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23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 13:09
Derrière le voile - Une inquiétante dérive -  Patrick Le Hyaric, 22 octobre 2019

http://patrick-le-hyaric.fr

le 22 octobre 2019

Si les mots ne tuent pas, ils peuvent blesser et meurtrir. Ils contribuent surtout à mettre sur orbite des idées qui saturent le débat public et brouillent les repères républicains. Il n’aura pas fallu attendre longtemps après la convention de la droite réunie sous les auspices de la mouvance identitaire et la logorrhée raciste de Zemmour diffusée à grande échelle pour que se déchaîne la haine contre la population de confession musulmane.

Pas un jour ne passe désormais sans que les musulmans de France ne soient pointés du doigt, insultés, méprisés. Il aura suffi qu’un conseiller régional d’extrême-droite en mal de notoriété s’autorise, en dehors de tout cadre légal, à exiger le dévoilement d’une maman accompagnatrice scolaire devant son enfant pour qu’une cohorte de ministres et parlementaires, d’éditorialistes et plumitifs se liguent en sonnant l’hallali contre le « péril musulman ».

La mécanique est huilée qui laisse désormais à l’extrême droite le pouvoir d’orienter le débat public et politique. Et une fois encore, les chaines dites « d’information continue » comblent le vide par la vacuité, remplissant le temps d’antenne par le bavardage réactionnaire de quelques pontes médiatiques plus préoccupés par le voile, véritable fétiche, et les femmes qui le portent, que par les fins de mois impossibles de millions de nos concitoyens.

Le travail parlementaire se trouve ensuite phagocyté par ces basses polémiques de haute intensité puisque, à la suite du coup d’esbroufe de l’élu d’extrême droite, une proposition de loi a été opportunément déposée par le groupe « Les Républicains » du Sénat pour interdire aux mamans voilées d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire.

La loi est pourtant claire. Le droit a été dit en 2004 et le Conseil d’Etat l’a confirmé en 2013 : les accompagnatrices scolaires, n’étant pas des agents publics, ont toute latitude de se vêtir comme elles le souhaitent. Le guide de la laïcité de l’Education nationale le confirme. Tels sont la lettre et l’esprit de la loi de 1905, loi de concorde et de paix civile garantissant la liberté de conscience et l’autonomie de la société. En affirmant que « le voile n’est pas souhaitable », et ajoutant que « ce n’est pas quelque chose d’interdit, mais ce n’est pas non plus quelque chose à encourager », M. Blanquer fait non seulement preuve d’une grande légèreté, mais il se place en travers de la République. Il est censé garantir et appliquer la loi républicaine, or il tente d’imposer une norme sociale et vestimentaire sur la base d’une simple opinion qui contrevient aux principes législatifs.

Jaurès, artisan décisif de la loi de séparation, s’interrogeait : Qu’est-ce donc que la République ? C’est un grand acte de confiance et un grand acte d’audace.

Or, notre régime se caractérise aujourd’hui par de grands actes de défiance et de peurs.

Défiance, quand les us et coutumes de la population musulmane sont considérés comme autant d’indices de « radicalisation ».

Peur, quand la République n’ose plus affirmer la puissance de son creuset, préférant s’enfoncer dans la recherche de boucs émissaires, cultivant différences et divisions.

Défiance, encore, quand M. Macron, mélangeant allègrement immigration, religion, terrorisme et communautarisme – confusion dont l’extrême-droite fait son miel – promeut une « société de vigilance » qui déléguerait aux citoyens le rôle de surveillance dévolu aux services de l’Etat, incitant les classes populaires du pays à s’épier entre elles. Prenant d’ailleurs M. Macron au mot,  l’élu extrême droite s’est réclamé de la « vigilance citoyenne » pour justifier son propos raciste et antirépublicain.

Nul ne saurait nier l’offensive mondiale subventionnée à  coups de pétrodollars de forces répondant d’un islamisme politique rétrograde, réactionnaire et anti-démocratique. Les mêmes d’ailleurs qui sont cajolées par les puissances occidentales et le grand capital alors qu’elles ont partie liée avec le terrorisme. Nul ne saurait non plus nier la résurgence des nationalismes et identitarismes sur le dos des grandes espérances émancipatrices universalistes.

Mais combien de réalités se cachent derrière le port du voile ? Culture, conviction, mal-être, affirmation de soi : les motivations sont variées, souvent anodines, et les ressorts complexes. Il parait bien hasardeux de demander à la République de s’immiscer dans l’intimité des consciences. Quel précédent cela créerait-il dans un pays qui se flatte encore d’être celui des droits de l’homme et du citoyen ?  La République et les actes législatifs portés en son nom garantissent la liberté de conscience. C’est l’esprit de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat qui garantit les indépendances respectives des cultes et de l’Etat dans ses différentes missions.

Chacun sait que la majorité des femmes voilées, qu’elles soient issues de l’immigration récente ou nées en France, vivent dans les quartiers populaires, ces sas de la mondialisation capitaliste où s’accumulent les violences sociales, physiques et symboliques. L’école est justement le lieu de la rencontre féconde au petit matin quand les parents accompagnent les enfants, dans l’association de parents d’élèves ou au Conseil d’école. Chacune de ces occasions permet de se comprendre mieux et de ne pas laisser certaines mamans isolées ou s’isoler elles-mêmes pour être considérées pleinement citoyennes aux droits égaux.

Les entreprises de division, qu’elles viennent des classes possédantes pétries d’un universalisme aussi abstrait que leur confort social est concret, de l’extrême droite raciste et démagogue ou des obsédés de l’identité nationale, ethnique et religieuse, ont pour fonction de masquer ce qui unit les milieux populaires : l’oppression féroce exercée par le capital sur leurs conditions d’existence. Voilà le piège tendu ! Redonner confiance à la République, c’est créer les conditions d’une union populaire capable de déjouer les divisions instillées de toutes parts et dont le voile est aujourd’hui l’instrument.

