Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 07:45
Vaccination Covid-19: Laurence Cohen, sénatrice communiste :  Quand Sanofi sera-t-il contraint par les pouvoirs publics ? (L'Humanité, 15 janvier 2021)
Laurence Cohen : « Quand Sanofi sera-t-il contraint par les pouvoirs publics ? »
Vendredi 15 Janvier 2021 - L'Humanité

Pour la sénatrice PCF Laurence Cohen, l’exécutif récolte les fruits d’une politique basée sur la compétition, au détriment de la coopération. Elle nous parle des marges de manœuvre dont se prive pour l'heure le gouvernement. Entretien.

Laurence Cohen Sénatrice PCF du Val- de-Marne

Quel est votre regard sur la stratégie vaccinale du gouvernement ?

Laurence Cohen J’ai interpellé Jean Castex au Sénat et mes critiques portaient sur le fait qu’après le fiasco au niveau des masques, puis des tests, tout le monde constate que la France est en queue de peloton en termes de vaccination. Une fois de plus, le gouvernement n’utilise pas les bonnes méthodes. Il préfère confier la stratégie vaccinale à un cabinet privé (McKinsey) qui fait 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires et facture ses honoraires à 130 000 euros par semaine. J’ai également interrogé Olivier Véran sur la manière dont cela allait être financé et il m’a répondu que la somme sera prélevée sur le budget de son ministère. Il n’y a aucune transparence, on ne connaît pas les recommandations de ce cabinet. Il est évident aujourd’hui que ce sont les doses de vaccin qui manquent, même si ses conditions de conservation sont à prendre en considération.

Quelles sont selon vous les marges de manœuvre du gouvernement face aux multinationales qui commercialisent ces vaccins ?

Laurence Cohen La mise sur le marché de plusieurs vaccins est une excellente nouvelle, mais la course effrénée des laboratoires a d’abord été guidée par le profit. Quand Sanofi sera-t-il contraint par le gouvernement à participer à l’effort collectif de production des vaccins ? Quand sera mis un terme à cette politique de suppression d’emplois dans la recherche publique et le développement ? Il est également urgent de permettre la distribution de doses à prix coûtant. Et nous devons lutter contre la logique de profit qui s’est mise en place avec la pandémie, comme nous essayons de le faire avec nos partenaires au sein de l’Union européenne. Nous proposons également la création d’un pôle public européen du médicament et de la recherche : la crise sanitaire a démontré à quel point nous avons perdu toute souveraineté, nationale ou européenne, face aux défis posés par le Covid-19.

Comment pourrait-on favoriser la mutualisation et la coopération ?

Laurence Cohen Si nous voulons protéger les populations, il faut que le vaccin soit dans le domaine public et que les pays riches ou pauvres soient traités de la même façon. C’est ce qui fera toute la différence, car la protection des uns garantit celle des autres. Nous revivons aujourd’hui avec les vaccins ce qui se passait au début de la pandémie avec les équipements de protection comme les masques, les gants et les blouses. Le gouvernement a clairement ancré son action dans une politique de compétition au lieu de la coopération et de la solidarité.

 

Partager cet article
Repost0
16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 09:30
Chômage des jeunes. Il y a la com du gouvernement et la vérité des faits (Cyprien Boganda, L'Humanité, 13 janvier 2021)
Chômage des jeunes. Il y a la com du gouvernement et la vérité des faits
Mercredi 13 Janvier 2021

Le pouvoir macroniste veut faire de la lutte contre le chômage des jeunes une des priorités pour la fin du quinquennat. Mais les objectifs tonitruants ne suffiront pas à endiguer le raz-de-marée.

 

En matière de communication, gouvernement et patronat n’ont pas lésiné sur les moyens. À coups d’interview, de tribune ou de publicité, tout est fait pour valoriser le plan « Un jeune, une solution », dispositif gouvernemental destiné à s’attaquer au fléau du chômage. Près de 6,7 milliards d’euros doivent être mobilisés, sous forme d’aides aux entreprises : les employeurs qui embauchent des jeunes de moins de 26 ans en CDI ou en CDD d’au moins trois mois pourront toucher 4 000 euros sur un an. Une aide exceptionnelle de 8 000 euros est également débloquée pour le recrutement d’un alternant. Les chefs d’entreprise ont décidé de prêter main-forte au dispositif. Dans le Journal du dimanche (JDD) , 35 PDG (Carrefour, Vinci, Crédit agricole, Korian, etc.) s’engagent à proposer « 100 000 emplois avant fin janvier » aux jeunes chômeurs, qui seront en principe accessibles sur la plateforme Internet « Un jeune, une solution », créée par l’exécutif. Un chiffre rond, destiné à marquer les esprits… Qu’en est-il réellement ?

