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22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 11:00
27 ET 29 MAI : DEUX COMMÉMORATIONS, UN MÊME PROJET (Francis Wurtz, L'Humanité Dimanche - 21 mai 2020)

Le 27 mai prochain, nous commémorerons la naissance du Conseil National de la Résistance. Cela fera, en effet, 77 ans que le CNR a tenu sa première réunion. La puissance de ce symbole -celui de l’union des forces antifascistes pour la renaissance démocratique et l’émancipation sociale- en fit, longtemps, une référence intouchable en France. Son programme, adopté le 15 mars 1944,  à l’unanimité de ses composantes -communiste, gaulliste, socialiste, centriste…- , fut, durant quatre décennies, considéré comme la pierre angulaire du fameux « modèle social français »,  souvent gravement écorné, mais jamais récusé. 
Tout changea au milieu des années 80, marqué par le début de la fin du système soviétique et, concomitamment, par l’explosion de la mondialisation capitaliste : âge d’or du « Reaganisme » d’un côté de l’Atlantique et, de l’autre, grand tournant néolibéral de la Communauté européenne, avec la signature de l’Acte unique européen, véritable trait d’union entre dirigeants  politiques « Thatcheriens », chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates (1986). Il faudra attendre encore une vingtaine d’années de plus -et l’élection de Nicolas Sarkozy- pour que le MEDEF ose s’attaquer frontalement à la référence « systémique », voire civilisationnelle, du CNR.

C’est Denis Kessler qui s’y emploiera dans le magazine « Challenges » (4/10/2007) avec sa véritable « leçon de choses » devenue célèbre : « Le modèle social français est le pur produit du CNR (dont le programme)  se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.(…) Il y a une profonde unité à ce programme ambitieux (…) 

Il s’agit aujourd’hui de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! » 

Bel hommage du vice à la vertu , tel un rappel, « a contrario », des grandes batailles de notre temps !  Il faut croire que « l’effet-CNR » est toujours vivace dans la mémoire collective pour qu’Emmanuel Macron se soit cru obligé d’y faire subrepticement allusion en concluant l’une de ses récentes allocutions télévisées par ces mots directement tirés de cette belle page de notre histoire contemporaine : « Nous retrouverons les jours heureux »…
Par un hasard du calendrier, deux jours après la commémoration de la première réunion du CNR, nous célébrerons un événement bien plus récent, dont nombre de actrices et d’acteurs étaient empreints de l’esprit du CNR : la mise en échec du Traité constitutionnel européen, symbole de « l’Europe libérale »  et l’affirmation de la volonté d’agir ensemble pour l’émergence d’une « Europe sociale ». Le fait que le fruit de cette victoire a pu être confisqué est un échec politique, non la fin de l’ Histoire. Restent une expérience exemplaire de démocratie citoyenne et d’une mobilisation solidaire au-delà des frontières; une volonté irrépressible de conquête sociales , écologiques et éthiques; et aussi  la conscience d’une communauté de destin de toute l’humanité, sans laquelle une « autre Europe » n’aurait de « refondée » que le nom.

Les 27 et 29 mai : deux commémorations, un même projet. 

Francis Wurtz

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22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 05:57

 

La violence de la secousse économique qui s’étend sous nos yeux agit comme un révélateur de grandes questions posées au pays. Parmi celles-ci : la question industrielle. Quelques chiffres : Entre 1980 et 2018, la part de marché mondiale de la France dans les biens est tombée de 6,3 % à 3 %... Derrière les Pays-Bas.

 

 

44 % du PIB de la zone euro sont consacrés aux importations contre 18 % en 1986 (alors que la Chine ou les États-Unis sont restés sous les 20 %). En 1990 la France produisait plus de la moitié de ses médicaments contre 11 % aujourd’hui. Chez Renault, 3,6 millions de véhicules étaient assemblés en France en 2004 pour 2,2 millions en 2019. Voilà pour le constat. Il est le fruit de choix politiques néolibéraux persistants et de mutations au sein même du capital lui-même avec une valeur actionnariale prenant le dessus sur la valeur ajoutée. La recherche insoutenable des taux de profits à deux chiffres pèse de tout son poids sur le développement humain, social, économique et précipite la planète dans une crise écologique sans précédent.

Et le Covid-19 fait apparaître aux yeux du plus grand nombre de grandes faiblesses systémiques : La difficulté d’approvisionnement en masques quand Plaintel en construisait il y a peu dans les Côtes-d’Armor. Les Luxfer dans le Puy-de-Dôme qui produisaient de l’oxygène médical et dont le gouvernement dit désormais timidement chercher un « repreneur européen ». SANOFI dont les États-Unis affirment vouloir la primauté des efforts de recherches sur le Covid avec l’essentiel des laboratoires de recherches installés sur leur territoire national alors que le chiffre d’affaires de l’entreprise se fait à 80 % sur les remboursement de la Sécurité sociale française…

Les exemples ne manquent pas, tous autant scandaleux, tous autant inquiétants. Ils provoquent des débats en France et en Europe sur de possibles relocalisations de productions dans une économie toujours aussi interconnectée et confrontée à une défaillance d’ampleur, qu’il s’agisse de la production ou de la fourniture de matières premières.

