événements marquants allaient se produire à la fin octobre 1940. Le premier était d’ordre général: c’était l’entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler, le 24. Les choses commencèrent à s’éclairer: le mot et la notion de collaboration étaient lancés.
Le second allait secouer le Quartier Latin: l’arrestation le 30 octobre, par des officiers allemands, du professeur Langevin. Aussitôt, des tracts appelèrent à la protestation et à la manifestation. Ils émanaient des étudiants communistes et d’un Comité de Défense des Professeurs et Etudiants de l’Université de Paris qui s’était constitué clandestinement et réunissait des universitaires de tendances très diverses. Un appel fut lancé à manifester au Collège de France le 8 novembre, au moment où Langevin aurait dû faire son cours. Le 8, à 16 heures, dans un quartier envahi par les forces policières françaises et sillonné par des automitrailleuses allemandes, un grand nombre d’universitaires et d’étudiants se retrouvèrent et se massèrent silencieusement devant le Collège de France. En même temps, plusieurs dizaines d’enseignants et chercheurs s’introduisaient dans l’amphithéâtre où Langevin aurait dû être et écoutaient une brève allocution de Frédéric Joliot-Curie. La manifestation se conclut par un cortège d’une trentaine d’étudiants communistes qui parcourut le Quartier en criant «Libérez Langevin» et en chantant «La Marseillaise».
 

Du 8 au 11 novembre
 

La radio de Londres avait donné le conseil d’aller aux monuments aux morts le jour du 11 novembre. Le PCF avait lancé un mot d’ordre analogue. Sur cette base, était apparue l’idée d’aller silencieusement fleurir la tombe de l’Inconnu. Cette idée rencontrait le désir de manifester son patriotisme. Elle circula, fut reprise par des petits groupes plus ou moins structurés dans les facultés et les lycées, et atteignit de nombreux individus isolés.
Quant à nous, au début, nous n’étions pas partisans d’une manifestation à l’Etoile, craignant les provocations et les réactions des jeunes devant la répression violente que nous prévoyions. Nous préférions donner la consigne de manifestation devant les monuments au morts des établissements d’enseignement, où il nous semblait plus facile et plus sûr de rassembler les élèves et étudiants.
C’est au soir du 8 novembre, devant le succès de la manifestation pour Langevin, et aussi à cause des échos qui nous parvenaient sur l’accueil à l’idée de la marche à l’Etoile, que nous avons révisé notre position et nous nous sommes ralliés à cette idée. Nous avons consulté la direction du Parti, qui nous a donné son accord. François Lescure, qui était à la fois le représentant légal de l’Union Nationale des Etudiants à Paris et membre (avec Suzanne Djian et moi-même) du «triangle» de direction de l’Union des Etudiants et Lycéens Communistes illégale, a aussitôt fait adopter ce point de vue par le petit groupe des militants qui travaillaient autour de l’U.N.E. et des oeuvres sociales universitaires. Des tracts et des papillons ont été multipliés dans ce sens, le bouche à oreille mis en action.
 

La manifestation et son retentissement
 

Le résultat convergent de tous ces efforts organisés et des participations spontanées, individuelles et collectives, dépassa les attentes des antihitlériens et les craintes des nazis. Des milliers d’étudiants et surtout de lycéens se retrouvèrent l’après-midi du 11 novembre sur les Champs Elysées.
Certes, les quelque soixante jeunes filles et jeunes gens qui étaient alors explicitement membres de l’organisation communiste étudiante clandestine ne pouvaient pas former la masse des défilés. Mais ils constituaient la seule force organisée, agissant dans le cadre d’une force politique d’échelle nationale.
La police française était massivement présente. Il y eut intervention des forces allemandes, dont les véhicules blindés dispersèrent la foule. Il y eut des coups de feu, des blessés, des arrestations (environ 150 d’après diverses sources).
Le mythe de la correction allemande, le caractère idyllique de la toute neuve «collaboration» volaient en éclat.
En même temps, diverses composantes de ce qui allait devenir la Résistance Nationale s’étaient retrouvées, ou du moins avaient découvert qu’elles avaient quelque chose de fondamental en commun.
Pour une part, l’effet d’intimidation a pu jouer sur certains qui n’étaient pas préparés à se trouver en face d’une répression sanglante. Les conseils d’attentisme ont pu en être confortés. Mais c’est fort loin d’avoir été le résultat essentiel. Au contraire, c’est la détermination des patriotes et des antifascistes qui s’est trouvée renforcée. L’opinion publique a eu la révélation à la fois de l’existence de gens et de groupements prêts à manifester et du véritable visage de la «collaboration» naissante.

C’est à juste titre que cette date est restée dans l’histoire comme un jalon capital dans le développement du mouvement de la Résistance.
 

(*) Une étude plus détaillée de ces événements, dont des éléments ont été repris ci-dessus, a paru sous la signature de Francis Cohen dans le numéro de janvier 1988 du Bulletin du Musée de la Résistance Nationale, «Notre musée» (88, rue Max Dormoy-94000 Champigny. Tél. 46.72.40.99.)
Francis Cohen

11 novembre 1940: un éclair d'espoir au début de la nuit noire de l'occupation: les étudiants parisiens manifestent place de l'Etoile!
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:38

Marcel Paul décédé le 11 novembre 1982


Pupille de l'Assistance publique, résistant, déporté, cofondateur de la FNDIRP, il fut, au lendemain de la guerre, un remarquable ministre communiste de la Production industrielle.

12 juillet 1900. Cette date est celle qui fut portée sur le registre de l'état civil du 14e arrondissement de Paris.

Si une incertitude l'entoure, sa portée est très limitée, puisque le premier acte officiel relatif à celui qui deviendra en 1945 le ministre de la Production industrielle date du 14 juillet 1900.

