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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 06:19
Rétablir l'ISF, nationaliser, relocaliser... Les mesures à prendre de toute urgence pour les députés communistes ! - L'Humanité, Aurélien Soucheyre, jeudi 16 avril
Jeudi, 16 Avril, 2020 - L'Humanité
Rétablir l'ISF, nationaliser, relocaliser... Les mesures à prendre de toute urgence !

Emmanuel Macron dit être « en guerre ». Pourtant, beaucoup de mesures pour combattre l’épidémie de Covid-19 n’ont pas été prises. Sur la plan économique, fortunés et patronat semblent décidés à ne rien lâcher. Écologistes, insoumis et socialistes avancent des propositions et les députés PCF ont présenté 75 mesures d’urgence. En voici sept incontournables.

 

1. Sauver l’hôpital public

Où se situe la première ligne dans le pays ? Dans les hôpitaux publics. Si le confinement a été décrété afin de limiter le nombre de victimes et de ne pas submerger les hôpitaux, le soutien financier massif n’est toujours pas au rendez-vous. Des milliards ont été débloqués pour les entreprises, mais rien du côté de la Sécurité sociale. Malade, affaibli par des décennies de coupes drastiques, l’hôpital public fait pourtant face, grâce au dévouement des soignants. « Il faut de toute urgence abandonner les plans de restructuration en cours qui prévoient toujours plus de suppressions de lits et de postes, et sauver l’hôpital public », affirme l’élu PCF Pierre Dharréville. Un projet de loi, rédigé par les députés communistes après leur tour de France des hôpitaux, est déjà sur la table. « Nous pouvons débloquer 10 milliards d’euros pour les hôpitaux, afin de les redévelopper selon les besoins réels des citoyens. La santé n’est pas une marchandise, mais un droit sacré », précisent-ils, tout en appelant à supprimer la dette des hôpitaux et à augmenter les salaires des soignants. Des propositions partagées par la France insoumise, mais pas par le gouvernement, qui pourrait se servir de l’épidémie pour défendre le développement de partenariats public/privé toujours plus poussés.

2. Nationaliser, réquisitionner et relocaliser

L’Europe ne compte plus aucune fabrique de bouteilles d’oxygène, précieuses pour sauver des vies. La dernière usine Luxfer de France a cessé son activité en 2019. « Elle peut produire 200 000 bouteilles par an. Les plus légères au monde. Les salariés sont prêts à relancer l’activité en neuf semaines. Le pays doit pouvoir fabriquer des bouteilles sur son sol sans être dépendant de la production à l’étranger », insiste le député PCF André Chassaigne. Il demande en conséquence la nationalisation du site, tout comme celui de Famar, qui produit 12 médicaments d’intérêt majeur. « Les Français n’ont jamais validé la délocalisation des médicaments et la fin de leur souveraineté sanitaire », ajoute la députée FI Mathilde Panot, qui soutient les nationalisations. « Nous devons aussi créer un pôle public du médicament. Il s’agit de biens qui ne peuvent être laissés à la loi du marché », pointe Pierre Dharréville. Le député réclame des réquisitions massives afin d’équiper en masques et protections chaque salarié contraint de sortir de chez lui. Et de développer au plus vite un dépistage massif de la population.

3. Rétablir l’ISF et réaliser une révolution fiscale

L’économie est gravement fragilisée. Le gouvernement a annoncé que les Français allaient « devoir faire des efforts ». Mais lesquels ? Ceux qui en font déjà depuis des lustres ? Ou ceux qui reçoivent sans cesse des cadeaux ? La dette du pays pourrait augmenter demain de 150 milliards d’euros. Faudra-t-il sacrifier toujours plus les services publics, pourtant si utiles, pour rembourser un jour ? Face à cette situation, les parlementaires les plus à gauche de l’Hémicycle appellent à rétablir l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) au plus vite, voire à l’augmenter, et à supprimer la flat tax. De quoi rapporter plus de 5 milliards d’euros par an. Et des dizaines de milliards supplémentaires en créant de nouvelles tranches d’impôt, afin de le rendre toujours plus progressif, en faisant participer chacun selon ses moyens au redressement du pays, sans hausse pour la majorité des Français. Des plans de renégociation de la dette, qui a bondi en 2008 au moment de sauver les banques, peuvent également être échafaudés, et la part illégitime supprimée. Depuis que les Français restent chez eux, on le voit, la création de richesse s’effondre. Les petites mains sont celles qui font tourner le monde, et il apparaît plus que jamais logique de partager les fruits récoltés.

4. Obliger les banques et les assureurs à participer

L’État s’est porté garant pour 300 milliards d’euros de prêts bancaires afin de sauver le tissu économique. Mais la décision de prêter ou non revient ensuite aux banques. Les députés PCF veulent obliger les banques à prêter. Ils revendiquent de bloquer les versements de dividendes aux actionnaires, alors que les députés PS proposent une loi visant à interdire toute aide aux entreprises qui continuent d’en verser. Le gouvernement souhaite aussi mettre les assureurs au pot, pour une somme entre 200 et 400 millions d’euros. Une broutille, alors même que les assureurs ont préparé des contrats qui excluent le risque épidémique. Les parlementaires PS appellent déjà à les faire contribuer à hauteur de 500 millions d’euros. « Il faut aussi modifier les statuts de la Banque publique d’investissement afin qu’elle prenne une part importante à la sauvegarde des entreprises, et mettre en place un audit pour nationaliser les structures stratégiques », mesure l’élu PCF Sébastien Jumel.

5. Déployer un bouclier social

L’urgence, pour le gouvernement, était de déroger au droit du travail pour aller au-delà de sa durée légale, jusqu’à 60 heures par semaine pour les salariés en première ligne. Les députés PCF, en ces temps exceptionnels, exigent de ne pas aller au-delà des 48 heures légales prévues par les normes européennes. Ils demandent aussi le rétablissement des CHSCT en entreprise, l’indemnisation du chômage partiel à 100 % du salaire net au lieu de 84 %, et aussi l’interdiction « de toutes les ruptures de contrat de travail à l’initiative de l’employeur fondées sur un motif lié à la crise sanitaire ». Les insoumis veulent parallèlement « bloquer, au niveau du 1er mars, les prix à la consommation », encadrer les loyers et instaurer la gratuité pour tous « des quantités nécessaires au bien-être pour l’électricité, l’eau et le gaz ». Ils défendent aussi la « prise en charge totale par l’État des frais d’obsèques des personnes décédées du fait du virus ». Tous s’entendent pour maintenir les droits des chômeurs et des intermittents du spectacle.

6. Développer la solidarité internationale

La crise étant mondiale, les députés PCF plaident pour le développement d’une couverture de santé internationale et universelle avec l’ONU et l’OMS, l’augmentation de l’aide au développement, l’annulation de la dette des pays les plus fragiles, en plus d’un cessez-le-feu mondial et de la levée des embargos économiques. Soit l’inverse d’une compétition exacerbée pour obtenir des masques.

