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2 octobre 2019 3 02 /10 /octobre /2019 05:47
Sébastien Jumel : « Il faut une amélioration qualitative de l’inclusion »
Lundi, 30 Septembre, 2019

Éducation. Auteur d’un rapport sur la scolarisation des enfants handicapés, le député communiste Sébastien Jumel expose les grands axes des 157 propositions qu’il avance.

 

Sébastien Jumel est Député PCF de Seine-Maritime

Vous insistez dans votre rapport sur la nécessité d’avoir des statistiques fiables. Pourquoi ?

Sébastien Jumel Lors de la mission parlementaire, nous avons constaté qu’on avait toutes les peines du monde à obtenir des chiffres précis du nombre d’enfants handicapés, de ceux qui sont scolarisés, du nombre d’heures où ils sont effectivement à l’école, ou même du nombre de ceux contraints à chercher une solution à l’étranger. Et quand nous avons des chiffres, ils ne sont pas étayés. Par exemple, un enfant est compté comme scolarisé alors qu’il ne l’est que de deux heures par semaine. Ce flou s’explique par la diversité des intervenants – maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), ministères de la Santé et de l’Éducation nationale – et l’absence de pilotage transversal. Notre première proposition est donc de créer un service public de l’école inclusive, avec un pilotage global et un partage des données. C’est important d’avoir une mesure objective de la situation pour pouvoir avancer. Il faut aller au-delà de l’évolution quantitative observée depuis 2005, pour effectuer un saut qualitatif.

Quelles sont les conditions pour effectuer ce saut qualitatif ?

Sébastien Jumel La première chose à faire, c’est de simplifier et d’humaniser les traitements des dossiers par les MDPH. C’est le premier pas des familles puisque ce sont ces MDPH qui décident si l’enfant va avoir une affectation en institut spécialisé ou en milieu ordinaire, s’il va bénéficier ou non d’un accompagnant. Or, faute de moyens, ce sont de véritables usines à gaz, avec des délais trop longs. Pour les familles, c’est un parcours du combattant. Il faut être énarque pour remplir un dossier et avoir un bac+ 5 pour comprendre la décision notifiée par la MDPH. Le deuxième point est le maintien des structures spécialisées. Je suis favorable à une révolution copernicienne en faveur de l’inclusion, mais certains enfants doivent être pris en charge dans des établissements spécialisés. L’inclusion à tout prix peut être violente. Il faut se méfier d’un discours très généreux sur l’inclusion qui met les enfants dans des situations douloureuses et sert en réalité à générer des effets d’aubaine budgétaires. Nous proposons donc de prendre en compte le choix des familles et l’intérêt de l’enfant pour mettre en place des parcours plus souples, avec des passerelles entre milieu spécialisé et milieu ordinaire. Il faut enfin aborder la question des moyens. La politique ambitieuse que nous prônons en a besoin, notamment pour la déprécarisation des intervenants et un plan de formation massif des accompagnants et du personnel. Mais, dès qu’il est question de moyens financiers, Jean-Michel Blanquer, que nous devons revoir le 8 octobre, se montre réticent.

Que prônez-vous pour améliorer la situation des accompagnants ?

Sébastien Jumel 95 % des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) ont des contrats à temps partiel de moins d’un an. Le ministre a annoncé le passage en CDD de trois ans, renouvelable une fois, et une circulaire prévoit de décompter leurs heures « invisibles » (formation, préparation…). C’est une première avancée. Sauf que la circulaire n’est pas mise en œuvre partout de la même manière. Cette année encore, des AESH ont dû commencer à travailler sans contrat. Comme député communiste, je souhaiterais un statut dans la fonction publique d’État. Mais pour que le rapport soit voté à l’unanimité, il a fallu créer du consensus. Nous avons donc proposé une première avancée : une cédéisation plus massive des AESH, avec des temps hebdomadaires plus longs intégrant les heures invisibles.

Pourquoi mettez-vous l’accent sur l’amélioration de la formation ?

Sébastien Jumel La mission a été confrontée à de nombreux témoignages d’enseignants en souffrance. Accueillir des enfants handicapés sans être formé, c’est une violence institutionnelle. Nous souhaitons qu’il y ait des modules de formation obligatoires dans les instituts de formation et un plan de formation continue. Au-delà, il faut réfléchir aux conditions d’accueil. Il est impossible de mettre en place une pédagogie différenciée pour un enfant en situation de handicap dans des classes à 30 élèves ! Nous proposons donc que ces enfants soient pris en compte dans l’établissement de la carte scolaire ou la dotation horaire des collèges. L’impératif de formation vaut bien sûr aussi pour les AESH. Nous avons recueilli des témoignages d’AESH censés s’occuper de jeunes sourds… qui ne parlaient pas la langue des signes. Il faut des formations spécifiques à chaque handicap.

Vous avez aussi souligné les besoins dans l’enseignement supérieur.

Sébastien Jumel Un chiffre donne une indication : sur 53 000 doctorants, il y en a eu 123 en situation de handicap. Nous faisons des propositions pour que ça s’améliore, parce que ces élèves ont une énergie et des potentiels énormes.

Camille Bauer
Education et Handicap: Sébastien Jumel, député communiste de Seine-Maritime: il faut une amélioration qualitative de l'inclusion (entretien avec Camille Bauer, L'Humanité, 30 septembre 2019)
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2 octobre 2019 3 02 /10 /octobre /2019 05:38
Résumé: Pour comprendre la place qu'occupent aujourd'hui Éric Zemmour et ses idées réactionnaires dans l'espace public français, ce livre analyse ses écrits en regard de ceux d'Édouard Drumont, pamphlétaire d'extrême droite de la fin du XIXe siècle et du début XXe. Il met ainsi en lumière une matrice du discours réactionnaire.  La place qu'occupe Éric Zemmour dans le champ médiatique et dans l'espace public français suscite l'inquiétude et la consternation de bon nombre de citoyens. Comment un pamphlétaire qui alimente constamment des polémiques par ses propos racistes, sexistes, homophobes, condamné à plusieurs reprises par la justice, a-t-il pu acquérir une telle audience ? Pour comprendre ce phénomène, ce livre replace le cas Zemmour dans une perspective historique qui prend comme point de départ les années 1880, période où se mettent en place les institutions démocratiques qui nous gouvernent encore aujourd'hui. Ce faisant, il met en regard le parcours d'Éric Zemmour et celui d'Édouard Drumont, le chef de file du camp antisémite à la fin du xixe siècle. Car les deux hommes ont chacun à leur époque su exploiter un contexte favorable à leur combat idéologique. Issus des milieux populaires et avides de revanche sociale, tous deux ont acquis leur notoriété pendant des périodes de crise économique et sociale, marquées par un fort désenchantement à l'égard du système parlementaire. Dans ce saisissant portrait croisé, Gérard Noiriel analyse les trajectoires et les écrits de ces deux polémistes, en s'intéressant aux cibles qu'ils privilégient (étrangers, femmes, intellectuels de gauche, etc.) et en insistant sur les formes différentes que ces discours ont prises au cours du temps (car la législation interdit aujourd'hui de proférer des insultes aussi violentes que celles de Drumont). L'historien met ainsi en lumière une matrice du discours réactionnaire, et propose quelques pistes pour alimenter la réflexion de ceux qui cherchent aujourd'hui à combattre efficacement cette démagogie populiste.

Résumé: Pour comprendre la place qu'occupent aujourd'hui Éric Zemmour et ses idées réactionnaires dans l'espace public français, ce livre analyse ses écrits en regard de ceux d'Édouard Drumont, pamphlétaire d'extrême droite de la fin du XIXe siècle et du début XXe. Il met ainsi en lumière une matrice du discours réactionnaire. La place qu'occupe Éric Zemmour dans le champ médiatique et dans l'espace public français suscite l'inquiétude et la consternation de bon nombre de citoyens. Comment un pamphlétaire qui alimente constamment des polémiques par ses propos racistes, sexistes, homophobes, condamné à plusieurs reprises par la justice, a-t-il pu acquérir une telle audience ? Pour comprendre ce phénomène, ce livre replace le cas Zemmour dans une perspective historique qui prend comme point de départ les années 1880, période où se mettent en place les institutions démocratiques qui nous gouvernent encore aujourd'hui. Ce faisant, il met en regard le parcours d'Éric Zemmour et celui d'Édouard Drumont, le chef de file du camp antisémite à la fin du xixe siècle. Car les deux hommes ont chacun à leur époque su exploiter un contexte favorable à leur combat idéologique. Issus des milieux populaires et avides de revanche sociale, tous deux ont acquis leur notoriété pendant des périodes de crise économique et sociale, marquées par un fort désenchantement à l'égard du système parlementaire. Dans ce saisissant portrait croisé, Gérard Noiriel analyse les trajectoires et les écrits de ces deux polémistes, en s'intéressant aux cibles qu'ils privilégient (étrangers, femmes, intellectuels de gauche, etc.) et en insistant sur les formes différentes que ces discours ont prises au cours du temps (car la législation interdit aujourd'hui de proférer des insultes aussi violentes que celles de Drumont). L'historien met ainsi en lumière une matrice du discours réactionnaire, et propose quelques pistes pour alimenter la réflexion de ceux qui cherchent aujourd'hui à combattre efficacement cette démagogie populiste.

