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10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 08:12

Le fichier recense les comptes Twitters les plus actifs sur l'affaire Benalla. Établi par DisinfoLab, une ONG belge luttant contre la désinformation, ces données devaient permettre de détecter l'existence d'une éventuelle ingérence russe. La masse de tweets, plus de 4,5 millions, pouvait correspondre à l'existence de bots, des robots chargé de gonfler artificiellement le flux sur Twitter.

Cette hypothèse a été écartée. Ce sont bien de vrais comptes, derrières lesquels se trouvent de vraies personnes physiques, qui ont généré le buzz. 

Mais c'est justement le problème. Le porte parole du PC 82 s'est retrouvé fiché pour les besoins de l'étude de l'ONG DisinfoLab. Thomas Porte a décidé de saisir la CNIL Le tarn-et-garonnais n'est pas le seul à contester son fichage. 3393 personnes figurent dans la liste. Plusieurs "fichés" ont décidé de se tourner vers le "gendarme" du Net. 

Tarn-et-Garonne : fiché dans le cadre de l'affaire Benalla, un responsable communiste, Thomas Portes, saisit la CNIL (France Info, Laurent Dubois, 9 août)

Une officine « EU Disinfo lab » se parant de l’étiquette d’ONG alors qu’elle est partenaire des institutions de l’Union européenne et de l’OTAN s’est permise de ficher nominativement selon des critères politiques des citoyen-ne-s français à propos de leurs activités sur les réseaux sociaux lors de l’affaire Benalla. Nombre de militant-e-s communistes sont victimes de ce fichage illégal qui n’est pas sans rappeler les fichages de triste mémoire de la police de Vichy. Ceci intervenant alors que le dernier survivant du groupe de Francs-tireurs et partisans - main-d'œuvre immigrée de l’Affiche Rouge vient de s’éteindre ne recevant qu’un hommage minimaliste de l’État macronien. 
L’EU Disinfo lab loin d’être une OGN, n’est qu’une officine de guerre idéologique ultra libéral qui n’hésite pas à se vanter sur son site Web a avoir contribué à l’élection d’Emmanuel Macron : «Notre succès le plus notable a été la démolition instantanée et en direct du tristement célèbre #MacronLeaks » (http://disinfo.eu/projects/#news-platform).
C’est pourquoi il est plus que légitime de se poser la question si cette officine n’a pas agit sur ordre de l’Élysée afin de produire une étude bidon alimentant une théorie du complot russe en faveur du pouvoir et de ficher ses opposants sur les réseaux sociaux.
Après les barbouzes de la Contrescarpe nous avons affaire aux barbouzes du net de l’État Macron. 
Il s’agit d’une affaire extrêmement grave pour l’avenir de la démocratie en France et en Europe. L’EU Disinfo lab, peut être à l’instigation de l’Élysée, a à la fois violé la loi informatique et liberté de 1978 mais aussi le nouveau règlement européen sur la protection des données.

Yann Le Pollotec, responsable Industrie-Révolution numérique au PCF  

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10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 07:59

Le carnage continue et s'accentue en cet été où les besoins sont importants dans les départements bretons.
Et la suppression de lits de soins de suite touche particulièrement les personnes âgées qui ne peuvent après une prise en charge à l'hôpital dans les services de médecine regagner leur domicile ou leur Ehpad, dans le même temps où la ministre nous appelle à nous pencher avec sollicitude sur le sort des anciens touchés par la canicule...
Mais selon Mme Buzyn, il n'y a pas de problème ni aux urgences ni ailleurs...
Tout va très bien, Mme la marquise !

Yvonne Rainero, secrétaire de section PCF Quimper, animatrice commission santé 29. 

Vannes-Auray, par manque de personnel, l'hôpital ferme un service (Ouest-France, 8 août 2018)

Confronté à un déficit de remplaçants aides-soignants le Centre hospitalier Bretagne Atlantique est contraint de fermer, sur le site du Pratel à Auray, un service de soins de suite de 15 lits. Et à Vannes, le week-end dernier, les urgences ont été déclarées en tension avec des délais très élevés d’attente.Le 10 août faute d’aides-soignants remplaçants, la direction du Centre hospitalier Bretagne Atlantique fermera jusqu’au 9 septembre le service de soins de suite et de réadaptation installé au Pratel, le site Alréen du CHBA.Ce service de 15 lits pour l’essentiel de gériatrie permet aux patients venant d’un service de médecine de se rétablir avant de regagner un Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) ou de rentrer à leur domicile.

Coup de feu aux urgences

Conséquence de cette fermeture estivale les patients sont envoyés dans d’autres services.« Ils y prennent la place de personnes qui peuvent venir des urgences. Une logique qui renforce l’embolisation de celles-ci », note Gilles Palaud, de la CFDT.

Le week-end dernier, les urgences ont été déclarées en tension avec des délais très élevés d’attente. « En sachant qu’un temps d’attente de 3 h est rare. La moyenne habituelle hors tension c’est 6 h voire 8 h », précise un agent de l’hôpital. Lundi matin, selon un syndicaliste, la situation était revenue à la normale. « En période de pointe les conditions d’accueil deviennent inhumaines », lance un syndicaliste CGT. La semaine dernière, il y a eu ainsi un moment délicat, on a manqué de brancards pour mettre les gens. »

Surtravail

« Nous avons fait le choix depuis deux ans de ne pas fermer en été de lits dans les services de médecine, chirurgie, obstétrique, répond le directeur du CHBA, Philippe Couturier. Cette année, nous sommes amenés à fermer temporairement ce service de soins de suite. Mais en Bretagne, le CHBA est un des établissements avec le moins de fermetures. »

 

Manque d'aides-soignants

La pénurie d’aides-soignants à l’origine de ces fermetures de lits est nationale. Et même en employant des élèves infirmiers, aides-soignants ou médecins les hôpitaux n’arrivent pas à boucler leurs effectifs d’été.Au CHBA, il manque une quinzaine d’aides-soignants selon la direction, une vingtaine pour les syndicats CFDT et CGT. Plus largement la surcharge de travail touche l’ensemble des catégories : aides-soignants, infirmiers, agents et bien sûr médecins.

Des pressions

« Le résultat les personnels s’auto-remplacent. On leur demande toujours plus. Au lieu de deux jours de repos, ils vont en avoir un seul. Ils sont rappelés sur leurs jours de repos, explique Gilles Palaud. Ce sont toujours les mêmes qui disent oui. »

CFDT comme CGT dénoncent des pressions « de l’encadrement sur les personnels non-titulaires ». « Certains doivent même transférer des congés d’été en octobre ou novembre », pointe le cégétiste.Le directeur réagit : « Très ponctuellement cela peut arriver, mais on s’astreint à respecter la prise des congés programmés en janvier et finalisés en mars. ».

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10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 05:20

Depuis près d’un an, nous avons enquêté sur le respect du droit de manifestation pacifique en France. Le constat est sans appel : l’application de l’état d’urgence et un usage disproportionné de la force ont restreint ce droit fondamental de manière préoccupante.

Le droit de manifester est un droit fondamental, indispensable à la liberté d’expression, et à la possibilité de revendiquer ses opinions et ses droits. Il ne peut être restreint qu’à des conditions très strictes . Les autorités ont pour responsabilité de protéger tous nos droits fondamentaux, pourtant, ils sont de plus en plus présentés comme secondaires voire comme des menaces qu’il faudrait donc limiter.

L’ÉTAT D’URGENCE DÉTOURNÉ POUR RESTREINDRE LE DROIT DE MANIFESTER

 

En France, sous l'état d'urgence, 155 manifestations interdites en 18 mois

Depuis novembre 2015 et les terribles attentats qui ont touché la France, l’état d’urgence a été instauré et renouvelé à cinq reprises. Alors que son objet est de prévenir de nouvelles attaques, les mesures de l’état d’urgence ont été utilisées pour interdire 155 manifestations. Tous les 3 jours environ, une manifestation est interdite en France sous ce prétexte. Par ailleurs, 639 interdictions individuelles de manifester ont été ordonnées par les préfectures en France, sous l’argument de prévenir les violences lors des manifestations, alors que le plus souvent il n’existait que peu ou pas d’éléments démontrant que ces personnes auraient participé à des violences.

L’Etat n’a pas été en mesure de prouver pour chacune de ces interdictions qu’elles visaient à prévenir une menace spécifique, qui ne pouvait être évitée qu’en limitant un droit pourtant fondamental. De telles mesures, sans lien démontré avec la lutte contre la menace terroriste, ont un impact démesuré sur le droit des personnes à exercer leur liberté d’expression pacifique.

Ainsi, de nombreuses personnes interdites de manifester avaient simplement été présentes lors de manifestations ayant donné lieu à des actes de violences par des manifestants, mais rien ne permettait de leur reprocher la participation aux dites violences.

639 mesures d’interdictions individuelles de manifester ont été prises contre des personnes dont 21 dans le cadre des manifestations liées à la COP21, et 574 dans le cadre des manifestations contre la loi travail

DES PRATIQUES POLICIÈRES CONTESTABLES

 

Nous avons aussi pu constater un usage récurrent de certaines pratiques de maintien de l’ordre contraires au droit international.