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23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 12:31

Au journal du mardi 22 octobre sur France Culture à 12h30, nous entendions assez surpris et effarés 2 minutes du discours exalté de Macron à Mayotte qui parlait avec beaucoup de brutalité verbale et dans le ton d'une très grande fermeté à avoir pour "repousser la misère" (les miséreux de l'île voisine en fait). Une approche inhumaine des problèmes de l'immigration qui rappelle Charles Pasqua ou le discours des Le Pen.  Bien fait pour séduire les élans xénophobes. Il semble si proche, le climat des années 30!

Heureusement qu'il y a l'Humanité pour aujourd'hui dans son éditorial tenir un autre discours et nous rappeler à certaines réalités:

Éditorial de l'Humanité. « Fermeté »…
Mercredi, 23 Octobre, 2019

L'éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin.  Mayotte, devenue le 101e département français en 2009 contre les résolutions de l’ONU, continue de vivre une situation sociale et migratoire qui se dégrade. 

 

En visite à Mayotte, Emmanuel Macron a donc salué l’opération « Shikandra » afin d’insister sur le volet « immigration » de son séjour. On pourrait sourire devant cette mise en scène du volontarisme de l’État en matière migratoire, sauf que notre président revendique sa politique répressive à grand renfort de séquences symboliques. « Shikandra » ? « C’est le nom d’un poisson qui vit dans le lagon, il a une allure débonnaire, mais quand on s’approche de son nid, il mord. » Voilà comment l’Élysée résume l’esprit de cette force civilo-militaire à Mayotte. L’occasion « de mettre l’accent sur la “fermeté”, second pilier de la politique d’immigration du gouvernement », oubliant volontairement le premier pilier érigé par Macron lui-même en d’autres temps : humanité…

N’ayons pas la mémoire courte. En 1995, le gouvernement Balladur a entravé la libre circulation des personnes, imposant un visa d’entrée à Mayotte et brisant une tradition qui permettait aux Comoriens d’aller d’une île à l’autre à bord de pirogues dénommées « kwassa-kwassa ». Le « visa Balladur » a engendré un drame monstrueux, transformant la mer d’Anjouan en l’un des plus grands cimetières marins au monde. Plus de 10 000 morts. Souvenons-nous des mots scandaleux de Macron, en 2017 : « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien. »

Mayotte, devenue le 101e département français en 2009 contre les résolutions de l’ONU, continue de vivre une situation sociale et migratoire qui se dégrade. Pour toute réponse, la loi immigration et droit d’asile, votée en juillet, a modifié le droit du sol pour les enfants nés sur l’île. Ils ne peuvent désormais obtenir la nationalité française qu’en fonction du statut des parents. Rares sont les consciences qui ont exprimé leur émoi : le droit du sol et de résidence commun sur tout le territoire national n’existe plus, violant le principe de l’indivisibilité de la République. Comme si l’État reportait sur les enfants son incapacité diplomatique à régler ses relations avec les îles voisines. Macron assume. Il a même paradé à bord d’un « intercepteur » de la police aux frontières…

Par Jean-Emmanuel Ducoin
Macron fait de la surenchère anti-immigrés à Mayotte
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23 octobre 2019 3 23 /10 /octobre /2019 11:53
Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône: les politiques d'austérité affaiblissent notre système de santé (entretien avec Lola Ruscio, L'Humanité, 22 octobre 2019)
Pierre Dharréville : « Les politiques d’austérité affaiblissent notre système de santé »
Mardi, 22 Octobre, 2019

Protection sociale.  Pour le député PCF Pierre Dharréville, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale doit rompre avec des décennies de diètes budgétaires.

 

Avec un objectif de croissance des dépenses d’assurance-maladie de 2,3 % en 2020, le gouvernement prévoit encore 4.2 milliards d’euros d’économies dans la santé malgré la crise des urgences et des hôpitaux. Qu’en pensez-vous ?

PIERRE DHARRÉVILLE C’est un budget insoutenable pour notre système de santé. Le gouvernement demande un milliard d’économies supplémentaires à l’hôpital, alors que le service public hospitalier vit une crise profonde. C’est un choc que ce dernier n’est pas en mesure d’absorber : le personnel est déjà au bout du rouleau. Un mouvement s’enracine aux urgences et ailleurs pour obtenir une hausse des dépenses de santé. Mais le gouvernement porte un objectif de croissance des dépenses d’assurance-maladie, appelé Ondam, qui ressemble à peu près à celui des années précédentes. Les budgets précédents ont pourtant contribué à aggraver la crise des hôpitaux. Le gouvernement ignore encore la situation très tendue et les propositions des soignants. Les Françaises et les Français sont ­attachés au service public hospitalier.

Contre l’avis du rapporteur général du texte LaREM, Olivier Véran, un amendement adopté en commission prévoit la compensation financière à la Sécurité sociale des baisses de cotisations décidées par l’État. Le texte dit que « le gouvernement organise sciemment l’appauvrissement de la Sécurité sociale ». Pouvez-vous développer ?

PIERRE DHARRÉVILLE Le gouvernement est en train de mettre à mal un principe fondamental établi depuis au moins 1994 : la compensation des exonérations de cotisations décidées par l’État. Contrairement au gouvernement, nous pensons qu’il faut non seulement conserver ce principe de compensation des cotisations, mais arrêter les exonérations massives de cotisations. Le gouvernement a choisi de faire peser ses choix politiques sur les comptes de la Sécurité sociale. En effet, sa seule réponse à la crise des gilets jaunes a consisté à mettre en place quelques mesures, visant essentiellement à instaurer des nouvelles exonérations de cotisations sociales. Ces décisions politiques ont alourdi le déficit de la Sécu de plusieurs milliards d’euros. C’est également une façon d’affaiblir notre système de protection sociale. Par ailleurs, ces politiques d’exonérations de cotisations, qui visent à baisser le « coût du travail », n’ont pas fait la preuve de leur efficacité en termes d’emplois.

Quelles traductions budgétaires allez-vous donner aux exigences du mouvement social aux urgences et à l’hôpital ?