7. Instaurer un gouvernement d’unité nationale

Toutes ces propositions auraient pu être étudiées dans le cadre d’un « comité d’urgence nationale » proposé par les communistes et associant l’ensemble des forces politiques. L’exécutif n’en a pas voulu. EELV lui a néanmoins tendu une nouvelle perche en proposant une « grande conférence de sortie de crise » pour apporter des réponses « à la hauteur des accords de Matignon de 1936 et du Front populaire, du Conseil national de la Résistance de 1945 ou encore des accords de Grenelle de 1968 », selon son secrétaire national, Julien Bayou. Un exercice démocratique contraire, jusqu’à présent, à la pratique du pouvoir par le président Emmanuel Macron.

Aurélien Soucheyre
Rétablir l'ISF, nationaliser, relocaliser... Les mesures à prendre de toute urgence pour les députés communistes ! - L'Humanité, Aurélien Soucheyre, jeudi 16 avril
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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 06:09
Après l'interview d'Edouard Philippe - Déconfinement, toujours autant de questions (Julia Hamlaoui, Alexandra Chaignon - L'Humanité, 19 avril 2022)
Dimanche, 19 Avril, 2020
Déconfinement : toujours autant de questions
 
 
Au cours d’une longue intervention télévisée de plus de deux heures, le Premier ministre a livré de menus détails sur l’après confinement. Mais il a surtout saisi l’occasion de faire le service après-vente de la gestion gouvernementale de crise.
 
Ceux qui attendaient de la conférence de presse du Premier ministre de ce dimanche des précisions sur les modalités du déconfinement, annoncé pour le 11 mai par Emmanuel Macron, ont vu leurs espoirs rapidement douchés par Edouard Philippe. Car les détails du plan, dont l’élaboration a été confié à Jean Castex, n’était pas pour cette fois. Lors de cet exercice de « clarté, d'explication », selon sa formule, dont le format a été initié il y a trois semaine, l’hôte de Matignon s’est contenté d’en égrainer les grands « principes ». A savoir : « préserver la santé des Français » et « assurer la continuité de la vie de la nation ».  «  Nous ne sommes pas sortis de la crise sanitaire », a martelé le Premier ministre tandis que Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, a fait part du bilan chiffré de l’épidémie. Le nombre de décès s’élève désormais à 19 718 (dont 395 en 24 heures), 30 610 malades sont hospitalisés (dont 890 nouveaux patients en 24 heures, mais avec un solde négatif de 29) et 5 744 sont en réanimation (dont 137 admissions en 24 heures, avec un solde négatif de 89).
 
Avant d’évoquer les grandes lignes du plan de déconfinement « progressif » qui doit être présenté d’ici fin avril, Edouard Philippe s’est lancé dans le service après vente de la gestion gouvernementale de la crise. Augmentation du nombre de places en réanimation de 5000 à 10 500, production et importation des masques chirurgicaux et FFP2, rapatriement de 160 000 Français depuis l’étranger, respect du confinement (13,5 millions de contrôle et 800 000 infractions constatées)… A l’en croire, tout serait presque parfait. Pourtant, les changements de pied et retards pris notamment sur le matériel (masques, gants, tests, mais aussi médicaments de réanimations et respirateurs) sont légion…
 
Seules annonce réellement concrète, celle faite par le ministre de la Santé, Olivier Véran sur le rétablissement, à partir de ce lundi, d’un « droit de visite pour les familles », « très encadré », dans les Ehpad ainsi que dans les établissements qui accueillent les personnes en situation de handicap.
 
Pour l’avenir, en revanche, rien de précis. Le quotidien à partir du 11 mai « sera différent mais nous retrouverons la liberté à laquelle nous sommes attachés », a déclaré le premier ministre qui en a profiter toutefois pour annoncer « une crise économique qui ne fait que commencer » et qui « sera brutale ». L’occasion pour lui de rappeler, une fois encore, les mesures de sauvegarde prises par son gouvernement (chômage partiel, prêts garantis par l’Etat et fonds de solidarité), ainsi que les mesures d’urgences sociales (prolongation des droits sociaux et aide exceptionnelle de solidarité aux foyers les plus modestes).
 
C’est autour de trois grands « axes » qu’Edouard Philippe et Olivier Véran ont présenté les « hypothèses » de travail quant au déconfinement, à nouveau justifié dimanche par la nécessité de faire repartir l’économie : « respect des gestes barrières », « tester vite et massivement » ceux qui ont des symptômes ou ont eu un contact avéré, « isolement des porteurs du virus ». « Nous allons apprendre à vivre avec le virus », a martelé Edouard Philippe. Ce qui passera par la « prévention ». A défaut de masques chirurgicaux ou FFP2, pour lesquels le ministre de la Santé a reconnu que perduraient des « tensions » dans l’approvisionnement, le port d’un masque « grand public », qui « répondra à des normes » (lesquelles, on n’en sait rien), sera et probablement rendu « obligatoire » dans les transports publics lors du déconfinement. Prévention qui passera aussi par l’augmentation des tests, notamment virologiques (PCR), avec un objectif de 500 000 tests par semaine d’ici le 11 mai. Sachant qu’on en est encore loin… Mais surtout, le chef du gouvernement a insisté sur la « responsabilité individuelle » de cette prévention. « Nous allons tous être acteurs de ce déconfinement ».
 
Enfin, sur la délicate question du retour à l’école, les zones d’ombre du « déconfinement progressif », annoncé par Emmanuel Macron, ne sont pas levées. Seule assertion : « les écoles n’ouvriront pas partout le 11 mai. » Le gouvernement dit réfléchir à plusieurs scenarii, dont une réouverture des écoles « par territoire », en commençant par les zones les moins touchées par le Covid, ou encore par « moitié de classe ». Rien de concret, donc, si ce n’est que « c’est localement que des solutions seront trouvées ».
 
Ce nouvel exercice de transparence n’a peut-être, au final, fait que renforcer ce sentiment que le gouvernement continue de naviguer à vue. Seules les précisions de l’infectiologue Florence Ader, qui pilote l’essai clinique Discovery, auront permis, au moins sur un point, de clarifier l’état des connaissances et études en cours sur le Covid-19. « On va très vite », a-t-elle indiqué, sans cacher les incertitudes (sur les disparités hommes femmes, sur les déterminants des formes graves, sur les causes du faible impact sur les enfants, sur l’immunité, etc.). Des points justement cruciaux pour maitriser la circulation du virus… Et donc d’envisager le chemin du déconfinement.
Dimanche, 19 Avril, 2020
Déconfinement. Beaucoup de questions, peu de réponses

Avec l’annonce du déconfinement le 11 mai, une série d’interrogations se sont fait jour sans que le premier ministre ne puisse, dimanche, totalement les lever.

