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10 août 2025 7 10 /08 /août /2025 08:01
80 ans après Hiroshima : « La dissuasion nucléaire n’empêche rien, au contraire : elle favorise », analyse Roland Nivet, président du Mouvement de la paix - L'Humanité
Entretien avec Roland Nivet réalisé depuis Hiroshima par Valentin Ollier pour l'Humanité
80 ans après Hiroshima : « La dissuasion nucléaire n’empêche rien, au contraire : elle favorise », analyse Roland Nivet, président du Mouvement de la paix
 
Accompagné d’une délégation française du Mouvement de la paix, Roland Nivet participe à la Conférence d’Hiroshima contre les bombes A et H, où 4 000 pacifistes se réunissent. Entre les témoignages des rescapés (les Hibakushas) et les prises de position pour le respect du droit international, il appelle à la remise en cause de la dissuasion nucléaire.
 
Rubrique Monde de l'Humanité 
 
Vous participez avec une délégation française du Mouvement de la paix à la Conférence d’Hiroshima contre les bombes A et H. 80 ans après leur utilisation, quels sont les enjeux de ces discussions ?
 
Un des premiers moments forts de la Conférence a été le témoignage des hibakushas, les survivants et témoins d’Hiroshima et de Nagasaki. Ils ont raconté les conséquences de la bombe atomique sur les corps et les esprits, les cancers, les fausses couches et la panique généralisée… Nous tenions à ce qu’une partie de notre délégation soit composée de jeunes. Pour eux, ces témoignages vivants sont extrêmement importants. Dans nos discussions, c’est bien sûr la préoccupation des armes nucléaires qui prédomine. Mais nous avons aussi longuement abordé la question du conflit en Palestine qui fait écho aujourd’hui à la remise en cause du droit international. Dans nos échanges, j’ai senti cette année une forme de gravité. Tout le monde est conscient que nous sommes au bord de la catastrophe. Nous avons appelé tous les chefs d’États au respect des résolutions des Nations unies.
 
Lorsque l’on observe la passe d’armes entre Medvedev et Trump qui brandissent tous deux la menace atomique ou Emmanuel Macron qui souhaite étendre notre parapluie nucléaire, que penser de la dissuasion et de son efficacité ?
 
On s’aperçoit que la dissuasion n’empêche rien, au contraire : elle favorise. La campagne la plus importante aujourd’hui c’est la revalorisation du droit international. C’est le droit qui fixe l’obligation à la communauté internationale d’éliminer les armes nucléaires. Nous dénonçons l’illusion de la dissuasion comme possibilité de préserver ou d’apporter la paix, en appelant les cinq États dotés de l’arme et membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU de s’engager dans la signature du Traité pour l’interdiction des armes nucléaires (TIAN). Des alternatives sont possibles. Toutes les délégations s’attachent à dire que nous avons besoin de coopération. En 2017, les 122 États qui ont voté le TIAN étaient pour la plupart des États du Sud. Pour gagner le plus rapidement possible le désarmement nucléaire, il est nécessaire que nous, les opinions publiques des pays dotés d’armes nucléaires, trouvions les moyens de travailler mieux ensemble.
Comment expliquer que malgré la signature du Traité de non-prolifération (TNP) en 1968 et celui du TIAN en 2017, la prolifération se poursuit ?
La prolifération se poursuit parce que les forces du lobby militaro-industriel disposent aussi des moyens de communication. Il s’agit d’un combat entre ceux qui continuent de penser l’humanité en termes de domination économique et financière et ceux qui cherchent à inventer un monde plus juste, plus solidaire. Et dans ce bras de fer, les opinions publiques constituent les éléments déterminants. Il n’y a pas d’autres solutions. Il faut travailler mieux, sur le terrain politique, syndical et associatif. Dans la paix finale, il y a l’idée d’une coopération entre les États, les ONG, les opinions publiques et les organisations internationales. C’est de cette manière que le TIAN s’est imposé.
 
Alors que l’agression russe en Ukraine se poursuit et qu’Israël n’en finit plus d’attaquer ses voisins, le Traité de non-prolifération ne présente-t-il pas une limite en permettant à des États bénéficiant de l’arme nucléaire de dominer ceux n’y ayant pas droit ?
 
Je ne le crois pas. La Cour de justice internationale a estimé que le TNP impliquait une obligation juridique à aller jusqu’au bout du désarmement nucléaire. Le TIAN n’est que la mise en œuvre du TNP. Rien ne s’oppose à ce que la France signe celui-ci et pousse auprès de l’ensemble de ses partenaires pour que l’on avance vers le désarmement nucléaire. C’est une injustice inadmissible pour les populations victimes de cette menace. Si on veut faire grandir une construction de la paix alternative, il y a des solutions. Notamment grâce à l’outil que représente le droit international, grâce à la négociation et à la diplomatie. Je crois que le TNP est toujours un bon instrument pour faire remarquer à la France et d’autres leurs contradictions. Si nos pays se permettent de violer le droit international, cela ne signifie pas pour autant qu’il n’existe pas. Nous sommes dans une bataille qui vise à arrêter de discréditer le droit international, même si celui-ci peut être amélioré. Le TNP est l’élément fondateur, il faut le préserver et il comporte un engagement. C’est tricher avec la loi que de dire que le TNP permet la domination nucléaire de certains États.
 
 
80 ans après Hiroshima : « La dissuasion nucléaire n’empêche rien, au contraire : elle favorise », analyse Roland Nivet, président du Mouvement de la paix - L'Humanité
80 ans après Hiroshima : « La dissuasion nucléaire n’empêche rien, au contraire : elle favorise », analyse Roland Nivet, président du Mouvement de la paix - L'Humanité
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8 août 2025 5 08 /08 /août /2025 07:26
Chômage : la rupture conventionnelle, prochaine victime du gouvernement

Pour réduire les coûts de l’indemnisation chômage, le gouvernement prévoit de s’en prendre au dispositif de départ négocié entre employeur et employé, pourtant mis en place à la demande du Medef.

C’est l’attaque que les syndicats n’avaient pas vu venir. Parmi la série de nouvelles mesures promues par le gouvernement pour limiter l’accès à l’indemnisation chômage au nom de l’équilibre budgétaire, figure l’idée de réformer les ruptures conventionnelles.