Par exemple, la fouille systématique et la confiscation d’outils de premiers secours, tels que les sérums physiologiques, les lunettes qui ne peuvent pas être considérées comme des armes par destination, empêchent les personnes de se soigner. Le fait que du matériel de premier secours ait été confisqué aux street medics est aussi choquant, car ce matériel peut être indispensable pour prodiguer des soins de première urgence. :

À chaque fois on leur expliquait qu’on avait besoin de ce matériel pour prodiguer les premiers secours aux manifestants qui, par exemple, se sentaient mal à cause des lacrymogènes. Ils nous répondaient qu’on ne devait pas venir en manifestation si on avait peur que les lacrymogènes puissent être utilisés ».

Annaliese, une Street-Medic (secouriste) à Nantes

Des stratégies de maintien de l’ordre peuvent aussi mener à une hausse des tensions et limiter de manière disproportionnée le droit de manifester. Par exemple, l’usage fréquent et prolongé des nasses, cette pratique qui vise à confiner des manifestants pour les empêcher de manifester ou de rejoindre une manifestation, est une atteinte disproportionnée au droit de manifester, en particulier lorsque les personnes « nassées » sont des manifestants pacifiques. Pourtant, il existe des stratégies de maintien de l’ordre qui visent à diminuer les tensions plutôt qu’à les attiser.

UN USAGE DISPROPORTIONNÉ ET ARBITRAIRE DE LA FORCE

UN USAGE DISPROPORTIONNÉ ET ARBITRAIRE DE LA FORCE

 

Notre recherche, confortée par l’observation de plusieurs manifestations, nous a permis de constater le recours par les forces de l’ordre à un usage disproportionné de la force. Selon des témoignages concordants recueillis auprès des streets medics, des bénévoles qui soignent les personnes blessées au cours de manifestations, plus de 1000 personnes auraient été blessées rien qu’à Paris lors des manifestations contre la loi travail. Bien sûr, les actes de violence de la part de certains manifestants à l’encontre des forces de l’ordre doivent aussi être condamnés. Toutefois, ils ne peuvent justifier une violence disproportionnée de la part des forces de l’ordre.

Ces pratiques d’usage de la force, outre qu’elles peuvent avoir des conséquences dramatiques pour les personnes touchées, peuvent également, selon de nombreux témoignages, avoir un impact sur le droit de manifester en lui-même, les personnes ayant peur de revendiquer leurs droits en participant à des manifestations.

Je manifeste depuis mon jeune âge et je n’ai jamais vu une telle agressivité des forces de police. Je suis une femme de 50 ans, cadre dans le secteur privé et pacifique.

Sandrine, manifestante à Rennes.

Elle rajoute « et je veux démentir les autorités qui disent que la police ne s’en est prix qu’aux casseurs lors des manifestations du printemps 2016 ».

DES JOURNALISTES INTIMIDÉS ET VIOLENTÉS

 

Les violences à l’encontre de journalistes et autres travailleurs des médias lors des récentes manifestations ont fait le tour de la presse.

L’usage de la violence de la part des forces de l’ordre contre des personnes filmant ou documentant des manifestations est particulièrement inquiétant car il remet en cause le droit à une information libre. Même en cas de violence, il est du devoir des autorités de permettre aux journalistes de mener à bien leur travail.

Je n’ai pas d’autres explications que d’avoir été visé volontairement car je filmais l’interpellation violente d’un manifestant. Il n’y avait pas d’autres manifestants autour de moi, ils étaient à au moins 20/30 mètres à l’arrière et ils étaient en train de se disperser.

Joël, réalisateur indépendant

MANIFESTER EST UN DROIT, PAS UNE MENACE

 

Une manifestation doit toujours être considérée comme légale a priori, à moins que l’Etat puisse avancer des éléments précis justifiant son interdiction.

De plus, les actes de violences commis pendant une manifestation ne peuvent être imputés qu’à leurs auteurs et ne suffisent pas à qualifier une manifestation de violente.

Ainsi, toute intervention des forces de l’ordre ne doit viser que les individus responsables des violences. Il est du devoir de l’Etat de reconnaitre que les manifestations sont un usage légitime de l’espace public et il doit justifier d’une certaine tolérance envers les éventuelles perturbations non violentes qui pourraient avoir lieu. Pourtant, depuis l’instauration de l’état d’urgence, un glissement dangereux s’est opéré : des stratégies de maintien de l’ordre sont mises en place qui impactent fortement des droits fondamentaux dans l’objectif de prévenir des risques qui pourraient avoir lieu, sans aucune preuve concrète et solide que des événements dangereux pour la nation vont en effet arriver et que la seule solution pour y faire face est la restriction d’un ou de plusieurs droits fondamentaux. Cette logique dangereuse est celle de l’état d’urgence.

Il est temps de mettre un terme à cette dérive : manifester est un droit, pas une menace.

____________________________________________

ENVOYER UN MAIL OU UN COURRIER À EMMANUEL MACRON

 

Vous pouvez copier - coller ce message ci-dessous puis se rendre sur le site de l'Elysée pour y déposer ce texte.

 

Vous pouvez aussi imprimer ce message ci-dessous chez vous et l'envoyer à l'adresse suivante :

 

Présidence de la République

55 Rue du Faubourg Saint-Honoré

75008 Paris

 

A savoir : les correspondances au Président de la République française sont dispensées d'affranchissement

 

Monsieur le Président,

J’ai pris connaissance du rapport d’Amnesty International sur les restrictions abusives au droit de manifester en France depuis l’instauration de l’état d’urgence. Intitulé Un droit, pas une menace. Restrictions disproportionnées à la liberté de réunion pacifique sous couvert de l'état d'urgence en France, il dresse un état des lieux inquiétant des atteintes portées à ce droit fondamental auquel notre pays est profondément attaché, par son histoire comme par ses engagements internationaux.

Ce rapport démontre en effet que des centaines de mesures restreignant de manière injustifiée le droit de circuler librement et le droit à la liberté de réunion pacifique ont été imposées sous prétexte de lutter contre le terrorisme. L’état d’urgence, conçu pour protéger la population française contre la menace de nouveaux attentats, a été utilisé abusivement pour restreindre son droit à manifester pacifiquement. Sous couvert de ce régime d’exception, des centaines de militants, défenseurs de l’environnement et militants pour les droits des travailleurs ont été privés de leur droit de manifester, lorsqu’il leur a été interdit, sans raison, de participer à des manifestations.

Par ailleurs, si je déplore profondément que de nombreux représentants des forces de l’ordre aient été blessés au cours de plusieurs manifestations, je déplore aussi que des milliers de manifestants pacifiques aient souvent été confrontés à un usage disproportionné de la violence par les forces de sécurité. Des matraques, des balles en caoutchouc, des grenades de désencerclement et du gaz lacrymogène ont été utilisés contre des manifestants pacifiques qui ne semblaient pas menacer l’ordre public, faisant un grand nombre de blessés. Les stratégies de maintien de l’ordre employées ont aussi dans certains cas semblé contribuer à attiser les violences et les tensions, plutôt que de les apaiser.

Monsieur le Président, le droit de manifester pacifiquement est un droit essentiel à l’exercice de la liberté d’expression, indispensable au bon fonctionnement de toute démocratie. Vous-même, lors de la campagne présidentielle, vous êtes publiquement engagé à protéger et garantir ce droit.

Le rapport d’Amnesty International porte de nombreuses recommandations. Parmi celles-ci, j’attire votre attention sur les demandes suivantes:

- l’état d’urgence doit être levé dans les plus brefs délais, à moins que les pouvoirs publics n’apportent la démonstration de sa nécessité ;

- tant que ce régime d’exception est en place, les mesures de l’état d’urgence ne doivent pas être détournées de leur objet, à savoir la prévention d’attaques terroristes, pour restreindre abusivement la liberté de manifester. Cela passe par une révision de la loi sur l’état d’urgence, si celui-ci devait être reconduit, ainsi que par des instructions claires données aux préfets ;

- les forces de l’ordre ne doivent utiliser la force qu’en dernier recours, de manière strictement nécessaire et proportionnée à la menace ;

- les violences excessives ou arbitraires commises par les forces de l’ordre à l’encontre des manifestants pacifiques doivent faire l’objet d’une vigilance active des autorités, et être sanctionnées par des enquêtes impartiales et indépendantes.

En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien porter à ces recommandations, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération,

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10 août 2018 5 10 /08 /août /2018 05:17

 

Alors que nous subissons des journées de plus en plus chaudes en France, mieux vaut se mettre à l’ombre pour lire. Ceux et celles qui s’inquiètent des conséquences à venir du réchauffement climatique entameront peut-être la lecture de cet ouvrage de 572 pages intitulé « Drawdown : comment inverser le cours du réchauffement planétaire » (1). 

Il est sorti en France au mois d’avril 2018 et a été coordonné par Paul Hawken, écologiste respecté aux Etats Unis et spécialiste du climat. Dans sa préface, le Français Cyril Dion « espère que cet ouvrage constituera une véritable feuille de route dont se saisiront les élus, les chefs d’entreprise et chacun d’entre nous ». 

Dans la présentation de son projet « Drawdown », Paul Hawken, évoque des années de tâtonnements pour établir une liste d’actions à préconiser pour freiner le réchauffement. Il nous rappelle qu’en 2001 déjà, les Etats Unis s’étaient retirés du protocole de Kyoto adopté en 1997. Georges Bush junior, alors président des Etats Unis, avait précédé Donald Trump dans le déni de réalité.

