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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 06:43

 

Plusieurs chiffres avancés par le ­président de la République lors de son allocution ont surpris par leur ampleur. S’ils sont difficiles à vérifier, les personnels de santé les contestent.

Cherchant à se dédouaner des accusations d’impréparation de la deuxième vague, Emmanuel Macron a affirmé, mercredi soir, que la France avait anticipé en formant plus de personnel, en étant capable d’augmenter la capacité d’accueil en réanimation et en dépistant plus que nos voisins européens.

Mais les chiffres annoncés sont contestés, notamment en ce qui concerne les effectifs. « Nous avons formé près de 7 000 infirmiers et médecins pour pouvoir travailler en réanimation », a avancé ­Emmanuel Macron. « C’est impossible à vérifier mais ce qu’il ressort du terrain, dans les différents hôpitaux de France, c’est qu’il n’y a pas plus de personnel. Ce chiffre nous étonne énormément, pour nous c’est un mensonge », répond Rachid Digoy, président du collectif Inter-Blocs.

« Des formations assez sommaires, en une ­semaine »

Depuis avril et jusqu’à cet été, le ­ministère de la Santé a communiqué sur la formation express de « plusieurs centaines » d’infirmiers qui n’avaient aucune expérience en réanimation. « Il y a eu des formations assez sommaires, en une ­semaine alors qu’on estime qu’il faut entre six et douze mois de pratique pour être mobilisable, explique le Pr Marc Leone, chef du service d’anesthésie et réanimation à l’hôpital Nord de Marseille. Tout le monde est utile en ce moment, ils vont nous aider même s’il faudra bien sûr les encadrer par des infirmiers référents. » « En réanimation, la complexité est telle que les infirmiers ne peuvent pas être lancés ainsi dans les services, déplore toutefois Rachid Digoy. De plus, si certains ont eu cette formation express, c’était pendant la première vague, pas après. D’autres devaient l’avoir cet été mais ça ne s’est jamais fait. » Pour lui, faire croire que les effectifs ont augmenté « est une hérésie, quand on sait que des personnels à bout de souffle ont démissionné ou que des ­libéraux qui nous avaient rejoints au printemps ne le feront plus car ils n’ont eu aucune reconnaissance, pas de prime Covid, rien… ».

Or, si les effectifs sont réduits, l’augmentation du nombre de lits en réanimation sera fatalement limitée. Emmanuel Macron avance que « nos capacités, qui sont passées de 5 000 lits avant la première vague à 6 000 aujourd’hui, nous allons les porter au-delà de 10 000 lits en réanimation ». Est-ce vraiment réalisable ? Ce jeudi, les hôpitaux ont reçu des injonctions ministérielles les poussant à déprogrammer l’ensemble des opérations en dehors des urgences et des interventions qui ne peuvent être déplacées. Si cela va créer des problèmes graves, en termes de suivi de certains malades notamment, la déprogrammation va permettre de renflouer les effectifs des unités Covid, comme lors de la première vague. Mais au printemps le nombre de lits avait pu grimper jusqu’à 10 700, « parce que, quand on manquait de personnel, on en rapatriait des établissements des régions moins touchées. Là, on ne pourra pas le faire, car le Covid est partout », explique Frédéric Adnet, professeur en médecine d’urgence. Pour toutes ces raisons, beaucoup jugent l’objectif difficilement réalisable. Marc Leone se veut plus optimiste, estimant « qu’on pourra arriver à 10 000 lits, en s’organisant localement, avec une bonne collaboration entre les établissements ­publics et privés ».

Un autre chiffre avancé par Emmanuel Macron a surpris par son ampleur, celui de « 1,9 million de tests réalisés par semaine » qui ferait de la France « l’un des meilleurs pays d’Europe en la matière ». Les principaux syndicats de biologistes ne confirment ni n’infirment cette évaluation, mais s’agacent de voir le président de la République s’en féliciter. Il s’agit là certainement de montrer que notre pays, qui ne testait pratiquement pas jusqu’en mai, a rattrapé son retard. Jusqu’à tester trop ? Les laboratoires sont engorgés, particulièrement dans les grandes villes, ce qui a pour conséquence qu’il faut parfois plusieurs jours pour obtenir un rendez-vous (ou plusieurs heures de file d’attente). Le délai pour obtenir les résultats peut être de quelques journées supplémentaires. Une priorisation a été demandée en septembre mais elle semble difficile à appliquer pour les laboratoires. « On teste trop et mal, explique Thibault Massu, biologiste. Il n’y a pas de stratégie claire, tout le monde peut se faire tester plusieurs fois par jour sans être symptomatique, cas contacts ou personne à risque, la priorisation ne fonctionne pas. Si on veut continuer à tester autant, il faut vite mettre en place une vraie organisation. » 

 

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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 06:40

 

Annoncées ce jeudi par le ministre de l’Économie, les mesures de soutien aux entreprises se veulent plus généreuses qu’au printemps. Mais les 15 milliards d’euros par mois mis sur la table ne suffiront pas à éviter faillites et licenciements. DÉCRYPTAGE.

« Quoi qu’il en coûte. » Alors qu’il annonçait, mercredi dernier, le nouveau confinement pour l’ensemble du territoire, Emmanuel Macron de nouveau promit que l’État ne compterait pas ses dépenses pour permettre aux employeurs et salariés de garder la tête hors de l’eau. Ce jeudi, le ministre de l’Économie a voulu en faire la démonstration concrète, en annonçant des mesures de soutien s’élevant à 15 milliards d’euros par mois de confinement.

Si la somme mise sur la table est plus imposante qu’en mars et en avril, le dispositif n’est pas si différent. Le fonds de solidarité sera ouvert aux entreprises de moins de 50 salariés, contre uniquement celles de moins de 10 salariés au printemps. Les entreprises fermées administrativement et celles des secteurs fortement touchés (tourisme, événementiel, culture, sport) accusant une baisse de chiffre d’affaires de plus de 50 % pourront bénéficier d’une enveloppe allant jusqu’à 10 000 euros. Les entreprises des autres secteurs observant la même baisse de chiffre d’affaires auront le droit à 1 500 euros.

En tout, ce dispositif devrait coûter 6 milliards d’euros par mois confiné, contre 6 à 7 milliards dépensés au total jusqu’à présent.

En tout, ce dispositif devrait coûter 6 milliards d’euros par mois confiné, contre 6 à 7 milliards dépensés au total jusqu’à présent. Ces mêmes entreprises pourront prétendre, comme en mars, à une exonération de leurs cotisations sociales. Les prêts garantis par l’État sont maintenus jusqu’au 30 juin 2021, et les entreprises de moins de 50 salariés « sans solution de financement » pourront prétendre à un prêt direct de l’État, allant jusqu’à 10 000 ou 50 000 euros selon leurs effectifs. Nouveauté, les bailleurs qui acceptent de renoncer à un mois de loyer pourront percevoir un « crédit d’impôt de 30 % du montant des loyers abandonnés ». « Nous continuerons à soutenir notre économie, les entreprises, les commerces, les salariés. Nous ne voulons pas ajouter la crise sociale à la crise sanitaire », a assené le ministre de l’Économie, au cours de la conférence de presse dédiée au détail des dispositifs de soutien économique.