Comme rappelait la feuille de route présentée le 4 août par l’exécutif, syndicats salariaux et patronaux sont invités à réfléchir aux modalités d’indemnisation de cette procédure instaurée en 2008 sous Nicolas Sarkozy, à la demande du patronat.

Destinée à permettre un divorce à l’amiable entre employeur et salarié en CDI, la rupture conventionnelle a en effet ouvert une voie médiane entre la démission, qui ne donne droit à aucune indemnisation chômage, et le licenciement, que l’employeur doit justifier et qui peut donner lieu à une contestation juridique devant les prud’hommes.

Un dispositif trop cher, selon le gouvernement

Elle a permis d’« apaiser » le marché du travail : « On voit que le nombre de contentieux prud’homaux a beaucoup baissé grâce à ces ruptures conventionnelles », a tenu à rappeler, fin juillet, Patrick Martin, le patron du Medef, appelant à « ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». Mais, pour le gouvernement, le dispositif coûte trop cher et, comme pour le reste de l’assurance-chômage, il faut lancer la chasse « aux abus ».

« Nous sommes toujours dans la stigmatisation des chômeurs, l’idée que la situation serait de leur faute, cela s’inscrit dans le discours populiste actuel sur l’assistanat », déplore Michèle Bauer, avocate spécialisée en droit du travail, qui accompagne de nombreux salariés. Elle rappelle par ailleurs qu’« une bonne partie de ces ruptures sont en fait des licenciements déguisés » et que beaucoup d’autres concernent « des salariés en grande souffrance pour qui c’est la seule solution ».

Il n’empêche. « C’est aujourd’hui 25 % de l’indemnisation au chômage », soit 9,4 milliards d’euros, a souligné, sur BFMTV-RMC, Astrid Panosyan-Bouvet, ministre du Travail et de l’Emploi, pour à peine plus d’un sixième des allocataires. La raison de ce surcoût est, selon elle, des indemnités « supérieures » et une durée d’indemnisation plus longue que pour ceux qui se retrouvent au chômage pour une autre raison (15 mois contre 14 en cas de licenciement économique et 13 pour les autres types de licenciements et les ruptures volontaires).

Un dispositif victime de son succès

La rupture conventionnelle est par ailleurs victime de son succès. Entre 2019 et 2024, son nombre est passé de 439 000 à 515 000, soit une hausse de 17 %. « La plupart des gens concernés par les ruptures conventionnelles sont des cadres. Ils ont des salaires, donc des indemnités, élevés », confirme Michèle Bauer. 

Mais elle explique surtout la plus longue durée d’indemnisation par le fait « que beaucoup de ruptures conventionnelles ont lieu après une période de forte pression et qu’il s’agit de salariés qui ont besoin d’abord d’une aide psychologique », mais aussi parce que beaucoup « donnent lieu à des reconversions plus longues pour ceux qui veulent changer de domaine ou créer une entreprise ».

Surtout, calculer le montant et la durée des indemnités des personnes en rupture conventionnelle par rapport à ceux de l’ensemble des chômeurs « est absurde », souligne Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT en charge des négociations sur l’assurance-chômage : « On compare ce qui n’est pas comparable. La moitié des personnes indemnisées par l’Unédic sont des précaires qui arrivent au chômage après un cumul de CDD ou de missions d’intérim. Forcément, avec des contrats courts et des petits salaires, ils sont moins bien indemnisés. Ce qu’il faudrait, c’est comparer uniquement les allocataires qui étaient en CDI. »

Mais, pour le gouvernement, toute source d’économies sur le dos de la protection sociale est à étudier. Dans le cas des ruptures conventionnelles, il suggère deux pistes de réforme : allonger le délai de carence et réduire la durée d’indemnisation. « Le salarié perçoit des indemnités pour quitter l’entreprise et bénéficie aussitôt de l’assurance-chômage. Ne faut-il pas instaurer un délai correspondant à cette indemnisation avant de percevoir le chômage ? » avait ainsi fait mine de s’interroger la ministre de la Santé et du Travail, Catherine Vautrin, le 21 juillet, dans l’Union.

Jusqu’à présent, les personnes ayant signé une rupture conventionnelle, qui reçoivent des indemnités supérieures au montant légal, ne reçoivent pas d’allocation chômage pendant 150 jours, contre 75 en cas de licenciement économique. L’idée serait donc d’étendre encore ce délai. « Mais l’indemnité supralégale a été gagnée à défaut de conserver son emploi. S’en servir pour réduire la durée d’allocation, c’est reprendre d’une main ce qu’on a donné de l’autre », commente Denis Gravouil.

13 000 personnes pourraient être concernées

Une étude de l’Unédic, datée du 30 juin, a tenté d’évaluer ces différentes pistes d’économies. Elle estime que 13 000 personnes pourraient être concernées par cet allongement du délai de carence, puisque c’est le nombre de gens qui, en 2024, ont atteint les 150 jours de déféré pour l’ouverture de leurs droits. L’impact financier pourrait être entre 30 millions et 200 millions d’euros la deuxième année, et se réduit progressivement ensuite au moment des premières fins de droits pour un effet annuel en régime de croisière entre 15 millions et 60 millions d’euros.

Et encore, sous réserve que cette modification des règles n’entraîne pas une baisse des ruptures conventionnelles au profit des licenciements. Quant au plafonnement des allocations, son effet est encore plus complexe à mesurer, là encore parce qu’il pourrait entraîner un changement de comportement de la part des salariés.

Ce flou comptable n’entrave pas la croisade du gouvernement contre les bénéficiaires de rupture conventionnelle, présentés comme des profiteurs. Tout en cherchant à préserver un système qui avantage le patronat. « Dès le départ, on avait bien vu que c’était encore une mesure qui allait profiter aux employeurs mais pour laquelle l’État allait devoir payer », rappelle Michèle Bauer.

À son instauration, les syndicats et la gauche avaient d’ailleurs bataillé pour obtenir le droit à l’indemnisation en contrepartie de cette facilité de la rupture de contrat. L’État ne voulant plus payer, cette compensation risque de se réduire comme une peau de chagrin.

 

 
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6 août 2025 3 06 /08 /août /2025 08:00
« Révolution pénale » voulue par Gérald Darmanin : de la com' et des fausses pistes

Le ministre de la Justice a décidé d’occuper le terrain médiatique. Après la création de prisons de haute sécurité, il annonce une réforme de la justice pour la rentrée. Un projet pour répondre à un supposé « laxisme » de la justice, pourtant démenti par les faits et les acteurs de terrain.

