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Dans un article pour La Nouvelle critique de novembre 1971, Oscar Niemeyer revient sur le dernier panneau de son exposition au Musée des Arts déco à Paris de 1965. Il s’y référait à ses nombreux projets dans le monde et les mettait en parallèle avec ses engagements : « ...j’avoue que je ne me sens pas pour autant réalisé. Mon travail s’est limité jusque-là à des œuvres gouvernementales et à des immeubles bourgeois, il n’a jamais atteint les classes défavorisées. (…) Pour cette raison, je me tourne vers la vie, intéressé aux problèmes sociaux, et engagé dans la lutte contre la misère, la guerre et l’impérialisme. »
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Dans la suite de l’article, il semble combler ce vide en expliquant : « Cela prouve, mes amis, l’importance que j’accorde au fait d’avoir élaboré le siège du Parti communiste français, parti frère, le parti de la classe ouvrière, marqué par un passé glorieux de luttes et de sacrifices... »
Pour lui le projet « demandait une architecture simple, inventive et différente, susceptible d’exprimer ce monde qui surgit sans préjugé, sans injustice et que représente dans son essence l’objectif du PCF (…), une marque de la société socialiste qui s’impose déjà avec la force d’une nécessité. »
Oscar Niemeyer était un grand amoureux de la France, de ses écrivains et de Paris où il a habité durant son exil. Cet élément est également à prendre en compte dans son enthousiasme, d’autant que Paris lui offre une ouverture sur l’Europe et le monde. C’est de France qu’il élaborera le plus de projets.
Dans un des quartiers les plus pauvres de la capitale, alors en pleine rénovation, où l’on voyait encore des maisons aux façades murées, délabrées, des appartements souvent insalubres, le siège du PCF semblait pour le moins anachronique à certains. C’était sans compter, comme le disait Wolinsky, que « rien n’est jamais trop beau pour la classe ouvrière », mais surtout qu’Oscar Niemeyer voyait dans le siège du PCF une «œuvre qui constituera dans cette ville, j’en suis sûr, un exemple de l’architecture contemporaine, et même, permettez-moi de le dire, un point d’attraction et de tourisme. Un bâtiment aux formes nouvelles, simples, sans finitions luxueuses et superflues : la maison du travailleur. »
Élaboré et construit dans les années 60, en pleine guerre froide, ce bâtiment et son rideau de verre contrastait pour le moins avec le fameux rideau de fer. Interrogé dans le même numéro de La Nouvelle critique, Georges Gosnat, le trésorier du PCF, déclarait : « Oui, pour la première fois dans l’histoire de notre pays, un parti fait de son siège une maison de verre. Personne ne peut douter que ce problème avait un caractère politique qu’il fallait affronter. C’est ce que nous avons fait et nous l’avons résolu selon notre méthode, c’est-à-dire avec la plus grande confiance dans notre peuple. »
Cinquante ans plus tard, ce bâtiment reste une exception pour le siège d’un parti politique et il est bien devenu un point d’attraction et de tourisme, l’affluence lors des journées du patrimoine, le nombre de visites sollicitées, par des particuliers, des associations, des lycées, collèges, voire des écoles primaires et bien sûr d’écoles d’architecture et des Beaux-Arts.
Gérard Pellois
Romancière, traductrice, éditrice, et maître de conférence, Laura Alcoba a vécu en Argentine jusqu'à l'âge de 10 ans. Elle a publié aux éditions Gallimard "Manèges: Petite histoire argentine" (2007), "Jardin blanc", "Les passagers de l'Anna C.", "Le bleu des abeilles" (2013), et en 2023, "Les rives de la mer douce" au Mercure de France
J'ai eu la chance de rencontrer Laura Alcoba et Valéria Selinger aux rencontres littéraires "Les échappées du livre" à Avranches.
Début juin, elles étaient toutes deux invitées également au festival de Moguériec.
Laura Alcoba s'est fait connaître avec un premier roman d'une grande beauté "Manèges", sous-titré "Petite histoire argentine" où elle nous raconte ses mois de clandestinité quand elle était enfant, à 7-8 ans, avec sa mère, militante montonera à La Plata, en 1975, sous la menace du régime et des hommes des commandos de l'AAA, la Alianza Anticomunista Argentina qui enlèvent, torturent et tuent les militants de gauche, les Montoneros, les militants de l'extrême-gauche, les communistes. Les Montoneros étaient une organisation politique argentine péroniste de gauche, influencée par le christianisme social au départ, qui dût rentrer dans la clandestinité et fut contrainte de pratiquer la lutte armée entre 1970 et 1979.