Les communistes proposent un nouveau système de développement articulant industrie et services (notamment les services publics) et de nouveaux pouvoirs à l’entreprise. Il s’agit d’allier relocalisations et coopérations en utilisant comme levier l’intervention politique, syndicale, citoyenne pour garantir et conditionner l’accès à l’argent, qu’il s’agisse de création monétaire, de crédit ou d’aides publiques.

Si Bruno Le maire concerte actuellement en réunissant les grandes filières industrielles nationales, nous craignons l’annonce de restructurations d’ampleur, avec suppressions d’emplois, dans l’automobile, l’aéronautique… Au profit d’une prétendue sauvegarde de l’appareil productif national et européen ainsi que d’une réorientation écologique qui n’en aura que le nom. D’ailleurs, pendant que le commissaire chargé de l’Économie, Paolo Gentiloni, annonce des discussions sur « la possibilité d’intervention d’un outil paneuropéen, également en capital », la BCE achète les titres de 38 entreprises des énergies fossiles. Et l’Union européenne reste profondément inégalitaire comme en témoigne le fait que parmi toutes les aides d’État validées par Bruxelles depuis le début de la crise, 52 % émanent d’Allemagne. Chiffre éloquent qui indique combien de nombreux pays appauvris par des années d’austérité n’ont plus les moyens de faire face dans les conditions actuelles.

Cela indique l’urgence à construire des coopérations économiques et industrielles nouvelles, réduisant les risques de dépendance dont nous voyons aujourd’hui les effets. D’autant que la tentation nationaliste menace d’ouvrir de nouveaux fronts de guerre économiques. Pour exemple, le Japon vient de débloquer 2,2 milliards en direction de ses entreprises qui quitteraient la Chine pour revenir au bercail, et l’Inde ne ménage pas ses efforts depuis avril pour attirer sur son territoire des entreprises installées en Chine.

En France, le pouvoir Macron met en œuvre une politique visant à constituer de grands champions du capital financier (voir son accompagnement des projets Alstom/Siemens ou Fincantieri/Chantier naval de Saint-Nazaire) au détriment du projet industriel, seul juge de paix d’une viabilité économique, sociale, écologique. Un État stratège peut intervenir sur les grandes filières industrielles nationales pour répondre aux enjeux de notre siècle : en conditionnant et en contrôlant tout l’argent public utilisé ; en nationalisant lorsque nécessaire pour faire reculer la domination du capital et non pour collectiviser les difficultés avant de restituer les bénéfices au marché ; en agissant au niveau européen pour une politique monétaire et du crédit garantissant un nouvel essor industriel engageant la transition écologique. La mobilisation de ces leviers, appuyés par de nouveaux pouvoirs à l’entreprise et sur les territoires, permettront d’engager les relocalisations et coopérations nécessaires.

Aymeric Seassau, membre du CEN.

 

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22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 05:54

 

Le « Baromètre de la confiance politique » est une enquête académique devenue l’enquête de référence française sur la question de la confiance des Français dans la politique. La base de données constituée depuis 11 années d’enquête permet un suivi longitudinal exceptionnel de dimensions comme la confiance en soi, dans les autres, dans les institutions et le personnel politique, mais aussi le rapport à la démocratie, à ses principes et à son fonctionnement en France.

 

Pour la première fois, le Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) a fait le choix de comparer son enquête simultanément avec trois pays européens : la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. La ré-interrogation, en pleine période de confinement, des personnes qui avaient répondu au Baromètre de la confiance en février, permet une comparaison inédite entre les attitudes et les comportements sociaux et politiques mesurée juste avant et juste après le confinement. L’un des intérêts majeurs de cette comparaison est qu’il s’agit d’un panel : en interrogeant les mêmes personnes on peut tester l’hypothèse d’un « effet Covid-19 » et répondre ainsi à la question de savoir « quel effet joue sur les perceptions et les attitudes en termes de confiance ».

On ne sera pas étonné des montées des inquiétudes, des sentiments anxiogènes, des méfiances (capacités critiques ?). Nous avons choisi d’appliquer quelques zooms sur certains aspects. L’ensemble de l’enquête, 150 pages, est disponible sur le site du Cevipof. Le lecteur y trouvera les évolutions et contradictions à l’œuvre.

Le système capitaliste doit être réformé en profondeur

Cette crise provoque un renforcement des critiques envers le modèle occidental et la mondialisation. 65 % des sondés approuvent l’idée que leur pays devrait « se protéger davantage du monde » (+ 9 points), 75 % estiment qu’il « faudra à l’avenir mieux contrôler les frontières » et 74 % que « c’est à l’État français et pas à l’Union européenne de contrôler les frontières ». Cette méfiance se reporte également sur le modèle économique et le libre-échange : 45 % des personnes interrogées veulent que « le système capitaliste soit réformé en profondeur » (+ 6 points par rapport au mois de février) et 46 % qu’il soit « réformé sur quelques points », en baisse de quatre points (total de 91 %). Ces sentiments existent chez nos voisins mais ils sont beaucoup moins prononcés : 55 % des sondés allemands et 43 % des Anglais,

Attachement à la démocratie

Les sondés français restent profondément attachés à la démocratie. 76 % approuvent « un système politique démocratique avec un parlement élu qui contrôle le gouvernement », bien loin devant l’idée d’un régime avec « à sa tête un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du parlement ni des élections » (34 %) ou un pays dirigé par l’armée (16 %). Alors que l’épidémie n’est pas encore totalement vaincue, 84 % des sondés français affirment que « le gouvernement devra rendre des comptes », 80 % qu’il y a eu des « fautes commises par certains membres du gouvernement ».

