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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 04:54
L’absence de dépistage massif : le marqueur du retard sur la prise de décision gouvernementale - Florent Le Du et Diego Chauvet, L'Humanité, 10 avril 2020
Vendredi, 10 Avril, 2020 - L'Humanité
L’absence de dépistage massif : le marqueur du retard sur la prise de décision gouvernementale

Dans ce domaine, la France a commis des erreurs lourdes de conséquences. Détecter l’immunité de la population paraît indispensable pour envisager et mettre en place le déconfinement.

 

« Tester, tester, tester ! » La consigne, martelée depuis plus d’un mois par l’OMS, aura mis du temps à être respectée. Après plusieurs semaines de déni, entre février et mars, le gouvernement français a fini par revoir sa stratégie pour passer d’un « usage rationnel » des tests à un « dépistage massif ». Un revirement devenu quasi obligatoire, notamment dans la perspective du déconfinement. Pour l’heure, le test PCR est le seul à pouvoir être réalisé en France pour dépister le Covid-19. Par prélèvement nasal, il permet de repérer la présence du génome viral, donc de la maladie au moment du test.

Objectif : 50 000 tests PCR quotidiens pour la mi-avril

Actuellement, environ 12 000 tests PCR sont réalisés chaque jour, contre 4 000 il y a encore trois semaines, avant le changement de doctrine. Lundi, Olivier Véran a annoncé un objectif de 50 000 tests quotidiens pour la mi-avril . « Il faudrait atteindre le niveau de l’Allemagne, qui réalise entre 300 000 et 500 000 tests par semaine, mais pour l’instant, ce n’est pas possible, à cause d’une pénurie de réactifs », détaille Bernard Binetruy, directeur de recherche à l’Inserm. Le réactif est le composé qui réagit si le virus est présent dans l’échantillon prélevé – il est produit principalement en Chine et aux États-Unis. Pour avoir choisi de tester peu, les autorités sanitaires françaises n’ont pas anticipé une augmentation nécessaire de l’importation de ces produits.

L'intérêt des tests sérologiques

Il y a pourtant urgence à démultiplier les dépistages, afin d’isoler les malades, notamment ceux hospitalisés ou vivant dans des centres d’hébergement collectif. « Ces isolements seront aussi utiles pour envisager la suite de l’épidémie et envisager le déconfinement, explique Bernard Binetruy. En parallèle, un dépistage massif par des tests sérologiques reste indispensable. » Ces tests, effectués par prélèvement sanguin, visent à détecter si une personne a développé des anticorps contre le virus, plusieurs jours après avoir contracté la maladie. Quand le PCR dévoile si une personne est atteinte aujourd’hui du Covid-19, le test sérologique permet, lui, de détecter l’immunité de la personne. L’intérêt sera individuel : les personnes immunisées pourraient ne plus être obligées de se confiner. Mais aussi collectif, en permettant d’évaluer l’avancée de l’épidémie et l’immunité générale de la population. 

Détecter l’immunité, étape incontournable 

« On estime que, pour pouvoir mettre fin à l’épidémie, il faut que 60 % de la population soient immunisés, détaille Bernard Binetruy. Quel que soit le scénario de déconfinement choisi (progressif, par étape, par région…), il sera nécessaire d’avoir une image globale de l’immunité de la population dans le temps, pour maîtriser à la fois le déconfinement et l’épidémie elle-même. Il faudra donc dépister le plus de personnes possible. »

Ces tests sérologiques ne sont pas encore disponibles mais la PME bretonne NG Biotech, qui se présente comme la « seule » entreprise approuvée en France à commercialiser un test « rapide », espère pouvoir fournir ses 500 000 premiers exemplaires en mai, et poursuivre avec un objectif de 6 millions de tests en six mois. Pas encore suffisant pour un dépistage vraiment massif. Ce qui pourrait prolonger d’autant le confinement.

 
Vendredi, 10 Avril, 2020
Manque de masques, de tests, et d'anticipation... Pourquoi le confinement va durer

Quelles que soient ses modalités et son échéance, la fin du confinement dépend d’outils encore indisponibles, rendant très incertaine l’issue de la crise sanitaire.

 

Alors qu’Emmanuel Macron doit à nouveau prendre la parole devant les Français lundi 13 avril, les espoirs de ceux qui pensaient entrevoir une date limite au confinement sont douchés pour un bon moment. Le 7 avril, devant l’Assemblée nationale, le premier ministre Édouard Philippe a prévenu : « Aujourd’hui, c’est l’heure du confinement. Et l’heure du confinement va durer. » Mercredi, en annonçant la prise de parole du président de la République pour le 13, il était désormais acquis pour le pouvoir qu’il allait falloir jouer les prolongations. Mais alors, quand les autorités seront-elles en mesure d’entamer un déconfinement, fût-il progressif ?

Les choix politiques antérieurs à la crise

La réponse est à ce jour quasiment impossible à donner. Non parce que la pandémie serait en elle-même imprévisible, mais parce que son issue dépend avant tout de la mise à disposition d’outils qui n’existent pas encore, du fait de choix politiques antérieurs à la crise sanitaire. Pour déconfiner la population, et en l’absence de vaccin, le gouvernement doit d’abord savoir où en est exactement l’épidémie sur le territoire national : quelle proportion de la population a été contaminée et donc immunisée. Les épidémiologistes estiment qu’il faut que 60 % à 70 % de la population ait rencontré le virus pour obtenir une « immunité collective » et entrevoir la fin de l’épidémie.

