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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 05:44
Philippe Martinez : "Les syndicats sont le seul obstacle que Macron ne peut contourner"
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR PIERRE-HENRI LAB, AVEC YANNI BENCHALLAL
Dimanche, 25 Juin, 2017
Humanité Dimanche
 

Le secrétaire général de la CGT estime que le président de la République veut gérer la France comme une entreprise et l'accuse de vouloir museler les syndicats en les privant de leur prérogative de négociation. Il encourage les militants à aller à la rencontre des salariés. Un rassemblement est organisé le 27 juin près de l'Assemblée pour l'ouverture de la nouvelle législature (1).

HD. Le président de la République, qui veut légiférer par ordonnances sur le Code du travail, vient d'obtenir une large majorité à l'Assemblée nationale. Dans ce contexte, comment la CGT peut-elle parvenir à faire entendre la voix des salariés ?
 
Philippe Martinez. À ces élections législatives, comme à la présidentielle, il n'y a pas de vote d'adhésion. Le niveau record de l'abstention, encore 57 % au second tour, montre que beaucoup de députés, y compris de la majorité présidentielle, ont été élus par défaut. Plus de 60 % des personnes interrogées rejettent l'idée d'une réforme du Code du travail telle qu'on en connaît aujourd'hui les contours. J'invite le président à être humble et prudent et à ne pas considérer que, parce qu'il a été élu et qu'il dispose d'une majorité, il peut faire ce qu'il veut sans discussion.
Le gouvernement espère parvenir à ses fins avant la fin de l'été. Il met en avant la lutte contre le chômage, première préoccupation des Français. Depuis deux ans maintenant que dure le débat sur le droit du travail, tout le monde, hormis quelques farfelus, s'accorde pour dire que celui-ci n'est pour rien dans le chômage. Ce qui est en jeu, c'est une transformation de la relation au travail et à l'emploi des salariés et des travailleurs en général. Le gouvernement veut modifier profondément le contrat de travail. C'est l'idée défendue par Emmanuel Macron et les libéraux selon laquelle il vaut mieux un petit boulot que pas de boulot du tout. Cela peut permettre sans doute d'inverser la courbe du chômage, mais à quel prix ? Peut-on vivre en travaillant 3 heures par mois ? La lutte contre le chômage n'est qu'un prétexte pour mettre en oeuvre des mesures de précarité qui existent déjà au Royaume-Uni ou en Allemagne. En Italie, on va même jusqu'à distribuer des coupons d'une heure de travail aux chômeurs afin de les sortir des statistiques.
 
HD. Les ordonnances sont aussi un moyen de vous prendre de vitesse...
P. M. Emmanuel Macron est par-venu à faire exploser le cadre politique et les partis traditionnels. Les syndicats, dont la CGT, sont le seul obstacle qu'il peut rencontrer. Il va donc s'y attaquer. Le référendum d'entreprise, que nous avons combattu, pourra être convoqué à l'initiative de l'employeur sans même l'aval d'un syndicat minoritaire. Le bruit court qu'il réfléchit aussi à donner la possibilité aux comités d'entreprise de négocier des accords. Cela permettra au patronat de contourner les syndicats en suscitant des listes de candidats « libres » aux élections professionnelles. C'est une violation de la réglementation internationale. La négociation appartient aux organisations syndicales.
 
HD. La fusion des institutions représentatives, une mutation forcée du syndicalisme ?
P. M. Emmanuel Macron ne veut pas transformer le syndicalisme. Il veut l'écarter du processus du dialogue social sous le prétexte fallacieux que, en raison de la faiblesse du nombre d'adhérents, les syndicats ne seraient plus représentatifs. C'est ridicule. Quand 57 % des électeurs ne sont pas allés voter au second tour des législatives, on voit qui a un problème de représentativité. Le chef de l'État tente un coup de force contre la démocratie sociale. Il veut écarter les syndicats austéphane de sakutin afp profit d'une pseudo-société civile. La composition du groupe LREM nous donne un aperçu de ce qu'est cette « société civile ». Pas d'ouvriers et peu d'employés, elle est essentiellement composée de patrons, de professions libérales ou de cadres supérieurs. Quant au pseudo-renouvellement, beaucoup des élus ont été attachés parlementaires. Et Macron en est la parfaite incarnation. On peut être jeune et avoir de très vieilles idées.
 
HD. L'interdiction que vous fait le gouvernement de ne pas divulguer le peu d'informations qu'il vous donne sur son projet n'est donc pas anecdotique ?
P. M. Non. C'est choquant mais classique dans une entreprise où la loi subordonne toujours plus la question sociale aux questions financières. C'est flagrant dans les conseils d'administration où un devoir de réserve est imposé aux administrateurs salariés sous peine de commettre un délit. Emmanuel Macron se comporte comme un chef d'entreprise qui veut museler les organisations syndicales. Le syndicalisme qu'il tolère est un syndicalisme d'experts, qui se retrouvent pour discuter dans l'entre-soi de salons feutrés.
 
HD. Comment la CGT peut mettre en échec le gouvernement ?
P. M. En allant à la rencontre dessalariés et en leur proposant très rapidement des mobilisations. Vendredi 16 juin, j'étais aux côtés des salariés en lutte de GM&S (entreprise creusoise, lire page 14). Il est évident que leur première préoccupation est de maintenir leur outil de travail et leurs emplois. Les agents d'EDF et de la SNCF s'inquiètent des menaces sur leur statut. Nous devons faire converger l'ensemble de ces préoccupations pour réussir dès ce mois-ci des mobilisations comme le rassemblement du 27 juin organisé à Paris, à l'occasion de l'installation de la nouvelle Assemblée nationale. En juillet, un 8 pages sera distribué aux spectateurs du Tour de France et nous allons nous appuyer sur notre caravane des saisonniers. Il s'agit de préparer et de réussir un très grand rendez-vous de mobilisation à la rentrée.
 
HD. Quel bilan tirez-vous de la mobilisation contre la loi El Khomri ?
P. M. Elle confirme ce que nous savons déjà. On peut lancer des pétitions, on peut avoir une forte mobilisation. Mais, si on ne persuade pas la majorité des salariés de passer à l'action, on ne peut pas faire reculer un gouvernement ou une direction d'entreprise. Il y a trop d'exemples où ce sont les salariés qui viennent nous chercher. Aller à la rencontre des salariés est un passage obligé. Souvent, ils s'étonnent que nous venions les voir.
Il faut changer ce rapport-là. Les syndicalistes sont des salariés à part entière. Leur présence aux côtés des autres doit être perçue comme naturelle.
 
HD. Des différences d'appréciations existent entre les syndicats. FO estime par exemple que la concertation est réelle. Qu'en est-il de l'unité syndicale ?
P. M. Je suis toujours optimiste. L'unité syndicale est une nécessité. C'est indispensable pour donner confiance aux sal ariés. Après, chacun a son appréciation à ce stade de la discussion. Sur le fond, je n'ai pas l'impression que la position de FO soit changée par rapport à l'an passé. Je note d'ailleurs que la dernière déclaration de leur instance dirigeante n'écarte pas la possibilité de se mobiliser. Ce que nous souhaitons maintenant, c'est que cette unité se formalise rapidement.
 
HD. Justement, que dire à un salarié qui doute de l'efficacité de la mobilisation ?
P. M. La mobilisation est efficace quand on est nombreux. L'an dernier, la mobilisation était importante mais pas suffisante. Parce que nous avons les deux pieds dans la réalité du monde du travail, nous savons que ce n'est pas aisé. L'éclatement du monde du travail, l'isolement des chômeurs et des précaires compliquent la mobilisation. Et, quand on a un travail, il y a la peur de se faire remarquer. Jamais la répression n'a été aussi forte. Chez PSA, il y a eu 48 mises à pied en quelques mois. Le délégué syndical de Poissy, Farid Borsali, fait l'objet d'une procédure disciplinaire infondée. Je comprends la peur des salariés, mais la peur n'évite pas le danger. Se mobiliser collectivement, c'est plus efficace et c'est protecteur.
 
HD. Vous avez récemment assisté à la conférence de l'Organisation internationale du travail (OIT). Qu'en retenez-vous ?
P. M. J'ai été marqué par l'intérêt etla préoccupation des syndicalistes du monde entier pour ce qui se passe en France. Partout dans le monde, les syndicalistes se battent pour obtenir des garanties et des droits collectifs. Que la France, qui fut à l'initiative avec d'autres de la création de l'OIT et qui passe pour avoir une législation du travail des plus protectrices, soit à l'origine de la remise en cause des garanties collectives les inquiète. Ils craignent que l'absence de droits collectifs devienne la norme. Cela ternit l'image de notre pays.
 
(1) Mardi 27 juin, à 12 heures, place des invalides, à l'appel de l'urif CGt, Fo Île-de-France, Fsu, solidaires et unef.
Journaliste à l'Humanité dimanche
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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 05:00
Conseil national du PCF des 23 et 24 juin 2017: rapport introductif aux travaux de Pierre Laurent

Rapport de Pierre Laurent en introduction aux travaux du Conseil national des 23 et 24 juin 2017

 

Cher(e)s camarades,
 
Permettez moi avant tout d'adresser mes sentiments de fraternité les plus chaleureux à l'ensemble des communistes. Toutes et tous viennent de traverser, avec beaucoup de combativité et d'esprit de responsabilité, une année politique complexe et difficile à vivre. Je veux leur dire que tous leurs efforts, les gestes militants produits, toutes les idées semées, les contacts noués, tout portera ses fruits. Rien de ce que nous avons fait ensemble ne sera vain. Je veux tout particulièrement féliciter nos candidates et candidats, et tous ceux qui les ont accompagnés dans leurs campagnes, singulièrement nos secrétaires départementaux, et saluer le travail conduit tout au long de l'année, notamment pour les élections législatives par le secteur élections sous la conduite de Pascal Savoldelli et le secteur vie du Parti sous la conduite d'Emilie Lecroq. Et je veux enfin, évidemment, entre votre nom à tous, saluer les onze députés communistes élus, qui vont porter notre voix et nos combats durant cinq années. Ils seront très précieux pour unir dans le combat les forces d'opposition sociales et démocratiques à Macron, au Parlement comme dans le pays. Vous le savez, les onze députés formeront le nouveau groupe GDR avec des députés ultra-marins. Ils ont proposé hier de travailler à une liaison ou à toute forme de coordination  avec le groupe des Insoumis. Notre confiance leur est acquise. Nous allons pouvoir compter sur un groupe combatif, créatif, renouvelé et rajeuni. Il y a neuf nouveaux députés parmi les onze. J'ajoute que nous pouvons également compter sur l'entrée au Parlement européen d'une nouvelle députée européenne dans la circonscription du grand sud-ouest, Marie-Pierre Vieu. C'est aussi cela le résultat d'une année d'engagement des communistes dans tout le pays.
 
Je veux dire ensuite que ce rapport a été rédigé à chaud, nous sommes cinq jours seulement après la fin du cycle électoral. Il est donc une entrée dans un débat qui va durer, sûrement pas un aboutissement. Il était tout de même indispensable que nous portions une première analyse et que nous prenions des décisions immédiates. Ce rapport est le fruit des propositions que j'ai livrées devant le Cen mardi et de la discussion collective de travail que nous avons eue. J'ai essayé de tenir compte de cette très riche discussion, mais la vérité m'oblige à dire qu'il n'engage pas le Cen sur toutes les questions. Le temps de la synthèse était trop court. J'assume la part d'engagement personnel qu'il comporte. De toute façon, la période qui s'annonce nécessitera l'engagement de tous, dans le respect et la fraternité, mais avec franchise et courage.
 
J'en viens au cœur de mon propos. Pour problématiser notre travail, je préfère aller droit au but. Je ne livrerai pas à une analyse détaillée de tous les aspects de la situation. Les problèmes sont trop lourds et trop nombreux. Nous rencontrerons également cet écueil avec le CN, qui, face aux immenses enjeux de la période. Le temps sera lui aussi trop court, comme le temps imparti à chacune de vos interventions. Je ferai donc des propositions sur le processus de travail dans lequel nous devons nous engager. Et c'est en particulier là dessus que je vous demanderai de vous prononcer.
 
Pour être franc, je pense que ce qui vient de se passer dans la société, et pour notre parti, appelle à repenser très profondément deux questions :
- la nature, le rythme, l’ampleur et l’ambition des transformations du Parti
- les conditions de la reconstruction progressive d’une perspective majoritaire de changement progressiste
 
Je veux faire quatre remarques préliminaires :
 
1) la situation créée par les deux élections présidentielle et législatives est un séïsme électoral et politique inédit sous la Véme République.
C’est une nouvelle période politique qui s’ouvre, non stabilisée, en quelque sorte l’année zéro d’une recomposition appelée à connaître d’autres épisodes. Pour tirer des enseignements politiques, prendre les bonnes décisions, nous ne pouvons nous en tenir à l’analyse de nos résultats, ou même analyser nos résultats en dehors de ce qui a été bouleversé autour de nous. Les questions posées sont plus globales, plus exceptionnelles que d'habitude. Tout doit être repensé, réétudié : l'état de la société, des clivages de classe, à l'heure d'une mondialisation capitaliste en plein chaos, le nouveau paysage politique, la nature des nouvelles forces en présence, les conditions de construction d’une nouvelle majorité politique de changement à partir de cette situation, la question de la gauche, de son état et de son avenir... Et pouvoir ainsi repenser utilement notre rôle et notre avenir dans ces conditions bouleversées. C'est donc une réflexion d'ampleur à laquelle nous sommes appelés.
 
2) La situation n'est pas stabilisée. La recomposition va durer. D'énormes contradictions demeurent.
Et l'une de ces contradictions est au cœur de la situation : le camp libéral recomposé, avec Macron, En Marche et le Modem, a remporté une écrasante victoire. Cette victoire, il l’ a obtenue en réussissant à capter à  son profit un ras-le-bol très profond à l'égard de la société actuelle, d’immenses besoins de changement politique, parfois très contradictoires, une volonté de déverrouillage démocratique. Ces attentes travaillent en vérité des pans entiers de la société française depuis 2005. L'attelage du pouvoir est instable, parce qu' il y a une énorme contradiction entre ce captage politique, ce hold-up réussi par Macron et les attentes de progrès social, écologique et démocratique  qui sont toujours là. La situation peut vite mettre en évidence le décalage criant entre les pouvoirs quasi absolus de l'exécutif et d'un Président, que les médias surnomment déjà communément « Jupiter »,  et l'état réel du pays et des attentes citoyennes. Il y a beaucoup d'incertitude sur l'avenir de la coalition politique présidentielle à l'intérieur même de cette force : l'épisode récent du remaniement ministériel et du départ de François Bayrou en est l'illustration.
La politique Macron ne répondra pas à ces attentes dans la durée, parce que son logiciel reste celui du service des intérêts capitalistes financiers.  La contradiction est appelée à s’aiguiser, sans que l'on puisse dire de quel côté elle peut se dénouer. C'est l'objet du combat politique en cours. Mais travailler ces contradictions, pour agir en s'appuyant sur les forces qui cherchent ou ont intérêt à des issues positives, est décisif. Notre travail n'est pas seulement de s'opposer, mais d'aider les travailleurs, les citoyens qui y ont intérêt à trouver les chemins de leur émancipation sociale et démocratique. Nous devons d’abord nous exprimer à partir de ce que cherche la société, et nous centrer en premier lieu sur cela.
 