La situation sanitaire pourtant gérée très différemment (dépistage massif pour les Allemands, confinement plus tardif pour les Anglais), la mansuétude de l’opinion est pour le moment plus grande. 74 % des Allemands interrogés et 69 % des Anglais pensent que leur gouvernement a bien « géré cette crise ». En France, ce taux d’approbation n’est que de 39 %. « Le gouvernement français a peut-être déjà perdu la bataille de la confiance, analyse Bruno Cautrès du Cevipof.

Poussée de confiance dans le service public et forte demande de protection économique et d’un rôle accru pour l’État

La demande de protection, si elle désigne toujours davantage les catégories populaires, progresse dans les catégories moyennes et supérieures où cette demande a le plus augmenté. Il semble bien qu’il s’agisse d’une remise en cause plus générale des conditions de l’action publique.

Cette montée en force de la demande de protection à l’égard de la mondialisation signifie-t-elle la disparition, depuis longtemps annoncée, du clivage gauche-droite ? Il n’en est rien, car cette demande est bien plus forte à droite qu’à gauche.

Notons qu’il s’agit plus d’une demande de protectionnisme économique plus que d’une fermeture xénophobe.

On enregistre une poussée de confiance dans les grands services publics, et notamment dans le secteur hospitalier, une grande confiance dans les informations fournies par les médecins, bien plus d’ailleurs que dans les statistiques officielles provenant du gouvernement.

Patrick Coulon

 

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22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 05:49

 

 

L’Humanité, avec sa plate-forme numérique l’Humanite.fr, prend l’initiative d’ouvrir ses colonnes pour repenser le monde, avec l’ambition d’être utile à chacune et chacun d’entre nous. Cette initiative aura des prolongements avec la publication d’un hors-série à la fin de l’été et l’organisation de grands débats publics permettant de prolonger ces écrits. Aujourd’hui, «Une sécurité sociale des productions», par Bernard Friot, sociologue et économiste, Réseau salariat.

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Le confinement est un révélateur. La bien plus grande utilité sociale des premières de corvée que des premiers de cordée pousse à l’interdiction de rémunérations mensuelles inférieures à 1 700 euros net et à leur plafonnement, par exemple à 5 000 euros net.

L’inventivité de soignantes retrouvant la maîtrise de leur travail contre les gestionnaires, et de ce fait éprouvant une réelle satisfaction professionnelle malgré leur fatigue et leur désarroi devant des choix monstrueux imposés par le saccage organisé de l’hôpital, montre que la décision par les seuls travailleurs de ce qui est produit doit devenir le cœur de la mobilisation collective dans les entreprises et services publics. L’extrême précarité de l’aide et des aidés en matière d’alimentation ou de logement pousse à son remplacement par la multiplication de sécurités sociales, comme nous allons le voir. La large supériorité du salaire à la qualification personnelle des fonctionnaires sur le salaire d’emploi du privé et sur les revenus du travail indépendant rend évidente une généralisation à tous les adultes, de 18 ans à leur mort, d’un salaire attaché à la personne, compris entre les 1 700 euros du premier niveau de qualification attribué à chacun.e le jour de sa majorité et le plafond de 5 000 euros.

La décision par les seuls travailleurs de ce qui est produit doit devenir le cœur de la mobilisation collective dans les entreprises et services publics.

L’efficacité des solidarités de terrain comparée aux errements et à la nocivité de l’État capitaliste concentré sur l’organisation d’un confinement policier confirme l’urgence de généraliser, en plus grand et plus fort, la gestion par les travailleurs de toutes les fonctions collectives, comme l’a été le régime général de Sécurité sociale de 1947 à 1967. L’effervescence des initiatives de productions alternatives ici et maintenant et des appels à se fédérer exprime la possibilité et la nécessité d’en finir avec la rationalité folle des entreprises capitalistes, qui sont vouées à la prédation sur le vivant.

L’effervescence des initiatives de productions alternatives exprime la nécessité d’en finir avec la rationalité folle des entreprises capitalistes.

Multiplier les productions en sécurité sociale, en actualisant la conquête de la Sécurité sociale du soin des années 1960, est un chemin fécond dans toutes les directions que je viens d’évoquer. Le doublement du taux de cotisation à l’assurance-maladie entre la Libération et la fin des années 1970 a permis de subventionner largement l’investissement hospitalier, de créer une fonction publique hospitalière et de conventionner les soignants libéraux, bref de produire 10 % du PIB hors de la logique capitaliste de la propriété lucrative et du marché du travail. À l’exception notable du médicament, ce qui a permis au capital de revenir en force quand le taux de cotisation a été gelé (et il l’est depuis 40 ans !), d’autant que l’assurance-maladie lui fournit un marché public énorme : une leçon à méditer.