L'émotion de la remémoration est partout présente, et traitée avec beaucoup de pudeur, de grâce et de subtilité: dans les visites en prison à son père, militant montonero lui aussi, arrêté et prisonnier politique, avec qui, après une fouille humiliante qui met à nu, elle converse dans un langage des signes complice, mise en joue par les militaires qui pointent les fusils et mitraillettes sur leurs visages. Un père qui ne sortira de prison que 6 ans plus tard, en 1981. Dans le portrait de la rayonnante Diana, enceinte de Clara Anahi, qui sera vraisemblablement kidnappée par les militaires pour être adoptée après l'exécution de sa mère, si solaire et courageuse, et de son père quelques mois plus tard. Dans le rappel de la douleur des grands-parents, contraints de cacher leur petite-fille pour éviter les mouchardages des voisins. Dans la souffrance de la mère, dont le visage s'affiche dans les journaux du régime, qui la présentent comme une "ennemie publique n°1". Dans l'évocation de la relation de la petite fille avec l'Ingénieur, qui construit la cachette où elle logée l'imprimerie clandestine des Montoneros pour laquelle travaille la mère de Laura, dans la maison des Lapins, une planque de la périphérie de la Plata, cet Ingénieur qui sera à l'origine de l'extermination du groupe de militants montoneros de "La Casa de los conejos", soit qu'il l'ait infiltré, soit qu'il ait été torturé et l'ait "donné", l'interprétation que retient le magnifique film inspiré de "Manèges" de Valeria Selinger, elle même, comme Laura Alcoba, née en Argentine (où ses parents étaient des militants des Jeunesses communistes) et vivant à Paris, "La Casa de los conejos", réalisé en 2020.
"Manèges" se lit d'une traite, en quelques heures: il nous replonge dans la noirceur des années de plomb latino-américaines où les Américains, Kissinger et Nixon au premier chef, la CIA, ont organisé l'opération CONDOR pour financer tous les mouvements violents d'extrême-droite qui pourraient lutter contre la contagion communiste en Amérique du sud, dans leur chasse gardée, après la révolution cubaine, transformant le Chili, l'Argentine, la Bolivie, le Paraguay, le Brésil, l'Uruguay, en lieu de chasse ouverte à l'encontre des militants progressistes et marxistes et en enfer carcéral. En Argentine, il y eu au moins 10 000 victimes et disparus de la dictature de Videla et des répressions anticommunistes et progressistes qui l'ont précédée du temps d'Isabel Peron. Au Chili, le coup d'Etat de Pinochet et l'affreuse répression qui s'ensuivit fit au moins 6000 victimes.
Dans Le bleu des abeilles, au titre inspiré d'une lecture commune de la jeune fille de dix ans, exilée au Blanc-Mesnil, et de son père - La Vie des abeilles de Maurice Maeterlinck - Laura Alcoba, aujourd'hui auteure de plus de 5 romans, traductrice de romancières argentines (notamment le très beau "Les Vilaines" de Camila Sosa Villada, ou encore Selva Almada: "Sous la grande roue", "Après l'orage"), maître de conférence, nous raconte dans un superbe récit progressant par petites touches et anecdotes évocatrices son arrivée en France, plusieurs mois après l'exil de sa mère, sa relation épistolaire à son père, encore en prison, et son adaptation à l'exil, à la banlieue parisienne, et à l'école primaire Jacques-Decour, ainsi que sa découverte émerveillée et merveilleuse de la langue française.
On ne saurait trop recommander la lecture des romans de Laura Alcoba et le film de Valéria Selinger, par ailleurs autrice de documentaires sociaux, "La Maison des lapins" (ou "Casa de los conejos"), adaptant "Manèges", qui fut un immense succès en Argentine, plusieurs fois réimprimé, avec une jeune actrice magnifique, un merveilleux film sur l'enfance, la résistance, avec la peur en toile de fond, et en bande originale la très belle musique du frère de Diana, tuée le 24 novembre 1976 avec 8 militants montoneros dans la "Casa de los conejos" accueillant l'imprimerie du journal des montoneros attaquée par l'armée au mortier.
