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8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 05:40

 

En Saône et Loire, berceau de la race bovine charolaise, les prairies ressemblent à des paillassons et les ruisseaux sont à sec dans un nombre croissant de cantons ruraux. Il s’agit de la quatrième sécheresse estivale en six ans. Au point qu’il devient difficile d’installer des jeunes alors que la moyenne d’âge des éleveurs est de 53 ans. Alors que la pandémie du coronavirus nous alerte aussi sur l’importance de la souveraineté alimentaire, le pouvoir politique semble totalement indifférent face aux difficultés de la profession agricole qui s’aggravent dans la plupart des régions.

La météo nous annonce des journées de grande chaleur, tandis que plus de 60 départements de la France métropolitaine sont déjà soumis à des restrictions d’eau. Nous avons, dans plusieurs articles récents, fait état des conséquences de la sécheresse printanière pour l’élevage et la production céréalière. Une fin d’automne 2019 trop pluvieuse pour réussir les semis d’hiver, suivie d’un printemps trop sec en de nombreuses régions, a débouché sur une récolte de blé et d’orge inférieure de 20 % à la moyenne des cinq années précédentes. Mais, depuis déjà plusieurs semaines, c’est l’élevage à l’herbe qui devient de plus en plus coûteux pour les paysans. Les prairies ressemblent désormais à des paillassons et cette situation va durer. Le prix des fourrages qu’il faut acheter pour compenser le manque d’herbe est en hausse sensible, ce qui augmente aussi le prix de revient de chaque litre de lait et de chaque kilo de viande dans l’immense majorité des fermes.

Quatre années de sécheresse sur six en Saône-et-Loire

Dans le département de la Saône-et-Loire, berceau de la race bovine charolaise, la sécheresse de cet été succède à celle de l’été dernier, laquelle succédait à celle de 2018, tandis que celle de 2015 avait également été sévère. Quand on traverse ce département en train ou en voiture, les vaches de couleur crème et leurs veaux font partie du paysage. Elles paissent sur des prairies naturelles souvent pentues avec des haies arborées. Qualifiées de « zones intermédiaires » dans le langage des agronomes, ces terres herbagères sont difficilement convertibles pour produire des céréales, faute de disposer d’une fertilité suffisante pour avoir des rendements couvrant les coûts de production. Voilà pourquoi, l’élevage des bovins allaitants est l’activité la plus appropriée. Mais, malgré le maintien en France de la prime annuelle à la vache allaitante payée par le budget agricole de l’Europe, tirer un revenu de l’élevage de bovins allaitants devient de plus en plus difficile. Les sécheresses récurrentes y sont pour beaucoup. Surtout quand les prix des animaux sont orientés à la baisse. Sur le marché de Châteaumeillant le 20 juillet dernier, les « broutards » vendus à des engraisseurs étrangers cotaient 2,66 € le kilo vif, contre 2,75 € un an plus tôt et 2,95 € en juillet 2018.

Jusqu’à 30 000 € de dépense en fourrages cette année

L’Agence France Presse (AFP) donnait la semaine dernière la parole aux éleveurs de Saône-et-Loire. Installé sur la commune de Trivy, Jean-Michel Rosier faisait le constat suivant : « Avant c’était exceptionnel. Maintenant on a des sécheresses tous les ans. Encore un peu et on va devenir comme le Sahel. Une charolaise, normalement ça broute l’herbe verte dix mois sur douze. Mais maintenant, on doit leur donner du fourrage dix mois sur douze ». Selon Christian Béjard, président de la FDSEA en Saône-et-Loire, le surcoût en fourrage pour 2020 par rapport à une année normale sera entre 15 000 et 30 000 € par exploitation. Une telle dépense peut priver de nombreux éleveurs du moindre revenu, sauf à « décapitaliser ». Cette pratique consistera à vendre cette année, pour la boucherie, des vaches que l’on aurait préféré garder pour faire naître un autre veau l’an prochain. Ce processus est déjà en cours. En quatre ans, le cheptel de vaches allaitantes du département est passé de 230 000 têtes à 200 000 seulement.

Du coup, installer des jeunes devient difficile alors que la moyenne d’âge des éleveurs de charolaises est de 53 ans en Saône-et-Loire, selon Christian Decerle, président de la Chambre d’agriculture du département. Lui se fait du souci pour la relève et affirme que de plus en plus d’éleveurs se posent des questions sur l’avenir de leur profession. Ce qui se passe en Saône-et-Loire vaut aussi pour d’autres départements de la Bourgogne-Franche-Comté. Mais c’est également le cas sur des nombreuses zones d’élevage dans les grandes régions Auvergne Rhône-Alpes, Nouvelle Aquitaine, dans une partie de l’Occitanie et même des Pays de la Loire. Les deux principales causes des difficultés de l’élevage allaitant dans ces régions sont le changement climatique et les accords de libre-échange que l’Europe négocie avec des pays tiers.

Agir pour préserver notre souveraineté alimentaire

Alors que les sécheresses augmentent les coûts de production chez nous, les contingents d’importation de viandes bovines dédouanées en provenance de pays tiers mettent une pression permanente sur les cours en France, ce qui ne cesse de réduire le revenu des éleveurs français. Malgré cela, la Commission européenne serait proche de conclure deux accords de libre-échange avec l’Australie et la Nouvelle Zélande. Avec, là encore, des contingents d’importations accrus de viande bovine et de viande ovine à droits nuls. Ces négociations se déroulent avec l’accord des pays membres de l’Union européenne dont la France.