En véritable fauve politique, Gérald Darmanin le sait parfaitement : la nature a horreur du vide. Le ministre de la Justice a donc décidé d’occuper le terrain médiatique durant la période estivale. Après une première salve centrée sur l’ouverture de ses prisons de haute sécurité destinées à regrouper « les 200 plus gros narcotrafiquants » en détention, Darmanin lance une nouvelle bordée : son projet de « révolution pénale » pour la rentrée. Il en présente les grandes lignes dans les colonnes du JDD ce dimanche. Du réchauffé. Le 12 mai dernier, il avait dévoilé sur X une lettre adressée aux magistrats pour leur annoncer son plan de bataille pour répondre aux maux de l’institution. Sa « révolution » reprend une bonne partie de ses annonces antérieures.

Au menu : simplification de l’échelle des peines, création de peines minimales, sursis réservés seulement aux primo-délinquants, rétablissement des peines de moins d’un mois d’emprisonnement ferme supprimées par l’ex-ministre Nicole Belloubet, etc. L’avant-projet de loi visant à assurer une sanction utile, rapide et effective (SURE) est ainsi composé de dix articles. « Ce que je veux, c’est une justice plus rapide, plus lisible, et surtout plus certaine. Quand la peine tombe, elle doit être exécutée. Telle qu’elle a été prononcée », explique-t-il dans le média de Vincent Bolloré.

« Une plus grande fermeté de la réponse pénale depuis 20 ans »

Avec en toile de fond une critique d’une justice qui serait devenue, au fil des ans, « laxiste ». Une analyse que les magistrats de terrain, en première ligne dans les prétoires, ne partagent pas franchement. Interrogé par l’Humanité sur l’affirmation que les peines de prison seraient « mal exécutées », Aurélien Martini, secrétaire général adjoint de l’Union syndicale des magistrats (USM), l’avait battue en brèche : « Le diagnostic est contestable. Le taux d’exécution des peines dépasse les 90 %, ce qui invite à préciser ce que l’on entend par “mal exécutées”… ».

 

Une analyse également démentie par un rapport de la Cour des comptes d’octobre 2023 sur la « surpopulation carcérale ». Dans ce document fouillé, on peut ainsi lire que ce phénomène trouve son origine dans une « sévérité croissante du système répressif. Celle-ci se traduit par une réponse pénale plus systématique. Elle conduit aussi à des procédures débouchant plus fréquemment sur des incarcérations ». Cette hausse du placement en prison, malgré une « relative stabilité » de la délinquance, s’explique notamment par « une plus grande systématicité et une plus grande fermeté de la réponse pénale depuis 20 ans ».

30 ans d’abandon de la justice par les pouvoirs publics

Et pourtant, comme l’écrivent les « Sages » de la rue Cambon, « ces tendances, qui attestent d’un durcissement de la réponse pénale pendant les vingt dernières années, n’ont pas été perçues par l’opinion publique, qui continue de considérer la justice comme trop laxiste ». Par l’opinion publique et Gérald Darmanin donc… Pourtant, si le ministre de la Justice avait pris le temps d’écouter les magistrats, il aurait peut-être pu affiner son analyse.

 

Sur la lenteur de la justice par exemple, Alexandra Vaillant, secrétaire de l’USM, a expliqué il y a quelques jours aux micros de RTL que « depuis des années, nous rappelons que nous ne sommes pas suffisamment nombreux en termes d’effectifs de magistrats et de greffiers en France pour apporter une réponse dans tous les contentieux, qu’on soit au civil ou au pénal, à nos concitoyens. Et le vrai problème, il est là. Aujourd’hui, le problème des délais, c’est la conséquence de 30 ans d’abandon de la justice par les pouvoirs publics, ni plus ni moins ».

Une réalité que Gérald Darmanin ne semble pas vouloir voir, quitte à aggraver un peu plus la situation de la Justice française.

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5 août 2025 2 05 /08 /août /2025 06:00

 

Prendre rendez-vous avec l’histoire. C’est le chemin que semble vouloir emprunter le président de la République. En annonçant hier le lancement d’un processus de reconnaissance unilatérale de l’Etat de Palestine par la France, Emmanuel Macron semble enfin prendre ses responsabilités.

En indiquant dans sa déclaration qu’il souhaite acter cette reconnaissance en septembre prochain à l’Assemblée générale des Nations Unies, le président exprime enfin la voix d’une France courageuse, indépendante et respectueuse du droit international sur le dossier proche-oriental. Une voie que nous aurions du prendre bet faire entendre depuis fort longtemps, y compris au moins depuis 2014, quand les deux assemblées avaient adopté une résolution invitant déjà l’Etat à reconnaître l’état palestinien. C’était déjà il y a plus de 11 ans. 

Dès ce lundi 28 juillet, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot portera cet objectif au comité des droits de l’homme de l’instance onusienne. Nous ne pouvons que s’en nous féliciter d’autant que le chemin a été très, trop long. Plusieurs décennies de processus de paix ont constitué l’excuse de l’inaction d’une diplomatie française qui s’est longtemps égarée ou tue. Non pas par manque d’engagement des personnels diplomatiques qui suivent les dossiers relatifs au monde arabe. Mais par manque de courage politique, l’orientation atlantiste ayant primé au détriment d’une voix originale de la France sur la scène internationale.

Le « bon moment » constituait la formule convenue pour écarter à chaque fois cette reconnaissance étatique de la Palestine. Malgré les mobilisations populaires, malgré les rapports internationaux alarmants, malgré les actions juridiques et pacifiques des acteurs palestiniens à travers l’Autorité palestinienne et l’OLP qui mené quinze ans de batailles dans les institutions internationales. Malgré un blocus de Gaza depuis plus de 20 ans, d’une colonisation qui se poursuit à Jérusalem est comme en Cisjordanie, du mur de la honte, des violences quotidiennes, des expropriations, des enfermements arbitraires, de la politique d’apartheid…

Ce changement de position de l’Elysée est à mettre au crédit de milliers d’actions d’un mouvement populaire, associatif et politique dans la durée pour faire entendre l’exigence de liberté du peuple palestinien. 