La proposition, travaillée avec d’autres à Réseau salariat, est la suivante. Déplaçons l’assiette des cotisations, de la masse salariale à la valeur ajoutée, afin d’opérer la solidarité entre branches à fortes et faibles valeurs ajoutées tout en soutenant la création d’entreprises. Faisons de tous les salaires et pensions un attribut de la personne versé par le régime général de Sécurité sociale géré par les seuls travailleurs et devenu caisse des salaires : les entreprises ne paient plus leurs salariés mais cotisent, les indépendants ne se paient plus sur leur bénéfice mais cotisent, et chacun perçoit un salaire qui ne peut ni baisser ni être supprimé, fondé sur sa qualification, c’est-à-dire sur son expérience professionnelle, sauf le premier niveau automatiquement attribué à tou.te.s. Portons à 1 700 euros net (soit l’actuel salaire médian) toutes les rémunérations et pensions inférieures, et augmentons en conséquence les autres salaires tout en ramenant à 5 000 euros les salaires et pensions supérieurs à ce plafond. Cela supposera une tout autre affectation des produits du travail : plutôt que de gaver des actionnaires et des prêteurs, les entreprises affecteront leur valeur ajoutée à des caisses de salaires et d’investissement gérées par les travailleurs.

Plutôt que de gaver des actionnaires et des prêteurs, les entreprises affecteront leur valeur ajoutée à des caisses de salaires et d’investissement gérées par les travailleurs.

Les caisses de salaires ne verseront pas tout le salaire en espèces : elles abonderont chaque mois notre carte Vitale de plusieurs centaines d’euros qui ne pourront être dépensés qu’auprès de professionnels conventionnés de l’alimentation, du logement, des transports de proximité, de l’énergie et de l’eau, de la culture (mais d’autres productions pourront être progressivement mises en sécurité sociale). Et ne seront conventionnées que les entreprises qui seront la propriété d’usage de leurs salariés, et donc gérées par eux seuls, qui ne feront pas appel au marché des capitaux, qui ne se fourniront pas auprès de groupes capitalistes, qui produiront selon des normes décidées par délibération collective de la convention.

Le montant du salaire inscrit sur la carte Vitale devra être tel qu’au moins le tiers de la consommation dans ces domaines échappe d’emblée au capital : les entreprises alternatives seront considérablement soutenues, les entreprises capitalistes seront mises en grande difficulté et leurs salariés se mobiliseront pour en prendre la direction et changer leurs fournisseurs et leurs productions de sorte qu’elles deviennent conventionnables elles aussi.

♦ Bernard Friot, auteur avec Judith Bernard d’ Un désir de communisme, à paraître en septembre 2020 aux éditions Textuel.

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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 05:45

 

Alors que rarement la recherche médicale française n’a suscité autant d’attente, le sénateur Pierre Ouzoulias dénonce le manque de moyens du secteur. Entretien.

Sénateur et chercheur au CNRS, Pierre Ouzoulias observe de près la ­politique de recherche menée par le gouvernement français, ­notamment en cette période d’épidémie. Il pointe les manques de moyens et d’organisation qui empêchent les laboratoires publics d’avancer plus ­rapidement dans la recherche de traitement contre le Covid-19 et dont pourraient souffrir aussi les autres pans de la recherche.

 

La France fait partie des États qui réalisent le plus d’essais cliniques pour trouver un traitement contre le Covid-19. Pensez-vous, comme Olivier Véran, que « s’il y a un pays qui doit trouver un médicament qui marche, il y a de bonnes chances que ce soit le nôtre » ?

Pierre Ouzoulias Je ne pense pas. D’abord, je ne suis pas certain qu’il faille se réjouir du nombre élevé d’essais cliniques en cours, car cela souligne un manque d’organisation criant de la recherche. La pandémie a mis en lumière les carences structurelles de la recherche française, de moyens et d’organisation, parcellisée en plusieurs structures, ce qui empêche de donner une réelle direction, une impulsion et un programme clair. Le gouvernement a créé l’organisme Care qui, en principe, devrait coordonner ces travaux, mais rien n’est fait. Le président de la République nous répète que nous sommes en guerre, mais la communauté scientifique observe qu’il n’y a pas d’état-major, pas de moyens et pas de troupes. On est resté sur le système classique, avec des études lancées via des appels à projets qui ajoutent de la lourdeur administrative, donc du temps et de la disparition de moyens. Cette organisation nous empêche de savoir si tous les domaines de la recherche sont couverts et s’il y a besoin d’investir davantage dans des domaines dans lesquels la France n’est pas représentée. Ce bilan n’a pas été fait et le manque de coordination freine l’avancée de la recherche. Le gouvernement a été incapable, même en ces temps de ­pandémie, de changer ce qui handicape la ­recherche publique en France.

"L’exécutif est incapable de gérer cette crise puisqu’il reste dans un dogme libéral qui considère que l’État n’est pas la solution mais le problème."

 

Emmanuel Macron a promis d’augmenter rapidement le budget de la recherche, est-ce déjà le cas ?