En France, le président de la République a pourtant parlé de souveraineté alimentaire à plusieurs reprises face aux conséquences du coronavirus sur le commerce mondial. De son côté la « Convention citoyenne », mise en place à la demande d’Emmanuel Macron suite à ses débats dans le pays, insiste sur la nécessité de prendre en compte les objectifs de l’accord de Paris sur le climat « dans les négociations commerciales ». Elle demande la « mise en place de sanctions pour les États récalcitrants » et des « clauses environnementales dans les négociations d’accord commerciales »

Mais, alors que les incendies criminels repartent en Amazonie en vue de faire croître l’élevage de bovins et la production de soja pour l’exportation, la France n’a toujours pas dit clairement qu’elle mettra son veto à l’accord de libre-échange signé en juin 2019 entre la Commission européenne et le Mercosur. On voudrait ruiner l’élevage bovin en France que l’on ne s’y prendrait pas autrement.


 

Gérard Le Puill

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7 août 2020 5 07 /08 /août /2020 14:16

 

Alors que depuis plusieurs semaines, les plans sociaux s’accumulent à un rythme inédit, projetant dans l’angoisse des milliers de salariés, déjà durement éprouvés par la pandémie liée au Covid-19, l’entreprise Verallia, spécialiste de la production de verre, licencie 198 salariés, ferme un four de production à Cognac et distribue, en même temps, 100 millions d’euros de dividendes ! En pleine crise, le gouvernement doit interdire ce choix honteux du groupe qui privilégie les dividendes et préfère licencier.

 

 

La situation du groupe est pourtant loin d’être critique. Verallia affiche en effet un chiffre d’affaires florissant de 2,5 milliards d’euros et une croissance de 9%. Le cynisme de l’entreprise est tel que l’avant veille de l’annonce du plan de restructuration, le 10 juin 2020, le conseil d’administration votait le versement d’un dividende de 100 millions d’euros aux actionnaires, dont 55 millions au fonds d’investissement américain Apollo, 7,5 millions à la Banque Publique d’Investissement, 4,9 millions aux 40 cadres dirigeants de Verallia et 2,1 millions pour le seul PDG, Michel Giannuzzi. Un dirigeant qui augmente par ailleurs son salaire de 20%, passant de 875 000 euros à 1,1 million annuel.

Dans ces conditions, l’annonce d’un tel plan social, « dans le but d’accélérer la réduction des coûts », sonne comme une véritable provocation, socialement irresponsable. Fleuron de notre industrie verrière, riche de plus de deux cents ans d’histoire dans notre pays, Verallia et ses salariés méritent mieux qu’une gestion exclusivement financière et tournée vers le profit à court terme.

Les syndicats ont d’ailleurs formulé de nombreuses propositions pour développer l’entreprise. Innover, monter en gamme, reconquérir des marchés abandonnés, accompagner les marchés d’avenir ou encore se positionner résolument sur le bio.

Alors que notre pays ambitionne de s’engager dans une reconquête industrielle à long terme, il serait incompréhensible de laisser un tel groupe, florissant et porteur d’avenir, détruire ainsi des emplois et des savoir-faire.

C’est la raison pour laquelle j’ai interpellé Bruno Le Maire, Ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, afin qu’une médiation entre les salariés et les dirigeants soir rapidement organisée pour empêcher ces licenciements. Dans l’attente, ces suppressions d’emplois ne doivent pas être autorisées.

 

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7 août 2020 5 07 /08 /août /2020 05:42

 

*Laurent Brun est Secrétaire général de la Fédération CGT des cheminots

Le texte ci-dessous est une tribune écrite par le syndicaliste Laurent Brun, dans laquelle il ne mâche pas ses mots à l’égard de la politique ferroviaire actuelle. Outre ses critiques sur la question à l’encontre du gouvernement actionnaire majoritaire de la SNCF , il esquisse ici un plan de relance massif du secteur ferroviaire

Je vais me concentrer sur ce que je connais : le ferroviaire… Plus d’un mois après l’annonce du déconfinement, manifestement, les usagers ont encore un peu peur de se retrouver dans les espaces clos que sont les trains. La fréquentation remonte plus doucement que prévu et pour ceux qui ont le choix, ils semblent privilégier la voiture individuelle. Cette situation est renforcée par un pétrole « bon marché », ce qui devrait durer avec la baisse de l’activité économique. Je ne m’arrêterais pas sur ce point, qui mériterais à lui seul un développement (paradoxe du marché libre : il favorise la pollution en cas de ralentissement économique). 

Je reste donc sur la logique de « relance »… première mesure impérative : il faut redonner confiance aux usagers. Ce qui saute immédiatement aux yeux dans les gares, c’est que malgré la faible fréquentation, les files d’attentes sont de retour (amplifiées par la distanciation). C’est le résultat d’une application typique du R/D (Recettes sur Dépenses). On reprend donc les mesures de gestion classiques : moins d’activité = moins de personnel. Mais du coup on recréait les files d’attente et ce n’est pas du tout rassurant. Donc l’une des premières mesures devrait être au contraire de bannir les attroupements en mettant du personnel en surnombre à la vente.  Pour les trains de l’été c’est la même logique. La SNCF a expliqué qu’un TGV n’est rentable qu’à partir d’un remplissage de 70%. Donc on va probablement tenter de remplir les trains à mort en juillet et août pour retrouver la profitabilité antérieure. La suppression de TGV va dans ce sens la. Et ce faisant, la fraction de la population la plus craintive ne remettra pas les pieds dans nos trains. Il faudrait au contraire rester dans une offre excédentaire, au moins jusqu’à la fin de l’année.  Évidemment, du point de vue économique c’est délicat. C’est là que l’Etat et son plan de relance économique pourrait intervenir avec une aide financière temporaire qui le permette. Il devrait aussi remettre en cause (ou au moins reporter) sa logique d’ouverture à la concurrence, car il est clair que la SNCF ne sera pas incitée à prendre des mesures coûteuses pour rassurer ses usagers dans une situation où elle risque de se faire tailler des croupières par des compagnies concurrentes… pour l’instant les mesures sanitaires ou autres peuvent être amorties sur l’ensemble du réseau ferroviaire… c’est une forme de solidarité nationale qui persiste malgré la destruction des outils les plus importants dans les dernières réformes (péréquation tarifaire notamment)… il ne faudrait pas rentrer dans la logique infernale du fret ! 