Gérard Noiriel : « Cela s’est toujours vérifié : quand le social recule, l’identitaire augmente »
Lundi, 30 Septembre, 2019

Extrême droite. Avec le Venin dans la plume, l’historien Gérard Noiriel analyse la place qu’occupe éric Zemmour dans « la part sombre de la République » et compare sa rhétorique identitaire à celle, antisémite, d’édouard Drumont.

 

Éric Zemmour était, samedi, l’invité d’honneur de la convention de la droite, organisée par Marion Maréchal-Le Pen. Outre sa chronique dans le Figaro et son émission sur Paris Première, il a obtenu un créneau quotidien sur la chaîne CNews. Comment expliquer une telle place dans la vie politique et les médias ?

Gérard Noiriel C’est une bonne question, qui permet de sortir d’une hyperpersonnalisation. Zemmour, c’est le résultat de certaines mutations des champs médiatiques qui ont fait le jeu de journalistes pamphlétaires à partir des années 2000 : chaînes en continu, TNT et réseaux sociaux. Si l’islamophobie n’est pas un phénomène nouveau, sa banalisation est inquiétante.

Si Éric Zemmour vient à nouveau d’être reconnu coupable de provocation à la haine raciale, son audience est réelle. Dans votre ouvrage, vous soutenez que « les propos de Zemmour libèrent des pulsions que le droit actuel s’efforce de contenir »…

Gérard Noiriel Le droit, qui condamne Zemmour pour la troisième fois, se fonde sur l’incitation à la haine en fonction des origines. Or, Zemmour dénonce toujours la loi comme injuste. Dans sa rhétorique, il se présente comme une victime. Son discours est une délinquance de la pensée, de non-respect de la loi. Il ne fonde pas son discours sur la raison. Son fonds de commerce, c’est la tragédie, l’apocalypse. Ce qui explique que ceux qui ont des propensions à s’angoisser vont y adhérer. J’ajoute que Zemmour a en fait basculé dans les années 2000, selon moi, par opportunisme et carriérisme.

Vous étudiez, dans le Venin dans la plume (1), le parallèle que l’historien israélien Shlomo Sand a esquissé entre Édouard Drumont et Éric Zemmour. À l’immense succès d’édition de la France juive du premier, en 1886, répondrait celui des ouvrages de Zemmour.

Gérard Noiriel Édouard Drumont comme Éric Zemmour sont ce que Bourdieu appelait des transfuges, qui utilisent leurs origines populaires pour tenter de persuader leurs lecteurs. Zemmour rejette toutes les critiques à son encontre comme mépris de classe. Tous deux profitent du fait que la presse de masse va inventer la « fait-diversion » de la politique : un criminel, une victime, un juge/policier. Cette matrice organise une vision de la politique : Drumont va personnifier la France, et non les Français, comme victime, et l’agresseur comme étranger/juif. Chez Drumont, le « remplacement » se fait par le haut, avec Rothschild. Chez Zemmour, le « remplacement » se fait par en bas. Le schéma s’est adapté à la conjoncture et aux lois antiracistes. Mais la matrice est la même : la France est victime du parti de l’étranger, dont la quintessence est, pour lui, le musulman. Ce qui se présente chez Zemmour comme histoire est un récit tragique qui fait de la France une personne menacée, incarnée par les grands hommes. La grammaire de ces discours identitaires oppose un « nous » aux « eux », et inverse les rapports dominants-­dominés. Zemmour entend réhabiliter la colonisation en faisant des colons des victimes et des immigrés des dominants. De fait, lorsque le schéma marxiste de la lutte des classes s’affaiblit, les schémas identitaires sont relancés. Cela s’est toujours vérifié dans l’histoire : quand le social recule, l’identitaire augmente.

Le choix de Macron de remettre l’immigration au cœur du débat publique, alors que les retraites sont en discussion, n’est-il pas une autre forme de diversion ?

Gérard Noiriel L’usage de la thématique de l’immigration est une vieille ressource de la droite depuis la fin du XIXe siècle. La droite a toujours joué le national contre le social, c’est une structure qui perdure à toutes les époques.

Quelle est la fonction sociale de l’histoire que vous reprenez de Marc Bloch ?

Gérard Noiriel Comme historien, je ne propose pas de programme politique. Ma prudence est aussi une critique vis-à-vis des intellectuels. Le terme politique est utilisé trop largement. Je crois à la conception bourdieusienne de l’autonomie des champs. Les enjeux du métier d’historien relèvent de l’éducation civique. Ils visent l’émancipation des personnes, plutôt que la bataille politique. La science doit se cantonner dans l’explication et la compréhension mais doit être communiquée à tous.

Opposer aux discours identitaires un travail de « désidentification », c’est aussi une perspective pour les programmes scolaires, le développement de l’esprit critique et citoyen.

Gérard Noiriel Tout à fait. Ce point est en filigrane dans le Venin dans la plume. Il se trouve davantage explicité dans mon Histoire populaire de la France, dans laquelle je commence par montrer que la science, comme souci du vrai, vise à permettre à chacun ce que Brecht appelait le Verfremdet, le processus pour se faire étranger à soi-même.

(1) Le Venin dans la plume. Édouard Drumont, Éric Zemmour et la part sombre de la République, de Gérard Noiriel. La Découverte, 252 pages, 19 euros.
Entretien réalisé par Nicolas Mathey
Extrême-droite: de Drumont à Zemmour. Gérard Noirel, auteur du "Avec le Venin dans la plume": Cela s'est toujours vérifié, quand le social recule, l'identitaire augmente (L'Humanité, 30 septembre 2019)
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2 octobre 2019 3 02 /10 /octobre /2019 05:00
Extrême droite. Marion Maréchal promet le pouvoir à son camp
Lundi, 30 Septembre, 2019

La prétendue « convention de la droite », réunie samedi à Paris par les amis de Marion Maréchal, a servi de tribune aux propos les plus nauséabonds. Au-delà des provocations iniques d’Éric Zemmour, l’offensive est à prendre au sérieux.

 

Les proches de Marion Maréchal l’assuraient : le rendez-vous de samedi, à Paris, consistait en une respectable « convention de la droite ». Sans surprise, elle s’est avérée une grand-messe appelant à la guerre des civilisations, une apologie de la haine raciste avec pignon sur rue. Car la chaîne LCI n’a pas hésité à retransmettre en direct les éructations d’Éric Zemmour, qui devraient lui valoir de nouvelles poursuites judiciaires. Aussi nous ne reproduirons pas ses propos ici. D’autant que le plus inquiétant est sans doute ailleurs, loin du fonds de commerce de celui qu’une partie de la presse continue d’appeler « polémiste ». Un visage beaucoup plus présentable de l’extrême droite s’est remis en selle, samedi. Car, Marion Maréchal a beau s’en défendre à longueur de temps, son discours devant les siens, appelant à « briser les barrières partisanes » et avançant cinq « défis » prioritaires, ressemble à s’y méprendre à un véritable programme politique pour 2022. Alors que le programme officiel de la journée consistait à travailler sur des « alternatives au progressisme », c’est Robert Ménard qui a rapidement mis les pieds dans le plat. « J’en ai assez des excuses des uns et des autres pour ne pas se présenter à la prochaine présidentielle ! Trop jeune, trop intello ? Je m’en fous. On a besoin d’un visage qui incarne ce qu’on dit là. Un chef, quelqu’un qui parle aux gens ! » a lâché le maire de Béziers à l’adresse de l’ex-députée FN du Vaucluse. « La seule chose qui compte, c’est de se donner rendez-vous dans trois ans, mais à l’Élysée », avance-t-il.

Le Rassemblement national n’est « pas suffisant pour gagner »

Dans une salle chauffée à blanc, celle qui est officiellement retraitée de la politique prend la parole et attaque sans détour le cœur de son sujet : la présidentielle de 2022. Son parti (elle est toujours encartée au Rassemblement national) n’est « pas suffisant pour gagner », alors que l’effondrement de LR représente « une opportunité  historique ». « Il faut rompre avec la droite des experts-comptables », avance-t-elle, avant de développer les cinq « piliers » de son projet politique : « Le grand remplacement, le grand déclassement, le grand épuisement écologique, le grand basculement anthropologique et le grand affrontement des puissances étrangères. » Le premier fait référence à la thèse du négationniste Renaud Camus, le deuxième fait mine de s’intéresser aux classes populaires. Celui sur l’écologie, qui est, selon elle, « un conservatisme » et « un combat identitaire », s’appuie sur le localisme à la sauce RN, les deux derniers recyclant les vieux fantasmes de l’extrême droite sur la guerre des civilisations.