3) Nous sommes directement interpellés par ces bouleversements. La question de l'avenir du Parti est posée.
Nous ne sommes pas les seuls à être remis en cause. Un immense chantier de reconstruction est face à nous et à toutes les forces de transformation sociale. La gauche sort atomisée de ce séïsme après cinq ans d’un quinquennat qui a préparé cette explosion. Le PS et EELV sont au tapis. L'émergence de la FI cristallise la recherche d'une réponse nouvelle à cette crise de la gauche, mais soulève d'autres questions sur l'avenir possible d'un projet majoritaire. Nous mêmes sommes très affaiblis. Nos résultats législatifs sont un échec grave en termes de voix et de crédibilité nationale. L’élection de onze députés est une très bonne nouvelle dans ce contexte. Elle fait de nous une des forces qui a résisté à la tornade. Nos militants ont tenu bon et mené des campagnes courageuses. Nous pouvons et devons jouer un rôle dans la reconstruction à venir, à condition de procéder à des changements profonds, en quelque sorte à notre propre révolution politique.
Le bilan de l'année écoulée doit être absolument débattu, sans tabou. Il nous faudra démêler ce qui a relevé de notre gestion politique de l'échéance présidentielle, et des questions plus structurelles sur l'avenir de notre combat et celui du Parti.
Il est évident que les choix que nous avons faits pour l'élection présidentielle ne nous ont pas permis de dénouer les difficultés et de déjouer les dangers que nous avions identifiés. Un regard critique sur cette année est donc nécessaire. En même temps, l'année révèle tout à la fois la persistance d'un large espace politique pour les idées de transformation sociale que nous contribuons à développer, et des impasses politiques qui demeurent voire s'aggravent. Notre bilan doit donc chercher à remonter à la racine des problèmes qui nous sont posés. Nous devons évaluer nos expériences depuis le Front de gauche, les points marqués et nos erreurs, mais comprendre aussi plus fondamentalement la profondeur des colères populaires et la difficulté que nous avons à les porter jusqu'à la conscience politique d'un intérêt commun de tous les dominés; comprendre les potentiels comme les obstacles à la reconstruction d'une conscience de classe, les penser dans leur dimension internationale ; comprendre les nouveaux phénomènes politiques néo-populistes, qui ne sont plus l'apanage du Front national, mais sur lesquels Macron a lui aussi construit son mouvement, et que Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise revendiquent sous l'appellation de « populisme de gauche » ; comprendre enfin les transformations de la politique et des formes d'engagement, singulièrement dans la jeunesse et les nouvelles catégories sociales émergentes.
Le problème central pour nous n'est pas de nous penser principalement par rapport à la FI, même si celle-ci  s’est installée à un niveau significatif sur un terrain que nous disputons nous-même. Je crois en réalité que, pour l’heure, aucune des forces en présence n’est en mesure de relever l’énorme défi de reconquête face à Macron et de reconstruction d’ une perspective majoritaire de gauche. Nous avons surtout  à penser par nous-mêmes cette situation, avec tous ceux qui sont disponibles, et ils sont nombreux, pour reconstruire une stratégie et des pratiques de conquêtes et de victoires durables pour la transformation sociale, et un parti communiste du XXIème utile à atteindre ces objectifs. Ce chantier et les réponses qu'il doit faire émerger restent à construire, ce qui ne veut pas dire que notre point de départ soit une feuille blanche, loin s'en faut.
 
4) Nous affronterons les défis de cette nouvelle période dans la riposte et l'action pour reconstruire. Il ne saurait être question de rentrer en conclave ou en hibernation. Nous allons être au front tout de suite. Je crois d’ailleurs que l’action et les luttes sont une condition de la reconstruction politique, y compris de nos propres réinventions. Je ferai donc des propositions pour que nous engagions ces ripostes, en lien avec nos parlementaires,  d'autant que le pouvoir veut frapper vite et fort dès cet été. Je crois que nous devons le faire avec esprit de suite. Les fronts de riposte que nous devons déployer doivent s'inscrire dans la durée pour devenir de véritables chantiers de reconstruction alternative, et créer de nouveaux espaces politiques d'engagement.
 
A

Ainsi, chers camarades, vous l'aurez compris, je pense qu'il nous faut une remise en cause, une réinvention profonde, sérieuse qui demandera du temps. Je pense en même temps que les questions ne peuvent attendre, et que le signal de l'audace doit être immédiat et fort. Je vous proposerai donc des décisions concrètes sur l'agenda, la méthode et l'ambition de notre travail. Cet agenda et cette méthode doivent garantir que tous les choix, à chaque étape, seront mis entre les mains des communistes.
 
 
Avant d'en venir à ces propositions pour l'avenir du parti et nos initiatives de riposte à la politique Macron, je veux souligner quelques points supplémentaires utiles pour prendre toute la mesure du séisme politique qui vient de se produire.
 
Tous les scenarii déjoués
La première mesure de ce tremblement de terre nous est donné par les Français.  Ils ont déjoué tous les pronostics, à commencer par le match Hollande-Sarkozy qui n'a jamais eu lieu. Les primaires étaient là pour les installer. Les Français les ont instrumentalisées pour changer le casting présidentiel, ce qui fait beaucoup réfléchir sur l'usage même de ces primaires dans le contexte d'une présidentialisation exacerbée.
 
Un cocktail détonant
Le cocktail explosif qui a fait voler en éclat le paysage politique est divers. Il mélange beaucoup d'exaspération devant la dégradation des conditions de vie sociale, devant les inégalités indécentes, devant les mensonges politiques à répétition, devant les gâchis d'une société qui ne ménagent ni les humains, ni la planète ; il conjugue aussi la montée de la peur et des inquiétudes face à l'avenir, face au monde, face à la menace du terrorisme ; il marie le brouillage des repères politiques, la dilution des repères de classe dans le monde du travail  et aussi une forte poussée de « dégagisme », utilisée comme un exutoire très contradictoire contre un système politique jamais clairement défini, par des forces aussi diverses  que  En Marche !, la France insoumise ou le Front national.
 
Il existe en France un désir de changement majoritaire vers plus d'honnêteté en politique, plus de justice sociale, de démocratie réelle, de paix et de sécurité, de respect de l'environnement. Notre peuple aspire au renouveau des choix politiques, de la politique elle-même. Interrogé sur ses aspirations au fil des enquêtes, il répond  de plus en plus positivement à des mesures ou des propositions clairement ancrées  « à gauche » . Que ce soit sur les questions sociales, économiques ou sociétales. Nous l'avons nous même constaté dans l'enquête que nous avons initiée « Que demande le peuple », malgré toutes ses limites.
 
Mais, il s’identifie de moins en moins à ce mot de « gauche », identifié à Hollande, au Parti socialiste et aux désillusions que les expériences de gauche, notamment la politique du dernier quinquennat ont engendrées. Ainsi, le clivage droite/gauche est aujourd'hui profondément brouillé. La rhétorique de Macron, ses choix dans la composition du gouvernement, accentuent ce brouillage.  
 
Faut-il s'en accommoder, comme s'il s'agissait là seulement « du vieux monde » ? Ou plutôt chercher à redonner du sens à tout cela ?  Et comment ? A partir de quels grands repères émancipateurs dans le XXIème siècle ? Ces débats sont pour nous sur la table.
 
Le sens du vote Macron. Et maintenant quelle opposition  ?
Les déceptions successives font monter chez les gens le besoin du neuf en politique et du nécessaire rassemblement pour le porter et réussir. Tout ce qui divise est mal vécu. Tout ce qui apparaît comme une posture de critique systématique est condamné. Tout ce qui apparaît comme une querelle politicienne est désavoué. Nos concitoyens veulent des solutions et pas des critiques. Ils veulent le rassemblement, l’unité et pas la division.
 
Tout ceci explique le succès de Macron qui, avec l'appui des milieux financiers et leurs réseaux politiques ou médiatiques, a su capter à son profit ces aspirations, les détourner tout en apportant une réponse :  Macron possède un atout que n’avait ni Sarkozy ni Hollande. Il ne représente pas un clan, un camp, mais un rassemblement, un mouvement.
 
Pour autant, son projet politique n'a pas  fatalement partie gagnée dans la durée et les résultats électoraux eux mêmes traduisent les limites et les contradictions auxquelles le président et le gouvernement vont être confrontés  : Macron a été élu avec 24 % seulement des voix au premier tour et, au second, avec les bulletins de vote de citoyens, dont nous sommes, qui refusaient l'accession possible au pouvoir de Marine Le Pen.
 
Même constat concernant les élections législatives : Macron a bénéficié au maximum de l’effet levier du quinquennat et l’inversion du calendrier : « La République en Marche ! » devient la 1ere force politique sur la métropole avec 6.032.689 voix et 27,94% des exprimés, mais accuse une perte de 2.234.385 sur le score de Macron à la présidentielle.
 
La signification de l'abstention
L'abstention massive à l’élection législative montre les fragilités du projet présidentiel. L'abstention a cette fois cumulé l’exacerbation de la logique présidentialiste depuis l'instauration du  quinquennat et une défiance attentiste à l'égard du nouveau pouvoir. Résultat : elle atteint un record avec 51,29% des inscrits, pulvérisant pour la 1ere fois aux législatives le mur des 50 %.
Le Premier ministre et les divers porte-paroles de LREM ont minimisé ce fait inquiétant pour asseoir la légitimité sur les pourcentages de voix exprimées et le nombre de députés élu-e-s. Or, avec 29% de différence, cette élection de 2017 sanctionne la plus grosse chute de participation entre un 1er tour de présidentielle et un 1er tour de législatives depuis que ces élections se suivent à 7 semaines d’intervalle. Les moins de 50 ans, les ouvriers et les employés, les moins diplômés, les revenus inférieurs au salaire médian, forment les grosses cohortes des abstentionnistes.
 
Le Front national entre progression record et coup d'arrêt
Chose nouvelle, avec seulement la participation de 43 % de ses électeurs du 1er tour de la Présidentielle, l’abstention frappe aussi très durement l’électorat du FN, pourtant challenger de 2e tour du Président élu.
 
Le Front national est dans une situation paradoxale. Sa progression a été extrêmement importante dans ces élections. En même temps, l'échec du 2nd tour et les débats internes marquent une forme de coup d'arrêt, et il ne parvient pas à former un groupe, contrairement à nous et à la France insoumise.
 
Le FN a connu avec ces élections législatives un net reflux avec la perte de 4.564.347 voix et 8,09 % des exprimés  par rapport à la présidentielle, passant du rang de 2e force politique à celui de 3e force, malgré une présence dans toutes les circonscriptions de métropole. Il régresse aussi par rapport aux législatives de 2012 passant de 14,01 % des exprimés à 13,43 % et perdant 586.485 voix.
 
Cependant, il reste la 1ere force chez les ouvriers (29%) et chez celles et ceux qui gagnent moins de 1 250€/mois (25%). N'en concluons donc surtout pas que la menace aurait disparu. Elle reste à un très haut niveau pour la suite.
 
La bataille que nous avons menée avec le livre « Front National l'imposture », qui a fait l'objet  d'une multitude de débats partout en France, le positionnement au soir du premier tour de l'élection présidentielle a contribué, pour sa part, à ce reflux, ou à cette progression heureusement maîtrisée,  et, surtout, à être identifiés ou ré-identifiés  dans le champ politique  comme un parti responsable qui ne transige pas avec des valeurs essentielles. Nous devons amplifier ce travail.
 

Les partis de  droite ébranlés
Le séisme politique frappe de plein fouet la droite dite républicaine : affaiblie par l'épisode des primaires, puis par une campagne présidentielle marquée par le « Pénelope gate »  et les affaires, LR et l’UDI  réunissent, aux élections législatives  4.070.408 voix et 18,85 % des exprimés, soit une perte de 3.368.353 voix et 11 % sur 2012.
LR et UDI ne rassemblent que 46 % des électeurs s’affirmant de droite. L’électorat de cette droite puise l’essentiel de sa force chez les plus 60 ans : 28 % chez les 60-69 ans et 34 % chez les plus 34 ans. La résilience de la droite LR-UDI repose sur le vieillissement du corps électoral et sur le fait que l’abstention soit nettement plus faible dans ces classes d’âges.
 
Le PS et EELV atomisés
La gauche, dans son ensemble, sort considérablement affaiblie et divisée de cette séquence électorale. L'effondrement et le discrédit du PS rejaillissent sur toute la gauche et la tire globalement vers le bas. PS et Verts sont face à une crise existentielle qui peut leur être fatale.  
 
Les Verts sont politiquement et provisoirement éliminés, très paradoxalement au moment même où leurs idées sont devenues hégémoniques dans une grande part du champ politique et que la personnalité la plus populaire du gouvernement s'appelle Nicolas Hulot.
 
Le PS est explosé. Avec ses satellites PRG et MDC, il obtient un score de 1.726.628 voix et 8 % des exprimés sur la métropole, à rapprocher des 8.616.137 et 34,62 % de 2012. S'il se redresse légèrement par rapport à la présidentielle, il passe du rang de 1ere force électorale du pays en 2012 à celui de 5e force. Personne ne peut dire aujourd'hui ce qui va se passer. La direction du PS a démissionné et vient de repousser la mise en place d'une direction provisoire. Personne n'en connaît les équilibres. La tendance d'un vote d'abstention du groupe socialiste lors du vote de confiance à l'Assemblée nationale semble acquise.
Nous nous dirigeons probablement vers des prises d'initiatives éclatées. Benoît Hamon organise déjà un rassemblement le 1er juillet pelouse de Reuilly à Paris pour créer un mouvement trans-partisan.
 
Une chose est sûre, nous assistons à la fin, peut-être provisoire, mais pour l'heure bien réelle, d'une séquence politique de près de quarante ans, marquée par l'alternance d'une gauche dominée par le PS et d'une droite dominée par la droite UDR/UMP/LR-UDI. Les forces libérales dominantes sont à la recherche d'un nouveau modèle politique français, teinté de grande coalition à la française et de néo-populisme présidentialisé.
 
Après la prise du pouvoir gaulliste en 1958, l'arrivée de la gauche en 1981 et la longue plongée dans les alternances à répétition et les déceptions toujours plus vives qu'elles ont engendrées, nous entrons dans un troisième temps de la Vème République, qui aura des conséquences sur toutes les échéances à venir avant 2022, à commencer par les sénatoriales.
 
La nature du régime présidentiel au coeur de la crise démocratique.
La dévalorisation des élections législatives, commes des élections locales, atteint la cote d'alerte. La participation aux élections législatives a chuté de 16 % depuis 1997, dernières législatives avant le quinquennat. A cela s'ajoutent la déformation des modes de scrutin et l'écrasement du débat par le temps présidentiel. Résultat, l'Assemblée nationale présentée comme celle du renouveau déforme comme jamais la représentation du pays.
Je pense que nous devrions en tirer deux conclusions : intensifier de manière  beaucoup plus permanente et efficace notre bataille pour la démocratisation institutionnelle. Je ferai une proposition immédiate à ce sujet ; anticiper différemment la bataille présidentielle dans laquelle nous avons subi deux échecs en 2002 et 2007, et dans laquelle nous avons soutenu Mélenchon en 2012 avec le Front de gauche et en 2017 dans des conditions que personne, je crois, ne souhaite renouveler  parmi les communistes.
   
Approfondir le débat sur les partis et les formes d'engagement, d'organisation et de représentation politique.
Les même qui crient à la mort des partis, en créent sur de nouveaux modèles, mixant une implication numérique décentralisée, une concentration des lieux de décision, et l'imposition de marques fortes utilisant toutes les techniques du marketing politique numérique. Notre parti, riche d'idées, fortement militant, implanté localement, reste lui  sous doté en moyens numériques et manque de cohérence, de visibilité et d'efficacité  nationale. Nous n'avons pas à copier des modèles qui relèguent la souveraineté et l'initiative individuelle. Au contraire , nous avons à inventer nous-mêmes une nouvelle forme de parti, un nouveau modèle d'organisation additionnant un fort pouvoir militant, décentralisé et impliqué démocratiquement, et une cohérence, une réactivité, une visibilité nationale profondément repensées, utilisant tout à la fois les pratiques militantes de proximité, une communication modernisée et les nouveaux potentiels  numériques, en inventant de nouveaux usages numériques au service de nos objectifs ? Nous avons d'ailleurs à développer l'appropriation sociale et militante des usages numériques pour inventer de nouveaux modèles d'information et de  communication, d'échanges participatifs, de décision et d'organisation ; et pour mieux conjuguer nos organisations territoriales, du local au national, à de nouveaux réseaux horizontaux, pour repenser dans l'ensemble de nos organisations une souveraineté globale et décentralisée de nos militants.
 
