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28 octobre 2024 1 28 /10 /octobre /2024 17:19

 

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25 octobre 2024 5 25 /10 /octobre /2024 15:52

 

Le contexte politique actuel, avec l’extrême droite aux portes du pouvoir et la poursuite des politiques libérales austéritaires, nous conduit à proposer d’édifier les services publics au plus haut niveau de la hiérarchie des normes, la norme constitutionnelle.

La reconstruction de ces services publics constitue une ambition très largement partagée dans la population. Le président de la République n’a pas fait le choix d’une politique de rupture avec les politiques libérales qui ont généré cette crise profonde du service public.

Il revient donc au Parlement de répondre à ces attentes premières de notre peuple, en proposant un autre chemin que celui du libéralisme sauvage, qui sévit depuis des années dans notre pays, placé sous le joug des contraintes autoritaires des traités européens.

Les élections européennes et législatives ont été marquées par le rejet de la politique menée par E. Macron et une aspiration forte à un changement d’orientation clair pour notre pays. Le désarroi et souvent la colère face à la remise en cause de grands services publics, tant au plan national que local, ont pesé lourd dans le choix des électeurs.

C’est pourquoi, face aux attentes de nos concitoyennes et de nos concitoyens, nous proposons d’intégrer dans notre Constitution une Charte des services publics. En inscrivant les services publics au plus haut niveau de la hiérarchie des normes, nous souhaitons les libérer de l’inflation normative pour leur garantir l’efficacité attendue par nos concitoyens. Nous souhaitons avant tout mettre l’intérêt général au-dessus de toute logique budgétaire et garantir pour toutes et tous l’accès aux services publics sur l’ensemble du territoire et un financement assuré par l’État.

Depuis les années 1980, l’Union européenne et les États membres ont conduit des politiques de libéralisation des services publics en réseau, avec l’ouverture progressive à la concurrence d’activités jusque-là organisées en situation de monopole national ou territorial. Les gouvernements ont ainsi suivi les orientations des autorités européennes pour privatiser l’énergie, les transports, les services postaux...

Les services publics sont consubstantiels à l’avènement de l’État moderne et depuis irriguent des pans entiers de l’activité sociale. Dès 1923, Léon Duguit, dans le tome II de la dernière édition de son Traité de droit constitutionnel, constatait que « l’État est une coopération de services publics organisés et contrôlés par les gouvernants ». L’expansion de l’État a conduit à l’expansion des services publics. Or, depuis une trentaine d’années et avec une acuité accrue depuis les Traités de Maastricht et de Lisbonne, nous assistons à un recul des services rendus par les autorités publiques, au profit d’acteurs privés avec ou sans missions de service public.

Par leurs discours fustigeant le poids croissant de l’État, allant même jusqu’à le qualifier « d’obèse », les représentants politiques attachés au libéralisme ne discréditent pas seulement l’appareil d’État et son administration qualifiée de bureaucratie, mais bien la fonction qui lui est attachée depuis les années 1930 : son rôle de pourvoyeur de services au public.

Le Président de la République E. Macron, le 3 juillet 2017, prononçait un discours devant le Parlement réuni en Congrès empruntant pleinement à cette philosophie politique « ce ne sont pas les Français qu’il faudrait désintoxiquer de l’interventionnisme public, c’est l’État lui-même. Il faut évidemment protéger les plus faibles (...). Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’État, de ses mécanismes de vérification et de contrôle ». L’État n’est pourtant légitime à s’imposer qu’à la condition d’assumer réellement les grandes fonctions collectives s’insérant dans le développement social et économique. Jacques Chevallier, Professeur de Droit public et Sciences politiques, dans Le service public : regards sur une évolution, décrit l’avènement de l’« État fonctionnel », (qui) n’a de justification que par l’action concrète qu’il mène au service du bien commun, par la contribution qu’il apporte à la solidarité sociale ; perdant le privilège de la transcendance, il se légitime à travers les prestations qu’il fournit au public. En contrepartie, il bénéficie d’un postulat de bienveillance, puisqu’il est considéré comme exclusivement préoccupé du bien-être de tous ».

Sans réciprocité dans les sphères économiques et sociales, la violence d’État n’est plus légitime, les gouvernants ne sont plus que des oppresseurs. Ainsi, le discrédit sur les élus de la Nation, à tous les échelons, même si les élus locaux demeurent les plus appréciés de la population, est renforcé par l’affaiblissement des services publics. Les gouvernants et l’État n’assurent plus les missions que le peuple leur avait confiées et la sphère privée rogne des prérogatives qui incombaient à la puissance publique.

Cette « société de semblables » ne peut se construire sur l’addition d’intérêts particuliers, pas plus que sur leur mise en concurrence. Au contraire, le risque d’une telle logique est le développement du rejet de l’autre et de l’exacerbation des conflits comme le suggèrent la montée du racisme et du vote en faveur de l’extrême droite.

La construction des services publics revêt une dimension foncièrement politique pour les luttes sociales et pour la conquête de droits et d’égalité. Traversés par la notion d’égalité, car nos concitoyennes et concitoyens bénéficient des prestations identiques, accessibles à tous, les services publics ont dans le même temps une portée redistributrice en permettant à chacun d’accéder à des services définis comme essentiels, le tout étant financé par l’impôt. Ils sont donc partout où se trouve un vecteur de cohésion sociale et permettent de limiter les effets d’exclusion sociale générés par le marché. Aujourd’hui, nous ne sommes plus face à un État « protecteur » mais un État « pompier » qui modère l’influence du marché, qui s’immisce dans toutes les dimensions de l’activité sociale. Ainsi, la notion de service public constitue le pilier de notre pacte social républicain et le ferment de l’appartenance à la communauté nationale. Le service public est le patrimoine de tous et le seul de ceux qui n’ont rien.

Cette nécessité d’intervention de la puissance publique afin de répondre à des impératifs d’intérêt général n’est pas le seul apanage de l’État. En effet, historiquement, les collectivités locales, les communes en particulier, ont eu à prendre en charge de nombreuses activités érigées en services publics locaux afin de répondre aux besoins de leurs administrés.

Or, en affaiblissant sans cesse les moyens financiers mais aussi humains des collectivités locales et en remettant en cause leur clause de compétence générale, celles-ci ne sont plus à même de répondre à l’intérêt public local. Cela alors même que les services publics sont au coeur des relations entre les administrés et les élus locaux. En affaiblissant les services publics de proximité, c’est la démocratie locale qui est attaquée ainsi que le sentiment d’appartenance à la Nation.

Le rôle de l’État est, en tant que financeur, au cœur de l’ambition redistributive des services publics grâce à l’impôt juste et progressif. La mise en commun des ressources nécessaires au fonctionnement d’un service au public doit être assurée par la puissance publique. La tentation de comparer uniquement le ratio de prélèvements obligatoires au regard du produit intérieur brut (PIB) conduit à placer la France largement en tête (48 %) des membres de la zone euro (41,9 %). Pourtant, il est désormais communément accepté dans la littérature économique qu’un service public à un coût moins élevé que s’il était assumé par le privé et si le coût était individuellement supporté par les usagers. Jamais ne sont produites, ne serait-ce que des ébauches, pour déterminer le niveau de service public dont bénéficie la population de notre pays dans le cadre d’un examen comparatif sur le plan européen et international.

Aujourd’hui, le consentement à l’impôt souffre de la qualité des services publics et des services rendus à la population alors que nos concitoyennes et nos concitoyens sont majoritaires à considérer que le paiement d’impôts et de taxes est justifié par le financement des services publics (sondage Elabe, pour l’Institut Montaigne et les Échos du 5 octobre 2023).

