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13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 05:46

 

Jeux d’influence, pressions, implication des pouvoirs publics, omerta … Fruit de trois ans d’enquête sur le terrain, l’album Algues vertes, l’histoire interdite, d’Inès Léraud et Pierre Van Hove, paru en juin, jette une lumière crue sur « un demi-siècle de fabrique du silence » en Bretagne.

 

Peu de temps après la parution, l’actualité vous a rattrapée : début juillet, deux hommes sont morts en Bretagne, dans deux zones envahies par des algues vertes, dont la décomposition peut dégager un gaz toxique, potentiellement mortel. L’histoire n’est donc pas terminée ?

INÈS LÉRAUD Il y a encore beaucoup de choses à dévoiler. On a enquêté jusqu’à la veille de l’envoi du livre à l’impression. Même après, nous avons eu de nouveaux éléments en main.

Chaque signature donne lieu à des files d’attente interminables. À chaque rencontre publique, les gens nous apportent des témoignages, des documents. Des inspecteurs du travail sont venus nous trouver à ce sujet. On sent que cette histoire, étouffée pendant un demi-siècle, réactive la mémoire des habitants. Et leur conscience. Ils réalisent qu’il y a possibilité d’agir.

 

D’où, dans le titre, « histoire interdite » ?

INÈS LÉRAUD En Bretagne, ce sujet est encore tabou. À chaque fois qu’il y a eu des victimes, la justice et l’État semblent vouloir écarter la thèse des algues vertes. Aucune prise de sang ni autopsie n’est réalisée pour détecter l’hydrogène sulfuré (le gaz toxique produit par les algues en décomposition). Malgré les alertes répétées du médecin urgentiste de Lannion Pierre Philippe, malgré la mort de Thierry Morfoisse, en 2009, lorsque le corps d’un joggeur est découvert en 2016 à Hillion, dans une vasière connue pour sa dangerosité, où étaient morts trente-six sangliers, aucune analyse n’a été faite. Pire, certains lanceurs d’alerte ont reçu des pressions, des menaces.

Ceux qui essaient de mettre en lumière ce problème, comme le médecin urgentiste de Lannion ou les scientifiques de l’Ifremer, sont considérés comme des ennemis par les industriels et l’administration bretonne. On l’a encore vu avec la réaction des élus locaux, qui m’accusent de critiquer les agriculteurs. C’est faux. Je n’ai une démarche critique qu’à l’encontre des décideurs. Mes enquêtes aboutissent à des imbrications complexes entre les pouvoirs publics, les industriels et leurs représentants. L’économie principale de Bretagne repose sur l’agro-industrie. Quand on a une telle hégémonie, tout le monde est indirectement financé par ces entreprises.

 

Difficile pourtant de nier le lien entre algues vertes et agriculture intensive. Les preuves scientifiques sont-là…

INÈS LÉRAUD Il y a trois ans, le doute était généralisé. À l’époque, quand je suis venue m’installer en Centre Bretagne, la plupart des gens me disaient que les algues n’avaient jamais tué. Aujourd’hui, le ­travail au long cours s’impose. C’est une certaine victoire. Mais dans la profession agricole, et parmi les autorités, l’administration, on entend ­encore ce discours sur l’absence de lien…

 

Comment est-ce encore possible aujourd’hui ?

INÈS LÉRAUD Tout est invisibilisé : les algues sont ramassées au petit matin, les plages sont propres. Les corps ne sont pas autopsiés. Comme dans tous les grands scandales sanitaires, un travail de désinformation a été mené sur le sujet des algues vertes, des contre-discours ont été orchestrés par les groupes agroalimentaires, couverts par les politiques… Ils ont leurs propres experts, avec des versions alternatives. Pour certains syndicats agricoles, cela vient des stations d’épuration et du phosphate, pas des nitrates… Ce discours est tellement répété, repris par les médias qu’il finit par être intégré…

 

Comment passe-t-on de la radio à la bande dessinée ?

INÈS LÉRAUD C’est un hasard. Un des fondateurs de la Revue dessinée, Kris, m’a proposé d’en faire un reportage dessiné et m’a mise en contact avec Pierre. La bande dessinée est un médium qui ouvre plus de portes. Il y a beaucoup de méfiance vis-à-vis des médias, qu’on peut voir trop proches des écolos ou en chiens de garde du pouvoir. J’ai pu rencontrer la famille du joggeur, qui ne souhaitait pas parler à des journalistes, parce que c’était une bande dessinée. Cela touche aussi un public plus large : j’ai vu des enfants l’offrir à leurs parents agriculteurs. Les gens me disent s’y plonger comme dans un film !

 

Comment avez-vous travaillé avec Pierre Van Hove ?

INÈS LÉRAUD Je pensais qu’il opterait pour des planches illustratives, avec un commentaire journalistique. Je lui ai envoyé énormément de textes, comme un synopsis : je détaillais l’action, le déroulé factuel de ce qui se passait, avec des flash-back. Pierre, de son côté, a réécouté tous les rushs non montés de mes émissions de radio. Il a intégré des dialogues, apporté de l’humour, de l’ironie. Pour les visages, les paysages, on s’est inspiré de photos. Quelquefois, on est retourné sur le terrain. André Ollivro (coprésident de Halte aux marées vertes) nous a emmenés sur les lieux de la mort du joggeur. Nous sommes allés aux urgences pour adopter le bon champ lexical et rendre crédibles les scènes se déroulant à l’hôpital. On a vu des personnes qui ne sont pas dans l’album, mais cela a permis à Pierre de ne pas avoir que mon point de vue, qu’il se rende compte par lui-même de cette omerta.

 

Algues vertes, l’histoire interdite, d’Inès Léraud et Pierre Van Hove, Éditions Delcourt, 144 pages, 19,99 euros.