Ma dernière série de remarques concerne évidemment l'espace de reconstruction d'une gauche de transformation sociale et d'un projet à vocation majoritaire pour reconstruire une perspective de victoires.
 
Le succès de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, avec un score remarquable de près de 20 % des voix, très proche de la qualification au second tour, est la marque d'une évolution qualitative en faveur d'un nouveau projet transformateur humaniste, social et écologique.
 
Cette dynamique montante depuis 2012, nous y avons pris notre part.
 
Dans la foulée de ce résultat présidentiel, Jean-Luc Mélenchon et les dirigeants de la France Insoumise ont choisi contrairement à 2012 de donner la priorité à l'installation politique de leur mouvement, en fait de ce nouveau parti, dans le champ politique. Ils ont choisi de le faire dans une concurrence délibérée avec les forces adverses, ce qui est bien normal, mais aussi avec les forces potentiellement partenaires, comme notre parti. Et ils ont l'intention de continuer. La FI a obtenu sur ces bases des résultats significatifs aux élections législatives, très supérieurs aux nôtres, mais aussi très inférieurs à l'élection présidentielle, confirmant le caractère pluriel du vote Mélenchon du 23 avril. Les résultats législatifs permettent à la FI de disposer d'un groupe à l'Assemblée nationale. Si la FI semble vouloir s'affirmer comme une force concurrente à la nôtre, nous ne sommes pas obligés de construire notre stratégie en miroir de la leur. Regardons en effet les motivations de vote.
 
Si la FI se réfère marginalement à la gauche, voir récuse cette référence, le vote FI à la présidentielle est de fait devenu le vote utile à gauche, et aux législatives il est apparu pour les « électeurs se situant à gauche » comme le 2e vote de gauche avec 25 % après « En Marche !» qui, contradictoirement, en rassemble 30 % et se place devant le PS qui est à 22 %.
 
Les zones de force de la FI sont l’électorat FDG et les électeurs de Mélenchon à la présidentielle, respectivement à 55 %, les professions intermédiaires à 17%, les employés à 14%, les chômeurs à 18%, les 18-24 ans à 18% et les 25-34 ans à 21%.
 
Malgré son recul par rapport au 1er tour de la présidentielle, la FI s’affirme comme la 4e force électorale du pays.
 
Après notre soutien autonome à Mélenchon dans la présidentielle, les résultats de notre parti aux élections législatives sont mauvais. Malgré un ancrage de proximité réel, même de plus en plus inégal, et des batailles militantes de qualité, nous ne résistons pas, faute de crédibilité politique nationale suffisante.
 
Les 465 candidat-e-s présenté-e-s par le PCF aux élections législatives ont réuni 687.313 voix et 3,17 %/exprimés sur les 539 circonscriptions de France métropolitaine ; ce chiffre est à rapprocher de 2007 où les candidat-e-s présenté-e-s par le PCF en métropole dans le cadre d’un découpage électoral différent avait réuni 1.191.732 voix, 4,71 % des exprimés, et de 2012 où notre Parti avait, dans le cadre du Front de gauche, présenté 408 candidat-e-s qui avaient recueilli 5,5 %/exprimés et 1.368.644 suffrages.
Sur les circonscriptions actuelles, le PCF est au-dessus de 5 % des exprimés dans 81 circonscriptions, contre 248 en 2012 et 127 en 2007.
 
Si dans les communes de plus de 25.000 habitants ayant un maire communiste l’empreinte de l’activité militante de proximité des communistes permet de rassembler 24 % des exprimés, il n’en reste pas moins que l’enracinement et l’activité territoriale du PCF arrivent de moins en moins à contrebalancer le poids que font peser les rapports de forces dégagés aux présidentielles sur le choix des électeurs aux législatives.
 
Mais, contradictoirement, le PCF, de par ses capacités de rassemblement de tout l’électorat de gauche, réussit à faire élire 11 députés communistes, soit 4 de plus qu’en 2012. Ce qui doit conduire à réinterroger radicalement l’activité de toute l’organisation PCF, sur son rapport politique à la société française et dans sa capacité à amener les citoyens jusqu’à mettre un bulletin de vote communiste dans l’urne.
 
Ainsi, notre parti est à la fois confronté au problème institutionnel du présidentialisme de la Ve République aggravé depuis 2002 par le quinquennat, et qu’il n’a jamais su résoudre depuis 1962, et à la question existentielle de ce que doit être une organisation politique porteuse de l’espérance de transformations sociales communistes au XXIè siècle.
 
Les enquêtes qualitatives sur l’électorat Front de gauche montrent que, si celui-ci crédite le PCF des conquêtes sociales du XXe siècle et l’intègre dans le patrimoine historique et politique de la France, reconnaît l’action positive des collectivités gérées par les communistes, il ne le considère pas comme une force apte à comprendre et résoudre les problèmes du XXIè siècle.
 
C'est à cette révolution politique pour notre parti et son projet qu'il convient de s'atteler avec ardeur, car nous avons accumulé au cours des quinze dernières années de nombreux ingrédients indispensables à cette réinvention. Il ne s'agit toutefois pas de pousser un peu plus loin. Il faut changer beaucoup et en profondeur jusqu'à jeter de manière cohérente et progressive les bases de notre nouvelle organisation communiste.
 
C'est l'étape fondamentalement nouvelle dans laquelle je vous propose que nous nous engagions.
*****
 
Je voudrais souligner une idée. Notre réinvention doit être résolument offensive. Pourquoi ? Parce que notre audace doit être le contraire d'un renoncement. Parce que notre force, avec son originalité culturelle, d'idées, de pratiques et de projet, reste indispensable à la réinvention plus globale d'un projet de transformation majoritaire. Ce que nous n'avons pas réussi, personne ne l'a vraiment réussi. Et je pense à des questions clés pour un processus d'évolutions révolutionnaires dans le XXIème siècle.
Alors que certains tente de marginaliser la pensée nécessaire des rapports d'exploitation, de domination, au profit de la notion exclusive et sublimée d'un « peuple », d'un « eux » et d'un « nous » effaçant l'enjeu des rapports de classe,  il est au contraire essentiel de repenser les rapports d'exploitation et de domination à l'échelle du capitalisme mondialisé, pour renouveler les stratégies de conquête des pouvoirs à toutes les échelles, dans une approche tout autant locale, territoriale qu'internationaliste et européenne. Les approches marxistes, les idées communistes déjà élaborées, ou encore à élaborer resteront essentielles.  
Il en va de même de la place des nouvelles classes populaires dans les luttes politiques de transformation au XXIème siècle. Nous n'avons tout à reconstruire et c'est une question clé dans l'entreprise, dans le salariat éclaté, dans les quartiers populaires qui doit être au coeur de notre processus de transformation. Car aujourd'hui personne n'a résolu cette question, sans laquelle tout dépassement des logiques dominantes est illusoire. Je ne parle pas de l'identification de ces forces à un candidat, mais du réinvestissement et de l'intervention politique consciente de ces forces populaires dans les luttes de classes à toutes les échelles. Faire des 99 % une vraie force politique de transformation, voilà l'enjeu !
Je pense à la question démocratique, comme condition essentielle de la transformation sociale et écologique de nos modes de vie, de production et de consommation.
La dérive antidémocratique est au coeur des processus de domination. Du passage en force sur le TCE après 2005 au 49-3 sur la loi El Khomri, et maintenant aux ordonnances Macron, c'est une méthode de gouvernement permanente.
L’hégémonie culturelle libérale est en réalité contestée et les réponses libérales ne peuvent s’imposer que dans le refus de la délibération et de la souveraineté populaires. Cadenassées, les institutions font  tourner à vide la démocratie. Nous sommes entrés dans ce que certains nomment une « post démocratie ».
La société nous envoie sans cesse à l'opposé le message d'une très forte aspiration à participer, à décider, à prendre l'intérêt commun en charge, aspiration contrariée par le mépris démocratique des pôles dirigeants. Des luttes sociales contre le mépris patronal à Nuit debout, des avancées de l'ESS, des pratiques municipales nouvelles aux interventions citoyennes croissantes sur tous les choix de société... l'enjeu des pouvoirs est partout présent.
Le Parti communiste doit prendre à bras le corps cette question et faire d'une démocratie rénovée, élargie, continue, radicale, le cœur de son projet, de sa visée, et surtout de ses pratiques. C’est ça le communisme, c’est d’abord ça : le peuple souverain qui conduit lui-même son destin.
Vous l'avez compris, je ne crois pas que l'heure soit à accepter, face à la crise démocratique, et à l'impuissance construite du politique, un « moment populiste », même rebaptisé de gauche, qui substituerait l'identification à la représentation et à la construction de l'intervention, en quelque sorte comme un sas de transition obligé vers une future renaissance démocratique.
« En Marche !, le Front National et nous, la France Insoumise, c’est un monde politique nouveau qui émerge », disait Alexis Corbière un matin de mai sur France Inter. Le « moment populiste », produit de la crise démocratique, manifeste « la désaffiliation des majorités populaires avec les classes politiques en place », explique, dans les pas de la philosophe Chantal Mouffe, le mélenchoniste Christophe Ventura dans un débat de l’Humanité. Il y aurait donc là, une tactique ou une stratégie, ou pour le citer « une boîte à outil ». D’abord on dégage et ensuite,  comme le dit Ventura, « ça peut contribuer à revivifier (la démocratie), à réinstaller un équilibre entre la société et la démocratie ».
Oui ça peut… Ou pas ! Car ça peut aussi glisser vers un tout autre régime... ne jouons pas avec ce feu.
Je crois pour ma part à l'invention d'une tout autre stratégie, à condition bien sûr que nous nous donnions les moyens d'en être à la hauteur : celle de la conquête citoyenne, en tous lieux et en toutes circonstances, progressive ou plus globale, mais toujours dans l'avancée de droits et de pouvoirs nouveaux pour le plus grand nombre.  
Évidemment, cela appelle une nouvelle organisation, plus seulement territoriale et généraliste comme la nôtre, mais centrée sur sa capacité à animer jusqu'à des victoires partielles et globales des fronts de lutte et de conquête, à pousser jusqu'à la majorité et à l'hégémonie des projets et des idées minoritaires à potentiel majoritaire. C'est  alors, évidemment, une conception profondément renouvelée du rassemblement, recentrée sur la construction populaire.
Voilà, chers camarades, quelques idées sur l'ambition qui devrait nous animer. Ces réflexions n'ont aucune prétention exhaustive. Elles visent seulement à donner un cap, un sens aux propositions que je veux maintenant vous faire.
*****
 
 

Je propose donc que nous avancions sur trois terrains en même temps :
 
1) Lancer un processus de profonde transformation du Parti, aboutissant à un congrès extraordinaire avant la fin 2018
 
2) Lancer des fronts de riposte et d'action immédiats
 
3) Lancer un débat national « Réinventer à gauche » avec tous les citoyens disponibles pour ce travail
 
Je détaille ces propositions :
 
1) A partir d'une évaluation critique de notre situation, de nos potentiels, et de nos échecs, je vous propose de lancer un processus de profonde transformation de notre Parti. Il serait mené à partir de chantiers de travail ouverts à tous les communistes. Nous donnerions comme ambition à ce processus la préparation d'un Congrès extraordinaire au terme d'un travail de 12 à 18 mois sur la révolution dont a besoin notre Parti.
 
Je veux dire immédiatement plusieurs choses. Si j'emploie des mots forts , et il nous est déjà arrivé de le faire, je ne cherche pas à me payer de mots. L'humilité est nécessaire. Une fois l'ambition énoncée, et je crois qu'elle doit être à ce niveau, la seule garantie que nous puissions nous donner est celle du travail collectif.
Si je parle de congrès extraordinaire, je n'imagine pas une préparation  avec les textes habituels. Ma proposition est différente : j'imagine des chantiers de transformation concrets travaillés dans les 12 ou 18 mois à venir, dont les thèmes devraient être décidés avec les communistes dans une première phase de consultation, et qui aboutiraient à des préconisations de transformation effectivement expérimentées dans la préparation, validées et prolongées lors du Congrès extraordinaire.
 
Décider avec les communistes la liste de ces chantiers de transformation serait donc la première étape. Elle durerait du CN d'aujourd'hui, après l'adoption d'une résolution votée demain jusqu' à une assemblée nationale des animateurs et animatrices de section que nous pourrions convoquer pour le 14 octobre.
 
Cette assemblée voterait la liste définitive de ces chantiers de travail, élirait les collectifs d'animation chargés de les animer, et déciderait de la date à laquelle nous convoquons le congrès extraordinaire.
 
Vous le savez, le Congrès du Parti est à ce jour fixé au mois de juin 2019.
 
Je propose d'avancer cette date avant l'été 2018 ou à l’automne 2018, selon ce que nous estimerons nécessaire pour mener à bien ce processus de transformation profonde du Parti.
 
Je vais faire dans quelques instants une première proposition de thèmes pour les chantiers. Après discussion, nous pourrions mettre à disposition des communistes cette liste, qui resterait évidemment totalement modifiable à ce stade, avec la résolution adoptée et généraliser au cours de l'été des compte-rendus du CN pour bien s'expliquer sur la démarche engagée, la méthode et le rythme envisagés.
 
Nous élaborerions au cours de l'été un document de consultation des communistes en vue de l'Assemblée nationale d'octobre.
 
Pour l'élaborer, je vous propose qu'il soit conçu et validé avec les membres du CN, réunis en séminaire à Angers pendant l’université d’été, le vendredi  25 août à partir d’un travail préparatoire de l’exécutif national.
 
La consultation des communistes ayant lieu du 1erau 30 septembre, avec un grand effort militant lors de la fête de l’Humanité. Elle aurait comme support un document papier mais aussi des outils de consultation numérique, par exemple des wiki-débat, mis en place début septembre.
 
Les sympathisants, les contacts que nous avons, les communistes de coeur  pourraient également être sollicités, en faisant une distinction dans les documents pour recueillir leur avis.
 
A partir de l'Assemblée nationale d'octobre, commencerait une seconde phase, celle du travail des chantiers décidés à partir des choix majoritaires des adhérent-e-s de notre Parti.
 
Il s’agit donc de construire un Congrès qui jetterait les bases des fondations nouvelles de notre organisation communiste repensée.  Une phase de préparation où nous pourrions expérimenter, tester des formes de travail commun, de préparation inédite.
 
Notre Conseil national aura à travailler pour faire un questionnaire simple, concret, avec plusieurs questions ouvertes, pour permettre d’avoir un vrai menu de travail clair et transparent.
 
Se pose une autre question, celle de l'animation de tous ces chantiers, et de la préparation de ce congrès. Il faut trouver des modes de pilotage qui soient larges et ouverts, qui ne peuvent pas être l'apanage du seul CEN. Le travail de préparation d'été du CEN et du CN devrait également porter sur ce point. Il devrait également porter sur une décision que nous n'avons pas mise en œuvre, et j'en assume le retard, et que nous pourrions régler d'ici la fête de l'Humanité, la mise en place d'un porte-parolat collectif du Parti.  
 
A propos de ces questions d'animation, dans deux tribunes publiées mercredi dans l'Humanité, des camarades suggèrent pour les uns la démission de la direction et la mise en place d'un collectif de direction provisoire, et pour d'autres la mise à disposition devant les communistes de notre mandat de direction.
Personnellement, je ne crois pas qu'une démission collective soit le signal interne et externe qu'il nous faille envoyer. Evidemment, si les communistes convoquent en octobre un congrès et mettent à l'ordre du jour la question de la direction, de sa conception, de son travail, nos mandats seront naturellement versés au débat. Je ferai d'ailleurs partie de ceux là en posant la question de la direction en rapport avec les nouveaux objectifs que nous nous serons fixés. D'ici là, je crois responsable que nous nous engagions tous dans la réussite d'un tel processus qui sera très exigeant s'il veut être réussi.
 