« J’entends les impatiences et les frustrations. Mais qui peut penser que nos idées arriveront au pouvoir sans avoir brisé les barrières partisanes d’hier ? » avance la petite-fille de Jean Marie Le Pen, alors que les élus issus de LR ou du RN sont aux abonnés absents. Seul l’eurodéputé RN Gilbert Collard a fait le déplacement. Mais Marion Maréchal en est persuadée : la droite extrême, recomposée par le bas et non par des accords d’appareil, peut accéder au pouvoir, comme chez certains de nos voisins européens. Pourtant, elle ne se place pas sur le terrain du populisme, récusant même le terme, et préfère incarner une droite conservatrice ripolinée, avec une ligne économique ultralibérale assumée, comme en atteste sa tribune publiée à la veille de l’université du Medef. « On ne peut pas gagner seulement avec les électeurs FN, il faut faire venir à nous les électeurs de la droite traditionnelle », abonde Robert Ménard. Une stratégie développée longuement par l’ex-députée du Vaucluse dans les colonnes du Figaro Magazine, dans lequel elle appelait, début septembre, à « ancrer dans un avenir commun des Français issus de courants variés : des souverainistes, des libéraux-conservateurs, des populistes, la droite nationale ». Samedi, Marion Maréchal, qui a opportunément abandonné le nom Le Pen, a lancé devant les siens, confiante : « Demain, nous serons au pouvoir, j’en suis convaincue ! » Science-fiction ? « Sous des formes disparates et encore embryonnaires, c’est le fascisme qui fait son retour, analyse le sociologue Hugo Palheta (1). Il ne s’annonce plus comme une hypothèse abstraite, mais comme une possibilité concrète. »

(1) Lire, de l’auteur, la Possibilité du fascisme. France, la trajectoire du désastre. La Découverte, 265 pages.
Maud Vergnol
Extrême-droite: Marion Maréchal promet le pouvoir à son camp (Maud Vergnol, L'Humanité, 30 septembre 2019)
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29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 19:00
Encore un budget de classe... pour le capital ! (Fabien Roussel, PCF)

Encore un budget de classe…pour le capital ! (Fabien Roussel)

 

Ce budget 2020 aurait dû être marqué par des réponses concrètes à l’urgence sociale et l’urgence climatique. Il n’en est rien. Il ne répondra pas, non plus, aux besoins exprimés par nos communes et nos services publics, notamment en matière de santé ou de transports.

Alors que la jeunesse défile pour réclamer des mesures d’urgence pour lutter contre les dérèglements climatiques, alors que tout le monde sait que notre pays doit investir massivement dans les secteurs du logement et des transports pour respecter notre trajectoire carbone, le budget 2020 ne prévoit rien de plus. Rien. Pire, 1 000 postes seront supprimés au Ministère de la Transition Écologique. Oui, il y a matière à porter plainte !

Alors que nos concitoyens demandent à retrouver leur pouvoir d’achat, ce Gouvernement prévoit seulement de baisser les deux premières tranches de l’impôt sur le revenu mais refuse d’augmenter les tranches les plus élevées, rétablir l’ISF ou s’attaquer de front aux niches fiscales. Résultat : les 5 milliards d’euros donnés de la main gauche à ces contribuables seront repris de la main droite à tout le monde, y compris les plus modestes : économies sur l’assurance chômage et les APL, baisse du budget de la santé, hausse des mutuelles et de l’électricité…Beaucoup de nos concitoyens, au final, y perdront.

Alors que les Français vont élire leur maire en mars prochain, le Gouvernement maintient sa politique d’austérité envers nos communes. La trajectoire de réduction de 13 milliards d’euros des moyens des collectivités est sanctuarisée. Nos communes vont donc continuer de tirer la langue !

Enfin, les plus heureux seront de nouveaux les grandes multinationales qui vont voir leur impôt sur les bénéfices baisser. Les 2,5 milliards de réduction annoncés pour 2020 (11 milliards sur l’ensemble du mandat !! ) vont profiter essentiellement au 750 multinationales au chiffre d’affaires supérieur à 250 millions d’euros. Bernard Arnault peut se frotter les main. Lui qui a vu sa fortune croitre de 35 milliards en un an, paiera encore moins d’impôts l’année prochaine ! Cadeau ultime : à partir de 2023, il ne paiera plus de taxe d’habitation puisqu’elle sera supprimée pour les 20% les plus riches !

Les richesses existent dans notre pays. Mettons-les au service du développement humain et de la planète. Nous défendrons donc durant ce débat budgétaire des propositions ambitieuses pour tous nos concitoyens, pour nos services publics, pour le climat. Pour un autre modèle de société.

« Le capitalisme est à bout de souffle » admettait le Président de la République en début d’année. Avec ce budget, il lui redonne de l’air ! Les Français apprécieront…

 

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord.

Encore un budget de classe... pour le capital ! (Fabien Roussel, PCF)
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29 septembre 2019 7 29 /09 /septembre /2019 18:55
Colloque international sur la paix et le désarmement nucléaire

Discours d'ouverture du Colloque international sur la paix et le désarmement nucléaire organisé ce jeudi 26 septembre à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination totale des armes nucléaires par Jean-Paul LECOQ, député, et Fabien ROUSSEL, député et secrétaire national du PCF.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et représentant-e-s du Corps diplomatique,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs,
Cher-e-s ami-e-s,

 

C’est avec un grand plaisir que je vous souhaite la bienvenue à cette rencontre que j’ai souhaité organiser avec Fabien ROUSSEL, député et secrétaire national du Parti Communiste français, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires, créée par l’ONU en 2014.

Je tiens avant toute chose à excuser l’absence de Fabien ROUSSEL qui est malheureusement absent, due à un imprévu personnel de dernière minute.
Je tiens à remercier son engagement en tant que co-initiateur de cet événement qu’il devait ouvrir.

Je veux ensuite remercier chacune et chacun d’entre vous, et remercier particulièrement les intervenant-e-s qui ont accepté notre invitation et qui, à la lumière de leurs expériences et de leurs réflexions contribueront à la qualité de notre rencontre.


Depuis que 122 pays ont adopté le Traité international d’interdiction des armes nucléaires, que l’on appelle le TIAN, lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, en juillet 2017, une perspective historique s’est ouverte pour la civilisation humaine.

Les députés communistes, comme des millions de femmes et d’hommes en France et ailleurs ont appuyé cette réalisation portée par la société civile mondiale, comme le démontre l’ampleur de l’organisation de la campagne ICAN, dont le PCF est partenaire depuis sa création.

ICAN, c’est l’organisation qui a porté ce travail hors norme de l’adoption d’un traité d’interdiction des armes nucléaires,
ICAN, c’est un prix Nobel de la Paix en 2017,
ICAN, c’est une grande réussite humaine et diplomatique.

Je salue d’ailleurs la présence d’Arielle DENIS qui représente cette organisation aujourd’hui.

L’adoption du TIAN nous permet, pour la première fois depuis les bombardements américains d’Hiroshima et Nagasaki, et depuis les décennies de courses à l’armement d’imaginer une humanité se trouvant à l’orée d’un temps nouveau.

Franchira-t-elle cette porte ?

À quelles conditions ?

Sera-t-elle à même d’asseoir les conditions concrètes et solides d’une sécurité humaine collective à laquelle tous les peuples aspirent ?

C’est pour discuter de ce processus, allier nos forces pour y parvenir, que nous sommes réunis aujourd’hui.

La bombe nucléaire, c’est le désastre écologique en plus rapide.
Lorsque les scientifiques aujourd’hui nous alertent sur la disparition de la biodiversité ou des bouleversements climatiques majeurs dans les décennies à venir, il ne faut jamais oublier qu’il est possible que notre planète soit anéantie en quelques minutes par les milliers d’ogives nucléaires.

La crise de l’écologie et de la paix sont donc liées intimement.
Et ce désastre écologique que nous vivons tous les jours est renforcé par une crise profonde du capitalisme qui s’est engagé dans une véritable fuite en avant.

À coup de traités de libre-échange et de diminution des droits de douane, les dirigeants de notre monde pensent résoudre tous les problèmes.

Les députés communistes se battent d’ailleurs continuellement pour dénoncer et mettre en échec les traités de libre-échange comme le CETA ou celui qui liera l’UE au MERCOSUR.


Nous rappelons systématiquement que la mondialisation fait fausse route tant que ses maitres mots ne sont pas :
- la paix,
- l’amitié entre les peuples,
- et la solidarité internationale.

C’est lorsque nous serons dans cette configuration que le monde pourra changer.

La paix n’est donc pas qu’un vain mot.
Ici, je pense que personne ne dirait le contraire.
Mais elle est la base d’une réflexion bien plus puissante et profonde qui permettra à l’humanité de sortir de cette crise majeure.