Au-delà du court termes, le plan de relance ferroviaire devrait marquer une rupture avec la situation antérieure pour redonner envie aux usagers de croire dans le train, et en convaincre de nouveaux de changer de mode de déplacement. C’est une occasion inespérée de report modal. Au-delà de la remise en cause de la concurrence évoquée plus haut, il convient de ré examiner les choix récents : le rapport Duron sur les infrastructures (quoi qu’on en pense par ailleurs) présentait 3 scenarii :  1) la concentration des investissements sur un périmètre réduit de lignes et l’abandon du reste (2,4 milliards d’euros par an) ;2) des investissements sur l’ensemble du réseau (3 milliards d’euros par an) ;3) des investissements supérieurs pour accélérer la réalisation des travaux et résoudre plus rapidement les problèmes des usagers (4milliards d’euros par an). Le gouvernement a choisi le scénario que je qualifierait de « 1,5 » soit 2,7 milliards d’euros par an, mais il a en outre imposé à la SNCF de les assumer presque exclusivement sur ses fonds propres comme au joyeux temps de la construction des LGV, grâce à un mécanisme pervers de « dividende » versé par SNCF Voyageurs à SNCF Réseau. L’une des mesure les plus significative en faveur du rail serait donc de passer au scénario 3, et que ce soit l’Etat qui assume en totalité le financement de ces investissements.  En apportant 4 milliards par an pendant 20 ans au système ferroviaire :  – il rééquilibrerait la situation avec le mode routier (dont la collectivité finance 100% des infrastructures),- il permettrait de résoudre plus rapidement les problèmes d’infra qui empoisonnent la vie des usagers et des cheminots,- il permettrait à SNCF Réseau de dégager 2 milliards par an pour améliorer encore le service public (retour à une politique de prévention dans la maintenance, arrêt de là sous-traitance, réouverture immédiate des petites lignes…). Dans le mécanisme de financement des TER c’est l’Etat qui paye les sillons à la place des Régions, il pourrait donc aussi demander la baisse du prix des sillons pour ré-attribuer cette somme sous forme de dotation aux régions afin qu’elles puissent faire face à la perte de recette liée à la crise…- et il dégagerait SNCF voyageurs de ces obligations (dividende) ce qui lui permettrait d’améliorer le service offert (réserves de personnels pour pallier les incidents, présence humaine dans les gares et les trains…) et pourquoi pas de créer de nouveaux droits (réduction de 90% sur un aller retour par an pour chaque français au titre du droit aux vacances… ce qui ferait découvrir le train à beaucoup de gens et encouragerait le tourisme intérieur)… 

Évidemment, on ne peut pas parler de plan de relance sans aborder le FRET… les cheminots (y compris ceux des EF privées) ont assurés : 60 à 70% des trains ont continué à rouler pour assurer l’approvisionnement de la nation. Mais toutes les compagnies sont dans un état critique. Cela vient à un moment où l’Union Européenne a déjà fait le constat de l’impasse de la libéralisation et a donc autorisé discrètement l’année dernière les États membres à recommencer à subventionner le FRET. Donc le Gouvernement en profite et va annoncer une aide publique de 100 à 150 millions d’euros. Ce sont bien les subventions qui vont maintenir la pérennité de l’activité. Mais cela ne va permette que la consolidation des trafics actuels, en aucun cas un report massif de la route sur le rail, dont nous avons pourtant cruellement besoin. Il est donc temps d’abandonner la concurrence, de fusionner toutes les compagnies privées moribondes dans la SNCF, et de mettre en place une politique plus ambitieuse de report modal, planifiée, coordonnée avec tous les acteurs (ports, Marchés d’Interêt National, grands logisticiens…). La CGT fera des propositions concrètes sur ce point très bientôt.  Alors je terminerai par ce que va faire le Gouvernement… Même si il ne nous parle pas (nous ne sommes que de pauvres salariés, lui il parle avec les patrons), nous entendons des choses… Et pour l’instant, c’est plutôt tout le contraire de ce qu’il faudrait : il a imposé à SNCF Voyageurs de verser en juillet un dividende de 760 millions d’euros à SNCF Réseau. Ils ne veulent pas reconnaître l’aberration de cette mesure issue de la réforme de 2018 donc ils poussent à ce qu’elle soit respectée, quitte à tout casser autour. 

Ce faisant, le message qu’ils envoient à la SNCF est : débrouillez-vous pour tenir vos objectifs financiers malgré la crise, donc pressurez à nouveaux vos salariés, réduisez les investissements pour vos usagers (sauf si ça touche les multinationales du BTP, dans ce cas vous maintenez les chantiers comme le CDG Express), revenez à des conditions de transport dégradées, mais payez ce dividende !Il se murmure aussi que certaines filiales pourraient être vendues… sont-ce celles dont nous n’avons que faire car pas ferroviaires et trop éloignées pour représenter un intérêt de coopération ? Non, ce serait celles qui détiennent du capital ferroviaire en France (on parle de Ermewa, filiale SNCF à 100%, qui est un loueur de matériel roulant et possède aujourd’hui les wagons fret par exemple…). Nous sommes décidément bien restés dans l’ancien monde. Le nouveau ne viendra que par nos luttes ! Alors préparons nous, syndiquons-nous, organisons-nous, il faut que ça chauffe !

 

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7 août 2020 5 07 /08 /août /2020 05:35

 

Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, sur l’initiative collègue Éric Bocquet et à la demande du groupe CRCE, nous examinons aujourd’hui l’avenant à la convention fiscale entre notre pays et le Luxembourg, un texte qui en précise les modalités d’application pour 107 000 de nos travailleurs frontaliers.