J'en viens aux thèmes des chantiers. Ma proposition est une manière d'amorcer le débat. J'en énonce sept :
 
- Comment redevenir le parti des classes populaires, au travail, à l'entreprise et dans les quartiers populaires ? Comment les définir ? Quelles priorités se donner ?
 
- Quelle stratégie de transformation concrète de la société ? Comment devenir un parti de la conquête citoyenne ? Comment faire vivre et progresser notre projet ? A partir de quelles aspirations de la société ? A quelle échelle de territoire ?  Dans quelles luttes ?
 
- Comment, à partir de nos bonnes pratiques locales et du travail de nos élu-e-s, de toutes nos expérimentations militantes, construire des outils de notre stratégie nationale de transformation sociale ?
 
- Quel rassemblement voulons-nous, avec qui, comment ? Avec quels objectifs ? Conquérir des lieux de pouvoirs et les exercer ? Pour quoi faire ? Avec qui ?
 
- Quel nouveau modèle d'organisation ? Quelle nouvelle forme d'organisation  démocratique révolutionnaire qui fabrique du commun, lie la décentralisation de l'initiative, la démocratisation des décisions, fait grandir le pouvoir citoyen et militant à toutes les échelles? Quelle place pour les nouvelles plate-formes numériques ? Quels nouveaux usages collaboratifs et démocratiques ?
 
- Comment reconstruire notre communication et notre identification ? De quelle question politique s'agit-il ? Comment refonder des repères et des symboles forts ?
 
Permettez-moi une parenthèse sur cette question : la question du nom de notre parti viendra inévitablement à cet endroit, bien qu'elle ne soit probablement pas l'entrée la plus pertinente ou la plus féconde. Mais nous ne devrions pas non plus en faire un tabou. Le coeur de notre problème est autre : à quoi et à quel nom s'identifie notre communisme d'aujourd'hui ? Personnellement, je pense que nous devrions pousser la piste du « commun », cette idée tellement fondatrice de ce que nous sommes, et tellement d'actualité à l'heure de repenser l'avenir de l'humain et de la planète comme des biens communs de l'humanité libérée et émancipée à laquelle nous aspirons. Le commun, c’est d'ailleurs aussi les moyens de réappropriation du politique.
 
- Quels moyens humains et financiers pour mettre en œuvre ces politiques ? Comment les organiser compte tenu de nos objectifs et de ce que sont réellement  ces moyens aujourd'hui?
 
Sur ce point, je fais une exception par rapport aux autres points, puisque je propose, compte tenu des urgences à traiter, que nous mettions immédiatement et sans attendre ce groupe de travail en place sous la responsabilité de Jean-Charles Nègre. Nous avons besoin d'une remise à plat globale, dans un périmètre large, de l'ensemble de nos moyens, en recherchant toutes les mutualisations possibles, direction nationale et grandes fédérations, élus, journaux et revues.  
 
*****
 
J'en viens aux propositions d'action et de riposte.
 
La première des batailles inscrite à l'agenda présidentiel et parlementaire est donc celle des ordonnances contre le Code du travail.
 
Le projet de loi d'habilitation sera présentée mercredi 28 juin et l'Assemblée en sera immédiatement saisie. Nous pourrions amplifier tout l'été un travail d'information, de sensibilisation, et de mobilisation sous le label déjà lancé : « l'été, ce n'est pas fait pour casser le code du Travail », en portant à la connaissance du plus grand nombre notre projet de loi  pour la sécurité d'emploi et de formation, en travaillant avec nos groupes, avec les syndicats, avec les collectifs d'avocats et de juristes mobilisés.
 
Nous pourrions cibler dans les conditions particulières de l'été les entreprises, les grandes zones d'emploi saisonniers, les services publics où beaucoup de salariés ne sont plus fonctionnaires, et évidemment les quartiers, les zones de loisirs et les zones résidentielles où vivent ces salariés.
Les grands rendez-vous auront lieu en septembre, les syndicats y travaillent et pour ce qui nous concerne à la fête de l'Humanité.
Il s'agirait pour nous d'engager un travail de plus longue haleine pour animer dans la durée nos actions sur le thème du travail, de l'emploi et de la formation, en travaillant la popularisation de nos propositions, de l'action de nos élu-e-s, dans toutes les luttes menées.
 
Nous voulons un front de luttes durable, qui soit aussi un champ d'expérimentation de pratiques politiques nouvelles en direction du monde du travail. Ce travail trouverait lui aussi un débouché au congrès, notamment dans la promotion de plus de cadres dans nos directions investis dans ce travail militant en direction du monde de l'entreprise dans sa diversité.
 
La seconde des batailles pourrait porter sur la démocratie et la protection de nos libertés publiques.
 
La déformation de la représentation démocratique a été mise en exergue par l'ampleur de l'abstention aux législatives. La France va découvrir dans les semaines et les mois à venir la supercherie d'un renouveau politique qui n'a que renforcer le poids des milieux d'affaires et de la techno-structure au Parlement.
Nous devons porter avec audace nos propositions, pour des institutions qui réhabilite la représentation populaire par la proportionnelle à toutes les élections, qui en finisse avec la présidentialisation de la vie politique, qui ouvre l’exercice du droit de vote aux étrangers non communautaires. Une République décentralisée qui redonne du pouvoir, un pouvoir réel aux communes, un statut aux élus pour s’opposer à la professionnalisation mais aussi à l’exclusion des salarié-e-s et précaires des responsabilités politiques.
 
Je fais une proposition. Puisque le Président de la République et le Premier ministre annoncent qu'ils réfléchissent à l'introduction d'une dose de proportionnelle, et que nous savons leur proposition piégée et détournée par la réduction drastique du nombre de parlementaires, ouvrons en grand le débat sur la représentation populaire et pluraliste de notre pays dans ses assemblées. Le Parti communiste pourrait prendre l'initiative d'un comité national de campagne, ouvert à toutes les sensibilités, pour l'instauration de la proportionnelle intégrale, pour laquelle 70 % des Français viennent de se prononcer, et la démocratisation de nos institutions. Nous pourrions demander à deux de nos parlementaires, un ou une député(e) et un ou un(e) sénateur-trice d'initier ce comité national de campagne.
Nous aurons aussi à conduire la bataille contre la transcription des dispositions  de l'état d'urgence dans la loi commune, qui ferait de la législation française la plus restrictive d'Europe. Ces batailles peuvent peut-être se conjuguer ou s'épauler.
Nous pourrions là aussi mener des campagnes dans la durée, en recherchant les formes de communication sur les réseaux sociaux et les formes de la participation populaire les plus larges possibles. Car typiquement, ce sont des objectifs sur lesquels nous devrions viser une mise en mouvement majoritaire.
La troisième campagne pourrait viser l'amplification de nos actions de solidarité concrètes durant l'été.
Les plus connues sont nos sorties à la mer et nos journées de vente solidaire de fruits et légumes. Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont concernées au total. Le réseau de ces actions a commencé à se densifier. Nous devrions l'impulser en visant l'organisation de notre parti à plus long terme dans les quartiers populaires.  
Ces magnifiques journées de solidarité concrète montrent qu’en s’organisant solidairement, on peut vivre un rêve qui, seul face à son destin, était interdit. Nous devrions généraliser ces initiatives. Nous devrions réfléchir à leur donner un prolongement, sous d’autres formes tout au long de l’année. Et nous devrions réfléchir comment cet axe permanent d'action pourrait donner lieu à à la construction d'une bataille avec ces familles populaires, pour débarrasser notre société du fléau de la grande pauvreté.
Plus un homme, plus une femme, plus une famille à la rue. Plus personne interdit de manger à sa faim, plus personne privé d’énergie ou d’eau. Le parti communiste doit devenir la force politique qui doit faire de cette question une grande cause nationale. N'est-ce pas ainsi que les idées de solidarité et de mise en commun peuvent reconquérir de la place dans les consciences ?
De la sécurité sociale au statut de la fonction publique, des colonies de vacances aux expériences locales de démocratie participative, des théâtres publics dans les villes de la banlieue rouge aux expériences de gratuité des transports, notre pays bénéficie d'un héritage communiste qui marque sa personnalité. Le temps est venue de nouvelles pratiques, de nouvelles conquêtes qui laisseront leurs marques  communistes pour les générations de demain.
La quatrième bataille d'été, ou plus exactement de rentrée, pourrait concerner l'école. Dans la foulée de la réforme du collège, le pouvoir veut repartir à la charge sur un projet éducatif inégalitaire. La question des rythmes scolaires est toujours sur la table. Le gouvernement a promis 12 élèves par classe de CP en ZEP, suscitant des espoirs qui ne seront pas au rendez-vous. Nous pourrions décider une semaine de mobilisation nationale à la porte des établissements scolaires la semaine de la rentrée, avec un modèle de tract national popularisant nos propositions.
Enfin, je veux dire un mot de la question européenne.
Macron se présente comme l'homme capable de relancer le projet européen, mais  ce qu'il annonce nous promet surtout une Europe de la Défense et rien pour sa réorientation sociale, aucune remise en cause des dogmes de gestion financière et budgétaire. Dans toute l'Europe, des forces démocratiques cherchent la voie de convergences plus efficaces. Sur notre proposition et à l'initiative du PGE et de forces de gauche et écologistes plus larges, se prépare le forum européen de Marseille pour les 10 et 11 novembre. Et dans deux ans, auront lieu les prochaines élections européennes. Je propose que nous mettions sans tarder en place une groupe de travail qui déploie un chantier d'action sur l'enjeu européen, sous la responsabilité d'Anne Sabourin  et de nos députés européens. Ce chantier pourrait prendre place au cœur de notre travail de préparation du congrès extraordinaire.
 
Je veux terminer en vous soumettant une ultime proposition : initier un débat avec tous ceux qui le souhaiteront pour « réinventer à gauche ».
Nous le savons, la gauche sort abîmée, brouillée, discréditée de la séquence électorale. Pourtant, des millions et des millions de femmes et d'hommes qui ont le cœur à gauche sortent meurtris et déboussolés de cette année électorale. Beaucoup ont voté par défaut ces derniers mois.
Nous devons parler et reconstruire avec eux. Il ne s'agit pas pour le moment de se relancer dans je ne sais quelle construction hasardeuse. Il ne s'agit pas de « sauver la gauche », mais pas non plus de laisser sombrer ce qui a fait historiquement la gauche, et qui sera utile à reconstruire un projet positif pour la France, l'Europe et le monde, à réinventer un projet émancipateur du 21ème siècle.
Je vous propose une démarche simple et forte, conduite au niveau national et dans chacun de nos départements : établir la liste de tous ceux que nous connaissons, avec lesquels nous avons travaillé, qui peuvent être intéressés  à reconstruire et à réinventer avec nous.  Ce sont des militants, des élus locaux, des responsables associatifs, syndicaux, des intellectuels, des scientifiques, des femmes et des hommes de culture, des femmes et des hommes tout simplement engagés dans des causes diverses. Et leur écrire, en les informant de ce que nous engageons, en leur proposant de les rencontrer, en leur demandant leurs idées, leurs suggestions,  en construisant avec eux tous les espaces de dialogue utiiles à poursuivre dans la durée l'échange et la construction de nouvelles perspectives.  
 
L'état de défiance est tel que nous devons nous donner le temps de cette nouvelle élaboration pour pouvoir à nouveau imaginer, rêver, et construire ensemble.
 
J'ai la conviction que ces femmes et ces hommes sont nombreux autour de nous et peuvent se mobiliser, pour peu que nous fassions appel à eux, à leur intelligence et à leur créativité dans le respect mutuel.
 
Je vous engage, membres du CN, fédérations, à faire vivre cette démarche dans chaque territoire.
Pour ma part, dès cet été, je prendrai des initiatives de sollicitations et de rencontres en invitant plusieurs centaines de personnalités à deux rencontres de travail, la première lors de l'Université d'été de notre Parti à Angers et la seconde lors de la Fête de l'Humanité. La lettre que je leur adresserai dans les prochains jours sera adressée aux fédérations.
 
Je conclus justement en évoquant devant vous l'importance de ces deux rendez de rentrée. L'université d'été à Angers du 25 au 27 août, au cours de laquelle la nouvelle formule de notre revue du projet, rebaptisée « Cause commune », fera événement. Et bien évidemment la Fête de l'Humanité, du 15 au 17 septembre.
 
Nous le ressentons tous, cette Fête dans le contexte politique que nous connaissons, et considérant les enjeux et les chantiers de refondation que nous voulons engager, aura une importance décisive, et peut avoir un énorme retentissement politique public.
 
Je vous invite, ainsi que toutes les organisations du Parti, à vous saisir dès-à-présent de la diffusion de la vignette pour participer et faire participer le maximum de personnes pour faire de la Fête de l'Humanité, le rendez-vous de la riposte, de la reconstruction, de la réinvention.
 
Demain soir , l'espace Niemeyer accueillera une magnifique initiative de soutien culturel au journal, « Itinéraires d'Humanité ». Après ce premier lancement public, le lancement militant national de la diffusion de la vignette de la Fête, animée par Nathalie Simonnet, se tiendra le mercredi 28 juin au siège du Parti communiste, en présence de Patrick Le Hyaric, de nos député-e-s, et de moi-même.

Pierre Laurent

Paris le 23 juin 2017
 

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 04:50
"Des migrants qui dorment dans la rue, on n'en trouve qu'en France" ( interview de l'un des auteurs d'un rapport de l'UNICEF sur le sort des migrants par Le Point, 21 juin 2017)
"Des migrants qui dorment dans la rue, on n'en trouve qu'en France"

Un rapport de l'Unicef s'alarme du sort des migrants mineurs qui transitent par la France. Entretien avec l'un de ses auteurs : Olivier Peyroux.

Modifié le  - Publié le  | Le Point

 

Cofondateur avec Alexandre Le Clève de l'association Trajectoires, qui étudie les parcours des migrants et des réfugiés à travers l'Europe, le sociologue OlivierPeyroux a conduit, entre janvier et avril dernier, une vaste enquête auprès des mineurs non accompagnés (MNA) qui séjournent dans sept campements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Manche. Son rapport, cosigné avec deux autres chercheurs, pointe le fait que l'État français ne prend pas en charge, comme la Convention des droits de l'Enfant le lui impose, les jeunes présents dans ces « jungles », et ce, bien qu'ils y soient en danger

Le Point : Combien d'enfants et d'adolescents migrants sont-ils présents dans l'Hexagone ?

Olivier Peyroux : Un décompte précis est difficile. Les conclusions auxquelles parviennent la plupart des associations c'est entre 8 000 et 10 000, s'agissant plus spécifiquement des bidonvilles du Nord de la France sur une année leur nombre oscille entre 1 500 à 3 000.

D'où viennent-ils ?

Pour la moitié d'entre eux, d'Afghanistan. Mais il y a aussi des Syriens, des Irakiens, des Kurdes, des Érythréens, des Éthiopiens, des Soudanais, des Vietnamiens…

Vous recensez, dans votre rapport, sept « jungles » dans le nord de la France. Pourquoi ces bidonvilles se sont-ils multipliés ?

C'est dû au démantèlement du camp de Sangatte en 2002. Les pouvoirs publics n'ont pas voulu créer de point de fixation et les migrants n'ont pas eu d'autre choix que de trouver refuge dans divers campements insalubres. C'est un problème franco-français. Ni en Allemagne, où ont afflué un million de réfugiés, ni en Belgique, ni au Royaume-Uni, on ne trouve des migrants qui dorment dans la rue.

Est-ce à dire que l'État français est défaillant ?

Un choix politique a été fait. L'idée semblait être que moins bonnes seraient les conditions d'accueil, moins nombreux seraient les réfugiés. La réalité a montré que cette logique était erronée puisqu'on a compté jusqu'à 10 000 réfugiés en janvier 2016 dans les 7 bidonvilles que nous avons identifiés dans le nord de la France.