PIERRE DHARRÉVILLE Nous allons évidemment les faire résonner à chaque occasion. L’avenir crucial de notre hôpital public et de notre système de santé est sur la table, nul ne peut l’ignorer. Tout en combattant le projet de loi du gouvernement, nous allons défendre nos idées, inscrites dans la proposition de loi déposée au ministère de la Santé, la semaine dernière. Pour financer la Sécurité sociale, nous proposons de mettre un terme à ces politiques d’exonérations de cotisations sociales et patronales, avec par exemple la fin progressive de l’allègement patronal crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice). Ce dispositif représente un manque à gagner pour la branche maladie de la Sécu de 22 milliards d’euros. Les grandes entreprises du CAC 40 ont engrangé des dividendes en hausse. Surtout, la priorité est d’investir dans le service public hospitalier, la psychiatrie et les Ehpad. Les politiques d’austérité affaiblissent depuis trop longtemps notre système de santé.

Entretien réalisé par Lola Ruscio
Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône: les politiques d'austérité affaiblissent notre système de santé (entretien avec Lola Ruscio, L'Humanité, 22 octobre 2019)
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22 octobre 2019 2 22 /10 /octobre /2019 18:00
Alain Bruneel, député communiste du Nord: en blouse blanche à l'Assemblée pour les hôpitaux et la Sécu
Alain BRUNEEL. En blouse blanche pour la sécu
Mercredi, 23 Octobre, 2019 - L'Humanité

L’homme du jour.

D’un coup, les caméras et les flashs se tournent vers lui. Alain Bruneel porte une blouse blanche sous son écharpe tricolore. Le député vient d’arriver salle des Quatre-Colonnes, à l’Assemblée nationale, et tranche avec les autres élus en costume. « Nous voulons faire entrer la parole des personnels soignants et des usagers de l’hôpital public en danger. Nous voulons rappeler le gouvernement et la majorité à la réalité », raconte le parlementaire PCF du Nord. Ainsi vêtu au premier jour de l’examen du budget de la Sécurité sociale, Alain Bruneel n’est pas venu faire qu’un coup de com : il tient dans ses mains deux propositions de loi. La première vise à instaurer un moratoire sur les fermetures de lits, de services et d’établissements de santé. La deuxième décline 43 mesures d’urgence pour la santé et les hôpitaux écrites par les parlementaires PCF, à la suite de leur tour de France des hôpitaux. « Depuis 2017, 12 milliards d’euros ont été retirés aux dépenses de santé. C’est intenable. La ministre doit revoir sa copie au plus vite », alerte-t-il.

Aurélien Soucheyre
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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 09:15
Éric Vuillard « La peine infligée à Vincenzo Vecchi est faite pour terroriser »
Lundi, 21 Octobre, 2019

Justice.  Membre du comité de soutien à l’ex-altermondialiste italien, le romancier Éric Vuillard interpelle sur le sens d’une sanction de douze ans de prison, dissèque les failles dans les mandats d’arrêt européens et appelle la justice française à ne pas s’y soumettre.
 

 

Lauréat du prix Goncourt en 2017, Éric Vuillard ne connaissait pas personnellement Vincenzo Vecchi, arrêté début août à Rochefort-en-Terre dans le Morbihan, détenu depuis et menacé d’extradition vers l’Italie. C’est une amie qui l’a alerté sur le sort de ce quadragénaire, condamné en 2012 à douze ans de prison pour sa participation aux mobilisations contre le G8 de Gênes, en 2001, et à une manifestation dénonçant un rassemblement néofasciste à Milan, en 2006. Le romancier est immédiatement devenu un des membres actifs du comité de soutien mis sur pied par les copains et les voisins de Vincenzo Vecchi en Bretagne. À quelques jours d’une audience décisive, jeudi 24 octobre, à Rennes, il lance un vibrant appel : pour lui, dans cette affaire, tout illustre la sombre conjonction entre la répression du mouvement social et le recul des libertés individuelles que nous refusons collectivement de regarder en face depuis une vingtaine d’années.

Deux mandats d’arrêt européens ont été émis par l’Italie à l’encontre de Vincenzo Vecchi, le premier pour les faits de Milan en 2006 et le second pour le contre-G8 de Gênes en 2001. Dans les deux cas, le jeune homme, à l’époque, a été condamné sur la base d’un délit de « dévastation et saccage » introduit par les fascistes dans les années 1930… Pour quelles raisons, d’après vous, la justice française ne peut-elle pas entériner ces condamnations ?

 

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Éric Vuillard Ces condamnations s’appuient sur un principe, celui de l’incrimination collective, totalement étranger à notre droit. Normalement, la responsabilité pénale est personnelle : on ne peut être traduit en justice que pour des faits que l’on a commis soi-même. Il faut donc prouver, par des témoignages ou d’autres moyens, que la personne a commis un délit ou un crime. Mais Vincenzo Vecchi a été condamné sur d’autres bases, en vertu de dispositions du Code pénal italien datant de Mussolini. D’après ces textes, il suffit d’être identifié sur les lieux où se sont produits des dévastations et des pillages pendant une manifestation. À travers une simple photographie, si on croit vous identifier près d’une vitrine cassée, vous pouvez être reconnu coupable. De cette façon, on arrête et on condamne n’importe qui. C’est une manière de faire peur aux gens, de les empêcher de manifester. Si la France admettait la validité de ces mandats d’arrêt européens, cela signifierait qu’elle reconnaîtrait ce droit-là, totalement contraire à nos principes. Pour que ces deux mandats d’arrêt européens soient valables, ils devraient satisfaire au principe de la double incrimination : il faudrait que les deux droits nationaux, à la date des faits, soient assez semblables, c’est-à-dire que le même type d’infraction puisse aboutir, en France comme en Italie, au même type de condamnation. Or, en France, en 2001 ou en 2006, l’incrimination collective n’existe pas ; les magistrats français ont donc la possibilité de casser ces mandats d’arrêt européens.