En effet, la « performance » des services publics a été considérablement affaiblie par le phénomène d’externalisation approfondi depuis le milieu des années 1990 et qui représente, selon le collectif « Nos services publics », un coût de 160 milliards d’euros, soit le quart du budget de l’État. Si aucune définition satisfaisante n’a été apportée pour décrire la pluralité des phénomènes d’externalisation, nous les considérons comme « le fait de confier à un acteur privé la réalisation de tout ou partie de l’action publique, en autonomie ou en soutien des collectivités publiques ». L’agrégat le plus important (120 Md€) est dû aux délégations de service public (DSP). Si celles-ci peuvent parfois se justifier, il apparaît que des politiques publiques ont eu comme conséquence de construire des marchés économiques privés que la puissance publique n’a jamais pu exercer en maitrise directe. Les délégations de service public ont muté : elles étaient des transferts, elles sont désormais des nécessités. Des nécessités renforcées par l’étau dans lequel sont enferrées les finances publiques, des collectivités territoriales à l’État en passant par les administrations de la sécurité sociale. Là où il s’agit d’une véritable entreprise d’affaiblissement de la puissance publique, c’est que ces décisions publiques sont prises sous la contrainte et « plutôt que de diminuer le coût du service tout en maintenant sa qualité, on en réduit la qualité tout en dégradant les finances publiques ».

La raison est simple mais mérite d’être énoncée. Toute prestation exercée par le privé est plus onéreuse que si cette prestation était assurée en interne par l’administration car les prestataires doivent intégrer dans leurs éléments de facturation la rémunération des capitaux. Or, le coût du capital est plus élevé pour une entreprise privée que pour une administration publique, notamment les taux d’intérêts d’emprunts et la rémunération des actionnaires. D’ailleurs, en 2023, seuls trois pays de l’Union européenne avaient un taux d’externalisation plus faible que la France (40 %), ainsi soumise au secteur privé dans la gestion de ses services publics. Les contrats de mission doivent être strictement respectés par les opérateurs privés sous peine de détériorer un bien commun pour les usagers et la société.

Les coups de butoir de l’Union européenne pour démanteler les services publics des États membres entérinent une volonté d’harmonisation par le bas de l’interventionnisme public. Si le Traité de Rome, le 25 mars 1957, promouvait déjà l’idéal de la concurrence, c’est le Traité de Lisbonne, reprenant les dispositions rejetées par le peuple de France à l’occasion du référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe, qui accentue la pression sur les services publics. En effet, l’alinéa 2 de l’article 106 de ce traité entré en vigueur le 1er décembre 2009 dispose que « les entreprises chargées de la gestion de services d’intérêt économique général ou présentant le caractère d’un monopole fiscal sont soumises aux règles des traités, notamment aux règles de la concurrence (...) ». La sacro-sainte règle de la libre-concurrence a servi de prétexte à la mise en compétition de services publics de qualité. En continuité, le 9ème alinéa du préambule de la Constitution de 1946 qui consacre que « tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité » a été manifestement méprisé, écarté, relégué au ban du droit applicable.

Tour à tour, le transport aérien, le rail, l’énergie, les télécoms et les postes ont été mis en concurrence et confiés au secteur privé, générant ainsi la fin de la péréquation entre les activités du service public. À titre d’exemple, les lignes les plus rentables pour la SNCF devaient servir à financer le développement des petites lignes censées mailler le territoire, ce qui sera désormais plus difficile. C’est le cas de l’énergie avec des fournisseurs disposant de capacités de production inexistantes ou marginales, tout entier consacrés à distribuer de l’énergie que l’opérateur historique est seul ou presque à produire. L’usager devient un client, les recettes perdues ne servent pas à financer les investissements de demain.

Les services d’intérêt économique général susmentionnés ne sont pas les seuls à pâtir du comportement prédateur des institutions de l’Union européenne. Le carcan budgétaire que représente le Pacte de stabilité, y compris dans sa forme renouvelée, contribue à sanctionner les États membres avec un niveau de dépenses publiques important sans tenir compte de la dimension collective de dépenses qui pourraient être individuelles et privées. La notion de service public rendu n’existe pas et les règles budgétaires européennes sont aveugles au progrès. Le seul prisme d’analyse des budgets des États membres s’articule autour des notions de dette publique et de déficit rapportées au PIB. Cette vision restrictive comporte une somme d’injonction qui prescrit le transfert au secteur privé de pans entiers de services publics au prétexte de réduire les déficits dits « structurels ».

L’affaiblissement des services publics se fait ressentir dans l’ensemble des politiques publiques, dont l’exemple du service public culturel est particulièrement édifiant.

Depuis le mandat du président de la République Nicolas Sarkozy, le service public culturel s’affaiblit du fait du désengagement de l’État et de la mainmise croissante des industriels. Les politiques néolibérales et consuméristes ont entrainé une privatisation du secteur, un retour du contrôle politique des programmes, une diminution des marges artistiques, l’extension des commercialisations, une stagnation des subventions.

La remise en cause du service public audiovisuel, pourtant plébiscité par de nombreux usagers, porte désormais atteinte à notre liberté d’information, fondement de notre démocratie.

En inscrivant les services publics dans la Constitution, nous posons une pierre supplémentaire en faveur de la lutte pour une véritable démocratisation culturelle et avec elle le développement d’espaces culturels citoyens, partagés et garantissant les droits culturels. Ce renforcement de l’action publique ne saura d’ailleurs faire l’économie d’une politique de protection sociale à l’égard des auteurs et plus largement, d’une politique visant à retrouver la dignité sociale des travailleurs des services publics culturels.

La disparition des services publics est le carburant d’une colère qui trop souvent mène au vote d’extrême droite. La fermeture de bureaux de poste, de centres des impôts, de services de maternité, d’urgences, de tribunaux, de commissariats, la suppression de classes et de petites lignes de train fragilisent les territoires et renforcent le sentiment d’abandon et de déclassement et in fine alimentent ce vote. Construire un avenir de progrès, d’espérance, nécessite une offensive des progressistes en faveur du rétablissement des services publics du quotidien et le développement de systèmes de solidarité, d’accès effectif aux droits et de prise en charge de l’intérêt général en dehors des règles du marché et de la concurrence.

En conclusion, profondément attachés aux services publics, les sénatrices et sénateurs du groupe CRCE-K ont toujours oeuvré en faveur de leur défense. Le contexte politique actuel, avec l’extrême droite aux portes du pouvoir et la poursuite des politiques libérales austéritaires, nous conduit à proposer d’édifier les services publics au plus haut niveau de la hiérarchie des normes, la norme constitutionnelle.

Composante du bloc de constitutionnalité, la Charte, tant par ses considérants que par ses articles, sera pour le législateur une nouvelle référence. Le respect de la Charte sera garanti par le Conseil constitutionnel et par les juridictions des deux ordres, administratif et judiciaire. La Charte concernera l’ensemble des services publics.

La Charte des services publics donnera un nouvel élan à la préservation et au fonctionnement pérenne de l’ensemble des services publics nationaux et locaux.

L’article 1er de la proposition de loi constitutionnelle a pour objet d’inscrire dans le Préambule de la Constitution une référence à la Charte afin de lui donner une solennité particulière. La mention de la Charte au premier alinéa du Préambule de la Constitution, venant après celles de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, du Préambule de la Constitution de 1946 et de la Charte de l’environnement de 2004 marque la proclamation de la nécessité de protéger et de renforcer les services publics. En ce début de XXIe siècle, la protection des services publics, si chère au peuple, est un impératif garanti par l’adoption de cet article 1er qui constitue une révision du Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958. Ce choix traduit bien le fait que les principes fondamentaux du service public doivent être portés au niveau de nos grands principes constitutionnels, les rendant immuables et irrévocables au même titre les textes de 1789, 1946 et 2004.

L’article 2 de la proposition de loi édicte la Charte des services publics.

Sur le modèle de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 et de la Charte de l’environnement de 2004, les articles de la Charte sont précédés d’un exposé des motifs. Celui-ci comporte cinq considérants.

Le premier considérant édicte une définition du service public en rappelant qu’il intègre tout ce qui concerne le développement social, culturel, éducatif, économique et personnel de la société tout entière, et qu’il doit être défendu comme tel.

