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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 10:59

A l'occasion du centenaire du PCF, Fabien Roussel était l'invité des 4 vérités sur France 2 ce mardi 29 décembre.

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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 20:21
Texte intégral de l'interview avec le philosophe Etienne Balibar à retrouver dans le Hors-série " Besoin de communisme ", l'Humanité 8,90 euros

Texte intégral de l'interview avec le philosophe Etienne Balibar à retrouver dans le Hors-série " Besoin de communisme ", l'Humanité 8,90 euros

« L’urgence des alternatives au capitalisme catastrophe » pointe le philosophe Étienne Balibar
Mercredi 30 Décembre 2020 -L'Humanité

Extrait de l’entretien publié dans le hors-série « Besoin de communisme » avec Étienne Balibar, professeur associé à l’université Columbia et à l’université Kingston de Londres.

 

L’ancien élève d’Althusser, professeur émérite de l’université Paris-Nanterre, estime qu’il est nécessaire de repenser l’engagement révolutionnaire à la hauteur des questionnements de notre temps. Autour du thème de l’« insurrection », il souligne la vitalité des alternatives à la « catastrophe » en cours afin d’entrer dans le post-capitalisme. (…)

La crise sanitaire que nous sommes en train de vivre est venue se surajouter à la crise environnementale et à la crise économique et sociale. En quoi le « capitalisme absolu » nous ­mène-t-il vers une catastrophe ?

Étienne Balibar Le terme de crise est problématique, parce qu’il se décline sur plusieurs registres, politique, économique et social, moral ou civilisationnel, qui ne vont pas automatiquement de pair. Son application dépend du point de vue (en particulier de classe) auquel on se place. La crise des uns n’est pas automatiquement celle des autres. Pendant plus d’un siècle, les marxistes, imbus d’une conception déterministe de l’économie et de l’histoire, ont cru qu’une crise générale du capitalisme ouvrait la voie à la transformation de la société, pourvu qu’une force politique dotée de « conscience » sache s’en saisir. Marx a écrit que « l’humanité ne se pose que des problèmes qu’elle peut ­résoudre ». Rien n’est moins sûr, hélas. Déjà Gramsci avait noté que les institutions du passé peuvent être en voie d’écroulement, sans que pour autant les conditions d’une relève salvatrice soient données.

Nous prenons conscience du fait qu’il existe un capitalisme « extractif » qui se nourrit des formes mêmes de sa crise, dans une permanente fuite en avant facilitée par des innovations financières. C’est un des sens qu’on peut attacher à l’expression de « capitalisme absolu ». L’autre sens, c’est que ce capitalisme a « marchandisé » tous les aspects de l’existence, non seulement la production, mais la reproduction de la vie, la recherche scientifique, l’éducation, l’art, l’amour… Dès lors, il ne se maintient qu’au prix d’un contrôle politique et idéologique de chaque instant, ce qui veut dire aussi une très grande violence et une très grande instabilité. Mais la catastrophe, c’est encore autre chose.

C’est-à-dire ?

Étienne Balibar Je n’aime pas les discours apocalyptiques, mais je pense qu’il faut cesser de parler au futur des effets du réchauffement, de la pollution ou de la destruction de la biodiversité (dont le Covid-19 semblerait être une conséquence directe), comme s’il s’agissait d’une « catastrophe imminente » que nous aurions les moyens de « conjurer » (Lénine). Il faut en parler au présent, puisque nous sommes dedans, irréversiblement. Notre problème n’est plus de revenir à la vie d’autrefois dans le monde d’autrefois, mais de faire surgir des alternatives, dont certaines sont plus vivables et plus équitables que d’autres. Car, naturellement, la catastrophe n’affecte pas tout le monde de la même façon… Socialisme et communisme sont des termes hérités de l’histoire, dont nous avons à nous demander comment ils permettent d’affronter à la fois la violence du capitalisme absolu et les conséquences de la catastrophe environnementale, qui, bien entendu, ne sont pas séparables (…).

Mais, au bout du compte, vous n’avez pas bien précisé quelle était votre conception du communisme, ou vous en êtes resté à l’idée d’une « subjectivité collective agissante », sans lui donner un sens. Les lecteurs risquent d’être déçus… Alors, qu’en est-il ?

Étienne Balibar C’est qu’il fallait d’abord tenter de débrouiller la question du « post » dans le post-capitalisme, d’expliquer pourquoi il est urgent, dans un contexte de catastrophe, de lui opposer des alternatives radicales, tout en sachant qu’on n’en aura pas fini avec lui dans un avenir prévisible. Cela veut dire en particulier que je ne crois pas que le communisme désigne un « mode de production » comme un stade de l’histoire de l’humanité. Je crois que le communisme est une praxis et un mode de vie. Il nomme le fait que les individus se battent pour surmonter l’« individualisme », la façon dont la société bourgeoise les oppose les uns aux autres dans une concurrence féroce qui traverse tous les rapports sociaux, depuis le travail jusqu’à l’éducation et la sexualité. Mais, ce point est décisif, ils se battent sans dissoudre pour autant leur subjectivité dans une identité ou dans une appartenance communautaire donnée, qu’elle soit de type ethnique, religieux ou même politique. Marx est proche de cette idée dans ses textes de jeunesse, à peu près contemporains des Thèses sur Feuerbach. On voit bien qu’elle désigne plutôt un problème qu’une ­solution, car il s’agit d’une sorte de cercle carré, ou d’une unité de contraires. Et c’est ce qui en réalité fait sa force.

Icon QuoteIl ne peut pas y avoir de transformation du monde que sur la base d'un "devenir autre" de ce monde.

On peut entendre ainsi en particulier la fameuse phrase de l’Idéologie allemande qui « définit » le ­communisme comme « le mouvement réel qui abolit l’état de choses existant ». Les déterminations qu’il a ajoutées ensuite, qu’il s’agisse de substituer le « commun » à la propriété privée, d’étendre la démocratie au-delà des formes bourgeoises de la délégation de pouvoir, de ­surmonter la division du travail manuel et intellectuel, enfin et surtout de promouvoir l’internationalisme (et donc l’antimilitarisme et l’antiracisme), ont à la fois pour effet de traduire l’idée du communisme en objectifs politiques et de lui conférer une signification anthropologique, c’est-à-dire de l’étayer sur tous les rapports qui unissent les humains entre eux, mais aussi les répartissent en « maîtres » et « esclaves ».