L’ouvrage dont il est ici question passe en revue une multitude de solutions à faibles émissions de gaz à effet de serre (GES) dans des domaines aussi variés que la production d’énergie, l’alimentation, la conception des bâtiments et des villes, les transports, le recyclage de divers matériaux, ainsi que des pratiques agricoles variées qui vont de la permaculture au sylvopastoralisme. L’ouvrage ne masque jamais les difficultés pour parvenir à de bons résultats. Evoquant le rôle de la houle marine pour produire de l’électricité, il nous indique que « si la force perpétuelle des océans rend ces systèmes possibles, elle est aussi un obstacle. Travailler dans des environnements marins difficiles et complexes représente un véritable défi, qu’il s’agisse de concevoir des systèmes plus efficaces où de construire des installations à mettre en service puis à entretenir au fil du temps. Le sel marin corrode l’équipement et les vagues sont plus multidimensionnelles qu’une rafale de vent », peut-on lire en page 59. Ce rappel des réalités est fort utile quand tel ou tel politicien français nous suggère que la puissance de la houle nous donne une alternative à la fermeture accélérée de nos centrales nucléaires. 

 

Quand l’addiction à l’air conditionné accentue le réchauffement

Dans cet ouvrage, les rotations longues sont préconisées pour l’agriculture. C’est un rappel utile chez nous où quelques décennies de rotations courtes sont en train d’épuiser les sols. Cela est également vrai dans d’autres pays, surtout quand ils sont exportateurs de céréales et de soja. Certains passages de ce gros ouvrage nous montrent comment la volonté d’échapper à certaines conséquences du réchauffement contribue à accentuer ce dernier. Ainsi, « selon Gwyn Prins, professeur émérite à la London School of Economics and Political Science, l’addiction à l’air conditionné est « l’épidémie la plus répandue et la moins remarquée », aux Etats Unis , où la quantité d’électricité produite pour maintenir la fraicheur des bâtiments est équivalente à celle consommée en Afrique , tous usages confondus ». Une information à méditer en France durant ce mois de juillet bien plus chaud que la moyenne de ces dernières années.

Si des solutions sont avancées au fil des pages, le cumul des causes pouvant rendre inévitable un emballement du réchauffement climatique sont également omniprésentes dans ce livre. En témoigne ce passage en page 313 sur l’état des forêts tempérées : « Un monde en réchauffement pose par ailleurs de nouvelles problématiques que les initiatives de restauration doivent désormais prendre compte. Selon certains, nous entrons dans une période de méga-perturbation, qui fait peser sur les forêts tempérées des pressions de plus en plus écrasantes. Les sécheresses sont plus fréquentes, les vagues de chaleur plus longues et les incendies plus graves….». C’est en effet ce qui se passe actuellement avec des incendies non maîtrisés depuis une bonne dizaine de jours en Suède comme en Californie où encore en Grèce et dans les pays baltes.

 

Mettre des arbres dans les prairies 

La forêt étant désormais en danger dans de nombreuses régions du monde, la culture du bois associée à l’agriculture est mise en exergue dans ce livre comme une des solutions les plus pertinentes pour l’avenir. En témoigne cet extrait en pages 421 et 422 : « Il nous est di que le « sylvopastoralisme » consiste à « allier arbres ou arbustes et pâtures pour augmenter les rendements. Le bétail engraisse plus vite et produit une viande de meilleure qualité ». Mais cela nécessite de sortir de la voie inverse choisie pour répondre à la demande sur le marché mondial via les parcs d’engraissements où la nourriture des herbivores devient de plus en plus granivore. On se dit alors que les décideurs politiques et les économistes qui les conseillent devraient lire ce livre en priorité. Mais on sait déjà qu’ils seront les derniers à s’y intéresser.

Gérard Le Puill

 

(1) Drawdown, comment inverser le cours de réchauffement planétaire, de Paul Hawken domaine du possible, acte sud, 570 pages , 35€ , traduit de l’anglais par Amanda Prat-Giral

 

570 PAGES DE SOLUTIONS CONTRE LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE (L’HUMANITE - JEUDI 26 JUILLET 2018 - GERARD LE PUILL)
570 PAGES DE SOLUTIONS CONTRE LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE (L’HUMANITE - JEUDI 26 JUILLET 2018 - GERARD LE PUILL)
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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 09:44

 

Contrairement à ce qu'il affirme, Alexis Kohler n’a pas toujours révélé ses liens familiaux avec MSC et ne s’est pas toujours déporté sur tous les dossiers concernant l’armateur italo-suisse. Des documents officiels du port du Havre, auxquels Mediapart a eu accès, montrent que le plus proche collaborateur d’Emmanuel Macron, quand il siégeait de 2010 à 2012 au conseil de surveillance du Port, a pris part aux discussions et aux votes en faveur de MSC.

Le sujet a manifestement intrigué un membre de la commission de déontologie de la fonction publique en 2014. Sur la déclaration d’Alexis Kohler, transmise en juin de cette année-là, alors qu’il demandait à être mis à disposition de l’administration pour rejoindre l’armateur Mediterranean Shipping Company (MSC), une main anonyme a souligné « Grand Port maritime du Havre » (GPMH), comme pour mieux attirer l’attention sur le silence autour de ce dossier.

Car Alexis Kohler semble ne pas s’être étendu – pas plus d’ailleurs que son supérieur hiérarchique, Rémy Rioux, qui se porte garant pour lui – sur sa présence entre 2010 et 2012 comme administrateur, représentant l’État, au conseil de surveillance du port du Havre. La commission de déontologie a rendu en 2014 un avis défavorable à son pantouflage chez MSC en invoquant uniquement son rôle au conseil d’administration de STX France (les chantiers de Saint-Nazaire), mais n’a jamais évoqué le conseil du Havre. Un port où MSC, deuxième transporteur maritime mondial de marchandises (lire notre enquête), joue un rôle considérable en tant que client, mais aussi en tant qu’opérateur important, puisqu’il contrôle deux terminaux.

Quelle est la raison de ce silence ou de cet oubli ? La réponse est sans doute dans les documents obtenus par Mediapart. Nous avons en effet fait la demande, puis obtenu les procès-verbaux du conseil de surveillance du GPMH durant la période où Alexis Kohler y siégeait comme administrateur, dépêché par l’Agence des participations de l’État (APE) (voir notre Boîte noire). Or ces documents posent question sur l’attitude qu’a pu avoir le secrétaire général de l’Élysée, visé par une enquête préliminaire que le parquet national financier a ouverte. Ils révèlent que, lorsqu’il siégeait comme administrateur au conseil de surveillance du port du Havre, Alexis Kohler n’a jamais informé les autres membres du conseil de ses liens familiaux avec MSC : sa mère est la cousine germaine de Rafaela Aponte, cofondatrice et principale actionnaire, avec son mari Gianluigi Aponte, du groupe de transport maritime, comme l’a révélé notre enquête (voir Alexis Kohler, un mensonge d’État à l’Élysée).

Lorsqu’il est promu comme sous-directeur de l’APE en 2010 et prend la succession de Rémy Rioux comme responsable de la direction des transports et de l’audiovisuel, Alexis Kohler ne peut pas ignorer qu’il est en situation de conflit d’intérêts potentiel au moins sur deux dossier, STX France et le grand port maritime du Havre. Ces deux dossiers, où l’État est en première ligne parce que, dans un cas, il agit en tant qu’actionnaire et, dans l’autre, il s’agit d’un établissement public, sont importants : ils mobilisent l’un comme l’autre beaucoup d’argent public. Mais ce sont aussi deux dossiers essentiels pour MSC – le groupe de son cousin, Gianluigi Aponte –, en quête d’importants soutiens financiers de l’État français.

Pourquoi, si jamais sa hiérarchie a été informée, a-t-elle accepté malgré tout de nommer ce haut fonctionnaire à de tels postes, l’exposant à de tels conflits d’intérêts ? Cette hiérarchie a-t-elle considéré que ces risques étaient mineurs et qu’ils ne justifiaient pas en tout cas de bouleverser l’organisation interne de l’APE ? On n’en saura rien.

Par deux fois, en 2014 puis en 2016, Rémy Rioux, son supérieur hiérarchique d’abord à l’APE puis comme directeur de cabinet du ministre des finances, Pierre Moscovici, s’est porté garant – en lieu et place du ministre, d’ailleurs – d’Alexis Kohler auprès de la commission de déontologie lorsque ce dernier a demandé à rejoindre MSC. « J’atteste que dans le cadre de ses fonctions, Monsieur Alexis Kohler n’a pas été amené à exercer un contrôle ou une surveillance, ni à conclure des contrats, ni encore à proposer des décisions relatives à des opérations réalisées par la société MSC (…) qu’il souhaite rejoindre, ni par ses filiales », écrit-il alors sans hésitation à la commission de déontologie (voir notre enquête). Dans son attestation, Rémy Rioux prend garde de ne se référer qu’à la période où son collaborateur était son adjoint au cabinet de Pierre Moscovici, mais ne parle pas de la période antérieure : celle où ils étaient tous les deux à l’APE.

La question vaut encore plus pour Alexis Kohler. Car même s’il avait le feu vert de sa hiérarchie, il en allait aussi de sa responsabilité personnelle de refuser. Pourquoi a-t-il accepté de siéger au conseil de STX France, devenu un sujet politiquement très sensible, en sachant que MSC était alors quasiment le seul client des chantiers de Saint-Nazaire et qu’à un moment ou un autre, ne manquerait pas de se poser la question du soutien de l’État pour l’aider à passer ce mauvais cap ? La suite a prouvé combien ces aides ont été favorables à MSC : l’État joue le rôle de banquier pour l’armateur. Ce dernier bénéficie aujourd’hui de plus de 1,5 milliard d’euros de garanties financières signées par la puissance publique. Combien de groupes industriels ont obtenu de telles faveurs ?