Le deuxième considérant rappelle que le service public se fond dans l’intérêt général qui impose le dépassement des intérêts particuliers.

Le troisième considérant témoigne du rôle social et démocratique du service public en France. Il est le fondement de la légitimité des gouvernants.

Les quatrième et cinquième considérants expriment l’objectif d’équité sociale poursuivi par l’État au travers du service public.

La Charte comprend 8 articles.

L’article 1er de la Charte définit les objectifs du service public et son rôle pour oeuvrer à la cohésion de la société au travers d’activités indispensables.

L’article 2 édicte les principes du service public d’égalité, de continuité, de neutralité, d’adaptabilité et d’accessibilité, qu’il complète avec le principe de proximité.

L’article 3 instaure le principe selon lequel la personne publique est, en plus de ses autres missions, la gestionnaire de principe du service public. Il précise qu’uniquement à titre exceptionnel, en cas de nécessité impérative motivée, une personne privée peut se voir déléguer la gestion d’un service public.

L’article 4 énonce qu’il revient à l’État de préserver et de s’assurer du fonctionnement pérenne des services publics, qu’ils soient locaux ou nationaux, exprime en conséquence l’exigence que les financements publics assurent ce bon fonctionnement et ajoute qu’ils permettent la gratuité ou une tarification juste et équitable. Ainsi, l’article 5 impose que toute compétence transférée aux collectivités territoriales par l’État doit être strictement et durablement compensée, dans le respect des principes de l’autonomie financière et de libre-administration.

L’article 6 énonce le devoir des gouvernants de protéger le service public, qu’il soit administratif ou industriel et commercial. Si la modification du périmètre du service public n’est pas exclue, elle doit être précédée d’une évaluation sociale, environnementale et économique.

L’article 7 consacre les droits et les pouvoirs des usagers et des agents du service public pour l’évaluation et le contrôle des services publics, les missions à remplir et les moyens institutionnels, humains et financiers alloués.

Enfin, l’article 8 indique que la Charte des services publics inspire l’action européenne et internationale de la France. Les rapports entre la Constitution et les engagements internationaux de la France sont intégralement régis par son Titre VI. L’idée exprimée au dernier article de la Charte est d’un autre ordre. En adoptant ce texte, la France s’impose à elle-même ces exigences.

 

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24 octobre 2024 4 24 /10 /octobre /2024 13:43
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21 octobre 2024 1 21 /10 /octobre /2024 04:30

 

Derrière le discours d’un projet de « rupture » par rapport au budget proposé par le gouvernement Barnier, le RN reste en réalité sur la même logique libérale, saupoudrée de mesures démagogiques et de marqueurs de leur idéologie d’extrême droite.

Comme un aveu, Jean-Philippe Tanguy, venu présenter le « contre-budget » de son parti mercredi à l’Assemblée nationale lâche : « C’est le RN qui tient les engagements de la Macronie », à propos de sa proposition de supprimer la CVAE (Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises). Une phrase plus conforme à la réalité du projet d’extrême droite que celle de son introduction : « Nous proposons un contre budget de rupture avec 50 ans de déficit. »

Avec ce « contre-budget », décliné en 130 propositions comme autant d’amendements déposés dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances (PLF), examiné dès lundi dans l’hémicycle, le RN compte peser dans un rapport de force qui lui est favorable. Depuis la nomination de Michel Barnier à Matignon, le gouvernement est à la merci de l’extrême droite qui ne manque pas d’user de la motion de censure comme menace pour avancer ces pions.

« Un alignement sur la logique néolibérale »

Un document chiffré, détaillé, qui tranche avec le manque de sérieux du groupe les années précédentes. Car, alors que la macronie a perdu toute crédibilité économique depuis la découverte d’un trou de 50 milliards d’euros dans les comptes publics par rapport à ce que prévoyait le ministère de l’Économie, le RN, qui veut se présenter en « parti de gouvernement » sent qu’il a un coup à jouer.

Mais derrière le discours de façade, ces mesures s’inscrivent dans la vision macroniste, libérale, du texte porté par l’exécutif. « Ce n’est pas réellement un contre-budget puisqu’il n’y a pas de remise en cause profonde de ce que propose Michel Barnier, avec une logique de soutien au profit, au patronat et, hormis quelques marqueurs, un alignement sur la logique néolibérale de la BCE », résume l’économiste Denis Durand, membre du conseil national du PCF et ancien directeur adjoint à la Banque de France.

26 milliards de coupes supplémentaires

Le parti lepéniste, qui depuis un an axe tout son discours économique sur la « réduction de la dette », veut aller encore plus loin dans l’austérité que le gouvernement et son projet à 60 milliards d’économies. Les députés d’extrême droite, dont le contre-budget revendique au total 13,4 milliards d’euros d’économies nettes supplémentaires, veulent s’attaquer encore davantage aux dépenses publiques, à hauteur de 26 milliards d’euros.

« Mais beaucoup de mesures qui selon eux permettent d’atteindre ce chiffre ne sont pas réalisables », note l’économiste atterré Henri Sterdyniak, citant notamment la réduction de 5 milliards de la contribution à l’UE, ou la baisse du financement d’un grand nombre d’agences « qui sont en fait utiles et dont l’activité ne peut être rayée d’un trait de plume ». C’est le cas des agences de transports, de l’eau, de l’habitat, de France compétence, de l’Office français de la biodiversité, dont le RN veut supprimer 20 % du budget (soit 3,4 milliards d’euros de coupes), ce qui affaiblirait considérablement les services de l’État dans ces domaines.

Le reste des économies se concentrent sur les baisses de dotations aux régions et aux EPCI. Pour les premières cités, Jean-Philippe Tanguy a laissé entendre que chacune devra trouver comment se débrouiller mais donne un exemple : « les subventions à des associations multiples dont l’intérêt reste à prouver ». Des subventions qu’à l’échelle nationale le RN veut réduire, pour 430 millions d’euros, dont 110 millions dans le domaine de l’écologie. « Ce sont des considérations faites pour flatter une partie de leur électorat mais qui seraient dangereuses, pour ces organismes bien sûr, et pour les régions qui seraient encore plus affaiblies, donc pour les lycées, les routes, les transports publics… », redoute Henri Sterdyniak.

La voix du Medef

Ces coupes drastiques, nocives pour les services publics, ne sont pas seulement proposées pour « empêcher la faillite de l’État », comme le suggère Jean-Philippe Tanguy. Elles viennent aussi compenser de nouveaux cadeaux faits aux entreprises. À court terme, le RN veut « rendre 5 milliards d’euros aux entrepreneurs » en supprimant la mesure réduisant des allégements de cotisations sur les bas salaires, et en supprimant la CVAE. Une ligne surprenante dans leur document – « interdire les publicités pour les opérateurs publics » – semble aussi tout droit sortie d’une note du Medef.

Le parti d’extrême droite veut s’afficher comme le premier parti de défense des chefs d’entreprise, ce qui l’a poussé, en septembre à leur dédier quasi exclusivement leur nouveau programme économique publié mi-septembre. 68 pages à la mise en scène soignée – illustrées par des photos de Marine Le Pen à la tribune du Medef – pour un document donnant une large place aux baisses des impôts de production. Tout en voulant « simplifier l’accès » aux cadeaux fiscaux, en particulier le crédit d’impôt innovation et le crédit impôt recherche.

Des niches fiscales sans contreparties et qui n’ont montré aucune efficacité. Sanofi, s’apprêtant à exporter la production de Doliprane, aurait d’ailleurs touché entre 2 et 2,5 milliards du crédit impôt recherche sur les dix dernières années… Autre cadeau fiscal auquel le RN veut ajouter du bolduc : le pacte Dutreil, dispositif qui permet aux patrons de céder leur entreprise à leurs enfants en payant peu d’impôts, que l’extrême droite veut élargir dans son « contre-budget ».