Cet avenant ne change rien au fond de cette convention, entrée en vigueur le 19 août 2019, et dont l’objectif affiché était de mieux lutter contre l’évasion et l’optimisation fiscales : elle comporte notamment une clause anti-abus générale contre les montages ayant un objectif principalement fiscal.

Seulement, une fois encore – c’est la raison pour laquelle nous avons demandé un retour à la procédure d’examen normale – s’agissant du Luxembourg, de telles dispositions ne sauraient être examinées dans la précipitation et regardées par le petit bout de la lorgnette, car ce petit État de 600 000 âmes, niché au cœur de l’Europe, pays fondateur du marché commun et de l’Union européenne, présente quelques caractéristiques fiscales qui méritent que l’on s’y attarde.

Mme Nathalie Goulet. C’est vrai !

M. Pierre Laurent. Citons, d’abord, l’existence au Luxembourg de ports francs, espèces de bunkers surprotégés, inaccessibles sauf aux initiés, où sont stockées des œuvres d’art à la valeur vertigineuse. Sacha Guitry, grand amateur d’art, aimait dire qu’il existait deux types de collectionneurs : les collectionneurs « vitrine » et les collectionneurs « placard ». Avec les ports francs, on est plutôt dans la seconde catégorie.

Mme Nathalie Goulet. Excellent ! (Sourires.)

M. Pierre Laurent. L’anonymat des propriétaires est la règle. Nombreux sont les clients des ports francs qui créent une société offshore domiciliée dans les îles Vierges britanniques ou dans toute autre juridiction de ce type, et louent un box sous le nom de cette compagnie.

Il faut également noter que le Luxembourg a fait l’objet de poursuites judiciaires de la part de la Commission européenne, pas plus tard qu’au mois de mai dernier au sujet des lois visant à empêcher le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale.

Mme Nathalie Goulet. Absolument !

M. Pierre Laurent. En mai 2018, l’Union européenne a pris de nouvelles dispositions ayant pour but de contrôler les actifs financiers de responsables politiques et d’entreprises. Or il se trouve que le Luxembourg fait partie des États membres qui n’ont pas encore complètement mis en œuvre ces mesures.

L’exécutif européen a instamment demandé au Grand-Duché de modifier une loi permettant aux entreprises de réduire leurs charges fiscales au-delà de ce qui est autorisé dans le cadre des règles de l’Union, dans la mesure où cela réduit les ressources fiscales dans les autres États membres.

Le Luxembourg est un pays de 600 000 habitants qui accueille autant d’investissements directs à l’étranger que les États-Unis et beaucoup plus que la Chine, indication donnée par un rapport du FMI l’an dernier. La valeur de ces investissements atteindrait 4 000 milliards de dollars. Une très grosse partie de cet argent est stockée dans des coquilles vides créées par des multinationales, sans activité réelle au Luxembourg, des véhicules financiers spécifiques, dont la seule raison d’être est de bénéficier d’une fiscalité plus clémente.

Enfin, nous nous devons de citer les révélations récentes de deux lanceurs d’alerte français à propos d’un groupe national majeur, le troisième groupe d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) en France, qui a envoyé au moins 105 millions d’euros au Luxembourg entre les mois de mars 2017 et mars 2019. Il s’agit là encore d’une histoire de montages financiers complexes, impliquant des sociétés-écrans et d’autres coquilles vides, qui s’imbriquent les unes dans les autres.

L’opacité de ces structures offre à leurs promoteurs une source d’enrichissement défiant l’entendement du citoyen ordinaire. Le troisième groupe du marché des Ehpad français est ainsi détenu par une société basée au Luxembourg, « un paradis fiscal parmi les plus agressifs au monde » selon l’organisation non gouvernementale Oxfam. Quand on sait que les aides publiques allouées aux Ehpad sont passées en dix ans de 5 à 10 milliards d’euros par an en France, on comprend que nos impôts financent ainsi des structures à l’opacité redoutable.

Mme Nathalie Goulet. Eh oui !

M. Pierre Laurent. Mes chers collègues, chacun comprendra que, dans ces conditions, et au vu de ces éléments, mon groupe ne peut s’en tenir à l’examen d’un avenant. Il exprime son plus grand scepticisme quant à la valeur d’un engagement du Luxembourg au bas d’une convention fiscale bilatérale.

Ce débat est une nouvelle occasion de poser des questions sur la politique de lutte contre l’évasion et la fraude fiscales de notre pays et de l’Union européenne au moment où l’on cherche tant d’argent en Europe. Quand on pense qu’on a entendu les Pays-Bas, sur lesquels il y aurait aussi beaucoup de choses à dire en matière d’évasion fiscale, donner des leçons de rigueur à l’Europe tout entière durant des semaines… Je ferme la parenthèse.

Mme Nathalie Goulet. Très bien !

M. Pierre Laurent. Avec beaucoup d’autres, nous disons qu’il est urgent d’engager un processus pour affranchir l’Union européenne et ses relations commerciales des paradis fiscaux. Le groupe CRCE votera contre la signature de cette convention fiscale entre la France et le Luxembourg, aux fondements de laquelle l’avenant que nous examinons aujourd’hui ne change rien.

 

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 14:26

L'Etat veut taxer les mutuelles pour combler le trou de la sécu

Les complémentaires santé ont économisé 2,6 milliards d'euros de remboursements pendant la crise sanitaire, conséquence de l'arrêt des soins.

L’État veut à présent récupérer une partie de cette somme.

L'objectif :

Éponger une partie des pertes de l'assurance-maladie, qui devrait atteindre 31 milliards d'euros en 2020.

Pourquoi ne pas étendre ce mécanisme de solidarité aux grandes entreprises, qui ont bénéficié des aides de l'Etat sans contreparties sociales ?

