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9 août 2019 5 09 /08 /août /2019 06:30
Enfance. Le Loiret veut se débarrasser des jeunes étrangers isolés
Jeudi, 8 Août, 2019

À Orléans, un collectif d’associations, de partis politiques et de syndicats dénonce la mise à la rue, programmée au 31 août, de 150 mineurs isolés. Au quotidien, ces adolescents doivent déjà subir des conditions de vie précaires. Reportage.

 

Orléans (Loiret), correspondance.

«Quand j’ai débarqué à Orléans, il n’y avait ­personne pour m’accueillir. C’est le com­missariat qui a fait les démarches pour que je sois pris en charge. » Sylvain (1), à bientôt 16 ans, est arrivé du Cameroun en 2017. Il y a laissé sa mère, incapable de subvenir aux besoins de ses deux enfants. Il raconte son périple d’une voix posée qui évoque plutôt celle d’un jeune adulte éprouvé devenu mature trop tôt. « Une tante m’a fait passer en France par la voie maritime via la Libye, l’Italie et la Belgique. J’ai choisi la France, car il y avait une ­communauté africaine importante et moins de racisme que dans d’autres pays. » Après un passage par Paris et comme des dizaines d’autres jeunes de son âge, Sylvain est d’abord pris en charge par l’aide sociale à l’enfance de Tours, en Indre-et-Loire. Là-bas, l’accueil se passe dans de bonnes conditions. « Le département m’a admis, pris en charge et logé à l’hôtel avant que je quitte la ville pour Orléans. » Là, les choses se gâtent.

Pour les mineurs isolés présents en France – qui a signé la convention internationale des droits de l’enfant le 26 janvier 1990 –, la loi impose de ne faire aucune différence en fonction de la nationalité de l’enfant à ­protéger. La législation prévoit « un placement à l’aide sociale à l’enfance soumis à des obligations », telles « l’orientation du mineur dans une structure ou dans une famille habilitées en protection de l’enfance » et « la réalisation de démarches en vue de la scolarisation ou de l’inscription dans une formation professionnelle », comme récemment rappelé dans un jugement de la cour d’appel d’Orléans.

« Lâchés dans la nature dans la discrétion la plus totale »

Dans les faits et depuis plusieurs années, le département du Loiret mène la vie dure à ces mineurs, dont 150 pourraient être jetés à la rue au 31 août, faute de prise en charge. Une situation qui conduit associations, syndicats et partis politiques de gauche à occuper régulièrement les parvis du conseil départemental et de la préfecture de région. « Pour les jeunes mineurs devenus majeurs ou titulaires d’un diplôme, l’accompagnement n’est pas obligatoire, explique Ségolène Petit, du Collectif de soutien aux jeunes isolés étrangers du Loiret (Cojie). Mais, au fil des semaines, de nombreux jeunes sont lâchés dans la nature dans la discrétion la plus totale. »

Avant d’être abandonnés à leur sort, ces jeunes, comme Diallo (1), 16 ans, sont « parqués » dans des hôtels bas de gamme. « Nous avons une chambre, un petit déjeuner et deux repas à base de riz et de pâtes, explique le jeune homme, également originaire d’Afrique subsaharienne. L’hôtel où je suis logé ne fait que ça, nous sommes les seuls résidents. Le propriétaire a totalement cessé ses activités et même ouvert un autre hôtel pour doubler ses capacités d’accueil. » Autant dire que le business est rentable. C’est dans l’un de ces hôtels, fin juin, qu’un jeune mineur est décédé dans des conditions troubles. « On n’a pas d’éducateurs en nombre suffisant et aucun accompagnement sérieux pour nos études, dénonce Sylvain. À Tours, on nous écoutait, on nous aidait. Ici, à Orléans, le département délègue à des commerçants. »

Tous n’ont pas connaissance de leurs droits

Comme si cela ne suffisait pas, ces jeunes se retrouvent souvent coincés dans un imbroglio administratif. « Dans les réunions, les associations de soutien nous conseillent, à juste titre, d’être scolarisés ou de trouver un apprentissage, explique un autre jeune. Un camarade qui avait deux CAP a trouvé une entreprise en alternance, mais le patron a refusé de payer la taxe d’apprentissage, du coup on lui demande de quitter le ­territoire. » Ce dernier a opté pour un recours devant les tribunaux, mais tous n’ont pas connaissance de leurs droits, d’où l’importance des réunions menées par les comités de soutien. « Nous avons saisi le Défenseur des droits et lancé une pétition pour que ces jeunes ne se retrouvent pas à la rue, explique Franck, du collectif immigration de la CGT du Loiret. Ils sont pour la plupart en apprentissage, donc futurs salariés corvéables à souhait, d’où notre implication dans la bataille. »

Contacté par l’Humanité, le conseil départemental se justifie : « À ce jour, 415 mineurs non accompagnés sont pris en charge par le département jusqu’à leur majorité ou la fin de leur année scolaire (…). Dès lors qu’ils ont 18 ans ou à la fin de leur année scolaire, ces jeunes entrent dans le droit commun et relèvent alors de dispositifs gérés par l’État, notamment dans le cadre de sa ­politique migratoire. » Frappant d’humanité. Le département précise cependant que certains jeunes devenus majeurs et dans certaines conditions peuvent « bénéficier du dispositif “allocation jeunes ­insertion Loiret” ».

Face à ces situations, certains élus se mobilisent. Michel Ricoud, conseiller métropolitain PCF, a tiré la sonnette d’alarme : « Je suis intervenu auprès du président de la République, des parlementaires, des élus de la métropole pour qu’ils ne laissent pas faire ce véritable drame humain. » Le collectif appelle, de manière régulière et jusqu’au 31 août, à de nouveaux rassemblements de soutien.

(1) Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés.
Joseph Korda

Le casse-tête de l’authentification des papiers. « Document authentique mais pas recevable » : c’est la formule utilisée par les préfectures pour signifier leur refus d’accepter l’acte de naissance des mineurs étrangers comme preuve de minorité. Pour prouver leur identité, il est demandé aux jeunes de contacter l’ambassade de France de leur pays pour qu’elle authentifie leurs documents. Certaines refusent ; d’autres, comme celle du Pakistan, disposent d’enquêteurs pour le faire. Souvent, leurs investigations conduisent à l’invalidation des papiers. Parfois à tort. De même, à leurs 18 ans, les jeunes arrivés seuls en France ont le plus grand mal à obtenir un titre de séjour les autorisant à travailler. Ainsi se décline la panoplie des tracasseries administratives visant à retarder leur prise en charge ou à les écarter des institutions censées les protéger.

Enfance. Le Loiret veut se débarrasser des jeunes étrangers isolés - L'Humanité, jeudi 8 août 2019, Joseph Korda
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9 août 2019 5 09 /08 /août /2019 05:40

 

Cinq ans après leur reprise de l’usine de thés et d’infusions de Gémenos, près de Marseille, les ex-Fralib rencontrent à nouveau un problème de trésorerie et relancent leur campagne de financement participative.

La coopérative Scop-TI (Société coopérative ouvrière provençale de thés et infusions) traverse une nouvelle crise, mais rien qui ne soit insurmontable pour les anciens salariés de Fralib. En cause, le manque de trésorerie en raison du coût logistique et l’inertie des banques.

Après 1 336 jours de lutte contre le géant de l’agroalimentaire Unilever, les anciens salariés de l’unité de Gémenos, près de Marseille, ont réussi à sauver leur usine, racheter les machines et créer leur propre marque. Une victoire qui leur a permis de créer la coopérative Scop-TI il y a cinq ans. Mais, malgré le succès de la marque, l’équilibre financier n’est pas encore atteint. « Tous les spécialistes disent que l’installation d’une marque sur le marché prend une décennie », a expliqué Gérard Cazorla, un des dirigeants de Scop-TI, à l’Humanité Dimanche. Et, pour remporter de nouveaux marchés, la coopérative a besoin de fonds. « Nous souhaitons faire progresser l’entreprise, mais nous n’avons pas les conditions favorables pour y arriver », déplore Olivier Leberquier, directeur général délégué de la coopérative. Le temps de latence est long entre un appel d’offres lancé par un acheteur et son aboutissement en retour sur investissement. Entre douze et dix-huit mois. « Nous engageons des frais importants liés au développement de la coopérative, c’est pourquoi nous manquons de trésorerie », poursuit-il.