Il a fallu une énième guerre d’Israël contre le peuple palestinien non seulement meurtrière mais inédite par l’ampleur des massacres au point de constituer un génocide  pour que Paris daigne franchir le pas. Un pas qui se fait encore attendre d’ici septembre. Mais pourquoi pas maintenant ? On le sait pourtant, Tel-Aviv ne restera pas l’arme au poing et mène déjà la bataille diplomatique pour empêcher  cette initiative française, soutenu en cela par Washington. 

L’attaque israélienne contre l’Iran, dite guerre des 12 jours, en juin dernier, était par exemple une action menée, en partie, pour empêcher la conférence franco-saoudienne à l’ONU, où la France devait déjà reconnaitre la Palestine. Il faut espérer que le vote hier à la Knesset (parlement israélien) à une large majorité, au-delà de la coalition d’extrême droite au pouvoir, pour ne pas voir l’émergence d’un état palestinien au coté d’un état israélien, a fait prendre conscience qu’il ne fallait rien attendre des dirigeants israéliens actuellement au pouvoir. Il faut rester vigilant car l’Elysée est toujours capable d’une volte-face au dernier moment et le mois de septembre est encore lointain. 

De fait, au-delà de cette promesse présidentielle de reconnaissance, beaucoup d’incertitudes et d’obstacles demeurent : Paris ne fait nullement mention des frontières de 1967 dans sa déclaration ni de la fin de la colonisation et de l’occupation des territoires palestiniens. Les souffrances palestiniennes seraient tombées du ciel comme s’il n’y avait pas un occupant et un occupé…Pire, il est évoqué l’idée d’un Etat palestinien démilitarisé pour assurer la sécurité d’Israël…C’est le même type d’exigence que la Russie veut imposer à une Ukraine qu’elle souhaite morcelée et vassalisée… Cette pose de conditions est totalement inacceptable.

Le chemin est donc encore long pour une reconnaissance pleine et entière de l’Etat de Palestine. Si la France va au bout de ses intentions, cela serait un pas énorme d’autant plus que ce serait le premier pays membre du G7 à le faire. Mais n’oublions pas que 148 Etats l’ont déjà fait, prouvant que c’est une action bien tardive. L’urgence est avant tout, à stopper la folie guerrière de Netanyahou qui affame Gaza, à ouvrir un couloir humanitaire pour que l’aide internationale entre au plus vite. Les derniers otages retenus par le Hamas doivent être libérés au plus vite pour qu’ils retrouvent leurs familles. Un cessez le feu durable doit être une absolue nécessité. Et la libération des prisonniers politiques palestiniens, dont Marwan Barghouti, qui pourrait unifier le peuple palestinien doit être aussi exigé. 

La reconnaissance de l’Etat palestinien doit se faire sans plus tarder. Le président doit agir maintenant. Il doit aussi prendre d’autres actes en conformité avec cette ambition : il n’y aura pas d’Etat palestinien sans décolonisation et sans sanctions contre les dirigeants israéliens. Il faut rappeler que Netanyahou, comme d’autres dirigeants israéliens et du Hamas, est sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour crime de guerre et crime contre l’Humanité. Tout doit être mis en œuvre pour que les dirigeants répondent de leurs actes. Il faut également suspendre les accords internationaux, européens, de coopération avec l’Etat d’Israël tant que celui-ci ne respectera pas le droit international. 

Les mobilisations, des forces internationalistes aux simples citoyens épris d’humanisme, ne doivent pas attendre un moment officiel en septembre. Personne ne doit relâcher la pression et la mobilisation, car une volteface présidentielle est toujours possible. Restons pleinement mobilisés jusqu’à un cessez-le-feu, l’arrêt du génocide et pour la justice et la paix entre les peuples palestinien et israélien. 

 

 

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4 août 2025 1 04 /08 /août /2025 06:00

 

Le gouvernement pensait pouvoir passer l’été tranquille après l’adoption de la loi dite Duplomb.  

Lui qui s’était pourtant arrangé avec la Constitution pour passer outre les débats au Parlement et faire adopter cette loi aux forceps, se retrouve désormais avec une opposition encore plus grande qu’auparavant. Car il est faux de dire au peuple que la démocratie s’est exprimée la loi ayant été votée. Les conditions d’examen de ce texte et les manœuvres de contournement de la Constitution sont tout sauf démocratiques. Et le peuple l’a bien compris et reprend son destin en main pour que soit respecté le 1er de la charte de l’environnement de 2004, adossée à la Constitution« Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. »

En effet, la pétition citoyenne déposée sur la plateforme des pétitions de l’Assemblée Nationale a récolté déjà plus d’1,6 million de signatures, en quelques jours. Et ce chiffre ne cesse de progresser. Du jamais vu pour une telle initiative, preuve que ce sujet et la façon dont le gouvernement l’a traité suscitent colère et inquiétude. 

Des citoyens et citoyennes de toute la France se mobilisent par cet outil de démocratie directe, pour s’opposer à cette loi. Le droit de pétition est encadré par le règlement de l’Assemblée Nationale et les pétitions doivent recueillir a minima 500 000 signatures, et être issues d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer, pour qu’un débat puisse être décidé et être organisé à l’Assemblée Nationale. Ces conditions sont largement réunies. 

On disait le peuple atone, défaitiste, résigné, le voilà mobilisé et déterminé ! Et c’est ce rapport de force qui va pouvoir permettre de changer les choses. Le gouvernement l’a déjà prouvé et peut à nouveau ne pas tenir compte de l’avis des citoyens et citoyennes. Mais il portera une très lourde responsabilité. 

Cette dynamique citoyenne prend le relais complémentaire de parlementaires qui se sont opposés à la loi. C’est bien la conjugaison de la rue et de l’hémicycle qui peuvent faire bouger ! Le gouvernement ne semble guère jusqu’ici prendre la mesure de cette révolte, mais cela risque d’être un énième caillou dans sa chaussure. 

Les éléments de langage sont rodés, les citoyens n’auraient pas bien compris en réalité les enjeux. Certains ‘’journalistes’’ ont beau tenté de décrédibiliser les opposants en les qualifiant de fascistes, ce sont pourtant bien 22 sociétés savantes médicales, la ligue contre le cancer, le conseil scientifique du CNRS, des centaines de médecins et chercheurs, la fondation pour la recherche médicale, la fédération des régies d’eau potable etc qui ont pris position contre cette loi et qui alertent sur les dangers. Non, cette loi ne souffre pas de désinformation ! 

