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17 août 2019 6 17 /08 /août /2019 05:29

Comment le néolibéralisme met la main sur un modèle conçu à l’origine pour s’attaquer au capitalisme et « ubérise » les petits producteurs.

par Pierre Ginet

Le néolibéralisme grave son action dans les sociétés, les économies et les territoires qu’il recompose. Face à une population plus lucide mais intellectuellement encore trop peu armée, les élites néolibérales poursuivent leur pillage et proposent avec cynisme de réparer le monde et de l’améliorer !
L'exemple des projets alimentaires territoriaux et de leur déploiement, illustre ce processus cynique et implacable.

DES CIRCUITS COURTS AUX PROJETS ALIMENTAIRES TERRITORIAUX (« Cause Commune » - Revue d’action politique du PCF – Mars 2019).

Les circuits courts en réaction au modèle capitaliste

Dans un contexte de crise agroenvironnementale, puis face au modèle agroindustriel dominant, aux effets sociétaux, environnementaux et sanitaires catastrophiques, émerge dans les années 1960, la notion de circuit court, avec les teikei (partenariats) japonais, puis leurs variantes, association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) et Ruches en France, Groupes d’achats solidaires de l’agriculture paysanne (GASAP) en Belgique, etc. Elle correspond à la structuration de bas en haut (bottom up) de systèmes de production et de distribution d’aliments dans des espaces restreints, orchestrée par des petits exploitants indépendants, au contact direct (ou quasi direct) des consommateurs. Un modèle d’organisation viable, vivable et équitable qui présente de nombreux atouts : sécurité alimentaire, réduction de l’empreinte territoriale, recyclage des déchets organiques, restitution au producteur du bénéfice de la vente, réduction du budget alimentaire des ménages…

 

Conceptualiser pour accaparer : Des circuits courts au système alimentaire territorialisé

Les circuits courts autogérés constituent une alternative démocratique et durable au modèle agroalimentaire néolibéral… et par conséquent un risque pour les néolibéraux, en raison du manque à gagner financier, pour eux, d’une telle organisation. Aussi proposent-ils d’autres solutions, de prétendues solutions dont le but n’est pas de remédier aux problèmes qu’ils ont contribué à créer mais de ne laisser aucune nouvelle forme d’organisation du marché échapper à leur insatiable cupidité. En sapant l’instauration de modèles économiques qui évitent les passages obligés que sont l’emprunt, le crédit, la banque, la grande distribution, l’industrie agroalimentaire. Un outil conceptuel est créé pour cela : le système alimentaire territorialisé (SAT ou SALT). Il replace la notion de circuit court dans la perspective néolibérale : ces SAT « cohabitent le plus souvent avec le système agro-industriel sur un même territoire, la complexité et la diversité des modèles en résultant étant présentées comme un atout pour la sécurité alimentaire » (Fournier et al., 2014) ! Le concept de SAT, en hybridant circuit court citoyen et structure agroalimentaire capitaliste, place nolens volens ce premier dans la perspective de son instrumentalisation capitaliste, quand bien même, à l’origine, il en était à l’exact opposé !

« Le concept de SAT, en hybridant circuit court citoyen et structure agroalimentaire capitaliste, place ce premier dans la perspective de son instrumentalisation capitaliste quand bien même, à l’origine, il en était à l’exact opposé ! »

 

Des SAT aux projets alimentaires territoriaux, l’adoubement de la logique marchande par la strate politique

La notion de SAT forme un sas sémantique entre la notion de circuit court et celle, politiquement instrumentalisée, de projet alimentaire territorialisé de bas en haut, dispositif opératoire légalisé par le droit (Ndlr : néolibéral), permettant in fine aux néolibéraux de contrôler démocratiquement les circuits courts (voir ci-dessus). Ainsi, l’association des régions de France et l’État soutiennent depuis 2014 la mise en place de tels systèmes au travers de la loi d’avenir pour l’agriculture qui prévoit un ancrage territorial de l’alimentation. Insidieusement abordées dans les années 2010 par la clef d’entrée du développement  des circuits courts, de nombreuses métropoles mettent depuis en place des projets alimentaires territoriaux (PAT). Une  gestion multiniveaux  organise la perpétuation de la suprématie des poids lourds du secteur. Des réseaux de recherche-action analysent les SAT et donnent aux acteurs locaux les connaissances pour les aider à mettre en œuvre leur PAT. Le lien démontré entre bio et santé facilite la transition. Une institutionnalisation encadre ce réagencement soigneusement écoblanchi : « Les projets alimentaires territoriaux introduits par la loi du 13 octobre 2014 d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt ont l’ambition de fédérer les différents acteurs d’un territoire autour de la problématique centrale de l’alimentation, contribuant ainsi à la prise en compte de ses dimensions sociales, environnementales, économiques et de santé » (Le Foll, 2017). L’émergence de cinq cents nouveaux PAT à l’échéance 2020 est prévue. À la clef : l’ubérisation des petits producteurs, hausse des prix et captation des bénéfices.

 

Le cas de la Lorraine : masochisme ou trahison politique ?

La gestion des circuits courts une fois légitimée et organisée par la puissance publique, le secteur privé prend les rênes. Le 13 avril 2017 sont organisées dans les locaux de l’hôtel de ville de Nancy les « rencontres sur le territoire », conférence-débat animée par des experts de l’alimentation, des sociologues, des acteurs du territoire pour répondre ensemble et de façon concrète à la construction d’un projet alimentaire territorial durable. En clair, une initiative du groupe privé Sodexo (chiffre d’affaires 2017 : 20 milliards d’euros, 425 000 salariés), adoubée par le maire de Nancy, et légitimée à l’instar d’autres projets par des scientifiques pourvoyeurs de caution scientifique. Une stratégie de dépeçage territorial de plus de la Lorraine, déjà région-victime. Lors de cette manifestation, autour de la question générale, produire et consommer local : « Comment construire un modèle durable pour demain ? », les questions ouvrant à des arguments en faveur de la légitimation de ce projet… durable (on notera le double sens et l’ironie du terme) sont abordées. La logique de néolibéralisation à l’œuvre n’est pas dénoncée. Au même moment, Sodexo s’engage à acheter 40 % de produits locaux pour alimenter la cuisine centrale de Nancy (Journal des entreprises, 2017).

 

De la surface des choses à leur analyse géopolitique

Les projets alimentaires territoriaux s’appuient sur le double langage habituel des néolibéraux : officiellement témoigner de leur intérêt pour  réparer le monde qu’ils saccagent ; en sous-main, définir les règles qui métaboliseront les circuits courts, devenus conceptuellement des SAT puis légalement des PAT, règles qui, in fine, permettront aux prédateurs capitalistes (grandes surfaces, banques, etc.) de conserver le contrôle d’un marché et d’un monde réorganisé… pour eux. Une escroquerie en bande organisée remarquablement conduite, laissant paraître pour vertueux un processus toxique.