 

Assurer le service après-vente de l’allocution présidentielle s’est avéré être un casse-tête pour Édouard Philippe, dimanche. Dès le matin, Matignon s’est échiné à prévenir : aucune grande annonce n’est programmée lors de la conférence de presse du premier ministre. D’ailleurs Jean Castex, en charge de l’organisation du déconfinement annoncé pour le 11 mai, assure que le dévoilement de son plan ne se fera pas avant fin avril. Le chef du gouvernement s’est donc livré à un exercice qui se veut « pédagogique », alors que le nombre de décès frôle les 20 000, mais que le total des personnes hospitalisées décroît. Le format, déjà vu trois semaines auparavant, comprenait scientifiques et ministre de la Santé à ses côtés.

La première mise au point est cependant venue de l’Élysée même, à propos du confinement prolongé pour les personnes âgées évoqué par le président lors de son intervention lundi dernier. Devant la levée de boucliers des plus de 65 ans, qui représentent une part non négligeable de l’électorat macroniste, le rétropédalage ne s’est pas fait attendre. « Le chef de l’État ne souhaite pas de discrimination entre nos concitoyens après le 11 mai » et « en appellera à la responsabilité individuelle », a indiqué l’Élysée vendredi soir.

Écoles, port du masque, transports en commun... plusieurs scénarios à l’étude

À l’autre bout de l’échelle générationnelle, la future réouverture des écoles est au cœur des préoccupations. « La reprise à partir du 11 mai sera progressive », insiste sur tous les tons Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale. Plusieurs scénarios seraient à l’étude rue de Grenelle : un déconfinement par tranche d’âge, par catégorie d’élèves ou encore par région. Les uns comme les autres posant une série de problèmes à propos desquels le ministre renvoie au travail en cours. « Nous échangeons actuellement avec les partenaires sociaux, les fédérations de parents, les délégués de la vie lycéenne mais aussi les collectivités territoriales pour déterminer les modalités précises de cet accueil », assène Blanquer, promettant une réponse d’ici deux semaines.

Les collectivités, communes en tête, sont aussi mises à contribution par le président de la République pour « permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public ». Si nombre de villes, départements et régions ont multiplié les commandes et mettent en place des réseaux citoyens pour en confectionner, beaucoup alertent. « La somme de ces initiatives, aussi louables soient-elles, ne nous permettra pas de fournir des masques à tous les habitants au 11 mai », prévient Philippe Bouyssou, maire PCF d’Ivry, dans un courrier au préfet du Val-de-Marne. « Il est indispensable que le rôle des collectivités soit clarifié au niveau national en matière de commande, d’approvisionnement, de stockage et de distribution », demande également le maire EELV de Grenoble, Éric Piolle. De la même façon, le gouvernement est attendu au tournant sur la question des tests ou du traçage numérique, dont l’examen est pour l’instant prévu sans vote au Parlement.

Autre gros nœud de la reprise de l’activité : les transports en commun. Si les grandes villes, à l’instar de Paris, ont prévu de développer les pistes cyclables pour désengorger bus et métro sans saturer la circulation automobile, les opérateurs de transports en commun y estiment impossible le respect de la « distanciation sociale » et recommandent d’y rendre obligatoire le port du masque. Pour l’heure, l’exécutif préfère l’usage du terme « systématique »… À vingt jours du 11 mai, les questions demeurent plus nombreuses que les réponses.

Julia Hamlaoui
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19 avril 2020 7 19 /04 /avril /2020 05:00
Les services publics, les communes : et si les pestiférés d’hier étaient la solution d’aujourd’hui - tribune de Gilles Leproust, maire PCF d'Allonnes, dans L'Humanité, 17 avril
Vendredi, 17 Avril, 2020
Les services publics, les communes : et si les « pestiférés » d’hier étaient la solution d’aujourd’hui

Par Gilles Leproust  Maire PCF d’Allonnes 

 

Ces deux dernières décennies, les Présidents de la République et les gouvernements qui se sont succédés ont eu le même leitmotiv, diminuer la dépense publique donc le nombre de fonctionnaires ainsi que les dotations aux collectivités trop dépensières à leurs yeux. 

J’ai fait partie des élus qui ont alerté, dénoncé et proposé contre ses politiques d’austérité. J’ai participé à de très nombreuses initiatives et manifestations aux côtés d’organisations syndicales et d’associations d’élus. Nous avons été montré du doigt par les « bien-pensants », j’ai fait l’objet de fortes critiques sur « mon irresponsabilité » par des représentants de l’État. 

Aujourd’hui, ils ont « bonne mine » ces accusateurs, défenseurs zélés de la loi de l’argent, des dogmes libéraux! Nous pouvons tous juger à ce jour de leur « grandes compétences»!... pour casser le service public, notamment celui de la Santé. Hier comme aujourd’hui, ils n’ont qu’une seule obsession, refaire redémarrer l’économie sans se préoccuper des conséquences humaines et sociales. Et bien NON Mesdames, Messieurs, trop, c’est trop ! L’urgence est à s’occuper de la santé de nos concitoyens, et de réapprendre à vivre et faire ensemble. 

Les citoyens y sont prêts, nous le constatons chaque jour dans nos communes petites ou grandes, urbaines ou rurales. Nous avons tous de beaux exemples de solidarités concrètes. Dans cette période difficile, les services publics locaux et leurs agents font un travail remarquable. Les invisibles du petit matin comme les femmes de ménage; les éboueurs; les agents de propreté et bien d’autres qui font la démonstration que sans eux, il n’y aurait pas de vie en société. Il en de même des élus locaux dont les maires sont la partie visible. Ils sont depuis un mois en première ligne, répondant bien souvent à la place de l’État aux attentes des habitants qui sont parfois de véritables appels au secours. 

Le Président de la République et son Gouvernement doivent leur apporter des réponses concrètes. Pour ma part, j’en ferai deux. L’une est de décider sans tarder d’une hausse conséquente du point d’indice des fonctionnaires qui se traduirait, au delà des mots aussi sympathiques soient-ils, par une augmentation de leur salaire. L’autre est de conforter la place et le rôle de la commune, notamment en fléchant vers elle une partie des milliards dégagés pour la relance de l’économie. 

Mais au delà de ces mesures de justice sociale, n’est-il pas temps de passer à un autre stade de développement de nos sociétés qui passerait par « l’Humain et la Planète » ? L’objectif étant de ne laisser personnes au bord de la route en France et dans le monde. Utopique me diront certains, pour ma part, je persiste à penser que ce qui fait avancer le monde dans le bon sens, c’est le commun. Cela a été trop oublié ces dernières décennies. 

Dans cette épreuve individuelle et collective, nous avons l’opportunité d’écrire de nouvelles pages de notre histoire humaine. Il n’y a pas de temps à perdre. Plus rien ne sera comme avant, soyons prêts. Je suis persuadé que cela passera par la réappropriation par les usagers du service public, des communes de pleine exercice, un respect de la nature et une démocratie où chacune et chacun aura sa place.

« Je rêvais d’un autre monde » chantait le groupe Téléphone, il y a urgence à le construire ! 