Les donateurs sont toujours aussi solidaires

Deux ans après une première crise, la coopérative relance sa campagne de sociofinancement sur le site Internet de Scop-TI. Et les donateurs sont toujours aussi solidaires qu’en 2017. 29000 euros ont été récoltés depuis le 1er juillet. Une somme importante, certes, mais ne permettant pas encore à la Scop de sortir de la crise. Les coopérateurs ne chiffrent pourtant pas leur objectif. « Nous ne voulons pas figer notre campagne de financement dans le temps, ni indiquer un montant précis. Nous préviendrons les donateurs dès que nous aurons atteint notre point d’équilibre », précise Olivier Leberquier. Depuis 2017, près de 316 000 euros ont été collectés.

Les banques restent pour autant frileuses. « Le Crédit mutuel ne s’est pas encore prononcé, mais il nous a autorisé un découvert temporaire de 50 000 euros jusqu’à la fin de l’été », explique le directeur général. Cependant, le Crédit coopératif maintient ses positions. « À nouveau, la banque ne nous épaule pas. En 2017, notre dossier avait également été refusé. Pourtant, notre chiffre d’affaires est en hausse depuis cinq ans. » Il a même été multiplié par dix depuis 2014 et devrait atteindre les 4 millions d’euros cette année. Les coopérateurs sont donc dans l’obligation de s’appuyer sur d’autres leviers. La vente en ligne de la gamme bio Scop-TI et des produits de la gamme 1336, en référence aux jours d’occupation de l’usine de Gémenos, leur permet de récupérer des fonds. Les machines non utilisées de l’usine, car trop nombreuses pour la production actuelle, sont également en passe d’être vendues à d’autres entreprises. Et pour initier cette nouvelle phase de développement tout en réduisant les frais, un projet de reprise du terrain sur lequel se situe l’entreprise, est en cours par des mutuelles. Cela permettrait de faire baisser le montant du loyer que paye actuellement la coopérative à la métropole d’Aix-Marseille. Les négociations sont déjà amorcées et devraient rapidement aboutir.Mais malgré la mise en place de ces différents modes d’action, la coopérative continue de rencontrer un problème de trésorerie. Les salariés coopérateurs se serrent eux aussi la ceinture. « Ils ont abandonné leur 13e mois », indique le directeur général. Quelques milliers d’euros qui ont renfloué les caisses de la Scop. « Je reste optimiste. Nous sommes toujours là depuis la création de Scop-TI, il y a cinq ans. Et nous allons continuer à nous battre. Nous n’allons rien lâcher », souffle le directeur général. D’ici à la fin de l’année 2019, la Scop aimerait pouvoir employer deux derniers coopérateurs, anciens salariés de l’époque Fralib Unilever. Mais aussi, à terme, créer de nouveaux emplois.

Mélanie Costa

 

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9 août 2019 5 09 /08 /août /2019 05:37

Par Léonard Moulin

 

Alors que le gouvernement a annoncé une augmentation des droits d’inscription pour les étudiants extra-européens, cela préfigure-t-il d’une hausse généralisée des frais d’inscription dans les prochaines années ? Cette hausse constitue-t-elle véritablement une opportunité, comme la présentent ses défenseurs ? Léonard Moulin déconstruit ici les arguments le plus souvent avancés par ces derniers. Il nous présente la piste du système « par répartition » pour assurer un financement de l’enseignement supérieur plus équitable, plus efficient et permettant de couvrir réellement et de manière pérenne les besoins des universités.

Sans surprise, la hausse des frais d’inscription dans les universités est l’une des pistes de financement évoquées dans le rapport du comité d’action publique (CAP 2022). Lancé en octobre 2017 par le Premier ministre, ce comité est composé d’une quarantaine de personnalités (principalement des dirigeants de grands groupes et des hauts fonctionnaires). Son objectif est de repenser le modèle de l’action publique tout en identifiant des « économies durables et structurelles ». En France, bien que la plupart des cursus soient encore quasi gratuits, ce n’est pas le cas de bon nombre d’écoles qui ont emboîté le pas à Sciences Po Paris en 2004. Ainsi, depuis cette date, l’université Paris Dauphine, les écoles Centrales, les écoles des Mines, les écoles Télécom ou encore l’école des Ponts, parmi d’autres, se sont mises à faire payer leurs étudiants. Même l’école Polytechnique a franchi un cap important en ce sens en mettant en place, en 2016, un bachelor facturé entre 12 000 € (étudiants européens) et 15 000 € (étudiants extra-européens). Il en va de même avec la multiplication des diplômes d’université qui permettent de proposer des formations payantes pouvant atteindre 17 000 € l’année (cf. université Paris 2 – Panthéon-Assas). De son côté, le gouvernement vient de faire un pas décisif dans la mise en place d’un financement individualisé de l’enseignement supérieur en augmentant sensiblement les frais d’inscription pour les étudiants extracommunautaires (2 770 € en licence et 3 770 € en master et doctorat). […]

 

Des arguments contestables justifiant les hausses des frais d’inscription

Il serait utopique de considérer l’ensemble de ces expérimentations comme une série d’initiatives dispersées sans lien entre elles. Les hausses des frais d’inscription dans les établissements d’enseignement supérieur s’inscrivent dans un projet de réforme économique plus profond visant à transformer la nature même de l’enseignement supérieur. De nombreux rapports et prises de position publiques depuis une quinzaine d’années plaident en ce sens. Les arguments mobilisés par les partisans d’une augmentation des frais d’inscription se divisent en trois catégories […].

« Les hausses des frais d’inscription dans les établissements d’enseignement supérieur s’inscrivent dans un projet de réforme économique plus profond visant à transformer la nature même de l’enseignement supérieur. »

Le premier argument s’appuie sur le besoin de financement des universités ; le sous-financement de l’enseignement supérieur français au regard de ce qui se fait dans d’autres pays de nature comparable n’étant plus à démontrer. […] Les expériences étrangères dans ce domaine tendent pourtant à montrer l’existence d’un net désengagement de l’État lorsque des frais d’inscription sont introduits ou relevés. Au Royaume-Uni, par exemple, les dépenses des ménages ont dû augmenter de 54 % entre 2005 et 2008 en raison de la baisse des dépenses de l’État de l’ordre de 18 %. Par ailleurs, les mécanismes d’accompagnement des frais d’inscription, comme les prêts à remboursement conditionnel au revenu, ont un coût qui peut se révéler très important pour les finances publiques. Toujours au Royaume-Uni, Aurélien Casta estime qu’entre un tiers et la moitié du montant total des prêts accordés aux étudiants ne seront jamais remboursés, ce qui constitue autant de pertes financières pour l’État et autant de gains pour le secteur financier.

Le deuxième argument mobilisé est celui du manque d’équité du système de financement de l’enseignement supérieur. Selon les défenseurs de la réforme, l’introduction de frais d’inscription serait en mesure de pallier cette insuffisance […] en faisant reposer le coût de la scolarité sur les étudiants qui bénéficieront de salaires plus élevés dans le futur en raison de leur passage par l’enseignement supérieur plutôt que de le faire reposer sur l’ensemble des contribuables, quel que soit leur niveau d’études, comme c’est le cas en France aujourd’hui. Néanmoins, cet argumentaire repose sur une vision purement marchande de l’éducation qui ne considère pas les retombées individuelles et sociales échappant au secteur marchand. […] Par ailleurs, pour que l’introduction ou la hausse des droits d’inscription fasse œuvre de justice sociale, il faudrait que les contributions des étudiants au coût de leur scolarité soient réellement progressives et que les mécanismes d’aides aux étudiants les moins favorisés soient suffisamment importants pour permettre une égalité des chances effective entre étudiants. […] Enfin, rien n’indique qu’un système de financement de l’enseignement par frais d’inscription serait plus redistributif qu’un système financé par l’impôt sur le revenu. Des simulations récentes portant sur le cas français démontrent même le contraire.