 

Pierre Ginet est géographe. Il est professeur à l’université de Lorraine.

Cause commune n° 10 • mars/avril 2019

 

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16 août 2019 5 16 /08 /août /2019 06:04

 

Avec pas moins de 2 500 interviews, les matinales TV et radio ont accueilli en moyenne neuf invités chaque jour. Où ce sont souvent les mêmes qui trustent les places.

La proportionnalité politique n’est pas la même que la proportionnalité médiatique. La compilation, effectuée par le Figaro, à partir des données du site Internet Politiquemedia, des principales interviews politiques matinales dans l’audiovisuel (1) témoigne d’une écrasante surreprésentation du tandem gouvernement/majorité parlementaire.

Avec la crise des gilets jaunes, ministres et secrétaires d’État, envoyés sur les plateaux ou les studios pour diffuser les éléments de langage ou effectuer la « pédagogie des réformes », se taillent la part du lion des 2 500 passages analysés avec 745 passages en tout (+ 153 par rapport à l’année dernière). Tous médias audiovisuels confondus, le gouvernement est le plus représenté le matin sur les antennes, à raison de… deux interviews par jour en moyenne. Premier de cette classe, le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer (47 passages). Mais moins que Yannick Jadot qui, sur la même période, s’est vu invité 54 fois, à la faveur de la campagne des européennes. Troisième sur le podium, Benjamin Griveaux, comme porte-parole du gouvernement puis candidat à la Mairie de Paris. En quatrième position, figure François de Rugy, qui a écumé plateaux et studios pour se défendre, avant et après sa démission forcée du gouvernement.

Le décalage est flagrant selon l’appartenance politique

Le palmarès reflète en creux le besoin des grands médias de « bons clients » ; ainsi, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan est… la cinquième personnalité la plus invitée durant la période étudiée (1) avec 38 passages en un peu moins d’un an, tout en ayant réalisé 3,5 % aux dernières élections européennes. Pourtant, hormis Olivier Faure (PS, 30 passages) et Stanislas Guerini (LaREM, 22), les chefs de parti n’apparaissent guère. C’est parfois une stratégie de garder la parole rare, donc solennelle. Si Jean-Luc Mélenchon, avec 2 passages, a quasiment déserté les émissions matinales, c’est le député Adrien Quatennens (31) qui est désormais la première figure médiatique des Insoumis. Année électorale, 2019 a vu l’émergence de têtes de liste nouvelles, comme Raphaël Glucksmann (13 passages), François-Xavier Bellamy (LR, 20) ou Manon Aubry (FI, 30). Les invitations, une fois l’élection passée, se sont taries…

C’est si l’on prend ces chiffres par ventilation partisane que le décalage est flagrant. Sur 2 500 passages médias, gouvernement et majorité s’en arrogent 1 062. Juste derrière, « Les Républicains » cumulent 504 passages. Puis viennent le PS, avec 197 passages, le Rassemblement national de Marine Le Pen (180 passages), la France insoumise (165 passages), EELV avec 93 invitations, et enfin le PCF, avec 56 occurrences, en dépit de posséder deux groupes parlementaires et 7 500 élus. Lesquelles invitations doivent beaucoup, si l’on regarde plus en détail, au fait qu’une campagne électorale s’est tenue. Ainsi sa tête de liste aux européennes, Ian Brossat, cumule 41 % des invitations faites au PCF.

(1) Liste établie entre le 21 août 2018 et le 13 juillet 2019. Émissions étudiées : RTL Matin (7 h 45), l’Interview politique sur Europe 1 (8 h 15), l’Invité politique sur France Inter (8 h 20), l’Interview de Jean-Pierre Elkabbach sur CNews (8 h 5), l’Invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC (8 h 35), l’Invité de 8 h 30 Aphatie sur France Info (8 h 30), les 4 Vérités sur France 2 (7 h 35), l’Invité politique de Guillaume Durand sur Radio classique et Paris première (8 h 15), l’Invité du matin de RFI (7 h 50), l’Invité de Territoires d’infos sur Public Sénat et Sud Radio (8 heures).

Lionel Venturini

 

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16 août 2019 5 16 /08 /août /2019 06:03

 

Le gouvernement a prévenu qu’il choisirait les mesures à appliquer dans le cadre du projet promis par le chef de l’État. Des propositions retiennent déjà l’attention des élus.

«Hors-sol ou plein champ ? » questionnait la Gazette des communes au sujet de l’« agenda rural », dont un premier rapport a été remis à la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, le 26 juillet. La question du journal destiné aux élus municipaux, qui se veut d’ordinaire pragmatique, n’est pas anodine. Les habitants des campagnes françaises sont échaudés par les annonces successives censées redynamiser les territoires où ils vivent, tandis que se poursuivent sous leurs yeux les fermetures des services publics et des commerces. Face à cela, lors du grand débat qu’il a lancé, Emmanuel Macron avait repris l’idée d’élaborer un « agenda rural », dont les conclusions pourraient être rendues à l’occasion du congrès de l’Association des maires ruraux, à la mi-septembre. Le député Daniel Labaronne (LaREM), le sénateur Patrice Joly (PS) et les maires Dominique Dhumeaux (se présentant comme sans étiquette), Cécile Gallien (LaREM) et Pierre Jarlier (Parti radical) ont élaboré les 200 propositions. Et ils semblent plutôt confiants.

Un passe numérique déjà existant ou le permis à 1 euro par jour

Rien d’étonnant, au regard de leur pedigree politique. Cécile Gallien, édile de Vorey (Haute-Loire) et l’une des rares macronistes à siéger dans l’Association des maires de France, où, en tant que vice-présidente, elle s’applique à défendre la politique gouvernementale, a été plusieurs fois prise à partie par les gilets jaunes. Ce sont ces mêmes mobilisations qui ont conduit le gouvernement à accélérer sa politique à l’égard des milieux ruraux.

C’est donc un rapport aux multiples facettes, dont certaines retiennent l’attention de nombreux maires. On y trouve notamment la création d’un pack jeunesse délivré aux jeunes de 16 ans et comprenant un passe culture, un passe numérique (déjà existant) ou encore le permis à 1 euro par jour.