Des milliers de cas passés en dessous des radars

Or, à ce jour, les seuls indicateurs fiables sortent des hôpitaux. Il s’agit des cas avérés, c’est-à-dire testés, du nombre de personnes en réanimation et en service de soins intensifs, du nombre de décès… Autrement dit, il s’agit d’informations partielles. On sait que ce virus est très contagieux, et qu’il peut être asymptomatique ou ne donner que des symptômes bénins. Des milliers de cas passent donc en dessous des radars, tandis que le recensement du nombre de décès dans les Ehpad n’a démarré que depuis une semaine.

En conséquence, les hypothèses de sortie du confinement se sont considérablement compliquées. Le pic épidémique était jusqu’ici attendu en France pour le milieu du mois d’avril. Une étude réalisée par le groupe Boston Consulting est plus pessimiste : elle situerait ce pic un mois plus tard, à la mi-mai. Et envisagerait donc une fin du confinement entre la mi-juin et la fin juillet… Pour les scolaires, l’hypothèse d’une reprise des cours seulement en septembre est même évoquée.

Les différents scénarios de sortie du confinement

Interviennent ensuite les différents scénarios de sortie du confinement. D’abord, le « stop and go » : une alternance entre période de « distanciation sociale », telle qu’elle est en vigueur depuis le 17 mars en France, dès que les admissions aux urgences augmentent, et retour à la vie normale. Ensuite, le déconfinement en fonction des tranches d’âge : les plus âgés, plus vulnérables au virus, resteraient confinés plus longtemps afin de limiter le nombre de décès. Enfin, il reste le scénario d’un déconfinement au cas par cas : confiner les malades avérés et leur entourage, déconfiner ceux qui ont guéri ou ne sont pas porteurs.

Un dépistage massif ? Pas avant juin...

Cette hypothèse ne serait possible qu’à l’aide, d’une part, d’un dispositif de traçage des malades et de leurs contacts grâce à des applications sur smartphone, utilisé en Chine et en Corée du Sud et étudié par le gouvernement en France sur la base d’un engagement volontaire. D’autre part, il dépend de l’existence et de la disponibilité massive des tests rapides. Cinq millions de ces tests sont actuellement commandés selon Olivier Véran, le ministre de la Santé, ce qui devrait permettre un dépistage de 100 000 personnes par jour… mais pas avant le mois de juin.

Outre la crise sanitaire qui se rallonge donc pour une durée indéterminée, ce sont ses conséquences économiques qui s’en trouvent de moins en moins calculables. Après trois semaines de confinement, la Banque de France annonçait déjà 6 % de récession pour le PIB français au premier trimestre de 2020.

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 15:34
Coronavirus. 75 mesures d’urgence listées par des députés communistes (Ouest-France  -  09/04/2020)
Ouest-Franc
Coronavirus. « 75 mesures d’urgence » listées par des députés communistes

Publié le

Pour faire aux conséquences de la crise du Coronavirus, des députés du parti communiste et du groupe de la Gauche démocratique et républicaine proposent près de « 75 mesures d’urgence. » Parmi les propositions fortes, un « plan de soutien de 10 milliards d’euros aux hôpitaux publics », ou encore l’organisation d’une campagne de dépistage systématique du virus.

Les députés communistes et leurs alliés ultramarins du groupe de la Gauche démocratique républicaine proposent jeudi 75 mesures d’urgence pour faire face aux conséquences sociales et économiques de l’épidémie de covid-19 qui ont vocation à être immédiatement applicables.

Ces propositions qui se veulent une première étape, visent à protéger la santé, les conditions de vie de nos concitoyens ainsi que la démocratie de notre pays, indiquent les élus dans un document transmis à la presse listant leurs propositions.

Parmi celles-ci, regroupées en chapitres (urgence sanitaire, sociale, économique, démocratique…) figurent un plan de soutien de 10 milliards d’euros aux hôpitaux publics, des mesures de réquisition d’entreprises pour fabriquer des produits sanitaires manquants (masques, gants, gel hydroalcoolique, bouteilles d’oxygène…) ou encore l’organisation d’une campagne de dépistage systématique du coronavirus.

Répondre également à une « urgence économique » et « démocratique »

Au chapitre de l'urgence sociale, les élus communistes plaident pour le retrait définitif de la réforme de l’assurance chômage, une indemnité de chômage partiel à hauteur de 100 % du salaire net ou encore la suspension immédiate des dérogations en matière de droit du travail en période d’urgence sanitaire.

En matière d'urgence économique, ils proposent par exemple une concertation avec les partenaires sociaux pour dresser, par décret, une liste des secteurs utiles à la nation, les autres devant être arrêtés et les salariés indemnisés. S’y ajoutent des mesures en matière de solidarité, comme la gratuité des transports en commun et des péages pour aider les salariés qui travaillent.

Au titre de l'urgence démocratique, ils évoquent notamment l’idée d’un nouveau droit d’interpellation, qui permettrait à un groupe de demander à entendre un ministre en commission.