 

« Le dispositif est loin d’être complet »

Bien que les mesures aillent dans le bon sens et que les sommes mises sur la table soient « conséquentes », les aides proposées ne « seront absolument pas suffisantes pour empêcher la faillite probable d’un grand nombre de PME et de TPE déjà fragilisées par le premier confinement », tempère toutefois Dominique Plihon, économiste membre du conseil scientifique d’Attac. Une analyse que partage le Syndicat des indépendants, qui craint que ce nouveau tour de vis sanitaire ne porte un coup fatal à des milliers de professionnels. « Concernant le fonds de solidarité, même si le dispositif a été revu à la hausse, il est loin d’être complet pour les entreprises qui n’ont pas été contraintes de fermer », regrette son secrétaire général Marc Sanchez. Celui-ci réclame un doublement du plafond du fonds, de 1 500 à 3 000 euros. « On n’est plus dans le contexte du mois de mars, la situation s’est détériorée. Beaucoup d’indépendants ne peuvent plus se payer depuis des mois, or ils ont des loyers à payer, des familles à nourrir », poursuit-il.

Une politique d’aide aux entreprises ne pourrait pas être véritablement efficace sans conditionnalité à l’obligation de ne pas licencier et de ne pas polluer, et à l’interdiction du versement de dividendes.

Le système d’aides défini par Bruno Le Maire, très centralisé, risque par ailleurs de manquer sa cible, estime Dominique Plihon. « Il serait intéressant de faire une recension, au niveau local, de toutes les entreprises en difficulté, prêtes à mettre la clé sous la porte. Cela permettrait de traiter les besoins au cas par cas, et de ne pas verser d’aides à une entreprise qui n’en aurait pas besoin. Mais cela implique de recruter des agents publics pour assurer cette tâche, ce que Bercy n’est pas prêt à faire », explique l’économiste. Et d’ajouter qu’une politique d’aide aux entreprises ne pourrait pas être véritablement efficace sans conditionnalité à l’obligation de ne pas licencier et de ne pas polluer, et à l’interdiction du versement de dividendes.

 

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3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 06:37
Évolution de la situation sanitaire - Le gouvernement n’a rien appris de ses erreurs (Éliane Assassi – Sénatrice Communiste du groupe CRCE - 29 octobre 2020)

Notre rejet est un vote d’opposition aux choix politiques et à la méthode qui sont les vôtres
par Groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste

Le gouvernement n’a rien appris de ses erreurs

Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, en préalable, je souhaite faire part de l’émotion profonde et de l’horreur qui ont saisi les sénatrices et sénateurs de mon groupe à l’annonce de l’attentat commis dans l’église Notre-Dame de Nice.

Face à cet acte barbare, nous apportons notre soutien aux familles, aux proches des victimes, aux élus et à la population de la ville de Nice, une nouvelle fois confrontés à cette violence terroriste. Nous pensons à eux, nous sommes à leurs côtés.

La deuxième vague de l’épidémie est là. Elle est haute, très haute, et si rien n’est fait, elle pourrait nous submerger. Il faut agir vite et fort, c’est une certitude.

Nous ne sommes pas surpris comme en mars dernier, car nombreux furent les scientifiques éminents, à commencer par le président du conseil scientifique, qui avaient annoncé ce risque comme étant une quasi-certitude.

Aujourd’hui, des milliers de nos concitoyens souffrent. Chaque jour, des centaines de personnes décèdent ; chaque jour des centaines d’autres entrent en réanimation à l’hôpital. L’inquiétude est grande dans notre peuple face à cette épidémie mondiale. Mes pensées vont aussi à nos anciens, si exposés au risque, en particulier dans les Ehpad.

Comme en mars, je lance un appel fort à la prudence. Je dis à nos concitoyennes et concitoyens : protégez-vous, respectez les consignes, restez solidaires.

Mes premiers mots iront aussi une nouvelle fois aux soignants. Eux non plus ne sont pas surpris. Ils seront là pour faire face à l’épidémie, car leur sens du devoir est immense, mais ils sont amers. Ils sont en colère car, de toute évidence, ils sont les derniers remparts avec leur fatigue, leur angoisse, face à la maladie qui les frappe durement. Tenez bon, faites votre possible, même si nous savons que votre appel à la reconstruction de l’hôpital et de notre système de santé n’a pas été entendu.

Enfin, alors qu’un nouveau confinement aux contours imprécis a été décidé par le Président de la République, notre pays tiendra. Il tiendra grâce à l’engagement au quotidien de ces salariés de première ligne, ces « premiers de corvée » si peu reconnus par la société, alors qu’ils la tiennent à bout de bras en ces circonstances.

Monsieur le Premier ministre, comment ne pas s’interroger sur le sens de notre débat de cet après-midi ?

Le Président de la République a décidé seul, hier soir, d’une stratégie face à l’épidémie.

Mardi dernier, vous nous avez réunis pour entendre vos réflexions, mais sans annoncer la moindre mesure, renvoyant à l’intervention de mercredi soir.

Le 16 octobre, je vous avais écrit pour demander un débat sur le déclenchement de l’état d’urgence sanitaire par décret et la mise en œuvre du couvre-feu. Vous avez répondu par la négative.

Pire, chacun l’a constaté, les mesures annoncées par Emmanuel Macron ont été imprécises sur bien des points et vous devez les détailler lors d’une conférence de presse ce soir à dix-huit heures trente, après avoir fait débattre et voter le Parlement. Ainsi, le Parlement est mis devant le fait accompli. Les erreurs successives ne vous ont pas servi de leçon, pas plus qu’au Président de la République.

Mme Sophie Primas. Très bien !

Mme Éliane Assassi. Pourtant, il y avait de quoi apprendre de l’absence d’anticipation de la première vague, caractérisée par l’absence de matériel – des masques aux respirateurs artificiels et aux lits de réanimation –, et de ce déconfinement dont beaucoup relèvent qu’il est un échec parce qu’il a été bâti sur trop peu de moyens – en tests, en système de traçage, en personnels – pour être mis en œuvre.

Nous entendons les appels à l’humilité : « Que feriez-vous à notre place ? » Cette épidémie touche l’Europe tout entière, plaidez-vous, comme l’a fait hier soir le chef de l’État, en oubliant que nous sommes malheureusement dans le groupe de tête des pays les plus touchés dans le monde. Vous oubliez aussi que l’ensemble de l’Europe a subi les conséquences des politiques d’austérité et de réduction de moyens.

Monsieur le Premier ministre, face à la violence de la nature, face à cette crise, oui, il faut être humble, mais il faut aussi s’ouvrir aux autres, écouter les propositions, admettre ses erreurs. C’est à ce moment-là que la démocratie est essentielle. Il n’y aura pas de sauveur suprême en la matière. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE – Sourires sur les travées du groupe Les Républicains.)

La caricature de consultation du Parlement doit sonner comme une alerte forte, pour en finir avec un régime à la verticalité folle.

Nous vous demandons, de nouveau, de mettre en place un comité de suivi national de la crise, véritable comité de santé publique, pluraliste, aux réunions hebdomadaires, mobilisable jour et nuit, afin de permettre un véritable contrôle démocratique et une réelle participation de tous aux décisions.

Où en sommes-nous ? Une chose est certaine, la deuxième vague est si haute que la submersion de notre système hospitalier est envisagée.

Hier soir, le Président de la République a écarté d’un revers de main l’argument de la faiblesse de nos moyens en réanimation, de nos moyens hospitaliers, comme raison des difficultés actuelles.

Pourtant, si l’on écoute un instant les professionnels, cette situation de destruction de l’hôpital depuis des années est une évidence. Depuis vingt ans, notre système de santé, l’une des fiertés de notre pays, est saccagé par les politiques libérales successives. La fermeture des lits était considérée comme un baromètre pour juger de l’efficacité d’une politique. En vingt ans, 100 000 lits ont été fermés – ils existaient donc bien –, et avec eux tant de postes supprimés.

Emmanuel Macron n’a pas stoppé le mouvement : 4 800 lits furent fermés en 2018, 3 400 en 2019, et cela continue. Allez-vous, oui ou non, stopper cette évolution et réparer les dégâts ?