Aucun dispositif pour conserver les services publics existants

Le rapport propose aussi d’ouvrir l’expérimentation de la 5G aux territoires ruraux et celle du « territoire zéro chômeur de longue durée ». Il s’agirait « d’élargir le dispositif des emplois francs aux zones rurales les plus fragiles » en faisant bénéficier une entreprise ou une association « d’une prime pour l’embauche en CDD de plus six mois ou en CDI d’un demandeur d’emploi résidant dans ces zones fragiles ». Des aides financières aux employeurs dont on sait que les expériences passées n’ont pas donné les résultats prétendus sur l’emploi. D’autres mesures visent à lutter contre l’isolement, avec notamment 1 000 cafés en zone rurale ou avec la garantie de l’accès à un socle de service universel à moins de 30 minutes de trajet. L’obligation pour les internes en médecine de réaliser des stages en milieu rural représenterait l’équivalent de 3 000 médecins immédiatement disponibles, croient savoir certains observateurs. En revanche, aucun dispositif n’est mentionné pour conserver les établissements ou les services publics existants.

La perspective de planification, via la mise en œuvre d’un agenda rural, est saluée par les maires ruraux. L’AMRF parle d’« un marqueur d’une nouvelle écoute du monde rural, sans doute motivée par la nécessité impérieuse d’apporter des réponses aux habitants ayant exprimé leur ras-le-bol et leur sentiment d’être abandonnés par les acteurs publics, à l’exception de la mairie », tout en demandant à l’exécutif et au Parlement de « prévoir les moyens financiers adaptés à la mise en œuvre effective des propositions les plus urgentes ». Lors de la présentation des pistes de l’agenda par Jacqueline Gourault dans l’Allier, le président de l’Association des maires ruraux du département, Dominique Bidet (PCF), a rappelé qu’un suivi de cet agenda serait nécessaire. Reste à voir si le gouvernement joue aussi sa partition dans les négociations sur la politique agricole commune, dont le budget est prévu à la baisse par la Commission européenne. Il concerne les premiers acteurs de la ruralité, les agriculteurs.

Olivier Morin

 

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16 août 2019 5 16 /08 /août /2019 05:56
QU'EST CE QU'UNE POLITIQUE INTERNATIONALE DE LA PAIX (Cause commune - Juillet Août 2019 - revue d'action politique du PCF)
QU'EST CE QU'UNE POLITIQUE INTERNATIONALE DE LA PAIX (Cause commune - Juillet Août 2019 - revue d'action politique du PCF)
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15 août 2019 4 15 /08 /août /2019 05:44
CONSTRUIRE UN RAPPORT DE FORCE FACE A LA HAINE ET AUX DÉRIVES DE DÉMOCRATIE (CAUSE COMMUNE - revue PCF)
CONSTRUIRE UN RAPPORT DE FORCE FACE A LA HAINE ET AUX DÉRIVES DE DÉMOCRATIE (CAUSE COMMUNE - revue PCF)
CONSTRUIRE UN RAPPORT DE FORCE FACE A LA HAINE ET AUX DÉRIVES DE DÉMOCRATIE (CAUSE COMMUNE - revue PCF)
CONSTRUIRE UN RAPPORT DE FORCE FACE A LA HAINE ET AUX DÉRIVES DE DÉMOCRATIE (CAUSE COMMUNE - revue PCF)
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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 06:54
Communiqué du PCF Bretagne - 13 août 2019
Le PCF Bretagne apporte son soutien à Vincenzo Vecchi qui ne doit pas être extradé en Italie
 
Vincenzo Vecchi, citoyen italien vivant depuis 8 ans à Rochefort-en-Terre, militant altermondialiste et antifasciste, a été condamné en Italie à 11 ans et 8 mois de prison en vertu d'une loi inique pour participation aux manifestations contre le libre-échange et le capitalisme financier au G8 à Gênes en 2001. La répression féroce de ces manifestations par le gouvernement de Berlusconi avait été caractérisée à l’époque par Amnesty International comme « la plus grande violation des droits humains et démocratiques dans un pays occidental depuis la Seconde Guerre mondiale»:  un jeune homme, Carlo Giuliani, avait été abattu et des centaines d’altermondialistes tabassés, blessés, torturés ou détenus arbitrairement. 
 
Et pourtant Vincenzo Vecchi est convoqué ce jeudi 14 août à la chambre d'instruction de Rennes qui pourrait décider de son extradition dans l'Italie de Salvini, où les droits humains sont de plus en plus bafoués et où il deviendrait un prisonnier politique, un prisonnier d'opinion.
 
10 manifestants du contre-sommet du G8 à l'issue des violences déclenchées par la police et les brigades spéciales du gouvernement avaient été condamnés à des peines de 6 à 15 ans  en recourant au délit de « dévastation et saccage ». Un élément du Code pénal italien, introduit par les fascistes de Mussolini en 1930, et remis au goût du jour par Berlusconi, qui permet, dans les faits, au nom de la notion de simple « concours moral » aux événements, de sanctionner avec des peines de 8 à 15 ans de prison la simple présence et la participation à des manifestations considérées comme insurrectionnelles.
 
Il faut dire que la justice italienne reproche aussi à Vincenzo Vecchi la participation à une manifestation interdite contre l'extrême-droite à Milan en mars 2006.
 
Ce serait une entorse grave aux droits de l'homme et au droit d'asile d'extrader Vincenzo Vecchi en Italie, dans un contexte où l'extrême-droite a pris le pouvoir et en abuse sans respect des droits humains. 
 
Le PCF Bretagne soutient Vincenzo Vecchi et se félicite de l'élan rencontré par son comité de soutien et du rassemblement citoyen en solidarité avec lui à 9h devant la cour d'appel de Rennes le mercredi 14 août. 
 
Vincenzo ne doit pas être extradé en Italie"
Le PCF Bretagne apporte son soutien à Vincenzo Vecchi qui ne doit pas être extradé en Italie
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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 06:52

 

La « police des polices », mise en doute pour son dernier rapport sur la mort de Steve Maia Caniço, a toujours été visée pour sa consanguinité avec ceux qu’elle contrôle.

En 1880, on écrit déjà à la police pour se plaindre d’elle, en l’occurrence d’un « sergot », un sergent de ville. L’auteur de la lettre est un certain Paul Verlaine, et son voisin de palier l’« insulte et (le) menace en dehors du service ». Si l’on ignore les suites données à la lettre du poète, une « Inspection générale des services » de la police existe bel et bien depuis 1854. Elle est compétente seulement pour Paris et la petite couronne, et il faudra attendre Charles Pasqua à l’Intérieur pour que soient fusionnées l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et l’Inspection générale des services (IGS). La création d’un corps de contrôle est concomitante à la visibilité donnée à la police, depuis qu’en 1829 ceux que l’on appelle les sergents de ville sont dotés d’un uniforme bleu et d’un chapeau à cornes.