D’autres mesures concernent l’éducation et la culture, afin notamment de garantir les droits des intermittents, la justice, avec par exemple la suppression de l’allongement des délais de la détention provisoire, ou encore la diplomatie.

Certaines de ces mesures transitoires ont d’ores et déjà été portées et défendues par le groupe, notamment lors de l’examen des projets de loi d’urgence fin mars, précisent les députés.

https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-75-mesures-d-urgence-listees-par-des-deputes-communistes-6804184

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 14:51
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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 06:42
Covid_19 : Il n'y aura pas de victoire sur la pandémie en sacrifiant les migrants (PCF, 11 avril 2020)
Publié le 11/04/2020 par PCF
Covid_19 : Il n'y aura pas de victoire sur la pandémie en sacrifiant les migrants

Tout le monde s’accorde à dire que la pandémie du Covid-19 amplifie les inégalités. De nombreux gouvernements en Europe appellent à la solidarité, appellent la population à faire « bloc » pour lutter contre cette pandémie. Mais derrière ces mots, des populations sont oubliées et, entre autres, les personnes migrantes.

Une fois de plus, l’UE est incapable de s’accorder sur ce sujet, incapable de faire preuve de solidarité, d’humanité et peut-être même incapable d’aborder le sujet.

Et pourtant, les conditions sanitaires des demandeurs d’asile en Grèce sont sordides, indignes depuis des mois. Le gouvernement conservateur grec a suspendu le droit d’asile et a remplacé les « camps » existants sur les îles en centres de détention fermés. Des lieux où il sera totalement impossible de contenir l’épidémie du coronavirus. L’accès à l’eau est très insuffisante pour permettre les règles d’hygiène nécessaire et la surpopulation rend totalement impossible la distanciation sociale imposée pour réduire les risques de transmission. Ce sont des dizaines de milliers de personnes abandonnées sans défense contre le virus. Plusieurs détenus du centre de rétention administrative de Moria sur l’île de Lesbos viennent d'entamer une grève de la faim pour alerter sur leur situation que le gouvernement grec qualifie lui-même de "bombe sanitaire".

Au même moment, l’Italie ferme de nouveau ses ports à un bateau de l’ONG allemande Sea Eye qui a, à son bord, 150 migrants en utilisant l’argument de l’épidémie.

La France refuse de libérer les personnes détenues en centre de rétention administrative alors que toute demande d’asile, tout recours sont impossibles durant l’état d’urgence sanitaire mais elle accepte volontiers le renfort de personnes en attente de régularisation pour aider les producteurs de fruits et légumes à ramasser leur récolte.

Ce n’est pas le virus qui aggrave les inégalités mais plutôt les politiques de discrimination, et le mépris.

Le Portugal a annoncé il y a quelques jours une régularisation temporaire de tous les immigrés présents dans le pays en raison de la pandémie. Cela leur permet d’accéder à des droits sociaux et au système de santé pendant la période d’impossibilité d’examens des dossiers administratifs. C’est un premier pas, certainement insuffisant mais intéressant tout de même qui devrait inspirer l’Union européenne.

Le Parti communiste français demande au gouvernement d’examiner au plus vite la possibilité de régularisation des sans-papiers présents sur le territoire national et leur permettre d’accéder aux droits sociaux et droit à la santé.
Le PCF demande la libération de toutes les personnes détenues en centre de rétention administratif pour leur permettre de se protéger au mieux du virus.

L’heure est à la solidarité avec toutes et tous sans laisser personne de côté.

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 13:16
COVID 19 - Adresse de Fabien Roussel et du PCF aux salarié.e.s (avril 2020)
COVID 19 - Adresse de Fabien Roussel et du PCF aux salarié.e.s (avril 2020)
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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 13:13
Signez la pétition Le Jour d'après - Défendons ensemble des mesures urgentes et de long terme pour la justice sociale et climatique
Défendons ensemble des mesures urgentes et de long terme pour la justice sociale et climatique


Tirons les leçons de la crise actuelle et pallions aux dysfonctionnements générés par les politiques menées depuis des années. 
La protection et la promotion des services publics doit être une priorité, dès aujourd’hui et pour demain. Ils sont les garants de notre santé, de notre éducation, de notre avenir. Ils sont les meilleures armes face à des inégalités croissantes et les garants du respect des droits fondamentaux. Les protéger, c’est investir dedans. C’est aussi revaloriser les personnes qui y travaillent et leur donner les moyens d’agir. 

La crise sanitaire actuelle est une loupe grossissante d’inégalités criantes.

Nous ne pourrons accepter que les choix politiques qui seront faits viennent les accentuer. Ils devront au contraire les réduire, en priorité pour les femmes, aujourd’hui en première ligne de la crise, et pour les plus vulnérables, en France et dans le monde. 


Enfin, nous voyons aujourd’hui toute la violence humaine et sociale d’une crise qui a pris nos sociétés de cours. Ne faisons pas la même erreur face à la crise climatique, dont les effets se font déjà sentir fortement et qui seront encore plus dévastateurs à l’avenir.

Les choix faits pour demain ne doivent en aucun cas privilégier le court terme, et sacrifier la planète à une croissance « coûte que coûte ». Une autre voie est possible, et ensemble, nous pouvons la défendre. 