« Le risque est que les chefs d’entreprise profitent de l’aide publique »

Ce mardi, la plateforme contenait quelque 64 200 emplois, ce qui n’est pas négligeable mais ne suffira pas à « absorber » les 519 300 chômeurs de moins de 25 ans inscrits à Pôle emploi. Un peu moins de 11 000 offres seulement concernent des CDI à temps plein, soit 17 % du total. Dans le JDD, les PDG s’engagent à mettre les bouchées doubles d’ici à la fin du mois, mais le volontarisme faiblit lorsqu’on contacte les entreprises concernées. « Honnêtement, je ne pourrais pas vous dire combien d’offres nous avons publiées sur la plateforme, répond prudemment le DRH d’une entreprise signataire. De toute façon, nous n’utilisons pas le site gouvernemental, qui fonctionne assez mal, et préférons passer par nos propres canaux. »

La direction de Vinci (100 000 salariés) assure que 2 000 offres d’emploi ont été mises en ligne : il s’agit en fait d’annonces déjà présentes sur le site du groupe depuis plusieurs semaines, qui ont été transférées sur le site gouvernemental. Du côté de Korian (19 000 salariés), on ne s’engage pas sur un nombre d’offres en CDI ou en CDD, mais on prévoit d’embaucher 200 apprentis de plus qu’en 2020 (soit 650 au total). Le Crédit agricole promet quant à lui d’embaucher 5 450 jeunes, pour l’essentiel en alternance, en légère augmentation par rapport aux années précédentes. BNP Paribas ne prévoit pas, de son côté, d’accélérer le rythme des embauches (2 000 alternants, 2 000 CDI, comme en 2020). « Au-delà des chiffres, l’enjeu est le profil des jeunes embauchés, pointe l’économiste Éric Heyer. S’il ne s’agit que de gens sortis des grandes écoles ou qui ont déjà une expérience professionnelle, cela n’aura pas grand sens. Le terme de “jeune” recouvre des situations très différentes, selon le niveau de diplôme. »

Avec « Un jeune, une solution », le gouvernement emprunte un chemin largement balisé : signer des chèques aux entreprises dans l’espoir qu’elles embauchent est une méthode maintes fois éprouvée. Le dernier dispositif ressemble d’ailleurs beaucoup à un outil créé il y a dix-neuf ans, sous l’impulsion du ministre François Fillon, le Contrat jeunes en entreprise (CJE). Le CJE visait à favoriser l’emploi des faiblement qualifiés par le versement d’une prime mensuelle (jusqu’à 400 euros) aux entreprises embauchant un jeune en CDI, à temps plein ou à temps partiel. En cinq ans et demi, 441 000 jeunes ont été embauchés. En 2008, un rapport du Sénat descendait en flamme le CJE. « La mesure a eu une très faible influence sur la création nette d’emploi, commence le rapport – à peine 7 créations nettes pour 100 emplois aidés – et un impact limité sur la stabilisation de l’emploi de ses bénéficiaires du fait des nombreuses ruptures “précoces” de contrats ; 75 % des ruptures interviennent dans les douze mois du contrat, dont 20 % dans les trois mois en ce qui concerne le secteur de l’hôtellerie et de la restauration. »

Plus grave encore, selon le Sénat, « la mise en œuvre de ce dispositif a vraisemblablement été assortie d’importants effets d’aubaine dans près de 50 % des cas, l’aide étant versée à des employeurs qui, sans elle, auraient pris les mêmes décisions d’embauche ». Soit plusieurs centaines de millions d’euros jetés par les fenêtres… Le dispositif macroniste subira-t-il les mêmes déconvenues ? « Traditionnellement, ce type d’aides engendre deux types d’effets pervers, résume Éric Heyer. Le risque est tout d’abord que des chefs d’entreprise qui comptaient embaucher quoi qu’il arrive profitent de l’aide. C’est l’effet d’aubaine. Ensuite, on sait que les bornes d’âge profitent aux uns et nuisent aux autres : lorsque vous fixez une limite à 26 ans, vous améliorez peut-être le sort des jeunes situés en dessous de cette borne, mais vous détériorez fortement la situ ation des autres. C’est l’effet de seuil. »

Les moins de 25 ans ne peuvent pas toucher le RSA

Syndicats, associations et spécialistes auraient préféré que le gouvernement s’y prenne autrement, en commençant par étendre les filets de protection sociale existants aux jeunes qui en sont dépourvus : aujourd’hui, les moins de 25 ans ne peuvent pas toucher le RSA, sauf exception. La Garantie jeunes, dispositif destiné à aider les 18-25 ans en situation de précarité à trouver un emploi ou une formation, leur alloue une aide mensuelle plafonnée à 497 euros. « Cette somme n’est en aucun cas une solution à la précarité, dénonce Pierre Garnodier, de la CGT des privés d’emploi. C’est surtout une façon pour le gouvernement de répondre aux demandes des associations réclamant un RSA pour les moins de 25 ans. Ce que nous demandons, c’est une indemnisation au titre de l’allocation-chômage d’aide au retour à l’emploi pour tous les jeunes, y compris les primo-demandeurs. »

« Cent mille jeunes sortent aujourd’hui du système scolaire sans aucun diplôme, relève Marie-Aleth Grard, présidente d’ATD Quart-Monde. Ce sont des gens le plus souvent en situation de grande précarité, qu’il faut aller chercher. L’État doit muscler ses dispositifs d’aides, en se focalisant sur le logement social et très social : on ne peut pas suivre correctement une formation si on dort dans sa voiture ou dans un logement insalubre.»