Les ravages du libéralisme ont touché toute la société, et leur description détaillée prendrait des heures.

L’humanité est aujourd’hui en danger. La crise écologique masquait l’arrivée d’une soudaine crise sanitaire qui, elle aussi, ébranle le système, remettant profondément en cause le capitalisme mondialisé.

En mars dernier, le Président de la République avait semblé chanceler sur ses certitudes. Il avait eu des mots inhabituels : « rupture », « mettre à l’abri du marché ». Le « quoi qu’il en coûte » dominait le discours, bien loin de la course à la rentabilité et au profit, bien loin de ces dogmes de compétitivité et de concurrence qui font exploser notre société et contredisent fondamentalement ce concept profondément humain de solidarité.

Hier, quoi qu’il en dise, le Président de la République a placé l’économie devant l’humain. L’exercice est difficile.

Il est vrai qu’un équilibre doit être trouvé pour ne pas jeter dans la pauvreté des millions de personnes qui viendraient rejoindre les 10 millions qui se trouvent déjà, dans notre pays, sous le seuil de la pauvreté.

Mais nous n’avons pas entendu un mot – pas un mot, j’insiste ! – pour appeler ceux qui possèdent les richesses dans notre pays à participer réellement à l’effort de solidarité nationale.

Il n’y a pas de doute à avoir aujourd’hui : la priorité, c’est sauver des vies.

Oui, monsieur le Premier ministre, c’est vrai : ralentir considérablement l’économie a un coût, mais ce n’est ni aux salariés ni aux plus pauvres d’en subir les conséquences, y compris par leur mise en danger.

Nous regrettons qu’aucune mesure fiscale de solidarité ne soit imposée aux bénéficiaires de dividendes, lesquels ont explosé, y compris pendant la crise.

Nous regrettons qu’aucune mesure radicale ne soit prise pour faire participer les géants du numérique, comme Amazon, qui accumulent des profits prodigieux sur le dos de la crise et du malheur des hommes. Il faut aujourd’hui « changer de logiciel ».

Alors, nous serons responsables, comme notre peuple qui, contrairement à ce que d’aucuns ont dit, n’a pas fait preuve de légèreté. Nous serons mobilisés contre l’épidémie. Mais nous demandons au Président de la République d’être responsable démocratiquement, de cesser son exercice solitaire du pouvoir.

La responsabilité aujourd’hui, c’est accepter la démocratie, agir ensemble pour frapper ensemble cette épidémie.

La responsabilité, c’est la mise en service des richesses de notre pays au service du bien commun.

La responsabilité, c’est l’humain d’abord.

Ce qui nous est demandé aujourd’hui par notre vote, ce n’est pas d’être pour ou contre le confinement. En réalité, ce que vous nous demandez, monsieur le Premier ministre, c’est de vous accorder la confiance. Notre vote négatif mûrement réfléchi est donc un vote d’opposition à vos choix politiques et à la méthode utilisée pour les imposer.

 

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31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 07:59
Attaques contre les communistes. L’escadre de l’ignominie (Olivier Gebhurer, Vendredi 30 Octobre 2020 - L'Humanité)
Attaques contre les communistes. L’escadre de l’ignominie
Vendredi 30 Octobre 2020
 

Olivier Gebuhrer Maître de conférences en mathématiques, retraité

Notre pays se remet difficilement de l’effroi et de l’indignation provoqués par l’odieux assassinat de Samuel Paty, victime du fascisme à prétexte islamique. Tout le corps enseignant est saisi d’inquiétude devant les menaces insaisissables pesant sur l’exercice de son métier, et la nation tout entière tente dans son hommage de se rassembler dans la ferveur de ses valeurs fondatrices.

C’est ce moment que choisit Monsieur le maire de Cannes (LR) pour réunir dans un même rappel le temps de la lutte contre le fascisme et « celui de la lutte contre le communisme ». C’est ce moment que des anonymes ignobles choisissent pour taguer le siège national du Parti communiste français. C’est ce moment que choisit Marion Maréchal pour, dans une tribune à FigaroVox, en appeler à la guerre sainte contre l’islam, qui, selon elle, vise l’Europe et « ses valeurs depuis treize siècles ».

Ce faisceau, cette escadre viennent de loin et n’ont rien d’une coïncidence. Les propos du maire de Cannes, objet d’une lettre ouverte, n’ont fait à ce jour l’objet d’aucune réprobation de la droite politique dite « républicaine ». Cette déclaration attente à la fois à la mémoire de Samuel Paty et à l’honneur des innombrables martyrs communistes de la barbarie nazie ! De quel temps parle donc Monsieur le maire ? De celui où l’occupant nazi pourchassait sans merci les communistes, les torturait, les fusillait et les envoyait en camp d’extermination avec l’aide active de ses supplétifs pétainistes traîtres à la patrie profanée ? De quel temps parle Monsieur le maire ? Du temps où le Parti communiste français était interdit, sa presse illégale, ses parlementaires emprisonnés en Algérie ?

En vérité, tous ces faits ont une propriété commune ; ils innocentent le fascisme. De quelque variété que l’on parle, de quelque attribut qu’il se pare, y compris religieux, le culte de la mort, celui du chef, celui d’une terreur sans fin contre toutes celles et tous ceux qui, en France, se reconnaissent dans la construction complexe d’une République démocratique, sociale, laïque où Liberté, Égalité, Fraternité ne soient pas de vains mots, et communs au fascisme qu’il est devenu vital d’identifier comme tel. Au fascisme et à lui seul.

Pendant qu’ici on disserte sur le « séparatisme », là on fustige « l’islamo-gauchisme », un seul ennemi est désigné à la vindicte, cet ennemi c’est, entre autres, le seul parti politique qui se soit dressé contre toutes les compromissions, le seul qui ait condamné Munich et la politique dite « d’apaisement », le seul qui ait organisé et combattu les armes à la main face à la barbarie nazie, le seul qui se soit dressé contre toutes les aventures coloniales, le PCF dont les fautes pâlissent devant les pages de gloire écrites avec le sang de ses militantes et militants.

Cette escadre de l’ignominie suppose la construction sans attendre d’une riposte à la hauteur de toute la gauche, de toutes les forces démocratiques. Se rassembler, débattre, agir et décider ensemble, telle est l’urgence.

Olivier Gebhurer

Ancien membre du conseil national du PCF, fils de Max Gebuhrer, déporté au camp de Djelfa en 1940, médecin du maquis FTPF d’Ardèche et veuf de Sonia Gebuhrer-Adam, née en 1944 à la prison de Fresnes, quartier des condamnés à mort.
Attaques contre les communistes. L’escadre de l’ignominie (Olivier Gebhurer, Vendredi 30 Octobre 2020 - L'Humanité)
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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 11:01
Budget de la Sécurité sociale : Pénurie, fragilité, dénuement - par Pierre Dharréville, membre de la direction du PCF, député des Bouches-du-Rhône.
Budget de la Sécurité sociale : Pénurie, fragilité, dénuement

Depuis trois ans maintenant, nous dénonçons les budgets de la Sécurité sociale qui se succèdent, nous dénonçons les choix politiques qu’ils représentent, l’affaiblissement de la sécurité sociale, la casse de l’hôpital public. Ces budgets, les uns après les autres, ont conduit le pays dans cet état de grande pénurie, de fragilité extrême, de dénuement face au surgissement du virus. Le gouvernement a été rattrapé par le réel. La situation dans les hôpitaux est catastrophique : c’est le revers de la médaille d’une politique qui renonce à prendre l’argent là où il est.