Vous décrivez la terrible réalité à laquelle sont confrontés ces mineurs…

Les migrants sont entre les mains de réseaux de passeurs. Ils doivent payer cher leur voyage. Même si les prix ont un peu chuté l'an dernier, cela se chiffre en milliers d'euros. Certains enfants sont envoyés par leurs familles, qui payent leur passage. D'autres fuient par leurs propres moyens et doivent donc « travailler » pour payer. On leur confie un nombre incalculable de tâches : porter de l'eau, surveiller les camions sur les parkings des ferries, ouvrir les portes de ceux-ci pour que des migrants puissent se cacher dedans… Certains sont même contraints de se prostituer.

A-t-on une idée de la proportion d'enfants et d'adolescents subissant des violences sexuelles ?

A priori, toutes les femmes qui viennent d'Afrique subsaharienne et qui ont traversé le Tchad et la Libye ont eu à subir des agressions de cet ordre. Même si peu d'entre eux en parlent ouvertement, un tiers des garçons afghans auraient été victimes d'actes de pédophilie.

Pourquoi les victimes ne se signalent-elles pas davantage aux autorités ?

Parce que les passeurs en dissuadent les migrants en leur disant qu'ils seront renvoyés en Grèce s'ils contactent la police.

En janvier dernier, Europol s'inquiétait de la disparition de 10 000 migrants mineurs. Qu'en est-il ?

Ce chiffre est à manipuler avec précaution. Selon les relevés d'Eurostat, 88 300 mineurs non accompagnés ont demandé l'asile dans les États de l'Union européenne en 2015. L'administration a perdu la trace de 10 000 d'entre eux, mais cela ne veut pas dire que 10 000 enfants ont disparu. Même s'il est évident que certains d'entre eux sont victimes de réseaux criminels divers…

Ces exactions se déroulent pourtant parfois sur le territoire national...

Oui. Nous savons que, dans deux camps au moins, où les associations sont peu présentes (Steenvoorde et Norrent Fontes), des femmes et de jeunes hommes sont amenés à se prostituer. Mais il n'y a eu, à ma connaissance, aucune intervention de la police afin de les protéger.

Certains groupes sont-ils plus visés par les réseaux ?

On sait que les Vietnamiens qui rejoignent le Royaume-Uni sont presque tous asservis. Les femmes vont être exploitées dans des « bars à ongles » où se pratique la prostitution. Les hommes vont travailler dans des fermes où est cultivé clandestinement du cannabis. Mais on sait aussi que tous les groupes sont potentiellement concernés. Lorsque la durée du séjour en France s'allonge, les ressources des mineurs ont tendance à se tarir. Ils se retrouvent vite obligés de « travailler ». Or les délais de passage en Angleterre s'allongent. De cinq mois en moyenne, ils peuvent atteindre un an. On observe cependant qu'après plusieurs mois de tentatives infructueuses une majorité d'entre eux reconsidère leur projet migratoire vers d'autres pays ou en France

Que faudrait-il faire ?

Probablement s'inspirer du dispositif Versini (du nom de la secrétaire d'État chargée de la lutte contre la précarité et l'exclusion entre 2002 et 2004 Dominique Versini, NDLR). À l'époque, des conventions avaient été passées avec des associations pour l'organisation de maraudes et la mise à l'abri des mineurs circulant sur plusieurs départements. Il est vrai que le flot de réfugiés était, à l'époque, moins important.

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 14:53
Visite de Gérard Collomb à Calais: "Un faux-fuyant inacceptable et inhumain" (PCF)

Visite de Gérard Collomb à Calais : "Un faux-fuyant inacceptable et inhumain"

Comme on pouvait s'y attendre, la fermeture de la jungle de Calais en octobre dernier, et celle du camp de Grande Synthe après son incendie en début d'année, n'a pas fait disparaître les mouvements migratoires vers la Grande-Bretagne via le port de Calais. Les migrants sont de retour, et leurs effectifs augmentent régulièrement. On parle de 500 à 600 personnes, sans abri, et ayant toutes les peines du monde à se restaurer, à boire voire à dormir. Des enfants, mineurs isolés, errent aux alentours de Calais dans l'indifférence générale des pouvoirs publics.

C'est cette situation, qu'après une visite éclaire le 14 juin 2017, le défenseur des droits Jacques Toubon, dénonce en des termes qui ne peuvent qu'interpeller les  parlementaires du Pas-de-Calais. Le défenseur des droits souligne avec raison l'attitude maltraitante des pouvoirs publics, et de certains policiers à l'égard des migrants. Il dénonce également l'attitude de la municipalité et ses arrêtés interdisant aux associations de distribuer des vivres, ou d'offrir des douches. Jacques Toubon est un homme sérieux ; tout comme Mgr Jaeger, évêque d'Arras, qui soutient son curé de Calais qui ouvre le parvis de l'Eglise pour apporter sa protection aux migrants.

La « chasse » aux migrants ne sert à rien, qu'à dégrader la France. Emmanuel MACRON, lorsqu'il n'était que candidat, s'était engagé à « remettre les accords du Touquet sur la table, pouvoir en renégocier les modalités, en particulier pour les mineurs... ». Qu'en est-il aujourd'hui qu'il est devenu président ?

Il s'agit pour l'Etat d'assurer la protection et la dignité des personnes migrantes sans que se reconstitue un bidonville. Pourtant, lors de sa visite aujourd'hui à Calais, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a réaffirmé son opposition à l'ouverture de tout nouveau centre sur place sous le prétexte "qu'il sera rapidement débordé". Ce faux-fuyant est inacceptable et inhumain.

Le Parti communiste français soutient la proposition de création à Calais ou à proximité, de 3 centres d'accueil et d'orientation, destinés l'un aux hommes majeurs, un deuxième aux femmes, et un troisième aux mineurs non accompagnés. Des centres où le séjour serait de courte durée et qui permettrait de réorienter les migrants, en fonction de leur situation, et de leur projet migratoire.

La fermeture de la jungle a démontré que plusieurs centaines de migrants qui aspiraient à rejoindre le Royaume-Uni étaient dans leur bon droit puisque, finalement, les Britanniques ont accepté d'accueillir sur leur sol plus de 700 personnes qui restaient coincées depuis des mois à Calais dans des conditions indignes de notre pays.

Le PCF réaffirme son soutien aux forces associatives, citoyennes et politiques engagées dans la solidarité avec les migrants et réfugiés.

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 14:49
Apiculture. "En pleine pénurie de miel, on n'arrivait pas à le vendre"
Entretien réalisé par Marie-Noëlle Bertrand
Samedi, 24 Juin, 2017
Humanite.fr

Président de l'Union nationale de apiculture française (Unaf), Henri Clément revient sur l'année 2016, la pire de toute l'histoire de l'apiculture française. Alors que la 8ème édition des Apidays, fête dédiée aux abeille, se déroule tout ce week-end, il rappelle aussi l'enjeu de transformer nos systèmes agricole afin de préserver ce pollinisateur indispensable à notre alimentation.

En 2015, les apiculteurs ont connu une embellie. S'est-elle maintenue ?
 

 Henri Clément. Effectivement, 2015 avait été relativement correcte. Cette année là, nous avions récolté près de 18 000 tonnes de miel, ce qui n'était pas si mal.

Nous avions eu la chance d'obtenir beaucoup de miéla, cette substance sucrée qui se développe sous les fleurs et dont profitent les abeilles. C'est une sorte de manne, pour elles autant que pour nous... Mais elle ne s'est pas renouvelée l'année suivante, au contraire. En plus des problèmes structurels auxquels notre filière fait face depuis une vingtaine d'années, nous avons essuyé, en 2016, des conditions climatiques particulièrement défavorables. Au final, elle a été la pire année de l'histoire de l'apiculture française moderne. Nous avons produit moins de 10 000 tonnes de miel, soit trois fois moins que ce que nous produisions dans les années quatre-vingt quinze (depuis cette date, la filière apicole fait face à un effondrement des essaims qui pèse sur la production, NDLR). Face à cette pénurie, et pour répondre aux attentes des consommateurs, les importations de miel ont été augmentées. Elles se sont élevées à plus de 30 000 tonnes, principalement en provenance d'Asie, non sans que cela ne pose des questions quant à la qualité du miel proposé en rayon.
 
Qu'est-ce qui vous inquiète dans le miel asiatique ?
Henri Clément. En Europe, en Amérique latine, aux Etats-Unis....  la production de miel régresse partout dans le monde. Excepté en Asie, où elle augmente fortement. Et ce n'est pas uniquement le fruit de la compétence de leurs apiculteurs. On sait que beaucoup de ces miels sont reconstruits artificiellement, à base de sirops de maïs ou de riz, enrichis avec des pollens. Ils sont suffisamment élaborés pour passer le barrage des contrôles. Les fraudes sont très fines et passent les analyses de routine. Il faut pousser les recherches assez loin pour les débusquer, or cela revient très cher. Mais les chiffres parlent d'eux même. Il y a dix ans, la Chine produisait près de 250 000 tonnes de miel. Elle en sort plus de 500 000 tonnes aujourd'hui. Ils ont doublé leur production, quasiment sans augmenter le nombre de ruches. Au reste, ces miels arrivent en France à des prix défiants toute concurrence - entre 2 euros et 2,30 euros le kilo sur le parking des commissionneurs. Pour nous, le coût de revient du miel est d'environ 4,50 euros le kilo. Résultat : alors même que notre récolte 2016 était faible, certains apiculteur Français ont peiné à vendre leur miel aux conditionneurs, lesquels ont préféré les tarifs asiatiques. En pleine pénurie de miel, beaucoup ne parvenaient pas à écouler le leur. C'est aberrant !
 
Le consommateur a-t-il les moyens de faire la distinction ?
Henri Clément. En règle générale, les miels vendus directement en pot par les producteurs, ceux que l'on trouve sur les marchés, ne posent pas de souci. Cela se complique en supermarché. L'essentiel des miels industriels sont des produits d'importation. Ce n'est pas une tare en soit : il y a de très bon miels partout dans le monde. Mais il n'est pas toujours facile de s'y retrouver sur l'étiquetage. Trois cas se présentent : un, le miel provient d'un seul pays - Espagne, Italie... Dans ce cas, il est indiqué tel quel sur l'étiquette. Mais souvent, les conditionneurs assemblent différents miels -  miels de colza pour la texture, miels de tournesol pour le volume, miel de châtaigner pour l'arome - de façon à obtenir un miel a peu près régulier sur les rayons. Dans ce cas, l'étiquette indique "miels issus de mélanges intra-communautaire". Tous sont censés venir de pays européens. Mais ce n'est déjà plus aussi simple : un miel qui arrive de l'extérieur par l'Espagne peut ensuite être revendu en Italie ou en Allemagne comme miel européen. Le pire des cas reste enfin les miels issus de mélanges intra et extra-européens. Dans ce cas, rien n'est plus indiqué et plus aucun repère n'est possible. Imposer un étiquetage indiquant la totalité des pays de provenance est notre prochaine bataille.
 
Quel bilan tirez-vous du  plan abeilles qui avait été lancé par Stéphane Le Foll ?
Henri Clément. Il n'a servit a rien : 30 000 euros ont été débloqués, sans que nous sachions à quoi ils ont servi. Pourtant les problèmes sont connus. Le principal facteur de la mortalité des abeilles, ce sont les pesticides. Nous demandons que la France soit exigeante sur ce point. L'usages de quatre néonicotinoides est aujourd'hui suspendu en Europe sur les cultures attractives pour les abeilles. Il en reste toutefois deux sur le marché. Et Bayer et Syngenta ont attaqué la commission européenne afin de faire annuler cette décision. Le procès est en cours. L'Unaf, évidemment, soutient la commission, de même que d'autres associations et quelques pays - le Royaume de Suède, par exemple. La France, en revanche,  ne s'est pas constitué  à ses côtés comme nous aurions pu l'espérer. Au reste, après analyse des chiffres du ministère de l'agriculture, il est visible que l'utilisation des néonicotinoides continue de progresser, malgré le plan Ecophyto (qui vise à réduire l'usage des pesticide, NDLR). Nous attendons avec impatience que la loi biodiversité se traduise dans les faits :  dès 2018, l'usage des néonicotinoides doit être limité aux cas d'urgence, lorsqu'aucune alternative n'existe. Dès 2020, les quatre néonicotinoides mentionné doivent être définitivement prohibés. Cela dit,  il faut aussi relever des victoires : la semaine dernière, le parlement européen a soutenu la proposition de la commission d'interdire les pesticides dans les jachères agricoles, en dépit de la pression opérée par les firmes de l'agrochimie et les agriculteurs productiviste, et de l'opposition de la droite. 
 
L'Europe est-elle en train de s'affranchir de l'influence des lobbies phytosanitaires ? 
Henri Clément. Oui et non. Le fait est que les preuves de la toxicité de ces produits pour les abeilles et l'environnement, mais aussi pour la santé des consommateurs, s'accumulent tous les jours. Une prise de conscience est en train de s'opérer. Mais ne nous leurrons pas : nous avons à faire à forte partie. Bayer a racheté Monsanto, Syngenta a été racheté par les Chinois... Cette concentration des grands groupes renforce aussi leur pouvoir de lobbying. Il faut continuer à se battre avec la société civile, les associations, les élus de terrains. Il faut tendre vers l'agroécologie et sortir de l'agrochimie, replanter des arbres et des haies dans les campagnes, remettre de la diversité culturale, avec du trèfle, du sainfoin, de la féverole...  Un récent rapport de l'ONU a clairement démontré qu'il était possible de se passer d'agrochimie sans contre-coup majeur pour les économies, à condition de mettre en œuvre les bonnes stratégies.
Enfin il serait grand temps de mettre des moyens concernant la recherche contre le varois, le frelon asiatique et surtout le changement climatique. C'est notre ultime préoccupation. Nous le ressentons de plus en plus depuis dix ans. Cette année encore nous avons eu une sortie d'hivernage très précoce, suivi de forte gelées en avril-mai. Les miélées de printemps n'ont pas été bonnes. Et maintenant la canicule, qui brûle les fleurs... Sans vrai soutien du ministère, je suis inquiet pour l'avenir. Si cette saison est aussi mauvaise que celle de l'an dernier, il ne fait aucun doute que des apiculteurs mettront la clé sous la porte.
 
 
Les abeilles en chiffre
 
80% de notre environnement végétal est fécondé par les abeilles. 40% de notre alimentation (fruits, légumes, oléagineux...) et près de 20000 espèces végétales menacées dépendent de leur action polinisatrice.
 
30% des colonies d'abeilles disparaissent chaque année. En 10 ans, 15 000 apiculteurs ont cessé leur activité.
 
En 1995, la production française de miel était de plus de 32 000 tonnes. En 2011, elle était de 20 000 tonnes. En 2016, elle était de 9000 tonnes. Cette année là, les importations ont marqué un reccord : 33000 tonnes.
Tout un week-end avec les abeilles
Récoltes et dégustations de miel, découvertes de la vie des ruches, films, ateliers pédagogiques expositions : les Apidays 2017 se déroulent jusqu'au dimanche 24 juin à travers toute la France. Lancées par l'Union nationale de apiculture française (Unaf), ces manifestations sont entièrement gratuites et visent à sensibiliser le grand public à l'action de pollinisation des abeilles, indispensable à la biodiversité et à notre alimentation. 
Retrouvez le programme intégral des journées Apidays sur le site dédié. 
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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 05:40

jeudi 22 juin 2017

Lors d’un point presse organisé le 21 juin à l’Assemblée, André Chassaigne, député du Puy-de Dôme, André Chassaigne a annoncé qu’avec 15 député-e-s " on était en mesure de créer, de prolonger le groupe de la Gauche démocrate et républicaine" . Le groupe GDR créé lors de la précédente législature, comptera dans sa version 2017 "11 députés communistes, ainsi que 4 ultramarins qui ont été réélus", a déclaré le député.