Entretien réalisé par Alexandra Chaignon

 

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13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 05:41

Par Anthony Gonçalves

 
Mettre à la disposition de toutes et tous les innovations thérapeuthiques actuelles et produire les médicaments essentiels à la santé est encore un combat à gagner au niveau de l’Europe. 
Par Anthony Gonçalves

Les trente dernières années ont vu l’émergence de grands progrès dans le traitement d’un certain nombre de maladies graves. 

Dans le domaine des cancers par exemple, des approches réellement innovantes (thérapies ciblées, immuno­thérapies) ont commencé à révolutionner le pronostic de ces affections, et ce mouvement se poursuit avec plusieurs centaines de nouvelles molécules actives en développement. Permettre et maintenir la mise à disposition de ces avancées pour tous est cependant un combat qui reste à gagner en Europe. Ainsi, l’augmentation exponentielle du prix des nouveaux médicaments, qui est imposée aux États par les grandes compagnies pharmaceutiques, met en danger l’accès de chacun à l’innovation thérapeutique. En Europe, ce phénomène se traduit par des défauts ou des retards de remboursement, et par la mise en tension croissante des systèmes de sécurité sociale, voire des décisions de restric­tion sanitaire basées sur des critères purement économiques.

Contrairement au discours des industriels, ces prix exorbitants ne sont pas justifiés par les coûts en recherche et développement (bien souvent inférieurs aux coûts en marketing de ces entreprises), mais sont en grande partie déterminés par les exigences de rentabilité des actionnaires, qui sont parmi les plus élevées du monde économique (les dividendes versés dans ce domaine sont fréquemment supérieurs à ce qui se voit dans l’industrie du luxe, du numérique, de la finance). De plus, bien souvent, les découvertes en matière de médicament sont issues directement ou indirectement de travaux réalisés dans les laboratoires de recherche publics, et cet apport irremplaçable de la recherche académique n’est jamais pris en compte dans la discussion des prix.

Pour une autre politique du prix du médicament

Sur cette question, il est nécessaire de porter le combat à l’échelle du pays et de l’Union européenne en imposant :

• la prise en compte des coûts réels en recherche et développement et la part prise par le soutien public dans leur mise au point ;

• des négociations de prix avec l’industrie transparente à l’échelle européenne ;

• une réévaluation régulière de ces prix en fonction des profits dégagés et des dividendes versés aux actionnaires ;

• une obligation pour les compagnies pharmaceutiques de contribuer financièrement à la recherche clinique académique indépendante, concernant l’utilisation optimale des médicaments nouvellement enregistrés.

 

Produire les médicaments essentiels

Le développement d’un pôle public du médicament au niveau européen, dans le cadre d’une coopération choisie avec les pays de l’Union qui le souhaiteront, pourrait aider à changer la donne, à regagner du pouvoir sur la finance et à éviter la marchandisation de la santé. Il permettrait par exemple :

• de produire les médicaments essentiels, c’est-à-dire ceux de la liste prioritaire établie par l’Organisation mondiale de la santé et qui sont considérés comme indispensables aux besoins humains de santé ;

• de faire face aux pénuries récurrentes dès lors que l’espérance du profit n’est pas suffisante pour faire frissonner les actionnaires ;

• d’être capable, le cas échéant, de dégainer l’arme absolue de la licence d’office, celle qui permet aux États, lorsqu’ils considèrent que leurs intérêts vitaux en santé publique sont menacés, de casser les brevets et de produire eux-mêmes les médicaments dont l’industrie refuse de négocier les prix ;

• de redonner du poids à la recherche clinique publique dans le domaine pharmaceutique, puisque celle-ci a été totalement abandonnée par le modèle néolibéral qui gouverne l’Europe depuis plus de soixante-dix ans.
 

Anthony Gonçalves est cancérologue. Il est professeur à l'université Aix-Marseille.

Cause commune n° 10 • mars/avril 2019

 

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13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 05:39
UN AN D'ORDONNANCES MACRON : HARO SUR LES DROITS COLLECTIFS (Revue "Progressistes" - Octobre, Novembre, Décembre 2018)
UN AN D'ORDONNANCES MACRON : HARO SUR LES DROITS COLLECTIFS (Revue "Progressistes" - Octobre, Novembre, Décembre 2018)
UN AN D'ORDONNANCES MACRON : HARO SUR LES DROITS COLLECTIFS (Revue "Progressistes" - Octobre, Novembre, Décembre 2018)
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12 août 2019 1 12 /08 /août /2019 05:45

 

RÉFORME DES RETRAITES. LE FONDS DE RÉSERVE DES RETRAITES, DES CASINOS DE LAS VEGAS AUX ENTREPÔTS D’AMAZON (l’humanite - Mercredi 31 Juillet 2019 - Aurélien Purière)

Une tribune d'Aurélien Purière

Dire que nos retraites sont investies dans des casinos serait bien sûr un raccourci, une exagération, mais quelques millions d’euros du Fonds de réserve des retraites français sont bel et bien placés dans des sociétés qui gèrent des casinos à Las Vegas et à Macao. Cinq millions d’euros exactement (1). Outre ces participations dans des casinos, on trouve, dans le portefeuille du Fonds de réserve, des actions de groupes pétroliers comme Total (150 millions), Amazon (44 millions), Coca-Cola (24 millions), le groupe chimique Bayer qui commercialise le glyphosate (23 millions), des banques, des assurances et beaucoup d’industries automobiles de Peugeot à Porsche. Cela devrait nous alerter sur l’utilisation qui est faite des excédents passés de nos régimes de retraite issus de nos cotisations sociales, autrement dit la part de notre salaire socialisée à l’échelle du pays. Plus largement, cela devrait nous interroger sur cette croyance dans la nécessité de recourir à la détention de capitaux pour garantir l’avenir de nos retraites.