Au lever du soleil de ce jour d'été, des agents de police découvrent, abandonné sur un banc de la place Denfert-Rochereau, un nouveau-né. Aussitôt confié à l'Assistance publique de Paris, l'enfant de mère et de père inconnus est déclaré sous le prénom de Marcel et le patronyme de Paul. On l'estime âgé de 2 jours. Il est très vite placé dans une famille nourricière, des paysans très pauvres de la Sarthe.

Ouvrier agricole à treize ans, après avoir passé son certificat d'étude, il adhère aux Jeunesses socialistes en 1915, après avoir lu un tract contre la tuerie enclenchée depuis un an. Cette guerre, que Marcel Paul n'a pas eu à faire, n'en orientera pas moins sa vie. Il est en effet incorporé au printemps 1917 à l'école des mécaniciens de la marine nationale.

Breveté électricien, il est affecté à Brest, où il participe à la révolte des équipages de l'été 1919. Le mouvement fait écho à celui des mutins de la mer Noire opposés à l'intervention contre la révolution bolchevique.

Démobilisé en 1922, il est embauché dans l'Aisne et vite licencié pour incitation à la grève. Le voilà à Paris, électricien à la TCRP, l'ancêtre de la RATP.

Militant syndicaliste à la CGTU, il adhère au tout jeune PCF en 1923. Il devient tout à la fois secrétaire de la fédération CGTU de l'éclairage et secrétaire de rayon du PCF. Dans les années trente, Marcel Paul est secrétaire de l'intersyndicale des services publics et, à ce titre, il parcourt la France. En 1932, à Marseille, les nervis de Sabiani , mafieux premier adjoint faisant fonction de maire, le laissent pour mort sur le pavé. Une infirmière qui l'accompagnait, Edmée Dijoud, est tuée. Il est conseiller municipal de Paris et conseiller général de la Seine.

Mobilisé en 1939, ses antécédents lui valent d'être versé dans un bataillon disciplinaire dans les Ardennes. Deux fois prisonnier, deux fois évadé, il regagne Paris, puis la région nantaise, où, avec Robert Ballanger, Auguste Havez et Venise Gosnat, il organise dès l'été 1940 de premiers groupes de résistance. De retour à Paris, il contribue à former l'embryon de l'Organisation spéciale (OS) en janvier 1941.

Il est arrêté sur dénonciation en novembre 1941. Déporté au printemps 1944 à Auschwitz, puis à Buchenwald, il intègre très vite l'organisation clandestine de résistance et anime un comité français. En avril 1945, il est l'un des responsables de l'insurrection des déportés qui accueillent l'armée américaine après s'être eux-mêmes libérés des SS. Son action de lutte et de solidarité lui vaudra l'amitié indéfectible de nombreux déportés de toutes sensibilités. Marcel Dassault, Pierre Sudreau, Louis Terrenoire, Christian Pineau, le père Riquet, Claude Bourdet furent de ceux-là. Et ceux d'entre eux qui étaient encore de ce monde en 1984 le dirent haut et fort quand la mémoire de Marcel Paul fut traînée dans la boue par un politicien UDF.

De retour à Paris, Marcel Paul participe à la fondation de la Fédération nationale des déportés, internés et résistants politiques (FNDIRP). Il reprend ses activités syndicales et politique, siège à l'Assemblée provisoire consultative, puis entre dans le gouvernement du général de Gaulle en novembre 1945 comme ministre de la Production industrielle. Il conserve cette responsabilité durant un an, consacre toutes ses forces au redémarrage du pays , pilote, ouvre majeure, la nationalisation des industries électriques et gazières, porte sur les fonts baptismaux EDF-GDF et le statut des personnels du groupe public. La bataille fut menée de haute lutte dans le pays et à l'Assemblée, où les propriétaires des grandes sociétés électriques avaient leurs représentants parmi les députés de droite et du MRP et des appuis de poids jusqu'au sein du groupe socialiste. Plus tard, Marcel Paul, qui avait su faire des compromis indispensables, ironisa : " Je me suis accroché à la nationalisation comme un chien qui n'a pas mangé depuis huit jours s'accroche à son os. "

Élu par la Haute-Vienne aux deux Assemblées constituantes, il sera encore député de ce département de novembre 1946 au printemps 1951. Marcel Paul a été membre du Comité central du PCF de 1945 à 1964. Il est décédé le 11 novembre 1982, peu après avoir participé aux cérémonies à l'Arc de triomphe, où il avait été salué par le président de la République.

 

 

Robert Clément sur sa page Facebook 

Marcel Paul, au premier rang à droite, avec Ambroise Croizat à l'arrière-plan à droite: sortie d'une réunion ministérielle à la Libération sous la dictée des "Jours Heureux"

Marcel Paul, au premier rang à droite, avec Ambroise Croizat à l'arrière-plan à droite: sortie d'une réunion ministérielle à la Libération sous la dictée des "Jours Heureux"

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:28
Fête de l'Humanité Bretagne, samedi 3 décembre à 10h: débat-formation du CIDEFE sur les Nouvelles Ruralités en Bretagne
Après les lois MAPTAM et NOTRe : quelles nouvelles ruralités en Bretagne ? Quelles solidarités entre ruralité et métropoles ?

 

Objectifs :

Dresser le panorama des enjeux pour la construction de nouvelles ruralités.

Analyser les spécificités du territoire breton qui compte deux métropoles, un réseau de villes moyennes et des territoires ruraux.

Esquisser les réponses à construire pour un développement économique, social, culturel, écologique harmonieux et solidaire qui profite à chacun, que l'on travaille/habite dans une aire urbaine, sur le littoral ou en Centre Bretagne.