Elle souffre de la minimisation du rôle de l’ANSES pour émettre des avis scientifiques objectifs, réellement indépendants qui ne cherchent pas de fausses excuses ! 

Elle souffre de la banalisation des méga-bassines dont l’installation va être désormais être facilitée alors qu’elles suscitent beaucoup d’opposition et contribuent à alimenter un modèle agro-industriel dévastateur pour les milieux naturels. 

Elle souffre des lobbys agro-industriels qui défendent leurs intérêts économiques plutôt que l’intérêt général. Elle souffre de défendre une agriculture intensive, de la réintroduction d’un pesticide néonicotinoïde, l’acétamipride, interdit depuis 2018 néfaste pour l’environnement. Les arguments utilisés, au nom de la garantie de la souveraineté alimentaire, sont déloyaux et ne peuvent être antinomiques de la sécurité sanitaire. 

Les dangers des pesticides pour la santé humaine ont été démontrés avec une hausse des cancers notamment pédiatriques et des maladies liées aux pesticides. Les conséquences sur la destruction de la biodiversité ont également été prouvées. 

Que des collectifs, des ONG, des médecins, des agriculteurs se mobilisent contre les ‘’alliés du cancer’’, pour reprendre les termes de Fleur Breteau, est une bonne nouvelle pour la vivacité de la démocratie. 

Le gouvernement ayant enfumé le peuple et le parlement tout l’hiver, se trouva fort dépourvu et empoisonné lorsque la pétition fut venue. 

 

 

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2 août 2025 6 02 /08 /août /2025 06:00

 

À partir du 1er août, la TVA sur les factures d’électricité et de gaz passera de 5,5 % à 20 % !

Cela représente en moyenne 200 € de plus par an pour les foyers, déjà en difficulté face à la précarité énergétique.

Le groupe communiste au Sénat, avec Fabien Gay, a déposé une proposition de loi, co-construite avec la FNME-CGT, pour maintenir un taux réduit de TVA à 5,5 % sur toute la facture.

Le PCF demande au gouvernement de revenir sur cette hausse injuste !

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Le groupe communiste dépose une proposition de loi pour réduire à 5,5 % la TVA sur l’énergie pour éviter un « massacre social » (Henri Clavier / « Public Sénat »)

Lors d’une conférence de presse au Sénat ce mercredi 16 juillet, le sénateur communiste Fabien Gay a présenté sa proposition de loi visant à ramener la TVA sur l’énergie à 5,5 %. Une mesure jugée indispensable pour mettre fin au « racket organisé » selon le sénateur.

Henri ClavierLe groupe communiste au Sénat promet au gouvernement une rentrée sous haute tension. « Le gouvernement a quinze jours pour répondre à nos demandes, sinon ce sera la guerre sociale en septembre », prévient Fabien Gay à l’occasion d’une conférence de presse au Sénat pour présenter sa proposition de loi sur la baisse de la TVA sur l’énergie. Très investi sur les questions énergétiques, le sénateur de Seine-Saint-Denis rappelle avoir déposé une quinzaine de propositions de loi sur le sujet. Ce nouveau texte n’est pas le plus complexe déposé par Fabien Gay puisqu’il enjoint le gouvernement à ne pas augmenter la TVA sur l’électricité et le gaz à partir du 1er août 2025. En effet, le dernier budget prévoit une hausse du taux de TVA sur les abonnements d’électricité et de gaz de 5,5 % à 20 % à partir du 1er août. Une augmentation qui doit rapporter 1,5 milliard d’euros à l’Etat. 

« Les factures n’ont jamais baissé alors que le marché s’est effondré, quand le marché baisse ce sont vos taxes qui augmentent » 

« On ne laissera pas faire le racket organisé par Monsieur Ferracci », lance le sénateur communiste qui souhaite mettre la pression sur le ministre de l’Energie. Concrètement, le texte propose de ramener la TVA à 5,5 % sur l’ensemble des composantes de la facture, c’est-à-dire le coût de l’abonnement, la consommation et l’ensemble des taxes. Une mesure qui permettrait aux ménages d’économiser en moyenne 200 euros par an sur leurs factures d’électricité estime l’auteur de la proposition de loi. Une réduction jugée indispensable compte tenu des augmentations liées à la fin du bouclier tarifaire le 31 janvier dernier. Principale conséquence de la fin du bouclier tarifaire, l’augmentation de l’accise sur l’électricité (une taxe payée par tous les consommateurs) et la fin de l’arehn, à partir du 31 décembre 2025, qui permettait jusque-là de bénéficier d’un prix fixe pour une partie de l’énergie issue de la filière nucléaire. 

Autant d’éléments qui incitent le groupe communiste à mettre la pression sur le gouvernement avant le 1er août. « Les factures n’ont jamais baissé alors que le marché s’est effondré, quand le marché baisse ce sont vos taxes qui augmentent », fustige Fabien Gay qui rappelle que l’augmentation de la TVA sur l’abonnement peut être arrêtée par décret et permettrait d’éviter une augmentation de 3 % de la facture. Si le gouvernement reste fermé à cette proposition, les sénateurs communistes chercheront des relais au sein du Palais du Luxembourg. « On invitera le Sénat à l’inscrire le plus rapidement possible et s’il faut attendre la niche communiste (prévue le 23 octobre) on le fera mais on préfère que ce soit le plus rapide possible pour tout le monde », explique Fabien Gay qui compte également sur les groupes de gauche à l’Assemblée nationale. 

« Ce sont des choix politiques que nous assumons »

Compte tenu du contexte budgétaire et alors que François Bayrou a présenté, ce 15 juillet, un plan d’économies de 43,8 milliards d’euros, il semble peu probable que le gouvernement renonce à l’augmentation de la TVA. En effet, le passage à une TVA à 5,5 % sur l’ensemble des composantes de la facture d’électricité représenterait un coût brut de 8 milliards d’euros. « Ce sont des choix politiques que nous assumons », assure Fabien Gay qui estime que la moitié de ce coût serait compensée par une hausse de la consommation. L’occasion pour le sénateur de Seine-Saint-Denis d’étriller les orientations budgétaires du Premier ministre. « On a vu hier à l’annonce des orientations budgétaires que toutes les mesures anti-sociales étaient réglées, mais les mesures sur les plus riches sont en débat. On ne peut pas avoir des patrimoines qui s’envolent et demander toujours plus à ceux qui sont précaires », déplore Fabien Gay. 