Dans les établissements, la tension est palpable. La colère aussi. Au moment où l’on constate une grande perte de sens, entendre la rengaine – « c’est un problème d’organisation » – exaspère. Le gouvernement a beau répéter qu’aucun gouvernement n’a fait autant pour la santé, ça ne va pas. Le Ségur de la santé ne rattrape pas le retard pris pendant des années, ne concerne pas tous ceux qu’il devrait embrasser et ne saurait être présenté pour solde de tout compte. Il nous fait seulement passer de la vingt-deuxième à la dix-huitième place européenne pour la rémunération des infirmières. Mais le personnel continue à s’en aller, refusant de persister à vivre ce jour sans fin.

Dès le mois de mars, il aurait fallu engager un grand plan de recrutement et de formation pour ajouter du personnel dans les hôpitaux et l’accompagner d’un plan d’investissement en matériel, en lits de réanimation et en lits en général. Il y avait, dans l’urgence, des actes forts à poser pour anticiper et commencer à changer de trajectoire. 3 400 lits ont été fermés en 2019 et 4 200 en 2018, 100 000 en vingt ans, mais le gouvernement annonce 4 000 créations en 2021.

Le gouvernement a dû faire des entorses à sa doctrine, financer assez massivement les dépenses Covid-19, et ajouter quelques touches avec des amendements mais le compte n’y est toujours pas.

Parmi les mesures positives, il y a l’allongement du congé de paternité ou de parentalité et la diminution du rôle de la T2A. Mais le problème, c’est que le gouvernement continue à ne pas tirer les leçons de l’épreuve et à se contenter d’affichage. Les dépenses exceptionnelles pour lutter contre le Covid-19 sont inscrites dans le budget, ainsi que les mesures du Ségur de la santé, même si elles sont insuffisantes et inégalitaires. Mais on continue à compresser le reste du financement, avec 4 milliards d’efforts demandés, dont 800 millions à l’hôpital. Quant à l’effacement d’un tiers de la dette des hôpitaux, le gouvernement le conditionne à « des engagements d’assainissement de la situation financière ». Les CREF (1) et autres COPERMO (2) continuent de courir ; c’est proprement insensé. Si l’on regarde plus loin, c’est assez logique puisqu’il souhaite maintenir le cap de l’assèchement des ressources de la Sécurité sociale, chargée de surcroît depuis quelques mois d’une dette covid indue, et de l’affaiblissement du principe même de la cotisation. Il essaie de régler le problème de l’hôpital à côté de l’hôpital, au lieu d’annoncer une nouvelle ère, avec l’ouverture de nouveaux services, de lits, de postes et une meilleure articulation avec la ville et l’ensemble du système de santé.

Dans ce budget, on trouve aussi la création, prétendument historique, d’une cinquième branche dédiée à l’autonomie. Comme pour la réforme des retraites – que la lucidité devrait conduire à abandonner au lieu de s’entêter –, on nous dit que c’est la grande réforme sociale du quinquennat. Mais là encore, on n’est pas au rendez-vous. Les objectifs assignés à la CNSA (3) ne nous rassurent pas. Le gouvernement refuse de créer une nouvelle ressource alors même que le rapport Libault évalue à 6,5 milliards les besoins de financement en 2024. Il a rejeté nos propositions en la matière. Ce défi appelle une ambition politique forte, garantissant à chacun un droit universel à l’autonomie, ce qui nécessite un niveau élevé de couverture sociale et l’existence d’un grand service public décentralisé de l’autonomie. C’est le sens de notre proposition d’établir un droit universel à l’autonomie qui garantisse à chacun et dans les mêmes conditions l’accès aux prestations d’autonomie, le libre choix des personnes sur le maintien à domicile et la réduction du reste à charge en établissement pour les assurés. Là où nous proposons de répondre à une nécessité sociale, le gouvernement s’en tient à une logique d’affichage et à des mesures comptables.

C’est donc un budget en trompe l’œil qui masque mal que la Sécurité sociale est peu à peu transformée en instrument de secours public et utilisée comme une variable d’ajustement des politiques économiques. Au moment où l’on fête ses 75 ans, comment ne pas s’interroger sur ces orientations qui dessinent une société moins protectrice et moins solidaire, où les patients, pourtant ayants droit, sont toujours plus regardés comme des clients potentiels pour le marché ?

Pierre Dharréville, membre du CEN, député des Bouches-du-Rhône.

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1. Contrats de retour à l’équilibre financier.

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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 09:00
Laurent Brun à Quimper en meeting pour les Européennes avec Marie-Pierre Vieu et Glenn Le Saoût - printemps 2019

Laurent Brun à Quimper en meeting pour les Européennes avec Marie-Pierre Vieu et Glenn Le Saoût - printemps 2019

CONFINEMENT ?
- par Laurent Brun
 
Le problème de notre pays c'est que le Gouvernement Macron est engoncé dans une idéologie ultra libérale fanatique qui le conduit à ne pas anticiper, ne pas intervenir sur les outils économiques et se contenter de faire du marketing politique. Ce n’est pas de l’incompétence. C’est du dogmatisme.
 
Le confinement est une mesure très archaïque. Comme on ne sait pas quoi faire d’autre, on fige le pays en espérant que ça fige le virus. C’est une mesure du moyen âge, qui peut se comprendre lorsqu’on est « surpris» en mars, que l’on ne dispose pas des plus élémentaires moyens matériels, et que l’hôpital est incapable de faire face à une épidémie massive.
 
Mais 8 mois plus tard, pourquoi est-on en situation de n’avoir pas plus de choix ?
 
Le confinement est un désastre économique et social. Sa mise en œuvre une seconde fois me met personnellement très en colère. Et ce n’est pas la colère hypocrite du MEDEF dont les membres les plus éminents, en bons capitalistes sans morale, ont profité de la pandémie pour s’enrichir ou pour restructurer et délocaliser les industries. C’est la colère des milliers de pauvres qui vont se noyer dans des difficultés financières supplémentaires parce que perdre quelques euros de revenu est un drame pour eux. La colère des milliers de chômeurs supplémentaires et de tous ces jeunes qui débarquent sur le « marché » de l’emploi dans ce contexte. La colère des filières culturelles ou sportives qui meurent. La colère des salariés des « commerces non essentiels » qui sont abandonnés. La colère de la sécu exsangue parce que ses caisses sont prises pour un distributeur automatique par le Gouvernement alors que les profits ne sont même pas égratignés. La colère pour les infirmières et les médecins qui servent de paillasson à leur Ministère, comme les profs d’ailleurs. La colère des premiers de corvée à qui on promet une 2ème vague plus meurtrière que la 1ère. La colère pour nous tous.
 
Nous devons nous confiner. Mais nous devons aussi demander des comptes à ce Gouvernement inconséquent...
 
Je ne m’étends pas sur la situation, nous la connaissons tous. Même Macron, tout de mépris vêtu, est obligé de reconnaître les erreurs. Mais il s’en exonère immédiatement sous le prétexte qu’on ne pouvait pas faire autrement. Responsable mais pas coupable. On l’a déjà entendu et c’est la question principale : pouvait on faire autrement ?
 
Sans aucun doute puisque d’autre pays y sont parvenus.
 
En octobre, la Chine - pays d’1,3 milliards d’habitants - prenait de nouvelles mesures ciblées et massives des qu’elle détectait quelques dizaines de cas... pas de seconde vague à l’horizon.
 
Le Vietnam ne compte que quelques cas détectés, tous importés, ces dernières semaines.
 
Pendant que l’Amérique du Sud plonge comme l’Europe, Cuba n’a connu que 87 décès et la pandémie semble sous contrôle. Il faut rajouter que l'île révolutionnaire a envoyé près de 50 000 médecins dans divers pays du monde pour aider à soigner (dont 15 en Martinique).
 