Dans le cadre des recherches et actions menées sur l'ensemble du territoire par des élus locaux, des professionnels, des scientifiques pour construire un aménagement du territoire qui n'oublie personne, cette formation a pour objectif de permettre aux élus locaux et à toute personne qui agit pour le développement des territoires, notamment en milieu rural, de comprendre les mutations à l'œuvre, d'analyser les expériences innovantes ou alternatives qui se développent, de comprendre les atouts et handicaps présents sur les territoires des nouvelles ruralités.

Qu'en est-il des réflexions et travaux en cours ?

Quelles avancées possibles pour une politique d'aménagement du territoire plus juste et plus solidaire ?

Quelle place des collectivités territoriales, dans un contexte de désengagement de l'État, de menaces sur les services publics et de raréfication de l'argent public?

Quelles initiatives prises ou à venir pour faire entendre la voix des habitants, des associations, des élus devant les enjeux pour les nouvelles ruralités?

Intervenants :

Jean Pierre Dayras, secrétaire général de l'association Nouvelles Ruralités

Gérard Le Cam, Maire de Plénée-Jugon - Sénateur Honoraire

Maxime Paul, Ancien Vice-Président de Brest Métropole

Makan Rafatdjou, architecte urbaniste

Anne-Claire Le Vaillant, Architecte consultante, assurera l'animation de cette formation.

 

Cette session aura lieu le :

Samedi 3 décembre 2016 de 10h00 à 12h00 Fête de l'Humanité Bretagne Parc des expositions de Lorient Sud Br 286 rue Rouget de lisle 56100 Lorient

Fête de l'Humanité Bretagne, samedi 3 décembre à 10h: débat-formation du CIDEFE sur les Nouvelles Ruralités en Bretagne
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:17
La victoire de Donald Trump souligne les aveuglements européens (Hubert Huertas, Médiapart)

Excellent journaliste politique à France Culture, Hubert Huertas fait le rapprochement entre la situation américaine et la situation européenne: "Cela craque de toute part": entre "rage identitaire" et discrédit du politique au service du système capitaliste et néo-libéral, tout est réuni en France, en Europe, comme aux Etats-Unis, pour que notre société malade vomisse des monstres du type de Donald Trump. 

Le vote américain souligne les aveuglements européens
 PAR HUBERT HUERTAS

Euphorie à travers l’Europe, dans les partis d’extrême droite. Pendant que la gauche s’interroge sur elle-même, Donald Trump a été félicité par Marine et Jean-Marie Le Pen. Sa victoire fait écho aux aveuglements des responsables européens.

 

Il fallait bien que ça arrive… Que ça craque quelque part. À force de Front national en France depuis 35 ans, de Vlam Belang en Belgique, de « Parti pour la liberté » aux Pays-Bas, d’AfD (Alternative pour l’Allemagne), de « Ligue du Nord » puis de « Mouvement cinq étoiles » en Italie, de « Jobbik » en Hongrie, de « Parti de la Grande Roumanie », de « FPÖ » quasiment majoritaire en Autriche, de « Parti du progrès » en Norvège, de « Parti populaire » au Danemark, d’humiliation des Grecs, de Brexit, on s’était habitué…

Cette furieuse envie de se replier sur soi, de chasser les étrangers ou d’organiser, comme Beppe Grillo, des journées « Vaffanculo » en direction des politiques et des élites en général, cette perspective tranquille de second tour pour Marine Le Pen aussi, et cette impossibilité de choisir une autre voie, bref ces symptômes qui crevaient les yeux étaient si répétitifs, et si systématiques, qu’on s’était habitué.

L’Europe se désagrège depuis des années. Un à un les pays de l’Union sont gagnés par une rage identitaire, même dans cette Allemagne pourtant citée en modèle de sagesse, mais reconnaissons-le, nous partagions une certitude majoritaire. Il existait un paratonnerre. Un plafond de verre qui nous mettait à l’abri. La poussée générale de l’extrême droite était identifiée, mais contenue pour toujours. Ces gens-là ne seraient jamais majoritaires. Ils étaient trop effrayants. Leur présence dérangeante pouvait même, comme en France, être intégrée au maintien du système. Marine Le Pen au second tour, et alors ? C’est la primaire de la droite qui désignerait le président de la République et basta. Cet inconfort devenait même un élément de confort pour les candidats au trône !

Quant aux diktats des économistes officiels, ceux qui prennent leurs œillères pour des lunettes et leurs folies pour une science exacte, ils répétaient imperturbablement leurs évangiles. Déficit, austérité, réduction de l’État, concurrence obligatoire, et tant pis si un à un, presque partout, les gouvernements étaient renversés. Le premier ministre d’un paradis fiscal, le Luxembourg, devenait président de la Commission européenne, et son prédecesseur pouvait aller chez Goldman Sachs. Et alors ? Circulez, y a rien à voir.

Partout les mêmes situations, intenables, les mêmes conflits d’intérêts, les mêmes souffrances en bas, et le même sentiment d’abandon, mais ça pouvait durer mille ans puisque le monde allait comme il allait depuis Reagan et Thatcher et qu’il n’y avait « pas d’alternative ».

Et voilà que le plafond de verre vient de nous tomber sur la tête. Voilà que l’inimaginable est arrivé au cœur même du réacteur. On n’écartait pas l’idée qu’un pouvoir « populiste » puisse arriver aux manettes, on le redoutait, mais on l’imaginait dans un petit coin reculé. L’Autriche par exemple, ou la Hongrie, c’était certes un peu chagrin mais on ne meurt pas d’un bouton sur le nez.

