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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 06:03
Guernica (1937)

Guernica (1937)

Article écrit d'après l'excellente biographie de Pierre Daix, ancien rédacteur en chef des "Lettres françaises", proche et témoin privilégié de la vie et de l'oeuvre de Picasso : Picasso, Tallandier, 2007  

 

L'engagement communiste de Picasso, qui à la différence d'autres artistes de la mouvance surréaliste n'avait pas franchi le pas dans les années 20 de l'engagement politique radical, prend sa source dans la guerre d'Espagne.  

Avant le bombardement de la ville basque de Guernica, Picasso, qui a été très proche de Breton, trotskiste anti-stalinien, partage le point de vue de Eluard qui se rapproche des communistes et voit dans l'URSS qui aide l'Espagne Républicaine un rempart contre le fascisme et l'allié naturel des démocrates progressistes, des prolétaires et anti-fascistes en Europe. Eluard, très ami avec Picasso, adhère au PCF clandestin en 1942 mais, dès le début de la guerre d'Espagne, il écrit des poèmes pour l'Humanité, renouant au passage avec Aragon, en particulier ce poème politique empli d'une colère splendide « novembre 1936 » écrit après les bombardements aériens de Madrid :

 

« Regardez travailler les bâtisseurs de ruines

Ils sont riches patients ordonnés noirs et bêtes

Mais ils font de leur mieux pour être seuls sur terre

Ils sont au bord de l'homme et le comblent d'ordures

Ils plient au ras du sol des palais sans cervelle

On s'habitue à tout

Sauf à ces oiseaux de plomb

Sauf à leur haine de ce qui brille

Sauf à leur céder la place »

 

Travaillant à « Guernica » en avril et mai 1937, Picasso fait, pour la première fois de son existence, une déclaration politique :

« La guerre d'Espagne est la bataille de la réaction contre le peuple, contre la liberté. Toute ma vie d'artiste n'a été qu'une lutte continuelle contre la réaction et la mort de l'art. Dans le panneau auquel je travaille et que j'appellerai « Guernica », et dans toutes mes œuvres récentes, j'exprime clairement mon horreur de la caste militaire qui a fait sombrer l'Espagne dans un océan de douleur et de mort ».

Installé dans le pavillon espagnol de l'exposition universelle fin juin 1936, « Guernica » déçoit malgré l'extraordinaire force et nouveauté de l'expression ceux qui en attendaient un appel aux armes.

A l'approche de la guerre, dans la longue agonie de la République espagnole, la peinture de Picasso est habitée par l'angoisse et la colère.

Les procès de Moscou et l'exécution de Boukharine amènent Breton, qui militait pour que Trotski soit accueilli en France, à rompre avec tous les surréalistes qui fréquent encore Eluard, lequel s'est refusé à dénoncer parce qu'il pense que seule l'URSS et les communistes peuvent faire obstacle au fascisme conquérant. Picasso refuse de se rallier à Breton, et d'arbitrer entre ses deux amis qui se déchirent désormais.

En avril 1940, après la déclaration de guerre, Picasso, qui a déjà deux enfants français, fait une demande de naturalisation française. Celle-ci a été connue que très tardivement grâce à Armand Israël et Pierre Daix, et à la cession par la Russie des archives de la préfecture de police de Paris saisies par les nazis en 1940 puis récupérées par les Soviétiques pendant cinquante ans. Les sympathies connues de Picasso avec les communistes font, dans un contexte d'interdiction et de persécution du PCF après le pacte germano-soviétique, que, suite à un rapport défavorable des RG, le plus grand artiste du XXe siècle se voit refuser la nationalité française.

 

Femme nue se coiffant - peint par Picasso après le refus des autorités de lui accorder la nationalité française en mai 1940

Femme nue se coiffant - peint par Picasso après le refus des autorités de lui accorder la nationalité française en mai 1940

Autoportrait de Picasso en 1940

Autoportrait de Picasso en 1940

Après la débâcle et l'invasion allemande, Picasso, qui a été invité au Mexique et aux Etats-Unis, se refuse, comme Matisse, a quitté la France occupée où son art va être considéré comme un exemple paradigmatique de la culture et de l'art décadents ayant conduit à la défaite. A l'inverse des Derain, Vlamink, Van Dongen, et de tant d'autres artistes, intellectuels et littérateurs, Picasso refuse pendant l'occupation tout compromis avec l'ordre nouveau et l'occupant. Il fréquente des milieux d'artistes et d'intellectuels acquis à la résistance et sa peinture exprime par sa noirceur et ses traitements tragiques son horreur des temps présents. Pour le reste, Picasso fait silence pendant l'occupation. 

Picasso aide financièrement le peintre juif Freundlich, réfugié en zone sud et qui mourra déporté. Il aide aussi le peintre allemand Hans Hartung à gagner le Maroc. En juin 1941, il rencontre le dirigeant du parti communiste clandestin Laurent Casanova, évadé d'un camp de réfugié, chez Michel Leiris et sa femme. Le 16 et le 17 juillet 1942 a lieu la grande rafle du Vel d'Hiv. Le 6 août, on inaugure à Paris un musée de l'Art moderne dont Picasso est exclu. Le même jour, Picasso peint la femme en gris, une de ses peintures de deuil les plus noires.  

la femme en gris (1942)

la femme en gris (1942)

Les amis poètes de Picasso sont arrêtés et déportés pendant les mois terribles de l'hiver 1943-1944: Max Jacob, interné comme juif au camp de Drancy, et qui y meurt d'une pneumonie cinq jours plus tard en février 1944, Robert Desnos arrêté le 22 février 1944 et qui meurt en déportation à Térezin quinze mois plus tard. Ses amis, Eluard et Zervos, sont dans la résistance. 

Le 19 mars 1944, "Le désir attrapé par la queue" une pièce de théâtre nourrie de poésie automatique et surréaliste de Picasso est jouée aux Grands-Augustins grâce à Louise et Michel Leiris avec une distribution étonnante. Albert Camus, metteur en parole, dirigeait Simone de Beauvoir et Sartre, Dora Maar, l'amante bientôt détrônée de Picasso, Raymond Queneau... 

A la Libération, Picasso, qui rêve toujours de défaire le franquisme en Espagne, adhère au PCF.

Il a soixante-trois ans. Il déclare au magazine américain New Masses:   

"Je suis allé au parti communiste sans la moindre hésitation, car, au fond, j'étais avec lui depuis toujours (....). Ces années d'oppression terrible m'ont démontré que je devais combattre non seulement par mon art, mais par ma personne. J'avais tellement hâte de retrouver ma patrie! J'ai toujours été un exilé. Maintenant que je ne le suis plus; en attendant que l'Espagne puisse enfin m'accueillir, le parti communiste m'a ouvert les bras et j'y ai trouvé tous ceux que j'estime (...) et tous ces visages d'insurgés parisiens si beaux que j'ai vus pendant les journées d'août sur les barricades. Je suis de nouveau parmi mes frères..."

Picasso devient ainsi le nouvel adhérent le plus brillant d'une campagne nationale de recrutement du PCF redevenu légal. Le nouvel adhérent est accueilli avec les honneurs par Marcel Cachin, Jacques Duclos, Maurice Thorez étant en URSS, le 4 octobre 1944 dans les bureaux de L'Humanité. Paul Eluard, Aragon, Pierre Villon le dirigeant du Front National sont présents.

A la veille du premier congrès légal du PCF depuis 1937, le 23 mai 1945, Picasso réalise un portrait de Maurice Thorez, le secrétaire général. 

Après la réalisation de son hommage aux victimes du nazisme, "Le charnier", Picasso participe à la célébration du cinquantième anniversaire de Dolorès Ibarruri le 9 décembre 1945 à Toulouse avec son ami Sabardès, la "Passionaria" qui incarne le PC espagnol en exil. 

Dans le cadre d'une exposition "Art et résistance" qu'il organise avec les oeuvres des artistes proches de lui, sous l'égide des FTPF, le PCF expose Picasso mais évite les toiles les plus abstraites, crédo soviétique du "réalisme" oblige. 

A  Antibes, en 1947, Picasso rencontre par hasard breton, le pape des surréalistes, qui lui demande des explications sur son adhésion au PCF. "Je tiens à mes opinions comme à un résultat de mon expérience, répond Picasso. Moi, je place l'amitié au-dessus des différences politiques". Breton refuse de lui serrer la main. Il refuse aussi pour des raisons politiques d'exposer Picasso à l'Exposition internationale du surréalisme qu'il prépare au printemps 1947 à la galerie Maeght, mais Dali, Giacometti, André Masson, Magritte, sont logés à la même enseigne. 

Picasso a depuis quelques mois une nouvelle compagne Françoise Gilot. Un de ses portraits d'elle, resigné en cyrillique avec une faucille et un marteau, servira de prix pour un film soviétique primé au festival de Cannes.

Des militants puritains, au PCF, voient d'un mauvais oeil le "libertinage" de Picasso, comme à la même époque celui de Marguerite Duras.  

Ses oeuvres formellement "révolutionnaires" et avant-gardistes ne cadrent pas avec l'esthétique réaliste communiste que peut porter à la même époque un Fougeron et qu'Aragon défend, alors très orthodoxe sur les options esthétiques politiquement et socialement recevables alors que lui-même, du fait de son retour à la poésie patriotique pendant l'occupation, n'est pas non plus en odeur de sainteté.  Roger Garaudy, ancien déporté, affirme lui dans son rappel à l'ordre du congrès de 1945, qu'il n'y a pas d'esthétique communiste: "Un communiste a le droit d'aimer l'oeuvre de Picasso, soit l'oeuvre de l'anti-Picasso". 

Picasso en réalité n'a jamais été reconnu et conforté dans ses recherches et inventions esthétiques par le parti auquel il a adhéré. En même temps, Picasso est très sollicité en vertu de son prestige pour des affiches, dessins pour les journaux communistes. 

En 1948, avec notamment le poète André Césaire, Picasso participe avec envie au congrès des intellectuels pour la paix qui se tient à Wroclaw, jadis Breslau, dans la Silésie devenue polonaise. Il y demande la liberté de son ami Pablo Neruda, alors persécuté au Chili. 

Au printemps 1949, Aragon demande au nom du PCF à Picasso de réaliser l'affiche du congrès mondial de la paix devant se tenir à Paris: Picasso à son atelier des Grands-Augustins lui montre le tas d'épreuves des lithos et lui dit de choisir. Evidemment Aragon brandit "La Colombe". Picasso rappelle en bougonnant que les colombes sont des oiseaux belliqueux, il le sait, il en a deux en cage... 

Après la congestion cérébrale qui atteint Maurice Thorez en octobre 1950, Picasso est affaibli par la mise hors course d'un de ceux qui le protégeaient des accusations contre le "formalisme décadent", accusation partagée outre-Manche par un Churchill et outre-Atlantique par bon nombre de politiques américains voyant dans l'art moderne une "subversion communiste". Fougeron devient le peintre officiel du PCF. 

C'est dans ce contexte que Picasso peint en janvier 1951 les "Massacres en Corée", son tableau le plus évidemment politique, pour y affirmer avec éclat ses convictions communistes. "Ce qui éclate toutefois, écrit Pierre Daix, c'est sa réaction la plus intime de père face à cette guerre lointaine. Il crée une science-fiction: un peuple de femmes enceintes et d'enfants, face à des guerriers robotisés". Mais ses "Massacres en Corée" échouent à séduire le public militant. On juge le tableau trop en décalage avec la réalité, ne valorisant pas la résistance et la gloire des combattants communistes. 

Malgré la pression croissante qui règne sur les critiques d'art, intellectuels et écrivains communistes "libéraux" et amoureux d'innovation en matière esthétique, Picasso obtient le prix Staline de la Paix en 1951. "En son absence, par un meeting, Fernand Léger y salue Guernica et La Colombe de la paix. Formulation officielle: Fougeron désormais se bat "à son créneau de communiste", Picasso à "son créneau de partisan de la paix". Un enterrement de première classe", écrit Pierre Daix (Picasso, Pluriel, p.456).   

Picasso réalise un album de luxe avec Eluard "Le visage de la Paix" au profit du Parti Communiste. Il participe à une grande campagne du PCF afin de tenter de sauver le dirigeant grec Beloyannis pour qui Picasso dessine "L'Homme à l'oeillet". Beloyannis est exécuté. 

Au paroxysme de la guerre froide, Picasso réalise d'autres colombes pour les congrès annuels de la paix. Il est expulsé d'Angleterre où devait se tenir, à Sheffield, le congrès de 1952, qui aura finalement lieu à Vienne. Picasso imagine un arc-en-ciel et dessine une colombe discontinue par un ensemble de collages. C'est une réussite mais le projet est refusé par la direction communiste. Picasso dessine alors une eau-forte de colombe dans l'arc-en-ciel et le PCF en sort convaincu de l'avoir poussé à rompre avec le formalisme. 

C'est alors que, le 18 novembre 1952, Pablo Picasso a la douleur de perdre son ami Eluard. Une deuxième fois, après la mort d'Apollinaire, la maladie lui ôte celui qui le comprenait le mieux. Picasso assiste au premier rang de la tribune officielle à l'enterrement que le PCF veut aussi grandiose que possible. 

En février 1953, Staline meurt et Aragon commande un dessin du dictateur communiste à Picasso. Picasso s'inspire de la photo d'un Staline jeune de 1903 et son dessin, publié dans les "Lettres françaises" et à "L'Humanité", jugé irrévérencieux, fait scandale. Le portrait de Staline par Picasso est condamné deux jours plus tard par le PCF "sans mettre en doute les sentiments du grand artiste Picasso dont chacun connaît l'attachement à la classe ouvrière". Le PCF contraignit Aragon à publier dans Les Lettres françaises un dossier de lettres de condamnation outragées. Picasso et Aragon étaient mis au banc des accusés par une direction communiste de formation stalinienne profitant du fait que Thorez, en URSS, n'était plus là pour protéger les intellectuels. Thorez, rentré d'URSS, fit savoir qu'il désapprouvait la condamnation du "Portrait de Staline". Une photographie titrée "Picasso rend visite à Maurice Thorez" en une de L'Humanité du 23 mars 1953 servit à cet effet. 

Mais le PCF et sa presse ignorent la première grande présentation publique en France de l'oeuvre révolutionnaire "Les demoiselles d'Avignon" (1907), inaugurant le XXe siècle artistique, lors de l'exposition de Jean Cassou au musée national d'art moderne "Le Cubisme 1907-1914".   

Suite à ce scandale du portrait de Staline, à l'arrestation de Beria et à la réhabilitation posthume des "Blouses blanches", médecins juifs ayant soi-disant conspiré contre Staline, Picasso, tout en restant adhérent communiste, le PCF étant plus attaqué que jamais, se mit en marge de la direction communiste et pris de la distance vis-à-vis de la notion d'art et d'artiste engagés. C'est le Parti Communiste italien qui consacre une grande exposition n'ignorant pas la période cubiste et abstraite à Picasso en 53 à Rome et à Milan. Moscou prête même de bonnes grâces des tableaux d'avant 1914. Picasso, qui abandonne Françoise Gilot et son enfant au grand dam d'Aragon et d'Elsa va rentrer en aménageant dans le sud de la France avec Jacqueline dans un renouveau créatif extraordinaire.