Aujourd’hui, nous avons le pouvoir de construire le monde de demain, pour qu’il soit  le reflet de nos aspirations : un monde plus juste, durable et solidaire.  

Ne laissons pas les décisions se prendre sans nous et contre nous. Nous avons le pouvoir citoyen.

 

*Pétition à l’initiative de : Action Non-Violente COP 21, Alternatiba, Attac France, CCFD Terre Solidaire, Confédération paysanne, CGT, Convergence nationale des Services Publics, Fédération syndicale unitaire (FSU), Fondation Copernic, Greenpeace France, les Amis de la Terre France, Oxfam France, Reclaim Finance, Unef, Union syndicale Solidaires, 350.org. Pétition soutenue par : Action Aid France, Fidl, Il est encore temps, Le mouvement, MNL, Notre affaire à tous, Partager c’est sympa, SOL, Syndicat des Avocats de France, Syndicat de la Magistrature, UNL.

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 12:37
Production et commerce des armes : loin des urgences, loin des besoins essentiels (CGT)

Production et commerce des armes : loin des urgences, loin des besoins essentiels

Notre pays traverse une crise sans précédent.
Le monde du travail est frappé de plein fouet, ce qui ne l’empêche pas d’assumer chaque jour ses
responsabilités, notamment pour soigner les malades et assurer les besoins essentiels.
Chaque jour qui passe conduit à mesurer davantage l’ampleur des ravages des politiques d’austérité en particulier en matière de santé. Alors que les hôpitaux sont fortement sollicités, pour beaucoup saturés, alors
que la pénurie en matériels de protection touche y compris les personnels soignants, il y a urgence à prendre
des mesures fortes pour protéger la santé du plus grand nombre et éviter, autant que possible, l’engorgement du système de santé.
Depuis plus de trois semaines, la CGT demande l’arrêt des activités non-essentielles à la satisfaction des besoins vitaux de la population.
Dans de nombreux secteurs, les employeurs, encouragés par le gouvernement agissent dans un sens
diamétralement opposé. Il en va ainsi des entreprises et du ministère des Armées dans le domaine de la
production d’armement.
Si la CGT reconnaît le rôle spécifique de l’industrie de défense dans le maintien de la souveraineté nationale,
et estime que les réponses aux besoins essentiels de soutien des forces soient assurées en cette période est
acceptable, elle affirme que les développements et la production de matériel neuf peuvent attendre.
Parmi les exemples les plus révoltants, nous relevons celui de l’usine Dassault d’Argonay (Haute-Savoie) que
l’avionneur a redémarré le 6 avril pour honorer les commandes de chasseurs Rafale passées par l’Inde ou
encore la direction d’Eurenco qui continue à vouloir redémarrer la fabrication d’explosifs militaires sur le site de Sorgues, au mépris tant de la santé des salariés que des risques supplémentaires de saturation de nos hôpitaux.
D’autres unités de production d’armement poursuivent leur activité ou sont en phase de redémarrage, comme à Safran, Naval Group ou dans les secteurs étatiques comme le Service Industriel de l’Aéronautique.
Entrainant également les entreprises sous-traitantes et travaillant à des productions du domaine militaire, les
groupes donneurs d’ordres participent ainsi à la mise en risque de salariés dont l’activité ne relève pas de ce
que nous identifions comme étant essentiel à la marche de la nation et à la préservation des populations. Parfois même, des entreprises se découvrent une production de nécessité, alors que leur activité principale relève du matériel destiné aux armées et que toutes nos propositions de maintien d’activité de diversification étaient, hier, balayées au nom de la rentabilité.
Alors que la France et la planète font face à une pandémie ravageuse, la CGT, ses Fédérations des Travailleurs
de la Métallurgie et de l’État, affirment avec force que la production militaire n’est pas une priorité. Elles
considèrent que la crise en cours doit être l’occasion de redéfinir les finalités de la production industrielle et
d’engager la réorientation d’unités de production vers les besoins vitaux actuels pour les populations.
La France étant devenue en 2019 le troisième pays exportateur d'armement au monde, ce secteur industriel,
largement soutenu par les budgets étatiques, possède les moyens financiers et humains d’opérer ces choix
novateurs, en phase avec les besoins de la période. Nos organisations rappellent que, par exemple, la CGT
porte depuis plus de 8 ans au sein du groupe Thalès un projet industriel de reconstruction d’une filière d’imagerie médicale en France. Elle s’appuie sur des savoirs et savoir-faire qui pourraient avoir de réels débouchés pour développer des solutions rapides et efficaces de diagnostic, améliorer via l’intelligence artificielle les procédures de diagnostic, les détections en imagerie. Il s’agit d’un projet qui serait un apport tout à fait adéquat concernant la pandémie actuelle. La CGT de Dassault Aviation porte, elle, la revendication de diversifier ses activités vers des projets dans les domaines de l’éolien ou de l’hydrolien. Ces quelques exemples concrets de véritables projets industriels répondent aux besoins du pays et de l’humanité, à partir d’atouts industriels maitrisés par un personnel hautement qualifié.
La CGT, ses Fédérations des Travailleurs de la Métallurgie et de l’État, exigent une nouvelle fois que les
pouvoirs publics et le patronat agissent dans le sens de la priorité qui doit être donnée à la vie. Dans le secteur de la Défense comme ailleurs, les activités dites essentielles doivent être mieux définies en concertation avec les représentants du personnel.
Elles exigent l’arrêt, jusqu’à nouvel ordre, de toutes les unités de production ne concourant pas à la satisfaction des besoins vitaux de la population, notamment de toutes les activités visant à l’exportation d’armes.
Elles demandent la réquisition des stocks de matériels de protection détenus par le patronat, dans ces unités
de production, et leur affectation aux personnels soignants et travailleurs des secteurs essentiels.
Elles demandent la reconversion et la diversification provisoires, voire pérennes, des unités de production
pouvant engager rapidement la fabrication des matériels médicaux utiles à la santé de nos concitoyens et des populations mondiales.