Ça s’est passé en Amérique ! Dans le saint des saints. On se faisait peur avec Marine Le Pen en France, et son grand frère est devenu président des États-Unis. Hillary Clinton avait beau être impopulaire, disqualifiée, sans charisme, représentante d’un milieu politique rejeté, rien ne nous alertait vraiment, en dépit des avertissements (lire ici l’analyse prophétique de Michael Moore). L’élection de Donald Trump ne pouvait pas avoir lieu. Le plafond de verre nous mettait à l’abri.

Et nous voilà abasourdis, tandis que des milliers de manifestants défilent aux États-Unis. Cette élection n’est pas seulement américaine. Elle est la nôtre. C’est l’histoire intime de nos nations européennes depuis trente ans. Ce qui a porté Donald Trump, les mêmes ressentiments, le même sentiment de déclassement, les mêmes peurs d’être largué sur le bord du chemin, menacé par les étrangers, alimente clairement l’extrême droite et une partie de la droite française ; il fallait lire et entendre les commentaires de Marine Le Pen, de Nicolas Sarkozy, ou de Jean-François Copé (lire l'article d'Ellen Salvi, La victoire de Donald Trump donne des ailes à Nicolas Sarkozy). Et ce qui alimente l’extrême droite française nourrit les mouvements voisins à travers toute l’Europe. Si la qualité du « malade » nous interpelle à ce point, c’est que nous partageons son virus.

Nous pataugeons aussi dans les mêmes contradictions, et elles sont intenables. Que s’est-il passé aux États-Unis, et que se passe-t-il chez nous avec les forces censées incarner le peuple ? Que fait la gauche depuis trente ans, du rouge vif au rose pâle ? Elle perd ce peuple. Elle l’oublie. Elle se l’est fait voler, et cette coupure se voit parfois sur son visage, quand elle éprouve, face à lui, des dégoûts d’aristocrate. Cette « gauche » installée se contente de lancer des alertes pour contrer les « populistes », comme autrefois la droite agitait la menace des chars soviétiques sur la place de la Concorde en cas d’arrivée de Mitterrand au pouvoir.

Sous leur forme sociale-démocrate, ou sociale-libérale, ces courants en appellent à la patience, ils crient « sois sage ! » à des gens qui n’en peuvent plus. Ils n’en appellent pas aux grands changements, mais au respect des critères de Maastricht. Symbole de ce glissement gestionnaire : qui entendait-on pleurer en chœur, mercredi matin après le désastre de la nuit ? Les « démocrates » et les Bourses du monde entier. Dans la soirée, les Bourses reprenaient des couleurs, pas la démocratie…

Aux États-Unis, le peuple a donc reçu cinq sur cinq le discours d’un milliardaire trouble, lui-même fils de milliardaire. Donald Trump, parce qu’il parle comme une petite frappe, est devenu l’archétype du déclassé, la figure injustement persécutée par la pensée unique, comme Sarkozy aimerait bien le redevenir en France. Le déclassé numéro un, le héro antisystème dans le fauteuil du président, il fallait quand même le faire. Après avoir brassé des milliards dans l’immobilier, après avoir évité de payer ses impôts, ce prolo-là est à la tête de l’économie et de l’armée la plus puissante de la planète, mais c’est un banni parmi les bannis ! C’est un poor lonesome cow-boy. L’image serait loufoque si elle ne menaçait pas la France, dans les semaines qui viennent, et si, au-delà des échéances conjoncturelles, elle n’exprimait pas l’effondrement tragique de nos systèmes démocratiques.

Petit père de son peuple et petit père « démerdez-vous »

Mais puisque le mal est fait, ne tombons pas d’un extrême à l’autre. Ne passons pas du déni à la fascination. Le triomphe de Donald Trump, donc son accession au pouvoir, le menace autant qu’il le consacre. Il gérait la parole et il devra passer aux actes. Les malheurs le dopaient, il va devoir les soigner. S’il a été élu, c’est en galvanisant ses électeurs excédés, et ce n’est pas le tout d’avoir été messie au moment de la campagne, encore faut-il devenir sauveur. Ce n’est pas le tout d’avoir dénoncé le système, il va falloir l’incarner. Ce n’est pas le tout d’avoir promis des murs, il va falloir les construire et qu’ils soient infranchissables, ce qui sera impossible. Ce n’est pas le tout d’avoir électrisé les déclassés, il va falloir les reclasser. Ce n’est pas le tout d’avoir joué sur le clavier des passions, il va falloir dépassionner les foules, sous peine d’être emporté.

L’expérience américaine est une excellente nouvelle à court terme pour tous les démagogues européens, elle ravit Nicolas Sarkozy et pourra doper Marine Le Pen en mai prochain, mais elle est redoutable à moyen terme. La force de ces courants extrêmes, propulsés par la même colère, c’est, au moins pour la plupart, de n’avoir jamais gouverné. Aux innocents les mains pleines. L’accession de l’un des leurs au fauteuil de président des États-Unis est une immense victoire, mais un profond danger pour tous les populistes. Donald Trump se retrouve au pied de son mur, et c’est à lui de l’escalader, au nom de tous les autres.

La tâche sera d’autant plus difficile qu’elle ne dépendra pas de son savoir-faire technique ni de celui de son équipe. L’accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis est fondée sur une histoire trop ancienne, et trop globale, pour être contournée par une habileté conjoncturelle. Désormais président, le magnat de l’immobilier incarne une contradiction fondamentale, et cette contradiction le piégera comme elle a piégé ses adversaires « du système ».  