Pierre Ouzoulias Les plans de finances rectificatifs récemment votés ne prévoient aucun moyen supplémentaire pour la recherche. C’est absolument catastrophique. En tant que sénateur, j’ai posé plusieurs fois la question à la ministre de l’Enseignement ­supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, mais elle nous balade. On nous dit que ça va arriver mais on risque d’attendre longtemps. Ce que je crains, c’est que les enveloppes dont disposent l’Agence nationale de la recherche (ANR) mais aussi l’Inserm ou le CNRS restent les mêmes mais qu’on demande d’augmenter celles consacrées à la recherche de traitement ou de vaccin. L’argent va donc venir d’autres sujets de recherche qui vont être abandonnés. C’est inquiétant et on voit déjà que des études ont dû être arrêtées car elles n’étaient plus financées. D’autres sont mises entre ­parenthèses car l’urgence est l’épidémie, ce qui est normal, et le budget général est beaucoup trop mince, contrairement à ce que disent les dirigeants. Il y a un double langage, sur ce que promet Emmanuel Macron et ce que fait concrètement le ­gouvernement, qui est insupportable. L’exécutif est incapable de gérer cette crise puisqu’il reste dans un dogme libéral qui considère que l’État n’est pas la solution mais le problème. Quand bien même toute cette crise nous montre le contraire.

 

Ces manques de moyens pour la recherche publique ont donc un impact aujourd’hui sur la recherche de traitements ?

Pierre Ouzoulias Oui, à cause de ces ­problèmes de moyens, de coordination, mais aussi de confiance envers les chercheurs, la France ne se donne pas les moyens d’être dans la course au traitement. La crise sanitaire souligne les problèmes dont souffre la recherche médicale en France depuis des années. L’exemple flagrant, c’est qu’on a abandonné, il y a dix ans, une recherche de fond sur la famille des coronavirus, uniquement pour des raisons budgétaires. Ces études auraient pu permettre d’en savoir plus sur les ­propriétés du virus, la manière de le ­neutraliser et donc de gagner beaucoup de temps. C’est caractéristique d’une ­recherche qui fonctionne par à-coups et qui abandonne ses financements lorsque le domaine en question n’est plus la priorité du moment. Il y a aussi un retard très fort en termes d’équipements. Aujourd’hui, les chercheurs français qui étudient la structure du virus n’ont pas accès aux mêmes microscopes qu’en Chine, ils ne peuvent donc pas aller aussi vite. Et il n’y a aucune volonté de mettre en place les moyens pour récupérer ce retard.

"Nous voyons bien, avec la crise environnementale et sanitaire, que le capitalisme financiarisé et globalisé est totalement dépassé et ne peut apporter aucune solution durable."

 

Au début de l’épidémie, les gouvernements et les chercheurs saluaient une coopération inédite entre laboratoires et États. Quelques mois plus tard, cette solidarité ne s’est-elle pas fissurée ?

Pierre Ouzoulias La communauté scientifique internationale échange beaucoup, il y a une vraie coopération de ce côté-là. Concernant la stratégie des laboratoires privés et des États, c’est très différent. Le scandale Sanofi le montre bien. Les laboratoires pharmaceutiques ont pour la plupart abandonné la recherche de traitements, car l’incertitude fait que le risque financier est trop important. En revanche, comme la découverte d’un vaccin pourrait servir à l’ensemble de l’humanité, avec un retour sur investissement potentiellement prodigieux, ils se sont jetés dessus. Et pour permettre la levée de fonds, Sanofi et d’autres jouent la concurrence entre les États, avec cette forme de chantage qui consiste à dire : « Les États-Unis investissent tant, si vous voulez qu’on produise le vaccin en France, il va falloir donner plus ». Les États sont donc concurrents. L’essai Discovery, qui patine parce que les pays européens qui devaient rejoindre la France ne l’ont finalement pas fait, montre bien que chaque pays préfère travailler dans son coin. Les États sont dans la poursuite de la course économique qu’ils se livrent depuis des décennies. C’est la première pandémie qui touche l’humanité de manière aussi globale, pourtant, pour la combattre, la réaction est celle d’un nationalisme tel qu’on ne l’a pas connu depuis 1945. Il est pourtant évident que ce n’est qu’en travaillant ensemble qu’on sortira plus rapidement de la crise. La logique ­ultralibérale se poursuit, contre l’intérêt de tous. Alors même que nous voyons bien, avec la crise environnementale et sanitaire, que le capitalisme financiarisé et globalisé est totalement dépassé et ne peut apporter aucune solution durable. Les idées portées par la gauche n’ont jamais été aussi ­modernes et aussi efficaces pour apporter des solutions pour notre humanité.

 

entretien réalisé par Florent Le Du

 

 

 

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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 05:38

La pandémie qui a paralysé le monde entier, son économie, sa vie sociale, culturelle, démocratique n’a pas fait bouger d’un iota les choix du gouvernement Macron/Philippe. Les promesses du nouveau monde n’ont pas fait illusion et, très vite, chacune et chacun a pu se rendre compte que le pouvoir actuel n’est que la nouvelle enveloppe du vieux monde libéral où l’argent et les premiers de cordée font la loi. Dans les lois de finances rectificatives votées au Parlement en mars et en avril derniers, les fondamentaux libéraux sont bien en place.

 

 

Nous portons systématiquement des propositions alternatives

Le gouvernement a fait le choix, d’emblée, de ne pas toucher à la fiscalité installée dès le début du quinquennat. Rappelons-en ici les éléments les plus saillants, les cadeaux aux plus fortunés de ce pays, la suppression de l’ISF (qui rapportait plus de 5 milliards d’euros par an), le plafonnement de la taxation des dividendes à 30 %, un taux unique, plus de progressivité, le fameux PFU (prélèvement forfaitaire unique). Pour les autres, souvenez-vous, hausse de la CSG pour les retraités, baisse des APL…, le ton était donné. Comment s’étonner dès lors que la pauvreté augmente dans notre pays avec 14 % de personnes vivant sous le seuil de pauvreté et, là encore, la pandémie a encore aggravé les inégalités.