La paix se décline en plusieurs réflexions.
C’est évidemment le désarmement, mais également l’éradication des facteurs de guerres comme
- les injustices sociales et économiques,
- les inégalités générées et aggravées par ce système,
- la spoliation des ressources naturelles,
- la destruction des écosystèmes,
- ou encore comme la spoliation des droits individuels et collectifs, sociaux, humains et écologiques.
Cet enjeu est vital et appelle à une mobilisation générale et massive pour que nos enfants nous remercient et vivent dans un monde vivable et durable.

Mais ce n’est pas le chemin que notre monde prend à court terme.
Nous pouvons observer
- l’amélioration constante des capacités technologiques militaires,
- le regain des tensions encouragées par les dirigeants des puissances détentrices de l’arme nucléaire ou candidates à son contrôle,
- la remise en cause permanence du multilatéralisme,
- la destruction ou l’affaiblissement considérable des traités limitant la prolifération nucléaire.

Tous ces facteurs rendent concret une catastrophe nucléaire militaire.

Il est donc impératif de se débarrasser une bonne fois pour toutes de ce potentiel destructeur, en pensant toutefois aux milliers de personnes qui travaillent dans ce secteur et en travaillant ensemble à une transition pacifique des industries de guerre.

Et ce n’est pas tout !
Le nucléaire militaire est aussi un gouffre financier détournant des sommes considérables qui pourraient être utilisées à autre chose.

Par exemple, l’Inde, dotée de 130 têtes nucléaires, et le Pakistan, doté de 140 têtes, sont deux puissances nucléaires qui dépensent des sommes folles pour se tenir en joue tandis que leurs populations souffrent de maux considérables comme l’absence d’éducation ou de soin. Voire qui souffrent de la faim, ou de la soif.

Mais c’est aussi vrai dans les pays détenteurs de l’arme nucléaire plus développés.

La palme revient évidemment aux États-Unis et à la Russie qui détiennent à eux deux 13 000 têtes nucléaires, soit plus de 90 % de l’arsenal nucléaire mondial.

L’entretien de cet arsenal, sa modernisation, son renouvellement et son développement mobilisent des centaines des milliards de dollars.
Parmi les 5 plus gros budgets militaires du monde, on trouve 4 puissances nucléaires.
Elles dépensent à elles 5 près de 1100 milliards de dollars, l’équivalent du 16e PIB du monde…

À côté de cela, la lutte contre le réchauffement climatique, qui cause misère, conflits et déplacements de populations dans des conditions insupportables, parvient à peine à mobiliser au plan mondial.
- L’OCDE estimait en 2015 à 62 milliards de dollars seulement les financements réunis en 2014 par les pays développés en appui aux actions climatiques dans les pays en développement.
- Et le Fonds vert pour le climat créé par l’accord de Paris de la COP 21 ne représente que 2 milliards de dollars en 2018…

Ces choix mènent l’humanité dans une impasse.


Au moment où les inégalités explosent au plan mondial comme dans chacun de nos pays, l’une des premières conséquences de ces choix est que près d’un milliard d’individus dans le monde sont privés de sécurité alimentaire qui constitue un droit humain et un facteur de sécurité humaine.

La malnutrition, la sous-alimentation et la famine atteignent à nouveau des taux records et touchent, selon l’ONU, 820 millions de personnes à travers le monde, soit 11 % de la population mondiale.

L’accès à l’eau coûte plus cher aux pauvres qu’aux riches : 2,1 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable et dans certains bidonvilles.
Il faut quelquefois consacrer jusqu’à 30 % de ses maigres revenus pour acheter de l’eau.
Au total, selon l’UNESCO, près des deux tiers de l’humanité ont été confrontés à de graves pénuries d’eau au cours de l’année 2018.

C’est également contre un monde du tout marchand que nous nous battons en proposant d’étendre universellement le droit à l’énergie et l’accès à l’eau comme un bien commun de l’humanité et non une ressource marchande.

Les grandes et belles manifestations du week-end dernier pour un Climat de Paix en ont fait une brillante démonstration.

Si nous ne parvenons donc pas à créer les conditions pour :
- une puissante solidarité internationale,
- une profonde justice sociale,
- une meilleure redistribution des ressources vers les besoins humains et sociaux,
seuls les plus riches auront les moyens de se mettre à l’abri du réchauffement climatique et de ses conséquences.

Et il n’y aura alors pas de chemin pour une paix durable.

Dans ce monde libéral, les humains sont tout autant exploités que notre planète.
L’une de nos tables rondes reviendra d’ailleurs en détail sur l’impact écologique des guerres et des conflits, mais aussi en mettant en avant la sur-militarisation des relations internationales.

Pour nous, garantir la Paix, c’est permettre à chaque peuple de bénéficier des richesses qu’il produit, de sortir de la pauvreté, de garantir des échanges respectant les humains et les ressources naturelles.
C’est aussi avoir la liberté de choisir son modèle de société, et de s’inscrire librement en toute souveraineté dans des cadres de coopération et de solidarité.

 

Je souhaite ici verser au débat plusieurs des propositions du Parti communiste français que Fabien ROUSSEL vous aurait développé s’il avait pu ouvrir ce colloque.
J’y souscris évidemment et je place aussi mon travail de député dans ce sens.

- Tout d’abord, la condition fondamentale pour un monde de paix est le multilatéralisme.

Ce multilatéralisme doit être celui de la Charte des Nations unies, de l’ONU et pas la diplomatie des riches proposée par le G7 ou le G20.
L’heure est donc à une nouvelle étape des relations internationales fondées sur le partenariat et la coopération et non sur des alliances opportunistes et purement économiques.

Dans ce cadre mondialisé, il faut mettre fin aux alliances politico-militaires comme l’OTAN qui sont des fauteurs de guerre et non des gardiens de la paix.
Pour cela, concrètement, nous travaillons à ce que l’Europe puisse organiser une grande conférence paneuropéenne sous l’égide de l’ONU afin de remettre à plat les relations entre les pays européens – bien au-delà des limites de l’actuelle UE – et des pays européens avec les autres pays et régions du monde.
Comme ce fut en partie le cas à l’occasion de la ratification des accords d’Helsinki en 1975 qui ont créé l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.
Organisation dans laquelle j’ai siégé entre 2007 et 2012.

Nous proposons que cette conférence puisse élaborer un cadre commun de coopération et de sécurité collective en allant bien au-delà de ce qui s’est fait à Helsinki en 1975 et en réunissant aussi bien des représentants d’État et gouvernement que des citoyens, des organisations dites civiles, des syndicats, etc.

- Avec nos amis et camarades des forces démocratiques et progressistes du Proche et Moyen-Orient, nous imaginons une initiative de l’ONU de la même envergure pour le Proche-Orient qui aurait à son ordre du jour les plus grands défis de cet espace :
• les négociations de paix au Yémen et en Syrie,
• la dénucléarisation militaire de la région,
• la reconstruction de l’Afghanistan,
• la fin des occupations militaires et colonisation en Palestine comme à Chypre,
• la reconnaissance des droits culturels et politiques de tous les peuples de la région,
• mais aussi la question du contrôle et de l’exploitation des ressources et des richesses naturelles en toute souveraineté et dans des cadres démocratiques.

- De telles perspectives ne sauraient voir le jour à terme si au plan mondial, le Conseil de sécurité de l’ONU ne met pas en tête de ses priorités la lutte contre les inégalités et les injustices sociales.

Comme lancement de cette priorité, nous proposons de mettre sur pied une COP contre l’évasion fiscale et pour la justice fiscale et sociale afin de récupérer les sommes astronomiques détournées par les puissances de l’argent.
J’ai d’ailleurs rappelé ce point pas plus tard qu’hier à l’occasion d’une commission des Affaires étrangères portant sur l’évasion fiscale.

- Nous nous battons également pour libérer l’Union européenne des traités qui l’ont formatée en bridant la souveraineté des peuples et la démocratie, et pour créer une Union des peuples et des nations libres, souveraines et solidaires.

En cela, nous nous opposerons de toutes nos forces au projet de Défense européenne et de guerre spatiale dont Emmanuel Macron s’est fait le porte-étendard.

- Et puis, enfin, et c’est la raison d’être de cette journée : notre priorité politique à cette heure est que la France signe et ratifie le Traité international d’interdiction des armes nucléaires, le TIAN, que ses dirigeants ont boudé et dénigré.

La responsabilité de la France est de s’inscrire dans le mouvement historique vers l’éradication de toutes les armes de destruction massive, la lutte contre la course aux armements et l’augmentation exponentielle des budgets militaires au détriment des besoins fondamentaux des peuples.


L’immense majorité de notre peuple, 67 % selon le sondage porté par le Mouvement de la Paix et La Croix de juillet 2018, est favorable à ce que notre pays s’engage dans le TIAN.

Cette voix doit se faire entendre et s’imposer.

Au printemps dernier, la municipalité de Genève – et le mouvement s’étend maintenant à en France – a adopté une résolution de soutien au TIAN.

Le 8 juillet dernier, c’est l’Assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe qui a explicitement appelé à la ratification du TIAN par les pays membres.

La dynamique est enclenchée.