Car de quoi souffrent les fameux déclassés américains, comme ceux d’Europe ? Ils sont épuisés par un mal dont les symptômes se traduisent par un repli nationaliste, parfois xénophobe ou raciste, et par un sentiment d’abandon. Ils souffrent d’insécurité. Non pas, ou pas seulement de cette insécurité physique martelée dans les discours, pas seulement de la menace des délinquants ou des étrangers, mais d’une insécurité sociale. La tragédie de dizaines de millions d’Européens et d’Américains, c’est de survivre au jour le jour. De ne ne pas savoir de quoi sera fait le lendemain, pour eux et, pire encore, pour leurs enfants. Ce que réclament les électeurs de Trump, c’est d’être protégés, et protégés par qui ? Par l’État, naturellement. La preuve, ils viennent de transformer leur héros en chef des États-Unis.

Or Trump est l’héritier de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher pour qui l’État, par principe, n’est pas la solution mais le problème. Or Trump, non content d’hériter d’un État minimum, va encore lui couper les vivres en lançant un programme général de baisse d’impôts, y compris pour les plus riches. Le premier acte de ce président qui jure de reprendre les choses en main sera donc de se couper un bras, en vertu de ses intérêts, et des lois du libéralisme. Il compte sur la fameuse théorie du ruissellement pour financer ses promesses. Les riches étant plus riches, les pauvres seront moins pauvres car l’argent ruissellera. Or depuis Reagan, pas un dollar n’a ruisselé, les riches sont infiniment plus riches, et les pauvres se sont retrouvés à voter Trump dans l’espoir de s’en sortir. Les sociétés en crise qui sécrètent des mouvements extrémistes, partout en Occident, en appellent à la protection d’un État fort, mais elles sont les filles d’une théorie libérale qui met en pratique son affaiblissement. C’est cet État que Trump promet de renforcer avec des murs, tout en l’affaiblissant dans ses moyens et ses actions, notamment en détruisant l’amorce de système de santé mise en place par Obama. Difficile d’être à la fois un petit père de son peuple et un petit père qui dit « démerdez-vous ».  

La contradiction est si puissante, et si incontournable, que le nouveau président sera confronté à des choix dramatiques. Ou bien, même entouré de Sarah Palin en guise de Nadine Morano, il mettra du vin dans son eau et deviendra un politicien classique. Ou bien il persistera sans changer de système, parce qu’il est Trump et qu’un Trump ne transige pas, et on ne voit pas comment cohabitera sa promesse protectionniste, ses grands travaux et l’équilibre budgétaire du pays dans cette économie sans règle, vomie par ses électeurs.

C’est là que surgit la question la plus inquiétante de cette arrivée au pouvoir, dans l’une des nations les plus puissantes du monde. Quand les problèmes sont insolubles sur le plan intérieur, les « faucons » les transfèrent en général à l’extérieur, en désignant un ennemi, comme ils le font à l’intérieur en désignant les étrangers. Compte tenu de ce qu’on a vu de Donald Trump, et entendu dans sa bouche, cette hypothèse ne peut pas être écartée. Englué dans les réalités, ce descendant lointain de Reagan a toutes les chances de devenir le fils de Bush, de l’Irak, du 11-Septembre, et le créateur de nouvelles aventures.

Hubert Huertas

 

Hubert Huertas

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:09
11 novembre 1918 : cette guerre qu’il ne fallait pas faire
PATRICK APEL-MULLER
LUNDI, 10 NOVEMBRE, 2014
HUMANITE.FR

 

 

 

 

 

 

 

S’incliner devant les nécropoles c’est bien. Mais cela peut rester parfaitement inutile…

Ce jour-là, les cloches qui annoncent l’armistice, résonnent sur un immense charnier. Près d’un siècle plus tard, les corps n’en finissent pas de remonter à la surface. Leur rendre hommage, mémoire pourrait-on dire, s’impose toujours. Les hommes qui vécurent l’enfer des tranchées et les populations civiles broyées dans les immenses zones de front sont encore à portée de main historique, traces encore creusées dans les romans familiaux. Commémorer oui ! Mais bannir les retours cocardiers, l’exaltation aveugle d’un Clémenceau partisan fanatique de la guerre à outrance, regarder la tragédie en face pour en tirer de vraies leçons. Nous en sommes encore bien loin si nous prêtons l’oreille aux discours des officiels.
UNE GUERRE, POUR QUOI, POUR QUI ?
Le détonateur éclata à Sarajevo. Mais les charges étaient prêtes, patiemment accumulées depuis des années par les milieux dirigeants européens. Dans la violence des affrontements impérialistes, sur le terrain économique et sur le théâtre colonial, il fallait détruire l’autre. Jaurès ne cessa d’alerter sur la montée des périls, œuvrant jusqu’à la balle de Raoul Villain pour conjurer le désastre, cherchant à unir les socialistes et les classes ouvrières d’Europe contre  un carnage où ils avaient tout à perdre. « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels », écrira Anatole France lorsque ses yeux se furent décillés sur la réalité du conflit. De 1913 à 1918, le gain net des sociétés allemandes par action passa de 1,6 milliards de marks à 2,2 milliards malgré la chute qui se profilait. Si 400.000 entreprises – surtout petites ou moyennes – disparurent en France, Renault, Citroën, Berliet, Michelin réussirent à dégager des profits spectaculaires et à accumuler des réserves qui leur permirent de dévorer leurs concurrents.
La guerre nettoyait le terrain du profit au profit des capitalistes dominants. Ainsi, le chimiste Kulhmann, bien qu’ayant perdu ses installations dans le Nord et en Lorraine, parvint à décupler son capital en quatre ans et à multiplier son profit par six. Le patronat et les Cent familles qui dominèrent l’après-guerre s’opposèrent farouchement et avec beaucoup de succès à la loi du 1 juillet 1916 qui prévoyait l’imposition des bénéfices exceptionnels de la guerre. Pour eux, la guerre était une formidable conjoncture économique et un moyen d’assoir leur puissance à l’échelle mondiale.
Mais ce sont les grandes entreprises américaines qui ont le milieu tiré leur épingle de ce jeu sanglant. Avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917, leur bénéfice avait triplé. Banquiers de la France et de l’Angleterre en guerre, les capitalistes américains deviennent alors les premiers exportateurs mondiaux de charbon, d’acier, de machines, d’automobiles, de coton et produits alimentaires. Ils récupérèrent alors à bas prix les investissements français en Amérique, solidement assis sur leur prospérité : le plus gros fournisseur de munitions de la guerre, Du Pont de Nemours, a fait passer son profit en quatre ans de 6 à 266 millions de dollars. 
Jaurès l’avait annoncé dès 1905 : « La concurrence économique de peuple à peuple et d’individu, l’appétit du gain, le besoin d’ouvrir à tout prix, même à coups de canon, des débouchés nouveaux pour dégager la production capitaliste, encombrée et comme étouffée de son propre désordre, tout cela entretient l’humanité d’aujourd’hui à l’état de guerre permanente et latente ; ce qu’on appelle la guerre n’est que l’explosion de ce feu souterrain qui circule dans toutes les veines de la planète et qui est la fièvre chronique et profonde de toute vie »… Est-ce vraiment si daté ?
 