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18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 13:48

 

PCF - D'où vient la dégradation des services publics ?
PCF - D'où vient la dégradation des services publics ?
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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 12:08

Le gouvernement a annoncé plusieurs mesures pour récompenser les efforts de la fonction publique contre l’épidémie de Covid-19. Mais en fonction des métiers et des territoires, le montant de ces primes n’est pas garanti.

France Info fait le point sur la question 

https://www.publicsenat.fr/article/societe/coronavirus-le-flou-autour-des-primes-pour-les-fonctionnaires-181973

Le gouvernement a annoncé plusieurs mesures pour récompenser les efforts de la fonction publique contre l’épidémie de Covid-19. Mais en fonction des métiers et des territoires, le montant de ces primes n’est pas garanti.

Qui touchera une prime et qui n’en aura pas ? Au lendemain des annonces d’Édouard Philippe et d’Olivier Véran en direction des soignants et des fonctionnaires, le flou subsiste.

La mesure phare, le versement de 1500 euros nets d’impôts et de cotisations aux soignants ne concerne pas tout le monde. Léonard Corti, de l’Intersyndicale Nationale des Internes (ISNI), salue un « geste à la hauteur » mais veut rester « vigilant sur la manière dont la prime sera attribuée. »

Des différences selon les territoires

Cette prime de 1500 euros sera versée à tous les personnels hospitaliers dans la trentaine de départements les plus touchés par l’épidémie. Elle sera aussi accordée aux soignants dans des régions moins impactées par le virus, mais où des cas de Covid-19 ont été admis. Ailleurs, la prime sera de 500 euros. L’ensemble des personnels hospitaliers verront leurs heures supplémentaires exonérées de charges et de cotisations, pour un gain estimé à 600 euros par agent selon Olivier Véran.

Dans les départements moins touchés, « ça va être compliqué, dans beaucoup de cas particuliers, de savoir quelle prime verser » prévient Léonard Corti. « Si certains services ont été entièrement reconvertis en ‘Covid +’, on a aussi accueilli des patients infectés dans d’autres services, qui n’étaient pas clairement identifiés ‘covid’. » Le syndicaliste redoute des « différences entre les territoires » et des « frustrations. »

Des primes aussi pour les non-soignants

Les primes ne seront pas versées qu’aux seuls infirmiers et médecins. Agents de service, administratifs, blanchisseuses, personnels de restauration, « tous ont formé un collectif dont l’effort doit être reconnu et valorisé » précise le communiqué du ministère de la santé. « On a le sentiment d’avoir été entendus là-dessus » se félicite Sophie Crozier, du Collectif Inter-hôpitaux, qui redoutait que la prime ne soit versée qu’aux seuls personnels soignants.

« Un hôpital c’est un tout » renchérit Jean-Emmanuel Cabo. Le secrétaire général de FO-APHP reste méfiant : « La dernière fois, on nous avait écrit que tous les agents de la petite couronne étaient éligibles à la prime territoriale. Et on a trouvé des subterfuges, et au bout du bout (...) beaucoup d’agents non-soignants n’ont pas touché leur prime. »

Dans un mail adressé le 16 avril aux syndicats, le directeur de l’APHP Martin Hirsch affirmait pourtant avoir reçu des « assurances fermes » du gouvernement sur le fait que les primes « concernent tout le monde, sans exclusive et sans distinction de métier, de fonction et au même niveau. »

L'exécutif veut aussi étendre le dispositif aux personnels des Ehpad et de l’hôpital privé. « Quid des internes dans le privé non-lucratif ? En ambulatoire ? Il reste pas mal de modalités à éclaircir » juge Léonard Corti, de l'Intersyndicale des internes.

Revendications salariales

Et ce coup de pouce ne dispensera pas le gouvernement d’une revalorisation des salaires à l'hôpital, « gelés depuis 12 ans » rappelle Jean-Emmanuel Cabo, de Force Ouvrière. Par écrit, Olivier Véran s’est d’ailleurs engagé à une « réflexion indispensable et concertée » en la matière dès la crise passée.

Sophie Crozier, du Collectif Inter-hôpitaux, s’en réjouit. « C’est très important. Mais si c’est une revalorisation de 50 ou de 100 euros, ça ne va pas aller. En revanche, si on arrive au moins au niveau moyen des pays de l’OCDE, c’est-à-dire une revalorisation de 300 euros pour une infirmière, oui, ça nous ira. »

Prime au mérite ?

Quant aux agents de la fonction publique d’État, ils pourront bénéficier d’une prime « modulable » allant jusqu’à 1000 euros, a annoncé Édouard Philippe le 15 avril. Un effort que le gouvernement chiffre à 300 millions d’euros pour les caisses de l’État. « On est déçu et mécontent » tranche Mylène Jacquot de la CFDT. Pour cette syndicaliste, « on réintroduit la prime au mérite », le montant alloué à chaque agent n’étant pas fixe.

« Ce qu’on comprend, c’est que suivant les chefs de service, il pourrait y avoir des primes différentes, versées en fonction des métiers, des services ou de l’implication de chacun » décrypte Luc Farre, secrétaire général de l’UNSA-Fonction publique. « Nous disons que tous les agents qui sont sur le terrain doivent pouvoir bénéficier du taux maximum, c’est-à-dire 1000 euros. »

Le gouvernement n’a pas encore confirmé quelles catégories de fonctionnaires allaient bénéficier de la prime. Celle-ci sera versée à 400 000 agents, soit environ 1 fonctionnaire sur 5 a fait savoir Gérald Darmanin sur Europe 1. « On estime aujourd’hui dans la fonction publique d’état qu’il y a entre 40 et 50% des agents qui travaillent, en présentiel ou en télétravail » calcule Mylène Jacquot. « Donc on voit bien qu’il y a un écart. »

Dialogue social

Concernant les agents territoriaux, le gouvernement laisse le choix aux collectivités locales de leur distribuer une prime. « On avait proposé au gouvernement qu’il y ait dans l’ordonnance l’obligation pour chaque collectivité de se positionner » regrette Luc Farre de l’UNSA. « Afin que tous les conseils régionaux, départementaux et municipaux inscrivent à leur ordre du jour la possibilité de verser une prime à leurs agents. »

Résultat : « On pourra avoir sur un même territoire des agents avec des métiers très proches, certains auront une prime et d’autres pas » avance Mylène Jacquot, de la CFDT. Mais la syndicaliste dénonce avant tout le manque de concertation de la part du gouvernement.

« On est dans l’unilatéral, dans l’absence de dialogue, alors que les politiques indemnitaires relèvent des instances de dialogue social. Depuis les annonces du Président de la république sur les primes (le 25 mars, ndlr), on était en demande de dialogue. On a l’impression de se faire claquer la porte sur les doigts. » Un dialogue social qui est pourtant « l’une des conditions pour réussir la sortie de crise » estime-t-on du côté de l’UNSA. 