Pour tordre le cou à cette idée, il suffit de regarder le résultat du fonds en 2018, sa « performance » dans le langage de la finance. Cette année-là, la performance est dite négative, autrement dit la valeur du portefeuille a perdu 1,7 milliard d’euros. En 2008, au moment de la crise financière, le portefeuille avait perdu un quart de sa valeur, soit près de 9 milliards. Certes, les autres années sont positives, mais ces résultats illustrent bien le caractère précaire de la valeur détenue par le fonds, plus exactement une promesse de valeur tant que les titres restent des titres. L’expérience désastreuse des régimes de retraite par capitalisation, qui confient le financement des pensions à des fonds d’investissement, est là pour nous rappeler le risque encouru. De la même façon qu’il est difficile de compter à titre individuel sur son entreprise pour financer un coup dur en matière de santé, il est impossible de compter sur un quelconque fonds d’investissement pour financer sa pension. Seule une socialisation, par définition collective, à grande échelle et en flux continu, peut financer de tels montants-.

Alors, comment une petite part de l’argent destiné à nos retraites se retrouve-t-elle à Las Vegas ou chez Amazon ? À l’origine, ce fonds est une création du gouvernement de Lionel Jospin, en 1999, pour mettre de côté de l’argent en vue de l’arrivée à la retraite des générations du baby-boom, à partir des excédents constatés à l’époque, d’une taxe déjà existante qui lui est affectée et de l’argent issu des privatisations à venir. Une idée si ingénieuse que, depuis lors, la question du financement des retraites n’a plus jamais été posée ! En fait, ce fonds ne pouvait rien résoudre à partir du moment où les pouvoirs publics avaient renoncé, depuis le début des années 1990, à toute augmentation significative du taux de cotisation (2). Une hausse d’un à deux points permettrait de rétablir l’équilibre financier (3). Les réserves du fonds sont mobilisées, depuis 2011, pour alimenter tous les ans, à hauteur de deux milliards d’euros, un autre monstre financier créé à la fin des années 1990, la Caisse d’amortissement de la dette sociale. Son rôle est d’emprunter de l’argent sur les marchés financiers pour financer les déficits de la Sécurité sociale et rembourser ensuite ces emprunts et les intérêts… en utilisant les cotisations spécifiques que sont la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) et une part de la contribution sociale généralisée (CSG) ! (4)

La promesse de valeur du Fonds de réserve des retraites est évaluée à 33 milliards d’euros. Il est composé, pour une moitié, d’obligations, autrement dit des titres d’emprunt émis par l’État français et des entreprises et, pour une autre moitié, d’actions d’entreprises. C’est là qu’on trouve nos actions Total ou Amazon. Qui a fait le choix d’acheter de telles actions ? L’État ? Le Fonds de réserve ? En fait, ce sont des sociétés intermédiaires qui réalisent ces opérations pour le compte du fonds, des traders, pour la modique somme de 70 millions d’euros annuels.

Pourquoi un tel choix ? Les traders cherchent la performance et appliquent leur propre logique qui passe par différents modèles de gestion de portefeuille. Dans notre cas, cela aboutit à une forte diversification des titres détenus. Pour prendre de la hauteur, il faut revenir à l’objectif assigné à ce fonds : faire « fructifier » l’argent (5). « Fructifier » comme s’il s’agissait d’un processus naturel. Le capital crée-t-il de la valeur comme un arbre donne des fruits ? Marx avait moqué cette vision, à propos du capital porteur d’intérêts : « L’argent acquiert la propriété de créer de la valeur (…) tout aussi naturellement que le poirier porte des poires » (6). C’est là l’illusion des titres financiers. En fait, pour que s’accomplisse cette promesse de valeur, du travail devra être mis en mouvement, précisément du travail de femmes et d’hommes (le travail vivant) dans une combinaison à la nature ou à des outils et des machines (le travail mort). Or le capital est indifférent aux conditions de travail : la valeur peut donc provenir de l’exploitation de travailleurs dans les entrepôts d’Amazon. Le capital est indifférent à la préservation des ressources naturelles : la valeur peut être issue de l’extraction de pétrole par Total. Le capital est indifférent à la valeur d’usage produite : la valeur peut provenir de la production de Coca-Cola ou de glyphosate.

Ce fonds n’est pas, fort heureusement, au cœur de notre système de retraite. Chaque année, notre système permet de financer 300 milliards d’euros de pensions directement, sans passer par ce fonds, sans passer par les marchés financiers. Si le devenir à long terme du fonds n’est pas connu, on sait que sa promesse de valeur, aujourd’hui de l’ordre de 33 milliards, devrait progressivement diminuer à mesure qu’il sera mobilisé pour rembourser les emprunts de la Caisse d’amortissement évoquée plus haut, d’autant qu’il n’est plus alimenté en ressources. Mais le récent rapport Delevoye réaffirme la nécessité de disposer d’un tel fonds et, comme tout devient universel ces temps-ci, il propose qu’il soit désormais nommé « Fonds de réserve universel des retraites » à l’occasion d’une réforme des retraites qui vise avant tout à détruire notre modèle actuel, en remplaçant des pensions basées sur nos meilleurs salaires par un cumul individuel de points.

Aurélien Purière

Ancien élève de l’École nationale supérieure de Sécurité sociale

(1)  Participations dans les sociétés Las Vegas Sands et Sands China.

(2) Augmentation du taux de cotisation vieillesse de 1,4 point en près de trente ans (1992-2019), à comparer aux 7,8 points sur une durée à peine équivalente  (1967-1991). Avant 1967, il existait une cotisation globale qui comprenait aussi la maladie.

(3) Chiffre variable en fonction des hypothèses de taux de croissance et de taux de chômage retenues. « Rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites », juin 2019, p. 122. Le rapport comporte une erreur : lire « 1,5 point » et non « 1,5 % ». Une hausse plus forte sera nécessaire pour abaisser l’âge de départ à la retraite.

(4) 260 milliards d’euros d’emprunts contractés, dont 140 milliards ont été remboursés, auxquels s’ajoutent 50 milliards d’intérêts payés, tout cela alimenté par la CSG, la CRDS et le Fonds de réserve des retraites.