UN SEISME POUR LA CIVILISATION
Jamais alors guerre n’avait été si meurtrière et si inventive, hélas. Les gaz de combats, les tanks, les sous-marins, les avions, les télécommunications… les découvertes de la science furent mobilisées pour la mort à grande échelle. Dans les pays belligérants, une propagande intense associée à une sévère censure, berna les peuples pour les conduire à la boucherie. Les mots mêmes en perdirent du sens, tout autant que les images. « Après ce que nous avions vécu, nos peintures de cette époque n’étaient pas faites pour séduire mais pour faire hurler », expliquait Max Ernst. La paysannerie, le principal réservoir de la chair à canon, est frappée au cœur et les campagnes dépeuplées. La naissance d’un siècle débute par un requiem et c’est par les portes de la boucherie, que toute une génération rentre dans la modernité. « On rentre dans la clarté du jour comme dans un cauchemar », écrit Henri Barbusse dans son roman, « Le feu ». Héros de guerre, Aragon ne la pardonne pas. Il conclut en 1928 son « Traité du style » par « Je conchie l’armée française dans sa totalité ».
Les vieilles élites sont discréditées par leur sanglante responsabilité et avec eux les partis socialistes qui les ont accompagnés sur les « sentiers de la gloire ». La colère fera naître le communisme et le surréalisme ; le désarroi, la frustration et le dégoût accoucheront du fascisme qui, vingt-cinq ans plus tard, portera la tragédie humaine à son point ultime.
 
LE SOUVENIR POUR NE PLUS FAILLIR
« Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit/ Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places/ Déjà le souvenir de vos amours s’efface/ déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri », écrivait Aragon dans « Le Roman inachevé ». Les Déroulède médiatiques, toujours prêts à réclamer une guerre, un jour en Lybie, le lendemain en Irak, plus tard en Syrie ou en Ukraine, auraient profit à se retourner sur ce passé. Quant aux gouvernants d’aujourd’hui dans la mêlée de la mondialisation capitaliste, et certains se disent socialistes, ils pourraient se remémorer qu’on ne joue pas avec les armes à feu près des charges de dynamite. Enfin, les opinions publiques ont à jouer un rôle qu’elles ne surent et ne purent endosser il y a presque un siècle, pour devenir les premières victimes d’une grande imposture.
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 07:00

Intervention de Didier Le Reste

Généraliser le travail du dimanche causera une augmentation massive de la précarité des salarié-e-s

jeudi 10 novembre 2016

Lors de son intervention en Conseil de Paris, Didier Le Reste, s’est adressée au Maire de Paris :

Vous avez vous-même déclaré, à plusieurs reprises, qu’il ne fallait pas affaiblir la protection des salariés, surtout dans un moment de crise comme celui que nous traversons. Vous avez également affirmé en septembre 2015 sur France 2 : "il faut un corpus de règles qui protège l’ensemble des salariés". Ce corpus de règles, vous le savez très bien, c’est le Code du Travail qui comme le précise l’article L. 3132-3 : « Dans l’intérêt des salariés, le repos hebdomadaire est donné le dimanche. » Bien sûr, il existe des dérogations et vous avez vous-mêmes rappelé qu’elles étaient suffisamment nombreuses, je vous cite, « la réalité des dimanches à Paris c’est 15 000 commerces déjà ouverts le dimanche, commerces de bouche, artisans créateurs, entreprises familiales ou encore restaurants et entreprises culturelles ». L’Union départementale des associations familiales a précisé, comme nous l’avons fait également, qu’elle pouvait accepter le principe de l’augmentation du nombre de dimanches travaillés mais elle estime qu’il ne faut pas aller jusqu’à 12 dimanches. Elle craint une banalisation de l’ouverture dominicale.

Votre changement de cap avec cette ouverture de 12 dimanches est difficilement compréhensible si l’on suit vos multiples déclarations en faveur de la protection des salariés et la garantie de conditions de travail décentes.

Généraliser à ce point le travail du dimanche, par un dimanche travaillé par mois en plus de toutes les dérogations habituelles et des ouvertures illégales que nous pouvons sanctionner mais pas empêcher pour le moment est une atteinte à un élément clé de la cohésion de la société française : celui du temps libre commun à la grande majorité de la population. Un outil fondamental pour le vivre ensemble, pour la vie associative, culturelle et familiale. Nous le réaffirmons, le repos dominical a été, et reste, une conquête sociale majeure. Ce temps commun est pour Paris une nécessité.