À chaque débat budgétaire, que cela soit en loi de finances initiale en fin d’année ou à l’occasion des débats sur les lois de finances rectificatives, les parlementaires communistes portent systématiquement des propositions alternatives. Quand le gouvernement refuse de toucher à la fiscalité, nous proposons de faire contribuer davantage les grosses fortunes et les gros patrimoines. Pourquoi ? Par dogmatisme, par idéologie ?

Examinons les faits, du côté des revenus d’abord. Si l’on considère les revenus des Français en 2017, voilà la situation : il y a en France 38 millions de foyers fiscaux, 37,5 millions de foyers ont un revenu inférieur à 100 000 euros par an, au-delà de 9 millions d’euros de revenus annuels ils sont 218 foyers fiscaux.

Une fiscalité progressive qui doit solliciter les plus riches

Nous proposons systématiquement de rétablir l’ISF pour les patrimoines supérieurs à 1,3 million, nous proposons une fiscalité progressive sur les dividendes. Rappelons à ce stade, que l’an dernier la France a été le distributeur le plus généreux en termes de dividendes distribués aux actionnaires !

Nous proposons aussi d’augmenter le nombre de tranches d’imposition aujourd’hui au nombre de 5 (il y en avait 14 dans les années 80), le taux maximum est à 45 %, nous proposons d’ajouter des tranches au sommet de la pyramide pour atteindre 60 %, voire plus pour les très hauts revenus. S’agissant du patrimoine, les inégalités sont également abyssales. Selon l’INSEE, 10 % des ménages français détiennent la moitié du patrimoine. Plus personne ne peut nier l’aggravation des inégalités. Un projet de loi de finances rectificative ambitieux se doit de solliciter les plus riches.

D’autres mesures sont portées par nos groupes parlementaires, sur la TVA notamment qui est la première ressource fiscale de la République, près de 50 % des recettes fiscales, l’impôt le plus injuste qui soit. Nous proposons de créer un taux de TVA à 30 % sur les produits de luxe - une activité d’ailleurs qui continue de bien se porter en France et dans le monde -, une mesure qui permettrait d’alléger la TVA sur les produits de première nécessité. Là, pour justifier son refus, le gouvernement et la majorité sénatoriale se réfugient derrière les règlements européens. Soit, eh bien changeons-les !

Un nécessaire débat sur la souveraineté financière et monétaire

Le choix de nos gouvernants est donc de financer par la dette ; notre pays va ainsi contribuer à nourrir les marchés financiers mondiaux pour financer toutes ces mesures (ces marchés sont les banques, les assurances, les fonds d’investissement). Dans les 2 415 milliards de dettes de la France, combien de centaines de milliards d’euros leur ont été versés en intérêts depuis des décennies ? Il faudra, à un moment donné, que ce débat sur la souveraineté financière et monétaire de la France s’engage dans ce contexte.

Enfin, il y a ce combat inlassable à mener contre le scandale de l’évasion fiscale des grands groupes qui nourrit aussi notre dette depuis longtemps. C’est un combat que nous ne cesserons de mener.

Chaque débat budgétaire est donc un moment particulier pour mener le débat politique de fond. C’est ce que nous devons faire les uns et les autres, nous au Parlement, et nous tous dans le pays avec nos concitoyen·ne·s.

Éric Bocquet, sénateur du Nord.

 

 

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20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 05:36

 

En Direct avec Loïc Pen, médecin urgentiste CGT à l'hôpital de Creil (Oise). Vos réactions suite aux promesses du gouvernement ? 

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19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 05:54

 

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19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 05:38

 

Presstalis est passé devant le tribunal de commerce, vendredi 15 juin. La messagerie poursuit son activité, mais en sacrifiant sa filiale, la SAD, et ses 512 salariés. 

Entretien.

 

Est-ce que vous avez eu connaissance, avant l’audience du mardi 12 mai au tribunal de commerce, de cette idée de brader 512 emplois sur les 900 que compte Presstalis ?

Guillaume Dumoulin. Ça nous a pris par surprise. Très vite, entre décembre et février, les projets de la direction ont muté vers l’idée d’un redressement judiciaire du groupe. On savait qu’il y aurait moins d’emplois à la clé, mais nous nous attendions à ce qu’ils soient discutés, comme d’habitude. Ce qui nous a surpris, c’est l’absence d’accord, y compris dans la dernière ligne droite, alors que cela faisait huit mois que les coopératives de magazines, d’un côté, et de quotidiens, de l’autre, discutaient entre patrons. Nous avons négocié jusqu’au dimanche 10 mai. Et le lundi 11 mai, la direction nous a annoncé un redressement judiciaire pour Presstalis, mais une liquidation pour toute la province. C’est un peu le coup de massue.

 

Comment les journaux sont-ils distribués en province, sans relais ?