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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 07:52
Le 11 mai ne peut pas être que la rentrée de celles et ceux qui n’ont matériellement pas le choix ! (réseau école du PCF, 16 avril)

Le 11 mai ne peut pas être que la rentrée de celles et ceux qui n’ont matériellement pas le choix !

Le Président de la République a annoncé la réouverture progressive des crèches, des écoles, des collèges et des lycées à partir du 11 mai, en parallèle d’une reprise des activités économiques, sans qu’une stratégie claire de lutte contre l’épidémie ne soit avancée.

Il est clair que la réouverture des établissements ne permettra pas de respecter les gestes barrière. Comment comprendre qu’on ne puisse pas organiser le bac, mais qu’on puisse rouvrir des classes de maternelles ? Le gouvernement se moque de nous : il ne se préoccupe ni des salarié.e.s ni des familles les plus fragiles et vulnérables. Au contraire, il renonce à les protéger en les exposant les premiers à une extension de l’épidémie. En fait son objectif est de remettre le plus grand nombre de personnes au travail avec comme seul indicateur le seuil de saturation des hôpitaux.
 
Dans ce contexte, de nombreuses familles pensent déjà à déscolariser leurs enfants, pour les protéger et se protéger. Nous ne pouvons pas accepter que le 11 mai soit la rentrée de celles et ceux qui n’ont pas le choix ! 
 

La seule reprise scolaire possible est la reprise conjointe de tous les enfants, lorsque la protection de toutes et tous sera garantie (personnels de l’éducation nationale, personnels des collectivités locales, familles des enfants scolarisés et élèves). Les conditions qui rendront cette reprise possible doivent être élaborée démocratiquement, avec l’ensemble des personnels et leurs représentants, les familles, les élus locaux. L’avis du CHSCT, qui préconise le dépistage de l’ensemble des élèves et des personnels avant la reprise, doit être suivi. Les instances démocratiques doivent être réunies dans de bonnes conditions, à tous les niveaux.

M. Blanquer ne saurait être le ministre de la situation. Son mépris constant, sa mise en place brutale et chaotique des réformes du bac et du lycée, ses mensonges répétés, ont durablement sapé la confiance du corps enseignant. Il doit partir et la reprise doit être accompagnée d’un moratoire sur l’ensemble de ses réformes, sur les suppressions de postes et de classes.
 
L’école ne pourra pas reprendre comme avant: la crise sanitaire révèle à quel point elle a été fragilisée par des années de rigueur budgétaire et de réformes libérales. La reprise devra s’accompagner d’un plan d’urgence pour l’éducation nationale, pour qu’aucun élève ne soit laissé sur le bord du chemin : aménagement des contenus enseignés et des pratiques, plan de recrutement pour permettre un enseignement en groupes réduits, recréer un vivier de remplaçant-e-s, reconstruire des équipes pluri-professionnelles capables d’aider les élèves en difficulté, et garantir la présence dans chaque établissement de personnels médicaux (infirmier-e-s et médecins scolaires). Pour que la rentrée de septembre se fasse dans de bonnes conditions, c’est maintenant qu’il faut créer des postes !

La crise sanitaire et économique que nous traversons nécessite bien plus que du bricolage et de la communication. Elle doit être l’occasion d’un renouveau démocratique et de moyens financiers nouveaux dans l’ensemble des services publics. 

 
Communiqué du réseau école du PCF - 15 avril 2020
 
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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 05:44

 

« Parler du jour d’après » en matière de politique de santé ouvre sur le projet d’une autre société. Au sortir de cette crise, rien ne sera plus comme avant, mais, si les peuples ne s’en mêlent pas, il n’y a aucune automaticité à ce que ce soit pour le meilleur. Les capitalistes veillent, s’adaptent et sont loin de vouloir lâcher leurs privilèges. En France, il n’y a qu’à entendre les déclarations d’un certain nombre de ministres pour en avoir confirmation !

 

 

Quant aux envolées du Président de la République sur les « héros en blouse blanche », il est à craindre qu’elles ne soient suivies d’aucun effet. Les mesures d’urgence contre le Covid-19 en sont une claire démonstration, l’argent annoncé pour répondre à la crise sanitaire n’est rien comparé à celui débloqué pour sauver les grands groupes. Deux poids, deux mesures !

Pourtant, le coronavirus révèle bel et bien l’absurdité et la dangerosité des politiques étatiques et austéritaires menées, dans le domaine de la santé, depuis les ordonnances Juppé. Et cette course aux restrictions budgétaires n’a fait que s’accélérer.

En 2004, la loi Bachelot introduit la tarification à l’activité (T2A) à l’hôpital mettant en concurrence cliniques privées et hôpitaux publics ! En vingt ans, 100 000 lits ont été fermés et en dix ans, ce sont 7 milliards d’euros qui ont été ponctionnés sur le dos des hôpitaux publics.

Les gouvernements successifs se sont éloignés de la conception de notre système de protection sociale solidaire et universelle pour considérer la santé comme une marchandise. L’hôpital devenait alors une entreprise avec, à sa tête, des technocrates obnubilés par la règle à calcul. Toutes les alertes lancées par les personnels, certaines forces syndicales et politiques ont été ignorées, voire moquées. Et de budget de la Sécurité sociale en budget de la Sécurité sociale, notre service public de santé a été mis à genoux.

« Tous les spécialistes en conviennent : le confinement total est le prix du manque de moyens, notamment à l’hôpital, dû à l’incurie des gouvernements qui se sont succédé depuis trente ans. » (1)

Les mêmes politiques ayant été appliquées à l’échelle du monde, les conséquences de ces choix néo-libéraux sont identiques partout. Comment oublier que la Commission européenne ait demandé 63 fois, de 2011 à 2018, aux États membres de réduire leurs dépenses publiques en matière de santé ? Comment accepter le silence aujourd’hui de l’UE, incapable d’apporter une réponse de solidarité, laissant chaque pays s’enfermer à l’intérieur de ses frontières, se livrant à une concurrence impitoyable pour obtenir le matériel indispensable à sauver des vies ?

Alors « le jour d’après », c’est maintenant qu’il se réfléchit.

Les propositions sont nombreuses, les expert·e·s que sont les personnels les ont déjà soumises depuis plus d’un an au gouvernement, via leurs syndicats, leurs collectifs. Nous avons, nous les parlementaires communistes, présenté une proposition de loi sur des « Mesures d’urgence pour la santé et l’hôpital » après notre tour de France des hôpitaux et des Ehpad. Toutes ces propositions dessinent un autre projet de société qui place l’humain au cœur des politiques de santé et qu’il faut imposer maintenant !

Pour y parvenir, les décisions ne peuvent pas être prises par un exécutif aux ordres de la finance. Il faut que la démocratie s’exerce à tous les niveaux en conférant des pouvoirs à celles et ceux qui travaillent dans les hôpitaux, les maternités, les Ehpad, les centres de santé, les cabinets de ville… Le budget de la Sécurité sociale ne doit plus être voté par la représentation parlementaire mais revenir, comme lors de sa création en 1945, dans le giron des partenaires sociaux et doit reposer sur les cotisations patronales et salariales. L’objectif doit être la prise en charge des soins à 100 % par la Sécu.