Apprentissage : des chiffres gonflés à l’hélium

« 440 000 contrats d’apprentissage ont été signés en 2020, contre 353 000 en 2019, se félicite la ministre du Travail. Un record historique ! » Ces chiffres n’ayant été publiés nulle part, on est prié de la croire sur parole… Même si cette envolée se confirmait, il faudrait la nuancer. « 10 % des apprentis sont sans contrat, rappelle David Margueritte, vice-président (LR) de la région Normandie en charge de la formation. Ces jeunes restent dans les centres de formation, mais ne bénéficient d’aucune formation pratique, faute d’entreprise. » Autre précision de taille : « Dans son plan “Un jeune, une solution”, le gouvernement prévoit une aide de 8 000 euros aux entreprises embauchant un apprenti, poursuit l’élu. Ce montant est déraisonnable. À ce niveau-là, prendre un apprenti ne coûte pratiquement rien aux entreprises ! » On comprend mieux leur empressement.

Partager cet article
Repost0
16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 09:01
Appel de la fédération du PCF Finistère à la participation à la marche des libertés pour le retrait de la loi Sécurité globale à Brest à 15h le samedi 16 janvier

Loi sécurité : « »Nous voulons des gardiens de la paix, pas des forces de l’ordre, c’est toute la différence »

La fédération du Finistère du PCF appelle à participer ce samedi 16 janvier à 15 h à la marche des libertés pour le retrait de la loi dite de « sécurité globale » à Brest Place de la Liberté

Devant le juge la parole de l’autorité publique a toujours plus de valeur que celle des citoyens. Cela a pu engendrer des formes d’impunité et des abus. Cette situation ne date pas des gilets jaunes même si elle a pu se dégrader depuis. Or la loi dite de « sécurité globale » limite considérablement le contrôle des forces de l’ordre par les médias et les citoyens. Sous couvert de leur protection il deviendrait impossible de les filmer. Les abus ne seront que facilités. Ces forces de l’ordre qui pourraient porter leurs armes y compris après leur service.

En serons-nous rassurés ? Le transfert des pouvoir régaliens à une police municipale voire privée, l’utilisation des drones de surveillance ubiquitaires, surfant sur l’émotion événements effroyables mais néanmoins tout à fait ponctuels, nous emmènent vers de graves dérives autoritaires.

Le problème est en fait mal posé. La police, absolument nécessaire, a elle aussi, besoin de moyens. Mais ni des moyens de guerre ni de mutilation.

Nous avons besoin d’une police de proximité présente et visible, avec des moyens humains renforcés, formés au service des citoyens pour la sécurité de toutes et tous dans le respect de notre belle devise : liberté, égalité, fraternité !

Loi sécurité : « »Nous voulons des gardiens de la paix, pas des forces de l’ordre, c’est toute la différence »

PCF , Fédération du Finistère

14 Janvier 2021

La fédération du Finistère du PCF appelle à participer ce samedi 16 janvier à 15 h à la marche des libertés pour le retrait de la loi dite de « sécurité globale » à Brest Place de la Liberté

Devant le juge la parole de l’autorité publique a toujours plus de valeur que celle des citoyens. Cela a pu engendrer des formes d’impunité et des abus. Cette situation ne date pas des gilets jaunes même si elle a pu se dégrader depuis. Or la loi dite de « sécurité globale » limite considérablement le contrôle des forces de l’ordre par les médias et les citoyens. Sous couvert de leur protection il deviendrait impossible de les filmer. Les abus ne seront que facilités. Ces forces de l’ordre qui pourraient porter leurs armes y compris après leur service.

En serons-nous rassurés ? Le transfert des pouvoir régaliens à une police municipale voire privée, l’utilisation des drones de surveillance ubiquitaires, surfant sur l’émotion événements effroyables mais néanmoins tout à fait ponctuels, nous emmènent vers de graves dérives autoritaires.

Le problème est en fait mal posé. La police, absolument nécessaire, a elle aussi, besoin de moyens. Mais ni des moyens de guerre ni de mutilation.

Nous avons besoin d’une police de proximité présente et visible, avec des moyens humains renforcés, formés au service des citoyens pour la sécurité de toutes et tous dans le respect de notre belle devise : liberté, égalité, fraternité !

Loi sécurité : « »Nous voulons des gardiens de la paix, pas des forces de l’ordre, c’est toute la différence »

PCF , Fédération du Finistère

14 Janvier 2021

Partager cet article
Repost0
16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 08:34
Les étudiants confrontés à un mur de mépris - Camille Bauer, L'Humanité, vendredi 15 janvier 2021
Les étudiants confrontés à un mur de mépris
Vendredi 15 Janvier 2021 - l'Humanité

Une cinquantaine de jeunes se sont rassemblés devant la Sorbonne, jeudi 14 janvier, pour dénoncer l’absence de dialogue avec l’administration de l’université et demander de meilleures conditions d’étude.

 

« Mais pour qui elle nous prend ? Les enfants de maternelle ont le droit d’aller à l’école, mais nous, qui sommes majeurs, nous ne serions pas capables de respecter les gestes barrières… » L’exaspération de Soumia, étudiante et syndiquée à l’Unef, était partagée par la cinquantaine de personnes réunies ce jeudi devant l’université de la Sorbonne, pour protester contre le mépris de l’administration. La petite phrase prononcée dans le Monde, le 12 janvier, par la ministre de l’Enseignement supérieur pour justifier le refus de rouvrir les universités, sur « l’étudiant qui prend un café à la pause, un bonbon qui traîne sur la table », ne passe décidément pas. Elle illustre le refus du dialogue, qui a culminé avec des violences policières, le 4 janvier dernier, comme seule réponse aux protestations contre la tenue d’examens en présentiels, après des mois d’enseignement à distance. « L’unique réponse pour m’être posté devant la porte de mon université, ça a été des coups et 55 heures de garde à vue », a rappelé Ralf dans le mégaphone.