En 1956, à 75 ans, Picasso signe avec Edouard Pignon, Hélène Parmelin, le critique George Besson, une lettre au comité central du Parti rappelant que la tragédie qui se joue en Hongrie "pose aux communistes de brûlants problèmes que ni le Comité central ni L'Humanité ne les ont aidés à résoudre, et demandant la convocation d'un congrès extraordinaire. Il ne quitte pas le Parti ("on ne peut pas changer sa famille", dit-il à Pierre Daix) mais critique Thorez, Aragon et les autres, d'avoir dissimulé la vérité sur la nature du stalinisme.  

En 1964, il dira toutefois au critique d'art américain Carlton Lake (qui collaborera avec Françoise Gilot en 1964 à l'édition de ses souvenirs) que le communisme représente toujours pour lui "un certain idéal" dans lequel il croit.            

    

portrait de Maurice Thorez réalisé en mai 1945

portrait de Maurice Thorez réalisé en mai 1945

Maurice Thorez et Picasso

Maurice Thorez et Picasso

Le Charnier - Picasso, 1945

Le Charnier - Picasso, 1945

L'engagement communiste de Pablo Picasso
"Massacres en Corée" - Picasso (janvier 1951)

"Massacres en Corée" - Picasso (janvier 1951)

L'homme à l'oeillet - Picasso (le dirigeant communiste grec Beloyannis) - 1951

L'homme à l'oeillet - Picasso (le dirigeant communiste grec Beloyannis) - 1951

dessin de Staline par Picasso dans les "Lettres françaises" (février 1953)

dessin de Staline par Picasso dans les "Lettres françaises" (février 1953)

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 06:00
Crise du Golfe: l’ultimatum de l’alliance anti-Qatar
 PAR 

Après avoir rompu leurs relations diplomatiques avec l’émirat gazier, placé sous embargo aérien et maritime, l’Arabie saoudite et ses alliés viennent d’édicter 13 exigences que Doha doit accepter pour mettre fin à la crise. Exigences qui mettraient un terme à la souveraineté du Qatar

Moins d’un mois après avoir annoncé la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar, accusé de « soutien au terrorisme », l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte viennent d’adresser à Doha un véritable ultimatum. Dans un document transmis par l’intermédiaire du médiateur koweïtien, ils dressent une liste de 13 exigences à satisfaire dans les dix jours, pour mettre fin à la crise, sans préciser toutefois ce qu’ils entendent faire si le Qatar n’accepte pas leurs conditions. « Il est plus sage que le Qatar prenne au sérieux les demandes et les préoccupations de ses voisins. Autrement, le divorce sera effectif », s’est contenté de dire, menaçant, le ministre émirati des affaires étrangères, Anwar Gargash, tandis que les Nations unies offraient leur assistance pour tenter de résoudre la crise « par le dialogue ». En vain pour le moment.

 

Le ministre émirati des affaires étrangères, Anwar Gargash, lors d’une conférence de presse à Dubaï, le 24 juin 2017 © Abdel Hadi Ramahi / ReutersLe ministre émirati des affaires étrangères, Anwar Gargash, lors d’une conférence de presse à Dubaï, le 24 juin 2017 © Abdel Hadi Ramahi / Reuters
Alors que les frontières aériennes, terrestres et maritimes entre les quatre pays et le Qatar sont fermées, que les ambassadeurs des cinq pays ont quitté leur poste et que les ressortissants du Qatar – visiteurs ou résidents permanents – ont été priés de plier bagages par les quatre pays coalisés, de plus en plus rares sont ceux, parmi les experts et les diplomates, qui estiment que la crise, pourrait se résoudre comme en 2014, où après huit mois de discorde, le Qatar avait accepté de se « conformer à la plate-forme arabe »présentée par Riyad, Abou Dabi et Manama – Le Caire, à l’époque ne s’était pas joint aux trois monarchies du Golfe. La crise actuelle est manifestement d’une tout autre nature. Si l’émirat gazier acceptait les 13 conditions exigées par ses voisins, il abandonnerait du même coup purement et simplement sa souveraineté. On le comprend aisément à la lecture de la liste. Voici ce que réclament Riyad, Abou Dabi, Manama et Le Caire.

1. Le Qatar doit réduire ses relations diplomatiques avec l’Iran et fermer les missions diplomatiques iraniennes sur son territoire. Le commerce et les échanges avec l’Iran doivent respecter les sanctions américaines et internationales, de manière à ne pas menacer la sécurité du Conseil de coopération du Golfe.

2. Le Qatar doit immédiatement fermer la base que la Turquie est en train de construire sur son territoire et mettre un terme à toute coopération militaire avec la Turquie à l’intérieur de l’émirat.

3. Le Qatar doit couper les liens avec toutes les organisations terroristes, sectaires et idéologiques, en particulier avec les Frères musulmans, l’État islamique, Al-Qaïda, Fatah al-Cham (ex-Front al-Nosra), les Chebabs somaliens, AQMI et le Hezbollah libanais. Il doit formellement déclarer que ces entités sont des groupes terroristes, conformément à la liste rendue publique par l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Égypte, et accepter toutes les futures mises à jour de cette liste.

4. Le Qatar doit couper tous les moyens de financement destinés à des individus, groupes et organisations qui ont été considérés comme terroristes par l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Égypte, les États-Unis et d’autres pays.

5. La Qatar doit remettre les figures du terrorisme, les fugitifs et individus recherchés, ressortissants de l’Arabie saoudite, de Bahreïn, des Émirats arabes unis et de l’Égypte à leur pays d’origine. Il doit aussi geler leurs biens et fournir toutes les informations requises sur leurs domiciles, mouvements et moyens financiers.

6. Le Qatar doit fermer Al Jazeera et ses stations affiliées.

7. Le Qatar doit cesser toute ingérence dans les affaires intérieures des États souverains, cesser d’offrir sa nationalité à des individus recherchés de nationalité saoudienne, émiratie, bahreinie ou égyptienne. Il doit retirer la citoyenneté qatarie aux personnes dont la naturalisation viole les lois de ces pays.

8. Le Qatar doit verser des réparations financières à ses voisins pour les pertes en vies humaines et les pertes financières provoquées par sa politique ces dernières années. Le montant de ces indemnités sera déterminé en coordination avec le Qatar.

9. Le Qatar doit aligner sa politique sur celle des autres pays arabes du Golfe, tout comme il doit le faire en matière économique, conformément à l’accord conclu en 2014 avec l’Arabie saoudite.

10. Le Qatar doit cesser tout contact avec l’opposition en Arabie saoudite, au royaume de Bahreïn, aux Émirats arabes unis et en Égypte. Il doit communiquer des rapports détaillant les contacts qu’il a déjà entretenus avec des groupes d’opposition dans ces pays et les soutiens qu’il leur a apportés.

11. Le Qatar doit fermer tous les organes d’information qu’il finance directement ou indirectement, y compris Arabi21, Al Araby, Al Jadeed, Mekameleen, Middle east eye, etc.

12. Le Qatar doit communiquer son accord avec ces demandes dans les 10 jours suivant la communication de cette liste.

13. Le Qatar doit accepter un audit mensuel du respect de ces obligations pendant la première année suivant son acceptation, puis un audit trimestriel la deuxième année et des audits mensuels les années suivantes.

« Ces exigences sont déraisonnables et irréalistes », a répondu le Qatar, comme on pouvait s’y attendre. « Cette liste, a ajouté le directeur du bureau de communication gouvernemental, cheikh Saïf ben Ahmed al-Thani, n’est pas destinée à combattre le terrorisme mais à empiéter sur la souveraineté du Qatar et à s’ingérer dans sa politique étrangère. » Elle ne simplifie pas, c’est le moins qu’on puisse dire, la tâche de ceux qui ont proposé leurs bons offices pour résoudre la crise. Et elle place dans une situation diplomatiquement très inconfortable ceux qui entretiennent des liens avec les deux camps. C’est notamment le cas des États-Unis. L’alliance entre Washington et Riyad est historique. Elle a été renforcée encore lors de la visite, le mois dernier, de Donald Trump en Arabie saoudite, au cours de laquelle il a dénoncé le soutien apporté par l’Iran au terrorisme international et appelé la communauté internationale à isoler Téhéran, reprenant l’argumentation utilisée depuis des mois par les dirigeants saoudiens (et israéliens). Récompensé par une commande de plus d’un milliard de dollars d’armes, ce soutien américain a manifestement été interprété par Riyad comme un encouragement américain à punir le Qatar, jugé trop proche de Téhéran.

En raison du soutien qu’il apporte, depuis longtemps aux Frères musulmans, mais aussi en raison des bonnes relations économiques et politiques qu’il entretient avec l’Iran, le petit émirat gazier, qui, depuis les années 1990, entend exploiter ses énormes moyens financiers pour manifester sa présence sur la scène diplomatique internationale, est considéré par Riyad comme un rival et présenté comme un danger pour les pays de la région.

Et cela en dépit du fait que l’islam wahhabite en vigueur à Doha soit aussi rigoureux et médiéval que celui des princes saoudiens. Collant à la position saoudienne, la Maison Blanche a donc estimé, dans un premier temps, que la crise du Golfe était d’abord « une affaire de famille » et encouragé les pays de la région à trouver, entre eux, une porte de sortie. Le nouveau secrétaire d’État Rex Tillerson, ancien patron d’Exxon, donc familier des monarchies pétrolières et de leurs querelles, avait conseillé à l’Arabie saoudite et à ses alliés de préparer une liste de leurs griefs qui soit « raisonnable et acceptable ». Celle qui vient d’être communiquée au Qatar « ne répond pas à ces caractéristiques », a-t-il admis vendredi.

La situation est d’autant plus gênante pour Washington qu’outre leur alliance et leurs relations militaro-commerciales avec Riyad, les États-Unis ont depuis longtemps établi à Bahreïn le QG de leur cinquième flotte, tout en disposant au Qatar – qui a décidé de leur acheter 12 milliards de dollars d’armement – de deux installations stratégiques : le commandement des opérations aériennes contre l’État islamique, installé sur la base de Al-Udeid, et le commandement central pour les opérations américaines en Afghanistan et au Moyen-Orient.

Cette présence dans les deux camps pouvait être un atout, pour jouer les intermédiaires. Elle pourrait, si Riyad et ses alliés maintiennent l’intégralité de leurs exigences, devenir un casse-tête. Paris et Londres, qui ont également des intérêts et/ou des implantations militaires dans les deux camps ne sont pas dans une position beaucoup plus confortable. La crise ne sera résolue, a déclaré le Foreign Office, que lorsque les pays concernés accepteront de discuter de revendications« mesurées et réalistes ». Manière diplomatique britannique d’indiquer que pour Londres, les exigences formulées par l’alliance anti-Qatar ne sont aujourd’hui ni l’un ni l’autre. Paris, qui a reçu la semaine dernière le prince héritier et régent des Émirats arabes unis, semble avoir choisi un silence prudent. L’Élysée se borne à indiquer que le président de la République s’est entretenu mercredi dernier avec les dirigeants qatari, saoudien et iranien, qu’il a appelés à « poursuivre le dialogue ».

Certes, certains des protagonistes, comme le ministre émirati des affaires étrangères, déclarent maintenant que la liste n’était qu’un « document de travail destiné à démarrer la discussion » et accusent le Qatar d’en avoir organisé la « fuite » dans la presse, mais ils indiquent aussi qu’il existe une autre liste contenant notamment les noms de 49 personnes que Riyad et ses alliés souhaitent voir arrêtées et/ou extradées. Aucune issue négociée, en d’autres termes, n’est en vue pour le moment. Et la Turquie, qui juge les demandes adressées au Qatar « déraisonnables » et « contraires au droit international »vient de prendre une initiative qui ne va pas alléger le contentieux régional. Loin de fermer la base dont elle dispose au Qatar, comme l’exige la deuxième condition, Ankara poursuit ses livraisons par avion et par bateau de denrées alimentaires au petit émirat soumis à l’embargo de ses voisins. Et surtout vient de décider de mettre en œuvre l’accord conclu en 2014 avec Doha, qui lui permet de déployer plusieurs milliers de soldats sur sa base au Qatar, en renforçant immédiatement le contingent turc déjà présent sur place.

 

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 05:44
Philippe Martinez : "Les syndicats sont le seul obstacle que Macron ne peut contourner"
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR PIERRE-HENRI LAB, AVEC YANNI BENCHALLAL
Dimanche, 25 Juin, 2017
Humanité Dimanche
 

Le secrétaire général de la CGT estime que le président de la République veut gérer la France comme une entreprise et l'accuse de vouloir museler les syndicats en les privant de leur prérogative de négociation. Il encourage les militants à aller à la rencontre des salariés. Un rassemblement est organisé le 27 juin près de l'Assemblée pour l'ouverture de la nouvelle législature (1).

HD. Le président de la République, qui veut légiférer par ordonnances sur le Code du travail, vient d'obtenir une large majorité à l'Assemblée nationale. Dans ce contexte, comment la CGT peut-elle parvenir à faire entendre la voix des salariés ?
 
Philippe Martinez. À ces élections législatives, comme à la présidentielle, il n'y a pas de vote d'adhésion. Le niveau record de l'abstention, encore 57 % au second tour, montre que beaucoup de députés, y compris de la majorité présidentielle, ont été élus par défaut. Plus de 60 % des personnes interrogées rejettent l'idée d'une réforme du Code du travail telle qu'on en connaît aujourd'hui les contours. J'invite le président à être humble et prudent et à ne pas considérer que, parce qu'il a été élu et qu'il dispose d'une majorité, il peut faire ce qu'il veut sans discussion.
Le gouvernement espère parvenir à ses fins avant la fin de l'été. Il met en avant la lutte contre le chômage, première préoccupation des Français. Depuis deux ans maintenant que dure le débat sur le droit du travail, tout le monde, hormis quelques farfelus, s'accorde pour dire que celui-ci n'est pour rien dans le chômage. Ce qui est en jeu, c'est une transformation de la relation au travail et à l'emploi des salariés et des travailleurs en général. Le gouvernement veut modifier profondément le contrat de travail. C'est l'idée défendue par Emmanuel Macron et les libéraux selon laquelle il vaut mieux un petit boulot que pas de boulot du tout. Cela peut permettre sans doute d'inverser la courbe du chômage, mais à quel prix ? Peut-on vivre en travaillant 3 heures par mois ? La lutte contre le chômage n'est qu'un prétexte pour mettre en oeuvre des mesures de précarité qui existent déjà au Royaume-Uni ou en Allemagne. En Italie, on va même jusqu'à distribuer des coupons d'une heure de travail aux chômeurs afin de les sortir des statistiques.
 
HD. Les ordonnances sont aussi un moyen de vous prendre de vitesse...
P. M. Emmanuel Macron est par-venu à faire exploser le cadre politique et les partis traditionnels. Les syndicats, dont la CGT, sont le seul obstacle qu'il peut rencontrer. Il va donc s'y attaquer. Le référendum d'entreprise, que nous avons combattu, pourra être convoqué à l'initiative de l'employeur sans même l'aval d'un syndicat minoritaire. Le bruit court qu'il réfléchit aussi à donner la possibilité aux comités d'entreprise de négocier des accords. Cela permettra au patronat de contourner les syndicats en suscitant des listes de candidats « libres » aux élections professionnelles. C'est une violation de la réglementation internationale. La négociation appartient aux organisations syndicales.
 