Le travail du dimanche ne se pense pas qu’en termes économiques, c’est un enjeu de société. Les préconisations formulées par la majorité municipale que l’on retrouve dans le rapport de la MIE vont à l’ encontre de ce pas de côté de votre part Madame la Maire. Je cite : « Le repos dominical est un principe essentiel de la société française, fondamental aussi bien pour la protection des salariés que pour la cohésion sociale. C’est le seul moment de « respiration » de la ville, la seule rupture d’un rythme très stressant. Il est indispensable à la vie personnelle, familiale, amicale, sportive et culturelle. »

Forcer la consommation et augmenter la précarité salariale n’est donc pas la priorité pour Paris. Je suis d’accord avec vous, Madame la Maire, ou plutôt j’étais d’accord avec vous quand vous réaffirmiez auprès d’Emmanuel Macron que Paris ne serait pas une « ville entièrement dédiée au consumérisme ». Mais vous créez les conditions pour que cela soit le cas et c’est un changement de politique auquel les salariés et les syndicats n’adhèrent pas, d’ailleurs ceux-ci se sentent floués.

Dans les Échos du 6 septembre 2015 vous avez insisté sur les conséquences sociales d’une généralisation du travail du dimanche , où vous disiez en substance : « les salariés concernés sont en grande majorité des femmes avec des enfants dont la « liberté » de choix de travailler le dimanche est « plus que contrainte. Les implications sociales et familiales seront donc majeures pour les Parisiennes et les Parisiens ».

En effet, le Haut Conseil à l’Égalité ainsi que le rapport de la MIE et les syndicats s’inquiètent des conséquences pour les femmes. Elles seront une fois de plus les premières touchées. Les femmes représentent 56% des salariés qui travaillent le dimanche et elles sont principalement jeunes et résidant dans les zones urbaines sensibles. Pour les 50% d’entre elles qui sont cheffes de famille monoparentale, la garde des enfants le dimanche grève lourdement leur budget. Moins de temps de famille, des temps de trajet plus longs, moins de temps de repos, un budget garde alourdi, elles ne pourront pourtant pas refuser de travailler le dimanche en raison de la précarité de leur contrat ! Généraliser le travail du dimanche causera donc une augmentation massive de la précarité pour toutes ces femmes attaquées en permanence par les logiques capitalistes et patriarcales. Où est le libre-choix lorsque l’on travaille par nécessité de survie ? Alors que les salaires sont notoirement insuffisants, certains salariés sont contraints de travailler le dimanche pour gagner quelques euros de plus, quitte à sacrifier leur vie de famille, leur repos et santé et leurs loisirs. Ce sont pour ces raisons que les salariés du commerce sont contre l’extension du travail du dimanche. Voir le récent échec des négociations au Printemps Haussmann.

En effet, le profit à tirer pour les salariés est quasi inexistant et les difficultés pour les petits commerces indépendants de proximité seront majeures. Majoritairement, les salaires des ZTI sont majorés à 30% tandis que les petits commerçants devront majorer à 100% ou tout du moins à beaucoup plus de 30%. De plus, les contrats de fin de semaine (VSD) des centres commerciaux conduisent à des situations précaires et à la destruction de l’emploi pérenne.

Plus de précarité pour les salariés et plus de difficultés pour le petit commerce indépendant de proximité c’est tout ce que va apporter l’extension à 12 dimanches ouvrés.

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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 06:55
Il y a douze ans, le 11 novembre 2004, disparaissait Yasser Arafat - portrait de Paul Euzière (L'Humanité, 2004): Yasser Arafat, la Palestine au coeur

Disparition de Yasser Arafat le 11 novembre 2004

 

Portrait de Yasser Arafat, dressé par Paul Euzière, membre du comité de rédaction de Recherches internationales, et publié par l'Humanité en 2004.

« Yasser Arafat, la Palestine au cœur »

 

Le président palestinien Yasser Arafat est, avec Fidel Castro et Nelson Mandela, l'une des trois grandes figures qui, de leur vivant et de façon décisive, auront marqué l'histoire du monde durant une large part du XXe siècle et au début du XXIe, par leur capacité à incarner l'aspiration de leurs peuples à la dignité.

Yasser Arafat, c'est d'abord une volonté forgée au rythme des victoires et des défaites de la revendication nationale palestinienne. Très tôt l'homme va s'identifier totalement avec la cause palestinienne, qu'il entendra parfois représenter à lui seul.

Du jeune étudiant à l'Université du Caire qui s'enflamme aux côtés des Frères musulmans lors de la création de l'État d'Israël et du massacre de Deir-Yassine et part combattre au sud de Gaza, à l'ingénieur, puis homme d'affaires établi au Koweit, qui crée en octobre 1959 le Fatah, Arafat garde constamment, et quelle que soit sa situation personnelle, la Palestine au coeur. Cette constante apparaît donc dès avant que s'impose, et qu'il impose le Fatah et, dans une longue et dangereuse course d'obstacles, l'OLP fondée en 1964 (dont il prend la tête en février 1969) comme véritable représentante du peuple palestinien.

Elle va s'affirmer dans les situations les plus contrastées et face à tous les interlocuteurs, adversaires comme alliés fiables ou non. Qu'ils se soient réclamés du nationalisme ou de l'islam, la plupart des gouvernants des pays arabes - malgré leurs opinions publiques - n'ont jamais hésité à faire couler le sang des Palestiniens, à s'ingérer dans leurs débats internes et à instrumentaliser leur drame.

 

"Où êtes-vous, ô Arabes?"