« Ce qui nous révolte le plus, c’est le silence de l’administration, alors que pendant des semaines on a tenté de demander un aménagement de l’organisation des partiels, pour prendre en compte la situation des étudiants confinés », s’insurge Fanny, étudiante en géographie. Géraldine Paumier, qui siège en tant que représentante CGT du personnel administratif au conseil de la formation et de la vie universitaire, confirme qu’à la demande des syndicats étudiants d’aménager l’organisation des examens « le président le leur a refusé de façon très agressive ». Rien n’a en effet été fait pour prendre en compte la situation des jeunes qui ont quitté la capitale, pour ne pas payer de loyers exorbitants, et pour qui revenir sur place plusieurs jours peut s’avérer complexe. « On a aussi invoqué les risques sanitaires du présentiel pour ceux qui ont des problèmes de santé ou des familles à risques, mais rien n’a été prévu », ajoute un membre du syndicat Bouge ta fac. Même au sein des UFR (unités de formation et de recherche), la question des modalités d’organisation des partiels a été verrouillée, relate un maître de conférences en histoire médiévale.

Menaces et pressions

Les étudiants dénoncent aussi des menaces et des pressions. Aux étudiants qui ont pris la parole en début de partiels pour signaler leurs doutes, un professeur d’histoire moderne aurait ainsi répondu : « Les classes préparatoires et les grandes écoles sont en train de composer ; vous, vous êtes des faignants. » Les manifestants évoquent aussi des menaces de conseil disciplinaire, voire de suppressions de bourses, à l’encontre de ceux qui ont osé poser des questions. « Si les étudiants sont allés composer, c’est par peur de l’administration, pas parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec nous », lance Valentin, en master d’histoire, sous les applaudissements de la foule.

Mais, face à la souffrance des étudiants, la direction de l’université fait aussi la sourde oreille. Adbe raconte qu’il a tenté de signaler des cas d’élèves au bord du suicide, mais qu’au-delà de l’écoute bienveillante de la responsable des risques étudiants, « la direction est dans le déni ». La souffrance psychique et matérielle des étudiants, confinés depuis des mois, est pourtant palpable. « J’ai vu mes rêves s’écrouler, mon avenir se noircir. À 18 ans, on se dit que plus rien n’a de sens », a témoigné une jeune fille dans une lettre lue aux manifestants. Les étudiants, pourtant, ne demandent pas la lune. Ils veulent simplement revenir à la fac et pouvoir étudier dans des conditions décentes pour garantir leur avenir.

Une étudiante écrit à Emmanuel Macron : « À 19 ans, j’ai l’impression d’être morte. Je n’ai plus de rêves »
Vendredi 15 Janvier 2021
 

Heïdi Soupault Étudiante en deuxième année de sciences politiques à Strasbourg

Dans une lettre ouverte devenue virale, la jeune femme interpelle Emmanuel Macron sur le sort d’une jeunesse sacrifiée.

« Monsieur le président, À 19 ans, j’ai l’impression d’être morte. (…) Je dois travailler. Je n’ai que ça à faire non ? C’est tout ce que l’on me demande, la seule activité qu’on m’autorise. J’ai 19 ans et mon bureau c’est ma chambre. C’est aussi mon lieu de repos, d’appel, de film, et même parfois de cuisine. Tout se confond dans mon esprit. Rentrer chez moi après une journée d’amphithéâtre n’est plus satisfaisant, les c ours c’est ma chambre, ma chambre c’est les cours. La réalité, Monsieur le président, c’est que je n’ai plus de rêves. Tous mes projets s’écroulent les uns après les autres, au même rythme que mon moral décline. Au début c’était drôle, au début c’était nouveau. (…) Mais là, stop. Il n’y a plus rien d’amusant. Relativiser ça va un temps. Nous ne sommes pas des machines, vous ne pouvez pas nous demander de travailler et de la fermer. J’adore mes études mais je stagne, la productivité est à des années-lumière de moi, j’essaye de me reprendre mais c’est pire chaque jour. Parfois, je pleure devant mon ordinateur. Ma vie n’a aucun sens et mon avenir est bouché. Je ne me projette pas trop loin, pour me protéger, pour tuer l’espoir avant qu’une autre de vos mesures ne vienne le faire à ma place. S i on n’a ni espoir, ni perspective d’avenir à 19 ans, il nous reste quoi ? (…) Je sais que je ne suis pas la seule, et je sais que je fais partie de ceux qui vont bien. Beaucoup sont en décrochage scolaire, en perte d’estime de soi, en souffrance. Ces jeunes qui vont mal, c’est l’avenir du pays Monsieur le président, et vous le fragilisez, vous le fêlez, vous le négligez. Un étudiant s’est jeté du quatrième étage à Lyon il y a quelques jours. Une information qui passe, simple dommage collatéral d’une pandémie mondiale. Mais si nous les étudiants ne sommes pas mentionnés à la prochaine allocution, si des alternatives ne sont pas trouvées, si personne n’a la décence de nous faire retourner au moins en travaux dirigés, ce sont des centaines d’étudiants que vous retrouverez écrasés sur le bitum e. On existe bordel, faut-il qu’on meure pour que vous vous en rendiez compte ? (…). Les centres commerciaux sont bondés, les gens se marchent dessus, et on ose nous dire qu’on ne peut pas se rendre en cours, ne serait-ce qu’en demi-groupe dans le respect des mesures barrières ? Ce n’est tout simplement pas entendable, pas acceptable. (…) On a fait notre part. Maintenant, rendez-nous un bout de vie. »

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 15:17

 

Depuis des mois, par voie d'amendement et dans une Proposition de loi que j'avais déposée au nom du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, les députés communistes demandent la reconnaissance du statut juridique « d'établissement stable » pour les filiales françaises d'une société ayant son siège social dans un paradis fiscal.