(5) « Rapport annuel du Fonds de réserve des retraites », 2003, p. 7. (6) Le Capital, livre III, tome II,  les Éditions sociales. 1978, p. 56.

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12 août 2019 1 12 /08 /août /2019 05:42

«Être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard… » C’est par ces mots que se clôt, avant d’entonner son célèbre refrain en zoulou, le premier couplet de la célèbre chanson de Maxime Le Forestier. Cette chanson était une réponse à la nouvelle loi Pasqua qui stipulait en 1986 qu’un enfant né en France de parents étrangers ne devient plus automatiquement français. Fin du droit du sol. De fait, les attaques contre les étrangers et leurs droits n’ont eu de cesse de ponctuer l’actualité politique de notre pays. La liste est longue et, sans être exhaustifs, nous pouvons nous souvenir de quelques éléments marquants. Rappelons-nous des déclarations de Jacques Chirac sur « le bruit et l’odeur » de ces familles migrantes qui s’installent en France, dont le groupe Zebda a également fait une chanson. Ou, plus spectaculairement, l’évacuation musclée de l’église Saint-Bernard en 1996. Ou la fermeture en 2002 du camp de Sangatte par Nicolas Sarkozy, sans aucune perspective politique, qui a abouti à la création de la Jungle de Calais puis à son démantèlement tout aussi musclé quinze ans plus tard, dont les conséquences humaines sont tombées dans l’oubli. Ou enfin, en septembre dernier, la loi dite « Asile immigration » portée par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, contre laquelle les communistes ont ardemment bataillé, qui a porté notamment à quatre-vingt-dix jours jours la durée d’enfermement des étrangers dans les centres de rétention. Et que dire des débats houleux sur la déchéance de la nationalité initiés en créant l’amalgame avec les questions religieuses, ainsi que ces contrôles de maîtrise de la langue française sous couvert de tracer les migrants ? A-t-on vraiment pris du recul sur ces événements ?

 

La question sociale au cœur des logiques migratoires

De fait, en matière d’immigration, la France est au diapason du continent et de sa politique d’Europe forteresse. Une Europe où les logiques d’argent, de dividendes et de compétitivité l’emportent sur les vies réelles des gens, sur le brassage culturel qui tisse pourtant profondément et positivement nos sociétés sur le long terme. Dans cette logique capitaliste historique qui consiste à faire primer avant tout les intérêts d’une classe sociale, le bouc émissaire est souvent le même : le pauvre ou l’immigré qui vient voler le travail de celui qui n’en a pas et prendre le logement social de celui qui en aurait besoin. Pourtant, derrière ce stéréotype, il y a avant tout le « demandeur d’asile », le « réfugié » qui espère n’être que de passage en France, le temps que les choses se diluent, et qui cherche à trouver un espoir ailleurs.
Il faut dire que la question sociale est en réalité au cœur des logiques migratoires et des politiques de « protection » des frontières. Car s’il est facile pour les habitants du nord de changer librement de pays (cela étant entré dans leurs habitudes et logiques de circulation : mobilité professionnelle, loisirs, etc.), pour les habitants du sud de la Méditerranée, le voyage s’effectue souvent au prix d’un risque inouï. Rappelons que depuis le début des années 1990, c’est cinquante mille hommes, femmes et enfants migrants qui sont morts dans le voisinage de l’Union européenne, faute d’avoir eu accès à des parcours légaux et sécurisés. Quant à celles et ceux qui survivent, ils arrivent souvent meurtris après avoir vécu une série de violences physiques et psychologiques. Et ceci est particulièrement vrai pour les femmes. « Est-ce que les gens naissent égaux en droits à l’endroit où ils naissent ? » se demandait encore le chanteur avec justesse.

 

Une crise de la solidarité

Face à ce terrible constat, l’Union européenne et les pays qui la composent devraient mieux organiser rationnellement et humainement l’accueil de ceux qui veulent venir en Europe, au lieu de trier les étrangers de façon absurde en cherchant toujours plus à tarir des flux déshumanisés perçus comme des flèches rouges sur les cartes, manipulant les chiffres des migrations pour les faire percevoir comme un problème. C’est la voix que portent les communistes. L’Europe des gens (et non celle de l’argent), c’est une Europe qui accueille et qui ne stigmatise pas les étrangers. C’est une Europe solidaire et fraternelle. Nous devons battre en brèche l’idée que ce que vit l’Europe en matière migratoire est une crise et recentrer le débat sur sa vraie cause. Si crise il y a, ce n’est pas une crise migratoire mais une crise de l’accueil. Une crise de la solidarité. La seule question qui vaille n’est donc pas de savoir s’il faut accueillir ou non, mais dire concrètement comment nous nous organisons pour accueillir ceux qui arrivent sans trouver des pansements. Parle-t-on encore des conséquences du démantèlement de la Jungle de Calais ? Pas besoin de disserter sans fin sur les causes des migrations au risque de tomber dans un débat saturé qui tombe dans l’oubli des média. En matière migratoire, agir, c’est tendre la main, trouver des solutions en commun et faire converger les luttes. Dans la crise de l’accueil, il y a les mêmes problématiques que dans celle du logement en France auxquelles les initiatives de « Villes accueillantes » cherchent à trouver des solutions pour « mieux loger » et donner à l’être humain le minimum pour vivre. On pourrait également parler du film Les Invisibles sorti en début d’année qui retrace la vie de ces femmes sans domicile de tous bords, migrantes ou sorties de prison, et de celles qui les aident pour trouver des solutions.