Autre élément très problématique dans cette affaire, soulevé par le comité de soutien : Vincenzo Vecchi a déjà purgé la peine visée par l’un des deux mandats d’arrêt européens…

Éric Vuillard Absolument. Lors de la dernière audience, le 26 septembre, la défense a produit un document de la justice italienne prouvant que Vincenzo Vecchi a purgé la peine à laquelle il a été condamné pour sa participation à la contre-manifestation antifasciste de Milan en 2006. Il a fait sept mois de prison et le reste sous la forme d’une assignation à domicile. Ce document rend caduc le mandat d’arrêt portant sur les événements de Milan. En toute logique, la justice italienne aurait dû le retirer mais, au lieu de cela, elle a tenté de le justifier de façon assez alambiquée. L’idée est de faire passer Vincenzo Vecchi pour un récidiviste. Condamné pour la manifestation de Milan en 2006, il aurait « récidivé » au G8 de Gênes… en 2001 ! La justice italienne dévoie l’usage du mandat d’arrêt européen : elle admet que la peine est purgée, mais elle maintient ce mandat d’arrêt afin de tenter de justifier la peine de douze ans de prison qui concerne l’autre mandat d’arrêt, celui portant sur les événements de Gênes. Mais maintenir un mandat d’arrêt européen pour une peine déjà purgée, cela revient à détourner la procédure, à la corrompre.

À près de vingt ans du contre-G8 de Gênes, ce qui frappe également – et la menace d’extradition de Vincenzo Vecchi l’illustre –, c’est le décalage étourdissant entre les peines extrêmement lourdes infligées, en 2012, à une poignée de manifestants, dont Vincenzo Vecchi, et l’absolution pour les responsables policiers et politiques qui ont orchestré une répression sanglante…

Éric Vuillard Oui, à Gênes, la répression policière a été extrêmement violente. En 2017, le chef de la police italienne a lui-même reconnu que les policiers s’étaient rendus coupables d’« actes de torture ». Pour qu’un chef de la police en arrive à ce genre d’aveu, c’est que la répression a été hors normes. Et malgré la violence de celle-ci, malgré cet aveu, ce qui frappe, c’est l’asymétrie des peines. Pour les faits de Gênes, Vincenzo Vecchi est menacé d’une peine de douze ans de prison, alors que, dans les rangs de la police, les sanctions les plus sévères ont consisté en une suspension de la fonction publique pendant cinq ans. Pourtant, un manifestant est mort, tué par balles, des centaines de manifestants ont été grièvement blessés et il y a eu des actes de torture… Du côté des manifestants, les peines les plus lourdes concernent des attaques contre les biens, des enseignes saccagées, des vitrines cassées, des projectiles lancés. D’un côté, des dégâts matériels ; de l’autre, un mort. En principe, les sanctions les plus sévères punissent les violences physiques. Et là, c’est l’inverse.

Ce qui m’a particulièrement troublé ces dernières semaines, c’est l’effet qu’une lourde peine, douze ans de prison, peut avoir sur ceux qui en entendent parler. Douze ans de prison. C’est si considérable que cela crée une sorte d’effroi qui entrave la réflexion et interdit presque de s’identifier. Cet homme a bien dû commettre quelque chose, se dit-on, car un pays démocratique comme l’Italie ne condamnerait pas à une telle peine de prison pour rien. Eh bien, si !

Mais la littérature peut nous éclairer sur ce mécanisme, car elle vise à défaire ces réactions spontanées. Avec Jean Valjean, Victor Hugo déconstruit la crainte que l’on peut avoir du bagnard. Les peines lourdes ne sont pas toujours liées à un crime de sang. On peut n’avoir volé qu’une miche de pain. Ce n’est pas une fiction, c’est un fait divers dont Hugo s’est inspiré. Et il faut mille deux cents pages au XIXe siècle pour défaire la figure du bagnard, il faut nous faire traverser mille deux cents pages pour dissiper nos préjugés.

Or, avec Vincenzo Vecchi, nous avons affaire à une incrimination héritée de la période mussolinienne, cette incrimination est contraire aux principes élémentaires du droit, elle permet de condamner quelqu’un sans preuve, sur de simples photographies qui témoignent seulement qu’il était présent à la manifestation. Dans cette affaire, déclarer que « la peine est disproportionnée » ne convient pas, cette peine est délirante. Elle est faite pour terroriser.

À travers les menaces qui pèsent aujourd’hui sur Vincenzo Vecchi, vous appelez à ne pas nous « accoutumer au pire ». Qu’entendez-vous par là ?

Éric Vuillard Nous vivons une progressive destruction des libertés publiques. Chaque loi qui, depuis vingt ans, assure renforcer la sécurité de tous est une nouvelle atteinte aux droits fondamentaux. Ce qui arrive à Vincenzo Vecchi s’inscrit dans un mouvement de fond. Cette séquence s’est ouverte après le 11 septembre 2001. Mais Matteo Salvini, vice-président du Conseil et ministre de l’Intérieur en Italie, au moment où l’affaire Vecchi est relancée, ajoute à cette réduction de nos droits une tonalité encore plus inquiétante. Après la Seconde Guerre mondiale, nous avons vécu, pendant des décennies, en nous interrogeant sur la destruction des principes fondamentaux tout au long de l’entre-deux-guerres. Bien sûr, il ne s’agit pas du tout de dire que la situation actuelle nous amènera aux mêmes catastrophes. Mais, depuis la guerre, nous tâchions de regarder ce passé en face, nous tâchions de comprendre ce qui était arrivé pendant la montée du fascisme. Ce qui nous faisait défaut, c’était l’expérience de ce délitement. Notre trouble se manifestait souvent ainsi : « Comment a-t-on pu s’accommoder d’une telle dérive ? » C’était la question que nous nous posions. On ne saisissait pas bien le type de conscience ou de consentement à l’œuvre. On ne comprenait pas comment ces glissements s’étaient opérés… À présent, la situation s’est inversée : depuis près de vingt ans, on fait l’expérience d’une lente dégradation de nos libertés, des principes du droit, des droits fondamentaux.