 

 

Grâce à ce mécanisme d'évitement fiscal bien connu, les multinationales, en particulier celles du numérique, s'affranchissent de leurs obligations et privent les États de recettes très importantes. Au total, l'évasion fiscale coûte chaque année à la France entre 80 et 100 milliards par an, selon de nombreux experts.


Dans une décision récente, le Conseil d’État vient enfin d'établir cette qualification d'établissement stable, ce qui signifie tout simplement que ces filiales françaises doivent désormais se soumettre à l'impôt sur les bénéficies dans notre pays ! C'est une grande victoire pour tous ceux qui ont défendu cette position, en dépit de l'opposition systématique et résignée de la majorité parlementaire et du gouvernement, avec pour seul argument que cette notion était inapplicable. Forts de cette décision novatrice et audacieuse, qui ouvre la voie à une taxation plus juste des bénéfices des géants du numérique, nous redéposerons rapidement cette proposition à l'Assemblée comme nous le faisons depuis des années.


Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord

 

 

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 15:14

 

Alors que la stratégie vaccinale du gouvernement est faite dans le flou le plus total, il est plus que jamais temps de construire une stratégie collective de sortie de la crise sanitaire.

 

Le PCF a lancé le 30 novembre dernier, avec des associations, ONG's, syndicats et une quinzaine de forces politiques au niveau européen l'initiative citoyenne européenne #PasdeProfitSurLaPandemie #Right2Cure.  Avec le comité de campagne national nous avons décidé de faire du weekend des 16 et 17 janvier des journées de déploiement de cette campagne autour de trois grands axes.

 

Nous demandons la transparence sur la stratégie de vaccination au niveau national, comme européen et en particulier la publication des contrats signés avec les entreprises multinationales pharmaceutiques. La confiance des Français et des Européens ne se construira qu'à cette condition.

Nous demandons que les brevets soit abandonnés pour que les vaccins tombent dans le domaine public et permettre que les chercheurs et les scientifiques des différents laboratoires travaillent ensemble et partagent les connaissances, les retours sur les premières vaccinations et les différents vaccins. Face à un virus, unissons toutes les forces, toutes les intelligences !

Dans les pays pauvres, 9 personnes sur 10 n'auront pas accès au vaccin contre la #COVID19 en 2021.  Selon l'OMS, le mécanisme COVAX a besoin d'urgence d'un peu plus de 4 milliards de dollars afin d'acheter des vaccins pour les pays à revenu faible et intermédiaire.
Nous voulons que les vaccins et traitements anti-pandémiques soient accessibles à tous et toutes indépendamment de la nationalité ou de la classe sociale. Pour cela, il faut en faire de biens communs de l'humanité soustraits de la logique des brevets. Le gouvernement français tout comme la Commission européenne s'étaient engagés en mai dernier sur ce sujet mais depuis ils refusent de soutenir les initiatives de l'Afrique du Sud et de l'Inde au sein de l'OMS et de l'OMC en la matière. Il faut que cette hypocrisie cesse si nous voulons trouver une issue à cette crise.

Après la pénurie des masques et des tests, allons-nous continuer sans rien faire vers une pénurie de vaccins ? Les alternatives existent pourtant comme mobiliser toutes les capacités productives pour permettre la production de vaccins au niveau national, européen et mondial. C'est ce qu'exigent aujourd'hui les salariés et la CGT Sanofi et nous les soutenons dans cette démarche.

Au-delà, il est temps que l'argent public qui a déjà financé la recherche et l'aide à la production ne servent pas aujourd'hui à verser des dividendes exorbitants aux actionnaires de BigPharma en grévant encore plus le budget de la Sécurité sociale. Nous demandons que le vaccin et les traitements anti-Covid soient vendus à prix coûtant. C'est d'ailleurs pour répondre aux besoins des populations que nous prônons depuis des années la mise en place d'un pôle public du médicament au niveau national, européen et mondial. Cette proposition est plus que jamais d'actualité.

Le PCF appelle aujourd'hui toutes les organisations de gauche, écologiques et les forces du mouvement social à s'investir dans cette campagne et à faire signer massivement l'initiative citoyenne européenne

 

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 09:16

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 08:53

 

Partager cet article
Repost0
14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 08:48

 

La question du « remboursement » des milliards versés par l’État est lourde d’enjeux, économiques et politiques. Pour mieux cerner les enjeux liés à cette dette Covid, voici les contributions de :

  • Jézabel Couppey-Soubeyran, maîtresse de conférences à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne et conseillère scientifique à l’Institut Veblen.
  • Henri Sterdyniak, économiste et cofondateur des Économistes atterrés.
  • Patrick Artus, chef économiste et membre du comité exécutif de Natixis.
  • Frédéric Boccara, économiste, dirigeant national du PCF, membre du Cese.