«Des policiers au-dessus des lois »

L’IGPN, dont le dernier rapport sur la mort de Steve Caniço soulève un tollé, avec ses responsables affirmant n’avoir « jamais eu la volonté de blanchir qui que ce soit », a souvent été sous le feu des critiques. Les « bœuf-carottes », surnommés ainsi car censés cuisiner longuement leurs interlocuteurs, sont longtemps restés hors du champ de l’opinion publique. C’est singulièrement une série de bavures à l’été 1986 puis la mort de Malik Oussekine, sous les coups des voltigeurs le 5 décembre de la même année, qui vont mettre en lumière la « police des polices ». En 1984, 14 % seulement des affaires communiquées à l’IGS étaient le fait de citoyens, contre 30 % aujourd’hui, selon le dernier rapport concernant l’année 2018. La mise en place d’une plateforme de signalement en ligne facilite, il est vrai, la prise en compte de plaintes quand, dans les commissariats, on répugne à incriminer des collègues.

C’est tout le problème d’un corps dont les membres sont des collègues. Loin d’un Jean Rochefort campant avec droiture à la télévision le commissaire Venturi de l’IGPN dans les années 1990, les bœuf-carottes ont aussi reçu en interne le surnom moins glorieux de « cimetière des éléphants ». Là où l’administration nomme ceux dont elle ne sait que faire, des galonnés en fin de carrière guère désireux de bousculer l’institution policière ou de déplaire. À l’étranger, comme l’a relevé un article du site Arrêt sur images, « les organismes de contrôle des policiers sont plus transparents ou plus indépendants », même si « leur efficacité est fréquemment remise en cause » également. Il a fallu attendre 2017, en France, pour que la police des polices soit dotée d’un outil institutionnel de recensement des « personnes blessées ou décédées à l’occasion des missions de police par l’usage des armes, par l’emploi de la seule contrainte physique ou encore du seul fait de la personne elle-même ».

Pour l’inspection, « pas de faute » quand 151 lycéens de Mantes-la-Jolie, en novembre dernier, sont alignés en rang, genoux à terre et mains sur la tête. Ni pour la poursuite mortelle de Zyed et Bouna en 2005 à Clichy-sous-Bois, la mort de Zineb Redouane à Marseille fin 2018, et tant d’autres. En février 2017, l’IGPN conclut à un « accident » dans l’affaire Théo, quand le juge poursuit le policier pour viol. En 2012, l’IGPN est accusée d’avoir sanctionné par des mutations les sept maîtres-chiens de la brigade canine de Seine-et-Marne qui avaient eux-mêmes accusé des membres de leur unité d’alcoolisme, vols, dégradations ou corruption. L’IGPN fut même accusée de barbouzerie en 2007, où des policiers catalogués à gauche furent pointés du doigt pour du trafic de titres de séjour. Parmi eux, l’officier de sécurité de Daniel Vaillant. L’ex-ministre de l’Intérieur socialiste n’hésita pas à dénoncer au sein de l’IGPN un « coup monté pour complaire au pouvoir dans le contexte de l’élection de 2007 ». Tous furent blanchis en appel en 2011. L’un des avocats, David Lepidi, dénoncera « la totale impunité (de l’IGPN) en cas de dysfonctionnement ». « France, des policiers au-dessus des lois », dénonçait Amnesty International au début des années 2000.

De trop nombreuses plaintes sont écartées

Pourtant, la question des violences policières ne permet pas de se retrancher, comme le fait l’IGPN dans le cas de son premier rapport sur Steve, derrière les limites d’une enquête administrative. De trop nombreuses plaintes sont écartées. Au détour de son rapport 2018, l’IGPN décrit bien son mode de pensée : « L’usager ignore souvent que le fait de ne pas respecter l’ordre de dispersion justifie légalement l’usage de la force (…). Cela peut parfois conduire à des divergences avec une analyse médiatique qui part du principe, erroné, que l’usage de la force dépend de la motivation ou du mobile du manifestant. »

L’IGPN n’a en outre pas de pouvoir de sanction direct. En 2018, selon le dernier rapport, sur 1 447 enquêtes, elle a proposé à l’administration 337 sanctions. En 1987, sur un volume traité comparable (1 306 affaires instruites), la police des polices, selon les informations du livre éponyme de Jean-Marc Ancian, avait mis en cause 748 policiers. 58 avaient été condamnés par la justice, 54 exclus de la police. Paradoxe d’une époque où le ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, pouvait affirmer aux policiers : « Je vous couvrirai », tout en se montrant sévère envers les « ripoux ». Prenant ses fonctions en 1986, le nouveau directeur de l’IGPN, Marcel Leclerc, dit au Figaro que « les bavures ne sont pas les plus graves défaillances », ne mettant pas en cause « l’honorabilité de la police ». « Les policiers marrons en revanche doivent être éliminés. » La doctrine ne semble pas avoir véritablement changé depuis.

Lionel Venturini

 

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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 06:50
LES CERTIFICATS D'ECONOMIE D'ENERGIE : UN EXEMPLE D'ESCROQUERIE DU CAPITALISME VERT
LES CERTIFICATS D'ECONOMIE D'ENERGIE : UN EXEMPLE D'ESCROQUERIE DU CAPITALISME VERT
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14 août 2019 3 14 /08 /août /2019 06:48

 

Exposé des motifs du projet de loi déposé à l’Assemblée nationale le 8 janvier 2019 par les députées et députés du groupe Gauche démocrate et républicaine.

par la rédaction de Cause commune

 