Il s’agit non seulement de préserver le Traité de non-prolifération, mais de franchir un cap.
Nous y sommes pour notre part résolument engagés, et nous sommes convaincus qu’une page nouvelle du combat pour la paix a commencé de s’écrire par l’action de vos organisations, par la mobilisation des peuples, des forces démocratiques et de transformation sociale.

Je vous remercie.

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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 06:26

"Sur les 2,6 millions de personnes qui auraient ouvert des droits avec l'ancienne convention, 9% n'entreront pas dans le régime et 41% vont voir leurs allocations baisser, leurs accès aux droits retardés ou leur durée d'indemnisation écourtée entre 2020 et 2021. 

Outre le durcissement des conditions d'accès au régime dès le 1er novembre, avec l'obligation de travailler six mois sur 24 contre quatre mois sur 28 aujourd'hui, à partir d'avril 2020, le changement de calcul de l'indemnisation va toucher en priorité les travailleurs alternant emplois et allocations. 850 000 personnes avec des périodes non travaillées entre deux contrats percevront une allocation plus faible de 22% en moyenne.

La chute sera encore plus dure pour 190 000 personnes travaillant entre un quart et un mi-temps, elles perdront 50% de leur allocation, passant de 868€ à 431 €".

 

Unédic. Les privés d’emploi en deuil de l’assurance-chômage
Jeudi, 26 Septembre, 2019 - L'Humanité

Une quarantaine de chômeurs et précaires ont organisé un sit-in devant l’Assemblée. Ils protestent contre les énormes pertes de droits qui les attendent avec la réforme du régime.

 

Des corps immobiles et des visages masqués pour dénoncer un enterrement en règle de l’assurance-chômage. Ce mercredi, une quarantaine de chômeurs et précaires, futures victimes du changement de règles d’indemnisation imposé par le gouvernement, se sont couchés devant l’Assemblée nationale à l’appel du MNCP, de l’Apeis, de la CGT chômeurs et d’AC ! La scène de crime fictive est à la hauteur de l’inquiétude provoquée par les prévisions de pertes de droits astronomiques pour les demandeurs d’emploi dévoilées mardi par l’Unédic. Sur les 2,6 millions de personnes qui auraient ouvert des droits avec l’ancienne convention, 9 % n’entreront pas dans le régime et 41 % vont voir leurs allocations baisser, leurs accès aux droits retardés ou leur durée d’indemnisation écourtée entre 2020 et 2021. « Nous sommes venus faire le deuil de l’assurance-chômage, explique Pierre-Édouard Magnan, président du MNCP, certains chômeurs vont tout perdre. On demande le retrait de cette réforme ! Ça fait plus de deux ans que le gouvernement nous ignore comme catégorie sociale, nous n’avons même pas été reçus une seule fois par la ministre du Travail. »

Les travailleurs précaires les premiers touchés

Outre le durcissement des conditions d’accès au régime dès le 1er novembre, avec l’obligation de travailler six mois sur 24 contre quatre mois sur 28 aujourd’hui, à partir d’avril 2020, le changement de calcul de l’indemnisation va toucher en priorité les travailleurs alternant emplois et allocations. 850 000 personnes avec des périodes non travaillées entre deux contrats percevront une allocation plus faible de 22 % en moyenne. La chute sera encore plus dure pour 190 000 personnes travaillant entre un quart et un mi-temps, elles perdront 50 % de leur allocation, passant de 868 à 431 euros. « Le gouvernement dit qu’il veut lutter contre la précarité, mais il tape en premier sur eux, s’agace Pierre-Édouard Magnan, et cela ne va pas inciter à prendre des petits contrats sans perspective de pouvoir compléter avec l’assurance-chômage. » Sofyen Ben Mahoud, conseiller Pôle emploi à Vincennes et élu du SNU, venu en soutien, constate que « les moins de 25 ans remplissant des missions d’intérim seront laissés sans rien ! Ils ne trouveront pas de missions de six mois pleins pour ouvrir des droits. »

Sous l’effet de la conjoncture et de ces économies gigantesques, les comptes atteindraient l’équilibre dès 2020. En 2022, 5,3 milliards d’euros d’excédents seraient même réalisés, contre 3,2 initialement prévus. Pour Philippe Villechalanne, porte-parole de l’Apeis, « on est en train de nous faire crever alors qu’on aurait pu trouver l’argent ailleurs, 51 milliards de dollars de dividendes ont été versés par les actionnaires au deuxième trimestre 2019 en France ». Quant aux droits rechargeables, il faudra travailler six mois, contre un seul précédemment, pour y prétendre. « C’est la mort du dispositif », estime Mirabelle Lemaire, conseillère Pôle emploi à Chennevières-sur-Marne et élue du SNU-FSU.

Signe de fébrilité, Pôle emploi a envoyé deux millions de courriers pour prévenir que nombre de bénéficiaires de ce système allaient perdre des plumes… « Ça va être terrible de dire aux gens à l’accueil “Vous n’avez pas assez travaillé”, redoute l’agente. On va se retrouver avec des chômeurs qui ne vont pas bien et dans des conditions encore pires pour retrouver un emploi. » Face à cette future hécatombe, les syndicats CGT, CFE-CGC, FO et Solidaires ont annoncé hier soir qu’ils lançaient un recours devant le Conseil d’État contre ce décret « régressif ».

Cécile Rousseau

 

Le gouvernement Macron- Philippe attaque sérieusement les droits des chômeurs (L'Humanité, 26 septembre 2019)
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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 06:00

 

Les conclusions du nouveau rapport des experts du Giec sont glaçantes. Elles ouvrent, aussi, sur ce qu’il nous reste de marge de manœuvre pour éviter le pire et permettre le meilleur pour l’humanité.

Tout est enclenché, mais rien n’est encore coulé. S’il alerte une fois de plus sur les dangers relatifs aux bouleversements climatiques, le nouveau rapport spécial du Giec insiste aussi sur les marges de manœuvre à notre disposition pour empêcher le pire. Dans ce nouvel opus, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat s’est penché sur l’avenir des océans et de l’ensemble des surfaces glacées du globe, incluses celles de haute montagne. Pendant deux ans, une centaine de scientifiques de 36 pays ont épluché près de 7 000 études. Glaçante, leur synthèse ouvre cependant sur ce qui nous reste de champs d’action. Les choix que nous faisons aujourd’hui vont être critiques pour le futur de nos eaux, pressent en substance les experts, qui le notent : la survie d’une large part de l’humanité dépend de ce que l’on en fera.

Les zones côtières hébergent 680 millions d’habitants, soit près de 10 % de la population mondiale en 2010, rappelle le Giec, et devraient atteindre plus d’un milliard d’habitants d’ici 2050. Environ 670 millions de personnes vivent dans des régions de haute montagne. Quatre millions de personnes, enfin, vivent dans la région arctique. Toutes ces communautés sont particulièrement exposées aux changements océaniques et cryosphériques (cryo comme « glace » en grec ancien).

Ces derniers sont d’ores et déjà bien notables, énumèrent les experts. « Au cours des dernières décennies, le réchauffement climatique a entraîné un rétrécissement généralisé de la cryosphère », relèvent-ils. Les calottes glaciaires et les glaciers de montagne se sont réduits, de même que la couverture neigeuse et que l’étendue et l’épaisseur de la glace en mer Arctique. L’océan, globalement, s’est réchauffé sans relâche depuis 1970 – son taux de réchauffement a même plus que doublé depuis 1993. Il a aussi absorbé plus de 90 % de l’excès de chaleur du système Terre et entre 20 % et 30 % des émissions anthropiques de CO2.Conséquence de tout cela : le niveau des mers a augmenté 2,5 fois plus vite au début du XXIe siècle qu’au XXe. Les vagues de chaleur marine ont très probablement doublé de fréquence depuis 1982, l’acidification de la surface océanique va en s’accroissant, tandis que l’oxygène s’épuise jusqu’à - 1 000 mètres.

L’océan du futur n’aura pas le même visage à 1,5 °C qu’à 4,8 °C

Les effets sur les écosystèmes et les ressources en poissons et en eau potable se font déjà lourdement sentir, insiste le Giec, lequel souligne les impacts négatifs sur la sécurité alimentaire, la santé, et plus globalement le bien-être des populations touchées. Et ce n’est pas fini : quoi que l’on entreprenne aujourd’hui, tout cela promet de durer et de s’accentuer au bas mot jusqu’en 2040, voire 2050.

La suite, en revanche, dépend de ce que nous allons faire maintenant. Si l’avenir de l’océan et des glaces est désormais inéluctablement bouleversé, le niveau de ce bouleversement dépend de notre capacité à limiter le réchauffement.