Il est désormais possible d’assigner à résidence sans l’intervention du juge, l’état d’urgence a été prolongé deux années entières, une incarcération peut continuer alors qu’on a purgé sa peine, et la dénonciation moyennant rétribution a été pratiquée à grande échelle. Et puis, nous avons tous vu ces 150 enfants à genoux, les mains sur la tête, avec des policiers tout autour, et nous avons seulement qualifié cela d’« image choquante ». Ainsi, ce que l’on voyait auparavant sans le vivre, on le vit désormais sans le voir !

Qu’attendez-vous de la justice française dans l’affaire Vecchi ?

Éric Vuillard Il me semble que les magistrats français ont les moyens juridiques de ne pas se plier aux exigences de l’Italie : il y a la double incrimination que j’évoquais. C’est un moyen parmi d’autres. Les magistrats sont comme tout le monde, comme les écrivains, comme les journalistes : nous sommes responsables des décisions que nous prenons. Le droit, c’est un système de normes que l’on interprète. Prendre une décision qui fasse que, dans le droit français, n’entre pas la possibilité d’une incrimination collective, cela relève de leur responsabilité. Aux magistrats de ne pas se soumettre et de s’en tenir aux principes de leur discipline, protéger avant tout les libertés publiques, en interprétant le droit dans ce sens. Cela relève de leur liberté.

Éric Vuillard  Écrivain, auteur de la Guerre des pauvres, l’Ordre du jour et 14 Juillet (Actes Sud)

Entretien réalisé par Thomas Lemahieu

En frapper un pour en éduquer cent

Près de cent ans d’emprisonnement : c’est la peine globale que la Cour de cassation italienne a validé, en 2012, à l’encontre de dix manifestants présents à Gênes lors du contre-G8 de 2001, alors que tous les responsables politiques et policiers d’un véritable massacre – Carlo Giuliani, abattu par un gendarme, des centaines de blessés graves, humiliations, voire tortures – avaient, eux, bénéficié de classements sans suite ou de sanctions administratives… Vincenzo Vecchi, installé à Rochefort-en-Terre (Morbihan) depuis, fait partie de ces boucs émissaires. Lui-même a écopé de douze ans de prison : comme les autres, identifié après les événements sur la base de photos, il a été reconnu coupable de « dévastation et saccage », un délit introduit par les fascistes dans le Code pénal italien et réactivé par la droite depuis le début des années 2000, dans lequel la simple présence sur les lieux des incidents peut suffire, au nom du « concours moral », à justifier une dizaine d’années de prison ferme…

Éric Vuillard - La peine infligée à Vincenzo Vecchi est faite pour terroriser (L'Humanité, 21 octobre 2019)
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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 08:58
Penser avec Marx aujourd’hui, tome IV : « Le communisme » ?, première partie Lucien Sève La Dispute, 670 pages, 40 euros

Penser avec Marx aujourd’hui, tome IV : « Le communisme » ?, première partie Lucien Sève La Dispute, 670 pages, 40 euros

Essai. La métamorphose pour une visée communiste marxienne
Lundi, 21 Octobre, 2019

Dans son quatrième tome de Penser avec Marx aujourd’hui, le philosophe Lucien Sève s’attache à faire vivre le communisme au présent, ce qui nécessite une lutte de classe de haute intensité.

«Faire à nouveau rêver du communisme. » C’est sur ces mots que s’achève le nouveau livre de Lucien Sève. Pour y parvenir, faire retour sur « la visée communiste marxienne », à laquelle, chose étonnante, peu d’ouvrages se sont confrontés sérieusement. Marx et Engels vont déterminer le contenu de la visée communiste en l’opposant nettement au socialisme. C’est l’une des thèses majeures du livre de Lucien Sève : chez Marx et Engels, socialisme et communisme renverraient à deux courants distincts. Le socialisme s’accommoderait de la différenciation hiérarchique des statuts et des revenus, le communisme viserait la complète égalité sociale, c’est-à-dire la société sans classe. Le socialisme miserait sur l’État et sur sa capacité à transformer la société d’en haut, le communisme poserait la nécessité du dépérissement de l’État, entendue comme transformation et appropriation par le plus grand nombre des pouvoirs publics, etc.

Le futur est déjà présent à l’état d’esquisse

Autre thèse décisive, le communisme est compris comme une « visée » et non comme un « projet ». Marx s’est toujours refusé à faire du communisme un idéal, il le définit comme le « mouvement réel qui met fin à l’état de choses actuel ». Qu’est-ce à dire ? Que le futur est déjà présent à l’état d’esquisse. Il faut déceler les potentialités révolutionnaires du présent et lutter pour qu’elles deviennent réelles. Il faut être capable de déceler par exemple, au cœur de la grande industrie sous commandement capitaliste, la possibilité historique d’une diminution du temps de travail. Plutôt que de forcer l’histoire, donc, tenter de « l’orienter du dedans, à partir de son trajet à elle ». On pourrait penser aujourd’hui à ce qui s’annonce dans la révolution numérique. Outre le développement des forces productives, Marx voit dans le développement de l’individualité humaine un présupposé décisif du passage à une autre société. L’histoire témoigne en effet, sur le long terme, d’une immense métamorphose de la façon d’être homme en société. De « l’animal-troupeau » de l’humanité tribale à l’époque de Marx, l’individualité s’est enrichie, elle a accédé à plus d’autonomie, ce qui laisse entrevoir la possibilité de l’auto-émancipation et de l’autogouvernement. Reste que l’approfondissement de l’initiative individuelle est entravé par le capitalisme, qui ne permet qu’à une infime minorité d’y accéder pleinement.

Mais dire que le communisme doit s’ébaucher dès à présent ne signifie pas, insiste Lucien Sève à la suite de Marx, que l’histoire nous y conduit de toute nécessité. Les esquisses émancipatrices n’éclosent pas spontanément, elles supposent pour devenir réalité une lutte de classe de haute intensité. Ce qui ne veut pas dire action insurrectionnelle de courte durée. Marx et Engels se départirent très vite de cette vision de la transformation. La révolution est un processus de longue haleine, toute une époque d’évolutions révolutionnaires, de luttes violentes ou non, de rapports de forces.