Pendant la crise sanitaire, les complémentaires santé et les mutuelles ont accumulé la coquette somme de 2,6 milliards d'euros, conséquence de l'arrêt des consultations et du renoncement aux soins pendant le confinement. Pour compenser les pertes de la sécurité sociale, qui prévoit un déficit de 31 milliards en 2020, le gouvernement pourrait en taxer une part via une contribution exceptionnelle dès le mois de décembre. Les modalités n'ont pas été définies, même si, selon Les Echos, l'administration de la Sécurité sociale explore la piste d'une contribution sur la même assiette que la taxe de solidarité additionnelle (TSA), prélevée sur les contrats d'assurance-santé.

Alors on peut se demander pourquoi un tel mécanisme de solidarité n'est-il pas mis en place pour les grandes entreprises, qui bénéficient des aides de l'Etat sans contrepartie ?

Pourquoi ne pas taxer le capital ? En 2017, 280 milliards ont été versés par les entreprises à leurs actionnaires. Une contribution de 3 % sur ces dividendes permettrait de dégager près de 8,5 milliards d’euros (14 milliards d’euros avec une contribution au taux de 5 %).

Pour la CGT, les solutions pour financer la sécurité sociale ne manquent pas :

augmenter les salaires (1% d’augmentation représente 3,6 milliards de cotisations supplémentaires) ;

créer de l’emploi (2,4% d’emplois en plus c’est 9 milliards de cotisations sociales en plus et 7 milliards d’économies pour l’assurance chômage) ;

mettre fin aux exonérations de cotisations sociales patronales.

"Il y a un problème de financement de la Sécurité sociale. Notre système est bon, mais le robinet qui alimente le financement de la Sécu est de plus en plus fermé. On fait de plus en plus d'exonérations de cotisations sociales, notamment aux employeurs et aux grands groupes"

analysait Philippe Martinez, au micro de RTL, le 17 juillet 2020.

Le CICE, attribué sans condition, représente 22 milliards en moins pour les caisses de la sécurité sociale.

Le coût de ces exonérations de cotisation sociale s'élève à 90 milliards d’euros par an, selon la Cour des comptes.

Mais dans ce contexte de crise sanitaire et économique, le gouvernement a choisi de ménager le patronat et les actionnaires au détriment de notre modèle social.

Gérald Darmanin, alors ministre de l'Action et des Comptes publics (aujourd'hui remplacé par Olivier Dussopt), avait annoncé le 24 mai que le gouvernement allait exonérer de 3 milliards d'euros de cotisations sociales des entreprises de secteurs affectés par la crise sanitaire, comme la restauration, le tourisme, l'hôtellerie, la culture ou le sport.

Sans aucune contrepartie sociale ni garantie pour l'emploi.

Cette décision a été entérinée par la troisième loi de finance rectificative, adoptée par le parlement le 23 juillet.

 

 

 

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 05:41

 

Arnaque ou insouciance poussée à l’absurde par l’idéologie start-up ? Une jeune pousse spécialisée dans la santé a réussi à tenir près de dix ans, à peser 10 milliards, sans avoir réussi à produire quoi que ce soit.

Tout a commencé comme un conte de fées moderne. Une brillante jeune fille de 19 ans, en deuxième année de chimie à la prestigieuse université de Stanford, située en plein au cœur de la Silicon Valley, décide de tout plaquer pour lancer sa start-up dans la santé, Theranos. Elle n’a aucune compétence médicale, juste une idée et, selon la mythologie californienne, cela suffit.

Pour quelques gouttes de sang, les billets verts affluent

Nous sommes en 2003, et Elizabeth Holmes dépose un brevet pour un outil à brancher sur son téléphone portable qui, en recueillant quelques gouttes de sang au bout du doigt de l’utilisateur, peut effectuer des centaines de tests sanguins. Hormis la totale inconnue de sa faisabilité, l’idée peut séduire les plus téméraires des « business angels » de Californie. Son argument : si vous n’investissez pas dès le début, vous risquez de passer à côté du d’une révolution dans la médecine. Son autre promesse de récupérer et monétiser les données de santé issues de millions de tests sanguins fait que les billets verts affluent vite. Une importante chaîne de pharmacie (plus de 8 000 enseignes) signe un accord pour distribuer les produits quand ils seront prêts, renforçant la crédibilité du projet. Elizabeth Holmes commence à être invitée dans de nombreux médias, son histoire fascine et, pour une start-up technologique, tout le monde comprend le discours qu’elle rabâche à longueur de plateaux : beaucoup de diagnostics se font via des tests sanguins, qu’elle promet de rendre plus rapides, plus fiables et moins chers.

L’avatar de Steve Jobs à la tête d’une Licorne, Theranos

Pour rassurer les investisseurs, elle s’entoure d’un conseil d’administration composé de vieux hommes blancs reconnus, mais qui n’y connaissent rien en médecine. Elle débauche des cadres chez Apple et imite autant que possible Steve Jobs, le fondateur de la marque à la pomme, qui a acquis à sa mort en 2011 une aura quasi mystique de génie de la Silicon Valley. Elle va jusqu’à porter le même uniforme, son éternel pull à col roulé noir.

À l’orée 2013, après plusieurs années de développement, pas l’ombre d’un Mini Lab – le nom de son produit – à l’horizon. Les investisseurs s’agitent. La start-up devenue licorne (dépassant le milliard de dollars de capitalisation) assure que des tests sont faits, qu’ils sont concluants. Dans les bureaux de Theranos, rien ne filtre, les services sont cloisonnés, les salariés ont la stricte interdiction de communiquer.