Ismaël Dupont
Genre : DramePays d'origine : Argentine, France, EspagneDurée : 1 h 34 minRéalisateur : Valeria SelingerScénariste : Valeria SelingerProducteurs : Oscar Marcos Azar, Luis Ángel Bellaba, Arnaud Boland, Cathy Coopman, Carlos Martínez, Susana Rizzuti, Valeria Selinger Synopsis : Laura n’a que huit ans mais elle sait déjà que pour survivre elle doit se taire. Même ses grands-parents doivent ignorer son nouveau nom et l’adresse de l’élevage de lapins qui sert de couverture à l’imprimerie clandestine où elle se cache avec sa mère et d’autres militants qui luttent contre la dictature et tentent d’échapper aux escadrons de la mort qui les recherchent.
Le Sénat a largement voté, le 12 juillet, le projet de loi « plein-emploi », imposant notamment une inscription automatique des bénéficiaires du RSA sur la liste des demandeurs d’emploi ainsi qu’une obligation de travail et un régime de suspension des aides perçues. Des mesures jugées « scandaleuses » par Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT.
Les bénéficiaires du RSA (Revenu de solidarité active) pourraient bientôt être inscrits d’office sur la liste des demandeurs d’emploi, contraints de signer un « contrat d’engagement » leur imposant, sauf situations particulières, de travailler quinze heures par semaine, et soumis à une nouvelle mesure dite de « suspension-remobilisation » leur coupant leur allocation en cas de non respect de leurs obligations. Le Sénat a voté, le 12 juillet, le projet de loi pour le « plein-emploi », actant notamment ces bouleversements redoutés par les élus de gauche, les syndicats et de nombreuses associations d’aide aux plus précaires.
Ces mesures, dont certaines ne figuraient pas dans le texte initial du projet de loi, avaient fait leur retour dans la version du texte amendée en commission des Affaires sociales, en juin dernier, et cristallisent, depuis, de nombreuses critiques, longuement détaillées dans un avis, publié le 6 juillet, par la défenseure des droits. Cette dernière estime ainsi que « ce renforcement des obligations d’insertion socioprofessionnelle porte des atteintes disproportionnées ou discriminatoires aux droits et libertés des bénéficiaires du RSA ».
Jugeant ce dispositif dit « de remobilisation » des publics précaires infantilisant à leur égard, Claire Hédon rappelle que « l’alinéa 11 du préambule de la Constitution de 1946 reconnaît un droit à l’aide sociale, impliquant une obligation pour l’État de garantir des moyens convenables d’existence à ceux qui sont dans l’incapacité d’en bénéficier grâce à leur travail
Un principe fondamental que les élus de gauche, mobilisés pour tenter de supprimer ces deux articles - « en rupture avec les principes fondamentaux de notre protection sociale », selon l’écologiste Raymonde Poncet Monge -, ont tenté, en vain, de défendre dans un hémicycle majoritairement à droite. Les sénateurs sont allés jusqu’à infléchir certaines dispositions du texte, dans le sens d’un durcissement, en imposant un contrat fixe de quinze à vingt heures d’activités hebdomadaires, là où le texte laissait place à une certaine souplesse.
« On en parle peu, mais le projet de loi plein-emploi est une nouvelle attaque contre les personnes en situation de précarité. Un PJL libéral et infantilisant » , a dénoncé le sénateur socialiste Hervé Gillé, sur son compte Twitter, traduisant la levée de boucliers face à ces mesures qui, selon la CGT, « derrière l’objectif du plein-emploi, s’attaquent aux précaires plutôt qu’à la précarité ».
Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, jugeant cette réforme « scandaleuse », a plus spécifiquement souligné les difficultés que poserait cette obligation de travail, en particulier pour les mères bénéficiaires du RSA, « assignées au foyer à devoir prendre en charge les enfants», alors que « 50% des enfants de moins de trois ans n'ont pas de mode de garde », faute de place en crèche ou d'assistante maternelle.
Les sénateurs du groupe CRCE (Communiste, républicain, citoyen et écologiste) ont également réagi. Pointant le décalage de ce texte avec la volonté d’apaisement prônée par Emmanuel Macron, ils dénoncent, par la voix de leur présidente et sénatrice de Seine-Saint-Denis, Éliane Assassi, des mesures consistant à « renforcer le contrôle des chômeurs et les sanctions des bénéficiaires du RSA ».
Le texte, porté par le ministre du Travail Olivier Dussopt, prévoit par ailleurs d’autres bouleversements, dont la refonte à partir de 2024 de Pôle emploi, qui deviendrait ainsi France Travail et s’inscrirait dans un réseau du même nom, combinant plusieurs acteurs (collectivités territoriales, l’État, les missions locales, Cap Emploi...).