Mais, et c’est un point central pour Lucien Sève, si les présupposés historiques du passage à une autre société ne sont pas donnés, alors aucune transformation ne peut être à l’ordre du jour. Le risque est alors de céder à la tentation volontariste de forcer l’histoire pour faire advenir le nouveau. « Marx et Engels ont vu fondamentalement juste » quant à ce qu’il fallait viser, mais ils se sont mépris sur les délais et les difficultés. Le futur que le Manifeste prétendait imminent « était impossible à atteindre avant longtemps ».

«Nous sommes illettrés »

À partir de cette double préoccupation, visée communiste d’une part et « maturité objective » du passage à une autre société d’autre part, Lucien Sève propose une lecture du court XXe siècle. Lénine se situe de plein droit dans la visée communiste marxienne. Mais Lénine va faire preuve d’une impressionnante lucidité en comprenant rapidement « l’immaturité historique du com munisme ». Les présupposés du passage au communisme n’existaient pas en Russie. Les forces productives étaient dans un état de délabrement extrême ; l’individualité était encore insuffisamment développée : « nous sommes illettrés », « nous ne sommes pas assez civilisés », ne cessait-il de répéter. Le temps n’était donc pas encore venu où la gestion des affaires publiques allait être accessible au premier venu. La Russie de Lénine ne pouvait être communiste.

Les régimes socialistes qu’on trouvera ailleurs et après se caractériseront plutôt par leur non-communisme, estime Lucien Sève, même s’ils pouvaient présenter parfois ici ou là certaines avancées sociales. Rien de la visée communiste marxienne ne s’y retrouve, ni le développement de forces productives de haut niveau, ni la promotion de l’individualité, ni le dépérissement de l’État. Si bien que désigner ces régimes et la visée marxienne d’un même mot relève pour Lucien Sève d’une falsification.

Florian Gulli Professeur de philosophie
Essai. La métamorphose pour une visée communiste marxienne (Florian Gulli - lundi 21 octobre - L'Humanité)
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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 08:52
Infographie Humanité - 18 octobre 2019

Infographie Humanité - 18 octobre 2019

Inégalités. Sous le quinquennat Macron, 9 millions de pauvres en France
Vendredi, 18 Octobre, 2019

Une étude de l’Insee met en avant une augmentation du nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. La plus forte progression depuis 2010, selon l’institut.

 

C’est la fin d’un secret de Polichinelle. Les réformes économiques et fiscales du gouvernement creusent les inégalités et accroissent la pauvreté. C’est ce que démontre une note de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) parue mercredi 16 octobre, intitulée « Estimation avancée du taux de pauvreté et des indicateurs d’inégalités ». Dans son étude, l’institut fait une évaluation du coefficient Gini, un outil statistique qui permet de calculer les écarts de revenus. En 2018, l’indice de Gini progresse de 0,005 point pour atteindre 0,294. C’est la première fois qu’autant de Français vivent sous le seuil de pauvreté depuis 2010.

Comment expliquer cette tendance sombre ? La hausse de l’indice de Gini est le fruit de la réforme du prélèvement forfaitaire unique (PFU), la flat tax qui limite à 30 % la taxation sur tous les revenus du capital. Cet allègement fiscal a généré un gain de 1 000 euros au profit des 5 % « les plus aisés », précise la note. Grâce au PFU, les versements des dividendes en 2018 ont largement grimpé à hauteur environ de 60 %, selon l’Insee. Rien qu’avec ces deux mesures, cet indice grimpe de 0,004 point. Le PFU est donc un mécanisme bien huilé pour aggraver les inégalités. Contrairement aux promesses du gouvernement, ces gains n’ont pas été réinvestis dans « l’appareil productif ». Point important, l’étude de l’Insee ne prend pas en compte les effets de la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune.

Les plus bas revenus sont les grands perdants des politiques économiques et fiscales

À cette hausse des inégalités, s’ajoute la progression de la pauvreté. Cette augmentation est surtout portée par la baisse des APL dans les logements sociaux, selon l’Insee. Une diminution qui « aurait le plus fort effet sur l’évolution du taux de pauvreté (+0.4 point environ) », relève l’étude. Toutefois, cette hausse est à relativiser car elle ne prend pas en compte la baisse des loyers. Le taux de pauvreté est calculé seulement sur les revenus, une diminution des dépenses n’étant pas prise en compte. L’Insee estime ainsi que l’indice de pauvreté s’élève à 14,3 %, soit 0,2 point de plus qu’en 2017. Au total, pas moins de 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en 2018.

Les plus bas revenus sont les grands perdants des politiques économiques et fiscales. « Les mesures sur les prélèvements, comme la baisse de la taxe d’habitation, la bascule CSG/cotisations et l’extension du crédit d’impôt pour l’emploi de salariés à domicile aux retraités, bénéficieraient davantage aux ménages au-dessus du seuil de pauvreté », indique la note. Ces dispositifs « contribueraient donc à la hausse du seuil et du taux de pauvreté », ajoute l’Insee. Que ce soit la hausse de 50 euros en 2018 de l’allocation adulte handicapé, ou celle de l’allocation de solidarité pour les personnes âgées, revalorisée de 30 euros, ces mesures n’améliorent pas la situation des plus fragiles. Et les coupes successives dans les prestations sociales sont trop importantes pour compenser les pertes de revenu. « Avec 2 milliards mobilisés par an, la stratégie de lutte contre la pauvreté n’est pas à la hauteur des enjeux sociaux, c’est deux fois moins que les cadeaux fiscaux aux plus riches… Nous avons une pauvre politique pour les pauvres », a résumé Louis Maurin, fondateur de l’Observatoire des inégalités.