Le Giec opère ainsi des projections selon deux scénarios. L’un, dit RCP8.5, correspond à la poursuite de notre trajectoire actuelle d’émissions de gaz à effet de serre et nous conduit à un réchauffement de 4,8 °C en 2100. L’autre, dit RCP2.6, correspond à une baisse drastique de nos émissions dès à présent et durant la prochaine décennie, et laisse envisager la possibilité de contenir le réchauffement à 1,5 °C. Dans un cas ou dans l’autre, le futur de la planète ne sera pas le même. Sous RCP8.5, l’océan devrait absorber 5 à 7 fois plus de chaleur qu’aujourd’hui d’ici 2100. Sous RCP2.6, il n’en absorbera que 2 à 4 fois plus. De la même manière, dans le cas d’un réchauffement planétaire stabilisé de 1,5 °C, la probabilité d’une mer Arctique libre de glace en septembre à la fin du siècle est d’environ 1 %. Elle grimpe entre 10 % et 35 % dans le cas d’un réchauffement de 2 °C, et ainsi de suite.

On le comprend, l’impact sur les sociétés humaines ira à l’avenant. Il dépendra, aussi, de notre capacité à nous y préparer. De façon très singulière, les experts du Giec s’attardent longuement sur les enjeux liés à l’adaptation. Beaucoup d’options s’offrent à nous, relèvent-ils. Certaines sont d’ordre technique – la protection des côtes peut diminuer par 2 ou 3 les risques d’inondation au cours du XXIe siècle –, d’autres en appellent à la solidarité internationale et au développement des droits humains : coopération et éducation figurent au premier plan des mesures que le Giec estime urgent de développer. Aucune, quoi qu’il en soit, ne permettra de compenser un réchauffement exaspéré.

Marie-Noëlle Bertrand

Alexandre Magnan : Penser à l’échelle des générations à venir

Le chercheur à l’Iddri et coauteur du rapport spécial du Giec explique : « Concernant l’élévation du niveau de la mer, nous avons déjà à notre disposition un portefeuille d’options d’adaptation. Submersion marine, érosion côtière, salinisation des sols… nous vivons déjà toutes ces choses un peu partout sur la planète. Nous avons l’expérience des solutions qui marchent et de celles qui ne marchent pas. D’une certaine manière, nous avons l’expérience du futur. Reste à la mettre en œuvre. À l’échelle globale, le problème n’est ni technique ni économique – l’argent existe. L’enjeu clé est d’arrêter de penser l’aménagement du littoral à l’échelle d’une année ou d’un mandat politique, pour le penser à l’échelle des générations à venir. Cela implique de revisiter la décision collective, afin de rendre acceptable que certaines décisions de transformation – comme la relocalisation de maisons – doivent être prises dès maintenant. »

 

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28 septembre 2019 6 28 /09 /septembre /2019 05:59

 

C’était hier en début d’après midi après midi au ministère de la Transition écologique et solidaire. Elisabeth Borne tenait une conférence de presse pour nous éclairer sur le rapport spécial du GIEC intitulé : « Le changement climatique, les océans et la cryosphère». Malgré une forte présence de non journalistes, beaucoup de sièges étaient inoccupés dans la salle de conférence. Il est vrai que la presse disposait déjà de l’essentiel des informations concernant ce rapport. Mais la ministre se devait de communiquer pour tenter de donner l’illusion que la France est en pointe dans se domaine.

La mise en scène de cette conférence de presse avait été réfléchie et préparée avec soin. D’emblée le présentateur fit intervenir en duplex depuis la principauté de Monaco, Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du groupe 1 du GIEC. Elle mit l’accent sur le travail considérable des 104 auteurs de ce rapport dont 30% de femmes. Puis, dans un temps très limité pour chacun, les quatre spécialistes du climat qui entouraient la ministre soulignèrent l’urgence de la situation et l’ampleur des défis à relever, qu’il s’agisse de la montée des océans, des migrations de poissons, ou de la fonte des glaciers. Ce dont l’Humanité d’hier traitait sur trois pages.

Avant d’entendre ces témoins, les journalistes s’étaient vus remettre un dossier de presse de 23 pages rédigé par le ministère. Il y est écrit en introduction que « le gouvernement a rehaussé son ambition de réduction des gaz à effet de serre de la France en fixant dans la loi l’objectif d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 à l’échelle du territoire national». On y parle ensuite de « stratégie bas carbone » sans aucune précision sur le mode opératoire pour « permettre la transition des modèles de production et de consommation ».

Une mise en cause ponctuelle du libre échange agricole

La page 17 nous vaut cependant un paragraphe qu’il convient de citer en entier : « L’élevage et la production agricole sont les principales causes de la déforestation à l’échelle mondiale : élevage bovin et production de soja en Amérique latine, plantation de palmiers à huile en Asie du Sud-Est, cacao en Afrique. Une étude d’impact de la Commission européenne de 2013 montre que le soja représente 60% des importations de produits à risques ; l’huile de palme 12% et le cacao 8% (entre 1990 et 2008). Ces matières premières constituent à elles trois 80% des importations pouvant générer de la déforestation au niveau des pays producteurs. La consommation européenne a un impact important sur la déforestation : les pays européens sont responsables de plus d’un tiers de la déforestation liée au commerce international des produits agricoles ».

Voilà qui est clair et juste pour le coup. Mais on se demande alors pourquoi la France continue de donner son accord à la Commission européenne pour aggraver sans cesse la situation en négociant avec des pays tiers comme ceux du Mercosur, le Canada, l’Australie et d’autres cette multiplication les accords de libre échange qui aboutissent à ce résultat tout en ruinant nos paysans par une concurrence déloyale! Faute de répondre à cette question , le document du ministère de la Transition écologique et solidaire nous dit ceci : « Avec le One Planet Summit et l’appel « Make Our Planet Great Again» (deux discours prononcés en anglais par le président Macron ,ndlr) ,initié par la France et rejoint par l’Allemagne , la France incite les chercheurs et enseignants du monde entier, mais aussi les ONG et les citoyens, à s’impliquer directement dans le combat contre le dérèglement climatique et pour la protection de l’environnement ».

Quand la ministre des transports occulte son bilan

Dans le discours prononcé hier et envoyé aussitôt après aux rédactions par mail, Elisabeth Borne a notamment déclaré : « Notre cap, c’est donc la neutralité carbone, au milieu du siècle. Il faut des actes pour y parvenir. C’est pour cela que le gouvernement a décidé par exemple de fermer les centrales à charbon d’ici 2022, d’innover pour développer les énergies renouvelables, en mer, sur terre, sous la terre aussi, de transformer en profondeur notre mobilité, de rénover nos logements, d’engager la transition écologique de notre agriculture».

On notera ici que le charbon ne produits plus que 1% de notre électricité en moyenne annuelle et que l’énergie électrique en France n’est responsable que de 9% des émissions de CO2 du pays grâce au nucléaire à l’hydraulique en premier lieu. C’est dire le peu d’impact qu’aura la fermeture des dernières centrales au charbon sur la réduction globale du CO2. On sait aussi que la rénovation énergétique des logements avance trop lentement, tandis que les aides de l’Etat sont en recul. Pour ce qui est de « transformer en profondeur notre mobilité » , il convient de rappeler qu’Elisabeth Borne est la ministre en charge des transports depuis près de 30 mois et que le CO2 émis par ce seul secteur est de 31% du total aujourd’hui contre 29% au moment de la Cop 21 en 2015. On continue en France de privilégier la route au détriment du rail. Le dernier exemple en date est la suspension depuis cet été du train quotidien de fruits et légumes entre de Perpignan et le marché de Rungis. La ministre s’est bien gardée d’évoquer ce sujet dans son discours d’hier. Par ailleurs, même les primes attribuées pour retirer les vieilles voitures du marché font augmenter les émissions de CO2 du secteur des transports dans la mesure où les nouveaux véhicules s sont souvent plus lourds, plus puissants et plus gourmands en carburant que les anciens!

Le coup de l’invité surprise prénommé Vipulan

 Suite à cette intervention, il n’y eu que trois petites questions posées par des journalistes et portant sur des demandes de précisions sur tel ou tel sujet. Le porte micro du ministère était pressé d’en finir au point qu’il faillit ne pas donner la parole au dernier intervenant. Prénommé Vipulan, c’était un gamin d’environ 11 ans, un de ces enfants ayant participé aux manifestations de ces derniers jours. Il était officiellement invité à ce point de presse, puisque badgé à cet effet. Il a lu un court texte manuscrit rédigé dans le style de ceux de Greta Thumberg , osant même déclarer en conclusion qu’il fallait être « révolutionnaire sur les enjeux climatiques » et que l’on n’avait « pas besoin d’être communiste pour cela !».

Ces derniers mots lui valurent une salve d’applaudissements, puis les remerciements chaleureux de la ministre avec la promesse de faire avancer les choses !

 

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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 05:38

 

Réunis aux côtés des gilets jaunes Geneviève Legay, porte-parole Attac 06, et Jérôme Rodrigues, Arié Halimi, avocat, responsable de la Ligue des droits de l’homme (LDH), et Emmanuel Vire, secrétaire général du SNJ-CGT, ont débattu de la politique gouvernementale de répression policière et de contrôle médiatique. Un débat animé par Lola Ruscio à l’Agora de la Fête de l’Humanité le 15 septembre.