Le Havre, cible de MSC

Mais à la lumière des documents obtenus par Mediapart, l’interrogation vaut encore plus pour le grand port maritime du Havre. Comment expliquer qu’Alexis Kohler ait siégé sans hésitation au conseil de surveillance du port normand, et soit même devenu membre du comité d’audit, en sachant combien ce dernier est une pièce essentielle dans la conquête du marché français pour MSC ?

D’autant que la période est importante, à ce moment-là, pour le port du Havre. Cruciale même. Car c’est le moment où le Port privatise ses terminaux, où tous les rôles se rediscutent entre les différents acteurs portuaires, où il y a des places et des positions à prendre, dans le nouveau cadre de la réforme portuaire.

En 2008, le gouvernement Fillon a imposé un changement législatif majeur pour l’ensemble des ports français. L’objectif affiché est de relancer les activités portuaires françaises, distancées aussi bien par la Belgique et les Pays-Bas au nord, et par l’Espagne et l’Italie au sud. Dans ce cadre, le rôle des autorités portuaires est redéfini, de nouvelles règles de fonctionnement portant notamment sur l’organisation de la manutention portuaire et sur les dockers sont arrêtées.

Dotés d’une plus grande autonomie, les ports se voient investis de nouveaux pouvoirs pour leur développement, accompagnés par de nouvelles règles de gouvernance. Le conseil de surveillance est donc un lieu très important de décision, tout à la fois pour les grands acteurs maritimes du Port qui sont tributaires ou bénéficiaires de ces décisions, mais aussi pour la vie économique et politique régionale. D’ailleurs, quand il accède à ce conseil de surveillance, Alexis Kohler retrouve dans la même enceinte le tout nouveau maire du Havre, Édouard Philippe, et l’ancien maire de la ville, Antoine Rufenacht, ou encore le préfet et des représentants du conseil départemental et du conseil régional.

À la faveur de cette réforme, le port autonome du Havre (PAH), qui s’est transformé en grand port maritime du Havre (GPMH), veut reconquérir une partie du transport de marchandises, capté par Anvers ou Rotterdam. Son plan stratégique est des plus ambitieux. Il est question de développer une liaison intermodale, afin de permettre aux conteneurs déchargés des bateaux d’être livrés par train dans le nord de l’Europe, ainsi que de prolonger le grand canal du Havre.

Les autorités portuaires, soutenues par l’État et tous les acteurs locaux, ont surtout un grand projet : Port 2000. Il s’agit de créer de nouveaux quais pour tripler la capacité du port du Havre. Ces extensions construites un peu au large doivent permettre à ce dernier d’accueillir des porte-conteneurs géants, avec toutes les infrastructures portuaires disponibles à quai, afin de renforcer son statut de grand port de marchandises. Il vise ainsi à devenir la première plateforme pour l’import-export des véhicules neufs (ici, les quelques chiffres clefs).

Voyant les efforts pharaoniques que la puissance publique est disposée à consentir, tous les opérateurs de manutention décident de prendre pied à Port 2000 et de s’y développer massivement, en signant avec le port des conventions d’exploitation de terminaux (CET). Plusieurs terminaux gigantesques prennent ainsi forme, dont l’un exploité par la Générale de manutention portuaire, alliée au troisième transporteur maritime mondial, la CMA-CGM.

MSC, qui est implanté au Havre, entend bien aussi profiter de cette nouvelle donne et des privatisations à venir pour assurer son ascendant sur le Port. Il contrôle déjà, en association avec la société normande Perrigault, deux terminaux – TNMSC et Seto – au Havre, par le biais de sa filiale Terminal Investment Limited (lire notre enquête sur le mystère MSC). Il veut plus.

À l’époque, le groupe a recours à une tactique qui a fait ses preuves dans sa conquête des ports italiens : il multiplie les engagements, ce qui lui vaut en retour soutien et légitimité auprès des pouvoirs publics, même si le groupe a parfois des difficultés à honorer ses promesses par la suite. Il annonce ainsi qu’il va mobiliser quelque 160 millions d’euros, ce qui « permettra à MSC de faire escaler sur le même site, à toute heure et à toute marée, tout navire de sa flotte », y compris les géants des mers.

« Nous sommes ravis que les travaux aient démarré avec une première livraison, prévue début 2012, en attendant la livraison des autres postes à l’horizon fin 2012. Les nouvelles installations nous permettront de faire escaler nos plus grands navires grâce à un tirant d’eau garanti de 16 mètres. Ceci amènera à coup sûr une hausse d’activité et un développement de MSC au Havre », se réjouit de son côté le directeur général de MSC France, Stephan Snijders, dans le rapport annuel 2011 du GPMH, que l’on peut télécharger ici (pdf, 1 B).

Un développement payé sur fonds publics

Mais à la vérité, c’est surtout l’État et les collectivités locales, c’est-à-dire les contribuables, qui vont mettre la main à la poche pour financer ce projet et accueillir tous les grands armateurs et manutentionnaires.

Comme d’habitude, la Caisse des dépôts et consignations est mise à contribution. « Les actions financières sont en cela intimement liées à la stratégie du GPMH, visant à attirer de nouveaux trafics et à répondre aux besoins des entreprises accueillies sur la ZIP. (...) Pour réaliser ces chantiers, le GPMH a signé un contrat avec la Caisse des dépôts et consignations qui lui permet d’emprunter près de 150 millions d’euros afin d’assurer (sur le long terme) son développement », indique le même rapport annuel 2011 de GPMH.

Mais les aides publiques vont à l’époque bien au-delà. En mars 2016 est publié un rapport de la Cour des comptes sur les exercices 2008 à 2013 du GPMH – couvrant donc la période 2010-2012 pendant laquelle Alexis Kohler occupe ses fonctions d’administrateur du Port. Passé relativement inaperçu au moment de sa publication, il permet de prendre la mesure des engagements publics. Ce rapport peut être consulté sur le site internet de la Cour des comptes ou bien, dans sa version intégrale, sous l’onglet Prolonger associé à cet article.

Le port a réalisé des investissements considérables pour sa modernisation et son extension. Selon le rapport de la Cour des comptes, ces engagements se sont élevés à 443,2 millions d’euros sur la période 2008-2013, dont 302,2 millions d’euros pour le seul projet de Port 2000. Le port a financé lui-même une partie de ces dépenses d’investissement, par ses réserves ou le recours à l’endettement. Mais les finances publiques ont aussi fortement été sollicitées, comme le rapport en établit le constat : « Pendant la période 2008-2013, les 443 millions d’euros d’investissement ont bénéficié de 88,9 millions d’euros de subventions (soit un taux de 20 %). L’État en représente l’essentiel (77,5 millions d’euros). Les contributions des collectivités locales sont limitées (7,9 millions d’euros soit 1,8 % des investissements du GPMH sur la période) et essentiellement apportées par la région Haute-Normandie (6,9 millions d’euros). Les financements européens n’apportent qu’une contribution marginale (2,36 millions d’euros, soit 0,5 % des investissements du GPMH) », peut-on lire.

 

Déclarations d’intérêts

Il est beaucoup question de MSC lors des conseils de surveillance de GPMH, d’après les procès-verbaux auxquels nous avons eu accès. « Nous sommes en danger (…) de voir les grands navires de MSC quitter Le Havre tant que les travaux de TNMSC n’auront pas été faits à Port 2000 », avertit lors d’un conseil le directeur Laurent Castaing, qui deviendra par la suite président des chantiers navals de Saint-Nazaire. « Il ne faut pas croire que MSC puisse ou doive venir automatiquement au Havre », prévient une autre fois le directeur, toujours très attentif aux désirs de son grand client. « MSC est très intéressé par Le Havre, d’autant qu’il a des problèmes de saturation à Anvers » « TNMSC est prêt à commencer les travaux. Il faut l’aider », poursuit-il à l’occasion d’autres conseils.

Au sein du conseil, les échanges sont d’autant plus libres que tout le monde semble ignorer l’étrange situation d’Alexis Kohler. Plusieurs élus siégeant à cette époque au sein de ce conseil de surveillance nous ont attesté qu’ils ignoraient tout de la situation familiale d’Alexis Kohler et qu’ils sont tombés des nues quand ils ont découvert très récemment ses liens avec MSC.

Pourtant, une procédure avait bien été engagée à la faveur des nouvelles règles de gouvernance de GPMH. Chaque administrateur devait faire une déclaration d’intérêts, en précisant jusqu’à ses liens familiaux, selon nos informations. Quelques membres du conseil ont manifestement eu des difficultés à se plier à cette règle, puisque le commissaire au gouvernement chargé de veiller au respect des déclarations d’intérêts fut obligé de faire des rappels à l’ordre. « Il n’est pas prévu que le président du directoire ou le commissaire du gouvernement fassent la chasse systématiquement à ces situations potentielles et c’est à chacun des membres concernés de veiller à signaler des situations potentiellement litigieuses », rappelle-t-il lors du conseil du 25 juin 2010, en soulignant que ces mesures « se justifient pour limiter le risque des membres du conseil de surveillance par rapport au délit de prise illégale d’intérêts ».