Objectivement, il n’y a pas que les pays socialistes qui s’en sortent bien : la Nouvelle Zélande (pays qui a renationalisé son chemin de fer il y a quelques mois - spéciale dédicace) s’inquiétait le 15 octobre d’une possible recrudescence après avoir détecté 1 cas !!! Des mesures énergiques étaient immédiatement prises...
A chaque fois il semble y avoir une caractéristique commune : on détecte vite car on test systématiquement et massivement, et on agit pour circonscrire le foyer infectieux.
 
Donc que devrait-on faire en France ?
 
Nous sommes « en guerre » selon le Président Macron. Et pourtant il se contente d’attendre le virus derrière la ligne Maginot des mesures barrière. La encore, je précise qu’il faut effectivement appliquer ces mesures. Mais elles ne sont que symboliques et manifestement peu efficaces. C’est ce qu’on applique quand il n’y a plus rien d’autre. C’est comme si toute la sécurité des circulations ferroviaires reposaient seulement sur le port du gilet orange. Heureusement que nous avons les mesures techniques lourdes et les procédures de sécurité, sinon il y aurait des morts tous les jours ! Le gilet ne sert modestement que lorsque toutes les autres mesures ont été débordées... donc en fait, il vaut mieux éviter d’avoir à s’en remettre à lui, même s’il faut le porter !
 
Donc, c’est parti pour le confinement. Déjà on s’interroge : pourquoi l’État se contente d’interdire et n’organise pas?
Il faut réquisitionner les centres de colo ou de vacances (qui de toutes façons ne servent pas) pour loger correctement les SDF, les orphelins, et tous ceux qui sont en détresse.
A ce titre, le Comite Central d’Entreprise SNCF avait mis à disposition des pouvoirs publics ses propriétés lors du précédent confinement mais très peu ont été utilisées... Ensuite il faut stopper les procédures d’expulsion locative (je sais, la trêve commence le 1er novembre, mais elles reprennent le 31 mars et rien ne sera réglé à ce moment là d’après le conseil scientifique, donc autant anticiper et trouver des solutions alternatives).
Il faut également assurer le ravitaillement des personnes isolées, ou celles qui ne peuvent pas sortir (handicapées), ou celles qui ne devraient pas sortir car jugées fragiles face au virus. Certaines mairies ont mis en place des choses mais c’est insuffisant et inégal d’une ville à l’autre. Pourquoi ne pas mobiliser les personnels municipaux pour les livraisons et réquisitionner les plateformes de la grande distribution pour l’approvisionnement... la « guerre », c’est le moment où on organise la survie, pas celui où on fait des expériences de décentralisation libérale !
Concernant l’application numérique pour tracer les cas contacts. Il y a clairement un manque de confiance des citoyens vis à vis de ce dispositif. La crainte principale semble être le flicage ou l’utilisation mercantile des données collectées par l’entreprise privée fabricante. Plutôt que de faire la morale, le Gouvernement devrait chercher à faire la transparence : confier la création et la gestion de cet outil à un organisme public au dessus de tout soupçon (l’INSEE ou une autre structure disposant d’un peu d’indépendance pourrait s’en occuper), et créer un organisme de contrôle de l’utilisation avec des représentants de toutes les tendances politiques, d’associations, et même de citoyens tirés au sort. Bref, tout faire pour que ce dispositif ne soit plus un objet de controverse mais redevienne un outil technique neutre au service de l’intérêt général. Au passage, l’indépendance des fonctionnaires grâce à leur statut, ça sert à ça...
Si on veut limiter le confinement dans le temps, faire baisser rapidement le taux de contamination et surtout éviter une remontée lors du confinement, il faut tester, tester, tester !!! Mais pas selon le système actuel (on ne test que les cas symptomatiques donc c'est déjà trop tard, et on attend les résultats trop longtemps donc ça ne sert à rien). Il faut passer au test systématique afin de débusquer tous les cas non symptomatiques, les confiner rapidement et ainsi briser la chaîne de contamination. Donc déjà il faut des tests rapides et simples d’utilisation (les test anti géniques donnent un résultat en 30 minutes et ne nécessite pas de geste médical). La chine en dispose depuis mars après avoir organisé la coopération de 22 de ses universités afin de les développer... en France ils débarquent à peine parce qu’on laisse les entreprises privées et le marché les développer... Grâce à eux il est possible de créer de véritable check-point partout, par exemple à l’entrée des EHPAD (ce qui permettrait d’autoriser les visites), évidemment à tous les points d’entrée du pays, et dans n’importe quelles structures repérées comme génératrice de foyers d’infection. L’armée pourrait être mobilisée pour créer des points de test dans les quartiers, dans les gares, dans les centres commerciaux. Les employeurs pourraient également être mis à contribution : ils ne veulent pas du confinement, et bien qu’ils organisent les tests systématiques à la prise de service.
En France 287 grandes entreprises emploient 4 millions de salariés, ce serait déjà ça de moins à organiser pour les pouvoirs publics. Si on élargit aux entreprises de taille intermédiaire c’est 7,5 millions de salariés de plus. Enfin l’école et l’université pourraient aussi être des lieux de tests massifs. Et une fois la détection largement déployée, il faudrait confiner immédiatement les cas positifs, en prévoyant des dispositions pour les exonérer du travail et les indemniser (afin qu’ils ne soient pas récalcitrants à se faire tester), et aussi pour les isoler de leur famille s’ils le souhaitent (dans le cas contraire, c’est toute la famille qui serait confinée). Si ce genre de dispositif était déployé réellement, le confinement systématique ne serait plus nécessaire. Et on disposerait aussi de statistiques fiables sur l’évolution de l’épidémie.
Pour terminer, il faut se préoccuper sérieusement de la dernière ligne de défense, l’hôpital public, qui est dans un état grave. Macron fanfaronne en expliquant qu’on ne peut rien faire puisqu’il faut 5 à 10 ans pour former le personnel. Il faudrait déjà néanmoins afficher l’arrêt des fermetures de lits et une programmation pluriannuelle de formation et d’embauche de personnel médical. Ça ne résoudrait pas nos problèmes d’aujourd’hui mais ça éviterait d’en créer dans 10 ans, comme l’ont fait Sarkozy et Hollande. 10 ans c est demain.
Ensuite il faut remotiver sérieusement les effectifs existants, stopper l’hémorragie. Au delà du plan d’embauche il faut de la reconnaissance : les personnels revendiquent 300€ d’augmentation mensuelle, accordons leur immédiatement, sans mégoter ! La CGT a chiffré la mesure à 8,7 milliards. Certains en seront horrifiés mais c’est 1/10e du CICE qui n a crée aucun emploi, c’est la moitie du plan d’aide au secteur aérien qui licencie à tour de bras, etc... et c’est une vraie mesure de relance parce qu’en plus, ça dope la consommation et donc la reprise économique...
Coté réaction immédiate pour faire face à la vague, il faut une mobilisation générale pour soulager la médecine de ville et les urgences, pour faire les tests partout, etc... cette mobilisation pourrait par exemple s’incarner dans la réquisition des spécialités non essentielles (chirurgie plastique et plein d’autres). Ces gens ont fait médecine. Ils ne peuvent peut être pas traiter un patient en réa, mais ils peuvent sûrement aider aux étapes antérieures de la maladie. Il faut réquisitionner les personnels et infrastructures privées, et pourquoi pas solliciter l’aide des pays qui ont déjà vaincu la maladie. Les personnels de santé eux mêmes ont probablement des idées sur la manière de leur apporter des moyens. La aussi il ne faut pas ergoter !
Nos lits de réa, qui devaient passer à 15000 avec des respirateurs made in France qui ne sont finalement jamais arrivés, doivent effectivement être augmentés. 50 lits en moyenne par département c'est un scandale. Lancer une entreprise publique de fabrication de ce genre de matériel ne serait pas du luxe. Et en profiter pour rouvrir quelques hôpitaux fermés récemment pourrait aussi être utile, notamment pour ne pas reporter trop d’opérations et de traitement des autres maladies graves. Si les chinois arrivent à construire un hôpital de campagne en 15 jours, nous devrions pouvoir rafraîchir et re équiper un bâtiment assez rapidement (Hôtel-Dieu à Paris et à Lyon, Val de Grâce...). Peu importe qu’ils aient été cède pour des opérations immobilières. Si on peut mettre entre parenthèse le code du travail, pourquoi ne le pourrait on pas avec le code du commerce ? On reprend ce qui n’aurait jamais dû être vendu, dans l’intérêt supérieur de la Nation !
 