Optimisation fiscale 


L’expression claque comme une ode à la débrouillardise, à l’astuce, à la recherche de la performance. Si c’était un jeu télévisé, il s’appellerait « Qui veut gagner des milliards ? » La réalité, hélas, est nettement moins débonnaire. Derrière l’euphémisme inventé par les champions de la mondialisation se dissimule une sourde entreprise de démolition du consentement à l’impôt. En refusant de s’acquitter de leurs obligations, dans une quête obsessionnelle de l’évitement fiscal, les multinationales tournent délibérément le dos aux principes fondateurs de la démocratie. Non seulement elles s’affranchissent du pacte social sur lequel repose toute société éclairée, mais elles siphonnent avec cynis­me les recettes des États, par centaines de milliards de dollars chaque année. Concrètement, le manque à gagner représente des routes mal entretenues, des ponts menacés, des écoles en moins, des hôpitaux en souffrance, des services publics supprimés… Cet abandon nourrit la colère des peuples, soumis à des politiques d’austérité d’autant plus injustes qu’elles prennent source dans l’égoïsme des plus fortunés. Sur un champ de bataille, une telle attitude porterait un nom : la désertion. Mais, sur le vaste terrain du capitalisme débridé, tous les coups sont permis, dans la négation désinvolte du patriotisme économique et de toute notion de solidarité. Or le consentement à l’impôt, rappelons-le encore une fois, est non seulement au cœur de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 mais aussi au centre des revendications des révolutionnaires américains de 1776. Ferment des sociétés modernes, il garantit la légitimité fiscale et assure que chacun doit participer à l’effort collectif. L’impôt sert ainsi à financer nos infrastructures, la formation, l’éducation, le soutien au développement économique, social et territorial. Il joue donc un rôle clé dans notre pacte social. Depuis le scandale UBS en 2008, jusqu’aux Paradise Papers (révélations publiées) révélés en 2017, le panorama de la triche fiscale planétaire se dévoile dans une dimension effrayante. Les millions de documents accumulés signent un constat accablant, synthétisé en 2018 par les économistes Thomas Torslov, Ludvig Wier et Gabriel Zucman : 40 % des profits des multinationales, soit 600 milliards de dollars (529,5 milliards d’euros) échappent à l’impôt grâce au transfert artificiel dans des paradis fiscaux. L’évasion est d’autant plus massive qu’elle s’appuie sur des failles juridiques béantes et des techniques éprouvées, parfois présentées à tort comme complexes. Les prêts intragroupes et la manipulation des prix de transfert, pour ne citer que les deux principales, n’ont en effet rien de mystérieux. Ces mécanismes sont désormais bien connus et analysés. Leur efficacité est un camouflet infligé publiquement aux États : en 2016, les entreprises américaines ont ainsi enregistré plus de profits en Irlande qu’en Chine, au Japon, au Mexique, en Allemagne et en France réunis. Et sur ces profits colossaux, elles se sont vu infliger le taux redoutable de… 5,7 %. Résultat, avec de telles pratiques, l’Union européenne perd chaque année l’équivalent de 20 % du montant de l’impôt sur les sociétés. Le capital voyage librement et s’installe là où il est le moins taxé. Le constat est sans appel : les plus mobiles, c’est-à-dire les plus riches et les grands groupes, tirent profit de la mondialisation.

« 40 % des profits des multinationales, soit 600 milliards de dollars (529,5 milliards d’euros) échappent à l’impôt grâce au transfert artificiel dans des paradis fiscaux. »

 

Un exemple dévastateur pour les citoyens

Contrairement à Apple, Nike ne passe pas par l’Irlande mais par les Pays-Bas pour échapper au paiement de plusieurs milliards d’impôts en Europe. Depuis 2014, Nike utilise un circuit extrêmement judicieux grâce à une nouvelle entité hollandaise : Nike Innovate CV (Commanditaire Vernootschap, société en commandite néerlandaise). Une initiative simple mais redoutablement efficace car ce nouveau « CV » rend Nike tout simplement invisible pour les administrations fiscales américaine et batave. Pour les Néerlandais, au regard de la réglementation CV-BV (Besloten Vennootschap, société à responsabilité limitée), cette structure doit être taxée aux États-Unis, où la firme possède son siège social. Mais pour les Américains, elle doit être imposée aux Pays-Bas ! Résultat, Nike Innovate CV ne paye pas un centime d’impôt, ni aux États-Unis, ni aux Pays-Bas. Ni vu, ni connu. Ainsi, sur les 7,5 milliards de recettes annuelles hors du territoire américain, Nike paye moins de 2 %. Nike, mais aussi Starbucks, McDonald’s, Apple, Fiat, Coca Cola, Amazon, Total, LVMH… Qui, parmi les grandes firmes mondiales, n’a pas aujourd’hui recours au transfert de ses bénéfices dans des paradis fiscaux, parfois implantés au cœur de l’Europe ? « Les Pays-Bas sont aujourd’hui le paradis fiscal numéro un pour les centaines de milliards de dollars de profit réalisés par les multinationales américaines hors des États-Unis, déplore l’économiste Gabriel Zucman. Ils se positionnent devant les Bermudes, le Luxembourg, la Suisse, Hong Kong, Singapour ou les îles Caïmans… » Les possibilités de dérobade sont telles qu’il faut vraiment une bonne dose de civisme et chérir les fondements de notre pacte républicain pour s’acquitter de ses impôts dans les règles quand on affiche un certain de niveau de fortune. Faudra-t-il un jour décerner une médaille à ceux qui continuent à jouer le jeu ? Champion du monde avec l’équipe de France de football en juillet 2018, N’Golo Kanté offre un exemple saisissant. Selon les calculs du journal The Sun, le milieu de terrain des Bleus est en passe de payer « plus d’impôts au fisc britannique qu’Amazon et Starbucks réunis ». Le joueur de 27 ans, qui vient de signer un nouveau contrat avec Chelsea, à hauteur de 290 000 livres par semaine (environ 330 000 euros), a refusé d’être rémunéré via une société offshore, comme le lui conseillaient pourtant instamment les « experts » du club. Le tabloïd britannique a ainsi calculé qu’avec son nouveau salaire, N’Golo Kanté devra payer environ 7,5 millions d’euros annuels au fisc.

 

Des conséquences budgétaires et sociales considérables

Si les estimations peuvent parfois diverger, elles ont toutes en commun l’énormité des sommes en jeu et le rôle joué par les paradis fiscaux. S’agissant de la seule imposition des bénéfices des sociétés, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime la perte de recettes mondiales due à l’érosion des bases imposables et au transfert de bénéfices à une fourchette allant de 4 % à 10 % des recettes, soit de 100 à 240 milliards de dollars. Sur la base de ces chiffres, le conseil des prélèvements obligatoires (CPO) évalue la perte de recettes d’impôt sur les sociétés pour la France entre 2,4 et 6 milliards d’euros. Des études américaines retiennent pour leur part un chiffre français de 13,5 milliards d’euros, soit plus de deux fois l’estimation du CPO. Et 37,8 % du produit total de l’impôt sur les sociétés.