Qu’a écrit Alexis Kohler dans sa déclaration d’intérêts ? Nous avons demandé à y avoir accès et la direction du GPMH nous a fait savoir que ces documents étaient, au terme de la loi, détenus par le commissaire du gouvernement auprès du GPMH, qui est actuellement Alexis Vuillemin, par ailleurs directeur des services de transport à la direction générale des infrastructures, des transports et de la mer du ministère de la transition écologique et solidaire. Alexis Vuillemin nous a fait savoir par un courrier que notre demande de communication de la déclaration d’intérêts d’Alexis Kohler ne serait pas satisfaite. Motif invoqué du refus de communication : « Les déclarations d’intérêts (…) sont susceptibles de comporter des informations relatives (…) aux fonctions exercées par le déclarant et sa famille dans les ”sociétés ou organismes” qui sont susceptibles de conclure des conventions avec le grand port maritime. » Alors que la justice s’applique à vérifier si Alexis Kohler n’a pas, dans ses fonctions publiques, avantagé MSC, le groupe de sa famille, le commissaire du gouvernement justifie son refus de nous communiquer la déclaration d’intérêts d’Alexis Kohler en faisant valoir que ce pourrait être une atteinte… à sa vie privée !

Les règles pour prévenir les conflits d’intérêts semblent pourtant avoir été souvent prises en compte au sein du conseil de surveillance de GPMH. À plusieurs reprises, des membres du conseil, à commencer par le maire du Havre Édouard Philippe, se déportent et s’abstiennent de participer à un vote, en invoquant un risque de conflit d’intérêts. Alexis Kohler, jamais.

Les occasions ratées de se déporter

Pourtant, les occasions de se déporter n’ont pas manqué pour lui durant cette période, qui fixe les nouvelles règles pour les acteurs portuaires. Ainsi, le 4 juin 2010, le conseil de surveillance se réunit pour délibérer sur les financements qui devront être dégagés pour le projet de chantier multimodal du Havre. Un sujet majeur pour le port du Havre, comme pour tous les ports d’ailleurs. Pour assurer leur développement et rivaliser avec leurs concurrents, tous ont compris qu’il leur fallait assurer un rayonnement le plus large possible – élargir leur “hinterland”, comme disent les géographes –, en s’appuyant sur le rail, sur l’eau et pas uniquement sur la route.

Dans son rapport, la Cour des comptes le décrit ainsi : « Le chantier multimodal est “la pièce maîtresse” du système industriel de massification, qui comprend également les améliorations du réseau ferré portuaire, la mise en place des équipements de chargement ferroviaires sur les terminaux maritimes, les navettes assurant le transfert entre ces terminaux maritimes et la plate-forme multimodale, ainsi que l’amélioration des conditions d’accès à Port 2000. Il s’agissait de permettre le développement du transport massifié ferroviaire et fluvial, en créant un lieu de regroupement des conteneurs et des caisses mobiles depuis les terminaux et la zone portuaire. »

Ce jour-là, les membres du conseil de surveillance entendent donc d’abord le directeur adjoint des opérations leur expliquer les coûts du projet. Celui-ci leur donne « le montant total du coût du chantier, 140 millions d’euros, qui se répartit en 42 millions d’euros pour le GMPH, 27 millions d’euros pour la société d’investissement et des subventions à hauteur de 70,4 millions d’euros (…). La part de l’État pourrait atteindre 37,5 millions d’euros ».

Le maire du Havre, Édouard Philippe, approuve : « M. Philippe fait remarquer que le chantier multimodal est un très beau projet et que l’on peut collectivement s’en réjouir. »Alexis Kohler se prononce naturellement en faveur du projet, en se félicitant « qu’il puisse avancer aujourd’hui puisque son intérêt stratégique pour le port, dès lors que l’équilibre économique et financier de l’opération est effectivement trouvé, est évident et ne semble être contesté par personne ». Et bien sûr, il le vote. En tant que représentant de l’État, ce choix paraît plus que naturel. Mais le fait-il seulement en tant que représentant de l’État ? Est-il totalement ignorant des grandes ambitions que MSC nourrit dans de tels développements, alors que le groupe commence à poser ses pions dans le port de Trieste, en prenant le contrôle des quais mais aussi en se voulant maître d’œuvre d’un projet multimodal pour transporter par rail les marchandises jusqu’à Vienne et au-delà ? 

Puis les situations embarrassantes s’enchaînent. Le 24 septembre 2010, le directeur du port, Laurent Castaing, explique au conseil que deux sociétés manutentionnaires, dont TNMSC, demandent le rachat par GPMH des biens et des outillages qu’elles vont abandonner sur certains quais, lors de leur déménagement vers Port 2000.

Pour justifier cette procédure exceptionnelle, présentée dans l’urgence, il invoque la crise financière. « Ces deux sociétés sont aujourd’hui en train de négocier avec leurs banques. Les banques réclament à ces sociétés des contreparties, pour des investissements de l’ordre de 50 à 100 millions d’euros. Les sociétés ont remarqué que, dans les conventions de terminal de Port 2000, il est potentiellement prévu que le port, à l’issue des conventions de terminal, puisse leur racheter la partie infrastructure de ces terminaux (le revêtement, les réseaux et éventuellement les bâtiments). Ces sociétés nous sollicitent pour que nous n’attendions pas la fin des conventions de terminal pour affirmer notre volonté de rachat mais que nous le fassions tout de suite », explique le directeur.

« Une société dont les actionnaires ont une robustesse inconnue ou variable »

« Ce n’était pas la philosophie du conseil d’administration du PAH [port autonome du Havre, l’ancêtre du GPMH – ndlr] lors du lancement de Port 2000 dans la mesure où les investissements des opérateurs devaient se faire à leurs risques et périls », concède-t-il. Mais il y a la crise, les circonstances difficiles. « Pour le sort des biens en fin de convention, la proposition est que le Port fasse une promesse d’achat de ces infrastructures, mais pas pour l’ensemble du terminal, car il est important que les opérateurs conservent une part de risque réel sur les terminaux. C’est une façon de les “enraciner” au Havre. La valeur qui ferait l’objet du rachat serait 80 % de la valeur non amortie », poursuit-il.

Lors de la discussion qui s’ensuit, Alexis Kohler apporte sa contribution. Mais d’une drôle de manière : il soutient la proposition avancée par le Port, tout en suggérant qu’elle peut poser problème : « M. Kohler souscrit entièrement à la démarche proposée de conduire cette négociation en deux temps. Il reconnaît que dans ce cas, pour des raisons notamment liées à la conjoncture, le port est amené à jouer le rôle de banquier pour ces opérateurs, en tout cas intervenir financièrement alors qu’il ne devrait pas le faire. Il faut regarder l’intérêt du port mais aussi avec un effet possible de contagion sur les autres opérateurs… », lit-on dans le procès-verbal. Malgré ces précautions oratoires, Alexis Kohler a voté la mesure proposée par Laurent Castaing.

Mais que voulait dire Alexis Kohler en affirmant que le Port a raison de vouloir « intervenir financièrement alors qu’il ne devrait pas le faire » ? Savait-il déjà qu’une telle intervention financière du Port au profit des opérateurs, dont MSC, outrepassait les règles ?

La Cour des comptes, dans son rapport sur le port du Havre, donne une lecture sans ambiguïté : jamais GPMH n’aurait dû entériner une telle disposition de rachat. S’appuyant sur le code général de la propriété des personnes publiques (CGPPP), elle rappelle que « les ouvrages, constructions et installations de caractère immobilier dont le maintien à l’issue du titre d'occupation a été accepté deviennent de plein droit et gratuitement la propriété de l'État, francs et quittes de tous privilèges et hypothèques ».

Pour la Cour des comptes, point de doute : le GPMH a outrepassé le droit. « Le GPMH s’engage ainsi à acheter des biens à l’issue des conventions à des prix dont les modalités de calcul sont fixées à l’avance, alors que le CGPPP prévoit que ces biens immobiliers deviennent gratuitement sa propriété à l’issue de ces conventions. Si le GPMH fait valoir que les conventions d’exploitation de terminal sont des conventions sui generisemportant occupation du domaine public, il n’en reste pas moins qu’à défaut de dispositions législatives leur permettant de déroger aux dispositions législatives du CGPPP, elles doivent être conformes à celles-ci », écrit le rapport. Avant d’enfoncer le clou : même si des dérogations existentelles « ne sont possibles que dans la mesure où elles ne sont pas contraires à la loi ».

Ainsi, en tant qu’administrateur représentant l’État, Alexis Kohler a apporté son soutien à une disposition amenant le port du Havre à se transformer en banquier. Le port a accepté d’apporter une garantie de rachat à deux opérateurs, dont TNMSC, alors que les biens auraient dû devenir « gratuitement et de plein droit la propriété de l’État ».

Non seulement Alexis Kohler ne se déporte pas d’un dossier qui concerne directement MSC, mais il apporte le soutien de l’État à une disposition qui est illégale et qui contrevient à l’intérêt public ! Et tout cela se réalise pour le plus grand bénéfice de l’armateur italo-suisse, sans que le conseil ne s’interroge un instant. Car il est tout de même curieux qu’un opérateur se plaigne d’être en difficulté financière auprès de ses interlocuteurs et promette en même temps d’investir des centaines de millions d’euros au Havre.

TNMSC occupant décidément beaucoup le conseil de surveillance du port du Havre, il en est fréquemment question, notamment lors d’une séance du 30 septembre 2011. Ce jour-là, le conseil examine le ripage (ou, si l’on préfère, le déménagement) du manutentionnaire du quai Bougainville vers Port 2000.