Par ailleurs, le sénateur communiste « demande au gouvernement un débat sérieux » sur les orientations en matière énergétique. En attendant, Fabien Gay et Marc Ferracci devraient se retrouver pour débattre à l’occasion d’une table ronde lors de la fête de l’Humanité le samedi 13 septembre. Un débat qui promet de faire des étincelles.

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1 août 2025 5 01 /08 /août /2025 08:49
On vit comme des cafards » : nous sommes entrés dans la prison de Bordeaux-Gradignan, reflet d’une politique pénitentiaire indigne

Alors que le ministre de la Justice célèbre devant les caméras le retour des quartiers de haute sécurité, la majorité des établissements est au bord de la rupture, entre surpopulation carcérale et manque de personnel pénitentiaire. C’est le cas à Bordeaux-Gradignan, où l’Humanité a pu suivre l’eurodéputée Marie Toussaint en visite parlementaire.

« On vit comme des cafards ici ! Les éviers sont cassés ! On n’en peut plus d’être à 3 par cellule ! », « On n’est pas des criminels on a juste glissé dans la délinquance, trouvez-nous du travail, on va vous prouver qu’on n’est pas des fainéants ! », crient des prisonniers du centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan (CPBG) par les fenêtres qui surplombent les filets jonchés de détritus.

« Ils ont aperçu des visiteurs et veulent se faire entendre », commente le directeur Arnaud Moumaneix, qui accompagne l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint, en visite parlementaire dans l’établissement. Le directeur invite le petit groupe où s’est glissée l’Humanité à presser le pas pour sortir du champ de vision des détenus et ne pas « les exciter davantage ».

Une prison neuve… gangrenée par l’insalubrité

L’homme à la stature imposante a pris ses fonctions en 2024 dans cette prison « en transition » qui concentre près d’un millier de détenus hommes, femmes et mineurs, prévenus et condamnés, dans plusieurs bâtiments. Une partie des locaux, flambant neufs, a été livrée il y a à peine un an.

L’autre, qui a vocation à être détruite, est terriblement insalubre, mais continue d’être utilisée. « La pénitentiaire a tout intérêt à montrer ses réalités, assure Arnaud Moumaneix, prévenu la veille de la venue de l’élue. Mais une visite parlementaire est toujours quelque peu contraignante car elle mobilise du personnel alors que nous sommes en sous-effectif. »

Comme dans la plupart des établissements, la situation au CPBG est en effet critique : sur les 381 postes de surveillants (sur 501 personnels au total), 42 sont non pourvus. « S’ajoutent à cela 43 absents, pour des raisons parfaitement légitimes pour la plupart. Certains étant un peu lassés », euphémise le directeur pour évoquer un personnel épuisé à force de pallier les carences d’un système à bout de souffle.

 

« Avec un surveillant pour 90 détenus, le fonctionnement en mode dégradé s’impose, même si les officiers viennent parfois en renfort », justifie le responsable. En ce week-end du 14 juillet, les services médicaux sont fermés, et les activités très réduites.

Trois détenus pour neuf mètres carrés

Une situation qui tient aussi au fait que la prison est l’une des plus suroccupée de l’Hexagone, même dans sa partie neuve, où l’on recense 303 détenus pour 133 places.

« À mon arrivée toutes les cellules ont été doublées », explique le directeur. Comprendre : sa première mesure a donc dû être de faire installer des lits superposés dans ces espaces de 9 m2, douche comprise, prévus pour un encellulement individuel. En réalité, bon nombre de cellules sont occupées par 3 personnes dont l’une couche sur un matelas par terre.

Mais c’est dans le bâtiment de 6 étages construit en 1967, voué à la destruction en 2026 et regroupant les individus les plus « sensibles », que la surpopulation est la plus massive, atteignant 250 % avec 495 détenus pour 198 places. « Alors que la moyenne nationale se situe à 160 %, ici nous sommes à 187 % toutes structures confondues (seule la structure d’accompagnement à la sortie (SAS) pour les détenus en fin de peine n’est pas totalement pleine, NDLR). Nous avons environ 200 matelas au sol et je ne m’en satisfais pas », soupire Arnaud Moumaneix.

Cette suroccupation s’explique par « une réponse pénale importante à la criminalité liée au trafic international de stupéfiant dont Bordeaux est devenu l’une des plaques tournantes », explique le directeur. Un quart des personnes incarcérées dans l’établissement, essentiellement originaire de la région, le sont pour des raisons liées au trafic de stupéfiant, 30 % pour violences, 20 % pour violences intrafamiliales et 15 % pour vol.

Mais toutes ne sont pas encore condamnées, chez les hommes le taux de prévenus est de 43 %, tandis que chez les femmes, plus souvent incarcérées pour des affaires criminelles, il est supérieur à celui des condamnées avec 55 %. En 2024, le flux d’entrant a progressé de 7 % contre 4 % pour le flux sortant.

« On est envahis de moucherons »

« Ce fait dix-huit ans que je suis chef d’établissement, confie Arnaud Moumaneix. Quand j’ai commencé à travailler à la pénitentiaire en 1994, il y avait 30 000 détenus de moins dans notre pays. Le temps moyen de détention n’a cessé d’augmenter. Ici, depuis l’an dernier, il s’est encore allongé d’un mois et demi. Huit mois en 2024 contre neuf mois et demi aujourd’hui. »

Parmi les « solutions » trouvées pour réduire le nombre de matelas au sol, la direction a prévu d’augmenter la capacité de la structure d’accompagnement à la sortie (SAS), où sont exécutées les fins de peine. « Dans ce quartier, les personnes s’autonomisent, refont leurs papiers, améliorent leur santé afin de ne pas être en « sortie sèche » à la fin de leur détention. Ne pas pouvoir être dans une cellule individuelle est donc contraire à la philosophie de cette structure, mais nous n’avons pas le choix. » Et le directeur de marteler : « Chaque matelas au sol enlevé est une victoire sur l’indécence. »

Des paroles qu’il répète devant les trois détenus dont nous visitons la cellule située au troisième étage d’un bâtiment neuf, mais déjà dégradé. « On est obligé de vider l’évier avec des seaux, car l’évacuation est bouchée. On est envahis de moucherons », pointe l’un d’entre eux alors qu’il cuisine sur un petit réchaud.