« Une éducation par “répartition“ permettrait d’assurer à tous les étudiants, via l’allocation universelle d’autonomie, une réelle autonomie par rapport à leur milieu social d’origine. »

Le troisième argument avancé est celui de l’efficience économique. Les droits d’inscription sont supposés sélectionner les étudiants – ceux-ci ne s’inscrivant alors dans une formation payante que s’ils estiment qu’ils pourront réussir ; les inciter à l’effort – ceux-ci payant leur formation, ils seraient contraints de donner le meilleur d’eux-mêmes ; et les orienter vers les filières et métiers économiquement utiles – les étudiants devant rentabiliser leurs études. Ces prétendus effets, déduits de travaux théoriques, ne passent néanmoins pas le stade de la validation empirique. À titre d’exemple, une étude récente portant spécifiquement sur le cas de l’université Paris-Dauphine ne permet pas de valider l’existence d’incitations à l’effort.

 

Solidarité intergénérationnelle et équité contributive

Par analogie avec notre système de retraite et par opposition avec un système par « capitalisation » dans lequel l’étudiant assume le coût de sa scolarité en s’endettant, il est possible de mettre en place un système « par répartition ». Dans un tel système, les étudiants ne payeraient pas de frais d’inscription et les moyens financiers accordés aux premiers cycles seraient augmentés afin d’enrayer l’échec à l’université. Ici, l’éducation est un contrat social qui repose sur la solidarité intergénérationnelle et l’équité contributive. Un tel système permettrait aux étudiants de réaliser leurs études en contrepartie d’une participation au financement du système une fois qu’ils seront actifs, en fonction de leurs facultés contributives. Comme l’enseignement supérieur est source d’externalités non marchandes, son financement doit reposer sur la société dans son ensemble. Dans les simulations que nous avons réalisées à partir du coût de la vie étudiante, nous avons fixé le montant de l’allocation universelle d’autonomie à 1 000 euros par mois pour les étudiants n’habitant plus chez leurs parents et à 600 euros pour les autres. Pour financer cette allocation, nous proposons de le faire via une augmentation des taux des cotisations patronales de la branche « famille » de la Sécurité sociale pour un montant de 21,6 milliards d’euros. Nous proposons également d’aligner les moyens accordés aux étudiants de licence sur ceux des élèves des classes préparatoires aux grandes écoles. Le coût de cette mesure s’élèverait à 5 milliards d’euros par an et serait financé par un accroissement plus progressif des différentes tranches marginales d’imposition (la première tranche d’imposition resterait à 0 %, la deuxième passerait de 14 % à 15 %, la troisième de 30 % à 32,1 %, la quatrième de 41 % à 43,9 % et la dernière de 45 % à 48,2 %).

Les avantages d’une éducation par « répartition »

Une éducation par « répartition » assurerait à tous les étudiants, via l’allocation universelle d’autonomie, une réelle autonomie par rapport à leur milieu social d’origine, leur permettant de se consacrer pleinement à leurs études sans avoir une activité professionnelle en parallèle. Ce système permettrait de financer davantage les filières jusque-là sous-financées et dans lesquelles les étudiants des milieux les moins favorisés s’inscrivent davantage. De plus, la mise en place d’une plus grande progressivité dans le barème d’imposition permettrait d’accroître le degré d’équité du système de financement de l’enseignement supérieur. Par ailleurs, un tel système assurerait un financement réellement pérenne de l’enseignement supérieur, sans risque d’effet d’éviction entre les dépenses privées et les dépenses publiques. Enfin, une éducation par « répartition » permettrait d’assurer un financement de l’enseignement supérieur indépendant des aléas conjoncturels que peut subir un système financiarisé. Or, s’il y a bien un risque qui est à prendre en considération à court terme c’est celui du volume de la dette étudiante. Aux États-Unis, celle-ci se situe aux alentours de 1 500 milliards de dollars ce qui représente un montant équivalent au volume de subprimes en 2007 (qui représentaient 12 % des prêts hypothécaires). Le taux de défaut sur ces prêts fait peser un risque important sur les étudiants endettés en premier lieu et sur les finances publiques en second lieu. L’éclatement de la bulle spéculative n’est peut-être pas si loin.

 

Léonard Moulin est économiste. Il est chargé de recherche à l'Institut national d’études démographiques (INED).

Cause commune n° 10 • mars/avril 2019

 

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8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 17:23
Rapport du GIEC : Un nouveau mode de développement qui réponde aux besoins humains (Fabien Roussel – PCF)
Rapport du GIEC : "Un nouveau mode de développement qui réponde aux besoins humains" (Fabien Roussel – PCF)
 
 
Un nouveau rapport du GIEC alerte sur l'exploitation des terres, la déforestation et les objectifs de sécurité alimentaire à l'horizon 2050.
Sans mesures rapides et fortes, non seulement le réchauffement climatique risque de se poursuivre, mais l'agriculture sera lourdement pénalisée par les conséquences de ce réchauffement alors que la planète
devrait accueillir près de 10 milliards d'êtres humains d'ici 30 ans et que la famine touche encore 820 millions d'hommes, de femmes et d'enfants.
Il est urgent de protéger nos forêts, de développer une agriculture à taille humaine, locale et respectueuse des sols au lieu de favoriser des modes de production industrielle qui les exploitent à outrance.
 
Dans ce rapport qui fait un focus sur les sols, le GIEC fait le lien entre les besoins croissants de la population d'ici 2050, les risques de perdre des terres arables à cause du réchauffement climatique et la nécessité de produire et consommer autrement pour émettre moins de CO2 et de méthane.
Le rapport montre également le rôle important de nos forêts et des sols qui permettent de piéger le CO2.
 
C'est pourquoi il faut stopper les programmes de déforestation et les accords de libre échange tel que le CETA, le MERCOSUR qui favorisent des échanges commerciaux sur les produits agricoles avec des pays qui sont loin de respecter de tels engagements, comme le Brésil ou le Canada. En France, comme en Europe, il faut accompagner nos agriculteurs pour leur permettre de produire mieux et de vivre décemment de leur travail. L'agriculture ne doit plus être soumise aux lois du marché.
 
Ces chiffres montrent qu'il est urgent de mettre en place un autre mode de développement, plus respectueux de la planète comme de ceux qui travaillent la terre tout en permettant de répondre aux besoins humains.
 
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF,
 
Paris, le 8 août 2019.
Rapport du GIEC : Un nouveau mode de développement qui réponde aux besoins humains (Fabien Roussel – PCF)
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8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 17:15
Surexploitation des terres et climat: le Giec souligne un cercle vicieux
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Les scientifiques ont rendu jeudi 8 août un rapport sur l’usage des terres et la crise climatique. L’agriculture et l’élevage dégradent les sols et comptent pour un tiers des émissions de gaz à effet de serre. Ces émissions augmentent la température moyenne qui à son tour dégrade les sols. Il est urgent d’agir, selon le Giec, notamment sur nos habitudes alimentaires.

Le mois de juillet a été le plus chaud jamais enregistré. 2018 figurait déjà parmi les années les plus chaudes. Une étude vient de montrer que près d’un quart de l’humanité était menacé par une pénurie d’eau. Le dernier rapport annuel de l’ONU, en juillet, établissait que pour la troisième année consécutive, la faim dans le monde avait progressé, touchant plus de 820 millions de personnes.

C’est dans ce contexte anxiogène que les 196 « parties » (195 États plus l’Union européenne) ont adopté, jeudi 8 août, le rapport spécial sur le climat et les terres du Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Ce rapport spécial (à lire en intégralité ici) porte plus précisément « sur le changement climatique, la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des sols, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres ». 