Alors bien sûr tout cela coûte beaucoup d’argent. Donc dans les mesures d’urgence, il faut aussi trouver de quoi assumer. A situation exceptionnelle (nous sommes en guerre ou pas ?), mesure exceptionnelle : les sociétés du CAC40 prévoient 30 milliards de dividendes à leurs actionnaires cette années, taxons cela à hauteur de 50, 70, ou 100%, en fonction de ce qui est nécessaire.
 
Si l’on élargit à toutes les sociétés cotées de France, on peut imaginer qu’au moins 80 à 100 milliards sont mobilisables. Et si l’on rajoute les grandes fortunes, les très hauts revenus, la rémunération des propriétaires d’entreprises non cotées, on voit qu’il n’y a pas trop de problème.
Si Chypre a pu prélever 60% de l’épargne de ses citoyens au delà de 100000€ pour faire face à une petite crise financière, nous pouvons faire pareil sur les grosses fortunes pour affronter la pire pandémie de notre siècle. Et si nous voulions être encore plus efficaces, on ne se contenterait pas de taxer, on reverserait la somme sous forme de salaire exceptionnel aux salariés, l’État en récupèrerait au moins 20% sous forme de fiscalité, les collectivités locales en profiteraient aussi, et la sécu - grâce aux cotisations sociales - en récupèrerait 30%, et ça doperait un peu la consommation pour relancer les spectacles, les librairies, les restau, etc...
Le dernier point c’est la mise en œuvre.
2 étapes : dès maintenant, trouver des formes de lutte sociales pour exiger des mesures concrètes de son entreprise, d’ une autorité de santé, d’un préfet... la CGT peut y contribuer alors syndiquez vous, organisez vous, battons nous !
Et en 2022 on vire ces incompétents et on se mobilise massivement pour porter au pouvoir des gens qui mettront réellement des solutions en place !
Voilà, j’écris tout parce que ça fait du bien de formaliser ses idées pour les soumettre au débat. Je n’en peut plus des commentaires permanents sur les chaînes d’info et de la répétition stupide des éléments de langage du gouvernement dans la plupart des médias. Oui on peut faire autrement que l’enchaînement d’imbécilités qu’ils nous imposent !!
 
Laurent Brun
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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 08:21
Tribune.
Le moment est grave, il ne quittera pas nos mémoires. Samuel Paty, professeur d’histoire et de géographie, a été assassiné par un terroriste islamiste. A Nice, un autre crime ignoble a été commis. Ces actes monstrueux ont pour but de semer la haine et la terreur.
Pourtant, cette fois, les appels à l’unité n’ont pas suffi à limiter les tensions au sein de la société française. En démocratie, le débat est souhaitable après de tels évènements. Mais depuis la tragédie du 16 octobre, certains, parfois même au sein du gouvernement, se sont engagés sur la voie des anathèmes et des accusations délirantes. Ils prennent la lourde responsabilité d’affaiblir le pays face aux terroristes en dressant les Français les uns contre les autres. Les assassins et ceux qui les ont encouragés auraient-ils déjà gagné ?
Il est urgent de nous mobiliser ensemble autour des principes laïques et républicains. Si nous échouons, l’islamisme radical aura remporté, avec l’extrême droite, une victoire décisive en faisant de la question religieuse, et plus précisément de l’islam, le pivot de la politique française, au détriment des urgences sociales, écologiques et démocratiques. Pire, il aura installé des germes durables de guerre civile.
Pour avancer, il importe d’abord de reconnaître les manquements du passé. Combien d’atteintes à la laïcité et à la liberté d’expression et d’enseignement restées sans réponse ? Combien d’appels au secours ignorés, qu’ils viennent d’enseignants et d’autres agents des services publics devant la dégradation de leurs conditions de travail, ou d’habitants des quartiers populaires devant l’absence de l’Etat, notamment sur le terrain de la sécurité ? Combien de discriminations à l’égard de musulmans ou de ceux qui sont supposés l’être, laissées impunies ?
Une insuffisance de moyens
Manifestement, le gouvernement considère que l’on pourrait lutter efficacement contre l’islamisme radical sans combattre en même temps, à la racine, le racisme, les discriminations et les déchirures sociales et urbaines des territoires abandonnés. Il feint également d’ignorer qu’existent au sein de l’islam, en France et ailleurs, des forces prêtes à combattre les influences mortifères. Cette absence de vision globale donne toujours une victoire symbolique aux islamistes radicaux. Elle a depuis longtemps favorisé leur implantation.
Oui, les manifestations agressives d’une idéologie totalitaire allant jusqu’au terrorisme doivent être combattues sans trêve ni repos dans le cadre de l’Etat de droit. Pour cela, de nombreux leviers juridiques existent déjà. Il faut résister à la tentation de réagir à chaque attentat par une loi supplémentaire ou des gesticulations spectaculaires. Les carences relèvent surtout d’une insuffisance de moyens de renseignement et de coordination, notamment dans le suivi des réseaux sociaux.
Le combat contre l’islamisme radical, les pressions qu’il exerce à l’école et ailleurs pour restreindre les libertés, notamment celles des femmes ou des personnes LGBTI +, appelle des actions construites, déterminées et proportionnées. Ces politiques doivent être conduites dans la durée et mises en œuvre sans faiblir dans un cadre légal défini et protecteur des libertés. Pour être efficace, il nous faut combattre l’intégrisme islamiste en priorité sur le terrain éducatif, social et politique. Là où les fondamentalismes tentent de faire primer le dogme religieux sur les lois de la République, la fermeté de l’action publique est indispensable.
L’école doit être aux avant-postes de ce combat. Mais elle ne peut pas être laissée seule. Celles et ceux qui y enseignent doivent être reconnus, soutenus et protégés au quotidien, et pas seulement passagèrement au lendemain des drames, particulièrement par un accompagnement humain en cas de difficultés, des outils et une formation pédagogiques renforcés pour permettre à tous les acteurs de l’école de savoir réagir.
Assauts répétés des obscurantismes
La laïcité définie par la loi de 1905 n’est pas une option : elle est et doit rester la loi de la République. Elle a traversé le XXe siècle, faisons-la vivre en garantissant effectivement la liberté de croire, notamment pour les musulmans, ou de ne pas croire. Plus qu’à la multiplication de lois nouvelles, veillons à l’application effective de celles qui existent déjà.
La République, promesse inachevée, doit repenser sa présence dans tous les territoires pour faire exister l’égalité réelle par des politiques publiques offensives, avec des moyens humains et financiers substantiels, notamment dans le cadre de la mise en œuvre d’une transition écologique juste. Elle doit, conformément à sa devise, garantir l’absence de toute discrimination et chercher à réduire toutes les inégalités dans un esprit de fraternité.
Pour nous, il n’y a pas de fatalité à ce que la France tombe dans le piège tendu par les terroristes. Nous ne cesserons jamais de vouloir tisser des liens entre tous les humains, malgré les assauts répétés des obscurantismes. Nous continuerons de lutter partout et toujours contre toutes les formes de racisme, d’antisémitisme et d’intolérance.
Nous avons parfaitement conscience qu’il existe des désaccords entre nous sur ces sujets et que beaucoup reste à faire pour consolider ces réponses : ce texte se veut d’abord un appel à la gauche, aux écologistes et, au-delà, à tous les républicains, à engager ensemble ce travail à un moment où l’essentiel est en danger.
 