Jean-Paul Dufrègne (03 - Allier) 
Pierre Dharréville (13 - Bouches-du-Rhône) 
André Chassaigne (63 - Puy-de-Dôme)
Fabien Roussel (59 - Nord) 
Alain Bruneel (59 - Nord)
Jean-Paul Lecoq (76 - Seine-Maritime) 
Sébastien Jumel (76 - Seine-Maritime) 
Hubert Wulfranc (76 - Seine-Maritime) 
Elsa Faucillon (92 - Hauts-de-Seine) 
Marie-George Buffet (93 - Seine-Saint-Denis)
Stéphane Peu (93 - Seine-Saint-Denis) 
Bruno Nestor Azerot (972 - Martinique)
Jean-Philippe Nilor (972 - Martinique)
Gabriel Serville (973 - Guyanne)
Huguette Bello (974 - Réunion)

Mercredi, 21 Juin, 2017
 
L'Humanité
 
Le député communiste du Puy-de-Dôme, André Chassaigne, a mis fin au suspense : les élus PCF et 4 députés ultra-marins forment un groupe autonome à l'Assemblée.

Les onze députés communistes élus et réélus dimanche ainsi que quatre députés ultra-marins formeront un groupe indépendant à l'Assemblée, a annoncé André Chassaigne. 

C’est lors d’un point presse organisé cet après-midi à l’Assemblée, que le député du Puy-de Dôme, André Chassaigne a mis fin au suspense : "Nous avons effectivement 15 députés en mesure de créer, de prolonger le groupe de la Gauche démocrate et républicaine" a affirmé l’élu communiste. Le groupe GDR créé lors de la précédente législature, comptera dans sa version 2017  « 11 députés communistes, ainsi que quatre ultramarins qui ont été réélus », a déclaré le député. Si l’union technique avec les 16 élus de la France insoumise n’a pas été l’option retenue, "la priorité des priorités, c'est ce qu'on pourra faire avec le groupe des Insoumis", a néanmoins poursuivi André Chassaigne, désireux d’apaiser l’ambiance, tandis que le gouvernement et les ministères se préparent à gouverner par ordonnances.  "Pas de divergence mais des convergences" entre PCF et France insoumise, c’est ce qu’a appelé de ses vœux le porte-parole du groupe GDR au Palais-Bourbon.  Sur son compte Facebook, Eliane Assassi, la présidente du Groupe Communiste, Républicain et Citoyen (CRC) au Sénat, a réagi à cette annonce : « Nos camarades députés ont pris le temps du débat qui a abouti à la création d'un groupe GDR où siégeront, -comme c'était d'ailleurs le cas lors de la dernière mandature- des amis ultras marins. Je salue leur sagesse ». 

***

Les députés PCF pourront compter sur l'appui de quatre députés ultramarins pour former un groupe commun dans l'hémicycle.

AFP, 21 

La rupture est-elle consommée entre le Parti communiste (PCF) et La France insoumise ? D'ailleurs, le PCF vient d'apporter la preuve au mouvement de Jean-Luc Mélenchon qu'il n'avait pas besoin de son appui pour former un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale. Après une alliance lors de l'élection présidentielle - le PCF avait soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon - rompue pour les élections législatives, les députés des deux mouvements feront donc sièges à part dans la Chambre basse du Parlement. 

André Chassaigne, député communiste du Puy-de-Dôme et chef de file des députés du Front de Gauche sous la précédente législature, a annoncé que les députés du PCF auront leur propre groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, grâce à l'appui de quatre députés ultramarins. 15 députés sont en effet nécessaires pour former un tel groupe, alors que les parlementaires élus sous l'étiquette communiste étaient seulement onze. "Nous avons effectivement 15 députés en mesure de créer, de prolonger le groupe de la Gauche démocrate et républicaine" formé lors de la précédente législature, a déclaré André Chassaigne lors d'une conférence de presse donnée au Palais Bourbon.

Vers une réconciliation entre les deux groupes à l'avenir ?

Le parlementaire a néanmoins souligné que les communistes "n'opposent pas ce groupe aux Insoumis", alors que sa mésentente avec Jean-Luc Mélenchon est notoire et qu'il a dû affronter une candidate de La France insoumise lors du premier tour des élections législatives dans sa circonscription auvergnate. Affirmant sa "volonté farouche" de travailler avec les "Insoumis", André Chassaigne a soutenu que"deux groupes avec des espaces communs auront plus d'efficacité".

 

Voici les 11 députés communistes associés aux 4 ultramarins de gauche pour former un groupe: 

André Chassaigne (PCF - 63 - Puy-de-Dôme)

André Chassaigne (PCF - 63 - Puy-de-Dôme)

Fabien Roussel (PCF- 59- Nord)

Fabien Roussel (PCF- 59- Nord)

Stéphane Peu (PCF, 93 - Seine St Denis)

Stéphane Peu (PCF, 93 - Seine St Denis)

Marie-George Buffet (PCF, 93 - Seine St Denis)

Marie-George Buffet (PCF, 93 - Seine St Denis)

Jean-Paul Dufrègne (PCF- 03 - Allier)

Jean-Paul Dufrègne (PCF- 03 - Allier)

Hubert Wulfranc (PCF -76 - Seine-Maritime)

Hubert Wulfranc (PCF -76 - Seine-Maritime)

Alain Bruneel (PCF - 59 - Nord)

Alain Bruneel (PCF - 59 - Nord)

Sébastien Jumel (PCF, 76- Seine Maritime)

Sébastien Jumel (PCF, 76- Seine Maritime)

Jean-Paul Le Coq (PCF, 76 - Seine-Maritime)

Jean-Paul Le Coq (PCF, 76 - Seine-Maritime)

Pierre Darhéville (PCF, 13 - Bouches du Rhône)

Pierre Darhéville (PCF, 13 - Bouches du Rhône)

Elsa Faucillon (PCF, 92 - Haut de Seine)

Elsa Faucillon (PCF, 92 - Haut de Seine)

Huguette Bello (Réunion)

Huguette Bello (Réunion)

Bruno Nestor Azerot (Martinique)

Bruno Nestor Azerot (Martinique)

Jean-Philippe Nilor (Martinique)

Jean-Philippe Nilor (Martinique)

Gabriel Serville (Guyanne)

Gabriel Serville (Guyanne)

Veuillez trouver ci dessous une déclaration d'André Chassaigne suite à
sa rencontre avec une délégation des député-e-s France Insoumise

"J’ai rencontré aujourd’hui une délégation des députés de la France Insoumise pour leur faire part de la volonté des députés communistes – composante du groupe GDR – d’imaginer et de construire un travail collectif entre nos deux forces pour nous opposer ensemble à la politique désastreuse qui sera menée par le Gouvernement Macron durant ce quinquennat.
Notre souhait est d’élaborer un «comité de liaison» entre les députés communistes et le groupe de la France Insoumise pour que nous soyons plus forts et plus efficaces pour la défense des intérêts du peuple à l’Assemblée nationale. 

 

André CHASSAIGNE
Président du groupe GDR (Gauche Démocrate et Républicaine) 

Paris, le 22 juin 2017

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 05:32
La France, une société militarisée? - par Joëlle Palmeri, chercheure en Sciences Politiques (blog Entre les lignes entre les mots - 11 juin 2017)
La France: une société militarisée ?
Un texte de Joelle Palmieri (chercheure en sciences politiques)

Publié le 11 juin 2017 par le blog Entre les lignes entre les mots

Qu’est-ce que la militarisation ? Quelle est la différence avec le militaire, le militarisme, la militarité ? La France est-elle touchée par ce phénomène ? Ou est-elle épargnée ? Si oui, pourquoi ? Toutes ces questions me trottent dans la tête depuis un bon moment d’autant qu’apparemment dans l’hexagone cette problématique fait polémique.

Commençons par isoler les définitions. Le militaire est un membre des forces armées, institution de défense d’un État. C’est un individu dont le métier est de respecter l’ordre, en acceptant obéissance et discipline. En temps de guerre, ses droits personnels sont limités. Il peut occuper des fonctions de commandement ou de logistique, le tout au service de la défense du territoire, de la participation aux systèmes d’alerte de sécurité et d’information et du maintien de la paix à l’étranger et sous mandat international. En France, les femmes représentent en 2011 environ 15% des effectifs. Autant dire, que les hommes sont très majoritaires dans les corps d’armée.

La militarité recouvre tout ce qui se rapporte au « corps militaire » et à ses « vertus ». On peut ainsi lire dans les carnets d’un général de gendarmerie à la retraite la liste de ces vertus : « dévouement », « disponibilité », « discipline », « robustesse », « posture morale », le tout au service de la « démocratie ». Elle est rigoureusement associée à la hiérarchie. Elle concerne uniquement ceux qui constituent les corps de métier assurant la sécurité du territoire : les militaires, les gendarmes, les policiers. Cette définition est confirmée par Marie-Anne Paveau : « Nous appelons militarité l’ensemble des marqueurs (professionnels, juridiques, sociaux, idéologiques, culturels, corporels) attachés à la fonction militaire qui est autant une profession qu’un mode d’être ».

Le militarisme rend compte de l’idéologie politique, ou d’un courant de pensée, qui prône la primauté de la force militaire dans les relations interétatiques et dans l’organisation intraétatique. Par exemple, à l’issue de la IIe Guerre mondiale, et selon Andrew Bacevich, le militarisme américain a eu pour vocation de faire la promotion des « normalisation de la guerre, glorification des chefs militaires, recherche élitaire de la supériorité stratégique perpétuelle, accoutumance de la population à la guerre, “esthétique de la guerre” technologique à distance, et enfin transfiguration des présidents en seigneurs de guerre ». Le militarisme garantirait la stabilité des économies, y compris en temps de paix – par la production d’armement –, et favoriserait les prospérités nationale. Cette définition concerne alors les relations entre États et les populations qui s’y rapportent.

La militarisation évoque un processus. Ce processus vaut pour la subordination des États et populations aux forces armées mais aussi à ses valeurs. En tant que telle, la militarisation n’est pas figée dans le temps. Elle ne rend pas compte d’un état donné d’une société. Elle est le produit d’un fonctionnement, militaire, des valeurs qui l’accompagnent – l’ordre, l’obéissance, la hiérarchie, etc. –, autant qu’elle produit de nouveaux effets économiques, politiques et sociaux, de nouveaux comportements, rapports sociaux et épistèmês (banalisation de l’autorité, des rapports hiérarchisés, de l’utilisation des armes, de la course à la sécurité, de la violence, etc.) et renforce les rapports de domination (race, classe, genre) existants. Comme l’avait très tôt indiqué Andrée Michel en citant Kemp, « la militarisation se définit par trois critères : les dépenses militaires, le commerce des armes et les interventions armées, menées soit au cours de guerres civiles, soit au cours de guerres opposant des nations ennemies ». La sociologue française avait, il y a déjà plus de trente ans, démontré que les processus de désarmement avait bien eu lieu à la fin de la IIe Guerre mondiale, mais que les courses aux technologies militaires et spatiales continuaient à aller bon train, que les dépenses militaires dans les pays « en voie de développement » augmentaient par effet de vase communicant avec les pays dits « développés », que le marché au noir des armes florissait, que la surenchère de la production nucléaire accroissait les risques de piratage du matériel militaire, que les conflits internes à l’échelle planétaire était en pleine expansion. Pour preuve, elle citait les guerres de Yougoslavie, du Rwanda, d’Afghanistan et de Tchétchénie. Elle enchainait aussitôt sur ce qu’elle nomme les « fonctions latentes de la militarisation par les systèmes militaro-industriels (SMI) ». Alors que la sécurité des États aurait pu être basée sur la prévention, la négociation et le dialogue, les « grandes sociétés industrielles contemporaines » ont décidé une militarisation à outrance. Ce choix a pour conséquence directe : « reproduction et élargissement de la domination des pays du Nord sur les pays du Sud, des inégalités sociales et économiques internes à chaque État-nation et des inégalités basées sur le genre ». La sociologue, qui s’intéresse à l’étendue de ce processus à l’échelle internationale, ne parle pas tant du sexisme dans l’armée, qu’elle ne nie pas, mais bien de la production de rapports sociaux inégalitaires, de l’augmentation de la division sexuelle du travail, de la restructuration du travail, du développement de la culture de guerre et de leurs conséquences directes : prostitution, viols, trafic, pillage des ressources, conception du territoire en tant qu’espace de conquête, généralisation de la violence, exportation des systèmes répressifs et de torture, contrôle social brutal et « guerre contre la population civile ».

Alors ? La France ne serait pas touchée ? Selon le rapport annuel Jane’s du cabinet spécialisé IHS Markit publié en 2016, le pays occupe la 7e place derrière la Russie en matière de budget militaire avec 44,3 milliards de dollars dépensés. D’après le Global Firepower 2016, la France est la 6e puissance militaire mondiale après le Royaume Uni et l’Inde. D’après une étude française de 2015, elle est la 3epuissance nucléaire mondiale, après les États-Unis et la Russie. Ensuite, remonter les Champs-Elysées avec un véhicule militaire lors de son investiture en tant que Président de la République, prolonger l’état d’urgence (prononcé depuis novembre 2015, et possibilité créée pendant la guerre d’Algérie), prévoir de faire de cet état d’exception la règle, nommer une ministre des Armées plutôt que de la Défense (inédit depuis 1965), quadriller policièrement les manifestations de façon systématique, ne font-ils pas partie de l’arsenal d’un État militarisé ? Si on ajoute la disqualification des bavures policières (dont l’usage d’une matraque télescopique par la BST qui rappelle quelques pratiques militaires de torture), ou la prolifération de la banale promotion des jeux vidéo « musclés » ou plus simplement de l’usage des armes de poing sur les plateformes numériques ou audiovisuelles, la boucle et bouclée. Enfin, si on adopte le raisonnement d’Andrée Michel, on comprend que la réforme actuelle de la loi du travail s’inscrit dans la ligne droite de la militarisation de la société française. Vous avez encore des doutes ?

 

 1) PAVEAU Marie-Anne, 1994, Le langage des militaires, thèse de doctorat. Paris, U. Paris IV.

 2) GALBRAITH John Kenneth, 1968, La paix indésirable ? Rapport sur l’utilité des guerres, Calmann Lévy, Paris

.3) BACEVICH Andrew J., 2013 (2e édition), The New American Militarism : How Americans are Seduced by War, Oxford University Press, New York, 278 p.

4) MICHEL Andrée, Militarisation et politique du genre, in Recherches féministes, vol. 8 n° 1, 1995 : 15-34.

5) MICHEL Andrée, BERTRAND Agnès and SENE Monique, 1985, Le complexe militaro-industriel et les violences à l’égard des femmes, In Nouvelles Questions Féministes La militarisation et les violences à l’égard des femmes, No. 11/12, pp. 9-85 ; MICHEL Andrée, 1991, Le complexe militaro-industriel, la guerre du Golfe et la démocratie en France, InL’Homme et la société, N° 99-100, Femmes et sociétés. pp. 197-212.

6) Op. cit.

7) 50 facteurs sont pris en compte pour établir le classement : situation géographique, exploitation des ressources naturelles, quantité d’arsenal ou encore la situation économique. Certaines données ne sont pas intégrées comme les capacités nucléaires et la direction politique et militaire. 

8) COLLIN Jean-Marie, DRAIN Michel, NORLAIN Bernard, QUILES Paul, 2015, Les neuf puissances nucléaires, Irénées

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 05:17
Code du travail: les projets du gouvernement confirmés (Médiapart, 22 juin 2017)
Code du travail: les projets du gouvernement confirmés
 PAR ,  ET 

Alors que le gouvernement continue à entretenir le flou sur son projet de réforme du code du travail, Mediapart, avec l’agence AEF, publie l’intégralité du texte d’habilitation. Les huit articles de loi en disent beaucoup sur la réforme envisagée. Beaucoup plus que tout ce qui avait été dévoilé aux syndicats.

 

 feuilleton de la réforme du code du travail continue. Dernier épisode en date : la révélation par Le Monde ce mercredi après-midi du projet de loi d’habilitation que le gouvernement présentera en conseil des ministres mercredi 28 juin. Le texte, transmis pour avis au Conseil d’État, sera soumis aux parlementaires. Ces derniers, en le votant, donneront l’autorisation au gouvernement de réformer profondément le code du travail, en se passant des discussions parlementaires classiques.