Guillaume Dumoulin. Il n’y a pas de plan B. Le problème, c’est que tous les savoir-faire qui étaient dans la maison sont partis. Michèle Benbunan (à la direction de Presstalis de 2017 à 2019) a fait du mal. Le groupage des quotidiens, la messagerie s’appuient ensuite sur des dépositaires, en province. Elle a vendu du rêve aux éditeurs, en prétendant qu’on pouvait livrer directement chez le diffuseur, sans intermédiaire. Sauf que ça n’existe pas dans la vraie vie, ou ça reviendrait encore plus cher. En bref, elle a cassé la cohérence du système. Et, surtout, elle a été l’instigatrice de la modification de la loi Bichet, qui de notre point de vue crée une situation assez problématique. Parce que la loi Bichet obligeait les éditeurs à faire du commun, du collectif. Or, maintenant, ils n’ont plus cette obligation. Travailler ensemble, alors qu’ils se détestent, ce n’était déjà pas facile quand c’était obligatoire. Maintenant que ça ne l’est plus, c’est chacun pour soi. C’est donc tout le système de péréquation qui est mis en danger. Et on le voit aujourd’hui avec les magazines et les quotidiens, qui se tapent dessus en se reprochant d’être celui qui coûte cher. Et l’existant, la maison, est en train de tomber.

C’est illusoire de croire que les ouvriers du livre vont se laisser faire. C’est notre métier, on ne veut pas le perdre, et on ne lâchera pas.

 

Mais, du coup, c’est toute la chaîne d’emplois qui est impactée ? Vos emplois, mais aussi ceux des diffuseurs, des marchands de journaux et, in fine, l’existence même des journaux ?

Guillaume Dumoulin. Je pense que le gouvernement est le plus irresponsable qui soit. Il n’a pas joué la sécurité. Toutes ces dernières années, même quand c’était difficile (compte tenu de la situation de crise de la presse écrite, Presstalis a subi déjà deux crises très importantes depuis dix ans – NDLR), l’État est toujours intervenu. Alors oui, on peut dire : « L’État paie et ça coûte. » Mais, quand on regarde, on parle de la démocratie dans la 7e puissance du monde. Et on n’est pas sur des sommes si folles, alors que nous livrons tout le territoire national en presse tous les jours, que nous avons un des réseaux les plus performants au monde, et le nombre de magazines le plus important qui existe dans les pays développés. C’est le gouvernement qui laisse tomber : quand l’État décide de ne pas soutenir les SAF, c’est qu’il a une volonté de laisser tomber la province, avec à mon avis une méconnaissance du dossier, puisqu’ils pensent qu’ils vont pouvoir trouver des solutions de repli pour pouvoir continuer à distribuer. Mais il n’y a pas que les flux physiques : il y a tout le flux informationnel, la remontée d’argent. En bref, tout ce qui était fait par les dépositaires est aujourd’hui à l’arrêt.

 

Ce qui va mettre les éditeurs dans la difficulté très vite, non ?

Guillaume Dumoulin. D’autant qu’ils ne s’entendent pas. Or, même pour faire un plan de secours, il faut s’entendre. Ça laisse 512 emplois sur le carreau d’emblée. Et les diffuseurs sur la paille, alors qu’ils sortent tout juste du confinement. Beaucoup sont restés fermés. Les Relay, par exemple, devaient tout juste rouvrir. Et les courtines, soit toute la presse hippique, étaient en arrêt complet. Ils ont rouvert lundi dernier. Et dès mardi, avec la liquidation de la SAD, le journal est resté bloqué… Si on voulait achever le réseau, on ne s’y prendrait pas autrement. Dans le système, en 1995, il y avait 700 relais sur le territoire, et 61 début 2017… C’est une vraie hémorragie ! Nous étions alors 7 000 salariés dans le groupe, nous sommes 900. Et avec le projet en cours, il ne restera plus que 265 personnes. Les directions de Presstalis ont toujours fait payer l’emploi. Après, les volumes baissant, il est normal qu’il y ait moins de monde. Mais là, ils vont beaucoup plus vite.

Dans le système, en 1995, il y avait 700 relais sur le territoire, et 61 début 2017… C’est une vraie hémorragie !

 

Le SGLCE-CGT a fait appel de la décision du tribunal. Comment ça va se passer pour vous ?

Guillaume Dumoulin. On se retrouve au chômage, avec nos indemnités payées par les AGS.Ça veut dire que c’est la collectivité qui va payer le passif social des gros éditeurs. Alors qu’ils auraient les moyens de le faire. Mais nous n’en sommes même pas là. Notre travail, il ne disparaît pas ! On a un président-directeur général, Cédric Dugardin, qui veut nous prendre notre boulot et le donner à d’autres. Et nous, nous envoyer au chômage. Mais ça, on ne l’acceptera jamais. Et c’est illusoire de croire que les ouvriers du livre vont se laisser faire. Ça va mettre le réseau à feu et à sang, parce que les gars n’ont plus rien à perdre. D’ailleurs, les actions se multiplient partout.

 

À qui Cédric Dugardin veut-il donner votre boulot ?

Guillaume Dumoulin. La messagerie a une obligation de distribution sur tout le territoire. Elle s’appuie sur des réseaux de dépositaires, les fameux 61 dépôts que vous citiez tout à l’heure. Parmi eux, une partie est à 100 % de Presstalis. Ce sont les dépôts SAD et Soprocom, qui sont sacrifiés. Et tout le reste, ce sont des indépendants. Des patrons lambda. On est de la sous-traitance. La seule différence, c’est que nous, notre capital est possédé par la maison mère.