Parmi les premiers signataires : Arié Alimi, avocat ; Clémentine Autain, députée ; Manuel Bompard, député européen ; Laurence De Cock, historienne ; Cécile Duflot, ancienne ministre ; Guillaume Duval, ancien journaliste ; Aurore Lalucq, députée européenne ; Pierre Laurent, sénateur ; Philippe Martinez, syndicaliste ; Jean-Pierre Mignard, avocat ; Béligh Nabli, universitaire ; Matthieu Orphelin, député ; Christian Paul, ancien ministre ; Eric Piolle, maire ; Thomas Piketty, économiste ; Sandra Regol, militante écologiste ; Aïssata Seck, élue ; Sophie Taillé-Polian, sénatrice ; Benoit Teste, syndicaliste ; Aurélie Trouvé, responsable d’ONG.
La liste complète des signataires est accessible : https://www.reponsecommune.fr
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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 08:18
Anaïs Fley

Anaïs Fley

Anaïs Fley, 28 octobre:
Qu'il est long, le chemin pour atteindre le bout de cette période bien trouble. Il y a de quoi poser le genou à terre.
Neuf mois plus tard, le Président de la République annonce un nouveau confinement. Dans son discours, il assume que son impréparation nous mène, une seconde fois, à un scénario où l'on doit choisir, entre deux lits d'hôpital, qui vit et qui meurt. Quel cynisme effroyable, morbide. Une nouvelle fois, les français·e·s vont serrer les dents et la ceinture, et traverser ce désert avec l'esprit de responsabilité et de solidarité qui a été le leur depuis mars dernier. Une nouvelle fois, le personnel de santé, dont les revendications pour un meilleur salaire et de nouveaux effectifs ne sont toujours pas entendues, seront en première ligne, avec les enseignant·e·s, les assistant·e·s sociaux et le personnel d'entretien. Il est temps que notre pays reconnaisse le travail et la grande valeur de celles et ceux qui le maintiennent debout dans les heures les plus sombres.
Quelques jours seulement après l'assassinat effroyable de Samuel Paty, un nouvel attentat, semble-t-il terroriste, a lieu ce matin à l'église Notre-Dame de Nice. Une nouvelle décapitation. Comme nous l'avons toujours fait, nous allons devoir garder la tête froide, exiger que justice soit rendue contre ces meurtriers, et rappeler que ni les étranger·e·s ni l'écrasante majorité des musulman·ne·s de ce pays ne sont responsables de ces actes ignobles. Nous savons que la France soutient financièrement des puissances telles que l'Arabie Saoudite dans leurs stratégies d'influence. Nous savons d'où proviennent nombre de leurs armes. Cela doit cesser. Les hyènes réactionnaires et l'extrême-droite ne peuvent continuer de récupérer de telles atrocités pour en faire un réquisitoire contre nos concitoyen·ne·s innocent·e·s.
La liste serait longue, si l'on revenait sur chaque coup de massue reçu ces dernières semaines. Il est difficile de rester lucide, face à ces événements qui bouleversent violemment nos émotions, dans le contexte déjà épuisant de la Covid. En tant qu'étudiante de 22 ans, je mesure quotidiennement les efforts immenses concédés par ma génération et les plus jeunes, qui continuent de se construire dans ces circonstances. A l'université, le passage de l'intégralité des enseignements en distanciel remet en question les principes les plus fondamentaux de nos cours : l'échange, le débat, les rencontres, les révisions collectives, les encouragements mutuels... La fracture numérique, le manque d'espace et de calme pour travailler, l'isolement, sont des problèmes graves dont il a été question durant le dernier confinement. Le gouvernement ne peut pas continuer, comme il prévoit de le faire, d'ignorer la réalité de notre travail. Comme la dernière fois, rien n'est prévu à l'échelle du pays pour lutter contre les lacunes et les dépressions. Il revient à chaque enseignant·e, par ailleurs déjà bien occupé·e à gérer son propre travail et ses propres recherches, de limiter les dégâts pédagogiques et psychologiques. Pour les en remercier, le gouvernement faisait passer cette nuit des articles de la LPR qui attaquent gravement le travail des enseignant·e·s et la démocratie à l'université...
Dans ce clair-obscur, la flamme de la transformation sociale peut vaciller, ou éclairer à nouveau la voie vers des lendemains meilleurs. Partout où nous sommes, continuons d'en montrer les étincelles, de faire vivre les valeurs humaines et solidaires, d'encourager nos ami·e·s, collègues, camarades de rejoindre la bataille pour changer le monde. Ce week-end, lors de la Conférence nationale de l'UEC, j'ai eu la joie et l'honneur de rencontrer une centaine d'étudiant·e·s qui portent au cœur la même soif d'éclairer l'avenir, ensemble. Face aux conditions nouvelles d'enseignement qui s'annoncent, les idées fusent : révisions solidaires en ligne, chaînes de solidarité dans le travail quotidien, échanges de travaux, apéros de promo confinés... Sans oublier la mobilisation pour un revenu étudiant, qui prendra de nouvelles formes pour convaincre toujours plus d'étudiant·e·s de se joindre à la bataille, d'apporter leurs témoignages et de partager la pétition autour d'elles et eux.
C'est dans ces moments que nous nous rendons compte que rien n'est plus précieux que les organisations communistes, pour nous rassembler dans l'action politique. J'ai confiance en la capacité de ces nouvelles générations de militant·e·s de faire briller plus vivement que jamais, avec celles et ceux qui les ont précédé·e·s, le chemin du communisme.
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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 08:08
Le Monde, 27 octobre
 
Collectif
Dans une tribune au « Monde », trois intellectuels démocrates et laïques syriens et libanais analysent la crise de l’islam, soulignant les deux faces de la question : d’un côté, le nihilisme djihadiste ; et de l’autre, la haine des musulmans sans distinction.
 