« En refusant de s’acquitter de leurs obligations, dans une quête obsessionnelle de l’évitement fiscal, les multinationales tournent délibérément le dos aux principes fondateurs de la démocratie. »

Si seuls les paradis fiscaux sont pris en compte, les chiffres continuent de donner le vertige. Le volume des transactions transitant par les paradis fiscaux se situe dans une fourchette allant de 16 000 à 26 000 milliards d’euros, entraînant une perte de recettes fiscales annuelle de 189 milliards de dollars pour les pays en développement. En outre, environ 2 600 milliards de dollars de profits des sociétés américaines dormiraient aux Bermudes et aux Caïmans, échappant à toute im­po­sition. En tout, 8 500 milliards de dollars seraient logés dans l’ensemble des paradis fiscaux. Enfin, selon Oxfam, 25 milliards d’euros de bénéfices seraient déclarés artificiellement dans les paradis fiscaux par les vingt plus grandes banques européennes, ces dernières invitant en outre leurs clients à y créer des milliers de sociétés offshore. Mais, au-delà des seuls aspects budgétaires et fiscaux, se pose aussi la question de l’utilisation de cet argent dans le cadre d’activités criminelles (notamment des trafics de drogues, d’organes, d’êtres humains). Selon Éric Vernier, le volume « d’argent noir » correspondant au blanchiment de sommes issues du crime se monterait à 1 500 milliards de dollars. La majorité de ce montant exploitant les services offerts par les paradis fiscaux. De tels dégâts, à l’origine des nombreux mouvements de contestation qui se lèvent un peu partout dans le monde, du Brésil à la Hongrie en passant par la France, auraient dû inciter les pouvoirs publics à prendre de fortes décisions. Plutôt que de combattre la source de l’évitement fiscal, de nombreux États préfèrent jouer le jeu d’une concurrence exacerbée en diminuant drastiquement le taux de leur impôt sur les bénéfices des entreprises. Ainsi, alors que le taux légal de l’impôt sur les bénéfices des pays du G20 était de 40 % en 1990, il était descendu à moins de 30 % vingt-cinq ans après (28,7 % en 2015). Parmi les pays de l’OCDE, le taux légal est passé de 30,4 % en 2000 à 22,3 % en 2017. Les États-Unis ont ainsi amorcé une baisse du taux de l’impôt fédéral sur les sociétés de 35 % à 21 %, tout en prévoyant une imposition à taux réduit des actifs logés dans des paradis fiscaux et rapatriés sur le territoire américain. La France verra son taux nominal passer de 33 % à 25 % d’ici 2022. Plus symptomatique, la Hongrie, qui affichait un taux de 19 %, déjà en deçà de la moyenne européenne établie à 21,9 % en 2017, a basculé cette même année à seulement 9 % – un tel taux paraissant difficilement soutenable pour les finances publi­ques hongroises. Si le mouvement de réduction des taux se poursuit, la coalition internationale Eurodad juge que, à l’horizon 2052, le taux de l’impôt sur les bénéfices des entreprises sera de… zéro. Il est profondément regrettable qu’à la place d’une réponse ambitieuse et volontariste contre la concurrence fiscale dommageable, dénoncée d’ailleurs par le président de la République lui-même dans son discours à la Sorbonne en septembre 2017, les États choisissent de s’y abandonner et de jouer un jeu non coopératif si délétère. Le siphonnage des recettes fiscales des États réduit leurs marges de manœuvre budgétaires, limitant la mise en œuvre de politiques publi­ques ambitieuses, telles que la fourniture de services publics de qualité et accessibles à tous, le financement d’infrastructures collectives performantes, la redistribution des richesses et l’octroi d’aides financières destinées à assurer à tous, et notamment aux plus modestes, des conditions de vie décentes. Si les États veulent disposer des ressources indispensables à la mise en œuvre de ces politiques, le seul moyen, tant que la lutte contre les paradis fiscaux et l’évitement fiscal ne produira pas de résultats suffisants, est d’alourdir les impôts. Cette solution est non seulement injuste mais inefficace à moyen terme. Les hausses fiscales frappent ceux qui jouent le jeu et assument leur part à l’effort collectif (telles les TPE et les PME) ainsi que les classes moyennes et les plus mo­destes : elles ne sont donc ni équitables, ni justes, ni acceptables et conduisent à faire payer les moins privilégiés pour les plus riches. Les salariés des entreprises se livrant à l’évitement fiscal font eux aussi les frais de ces choix contestables. En manipulant les flux financiers entre entreprises liées, les groupes peuvent, par exemple, rendre de manière artificielle une entité déficitaire ou minorer ses résultats alors qu’en réalité l’activité est bonne et prospère et que, à l’échelle du groupe, les résultats sont bénéficiaires. Peuvent pourtant s’ensuivre des plans de suppression d’emplois injustifiés, les salariés payant le prix de l’avidité fiscale des dirigeants. La minoration, artificielle elle aussi, des bénéfices réduit automatiquement la participation et l’intéressement des salariés, puisque ces données sont calculées en fonction du résultat déclaré de l’entreprise. À cet égard, l’exemple de McDonald’s est édifiant. Selon l’étude d’une coalition internationale de syndicats (McProprio, mars 2017), la majorité des bénéfices du groupe américain provient non de la vente de nourriture mais d’opérations immobilières : si McDonald’s exploite directement certains de ses restaurants, environ 80 % le sont sous forme de franchise. Or les contrats de franchise du groupe sont particulièrement 
dé­sé­quilibrés. Là où un contrat de franchise traditionnel prévoit que le franchisé verse des redevances au franchiseur et conclut avec un tiers un bail immobilier, McDonald’s prévoit la conclusion parallèle du contrat de franchise et d’un bail. Le contrôle et le poids pesant sur le franchisé ont un effet important sur les salariés : pour pouvoir dégager une marge, le franchisé est souvent contraint de verser des rémunérations faibles, certains allant jusqu’à violer le droit du travail en vigueur afin d’être rentables. La limitation des bénéfices, parallèlement, réduit les montants des participations salariales. L’évitement fiscal a aussi pour effet de compromettre le financement de la Sécurité sociale, soit indirectement en diminuant les cotisations et autres charges sociales dues par les entreprises, soit directement en facilitant l’évasion sociale.

 

Modifier complètement le paysage de la concurrence fiscale

Que faire face à un phénomène mondial, dont l’ampleur semble littéralement tétaniser les États depuis des décennies, à l’image de la taxe Google, Amazon, Facebook et Apple (GAFA), maintes fois annoncée et sans cesse remise à plus tard ? L’Union européenne n’est certes pas restée les bras croisés, mais les initiatives qu’elle prend, comme la taxe sur les transactions financières ou le projet de réforme de l’imposition des sociétés, assiette commune consolidée pour l’impôt des sociétés (ACCIS), butent invariablement sur la règle de l’unanimité. L’Irlande, les Pays-Bas et d’autres États membres, qui ont fait de la fiscalité un avantage concurrentiel au détriment de leurs voisins, ont un intérêt certain pour le statu quo. Même si le commissaire européen chargé de la fiscalité vient récemment de plaider pour un assouplissement de cette règle, au rythme où avancent les réformes, on peut encore attendre cent ans ! Et pourtant, il est urgent d’agir, tant est palpable l’exaspération des peuples vis-à-vis de l’injustice fiscale, sous peine de voir le financement de l’action publique supporté par les seuls concitoyens et les inégalités continuer de se creuser. Sans parler de la défiance croissante à l’égard du projet européen.