La baisse du « coût du travail » comme mantra

Mais pour attirer tous types d’électeurs, le Rassemblement national est aussi allé piocher à gauche une proposition forte : augmenter de 8 à 33 % la taxation sur les rachats d’actions. « Une bonne manière de faire un clin d’œil à un électorat populaire, de surfer sur une émotion sans s’attaquer réellement au fonctionnement du capital, interprète Denis Durand. Si la volonté est de peser sur le comportement des entreprises, ils proposeraient de revoir leur fiscalité, ou de freiner les politiques des groupes qui délocalisent leurs activités, c’est même plutôt le contraire. »

Sur ce point, le RN avale d’ailleurs la position du patronat : « Pour lutter contre la désindustrialisation il faut commencer par ne pas augmenter le coût du travail », soutient Jean-Philippe Tanguy. Leur principale mesure en matière de salaires consiste justement à faire baisser ce qu’ils nomment des « charges » (mais qui en réalité sont des cotisations, et donc du salaire différé), en espérant que cela se ressente sur la feuille de paie du salarié.

Ce qui n’empêche pas le RN d’axer son discours sur sa prétendue volonté de « rendre du pouvoir d’achat aux Français ». Plus de 20 millions d’euros de dépenses sont proposés dans ce contre-budget, reposant principalement sur la baisse de la TVA sur l’énergie et sur les produits de première nécessité. « Certaines propositions peuvent être intéressantes, c’est vrai, mais elles sont lâchées sans réflexion globale, sans remise en cause du système actuel, relève l’économiste. La TVA est certes un impôt injuste mais la baisser sans garde-fous peut créer un effet d’aubaine pour les distributeurs. Comme pour le rachat d’action, c’est un moyen pour eux de mettre en avant une défense du pouvoir d’achat tout en continuant de refuser l’augmentation des salaires. »

Contre l’écologie, la culture et les étrangers

D’ailleurs, lors des dernières législatives, Jordan Bardella et le RN avaient retiré de son programme la quasi-totalité de ses mesures touchant aux dividendes et aux multinationales. « En réalité, que ce soit dans leur programme économique ou dans ce contre-budget, il n’y a aucune mesure ciblée sur les plus pauvres », résume Henri Sterdyniak. Il y a en revanche des invariables dans le projet RN : une foule de marqueurs propres à l’extrême droite. Et c’est principalement sur ce volet que son budget se différencie de celui du gouvernement.

On trouve ainsi « des coupes dans le budget, évidemment, de l’immigration », sourit Jean-Philippe Tanguy, et plusieurs dictées par une certaine xénophobie, au chiffrage peu évident : réserver la prime d’activité aux personnes de nationalité française, enlever la dotation accueil des étudiants étrangers en licence, réduire drastiquement les aides au développement, interdire l’accès aux hébergements d’urgence aux sans-papiers…

Des propositions anti-écologiques : la suppression du plan vélo, la réduction du fond vert à autour de 500 millions d’euros, la baisse du malus automobile sur les véhicules polluants – profitant de facto aux plus aisés -, celle des aides aux bioénergies… Ou encore des atteintes à la culture avec 300 millions d’euros d’économies proposées, à la presse en baissant 100 millions d’euros des aides attribuées.

Un condensé d’extrême droite, assorti de propositions visant à manipuler l’opinion. Comme celle de « restaurer 2 000 postes d’enseignants » vendue par Jean-Philippe Tanguy. Un soutien à l’éducation national ? En réalité, il s’agit d’une restauration par rapport aux 4 000 que veut retirer le gouvernement : le Rassemblement national propose donc la suppression de 2000 postes d’enseignants. Loin de la « rupture » affichée, l’extrême droite marche dans les pas économiques de la Macronie et de LR. Et sera bien obligé de le révéler dans ses votes les prochaines semaines.

 

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20 octobre 2024 7 20 /10 /octobre /2024 17:33

 

C’est répété à longueur d’antennes : le taux de prélèvement des Français serait le plus élevé des pays développés, alors qu’ils constatent, régulièrement, la dégradation des services publics. Résultat, le consentement à l’impôt s’érode d’année en année. Alors payons-nous vraiment trop d’impôts ? Et si oui, où va tout cet argent ?

 

La France serait « championne du monde des prélèvements obligatoires » et un « enfer fiscal », comme l’a encore répété Patrick Martin, le président du Medef, sur tous les plateaux depuis la rentrée. Selon l’Insee, le taux maximal des impôts et cotisations, rapporté au PIB, était de 45,3 % en 2017. Il était de 43,2 % en 2023. La moyenne européenne se situe entre 39 % et 42 % selon les années, et plusieurs pays, comme la Belgique, l’Allemagne ou le Danemark ont des taux de prélèvements obligatoires proches de ceux de la France, entre 42 % et 45 % de leur PIB.

Depuis le début des années 1980, ce taux reste toujours dans la même fourchette en France, les aléas de la croissance (qui font plus ou moins augmenter le PIB) et les réformes fiscales expliquent les quelques points d’écart d’une année à l’autre. En France, il y a un contrat social qui stipule que les impôts, ou contribution commune, existent pour offrir à toutes et tous une vie digne. Les cotisations sociales, qui financent entre autres les retraites et le chômage, sont du salaire différé, quand les impôts financent les services publics. « Le patrimoine de ceux qui n’en ont pas », disait Jean Jaurès. En cela, on ne peut décemment pas comparer le taux de prélèvement obligatoire de la France à celui d’un paradis fiscal comme l’Irlande (21 %), ou à d’autres pays de l’OCDE comme les États-Unis (25 %), où accoucher coûte entre 15 000 et 50 000 dollars et une année à l’université, entre 15 000 et 100 000 dollars.

De cela, les Français en ont pleinement conscience, puisque selon le dernier baromètre des prélèvements fiscaux et sociaux en France, publié en début d’année et réalisé par le conseil des prélèvements obligatoires, si 65 % des répondants estimaient payer trop d’impôts, 50 % préfèrent « améliorer les prestations fournies par les services publics, quitte à augmenter le niveau des impôts et des prélèvements », et 83 % des sondés pensent que l’État devrait dépenser plus pour certaines missions, comme l’hôpital ou l’école. Toutefois, toujours selon ce baromètre, 67 % des répondants sont insatisfaits de l’utilisation faite de leurs impôts (+ 3 % en deux ans). 82 % jugent même le système fiscalo-social inéquitable. Ils estiment ainsi que leurs contributions remplissent de plus en plus mal leur rôle de financement des services publics et de redistribution et de lutte contre les inégalités. Les deux tiers des Français ont ainsi le sentiment de payer plus d’impôts qu’ils ne bénéficient du système de redistribution. L’impression de payer trop d’impôts va de pair avec la baisse du consentement à celui-ci. « C’est une acceptation du principe et de la nécessité de l’impôt, qui le légitime sociologiquement et politiquement », définit Attac.

La majorité des Français reste bénéficiaire du système redistributif

En 2018, les économistes Piketty, Saez et Zucman avaient produit une étude mesurant que les deux tiers des Français recevaient en moyenne davantage, en prestations et en services publics, qu’ils ne versent en impôts, taxes et contributions sociales. Dans la continuité de ce travail, l’Insee a refait le calcul en 2023, et la situation semble s’être dégradée, puisque selon le rapport, 57 % des ménages français sont bénéficiaires nets de ce système de redistribution élargie. Dans le détail, il s’avère que « 90 % des individus de plus de 60 ans reçoivent plus que ce qu’ils paient, principalement via les retraites et la santé », contre moins de 50 % chez les actifs. Les chercheurs ont aussi pointé que des services publics de la santé et de l’éducation restaient deux fois plus efficaces pour atténuer les inégalités que s’ils étaient gérés par le privé. Mais la tendance est là, les impôts, s’ils remplissent toujours leur rôle redistributif, sont de moins en moins efficaces.