 

La dépense publique est indispensable

JÉZABEL COUPPEY-SOUBEYRAN

Maîtresse de conférences à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne et conseillère scientifique à l’Institut Veblen

 

La crise sanitaire fait réaliser l’absolue nécessité des dépenses publiques. Celles que les gouvernements consentent aujourd’hui pour éviter une envolée des faillites et du chômage. Autant que celles qu’ils n’ont pas consenties hier, dans la santé, l’éducation, le numérique, et dont l’absence pèse lourd aujourd’hui dans la gestion de crise. Alors tant mieux si les brides budgétaires ont sauté et si les déficits hier interdits sont jusqu’à nouvel ordre autorisés. Mais, à s’interdire aujourd’hui d’annuler des dettes passées ou de financer autrement ces déficits, ne rouvre-t-on pas la porte à l’austérité budgétaire demain ?

Beaucoup se refusent aujourd’hui à considérer que la dette constituée par l’ensemble des emprunts contractés sur les marchés financiers par les États pour gérer la crise sanitaire puisse poser problème demain. Divers sont les motifs : nous n’aurions pas le choix ; les taux étant au plus bas et les marchés financiers très friands de ces titres de dette publique, il n’y aurait pas lieu de s’inquiéter ; et la politique budgétaire enfin jouerait son rôle.

De quoi exactement n’avons-nous pas le choix ? La crise suspend le sort de tous à la dépense publique et les États n’ont pas d’autres choix que de dépenser, cela est exact. En revanche, le financement et la destination de la dépense restent fondamentalement des choix. La dépense n’aura pas le même impact selon qu’il s’agit d’un transfert, d’une garantie de crédit, d’un investissement… Pas la même incidence non plus, selon qu’elle est financée par une dette de marché comme c’est le cas de nos jours, par un prêt de la banque centrale ou par un transfert de cette dernière sans contrepartie. Le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) interdit le financement direct des États par le système européen de banques centrales. Est-il figé dans le marbre ? Acceptera-t-on encore longtemps un traité inadapté aux enjeux majeurs de notre époque : lutter aujourd’hui contre les conséquences de la crise sanitaire et prévenir la crise climatique qu’elle préfigure ?

Le fait que les taux d’intérêt soient au plus bas et que les marchés soient friands de titres de dette publique est-il la garantie que les États pourront sans difficulté dans les décennies à venir continuer de contracter de nouveaux emprunts sur les marchés pour rembourser les anciens ? On ne dit pas assez à quel point cela dépend de ce que fait la banque centrale. Les investisseurs sont « rassurés » par les rachats de titres de cette dernière. En réalité, le mot est faible tant leur addiction est devenue grande. Il suffirait que la banque centrale un jour les déçoive en ne rachetant plus suffisamment pour qu’aussitôt les taux des emprunts souverains remontent ou s’écartent d’un État à l’autre. Tout particulièrement en zone euro, où 19 dettes sont émises dans la même monnaie et où la BCE s’emploie activement par ses rachats d’actifs à écarter le risque d’une nouvelle crise de dette souveraine, en compromettant tous ses autres objectifs (la stabilité de la monnaie, de l’économie et de la finance).

Quant à la politique budgétaire enfin réhabilitée, souffrirait-elle dans la zone euro que la BCE décide d’abandonner les créances qu’elle détient sur les États ou que l’on efface l’article 123 du TFUE pour rétablir le financement direct des États par la BCE ? Non, bien au contraire, cela permettrait de la déployer au mieux, sans la soumettre au risque que demain les marchés sanctionnent un niveau de dette perçu trop élevé ou que certains décideurs publics se servent du niveau de la dette pour réinstaller l’austérité. Car parmi ceux qui s’opposent à ces alternatives, qu’ils disent inutiles, dangereuses, contre-productives, beaucoup étaient hier favorables à des règles budgétaires bridantes et feront tout pour les rétablir demain. Il est des pressions mortifères à ne pas sous-estimer, qu’elles viennent des marchés financiers ou des conservateurs chevronnés. 

 

Protéger les précaires

HENRI STERDYNIAK

Économiste et cofondateur des Économistes atterrés

 

 

Fin 2021, le ratio dette publique/PIB de la France devrait se situer à 118 %, contre 98 % fin 2019, soit une hausse de 20 points, dont 12 points dus aux déficits publics, 8 points à la baisse de PIB. Que faire de cette dette Covid ?

En 2020-2021, la perte d’activité cumulée due à la crise Covid devrait être de l’ordre de 17 points de PIB annuel. L’État a heureusement pris à sa charge 70 % de cette perte, mais les ménages vont augmenter leur épargne financière de 10 points de PIB, puisque les confinements et les fermetures de nombreux services les empêchent de faire leurs dépenses usuelles. Les 12 points de hausse de la dette correspondent donc pour une grande part aux 10 points de hausse de la richesse financière des ménages. Celle-ci est très inégalement répartie (elle concerne 80 % des ménages, mais, d’autant plus qu’ils sont aisés ; les ménages les plus pauvres, ceux du dernier décile, ont puisé dans leurs réserves).