Comme souvent sous la direction de Laurent Castaing, le conseil est appelé à se prononcer en urgence, découvrant quasiment le sujet en séance, sans avoir eu le temps de l’étudier. Le directeur du port ouvre les débats ce jour-là, en insistant sur le fait que ce projet est d’une importance considérable pour MSC. « Je vous rappelle que MSC, second armateur mondial, dès l’idée de la création de Port 2000, a fait acte de candidature. (…) Aujourd’hui, le temps est venu, vu par MSC et TNMSC, de s’installer à Port 2000 », explique-t-il.

Mais dans quelles conditions ce ripage doit-il intervenir ? Et surtout, de combien de postes TNMSC doit-il disposer : trois, comme convenu antérieurement, ou quatre, comme le demande la filiale de l’armateur ? Même si TNMSC ne remplit pas toutes les conditions d’exploitation, ne faut-il pas faire une exception, alors que le développement de Port 2000 est handicapé par une querelle entre deux manutentionnaires, dont l’un – justement l’associé de MSC dans TNMSC – refuse de bouger, malgré les engagements pris ?

Alexis Kohler ne manque pas d’intervenir dans la discussion. D’abord, il revient sur le rachat des biens en fin de convention qui va accompagner l’opération de ripage, et confirme qu’il n’ignore rien de l’illégalité de la mesure adoptée quelques mois auparavant : « Je suis toujours un peu mal à l’aise avec la question du sort des biens en fin de convention. Le Port se trouve à jouer un rôle de banquier que, naturellement, il n’aurait pas à jouer. Cela est un peu gênant », dit-il.

Mais c’est surtout la suite de son propos qui est étonnante : Alexis Kohler fait comme s’il ne connaissait pas MSC, insistant sur la nécessité d’obtenir auprès du groupe de fortes garanties : « Premier point très positif par rapport à la façon dont nous avions vu le dossier en septembre 2010 : cette fois-ci cette garantie est tarifée. Une fourchette nous est présentée et cette garantie se situerait au niveau haut de la fourchette. »

Et parlant de TNMSC, contrôlée à 50 % par MSC, il ajoute : « Cela suppose de se faire une idée sur la robustesse financière de l’opérateur en question. Ce n’est pas le lieu d’en débattre mais j’insiste sur la nécessité d’être extrêmement vigilant et d’être très clair sur le fait qu’il faut faire une appréciation la plus objective possible sachant qu’on a en face de nous une société dont les actionnaires ont une robustesse inconnue ou variable. »

« On a en face de nous une société dont les actionnaires ont une robustesse inconnue ou variable. » On ne saurait mieux dire pour parler de MSC, groupe où l’opacité règne en maître, où tous les intérêts aboutissent dans un trust à Guernesey ! Mais voir Alexis Kohler parler comme s’il ignorait tout du groupe contrôlé par sa famille laisse rêveur.

Avantage concurrentiel

Après cette prise de distance, il poursuit en appuyant la disposition qui va profiter à MSC : « Ce qui affermit ou solidifie la proposition qui nous est faite, c’est le fait que nous ayons un engagement en volume. » Un argument auquel le conseil est très sensible. Malgré les réserves du commissaire du gouvernement, le conseil votera sans hésitation la proposition présentée dans l’urgence par la direction. Et Alexis Kohler avec lui.

Grâce à ce vote, TNMSC a obtenu les quatre postes à Port 2000, comme il le souhaitait, à prix d’occupation domaniale calculé sur des références de 2006 grâce à un avenant voté lui aussi dans l’urgence, et en se faisant racheter ses installations antérieures. Il est le seul à disposer de quais ayant des profondeurs de 17 mètres, contre 15 mètres pour les autres, ce qui lui donne un avantage évident par rapport à tous ses concurrents. Les engagements de volumes pris, en revanche, semblent avoir eu du mal à être tenus. Comme le relève la Cour des comptes, « le projet stratégique a été trop optimiste en ce qui concerne les trafics ». La crise, la conjoncture, n’est-ce pas ?

Dès lors, la position de MSC au Havre est acquise. Par la suite, Alexis Kohler, bien que toujours représentant de l’APE jusqu’en juin 2012, ne reviendra plus siéger au conseil de surveillance. Il ne semble plus y porter le même intérêt et confie son pouvoir de vote à d'autres représentants. Dans le même temps, le conseil change : Laurent  Castaing, jusqu’alors directeur du port du Havre, est nommé, en février 2012, président de STX France. Dans son rapport, la Cour des comptes saluait le changement de direction au port du Havre, soulignant qu’après avoir pris de multiples risques, « on peut néanmoins noter une inflexion dans le traitement du dossier dans le sens d’une plus grande fermeté vis-à-vis des opérateurs avec l’arrivée en 2012 du directeur général actuel ». 
 

Les règles oubliées de la déontologie

À la lecture de ces différents documents, l'attitude d'Alexis Kohler au conseil de surveillance du port du Havre ne laisse guère de place au doute : contrairement à ce qu'il a soutenu, dans ce cas-là, il ne s’est jamais déporté quand les dossiers concernant l’armateur ou ses filiales ont été abordés. Il a pris part aux discussions et il a voté, quitte à entériner des décisions problématiques.

Comment croire qu’il a pu avoir par la suite, au conseil d’administration des chantiers de Saint-Nazaire, comme directeur adjoint de cabinet du ministre des finances, Pierre Moscovici, en tant que directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, un comportement exemplaire et respectueux des lois et de la déontologie ? Qu’il s’est tenu à l'écart à chaque fois que le cas MSC était évoqué ? Tout montre, dans son attitude au Havre – comme par la suite, en mars 2017, sa visite à Bercy en tant que directeur financier de MSC, pour défendre les intérêts de l’armateur dans le dossier des chantiers de Saint-Nazaire (voir notre article) –, qu’il ne s’est guère embarrassé des règles relatives au conflit d’intérêts.

Mais l’attitude d'Alexis Kohler soulève d'autres interrogations. Notamment sur tous ceux qui se sont portés garants de lui. Que dire de Rémy Rioux, qui a accepté de se substituer à Pierre Moscovici pour attester auprès de la commission de déontologie qu’Alexis Kohler n'avait jamais été en situation de porter un avis sur un contrat avec MSC ? Il ne pouvait ignorer les fonctions de son collaborateur au port du Havre – ce dernier lui avait succédé – et les sujets qui se discutaient au conseil de surveillance. Mais Rémy Rioux a préféré passer le sujet sous silence.

La question se pose aussi pour l’attestation faite par Emmanuel Macron en 2016 auprès de la commission de déontologie : soit le chef de l’État a été abusé par celui qui est devenu son principal collaborateur ; soit il a produit sciemment une attestation qui n’est pas conforme aux faits. Des deux hypothèses, laquelle est la bonne ? La réponse à la Cour des comptes, cosignée par le ministre des finances Michel Sapin et le ministre de l’économie Emmanuel Macron, lève en tout cas une interrogation : ce dernier n’ignorait rien des passe-droits concédés à MSC par l’établissement public alors que son principal collaborateur était membre du conseil de surveillance.

Enfin, un nouveau protagoniste est apparu dans cette affaire : Édouard Philippe. Le premier ministre ne connaissait sans doute pas les relations familiales d’Alexis Kohler quand il siégeait comme maire du Havre au conseil de surveillance du Port. Mais il ne pouvait plus être dans l’ignorance après nos révélations et l’ouverture d’une enquête préliminaire. Des souvenirs précis des conseils de surveillance de GPMH lui sont peut-être revenus. Pourquoi a-t-il alors laissé l’Élysée apporter un tel démenti, lui qui savait la réalité des faits ? Parce qu’à l’instar du ministre de l’intérieur Gérard Collomb dans l’affaire Benalla, c’était un dossier qui concernait l’Élysée ?

Sans attendre les résultats de l’enquête préliminaire, ces nouveaux faits soulèvent déjà une grave question : au vu de ce mélange des genres entre intérêts privés et responsabilités publiques, le secrétaire général de l’Élysée peut-il être maintenu dans ses fonctions, au sommet de la République française ?

 

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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 09:42

 

Avant d’entrer dans l’administration Trump, l’ancien banquier d’affaires a fait ses armes au sein de la banque d’investissement Goldman Sachs, où il est passé maître dans l’art de la finance offshore.

En mars dernier, Gary Cohn, principal conseiller économique de Donald Trump et directeur du Conseil économique national, claquait la porte de la Maison-Blanche après treize mois de bons et loyaux services. Profondément libéral, la décision protectionniste du président américain de taxer de 25 % les importations de fer et de 10 % celles d’aluminium ne pouvait pas passer. Il laisse toutefois une empreinte bien visible : la réforme fiscale adoptée le 20 décembre 2017, qui baisse entre autres l’impôt sur le bénéfice des sociétés de 35 % à 21 %. Une mesure qui profite évidemment aux plus riches. Selon le Tax Policy Center, 61,8 % des avantages fiscaux concernent seulement le 1 % des ménages les plus aisés.

Mais Gary Cohn a bien d’autres performances à son actif. Après un diplôme en finance, il entame sa carrière chez US Steel, un producteur d’acier américain, avant d’entrer au New York Mercantile Exchange, Bourse spécialisée dans l’énergie et les métaux. Il est recruté en 1990 par la banque Goldman Sachs. Les choses sérieuses commencent pour ce petit-fils d’immigrés polonais, à l’ambition galopante. Il gravit alors les échelons jusqu’à se hisser au poste de président et directeur d’exploitation de Goldman Sachs de 2006 à 2017.