Résultat, les inégalités se creusent : le taux de pauvreté est passé de 12,5 % à 14,4 % en vingt ans, quand les ultrariches n’ont jamais autant cumulé : les cinq premières fortunes de France ont doublé leur richesse depuis le début de la pandémie et possèdent autant que les 40 % les plus pauvres en France. « La faible progressivité du système fiscal ne permet pas de réduire efficacement les inégalités. Ce sont principalement les services publics et la protection sociale qui le permettent (sans cela, le taux de pauvreté dépasserait 22 %) », rappelle Attac, qui invite à « renforcer la progressivité et le caractère redistributif du système fiscal, ce qui permettrait d’agir utilement contre les inégalités et pour le financement de l’action publique ».

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18 octobre 2024 5 18 /10 /octobre /2024 08:06

 

Dans sa préparation du budget 2025, M. Barnier pointe le déficit de 6,1 % du PIB et la dette de 3 200 Mds €, 112 % du PIB. Elle est de 122 % aux USA et de 252 % au Japon. Mais il utilise cette situation pour annoncer une cure d’austérité (60 Mds € d’économies, 2 points de PIB). Un remède qui peut tuer le malade alors qu’il faut faire l’inverse pour développer le pays. L’Europe nous y obligerait. Oui, mais sur une trajectoire de 7 ans. Ça laisse du temps. En vérité le capital veut baisser la dépense pour se nourrir sur le dos de l’État.

Quatre causes sont à l’origine de la dette.

1. Les choix de E. Macron privant le budget de l’État de 62 Mds € de rentrées fiscales et distribuant 200 Mds € d’aides aux entreprises sans contrepartie sociale et écologique.

2. L’augmentation des intérêts de la dette : de 33,8 Mds € en 2022 à 56 Mds € en 2024, résultat des taux d’intérêts de la BCE en hausse et de l’inflation gonflant les dépenses.

3. L’utilisation de l’argent des entreprises, de l’État et des banques pour la rentabilité du capital contre l’emploi, les salaires, les services publics, l’écologie, c’est-à-dire contre une croissance saine créant des richesses et élargissant la base des prélèvements fiscaux et sociaux.

4. Les suppressions d’emplois dans les services publics faisant reculer le PIB et la base de développement du pays.

 

Direction, récession !

Ignorer ces causes et poursuivre des choix qui depuis 40 ans montrent leur nocivité fera basculer la France en récession avec les conséquences humaines imaginables. Il faut sortir de ce cercle vicieux !

Alors que nos services publics sont à l’os, que l’activité économique est en berne, il faut relancer des dépenses nouvelles à la place de recettes déflationnistes des années 30 en France et en Allemagne dont on sait comment cela a fini. En fait, des avances pour se développer qui, en faisant augmenter le PIB, permettront « d’avaler » la dette car baissant son poids dans le PIB, et feront reculer le déficit. Financées à 0 %, ces avances urgentes doivent provenir de la création monétaire pour relancer les services publics (hôpital, école, transport, énergie) et la production industrielle à partir de critères d’emplois, de formation, de salaires, écologiques. Le pôle public bancaire, Poste et CDC, doit être mobilisé, refinancé à 0 % pa.r la BCE. Au-delà, pour les pays de l’UE, créer un fonds européen pour les services publics alimenté par la BCE.

Il faut de même réorienter les aides aux entreprises à partir d’objectifs sociaux et environnementaux au lieu d’être des trappes à bas salaires.

Enfin, réformer la fiscalité, à commencer par la fiscalité des entreprises, avec une triple dimension universelle, progressive et incitative et un volet local indispensable pour financer les collectivités locales. Puis rétablir un ISF intégrant dans sa base l’ensemble des biens professionnels et reconstruire un impôt sur le revenu taxant la rente et le capital au moins comme les salaires, sinon plus. Les droits de successions doivent être révisés pour mieux imposer les grosses successions. Une des conséquences serait de faire reculer la TVA et d’aller vers une extinction progressive de la CSG au fur et à mesure qu’une réforme du financement de la protection sociale par les cotisations deviendrait opérationnelle.µ

Jean-Marc Durand, membre du CN

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18 octobre 2024 5 18 /10 /octobre /2024 08:00

 

Dans le cadre de sa niche parlementaire le 30 octobre, le groupe communiste au sénat formule cette proposition de loi constitionnelle sur la Charte des services publics.

« Le peuple français, Considérant : Que toute activité qui concerne le développement social, culturel, éducatif, économique et personnel de la société tout entière a vocation à constituer un service public et à être défendue comme tel ;

« Que le service public est le vecteur de l’intérêt général, qui exige le dépassement des intérêts particuliers afin de s’imposer à l’ensemble de la Nation ;

« Que le service public est le socle de notre contrat social. Il est à la fois le fondement et la limite du pouvoir des gouvernants. Dès lors, leurs prérogatives ne sont que la contrepartie de leur obligation d’œuvrer pour le lien social, à la réalisation et au développement de la solidarité nationale, en prenant en charge les activités d’intérêt général indispensables à la vie collective ;

« Que l’État, expression et garant de l’intérêt général, est historiquement en charge des fonctions collectives pour concrétiser cette volonté d’équité sociale ;

« Que le service public permet d’assurer une répartition équitable des richesses produites et l’accessibilité aux biens essentiels et, le cas échéant, de remédier à la défaillance de l’initiative privée.

« Proclame :

« Art. 1er. Les services publics concernent les activités indispensables à la réalisation et au développement de la cohésion sociale. Ils concilient le progrès social, la protection de l’environnement et le développement économique.

« Art. 2. Le service public est régi selon les principes d’égalité, de continuité, de neutralité, d’adaptabilité et d’accessibilité. En découle un principe de proximité en vertu duquel un service public, qu’il soit dématérialisé ou non, doit impérativement proposer un accueil physique de proximité et accessible pour tous les usagers.

« Art. 3. La personne publique assure directement le service public qu’elle a créé. À titre d’exception, une personne privée peut se voir déléguer la gestion d’un service public, en cas de nécessité impérative motivée.

« Art. 4. L’État garantit la préservation et le fonctionnement pérenne de l’ensemble des services publics locaux ou nationaux. Pour ce faire, les financements publics doivent être suffisants afin de garantir leur bon fonctionnement et assurer la gratuité ou une tarification juste et équitable.

« Art. 5. Les services publics assurés par les collectivités territoriales à la suite d’un transfert de compétences par l’État doivent être strictement et durablement compensés. Ces transferts financiers doivent être compatibles avec les principes d’autonomie financière et de libre administration.

« Art. 6. Les gouvernants ont le devoir de prévenir et de limiter les atteintes aux services publics, qu’ils soient administratifs ou industriels et commerciaux. Une évaluation sociale, environnementale et économique doit être préalable à toute modification du périmètre d’un service public.

« Art. 7. Les agents et les usagers du service public disposent de droits et de pouvoirs leur permettant d’évaluer les missions à remplir et les moyens institutionnels, humains et financiers à mobiliser, afin de garantir le bon fonctionnement des services publics.

« Art. 8. La présente Charte inspire l’action européenne et internationale de la France. »

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9 octobre 2024 3 09 /10 /octobre /2024 05:54

Il y a un an, jour pour jour, le premier pogrom de l’histoire de ce XXIe siècle a conduit à la mort de 1 200 hommes, femmes et enfants, blessant et mutilant plus de 7 500 personnes. Parmi ces victimes figurent 42 Français.

Ce massacre de masse, visait des Israéliens parce qu’Israéliens, des Juifs parce que Juifs.

Je veux, par ce message, au nom des communistes français, rendre hommage à toutes les victimes.

Je veux également témoigner de la solidarité des communistes français avec les familles de celles et ceux qui, le 7 octobre, ont été capturés et pris en otage par le Hamas.

Le Parti communiste français continue d’exiger leur libération immédiate et inconditionnelle, comme le font des centaines de milliers d’Israéliens qui manifestent courageusement pour un cessez-le-feu et la démission de Benyamin Netanyahou.

Les responsables de cet acte terroriste doivent répondre de leurs crimes devant la justice internationale.