HD. La fusion des institutions représentatives, une mutation forcée du syndicalisme ?
P. M. Emmanuel Macron ne veut pas transformer le syndicalisme. Il veut l'écarter du processus du dialogue social sous le prétexte fallacieux que, en raison de la faiblesse du nombre d'adhérents, les syndicats ne seraient plus représentatifs. C'est ridicule. Quand 57 % des électeurs ne sont pas allés voter au second tour des législatives, on voit qui a un problème de représentativité. Le chef de l'État tente un coup de force contre la démocratie sociale. Il veut écarter les syndicats austéphane de sakutin afp profit d'une pseudo-société civile. La composition du groupe LREM nous donne un aperçu de ce qu'est cette « société civile ». Pas d'ouvriers et peu d'employés, elle est essentiellement composée de patrons, de professions libérales ou de cadres supérieurs. Quant au pseudo-renouvellement, beaucoup des élus ont été attachés parlementaires. Et Macron en est la parfaite incarnation. On peut être jeune et avoir de très vieilles idées.
 
HD. L'interdiction que vous fait le gouvernement de ne pas divulguer le peu d'informations qu'il vous donne sur son projet n'est donc pas anecdotique ?
P. M. Non. C'est choquant mais classique dans une entreprise où la loi subordonne toujours plus la question sociale aux questions financières. C'est flagrant dans les conseils d'administration où un devoir de réserve est imposé aux administrateurs salariés sous peine de commettre un délit. Emmanuel Macron se comporte comme un chef d'entreprise qui veut museler les organisations syndicales. Le syndicalisme qu'il tolère est un syndicalisme d'experts, qui se retrouvent pour discuter dans l'entre-soi de salons feutrés.
 
HD. Comment la CGT peut mettre en échec le gouvernement ?
P. M. En allant à la rencontre dessalariés et en leur proposant très rapidement des mobilisations. Vendredi 16 juin, j'étais aux côtés des salariés en lutte de GM&S (entreprise creusoise, lire page 14). Il est évident que leur première préoccupation est de maintenir leur outil de travail et leurs emplois. Les agents d'EDF et de la SNCF s'inquiètent des menaces sur leur statut. Nous devons faire converger l'ensemble de ces préoccupations pour réussir dès ce mois-ci des mobilisations comme le rassemblement du 27 juin organisé à Paris, à l'occasion de l'installation de la nouvelle Assemblée nationale. En juillet, un 8 pages sera distribué aux spectateurs du Tour de France et nous allons nous appuyer sur notre caravane des saisonniers. Il s'agit de préparer et de réussir un très grand rendez-vous de mobilisation à la rentrée.
 
HD. Quel bilan tirez-vous de la mobilisation contre la loi El Khomri ?
P. M. Elle confirme ce que nous savons déjà. On peut lancer des pétitions, on peut avoir une forte mobilisation. Mais, si on ne persuade pas la majorité des salariés de passer à l'action, on ne peut pas faire reculer un gouvernement ou une direction d'entreprise. Il y a trop d'exemples où ce sont les salariés qui viennent nous chercher. Aller à la rencontre des salariés est un passage obligé. Souvent, ils s'étonnent que nous venions les voir.
Il faut changer ce rapport-là. Les syndicalistes sont des salariés à part entière. Leur présence aux côtés des autres doit être perçue comme naturelle.
 
HD. Des différences d'appréciations existent entre les syndicats. FO estime par exemple que la concertation est réelle. Qu'en est-il de l'unité syndicale ?
P. M. Je suis toujours optimiste. L'unité syndicale est une nécessité. C'est indispensable pour donner confiance aux sal ariés. Après, chacun a son appréciation à ce stade de la discussion. Sur le fond, je n'ai pas l'impression que la position de FO soit changée par rapport à l'an passé. Je note d'ailleurs que la dernière déclaration de leur instance dirigeante n'écarte pas la possibilité de se mobiliser. Ce que nous souhaitons maintenant, c'est que cette unité se formalise rapidement.
 
HD. Justement, que dire à un salarié qui doute de l'efficacité de la mobilisation ?
P. M. La mobilisation est efficace quand on est nombreux. L'an dernier, la mobilisation était importante mais pas suffisante. Parce que nous avons les deux pieds dans la réalité du monde du travail, nous savons que ce n'est pas aisé. L'éclatement du monde du travail, l'isolement des chômeurs et des précaires compliquent la mobilisation. Et, quand on a un travail, il y a la peur de se faire remarquer. Jamais la répression n'a été aussi forte. Chez PSA, il y a eu 48 mises à pied en quelques mois. Le délégué syndical de Poissy, Farid Borsali, fait l'objet d'une procédure disciplinaire infondée. Je comprends la peur des salariés, mais la peur n'évite pas le danger. Se mobiliser collectivement, c'est plus efficace et c'est protecteur.
 
HD. Vous avez récemment assisté à la conférence de l'Organisation internationale du travail (OIT). Qu'en retenez-vous ?
P. M. J'ai été marqué par l'intérêt etla préoccupation des syndicalistes du monde entier pour ce qui se passe en France. Partout dans le monde, les syndicalistes se battent pour obtenir des garanties et des droits collectifs. Que la France, qui fut à l'initiative avec d'autres de la création de l'OIT et qui passe pour avoir une législation du travail des plus protectrices, soit à l'origine de la remise en cause des garanties collectives les inquiète. Ils craignent que l'absence de droits collectifs devienne la norme. Cela ternit l'image de notre pays.
 
(1) Mardi 27 juin, à 12 heures, place des invalides, à l'appel de l'urif CGt, Fo Île-de-France, Fsu, solidaires et unef.
Journaliste à l'Humanité dimanche
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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 05:05
Résolution du Conseil National du PCF du 24 juin 2017

 

Un séisme électoral et politique inédit
La situation issue des campagnes et élections présidentielles et législatives 2017 ne constitue pas seulement un nouveau et profond séisme de la vie politique française, elle en accélère le remodelage de façon inédite.
Les deux principales formations politiques qui ont dirigé le pays n’ont pu accéder au second tour de l’élection présidentielle. Et l’abstention a atteint, aux élections législatives de juin, un niveau historique dramatique qu’il faut comprendre comme une forme de rejet des pratiques et des institutions politiques confisquées et sclérosées. La nature même du régime est en plein bouleversement, et les libertés et droits démocratiques, humains et sociaux de notre peuple sont menacés.
Le président Emmanuel Macron sort conforté d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale pour mettre en œuvre sans plus tarder ses projets de destruction du modèle social français. Le Parti communiste français, ses militant-e-s et ses élu-e-s, seront dès cette semaine dans toutes les luttes et tous les rassemblements pour imposer des reculs au chef de l’État, à son gouvernement, sa majorité et au Medef dont président, ministres et député-e-s d’En Marche ! protègent les intérêts.

La question de l’avenir de notre combat posée

La nouvelle situation politique interpelle directement toutes les forces politiques, et pour ce qui nous concerne, elle pose directement la question du rôle et de l’avenir de notre parti.
Dans un contexte de profondes divisions de la gauche de transformation sociale, divisions que le PCF, malgré ses initiatives, n’a pas été en mesure de résorber, le Parti communiste essuie un véritable échec électoral même si l’élection et la réélection de 11 député-e-s, manifestent une réelle capacité de mobilisation, de rassemblement et de résistance. Notre parti reste confronté aux problèmes institutionnels du présidentialisme qu’il n’a pas su à ce jour résoudre.

Les 11 député.e.s communistes : Alain Bruneel (59), Marie-Georges Buffet (93), André Chassaigne (63), Pierre Dharréville (13),  Jean-Paul Dufrègne (03),  Elsa Faucillon (92), Sébastien Jumel (76), Jean-Paul Lecoq (76), Stéphane Peu (93), Fabien Roussel (59), Hubert Wulfranc (76).

 

Le Conseil national du PCF tient à remercier chaleureusement les 524 candidates et candidats, les secrétaires fédéraux qui les ont appuyés dans leurs campagnes, les milliers de militantes et militants du Parti qui sont allé-e-s partout à la bataille pour arracher des avancées électorales, et la victoire dans les 11 circonscriptions de nos député-e-s.
Le Conseil national félicite ces derniers pour leur élection ainsi que toutes celles et ceux élu-e-s au second tour grâce au rassemblement de la gauche auquel le PCF a contribué.
Nous saluons également l’entrée au Parlement européen de notre camarade Marie-Pierre Vieu qui vient renforcer le groupe GUE-NGL dont Patrick Le Hyaric est vice-président.
Nous voulons enfin adresser nos amitiés aux député-e-s sortant-e-s du groupe GDR qui ne se représentaient pas ou n’ont pas été réélu-e-s.
Nos député-e-s et le groupe qu’elles et ils ont décidé de former avec 4 député-e-s des Outre-Mers seront un point d’appui précieux pour les luttes qui s’annoncent et les conquêtes à venir du mouvement social et citoyen de notre pays. Leur volonté de rassemblement reste intacte puisque les député-e-s communistes proposent la création d’un « comité de liaison » avec le groupe France insoumise afin de coordonner au mieux l’activité législative et de faire obstacle efficacement aux mauvais coups du gouvernement d’Édouard Philippe.

Pour un processus de débats et d’actions vers un congrès extraordinaire en 2018
Le Parti communiste français est appelé à se réinventer s’il tient à contribuer dans les mois et années à venir à l’amorce d’un processus de transformation sociale au service des intérêts populaires de notre pays.
Le PCF se doit de remettre en chantier une stratégie et des pratiques de conquêtes et de victoires durables pour la transformation sociale. Cela exige de notre part de nous réinventer pour être un parti communiste du XXIe siècle à la hauteur de cet objectif tout en travaillant à l’émergence d’une construction politique, à vocation majoritaire, de l’ensemble de la gauche de transformation sociale.
Le Conseil national du PCF invite les communistes à ouvrir dès à présent un processus de débats, d’actions et d’élaboration collective qui verrait son aboutissement en 2018 par la tenue d’un congrès national extraordinaire dont les thèmes et questions à trancher seront élaborés par les adhérents du Parti eux-mêmes.

Pour un bilan approfondi et collectif
Le Conseil national s’accorde sur le fait qu’un bilan poussé et collectif s’impose à présent à notre parti et à ses directions.
Un bilan qui permette de faire, clairement et lucidement, la part des problèmes politiques présents et de l’expérience de ces 15 derniers mois, de celle des problèmes structurels et stratégiques qui sont les nôtres depuis des années.
Ce travail, pour aboutir, a besoin de l’intelligence collective des communistes, et oblige par conséquent les directions à tous les échelons du Parti à travailler pour réunir les conditions les plus favorables, sous toutes les formes, à la participation de chaque communiste aux débats, élaborations, décisions et leurs mises en œuvre.

 

Une première liste ouverte de questions à traiter
Le Conseil national a commencé à échanger autour de problématiques que soulèvent les débats des communistes et qui demanderaient un travail collectif de conception et d’action :
Comment redevenir le parti des classes populaires, au travail, à l’entreprise, dans les quartiers populaires et la ruralité ?
Quelle stratégie de transformation concrète de la société, comment devenir un parti de la conquête citoyenne, dans une visée révolutionnaire ?

Comment, à partir de nos bonnes pratiques locales et du travail de nos élu-e-s, de toutes nos expérimentations militantes, construire des outils de notre stratégie nationale de transformation sociale ?
Quel rassemblement voulons-nous, avec qui, comment ?
Quel nouveau modèle d’organisation ?
Quelle conception des collectifs de direction ?
Comment reconstruire notre communication et notre identification ?
Quels moyens humains et financiers pour mettre en œuvre ces politiques ?
Ces premiers éléments doivent être critiqués et enrichis par les communistes eux-mêmes au cours de l’été au moyen d’un document permettant de formuler les questions politiques à traiter au congrès.

Une proposition de calendrier

Nous proposons qu’une première phase de discussions et de prises d’initiatives se déroule d’ici au 14 octobre 2017 avec la tenue d’une assemblée nationale des animatrices et animateurs de section. Celle-ci tirera le bilan de cette phase de consultation et contribuera à établir l’ordre du jour du congrès avant validation par le Conseil national.
Le Conseil national souhaite que ce travail, le plus collectif et commun possible, soit animé au-delà de lui-même et du Comité exécutif national par des groupes de travail composés de responsables fédéraux et locaux, de militant-e-s et d’élu-e-s engagé-e-s concrètement sur les questions à traiter.
La date elle-même du Congrès extraordinaire  soit avant l’été 2018, soit à l’automne 2018 – sera déterminée par les adhérent-e-s lors d’une consultation nationale.
Le Conseil national se réunira en séminaire de travail le 25 août, à l’Université d’été du PCF, pour préparer l’Assemblée nationale des animatrices et animateurs de section d’octobre 2017.
L’Université d’été du PCF (Angers, 25-27 août) et la Fête de l’Humanité 2017 (La Courneuve, 15-17 septembre) constitueront deux rendez-vous nationaux importants dans ce processus général.
Pour débuter, les travaux de la réunion de juin du Conseil national doivent faire l’objet de comptes-rendus dans toutes les sections et fédérations du Parti, de journées de travail locales, et les débats, propositions et demandes des communistes consignés par écrit et transmis à la présidence du Conseil national pour une diffusion plus large.

Des mobilisations immédiates à engager


Le PCF affrontera tous les défis de la nouvelle période – ceux auxquels notre peuple et notre pays font face, ceux qui le concernent directement et ceux d’une gauche fracturée et émiettée – dans la lutte et l’action.
Le PCF appelle à la mobilisation de toutes les forces, individuelles et collectives, de la transformation sociale, démocratique et citoyenne, pour relever ensemble tous ces défis.
Le président Macron et son gouvernement veulent clore leur prétendue concertation sociale avant de l’ouvrir réellement en faisant adopter par ordonnances leur projet de flexibilisation maximale du travail.
Le PCF s’engage dans la bataille contre ces lois d’ordonnances et pour une loi de sécurisation de l’emploi et de la formation afin de lutter efficacement contre le chômage. Pour contribuer à la mobilisation populaire la plus large possible,les communistes organiseront pendant toute la période estivale, partout en France, des initiatives publiques de la campagne « L’été n’est pas fait pour casser le Code du travail », lancée le 1er juin.
Le PCF, engagé également dans la bataille pour la démocratisation des institutions et la défense des libertés publiques,appelle à se mobiliser pour la mise en place du scrutin proportionnel, et prendra une part active à toutes les mobilisations contre le projet d’introduction de l’état d’urgence dans le droit commun.
Le PCF entend faire de ces trois mois à venir l’été des solidarités et de la fraternité en organisant notamment avec toutes celles et tous ceux qui le souhaitent des journées à la mer et des ventes de fruits et légumes solidaires directes du producteur au consommateur.
Du 4 au 9 septembre, semaine de la rentrée scolaire, les communistes de tout le pays prendront des initiatives de mobilisation pour un grand service public de l’école.
La Fête de l’Humanité 2017, fête de la fraternité, de la liberté et de l’égalité, fête des solidarités populaires et de la grande paix humaine, sera en septembre le lieu de centaines de débats politiques sur les défis du moment et un rendez-vous national de lutte et de riposte. Plus que jamais à cette heure, elle est la Fête de L’Humain d’abord face « au chacun pour soi et l’argent pour quelques-uns ».
La diffusion de sa vignette-bon de soutien sous l’impulsion du collectif national, animé par Nathalie Simonnet, sera lancée nationalement le 28 juin à 19h lors de l’initiative publique sur le parvis du siège du Parti avec Patrick Le Hyaric, directeur du journal, Fabien Gay, directeur de la Fête, Nathalie Simonnet et Pierre Laurent.
Les élections sénatoriales de septembre constitueront la troisième et dernière étape du cycle électoral 2017. Leurs enjeux, malgré le type de scrutin, concernent directement l’avenir de nos communes et territoires dont la cohésion et le développement exigent des politiques fondées sur l’ambition d’une République pour tou-te-s. L’élection de nombreuses sénatrices et nombreux sénateurs communistes et de candidat-e-s soutenu-e-s par notre parti constituera une force de résistance et d’alternative offensive au Sénat contre les projets gouvernementaux.