Les ultra-riches, eux, voient leur revenu en hausse de 2 % en 2020

Même si le gouvernement a lâché quelques miettes pour calmer les colères des gilets jaunes, les mesures fiscales annoncées restent favorables aux plus riches. C’est ce que souligne la nouvelle étude de l’Institut des politiques publiques (IPP) de l’École d’économie de Paris, qui s’est penchée sur « les impacts du budget 2020 sur les ménages et les entreprises ». Pour les Français situés entre les 3 % et les 20 % les plus riches, le revenu augmente à hauteur de 1 %. Les ultra-riches, eux, voient leur revenu en hausse de 2 % en 2020, soit un gain de près de 4 500 euros. Le ruissellement promis par Emmanuel Macron fonctionne donc à merveille, pour les plus aisés.

Lola Ruscio
Inégalités. Sous le quinquennat Macron, 9 millions de pauvres en France (Lola Ruscio, L'Humanité, 18 octobre 2019)
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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 08:44
Irène Frachon au débat de la fête de l'Huma Paris le 11 septembre 2016 sur l'espace PCF Bretagne sur le médicament avec Christiane Caro, Fabien Cohen

Irène Frachon au débat de la fête de l'Huma Paris le 11 septembre 2016 sur l'espace PCF Bretagne sur le médicament avec Christiane Caro, Fabien Cohen

Irène Frachon au débat de la fête de l'Huma Paris le 11 septembre 2016 sur l'espace PCF Bretagne sur le médicament avec Christiane Caro, Fabien Cohen

Irène Frachon au débat de la fête de l'Huma Paris le 11 septembre 2016 sur l'espace PCF Bretagne sur le médicament avec Christiane Caro, Fabien Cohen

 Irène Frachon : « J’ai échappé de peu à la tromperie de Servier »
Jeudi, 17 Octobre, 2019
Alexandre Fache

Procès. Appelée à témoigner, mercredi, au procès du Mediator, la lanceuse d’alerte Irène Frachon a raconté son combat pour révéler un scandale sanitaire qui n’aurait jamais dû exister.

Les douze ans de combat d’Irène Frachon contre le Mediator du groupe Servier, depuis la première victime identifiée dans son service de pneumologie de l’hôpital de Brest, en 2007, jusqu’au mégaprocès qui se tient depuis le 23 septembre, et pour au moins six mois, au palais de justice de Paris, annonçait une audience fleuve, mercredi, à l’occasion du témoignage de la lanceuse d’alerte. Le moins que l’on puisse dire est qu’on n’a pas été déçu. Pas moins de trois heures se sont ainsi écoulées avant que la présidente, Sylvie Daunis, n’accorde une première pause, dans cette audience démarrée un peu après 13 h 30, devant une salle comble. Trois heures pendant lesquelles Irène Frachon est revenue méthodiquement sur sa découverte d’un scandale sanitaire parmi les plus retentissants que la France ait connus… et ses difficultés à le faire émerger, du fait du « déni inébranlable de Servier » et de l’attentisme coupable de l’Agence du médicament.
À l’audience, la pneumologue avait beaucoup de choses à dire

Pantalon beige et veste marron, la pneumologue est arrivée dans la salle 2.01 du palais de justice de Paris avec une petite valise à roulettes et une clé USB pour projeter des documents. « Je vais vous raconter comment je me suis inquiétée de la toxicité du Mediator et comment, en obtenant ou pas des documents, j’ai eu la confirmation de cette toxicité », a-t-elle résumé, en prévenant que son exposé serait sans doute « plus technique et plus complet » que celui couché par écrit dans son livre, publié en 2010, Mediator 150 mg, Combien de morts ? Technique, c’est sûr, son témoignage l’aura été, quand, à coups de schémas et de tableaux projetés sur l’écran de la salle – barbares pour le commun des mortels –, la pneumologue tentera d’expliquer les mécanismes d’action destructeurs des dérivés de la fenfluramine, dont deux furent retirés du marché (Isoméride et Pondéral) en 1997 en France, quand un troisième, le Mediator, allait poursuivre douze ans de plus sa carrière mortelle.

« Ça va, je ne vais pas trop vite ? » s’inquiétera à plusieurs reprises Irène Frachon en regardant la présidente, Sylvie Daunis. « Je vous préviendrai », répondra la magistrate une première fois, avant, deux heures plus tard, d’avouer : « Euh, non là ça ne va plus, on n’arrive plus à noter. » C’est que la pneumologue, dont l’histoire a été adaptée à l’écran en 2016 dans la Fille de Brest, mais aussi au théâtre dans la pièce Mon cœur, mise en scène en 2017, avait beaucoup, beaucoup de choses à dire. Après un petit exposé sur sa vision de la médecine, l’intérêt de la pharmacovigilance et ce qu’est une hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), cette maladie rare devenue sa spécialité, Irène Frachon a raconté les prémices de sa salutaire découverte. « En 1990, j’arrive dans le service de pneumologie de l’hôpital Antoine-Béclère, LA référence en France pour les HTAP. J’ai été très frappée de voir l’inquiétude qui régnait dans ce service. » Les médecins voient arriver des cas de plus en plus nombreux de jeunes femmes touchées par cette maladie. Une véritable épidémie. Un article est publié en 1993, sans conséquence. « Servier ne veut rien entendre. Et les autorités de santé sont pétrifiées », constate Irène Frachon. Ça ne sera pas la dernière fois.

Et quand le groupe Servier ne veut rien entendre, il a des moyens bien à lui de le faire savoir, a aussi rappelé mercredi la lanceuse d’alerte. « Ses menaces étaient incroyables », a-t-elle raconté, citant les cas de ce journaliste du Parisien, Éric Giacometti, ou d’une juriste belge, soutiens de victimes de ces produits, qui ont reçu « des photos de leurs enfants devant leur école ». « Après ça, la juriste belge a complètement disparu du dossier », note Irène Frachon, qui évoque aussi les pratiques de « harcèlement » du groupe, de « falsification » des traductions de la littérature médicale ou, plus largement, de « pressions » sur l’ensemble de la chaîne de pharmacovigilance.
« Aujourd’hui, je suis comme les victimes, inconsolable »

Suffisamment pour exonérer l’Agence du médicament (Afssaps à l’époque), elle aussi au banc des accusés dans ce procès ? Certes pas. « La première fois que j’ai été reçue là-bas, en juin 2009, après mes alertes, on m’a dit de “faire court”, se souvient Irène Frachon. J’ai quand même suggéré qu’il fallait envisager le retrait du Mediator. On m’a dit : “Mais madame, on ne retire pas comme ça un médicament !” »

Cinq mois plus tard, la pneumologue obtiendra pourtant l’interdiction du produit de Servier, abattant un à un les obstacles mis sur sa route par le laboratoire et son allié alors au garde à vous, l’Agence du médicament. « La puissance de ce laboratoire faisait qu’il ne fallait pas trop y toucher », tente d’expliquer aujourd’hui la pneumologue, qui rappellera aussi, à l’audience, que « dénoncer ce scandale (l’avait) marginalisée de manière majeure dans le monde médical ».