Comme d’autres, il ne souhaite pas goûter au menu du jour de la cantine centrale. « On a fait des demandes pour faire des activités ou pour travailler à l’atelier. Mais la réponse arrive au bout de six mois et il n’y a pas de place pour tout le monde », reproche l’un des prisonniers au directeur.

Arnaud Moumaneix reconnaît qu’il n’y a pas de travail pour tous les détenus qui le souhaiteraient. « D’autant que les indigents, au nombre de 200, sont prioritaires. Mais, rassure-t-il, on est en train de mettre en place un système pour favoriser les remises de peines pour les détenus qui ont fait des demandes de travail sincères auxquelles on ne peut pas accéder ».

90 détenus à risque sous surveillance particulière

De fait, dans l’établissement, les travailleurs, regroupés au premier étage, ne représente que 30 % de l’effectif total, soit 131 au service général et seulement 40 en atelier. « Le plateau technique de 8 000 m2 permettrait pourtant d’en accueillir au moins le double, note le directeur. Mais cette partie de l’établissement est en délégation de gestion Gepsa, et cet opérateur privé n’a pas intérêt à faire travailler plus de monde. C’est un problème. »

Le groupe se dirige vers le quartier des femmes, toujours dans la partie neuve de la prison. La sonnerie résonne dans le vide et la grille ne s’ouvre pas. L’explication finit par arriver. Une détenue a fait une « IMV » (une ingestion volontaire de médicaments), signale l’une des deux surveillantes qui soutiennent une jeune femme en train d’être accompagnée à l’infirmerie.

« En fonction du diagnostic de l’infirmière elle sera ou non envoyée à l’hôpital, ce que je ne souhaite pas car on a déjà eu une extraction cette nuit et les équipes sont très restreintes, s’agace le directeur. On a demandé que les sorties médicales soient limitées à quatre par jour, ce qui est déjà énorme car quatre détenus hospitalisés, ce sont 12 agents dehors et nous n’avons pas d’équipes dédiées. »

« 90 détenus sont particulièrement à risque et sont sous surveillance particulière, précise-t-il. Nous avons aussi quelques cellules de protection d’urgence, dotées de matelas ignifugés et totalement « lisses » où des personnes à risque suicidaire peuvent être placées pour des périodes de 24 heures reconductibles après évaluation psychologique. On l’utilise 50 à 60 fois par an. »

Quand la justice enferme aussi les enfants

Le quartier femme est donc « bloqué » pour un bon moment. Nous ne le visiterons pas, mais nous aurons accès à la nurserie où deux places sont réservées pour les femmes enceintes ou jeunes accouchées, dont les enfants peuvent rester jusqu’à 24 mois incarcérés avec leur mère.

« Ce n’est pas l’idéal pour un enfant de grandir au milieu des bruits de clés, des grilles qui claquent et les portiques qui sonnent », reconnaît le directeur. L’endroit est calme, des jeux d’enfants colorés installés dans une petite cour séparée, et les cellules individuelles sont vastes.

La détresse aussi. « Je souhaiterais être avec quelqu’un dans la cellule, la nuit je pense à mes enfants et j’ai des crises d’angoisse, sanglote une jeune femme enceinte de trois mois. Ma famille est à Paris. Je suis très isolée. Je ne sais pas combien de temps je vais rester. »

Non encore jugée, elle est incarcérée pour vol depuis quelques semaines. Le directeur lui rappelle qu’elle a de la chance d’avoir une grande cellule alors que 7 femmes détenues dorment sur un matelas par terre. Sa voisine est moins seule puisqu’elle est incarcérée avec son bébé de 2 mois et demi. Au-dessus de son lit, la photo de ses deux autres enfants, de 10 et 11 ans. À peine quelques années de moins que le plus jeune des détenus du CPBG.

Seulement deux techniciens pour tout le bâtiment

Au quartier des mineurs, qui compte 20 places dont 16 occupées, le benjamin est âgé de 14 ans. Celui qu’a choisi de nous présenter le directeur a 17 ans et demi. Il connaît bien les lieux pour y faire des séjours réguliers notamment parce qu’il emprunte des véhicules qu’il conduit sans permis.

« J’habite à la campagne et je souhaiterais devenir mécanicien agricole », confie-t-il à l’eurodéputée. « Ce jeune homme est vulnérable, il refuse toutes les activités et ne va même pas en promenade car cela se passe mal avec les autres jeunes. Parfois il laisse exploser sa colère contre les surveillants ou en cassant des objets », détaille le référent du quartier des mineurs, ancien éducateur dans un quartier sensible de Bordeaux.

Le quadragénaire est en tenue de sport, car dans ce secteur où l’équipe pénitentiaire travaille en étroite collaboration avec la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), l’uniforme n’est pas obligatoire.

Après quelques minutes de marche, nous rejoignons la partie la plus ancienne de l’établissement, distante de plusieurs centaines de mètres. « Cette vieille dame a cinquante ans d’âge et peu d’entretien car elle est restée en gestion publique, donc avec seulement deux techniciens pour tout le bâtiment ça prend des semaines pour changer une ampoule », tacle le directeur.

Au troisième étage, de la vapeur d’eau et une odeur de gel douche envahit l’atmosphère tandis que des flots d’eau coulent de dessous les portes des douches collectives. « Attention ça glisse », nous prévient le surveillant tout en tentant de calmer les prisonniers qui tambourinent aux portes en hurlant. « C’est un truc de fou, on vit avec les cafards, on se croirait en Thaïlande, on pourrait faire des brochettes avec les bestioles », se plaint le plus âgé d’entre eux.

35 % des personnes détenues présentent des troubles psychiatriques

« On fait chaque jour des petits miracles : malgré la surpopulation on arrive à séparer les prévenus des condamnés, les fumeurs des non-fumeurs, les différents niveaux de criminalité, à isoler les plus dangereux et à protéger les plus vulnérables. Mais on est en limite de rupture », prévient le directeur.

Selon lui, les problèmes de cohabitation sont non seulement dus au fait que les cellules sont suroccupées mais aussi que 35 % des personnes détenues présentent des troubles psychiatriques. « 450 à 500 cas de violences physiques entre détenus par an sont repérées, traitées disciplinairement et signalées au parquet », dénombre Arnaud Moumaneix.