Ils défigurent le juste combat du peuple palestinien pour que soit reconnu son droit à l’existence nationale et à la paix avec le peuple israélien.

Ce pogrom intervient dans un moment où l’antisémitisme grandit, dans le monde comme en France.

Le PCF, dans son histoire, l’a toujours combattu avec acharnement. Comme il s’est toujours battu contre le racisme, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et pour la paix.

Un an après, je veux redire également, les crimes du Hamas ne justifient en rien le génocide en cours à Gaza. Ils ne justifient en rien l’accélération de la colonisation en Cisjordanie et les exécutions sommaires dans les territoires palestiniens et les camps de réfugiés. Ils ne justifient en rien les bombardements aveugles au Liban.

Les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en ce moment-même par les dirigeants de l’État d’Israël empêchent la libération des otages. Ils sont une menace pour la paix dans toute la région, et pour la sécurité même du peuple israélien. Leurs auteurs, eux aussi, répondre de leurs actes devant la justice internationale.

Le PCF est pleinement engagé pour le cessez-le-feu immédiat sur tous les théâtres d’opération. Pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. Pour la reconnaissance de l’Etat de Palestine aux côtés de l’Etat d’Israël, sur les frontières de 1967. Pour une solution à deux Etats pour deux peuples vivant en paix, en sécurité et en démocratie, à égalité, sur une même terre.

S’inclinant aujourd’hui devant les victimes du 7 octobre, le PCF condamne, dans notre pays, toute dérive qui prétendrait transformer un conflit politique ayant pour enjeu le partage de la souveraineté sur la terre de Palestine en guerre de religion ou de civilisation.

Notre combat est celui de la paix, de la solidarité entre les peuples, de la justice et du droit.

Nous serons toujours aux côtés des peuples palestinien et israélien et des forces progressistes qui, de part et d’autre, aspirent à la Paix.

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9 octobre 2024 3 09 /10 /octobre /2024 05:54

 

Mesdames, Messieurs,


Vous êtes 270 000 à assurer, chaque jour, le droit à la sécurité et à la tranquillité de nos concitoyens. Policiers, gendarmes, douaniers, toutes et tous agents du service public, vous avez fait le choix courageux de vous mettre au service de la nation et de garantir la paix civile. Vous avez su, lors des Jeux olympiques, garantir la sécurité et la sérénité de cet évènement international et ainsi permettre à la France d’accueillir le monde, fraternellement, généreusement. Nous vous en sommes extrêmement reconnaissants.

Beaucoup de nos concitoyens auraient aimé qu’une telle parenthèse de concorde s’inscrive dans la durée. Mais les exigences du moment et les évolutions de la société pèsent sur nos vies à tous et affectent défavorablement votre travail quotidien. Des décennies de politiques du chiffre, additionnées à des réductions budgétaires et des réorganisations perpétuelles ont affaibli votre capacité d’agir efficacement.

Beaucoup d’entre vous se sentent découragés, avec l’impression de « vider l’océan à la petite cuillère » ajoutée à l’absence de reconnaissance de vos métiers. Tout cela nourrit de la déception, de la colère. Les démissions s’enchaînent à un rythme plus élevé que les recrutements. Pourtant, notre pays doit affronter des menaces toujours plus grandes : terrorisme, narco trafic, cyber attaques et cybercriminalité, blanchiment d’argent et corruption, délinquance en col blanc et délinquance tout court, racisme, antisémitisme, violence sexuelles et intrafamiliales…

Nous surmonterons tous ces fléaux en mobilisant tous les moyens de la nation, ceux de la justice mais aussi l’ensemble de nos services publics et de leurs agents. Parce que la France a besoin d’un continuum de sécurité, l’État, à vos côtés, doit retrouver sa place, toute sa place pour garantir à chaque citoyen la sécurité, la tranquillité, la justice, quels que soient son lieu d’habitation, son âge, sa classe sociale ou sa couleur de peau.

C’est pourquoi nous sommes tellement attachés à la construction d’un grand service public de la sécurité aux côtés d’un ministère de la Justice en capacité de faire appliquer rapidement ses décisions, toutes ses décisions. Nous défendons le recrutement dans un premier temps de 60 000 fonctionnaires dans la police, la gendarmerie et les douanes, dont 30 000 nouveaux fonctionnaires de police dédiés à une police du quotidien, de proximité et de terrain. Nous devons aussi redonner tous ses moyens à la police judiciaire en abrogeant la dernière réforme afin qu’elle puisse pleinement travailler au service de la justice, mener des enquêtes, en toute indépendance du pouvoir politique.

Alors que de nombreuses villes ont investi dans des polices municipales et dans la vidéo surveillance, les moyens de la police nationale reculent dans ces mêmes villes. Nous souhaitons donc revoir l’organisation en communautés de brigade ou circonscription d’agglomération en renforçant le maillage en commissariats et brigades de gendarmerie à travers le pays, dotés de moyens d’intervention, 24 h/24 h, et des moyens d’investigation à la hauteur des besoins. Nous souhaitons accroître les moyens dédiés à la police technique, scientifique, au renseignement, aux unités en charge du narcotrafic, de la délinquance financière, du trafic d’êtres humains et du démantèlement des réseaux mafieux, de toute cette délinquance qui gâte la vie des gens. Nous voulons retrouver le contrôle de nos frontières et empêcher autant que possible l’entrée des substances illicites comme celle des armes. Les moyens humains et techniques que nous devons développer sont considérables mais nous devons en faire une priorité. Car c’est en contrôlant beaucoup plus les marchandises qui entrent par nos ports, nos aéroports que nous arriverons à tarir la source, dans l’Hexagone comme dans les territoires d’Outre-Mer.

Nous relèverons ce défi par un plan pluriannuel d’embauches et de formations. Et nous y parviendrons en rendant plus attractives toutes vos missions. Nous proposons de revaloriser vos salaires, par la hausse de 10 % du point d’indice, par la transformation de nombreuses primes en salaires, par l’accès à une retraite anticipée, par la fin de la politique du chiffre, par la protection de vos vies comme de celle de vos familles. Nous faisons de la lutte contre le haut du spectre des trafiquants de drogues, d’armes ou d’êtres humains notre priorité. En cela, nous exigerons un haut niveau de réciprocité entre nos services et ceux notamment des monarchies du Golfe, comme ceux d’Afrique du Nord et d’Amérique latine pour tarir à la source l’arrivée de la drogue, mettre fin à l’impunité pour les criminels en exil et rendre ainsi effectif le démantèlement des filières.

Nous activerons tous les leviers, qu’ils soient économiques, diplomatiques ou politiques, loin de la timidité affichée par la France ces dernières années. Nous souhaitons également revoir et allonger la formation des policiers et agir contre la surpopulation carcérale, assurer des conditions dignes de détention et donner les moyens à l’administration pénitentiaire et judiciaire de réaliser sa mission en toute sécurité.

Nous devrons investir beaucoup plus fortement dans notre jeunesse pour la préparer à relever les beaux défis de notre pays. L’éducation, le travail, le respect, la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité sont des principes, des droits et des valeurs de notre République que nous voulons faire vivre pleinement pour nos enfants. C’est aussi le meilleur moyen pour lutter contre la délinquance avec des services de l’État, de la justice, de l’éducation nationale à la hauteur. Aucune mesure d’économie ne doit les toucher, à l’image de celles subies par la Protection judiciaire de la jeunesse.

Vous le constatez vous-même : quand l’État recule, c’est l’ensemble des services publics qui disparaît et, à travers cet affaiblissement orchestré, c’est la cohésion nationale qui est menacée. C’est pourquoi le budget de l’État doit se mettre au service de ces choix. Nous irons chercher l’argent là où il se trouve. Mais certainement pas dans les poches de celles et ceux qui travaillent et contribuent déjà beaucoup, comme vous toutes et vous tous.