 

Dans les deux affaires, très médiatisées, de Geneviève Legay ou de Jérôme Rodrigues, le gouvernement a assuré qu’il n’existait aucun lien entre les blessures des victimes et l’intervention des forces de l’ordre. Un tel choix de communication est-il étonnant ? Halimi

Je pense qu’on peut dire que la communication mensongère est systématique, de la part du gouvernement, quand il s’agit de violences policières. À chaque fois qu’il y a une violence policière, on a soit une absence de paroles lorsque les victimes sont invisibles, parce qu’il n’y a pas de vidéo, et la plupart des victimes du mouvement des gilets jaunes qui ont été frappées au moment de charges à coups de matraque ou qui ont pris des LBD sont restées invisibles, soit, quand il y a des vidéos et qu’il est obligé de réagir, une communication de déni. Pour Geneviève Legay, c’est évident. Au début, Macron a tout simplement dit que les fonctionnaires de police ne l’avaient pas touchée et le procureur de la République a menti aux yeux de toute la population en disant qu’il n’y avait pas eu de contact entre la police et la manifestante. Et pourtant, dès les premiers moments, ils avaient toutes les vidéos en main et ils savaient pertinemment que c’était un policier qui l’avait poussée et avait causé autant de dégâts. Donc, c’est un mensonge avéré et délibéré. À chaque fois, c’est la même chose. Pour Jérôme Rodrigues, la communication a été un peu plus subtile. On avait une vidéo le montrant sur la place de la Bastille en train de filmer de manière totalement pacifique les fonctionnaires de police. On le voit être visé par une grenade et on entend un LBD 40 sur la vidéo. La communication gouvernementale a été de dire qu’il n’y avait pas de LBD. Toute la communication a consisté à détourner l’attention de la réalité et de l’évidence. Ce n’est pas difficile. De manière générale, pour toutes les violences policières, que ce soit Emmanuel Macron, Christophe Castaner ou Brigitte Jullien, la directrice de l’inspection générale de la police nationale, de l’IGPN, tous ont déclaré que les violences policières n’existaient pas.


Les enquêtes de l’IGPN sont toujours lentes et exonèrent très souvent les policiers soupçonnés de violences policières à l’encontre de manifestants et même de jeunes issus des quartiers populaires. Pourquoi en appelez-vous, avec La ligue des droits de l’homme, à supprimer cet organe de contrôle interne ?

Arié Halimi J’ai appelé à supprimer l’IGPN pour la bonne raison que l’IGPN, c’est la police. L’IGPN est l’organe qui va enquêter sur les policiers lorsqu’ils commettent un délit et notamment une violence policière. L’IGGN, l’inspection générale de la gendarmerie nationale, c’est pareil mais pour les gendarmes. Autant dire qu’on va toujours choisir des personnes du même corps pour enquêter sur des policiers ou des gendarmes. Il y a un problème de conflit d’intérêts patent. D’ailleurs, on le voit dans la plupart des affaires, récemment encore dans l’affaire des lycéens de Mantes-la-Jolie ou dans l’affaire du décès de Steve Maia Caniço, l’IGPN s’est encore rendue coupable d’un mensonge délibéré. Fort heureusement, il y a une enquête judiciaire en cours. Pour tous les dossiers, l’IGPN joue un rôle visant à étouffer les affaires. Il y a un problème structurel. Il faut supprimer l’IGPN, qui n’a pas vocation à permettre l’enquête impartiale et objective. Ce que l’on souhaite notamment, avec la Ligue des droits de l’homme, c’est qu’il y ait une commission indépendante composée de personnes qui n’ont pas de lien avec le gouvernement ou avec les fonctionnaires de police qui soit supervisée par des gens qui n’ont aucun lien et aucun conflit d’intérêts. C’est la seule manière pour qu’il y ait un État de droit qui soit restauré et que les victimes de violences policières aient droit à la vérité.

Durant le mouvement des gilets jaunes, énormément de journalistes ont été frappés ou ont vu leur matériel confisqué, voire brisé par les forces de l’ordre. Des syndicats de journalistes, dont le SNJ-CGT, ont interpellé le ministère de l’Intérieur sur ces violences. Y a-t-il eu des avancées notables durant l’été sur ces dossiers ?

Durant le mouvement des gilets jaunes, énormément de journalistes ont été frappés ou ont vu leur matériel confisqué, voire brisé par les forces de l’ordre. Des syndicats de journalistes, dont le SNJ-CGT, ont interpellé le ministère de l’Intérieur sur ces violences. Y a-t-il eu des avancées notables durant l’été sur ces dossiers ?

 

Emmanuel Vire

Concernant les violences, une chose très étonnante s’est passée pour les journalistes pendant le mouvement des gilets jaunes. Tout d’abord, il y a eu une opération de communication qui a visé à montrer que les gilets jaunes maltraitaient les journalistes et que les gilets jaunes étaient violents avec eux. Il y a eu quelques cas effectivement que nous avons condamnés mais on s’est très vite aperçu que le problème n’était pas là. Le premier problème, c’était que les violences policières n’étaient pas traitées par les médias dominants. Les syndicats de journalistes et les sociétés de journalistes ont tout de suite interpellé le gouvernement. Je voudrais revenir sur la première rencontre qui a eu lieu en février dernier avec Franck Riester à ce sujet. Nous avons pris un coup dans la tête. Il nous a convoqués pour en appeler à la solidarité de classe ! L’idée, c’était qu’il y avait des méchants gilets jaunes qui violentaient les journalistes et que, tous ensemble, nous devions réagir et que l’État allait nous défendre. C’était totalement inacceptable ! Il s’est retrouvé avec des sociétés de journalistes, dont celles de BFMTV et de TF1, qui lui ont dit que le problème ce n’était pas la violence des gilets jaunes mais les violences policières contre les journalistes. Ces violences sont maintenant totalement documentées. On en est à 60 journalistes blessés et 150 incidents graves. Évidemment, ce sont des incidents qui touchent les plus précaires d’entre nous parce que ce sont les photographes indépendants et les JRI qui ont été le plus touchés. Avec un photographe indépendant, nous avons attaqué l’État et nous avons porté plainte pour que ces violences ne soient plus acceptables et soient dénoncées. Le problème, c’est la violence de l’État et la répression

 

Jérôme Rodrigues

Cette répression, c’est l’ensemble des mutilés qui la marquent physiquement mais vous avez aussi une répression silencieuse dont on parle peu. La première, c’est la répression médiatique de par le traitement qui est fait des gilets jaunes. Cela aussi c’est une répression. Se prendre tout un tas d’insultes, être discrédité par des consultants et soi-disant experts, cela s’appelle aussi de la répression. Vous avez un autre style de répression quand on s’en prend à votre famille : contrôle Urssaf, contrôle d’impôts, etc. C’est ce qui m’est arrivé avec mes parents. C’est cela aussi la répression. Il y a aussi la répression qui consiste à calomnier. On a dit que j’étais vendeur de hasch, que j’avais volé dans les magasins et, aujourd’hui, que je bats ma femme. Cela aussi, c’est une répression. Je me balade dans la rue le 14 juillet et je me prends une garde à vue pour rien. C’est continuellement, tous les jours, jusqu’à avoir un camion de CRS garé devant chez moi ! C’est cela aussi la répression. Il y a celle qui est physique et il y a celle qui vous mine

La France, qui se présente comme le pays des droits de l’homme, a mutilé les populations pendant le mouvement des gilets jaunes. Comment en est-on arrivé là ?

Arié Halimi 

C’est un long processus. Pendant très longtemps, les violences se sont produites pendant les manifestations ouvrières et puis il y a eu un moment d’accalmie en France. Ceux qui ont été les premières victimes des violences policières, le lieu d’expérimentation de cet outil de gouvernement, ce sont les quartiers populaires et les banlieues. Toutes les personnes issues de l’immigration et tous ces invisibles qui, pendant trop longtemps, ont été délibérément visés. Cela a permis aux gouvernements et aux ministères de l’Intérieur d’expérimenter les nouvelles armes. Il y a eu les Flash-Ball, qui ont été remplacés par le LBD 40. On voyait énormément des victimes de Flash-Ball pendant très longtemps dans les quartiers populaires jusqu’à ce que les centres de grandes villes soient visés, notamment à l’égard des militants ou des manifestations. Je pense bien évidemment aux militants écologistes de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Je pense bien évidemment à Rémi Fraisse, qui est mort uniquement parce qu’il voulait protéger une zone humide et quelques fleurs et parce qu’il s’est pris une grenade contenant de la TNT tirée par les gendarmes avec un ordre donné par le préfet et donc par l’État.