Avant d’être définitivement soumis à l’adoption du parlement, le projet de loi devra être examiné à l’automne par l’Assemblée nationale.
Invité d’honneur d’Emmanuel Macron ce 14 Juillet, le premier ministre indien met au pas la démocratie. Suprémaciste patenté, il est une pièce maîtresse de la stratégie de la France dans l’Indo-Pacifique.
Quoi de mieux, un 14 Juillet, que de recevoir « l’empereur des cœurs hindous » et de l’inviter à dîner dans un lieu – le Louvre – marqué de l’empreinte de la monarchie française ?
En cette Fête nationale, le président Emmanuel Macron s’inscrira dans une tradition qui court depuis Nicolas Sarkozy et consiste à dérouler le tapis rouge sang aux dictateurs et autres zélotes du nationalisme.
Après le Syrien Bachar Al Assad, le Tunisien Zine El Abidine Ben Ali, l’Égyptien Hosni Moubarak, place à un autre partenaire stratégique en la personne du premier ministre indien, Narendra Modi, un suprémaciste patenté. Le temps où Nelson Mandela était l’invité d’honneur, le 14 juillet 1996, paraît loin.
La contemplation par Emmanuel Macron et Narendra Modi de la Liberté guidant le peuple suffira-t-elle à redonner son lustre républicain à la réception ? Convié pour la cinquième fois en France, à l’occasion du 25e anniversaire du partenariat stratégique qui lie New Delhi à Paris, le chef du gouvernement indien ne sera sans doute pas tenu comptable des violations des droits de l’homme perpétuées en toute impunité dans son pays.
Qui se souvient que Narendra Modi était interdit d’entrée sur le territoire états-unien, au début des années 2000, pour avoir couvert, alors qu’il était gouverneur du Gujarat, les pogroms antimusulmans qui avaient fait plus de 2 000 morts ? C’est à ce titre qu’il accède à l’époque au statut de Hindu Hriday Samrat, « empereur des cœurs hindous ».
Les frontières se sont depuis ouvertes au mépris de la déchéance de nationalité pour 1,9 million de musulmans dans l’Assam, de la révocation de l’autonomie du Cachemire, des attaques de la milice du Rashtriya Swayamsevak Sangh (Association des volontaires nationaux, au sein de laquelle Narendra Modi a fait ses armes) contre les syndicalistes, les progressistes, les communistes, les journalistes… La liste a beau s’étendre jusqu’à l’écœurement, la stratégie indo-pacifique mise sur pied par les États-Unis afin d’endiguer l’influence chinoise vaut bien le sacrifice de la Fête nationale.
Avec un bémol, comme le souligne Olivier Da Lage, chercheur à l’Iris : « Ni la France ni l’Inde n’envisagent ce concept d’Indo-Pacifique autrement que comme une coopération ad hoc au sein d’un ensemble au cadre général, mais pas trop contraignant. »
Emmanuel Macron, qui a récemment fait connaître son souhait de voir la France assister au sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) en août, a également le souci de ne pas voir les pays du « Sud global » s’émanciper trop fortement dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et les tensions avec la Chine.
Héritières d’une tradition de non-alignement quelque peu écornée, les autorités indiennes entendent mettre à profit ce déplacement pour approfondir le partenariat stratégique et « s’affranchir progressivement de la dépendance à l’égard des armements russes sans se retrouver dans un tête-à-tête trop exclusif avec les États-Unis », souligne Olivier Da Lage.
Aux yeux de l’Inde, la France, qui dispose de territoires dans les océans Indien et Pacifique et partage déjà des bases militaires avec son alliée, a ainsi un rôle clé à jouer. Cliente de l’industrie de l’armement française, New Delhi serait en passe de commander 26 Rafale Marine et trois sous-marins.
Dans ce contexte, le silence radio s’impose à l’Élysée. En 2018, Emmanuel Macron avait servi la propagande suprémaciste en se rendant à Varanasi, ville sacrée et vitrine nationaliste de Narendra Modi, lui-même reçu avec tous les honneurs un an plus tard au château de Chantilly (Oise).