Mais il faut, en urgence, un plan massif d’investissements pour la santé et les hôpitaux à hauteur de 10 milliards d’euros pour embaucher, former les équipes, augmenter les salaires et rouvrir les lits qui ont été fermés ! Un moratoire sur les fermetures d’établissements et de services doit être voté, comme le stipule l’une de nos propositions de loi présentée, dès 2014, et rejetée par le Sénat. Pour réduire les déserts médicaux, des centres de santé doivent être ouverts sur l’ensemble du territoire. Un véritable partenariat médecine hospitalière et médecine de ville doit être encouragé afin de développer une politique de prévention et d’éducation à la santé.

La crise vécue dans les Ehpad, le mouvement des personnels, bien en amont, pour dénoncer l’indignité infligée à bon nombre de résident·e·s au nom de la rentabilité, doivent contraindre la société à repenser l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie en répondant d’abord à leurs besoins quels que soient leur situation ou leur âge. On l’a vu, cette pandémie a révélé de grandes tensions sur les matériels de protection mais également les médicaments. Il est regrettable que le Conseil d’État ait rejeté les référés d’associations qui demandaient la « réquisition des moyens de production » pour y faire face.

Il est inacceptable que la France, 6e puissance économique mondiale, ne soit pas en capacité de produire ses propres médicaments et que les grands groupes pharmaceutiques utilisent les pays, en voie de développement, pour se faire un maximum de profits ! Plus généralement, il est impératif de sécuriser à nouveau l’approvisionnement des biens nécessaires à nos besoins vitaux par des filières publiques. D’où notre proposition de mettre en place un pôle public du médicament et de la recherche au plan national et européen. Dans l’immédiat, nous proposons de nous appuyer sur les pharmacies centrales de l’AP-HP et du service des armées pour assurer une production nationale, en leur donnant les moyens financiers et humains indispensables.

Toutes ces mesures sont immédiatement finançables, à condition d’en avoir la volonté politique : fin des exonérations patronales et des allègements sociaux, lutte contre l’évasion fiscale, fin du Crédit impôt recherche (CIR), rétablissement de l’ISF !

Nos sociétés viennent d’être ébranlées, nos vies quotidiennes sont bouleversées, le monde entier est à l’arrêt, tout autant qu’il est en ébullition. Profitons de ce moment inédit pour, dès à présent, travailler à la société de demain, avec toutes celles et tous ceux qui aspirent à une nouvelle humanité.

Laurence Cohen, sénatrice, membre du CN.

 

1. André Grimaldi et Frédéric Pierru, « L’hôpital, le jour d’après », Le Monde diplomatique, avril 2020.

 

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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 05:41

 

Comme dans toutes les crises et en partant de problèmes réels, il y a la tentation pour le pouvoir politique en place de restreindre les droits et libertés publiques bien au-delà des mesures sanitaires légitimes, et de mettre en place des systèmes surdimensionnés de surveillance de la population. Dans ce contexte, les grands acteurs des services et de l’industrie du sécuritaire font feu de tout bois pour imposer et vendre leurs solutions technologiques.

 

 

Ils s’appuient sur l’idéologie libérale du solutionnisme technologique : c’est-à-dire qu’au lieu de chercher des solutions et d’affronter la crise dans un cadre politique collectif, on va chercher à dépolitiser les questions, à interdire le débat démocratique et mettre en avant des technologies qui vont faire tout reposer sur la responsabilité individuelle des personnes.

Ce processus a été à l’œuvre à la suite des attentats de 2015. Il a conduit à l’état d’urgence permanent, la dépolitisation des questions, sous couvert de « guerre au terrorisme » (ce qui ne veut rien dire) et d’« essayer de comprendre, c’est excuser, justifier… », tout en investissant massivement dans des technologies de surveillance dont l’efficacité globale est fortement à discuter.

D’une certaine manière le même scénario se reproduit autour de l’épidémie de Covid-19 et en particulier des perspectives de déconfinement. Ainsi, au mépris de l’esprit du règlement général sur la protection des données personnelles, Orange a traqué numériquement les Parisiens qui avaient fui à la campagne, alors qu’une simple mesure de la baisse du nombre de connexions aux antennes-relais de la capitale aurait suffi pour arriver à la même évaluation. Outre l’opération de culpabilisation de comportements individuels critiquables pour mieux cacher l’incurie de l’action gouvernementale, avec cette opération de traçage de masse, Orange s’est positionné sur le marché potentiel des applications numériques de surveillance liées au déconfinement, et bien sûr il n’est pas le seul.

Pour valoriser une opération de traçage numérique des personnes atteintes du Covid-19, on met en avant la réussite de Singapour dans la maîtrise de la pandémie. C’est oublier un peu rapidement que cette réussite repose essentiellement, non pas sur le traçage numérique mais sur un dépistage massif, une prise en charge systématique en quarantaine des personnes positives, un port du masque généralisé, et un nombre de lits, y compris de réanimation, par habitant très supérieur à celui de la France.

Ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas nécessaire de compléter cet arsenal par une application de traçage numérique, mais celle-ci doit respecter strictement le principe de la protection des données personnelles et du consentement. Ce qui implique de ne pas centraliser les données. Ainsi, pour reprendre l’exemple de Singapour, le traçage numérique s’est organisé autour d’une application sur Smartphone permettant de garder une trace des personnes croisées à faible distance dans la journée et qui utilisent aussi l’application. La détection de ces individus se fait par « Bluetooth1 » donc sans avoir recours aux données de géolocalisation. Si après un test ou des symptômes significatifs, vous apprenez que vous avez le Covid-19, vous pouvez alors prévenir les personnes rencontrées afin qu’à leur tour elles se mettent en quarantaine et se fassent tester. Reste que le gouvernement singapourien avait promis la publication du code source de l’application sous licence logiciel libre ; or, pour l’instant il ne l’a pas fait, ce qui pose un grave problème de confiance. En France, une telle application ne pourrait être utile que si elle respectait le consentement individuel et la protection des données personnelles, si elle protégeait le secret médical. Son usage devrait être limité dans le temps et l’espace, et son code sous licence logiciel libre. Elle ne devrait être en aucun cas un outil de relégation sociale ou de discrimination. Elle ne pourrait être qu’un complément résultant d’un choix volontaire et individuel aux mesures fondamentales présidant au déconfinement et non un cache misère technologique de l’absence de tests, de masques, de structures d’accueil des personnes en quarantaine…

Il ne s’agit pas de refuser des mesures exceptionnelles justifiées et proportionnées ; mais la condition de l’efficacité et de la réussite de telles mesures est qu’elles soient consenties car exceptionnelles et limitées dans le temps, dans l’espace. Si notre pays est en situation particulièrement difficile face à cette pandémie, il ne le doit pas à un excès de démocratie et de transparence mais, au contraire, au refus de la démocratie sociale et de l’intervention citoyenne collective. Les enjeux de santé publique comme ceux du numérique et de la donnée ne sont pas technocratiques, ils sont politiques.