 

Initiatives et mobilisations

Face à l’entêtement austéritaire et sécuritaire des États européens, certains n’ont pas attendu pour se retrousser les manches, pour développer des solidarités concrètes, pour faire bouger les lignes. Les villes d’abord. Athènes, Stuttgart, Grande-Synthe, Ivry, Nantes, Strasbourg, Briançon, Grenoble ou Saint-Denis tentent de se fédérer et de mettre en commun leurs expériences en matière d’accueil des migrants face à un État qui au mieux ne fait rien, au pire met des bâtons dans les roues. Les associations aussi prennent en charge, dans bien des domaines, les lacunes des États et de l’Europe (sauvetage en mer, apprentissage de la lecture, défense des sans-papiers). Certains média et intellectuels ont lancé en 2018 des initiatives importantes comme le manifeste Pour l’accueil des migrants et le serment du Centquatre. Les chercheurs et les enseignants se mobilisent aujourd’hui dans les universités contre l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers et tentent, à l’initiative de trois chercheuses françaises, de mettre en place l’équivalent d’un GIEC sur les migrations pour faire émerger une parole forte, rationnelle, débarrassée des fantasmes. Il y a les citoyens aussi. L’agriculteur Cédric Herrou dans la vallée de la Roya arrêté pour avoir hébergé des migrants. Les cordées solidaires à Briançon. Des activistes à Athènes ont ouvert en avril 2016 les cent-dix chambres de l’hôtel désaffecté City Plazza pour y accueillir jusqu’à trois cent soixante-cinq migrants. Et bien sûr, il y a les luttes et résistances menées par les migrants eux-mêmes comme à Calais ou à Paris, avec bien souvent l’appui du PCF et de la CGT comme ce fut le cas pour la grève victorieuse des travailleuses sans papiers du 57, boulevard de Strasbourg. Les initiatives et les mobilisations sont en réalité très nombreuses et nous devons persévérer afin que ces initiatives prennent de l’ampleur et fassent valoir les différents droits de ces personnes. Le changement politique n’est pas seulement dans les débats et les échanges d’idées, il est avant tout dans le cœur des actions humaines pour redonner de l’humanité.

 

Sabrina Royer et Nicolas Lambert sont membres du comité de rédaction de Cause commune. Ils ont coordonné ce dossier.

Cause commune n° 10 • mars/avril 2019

 

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12 août 2019 1 12 /08 /août /2019 05:40
POUR UNE GESTION DE L'EAU COMME BIEN COMMUN (Revue "Progressistes")
POUR UNE GESTION DE L'EAU COMME BIEN COMMUN (Revue "Progressistes")
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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 07:11
Migrations. Les demandeurs d’asile privés d’argent liquide
Vendredi, 9 Août, 2019

L’aide d’État versée aux demandeurs d’asile ne pourra plus être utilisée que pour des paiements par carte. Une réforme contestée par les défenseurs des droits des étrangers.

 

Plusieurs directions territoriales de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) ont reçu le message depuis le 23 juillet. « Chers collègues. À compter du 5 septembre, la carte qui sert aux demandeurs d’asile à toucher leur allocation deviendra une carte de paiement uniquement, écrit Didier Leschi, directeur général de cet organisme dépendant du ministère de l’Intérieur. Elle ne permettra donc plus à un demandeur d’asile de retirer de l’argent liquide d’un distributeur de billets. La carte dans sa nouvelle fonctionnalité permettra de réaliser gratuitement 25 paiements par mois dans tous les commerces équipés d’un terminal de paiement électronique. Au-delà le retrait sera facturé 50 centimes. Il s’agit de limiter les retraits qui ont un coût pour l’Ofii. » Le 2 août, cette information a été officialisée et rendue accessible à tous sur la page Facebook de l’Ofii.

Une personne qui dépose, en France, un dossier de demande d’asile n’a droit qu’à une seule source de revenus : l’ADA (allocation pour demandeur d’asile). Ce maigre pécule est calculé en fonction de sa situation familiale. Il varie de 190 euros par mois pour un bénéficiaire isolé à 476 euros par mois pour un couple avec deux enfants. Une famille de six personnes touchera, pour sa part, une allocation de 660 euros par mois.

Les magasins solidaires ne sont pas équipés de machine à carte 

Le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (UNHCR) préconise que les allocations versées aux réfugiés le soient en liquide, « pour la défense des droits et des personnes en exil », rappelle dans un communiqué le Collectif Nation Refuge. C’est ce que la France faisait jusqu’à maintenant, et la réforme annoncée ne s’accompagne pas d’arguments véritablement convaincants.

« Nous avons constaté des problèmes concernant des fonds non utilisés. Par exemple, quand on a moins de 10 euros sur la carte, il n’est pas possible de retirer cet argent parce que les distributeurs de billets ne fournissent pas des billets de 5  euros », a tenté de justifier Didier Leschi.

Les associations de défense des droits des étrangers, qui dénoncent un nombre maximum de paiements gratuits « beaucoup trop juste » correspondant à moins d’un achat par jour, ont tenu pour leur part à rappeler au directeur de l’Ofii, dans une pétition en ligne, que « les épiceries sociales et solidaires, les brocantes et les marchés (ne) sont que rarement équipés (de machine à carte) ».

Mais, pour la bonne âme de la haute fonction publique, ces associations se trompent sur ses intentions. Lui argue qu’il ne cherche qu’à protéger les demandeurs d’asile, au motif que « la manipulation d’argent liquide expose le demandeur d’asile à des phénomènes comme le vol ou le racket ».

L’annonce de l’Ofii provoque néanmoins un véritable tollé. « On se demande pourquoi ils inventent des trucs pareils, a, de son côté, réagi l’ancienne eurodéputée Marie-Christine Vergiat, aujourd’hui vice-présidente de la Ligue des droits de l’homme, sur les réseaux sociaux. L’objectif serait notamment de les empêcher d’envoyer de l’argent à leur famille dans leur pays d’origine. Quand on sait que cet argent représente trois fois l’aide publique au développement ! Et ça prétend lutter contre les causes profondes de migration. Ces gens sont de dangereux malades. »

Face à l’opposition que suscite sa réforme, l’Ofii assure que tout est encore à l’étude et qu’elle fait toujours l’objet de discussions. « L’Ofii suit les orientations fixées par l’État et, sur le principe, la décision est prise, a d’ailleurs tenté de se dédouaner Didier Leschi. Toutefois, il faut voir si son application se fera le 5 septembre ou si, pour des raisons techniques, elle doit être retardée. »

En réalité, les imprimantes du ministère de l’Intérieur tournent déjà plein pot pour l’édition de documents, traduits en une dizaine de langues, afin d’informer les demandeurs d’asile du fait que le gouvernement a bel et bien choisi de leur rendre la vie de plus en plus difficile.