Pas moins de 107 auteurs de 52 pays – plus de la moitié venant de pays en voie de développement, a souligné le Giec – ont examiné plus de 7 000 études scientifiques pour le rédiger. Un « résumé à l’attention des décideurs », négocié pied à pied pendant quelques jours à Genève, a été publié dans la foulée. 

Ce rapport fait suite au « Rapport 1.5 » publié en octobre dernier, qui faisait un état des lieux précis à la fois des efforts à faire pour contenir la hausse de la température globale sous 1,5 °C d'ici à 2050 et des risques encourus dans un monde plus chaud de 2 °C. Un autre rapport spécial, portant cette fois sur les océans, est prévu dans quelques mois.

 

Dans le résumé rendu public jeudi, les scientifiques du Giec documentent un cercle vicieux : plus les terres sont dégradées, moins elles participent à la lutte contre le dérèglement climatique, et plus la crise climatique s’exacerbe, et plus les terres sont dégradées. « Les changements climatiques peuvent exacerber les processus de dégradation des terres, notamment par l’augmentation de l’intensité des précipitations, les inondations, la fréquence et la gravité des sécheresses, le stress thermique, les périodes de sécheresse, le vent, la montée du niveau de la mer et l’action des vagues, le dégel du permafrost et la modulation des résultats par la gestion des terres », écrivent les scientifiques. 

« La stabilité de l’approvisionnement alimentaire devrait diminuer à mesure que l’ampleur et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes qui perturbent les chaînes alimentaires augmentent. L’augmentation des niveaux de CO2 dans l’atmosphère peut également réduire la qualité nutritionnelle des cultures », ajoute le Giec.

Pour les experts, il est ainsi urgent d’agir, tant dans la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre que dans la restauration des sols. « Retarder les mesures d’atténuation du changement climatique et d’adaptation dans tous les secteurs aurait des effets de plus en plus négatifs sur les terres et réduirait les perspectives de développement durable », écrivent les scientifiques. 

Ceux-ci estiment par ailleurs qu’il est urgent de suivre les scénarios réduisant rapidement les émissions, car « le report des mesures prévues dans les scénarios d’émissions élevées pourrait avoir des répercussions irréversibles sur certains écosystèmes, ce qui, à plus long terme, pourrait entraîner d’importantes émissions supplémentaires de GES provenant des écosystèmes et accélérer le réchauffement planétaire ». 

Entre 2007 et 2016, les activités agricoles, forestières et autres activités liées à l'utilisation des terres ont représenté environ 13 % des émissions mondiales de CO2, 44 % des émissions de méthane (CH4) et 82 % des émissions de protoxyde d’azote (N2O) provenant des activités humaines, soit 23 % des émissions nettes totales de GES dues à l'homme. Ces deux derniers gaz sont respectivement 24 et 265 fois plus polluants que le dioxyde de carbone.

70 % des terres émergées et non recouvertes par les glaces sont utilisées directement par les hommes, selon le rapport. Lors de la conférence de presse de lancement du rapport, Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe I du Giec, a rappelé que le quart de ces terres était aujourd’hui dégradé. Par ailleurs, au niveau mondial, l’agriculture utilise 70 % de l’eau douce disponible. 

Le Giec insiste sur le fait que la température moyenne sur les surfaces émergées augmente plus rapidement que la température moyenne mondiale lorsque l’on prend les océans en compte. Surtout, il montre que les terres se dégradent cent fois plus vite qu’elles ne se réparent dans les zones labourées, et dix à vingt fois plus vite dans les champs non labourés.

Réagissant au rapport, Cécile Claveirole, pilote du réseau agriculture à France Nature Environnement, estime que « l’artificialisation des sols naturels, forestiers ou agricoles, impacte très fortement notre sécurité alimentaire, ainsi que la capacité des sols à retenir l’eau, à réguler l’humidité atmosphérique, à réduire les îlots de chaleur, à stocker du carbone, sans oublier que les sols recèlent une très grande biodiversité ».

Selon le Giec, l’Asie et l'Afrique devraient compter le plus grand nombre de personnes vulnérables à une désertification accrue. L'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud, la Méditerranée, l'Afrique australe et l'Asie centrale pourraient être de plus en plus touchées par les feux de forêt. Les régions tropicales et subtropicales devraient être les plus vulnérables à la baisse des rendements agricoles.

Pierre-Marie Aubert, coordinateur de l’initiative Agriculture européenne de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), estime dans son analyse du rapport que les zones arides, qui occupent 46 % des terres émergées et abritent trois milliards de personnes, sont celles « dans lesquelles les effets attendus du changement climatique sont les plus négatifs, notamment en termes de rendements agricoles et d’occurrence des événements extrêmes ».

Mais les grands centres urbains ne seront pas épargnés. Le résumé à l’attention des décideurs note ainsi que « le réchauffement de la planète et l’urbanisation peuvent renforcer le réchauffement des villes et de leur environnement (effet d’îlot thermique), en particulier lors d’événements liés à la chaleur, y compris les vagues de chaleur. Les températures nocturnes sont plus affectées par cet effet que les températures diurnes. L’urbanisation accrue peut également intensifier les épisodes de précipitations extrêmes sur la ville ou sous le vent des zones urbaines ».

Agroécologie et régimes alimentaires

Le rapport ne se contente pas de dresser un tableau, il propose également des orientations pour éviter le pire. Il s’agirait en premier lieu de changer radicalement nos modes de production de nourriture. Pour Laurence Tubiana, directrice générale de la Fondation européenne pour le climat et coprésidente de la Convention citoyenne pour la transition écologique, « ce rapport du Giec doit permettre à nos décideurs politiques de comprendre l’urgence à réformer notre système de production agricole pour assurer la sécurité alimentaire des années à venir ».

« Les États doivent investir davantage dans l’agriculture familiale, en particulier en faveur des femmes agricultrices, qui souffrent le plus de la faim et sont les grandes laissées-pour-compte des politiques agricoles », réagit pour sa part Nicolas Vercken, de l’ONG Oxfam. 

Sarah Lickel, chargée de plaidoyer droit à l’alimentation au Secours catholique-Caritas France, estime que le rapport définit « l’usage soutenable des terres comme nécessitant de transformer notre agriculture pour aller vers l’agroécologie, l’agroforesterie, l’agriculture biologique et les solutions fondées sur la nature (protection des écosystèmes forestiers primaires) »

« Les pratiques agroécologiques minimisent l’usage d’intrants externes et restaurent la santé des sols en misant sur les complémentarités agro-sylvo-pastorales à l’échelle de la parcelle cultivée : elles remplacent l’usage des pesticides par le contrôle biologique et substituent des légumineuses aux engrais azotés ; elles recourent à l’agroforesterie afin de minimiser le recours à l’irrigation en renforçant la capacité des sols à absorber l’eau de pluie. Elles sont la science agronomique de ce siècle », insiste pour sa part Olivier De Schutter, coprésident du Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food).

En clair, il faudrait mettre fin le plus rapidement possible à l’agrobusiness au niveau mondial pour espérer agir à temps. D’autant que le Giec montre que certaines solutions mettront plusieurs dizaines d’années avant de produire leurs effets.

Il s’agirait également de réduire le gaspillage alimentaire, alors que 25 % des produits alimentaires fabriqués sont perdus. Il faudrait ensuite changer notre régime alimentaire, en particulier en mangeant moins de viande. 

Certes, James Skea, coprésident du groupe III du GIEC, a affirmé lors de la conférence de presse jeudi que « le Giec ne recommande pas les régimes alimentaires des gens ». « Ce que nous avons souligné sur la base des preuves scientifiques, c’est qu’il y a certains régimes alimentaires qui ont une empreinte carbone plus faible », a-t-il ajouté. « Il y a des solutions entre les mains des agriculteurs. Mais il y a aussi des solutions entre les mains de chacun d’entre nous, quand nous achetons de la nourriture, et ne gaspillons pas la nourriture », a déclaré Valérie Masson-Delmotte jeudi matin.