Plutôt que de prendre la voie libérale du solutionnisme technologique – tracer, gérer, culpabiliser individuellement, dénoncer à la vindicte populaire les moutons noirs – qui revient à privilégier le capital, les communistes font le choix de l’humain, de la solidarité, et du respect de chacune et chacun. Tisser et promouvoir des réseaux de solidarité avec les livreurs, tous les travailleurs des services publics, les privés d’emploi et de revenu, les migrants, les sans-abri, les soignants, augmenter le nombre de lits à l’hôpital, des masques pour toutes et tous, des tests massifs pour permettre à chacun de connaître son état, prendre soin de soi-même et de son entourage, en se faisant confiance les uns les autres, voilà la seule stratégie gagnante face au Covid-19. Cela passe bien sûr, à terme, à l’opposé de la startup nation, par une renaissance industrielle de notre pays dans tous les domaines.

Yann Le Pollotec, commission Révolution numérique.

 

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15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 09:29
Déconfinement le 11 mai : pas de protection, pas de travail !  (CGT, 15 avril 2020)

Déclaration de la CGT 15 avril 2020

Déconfinement le 11 mai : pas de protection, pas de travail !
Publié le 15 avr 2020
 
Alors que le bilan de l'épidémie du Covid-19 dépasse désormais les 15 000 morts en France, Emmanuel Macron a annoncé lundi un début de déconfinement à partir du 11 mai, accompagné d’une réouverture des écoles, collèges, lycées ainsi que des crèches et, ce, contrairement à l'avis des professionnels de santé.
 

La réalité de l'intervention présidentielle, c'est aussi, le refus d'un dépistage systématique et massif, et l'aveu, avec un seul masque « grand public » disponible le 11 mai, qu’il n'y aura toujours pas suffisamment de protection pour toutes et tous.


Les annonces ont de quoi surprendre et décevoir les corps médicaux et scientifiques qui ont compétence pour parler des modalités de déconfinement ; rien de prévu sur : le retour à un fonctionnement régulier des services hospitaliers, la disponibilité des gels hydroalcooliques et des masques à l’usage des personnels soignants et étendus à l’ensemble des salarié.e.s et de la population, la généralisation des tests, ainsi qu'un système de surveillance épidémiologique opérationnel.


Derrière le masque de la compassion et de l'humilité, Emmanuel Macron a confirmé son choix : celui de la santé financière des entreprises et de l’économie, notamment des plus grands groupes bien avant la santé des salarié.e.s et de la population. Les profits du CAC 40 et les dividendes versés aux actionnaires ne sont toujours pas utilisés pour la solidarité nationale et la sortie de crise sanitaire.


Vous ne pourrez pas aller au restaurant mais les cantines des entreprises et des écoles seront ouvertes ! Pas de rassemblements sociaux mais regrouper 30 élèves dans une classe sans distanciation possible, ce n'est pas un problème pour le Président concernant 12,5 millions d'élèves et 1 200 000 personnels dans l’Éducation nationale.


« Reprenez le boulot », alors qu’une grande partie des carnets de commandes s’effondre. Décidément, le Medef et le gouvernement restent campés sur leur position et refusent de tirer les enseignements de la période pour aujourd'hui et demain.


La récente décision du tribunal de Nanterre obligeant la plateforme Amazon à se limiter à la livraison de produits essentiels démontre, pourtant, que la santé doit primer sur le profit.


La CGT réitère sa demande initiale d'une déclaration d'état de catastrophe sanitaire, afin de faire jouer la solidarité financière des groupes d'assurance qui doit aller au-delà d’un abondement symbolique du fonds de solidarité nationale et profiter à tous les salarié.e.s, TPE et artisans.


La CGT exige l'indemnisation de l'activité partielle à hauteur de 100% du salaire, le retrait des dispositions régressives de la réforme de l'assurance chômage (seuil de déclenchement des droits, dégressivité de l'indemnisation, etc.) et la prolongation des droits à l'assurance-chômage au-delà du confinement ; ne serait-ce qu'au regard des nombreuses professions qui ne pourront reprendre dans les activités de loisirs, du tourisme, du spectacle, etc. et de l'état de la situation de l'emploi au sortir de la crise sanitaire.

 

Montreuil, le 15 avril 2020

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15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 07:21
Thomas Portes - Comment parler de « jours heureux » quand on remet en cause les 35h, passe la journée de travail à 12H ou supprime des jours de congés aux salariés ?

Sur le discours du président Macron de lundi soir, un texte percutant de Thomas Portes, dirigeant national du PCF en charge du collectif des cheminots, auteur de "Au cœur de la haine", livre enquête sur l'extrême-droite, militant antiraciste, antifasciste, sur son blog hier-

https://thomasportes.com

Comment parler de « jours heureux » quand on remet en cause les 35h, passe la journée de travail à 12H ou supprime des jours de congés aux salariés ?

 

On nous promettait du Churchill, on a eu du Emmanuel Macron. On nous promettait des annonces, on a eu des généralités. 11 Mai. Sans doute le chiffre de l’année. Voilà la seule nouvelle annoncée hier soir par le Président de la République. Mais une date, si elle fixe un horizon, soit dit en passant indécis, ne fait pas une politique. Si le Chef de l’État a battu hier un nouveau record d’audience, c’est que les français attendaient de vraies réponses. Nous sommes loin, très loin du compte. Si on constate un changement de ton, terminé le chef de guerre, aucun mea culpa, ni remise en cause du système.

Ce n’est pas dans l’ADN du macronisme. Pourtant certains éditorialistes, à peine l’allocution terminée, se sont empressés de souligner « la grandeur de son discours ». On n’a pas dû regarder la même chaine. Plutôt que d’assumer ses responsabilités Emmanuel Macron a eu cette phrase : « comme vous j’ai vu des ratés, des lenteurs ». Mais une différence notable semble lui avoir échappé. « Nous » pour notre part nous ne sommes pas aux affaires, lui oui. Quand nous somme de simples spectateurs, il est l’acteur principal de la stratégie du gouvernement. Le limogeage express du directeur de l’ARS de la Région Grand Est, fusible de la macronie, relève de la même stratégie. Faire payer aux autres ses propres turpitudes. Le plan de restructuration de l’hôpital de Mulhouse n’était-il pas validé par la ministre de la santé de l’Époque, Agnès Buzyn, donc par le Président de la République ?

 

« En 26 ans la densité de lits d’hôpitaux pour 1000 habitants a diminué de 48 % en France ».