Jeudi soir, il s’adressera à la diaspora indienne acquise à sa cause. Si les réseaux nationalistes sont puissants à l’étranger et contribuent largement au financement des campagnes électorales du premier ministre indien, un rassemblement, ce 13 juillet à la place d’Iéna, à Paris, se chargera de rappeler que « la plus grande démocratie du monde est en danger avec un gouvernement de plus en plus autoritaire ».
Voir aussi, le communiqué du PCF:
Disparition Né à Brno, en Tchécoslovaquie, l’écrivain est mort à Paris, à l’âge de 94 ans. Entré de son vivant dans « la Pléiade », il affirmait avec force que pour « être libre et déjouer l’autorité, il faut en rire ».
Milan Kundera s’est éteint le 11 juillet, à Paris. Il avait 94 ans. Il a été l’auteur de dix-sept romans mémorables dont, d’abord, La vie est ailleurs (prix Médicis étranger en 1973), la Plaisanterie et l’Insoutenable Légèreté de l’être, en 1984, après quoi il décida de ne plus apparaître dans les -médias grand public.
Il naît le 1er avril 1929, à Brno, capitale de la Moravie, en Tchécoslovaquie, à 130 km de Vienne. De la mère, on ne saura pas grand-chose. Le père, Ludvik, élève du compositeur Leos Janacek, est un excellent pianiste, futur recteur de l’Académie de musique de Brno après la guerre. Dans l’appartement de la rue Littré, près de Montparnasse, où Kundera a longtemps vécu avec son épouse Véra, trônaient sur son bureau, outre une photo du grand écrivain autrichien Hermann Broch (1886-1951), son maître en littérature, un portrait de son père et un autre de Janacek. La musique fut pour Milan Kundera un élément capital. Il jouait du piano.
Après ses études secondaires à Brno, il en vient, à partir de 1948, à la littérature et à l’esthétique à Prague et aborde la « théorie du roman », avant de se tourner en cours d’année vers l’audiovisuel, à la Famu, faculté de cinéma. Inscrit au Parti communiste en 1947, il est, depuis ses 16 ans, un militant enthousiaste. Il acquiesce au « coup de Prague » organisé par Moscou. L’année d’avant était sorti son premier texte, dédié à son professeur de piano, Pavel Haas, dont il épousera brièvement la fille. En 1950, en raison d’un acte considéré comme délictueux, il est exclu du Parti communiste. Cela donnera la Plaisanterie, dont Ludvik, le personnage principal, a des ennuis pour avoir écrit « Vive Trotski ! » sur une carte postale.
À la même époque, il rencontre Véra Hrabankova, de six ans sa cadette, qui joue au théâtre avant de devenir une vedette du petit écran. Kundera achève ses études en 1952 et réintègre le Parti en 1956, avant l’exclusion définitive en 1970, à la suite de ses prises de position publiques.
Durant les années 1960, il choisit le roman. Il est un intellectuel encore proche du Parti. Ses premières œuvres littéraires datent de ces années-là. En juin 1967, il inaugure le IVe congrès des écrivains tchécoslovaques. Sa contribution s’intitule : « Rendre à la littérature sa qualité et sa dignité ». Les écrivains d’alors marquent avec force leur désaccord envers la ligne politique des dirigeants du Parti. Kundera en tête. Il a déjà achevé la Plaisanterie. Le livre est « à l’observation » dans les bureaux de la censure. Contre toute attente, il paraît en avril 1967. L’année suivante, alors que le printemps de Prague bat son plein, Kundera est même distingué par le Parti. À Paris, Gallimard prépare sa traduction pour l’automne 1968. Aragon se charge de la préface, admirative, chaleureuse. Dans cette atmosphère de liberté neuve, Kundera compose Risibles amours, recueil de nouvelles sur les relations intimes sous le prisme d’une parole dysfonctionnelle, sans oublier les questions d’identité et d’authenticité (les faits se changent en leur contraire).
Dans la nuit du 20 au 21 août, les chars soviétiques entrent dans Prague. Après une réhabilitation au sein du Parti au temps de la déstalinisation (1956), il perd son poste d’enseignant. Ses livres, introuvables en librairies, disparaissent des rayons des bibliothèques. Période de vaches maigres, évoquée dans le Livre du rire et de l’oubli.