 
Tribune.
L’assassinat de Samuel Paty est venu s’ajouter à une série de crimes terroristes commis par de jeunes musulmans français ou résidant en France. Par son horreur et sa sinistre symbolique, ce meurtre a exacerbé les passions et rendu presque impossible de débattre sereinement de tout ce qui a trait à l’islam et aux musulmans.
C’est ce qui nous incite, comme intellectuels démocrates et laïques et comme héritiers d’une culture plurielle marquée par l’islam, à affirmer que le débat est plus que jamais nécessaire pour échapper au piège que nous tendent les Anzorov.
Ce qu’ils cherchent, ainsi que leurs instigateurs et tous ceux qui justifient leur folie meurtrière, c’est justement à élargir davantage le fossé entre les musulmans et le reste de l’humanité. Et il ne manque pas en Occident de gens qui se plaisent à jouer le même jeu et aimeraient vivre dans des citadelles fortifiées, indifférents à tout ce qui se passe alentour.
La haine du monde, des valeurs de justice, de liberté et d’égalité ne cesse de se répandre dans des milieux musulmans, mais ailleurs aussi, en Europe et aux Etats-Unis, comme en Russie, en Inde, en Chine ou au Brésil. Cela au moment où seule l’éclosion d’une société mondiale solidaire serait à même d’apporter des solutions aux grands problèmes de notre époque, qu’il s’agisse de l’environnement, du réchauffement climatique, des épidémies, des famines ou des migrations.
Aux origines du djihadisme
Le monde d’aujourd’hui, dans sa diversité et son unité, est en crise. Rien ne relie plus ses composantes les unes aux autres. Les musulmans et leur religion en font partie, qu’ils le veuillent ou non. Et Emmanuel Macron n’avait pas tort de dire que l’islam est en crise. Beaucoup d’intellectuels du monde musulman, croyants ou non, le répètent depuis des décennies, et avec des mots plus durs que les siens.
Il n’a rien dit, en revanche, de l’autre crise qui affecte notre monde et qui aggrave celle qui est propre à l’islam. Ni évoqué le fait que la crise de l’islam, qui se manifeste en particulier par la montée en son sein du djihadisme nihiliste, s’envenime au fur et à mesure que se renforcent, en Occident et ailleurs, la xénophobie et le racisme.
La profession même de Samuel Paty, qui enseignait l’histoire, devrait faire réfléchir sur les origines de ce djihadisme. Celui-ci a fait son irruption au début des années 1980 en Afghanistan, quand les Américains se sont employés à faire de ce pays, occupé par l’Union soviétique, une sorte de « Vietnam islamique » qui vengerait le leur. En connivence avec les services pakistanais et avec l’apport en dollars et en prosélytisme wahhabite de l’Arabie saoudite, ils ont mobilisé des milliers de jeunes, les ont entraînés et lancés sur le terrain. C’était en même temps l’époque où la République islamique d’Iran, née de la révolution de 1979, commençait à exporter son idéologie vers les pays voisins, ciblant les minorités chiites, qui se sentaient brimées. En guerre ouverte ou larvée avec ses adversaires, elle a ainsi promu, parallèlement au néosalafisme sunnite, un islamisme chiite aussi radical.
En 2003, l’invasion américaine de l’Irak sous des prétextes fallacieux a offert au djihadisme ambulant un terrain fertile, ce pays étant déjà ravagé, dans ses infrastructures comme dans son tissu social, par le despotisme de Saddam Hussein et ses interminables guerres. A quoi s’est ajoutée, depuis 2011, la destruction de la société syrienne par le régime de Bachar Al-Assad et ses protecteurs iranien et russe. Et c’est sur les décombres de ces deux pays, l’Irak et la Syrie, que Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique] a fondé son internationale du crime.
Le nihilisme djihadiste prospère quand se ferment les systèmes politiques dans les pays à majorité musulmane, quand leur destin leur échappe. Si la religion, selon le jeune Marx, est l’âme d’un monde sans âme, elle est, en « terre d’islam », la politique d’un monde sans politique. La privation de politique va de pair avec le nihilisme. En revanche, la participation des citoyens au gouvernement de la cité les immunise contre lui.
Le « terrorisme islamiste », mal absolu
Depuis les années 1990, puis à la suite des attaques du 11 septembre 2001, les puissances occidentales ont désigné le « terrorisme islamiste » comme le mal absolu. Ce qui ne l’a pas endigué, mais les a amenées à aborder les problèmes du monde musulman sous l’angle sécuritaire et à pactiser avec des régimes infâmes.
Deux décennies plus tard, le monde est devenu moins sûr, les haines se sont enracinées, et les grands criminels continuent de jouir d’une confortable impunité. Nul tribunal n’a rendu justice aux victimes musulmanes du terrorisme et de l’antiterrorisme. Et seules les victimes non musulmanes suscitent de la compassion et méritent d’être vengées.
« Il n’y a plus de criminels tant qu’ils se rangent sous la bannière de la guerre contre le terrorisme, et tant qu’il n’est de terrorisme que le terrorisme islamiste »
A quoi, donc, a servi cette guerre contre le terrorisme, sinon à blanchir les terroristes qui s’y sont engagés : l’Etat de Bachar Al-Assad en Syrie, celui de Sissi en Egypte, le régime génocidaire des Rohingyas au Myanmar ? Elle a conforté le gouvernement de Modi en Inde, coupable pourtant d’une flagrante discrimination envers la population musulmane. Elle n’inquiète nullement les autorités chinoises, qui ont enfermé un million d’Ouïgours dans des camps de « dressage ». Et elle est régulièrement invoquée par Israël pour légitimer la colonisation et l’apartheid. Il n’y a plus de criminels tant qu’ils se rangent sous cette bannière, et tant qu’il n’est de terrorisme que le terrorisme islamiste.
Nous ne cesserons de le répéter : la question musulmane a deux faces. D’un côté le nihilisme djihadiste, et de l’autre la haine des musulmans sans distinction. Ne voir que l’une ou l’autre nous promet un sombre avenir. L’islamophobie, qui prolonge une histoire de conquêtes coloniales, alimente l’islamisme le plus radical. Inversement, cet islamisme-là ne fait qu’attiser la haine des musulmans. Il ne prospère que dans les ambiances morbides.
Il est encore temps de poser la question musulmane à la fois dans sa spécificité et dans sa relation à notre monde déboussolé. Nous ne voulons pas jouer les Cassandre, mais ce que nous voyons nous fait craindre le pire. Et le pire n’annonce jamais l’heure de son arrivée.
 
Yassin Al-Haj Saleh, écrivain syrien et ancien prisonnier politique, est l’auteur de « La Question syrienne » (Actes Sud, 2016).
Ziad Majed, politiste franco-libanais, est l’auteur (avec Subhi Hadidi et Farouk Mardam-Bey) de « Dans la tête de Bachar Al-Assad » (Actes Sud, 2018).
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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 08:01

Effondré, bouleversé après ce nouvel acte terroriste à Nice où trois personnes ont laissé la vie. Toutes mes pensées les plus chaleureuses aux familles des victimes. J'adresse aussi toute mon amitié et ma solidarité aux catholiques de notre pays, endeuillés aujourd'hui. Je pense à ceux de ma circonscription, de St Amand, à mon ami l'abbé Bocquet, à Monseigneur Dollmann. Je pense aussi à mes amis musulmans, juifs et non-croyants qui voient partout la haine grandir. Je pense aux enseignants encore endeuillé.es. La situation est grave. Le terrorisme islamiste doit être combattu fermement. Ils combattent les valeurs de notre république laïque. Ils veulent une nouvelle guerre des religions et diviser notre pays. Ne cédons pas.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF 

Attentat de Nice. Le cauchemar continue.

... Et l'on rêve d'une gomme à effacer la bêtise et la méchanceté humaine. On pense très fort aux victimes et aux témoins de ce nouveau massacre perpétré par les islamistes djihadistes sur notre territoire dans une ville déjà traumatisée par l'attaque de la promenade des Anglais. On pense aux chrétiens déjà durement touchés par l'assassinat du père Hamel dans son église de Saint-Etienne-de-Rouvray, la commune d'Hubert Wulfranc, en 2016. On pense aussi aux musulmans français qui pour l'immense majorité d'entre eux sont révoltés par ces violences barbares et souffrent qu'elles puissent être commises par des fanatiques au nom de l'Islam. Pas de mot pour dire notre tristesse, notre inquiétude et notre colère face à cette violence barbare déclenchée contre des civils pour créer une situation d'exacerbation des tensions et des haines dans notre pays. La meilleure manière de résister: combattre le projet politique totalitaire et violent des islamistes, se garder de tout amalgame et raccourcis xénophobes, incarner dans la réalité quotidienne de notre pays les valeurs républicaines qui garantissent la cohésion de notre nation. Et il y a du boulot tant les inégalités sociales, territoriales, les ghettos pour le gotha et pour les gueux, le mépris de la France d'en haut pour celle d'en bas se sont affermis depuis des années!

Ismaël Dupont, secrétaire départemental PCF Finistère

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