Première tempête pour le numéro deux de la firme : la banque, qui était la principale conseillère de la Grèce fin 2009 – en pleine période de crise –, est accusée d’avoir spéculé sur la faillite de l’État. Le pays devait réussir à convaincre Bruxelles qu’il arriverait à respecter son plan d’austérité. La machine Goldman Sachs, emmenée par Gary Cohn, aide alors le gouvernement de Georges Papandréou à gérer sa dette colossale. Si, d’une main, les banquiers s’affairent à conseiller le pays, touchant au passage des commissions intéressantes, de l’autre, la banque spécule contre l’État. En 2010, le Spiegel et le New York Times révèlent comment la banque-conseil a aidé la Grèce à maquiller ses comptes publics puis ses emprunts depuis 2001. Gary Cohn se justifiera devant le Congrès des États-Unis à propos du rôle de Goldman Sachs dans la crise financière de 2008.

En novembre 2017, le scandale des Paradise Papers éclate au grand jour. Sans grande surprise, le nom de Gary Cohn est cité dans les 13,5 millions de documents confidentiels provenant du cabinet d’avocats Appleby. Dans le viseur : les sociétés offshore. Ses 26 années de carrière chez Goldman Sachs refont surface. Alors que l’ancien banquier commence son travail de conseiller économique de Trump – empochant au passage des indemnités de licenciement de 284 millions de dollars lors de son départ de la banque –, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICJI) révèle qu’il était à la tête de 20 sociétés offshore affiliées à Goldman Sachs basées dans les Bermudes, et vice-président de deux autres.

Il a dirigé ces sociétés de 2002 à 2006 pendant qu’il occupait le poste de responsable de la division taux, change et matières premières. Rien d’inhabituel pour Goldman Sachs, qui affirme qu’il s’agit là d’une pratique courante. Interviewé par la chaîne de télévision américaine CNBC, Gary Cohn déclarait ne pas être « embarrassé du tout, c’est comme ça que le monde fonctionne ». Lorsque a été posée la question de savoir si l’objectif était d’éviter l’impôt, il a répondu qu’ « il y a pu avoir des conséquences fiscales ».

 

Le guide touristique de la fraude : Trinité-et-Tobago

 

Petit État insulaire des Caraïbes situé près du Venezuela, Trinité-et-Tobago est un poids lourd de l’évasion fiscale. Il était même le seul et unique pays à figurer sur la liste noire des paradis fiscaux de l’OCDE lors de sa publication en juin 2017. Une liste si édulcorée qu’elle en est « risible » pour l’ONG Oxfam, « l’OCDE ayant tout fait pour aboutir à une liste noire vide ». L’organisation avait alors précisé dans un communiqué que « Trinité-et-Tobago, qui figurait auparavant dans la catégorie des pays non coopératifs, n’a pas été en mesure de démontrer des progrès permettant un changement de catégorie ». L’État insulaire ne respectait pas les critères de transparence en matière fiscale et ne montrait aucune volonté de mettre en œuvre les normes internationales minimales en matière de lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (mesures anti-BEPS, BEPS signifiant « érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices » en anglais) afin de réduire l’évasion fiscale des entreprises. Depuis, Trinité-et-Tobago tente de se racheter une réputation en intégrant le projet BEPS de l’OCDE. L’État a également conclu avec la France une convention en vue d’éviter la double imposition et de prévenir l’évasion fiscale en matière d’impôt sur le revenu.

Émeline Rojo

 

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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 06:50

l'Humanité
Asile et immigration. Les sages saisis sur un texte « nauséabond » !

Socialistes, communistes et insoumis ont déposé un recours devant le Conseil constitutionnel pour s’opposer au projet de loi, qui porte atteinte à des principes fondamentaux.

«Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République. » C’est notamment sur la base de ce 4e alinéa du préambule de la Constitution de 1946 que les trois groupes de gauche à l’Assemblée nationale ont déposé un recours devant le Conseil constitutionnel vendredi. En cause, le fait que le projet de loi asile et immigration, adopté définitivement mercredi, « méconnaît de manière manifeste le droit d’asile », écrivent les communistes, insoumis et socialistes dans un communiqué commun.

Ainsi, leurs groupes – Gauche démocrate et républicaine, France insoumise (FI) et Nouvelle Gauche – détaillent les points qui, selon eux, contreviennent à la loi fondamentale. La réduction du délai de traitement des demandes d’asile, passée de 11 à 6 mois, « porte atteinte au respect des droits de la défense », étant donné qu’elle aura « très concrètement pour effet de priver les demandeurs et demandeuses d’asile des garanties procédurales conditionnant l’effectivité du droit d’asile ». Alors que la loi acte une limitation du droit du sol à Mayotte – seuls les enfants dont au moins un parent a vécu régulièrement sur l’île durant 3 mois minimum avant leur naissance peuvent prétendre à la nationalité française –, les groupes dénoncent une mesure qui « porte atteinte au principe d’indivisibilité de la République et au principe d’égalité ». À leurs yeux, elle « remet en cause les règles essentielles et anciennes en matière de nationalité ».

Adopté mercredi par 100 voix contre 25, et 11 abstentions (8 LaREM, 3 Modem), le texte a surtout contenté l’exécutif. Vantant une synthèse mêlant pragmatisme et humanité, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, s’est dit « fier que les décisions prises par notre administration se traduisent par un éloignement effectif du territoire pour celles et ceux qui ne relèvent pas de l’asile ». En question, notamment, le doublement de la durée maximale du séjour en centre de rétention, qui passe de 45 à 90 jours et facilite ainsi la reconduite à la frontière. « Hormis de rares mesures protectrices, cette loi instaure principalement des mesures renforcées de restrictions, de contrôles et de “tris”, à des fins d’empêchement d’entrée ou d’expulsion et de bannissement du territoire », a réagi au lendemain du vote la Cimade. Pour l’association, ce « code de la honte » amplifie « la politique migratoire actuelle, déjà fortement attentatoire à la dignité et au respect des droits fondamentaux des personnes ». Même son de cloche du côté des députés de gauche. Pour le socialiste Alain David, le texte est « mis au service d’une politique du chiffre au détriment de la possibilité réelle pour certains migrants de faire valoir leurs droits ». « Même sous Nicolas Sarkozy, la France n’était pas allée aussi loin », tance quant à elle l’élue FI Clémentine Autain. Et Elsa Faucillon (PCF) d’y voir un texte « extrêmement grave et dangereux », et même « nauséabond » : « Il a pourtant été largement applaudi par les députés de la majorité, joints parfois par les députés du Rassemblement national. »

Après l’acte fort du Conseil constitutionnel, qui consacrait le 6 juillet « le principe de fraternité », l’adoption de la loi asile et immigration a permis un assouplissement, et non une suppression, du « délit de solidarité ». Elle exonère de poursuites tout individu « lorsque l’acte reproché n’a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte et a consisté à fournir des conseils ou accompagnements juridiques, linguistiques ou sociaux, ou toute autre aide apportée dans un but exclusivement humanitaire ». Reste le statu quo du gouvernement sur la rétention des mineurs. S’opposant à son interdiction demandée par la gauche, il l’a renvoyée à une future proposition de loi, élaborée par la majorité LaREM et déposée d’ici à la fin de l’année.

Droit d'asile et immigration, contre le texte nauséabond de Collomb, les groupes communistes, FI, socialistes à l'Assemblée saisissent le conseil constitutionnel (L'Humanité)
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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 06:31
350 jours que Salah Hamouri est embastillé en Israël. Son crime: être un avocat franco-palestinien au service des droits de l'homme (Mouvement des Jeunes Communistes de France)

Mouvement Jeunes Communistes de France (MJCF) : "Aujourd'hui, cela fait 350 jours que notre compatriote, camarade et ami Salah Hamouri est emprisonné sans raison dans les geôles israéliennes. À quand sa libération ? Le gouvernement français est beaucoup trop complaisant avec le gouvernement d'extrême-droite israélien ! Continuons à faire pression sur le gouvernement de Macron pour faire libérer Salah !"

Appel des élus bretons pour la libération de Salah Hamouri: 175 signatures d'élus, 10 collectivités finistériennes qui s'engagent, et pourtant Jean-Yves Le Drian n'a pas eu un mot sur Salah Hamouri lors de sa visite en Israël!

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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 06:24
Pascal Maurieras (deuxième à gauche, avec Claude Léostic, présidente de la plateforme des ONG pour la Palestine à sa droite) est arrivé hier à l’aéroport de Roissy. Sylvain Goldstein/CGT

Pascal Maurieras (deuxième à gauche, avec Claude Léostic, présidente de la plateforme des ONG pour la Palestine à sa droite) est arrivé hier à l’aéroport de Roissy. Sylvain Goldstein/CGT

GAZA. PIRATERIE ISRAÉLIENNE, SILENCE DE LA FRANCE

Paris n’a toujours pas réagi face aux violences commises par Israël. Le militant CGT Pascal Maurieras, passager de la flottille, est rentré hier.