Montreuil, le 9 avril 2020

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 10:09
Jeudi, 9 Avril, 2020
Témoignages d'aides à domicile, ces autres « première ligne » que l’État oublie...

Indispensables aux personnes dépendantes - qu’ils tiennent, par leurs soins, éloignées des hôpitaux -, ces personnels restent largement sous-payés et souvent peu protégés. Ils racontent leur quotidien.

 

«  S i on ne va pas les voir, les personnes dont on s’occupe vont mourir », résume Bruno Evenor. Depuis le début de l’arrivée du coronavirus à Strasbourg, cet auxiliaire de vie se démène pour continuer ses visites quotidiennes aux personnes âgées et handicapées dépendantes dont il a la charge. Courses, nourriture, habillage, douches, changes : sa présence est indispensable. « Au départ ça a été compliqué. Certains bénéficiaires n’avaient plus rien à manger. On n’avait pas encore reçu de bons et j’ai dû prendre sur mes deniers pour assurer le minimum », explique Bruno, qui gagne 800 euros net par mois pour 26 heures de travail hebdomadaire. Comme lui, des millions de salariés du secteur de l’aide à la personne, à domicile, tentent depuis le début de la crise de maintenir en bonne santé des personnes très fragiles. « Leurs salaires sont très bas et ils sont envoyés en première ligne sur le front de la crise sanitaire », s’offusque Stéphane Fustec, conseiller fédéral en charge du service à la personne à la CGT.

« J’ai l’impression d’envoyer des soldats au front sans protection »

« L’aide à domicile, c’est un rempart. Si on veut éviter que les gens finissent à l’hôpital, il faut que ceux qui prennent soin d’eux soient protégés. Mais il y a eu du retard à l’allumage sur l’aide à domicile », explique Laurène Dervieu, conseillère personnes âgées et en situation de handicap à l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss), qui fédère les principaux acteurs associatifs du secteur. La distribution de masques y a été encore plus tardive et parcimonieuse que dans d’autres secteurs, Ehpad compris. « Nous avons des masques, mais au compte-gouttes : un par personne et par jour, alors qu’en principe, on devrait les changer toutes les quatre heures. Nous avons une réserve pour 10 à 15 jours, c’est angoissant. Et jusqu’au 25 mars, c’était rien du tout. Le président a parlé d’une guerre. Mais moi, j’ai l’impression d’envoyer des soldats au front sans protection », explique Mireille (1), infirmière coordinatrice d’un Ssiad (service de soins infirmiers à domicile) en région Centre. Bien qu’en pleine zone infectée, Bruno Evenor n’a vu arriver les masques que… début avril. Entre-temps, il s’est débrouillé grâce à des amis. « Je suis asthmatique et j’ai des bronchites chroniques. Je n’aurais pas pu travailler sans. » En fait, c’est tout le matériel de protection qui fait défaut. « Idéalement, il faudrait des gants, une visière, une surblouse, pour pouvoir intervenir sans risque », note Laurène Dervieu.

« On pâtit du cloisonnement des politiques sanitaires et sociales »

« Sur le terrain, c’est le bazar. On pâtit du cloisonnement des politiques sanitaires et sociales », poursuit la conseillère de l’Uniopss. Entre les agences régionales de santé (ARS) qui distribuent des masques et celles qui les réservent aux seules structures d’État, les départements qui en livrent aux associations et ceux qui n’en ont pas, les pharmacies frappées de pénurie et celles qui rechignent, malgré les consignes, à en donner aux personnels de l’aide à domicile, personne n’est logé à la même enseigne. Mireille souligne le caractère arbitraire et mortifère de ces politiques : « Comme la région Centre n’était pas encore très touchée, l’ARS avait exclu le personnel de l’aide à domicile de l’accès aux masques. Du coup, on s’est fait traiter d’irresponsables par nos collègues libéraux. » Autre signe d’incohérence, certaines inspections du travail ont sanctionné des associations employeuses pour défaut d’un matériel de protection auquel l’État leur a refusé l’accès. Il en va de même pour les tests, en principe indispensables pour éviter les risques de contamination, mais dont cette main-d’œuvre est encore exclue. Résultat, les cas suspects sont systématiquement mis à l’arrêt, alors que le secteur, en tension même sans virus, manque de bras. « Il y a beaucoup d’angoisse chez les personnels qui ont peur d’être infectés et de contaminer patients et familles. Certains conjoints leur disent “tu n’y retournes pas” », raconte Mireille.