« Le manque à gagner représente des routes mal entretenues, des ponts menacés, des écoles en moins, des hôpitaux en souffrance, des services publics supprimés. »

Dans un tel contexte, la France peut parfaitement agir de son côté et montrer le chemin d’une fiscalité en phase avec son époque. Les mécanismes d’évitement fiscal, largement décrits, mettent en lumière une fiscalité dépassée, symbolisée par un impôt sur les sociétés acculé, daté, inadapté aux enjeux du XXIe siècle. Un impôt qui n’est pas apte à fiscaliser à leur juste mesure ces entreprises qui font fi des frontières pour réduire au maximum leur contribution au financement de l’action publique. La proposition formulée ici, inspirée par les travaux d’économistes, de chercheurs et d’experts, s’articule autour d’un principe simple, juste et compréhensible par tous : les multinationales doivent payer leurs impôts là où elles réalisent leur activité, et non dans les paradis fiscaux. Pour le calcul des bénéfices imposables de ces entreprises internationales, nous proposons de partir du niveau des profits réalisés au niveau mondial. Ces profits mondiaux seraient pour la France au prorata de la part des ventes réalisées par l’entreprise dans notre pays par rapport aux ventes réalisées par celle-ci dans le monde entier. La traçabilité ne pose pas de problème majeur puisque l’information fournie sur le montant des ventes faites en France pourra être vérifiée et utilisée en utilisant les relevés de TVA. Prenons ainsi l’exemple d’une entreprise active dans la vente en ligne. Elle réalise 50 milliards de bénéfices au niveau mondial et 15 % de son chiffre d’affaires en France. Ce taux – 15 % – sera appliqué aux bénéfices mondiaux (50 milliards d’euros). Ainsi, les bénéfices imposables s’élèveront à 7,5 milliards d’euros pour cette entreprise. Un montant de bénéfices imposables qui serait plus conforme à la réalité économique de cette entreprise. Ces 7,5 milliards d’euros constitueraient naturellement une base imposable, à laquelle s’appliqueraient ensuite les différents crédits et réductions d’impôts puis, in fine, le taux d’imposition sur les sociétés. Ce calcul permettra de relocaliser des bénéfices artificiellement transférés à l’étranger, notamment dans les paradis fiscaux, et de porter ainsi un coup d’arrêt sévère à la concurrence fiscale mortifère entre les États. Pour garantir le fonctionnement de ce dispositif, les entreprises seront soumises à une obligation de transmission d’informations à l’administration fiscale. En cas de refus de se soumettre à cette obligation, il y aura lieu de prendre les mesures qui s’imposent, en l’espèce l’interdiction d’exercer sur le territoire français. Cette proposition de loi entraîne une modification du mode de calcul de l’assiette de l’impôt sur les sociétés sans en changer le taux. Le système décrit ici fonctionne déjà parfaitement ailleurs, dans des pays comme les États-Unis, l’Allemagne ou le Canada, où un impôt sur les sociétés peut aussi être perçu au niveau local. L’État de Californie établit ainsi son propre impôt sur les sociétés à un taux d’environ 10 %, qui s’ajoute à l’impôt américain sur les sociétés, désormais fixé à 21 %. Si Coca-Cola fait 10 % de ses ventes en Californie, alors 10 % de ses profits sont taxables en Californie. En clair, la France peut parfaitement appliquer à l’échelle d’un pays un mécanisme qui a déjà fait ses preuves au niveau local. Une telle réforme modifierait complètement le paysage de la concurrence fiscale. Elle rendrait caducs les mécanismes de délocalisation artificielle des profits et indiquerait aux États le chemin à suivre pour récupérer des recettes injustement détournées.

Les signataires : Fabien Roussel, Huguette Bello, Moetai Brotherson, Alain Bruneel, Marie-George Buffet, André Chassaigne, Pierre Dharréville, Jean-Paul Dufrègne, Elsa Faucillon, Sébastien Jumel, Manuéla Kéclard-Mondésir, Jean-Paul Lecoq, Jean-Philippe Nilor, Stéphane Peu, Gabriel Serville & Hubert Wulfranc, députés du groupe GDR.

Cause commune n° 10 • mars/avril 2019

 

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13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 07:00
Morbihan: un comité de soutien pour empêcher l'extradition de l'activiste italien arrêté Vincenzo Vecchi condamné pour participation aux manifestations contre le G8 de Gênes grâce à une loi mise en place par Mussolini et réactivée par Berlusconi (France 3 et L'Humanité, article Thomas Lemahieu)
Morbihan: un comité de soutien pour empêcher l'extradition de l'activiste italien arrêté
 
 
Par Maylen Villaverde
 
Depuis l'arrestation de Vincenzo Vecchi un groupe de quatre-vingts habitants du pays de Rochefort-en-terre se réunit pour discuter et échanger sur les actions possibles pour empêcher le renvoi du militant qui habitait dans ce coin de Bretagne depuis 8 ans.
 
 
Ils se retrouvent tous les jours en petits groupes ou en session plénière pour discuter et réfléchir aux actions à mener. "Ils" se sont des amis, des voisins ou de simples connaissances de Vincenzo qui le fréquentent pour certains depuis 8 ans, depuis qu'il avait posé ses valises dans ce coin du Morbihan. Ils ont donc décidé de créer un collectif de soutien pour empêcher le renvoi vers l'Italie de l'activiste.
 

Colère et détermination des soutiens de Vincenzo


"Après l'étonnement de découvrir le passé de Vincenzo nous sommes aujourd'hui dans la colère et la détermination" explique Jean-Pierre, un membre du collectif  "Soutien à Vincenzo". Pour ce dernier il n'est pas question que Vincenzo soit renvoyer en Italie. "Le chef d'inculpation nous parait injuste et disproportionné ! Il a pris 13 ans pour avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, cela nous révolte" s'indigne Jean-Pierre. 

Condamné grâce à une loi mise en place par Mussolini et réactivée par Berlusconi


Selon le collectif, Vincenzo Vecchi a été condamné en Italie pour "dévastation et saccage" au G8 de Gênes. "Cette condamnation a été rendue possible sur la base d'une loi adoptée en 1930 sous Mussolini et réactivée par Silvio Berlusconi" à l'occasion du sommet économique de 2001. 

La justice italienne lui reproche aussi sa participation à une manifestation antifasciste, non autorisée, à Milan en mars 2006.

Pour le collectif morbihannais "il est impensable que la France renvoie cet homme vers l'Italie", pays qui a pour ministre de l'intérieur Salvini, un élu d'extrême droite. "Il va vouloir en faire un exemple" redoutent ses amis.