Et, de ce point de vue, la liste est ouverte. Le mouvement des femmes, le post-colonialisme et le décolonialisme, l’écologie politique avec leurs diverses « intersections » ont ajouté des dimensions à la question que posait Marx, tout en créant des difficultés pour une anthropologie qui était essentiellement, sinon uniquement, centrée sur l’homme en tant que « producteur ». Voilà ce que j’ai à l’esprit quand je parle de « subjectivité collective agissante », réfléchissant au présent sur les conditions de son action. C’est pourquoi j’ai toujours tenté de substituer à la question « Qu’est-ce que le communisme ? », qui est une question abstraite et métaphysique, la question « Qui sont les communistes ? », et mieux encore : « Que faisons-nous, les communistes, quand nous nous battons pour changer la vie ? »

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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 20:07
Ian Brossat au meeting de Rennes des Européennes - Photo France Chapa

Ian Brossat au meeting de Rennes des Européennes - Photo France Chapa

Pour Ian Brossat, le communisme reste « un projet qui répond aux aspirations de la jeunesse »
Mercredi 30 Décembre 2020 - L'Humanité

L’élu communiste estime que malgré les contradictions dans l’opinion soulevées dans notre sondage, de nouveaux horizons s’ouvrent pour son parti. Entretien.

Si la perception du terme reste majoritairement négative, les valeurs du communisme sont jugées très positivement par les jeunes. Quel regard portez-vous sur cette contradiction ?

Ian Brossat Nous sommes loin des années du libéralisme triomphant. La jeunesse est en quête d’un horizon différent, qu’elle n’appelle pas « communisme », mais les valeurs auxquelles elle adhère sont celles que les communistes défendent. Cela ouvre des horizons pour les communistes à condition d’expliquer ce que nous entendons par là et de montrer en quoi notre projet répond aux aspirations de la jeunesse. Regardons la société telle qu’elle est : l’inégale répartition des richesses plonge 10 millions de personnes dans la pauvreté. Les jeunes sont les plus exposés. Dans le même temps, 1 % des ménages les plus riches possèdent 25 % du patrimoine français. Cette situation appelle un tout autre partage des richesses qui permette à chacun de vivre dignement de son travail. Autre contradiction : le niveau de formation n’a cessé de progresser ces dernières années. Mais les Français et notamment les salariés dans leur entreprise sont dépossédés de leurs propres vies, condamnés à subir des choix auxquels ils ne sont pas associés. Le communisme, c’est la réponse à cette contradiction car il promeut une nouvelle ère démocratique de partage des avoirs, des savoirs et des pouvoirs.

Le rassemblement de la gauche peut-il favoriser l’implication populaire aujourd’hui ?

Ian Brossat Il ne suffit pas d’en appeler au rassemblement de la gauche. C’est une condition nécessaire à la victoire, mais pas suffisante. Selon les enquêtes d’opinion, la gauche rassemblée, c’est un électeur sur trois. Or, le nombre d’hommes et de femmes qui auraient intérêt au changement est bien supérieur. Notre ambition doit être d’unir ceux qui ont un intérêt au changement, de créer cette conscience de classe qui les rassemblerait. Le monde du travail s’abstient pour une bonne part, et se tourne vers l’extrême droite pour une autre part. Nous avons donc un immense travail de reconquête à engager. Le meilleur remède à l’extrême droite, qui instille le venin de la division, c’est la conscience de classe.

Les élus communistes locaux peuvent-ils encore être un rouage de la transformation du système ?

Ian Brossat Le PCF bénéficie d’un ancrage territorial extraordinaire, fruit du travail de ses militants et de ses élus. Et c’est ce qui fait que nous sommes toujours là. Malgré les restrictions budgétaires qui pèsent sur les collectivités, les élus communistes jouent un rôle fondamental. Un exemple, parmi tant d’autres : les centres de santé, qui sont une des marques de fabrique du communisme municipal. Il y a quelques années, on nous disait que c’était dépassé. Avec la pandémie, qui dirait cela ?

La question écologique est devenue une préoccupation majeure. Le PCF a-t-il été au bout de sa révolution verte ?

Ian Brossat Le PCF est profondément écologiste, mais il doit avoir sa contribution propre à ce débat. Il ne s’agit pas de s’aligner sur les positions des autres, d’autant que ce qui prédomine aujourd’hui, c’est le capitalisme vert. Cette écologie-là est injuste et inefficace. Un écolo capitaliste, c’est comme un lion végétarien, ça n’existe pas. Avec le capitalisme vert, ce sont les plus riches qui polluent, et les plus modestes qui paient. Ils sont même soumis à une double peine : ils subissent la pollution, et on leur demande de payer l’addition. On l’a vu avec la taxe carbone. Une écologie conséquente s’appuie forcément sur un dépassement du capitalisme.

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30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 19:25
Interview de Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste, député, dans le Télégramme du 30 décembre 2020

Le PCF a 100 ans : trois questions à son secrétaire général, Fabien Roussel

Le communisme est « plus que jamais d’actualité face aux crises » sanitaire, économique et sociale, affirme le secrétaire général du PCF Fabien Roussel qui n’écarte pas une candidature communiste en 2022, dans un entretien pour le 100e anniversaire de son parti.

Que signifie être communiste aujourd’hui ?


« L’idée communiste est plus que jamais d’actualité, face à la crise sanitaire, au chômage et à la pauvreté. La pandémie et les crises économique et sociale qu’elle va amplifier révèlent l’incapacité du capitalisme à apporter une réponse aux besoins des citoyens. Nous avons plus que jamais besoin d’un nouveau modèle qui mette l’être humain au centre de l’action politique et en finisse avec les logiques financières, pour construire un idéal de paix et de fraternité. Les raisons pour lesquelles le PCF est faible aujourd’hui, c’est que nos adversaires - le monde de la finance, le monde économique - ont été meilleurs que nous dans la lutte des classes qu’ils mènent à l’échelle du monde. Ils ont gagné quelques batailles, le monde ouvrier en a perdu, la lucidité pour le Parti communiste est de l’admettre. Mais le capitalisme a montré ses limites alors que le communisme est encore plein de potentiel. Nous avons 100 ans d’avenir devant nous ».


Le capitalisme a survécu à toutes les crises en sachant se transformer. Est-ce que le communisme sait lui aussi se transformer et se réinventer pour s’adapter aux exigences du XXIe siècle ?


« Le PCF était déjà présent sur la question climatique aux élections européennes de 1989. L’urgence sociale et l’urgence écologique sont les deux défis auxquels nous voulons répondre. Nous devons lier ces deux défis. Un Français sur sept vit en dessous du seuil de pauvreté. Avec la crise sanitaire, le nombre de pauvres va encore augmenter, l’enquête de l’Insee nous le dira. Aujourd’hui, la pandémie sert de camouflage, elle est le prétexte à un vaste mouvement de désindustrialisation avec son cortège de licenciements, ce qui entraîne une colère dans le pays qu’on a du mal à imaginer. On ne répondra pas aux enjeux écologiques et sociaux en restant dans le système actuel. Le capitalisme est générateur de catastrophes sanitaires et climatiques qui seront toujours plus importantes dans les années qui viennent. C’est pour cela que nous voulons inventer un nouveau modèle de société, faire une révolution démocratique, sociale, écologique ».