Ouvrir un débat large pour réinventer à gauche
Le Parti communiste français ne se résout pas à la crise et l’affaiblissement historique de la gauche dans notre pays, et relève le défi de la reconstruction de la gauche. Il invite l’ensemble de ses organisations locales et départementales à s’adresser aux millions de femmes et d’hommes de notre pays qui veulent redonner à la gauche tout son sens et qui sont prêt-e-s à réfléchir, débattre et agir avec toutes les forces engagées au service du mouvement populaire et citoyen dans cet objectif, tout particulièrement dans le cadre de luttes politiques et sociales de riposte à la politique d’Emmanuel Macron.
Pour sa part, le PCF, son secrétaire national Pierre Laurent, invitent à l’Université d’été du PCF puis à la Fête de l’Humanité, plusieurs dizaines de personnalités avec lesquelles ce dialogue est en cours et la volonté d’agir est partagée.

Résolution du Conseil National du PCF du 24 juin 2017
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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 05:00
Conseil national du PCF des 23 et 24 juin 2017: rapport introductif aux travaux de Pierre Laurent

Rapport de Pierre Laurent en introduction aux travaux du Conseil national des 23 et 24 juin 2017

 

Cher(e)s camarades,
 
Permettez moi avant tout d'adresser mes sentiments de fraternité les plus chaleureux à l'ensemble des communistes. Toutes et tous viennent de traverser, avec beaucoup de combativité et d'esprit de responsabilité, une année politique complexe et difficile à vivre. Je veux leur dire que tous leurs efforts, les gestes militants produits, toutes les idées semées, les contacts noués, tout portera ses fruits. Rien de ce que nous avons fait ensemble ne sera vain. Je veux tout particulièrement féliciter nos candidates et candidats, et tous ceux qui les ont accompagnés dans leurs campagnes, singulièrement nos secrétaires départementaux, et saluer le travail conduit tout au long de l'année, notamment pour les élections législatives par le secteur élections sous la conduite de Pascal Savoldelli et le secteur vie du Parti sous la conduite d'Emilie Lecroq. Et je veux enfin, évidemment, entre votre nom à tous, saluer les onze députés communistes élus, qui vont porter notre voix et nos combats durant cinq années. Ils seront très précieux pour unir dans le combat les forces d'opposition sociales et démocratiques à Macron, au Parlement comme dans le pays. Vous le savez, les onze députés formeront le nouveau groupe GDR avec des députés ultra-marins. Ils ont proposé hier de travailler à une liaison ou à toute forme de coordination  avec le groupe des Insoumis. Notre confiance leur est acquise. Nous allons pouvoir compter sur un groupe combatif, créatif, renouvelé et rajeuni. Il y a neuf nouveaux députés parmi les onze. J'ajoute que nous pouvons également compter sur l'entrée au Parlement européen d'une nouvelle députée européenne dans la circonscription du grand sud-ouest, Marie-Pierre Vieu. C'est aussi cela le résultat d'une année d'engagement des communistes dans tout le pays.
 
Je veux dire ensuite que ce rapport a été rédigé à chaud, nous sommes cinq jours seulement après la fin du cycle électoral. Il est donc une entrée dans un débat qui va durer, sûrement pas un aboutissement. Il était tout de même indispensable que nous portions une première analyse et que nous prenions des décisions immédiates. Ce rapport est le fruit des propositions que j'ai livrées devant le Cen mardi et de la discussion collective de travail que nous avons eue. J'ai essayé de tenir compte de cette très riche discussion, mais la vérité m'oblige à dire qu'il n'engage pas le Cen sur toutes les questions. Le temps de la synthèse était trop court. J'assume la part d'engagement personnel qu'il comporte. De toute façon, la période qui s'annonce nécessitera l'engagement de tous, dans le respect et la fraternité, mais avec franchise et courage.
 
J'en viens au cœur de mon propos. Pour problématiser notre travail, je préfère aller droit au but. Je ne livrerai pas à une analyse détaillée de tous les aspects de la situation. Les problèmes sont trop lourds et trop nombreux. Nous rencontrerons également cet écueil avec le CN, qui, face aux immenses enjeux de la période. Le temps sera lui aussi trop court, comme le temps imparti à chacune de vos interventions. Je ferai donc des propositions sur le processus de travail dans lequel nous devons nous engager. Et c'est en particulier là dessus que je vous demanderai de vous prononcer.
 
Pour être franc, je pense que ce qui vient de se passer dans la société, et pour notre parti, appelle à repenser très profondément deux questions :
- la nature, le rythme, l’ampleur et l’ambition des transformations du Parti
- les conditions de la reconstruction progressive d’une perspective majoritaire de changement progressiste
 
Je veux faire quatre remarques préliminaires :
 
1) la situation créée par les deux élections présidentielle et législatives est un séïsme électoral et politique inédit sous la Véme République.
C’est une nouvelle période politique qui s’ouvre, non stabilisée, en quelque sorte l’année zéro d’une recomposition appelée à connaître d’autres épisodes. Pour tirer des enseignements politiques, prendre les bonnes décisions, nous ne pouvons nous en tenir à l’analyse de nos résultats, ou même analyser nos résultats en dehors de ce qui a été bouleversé autour de nous. Les questions posées sont plus globales, plus exceptionnelles que d'habitude. Tout doit être repensé, réétudié : l'état de la société, des clivages de classe, à l'heure d'une mondialisation capitaliste en plein chaos, le nouveau paysage politique, la nature des nouvelles forces en présence, les conditions de construction d’une nouvelle majorité politique de changement à partir de cette situation, la question de la gauche, de son état et de son avenir... Et pouvoir ainsi repenser utilement notre rôle et notre avenir dans ces conditions bouleversées. C'est donc une réflexion d'ampleur à laquelle nous sommes appelés.
 
2) La situation n'est pas stabilisée. La recomposition va durer. D'énormes contradictions demeurent.
Et l'une de ces contradictions est au cœur de la situation : le camp libéral recomposé, avec Macron, En Marche et le Modem, a remporté une écrasante victoire. Cette victoire, il l’ a obtenue en réussissant à capter à  son profit un ras-le-bol très profond à l'égard de la société actuelle, d’immenses besoins de changement politique, parfois très contradictoires, une volonté de déverrouillage démocratique. Ces attentes travaillent en vérité des pans entiers de la société française depuis 2005. L'attelage du pouvoir est instable, parce qu' il y a une énorme contradiction entre ce captage politique, ce hold-up réussi par Macron et les attentes de progrès social, écologique et démocratique  qui sont toujours là. La situation peut vite mettre en évidence le décalage criant entre les pouvoirs quasi absolus de l'exécutif et d'un Président, que les médias surnomment déjà communément « Jupiter »,  et l'état réel du pays et des attentes citoyennes. Il y a beaucoup d'incertitude sur l'avenir de la coalition politique présidentielle à l'intérieur même de cette force : l'épisode récent du remaniement ministériel et du départ de François Bayrou en est l'illustration.
La politique Macron ne répondra pas à ces attentes dans la durée, parce que son logiciel reste celui du service des intérêts capitalistes financiers.  La contradiction est appelée à s’aiguiser, sans que l'on puisse dire de quel côté elle peut se dénouer. C'est l'objet du combat politique en cours. Mais travailler ces contradictions, pour agir en s'appuyant sur les forces qui cherchent ou ont intérêt à des issues positives, est décisif. Notre travail n'est pas seulement de s'opposer, mais d'aider les travailleurs, les citoyens qui y ont intérêt à trouver les chemins de leur émancipation sociale et démocratique. Nous devons d’abord nous exprimer à partir de ce que cherche la société, et nous centrer en premier lieu sur cela.
 
3) Nous sommes directement interpellés par ces bouleversements. La question de l'avenir du Parti est posée.
Nous ne sommes pas les seuls à être remis en cause. Un immense chantier de reconstruction est face à nous et à toutes les forces de transformation sociale. La gauche sort atomisée de ce séïsme après cinq ans d’un quinquennat qui a préparé cette explosion. Le PS et EELV sont au tapis. L'émergence de la FI cristallise la recherche d'une réponse nouvelle à cette crise de la gauche, mais soulève d'autres questions sur l'avenir possible d'un projet majoritaire. Nous mêmes sommes très affaiblis. Nos résultats législatifs sont un échec grave en termes de voix et de crédibilité nationale. L’élection de onze députés est une très bonne nouvelle dans ce contexte. Elle fait de nous une des forces qui a résisté à la tornade. Nos militants ont tenu bon et mené des campagnes courageuses. Nous pouvons et devons jouer un rôle dans la reconstruction à venir, à condition de procéder à des changements profonds, en quelque sorte à notre propre révolution politique.
Le bilan de l'année écoulée doit être absolument débattu, sans tabou. Il nous faudra démêler ce qui a relevé de notre gestion politique de l'échéance présidentielle, et des questions plus structurelles sur l'avenir de notre combat et celui du Parti.
Il est évident que les choix que nous avons faits pour l'élection présidentielle ne nous ont pas permis de dénouer les difficultés et de déjouer les dangers que nous avions identifiés. Un regard critique sur cette année est donc nécessaire. En même temps, l'année révèle tout à la fois la persistance d'un large espace politique pour les idées de transformation sociale que nous contribuons à développer, et des impasses politiques qui demeurent voire s'aggravent. Notre bilan doit donc chercher à remonter à la racine des problèmes qui nous sont posés. Nous devons évaluer nos expériences depuis le Front de gauche, les points marqués et nos erreurs, mais comprendre aussi plus fondamentalement la profondeur des colères populaires et la difficulté que nous avons à les porter jusqu'à la conscience politique d'un intérêt commun de tous les dominés; comprendre les potentiels comme les obstacles à la reconstruction d'une conscience de classe, les penser dans leur dimension internationale ; comprendre les nouveaux phénomènes politiques néo-populistes, qui ne sont plus l'apanage du Front national, mais sur lesquels Macron a lui aussi construit son mouvement, et que Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise revendiquent sous l'appellation de « populisme de gauche » ; comprendre enfin les transformations de la politique et des formes d'engagement, singulièrement dans la jeunesse et les nouvelles catégories sociales émergentes.
Le problème central pour nous n'est pas de nous penser principalement par rapport à la FI, même si celle-ci  s’est installée à un niveau significatif sur un terrain que nous disputons nous-même. Je crois en réalité que, pour l’heure, aucune des forces en présence n’est en mesure de relever l’énorme défi de reconquête face à Macron et de reconstruction d’ une perspective majoritaire de gauche. Nous avons surtout  à penser par nous-mêmes cette situation, avec tous ceux qui sont disponibles, et ils sont nombreux, pour reconstruire une stratégie et des pratiques de conquêtes et de victoires durables pour la transformation sociale, et un parti communiste du XXIème utile à atteindre ces objectifs. Ce chantier et les réponses qu'il doit faire émerger restent à construire, ce qui ne veut pas dire que notre point de départ soit une feuille blanche, loin s'en faut.
 
4) Nous affronterons les défis de cette nouvelle période dans la riposte et l'action pour reconstruire. Il ne saurait être question de rentrer en conclave ou en hibernation. Nous allons être au front tout de suite. Je crois d’ailleurs que l’action et les luttes sont une condition de la reconstruction politique, y compris de nos propres réinventions. Je ferai donc des propositions pour que nous engagions ces ripostes, en lien avec nos parlementaires,  d'autant que le pouvoir veut frapper vite et fort dès cet été. Je crois que nous devons le faire avec esprit de suite. Les fronts de riposte que nous devons déployer doivent s'inscrire dans la durée pour devenir de véritables chantiers de reconstruction alternative, et créer de nouveaux espaces politiques d'engagement.
 
A

Ainsi, chers camarades, vous l'aurez compris, je pense qu'il nous faut une remise en cause, une réinvention profonde, sérieuse qui demandera du temps. Je pense en même temps que les questions ne peuvent attendre, et que le signal de l'audace doit être immédiat et fort. Je vous proposerai donc des décisions concrètes sur l'agenda, la méthode et l'ambition de notre travail. Cet agenda et cette méthode doivent garantir que tous les choix, à chaque étape, seront mis entre les mains des communistes.
 
 
Avant d'en venir à ces propositions pour l'avenir du parti et nos initiatives de riposte à la politique Macron, je veux souligner quelques points supplémentaires utiles pour prendre toute la mesure du séisme politique qui vient de se produire.
 
Tous les scenarii déjoués
La première mesure de ce tremblement de terre nous est donné par les Français.  Ils ont déjoué tous les pronostics, à commencer par le match Hollande-Sarkozy qui n'a jamais eu lieu. Les primaires étaient là pour les installer. Les Français les ont instrumentalisées pour changer le casting présidentiel, ce qui fait beaucoup réfléchir sur l'usage même de ces primaires dans le contexte d'une présidentialisation exacerbée.
 
Un cocktail détonant
Le cocktail explosif qui a fait voler en éclat le paysage politique est divers. Il mélange beaucoup d'exaspération devant la dégradation des conditions de vie sociale, devant les inégalités indécentes, devant les mensonges politiques à répétition, devant les gâchis d'une société qui ne ménagent ni les humains, ni la planète ; il conjugue aussi la montée de la peur et des inquiétudes face à l'avenir, face au monde, face à la menace du terrorisme ; il marie le brouillage des repères politiques, la dilution des repères de classe dans le monde du travail  et aussi une forte poussée de « dégagisme », utilisée comme un exutoire très contradictoire contre un système politique jamais clairement défini, par des forces aussi diverses  que  En Marche !, la France insoumise ou le Front national.
 
Il existe en France un désir de changement majoritaire vers plus d'honnêteté en politique, plus de justice sociale, de démocratie réelle, de paix et de sécurité, de respect de l'environnement. Notre peuple aspire au renouveau des choix politiques, de la politique elle-même. Interrogé sur ses aspirations au fil des enquêtes, il répond  de plus en plus positivement à des mesures ou des propositions clairement ancrées  « à gauche » . Que ce soit sur les questions sociales, économiques ou sociétales. Nous l'avons nous même constaté dans l'enquête que nous avons initiée « Que demande le peuple », malgré toutes ses limites.
 