 

Jouant la carte de la séduction, Emmanuel Macron osera même une introspection personnelle à voix haute : « Étions-nous préparés pour cette crise? A l’évidence, pas assez ». Nous n’étions pas préparés du tout ! Pourtant les alertes avaient clignoté de tous les côtés depuis 10 ans. Hôpital, industrie, recherche … tout a été bradé, délocalisé ! En 20 ans, 60.000 places d’hospitalisation à temps complet ont disparu. Les hôpitaux publics, eux, sont passés de 400.000 lits en 1981 à 260.000 en 2011. En 26 ans la densité de lits d’hôpitaux pour 1000 habitants a diminué de 48 % en France. Cela ne doit rien au hasard. Ce sont des choix politiques et stratégiques qui nous ont menés dans le mur.

Alors que la situation des EHPAD, et en particulier la mort dans un isolement total, avait soulevé une vague d’indignation, le Chef de l’État a annoncé sa volonté que « les hôpitaux et les maisons de retraite puissent organiser pour les plus proches la visite pour leurs proches en fin de vie pour pouvoir leur dire adieu ». Là aussi pourquoi avoir attendu si longtemps ? C’est un véritablement déchirement de voir nos anciens partir seuls, loin de leurs proches, de leurs familles, de leurs enfants. On nous répétait en boucle que cela n’était pas possible pour des questions de sécurité sanitaire. Et pour le salarié d’Amazon qui côtoie des dizaines de collègues au quotidien, là il n’y a pas de risque peut être ?

« Quelle hypocrisie d’utiliser la réouverture des écoles pour renvoyer les gens au boulot, sans aucune garantie sur les mesures de protection »

 

En réalité le 11 mai répond à une exigence unique, celle de relancer l’économie. Le MEDEF peut sabrer le champagne, ses sorties médiatiques ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. La priorité de l’exécutif est claire. D’abord l’argent, après la santé. Comment va s’organiser ce 11 mai ? On n’en sait rien. Dédoublement des classes ? Quels moyens de protection sanitaire ? Cantine ? Quelle hypocrisie d’utiliser la réouverture des écoles pour renvoyer les gens au boulot, sans aucune garantie sur les mesures de protection.

« Combien de tests pas jour ? Aucune réponse »

Et les tests ? Va-t-on revivre l’épisode des masques ? Afin d’éviter un nouveau psychodrame, Emmanuel Macron a annoncé que d’ici le 11 mai la France serait « en capacité de tester toute personne présentant des symptômes ». Un choix curieux, pour ne pas dire irresponsabilité, quand on sait qu’une des particularités de ce virus c’est qu’il existe des porteurs asymptomatiques susceptibles de contaminer les autres. La communauté scientifique le réclame unanimement, il faut un dépistage massif. En vérité, le gouvernement est coincé. Il ne peut répondre à cette exigence car notre capacité de production de tests est extrêmement faible. Combien de tests pas jour ? Aucune réponse.*

Sur les masques, l’État « en lien avec les maires, devra permettre à chacun de se procurer un masque grand public pour les professions les plus exposées ». Ici encore la terminologie est importante. Permettre ne veut pas dire obligatoire. Quant au port obligatoire du masque pour tous, le président refuse toujours d’y souscrire.

Ce discours, le 4èmedepuis le début de la crise sanitaire, ne reste pas dans les annales de la politique. Il est pour moi loin d’être à la hauteur. Le 25 mars dernier Emmanuel Macron promettait « un plan massif pour l’hôpital ». Depuis silence radio, aucun chiffre, aucune annonce. Quelques semaines après nous avions droit au chapitre sur « la souveraineté industrielle et la relocalisation ». Là aussi, on attend toujours la nationalisation de Luxfer ! Pour l’avenir, le Président promet « de se réinventer ». Qui va croire cela tant le Président des riches aura passé son début de quinquennat à détruire notre modèle social.

 

Comment parler de « jours heureux » quand on remet en cause les 35h, passe la journée de travail à 12H ou supprime des jours de congés aux salariés ?

 

Et c’est oublier un peu vite les ordonnances prises au début de la crise. Comment parler de « jours heureux » quand on remet en cause les 35h, passe la journée de travail à 12H ou supprime des jours de congés aux salariés ? Du bout des lèvres, le Président a évoqué « une aide exceptionnelle aux familles les plus modestes avec des enfants afin de leur permettre de faire face à leurs besoins essentiels ». Quel montant, dans quel délai ? Nous ne savons pas.

On peut accorder une chose au Président, il a fait un vrai discours politique, sans la condescendance habituelle. Le choc de la crise passée, la bataille politique va s’engager. Des lignes de ruptures vont apparaitre. Car au fond une question va dépasser toutes les autres. Qui va payer la crise ? En Argentine, le gouvernement va instaurer une taxe sur les 200 personnes les plus riches et les 200 plus grosses entreprises. En Espagne on met en place un revenu universel. Et en France ? On réouvre les écoles pour envoyer les parents bosser pour le MEDEF.

Un sujet préoccupe de plus en plus les françaises et les français, le paiement du loyer. Si le gouvernement annonce des aides supplémentaires pour les entreprises, rien pour les particuliers. Ce sujet monte de plus, en France comme dans le monde. Au Canada des locataires organisent la grève des loyers, en Espagne des syndicats et collectifs de locataires viennent de lancer eux aussi la grève des loyers,en Italie les associations de locataire demandent en urgence la création d’un fond d’urgence pour payer les loyers. En Allemagne, le Parlement a adopté fin mars une loi qui interdit pendant deux ans les expulsions pour des loyers qui seraient impayés entre avril et juin. Et en France ? Rien. C’est pour imposer ce sujet dans le débat que la CNL vient de lancer une pétition pour demander« un fonds d’indemnisation des habitants ».

« Les nouveaux jours heureux » passeront par un rapport de force politique et social d’ampleur. Ils nécessiteront aussi rupture, transparence et clarté. Et ce n’est pas gagné quand on voit la tribune du jour intitulée « En Europe, il nous faudra développer un modèle de prospérité ». Une tribune signée par plusieurs Ministres du gouvernement (Borne, Wargon), 37du CAC40 (L’Oréal, Ikea, Coca-cola, Suez, Danone, Unilever, Volvo, Nestlé, Engie…) et … Yannick Jadot. C’est une forme de clarification. Il faudra assumer.

 

Lire aussi:

Soutien à notre camarade Thomas Portes mis en procès par le groupuscule d’extrême droite Génération Identitaire.

Samedi 8 Février à 10H30 autour d’un café au local de section du PCF. 5 Rue Henri Moreau, 29200 Brest, suivie d'une participation au forum social brestois de réflexion et formation sur la lutte contre l'extrême-droite. Thomas Portes occupe actuellement le poste de chef de cabinet du maire (PCF) de Champigny (Val-de-Marne), il est responsable national du PCF en charge du collectif des cheminots, syndicaliste CGT et auteur de « Au coeur de la haine ». C’est au printemps 2018 que Thomas Portes s’est vu assigné en justice par Génération Identitaire suite à un tweet où il réagissait et l’opération anti migrants du col de l’Echelle. Cette assignation n’était pas un hasard, mais le fruit d’une démarche réfléchie et assumée visant pour Génération Identitaire, à se mettre en scène sous les feux

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