Au fond, qu’est-ce qui vous distingue des autres partis de gauche, PS ou LFI, et, dans cette optique, quelle sera votre position pour la présidentielle de 2022 ?


« Ce qui nous distingue des socialistes et des insoumis, c’est que nous, on veut une révolution démocratique, pour se réapproprier les niveaux de décision et donner le pouvoir au monde du travail dans les entreprises. On veut que le politique décide, non l’économique. Les grandes lois sociales du XXe siècle n’ont pas pu se faire sans nous. Quand le PCF est faible, les conquêtes sociales se font rares. Donc, il faut reconstruire l’influence du PCF et reconquérir le cœur du monde du travail. En 2012 et en 2017, on a soutenu la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Pour 2022, nous tiendrons une conférence nationale, les 10 et 11 avril, au cours de laquelle les délégués se prononceront sur le projet du parti et diront si, oui ou non, ce projet doit être porté à la présidentielle par un communiste ou quelqu’un d’autre. Ensuite, d’ici au 9 mai, nos quelque 50 000 adhérents trancheront. Le choix que nous ferons au printemps aura été soupesé, il sera conduit jusqu’au bout ».

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28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 13:33
Photo Gladys Grelaud

Photo Gladys Grelaud

ll paraîtrait qu'il existe un spécialiste du communisme dans le Finistère.

Le saviez-vous, c'est Bernard Poignant, ancien maire de Quimper, proche de Jacques Delors, de Jean-Yves Le Drian, de Dominique Strauss-Kahn et de François Hollande, soit de l'aile droite du Parti socialiste qui depuis 50 ans cherche à acculturer les pratiques du pouvoir des socialistes pour les rendre compatibles avec les intérêts de la finance, l'Europe de l'austérité, et le réalisme économique néo-libéral. Et qui a imposé Maastricht et le Traité de Lisbonne au peuple français pour plier la politique aux sacro-saintes exigences des marchés financiers et des banques.

C'est en tout cas à l'ex-maire de Quimper, ancien député PS du Finistère, ancien ministre, ancien conseiller général, régional, européen, conseiller de François Hollande en 2017 qui a soutenu Emmanuel Macron en 2017 que le Télégramme a donné la parole sur une moitié de page de tribune politique le mardi 22 décembre.

Pour parler des 100 ans du Parti communiste et du Congrès de Tours de décembre 1920, il n'y avait certainement pas de voix plus indiquée et d'avis plus compétent!

Bernard Poignant est certes historien de formation, comme un certain Jean-Yves Le Drian qui, avec lui, a contribué à créer le macronisme, nouvelle synthèse politique néo-libérale autoritaire réalisant superficiellement un rêve de dépassement du clivage droite-gauche, mais comme lui, il est emblématique de cette tradition bretonne du PS issue du catholicisme et de la petite bourgeoisie, qui a toujours été viscéralement anti-communiste, hostile au marxisme, à l'intérieur même de la mouvance socialiste, favorable à un Bad Godesberg du PS à l'instar du SPD résolument social-démocrate et favorable à l'économie de marché libérale.

Dans sa tribune, Bernard Poignant énonce un certain nombre de faits historiques incontestables sur le contexte du Congrès de Tours, sur les causes de la scission, et sur les conséquences du recul du Parti communiste et la disparition de l'URSS dans le triomphe du capitalisme financier et de son cortège d'inégalités.

Dire en versant quelques larmes de crocodile que le "capitalisme n'a plus d'adversaire" est néanmoins faux, d'abord parce que les communistes et les idées communistes, qui ne sont d'ailleurs pas l'apanage du seul PCF, loin s'en faut, n'ont pas disparu, ni en France, ni dans le monde - même si le rapport de force est certes très dégradé et dissymétrique.

Il existe aujourd'hui des manières multiformes, plus ou moins novatrices, de combattre le système capitaliste et de penser son dépassement et d'y travailler, la dimension pathogène et anti-démocratique de celui-ci étant d'ailleurs assez largement reconnue, avec le scandale moral des inégalités de plus en plus énormes qu'il génère, quand vingt milliardaires possèdent autant de richesses que la moitié de l'Humanité et que la pauvreté progresse dans de nombreux pays du sud comme dans les pays riches là où quelques profiteurs de guerre économique ne cessent de s'enrichir, et avec les nouveaux enjeux de la crise écologique, de plus en plus universellement perçus.

Le communisme est mort, dit-il, et pourtant le Parti communiste compte aujourd'hui plus d'adhérents que le Parti socialiste, qui a finalement subi que le contrecoup de ses compromissions et de ses abandons.

Notre déclin date de plus loin des années 1980, et le PS et ses expériences du pouvoir, notamment le tournant de la rigueur, y ont amplement contribué dans un contexte de rivalité et de volonté d'affaiblissement du courant communiste assumée par Mitterrand notamment, mais aussi par les rocardiens ou trans-courants.

Plus récemment, encore qu'il y a eu des étapes depuis le début des années 80 et une montée crescendo de la déception, marquée parallèlement par l'augmentation de l'influence du FN, puis du Rassemblement National, ce sont les politiques de trahison des promesses et des valeurs de gauche et des attentes populaires qui sont responsables du récent déclin de l'influence électorale nationale du Parti socialiste, ainsi que le choix de beaucoup de cadres de soutenir un homme de droite en la personne d'Emmanuel Macron. Nous avons des responsabilités dans notre affaiblissement, nous les communistes, sur le plan national comme international, c'est une évidence, mais nous n'étions pas non plus les seuls en piste et il y avait des adversaires puissants, à commencer par la classe capitaliste et ses alliés ou serviteurs, en politique ou dans les médias.   

Ce qui nous semble le plus contestable dans l'argumentation de Bernard Poignant, c'est l'équivalence facile et rebattue qu'il pose entre communisme et totalitarisme, ou dictature: "le plus gros reproche à faire au communisme, c'est d'avoir échoué dans ses intentions généreuses et réussi dans sa pratique totalitaire", écrit-il en conclusion de son article.