Jusqu’ici, comme l’a raconté Mediapart, rien de concret n’est sorti de la concertation menée actuellement avec les syndicats, en dehors des sujets déjà connus, comme le plafonnement des dommages et intérêts au prud’hommes pour les licenciement abusifs, le regroupement des instances de représentation du personnel et l’accent mis sur les négociations au sein de l’entreprise. Les autres sujets explosifs, telle la réforme des motifs de licenciement, n’ont été mis au jour que par la presse, ce qui a d’ailleurs provoqué le dépôt d’une plainte contre X pour « vol de documents » et « violation du secret professionnel » de la part du ministère du travail.

Encore une fois, c’est par un média que les intentions réelles du gouvernement sont dévoilées. Le texte révélé par Le Monde, que Mediapart, ainsi que l’agence AEF, publie dans son intégralité, en dit beaucoup sur la réforme envisagée. Les huit articles de loi courts et denses, permettant à l’exécutif de prendre des « mesures pour la rénovation sociale », décrivent beaucoup plus que tout ce qui avait été présenté aux syndicats, mais restent encore assez flou sur bon nombre de sujets. Une fois l’autorisation de légiférer accordée par l’Assemblée et le Sénat, le gouvernement aura ainsi une grande latitude pour décider exactement ce qu’il entend mettre en place. Une méthode qui inquiète fortement les syndicats. Ils auront l’occasion de le dire prochainement au gouvernement : selon nos informations, la ministre du travail Muriel Pénicaud doit s’entretenir avant la fin de la semaine au téléphone avec les leaders de chaque délégation, en parallèle des concertations déjà en cours.

  • La méthode du gouvernement, une « pseudo-concertation » ?

Nous l’avons déjà écrit à plusieurs reprises, la méthode suivie par le gouvernement pour sa consultation des organisations syndicales et patronales pose fortement question. Chacune des huit organisations représentatives – trois patronales, cinq syndicales – rencontre pour des consultations d’un peu plus d’une heure le directeur de cabinet de Muriel Pénicaud, pour échanger à deux reprises sur chacun des trois thèmes définis : articulation des accords entre la branche et l’entreprise, simplification du dialogue social, sécurisation des relations de travail. Ils ne disposent d’aucun document pour comprendre précisément les intentions du gouvernement. Le premier round se termine ce vendredi. La prochaine séquence, qui durera 15 jours, devrait débuter après le prochain conseil des ministres et la dernière se dérouler au moment même où les parlementaires débattront.

Didier Porte, membre de la délégation FO, avoue son étonnement à la lecture du document dévoilé par Le Monde : « Tout ne correspond pas à ce qui a été dit lors de nos rencontres. Maintenant, il est temps que nous ayons un texte, car il est difficile d’avoir une vision cohérente dans ces conditions. » Mais les syndicats se heurtent au refus de l’exécutif : la révélation du Monde s’est déroulée alors que la CGT était en pleine réunion avec le ministère. « Même dans ces conditions, le directeur de cabinet de la ministre n’a pas voulu nous communiquer le texte du projet de loi, prétextant qu’il ne faisait que lister les thématiques des ordonnances, raconte Fabrice Angeï, le négociateur du syndicat. Or, il apparaît que ce texte fait un peu plus que lister des thématiques ! On n’est pas sur une négociation, mais sur une pseudo-concertation, voire sur une opération de communication. »

Même son de cloche du côté du syndicat des cadres, la CFE-CGC : « Travailler sans aucun document devient difficile. Tout va arriver à la fin de nos discussions, souligne le négociateur Gilles Lecuelle. On a l’impression de courir un 110 mètres haies, avec beaucoup d’obstacles. » Malgré tout, les syndicats n’entendent pas pour le moment renoncer à ces rencontres : « Nous y apportons notre philosophie, pour éviter que la négociation au sein de l’entreprise concerne trop de champs. Nous avons des marges de manœuvres », assure le représentant FO. Son homologue de la CGT estime lui aussi que« les réunions [leur] permettent d’avoir une meilleure idée des intentions du gouvernement, sans que ce soit contradictoire avec la préparation d’une mobilisation la plus forte possible de [leur] côté ».

Pour le syndicat Solidaires, non représentatif et ne participant donc pas aux réunions officielles, la situation« ressemble fort à celle qui existe dans les entreprises », glisse le porte-parole Éric Beynel : « Les techniques de négociations se ressemblent, le culte du secret est très fort et, sur le fond, l’absence de transparence est totale… »

 

Même du côté du patronat, on tique un peu. Un représentant patronal reconnaît que « c’est très compliqué de travailler sans document ». Pour autant, il assure que le document publié par Le Monde « n’apporte rien de neuf » et qu’il « n’y a aucune surprise ». La CPME confirme : « Ce qui est paru dans Le Monde correspond à nos échanges. » Dans ce cas, cela signifie-t-il que le ministère en dit plus aux organisations patronales qu’aux organisations syndicales ? « Chaque interlocuteur peut aborder les sujet de son choix », rétorque le représentant. Au vu de ce que contient le projet de loi, les patrons ont mis bien des sujets sur la table…

  • Les « fondamentaux » de la réforme confirmés

Comme Édouard Philippe et Muriel Pénicaud l’avaient annoncé en présentant leur feuille de route le 6 juin, plusieurs thèmes phares de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron seront bien au cœur des ordonnances.

Ainsi, les indemnités accordées par les prud’hommes en cas de licenciement abusif seront étroitement encadrées, avec l’instauration « des planchers et des plafonds obligatoires ». Le juge devra s’y conformer, sauf dans certains cas, « notamment » pour un licenciement « résultant d’une discrimination ou de faits de harcèlement ».

Autre point incontournable pour le gouvernement, la fusion des instances représentatives du personnel : délégués du personnel, comité d’entreprise, comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Le gouvernement prévoit de créer une seule instance regroupant toutes celles qui existent. C’est un vieux serpent de mer, réclamé depuis des années par le Medef. La réforme désirée a pourtant été déjà largement mise en œuvre par la loi Rebsamen d’août 2015. Aujourd’hui, les entreprises de moins de 300 salariés peuvent mettre en place une « délégation unique du personnel »sur simple initiative de l’employeur, ce qui aboutit en pratique à une diminution du nombre de représentants du personnel et à une réduction de leurs moyens. Mais dans les plus grosses entreprises, il faut un accord des syndicats majoritaires, et c’est ce qui dérange apparemment le patronat et le gouvernement.

Les ordonnances permettront aussi au gouvernement de se pencher sur les places respectives de la loi, des accords de branches (par secteur d’activité) et des accords négociés au sein de chaque entreprise. Ce bouleversement de la « hiérarchie des normes » était le sujet des premières réunions entre organisations patronales et gouvernement, qui s’achèvent ce vendredi. « On voit bien que la réforme va laisser plus de place aux discussions au sein de l’entreprise, mais on ne sait pas encore exactement comment », explique Fabrice Angeï, de la CGT.

Aujourd’hui, six thèmes sont impérativement réservés aux branches professionnelles : le salaire minimum, les classifications professionnelles, la protection sociale complémentaire, la formation, la pénibilité et l’égalité professionnelle hommes-femmes. Ces « verrous » seront maintenus. Mais il en existe bien d’autres, selon les branches, qui pourraient bien disparaître. Nul ne peut donc dire aujourd’hui dans quelle mesure ou dans quel domaine une entreprise pourra négocier avec ses syndicats des conditions moins avantageuses que ce qui est prévu par les règles collectives de son secteur d’activité.

Enfin, le projet de loi laisse entendre que l’entreprise pourrait organiser un référendum, à son initiative, pour consulter les salariés sur un point à propos duquel elle n’arrive pas à trouver d’accord avec les syndicats. La loi El Khomri de l’an dernier avait abandonné cette possibilité, réservant ce pouvoir aux seuls syndicats qui pèsent 30 % des voix au moins dans l’entreprise. Mais le programme d’En Marche!, lui, se proposait bien de valoriser le référendum d’entreprise d’origine patronale.

  • Un invité de dernière minute, le contrat de projet

Mediapart l’avait relevé mardi 20 juin, le gouvernement a posé dans le débat un sujet qui n’avait quasiment jamais été abordé dans un débat public jusqu’alors : le CDI de chantier, ou de projet. C’est le premier ministre lui-même qui l’a évoqué le premier, sur BFMTV : « Le contrat de chantier, c’est une bonne discussion à avoir, parce que ça maintient le CDI comme la norme », a-t-il déclaré. Comme son nom l’indique, c’est un contrat à durée indéterminée, mais signé pour la durée d’un chantier ou d’un projet défini à l’avance. Il prend fin à l’issue de celui-ci ou peut être prolongé si cela est nécessaire. Contrairement à ce qui a cours pour le CDD, le licenciement ne donne pas droit à une indemnité de précarité.

Juste après la déclaration d’Édouard Philippe, la CFDT tombait des nues, parlant d’un« sujet qui n’a jamais été évoqué lors des consultations ». Mais FO a précisé que le sujet« a été mis sur la table à la suite des propos d’Édouard Philippe ». Idem du côté de la CPME, l’organisation patronale des PME, qui préférerait voir naître le « contrat de croissance » qu’elle porte depuis longtemps : un CDI à durée fixée à l’avance, lié à une performance de l’entreprise.

Le sujet est bien abordé par le projet de loi. « Cela correspond à une vieille lune du patronat », juge François Hommeril, le dirigeant de la CFE-CGC, qui le voit d’un très mauvais œil. Pour autant, il ne se dit pas particulièrement inquiet sur le sujet : « Nous avions été prévenus par la ministre que dans le projet de loi, il y aurait des choses qui ne nous plairaient pas, raconte-t-il. Pour autant, cela ne signifie pas qu’elles seront finalement imposées par le gouvernement. Il s’agit surtout d’un souci technique : si le thème n’est pas abordé dans la loi d’habilitation, il ne pourrait de toute façon pas être mis en place. En fait, tous les choix finaux n’ont pas encore été faits. » Le responsable syndical assure être « assez optimiste » sur l’issue de ce thème, qui pourrait disparaître.

Reste qu’il est bel et bien envisagé que les ordonnances puissent autoriser des modifications du contrat de travail par des négociations d’entreprises ou de branches, alors qu’il est pour le moment totalement réservé au niveau de la loi. Un représentant patronal assure même qu’« [ils] en [ont] parlé depuis le début »Selon lui, le champ même de ce premier round de concertation, sur l’articulation des accords entre la branche et l’entreprise et ce qui dépend de la loi, porte en lui le fait de discuter du contrat de travail, en l’occurrence le CDI de chantier et le CDD. Une vision bien personnelle, puisque que rien dans le document d’orientation présenté le 6 juin ne suggère que le contrat de travail pourrait être touché par la réforme. « Si le contrat de travail est un sujet retenu dans l’articulation entre branches et entreprises, alors on montera au créneau, prévient Didier Porte, de FO. On ne l’acceptera pas. » Le gouvernement souhaitant associer au maximum la CFDT et FO, il tendra sans doute l’oreille en entendant ce type de mise en garde.

  • L’aberration économique du licenciement économique par filiale locale

Second point semblant tomber du ciel, et relevant des « vieilles lunes », le texte entend réintroduire une mesure voulue par Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’économie, mais qui avait été retirée du projet de loi El Khomri, car trop explosive. Il s’agirait de modifier le périmètre qui est retenu pour apprécier les difficultés d’un groupe international qui licencie dans une de ses filiales en France. Aujourd’hui, la santé des sites dans le reste du monde est prise en compte. Mais le projet de loi pourrait modifier la règle, sans qu’on sache s’il limiterait le périmètre à la France ou à l’Europe.

Tous les syndicats de salariés sont contre cette idée. Et ils ont raison. Comme le souligneLe Monde, le législateur est censé forger des garde-fous contre « la création de difficultés artificielles entre filiales d’un même groupe ». Il conviendra donc d’évaluer ces garde-fous, mais la question n’est pas tant celle de l’organisation de « faux » licenciements économiques, c’est celle d’une logique d’ensemble qui trahit la vision économique du gouvernement.

Car choisir de faire du cadre national le critère de bonne santé économique d’un groupe multinational, cela revient à donner la priorité aux licenciements dans le traitement des difficultés des sites français. Ceci revient donc à protéger les bénéfices réalisés ailleurs et à désinciter ces groupes à investir dans l’Hexagone pour sauver des emplois, souvent industriels. C’est les inciter, en revanche, à faire des choix qui viendront toujours alimenter les résultats financiers, plutôt que faire celui d’investir dans l’avenir des sites français. C’est l’option de ce que la mondialisation financiarisée a de pire : la protection et l’optimisation des bénéfices à reverser aux actionnaires, qui viendront alimenter les bulles financières, au détriment de l’emploi industriel et des investissements.

Dans une France largement désindustrialisée, souffrant d’une baisse de sa capacité de production, ce choix serait très risqué et ne ferait qu’exacerber la compétition entre les travailleurs des groupes internationaux. Il ferait donc, par ricochet, peser une forte pression sur le coût du travail français : soumis à cette concurrence intra-groupe, les salariés devraient accepter des concessions en termes de salaires, de conditions de travail et de temps de travail que les autres dispositions de la réforme du code du travail permettraient justement. Il s’agirait donc bien davantage que d’une simple mesure technique.

Certes, le gouvernement pourra avancer deux arguments pour défendre cette mesure : l’attractivité des investissements dans l’Hexagone et la « destruction créatrice ». Mais ces deux arguments semblent difficilement tenables. La France est déjà l’un des pays les plus attractifs d’Europe pour les investissements étrangers, y compris industriels. Quant à l’opportunité de se débarrasser d’industries vieillissantes pour laisser naître celles de demain, elle ne semble vraie qu’en théorie. Les pays ayant un marché du travail très libéralisée comme le Royaume-Uni n’ont guère pu bénéficier de cette « création » sur le plan industriel. Pour une raison simple : les coûts salariaux demeurent toujours trop élevés face à ceux des pays à bas coût. Dès lors, le risque est de voir s’accélérer la désindustrialisation et de substituer à ces emplois des emplois précaires dans les services.

  • Quelques gages accordés aux syndicats

Soucieux de montrer qu’il se soucie des syndicats et que sa réforme ne va pas dans un seul sens, le gouvernement a tout de même décidé de faire quelques gestes dans leur direction. D’abord, comme indiqué plus haut, le projet de loi prévoit que le barème pour les indemnités prud’homales permettra quelques dérogations, qui iraient peut-être au-delà des cas de discrimination et de harcèlement, qui existent déjà dans la loi. Cette demande est celle de la CFDT et de FO.

Et puis, le gouvernement a consacré tout un article de son texte à la mise en place d’une« nouvelle organisation du dialogue social dans l’entreprise ». Le texte promet de« favoriser les conditions d’implantation syndicale et d’exercice de responsabilités syndicales », avec par exemple le chèque syndical, qui devrait inciter les salariés à se syndiquer en faisant financer cette adhésion par l’entreprise. Le gouvernement évoque aussi une meilleure formation des représentants des salariés et une reconversion professionnelle plus facile pour ces représentants. Il suggère aussi d’améliorer les« outils de lutte contre les discriminations syndicales », sans trop de précision. S’il promet bien d’améliorer la représentation et la participation des salariés au sein des conseils d’administration des entreprises, il n’en dit pas beaucoup plus.

  • Encore bien des zones de flou

On l’a dit, le principe même des ordonnances permet au gouvernement de ne pas dévoiler toutes ses cartes, pour peu que les thèmes qui feront l’objet de la réforme soient bien mentionnés, au moins succinctement, dans la loi d’habilitation. Cela laisse ouverte la porte à toutes les interprétations, et à toutes les craintes. « On nous parle de fusion des instances de représentation du personnel, ce qui est déjà grave, pointe par exemple Éric Beynel, de Solidaires. Mais quid du nombre de représentants au final dans chaque entreprise ? Quid des prérogatives légales aujourd’hui exercées par le CHSCT ? Le Medef est vent debout sur ces points depuis des années, et on ne sait pas où on va aboutir exactement. »

La lecture du projet de loi laisse entrevoir d’autres reculs potentiels. Il indique par exemple que « les obligations de l’employeur en matière de reclassement pour inaptitude », qui concernent notamment l’obligation de proposer des nouveaux postes à un travailleur devenu handicapé, pourront être modifiées. Et les « modalités » pour contester un « avis d’inaptitude » prononcé par la médecine du travail pourront être toilettées. Mais dans quel sens ? Même interrogation sur les mesures de consultation et d’accompagnement des salariés concernant « les dispositifs de mobilité volontaires »qui concernent notamment les plans de départ volontaires, un sujet pas franchement anodin.