Mini-Lab, une illusion qui rapporte des millions

On apprendra plus tard que ces tests sanguins ont été effectués le plus souvent avec les outils de concurrents, qu’aucun des prototypes créés n’a jamais produit de résultat correct. L’un des mantras de l’idéologie start-up est « Fake it, till you make it », soit « Faites semblant que ça marche jusqu’à ce que vous y arriviez ». Elizabeth Holmes a peut-être poussé le bouchon un peu loin. Cette même année 2013, elle annonce avec assurance la commercialisation du Mini-Lab avant décembre. C’est l’effervescence. Elle fait la couverture de Forbes pour être la plus jeune milliardaire du monde à ne pas avoir hérité de sa fortune, estimée à 4,5 milliards de dollars. Theranos, elle, pèse plus de 9 milliards. Près d’un million d’États-Uniens réservent le produit dans les pharmacies.

Wall Street Journal révèle la surpercherie

À sa sortie, le Mini-Lab ne fonctionne pas : impossible de réussir tous ces tests avec si peu de sang. Elizabeth Holmes achète des centaines de machines à Siemens, qu’elle ordonne à ses ingénieurs de modifier pour faire illusion. Et son charisme fait le reste jusqu’à fin 2014, lorsque John Carreyrou, journaliste d’investigation spécialisé dans la santé du Wall Street Journal, décide d’enquêter et de dévoiler la supercherie. Un travail au long cours d’autant plus complexe que le propriétaire du journal, Rupert Murdoch, avait investi 125 millions dans Theranos. L’entreprise a fermé définitivement ses portes en septembre 2018. Elizabeth Holmes, elle, attend son procès, repoussé à cause du Covid. Elle risque jusqu’à 20 années de prison. Mais elle fascine toujours : Hollywood a déjà prévu l’adaptation de son histoire au cinéma.

 

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6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 05:38

 

Frappés de plein fouet par la suppression de taxes et le coronavirus, les départements et régions risquent de perdre 7,3 milliards d’euros.

Une bombe sociale à retardement est amorcée dans le financement des collectivités locales. En 2020, ces dernières vont essuyer des pertes de recettes à hauteur de 7,3 milliards d’euros, selon un rapport du député LaREM Jean-René Cazeneuve, publié le 29 juillet. Le choc est provoqué par une baisse des recettes fiscales (5,2 milliards) et tarifaires (2,3 milliards) et des surcoûts liés au Covid-19 (3,6 milliards). Un immense manque à gagner pour les territoires, alors que les besoins ne cessent d’augmenter avec la crise sociale, et la légère reprise de l’épidémie. Des pots cassés, il risque d’y en avoir, et les services publics rendus aux habitants pourraient en pâtir, avec à la clé une montée des inégalités. « Les régions subiront des pertes de recettes qui, si elles devraient rester contenues en 2020, seront importantes en 2021 et impacteront leurs capacités d’investissement », précise également le document. Pour le député LaREM, il « convient donc d’envisager de nouvelles interventions de l’État lors du projet de loi de finances pour 2021 ». Interpellé par les élus locaux au début de la crise sanitaire, l’État avait fini par débloquer, en juin, une enveloppe de 4,5 milliards d’euros. Ce jeudi, Jean Castex a également annoncé le déblocage d’une enveloppe de 600 millions d’euros à destination des régions, afin de préserver leurs capacités d’investissement après la crise. Des sommes jugées largement insuffisantes par les collectivités, qui demandent toujours au gouvernement un plan de soutien massif.

Lola Ruscio

 

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 05:38

 

L’ordonnance chargée de mettre en musique la lutte contre l’habitat indigne doit entrer en vigueur en janvier prochain. L’Humanité a eu connaissance de ce texte qui comporte des reculs pour les locataires et des cadeaux aux propriétaires.

En théorie, ça devait être une vraie avancée. Adoptée à l’automne 2018, la loi sur l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique, dite loi Elan, promettait des outils pour faciliter la lutte contre l’habitat indigne. L’ordonnance de mise en application, qui a été discutée début juillet et devrait être adoptée en Conseil des ministres en septembre, laisse pourtant les acteurs du secteur perplexes, voire franchement inquiets. « Cette loi est destinée à simplifier l’action des pouvoirs publics. Mais du point de vue des occupants, elle pose de nombreuses questions. D’une part, cela ne leur évitera pas d’être pris dans une partie de ping-pong entre les autorités compétentes, qui se renvoient la balle. De l’autre, il n’y a aucune garantie qu’il n’y ait pas une régression de leurs droits », résume Samuel Mouchard, responsable de l’espace solidarité habitat de la Fondation Abbé-Pierre (FAP), qui reçoit et accompagne des victimes de marchands de sommeil.

Une dilution des responsabilités

Premier point d’incompréhension, l’absence d’un acteur unique et intelligible en matière de lutte contre l’habitat indigne. L’objectif de l’ordonnance tel qu’il est annoncé dans la loi est « d’harmoniser et de simplifier les polices administratives », c’est-à-dire les différentes réglementations qui s’appliquent. À l’heure actuelle, il en existe treize, sept agissant au nom du Code de la construction et de l’habitation et cinq au titre du Code de santé publique. Veiller au respect des premières règles est du ressort du maire, quand celles liées à la santé relèvent de la responsabilité de l’État. Cette dilution des responsabilités complique la recherche de solutions. En mai 2019, le député PCF Stéphane Peu avait déposé une proposition de loi pour « établir clairement la répartition des responsabilités entre État, collectivités et établissements publics afin d’éviter l’effet ping-pong » et faire de l’État le seul garant de la lutte contre l’habitat indigne.