On le sait, les idées communistes ont, dans des contextes post-révolutionnaires et de guerre civile, souvent servi à cautionner des pratiques dictatoriales et parfois des entreprises politiques criminelles qui étaient une caricature des idées marxistes et communistes, et de notre projet de société qui vise à amplifier et à égalité les libertés et à développer les potentialités humaines, pas à transformer la société en caserne ou en camp de redressement. Mais dire tout simplement que les communistes ont échoué, c'est vite dit, et c'est méconnaître l'apport des communistes à la société française, très profond, ce que nos adversaires idéologiques, les ultra-libéraux français ou américains, savent d'ailleurs reconnaître ... pour le déplorer bien sûr.

Front populaire, résistance, conseil national de la Résistance, conquêtes sociales de 1968 et 1981, rien de tout cela n'aurait été possible sans les communistes...

Congés payés, réduction du temps de travail, droit syndical, élévation du niveau de vie des travailleurs, grands services publics, Sécurité sociale, retraites solidaires, accès aux loisirs, au sport et à la culture pour tous, droit de vote des femmes, combat contre le racisme et le fascisme, contre le colonialisme et l'impérialisme, les régimes d'apartheid, notamment en Afrique du Sud, autant de combats qui ont pu être victorieux au XXe siècle grâce au volontarisme, aux idéaux et à la force d'organisation des communistes, à leurs belles idées d'émancipation du monde du travail et d'égalité humaine.

Nous ne l'avons pas fait seuls, mais dans des contextes où l'influence acquise par les communistes et de leurs exigences sociales pesaient lourd.

Les périodes où les communistes ont été en mesure de faire gagner, par leur pratique du rassemblement, les idées de gauche et sociales en France ont été des grandes périodes de progrès civilisationnel et culturel en France. 

Les dérives dictatoriales des partis communistes au pouvoir en URSS, en Europe de l'est et en Asie, qui doivent aussi s'analyser à l'aune d'un contexte d'adversité et de guerre, ne sont pas le seul bilan du communisme, ne doivent pas non plus minimiser d'autres conquêtes incontestables de ces révolutions, et ne résument pas l'essence du projet communiste, qui n'a été appliqué que très imparfaitement au XXe siècle, dans des conditions historiques particulières marquées par l'affrontement des blocs. L'idée révolutionnaire ne saurait être en soi invalidée par des expériences tyranniques ou bureaucratiques, ni par l'échec final de certaines révolutions.

Il faudrait aussi bien sûr en miroir évoquer les crimes du capitalisme et des forces internationales qui ont servi son hégémonie, en premier lieu l'impérialisme américain à l’œuvre dans les violences contre les progressistes d'Amérique Latine, qui s'est appuyée sur les islamistes dans le monde arabe et en Orient pour mieux terrasser "l'hydre communiste": des dictature acquises aux intérêts américains, des guerres coloniales, un monde où le problème de la faim, de l'accès aux droits les plus élémentaires toujours refusé à une grande partie de l'humanité, sont persistants, pour complaire aux intérêts de quelques milliardaires et de quelques multinationales toute puissantes.

On ne peut pas faire non plus comme si l'idéologie communiste n'avait pas eu tout au long de son histoire de puissants adversaires, ceux qui par exemple en France ont accéléré le processus d'intégration dans une Europe libérale minimisant la souveraineté des peuples, et lancé des programmes de privatisation et de reculs des droits sociaux, certains hommes politiques se réclamant de la gauche étant d'ailleurs très largement complices de ce mouvement.

Si l'idée communiste est ancienne, bien antérieure au congrès de Tours et au léninisme, trouvant racine aussi bien dans les utopies sociales d'un Thomas More, les promesses d'égalité républicaine des Lumières et de la Révolution Française, la Commune de Paris, dont on célèbrera les 150 ans cette année, elle n'est pas pour autant obsolète. Elle continue d'inspirer beaucoup de révoltés, de dominés, d'intellectuels critiques et de travailleurs en lutte, comme en témoignent aussi bien les grèves monstres de l'Inde actuelle, les mouvements populaires latino-américains, le regain des études marxistes aux États-Unis et en Europe. 

Le concept de fin de l'histoire est rudement éprouvé et démenti par les évènements historiques depuis 30 ans. L'histoire est marquée par des crises, des cycles, et des basculements, et n'est est loin d'être achevée.

Il serait absurde de penser que les peuples vont pouvoir accepter encore pendant des décennies sans broncher le joug de la domination de la classe capitaliste qui plonge l'ensemble des sociétés du monde dans la crise et un chaos menaçant la viabilité sur le long terme de ces sociétés, la fraternité, la paix et la planète.  Les hommes ont besoin de penser au-delà de cette réalité oligarchique et de construire les chemins de nouvelles formes d'émancipation humaine.

Dans cet effort de construction de nouveaux chemins révolutionnaires, les idées et expériences communistes, la pratique militante des communistes, resteront des références importantes pour nourrir l'espoir d'un monde plus humain.

Ismaël Dupont, secrétaire départemental du PCF dans le Finistère.  

 

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 18:23
Le CSE de Hop! s'oppose au plan de départs et se prépare à une bataille juridique (Ouest-France, 24 décembre 2020, avec AFP)

Ouest-France

Le CSE de Hop! s'oppose au plan de départs et se prépare à "une bataille juridique"

Modifié le avec AFP (AFP)

Le CSE de la compagnie aérienne Hop!, filiale d'Air France, s'est opposé dans la nuit de mercredi à jeudi au plan de départs prévoyant la suppression de 1.007 emplois, promettant "une grosse bataille juridique" si celui-ci est homologué, a appris l'AFP de sources syndicales.

Après quatre mois de négociations, le plan présenté en comité social et économique (CSE) de lundi à mercredi était "le même document que celui qu'on avait eu les 12 et 13 août", lors du dernier CSE de la compagnie de court-courrier, a regretté Joël Rondel, secrétaire CGT du comité.

La direction de Hop! envisage un plan de départs volontaires (PDV) - plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) qui pourrait mener à la suppression de 1.007 emplois dont 317 pilotes, 286 personnels navigants commerciaux et 404 personnels au sol, sur un effectif de 2.421 emplois en équivalent temps plein (ETP) à fin mai.

Les membres du CSE ont très majoritairement voté contre les deux volets du plan (sa justification économique et les mesures d'accompagnement proposées).

"On n'a pas rendu les armes", a ajouté Joël Rondel, qui s'attend à présent à ce que le plan de départs soit, malgré l'opposition du CSE dont l'avis n'est que consultatif, déposé pour homologation à la Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi). Si celle-ci homologue le PDV-PSE, que la direction compte ouvrir dès janvier 2021 et clore en octobre 2022, "ce sera une grosse bataille juridique devant le tribunal administratif", a-t-il prévenu.