Mais, il s’identifie de moins en moins à ce mot de « gauche », identifié à Hollande, au Parti socialiste et aux désillusions que les expériences de gauche, notamment la politique du dernier quinquennat ont engendrées. Ainsi, le clivage droite/gauche est aujourd'hui profondément brouillé. La rhétorique de Macron, ses choix dans la composition du gouvernement, accentuent ce brouillage.  
 
Faut-il s'en accommoder, comme s'il s'agissait là seulement « du vieux monde » ? Ou plutôt chercher à redonner du sens à tout cela ?  Et comment ? A partir de quels grands repères émancipateurs dans le XXIème siècle ? Ces débats sont pour nous sur la table.
 
Le sens du vote Macron. Et maintenant quelle opposition  ?
Les déceptions successives font monter chez les gens le besoin du neuf en politique et du nécessaire rassemblement pour le porter et réussir. Tout ce qui divise est mal vécu. Tout ce qui apparaît comme une posture de critique systématique est condamné. Tout ce qui apparaît comme une querelle politicienne est désavoué. Nos concitoyens veulent des solutions et pas des critiques. Ils veulent le rassemblement, l’unité et pas la division.
 
Tout ceci explique le succès de Macron qui, avec l'appui des milieux financiers et leurs réseaux politiques ou médiatiques, a su capter à son profit ces aspirations, les détourner tout en apportant une réponse :  Macron possède un atout que n’avait ni Sarkozy ni Hollande. Il ne représente pas un clan, un camp, mais un rassemblement, un mouvement.
 
Pour autant, son projet politique n'a pas  fatalement partie gagnée dans la durée et les résultats électoraux eux mêmes traduisent les limites et les contradictions auxquelles le président et le gouvernement vont être confrontés  : Macron a été élu avec 24 % seulement des voix au premier tour et, au second, avec les bulletins de vote de citoyens, dont nous sommes, qui refusaient l'accession possible au pouvoir de Marine Le Pen.
 
Même constat concernant les élections législatives : Macron a bénéficié au maximum de l’effet levier du quinquennat et l’inversion du calendrier : « La République en Marche ! » devient la 1ere force politique sur la métropole avec 6.032.689 voix et 27,94% des exprimés, mais accuse une perte de 2.234.385 sur le score de Macron à la présidentielle.
 
La signification de l'abstention
L'abstention massive à l’élection législative montre les fragilités du projet présidentiel. L'abstention a cette fois cumulé l’exacerbation de la logique présidentialiste depuis l'instauration du  quinquennat et une défiance attentiste à l'égard du nouveau pouvoir. Résultat : elle atteint un record avec 51,29% des inscrits, pulvérisant pour la 1ere fois aux législatives le mur des 50 %.
Le Premier ministre et les divers porte-paroles de LREM ont minimisé ce fait inquiétant pour asseoir la légitimité sur les pourcentages de voix exprimées et le nombre de députés élu-e-s. Or, avec 29% de différence, cette élection de 2017 sanctionne la plus grosse chute de participation entre un 1er tour de présidentielle et un 1er tour de législatives depuis que ces élections se suivent à 7 semaines d’intervalle. Les moins de 50 ans, les ouvriers et les employés, les moins diplômés, les revenus inférieurs au salaire médian, forment les grosses cohortes des abstentionnistes.
 
Le Front national entre progression record et coup d'arrêt
Chose nouvelle, avec seulement la participation de 43 % de ses électeurs du 1er tour de la Présidentielle, l’abstention frappe aussi très durement l’électorat du FN, pourtant challenger de 2e tour du Président élu.
 
Le Front national est dans une situation paradoxale. Sa progression a été extrêmement importante dans ces élections. En même temps, l'échec du 2nd tour et les débats internes marquent une forme de coup d'arrêt, et il ne parvient pas à former un groupe, contrairement à nous et à la France insoumise.
 
Le FN a connu avec ces élections législatives un net reflux avec la perte de 4.564.347 voix et 8,09 % des exprimés  par rapport à la présidentielle, passant du rang de 2e force politique à celui de 3e force, malgré une présence dans toutes les circonscriptions de métropole. Il régresse aussi par rapport aux législatives de 2012 passant de 14,01 % des exprimés à 13,43 % et perdant 586.485 voix.
 
Cependant, il reste la 1ere force chez les ouvriers (29%) et chez celles et ceux qui gagnent moins de 1 250€/mois (25%). N'en concluons donc surtout pas que la menace aurait disparu. Elle reste à un très haut niveau pour la suite.
 
La bataille que nous avons menée avec le livre « Front National l'imposture », qui a fait l'objet  d'une multitude de débats partout en France, le positionnement au soir du premier tour de l'élection présidentielle a contribué, pour sa part, à ce reflux, ou à cette progression heureusement maîtrisée,  et, surtout, à être identifiés ou ré-identifiés  dans le champ politique  comme un parti responsable qui ne transige pas avec des valeurs essentielles. Nous devons amplifier ce travail.
 

Les partis de  droite ébranlés
Le séisme politique frappe de plein fouet la droite dite républicaine : affaiblie par l'épisode des primaires, puis par une campagne présidentielle marquée par le « Pénelope gate »  et les affaires, LR et l’UDI  réunissent, aux élections législatives  4.070.408 voix et 18,85 % des exprimés, soit une perte de 3.368.353 voix et 11 % sur 2012.
LR et UDI ne rassemblent que 46 % des électeurs s’affirmant de droite. L’électorat de cette droite puise l’essentiel de sa force chez les plus 60 ans : 28 % chez les 60-69 ans et 34 % chez les plus 34 ans. La résilience de la droite LR-UDI repose sur le vieillissement du corps électoral et sur le fait que l’abstention soit nettement plus faible dans ces classes d’âges.
 
Le PS et EELV atomisés
La gauche, dans son ensemble, sort considérablement affaiblie et divisée de cette séquence électorale. L'effondrement et le discrédit du PS rejaillissent sur toute la gauche et la tire globalement vers le bas. PS et Verts sont face à une crise existentielle qui peut leur être fatale.  
 
Les Verts sont politiquement et provisoirement éliminés, très paradoxalement au moment même où leurs idées sont devenues hégémoniques dans une grande part du champ politique et que la personnalité la plus populaire du gouvernement s'appelle Nicolas Hulot.
 
Le PS est explosé. Avec ses satellites PRG et MDC, il obtient un score de 1.726.628 voix et 8 % des exprimés sur la métropole, à rapprocher des 8.616.137 et 34,62 % de 2012. S'il se redresse légèrement par rapport à la présidentielle, il passe du rang de 1ere force électorale du pays en 2012 à celui de 5e force. Personne ne peut dire aujourd'hui ce qui va se passer. La direction du PS a démissionné et vient de repousser la mise en place d'une direction provisoire. Personne n'en connaît les équilibres. La tendance d'un vote d'abstention du groupe socialiste lors du vote de confiance à l'Assemblée nationale semble acquise.
Nous nous dirigeons probablement vers des prises d'initiatives éclatées. Benoît Hamon organise déjà un rassemblement le 1er juillet pelouse de Reuilly à Paris pour créer un mouvement trans-partisan.
 
Une chose est sûre, nous assistons à la fin, peut-être provisoire, mais pour l'heure bien réelle, d'une séquence politique de près de quarante ans, marquée par l'alternance d'une gauche dominée par le PS et d'une droite dominée par la droite UDR/UMP/LR-UDI. Les forces libérales dominantes sont à la recherche d'un nouveau modèle politique français, teinté de grande coalition à la française et de néo-populisme présidentialisé.
 
Après la prise du pouvoir gaulliste en 1958, l'arrivée de la gauche en 1981 et la longue plongée dans les alternances à répétition et les déceptions toujours plus vives qu'elles ont engendrées, nous entrons dans un troisième temps de la Vème République, qui aura des conséquences sur toutes les échéances à venir avant 2022, à commencer par les sénatoriales.
 
La nature du régime présidentiel au coeur de la crise démocratique.
La dévalorisation des élections législatives, commes des élections locales, atteint la cote d'alerte. La participation aux élections législatives a chuté de 16 % depuis 1997, dernières législatives avant le quinquennat. A cela s'ajoutent la déformation des modes de scrutin et l'écrasement du débat par le temps présidentiel. Résultat, l'Assemblée nationale présentée comme celle du renouveau déforme comme jamais la représentation du pays.
Je pense que nous devrions en tirer deux conclusions : intensifier de manière  beaucoup plus permanente et efficace notre bataille pour la démocratisation institutionnelle. Je ferai une proposition immédiate à ce sujet ; anticiper différemment la bataille présidentielle dans laquelle nous avons subi deux échecs en 2002 et 2007, et dans laquelle nous avons soutenu Mélenchon en 2012 avec le Front de gauche et en 2017 dans des conditions que personne, je crois, ne souhaite renouveler  parmi les communistes.
   
Approfondir le débat sur les partis et les formes d'engagement, d'organisation et de représentation politique.
Les même qui crient à la mort des partis, en créent sur de nouveaux modèles, mixant une implication numérique décentralisée, une concentration des lieux de décision, et l'imposition de marques fortes utilisant toutes les techniques du marketing politique numérique. Notre parti, riche d'idées, fortement militant, implanté localement, reste lui  sous doté en moyens numériques et manque de cohérence, de visibilité et d'efficacité  nationale. Nous n'avons pas à copier des modèles qui relèguent la souveraineté et l'initiative individuelle. Au contraire , nous avons à inventer nous-mêmes une nouvelle forme de parti, un nouveau modèle d'organisation additionnant un fort pouvoir militant, décentralisé et impliqué démocratiquement, et une cohérence, une réactivité, une visibilité nationale profondément repensées, utilisant tout à la fois les pratiques militantes de proximité, une communication modernisée et les nouveaux potentiels  numériques, en inventant de nouveaux usages numériques au service de nos objectifs ? Nous avons d'ailleurs à développer l'appropriation sociale et militante des usages numériques pour inventer de nouveaux modèles d'information et de  communication, d'échanges participatifs, de décision et d'organisation ; et pour mieux conjuguer nos organisations territoriales, du local au national, à de nouveaux réseaux horizontaux, pour repenser dans l'ensemble de nos organisations une souveraineté globale et décentralisée de nos militants.
 
Ma dernière série de remarques concerne évidemment l'espace de reconstruction d'une gauche de transformation sociale et d'un projet à vocation majoritaire pour reconstruire une perspective de victoires.
 
Le succès de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, avec un score remarquable de près de 20 % des voix, très proche de la qualification au second tour, est la marque d'une évolution qualitative en faveur d'un nouveau projet transformateur humaniste, social et écologique.
 
Cette dynamique montante depuis 2012, nous y avons pris notre part.
 
Dans la foulée de ce résultat présidentiel, Jean-Luc Mélenchon et les dirigeants de la France Insoumise ont choisi contrairement à 2012 de donner la priorité à l'installation politique de leur mouvement, en fait de ce nouveau parti, dans le champ politique. Ils ont choisi de le faire dans une concurrence délibérée avec les forces adverses, ce qui est bien normal, mais aussi avec les forces potentiellement partenaires, comme notre parti. Et ils ont l'intention de continuer. La FI a obtenu sur ces bases des résultats significatifs aux élections législatives, très supérieurs aux nôtres, mais aussi très inférieurs à l'élection présidentielle, confirmant le caractère pluriel du vote Mélenchon du 23 avril. Les résultats législatifs permettent à la FI de disposer d'un groupe à l'Assemblée nationale. Si la FI semble vouloir s'affirmer comme une force concurrente à la nôtre, nous ne sommes pas obligés de construire notre stratégie en miroir de la leur. Regardons en effet les motivations de vote.
 
Si la FI se réfère marginalement à la gauche, voir récuse cette référence, le vote FI à la présidentielle est de fait devenu le vote utile à gauche, et aux législatives il est apparu pour les « électeurs se situant à gauche » comme le 2e vote de gauche avec 25 % après « En Marche !» qui, contradictoirement, en rassemble 30 % et se place devant le PS qui est à 22 %.
 
Les zones de force de la FI sont l’électorat FDG et les électeurs de Mélenchon à la présidentielle, respectivement à 55 %, les professions intermédiaires à 17%, les employés à 14%, les chômeurs à 18%, les 18-24 ans à 18% et les 25-34 ans à 21%.
 
Malgré son recul par rapport au 1er tour de la présidentielle, la FI s’affirme comme la 4e force électorale du pays.
 
Après notre soutien autonome à Mélenchon dans la présidentielle, les résultats de notre parti aux élections législatives sont mauvais. Malgré un ancrage de proximité réel, même de plus en plus inégal, et des batailles militantes de qualité, nous ne résistons pas, faute de crédibilité politique nationale suffisante.
 
Les 465 candidat-e-s présenté-e-s par le PCF aux élections législatives ont réuni 687.313 voix et 3,17 %/exprimés sur les 539 circonscriptions de France métropolitaine ; ce chiffre est à rapprocher de 2007 où les candidat-e-s présenté-e-s par le PCF en métropole dans le cadre d’un découpage électoral différent avait réuni 1.191.732 voix, 4,71 % des exprimés, et de 2012 où notre Parti avait, dans le cadre du Front de gauche, présenté 408 candidat-e-s qui avaient recueilli 5,5 %/exprimés et 1.368.644 suffrages.
Sur les circonscriptions actuelles, le PCF est au-dessus de 5 % des exprimés dans 81 circonscriptions, contre 248 en 2012 et 127 en 2007.
 
Si dans les communes de plus de 25.000 habitants ayant un maire communiste l’empreinte de l’activité militante de proximité des communistes permet de rassembler 24 % des exprimés, il n’en reste pas moins que l’enracinement et l’activité territoriale du PCF arrivent de moins en moins à contrebalancer le poids que font peser les rapports de forces dégagés aux présidentielles sur le choix des électeurs aux législatives.
 
Mais, contradictoirement, le PCF, de par ses capacités de rassemblement de tout l’électorat de gauche, réussit à faire élire 11 députés communistes, soit 4 de plus qu’en 2012. Ce qui doit conduire à réinterroger radicalement l’activité de toute l’organisation PCF, sur son rapport politique à la société française et dans sa capacité à amener les citoyens jusqu’à mettre un bulletin de vote communiste dans l’urne.
 
Ainsi, notre parti est à la fois confronté au problème institutionnel du présidentialisme de la Ve République aggravé depuis 2002 par le quinquennat, et qu’il n’a jamais su résoudre depuis 1962, et à la question existentielle de ce que doit être une organisation politique porteuse de l’espérance de transformations sociales communistes au XXIè siècle.
 
Les enquêtes qualitatives sur l’électorat Front de gauche montrent que, si celui-ci crédite le PCF des conquêtes sociales du XXe siècle et l’intègre dans le patrimoine historique et politique de la France, reconnaît l’action positive des collectivités gérées par les communistes, il ne le considère pas comme une force apte à comprendre et résoudre les problèmes du XXIè siècle.
 
C'est à cette révolution politique pour notre parti et son projet qu'il convient de s'atteler avec ardeur, car nous avons accumulé au cours des quinze dernières années de nombreux ingrédients indispensables à cette réinvention. Il ne s'agit toutefois pas de pousser un peu plus loin. Il faut changer beaucoup et en profondeur jusqu'à jeter de manière cohérente et progressive les bases de notre nouvelle organisation communiste.
 