Il continue d’écrire et c’est La vie est ailleurs, publié pour la première fois à Paris. Il s’y penche avec ironie sur le « stupide âge lyrique », à travers la figure de Jaromil, jeune poète, son double, qu’il suit de sa naissance jusqu’à sa mort précoce à 20 ans. Jaromil est un Rimbaud pris au piège de la révolution. Ce roman tient lieu de catharsis pour Kundera, qui s’y confronte à son passé de militant et à son être d’artiste. Le couple Véra-Kundera est alors mis sur écoute. Filatures, courriers interceptés, ouverts…
Le 20 juillet 1975, ils quittent la Tchécoslovaquie en Renault 5. Direction la France avec une autorisation de séjour de « 730 jours ». Il a 46 ans. Elle a 39 ans. À l’arrière du véhicule : des caisses de livres, à l’avant, des vinyles. Ils s’installent à Rennes . Kundera y est professeur invité en littérature comparée (son cours porte sur « Kafka, ses interprètes, le roman et l’Europe centrale ») jusqu’en 1979, année où il est élu à l’École des hautes études en sciences sociales et où la nationalité tchécoslovaque lui est retirée. Mitterrand lui octroie la nationalité française deux ans plus tard. Il reste sous surveillance de la StB, les services de renseignements tchécoslovaques.
Il s’installe à Paris, rue Littré avec Véra. Il s’épuise à écrire ses cours, phrase par phrase, en français sans pouvoir improviser, ce qu’il aime pourtant. Il enseigne Hermann Broch, Kafka, Musil, Dostoïevski… Il développe et approfondit les idées qui donneront lieu à ses essais sur l’Art du roman puis aux Testaments trahis… La langue française maîtrisée, il se lance dans la correction des traductions de ses livres, tous entièrement revus par ses soins. En 1982, il achève l’Insoutenable Légèreté de l’être. Une adaptation en a été tirée pour le cinéma, réalisée par Philip Kaufman et Jean-Claude Carrière. Il a écrit en 1981 une pièce en trois actes Jacques et son maître en hommage à Diderot, mise en scène par Jacques Lassalle. En 1990, ce sera l’Immortalité, méditation sur le monde de l’écrit envahi par les images. En 1993, il achève la Lenteur, sa première œuvre écrite en français. Viendront ensuite l’Identité et l’Ignorance.
En mars 2011, Kundera, en deux volumes, est dans « la Pléiade », accédant de son vivant à l’illustre collection. Il avait mis comme condition sine qua non qu’elle ne comporte aucune note, préface, commentaire ni appareil critique. Il a encore écrit la Fête de l’insignifiance. En 2019, l’ambassade de la République tchèque en France lui restituait sa citoyenneté initiale. Il aimait ce vers de son compatriote romantique, le poète Karel Macha (1810-1836) : « Un sourire léger à la bouche, une tristesse profonde au cœur ».
Juillet 1953, un portrait de Maurice Lurot est posé rue du Ruisseau à Paris, là où il vendait l’Humanité Dimanche. Mémoire d’Humanité/Archives dép. de la Seine-Saint-Denis
Le secrétaire national du PCF s’est adressé au président de la république pour rappeler les tragiques événements qui se sont déroulés il y a 70 ans. La police a tiré sur une manifestation durant la Fête nationale, faisant sept morts, des travailleurs algériens et un métallurgiste français membre du PCF et de la CGT.
es livres d’histoire n’en font pas état. Pourtant cette violence va s’exacerber avec la montée du mouvement pour l’indépendance de l’Algérie. Les responsables de la police parisienne font d’ailleurs se servir de ce 14 juillet 1953 pour créer de nouvelles unités répressives, les « compagnies d’intervention ». Celles-ci von s’illustrer dans la capitale française d’abord avec le massacre des Algériens en octobre 1961 puis la répression sanglante de la manifestation de Charonne, le 8 février 1962.
Jusqu’à présent, l’État n’a rien fait. Seule la municipalité de Paris, à l’initiative du groupe communiste, a fait apposer une plaque rappelant la mémoire des sept victimes.
« Le PCF n’entend pas oublier. Il s’incline devant les tués et les blessés », souligne Fabien Roussel qui « demande solennellement au président de la république de reconnaître officiellement la responsabilité de l’État dans cette tuerie. » Une nouvelle bataille commence.
les balles du 14 juillet 1953:
Un drame s'est déroulé en plein Paris: à la fin d'une manifestation célébrant la révolution Française, sept manifestants sont tués par balles une centaine de blessés et plus de 40 blessés par balles. Daniel Kupferstein, auteur réalisateur, a sorti un documentaire sur cette page sombre de notre histoire:
https://www.youtube.com/watch?v=EaFPW4YbQQk&feature=youtu.be