Ce plan "va se faire dans le mépris du droit français", a ajouté Etienne Rossignol, membre UNAC (Union des navigants de l'aviation civile) du CSE.

L'une des dispositions les plus discutées est le sort réservé aux personnels navigants, qu'ils soient techniques (pilotes) ou commerciaux (stewards et hôtesses) souhaitant aller chez Air France: ils perdraient alors leur ancienneté et reviendraient au bas de l'échelle des salaires, avec une perte de revenu pouvant monter jusqu'à la moitié de celui-ci, ont dénoncé à l'AFP deux navigants membres du CSE. En cause, selon eux, le refus des pilotes d'Air France d'être mis en concurrence avec de nouveaux arrivants.

Sollicité par l'AFP, Air France n'a pas souhaité faire de commentaire.

Au total, 8.500 emplois en ETP doivent être supprimés d'ici 2022 au sein des compagnies Air France et Hop! dans le cadre du plan de transformation du groupe.

Sur le réseau court-courrier assuré par Hop!, le groupe Air France perdait environ 200 millions d'euros par an en 2019.

Le schéma de transformation d'Air France, lancé avant la crise du Covid-19 et accéléré avec l'effondrement du trafic dû à la pandémie, prévoit une "rationalisation du réseau et une montée en puissance de Transavia", la compagnie low-cost du groupe jusqu'ici positionnée sur le moyen-courrier, sur les liaisons intérieures.

https://www.ouest-france.fr/economie/le-cse-de-hop-s-oppose-au-plan-de-departs-et-se-prepare-a-une-bataille-juridique-7099684

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 18:06
Discours de Marie-Claude Vaillant Couturier après la Libération, résistance, déportée, députée communiste

Discours de Marie-Claude Vaillant Couturier après la Libération, résistance, déportée, députée communiste

Essor et déclin du communisme français

Il y a cent ans naissait un parti authentiquement populaire

Article Le Monde Diplomatique, décembre 2020

Dès qu’il vit le jour, en décembre 1920, le Parti communiste français revendiqua une place singulière dans le paysage politique hexagonal : celle de la seule formation populaire, dirigée par des gens du peuple pour servir les intérêts de celui-ci. À l’heure où le fossé entre classes dirigeantes et classes laborieuses paraît plus profond que jamais, son histoire est riche d’enseignements.

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 17:58
SNCF. L'honneur retrouvé du cheminot Jean-Michel Dieudonné
Jeudi 24 Décembre 2020

« Ils voulaient m’avoir depuis longtemps ! » Radié des cadres – autrement dit licencié – en juillet 2018, le cheminot de 55 ans, syndicaliste CGT à Nancy, vient de retrouver son honneur.

 

Jean-Michel Dieudonné respire enfin. « Je me sens mieux et ce poids que j’avais sur l’estomac a disparu », confie le cheminot. Après deux années de bataille, une récente ordonnance de la cour d’appel de Nancy lui a donné raison, obligeant la SNCF à le réintégrer. Radié des cadres – autrement dit licencié – en juillet 2018, le cheminot de 55 ans, syndicaliste CGT à Nancy, vient de retrouver son honneur.

L’affaire qui a fait basculer la carrière de Jean-Michel Dieudonné remonte à l’été 2018, quand, après une mobilisation pour soutenir un camarade menacé de sanction, il a tenté, en gare de l’Est, de faire échanger son billet de retour. Trouvant guichet fermé, le cheminot en appelle à la cadre d’astreinte. S’ensuit un échange vif et une plainte, déposée contre lui quelques jours plus tard, sans lui laisser l’opportunité de s’expliquer. Motif : « insultes, outrage et “geste inapproprié” ». En décembre 2018, Guillaume Pepy, alors président de la SNCF, confirme la sanction, et Jean-Michel Dieudonné perd son travail. « Ils vont devoir s’expliquer. Je ne vais pas m’arrêter là », promettait alors le cheminot aux vingt-huit années d’ancienneté.

Sa détermination, la mobilisation de son comité de soutien et de son syndicat ont fini par payer. « Ils voulaient m’avoir depuis longtemps ! » lance-t-il. Mais la fierté du combat remporté n’efface pas la blessure de l’injustice. « Je n’ai pas encore pris ma décision, je ne sais pas si je vais retourner à la SNCF », explique celui qui, depuis, a retrouvé du travail. L’entreprise, elle, dispose de deux mois pour se pourvoir en cassation.

SNCF. L'honneur retrouvé du cheminot Jean-Michel Dieudonné - Marion d'Allard - L'Humanité, 24 décembre 2020 - et communiqué du PCF
SNCF/Réintégration de Jean-Michel Dieudonné : une grande victoire pour le monde du travail et les libertés syndicales (PCF)

La chambre sociale de la Cour d'appel de Nancy a condamné le 17 décembre la SNCF à réintégrer Jean-Michel Dieudonné au sein de l'entreprise.
Cette décision réhabilite ainsi J.M. Dieudonné que la direction de l'entreprise publique avait décidé de licencier pour son action de syndicaliste CGT contre le démantèlement et la privatisation de la SNCF, organisé par le gouvernement.

C'est une grande victoire pour J.M. Dieudonné, pour sa famille et ses amis, et pour toutes celles et ceux qui se sont mobilisé.es pendant deux ans pour exiger justice et rétablir le militant syndical dans ses droits.
Aux côtés de la CGT, les communistes de Meurthe-et-Moselle et de la région Grand Est, dont Bora Yilmatz, secrétaire départemental, ont largement contribué à cette mobilisation.
Avec les députés LFI et PS de la région, nous avions reçu JM. Dieudonné et son comité de soutien à l'Assemblée nationale.
Cette belle victoire doit désormais donner confiance à toutes celles et ceux qui combattent les atteintes aux libertés syndicales et luttent contre les politiques ultra-libérales du gouvernement contre les entreprises et services publics notamment.
Alors que les coups portés au monde du travail redoublent en cette période, le PCF voit dans cette décision de justice un formidable encouragement à amplifier le combat pour défendre les conquis sociaux, les services publics et les droits des salarié.e.s et de leurs représentants syndicaux.

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 17:53
Pourquoi il y a toujours besoin de communisme. Le congrès de Tours, l’acte fondateur du PCF (Cédric Clérin, L'Humanité, 24 décembre 2020)
Pourquoi il y a toujours besoin de communisme. Le congrès de Tours, l’acte fondateur du PCF
Jeudi 24 Décembre 2020 - L'Humanité

Les crises qui agitent le monde réactualisent le besoin de communisme. Dans un hors-série spécial, « l’Humanité » défriche les chemins de l’avenir d’une idée. En 1920, au sortir de la guerre, le mouvement socialiste connaît de vifs débats. Le choix des délégués du congrès de Tours d’adhérer à l’Internationale communiste marquera l’histoire. Récit.