C'est l'étape fondamentalement nouvelle dans laquelle je vous propose que nous nous engagions.
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Je voudrais souligner une idée. Notre réinvention doit être résolument offensive. Pourquoi ? Parce que notre audace doit être le contraire d'un renoncement. Parce que notre force, avec son originalité culturelle, d'idées, de pratiques et de projet, reste indispensable à la réinvention plus globale d'un projet de transformation majoritaire. Ce que nous n'avons pas réussi, personne ne l'a vraiment réussi. Et je pense à des questions clés pour un processus d'évolutions révolutionnaires dans le XXIème siècle.
Alors que certains tente de marginaliser la pensée nécessaire des rapports d'exploitation, de domination, au profit de la notion exclusive et sublimée d'un « peuple », d'un « eux » et d'un « nous » effaçant l'enjeu des rapports de classe,  il est au contraire essentiel de repenser les rapports d'exploitation et de domination à l'échelle du capitalisme mondialisé, pour renouveler les stratégies de conquête des pouvoirs à toutes les échelles, dans une approche tout autant locale, territoriale qu'internationaliste et européenne. Les approches marxistes, les idées communistes déjà élaborées, ou encore à élaborer resteront essentielles.  
Il en va de même de la place des nouvelles classes populaires dans les luttes politiques de transformation au XXIème siècle. Nous n'avons tout à reconstruire et c'est une question clé dans l'entreprise, dans le salariat éclaté, dans les quartiers populaires qui doit être au coeur de notre processus de transformation. Car aujourd'hui personne n'a résolu cette question, sans laquelle tout dépassement des logiques dominantes est illusoire. Je ne parle pas de l'identification de ces forces à un candidat, mais du réinvestissement et de l'intervention politique consciente de ces forces populaires dans les luttes de classes à toutes les échelles. Faire des 99 % une vraie force politique de transformation, voilà l'enjeu !
Je pense à la question démocratique, comme condition essentielle de la transformation sociale et écologique de nos modes de vie, de production et de consommation.
La dérive antidémocratique est au coeur des processus de domination. Du passage en force sur le TCE après 2005 au 49-3 sur la loi El Khomri, et maintenant aux ordonnances Macron, c'est une méthode de gouvernement permanente.
L’hégémonie culturelle libérale est en réalité contestée et les réponses libérales ne peuvent s’imposer que dans le refus de la délibération et de la souveraineté populaires. Cadenassées, les institutions font  tourner à vide la démocratie. Nous sommes entrés dans ce que certains nomment une « post démocratie ».
La société nous envoie sans cesse à l'opposé le message d'une très forte aspiration à participer, à décider, à prendre l'intérêt commun en charge, aspiration contrariée par le mépris démocratique des pôles dirigeants. Des luttes sociales contre le mépris patronal à Nuit debout, des avancées de l'ESS, des pratiques municipales nouvelles aux interventions citoyennes croissantes sur tous les choix de société... l'enjeu des pouvoirs est partout présent.
Le Parti communiste doit prendre à bras le corps cette question et faire d'une démocratie rénovée, élargie, continue, radicale, le cœur de son projet, de sa visée, et surtout de ses pratiques. C’est ça le communisme, c’est d’abord ça : le peuple souverain qui conduit lui-même son destin.
Vous l'avez compris, je ne crois pas que l'heure soit à accepter, face à la crise démocratique, et à l'impuissance construite du politique, un « moment populiste », même rebaptisé de gauche, qui substituerait l'identification à la représentation et à la construction de l'intervention, en quelque sorte comme un sas de transition obligé vers une future renaissance démocratique.
« En Marche !, le Front National et nous, la France Insoumise, c’est un monde politique nouveau qui émerge », disait Alexis Corbière un matin de mai sur France Inter. Le « moment populiste », produit de la crise démocratique, manifeste « la désaffiliation des majorités populaires avec les classes politiques en place », explique, dans les pas de la philosophe Chantal Mouffe, le mélenchoniste Christophe Ventura dans un débat de l’Humanité. Il y aurait donc là, une tactique ou une stratégie, ou pour le citer « une boîte à outil ». D’abord on dégage et ensuite,  comme le dit Ventura, « ça peut contribuer à revivifier (la démocratie), à réinstaller un équilibre entre la société et la démocratie ».
Oui ça peut… Ou pas ! Car ça peut aussi glisser vers un tout autre régime... ne jouons pas avec ce feu.
Je crois pour ma part à l'invention d'une tout autre stratégie, à condition bien sûr que nous nous donnions les moyens d'en être à la hauteur : celle de la conquête citoyenne, en tous lieux et en toutes circonstances, progressive ou plus globale, mais toujours dans l'avancée de droits et de pouvoirs nouveaux pour le plus grand nombre.  
Évidemment, cela appelle une nouvelle organisation, plus seulement territoriale et généraliste comme la nôtre, mais centrée sur sa capacité à animer jusqu'à des victoires partielles et globales des fronts de lutte et de conquête, à pousser jusqu'à la majorité et à l'hégémonie des projets et des idées minoritaires à potentiel majoritaire. C'est  alors, évidemment, une conception profondément renouvelée du rassemblement, recentrée sur la construction populaire.
Voilà, chers camarades, quelques idées sur l'ambition qui devrait nous animer. Ces réflexions n'ont aucune prétention exhaustive. Elles visent seulement à donner un cap, un sens aux propositions que je veux maintenant vous faire.
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Je propose donc que nous avancions sur trois terrains en même temps :
 
1) Lancer un processus de profonde transformation du Parti, aboutissant à un congrès extraordinaire avant la fin 2018
 
2) Lancer des fronts de riposte et d'action immédiats
 
3) Lancer un débat national « Réinventer à gauche » avec tous les citoyens disponibles pour ce travail
 
Je détaille ces propositions :
 
1) A partir d'une évaluation critique de notre situation, de nos potentiels, et de nos échecs, je vous propose de lancer un processus de profonde transformation de notre Parti. Il serait mené à partir de chantiers de travail ouverts à tous les communistes. Nous donnerions comme ambition à ce processus la préparation d'un Congrès extraordinaire au terme d'un travail de 12 à 18 mois sur la révolution dont a besoin notre Parti.
 
Je veux dire immédiatement plusieurs choses. Si j'emploie des mots forts , et il nous est déjà arrivé de le faire, je ne cherche pas à me payer de mots. L'humilité est nécessaire. Une fois l'ambition énoncée, et je crois qu'elle doit être à ce niveau, la seule garantie que nous puissions nous donner est celle du travail collectif.
Si je parle de congrès extraordinaire, je n'imagine pas une préparation  avec les textes habituels. Ma proposition est différente : j'imagine des chantiers de transformation concrets travaillés dans les 12 ou 18 mois à venir, dont les thèmes devraient être décidés avec les communistes dans une première phase de consultation, et qui aboutiraient à des préconisations de transformation effectivement expérimentées dans la préparation, validées et prolongées lors du Congrès extraordinaire.
 
Décider avec les communistes la liste de ces chantiers de transformation serait donc la première étape. Elle durerait du CN d'aujourd'hui, après l'adoption d'une résolution votée demain jusqu' à une assemblée nationale des animateurs et animatrices de section que nous pourrions convoquer pour le 14 octobre.
 
Cette assemblée voterait la liste définitive de ces chantiers de travail, élirait les collectifs d'animation chargés de les animer, et déciderait de la date à laquelle nous convoquons le congrès extraordinaire.
 
Vous le savez, le Congrès du Parti est à ce jour fixé au mois de juin 2019.
 
Je propose d'avancer cette date avant l'été 2018 ou à l’automne 2018, selon ce que nous estimerons nécessaire pour mener à bien ce processus de transformation profonde du Parti.
 
Je vais faire dans quelques instants une première proposition de thèmes pour les chantiers. Après discussion, nous pourrions mettre à disposition des communistes cette liste, qui resterait évidemment totalement modifiable à ce stade, avec la résolution adoptée et généraliser au cours de l'été des compte-rendus du CN pour bien s'expliquer sur la démarche engagée, la méthode et le rythme envisagés.
 
Nous élaborerions au cours de l'été un document de consultation des communistes en vue de l'Assemblée nationale d'octobre.
 
Pour l'élaborer, je vous propose qu'il soit conçu et validé avec les membres du CN, réunis en séminaire à Angers pendant l’université d’été, le vendredi  25 août à partir d’un travail préparatoire de l’exécutif national.
 
La consultation des communistes ayant lieu du 1erau 30 septembre, avec un grand effort militant lors de la fête de l’Humanité. Elle aurait comme support un document papier mais aussi des outils de consultation numérique, par exemple des wiki-débat, mis en place début septembre.
 
Les sympathisants, les contacts que nous avons, les communistes de coeur  pourraient également être sollicités, en faisant une distinction dans les documents pour recueillir leur avis.
 
A partir de l'Assemblée nationale d'octobre, commencerait une seconde phase, celle du travail des chantiers décidés à partir des choix majoritaires des adhérent-e-s de notre Parti.
 
Il s’agit donc de construire un Congrès qui jetterait les bases des fondations nouvelles de notre organisation communiste repensée.  Une phase de préparation où nous pourrions expérimenter, tester des formes de travail commun, de préparation inédite.
 
Notre Conseil national aura à travailler pour faire un questionnaire simple, concret, avec plusieurs questions ouvertes, pour permettre d’avoir un vrai menu de travail clair et transparent.
 
Se pose une autre question, celle de l'animation de tous ces chantiers, et de la préparation de ce congrès. Il faut trouver des modes de pilotage qui soient larges et ouverts, qui ne peuvent pas être l'apanage du seul CEN. Le travail de préparation d'été du CEN et du CN devrait également porter sur ce point. Il devrait également porter sur une décision que nous n'avons pas mise en œuvre, et j'en assume le retard, et que nous pourrions régler d'ici la fête de l'Humanité, la mise en place d'un porte-parolat collectif du Parti.  
 
A propos de ces questions d'animation, dans deux tribunes publiées mercredi dans l'Humanité, des camarades suggèrent pour les uns la démission de la direction et la mise en place d'un collectif de direction provisoire, et pour d'autres la mise à disposition devant les communistes de notre mandat de direction.
Personnellement, je ne crois pas qu'une démission collective soit le signal interne et externe qu'il nous faille envoyer. Evidemment, si les communistes convoquent en octobre un congrès et mettent à l'ordre du jour la question de la direction, de sa conception, de son travail, nos mandats seront naturellement versés au débat. Je ferai d'ailleurs partie de ceux là en posant la question de la direction en rapport avec les nouveaux objectifs que nous nous serons fixés. D'ici là, je crois responsable que nous nous engagions tous dans la réussite d'un tel processus qui sera très exigeant s'il veut être réussi.
 
J'en viens aux thèmes des chantiers. Ma proposition est une manière d'amorcer le débat. J'en énonce sept :
 
- Comment redevenir le parti des classes populaires, au travail, à l'entreprise et dans les quartiers populaires ? Comment les définir ? Quelles priorités se donner ?
 
- Quelle stratégie de transformation concrète de la société ? Comment devenir un parti de la conquête citoyenne ? Comment faire vivre et progresser notre projet ? A partir de quelles aspirations de la société ? A quelle échelle de territoire ?  Dans quelles luttes ?
 
- Comment, à partir de nos bonnes pratiques locales et du travail de nos élu-e-s, de toutes nos expérimentations militantes, construire des outils de notre stratégie nationale de transformation sociale ?
 
- Quel rassemblement voulons-nous, avec qui, comment ? Avec quels objectifs ? Conquérir des lieux de pouvoirs et les exercer ? Pour quoi faire ? Avec qui ?
 
- Quel nouveau modèle d'organisation ? Quelle nouvelle forme d'organisation  démocratique révolutionnaire qui fabrique du commun, lie la décentralisation de l'initiative, la démocratisation des décisions, fait grandir le pouvoir citoyen et militant à toutes les échelles? Quelle place pour les nouvelles plate-formes numériques ? Quels nouveaux usages collaboratifs et démocratiques ?
 
- Comment reconstruire notre communication et notre identification ? De quelle question politique s'agit-il ? Comment refonder des repères et des symboles forts ?
 
Permettez-moi une parenthèse sur cette question : la question du nom de notre parti viendra inévitablement à cet endroit, bien qu'elle ne soit probablement pas l'entrée la plus pertinente ou la plus féconde. Mais nous ne devrions pas non plus en faire un tabou. Le coeur de notre problème est autre : à quoi et à quel nom s'identifie notre communisme d'aujourd'hui ? Personnellement, je pense que nous devrions pousser la piste du « commun », cette idée tellement fondatrice de ce que nous sommes, et tellement d'actualité à l'heure de repenser l'avenir de l'humain et de la planète comme des biens communs de l'humanité libérée et émancipée à laquelle nous aspirons. Le commun, c’est d'ailleurs aussi les moyens de réappropriation du politique.
 
- Quels moyens humains et financiers pour mettre en œuvre ces politiques ? Comment les organiser compte tenu de nos objectifs et de ce que sont réellement  ces moyens aujourd'hui?
 
Sur ce point, je fais une exception par rapport aux autres points, puisque je propose, compte tenu des urgences à traiter, que nous mettions immédiatement et sans attendre ce groupe de travail en place sous la responsabilité de Jean-Charles Nègre. Nous avons besoin d'une remise à plat globale, dans un périmètre large, de l'ensemble de nos moyens, en recherchant toutes les mutualisations possibles, direction nationale et grandes fédérations, élus, journaux et revues.  
 
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J'en viens aux propositions d'action et de riposte.
 
La première des batailles inscrite à l'agenda présidentiel et parlementaire est donc celle des ordonnances contre le Code du travail.
 
Le projet de loi d'habilitation sera présentée mercredi 28 juin et l'Assemblée en sera immédiatement saisie. Nous pourrions amplifier tout l'été un travail d'information, de sensibilisation, et de mobilisation sous le label déjà lancé : « l'été, ce n'est pas fait pour casser le code du Travail », en portant à la connaissance du plus grand nombre notre projet de loi  pour la sécurité d'emploi et de formation, en travaillant avec nos groupes, avec les syndicats, avec les collectifs d'avocats et de juristes mobilisés.
 
Nous pourrions cibler dans les conditions particulières de l'été les entreprises, les grandes zones d'emploi saisonniers, les services publics où beaucoup de salariés ne sont plus fonctionnaires, et évidemment les quartiers, les zones de loisirs et les zones résidentielles où vivent ces salariés.
Les grands rendez-vous auront lieu en septembre, les syndicats y travaillent et pour ce qui nous concerne à la fête de l'Humanité.
Il s'agirait pour nous d'engager un travail de plus longue haleine pour animer dans la durée nos actions sur le thème du travail, de l'emploi et de la formation, en travaillant la popularisation de nos propositions, de l'action de nos élu-e-s, dans toutes les luttes menées.
 
Nous voulons un front de luttes durable, qui soit aussi un champ d'expérimentation de pratiques politiques nouvelles en direction du monde du travail. Ce travail trouverait lui aussi un débouché au congrès, notamment dans la promotion de plus de cadres dans nos directions investis dans ce travail militant en direction du monde de l'entreprise dans sa diversité.
 