Les salariés du secteur souffrent d’un manque de reconnaissance

Pour pallier le manque de protections, entreprises et associations ont reçu la consigne de se concentrer sur les missions vitales. Mais pour ceux qui restent, la charge est lourde. « On croule sous le travail. C’est le premier week-end que je prends depuis début mars. J’ai trois jours de repos et je repars sur deux semaines d’affilée. C’est épuisant », raconte Bruno Evenor. Cette réduction des activités a aussi des conséquences pour les bénéficiaires. « Il y a une baisse de moral chez nos patients. Non seulement, ils voient moins de monde, mais en plus, comme on nous demande de réduire au maximum notre temps de présence, on n’a plus le temps de discuter. Il y a aussi une perte de repères, parce que les horaires ont changé. C’est très perturbant pour des personnes âgées », explique Bruno, qui a acheté des jonquilles à certains pour leur remonter le moral.

Comme beaucoup d’autres professions de cette « France d’en bas » qui va au front au péril de sa vie, les salariés du secteur de l’aide à domicile souffrent d’un manque de reconnaissance. « C’est très dur pour ces gens, en bas de l’échelle, de voir qu’on les oublie, alors que leur rôle est tellement essentiel pour le lien social », estime Laurène Dervieu. Preuve que rien n’a changé malgré la crise, l’obtention du chômage partiel est loin d’être assurée, alors même qu’on a demandé aux aides à domicile de réduire leurs missions. « Je suis admiratif de ces salariés qui continuent à travailler sans aucun soutien. Ils font preuve d’une abnégation et d’un attachement aux personnes impressionnants, renchérit Stéphane Fustec. Après la crise, il faudra qu’ils soient enfin reconnus. »

(1) Le prénom a été modifié.
Camille Bauer
Témoignages d'aides à domicile, ces autres  première ligne  que l’État oublie... (Camille Bauer, L'Humanité, 9 avril 2020)
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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 10:07
Covid 19 - Soignants, avec les malades, au prix de leur santé (Alexandre Fache, L'Humanité, 9 avril 2020)
Jeudi, 9 Avril, 2020
Soignants. Avec les malades, au prix de leur santé

Comme des milliers de personnels de santé depuis plusieurs semaines, ils ont bataillé contre le virus, au chevet des patients atteints. Et ont eux-mêmes contracté la maladie. Témoignages.
 

Combien de soignants, chargés de lutter pied à pied contre le Covid-19, ont-ils contracté eux-mêmes la maladie ? Cette information capitale, nul ne la détient visiblement. Mardi, Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique chargé de conseiller l’exécutif, évoquait le chiffre flou – et optimiste – de « plusieurs milliers », justifiant ainsi le fait que les masques FFP2, les plus performants, étaient toujours donnés en priorité aux personnels de santé. Le 23 mars dernier – il y a une éternité –, on dénombrait cinq médecins morts du Covid. Depuis, rien. L’Humanité a donné la parole à des soignants infectés par le virus. Ils racontent les symptômes physiques, les angoisses, mais aussi la culpabilité de devoir laisser leurs collègues seuls face à la vague.

Nabila Hamza-Baibou, 44 ans, médecin généraliste à Strasbourg : « J’ai senti que la maladie était plus forte que moi »

« J’ai eu tous les symptômes du Covid-19, sauf la détresse respiratoire : perte de goût, d’odorat, courbatures et une fatigue vraiment intense. J’avais l’impression d’avoir fait un marathon et, à chaque effort, j’étais essoufflée. C’était le week-end du 21-22 mars. Depuis la fin février, j’ai eu énormément de patients venus consulter pour des symptômes grippaux : 30 à 40 par jour, c’était beaucoup plus que d’habitude. Je me suis doutée qu’il y avait quelque chose d’anormal. Par précaution, je ne suis pas allée voir mes parents. Je me contentais de les appeler. Je ne pensais pas vraiment tomber malade, mais j’avais peur d’être porteur sain du virus. C’était le discours ambiant à l’époque : “Si vous l’attrapez, ça sera bénin.” En fait, ce virus m’a complètement cassée. Une fois touché, on ne peut plus rien faire, on est couché au lit, on n’a même pas la force de se faire à manger. J’ai eu peur de contaminer mon mari et mes deux enfants, de 11 et 14 ans. Il a fallu leur faire comprendre la nécessité de ne plus faire de câlins, de ne plus manger ensemble… Ce n’était pas évident.