 

C’est un peu comme si la planète avait voulu rappeler l’urgence de rompre avec le système actuel. Un siècle après la révolution d’Octobre, qui a essaimé l’espoir révolutionnaire partout dans le monde, la crise écologique est venue s’ajouter à une crise sociale permanente à laquelle le capitalisme est incapable de répondre. Celle liée au Covid-19 ne faisant que le confirmer encore. Un constat qui amène un nouveau « besoin de communisme », comme l’affirme le hors-série publié par « l’Humanité » à l’occasion des 100 ans du congrès de Tours.

Une force agissante

« La banquise et les glaciers fondent, le climat s’emballe, les rivières et les océans sont souillés, des espèces vivantes sont épuisées et périssent, tandis que près d’un quart de l’humanité vit sans eau courante », décrit le philosophe Bernard Vasseur. Dans ce monde gouverné par « une finance agressive qui se gave de dividendes, ce qui conduit à la stagnation de l’investissement, au recul désastreux du travail et à la précarisation de la vie des salariés (…), l’humanité va dans le mur, et cela devient visible pour tous », conclut-il. Un appel à des changements profonds mais aussi un terreau idéal pour la montée des nationalismes, obscurantismes et réponses autoritaires. Après 100 ans, dont les 30 dernières années débarrassées de tout système concurrent, le capitalisme est (toujours) en échec.

« Le communisme est toujours à l’ordre du jour, parce que, sans lui comme force agissante, rien ne se passe », souligne le philosophe Étienne Balibar. Les jeunes aussi posent un regard critique sur le système qu’on leur vend pourtant comme indépassable. 58 % (1) des 18-30 ans jugent le capitalisme responsable du dérèglement climatique, l’une de leurs premières préoccupations. De même, pour 83 % d’entre eux, la lutte des classes est toujours une réalité. 78 % pensent que « des secteurs comme la santé, l’éducation ou le logement ne devraient pas être soumis à la concurrence et à la compétition économique » ou encore 75 %, que « les salariés, les travailleurs devraient pouvoir décider des choix de leur entreprise ». Des objectifs et des valeurs partagées avec les communistes. Pourtant, le terme « communisme » lui-même est jugé négativement par 65 % des jeunes. « Voici un mot qui porte indûment une lourde et négative charge historique. Un mot galvaudé, piétiné, détourné, dénaturé. Un mot “profession de foi” qu’il faudra pourtant bien défricher et repenser pour affronter les temps présents », souligne Patrick Le Hyaric, directeur de « l’Humanité ».

Un ensemble de combats

Pour Étienne Balibar, explorer de nouveaux chemins consiste à « travailler à un programme  “socialiste” pour l’humanité du XXIe siècle, dans lequel se rejoindraient des régulations économiques et environnementales planétaires, des insurrections populaires et des utopies concrètes, expérimentant à petite ou grande échelle de nouveaux modes de vie en commun », et de préciser : « L’insurrection est le terme clé dont tout dépend. S’il n’y a pas d’insurrection contre l’ordre existant, rien ne peut évoluer, sinon vers le pire. »

Selon Bernard Vasseur, le communisme, « ce n’est pas d’abord un résultat (une société), c’est l’ensemble des combats qui peuvent y mener ». Une définition comme un écho à la phrase de Marx, qui y voit « le mouvement réel qui abolit l’état de choses existant ».

Pour Étienne Balibar « les déterminations qu’il (Marx – NDLR) a ajoutées ensuite, qu’il s’agisse de substituer le commun à la propriété privée, d’étendre la démocratie au-delà des formes bourgeoises de la délégation de pouvoir, de surmonter la division du travail manuel et intellectuel, enfin et surtout de promouvoir l’internationalisme (donc l’antimilitarisme et l’antiracisme), ont à la fois pour effet de traduire l’idée du communisme en objectifs politiques et de lui conférer une signification anthropologique ».

L’ensemble de ces combats articule changement de mode de production et luttes émancipatrices contre le racisme ou le patriarcat. Ne pas omettre ces dernières, comme ça a pu être le cas par le passé, mais sans exonérer le système d’exploitation comme le font certaines critiques du libéralisme. « On le sait de source sûre, établir une redistribution étatique des richesses sans toucher à leur mode de production, c’est laisser en place ceux qui vont annuler vos efforts et revenir au pouvoir peu après » ! rappelle Bernard Vasseur.

des désirs populaires

Le siècle passé a déjà apporté des embryons de communisme « déjà là » : la Sécurité sociale, les formes de propriété alternatives (Scop…) ou encore des pratiques politiques locales comme la gestion publique de l’eau ou le développement des services publics. D’autres idées communistes émergent pour se débarrasser des affres du capitalisme : sécurité d’emploi et de formation pour en finir avec le chômage et la précarité, salaire à vie contre la marchandisation du travail ou encore sécurité sociale de l’alimentation.

Des réalisations possibles dans une République refondée : « Aujourd’hui encore, le principe d’égalité et le droit au bonheur concentrent une telle charge révolutionnaire qu’ils exaltent l’aspiration à l’universelle émancipation de toute l’humanité », rappelle l’historien Jean-Paul Scot. C’est naturellement que Fabien Roussel veut faire prospérer ce lien entre République et communisme. « Le peuple doit disposer de nouvelles institutions, d’une nouvelle République afin de prendre véritablement la main », propose l’actuel secrétaire national du PCF. Un parti qui, pour ses 100 ans, cherche le meilleur moyen d’incarner l’espoir révolutionnaire aux yeux du plus grand nombre. « Si le communisme a un avenir en tant que mouvement politique, c’est en s’inscrivant dans les espaces de vie, de travail des classes populaires et en s’opposant à la diversité des dominations », pense pour sa part le sociologue Julian Mischi. Le champ intellectuel et politique reste vaste pour faire avancer le mouvement communiste. « Quelles sont les conditions contemporaines de la lutte des classes ? Comment fédérer les forces sociales, porteuses de projets émancipateurs qui ne sont pas spontanément les mêmes ? Comment affronter la question de l’État sans être piégé par l’électoralisme à courte vue ? Comment réorganiser le travail et repenser une planification démocratique ? » s’interroge la philosophe Isabelle Garo. Pour Bernard Vasseur, « cela commence par s’employer à faire naître des désirs populaires d’émancipation, de maîtrise dans son travail, de liberté dans sa vie afin qu’il n’y ait plus à la “gagner” mais à la vivre pleinement ». Un début de réponse au « besoin de communisme ». Le regretté philosophe Lucien Sève, dont « l’Humanité » publie un texte inédit, parlait même d’« urgence de communisme ».