L’ordonnance proposée par le gouvernement ne résout pas ce problème. En regroupant l’ensemble des réglementations dans une seule police, comme l’avait proposé en mai 2017 un rapport du député LaREM du Val-d’Oise Guillaume Vuilletet, elle devrait néanmoins faciliter le travail de ceux qui sont chargés de mettre en œuvre les mesures contre les marchands de sommeil. « Avec cette simplification, on peut espérer que les procédures seront plus rapides », commente Jean-Baptiste Eyraud, président de Droit au logement (DAL). Pour autant, les responsabilités restent divisées et les démarches toujours aussi complexes pour les locataires. « Il n’y a plus qu’une législation, mais les acteurs restent les mêmes, déplore Samuel Mouchard.  Cela veut dire que les occupants de ces logements vont continuer à ne pas savoir vers qui se tourner, avec un risque que celui qui est interpellé, le maire ou la préfecture, se dise incompétent. On a raté l’opportunité de faciliter les démarches des victimesen leur offrant un interlocuteur unique. »

Un cadeau aux marchands de sommeil

Une autre disposition du texte s’apparente à un véritable cadeau offert aux marchands de sommeil. La suspension immédiate et automatique des loyers suite à un arrêté d’insalubrité sur les parties communes, aujourd’hui en vigueur, y est supprimée. L’ordonnance stipule que « lorsque l’arrêté de mise en sécurité porte exclusivement sur les parties communes d’une copropriété, les loyers ne cessent d’être dus que pour les logements devenus inhabitables ». Cette disposition est un retour en arrière. « La suspension des loyers est un des outils les plus efficaces de lutte contre l’habitat insalubre. Cette mesure joue autant un rôle de prévention auprès des propriétaires qu’un rôle de protection auprès des locataires », a rappelé, le 30 juillet, Ian Brossat, adjoint PCF en charge du logement à la mairie de Paris, dans une lettre adressée à la nouvelle ministre du Logement, Emmanuelle Wargon. La question n’est pas un point de détail. Dans une grande partie des logements indignes, ce sont avant tout les parties communes qui sont touchées, les propriétaires veillant à maintenir dans un état acceptable les appartements pour pouvoir les louer. Autre problème, avec cette nouvelle réglementation, non seulement les propriétaires négligents vont continuer à toucher des loyers, mais ils pourront les cumuler avec des aides à la réhabilitation .

À la place de la suspension des loyers, un outil simple et efficace de pression sur les propriétaires, le gouvernement prévoit la mise en place d’un système d’astreintes financières. « Le problème, c’est que celles-ci sont aléatoires. Il faut saisir la justice, obtenir une décision. Toutes les municipalités n’ont pas les moyens de le faire, et il y a toujours un risque qu’au bout d’un certain temps, le juge les diminue », explique Jean-Baptiste Eyraud. Ce système va aussi pénaliser les propriétaires occupants. Alors que la perte des loyers ne les concernait pas, ils seront désormais soumis à l’astreinte au même titre que les propriétaires bailleurs. Cette disposition est d’autant plus injuste que dans les immeubles insalubres, les propriétaires occupants ont souvent des revenus modestes et peinent déjà à faire face aux charges de copropriété. Ils se retrouvent aussi souvent otages d’autres propriétaires indélicats qui refusent de payer leur part de l’entretien des parties communes. Ces pas en arrière sont en contradiction avec la volonté affichée par l’ex-ministre du Logement Julien Denormandie de mener « une véritable guerre aux marchands de sommeil ».

Vers une régression des droits des occupants ?

S’ils semblent une bonne idée, la simplification et le regroupement des textes de loi inquiètent aussi. « Vouloir rendre les procédures plus lisibles, c’est bien, mais il faut être vigilant et s’assurer que cela n’aboutira pas à une régression des droits des occupants. Le système actuel est complexe, mais il est complet parce qu’il répond à des situations et des problématiques très diverses. Nous avons l‘impression que dans l’ordonnance, les problématiques de santé sont désormais passées au second p lan. C’est un problème quand on sait que beaucoup de situations d’habitat insalubre, surtout les moins visibles, ont des conséquences graves sur la santé », estime Samuel Mouchard. Dans le même ordre d’idées, l’absence de précision concernant l’application des droits des occupants – droit à bénéficier de travaux, droit à être hébergé, à être relogé – en cas de procédure d’urgence est un autre motif d’inquiétude. Certains acteurs du secteur évoquent aussi le risque que la nouvelle législation, en étant trop imprécise et pas assez contradictoire, ouvre la voie à de nombreuses contestations de décisions devant les tribunaux.

Reste la très concrète question du temps. Il aura fallu un peu moins de deux ans entre la rédaction de la loi Elan et celle de l’ordonnance de mise en application. Il n’y aura en principe que quatre mois entre l’adoption de l’ordonnance et son application, prévue en janvier 2021. « Le timing est court pour arriver à former les personnels des structures de l’État et des collectivités locales sur le nouveau texte. Nous avons, du coup, des inquiétudes sur sa mise en œuvre. Il y a un risque de temps de latence dans le traitement des arrêtés. Si les formations sont insuffisantes, il y a aussi un risque de voir se multiplier les recours en justice. Il est nécessaire de laisser a ux acteurs le temps de comprendre les subtilités du texte et de s’organiser », souligne Cécile Guerin-Delaunay, chargée de mission conduite de projets de territoire à la fédération Soliha, principale association de réhabilitation de l’habitat.

En principe, le texte de l’ordonnance n’est pas définitif. Alerté par les associations et les acteurs du secteur, le gouvernement a indiqué qu’il allait revoir sa copie. Il a deux mois pour redresser la barre et montrer que sa volonté de lutter contre l’habitat indigne est plus qu’un affichage.

Camille Bauer

 

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 05:30

 

Troisième projet de loi de finances rectificative pour 2020 : explication de vote

Je veux d’abord, au nom du groupe CRCE, remercier l’ensemble du personnel du Sénat, dont le professionnalisme nous permet de travailler dans des conditions vraiment excellentes.

L’examen de ce troisième PLFR a donné lieu à de nombreux débats d’idées, que nous avions déjà eus, pour nombre d’entre eux, les années précédentes.

Nous devons revoir totalement notre système de fiscalité. Le débat a montré qu’il n’y avait pas de roue de secours aux logiques économiques et financières qui sont celles tant de la majorité actuelle que des majorités précédentes. Mes chers collègues, nous sommes face à un cocktail explosif, du fait de la dégradation des indicateurs sociaux et économiques et des tensions internationales.