La seconde des batailles pourrait porter sur la démocratie et la protection de nos libertés publiques.
 
La déformation de la représentation démocratique a été mise en exergue par l'ampleur de l'abstention aux législatives. La France va découvrir dans les semaines et les mois à venir la supercherie d'un renouveau politique qui n'a que renforcer le poids des milieux d'affaires et de la techno-structure au Parlement.
Nous devons porter avec audace nos propositions, pour des institutions qui réhabilite la représentation populaire par la proportionnelle à toutes les élections, qui en finisse avec la présidentialisation de la vie politique, qui ouvre l’exercice du droit de vote aux étrangers non communautaires. Une République décentralisée qui redonne du pouvoir, un pouvoir réel aux communes, un statut aux élus pour s’opposer à la professionnalisation mais aussi à l’exclusion des salarié-e-s et précaires des responsabilités politiques.
 
Je fais une proposition. Puisque le Président de la République et le Premier ministre annoncent qu'ils réfléchissent à l'introduction d'une dose de proportionnelle, et que nous savons leur proposition piégée et détournée par la réduction drastique du nombre de parlementaires, ouvrons en grand le débat sur la représentation populaire et pluraliste de notre pays dans ses assemblées. Le Parti communiste pourrait prendre l'initiative d'un comité national de campagne, ouvert à toutes les sensibilités, pour l'instauration de la proportionnelle intégrale, pour laquelle 70 % des Français viennent de se prononcer, et la démocratisation de nos institutions. Nous pourrions demander à deux de nos parlementaires, un ou une député(e) et un ou un(e) sénateur-trice d'initier ce comité national de campagne.
Nous aurons aussi à conduire la bataille contre la transcription des dispositions  de l'état d'urgence dans la loi commune, qui ferait de la législation française la plus restrictive d'Europe. Ces batailles peuvent peut-être se conjuguer ou s'épauler.
Nous pourrions là aussi mener des campagnes dans la durée, en recherchant les formes de communication sur les réseaux sociaux et les formes de la participation populaire les plus larges possibles. Car typiquement, ce sont des objectifs sur lesquels nous devrions viser une mise en mouvement majoritaire.
La troisième campagne pourrait viser l'amplification de nos actions de solidarité concrètes durant l'été.
Les plus connues sont nos sorties à la mer et nos journées de vente solidaire de fruits et légumes. Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont concernées au total. Le réseau de ces actions a commencé à se densifier. Nous devrions l'impulser en visant l'organisation de notre parti à plus long terme dans les quartiers populaires.  
Ces magnifiques journées de solidarité concrète montrent qu’en s’organisant solidairement, on peut vivre un rêve qui, seul face à son destin, était interdit. Nous devrions généraliser ces initiatives. Nous devrions réfléchir à leur donner un prolongement, sous d’autres formes tout au long de l’année. Et nous devrions réfléchir comment cet axe permanent d'action pourrait donner lieu à à la construction d'une bataille avec ces familles populaires, pour débarrasser notre société du fléau de la grande pauvreté.
Plus un homme, plus une femme, plus une famille à la rue. Plus personne interdit de manger à sa faim, plus personne privé d’énergie ou d’eau. Le parti communiste doit devenir la force politique qui doit faire de cette question une grande cause nationale. N'est-ce pas ainsi que les idées de solidarité et de mise en commun peuvent reconquérir de la place dans les consciences ?
De la sécurité sociale au statut de la fonction publique, des colonies de vacances aux expériences locales de démocratie participative, des théâtres publics dans les villes de la banlieue rouge aux expériences de gratuité des transports, notre pays bénéficie d'un héritage communiste qui marque sa personnalité. Le temps est venue de nouvelles pratiques, de nouvelles conquêtes qui laisseront leurs marques  communistes pour les générations de demain.
La quatrième bataille d'été, ou plus exactement de rentrée, pourrait concerner l'école. Dans la foulée de la réforme du collège, le pouvoir veut repartir à la charge sur un projet éducatif inégalitaire. La question des rythmes scolaires est toujours sur la table. Le gouvernement a promis 12 élèves par classe de CP en ZEP, suscitant des espoirs qui ne seront pas au rendez-vous. Nous pourrions décider une semaine de mobilisation nationale à la porte des établissements scolaires la semaine de la rentrée, avec un modèle de tract national popularisant nos propositions.
Enfin, je veux dire un mot de la question européenne.
Macron se présente comme l'homme capable de relancer le projet européen, mais  ce qu'il annonce nous promet surtout une Europe de la Défense et rien pour sa réorientation sociale, aucune remise en cause des dogmes de gestion financière et budgétaire. Dans toute l'Europe, des forces démocratiques cherchent la voie de convergences plus efficaces. Sur notre proposition et à l'initiative du PGE et de forces de gauche et écologistes plus larges, se prépare le forum européen de Marseille pour les 10 et 11 novembre. Et dans deux ans, auront lieu les prochaines élections européennes. Je propose que nous mettions sans tarder en place une groupe de travail qui déploie un chantier d'action sur l'enjeu européen, sous la responsabilité d'Anne Sabourin  et de nos députés européens. Ce chantier pourrait prendre place au cœur de notre travail de préparation du congrès extraordinaire.
 
Je veux terminer en vous soumettant une ultime proposition : initier un débat avec tous ceux qui le souhaiteront pour « réinventer à gauche ».
Nous le savons, la gauche sort abîmée, brouillée, discréditée de la séquence électorale. Pourtant, des millions et des millions de femmes et d'hommes qui ont le cœur à gauche sortent meurtris et déboussolés de cette année électorale. Beaucoup ont voté par défaut ces derniers mois.
Nous devons parler et reconstruire avec eux. Il ne s'agit pas pour le moment de se relancer dans je ne sais quelle construction hasardeuse. Il ne s'agit pas de « sauver la gauche », mais pas non plus de laisser sombrer ce qui a fait historiquement la gauche, et qui sera utile à reconstruire un projet positif pour la France, l'Europe et le monde, à réinventer un projet émancipateur du 21ème siècle.
Je vous propose une démarche simple et forte, conduite au niveau national et dans chacun de nos départements : établir la liste de tous ceux que nous connaissons, avec lesquels nous avons travaillé, qui peuvent être intéressés  à reconstruire et à réinventer avec nous.  Ce sont des militants, des élus locaux, des responsables associatifs, syndicaux, des intellectuels, des scientifiques, des femmes et des hommes de culture, des femmes et des hommes tout simplement engagés dans des causes diverses. Et leur écrire, en les informant de ce que nous engageons, en leur proposant de les rencontrer, en leur demandant leurs idées, leurs suggestions,  en construisant avec eux tous les espaces de dialogue utiiles à poursuivre dans la durée l'échange et la construction de nouvelles perspectives.  
 
L'état de défiance est tel que nous devons nous donner le temps de cette nouvelle élaboration pour pouvoir à nouveau imaginer, rêver, et construire ensemble.
 
J'ai la conviction que ces femmes et ces hommes sont nombreux autour de nous et peuvent se mobiliser, pour peu que nous fassions appel à eux, à leur intelligence et à leur créativité dans le respect mutuel.
 
Je vous engage, membres du CN, fédérations, à faire vivre cette démarche dans chaque territoire.
Pour ma part, dès cet été, je prendrai des initiatives de sollicitations et de rencontres en invitant plusieurs centaines de personnalités à deux rencontres de travail, la première lors de l'Université d'été de notre Parti à Angers et la seconde lors de la Fête de l'Humanité. La lettre que je leur adresserai dans les prochains jours sera adressée aux fédérations.
 
Je conclus justement en évoquant devant vous l'importance de ces deux rendez de rentrée. L'université d'été à Angers du 25 au 27 août, au cours de laquelle la nouvelle formule de notre revue du projet, rebaptisée « Cause commune », fera événement. Et bien évidemment la Fête de l'Humanité, du 15 au 17 septembre.
 
Nous le ressentons tous, cette Fête dans le contexte politique que nous connaissons, et considérant les enjeux et les chantiers de refondation que nous voulons engager, aura une importance décisive, et peut avoir un énorme retentissement politique public.
 
Je vous invite, ainsi que toutes les organisations du Parti, à vous saisir dès-à-présent de la diffusion de la vignette pour participer et faire participer le maximum de personnes pour faire de la Fête de l'Humanité, le rendez-vous de la riposte, de la reconstruction, de la réinvention.
 
Demain soir , l'espace Niemeyer accueillera une magnifique initiative de soutien culturel au journal, « Itinéraires d'Humanité ». Après ce premier lancement public, le lancement militant national de la diffusion de la vignette de la Fête, animée par Nathalie Simonnet, se tiendra le mercredi 28 juin au siège du Parti communiste, en présence de Patrick Le Hyaric, de nos député-e-s, et de moi-même.

Pierre Laurent

Paris le 23 juin 2017
 

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 04:50
"Des migrants qui dorment dans la rue, on n'en trouve qu'en France" ( interview de l'un des auteurs d'un rapport de l'UNICEF sur le sort des migrants par Le Point, 21 juin 2017)
"Des migrants qui dorment dans la rue, on n'en trouve qu'en France"

Un rapport de l'Unicef s'alarme du sort des migrants mineurs qui transitent par la France. Entretien avec l'un de ses auteurs : Olivier Peyroux.

Modifié le  - Publié le  | Le Point

 

Cofondateur avec Alexandre Le Clève de l'association Trajectoires, qui étudie les parcours des migrants et des réfugiés à travers l'Europe, le sociologue OlivierPeyroux a conduit, entre janvier et avril dernier, une vaste enquête auprès des mineurs non accompagnés (MNA) qui séjournent dans sept campements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Manche. Son rapport, cosigné avec deux autres chercheurs, pointe le fait que l'État français ne prend pas en charge, comme la Convention des droits de l'Enfant le lui impose, les jeunes présents dans ces « jungles », et ce, bien qu'ils y soient en danger

Le Point : Combien d'enfants et d'adolescents migrants sont-ils présents dans l'Hexagone ?

Olivier Peyroux : Un décompte précis est difficile. Les conclusions auxquelles parviennent la plupart des associations c'est entre 8 000 et 10 000, s'agissant plus spécifiquement des bidonvilles du Nord de la France sur une année leur nombre oscille entre 1 500 à 3 000.

D'où viennent-ils ?

Pour la moitié d'entre eux, d'Afghanistan. Mais il y a aussi des Syriens, des Irakiens, des Kurdes, des Érythréens, des Éthiopiens, des Soudanais, des Vietnamiens…

Vous recensez, dans votre rapport, sept « jungles » dans le nord de la France. Pourquoi ces bidonvilles se sont-ils multipliés ?

C'est dû au démantèlement du camp de Sangatte en 2002. Les pouvoirs publics n'ont pas voulu créer de point de fixation et les migrants n'ont pas eu d'autre choix que de trouver refuge dans divers campements insalubres. C'est un problème franco-français. Ni en Allemagne, où ont afflué un million de réfugiés, ni en Belgique, ni au Royaume-Uni, on ne trouve des migrants qui dorment dans la rue.

Est-ce à dire que l'État français est défaillant ?

Un choix politique a été fait. L'idée semblait être que moins bonnes seraient les conditions d'accueil, moins nombreux seraient les réfugiés. La réalité a montré que cette logique était erronée puisqu'on a compté jusqu'à 10 000 réfugiés en janvier 2016 dans les 7 bidonvilles que nous avons identifiés dans le nord de la France.

Vous décrivez la terrible réalité à laquelle sont confrontés ces mineurs…

Les migrants sont entre les mains de réseaux de passeurs. Ils doivent payer cher leur voyage. Même si les prix ont un peu chuté l'an dernier, cela se chiffre en milliers d'euros. Certains enfants sont envoyés par leurs familles, qui payent leur passage. D'autres fuient par leurs propres moyens et doivent donc « travailler » pour payer. On leur confie un nombre incalculable de tâches : porter de l'eau, surveiller les camions sur les parkings des ferries, ouvrir les portes de ceux-ci pour que des migrants puissent se cacher dedans… Certains sont même contraints de se prostituer.

A-t-on une idée de la proportion d'enfants et d'adolescents subissant des violences sexuelles ?

A priori, toutes les femmes qui viennent d'Afrique subsaharienne et qui ont traversé le Tchad et la Libye ont eu à subir des agressions de cet ordre. Même si peu d'entre eux en parlent ouvertement, un tiers des garçons afghans auraient été victimes d'actes de pédophilie.

Pourquoi les victimes ne se signalent-elles pas davantage aux autorités ?

Parce que les passeurs en dissuadent les migrants en leur disant qu'ils seront renvoyés en Grèce s'ils contactent la police.

En janvier dernier, Europol s'inquiétait de la disparition de 10 000 migrants mineurs. Qu'en est-il ?

Ce chiffre est à manipuler avec précaution. Selon les relevés d'Eurostat, 88 300 mineurs non accompagnés ont demandé l'asile dans les États de l'Union européenne en 2015. L'administration a perdu la trace de 10 000 d'entre eux, mais cela ne veut pas dire que 10 000 enfants ont disparu. Même s'il est évident que certains d'entre eux sont victimes de réseaux criminels divers…

Ces exactions se déroulent pourtant parfois sur le territoire national...

Oui. Nous savons que, dans deux camps au moins, où les associations sont peu présentes (Steenvoorde et Norrent Fontes), des femmes et de jeunes hommes sont amenés à se prostituer. Mais il n'y a eu, à ma connaissance, aucune intervention de la police afin de les protéger.

Certains groupes sont-ils plus visés par les réseaux ?

On sait que les Vietnamiens qui rejoignent le Royaume-Uni sont presque tous asservis. Les femmes vont être exploitées dans des « bars à ongles » où se pratique la prostitution. Les hommes vont travailler dans des fermes où est cultivé clandestinement du cannabis. Mais on sait aussi que tous les groupes sont potentiellement concernés. Lorsque la durée du séjour en France s'allonge, les ressources des mineurs ont tendance à se tarir. Ils se retrouvent vite obligés de « travailler ». Or les délais de passage en Angleterre s'allongent. De cinq mois en moyenne, ils peuvent atteindre un an. On observe cependant qu'après plusieurs mois de tentatives infructueuses une majorité d'entre eux reconsidère leur projet migratoire vers d'autres pays ou en France

Que faudrait-il faire ?

Probablement s'inspirer du dispositif Versini (du nom de la secrétaire d'État chargée de la lutte contre la précarité et l'exclusion entre 2002 et 2004 Dominique Versini, NDLR). À l'époque, des conventions avaient été passées avec des associations pour l'organisation de maraudes et la mise à l'abri des mineurs circulant sur plusieurs départements. Il est vrai que le flot de réfugiés était, à l'époque, moins important.

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 14:53
Visite de Gérard Collomb à Calais: "Un faux-fuyant inacceptable et inhumain" (PCF)

Visite de Gérard Collomb à Calais : "Un faux-fuyant inacceptable et inhumain"

Comme on pouvait s'y attendre, la fermeture de la jungle de Calais en octobre dernier, et celle du camp de Grande Synthe après son incendie en début d'année, n'a pas fait disparaître les mouvements migratoires vers la Grande-Bretagne via le port de Calais. Les migrants sont de retour, et leurs effectifs augmentent régulièrement. On parle de 500 à 600 personnes, sans abri, et ayant toutes les peines du monde à se restaurer, à boire voire à dormir. Des enfants, mineurs isolés, errent aux alentours de Calais dans l'indifférence générale des pouvoirs publics.

