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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 09:54
Pour un nouveau modèle agricole

Dans la "Revue du projet n°41", Xavier COMPAIN, responsable du secteur Agriculture du Conseil National du PCF, s'est exprimé sur la question de l'agriculture.

Ce texte date de novembre 2014 mais garde toute son actualité.

Alors que la colère monte dans le monde agricole comme en atteste l'actualité, Xavier Compain, responsable du secteur Agriculture du Conseil national du PCF, dresse un état des lieux. Il dessine les contours d'un nouveau modèle de production agricole conjuguant l'impératif écologique à la nécessité de nourrir l'humanité.

Le mécontentement dans le monde agricole est très puissant. Des biens publics ont été dégradés à Morlaix. Quel regard portez-vous sur la situation ?

Le nombre d’exploitations agricoles n’a cessé de diminuer depuis plusieurs décennies. En 10 ans, un quart des exploitations agricoles a disparu. La majorité des agriculteurs est victime d’un modèle agricole productiviste, qui dans un contexte de libéralisation des marchés agricoles, conduit certains à s’agrandir ou à intensifier leur activité alors que d’autres sont condamnés à cesser leur métier. L’agriculture est de plus en plus duale avec une minorité d’entreprises agricoles de plus en plus grandes intégrées aux marchés internationaux et aux filières agro-industrielles et beaucoup d’agriculteurs qui vivent souvent dans une grande précarité et dont l’activité est remise en question au gré des crises agricoles. Il y a trois fois plus de suicides chez les agriculteurs que dans la population totale. De nombreux jeunes renoncent à s’installer. Le montant des investissements nécessaires, les perspectives de revenus et le difficile accès au foncier (coût et concurrence) constituent autant de freins à l’installation. Le renouvellement des générations en agriculture est actuellement insuffisant pour maintenir le nombre d’exploitations agricoles qui continue à s’effondrer au rythme de 20 000 par an.

L’agriculture s’inscrit aujourd’hui dans de puissantes filières agro-financières dominées par l’aval et par l’amont (agrobusiness et grande distribution). Les récents scandales alimentaires témoignent des dérives de l’agro-industrie, fondée sur la recherche du moins-disant social et environnemental et où priment les seuls intérêts financiers. Le développement des firmes en amont et en aval s’accompagne d’une captation croissante de la valeur ajoutée agricole au détriment des agriculteurs et des consommateurs et d’une détérioration de la qualité des aliments.

Depuis les années 1990, la libéralisation des marchés agricoles a peu à peu succédé aux efforts entrepris les décennies précédentes pour disposer de politiques agricoles fortes afin d’assurer la sécurité alimentaire. Depuis 1992, les réformes successives de la Politique agricole commune (PAC) dans le cadre de l’offensive libérale, ont progressivement conduit à la suppression des outils de régulation et à l’ouverture des marchés agricoles à la spéculation financière, ce qui entraîne une forte volatilité des prix agricoles. Le système d’aides directes, fondamentalement injuste et créateur de rentes, favorise la concentration de la production au sein de chaque pays et renforce la concurrence entre les agricultures européennes et entre l’Europe et de nombreux pays du Sud. Lors de la récente renégociation de la Politique agricole commune (2014-2020), le Front de gauche comme le Parti de la gauche européenne (PGE) ont dénoncé la soumission de l’agriculture européenne à la mondialisation libérale.

Cette dernière mouture de la PAC poursuit le démantèlement des mécanismes de protection douanière et de gestion des marchés (quotas laitiers en 2015) alors qu’elle favorise les mécanismes d’assurances privées. En matière écologique, le « verdissement » de la PAC n'aura constitué qu’un écran de fumée. Le système d’aides directes restera inégalitaire entre territoires et entre agriculteurs. Les rentes de situation seront maintenues pour les plus grosses entreprises.

Le gouvernement ne porte pas de projet de rupture avec le modèle actuel, mais un projet d’agriculture « duale » : certes il affirme sa volonté de soutenir l’agriculture biologique mais au nom du respect de la « diversité » de l’agriculture, il ne remet pas en cause le libéralisme pour la majorité des systèmes et sur la plus grande partie du territoire au nom de la « compétitivité » de l’agriculture. La colère des légumiers bretons était empreinte de tous ces maux qui minent l'agriculture, même si je pense que cibler des biens publics était mal choisi.

Dans les ventes militantes de fruits et légumes organisées avec le Modef, vous dénoncez les marges de la grande distribution qui étranglent les producteurs comme les consommateurs. Comment y remédier ?