Combien de ressortissants français devront être tabassés, arrêtés, emprisonnés puis expulsés par Israël pour que le gouvernement de la France réagisse ? La question est posée. Outre Salah Hamouri, avocat franco-palestinien en détention administrative depuis 351 jours, en moins de quinze jours, Sarah Katz, membre de l’Union juive française pour la paix (UJFP), et Pascal Maurieras, un marin syndiqué à la CGT, ont été traités comme des « terroristes » par Israël. Leur crime ? L’un et l’autre se trouvaient à bord de bateaux qui cinglaient vers la bande de Gaza avec à leur bord des cargaisons d’équipements médicaux pour la population de ce territoire palestinien soumis à un terrible embargo israélien depuis onze ans, en toute illégalité. Au mépris du droit international ! Ces embarcations qui faisaient partie d’une Flottille pour Gaza – dont l’intention pacifique avait été rendue publique avant même le départ – ont été arraisonnées dans les eaux internationales par la marine israélienne.

L’arraisonnement est déjà en soi un acte grave. Mais Sarah Katz, sur le site de notre journal (1), a raconté l’attitude des soldats israéliens, particulièrement violents, n’hésitant pas à frapper, notamment avec des Taser – ces matraques électriques –, le capitaine du bateau ainsi que certains passagers. Des affirmations corroborées par Pascal Maurieras, revenu hier en France, et qui ont vivement fait réagir la CGT. « La capture d’un bateau humanitaire de la Flottille de la liberté, sur lequel se trouvait l’un de nos militants, nous a amenés à réagir très fermement et à interpeller le gouvernement, notamment en envoyant un courrier recommandé au ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, pour lui rappeler les faits et lui demander ses intentions quant à notre camarade alors emprisonné en Israël, explique Pascal Bouvier, membre de la direction confédérale de la CGT. Nous l’invitions à diligenter pour faire cesser les actes de piraterie militaire et maritime envers les convois humanitaires et pacifiques, à saisir les organisations internationales afin que le gouvernement israélien soit condamné lourdement et cesse de se comporter en violation du droit international et à ce que la France exerce de vraies actions pour faire respecter les droits des Palestiniens. » Pour l’heure, aucune déclaration officielle française n’est venue condamner ce qui s’apparente pour beaucoup d’ONG à un acte de piraterie, ni les violences commises à l’encontre de ressortissants français.

 
Pierre Barbancey et Eugénie Barbezat
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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 06:10
Etat-nation juif: l'extrême-droite déchire Israël (Marie Sémelin, Libération - 7 août 2018)

Minorités, défenseurs des droits de l’homme et opposition dénoncent la loi votée le 19 juillet, réservant notamment le droit d’autodétermination aux seuls juifs et faisant perdre à l’arabe son statut de langue officielle au côté de l’hébreu. Des dizaines de milliers de Druzes, pratiquant une religion issue de l’islam, se sont rassemblés samedi à Tel-Aviv.

Place Rabin à Tel-Aviv, en sueur et la voix cassée, l’ancien général Anwar Saab sort de scène. Un sourire aux lèvres, il contemple les drapeaux druzes déployés. Quelque 50 000 personnes scandent « égalité ». « On ne veut rien d’autre, dit-il. Nous acceptons tout à fait que cet Etat soit à majorité juive. Mais on ne veut pas d’un côté des droits pour les juifs et de l’autre des minorités de deuxième classe. » Il fait partie des leaders de la protestation, aux côtés d’autres officiers, et veut un amendement qui statuerait l’égalité pour tous les citoyens : c’est la minorité druze, d’habitude quasi mutique, qui a donc pris la tête de la contestation contre la loi dite de « l’Etat-nation », qui a inscrit dans le marbre le 19 juillet le caractère juif de l’Etat hébreu, en faisant fi du reste de la population.

Service militaire

Numériquement, les Druzes pèsent peu : 2 % de la population, 130 000 personnes. Mais symboliquement, ils représentent beaucoup : l’alliée historique de l’Etat hébreu, l’exemple pour Israël de la bonne intégration, celle d’une communauté arabophone, pratiquant un islam très hétérodoxe, et dont les tenues traditionnelles (large pantalon noir et moustache pour les hommes, voile blanc pour les femmes) s’affichent dans les couloirs de l’aéroport de Tel-Aviv pour promouvoir la diversité de l’Etat.

Les Druzes font le service militaire, contrairement au reste de la minorité arabophone. Dans la vieille ville de Jérusalem, aux portes de l’esplanade des Mosquées, ils essuient régulièrement les insultes des habitants palestiniens, irrités de les voir choisir l’autre camp. Depuis l’adoption de la loi, leur voix s’est fait entendre, disant l’humiliation.

Intellectuels

Plusieurs officiers de l’armée ont démissionné avec fracas. Des ex-chefs d’état-major, de la police, se sont publiquement opposés à la loi. Un journaliste, Riad Ali, a évoqué dans un long monologue télévisé « l’assassinat du rêve israélien » : « Chaque soldat druze est devenu mercenaire à l’instant où cette loi a été votée, dit-il, très ému. Je n’ai pas à me sentir israélien, et l’Etat ne peut plus me le demander. Ce mot a disparu. Ne restent plus ici que des juifs et des non-juifs, et moi, je suis un non-juif ». Face à leur colère, des membres du gouvernement, comme Naftali Bennett, le très à droite ministre de l’Education, ont reconnu la « plaie ouverte » de leurs « frères druzes ». Pour une sortie de crise, le Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, avait, dans un premier temps, proposé une nouvelle version du texte reconnaissant les droits des Druzes et des minorités effectuant leur service militaire, ainsi qu’un soutien financier à la communauté. Mais la rencontre, jeudi, avec les représentants druzes a été écourtée car, selon les médias israéliens, l’un des leaders aurait dénoncé un « apartheid ».

L’objection à cette loi va bien au-delà des habituels « gauchistes » montrés du doigt par la droite nationaliste. Les députés arabes de la Knesset, les organisations de défense des droits de l’homme et des centaines d’intellectuels, artistes, écrivains, dont David Grossman et Amos Oz, ont dénoncé une attaque contre « les fondements d’un Etat juif et démocratique ». Un député du parti Union sioniste a aussi démissionné d’un Parlement « raciste ». L’opposition, y compris de centre droit, s’insurge contre la loi. Jusque dans les rangs du Likoud, le parti de Nétanyahou, un parlementaire s’est risqué à dénoncer le texte.

Le président d’Israël, Reuven Rivlin, issu du même parti, a dit son opposition. Le pays tremble sur ses bases car le texte touche à la nature même de l’Etat : juif et démocratique, réaffirmé comme tel dans ses « lois fondamentales », faisant office de Constitution et complétant la déclaration d’indépendance, où il se veut moderne, conforme aux principes universalistes et garantissant « l’égalité sociale et politique à tous ses habitants sans distinction de religion, de race ou de sexe ».

Langue arabe

Pour Nétanyahou, premier défenseur de cette loi à valeur constitutionnelle, définir le pays comme « Etat-nation du peuple juif » ne fait qu’inscrire noir sur blanc la réalité et « l’une des raisons d’être de cet Etat », disait-il la semaine dernière en réponse aux critiques. De fait, la majorité du texte réaffirme des symboles : son drapeau, ses fêtes, sa langue, son calendrier hébraïque. Les accusations de discrimination se sont cristallisées sur d’autres articles, semblant viser la minorité arabe du pays, souvent perçue comme un cheval de Troie palestinien dans l’Etat hébreu, et qui représente 18 % de la population, descendants des Palestiniens restés sur le territoire israélien après la création du pays en 1948.

La loi s’attaque d’abord à la langue arabe, qui perd son statut de langue officielle pour un statut « spécial » et flou, qui semble n’avoir pour but qu’une rétrogradation humiliante, car, précise le même article, elle gardera sa place dans l’espace public. La loi réserve aussi au « seul peuple juif » le droit à l’autodétermination. Un autre article définit le développement des « localités juives » comme « priorité nationale » : version allégée d’une première mouture qui autorisait des localités à choisir leurs résidents sur une base ethnique ou religieuse, mais qui, devant les cris de terreur poussés par les juristes israéliens, a été modifiée.

Pas trace des mots « égalité » ou « démocratie ». Un choix, pour Samy Cohen, chercheur au Ceri-Sciences-Po et spécialiste d’Israël : « L’Etat a été pensé par ses pères fondateurs comme juif et démocratique, mais cet équilibre n’a jamais été parfait. Après avoir vu l’aspect démocratique progresser dans les années 70-90, avec notamment le développement de la société civile et le renforcement de la Cour suprême, nous voyons depuis près de dix ans un contre-mouvement de la droite et de l’extrême droite, pour qui la dimension juive doit dominer. Cette loi en est le reflet, et pour la première fois, l’inégalité des citoyens est inscrite dans l’équivalent de la Constitution. »

La population arabe du pays, elle, se sent déjà discriminée. « Je n’ai pas besoin de cette loi pour avoir moins de droits, s’énerve Aya, la vingtaine, qui vit dans le quartier arabe de Jaffa, dans le sud de Tel-Aviv. Regardez qui vit dans les kibboutz : il n’y a que des juifs. Moi, je n’ai pas le droit d’y habiter. » Le gouvernement n’a que faire de cette opposition attendue des Arabes, qui s’époumonent depuis des semaines, mais il doit donc maintenant gérer celle, embarrassante et inattendue, des Druzes. Plusieurs recours ont été déposés devant la Cour suprême. Mercredi, la Knesset se réunira pour une session extraordinaire à la demande de l’opposition. Thème des débats : « Les atteintes aux valeurs d’égalité et de démocratie ».

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