C'est cette situation, qu'après une visite éclaire le 14 juin 2017, le défenseur des droits Jacques Toubon, dénonce en des termes qui ne peuvent qu'interpeller les  parlementaires du Pas-de-Calais. Le défenseur des droits souligne avec raison l'attitude maltraitante des pouvoirs publics, et de certains policiers à l'égard des migrants. Il dénonce également l'attitude de la municipalité et ses arrêtés interdisant aux associations de distribuer des vivres, ou d'offrir des douches. Jacques Toubon est un homme sérieux ; tout comme Mgr Jaeger, évêque d'Arras, qui soutient son curé de Calais qui ouvre le parvis de l'Eglise pour apporter sa protection aux migrants.

La « chasse » aux migrants ne sert à rien, qu'à dégrader la France. Emmanuel MACRON, lorsqu'il n'était que candidat, s'était engagé à « remettre les accords du Touquet sur la table, pouvoir en renégocier les modalités, en particulier pour les mineurs... ». Qu'en est-il aujourd'hui qu'il est devenu président ?

Il s'agit pour l'Etat d'assurer la protection et la dignité des personnes migrantes sans que se reconstitue un bidonville. Pourtant, lors de sa visite aujourd'hui à Calais, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a réaffirmé son opposition à l'ouverture de tout nouveau centre sur place sous le prétexte "qu'il sera rapidement débordé". Ce faux-fuyant est inacceptable et inhumain.

Le Parti communiste français soutient la proposition de création à Calais ou à proximité, de 3 centres d'accueil et d'orientation, destinés l'un aux hommes majeurs, un deuxième aux femmes, et un troisième aux mineurs non accompagnés. Des centres où le séjour serait de courte durée et qui permettrait de réorienter les migrants, en fonction de leur situation, et de leur projet migratoire.

La fermeture de la jungle a démontré que plusieurs centaines de migrants qui aspiraient à rejoindre le Royaume-Uni étaient dans leur bon droit puisque, finalement, les Britanniques ont accepté d'accueillir sur leur sol plus de 700 personnes qui restaient coincées depuis des mois à Calais dans des conditions indignes de notre pays.

Le PCF réaffirme son soutien aux forces associatives, citoyennes et politiques engagées dans la solidarité avec les migrants et réfugiés.

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 14:49
Apiculture. "En pleine pénurie de miel, on n'arrivait pas à le vendre"
Entretien réalisé par Marie-Noëlle Bertrand
Samedi, 24 Juin, 2017
Humanite.fr

Président de l'Union nationale de apiculture française (Unaf), Henri Clément revient sur l'année 2016, la pire de toute l'histoire de l'apiculture française. Alors que la 8ème édition des Apidays, fête dédiée aux abeille, se déroule tout ce week-end, il rappelle aussi l'enjeu de transformer nos systèmes agricole afin de préserver ce pollinisateur indispensable à notre alimentation.

En 2015, les apiculteurs ont connu une embellie. S'est-elle maintenue ?
 

 Henri Clément. Effectivement, 2015 avait été relativement correcte. Cette année là, nous avions récolté près de 18 000 tonnes de miel, ce qui n'était pas si mal.

Nous avions eu la chance d'obtenir beaucoup de miéla, cette substance sucrée qui se développe sous les fleurs et dont profitent les abeilles. C'est une sorte de manne, pour elles autant que pour nous... Mais elle ne s'est pas renouvelée l'année suivante, au contraire. En plus des problèmes structurels auxquels notre filière fait face depuis une vingtaine d'années, nous avons essuyé, en 2016, des conditions climatiques particulièrement défavorables. Au final, elle a été la pire année de l'histoire de l'apiculture française moderne. Nous avons produit moins de 10 000 tonnes de miel, soit trois fois moins que ce que nous produisions dans les années quatre-vingt quinze (depuis cette date, la filière apicole fait face à un effondrement des essaims qui pèse sur la production, NDLR). Face à cette pénurie, et pour répondre aux attentes des consommateurs, les importations de miel ont été augmentées. Elles se sont élevées à plus de 30 000 tonnes, principalement en provenance d'Asie, non sans que cela ne pose des questions quant à la qualité du miel proposé en rayon.
 
Qu'est-ce qui vous inquiète dans le miel asiatique ?
Henri Clément. En Europe, en Amérique latine, aux Etats-Unis....  la production de miel régresse partout dans le monde. Excepté en Asie, où elle augmente fortement. Et ce n'est pas uniquement le fruit de la compétence de leurs apiculteurs. On sait que beaucoup de ces miels sont reconstruits artificiellement, à base de sirops de maïs ou de riz, enrichis avec des pollens. Ils sont suffisamment élaborés pour passer le barrage des contrôles. Les fraudes sont très fines et passent les analyses de routine. Il faut pousser les recherches assez loin pour les débusquer, or cela revient très cher. Mais les chiffres parlent d'eux même. Il y a dix ans, la Chine produisait près de 250 000 tonnes de miel. Elle en sort plus de 500 000 tonnes aujourd'hui. Ils ont doublé leur production, quasiment sans augmenter le nombre de ruches. Au reste, ces miels arrivent en France à des prix défiants toute concurrence - entre 2 euros et 2,30 euros le kilo sur le parking des commissionneurs. Pour nous, le coût de revient du miel est d'environ 4,50 euros le kilo. Résultat : alors même que notre récolte 2016 était faible, certains apiculteur Français ont peiné à vendre leur miel aux conditionneurs, lesquels ont préféré les tarifs asiatiques. En pleine pénurie de miel, beaucoup ne parvenaient pas à écouler le leur. C'est aberrant !
 
Le consommateur a-t-il les moyens de faire la distinction ?
Henri Clément. En règle générale, les miels vendus directement en pot par les producteurs, ceux que l'on trouve sur les marchés, ne posent pas de souci. Cela se complique en supermarché. L'essentiel des miels industriels sont des produits d'importation. Ce n'est pas une tare en soit : il y a de très bon miels partout dans le monde. Mais il n'est pas toujours facile de s'y retrouver sur l'étiquetage. Trois cas se présentent : un, le miel provient d'un seul pays - Espagne, Italie... Dans ce cas, il est indiqué tel quel sur l'étiquette. Mais souvent, les conditionneurs assemblent différents miels -  miels de colza pour la texture, miels de tournesol pour le volume, miel de châtaigner pour l'arome - de façon à obtenir un miel a peu près régulier sur les rayons. Dans ce cas, l'étiquette indique "miels issus de mélanges intra-communautaire". Tous sont censés venir de pays européens. Mais ce n'est déjà plus aussi simple : un miel qui arrive de l'extérieur par l'Espagne peut ensuite être revendu en Italie ou en Allemagne comme miel européen. Le pire des cas reste enfin les miels issus de mélanges intra et extra-européens. Dans ce cas, rien n'est plus indiqué et plus aucun repère n'est possible. Imposer un étiquetage indiquant la totalité des pays de provenance est notre prochaine bataille.
 
Quel bilan tirez-vous du  plan abeilles qui avait été lancé par Stéphane Le Foll ?
Henri Clément. Il n'a servit a rien : 30 000 euros ont été débloqués, sans que nous sachions à quoi ils ont servi. Pourtant les problèmes sont connus. Le principal facteur de la mortalité des abeilles, ce sont les pesticides. Nous demandons que la France soit exigeante sur ce point. L'usages de quatre néonicotinoides est aujourd'hui suspendu en Europe sur les cultures attractives pour les abeilles. Il en reste toutefois deux sur le marché. Et Bayer et Syngenta ont attaqué la commission européenne afin de faire annuler cette décision. Le procès est en cours. L'Unaf, évidemment, soutient la commission, de même que d'autres associations et quelques pays - le Royaume de Suède, par exemple. La France, en revanche,  ne s'est pas constitué  à ses côtés comme nous aurions pu l'espérer. Au reste, après analyse des chiffres du ministère de l'agriculture, il est visible que l'utilisation des néonicotinoides continue de progresser, malgré le plan Ecophyto (qui vise à réduire l'usage des pesticide, NDLR). Nous attendons avec impatience que la loi biodiversité se traduise dans les faits :  dès 2018, l'usage des néonicotinoides doit être limité aux cas d'urgence, lorsqu'aucune alternative n'existe. Dès 2020, les quatre néonicotinoides mentionné doivent être définitivement prohibés. Cela dit,  il faut aussi relever des victoires : la semaine dernière, le parlement européen a soutenu la proposition de la commission d'interdire les pesticides dans les jachères agricoles, en dépit de la pression opérée par les firmes de l'agrochimie et les agriculteurs productiviste, et de l'opposition de la droite. 
 
L'Europe est-elle en train de s'affranchir de l'influence des lobbies phytosanitaires ? 
Henri Clément. Oui et non. Le fait est que les preuves de la toxicité de ces produits pour les abeilles et l'environnement, mais aussi pour la santé des consommateurs, s'accumulent tous les jours. Une prise de conscience est en train de s'opérer. Mais ne nous leurrons pas : nous avons à faire à forte partie. Bayer a racheté Monsanto, Syngenta a été racheté par les Chinois... Cette concentration des grands groupes renforce aussi leur pouvoir de lobbying. Il faut continuer à se battre avec la société civile, les associations, les élus de terrains. Il faut tendre vers l'agroécologie et sortir de l'agrochimie, replanter des arbres et des haies dans les campagnes, remettre de la diversité culturale, avec du trèfle, du sainfoin, de la féverole...  Un récent rapport de l'ONU a clairement démontré qu'il était possible de se passer d'agrochimie sans contre-coup majeur pour les économies, à condition de mettre en œuvre les bonnes stratégies.
Enfin il serait grand temps de mettre des moyens concernant la recherche contre le varois, le frelon asiatique et surtout le changement climatique. C'est notre ultime préoccupation. Nous le ressentons de plus en plus depuis dix ans. Cette année encore nous avons eu une sortie d'hivernage très précoce, suivi de forte gelées en avril-mai. Les miélées de printemps n'ont pas été bonnes. Et maintenant la canicule, qui brûle les fleurs... Sans vrai soutien du ministère, je suis inquiet pour l'avenir. Si cette saison est aussi mauvaise que celle de l'an dernier, il ne fait aucun doute que des apiculteurs mettront la clé sous la porte.
 
 
Les abeilles en chiffre
 
80% de notre environnement végétal est fécondé par les abeilles. 40% de notre alimentation (fruits, légumes, oléagineux...) et près de 20000 espèces végétales menacées dépendent de leur action polinisatrice.
 
30% des colonies d'abeilles disparaissent chaque année. En 10 ans, 15 000 apiculteurs ont cessé leur activité.
 
En 1995, la production française de miel était de plus de 32 000 tonnes. En 2011, elle était de 20 000 tonnes. En 2016, elle était de 9000 tonnes. Cette année là, les importations ont marqué un reccord : 33000 tonnes.
Tout un week-end avec les abeilles
Récoltes et dégustations de miel, découvertes de la vie des ruches, films, ateliers pédagogiques expositions : les Apidays 2017 se déroulent jusqu'au dimanche 24 juin à travers toute la France. Lancées par l'Union nationale de apiculture française (Unaf), ces manifestations sont entièrement gratuites et visent à sensibiliser le grand public à l'action de pollinisation des abeilles, indispensable à la biodiversité et à notre alimentation. 
Retrouvez le programme intégral des journées Apidays sur le site dédié. 
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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 14:00
"Un royaume d'olives et de cendres": Territoires palestiniens. Un livre pour dénoncer l'enfermement (Le Télégramme, 19 juin 2017)

Une vingtaine d'écrivains mondialement reconnus publie " Un Royaume d'olives et de cendres " , un recueil d'écrits sur l'occupation des Territoires palestiniens par Israël depuis 50 ans, les revenus du livre allant à l'ONG, Breaking the Silence. 

 

 " Un Royaume d'olives et de cendres " rassemble des textes de 26 auteurs, un Nobel  Mario Vargas Llosa, trois prix Pulitzer dont Geraldine Brooks, et des plumes comme l'Américain Dave Eggers, l'Irlandais Colm Toibin ou la Française Maylis de Kerangal.


Les éditeurs, le couple Michael Chabon/Ayelet Waldman - américain et israélo-américaine--, juifs tous les deux, entendent secouer par l'écriture l'indifférence généralisée qui s'est installée à l'égard de ce conflit vieux d'un demi-siècle et exposer les conséquences concrètes de l'occupation sur les Israéliens et les Palestiniens.

 

Cinquante ans après la guerre des Six Jours
 

L'ouvrage sort à dessein cinquante ans après la guerre des Six Jours, marquant le début de l'occupation des Territoires palestiniens par l'Etat hébreu. Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville sainte, a depuis été annexée par Israël, même si l'ONU ne reconnaît pas cette décision.

La Cisjordanie reste aussi occupée par l'armée israélienne et deux millions de Palestiniens vivent enfermés dans la bande de Gaza soumise à un rigoureux blocus. 

 


Rendre compte des réalités de l'Occupation
Les auteurs qui ont contribué à "un Royaume d'olives et de cendres", publié en anglais, arabe, hébreu, français, espagnol et italien, sont venus sur place au cours des deux dernières années pour rendre compte des réalités de l'occupation. Le chapitre écrit par Michael Chabon insiste sur le caractère "arbitraire" de l'occupation israélienne en Cisjordanie, qui soumet les Palestiniens à la lourdeur de la bureaucratie et au bon vouloir de tel ou tel soldat ou officier israélien. Le romancier américain Dave Eggers s'est rendu à Gaza pour raconter comment les Palestiniens vivent dans cette enclave souvent qualifiée de "plus grande prison du monde à ciel ouvert". L'auteur du "Cercle" et de "Zeitoun" rapporte les frustrations des Gazaouis devant leur réclusion, mais aussi devant les restrictions imposées par le mouvement islamiste Hamas qui les gouverne. 

 

Les bénéfices à une ONG détestée du gouvernement israélien
 

Le bénéficiaire des ventes du livre est l'un des acteurs indirects du conflit. L'ONG israélienne Breaking the Silence offre sous le couvert de l'anonymat une plateforme aux soldats israéliens pour raconter leur vécu et dénoncer les agissements selon eux condamnables de l'armée dans les territoires palestiniens occupés. Breaking the Silence est l'une des bêtes noires du gouvernement considéré comme le plus à droite de l'histoire d'Israël. Elle et d'autres organisations opposées à l'occupation sont soumises depuis des mois à de rudes attaques du gouvernement qui cherche à restreindre leurs activités. 

 

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 06:12
Georges Marchais Humanité Dimanche - octobre 1971

Georges Marchais Humanité Dimanche - octobre 1971

Georges Marchais: clin d'oeil à l'ami Georges, l'homme à la cigarette et au regard rieur (1920-1997)
Georges Marchais: clin d'oeil à l'ami Georges, l'homme à la cigarette et au regard rieur (1920-1997)
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