Le Giec estime dans le résumé à l’attention des dirigeants que « les régimes alimentaires équilibrés, qui comprennent des aliments d’origine végétale, comme ceux à base de céréales secondaires, de légumineuses, de fruits et légumes, de noix et de graines, et des aliments d’origine animale produits dans des systèmes résilients, durables et à faibles émissions de GES, offrent d’importantes possibilités d’adaptation et d’atténuation tout en produisant d’importants avantages secondaires en termes de santé humaine ».

Mais un autre cercle vicieux menace : si la course à la baisse de nos émissions pour préserver notamment notre sécurité alimentaire vient à passer par le développement à grande échelle de la bioénergie, cela aurait un impact sur l’utilisation des terres, exacerbant les conflits d’usage. 

« S’il est appliqué à l’échelle nécessaire pour éliminer le CO2 de l’atmosphère, le boisement, le reboisement et l’utilisation des terres pour fournir des matières premières pour la bioénergie avec ou sans capture et stockage du carbone, ou pour le biochar [sorte d’engrais obtenu par pyrolyse de biomasse – ndlr], pourraient considérablement accroître la demande de conversion des terres », écrivent les scientifiques.

Plus loin, ils soulignent : « L’utilisation de résidus et de déchets organiques comme matière première pour la bioénergie peut atténuer les pressions de changement d’utilisation des terres associées au déploiement de la bioénergie, mais les résidus sont limités et l’élimination des résidus qui seraient autrement laissés sur le sol pourrait entraîner leur dégradation. »

Pierre-Marie Aubert, de l'IDDRI, rappelle dans son analyse du rapport que trois des quatre scénarios « archétypaux » proposés par le Giec dans son précédent rapport spécial reposaient sur un développement poussé des bioénergies, sur de la reforestation à grande échelle, ainsi que sur des projets de « bioenergy carbon capture and storage » (BECCS) – nom de code pour désigner des projets technologiques actuellement non matures consistant à boiser de vastes espaces avec des essences forestières à croissance rapide, afin d’en exploiter la biomasse, de la brûler pour produire de l’énergie et de capter le CO2 émis au moment de la combustion pour le cristalliser sous forme stable. 

Mais pour cet expert, « le deuxième enseignement majeur du rapport est d’alerter sur le fait que faire reposer la décarbonation de l’économie sur ces changements d’usage des terres à grandes échelles est incompatible avec l’atteinte d’une grande partie des objectifs de développement durable (ODD) tels qu’adoptés à New York en 2015 ».

 

« L’accent est notamment mis sur la pression sur l’espace qui serait induite par de tels changements d’usages des terres, poursuit-il. Une telle pression aurait des conséquences sociales importantes, en particulier en termes d’accès au foncier, ainsi qu’environnementales, comme par exemple les risques liés à une intensification dramatique des pratiques agricoles et donc à un recours accru aux pesticides et fertilisants de synthèse, polluant en retour terres, air et atmosphère. »

Réagissant au rapport, la ministre française de la transition écologique, Élisabeth Borne, a écrit sur Twitter : « Lutte contre l’artificialisation des sols, développement de l’agroécologie, meilleure gestion de l’eau : il n’est pas trop tard pour agir, et c’est ce que nous continuerons à porter avec détermination. Nous aurons besoin de la mobilisation de tous pour changer la donne. »

La ministre oublie un peu vite l’autorisation donnée à Total d’importer de l’huile de palme pour son usine de La Mède, la ratification de l’accord UE-Canada (Ceta), la conclusion des négociations pour un accord UE-Mercosur (dont le Brésil de Jair Bolsonaro), l’autorisation de nouvelles fermes-usines en Bretagne, ou encore l’autorisation de nouvelles recherches minières dans la forêt amazonienne en Guyane. 

 

Surexploitation des terres et climat: le Giec souligne un cercle vicieux (Médiapart, Christophe Gueugneau, 8 août 2019)
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8 août 2019 4 08 /08 /août /2019 05:12

Par Francis Vergne 
 

Face au modèle d’école néolibéral qui met en concurrence les élèves et les établissements scolaires, transforme l’éducation en marchandise et les institutions scolaires en entreprises prestataires de services individualisés et de valorisation du « capital humain », Francis Vergne nous invite à réinventer, en réactivant un principe d’espérance et un imaginaire émancipateur, la nouvelle école démocratique. Celle-ci aurait pour axe principal la réduction des inégalités et la production culturelle de l'égalité et comme nouvel esprit la logique du commun.


De quoi l’affichage satisfait du technocratisme scientiste et autoritaire de l’actuel ministre de l’Éducation nationale est-il le nom ? Peut-être avant tout de la volonté de signer la fin de tout échange démocratique dans l’école, autour de l’école et pour l’école. Se trouve d’abord confisquée toute la réflexion didactique et pédagogique des enseignants. Lesquels deviendraient de simples exécutants enjoints d’appliquer un recueil de bonnes méthodes concoctées par des experts parés de l’autorité de la science. Laquelle serait réduite à celle que le ministre connaît et impose comme seule légitime. Mais, pas davantage que les enseignants, les citoyens n’ont voix au chapitre. Ignorance de l’histoire sociale et haine des révolutions aidant, disparaît la réalité sociale et politique de la question scolaire, fruit pourtant de plusieurs siècles de débats passionnés et d’héritages progressistes essentiels.

Ce néolibéralisme décomplexé constitue un triste marqueur de l’avancée de l’école et de la société néolibérales. Car Jean-Michel Blanquer fait plus que vouloir diriger l’entreprise éducation nationale les yeux rivés sur les comparaisons internationales pour les premiers de cordée et la calculette à la main pour diminuer les postes et les moyens. De parcours sup à la frénésie évaluatrice annoncée en cette rentrée, en passant par le démantèlement de la filière professionnelle au profit de l’apprentissage patronal, il installe davantage encore la compétition à outrance et la concurrence au cœur d’un monde scolaire qui devient chaque jour plus inégalitaire, plus ségrégatif et plus stressant pour les élèves comme pour les enseignants, avec pour seule fin la fabrique de l’employabilité (Louis-Marie Barnier, Jean-Marie Canu, Francis Vergne, La Fabrique de l’employabilité, Éditions Syllepse, 2014).

 

L’humain devient capital

En publiant, il y a quelques années déjà, La Nouvelle École capitaliste (Pierre Clément, Guy Dreux, Christian Laval, Francis Vergne, La Découverte, 2011), nous avions pleinement conscience que l’école n’est pas à l’écart des grandes mutations imposées par un capitalisme qui prétend régir tous les aspects de la vie sociale et de la culture. La subordination de l’enseignement et de la recherche à la logique de marchandisation et de financiarisation est directement liée à son évolution depuis trois décennies. Ce qui s’ouvre, c’est une ère nouvelle de l’école. Les savoirs et la culture ne sont ni recherchés comme vecteurs d’émancipation ni valorisés pour eux-mêmes, mais dans la seule mesure où ils peuvent être source de profits. Ce nouveau modèle tend à relativiser en outre deux dimensions historiquement constitutives de l’école : sa fonction d’intégration culturelle et sa fonction de formation du citoyen. Le constat empirique rejoignait pour nous l’essai de caractérisation. La nouvelle école capitaliste, disions-nous, est l’école dans laquelle les objectifs et les modes de fonctionnement sont ordonnés aux exigences de la compétition économique. De la maternelle à l’université, l’école est formatée par la rationalité néolibérale au point d’épouser de façon intime le mouvement du capital ainsi que sa conception de l’homme et de la société. L’humain devient capital.