Pressée par le tribunal d’en terminer avec sa déclaration liminaire, Irène Frachon a conclu, hier, par ces mots inquiets : « J’ai échappé de très peu à la tromperie de Servier. Ça me fait froid dans le dos de voir à quoi cela a tenu, à très peu de choses. Aujourd’hui, je suis comme les victimes, inconsolable. Des victimes qui ne pourront pas parler ici parce que Servier a acheté leur silence, en conditionnant les indemnisations à ce silence. J’espère que ce procès tardif sera utile pour protéger les patients face à la firme Servier. »
Alexandre Fache

Lire aussi:

Irène Frachon: Servier était plus puissant que l’Agence du médicament (Rozenn Le Saint, Médiapart, 22 septembre 2019)

Irène Frachon - 17 octobre 2019: J'ai échappé de peu à la tromperie de Servier (Alexandre Fache, L'Humanité, 17 octobre 2019)
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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 12:58
COMMUNIQUE DE PRESSE
 
SNCF : "Plutôt que de polémiquer, le gouvernement et la SNCF doivent assurer la sécurité des usagers" (Fabien Roussel)
 
Le gouvernement et la direction de la SNCF font le choix de la polémique en dénonçant le droit de retrait des cheminots, suite à l'accident qui a provoqué 12 blessés dans un TER dont  le conducteur était seul à pouvoir assurer la sécurité de tous les voyageurs.
 
Au lieu de mettre en justice les cheminots, la SNCF ferait mieux de se préoccuper d'assurer la sécurité des usagers. C'est la seule chose qui devrait compter !
 
Ce droit de retrait est l'ultime moyen pour les cheminots, malheureusement, pour se faire entendre concernant ce choix terrible de la SNCF de faire circuler des trains avec un seul agent à son bord.
 
Cela fait des mois qu'ils interpellent leur direction et le gouvernement.
 
Le mépris et les provocations de leur direction sont insupportables .
 
Le gouvernement et le premier ministre feraient mieux de donner des moyens à la SNCF plutôt que de dénoncer des cheminots qui défendent un service public des transports sûr et garanti.
 
Dans cette période de tension, nos amis cheminots ont besoin de tout notre soutien.  Expliquons aux usagers les raisons de cette colère .
 
Résistons tous ensemble !
 
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF,
 
Paris, le 19 octobre 2019
SNCF : Plutôt que de polémiquer, le gouvernement et la SNCF doivent assurer la sécurité des usagers (Fabien Roussel)
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19 octobre 2019 6 19 /10 /octobre /2019 05:40

 

On l’attendait depuis un certain temps, le premier bilan de la décision du début de quinquennat de supprimer l’ISF. Ce choix valut au Président Macron le fameux sobriquet de « Président des riches » qui lui va tellement bien.

J’entendais, il y a quelques jours, un responsable du parti « Les Républicains », interrogé sur les difficultés politiques de son parti, déclarer ceci : « M. Macron est le meilleur président de droite que nous ayons eu ». Tellement simple et tellement vrai. Si j’étais bourgeois, je n’hésiterais pas une seconde à soutenir la politique libérale que j’espère depuis toujours. Pourquoi perdrai-je mon temps avec tous les Républicains actuels, franchement ?

Alors, revenons sur cet ISF. La commission des finances du Sénat présentait un rapport, la semaine dernière, sur le sujet. Le Gouvernement avait mené sa propre étude, le Sénat a préféré mener la sienne en toute indépendance. Le bicamérisme, dans cette République, peut avoir du bon…

La première conclusion résume assez bien les choses, je cite : « La concentration croissante de la richesse et l’insuffisance des autres formes d’imposition du capital des plus fortunés peuvent justifier la mise en place d’un ISF ». Et ça n’est pas le groupe communiste qui a mené ces travaux ! Nous étions peu nombreux, en 2017, à nous élever contre cette décision de supprimer l’ISF.

Autre constat, certes l’ISF ne rapportait « que » 5.2 milliards mais le rapport indique qu’il présentait l’avantage d’être dynamique et populaire. On apprend également que la création de l’IFI (Impôt sur la fortune immobilière) a eu comme conséquence d’exonérer les très hauts patrimoines financiers, 18% des ex-assujettis à l’ISF ne payent pas l’IFI. Il vaut mieux donc, comme toujours, être « très » riches.

Autre conclusion, au total, le gain fiscal lié à la réforme s’élève en moyenne à 8 338 euros par foyer et atteint 1.2 million d’euros pour les 100 premiers contribuables à l’ISF.

La vérité aussi sur les fuites à l’étranger des pauvres assujettis à l’ISF. En 2017, seuls 376 redevables ISF ont quitté la France contre 632 en 2016 ou encore 915 en 2014. Pour 2017, cela fait un pourcentage de 0.1% !

Enfin, la mise en place du taux unique de 30% sur les dividendes a eu comme effet une hausse de la distribution des dividendes, passant de 28.9 milliards en 2017 à 37.1 milliards en 2018, soit +28%.

Pas de ruissellement à l’horizon, l’argent tend à se concentrer toujours plus dans les mêmes mains grâce à M. Macron.

Point de ruissellement donc, une forme d’évaporation donc. En bas, il fait toujours aussi sec !

 

 

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