émilien Urbach
Migrations. Les demandeurs d'asile privés d'argent liquide (vendredi 9 août 2019, Emilien Urbach, L'Humanité)
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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 05:25

Par Cécile Dumas 


Dans une période où les questions migratoires sont complètement sorties de leur contexte, utilisées et manipulées par les « artisans » de la haine, du complot, des fausses nouvelles (fake news), de la recherche de coupables, il est indispensable d’approfondir le débat pour raconter un autre récit et retrouver la définition de l’hospitalité.

IMMIGRATION : FAISONS AVANCER LE DEBAT (« Cause Commune » - Revue d’action politique du PCF – Mars 2019).

Il est essentiel de rappeler en permanence que les migrations sont constitutives de l’humanité et une réalité qui existe depuis des siècles.

 

De quoi parle-t-on ?

L’immigration extraordinaire provoquée par les guerres et les conflits ne doit pas faire oublier que certains pays accueillent en continu une immigration ordinaire. C’est le cas de la France et cette immigration ordinaire due aux mariages mixtes, au regroupement familial, aux études à l’étranger est loin devant la migration de travail qualifié et l’obtention de statut de réfugié. En 2018, ce sont 255 550 obtentions de premier titre de séjour – 50 % sont des étudiants ou des motifs familiaux – et 33 380 attributions de l’asile. Et cela dans un pays de 65 millions d’habitants (France métropolitaine).

Fin 2017, on comptait environ 258 millions de migrants internationaux dans le monde, soit 3,3 % de la population mondiale contre 111 millions en 1990, soit 2,9 %. Au niveau international, il n’existe pas de définition universellement acceptée du terme « migrant ». Il s’applique aux personnes se déplaçant vers un autre pays ou une autre région aux fins d’améliorer leurs conditions matérielles et sociales, leurs perspectives d’avenir ou celles de leur famille. Le nombre de migrants est en augmentation toute relative quand on prend soin de comparer cette hausse à celle de la population mondiale. Rappelons aussi qu’en 1900 les migrants internationaux représentaient 5 % de la population mondiale et que cela concernait à l’époque, avant tout, les Européens. Aujourd’hui, contrairement à bien des idées reçues, les mouvements Sud/Sud dépassent les mouvements Sud/Nord et 60 % des migrants ne quittent pas l’hémisphère Sud.
Cent cinq millions de migrants sont originaires d’Asie, 60 millions d’Europe et 36 millions d’Afrique. Au prorata de la population respective des continents, ce sont toujours les Européens qui migrent le plus.
Le changement majeur de la période actuelle est que les migrations concernent quasiment tous les pays qui sont à la fois, points de départ, d’arrivée et de transit. Les migrations se sont mondialisées.
Le mot « crise » a donc bien, dans la bouche de l’extrême droite ou de dirigeants européens et français, une fonction politique qui traduit la volonté des gouvernements des pays européens de durcir les politiques migratoires en particulier vis-à-vis des pays du Sud et cela en surfant sur le populisme, le nationalisme et la xéno­phobie.
On pourrait plutôt utiliser ce mot pour qualifier le nombre de personnes déracinées, c’est-à-dire obligées de fuir leur domicile. Le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) en dénombre 68,5 millions, soit un accroissement de 16,2 millions pour la seule année 2017, dont 6 % vivent en Europe.

« Depuis trente ans, le solde migratoire de la France oscille entre 50 000 et 100 000, soit autour de 0,1 % de la population. »

Le constat est clair : l’Europe est bien loin d’être une terre d’accueil pour ces déracinés. 
En revanche, 90 % de ceux qui ont obtenu une protection internationale par un État de l’Union européenne sont arrivés par la Méditerranée, qui est la voie la plus dangereuse du monde. Entre le 1er janvier 2014 et le 2 mai 2016, plus de 8 412 personnes sont mortes en Méditerranée et 208 en Europe. 
Pour terminer cette série de données chiffrées et permettre de prendre du recul, notons que, depuis trente ans, le solde migratoire de la France (différence entre les entrées et les sorties) oscille entre 50 000 et 100 000, soit autour de 0,1 % de la population.

 

Pourquoi en est-on arrivé à ce débat totalement irrationnel ?

Rappelons tout d’abord que Nicolas Sarkozy a eu la main sur la politique migratoire pendant neuf ans, quatre ans en tant que ministre de l’Intérieur, de mai 2002 à mars 2004, puis de juin 2005 à mars 2007, et cinq ans comme président de la République, de 2007 à 2012. Durant ces neuf années, six lois sur l’immigration ont été présentées et votées. À partir de 2005, Sarkozy se présente comme l’homme de la rupture sur la question des politiques migratoires ; il mêle sécurité, intégration et identité nationale avec des arguments avant tout répressifs. Tous ses discours et ses argumentaires sont alors basés sur le méfait du recrutement massif de travailleurs immigrés, sur sa volonté de réduire le regroupement familial et son refus de se soumettre aux « diktats de la pensée unique de gauche », qui prive le peuple de donner son avis objectivement. Pour justifier sa volonté de restreindre les migrations et de « choisir ses migrants », il tente de réécrire l’histoire et de manipuler l’opinion publique. Il veut augmenter l’immigration du travail et réduire le regroupement familial.