Si la responsabilité israélienne dans ce que les Palestiniens nomment la « Nakba » (catastrophe) de 1948 sont évidentes, tout comme dans l'occupation et la colonisation qui perdurent et s'étendent depuis 1967, on ne peut occulter le double jeu, parfois sanglant, de certains « frères arabes » dont les motivations tiennent à la fois à leur positionnement international (notamment à leurs rapports avec les États-Unis) et à la peur des répercussions que risquerait d'engendrer dans leur pays la création d'un État palestinien souverain. Comme en écho aux graffitis des murs de Beyrouth qui demandent « Où sont les Arabes ? », Yasser Arafat interpelle les gouvernements : « Où êtes-vous, ô Arabes, où ? Où êtes-vous, Sarkis, président de la République libanaise, terré dans votre palais et voyant, comme Néron, sa capitale dévorée par les flammes?»

Dans un tel contexte, survivre pendant presque un demi-siècle, physiquement - on ne compte plus les tentatives israéliennes d'assassinat par des commandos ou par des bombardements - et politiquement, nécessite un courage physique certain et une capacité hors du commun à s'adapter rapidement à ce qui change. C'est le trait marquant de Yasser Arafat. C'est lui qui crée le mensuel Falastinuna (« Notre Palestine ») en octobre 1959, dans lequel est proclamé que « la voie pour libérer la patrie passe par la création, dans les pays arabes voisins, de groupes de fedayins palestiniens indépendants » qui devront « mener des incursions en Israël et y provoquer des dégâts ».

 

Deux Etats
Il déclenchera à partir du 1er janvier 1965 la lutte armée contre l'État d'Israël - « entité sioniste » occupant la majeure partie de la Palestine mandataire alors revendiquée en totalité par le Fatah. Et vingt-trois ans plus tard, en novembre 1988, il fera entériner par le Conseil national palestinien réuni à Alger la reconnaissance de la résolution 181 de l'ONU, qui recommande « le partage de la Palestine en deux États, l'un arabe, l'autre juif » en précisant qu'« elle assure les conditions de légitimité internationale qui garantissent également le droit du peuple arabe palestinien à la souveraineté et à l'indépendance », puis dans la foulée, les résolutions 242 et 338, seules bases juridiques internationales d'une paix israélo-palestinienne.
Enfin, le 2 mai 1989 Yasser Arafat est reçu à Paris. Il qualifie à la télévision de « caduque » la charte de l'OLP qui refusait de reconnaître l'État d'Israël. Toujours en mai 1989, il déclare à un journaliste d'Europe 1 : « Après avoir essayé la guerre durant quarante et un ans, ma soeur, mon frère et moi nous sommes convaincus que nous devons à présent essayer la paix. »

En septembre 1993, il signe à la Maison-Blanche la Déclaration de principes portant autonomie des Territoires palestiniens occupés, après la reconnaissance mutuelle des deux parties. Sans doute, à ce moment, contrairement à d'autres forces qui soutiennent le processus, notamment les communistes du PPP, Yasser Arafat - et avec lui nombre de responsables du Fatah - surévalue-t-il la possibilité de créer une dynamique de paix permettant de dépasser pacifiquement les points de désaccord et d'aborder ensuite plus favorablement des questions aussi essentielles que la question des réfugiés, celles de Jérusalem et du devenir des colonies. Mais existe-t-il alors un autre choix ? Après cinq années d'une intifada portée à bout de bras par toute la société et qui a fait connaître partout dans le monde leurs revendications nationales, les Palestiniens sont dos au mur, épuisés par les arrestations, les morts, les couvre-feux et les bouclages incessants des forces d'occupation israéliennes. L'URSS n'existe plus. L'Irak vient d'être écrasé et G. Bush annonce « un nouvel ordre mondial ». Yasser Arafat ne se cache pas le poids de ces réalités. Il les prend en compte et s'appuie sur elles - qu'elles soient positives ou négatives - pour avancer vers son objectif constant : l'État palestinien.
Détermination quasi gaullienne
Après un exil qui l'a conduit du Liban en Tunisie, Yasser Arafat retrouve la terre palestinienne en 1994. Élu démocratiquement président de l'Autorité nationale palestinienne à l'issue d'élections effectuées en 1996 sous contrôle international, Yasser Arafat voit le territoire palestinien grignoté chaque jour un peu plus par les colonies israéliennes, les routes de contournement, un mur de « sécurité » haut de 8 mètres qui, sur des centaines de kilomètres, isole encore un peu plus les villes et villages palestiniens les uns des autres et étouffe toute vie économique et sociale.
Enfermé depuis plus de deux ans à Ramallah dans la Mouqata en ruines, humilié, menacé de mort par le premier ministre israélien Sharon, le président palestinien a poursuivi avec la même détermination réaliste son combat pour donner une patrie aux Palestiniens. Au-delà de la gestion du quotidien, cette détermination quasi gaullienne à construire l'État palestinien contre vents et marées, conjuguée à une vie exceptionnelle, donne à Yasser Arafat un prestige et une autorité morale dont ses partisans - mais aussi paradoxalement ses ennemis israéliens - mesureront toute l'ampleur après sa disparition.

Il y a douze ans, le 11 novembre 2004, disparaissait Yasser Arafat - portrait de Paul Euzière (L'Humanité, 2004): Yasser Arafat, la Palestine au coeur
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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 09:55

Pour Israël, avec Trump pas d’Etat palestinien

Le Figaro avec AFP, mercredi 9 novembre 2016

Le ministre israélien de l’Education Naftali Bennett, chef de file du lobby colon, a déclaré aujourd’hui que l’idée de créer un Etat palestinien coexistant avec Israël était révolue avec l’élection de Donald Trump.

"La victoire de Trump offre à Israël la chance de renoncer immédiatement à l’idée de création d’un Etat palestinien", a dit dans un communiqué M. Bennett, connu pour son opposition à un tel Etat. "Telle est la position du président élu" Donald Trump et "telle devrait être notre politique, tout simplement (...) L’époque de l’Etat palestinien est révolue", a-t-il ajouté.

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