Le plus probable est que les ménages conserveront durablement ce surplus de richesse financière. Beaucoup limiteront leur consommation, en raison des incertitudes sur l’évolution économique et, pour les plus précaires, des pertes de revenus effectivement enregistrées. La consommation, atone, n’impulserait pas une forte reprise de l’activité. L’urgence, dans cette conjoncture fragile, ne sera pas de réduire la dette Covid mais, au contraire, de conforter la relance, en protégeant mieux les ménages précaires, en particulier par la hausse et l’extension du RSA, en créant des emplois publics, en impulsant des investissements s’inscrivant dans la transition écologique, ce d’autant plus que les taux d’intérêt resteront négatifs. La dette Covid émise, à des taux légèrement négatifs (– 0,14 % en moyenne), ne fera pas « boule de neige ».

Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, envisage de cantonner la dette Covid, c’est-à-dire de créer un organisme chargé de la rembourser, au rythme de 1 point de PIB par an. Osera-t-il introduire un impôt supplémentaire affecté ? Ce serait d’autant plus néfaste que, compte tenu de la répugnance du gouvernement à imposer les plus riches et les entreprises, l’impôt frapperait la totalité des ménages, par exemple par une hausse de 1,6 point de la CSG. Le risque est que l’État programme de fortes baisses des dépenses publiques et sociales. Celles-ci pèseraient sur les revenus et les conditions de vie de la population ; elles renforceraient des dysfonctionnements insupportables, comme on l’a vu pour les dépenses de santé.

La politique budgétaire de la France est théoriquement contrainte par les traités budgétaires européens. En mars 2020, leurs règles ont été suspendues, mais elles pourraient revenir en vigueur en 2022. Si les pays de la zone euro se lançaient alors dans des politiques d’austérité, leurs PIB ne se redresseraient pas, ce qui induirait des pertes de recettes fiscales, telles que leurs déficits budgétaires ne se réduiraient pas, que les ratios de dette augmenteraient. Ce serait d’autant plus absurde que la demande est globalement insuffisante, que le taux d’inflation et les taux d’intérêt sont légèrement négatifs. Les règles budgétaires européennes doivent être définitivement oubliées. Un pays doit pouvoir faire la politique budgétaire de son choix tant que celle-ci ne crée pas des déséquilibres nuisibles à ses partenaires, comme un déficit extérieur excessif (reste à vérifier que ce ne sont pas d’autres pays membres qui affichent des excédents extérieurs excessifs). Les dettes publiques doivent être explicitement garanties par la BCE, de sorte que les pays de la zone euro aient la même souveraineté monétaire que les autres pays développés. 

 

Le défi monétaire

PATRICK ARTUS

Chef économiste et membre du comité exécutif de Natixis

 

 

La France, comme tous les pays de l’OCDE, a mis en place un déficit public considérable en réaction à la crise due au Covid : il atteint 11,5 % du PIB en 2020, probablement 9 % du PIB en 2021. Il s’agit en fait de la politique économique appelée « monnaie hélicoptère ». L’État a mis en place des transferts aux ménages et aux entreprises (financement du chômage partiel, aides aux artisans et PME-TPE, baisses d’impôts, soutien aux secteurs en difficulté…) qui ont empêché l’effondrement des revenus qui aurait dû normalement résulter du recul de l’activité (en 2020, le PIB baisse de 9 %) : le pouvoir d’achat du revenu des ménages ne baissera que de 1 % environ, il n’y a pas de hausse pour l’instant du nombre de faillites d’entreprises.

Ces transferts publics ont été financés par des émissions de dette publique, mais celles-ci ont été immédiatement monétisées par la Banque de France, c’est-à-dire qu’elle a acheté les obligations émises et payé en créant de la monnaie. Tout se passe donc comme si la banque centrale avait directement financé les transferts publics par la création monétaire, précisément ce qu’on appelle « monnaie hélicoptère ».

Il est donc trompeur de parler de « dette Covid » ; certes, comptablement, le taux d’endettement public de la France atteint 120 % du PIB à la fin de 2020, mais la banque centrale détient à cette date 31 points de PIB de dette publique, et il ne reste une « vraie dette », à détenir par les investisseurs sur les marchés financiers, que pour 89 % du PIB. Le scénario le plus probable est celui où la banque centrale ne revendra jamais les titres publics qu’elle a achetés, de crainte de redéclencher une crise financière ; de plus, puisque la banque centrale reverse ses profits à l’État, cette dette est gratuite, quel que soit le niveau des taux d’intérêt. On voit donc que la question n’est pas celle de la dette Covid, mais celle de la monnaie créée pour financer les déficits publics, puisque la dette Covid n’a aucune existence, étant gratuite et non remboursable.

Le débat public sur les conséquences d’une création monétaire très rapide (la taille du bilan de la BCE, qui correspond à la quantité de monnaie créée par la banque centrale, est passée de 4 700 milliards d’euros en février 2020 avant la crise du Covid à 6 500 milliards d’euros à la fin de 2020) est insuffisant : quels sont les coûts à attendre d’une expansion très rapide de la quantité de monnaie ?

On a observé, dans les économies contemporaines, qu’une création monétaire très rapide conduisait à une très forte hausse des prix des actifs (c’est-à-dire les cours boursiers, les prix de l’immobilier, la valeur des entreprises). Le mécanisme est simple : une partie de la monnaie créée est utilisée pour acheter des actifs, ce qui fait monter les prix.