En 2010, en pleine crise économique et financière, alors que le chômage augmente, Marine Le Pen profite du vide et de l’absence de réaction de la gauche pour désigner les responsables du chômage : les étrangers. Nous entrons dans une surenchère verbale avec une grande manipulation des chiffres vus précédemment par l’extrême droite mais aussi par la droite (cf. Éric Ciotti au sujet des chiffres du ministère de l’Intérieur de 2018).

« Cette solidarité concrète se heurte à l’absence de solutions politiques et en particulier à l’Europe forteresse qui actuellement préfère construire des murs que des solidarités pour favoriser un accueil digne des migrants. »

François Hollande essaie ensuite de calmer les excès verbaux mais la machine fake news est lancée depuis trop longtemps. Les images de la « Jungle de Calais » et des migrants sur les rochers à la frontière franco-italienne de Menton ont un effet terrible sur l’opinion publique en 2015. Le gouvernement socialiste ne bouge pas d’un pouce pour faire changer les choses et faire preuve de solidarité européenne. à l’apogée de l’arrivée des réfugiés fuyant la guerre en Syrie, le gouvernement de Manuel Valls s’engage à accueillir un peu plus de 19 000 demandeurs d’asile alors que l’Allemagne en accueille plus d’un million.
Le manque de courage politique des gouvernants, l’assimilation constante des questions migratoires et des problèmes de sécurité laissent place à un discours extrémiste, populiste, nationaliste et débouche sur une régression des conditions d’accueil des migrants dans notre pays.

 

Et maintenant que faire ?

Ce tournant de 2015 a aussi montré la capacité de résistance, de révolte et d’organisation de citoyens solidaires, malgré les pressions judiciaires. Des centaines de militants communistes dans toute la France agissent aux côtés des associations pour permettre aux migrants de passage ou aux demandeurs d’asile d’accéder à leurs droits.

C’est cette solidarité concrète qui remet au cœur du débat quelques réalités, numériques mais surtout humaines. Des chemins de migration sont diffusés, expliqués. Aucun chiffre ne peut tenir face à de tels témoignages, en particulier sur la traversée de la Libye ou de la Méditerranée.
Mais il est évident que cette solidarité concrète se heurte à l’absence de solutions politiques et en particulier à l’Europe forteresse qui actuellement préfère construire des murs que des solidarités pour favoriser un accueil digne des migrants.

Après des mois d’audition et de travail auprès des associations, des militants de la solidarité, des universitaires, le Parti communiste français publie une brochure en avril 2018, Pour une France hospitalière et fraternelle, une Europe solidaire (voir ci-dessous). Avec cette contribution, le Parti communiste français veut mettre en débat une nouvelle approche des enjeux migratoires, qui s’appuie évidemment sur le droit international et sur des propositions d’accès aux droits, de vie digne, et surtout défend l’indispensable mise en place de voies légales et sécurisées de migration, seule façon effective de démanteler les trafics d’êtres humains.
Il est urgent de réorienter la politique migratoire européenne et de la mettre en conformité avec la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 qui énonce que « toute personne a le droit de circuler librement, de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État, toute personne a le droit de quitter tout pays y compris le sien, et de revenir dans son pays ».

 

Cécile Dumas est membre du conseil national du PCF. Elle est responsable adjointe du secteur International, chargée des enjeux migratoires.

 

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10 août 2019 6 10 /08 /août /2019 05:13

 

Le directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité, Florent Gueguen, dénonce un projet de réforme de l’aide médicale de l’État (AME) stigmatisant pour les étrangers et dangereux pour tous.

Quels sont les projets du gouvernement concernant l’aide médicale de l’État ?

FLORENT GUEGUEN Je viens de rencontrer la directrice adjointe du cabinet d’Agnès Buzyn, ministre de la Santé. L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et l’Inspection générale des finances (IGF) ont été missionnées pour élaborer un rapport dont on promet qu’il ne correspond pas forcément à la position de la ministre. Mais le ministère de l’Intérieur, au nom d’un supposé « appel d’air », souhaiterait réduire l’offre de soins aux étrangers, et le ministre des Finances pencherait, pour sa part, pour une réforme du financement de l’AME. Les conclusions de ce rapport vont intervenir à la rentrée, au moment de l’ouverture des débats sur l’immigration à l’Assemblée nationale, et au moment de l’élaboration de la loi de finances. En réalité, le projet gouvernemental vise clairement à détricoter l’AME.

 

Quels sont les grands axes étudiés par cette mission d’enquête ?

FLORENT GUEGUEN Ils posent trois hypothèses sur la table. Toutes très inquiétantes. La première correspond à une réduction du panier de soins par rapport aux prestations aujourd’hui remboursées. Elle vise notamment les questions de santé mentale. La prise en charge psychique et/ou psychologique des personnes qui ont effectué un parcours d’exil traumatisant est pourtant cruciale. La remettre en cause serait extrêmement dangereux, notamment pour ceux qui sont obligés de vivre à la rue. La deuxième hypothèse qu’ils énoncent est l’instauration d’un ticket modérateur. Leur logique est simpliste : les étrangers éligibles à l’AME ne cotisent pas à la Sécurité sociale ; il faut donc trouver un moyen de les faire payer. Mais ce sont des publics sans ressources du fait de l’absence de droit au travail en France. Toute intégration d’un ticket modérateur ou de toute autre forme de paiement aura pour conséquence d’éloigner toute une partie de la population du recours aux soins. En 2011, Sarkozy avait mis en place un ticket d’entrée par le biais de timbres fiscaux. Ça avait été un fiasco.

 

Et la troisième hypothèse ?

FLORENT GUEGUEN Ce serait de créer des structures de soins spécialisées pour les étrangers. C’est clairement une manière de les discriminer. Et avec la stratégie actuelle de recensement des étrangers par les structures sociales, cela représente un danger supplémentaire pour les étrangers, qui se retrouveraient de facto stigmatisés et possiblement identifiés, pour ceux qui sont sans titre de séjour, comme personnes en situation irrégulière.