Les communistes sont pleinement à votre disposition pour échanger sur cette ambition que nous portons pour la France et l’ensemble de nos concitoyens.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Mesdames, Messieurs, l’expression de mes salutations républicaines.

Fabien Roussel

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8 octobre 2024 2 08 /10 /octobre /2024 05:21
Stéphane BONNÉRY - Favoriser l’école privée : 20 ans de politiques économiques (I.R.FSU)
Stéphane BONNÉRY - Favoriser l’école privée : 20 ans de politiques économiques (I.R.FSU)

Stéphane BONNÉRY
Favoriser l’école privée : 20 ans de politiques économiques 
La Pensée n°419, juillet septembre 2024
20,00€

Lire et voir l'interview sur le site de l' IR.FSU

Cinq questions à Stéphane BONNÉRY
Propos recueillis par Paul Devin

Vous dites qu’un facteur essentiel du développement de l’école privée est lié au baby-boom des années 2000.
Merci de nous expliquer pourquoi.

Plus exactement, mon étude statistique (notamment à partir des données de la DEPP au Ministère) publiée dans le dernier numéro de la revue La Pensée[1], montre que le développement de l’enseignement privé depuis un quart de siècle résulte de la conjonction entre deux phénomènes qui ont été instrumentalisés par les gouvernements néolibéraux : l’enlisement dans la crise économique du capitalisme et le babyboom de l’an 2000. C’est spécifique au cas français, d’abord parce que cette vague de naissances n’a pas eu lieu dans les pays voisins, ensuite parce que le réseau public était particulièrement fort, et que les gouvernements ont eu besoin, pour imposer des choix néolibéraux à l’école, de cette pression démographique cumulée à la pression budgétaire liée à la crise économique.
Schématiquement, et paradoxalement, l’enseignement privé traditionnel est en difficulté : il n’est plus fréquenté que marginalement pour des raisons idéologiques par les familles de tradition catholique. Moins d’un élève sur cinq du privé suit l’ensemble de sa scolarité dans ce seul réseau. Les autres passent de l’un à l’autre. Ce n’est d’ailleurs plus dans les zones géographiques de son implantation traditionnelle que le privé sous-contrat progresse. Et il un peu concurrencé sur ce créneau par les établissements « hors contrat », dont les effectifs ont presque triplé dans la décennie 2010, mais qui restent très faibles dans la masse globale : ces derniers concernent soit des établissements ultra-religieux, soit des projets dits de pédagogies alternatives, avec un coût important pour les familles. La très grande majorité des nouveaux « clients » du privé sous contrat est bien davantage constituée des familles qui veulent éviter l’établissement du secteur. Beaucoup d’études mettent en avant cette « demande » d’évitement, qui pour certaines familles est motivée par de la crainte des mauvaises fréquentations populaires. Avec d’autres chercheurs, il me semble important de souligner les causes qui se situent dans « l’offre », surdéterminée par les questions économiques et politiques, notamment les familles qui quittent le public du fait de l’inquiétude sur le niveau d’enseignement : il est je crois inefficace d’aborder cette question en termes moraux, de culpabilisation. Car cela ne relève pas que du fantasme : si des équipes pédagogiques sont motivées pour maintenir le niveau dans les établissements de fréquentation populaire, il y a toute une pression de la hiérarchie, des injonctions, des outils pédagogiques à disposition… pour « adapter », dans le sens du renoncement à viser la même ambition partout. La suppression massive des heures d’enseignement, dans le premier degré comme dans le second (où elle a conduit à d’énormes suppressions de postes, notamment de CAPESsiens titulaires en collège), a été un levier déterminant pour pousser les profs à choisir entre la restriction des objectifs sur le seul socle minimal, ou la possibilité de traiter l’autre partie du programme.

Il y aurait eu nécessité d’investissements pour accueillir cette croissance de la population enfantine et ils n’ont pas été faits. Vous considérez que ce n’est pas seulement par austérité budgétaire mais parce que cela constituait une opportunité de développement du privé ?
Mon étude statistique montre que l’arrivée de la vague du babyboom en primaire a permis au privé d’accroitre ses effectifs d’élèves, et d’obtenir des postes (payés par l’État), tout en ayant les moyens de sélectionner les familles selon leur niveau scolaire et social. Pendant ce temps, le primaire public a dû absorber toute la vague, dans sa diversité sociale, avec des moyens très contenus afin de maintenir les taux d’encadrement en classe sans trop augmenter le nombre de professeurs des écoles : il y a eu une suppression massive des classes de toute petite section (de 35 % d’enfants de 2 ans scolarisés, à 10 % entre 1998 et 2023) et des postes dédiés à la remédiation des difficultés pour les rapatrier sur les autres classes. De même qu’un détournement des postes massivement fermés dans l’enseignement secondaire (surtout le collège et la voie professionnelle) et le supérieur. Le ministère a aussi joué avec la démographie enseignante, où les départs en retraite n’ont pas été remplacés. Et quand la vague démographique d’élèves est arrivée au collège, l’enseignement public n’a pas eu davantage de postes : pendant le ministère Valaud-Belkacem, les fermetures ont ralenti, et ont été remplacées par des contractuels, ce qui s’avère très loin d’une reconquête. Et depuis, Blanquer et ses successeurs ont eu toutes latitudes pour poursuivre l’austérité et dégrader les scolarités publiques. Si les dogmes austéritaires néolibéraux pèsent, avec les injonctions et les contrôles européens, il faut prendre la mesure de ce que ces gouvernements tentent de répondre aux ordres du privé : pour maintenir le profit, quand l’industrie ne suffit plus du fait de la crise économique, alors ils cherchent à marchandiser l’éducation, comme la santé, et donc favorisent le développement du privé. Les gouvernant ne sont pas que des idéologues, ils subissent une grosse pression de leur classe sociale, la bourgeoisie, dans laquelle ils sont socialisés et à qui ils rendent des comptes, laquelle a besoin de faire travailler son capital.

Quels éléments vous amènent à considérer que le développement du privé ne constitue pas une évolution sociétale mais le résultat d’une politique choisie ?
Beaucoup de familles vont dans le privé avec le sentiment de faire un choix contraint : le manque de postes se ressent dans les absences de professeurs non remplacées, à force de réduire les recrutements, par la faiblesse de certains contractuels, et par l’abaissement du niveau des objectifs visés dans certains établissement de secteur à force que les équipes manquent de temps avec les élèves et de soutien. Le sabotage du public produit ses effets. Quand les parents se sentent isolés et sont inquiets, ils cherchent des solutions de sauvetage individuel s’ils ne trouvent pas de moyens de gagner collectivement une éducation de qualité pour leur enfant.
Dans toutes les périodes depuis1999, en primaire et dans le secondaire, le nombre de postes du privé, payés et alloués par l’État, baisse moins que ceux du public quand les effectifs d’élèves baissent, et symétriquement, le privé profite davantage que le public de financements publics des postes quand le nombre d’élèves augmente. C’est une politique nationale organisée, même si silencieuse, de favoritisme au profit du privé en matière d’utilisation de l’argent public pour recruter des professeurs.
De même, les collectivités locales sont obligées par la loi de financer le fonctionnement du temps scolaire (pédagogie, loyers ou entretien du bâti, etc.) des établissements privés à la même hauteur que le public : cela existait un peu depuis la loi Debré de 1959, mais depuis l’imposition de la Charte des droits européens en 2007 (en substance, c’est le Traité de Constitution Européenne refusé par référendum qui a été imposé par le parlement) et depuis sa conséquence, la loi Carle de 2009, c’est d’une toute autre ampleur. Et l’obligation de scolarité à 3 ans par Blanquer, puisqu’elle était déjà effective à 100 %, n’avait d’autre but que d’imposer le financement de la maternelle privée. Au total, ce sont les trois quarts des coûts de l’enseignement privé sous contrat qui sont pris en charge par l’argent public.
Aujourd’hui, où la vague démographique a quitté le primaire et quasiment le collège, le privé est inquiet : comment éviter un plan social, en conservant les postes, alors que la génération scolarisable est moins fournie ? C’est tout le sens de l’offensive conduite par l’éphémère ministre Oudéa-Castéra, qui certes était maladroite et dont les manipulations se sont avérées trop visibles pour servir son camp, mais qui traduit cette politique volontariste de favoritisme : discréditer le public, lui couper les moyens, le laisser s’enliser dans la gestion des flux et la baisse du niveau ainsi provoquée, en utilisant ces difficultés au profit du recrutement par le privé.
De même, des propositions comme celle du « chèque éducation », portée par la droite et l’extrême droite (Marion Maréchal), visent à aider encore le privé, en aidant les familles à payer le quart des dépenses qui reste à leur charge, et qui constitue en réalité les « à-côtés » de l’école : temps des devoirs, cantine, sorties, projets, etc. Car ces « à-côtés » ont pris une importance considérable avec la baisse du temps d’enseignement dans les programmes du primaire et du collège, ce qui constitue un produit d’appel pour le privé.
Cette politique n’est pas que nationale : elle constitue la copie conforme des directives européennes, qui veulent réduire le service public à la française à un service rendu au public, que cette prestation soit gratuite ou marchande, réalisée par les pouvoirs publics ou par des prestataires. L’égalité de la préparation des enfants face à l’avenir n’est pas l’objectif. Rappelons que jusque dans les années 1990, la commission européenne invitait le privé à investir dans l’enseignement ainsi que dans la recherche et développement. Depuis, avec le plan « Europe 2020 », les directives ont été réorientées en pire, pour que l’argent public serve à favoriser les entreprises privées qui n’assument plus les coûts mais simplement les bénéfices, notamment dans une logique de rentabilité financière. On voit ainsi les fonds de pension, les conglomérats financiers, investir dans l’enseignement supérieur privé parce qu’il est soutenu financièrement par l’argent public. Non seulement, cet argent sert d’autres logiques, mais les bénéfices ne sont pas réinvestis dans l’éducation, fût-elle privée, mais dans la rémunération de la finance.