Je pense sincèrement – je le dis en toute humilité – que nous ne sommes pas à la hauteur des enjeux et des défis qui sont devant nous. Pas grand-chose n’a changé. Il y a même des insolences. Ainsi, les cinq premières fortunes disposent d’un patrimoine équivalant au déficit de 2020 !

M. Philippe Dallier. Avant, c’était les cent familles ; maintenant, c’est les cinq familles...

M. Pascal Savoldelli. Notre collègue Julien Bargeton défend la politique du Président de la République, et c’est normal, mais il y a tout de même 460 milliards d’euros de déficit ! Les indicateurs sont extrêmement préoccupants.

Pour notre part, nous pensons que nous ne sommes pas engagés sur un nouveau chemin menant à plus d’égalité sociale et territoriale et d’innovation environnementale. Rien, dans les décisions prises aujourd’hui, ne nous prouve le contraire. Alors que les collectivités territoriales demandaient 7,5 milliards d’euros, seulement 4,5 milliards d’euros leur ont été donnés. Aucune des exonérations sociales qui ont été accordées aux entreprises n’est assortie de conditions. Nous avons été incapables d’imaginer la moindre recette innovante pour l’État.

Notre groupe a tout de même un motif de satisfaction, celui d’avoir obtenu, avec votre concours, mes chers collègues, la taxation des Gafam à la mesure de leurs immenses profits. Nous sommes heureux d’avoir arraché 150 millions d’euros pour la recherche scientifique. Nous nous réjouissons également de la promotion de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, via les exonérations sociales.

M. le président. Veuillez conclure, mon cher collègue.

M. Pascal Savoldelli. Nous ne voterons pas ce troisième PLFR. La confiance, pour nous, n’est pas une concession à la pares

 

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4 août 2020 2 04 /08 /août /2020 08:50

 

L'éditorial de L'Humanité Dimanche du 30 juillet au 5 août 2020.

La raison voudrait non seulement qu’on mette définitivement au placard la contre-réforme des retraites mais aussi qu’on revienne à la retraite à 60 ans pour permettre aux centaines de milliers de jeunes en âge de travailler de remplacer celles et ceux qui auraient droit à une retraite bien méritée. De même, une réelle diminution du temps de travail hebdomadaire permettrait de créer des centaines de milliers d’emplois. Les crédits publics qui viennent en aide aux grandes sociétés devraient être conditionnés à cette nécessité : faire de la place aux jeunes. Ce n’est pas le choix du pouvoir qui, derrière son projet « un jeune, une solution », utilise la pandémie pour accentuer encore le reformatage du droit du travail tout en faisant bénéficier les entreprises d’un nouveau cadeau royal.

Le premier ministre ne s’en est pas caché, promettant « un dispositif exceptionnel de réduction des coûts du travail ». De fait, le pouvoir utilise la situation pour exonérer les employeurs de cotisations sociales pour toute embauche temporaire d’un jeune jusqu’à la valeur de deux Smic. Cela fait plus de quatre décennies que ces recettes sont appliquées. Résultat : le chômage, la précarité, les inégalités augmentent à la vitesse d’un cheval au galop et les actionnaires se régalent. En vérité, le pouvoir et ses soutiens veulent profiter de l’angoisse et de la peur qu’engendre la crise sanitaire pour faire des jeunes des appendices corvéables de la machine et des pions du grand patronat. Pas un jour ne passe sans que celui-ci ne réclame la réduction de la dépense publique. Voici pourtant que, dans le plan gouvernemental, l’État prendra en charge la valeur des cotisations ainsi perdues pour les caisses de protection sociale. Autrement dit, ceux qui n’ont pas de mots assez durs contre l’emploi public inventent le financement public de l’emploi privé !

Le grand patronat va utiliser ce dispositif comme un effet d’aubaine pour toucher des subventions publiques et accentuer la concurrence en vue de diminuer les rémunérations du travail. La jeunesse devient ainsi le nouveau terrain d’expérimentation du remodelage capitaliste par la mise en concurrence exacerbée entre travailleurs expérimentés et jeunes entrant dans les entreprises. Cette division sera d’autant plus accentuée que la contre-réforme scélérate de l’assurance-chômage empêche chaque jeune qui n’a pas travaillé continûment durant six mois d’être indemnisé.

Le conditionnement à une activité durant deux ans devrait être levé pour qu’un jeune puisse bénéficier du revenu de solidarité active. Une distinction devrait être faite entre l’aide aux petites entreprises et aux artisans et celles aux grandes sociétés bénéficiant déjà d’avantages fiscaux sans contrepartie. Ajoutons qu’avec la Banque publique d’investissement, il serait possible de se donner des moyens pour aider les entreprises qui s’engagent dans des initiatives d’embauches durables et de formations correctement rémunérées.

Au-delà, l’accès au travail des jeunes devrait s’inscrire dans un véritable plan sur plusieurs années tirant les leçons d’une crise sanitaire qui n’en finit pas. Celle-ci pose des défis potentiellement riches en millions d’emplois. La reconquête industrielle et agricole et le déploiement d’une économie de la mer en lien avec une alimentation de qualité adossés à une stratégie de transition environnementale réclament autant de formations que de travail. De grands projets sont nécessaires pour développer les transports publics en ville comme à la campagne, pour consolider la SNCF et l’aider à impulser le fret ferroviaire, pour rénover et construire des logements à prix abordables, aider collectivités locales et associations à monter des projets urbains soucieux de l’environnement, pour une restauration scolaire de qualité, ou une agriculture urbaine riche en emplois et formations. L’avenir ne passe pas par la flexibilité et la précarité du travail mais par une sécurité de vie dont celle du travail et des formations, incluant une garantie de rémunération.

Patrick Le Hyaric, Directeur de l'Humanité

 

 

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