 

De tels projets pourraient impacter tout le système de soins français…

FLORENT GUEGUEN En effet. Nous soutenons, par principe, l’accès au soin universel en France, mais aussi parce que, si on soigne moins bien les étrangers, cela aura un impact sur l’ensemble de la société. Les personnes à la rue peuvent être porteuses de maladies contagieuses, telles que la tuberculose ou la gale, qui doivent être soignées rapidement et sans condition, sinon la maladie pourrait toucher toute la population. Si on réduit le panier de soins aux seuls soins urgents, ça conduira, à terme, à traiter des situations plus difficiles et plus chères pour le système de santé. Les étrangers malades se reporteront, de plus, sur les services d’urgences, et les dépenses seront plus importantes pour les hôpitaux. Est-ce vraiment le moment de charger les urgences, alors qu’elles rencontrent les difficultés qu’on connaît aujourd’hui ?

 

Comment les associations comptent-elles réagir ?

FLORENT GUEGUEN Un certain nombre d’organismes ont déjà fait un courrier au président de la République pour pointer les risques d’une réforme de l’AME en termes de santé publique. On va maintenant saisir les parlementaires et mobiliser l’opinion publique. Les médecins et les organismes publics de soins doivent également se mobiliser. Nous nous battons sur le principe d’un accès égalitaire et universel aux soins. Avec d’autres, nous portons l’idée que l’AME devrait fusionner dans la Sécurité sociale. Ça permettrait d’éviter la stigmatisation des étrangers et de réaliser des économies sur la gestion administrative. Mais ce sont des propositions à rebours des projets du gouvernement.

 

Entretien réalisé par Émilien Urbach

 

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9 août 2019 5 09 /08 /août /2019 06:55
Droits des femmes. Le Planning familial au régime sec
Jeudi, 8 Août, 2019

L’institution cinquantenaire pourrait faire les frais de réallocations des fonds qui cachent l’insuffisance des moyens alloués à l’égalité hommes-femmes.

 

Le Planning familial est-il la dernière victime en date des tours de passe-passe budgétaires du gouvernement en matière de droits des femmes ? L’antenne locale du Rhône a tiré la sonnette d’alarme fin juillet. La nouvelle convention, qu’elle venait de recevoir des services déconcentrés de l’État, lui attribuait une subvention de 109 000 euros pour ses actions de sensibilisation, contre 122 000 euros en 2018. S’y ajoutait la perte de 30 000 euros, discrètement intégrés dans l’allocation de 2019, alors qu’ils étaient prévus au titre du budget 2018. Au total, 43 000 euros en moins en un an pour le travail d’éducation et de prévention. « Nous avons perdu l’équivalent d’un temps plein, alors que, déjà, nous n’arrivons pas à répondre à toute la demande d’information sur le département », s’insurge Margot Béal, une des administratrices de l’association.

« Démêler le vrai du faux »

En pleine campagne de communication pour mettre en valeur le Grenelle sur les violences faites aux femmes, qu’elle va organiser début septembre, la secrétaire d’État pour l’Égalité hommes-femmes, Marlène Schiappa, n’a pas manqué de réagir à cette mauvaise publicité. « Les subventions du gouvernement au Planning sont en augmentation constante depuis deux ans, avec notamment + 100 000 euros et cette année + 36 % », a-t-elle répondu sur son compte Twitter. « Comme d’habitude, Marlène Schiappa fait du n’importe quoi sur les chiffres. Les associations sont fatiguées d’avoir à passer leur temps à déchiffrer les annonces pour démêler le vrai du faux. Il faudrait la publication précise et détaillée du budget alloué au droit des femmes » soupire Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le féminisme !

Les subventions destinées aux actions de sensibilisation ont effectivement connu une hausse, symbolique, au niveau national : 100 000 euros. Mais le gouvernement a choisi de déshabiller Paul pour habiller Pierre : les subsides seront désormais répartis entre un plus grand nombre d’associations. Le Planning familial, institution classée à gauche, pourrait être pénalisé. « Sur les 1,4 million d’euros que l’on reçoit généralement, seuls 580 000 ont pour l’instant été promis », s’inquiétait début août Caroline Rebhi, coprésidente nationale du Planning familial.

La modification de la répartition du budget est aussi géographique. Selon la liste établie en 2018 par le ministère, une réallocation des fonds est prévue entre les départements jugés sous-dotés ou surdotés. « Cette répartition entre ceux qui ont trop et ceux qui n’ont pas assez n’a pas de sens. Nous avons été classés dans la liste des surdotés alors que l’année dernière, faute de moyens suffisants, nous avons dû renoncer à 47 séances de sensibilisation dans 14 structures » souligne Margot Béal.

Autre source de questionnement, il n’y a pour l’instant aucune trace des hausses de budget dont devaient bénéficier certains Plannings départementaux. La majorité des Plannings qui ont reçu leur budget ont annoncé des baisses, mais l’incertitude règne alors que, contrairement aux années précédentes, 50 des 74 antennes locales n’ont toujours pas reçu leurs notifications. « Ce flou montre que, malgré les grandes opérations de communication qui présentent le droit des femmes comme une grande cause nationale, le gouvernement n’est ni sérieux ni crédible, estime Raphaëlle Rémy-Leleu. Il continue de se contenter de réallouer l’argent d’une association ou d’un thème à l’autre, au lieu d’augmenter les fonds d’un budget globalement très insuffisant. »

Camille Bauer

La subvention « éviction du conjoint » divisée par deux. En Isère, la subvention destinée à financer l’éviction du domicile du conjoint violent a été réduite de moitié en juillet, passant de 14 000 à 7 000 euros, a annoncé, lundi, l’Association d’aide aux victimes. Ce dispositif expérimental avait pourtant déjà permis d’éloigner trois auteurs de violences, en leur donnant accès à un appartement et à un suivi social.

 

Droits des femmes. Le Planning familial au régime sec (L'Humanité, 8 août 2019, Camille Bauer)
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