« Ignorance de l'histoire sociale et haine des révolutions aidant, disparaît la réalité sociale et politique de la question scolaire, fruit pourtant de plusieurs siècles de débats passionnés et d'héritages progressistes essentiels. »

Ce processus est au cœur de la mise en marché de l’école. L’éducation s’achète et se vend de plus en plus ouvertement. L’argent des familles et des étudiants (cf. l’explosion de l’endettement étudiant et ses effets délétères) devient un facteur de plus en plus direct de différenciation scolaire et les marchandises les plus diverses pénètrent progressivement l’espace scolaire. Et, dans le même temps, l’on assiste à une transformation profonde du fonctionnement, du contenu, des pédagogies et de la finalité des études.
L’autonomie relative de l’institution scolaire se réduit ainsi par l’imposition de tout un dispositif managérial qui entend standardiser pratiques et comportements. Les institutions scolaires et universitaires deviennent ces entreprises prestataires de services individualisés et de valorisation du « capital humain ». Il y a donc quelque logique à vouloir garantir la mesure permanente de la plus-value apportée à chaque unité du système éducatif engagée dans « l’économie de la connaissance ». D’où l’importance des classements d’établissements, d’où la compétition entre tous et d’où l’idée que les moyens doivent dépendre des résultats et non l’inverse. Chaque établissement doit se positionner sur un grand marché de la formation et y adapter ses contenus et ses pratiques. Chaque enseignant ou chercheur doit apprendre à évoluer dans un environnement où la valeur économique devient le critère ultime de légitimation. Et chaque élève/étudiant, enfin, doit penser sa formation et son orientation en se sentant responsable de son employabilité.

« Les institutions scolaires et universitaires deviennentces entreprises prestataires de services individualisés et de valorisation du “capital humain”. »

 

Tristes topiques

Mais en même temps que nous dressions ce constat et proposions cette grille de lecture, nous insistions sur le caractère stratégique des luttes sociales dans le champ scolaire et universitaire. Nous avions particulièrement en vue le pouvoir d’entraînement des mouvements étudiants touchés de plein fouet par les inégalités sociales accrues, l’assujettissement pesant au mécanisme de l’endettement, la marchandisation de la culture et des savoirs, susceptibles de déboucher sur une contestation plus globale. Nous pensions la jonction possible avec les résistances d’enseignants heurtés dans leur conscience professionnelle par l’incroyable bric-à-brac managérial qu’une hiérarchie inféodée aux nouvelles normes mettait en œuvre avec zèle. Nous les savions désireux d’empêcher que le métier d’enseignant ne soit détruit par la taylorisation de leur travail. Nous les savions soucieux de préserver une certaine collégialité dans l’exercice de leur métier pour n’avoir pas à se renier. L’urgence de restaurer la signification morale et politique de l’école, celle de l’émancipation et de l’égalité, nous semblait devoir être au rendez-vous.
Constatons que l’insurrection des consciences et la convergence ne se sont pas produites. Il ne s’agit pas de mettre quiconque en accusation, mais plutôt de comprendre quels mécanismes de fabrication de l’impuissance ont opéré. Ils doivent pour une large part leur efficience à la systématisation et à la radicalisation de l’entreprise néolibérale sur tous les terrains. Ne sous-estimons pas ses effets désagrégateurs dans les établissements qui concentrent un maximum de jeunes en difficulté sociale et culturelle. Lorsque s’installe un mixte de violence et d’anomie qui semble devoir tout submerger se trouve abolie la possibilité même d’une démarche partagée d’acquisition des savoirs. La cécité et le déni affichés par les gouvernements successifs en matière éducative depuis plusieurs décennies quant aux déterminants sociaux et politiques de la difficulté scolaire et de son traitement sont proprement insupportables. Comme le sont les reniements d’une certaine « gauche » qui ont pesé lourd dans la désorientation voire la démoralisation de beaucoup au point parfois d’engendrer des formes paradoxales de consentement à la servitude. D’une façon plus générale, l’horizon semble aujourd’hui borné par l’effondrement ou l’émiettement des alternatives. La sphère éducative n’y échappe pas.

 

 

 

Vers une « nouvelle école démocratique »

Répétons-le : on ne saurait séparer un certain modèle d’école et une conception de la société. La question de l’école, comme celle de la santé, de la justice, de la culture et des arts, a partie liée avec notre capacité collective à imaginer et réaliser un destin commun. Redéfinir l’éducation du XXIe siècle dans l’optique d’un monde débarrassé du capitalisme destructeur de l’humain, tel est l’enjeu qui devrait mobiliser aujourd’hui les chercheurs, les professionnels de l’enseignement, les étudiants, les citoyens. Adossée à un principe d’espérance et à un imaginaire émancipateur réactivés, l’école alternative, la nouvelle école démocratique qu’il nous faut réinventer, serait ordonnée à une démocratie réelle. Elle aurait pour axe principal tout à la fois la réduction des inégalités et la production culturelle de l’égalité.

« Contre la concurrence généralisée pour les meilleures filières, les meilleurs établissements, les meilleures classes, etc., posons le commun comme le nouvel esprit de l’institution. »

L’hypothèse dont nous partons, sur ce que l’on peut attendre d’une politique éducative alternative, pourrait tenir en une formule : dans tous les domaines, cette politique doit remettre du commun au cœur de la société. Contre la concurrence généralisée pour les meilleures filières, les meilleurs établissements, les meilleures classes, etc., posons le commun comme le nouvel esprit de l’institution. Comment promouvoir un nouveau système de normes sociales, de formes d’existence et de modèles d’institution dans le champ éducatif permettant de passer de la logique de la compétition à la logique de la mise en commun ? Dans cette optique, quatre chantiers nous semblent devoir être rouverts :

  • Le premier concerne la relance de la démocratisation de l’école. Pas de transformation progressiste de l’école sans reprise d’un réel mouvement de démocratisation de l’accès au savoir ;
  • Le second touche à la réinvention d’une culture commune, à une reformulation de ses contenus et à leur articulation avec des savoirs émancipateurs ;
  • Le troisième tient dans l’émergence d’une nouvelle pédagogie favorisant le passage d’une pédagogie individuelle de la compétition à une pédagogie sociale de la coopération ;
  • Se pose enfin la perspective d’une démocratisation autogestionnaire de l’organisation scolaire autorisant une refondation laïque et institutionnelle de l’école.
     

Il n’est certainement pas trop tôt pour y travailler.

 

Francis Vergne participe à l’équipe d’animation de l’Institut de recherches de la FSU.

Cause commune n°9 • janvier/février 2019

 

 

 

 

 

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 06:16
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Prise de parole de Christian Collimard, animateur du Mouvement de la paix dans le Sud Finistère et du CIAN 29

Prise de parole de Christian Collimard, animateur du Mouvement de la paix dans le Sud Finistère et du CIAN 29

Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
COLLECTIF  29 (cian29*) Pour l'Interdiction des Armes Nucléaires
Le cian29 initié par le mouvement de la paix et l'université européenne de la paix regroupe une quinzaine d'associations et organisations syndicales et politiques du département dont la fédération 29 du PCF.
 
En 1945, les bombardements d'HIROSHIMA et NAGASAKI ont fait la preuve de la barbarie de l'usage des bombes atomiques. Crimes contre l'Humanité qui ont fait plus de 300 000 victimes.
 
Ce MARDI 6 AOÛT, ils s'en sont souvenus et ont dit : STOP AU PÉRIL CRIMINEL
 
Il y a mieux à faire que de financer le gâchis des militarisations de nos territoires et d'en faire des cibles oh combien dangereuses
 
Ni en Presqu'île de Crozon
Ni en rade de Brest
Ni ailleurs...
PLUS UNE SEULE BOMBE NUCLÉAIRE
 
La France doit signer le traité d'interdiction des armes nucléaires voté le 7 juillet 2017 à l'ONU
 
Ils se sont retrouvés à 10h face à la stèle de la résistance au Menez Hom près de la chapelle Sainte-Marie du Menez Hom puis ont entrepris l'ascension du Menez Hom. Christian Collimard a pris la parole au sommet pour le CIAN 29 et un pique-nique avec des chansons de Claude Couamme a eu lieu au retour près de la chapelle.
Bravo à ces résistants contre le péril extrême des armes nucléaires et de la politique de prolifération nucléaire cautionnée et mise en œuvre par la France. Au côté de militants du Mouvement de la Paix, de l'Université européenne de la paix, régionalistes, écologistes, plusieurs militants finistériens du PCF étaient présents, comme d'habitude, dont Daniel Laporte, militant bien connu de Carhaix, qui nous a livré ce beau reportage photo.
 