Les stratégies de marge de la grande distribution continuent d'être appliquées sans vergogne. Les gouvernements successifs depuis deux décennies ont au travers des lois de modernisation (LME) et de régulation économique (LRE), permis aux distributeurs d'avoir les coudées franches. Faute de police des prix, la puissance publique laisse les producteurs subir des prix d'achat trop souvent inférieurs au coût de production.

Pour la distribution, l'accroissement des importations vise à compresser toujours plus les prix d'achat aux producteurs. Cette dernière qui affiche maintenant l'approvisionnement en fruits et légumes low cost, aux conditions de dumping social et environnemental quasi affichées.

Le ticket de caisse des consommateurs flambant, le plus grand nombre d'entre eux ne peut satisfaire les recommandations de la santé : consommer cinq fruits et légumes par jour. Pour couronner le tout, les pratiques salariales de ce secteur sont malheureusement souvent à la pointe de la déréglementation du travail : des salariés contraints au travail à durée déterminée, horaires dérégulés, rupture conventionnelle… Face aux actionnaires de ces groupes dominateurs, il ne peut suffire d'en appeler à leur simple « responsabilité » pour « ne pas spéculer sur une baisse des cours » comme l'a indiqué récemment le ministre de l'Agriculture aux parlementaires, à la manière d'un ancien président de la République qui voulait moraliser le capitalisme.

Quelles sont vos propositions ?

Si pour nous communistes l'augmentation des salaires, la revalorisation des pensions, porter le SMIC à 1 700 euros sont les conditions de conquête du pouvoir d'achat, nous proposons dans l'immédiat le blocage des prix des denrées alimentaires de base.

Rémunérer justement les producteurs et mieux répartir la valeur ajoutée dans les filières agricoles est essentiel à toute ambition de nouveau type de développement agricole. L'initiative de vente solidaire de fruits et légumes du PCF, en partenariat avec le syndicat agricole MODEF pose l'exigence d'encadrement des marges et pratiques de la grande distribution. Propositions auxquelles les parlementaires communistes donnent un prolongement dans les hémicycles, en demandant l'application immédiate du coefficient multiplicateur. Nous en faisons un des premiers engagements de gauche nécessaire et responsable.

Le PCF défend l'agriculture paysanne. Quels en sont les contours ?

Le PCF s’engage pour un nouveau modèle agricole produisant une alimentation saine et de qualité, accessible à tous ; assurant une juste rémunération aux agriculteurs, comme aux salariés des filières agroalimentaires ; créant des emplois par une réappropriation sociale et une relocalisation de l'alimentation, et contribuant à engager la transition agro-écologique de l’agriculture.

Une véritable révolution des modes de production est nécessaire pour passer à une agriculture agro-écologique, respectueuse de la santé des agriculteurs, des salariés de l’agriculture et de la population, protégeant l’environnement et la biodiversité et contribuant à la lutte contre le changement climatique. Repenser les systèmes de production et les pratiques agricoles est indispensable. La production doit s’orienter vers des systèmes plus écologiques, autonomes et diversifiés, faiblement consommateurs de ressources non renouvelables (carbone fossile) pour sortir des impasses dans lesquelles la logique productiviste a conduit l’agriculture française. Il nous faut aujourd’hui stopper la consommation toujours plus importante de pesticides et d’herbicides de synthèse, inverser le processus d’hyperspécialisation des territoires qui occasionne des pollutions environnementales, fragilise l’économie territoriale ou éloigne la production des bassins de consommation.

La relocalisation des productions et le développement de circuits de proximité constituent un des fondements de la transition écologique de l’agriculture. Il s’agit de développer les productions fourragères, en les associant étroitement aux productions animales et aux autres productions végétales, afin de reconquérir notre indépendance protéique (utilisation de plantes fourragères produisant des protéines à partir de l’azote atmosphérique) et de diminuer l’utilisation d’engrais chimiques, tout en limitant les contaminations de l’environnement par les nitrates ; de rapprocher les lieux de production et d’utilisation des produits agricoles (consommation humaine et transformation) afin de diminuer les coûts et les conséquences écologiques du transport, tout en facilitant l’accès à tous à des produits de qualité. Le PCF défend une politique foncière rénovée pour juguler le processus d’urbanisation des terres agricoles et stopper la spéculation sur les terres dans l’attente d’un changement d’affectation du sol. Il faut soustraire les élus locaux aux pressions qu’ils subissent pour l’artificialisation (perte de leur caractère agricole) des terres de leur territoire. Cette politique foncière doit également permettre d’inverser le processus de concentration de la production et garantir l’accès au foncier des jeunes agriculteurs qui souhaitent s’installer et des plus petites exploitations, notamment à proximité des villes où la spéculation foncière est la plus forte.