Geneviève Legay

Par rapport aux banlieues, je regrette de le dire parce que je suis de gauche, mais nous avons trop tardé à réagir et on paie cela. On paie de ne pas avoir bougé. Quand on voit que la CGT, depuis des dizaines d’années, défile légalement le 1er Mai, et que Philippe Martinez a reçu des grenades lacrymogènes, on se demande où on est. Les policiers sont très mal vus parmi les gilets jaunes. Je leur ai écrit une lettre ouverte où j’ai demandé aux forces de police encore dignes de cette fonction de réagir parce qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Hier, je faisais le même débat mais avec un policier de la CGT à mes côtés contre ces violences. Il faudrait qu’on les entende plus. Je remercie aussi le capitaine de gendarmerie qui a refusé d’obéir aux ordres lors de mon matraquage. C’était le 23 mars. Il a écrit le 25 mars un rapport pour expliquer pourquoi il avait refusé d’obéir en disant que c’était complètement disproportionné, que c’était calme et qu’il ne se passait rien. Ce rapport a été caché pendant trois mois à la justice.

Compte rendu extrait de la table ronde par Jérôme Skalski

 

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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 05:23
Patrick le Hyaric avec Cindérella Bernard, Glenn Le Saoût, Vincent Doucet, le patron du bar restaurant C'est Ici sur le port de plaisance de Roscoff pour une réunion publique de campagne européenne sur les enjeux du Brexit en mars 2019

Patrick le Hyaric avec Cindérella Bernard, Glenn Le Saoût, Vincent Doucet, le patron du bar restaurant C'est Ici sur le port de plaisance de Roscoff pour une réunion publique de campagne européenne sur les enjeux du Brexit en mars 2019

Révisionnisme historique. Le déshonneur du Parlement européen
Jeudi, 26 Septembre, 2019

Par Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité.

 

Le Parlement européen a voté il y a quelques jours une résolution scélérate censée souligner l’« importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe ». En réalité, cette mémoire est bafouée ligne par ligne, laissant présager un « avenir » sombre pour l’Europe. Visant à mettre un trait d’égalité entre communisme et nazisme, ce texte mobilise des considérants qui sont chacun des modèles de propagande et de révisionnisme historique.

La signature du pacte germano-soviétique est ainsi obsessionnellement désignée comme cause principale du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Ce grossier raccourci historique permet d’absoudre cyniquement aussi bien le national-socialisme, son idéologie de mort et les régimes fascistes des années 1930 que l’atermoiement meurtrier et parfois connivent des chancelleries occidentales avec le nazisme, et la complicité active de puissances d’argent avec les régimes fascistes et nazi.

Silence est fait sur le traité de Versailles et ses conséquences. Aucun mot n’est consacré aux accords de Munich d’octobre 1938, ce « Sedan diplomatique » qui a livré les peuples européens au « couteau de l’égorgeur », ce « début d’un grand effondrement, la première étape du glissement vers la mise au pas », comme l’écrivait dans l’Humanité le journaliste et député communiste Gabriel Péri, fusillé par les nazis.

Tout le faisceau de causes mobilisées par des générations d’historiens pour tenter d’expliquer le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale est bazardé au profit d’une bouillie antirusse sans aucun égard pour le sacrifice immense des Soviétiques dans l’éradication du nazisme.

S’il ne fait aucun doute que le régime stalinien fut bel et bien un régime sanglant et criminel, il est moralement et historiquement inconcevable de faire de l’Union soviétique, de son armée et de tous ceux qui s’engagèrent avec elle, communistes de tous pays acteurs décisifs du combat libérateur, des équivalents des nazis et de leurs supplétifs collaborateurs, sauf à sombrer dans « l’obsession comparatiste », névrose idéologique dénoncée par l’historien Marc Ferro. Les communistes furent, dans de nombreux pays et avec l’appui de différentes forces, gaullistes et socialistes en France, les artisans du redressement national, créant un rapport de force qui permit l’édification d’institutions républicaines et sociales sur les cendres du nazisme et des collaborations. Est-ce un hasard si cet héritage fait parallèlement l’objet de violentes attaques dans tous les pays de l’Union européenne ?

Les pays d’Europe orientale furent, quant à eux, des points d’appui décisifs dans les combats anticoloniaux qui essaimèrent après guerre. Noyer dans le concept de totalitarisme des réalités historiques aussi dissemblables ne peut apparaître que comme une escroquerie intellectuelle. Une telle entreprise ne sert en aucun cas à poser un regard lucide et apaisé, pourtant indispensable, sur les contradictions, crimes et fautes des régimes influencés par le soviétisme et qui ont pris le nom de socialisme.

Cette résolution s’appuie sur un considérant aussi grotesque que l’interdiction formulée dans certains pays de l’Union de « l’idéologie communiste », semblant acter des dérives revanchardes des extrêmes droites du continent en incitant tous les États membres à s’y plier. Signe qui ne trompe pas, l’inféodation à l’Otan est ici désignée comme gage de liberté pour les peuples de l’Est européen.

Cette résolution fait la part belle au révisionnisme d’extrême droite quand les pays baltes sont désignés comme ayant été « neutres », alors que ces derniers ont mis en place bien avant le pacte germano-soviétique des régimes de type fasciste laissés aux mains de « ligues patriotiques » et autres « loups de fer », suscitant un antisémitisme viscéral qui connaîtra son apogée sanglant dans ces pays lors de la Seconde Guerre mondiale.

Incidemment, la Shoah, sa singularité intrinsèque, et les logiques d’extermination méticuleuses et industrielles du régime nazi sont fondues dans le magma des meurtres du XXe siècle et ainsi relativisées. L’odieuse équivalence entre nazisme et communisme permet d’exonérer les régimes nationalistes d’inspiration fasciste des années 1930 que des gouvernements et ministres actuels d’États membres de l’Union européenne célèbrent ardemment.

Viserait-on, par ce texte politicien, à réhabiliter ces régimes qui gouvernèrent de nombreux pays d’Europe orientale avant de sombrer dans la collaboration en nourrissant l’effort de guerre nazi et son projet d’extermination des juifs d’Europe ? Ce texte est une insulte faite aux 20 millions de Soviétiques morts pour libérer l’Europe du joug nazi, aux millions de communistes européens engagés dans la Résistance et les combats libérateurs, un affront fait aux démocrates alliés aux mouvements communistes contre nazis et fascistes, avant et après la Seconde Guerre mondiale.

Au moment où Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, propose de nommer un commissaire à la « protection du mode de vie européen », célébrant un culte que l’on croyait révolu à la pureté continentale, les thèses historiques révisionnistes des droites extrêmes et réactionnaires, qui ont de toute évidence inspiré ce texte, font leur entrée fracassante au Parlement européen. Pendant ce temps, aucun commissaire n’est nommé sur les questions d’éducation ou de culture…

Thomas Mann, vigie morale d’une Europe décomposée, écrivait : « Placer sur le même plan moral le communisme russe et le nazi-fascisme, en tant que tous les deux seraient totalitaires, est dans le meilleur des cas de la superficialité, dans le pire c’est du fascisme. Ceux qui insistent sur cette équivalence peuvent bien se targuer d’être démocrates, en vérité, et au fond de leur cœur, ils sont déjà fascistes ; et à coup sûr ils ne combattront le fascisme qu’en apparence et de façon non sincère, mais réserveront toute leur haine au communisme. »

Si l’expérience qui a pris le nom de communiste au XXe siècle ne peut être, pour tout esprit honnête, résumée à la personne de Staline ou à une forme étatique, tel n’est pas le cas du nazisme, intrinsèquement lié à un homme, à un régime. Et si le communisme propose un horizon d’émancipation universelle, quoi qu’on pense des expériences qui s’en sont réclamées, tel n’est pas le cas de l’idéologie nazie, qui se revendique raciste, réactionnaire et exclusive, portant la mort en étendard. Ces simples arguments de bon sens disqualifient l’odieuse comparaison de cette résolution.

C’est bien la visée communiste, dont nous maintenons qu’elle ne fut jamais mise en pratique dans les pays du bloc soviétique, qui est la cible de ce texte indigne et inculte, et avec elle, la possibilité d’une autre société. Que des voix sociales-démocrates et écologistes aient pu soutenir pareille résolution, mêlant leurs voix au Rassemblement national (ex-FN) et aux extrêmes droites continentales, est le signe désolant de la lente dérive d’une frange trop importante de la gauche européenne qui largue les amarres d’une histoire et d’un courant, ceux du mouvement ouvrier, dans lesquels elle fut elle aussi forgée, qui prête également le flanc aux pires tendances qui s’expriment dans le continent.

Demain, un maire, un élu, un député pourra-t-il se dire communiste sans enfreindre la docte délibération du Parlement européen ? Et l’Humanité pourrait-elle un jour passer sous les fourches Caudines de la censure imposée des droites extrêmes coalisées ? Ne plane-t-il pas là comme un parfum munichois, justement, face à une offensive idéologique dont certains pensent pouvoir se satisfaire en rasant les murs ?

Tous les démocrates, toutes les personnes attachés à la libre expression des courants qui se réclament du communisme et d’une alternative au système capitaliste devraient au contraire se lever contre cette inquiétante dérive qui nous concerne tous. Au risque d’y laisser eux aussi un jour leur peau.

Patrick Le Hyaric
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