Le 25 décembre 1920, quand les délégués.du 18e congrès de la SFIO (parti socialiste) pénètrent dans la salle du Manège, à Tours, ils ont conscience que la décision de l’adhésion à l’Internationale communiste est jouée. Les fédérations départementales se sont prononcées massivement pour cette IIIe Internationale. Pourtant, l’intensité du moment se lit sur les rares photographies dont nous disposons encore (1). La séparation ne sera pas joyeuse, il est toujours difficile de rompre politiquement avec l’ami, le camarade avec lequel on a milité pendant des années. La fin de l’unité des socialistes, qui fut difficilement acquise en 1905, ne se fait pas sans conscience de la gravité du moment.

des voix contre la guerre

La décision majoritaire de Tours n’est pas un accident mais un événement, et, comme tout événement, ses causes sont à chercher dans le temps long de l’histoire du mouvement ouvrier français, du socialisme international et dans cette sorte d’accélération de l’histoire que furent la Première Guerre mondiale et les conséquences des révolutions russes de 1917. Comme tout événement, le congrès de Tours est inscrit dans une conjoncture, celle de l’après-guerre, de la vague révolutionnaire, de l’agitation sociale en Europe et de la recomposition des impérialismes. Comme tout événement, la décision de Tours n’avait rien d’inéluctable, il y avait d’autres possibles, ou n’aurait pu être comme dans d’autres pays que le fait d’une minorité. Mais là encore, comme pour tout événement, le rôle de femmes et d’hommes fut essentiel.

Après l’assassinat de Jean Jaurès, quand la guerre est déclenchée, l’écrasante majorité du socialisme et du syndicalisme rejoint l’union nationale. Il en va pareillement dans pratiquement tous les autres pays belligérants. Comme si, au-delà des proclamations françaises sur la légitimité de cette guerre du droit contre l’Empire autoritaire allemand, la logique nationaliste s’imposait partout. La durée des combats, le déferlement de haine contre l’ennemi, l’exacerbation des sentiments nationalistes pouvaient emporter l’idée socialiste de fraternité par-delà les frontières. Mais quelques voix s’élevèrent pour critiquer les buts de guerre impérialistes, puis la guerre elle-même. Au niveau international, des rencontres entre militants socialistes, syndicalistes, libertaires reprirent, comme lors des conférences de Zimmerwald et de Kiental. Un comité pour la reprise des relations internationales, qui deviendra par la suite comité pour la IIIe Internationale, s’organise. Mais c’est aussi du cœur du parti socialiste, et notamment autour de Jean Longuet, qu’émergea la critique. Cette minorité de guerre gagna en influence au sein du parti socialiste, jusqu’à en prendre la direction dans le courant de l’année 1918.

La fin de la guerre, le retour des combattants, le deuil interdirent au sein du parti socialiste l’oubli des quatre années terribles. Il y eut même l’espoir d’une revanche politique immédiate. Le parti socialiste uni autour du programme rédigé par Léon Blum crut en une victoire retentissante aux élections législatives de novembre 1919. Mais, malgré un progrès en voix, il perdit plusieurs dizaines de députés par rapport à 1914. Les partisans à la CGT d’une radicalisation gagnaient aussi en influence. Ils misaient sur les grèves, qui avaient repris depuis 1917, voire sur la grève générale comme moyen de reprendre en main leur destin. Si les grèves furent massives et conduisirent le gouvernement à concéder la journée de huit heures, elles échouèrent à aller au-delà et se terminèrent dans une répression généralisée et coordonnée de l’État et du patronat.

Face à ces échecs, il apparut à l’ancienne minorité de guerre devenue majorité que la révolution d’Octobre 1917, qui avait su en finir avec la guerre, qui avait semble-t-il donné le pouvoir aux travailleurs dans les soviets, devenait une perspective concrète. Du côté du Parti communiste russe, on pensait alors que la révolution n’avait d’avenir que si elle devenait véritablement mondiale et que pour cela il fallait un outil en rupture avec l’ancienne Internationale socialiste, qui avait trahi. L’Internationale communiste fut ainsi créée à l’été 1919. La direction de la SFIO, qui souhaitait la reconstruction d’une véritable Internationale, décida d’envoyer Cachin et Frossard en Russie lors de son second congrès. Les deux représentants annoncèrent alors leur adhésion personnelle à celle-ci et proposèrent que la SFIO y adhère. Frossard et Cachin symbolisaient le retournement qui s’était opéré au cœur du parti socialiste et en cela représentaient une pièce maîtresse des bolcheviks, qui ne voulaient pas s’appuyer, au moins dans un premier temps, seulement sur la gauche la plus radicale du parti, conduite par Loriot et Souvarine. L’enjeu était justement d’emmener une majorité à l’Internationale communiste.

divisé en trois motions

Les militants socialistes durent donc choisir entre trois motions. La motion de Frossard, Cachin, Loriot et Souvarine, qui proposait un ralliement à l’Internationale tout en évitant un vote formel sur les 21 conditions. La motion portée par Longuet, qui souhaitait une adhésion avec conditions et qui ne renonçait pas en même temps à la reconstruction d’une Internationale unitaire des partis socialiste et communiste, ce dont ne voulaient absolument pas les bolcheviks. La motion de Léon Blum, qui combattait toute adhésion au nom de la tradition socialiste et de la conception démocratique du parti. La force de la première motion, qui allait être majoritaire, était de s’ancrer dans la réalité vécue des militants en commençant par la référence aux quatre années de massacre mondial. Les deux autres, et notamment celle de Blum, très générales et abstraites, et à certains égards prémonitoires, étaient sans prise sur la réalité concrète d’une France et d’un mouvement ouvrier bouleversés par la guerre. Le congrès accentua l’opposition des protagonistes, car l’Internationale, par la voix de Clara Zetkin et le télégramme de Zinoviev, répétera son veto au maintien de Longuet dans le nouveau parti. Les délégués, dans leur immense majorité, suivirent l’injonction et confirmèrent le vote des fédérations ; toutes les tentatives de compromis furent balayées.