Avec tous les patients que j’ai vus, je savais que je ne passerai pas entre les gouttes. Car des masques, on n’en a eu qu’à la troisième semaine de mars. Une toute petite boîte de 50. Je les ai donnés à mes patients qui avaient des symptômes. Et en un jour et demi, la boîte était vide. Je trouve qu’on a trop tardé à réagir face à ce virus. Et cette absence de masques pour les professionnels, c’est un vrai scandale. On nous a envoyés à la guerre sans armes, sans rien. Je suis vraiment en colère. Parce que j’ai eu peur aussi. Quand vous arrivez vous-même au pic du 8e jour, et qu’à ce moment-là, vous entendez que cinq médecins sont morts à cause du virus, vous avez les boules… Heureusement, j’avais un saturomètre pour mesurer mon taux d’oxygène dans le sang, je pouvais vérifier que je n’étais pas trop prise. Mais j’ai senti clairement que cette maladie était plus forte que moi. »

Nicolas, 35 ans, infirmier en réanimation dans l'est de la France : « Un choc quand j’ai appris que j’étais positif »

« Pour moi, ça a commencé par de la toux et de la fatigue, sans température. Malgré tout, je me sentais apte à travailler. Quand on m’a dit que j’étais positif, ça m’a fait un choc, mais ça m’embêtait de rentrer chez moi, de ne plus être utile, de laisser mes collègues. Bien sûr, la priorité était de ne pas participer à la contagion. J’ai été mis en arrêt 14 jours à partir du début des symptômes, soit à partir du 18 mars. Petit à petit, la fatigue s’est accentuée, avec des courbatures, des maux de tête, et, au moment du pic, j’ai vraiment eu deux jours compliqués. Le moindre effort, même marcher quelques mètres, provoquait un essoufflement, j’étais étourdi, avec de grosses douleurs abdominales, comme un point de côté, à droite, qui m’obligeait à rester coucher. Une fois ce sommet passé, l’amélioration a été très rapide. J’ai pu reprendre deux jours plus tôt que prévu, pour compenser l’indisponibilité de collègues, eux aussi touchés. Et c’est reparti.

Pendant le pic, je me suis demandé comment ça allait tourner. On manque de recul sur ce virus, qui est assez bizarre. Les symptômes fluctuent beaucoup. Et, surtout, j’avais vu dans mon service de réanimation des personnes jeunes, sans antécédents, être frappées durement, voire décéder. Deux jours avant mon arrêt, on avait eu un cas de ce type. On ne peut s’empêcher d’y penser, une fois arrêté. Être soignant, dans ce genre de situation, est à la fois un avantage et un inconvénient : on comprend mieux les symptômes, la maladie, on a accès aux études… Mais, en réanimation, on voit aussi ce que peut donner ce virus sur les patients les plus atteints. C’est à double tranchant. En reprenant, j’étais donc partagé : à la fois anxieux d’y retourner, car les journées sont très dures, je me demandais si j’avais assez récupéré pour faire face à ce rythme ; et, d’un autre côté, j’étais content de retrouver mes collègues, de repartir à la bataille face à cette maladie. »

Giovanna Melica, 44 ans, médecin immunologue à l'hôpital Henri-Mondor (Créteil) : « On se sent vulnérable, malgré nos connaissances médicales »

« J’ai commencé à tousser le 22 mars et, le lundi, j’ai pu être testée. J’étais positive. J’ai immédiatement été confinée chez moi. Ma réaction a été double : mon côté rationnel me disait “ça va aller, ça restera bénin, comme dans la grande majorité des cas” ; mais, d’un autre côté, parce que j’avais vu beaucoup de malades graves dans mon service, j’ai aussi commencé à paniquer. On se sent vulnérable, et malgré nos connaissances médicales, on ne peut pas s’empêcher de penser au pire. D’autant que ce virus touche aussi, et parfois lourdement, des patients jeunes, sans antécédents. Je ne sais pas si je l’ai contracté dans mon service, ou chez moi, par le biais de mes enfants. Le virus a circulé dans leur école. J’ai eu la chance de ne pas avoir de fièvre, mais j’ai en revanche perdu le goût et l’odorat. D’ailleurs, celui-ci n’est toujours pas revenu.

Être soignant et malade, ça suscite des réactions ambivalentes. On sait qu’il faut absolument s’arrêter pour ne pas contaminer les autres. Mais on se sent aussi coupable de ne pas être sur le terrain. Alors que ça n’a pas de sens : l’infection ne va pas disparaître du jour au lendemain, et il va falloir tenir sur la durée. Faire des roulements. Se reposer. Aurait-on pu mieux se préparer à cette épidémie ? L’anticipation a fait défaut, c’est sûr. L’Italie nous avait pourtant montré ce qui allait arriver. Malgré des moyens comparables à la France, c’était une véritable poudrière. Et pourtant, on a temporisé, attendu… Le confinement est arrivé bien tard, le 17 mars. Je ne m’explique pas cette inertie. »

Alexandre Fache
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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 06:54
Fabien Roussel en meeting à la fête de l'Humanité Bretagne, décembre 2019 à Lanester

Fabien Roussel en meeting à la fête de l'Humanité Bretagne, décembre 2019 à Lanester

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF : L’idéal communiste est plus que jamais d’actualité - Fabien Roussel, interviewé par Julia Hamlaoui, L'Humanité, 10 avril 2020
Vendredi, 10 Avril, 2020
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF : « L’idéal communiste est plus que jamais d’actualité »

Toute la semaine, l’Humanité a interrogé les responsables de gauche sur leur vision du « jour d’après ». Dernier entretien avec Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, qui estime possible de « financer tout de suite la reconquête des services publics ».

 

Le jour d’après la crise sanitaire s’annonce comme celui de la crise économique. Le gouvernement a évoqué d’éventuelles nationalisations, la relocalisation de certaines productions ou encore des dispositifs d’aide. Est-ce à la hauteur ? Quelles politiques proposez-vous pour éviter chômage et précarisation de masse ?