La question se pose plus encore sur le travail de nuit. Le gouvernement entend imposer que les accords collectifs autorisant le travail de nuit bénéficient « d’un régime de présomption de conformité à la loi », sous le contrôle du juge. Dans quel but exactement ? Sur ce point comme sur les autres, patronat et syndicats espèrent chacun que leur interprétation ou leurs intérêts feront pencher la balance dans le sens qui leur convient le mieux. Au vu du déroulé des événements depuis le début du quinquennat Macron, on peut sans doute deviner quel camp remportera le bras de fer.

 

 
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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 06:46
Le budget s’annonce sous le signe de l'austérité
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Comme il entend respecter ses engagements européens dès cette année, le gouvernement va devoir résoudre une équation budgétaire très complexe. Mais passer sous les 3 % du PIB de budget ne sera pas suffisant, compte tenu des règles européennes à moyen terme. L’austérité semble une option non seulement possible, mais également durable.

 

Ce sera un des premiers chantiers du gouvernement Édouard Philippe doté de sa nouvelle majorité parlementaire : construire une stratégie budgétaire. Cette dernière s’appuie sur une ligne : le respect des engagements européens, un des piliers de la stratégie européenne d’Emmanuel Macron. Dans un entretien à Ouest-France du 11 avril, le candidat Macron avait affirmé que « l’Allemagne, aujourd’hui, attend que la France soit au rendez-vous des réformes. Tant qu’elle ne le sera pas, on ne pourra pas retrouver la confiance des Allemands qu’on a trahis deux fois, en 2003 et en 2007 ». Or, les deux dates évoquées par le futur candidat concernent deux dérapages budgétaires (dont l’un, du reste, en 2003, était issu d’un accord avec Berlin). Les « réformes » dont il est question concernent donc bien la consolidation budgétaire.

Pour convaincre Angela Merkel de s’engager dans une plus forte intégration de la zone euro, le président de la République va donc s’appuyer sur deux projets : la réforme du marché du travail et la consolidation budgétaire. Son ambition est de « rassurer » Berlin sur le fait que toute mise en commun ne conduira pas à faire prendre de risques supplémentaires à l’Allemagne si elle s’engage dans cette intégration, parce qu’elle le fera avec un partenaire jugé « solide » selon les critères dominants parmi les dirigeants des deux rives du Rhin. Voilà pourquoi il ne faut pas compter sur une politique budgétaire « souple » du nouvel exécutif. Elle sera nécessairement fondée sur une trajectoire de retour à l’équilibre, et donc sur une politique d’austérité budgétaire.

Comme, par exemple, sur la réforme du droit du travail, il faudra donner le ton rapidement. Deux chantiers risquent ainsi de s’ouvrir vite : le bouclage du budget 2017 dans le cadre exigé par la Commission européenne et accepté par le précédent gouvernement, et la mise en place d’une stratégie déterminée sur l’ensemble du quinquennat.

Le premier dossier ne sera pas le plus facile. 2017 devait être, selon la loi de finances, l’année du retour de la France sous la barre des 3 % du PIB de déficit public, pour la première fois depuis dix ans. Initialement, Bercy prévoyait un passage à 2,7 % du PIB de ce déficit, avant de relever l’objectif à 2,8 %. Cela représente néanmoins un effort budgétaire important, puisque les administrations publiques françaises ont terminé l’année 2016 avec un déficit de 3,4 % du PIB.

Or, le budget 2017 a été déjà largement critiqué pour les questions qu’il ouvrait. À commencer par le socle de l’ensemble budgétaire : la prévision de croissance, fixée à 1,5 %. Certes, de très optimiste à la fin de l’année dernière, cette prévision est devenue plus réaliste avec l’amélioration des indicateurs depuis quelques mois. L’acquis de croissance à la fin du premier trimestre est, désormais, compte tenu des diverses révisions, de 0,9 point de PIB. Mais il n’empêche : cette prévision demeure au-dessus de celle des principales organisations de prévision. La Commission européenne et laBanque de France tablent sur une croissance de 1,4 %, le FMI et l’OCDE, de 1,3 %. Si ces institutions voient plus juste que le gouvernement, l’objectif budgétaire risque mécaniquement d’être manqué.

Cet objectif est d’autant plus en danger que, si le gouvernement précédent a engagé de nouvelles dépenses pour financer les priorités de son action, notamment dans l’éducation (3 milliards d’euros supplémentaires) et la sécurité (2 milliards d’euros supplémentaires), les modalités de la maîtrise des autres dépenses visant non seulement à financer ces engagements, mais aussi à assurer le recul du déficit sont, elles, demeurées très floues. Dès septembre 2016, le Haut Conseil des finances publiques soulignait le caractère « irréaliste » des baisses de dépenses envisagées sur l’assurance-chômage et l’assurance-maladie.

Apparemment, ces craintes n’étaient pas injustifiées. À fin avril 2017, la situation budgétaire montrait clairement une dégradation du solde d’exécution du budget de l’État, par rapport à fin avril 2016, de 1,5 milliard d’euros. Ce point intermédiaire ne préjuge en rien du niveau du déficit public sur l’ensemble de l’année, qui intègre le budget de la Sécurité sociale et celui des administrations locales. Mais il montre que l’effort durant les huit derniers mois de l’année va devoir être soutenu pour atteindre l’objectif d’une baisse de 0,3 point de PIB du déficit du seul budget de l’État.

Le 13 juin, le premier ministre Édouard Philippe a préparé le terrain sur France Info en évoquant un « risque extrêmement fort » de rater l’objectif de 2,8 % du PIB. Ce risque devrait être officialisé le 3 juillet, lors de la publication par la Cour des comptes de l’audit des comptes publics.

Si le scénario d’une dégradation de la situation budgétaire se confirme, quelle sera la réaction du gouvernement ? La marge de manœuvre pour accepter un dépassement de l’objectif est très faible, puisque, comme on l’a vu, le « respect des engagements » est essentiel pour le président de la République.

D’autant que la Commission, de son côté, sera peu encline à se montrer conciliante, alors qu’elle est menacée par les projets de réforme de la zone euro. On sait, par exemple, que le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, souhaite confier à un « ministre des finances de la zone euro » un contrôle renforcé des engagements budgétaires des États membres. Dès le 19 juin au matin, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, a mis en garde sur le risque pour la France de se retrouver seul pays en procédure de déficit excessif. « C’est de l’intérêt du pays d’être conforme à ses engagements », a-t-il indiqué sur Sud Radio.

Pierre Moscovici avait déjà rappelé, au lendemain de l’élection présidentielle, que la« France peut et doit sortir de la procédure de déficit excessif ». Bruxelles s’est ainsi montrée très ferme dans ses recommandations par pays au sujet la France, publiées le 22 mai dernier : « La France doit se tenir prête à prendre des mesures supplémentaires pour assurer le respect des dispositions du pacte de stabilité et de croissance en 2017. » 

En cas de dépassement et de non-respect de ses engagements, la France pourrait être menacée de sanctions. Ce serait politiquement un désastre pour Emmanuel Macron, qui serait alors en position de faiblesse face à l’Allemagne et à son nouveau gouvernement, peut-être issu d’une coalition CDU/CSU-FDP particulièrement à cheval sur l’orthodoxie budgétaire. Paris serait alors réduit à reprendre la stratégie de Nicolas Sarkozy et de François Hollande menée depuis 2010.

Édouard Philippe a donc prévenu qu’il fallait sans doute s’attendre à des mesures complémentaires. Donneront-elles lieu à une loi de finances rectificative ? L’option n’a pas été exclue, mais la priorité reste, selon le premier ministre, d’ajuster, sans collectif budgétaire, par « toute une série de mesures ». Autrement dit, si le dérapage budgétaire reste réduit, il sera réglé par une réduction des dépenses dans les ministères. S’il est trop élevé, il faudra envisager des mesures plus sévères et donc en passer par un collectif budgétaire. Le 6 juin dernier, Les Échos évoquaient un besoin de 5 à 6 milliards d’euros pour parvenir non pas à remplir l’objectif, mais à atteindre un déficit sous les 3 % du PIB. Or, Édouard Philippe a bien évoqué les 2,8 % promis à Bruxelles…

Passer sous les 3 % ne sera pas suffisant

Mais l’exécution du budget 2017 n’achèvera pas la tâche du gouvernement. Souvent réduites à une obsession des 3 % du PIB de déficit, les règles européennes ne se limitent plus à ce seuil symbolique. Depuis le renforcement des dispositions budgétaires et la ratification du pacte budgétaire en 2012, les objectifs sont fixés à moyen terme et en termes structurels, autrement dit indépendamment des évolutions de la conjoncture.

La Commission exige de la France un retour à un déficit structurel de 0,4 % du PIB en 2020, contre 1,5 % en 2016. Le précédent gouvernement avait prévu, dans son programme de stabilité, de revenir à l’équilibre structurel en 2020, mais là encore, Bruxelles doute de cette trajectoire et souligne qu’en 2018, une détérioration du solde structurel de 0,5 % du PIB est prévue. Il est vrai que le Sénat avait souligné, lors de l’examen du projet de loi de finances, une tendance du budget 2017 à reporter les dépenses et les charges engagées. La haute Assemblée avait évalué ces reports à 12 milliards d’euros.

Le pacte budgétaire prévoit de plus un amortissement progressif du stock de dettes. C’est ainsi que l’Italie se débat encore avec les exigences budgétaires de Bruxelles, alors même que son déficit est inférieur à 3 % du PIB. Là encore, Pierre Moscovici le 17 juin l’a rappelé : « C’est en 2018 qu’on constatera que la France est sortie ou non de la procédure de déficit excessif. »

Bref, passer sous les 3 % ne sera pas suffisant. Il faudra aussi engager une baisse sensible du déficit structurel et un processus de désendettement. Évidemment, le parcours budgétaire dépendra de l’évolution de la croissance, qu’il est impossible de prévoir réellement dans les prochaines années. Et si la consommation des ménages reste solide, elle n’est nullement portée par une dynamique salariale et est à la merci d’une remontée des prix et des taux. D’autant que la conjoncture pourrait être affaiblie par l’effet des réformes du marché du travail dans un premier temps. Cet effet négatif est largement accepté par les économistes, y compris les partisans des réformes, comme par exemple l’économiste de Natixis Patrick Artus, qui l’a reconnu dans une note du 30 mai dernier. Bref, il serait un peu audacieux de s’en remettre à la seule croissance pour rentrer dans les clous des règles européennes.

Là encore, le nouveau gouvernement et le président de la République semblent décidés à« respecter les règles ». C’est pourquoi, selon Les Échos du 13 juin, l’Élysée s’apprêterait à bousculer les habitudes budgétaires françaises. Finies les discussions de chaque ministère pour négocier sa propre marge de manœuvre budgétaire. Des grandes priorités budgétaires seront définies en septembre. Les ministres seront chargés de les mettre en œuvre et seront désormais aussi jugés sur « leurs capacités à faire des économies ». Autrement dit, la trajectoire budgétaire ne devrait plus seulement être indicative, mais elle sera le cadre de chaque ministère. En sortir sera beaucoup plus complexe que jusqu’à présent. Et comme il est évident que ce cadre sera celui inspiré par la trajectoire de la Commission, les ministères soumis aux économies seront donc plus nombreux que ceux généreusement dotés. Dans ce cas aussi, la politique budgétaire de la France s’annonce comme nécessairement restrictive.

Or, cette démarche est risquée. D’abord, si les politiques d’austérité ont marqué le pas en zone euro, la politique budgétaire en zone euro serait, de l’aveu même de la Commission, neutre, en 2017. Dans un tel contexte, il est beaucoup plus difficile de consolider le budget à marche forcée que lorsque les partenaires du pays s’engagent dans une politique expansive. À partir de 2005, l'Allemagne avait ainsi réduit son déficit dans un contexte d'expansion de la dépense publique dans la zone euro.

L’effet de cette politique budgétaire centrée sur le respect des objectifs européens sera nécessairement négatif sur la croissance. On ne peut, étant donné la fragilité de la reprise mondiale, écarter une spirale négative où l’affaiblissement de la demande, dans la foulée de la consolidation budgétaire, conduit à un affaiblissement de la demande, laquelle oblige à de nouveaux efforts pour rester dans les clous de la trajectoire budgétaire promise à Bruxelles. De plus, comme l’a souligné, voici un an, le FMI, le succès des réformes sur le marché du travail, si tant est que l’on puisse en attendre un, dépend d’une politique budgétaire en soutien.

C’est la politique officiellement défendue par le programme du président de la République, mais, compte tenu des priorités du gouvernement, on voit mal comment l’on pourra engager les 50 milliards d’euros d’investissements publics prévus d’ici 2022. Ces investissements, du reste, ne compenseraient pas les 60 milliards d’euros d’économies promises… Il faudra de plus financer les mesures dites de “compétitivité” auxquelles Bruxelles tient tant : transformation du CICE en baisse de charges (avec un effet de double paiement la première année) et baisse de l'impôt sur les sociétés. Le seul moyen alors sera de sabrer dans les dépenses, notamment les dépenses sociales.

Contrairement à ce qu’il a prétendu durant la campagne, il n’est pas sûr qu’Emmanuel Macron ait tiré les leçons de la crise de 2010 en zone euro. La route de l’austérité semble grande ouverte, avec toutes les conséquences négatives, désormais largement documentées par la science économique.

 

 

 
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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 06:02

Communiqué du Syndicat National des Journalistes CGT, 20 juin 2017: 


Le nouveau président de la République a vraiment un problème avec la liberté d’information et avec le service public.
Après avoir porté plainte contre X après les articles publiés par Le Parisien, Libération et Médiapart sur la prochaine loi de casse du Code du travail, il a dû faire (un peu) machine arrière en retirant le qualificatif de recel. Cette plainte a été unanimement condamnée au point de faire reculer le gouvernement ; toutefois elle demeure et il paraît difficile, sinon impossible, de tenter de poursuivre les auteurs des fuites sans mettre en cause la publication des documents. Des documents qui permettent, grâce à l’excellent travail de nos confrères, de révéler les réelles intentions du pouvoir.
De plus, le gouvernement multiplie les pressions pour verrouiller toute « information sensible ».
C’est Bayrou qui téléphone à Radio France au sujet des révélations sur les problèmes du MODEM avec la justice et c’est le directeur de cabinet de la ministre du travail qui demande à la CGT une totale confidentialité sur le contenu des discussions en cours sur la loi travail, menaçant de réduire les informations délivrées à la centrale syndicale au minimum en cas de refus.
La CGT a affirmé sa totale liberté de rendre compte à ses adhérents de ce que sera demain le code du travail.
Enfin, la nouvelle ministre de la Culture a demandé aux patrons des sociétés du service public de l’audiovisuel, France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et Arte, « de rapprocher les sociétés audiovisuelles publiques, pour une plus
grande efficacité d’ensemble ».
On ne peut s’empêcher de rapprocher cette invitation de l’Objectif 7 du candidat Macron d’avoir « des chaînes moins nombreuses », entraînant de fait des suppressions d’emplois.
Le SNJ-CGT dénonce fermement toutes ces initiatives et pressions sur l’information, sur la liberté d’expression et, enfin, sur l’indépendance syndicale.
Le président de la République n’aura pas été long à montrer sa véritable nature ; face à cette dérive, le SNJ-CGT appelle la profession à se mobiliser et à rejoindre les rangs des organisations syndicales.


Montreuil, le 20/06/2017

SNJ-CGT Liberté d’information : Macron se démasque
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