 

Mais du coup, c’est illusoire de penser que des indépendants vont revenir moins cher ?

Guillaume Dumoulin. Les zones à couvrir étant de plus en plus grandes, le transport coûtera toujours autant, si ce n’est plus. Après, sincèrement, je pense qu’ils veulent « se taper » les ouvriers du livre. Ils se débarrassent de la CGT en même temps. Ils font d’une pierre deux coups.

 

Vous continuez à faire grève. Et vous appelez les salariés du secteur, y compris ceux qui ne sont pas dans la distribution, à vous soutenir ?

Guillaume Dumoulin. Oui. On l’a vérifié sur Lyon. Les dépositaires traitent aussi des magazines locaux : Lyon Capital, Lyon Mag, la Tribune de Lyon… Ceux-là n’ont aucune solution de repli pour se faire distribuer. Ils n’en ont pas les moyens. Ça va être un massacre industriel et économique sur tout le secteur. Si des titres meurent, les industries de labeur vont moins imprimer. Il va y avoir une vraie casse de l’emploi.

Nous livrons tout le territoire en presse tous les jours, nous avons un des réseaux les plus performants au monde, et le nombre de magazines le plus important de tous les pays développés.

 

Jusque dans les rédactions. Mais quid de tout le discours autour du numérique ?

Guillaume Dumoulin. Aujourd’hui, il y a des journaux, comme le Figaro ou le Monde, qui diffusent très bien sur le numérique. Mais ça ne paye pas. Les salles de rédaction ne sont pas payées par Internet. La publicité est vampirisée par les Gafa, ils sont dépendants. Aujourd’hui, 70 % à 75 % des revenus des journaux, même avec un tirage en baisse, c’est le papier. S’il n’y a plus de papier demain, les salles de rédaction seront vides. Des journalistes vont se retrouver au chômage. Toute la profession est concernée. Je pense qu’on n’a pas été suffisamment réactifs, collectivement, au moment de la modification de la loi Bichet. Nous, on a alerté, mais je pense que personne n’a mesuré, au-delà même de la profession, à quel point la démocratie était attaquée. Là, ce qui est en train de se passer, c’est qu’ils sont en train de tuer tous les petits, il ne va plus rester que les gros éditeurs… Comme ils auront du cash, ces derniers pourront négocier des tarifs, et les autres ne pourront pas suivre. Et ils disparaîtront. C’est une vraie attaque contre le pluralisme.

 

Vous êtes très remontés…

Guillaume Dumoulin. Parce que nous, on a travaillé, pendant le confinement. On nous a dit que la presse, c’est indispensable, qu’il n’y aurait aucune faillite. On a travaillé sans masque, les premières semaines, sans gel, sans rien. Et comme on avait une boîte au bord du dépôt de bilan, il n’y a pas grand monde qui voulait nous avancer des choses sans qu’on les paye cash. On a continué à travailler, pour assurer. On a même exercé la solidarité en distribuant les invendus dans les Ehpad et les éditeurs nous ont félicités pour cette action. C’était génial de voir la presse se mobiliser. Et à la fin, ils nous licencient comme des malpropres, comme des voyous.

Personne n’a mesuré, au-delà même de la profession, à quel point la démocratie était attaquée.

 

Vous avez un mot d’ordre pour exercer cette solidarité concrètement ?

Guillaume Dumoulin. Dès mardi soir dernier, il y a eu un appel syndical. Par solidarité, les imprimeries se sont arrêtées, et il y a eu des arrêts et des débrayages dans les sièges. On a eu aussi un arrêt de la distribution sur Paris, parce que, même s’ils sont en redressement judiciaire, ils savent que le tour d’après sera le leur, s’il ne se passe rien de plus. Maintenant, le syndicat a lancé une cagnotte, pour organiser la solidarité financière pour les salariés de la SAD, parce que la lutte va peut-être durer. Même si nous espérons que ça se règle avant, pour nous comme pour les titres. Plus le conflit va durer, plus ça va fragiliser les titres. Chaque jour, c’est un titre qui peut disparaître. Ils vont essayer de nous contourner. Donc, on va demander aux camarades de partout de refuser qu’on livre notre boulot à d’autres personnes. C’est notre métier, on ne veut pas le perdre, et on ne lâchera pas.

 

Les éditeurs de quotidiens ne vont pas tenir tous seuls… Ils sont structurellement déficitaires…

Guillaume Doumoulin. À un moment, les quotidiens arriveront à s’entendre avec les magazines. Ils peuvent d’ailleurs parfaitement s’entendre après nous avoir liquidés. Ils se seront débarrassés de 512 emplois. Et en plus, ils ne payent rien, c’est la collectivité qui prend le relais. Il fait rêver, leur monde d’après.

 

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 16:45
A l'issue du 1er tour des municipales, le Parti communiste 3eme parti de France en nombre d'élus municipaux pour l'instant avec 1072 élus!

Au 1er tour des élections municipales, nous sommes le 3eme parti de France en nombre d'élus municipaux !

Plus de 1072, contre à peine 268 pour Macron et LREM.

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