Le battage contre les portes qui redouble et les cris qui s’intensifient mettent fin à la visite de cet étage. Les prisonniers veulent aller à la douche avant le parloir de l’après-midi et s’impatientent. « C’est toujours bloqué les gars », leur répond le surveillant qui a pour consigne de ne faire sortir aucun détenu quand des visiteurs sont présents.

Les surveillants sont tous équipés de gilets pare-lames ou pare-balles, pesant entre 5 et 10 kilos. Mais, cela ne suffit pas à assurer leur totale sécurité. Faute de pouvoir travailler en équipes assez consistantes, les mouvements sont donc restreints au strict nécessaire. Un enfermement dans l’enfermement pour les détenus mais aussi une perte de sens du métier pour les surveillants.

« Normalement on n’a pas seulement vocation à ouvrir et fermer des portes, on devrait mener des entretiens avec les détenus, faire de la prévention. Surveillant est rarement une vocation, mais c’est un travail humain, je le fais depuis vingt-sept ans et il me plaît », témoigne un brigadier-chef posté au bâtiment le plus dégradé. « Paradoxalement, je préfère être ici, il y a une âme ; les locaux neufs sont très impersonnels. »

« Trouver des moyens légaux de résorber cette crise liée à la surpopulation »

Pour le directeur, comme pour à peu près tous les acteurs de terrain de la pénitentiaire la sécurité des détenus, des personnels et de la société passe par une résorption de la surpopulation carcérale qui permettrait enfin de redonner « du sens à la peine ».

« Sans aller jusqu’à des mesures prises en mars 2020, il faut que l’on trouve des moyens légaux de résorber cette crise liée à la surpopulation. Il faut éviter au maximum l’incarcération. La prison doit être un temps utile avec une vocation sociale », affirme-t-il.

Et d’évoquer l’optimisation des remises de peines, la mobilisation des stocks non encore utilisés de bracelets électroniques et la généralisation de l’assignation à résidence à laquelle une partie des détenus de l’établissement sont éligibles. « On a déjà différé à six mois l’exécution des peines… », confie-t-il. Pour éviter l’explosion. Jusqu’à quand ?

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1 août 2025 5 01 /08 /août /2025 07:57

 

Au regard de l'urgence pour le peuple palestinien, Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a l'initiative de cette lettre au Président de la République avec Olivier Faure, Premier secrétaire du PS et Marine Tondelier, secrétaire nationale Les écologistes.

Paris, le 27 juillet 2025

Monsieur le Président,

Vous vous êtes engagé le 24 juillet à reconnaître l’État de Palestine lors de la prochaine réunion de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre prochain.

Il s’agit d’un pas en avant important pour notre pays, dans l’application du droit international, 37 ans après la proclamation de l’État de Palestine par Yasser Arafat, et 32 ans après les accords d’Oslo au terme desquels l’Organisation de libération de la Palestine avait reconnu l’État d’Israël.

Nos forces politiques portent elles-mêmes cette exigence. Cette décision doit toutefois n’être qu'une première étape.

Nous vous appelons solennellement, Monsieur le Président de la République, à aller jusqu’au bout de la démarche que vous avez annoncée. C’est ce qu’attendent nos compatriotes, toujours plus nombreux à vouloir que s’arrête le bain de sang au Proche-Orient. C’est aussi ce qu’attendent les peuples du monde du pays qui, le premier, a proclamé l’universalité des droits humains.

Dans un appel rendu public le 23 juillet, une centaine d’ONG, soulignent qu’une grande partie de la population de Gaza est à court terme menacée dans son existence par une famine de masse, du fait de la politique de blocus du gouvernement israélien. Gaza meurt de faim. De plus, la Knesset a appelé à annexer la Cisjordanie, en violation du droit international et des résolutions de l’ONU.

Aujourd’hui, après des bombardements qui ont fait d’innombrables victimes civiles, ce sont des milliers de Palestiniens qui sont menacés d’une mort certaine par une famine cyniquement organisée, et c’est tout un peuple que l’on cherche à expulser des territoires où il vit.

L’extrême gravité de la situation pour le peuple palestinien rend nécessaire une action concrète et immédiate face à la politique délibérée du gouvernement de Benjamin Netanyahou, qui entend rendre impossible la solution à deux Etats, ce qui plonge l’ensemble de la région du Proche et du Moyen Orient dans le chaos. L'urgence est aussi à la libération des otages israéliens encore détenus à Gaza.

Nous vous demandons d’agir dès à présent pour que l’État de Palestine, désormais reconnu par notre pays en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité, dispose de tous les droits reconnus aux États membres de l’ONU, et pour qu’il dispose d’une capacité juridique internationale et d’une protection juridique internationale.

La conférence interministérielle sur la mise en œuvre de la solution à deux États, les 28 et 29 juillet prochains à New York, avec l’Arabie Saoudite, doit permettre d’aller dans ce sens.

Pour arrêter l’entreprise de massacres de masse et d’épuration ethnique en cours à Gaza, nous vous demandons de concrétiser votre annonce pour répondre aux deux urgences du moment.

La France doit en premier lieu œuvrer pour qu'une aide humanitaire massive soit apportée à la population gazaouie martyrisée. Et elle doit porter, auprès de ses partenaires, l’exigence de sanctions contre le gouvernement israélien, en particulier la suspension de l’accord d’association entre l’Union Européenne et l’Etat d’Israël tant que le droit international n’est pas respecté. Sur ces deux urgences, il lui revient de prendre la tête d’une coalition d’États prêts à agir immédiatement en ce sens.

Ne laissez pas les mains libres à l’actuel gouvernement israélien pour enterrer définitivement l’espoir d’une paix juste et durable entre les peuples israélien et palestinien, dans des États aux frontières sûres et reconnues. Et ce, au moment où des dizaines de milliers de citoyens d’Israël se dressent contre les entreprises criminelles de leur gouvernement.

Monsieur le Président, prolongez votre déclaration du 24 juillet, et agissez avant qu’il ne soit trop tard !

En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien accorder à ces demandes, soyez assurés de notre haute considération.

Olivier Faure 
Premier Secrétaire du Parti socialiste

Fabien Roussel
Secrétaire national du PCF

Marine Tondelier
Secrétaire nationale Les Ecologistes

 

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1 août 2025 5 01 /08 /août /2025 05:30

 

 

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30 juillet 2025 3 30 /07 /juillet /2025 05:30

 

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