Comment une telle politique a-t-elle agi sur les conditions de l’égalité à tous les niveaux du cursus scolaire au sein de l’école publique ?
Avec ces politiques, et avec un plus grand nombre d’enfants dans la génération, le privé sous contrat a pu davantage sélectionner ses clients : notamment, les familles voulant que leurs collégiens quittent le public (c’est le niveau le plus demandé du privé) ont été mises devant la pression qu’il ne soit accepté qu’à la condition que toute la fratrie bascule. Les candidatures sont sélectionnées sur critères sociaux et sur les résultats scolaires.
L’article de Pierre Merle publié conjointement dans le même numéro de La Pensée[2] montre que sous la présidence Macron, la population des collèges s’est de plus en plus spécialisée dans son recrutement social : embourgeoisement du privé, ghettoïsation des établissements des quartiers populaires. Ces changements pèsent sur les résultats PISA de la France : les écarts sociaux se creusent.
En amont du collège, je montre que la casse de la scolarité à deux ans, et le manque de temps pour enseigner, dans une logique d’économies budgétaires, de même que la suppression des postes de remédiation, participent de ces politiques inégalitaires.
Le projet politique à l’œuvre n’est pas celui de la disparition de l’enseignement public, mais de son dévoiement pour le limiter à une sous école destinée à ceux qui ne peuvent se payer mieux, destinés à des postes d’exécution. La réforme du « choc des savoirs », vient en cohérence franchir un cran de plus que la précédente dite du « socle commun » en inégalisant les parcours, en limitant les enfants de travailleurs d’exécution au minimum, pour réserver le reste, au nom des soi-disant « compétences individuelles », à ceux qui pourront se payer la part du programme en option : le primaire est transformé en gare de triage vers des filières étanches du collège, pré-orientant vers le lycée général ou vers la voie pro privatisée.
L’extrême-droite a exactement le même projet éducatif, celui d’une politique de classe, même s’ils la déguisent derrière des critères ethniques qui viennent aggraver le problème : les familles populaires qui penseraient pouvoir accéder à une meilleure qualité d’éducation grâce au RN seraient victimes d’une belle arnaque : l’extrême-droite ne s’en prend pas à la bourgeoisie, qu’elle laisse dans son entre-soi, elle promeut plutôt un privé low-cost, pour diviser les enfants de travailleurs selon leurs origines supposément ethniques. La racialisation des problèmes sociaux invisibilise les enjeux profonds.

Est-il réaliste dans la situation actuelle de revendiquer que le subventionnement public soit réservé à l’école publique ?
Quand les défenseurs du service public d’éducation s’interrogent sur les sommes versées sans contrôle à l’école privée, financée aux trois quarts par des fonds publics, ils se voient aussitôt accusés de vouloir « relancer la guerre scolaire ». Or celle-ci a bien lieu, depuis un quart de siècle. Elle se déroule à bas bruit, par le biais des politiques publiques qui favorisent l’enseignement privé.
Depuis 1959, le camp laïque réclame de réserver l’argent public pour l’école publique, sans succès, et même en enchaînant les défaites. Si l’on veut atteindre cet objectif, en étant réaliste, il semble plus stratégique de se fixer un objectif intermédiaire en mesure de convaincre au regard du rapport de forces idéologique. La grossièreté d’Oudéa-Castéra, et le scandale Stanislas ont permis a beaucoup de français de découvrir que le privé était autant subventionné. Il nous faut d’abord des occasions de faire connaître l’ampleur du scandale, de cette politique de favoritisme, de sabotage du public pour favoriser le privé. Pour que les nombreuses familles qui se sentent tiraillées, contraintes de quitter le public, comprennent les causes réelles de ce qui leur arrive, à savoir une politique délibérée incitée par la crise du capitalisme. Donc, l’une des entrées, c’est effectivement, comme le propose le sénateur Pierre Ouzoulias, d’exercer un contrôle sur l’argent versé au privé. On se rendrait ainsi compte du grand flou qui règne, dans la possibilité qu’ont les établissements privés de faire glisser des moyens entre primaire et secondaire. De même que le temps scolaire est déjà financé par l’argent public, et que le privé tente de se faire payer par la collectivité les activités bonus qui ont pris davantage de place avec la réduction du temps de classe. Et on démasquerait la fausse idée selon laquelle les familles choisissent l’établissement… c’est l’inverse, les établissements bourgeois choisissent leurs clients sur critères sociaux et scolaires, n’ayant aucun mérite à avoir de meilleurs résultats. Exigeons de la transparence sur ce à quoi sert l’argent : à rémunérer des actionnaires ?
Tout cela est nécessaire pour élever le niveau de conscience que ce qui se joue à l’école est d’abord une duplication de la lutte entre classes sociales, de deux projets qui s’affrontent. D’un côté, les politiques conduites depuis plusieurs décennies, avec la marchandisation des services et la prédestination à une future place de travailleur dès l’enfance, selon la qualité d’éducation à laquelle l’enfant a accès, c’est une politique d’individualisation, c’est-à-dire où chacun reçoit selon là où il est né. De l’autre côté, une politique de service public, pour transmettre une culture commune et pour réduire les inégalités, où chaque individu bénéficie de cette garantie collective de la qualité éducative : pour cela, il faut des moyens, pour que les établissements publics aient du temps pour enseigner, pour que les profs puissent se former. Et donc, pour faire prendre conscience par ces batailles intermédiaires qu’il faudra poser la question de la nécessité d’utiliser l’argent public pour l’école publique.

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[1] Stéphane Bonnéry, « Favoriser l’école privée : 20 ans de politiques économiques », La Pensée, n° 419, 2024. Disponible en numérique sur Cairn et en fascicule imprimé à la Fondation Gabriel Péri.

[2] Pierre Merle, « Embourgeoisement des collèges privés et résultats PISA », La Pensée, n° 419, 2024. Disponible en numérique sur Cairn et en fascicule imprimé à la Fondation Gabriel Péri.

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