Merci à lui!
 
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
Le jour anniversaire de la destruction de Hiroshima, rassemblement pour l'interdiction des armes nucléaires au Menez Hom le 6 août 2019 à l'initiative du Comité pour l'interdiction des armes nucléaires finistérien (CIAN 29) - reportage photo de Daniel Laporte
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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 05:37

Christophe RAMAUX Membre du Collectif les Économistes atterrés

Le mois prochain, le gouvernement présentera les grandes lignes de son projet de « réforme » des retraites. Engageons dès aujourd’hui la contre-offensive avec Christophe Ramaux, pour comprendre la nouvelle régression qui s’annonce. La bataille pour les retraites est lancée, et c’est aussi une guerre des idées.Et maintenant, les retraites ! Après la casse du code du travail et de la SNCF, la suppression des cotisations salariales et de l’impôt de solidarité sur la fortune, la prochaine grande régression sociale que nous propose Emmanuel Macron consiste à « réformer », une nouvelle fois, notre système de retraites. Ou plutôt, à l’affaiblir, afin de préparer l’entrée des compagnies d’assurance privées. Vous savez comment privatiser un service public ? « First, defund it. » (« d’abord, arrêtez de le financer », Noam Chomsky) [1].

Les caisses d’assurance vieillesse constituent un pactole monumental qui échappe encore à l’État et au capital grâce au principe de la cotisation : 320 milliards d’euros, le poste le plus important de la Sécurité sociale. Un budget excédentaire depuis 2016 [2]. Et une véritable réussite sociale, enviée partout dans le monde : en France, le taux de pauvreté chez les retraités est plus de deux fois inférieur à celui de la population globale [3]. Même s’il y a trop de trop petites retraites à cause d’une redistribution inégalitaire, le système fonctionne globalement.

Pourquoi alors modifier quelque chose qui fonctionne ? Évidemment, pour saper les bases de la répartition et tenter de faire entrer la capitalisation. « Le patronat ne désarme jamais », nous avait avertis le ministre communiste Ambroise Croizat, l’un des fondateurs de notre système de retraites après guerre. Voici comment le patronat compte procéder cette fois-ci.

La retraite par points

Emmanuel Macron n’en a pas fait mystère lors de sa campagne : il souhaite modifier le mode de calcul des pensions de retraites. Aujourd’hui, les salariés du privé calculent leurs pensions en faisant la moyenne de leurs 25 meilleures années, tandis que ceux du public le font sur les six derniers mois.

Demain, Macron veut remplacer ces modes de calcul par un système unique par points. Toute votre vie, vous cotisez des points, et à la fin de votre carrière, vous soldez votre compte de points : tel nombre de points ouvre le droit à tel niveau de pension de retraite. Une mesure d’apparence technique et indolore, mais qui cache en fait un changement énorme : le « point » n’aura pas de valeur définie, mais celle-ci fluctuera en fonction de la démographie, de la croissance, ou d’autres critères.

En somme, vous ne serez jamais assuré de votre niveau de retraite, même si vous cotisez généreusement toute votre vie. Quelles conséquences ? « Le système par points, ça permet en réalité une chose qu’aucun homme politique n’avoue : ça permet de baisser chaque année la valeur des points et donc de diminuer le niveau des pensions. [4] ». C’est le candidat François Fillon qui le disait (et on lui sait gré d’avoir été si franc – il faut dire qu’il s’adressait alors au patronat).

Et que remarque-t-on dans les pays qui ont déjà un système par points, comme la Suède ? Et bien qu’à force de baisser chaque année, les points cotisés ne suffisent plus à assurer une vie digne aux retraités [5]. Dans ces pays, on introduit donc un volet capitalisation obligatoire. Une aubaine pour les assureurs !

Voilà, en deux mots, ce que nous prépare Emmanuel Macron. Et ce n’est pas un dangereux révolutionnaire qui le dit, c’est l’Économiste Atterré Christophe Ramaux, maître de conférences en sciences économiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Christophe Ramaux formule des contre-propositions, avec un mot d’ordre : pour mettre fin à cette casse de la Sécu, cotisons dans la bonne humeur !

 

 

 

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7 août 2019 3 07 /08 /août /2019 05:32

 

Par Alain Pagano 


L’écologie est devenue une des préoccupations principales de nos concitoyens. Au sein de l’électorat de gauche, elle arrive en troisième position des priorités après les questions d’emploi-pouvoir d’achat et les services publics.

.La crise environnementale est planétaire. La pollution n’a pas de frontière ! L’Europe est un échelon pertinent pour agir. La crise écologique est multiforme : crise de la biodiversité, usage des phytosanitaires, du plastique, pollution de l’air aux microparticules, pollutions en tout genre…

 

Incompatibilité de la transition écologique et du capitalisme

 Le caractère capitaliste de l’Union européenne structure la définition des orientations environnementales. Dans ce domaine aussi, les traités constituent la colonne vertébrale du contenu des directives élaborées par la commission. Pas question de s’en écarter, même si cela aboutit à des échecs flagrants.
À cet égard, compte tenu de l’urgence, les enjeux liés à la « transition » écologique doivent mobiliser d’énormes moyens financiers inconciliables avec la politique de réduction des déficits publics prônée par Bruxelles. De plus, les projets de déréglementation, de mise en concurrence et/ou de privatisation de secteurs déterminants comme ceux du rail et de l’énergie pour une politique environnementale et sociale durable sont une catastrophe écologique. De même, la politique européenne du tout routier, dérégulant ce secteur, favorise les émissions de CO2.

« Modifier radicalement les modes de transport en réduisant fortement le tout routier (voitures et surtout camions), gros émetteur de CO2.  »

Par ailleurs, le marché carbone – attribuant aux entreprises des quotas d’émissions de CO2 échangeables – a été un échec et n’a pas permis d’atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES) prévus. Cette réponse affairiste de l’Union européenne, la cotation en bourse de « droits à polluer », s’avère incapable de relever le défi d’une diminution des gaz à effet de serre. Pourtant, il s’agit là d’une urgence mondiale pour limiter le dérèglement climatique. Il est urgent de fixer par voie réglementaire des objectifs contraignants de réduction des GES.

Enfin, la nouvelle autorisation pour cinq ans de l’herbicide glyphosate au sein de l’UE a démontré le poids des groupes de pression et notamment leur influence sur les agences scientifiques de l’UE, qui s’appuient trop sur des données fournies par l’industrie.

Malgré les bonnes intentions souvent affichées par la commission européenne ou le parlement européen, la nécessaire transition écologique apparaît bien incompatible avec l’ultralibéralisme européen.

 

La lutte contre le réchauffement climatique : une priorité

Aborder les enjeux écologiques de manière efficace et responsable, c’est être capable de montrer à nos concitoyens où sont les priorités ! S’il y a une priorité qui fait consensus dans la communauté scientifique, c’est l’urgence d’une réaction vis-à-vis du réchauffement climatique. En 2017, les émissions de CO2 ont bondi de 1,8 % en moyenne dans les vingt-huit pays européens, et même de 3,2 % en France.
Quels sont les principaux émetteurs de gaz à effet de serre ?

Selon les derniers chiffres du ministère de l’écologie, dans l’UE, l’utilisation d’énergie est la principale source d’émission de GES (78 %), suivie de l’agriculture à environ 10 %, des procédés industriels et solvants à 8,7 % et des déchets à 3,2 %.

Au niveau de l’utilisation d’énergie fossile, le secteur le plus émetteur est celui de l’industrie de l’énergie (29 %) devant celui des transports (21 %), l’industrie manufacturière et construction (11,2 %), le résidentiel tertiaire (12,8 %), autres 4,1 %.