La division de la gauche partisane était réalisée et allait structurer dorénavant le paysage politique français. Le nouveau parti, qui s’appelait au sortir du congrès parti socialiste-Section française de l’Internationale communiste, allait devoir encore se transformer, lever certaines ambiguïtés autour de l’interprétation et de l’application des conditions, dont son rapport au syndicalisme. Il allait devoir revoir son mode de fonctionnement, s’engager dans de nouvelles pratiques politiques anti-impérialistes, antimilitaristes, féministes, transformer la composition de son encadrement pour devenir un véritable parti ouvrier. Mais devaient peser sur ces évolutions le poids de son rapport à l’URSS et la stalinisation que nombre de ses fondateurs refuseront. Le parti socialiste maintenu allait devoir penser l’articulation entre ses proclamations révolutionnaires, sa pratique réformiste, voire de collaboration de classe.

(1) Sondage Ifop pour«  l’Humanité », décembre 2020. (1) « Aux alentours du congrès de Tours », de V. Fau-Vincenti, F. Genevée, É. Lafon, musée de l’Histoire vivante, 2020
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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 17:48
Ce que la France doit au Parti communiste - par Patrick Le Hyaric, 24 décembre 2020
Ce que la France doit au Parti communiste
Jeudi 24 Décembre 2020 - L'Humanité
 

Cent ans déjà, 100 ans à peine. Nous fêtons cette semaine la fondation du Parti communiste français. Né de l’horreur de la Première Guerre mondiale, du refus de la collaboration qu’une partie du courant socialiste scella avec l’Union sacrée, ce parti, qui sut concilier le drapeau tricolore et le drapeau rouge, a toujours été un élément moteur de l’union populaire et des forces prônant la transformation sociale, comme le fer de lance des combats internationalistes pour l’émancipation humaine.

Malgré les obstacles, les persécutions dont ses militants ont souvent été l’objet, les erreurs et retards dont il a su faire la critique, on ne peut enlever aux générations de militants leur dévouement sans faille à la défense des intérêts populaires, la fidélité à ceux de leur pays et à la solidarité internationaliste, les combats pour la paix, le désarmement et l’antiracisme. C’est par la voix de ces militants que les noms de Sacco et Vanzetti, Julius et Ethel Rosenberg, Angela Davis, Nelson Mandela, comme ceux de Marwan Barghouti et de Mumia Abu Jamal ont pu s’inscrire dans les rues et résonner sur les places publiques.

Deux des combats portés par les communistes trouvent aujourd’hui une singulière résonance. Tout d’abord, l’appel que le Parti a lancé avec ses parlementaires pour s’opposer à la Constitution gaullienne de 1958, dont le présidentialisme exacerbé continue d’être un verrou institutionnel bloquant toute perspective de changement. De même, ses propositions pour refuser « l’Europe du capital », dès la fin des années 1950, comme l’incomparable force d’entraînement qu’il a constituée pour que les Français refusent le projet de Constitution européenne, après avoir été le seul parti à refuser l’Acte unique, puis le traité de Maastricht, tout en travaillant à une union des peuples souverains fondée sur des projets communs, démontrent sa capacité d’anticipation.

Les tentatives répétées d’effacer son apport à l’histoire de France, par la guerre idéologique comme par l’empilement des contre-réformes vouées à l’anéantissement d’un siècle de conquêtes sociales, témoignent de l’intangible détermination des capitalistes et de leurs serviteurs à plonger dans l’oubli politique les classes populaires et leurs aspirations à vivre mieux, libres et respectées. C’est ainsi que le champ politique tend aujourd’hui à se résumer à un panel de nuances, parfois fortes, voire inconciliables, mais dont les classes populaires sont absentes, reléguées ou renvoyées dans la foule des abstentionnistes anonymes.

Prolongement de l’histoire révolutionnaire du pays, le communisme en fut tout autant la « rupture » en proposant pour la première fois au large peuple du travail un cadre d’organisation inédit, performant et fraternel, que chacune et chacun investissait en le transformant, rendant vivante la maxime de la Ire Internationale selon laquelle « la libération des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Ce faisant, le Parti communiste permit à des millions d’entre eux d’acquérir des compétences rivalisant avec celles de la bourgeoisie, d’accéder à des formations de très haut niveau politiques, culturelles, scientifiques, donnant ainsi honneur et dignité à celles et ceux qui n’étaient jusqu’ici jugés dignes ni de l’un, ni de l’autre.

Des générations d’élus gagnant des responsabilités jusqu’aux ministères, de responsables syndicaux ou associatifs devinrent ainsi des « cadres » de grande qualité, restés proches du peuple dont ils et elles étaient issus. Cela au bénéfice de l’ensemble de la nation, qui s’est redéfinie à l’aune des conquêtes sociales arrachées par les travailleurs organisés.

Ses ennemis d’aujourd’hui comme d’hier refusent d’accepter que l’essor de la démocratie en France soit étroitement lié à celui du phénomène communiste. Sans l’apport communiste, la République n’aurait pu être qualifiée de démocratique, de sociale ou de laïque que par abus de langage. Plus que cela, par son activité intense, ses victoires politiques, son ancrage, il a retissé le lien avec les avancées décisives, philosophiques et politiques, de la Grande Révolution ou de la Commune. Et quand la nation sombrait sous la collaboration, il en fut l’honneur. C’est à lui que l’on doit ces fragments de communisme que sont la Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, la création d’EDF, les congés payés, les services publics, la retraite solidaire par répartition, les réductions du temps de travail, plusieurs nationalisations, les maisons de la Culture comme les centres de santé dans les municipalités, la solidarité concrète avec les travailleurs immigrés.

Les classes possédantes ont ainsi été contraintes de céder du terrain, non pas tant par la radicalité des discours et des postures que par l’organisation politique massive de celles et ceux qui ont un intérêt objectif à changer le monde : l’immense peuple des travailleurs, dont les plus exploités d’entre eux, les créateurs. Cette irruption des classes populaires, conscientes de leur poids, de leur rôle historiques, de leurs responsabilités à l’égard du peuple français comme des peuples du monde en a fait pâlir plus d’un. Et le poids que le Parti communiste, certes réduit, continue d’exercer par l’activité parlementaire, par l’engagement de ses milliers d’élus et de ses réseaux militants, qui en ce moment même organisent la solidarité avec les plus démunis dans les quartiers, animent des combats pour la garantie de l’emploi dans des entreprises et se placent aux côtés des créateurs, n’a pas fini d’exaspérer les tenants de l’ordre injuste qui ne rêvent que de conjurer définitivement le spectre d’un changement révolutionnaire, au moment où le mode de développement capitaliste est entré en procès permanent.

Comme ont su le faire les anciennes générations de militants et de dirigeants, l’heure est à l’invention pour une puissante ambition transformatrice, rassembleuse et innovante. Avec, au cœur de tout, la démocratie jusqu’au bout, la démocratie pour de vrai. Voilà ce à quoi se refusent les capitalistes. Voilà ce qui continue d’inspirer les communistes.

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