Fabien Roussel. Emmanuel Macron fait mine de découvrir le rôle de l’État et des services publics ! Cette crise sanitaire révèle en fait tout ce qui nous manque pour faire face à une telle pandémie : une industrie puissante, des services publics et un État forts avec des marges budgétaires pour agir. Le capitalisme a considérablement réduit le rôle de l’État, affaibli nos services publics et en même temps encouragé la délocalisation des entreprises, notamment dans la production de médicaments. Il faut donc rompre avec ces logiques d’austérité et de rentabilité financière, et préparer dès maintenant un nouveau modèle économique, social, écologique. L’idéal communiste est plus que jamais d’actualité. Nous voulons une société dans laquelle l’État joue tout son rôle, avec des services publics renforcés et une vie démocratique rénovée jusque dans les entreprises, avec de nouveaux pouvoirs pour les salariés. Par la relocalisation de notre industrie, nous devons retrouver la maîtrise des grands secteurs stratégiques du pays, aujourd’hui vendus au privé, relancer la recherche, bref, retrouver notre souveraineté économique. Chaque citoyen doit être protégé tout au long de sa vie, de l’école jusqu’à la retraite, avec un travail et un salaire digne. Chacun doit pouvoir trouver sa place dans la société. L’être humain, c’est la priorité !

L’Union européenne a suspendu sa règle d’or budgétaire. Craignez-vous le retour d’une austérité accrue ensuite et quelles ruptures faut-il opérer à l’échelle de l’Union ?

Fabien Roussel. La situation montre le besoin de coopération à l’échelle du monde et de l’Europe. L’Union européenne a certes suspendu provisoirement ses normes de déficits budgétaires, mais elle ne change pas de logique. Il y a donc urgence à imposer un autre rôle à la Banque centrale européenne et à notre monnaie : au lieu de nourrir le capital, elle devrait servir un modèle social ambitieux, développer les services publics, l’emploi et les salaires, pour organiser, à l’échelle du continent, un vaste plan de reconquête industrielle. C’est possible en mobilisant les liquidités de la BCE sur des fonds dédiés à l’emploi, aux services publics, au développement de filières, plutôt que sur les marchés financiers comme c’est aujourd’hui le cas.

Les services publics sont en première ligne pour lutter contre l’épidémie. Quelles leçons en tirer pour le « jour d’après » ? Comment les financer ?

Fabien Roussel. Aujourd’hui, de nombreux services publics montrent toute leur utilité. Heureusement qu’ils sont là. Il est possible, tout de suite, de financer leur reconquête : 15 milliards par an de cadeaux fiscaux ont été accordés aux plus riches et aux multinationales. Rétablir l’ISF, supprimer la flat tax, revenir sur les exonérations de cotisations accordées sans contrepartie, c’est possible tout de suite. Cela permettra de financer l’hôpital public à hauteur de 10 milliards d’euros. Nous proposons aussi de taxer les dividendes du CAC 40 à 75 % pour dissuader les entreprises de les verser. Cela pourrait alimenter un fonds en faveur des PME-TPE.

L’état d’urgence sanitaire a conféré de nombreux pouvoir à l’exécutif et les experts ont pris une place prépondérante. Quels changements démocratiques faut-il concevoir ?

Fabien Roussel. La mobilisation indispensable de la nation appelle au contraire un grand élan démocratique, permettant au Parlement, aux forces sociales et politiques de jouer pleinement leur rôle jusque dans les territoires. Nous appelons depuis longtemps à l’émergence de nouveaux pouvoirs des salariés dans les entreprises et dans les services publics. Si, dans les régions, les ARS étaient démocratiques, si dans leur entreprise les salariés étaient écoutés et disposaient de vrais pouvoirs, croyez-vous qu’on aurait pu supprimer 100 000 lits d’hôpitaux, que des délocalisations aussi nombreuses auraient pu être opérées pour le seul profit des actionnaires ?

Vous avez appelé, ces derniers mois, au rassemblement de la gauche, contre la réforme des retraites comme pour les élections municipales. Les défis à relever face à cette crise rendent-ils plus prégnante cette exigence ?

Fabien Roussel. Pour imposer de grands changements, le rassemblement de toutes les forces disponibles est toujours une nécessité. Il doit toutefois reposer sur des contenus exigeants, non sur les plus petits dénominateurs communs, sous peine de grands échecs. Et il ne doit pas se concevoir comme une construction de sommet, réduite aux dirigeants des partis. La mobilisation de l’ensemble des forces sociales, politiques, intellectuelles est indispensable. Les ruptures nécessaires pour sortir du modèle actuel font encore l’objet de débats, voire de désaccords. Il convient de les aborder franchement et publiquement, en faisant en sorte que notre peuple, et particulièrement le monde du travail et de la création, s’en empare. Aujourd’hui, nous souhaitons qu’un large débat s’ouvre sur les exigences mises immédiatement à l’ordre du jour par la crise sanitaire, ainsi que sur le nouveau modèle de production et de consommation dont l’humanité a le plus urgent besoin.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF : L’idéal communiste est plus que jamais d’actualité - Fabien Roussel, interviewé par Julia Hamlaoui, L'Humanité, 10 avril 2020
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