En France, comme dans l’ensemble de l’UE, l’utilisation d’énergie est la principale source d’émissions de GES avec près de 70 % des émissions. En revanche, à la différence de la moyenne européenne, le secteur le plus émetteur en France est celui des transports (29 %), tandis que celui de l’énergie est relativement peu émetteur (9 %), en raison de l’importance de la production électrique nucléaire.
À l’échelon européen persiste une utilisation massive de charbon et de lignite, notamment en Allemagne. Les hydrocarbures (pétrole et gaz) restent la source d’énergie largement majoritaire. Lutter contre le réchauffement implique de proposer des solutions de réduction des émissions dans les secteurs les plus polluants. Elles sont de deux ordres : d’une part le piégeage du CO2 pour lequel le besoin de recherche se fait sentir et qui nécessite des financements importants et d’autre part la diminution des émissions de CO2. Pour cela, nous pouvons proposer des solutions de court et de moyen terme.

 

Un plan d’urgence contre le réchauffement climatique global

Sortir du tout routier

Pour réduire les gaz à effet de serre, les augmentations de taxes (qui pèsent sur les populations les moins aisées) ne peuvent être une solution ; le premier angle d’attaque, c’est de modifier radicalement les modes de transport en réduisant fortement le tout routier (voitures et surtout camions), gros émetteur de CO2.

Pour cela, voici trois propositions complémentaires :


• Le développement du fret ferroviaire, beaucoup plus écologique que les camions dont l’usage devrait être limité à la desserte de proximité. Nous devrions proposer un new deal écologique européen, un paquet ferroviaire novateur tablant sur la relance du ferroviaire, un plan de grands travaux européens pour créer ou rénover les lignes de chemin de fer nécessaires à ce changement de braquet. Cela devrait être un des enjeux majeurs portés aux élections européennes, en haut des priorités pour donner une identité forte, une proposition écologique crédible à notre liste. Par ailleurs, c’est créateur d’emplois.
• L’Europe doit favoriser les circuits courts agricoles et industriels pour réduire les besoins de transport. C’est une relocalisation des productions qui est nécessaire, relocalisation favorable à l’emploi ! C’est d’un changement des modes de production qu’il s’agit : de la proximité comme une vertu écologique !
• La gratuité des transports en commun a trois mérites : la baisse des émissions de GES par la baisse du trafic voiture, la lutte contre la pollution de l’air, et in fine, des gains de pouvoir d’achat pour les usagers. Cette proposition est de la compétence des communautés de communes. Mais l’Europe pourrait participer de manière volontariste au financement en subventionnant l’investissement nécessaire à la construction de lignes de bus, de tram, et de métros nécessaires à la mise en œuvre de cette proposition.  

 

Favoriser les économies d’énergie

Le deuxième angle d’attaque, c’est de prendre des mesures aidant à l’économie d’énergie par un plan rapide et ample de rénovation thermique du logement (qui représente 16,5 % des émissions de GES), là encore favorable au pouvoir d’achat de nos concitoyens sur leurs factures d’électricité ou de gaz… à condition que les aides à la rénovation soient importantes. C’est sur ce point que l’Europe peut jouer un rôle complémentaire des États. C’est une mesure qui peut être prise très rapidement.
Le poids de la consommation d’énergie dans les émissions de GES est loin d’être négligeable à l’échelle européenne. Il faut une politique volontariste pour aller vers un abandon rapide des centrales à charbon et d’une manière générale des énergies carbonées. Pour cela, il faut une compensation crédible par la montée en puissance des énergies décarbonées (les énergies renouvelables en priorité). Là encore, cela implique des financements plus vigoureux pour la recherche, afin d’obtenir des avancées significatives sur le stockage de l’énergie par exemple.

Et pourtant, plusieurs listes de gauche aux élections européennes vont faire de la sortie du nucléaire une priorité. Outre le fait que ce n’est pas de la compétence de l’UE, l’abandon de cette énergie aurait un effet nul, en étant optimiste, ou, plus vraisemblablement, négatif sur le  climat ! C’est ce que montre l’expérience allemande. C’est aussi l’avis des experts clima­tologues du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui prennent le contre-pied en plaidant pour un essor du nucléaire dans leurs solutions pour contrer le réchauffement !

Ces quelques propositions sont de nature à permettre de tenir les objectifs de l’accord de Paris (2015), voire d’aller plus loin. Pour réenclencher une dynamique vertueuse en Europe mais aussi dans le monde. 
Sauvegarder la biodiversité.

C’est aussi un des moyens de contribuer à la bataille pour la sauvegarde de la biodiversité, fortement menacée par de multiples causes mais pour laquelle le changement climatique très rapide est un facteur fortement aggravant.

Avec Natura 2000, l’Europe a eu une action positive : recensement de la biodiversité, mesures de protection, nouvelles aires de réserves naturelles… Elle peut poursuivre dans ce sens :
• En soutenant plus fortement la recherche sur la biodiversité, sur la restauration écologique (la science qui « répare » les écosystèmes) ;

• En bonifiant les subventions aux projets d’aménagement du territoire respectueux de la biodiversité.
Elle doit montrer un autre visage, en étant étanche aux groupes de pression de l’agro­business, en soutenant vigoureusement une  alternative rapide aux pesticides, dont le glyphosate, et en promouvant l’agroécologie et le bio.

 

Alain Pagano est responsable de la commission Écologie du conseil national du PCF.

Cause commune n°9 • janvier/février 2019

 

 

 

 

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À propos de « Cause commune »

La revue « Cause Commune » est la revue d'action politique du PCF.

Aller au-delà des apparences pour mieux comprendre et agir plus efficacement ; suivre les élaborations et les décisions du Parti communiste ; préparer des initiatives militantes efficaces : Cause commune, c'est tout cela et plus encore.

La revue donne la parole aux communistes mais aussi aux chercheurs et artistes de tous horizons. Ils font le point des débats et nous emmènent au-delà des sentiers battus de l'idéologie dominante.

Cette revue paraît tous les deux mois.

Au cours de ce mois d’août notre Blog vous propose quelques articles de « Cause Commune » parus entre novembre 2018 et août 2019.

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6 août 2019 2 06 /08 /août /2019 07:11
Rassemblement au Menez Hom en 2015 pour l'interdiction des armes nucléaires  (photo Le Chiffon Rouge)

Rassemblement au Menez Hom en 2015 pour l'interdiction des armes nucléaires (photo Le Chiffon Rouge)

Rassemblement au Menez Hom en 2015  pour l'interdiction des armes nucléaires (photo Le Chiffon Rouge)

Rassemblement au Menez Hom en 2015 pour l'interdiction des armes nucléaires (photo Le Chiffon Rouge)

COLLECTIF  29 (cian29*) Pour l'Interdiction des Armes Nucléaires
 
En 1945, les bombardements d'HIROSHIMA et NAGASAKI ont fait la preuve de la barbarie de l'usage des bombes atomiques.
 
Ce MARDI 6 AOÛT, SOUVENONS NOUS et REDISONS: STOP AU PÉRIL CRIMINEL !
 
Aujourd'hui, soutenons les acteurs du progrès humain qui veulent que les richesses disponibles soient consacrées au bonheur de toutes et tous.
 
Il y a mieux à faire que de financer le gâchis des militarisations de nos territoires et d'en faire des cibles oh combien dangereuses
 
Ni en Presqu'île de Crozon
Ni en rade de Brest
Ni ailleurs...
PLUS UNE SEULE BOMBE NUCLÉAIRE
 
La France doit signer le traité d'interdiction des armes nucléaires voté le 7 juillet 2017 à l'ONU.
 
CLAMONS CE MESSAGE
 
MARDI 6 AOUT
à partir de 10h au MENEZ-HOM
Au programme :
10h : RDV à la stèle de la résistance
face à la chapelle de Sainte-Marie du Menez-hom
Départ de la montée pour la paix 
11h : Rassemblement et prise de paroles au sommet
12h30 : Pique-nique partagé, animations...
 
Le cian29 initié par le mouvement de la paix et l'université européenne de la paix regroupe une quinzaine d'associations et organisations syndicales et politiques du département dont la fédération 29 du PCF.
 
Lire aussi:
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