Bien sûr, compte tenu de la gravité de la crise, il fallait mettre en place des déficits publics très importants, et bien sûr, pour que ce soit possible, il fallait les financer par la création monétaire. Mais il ne faut pas croire que cette politique n’a pas de coût, qu’il s’agit d’une « martingale magique ». La hausse des prix des actifs évoquée plus haut va d’une part faire apparaître un enrichissement immérité, simplement dû à la politique monétaire expansionniste et à la création monétaire ; d’autre part va dégrader la situation des classes moyennes et populaires et des jeunes, puisqu’il faut s’attendre à une hausse rapide des prix de l’immobilier, et donc du coût du logement, acheté ou loué.

Le problème à venir n’est donc pas associé à l’excès d’endettement public, et au risque d’une crise des dettes ; il est associé aux désordres que va faire apparaître l’excès de création monétaire. Il est possible de lutter contre ces désordres, par exemple en taxant les plus-values à court terme en capital pour financer des politiques redistributives, en soutenant la construction de logements pour limiter la hausse de leur prix. Mais il faut d’abord bien analyser ces coûts de la politique de déficits publics monétisés qui est mise en place. 

 

Contenu et orientation des dépenses

FRÉDÉRIC BOCCARA

Économiste, dirigeant national du PCF, membre du Cese

 

 

Avec la crise siamoise, sanitaire et économique, les dettes publiques se sont envolées. En France, elle atteindrait 120 % du PIB fin 2021, sans compter de possibles nouveaux événements pesant sur l’économie. Le gouvernement considère que 150 milliards d’euros pourraient être isolés comme « dette Covid » à proprement parler.

Pourquoi cette dette pose-t-elle problème ? D’une part à cause de son coût pour la rembourser : il peut évincer les dépenses salariales, sociales, de services publics, de transformation écologique et justifier une politique super-austéritaire. D’autre part parce qu’elle a été contractée en gonflant les marchés financiers, la BCE n’utilisant sa création monétaire que pour racheter la dette aux BlackRock, BNP Paribas et autres, et donc armer encore plus les forces antisociales et antisalariales. Enfin, parce qu’elle n’a pas « préparé l’avenir » : presque rien pour l’hôpital, notamment en embauches et formations, idem pour l’éducation nationale, la recherche, l’université, aides aux profits et au capital des grands groupes en acceptant leurs licenciements, financement du chômage partiel au lieu de plans de formation, de recherche et d’emploi sécurisé pour de nouvelles productions, un appui plus que défaillant à l’artisanat, aux PME, à la culture, à la jeunesse, etc.

Que viser ? Trois positions économiques occupent le devant de la scène. L’une est qu’il faut d’abord rembourser et se serrer la ceinture pour cela. C’est la position néolibérale, austéritaire : l’épargne préalable, le capital impose sa loi par-dessus tout. Elle mène dans le mur. Même les néolibéraux prétendent qu’ils ne la suivront pas. Ils sont pourtant engagés dans ce sens, qu’on mette ou pas la dette dans une structure spécifique. La position symétrique est qu’il ne faut pas rembourser la dette et l’annuler totalement. S’il faut certaines annulations, sélectives, et surtout une renégociation de la dette passée, une annulation générale de toute la dette ne tient pas la route. Car l’annonce d’une annulation générale précipiterait une crise majeure que le monde du travail serait le premier à payer, avec des effets en cascade. La dernière position est qu’il ne faut pas chercher à la rembourser et que c’est la croissance qui va permettre de la rembourser. Cette position de gauche a une part de vérité et une part erronée. La part de vérité est que c’est en effet sur la croissance des richesses produites, donc du revenu global, que la dette sera remboursée. Et plus cette croissance est élevée, moins la dette pèsera. C’est toujours ainsi qu’on a réussi à sortir des grandes crises, par exemple après 1945. Il faut donc des dépenses préalables, pas une épargne préalable, pour permettre cette croissance. Encore faut-il qu’elle soit véritablement saine. La part erronée, c’est que cette croissance ne viendra pas de façon automatique. Premièrement, il faut des dépenses préalables (embauches, investissements, formation, etc.) et du revenu (une demande). Deuxièmement, la croissance dépend du type de dépenses (embauches, salaires, investissements efficaces versus spéculations et délocalisations). Troisièmement, cette croissance peut être empoisonnée écologiquement (pollutions, etc.) et néfaste socialement (délocalisations, finance, précarité, bas salaires, etc.). et donc mener vers d’autres catastrophes. Et d’ailleurs les politiques keynésiennes ont largement échoué depuis le début des années 1970.

Concrètement, quand l’État verse des milliards à un grand groupe qui, comme General Electric, démolit l’emploi, délocalise et met en cause la réponse au défi climatique, en fermant progressivement la fabrication de turbines hydroélectriques, l’activité Grid et en démantelant sa filière nucléaire, cela pèse contre la croissance et l’empoisonne. Et cela nous amène vers de nouvelles catastrophes et ne permet pas de rembourser la dette.

L’enjeu est donc le contenu et l’orientation des dépenses publiques et celles des grands groupes. C’est-à-dire l’intervention populaire politique et consciente, et la mise en place des institutions démocratiques à visée autogestionnaire pour permettre cela. L’exemple de l’après-guerre montre qu’il faut des transformations profondes. De portée révolutionnaire. 

Partager cet article
Repost0
11 janvier 2021 1 11 /01 /janvier /2021 09:47

Débat animé par Vincent Boulet avec Petro Simonenko, PC d'Ukraine, Serge Wolikow, historien et Annie Cyferman, PCF

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011