Ils rappellent aussi que "le G8 de Gênes a valu une lourde condamnation de l'Italie par la Cour européenne des droits de l'homme du fait des violences policières commises contre les manifestants, certaines ayant été assimilées à des "actes de torture", restait "une blessure ouverte en Italie".
 

Appel au soutien devant le tribunal de Rennes Mercredi


Mercredi Vincenzo Vecchi doit passer devant la Chambre d'Instruction de Rennes. Les membres du collectif ont prévu de venir manifester leur soutien pacifiquement et espèrent que d'autres personnes se joindront à eux. Ils ne souhaitent cependant pas qu'il y ait le moindre débordement car cela pourrait pénaliser leur ami.

Le collectif a fait appel à deux avocats afin d'avoir plus d'information sur le dossier et d'envisager une démarche en justice.

Morbihan: un comité de soutien pour empêcher l'extradition de l'activiste italien arrêté Vincenzo Vecchi condamné pour participation aux manifestations contre le G8 de Gênes grâce à une loi mise en place par Mussolini et réactivée par Berlusconi (France 3 et L'Humanité, article Thomas Lemahieu)
Répression. En Italie, la vengeance d’État se mange froide
Mardi, 13 Août, 2019

Menacé d’extradition, Vincenzo Vecchi, installé dans un bourg du Morbihan, a été condamné à près de douze ans de prison ferme en Italie pour sa participation au contre-G8 de Gênes en 2001.

 

Gênes persistante. Dix-huit ans après les manifestations contre le G8 dans le grand port de Ligurie (Italie), ensanglantées par la police de Silvio Berlusconi – un jeune homme, Carlo Giuliani, avait été abattu et des centaines d’altermondialistes tabassés, blessés, torturés ou détenus arbitrairement –, les hoquets de l’histoire n’en finissent jamais. Cette fois, c’est à Rochefort-en-Terre, dans le Morbihan, que les spectres de cette répression, caractérisée à l’époque par Amnesty International comme « la plus grande violation des droits humains et démocratiques dans un pays occidental depuis la Seconde Guerre mondiale », sont réapparus ces derniers jours. Vincenzo Vecchi a été arrêté jeudi, et il se retrouve menacé d’extradition vers l’Italie. Sur place, parmi ses amis et ses voisins, la stupeur est totale : installé en Bretagne depuis huit ans et parfaitement intégré, l’homme participait régulièrement aux activités culturelles et sociales d’un café associatif (la Pente). « Il était très sympathique et discret, il ne faisait pas de vagues, mais il était là », témoigne un membre du collectif de soutien qui se met en place localement.

À Rome, la presse dominante le présente comme un « fugitif »

Qu’a bien pu faire cet Italien de 46 ans pour mériter ce sort de criminel en puissance ? Dans la presse dominante à Rome ou à Milan, reprenant les fanfaronnades du gouvernement et déroulant à l’envi la minutieuse traque policière ayant abouti à son interpellation, Vincenzo Vecchi est présenté comme un « fugitif », le dernier « black bloc » en cavale à l’étranger après sa condamnation par la justice italienne pour des exactions commises lors du G8 de Gênes. Dans cette logique, ce n’est plus vraiment un homme, c’est un symbole ou, mieux encore, pour l’extrême droite au pouvoir dans la capitale italienne, un trophée.

Selon une sentence de la Cour de cassation italienne, prononcée en juillet 2012 après deux jugements, en première instance puis en appel, Vincenzo Vecchi a, le 20 juillet 2001, à Gênes, « endommagé, détruit, incendié des biens mobiliers et immobiliers, parmi lesquels des banques, des voitures et un supermarché, en s’emparant des marchandises exposées à ­l’intérieur ». Toujours selon cette reconstruction judiciaire, Vecchi s’est « opposé avec violence aux forces de l’ordre, exhortant les autres manifestants à passer à l’attaque, lançant des bouteilles, des pierres et faisant exploser quelques cocktails Molotov…, non sans déplacer des caissons pour les poubelles et les renverser au milieu des rues ».

Des faits constitutifs d’une émeute, en somme, sans violences envers des personnes, qui vont valoir à dix manifestants du contre-G8 de Gênes des peines allant de 6 à 15 ans de prison ferme. De quoi susciter une pétition signée par des intellectuels comme l’écrivain Erri De Luca, le metteur en scène Ascanio Celestini, le prix Nobel de littérature Dario Fo, l’actrice Franca Rame et des centaines d’autres, pour demander l’absolution de ces quelques boucs émissaires commodes pour une vengeance d’État en Italie… Vincenzo Vecchi est, lui, condamné définitivement à 11 ans et 6 mois de prison.

Deux poids, deux mesures. D’un côté, les policiers, les gendarmes et les militaires qui, au plus haut niveau de leurs chaînes de commandement lors du G8 de Gênes, s’étaient rendus coupables de violences multiples contre des manifestants, puis avaient organisé leur défense en produisant des documents falsifiés, ont tous, ou presque, bénéficié de non-lieux ou échappé aux ennuis grâce à la prescription. Le gendarme qui a abattu Carlo Giuliani d’une balle dans la tête a rapidement pu compter sur la thèse de la légitime défense. De l’autre, pour les manifestants présentés comme les « animateurs » d’un black bloc, décrit, de manière fallacieuse, comme homogène, les peines, de toute évidence totalement disproportionnées, ont été rendues possibles par le choix de la justice italienne de poursuivre une poignée de militants anti-G8 – plusieurs centaines d’entre eux avaient été arrêtés en 2001 et quasiment tous relâchés sans chef d’inculpation – en recourant au délit de « dévastation et saccage ». Un élément du Code pénal italien, introduit par les fascistes en 1930, qui permet, dans les faits, au nom de la notion de simple « concours moral » aux événements, de sanctionner avec des peines de 8 à 15 ans de prison la simple présence et la participation à des manifestations considérées comme insurrectionnelles.

Il a largement payé par ce long exil subi, séparé des siens

Lors de l’une des multiples audiences de ses procès, Vincenzo Vecchi avait lancé ces mots : « Je m’honore d’avoir participé en homme libre à une journée de contestation contre l’économie capitaliste. » À Rochefort-en-Terre, parmi le comité de soutien qui découvre ces jours-ci la machine à broyer qui rattrape leur ami et voisin, on s’organise pour préserver cette « liberté » : un rassemblement sera organisé mercredi à 9 heures à Rennes devant la chambre d’instruction qui doit statuer sur son extradition. « Il n’avait parlé à personne de ce passé, souffle-t-on sur place. Ce qui est sûr, c’est que Vincenzo a déjà largement payé par ce long exil forcé, séparé de sa femme et de son enfant. Cela suffit, il ne doit en aucun cas être renvoyé en Italie… »

Thomas Lemahieu
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