La création d’emplois directs dans le secteur agricole et la fin de l’exclusion des exploitations les plus fragiles sont indissociables de notre projet car l’agriculture paysanne requiert beaucoup plus d’emplois. Il s’agit également d’inverser le processus de concentration de la terre et de la production qui condamne à la diminution inexorable du nombre d’exploitations agricoles. L'agriculture paysanne vise aussi l’amélioration des conditions de travail pour les agriculteurs et les salariés : travailler moins et mieux, diversifier les tâches, améliorer la sécurité au travail, mais aussi retrouver le sens du travail avec le vivant. Il faut repenser le travail saisonnier, le statut des aides familiaux et évidemment la place des femmes dans le secteur (paysannes ou salariées dans l’industrie de la transformation).

Est-ce un modèle en mesure de répondre aux besoins de l'humanité ?

Le modèle agricole que nous voulons doit assurer une juste rémunération des travailleurs de l’agriculture sans quoi l’attrait du métier de paysan et la pérennité et la croissance des emplois sont compromis. La restauration de prix agricoles rémunérateurs passe aussi par la remise en cause de l’alignement des prix agricoles sur les cours mondiaux calqués sur les producteurs les plus compétitifs – souvent au mépris du respect des droits des travailleurs et de l’environnement. Les marchés agricoles doivent être sortis de la logique de libéralisation et régulés. La politique agricole doit répondre aux objectifs de satisfaction des besoins humains en assurant la souveraineté alimentaire des Européens tout en préservant et en renforçant les agricultures fragilisées des pays du Sud. Le PCF souhaite le renforcement des mécanismes de régulation des marchés agricoles. Les politiques agricoles européenne et française doivent soutenir les systèmes agricoles qui maintiennent ou créent des emplois et qui préservent l’environnement. Il faut abandonner la ritournelle libérale qui pose en principe la recherche d’une plus grande « compétitivité » de l’agriculture. Le budget de la PAC doit être maintenu mais la répartition des aides doit être complètement repensée pour viser une plus grande justice et servir l’objectif de transition écologique de l’agriculture.

L'année internationale de l'agriculture va se clore fin 2014, alors qu'à tous les niveaux les défis alimentaires sont à relever. L'agriculture paysanne, la pêche artisanale sont de nature à répondre à l'ambition d'un nouveau type de développement humain durable auquel veut répondre le projet communiste.

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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 09:47
Rémunérez le travail paysan

Par Patrick Le Hyaric

Jeudi, 23 Juillet, 2015 - L'Humanité

Le président de la République doit saisir le Conseil européen, la Commission et le Parlement européen pour porter le débat sur de nouvelles organisations communes de marché incluant des prix de base et une régulation des volumes. C’est urgent !"

Rien d’inutile dans le plan d’urgence gouvernemental en faveur de l’élevage. Il pourra peut-être donner temporairement un petit ballon d’oxygène à certains éleveurs.

Mais, soyons francs ! Il n’est une nouvelle fois qu’un emplâtre sur une jambe de bois.

Qu’on ne se laisse surtout pas abuser par cette nouvelle et impressionnante valse des millions annoncée devant des caméras surchauffées. C’est souvent le même argent que les gouvernements successifs recyclent, avec des reports de… reports de cotisations et de charges.

Au bout du compte, il faut quand même payer, continuer à souffrir et… tout perdre.

Jamais les grandes banques qui se nourrissent de l’endettement paysan ne sont mises à contribution, pas plus que les compagnies d’assurances, et encore moins les grandes sociétés de l’industrie, de l’agroalimentaire et de la grande distribution qui se gavent.

Il ne suffit pas de les exhorter à mieux payer les produits agricoles de base. Il faut agir en légiférant. Ce qu’a refusé le gouvernement face aux amendements communistes durant le débat sur le nouveau code libéral Macron, après celui de la Sarkozye qui, derrière le vocable de « loi de modernisation de l’économie », constitue une parfaite panoplie de fragilisation des paysans face aux mastodontes de la distribution. Le fond du problème est là !

Le fameux marché libre n’est que l’organisation du pillage du travail paysan qui a transféré près de 15 points de valeur créée par les éleveurs vers les secteurs d’aval de la production. Le président de la République doit saisir le Conseil européen, la Commission et le Parlement européen pour porter le débat sur de nouvelles organisations communes de marché incluant des prix de base et une régulation des volumes. C’est urgent ! Personne ne peut accepter le risque de disparition de 20 000 à 50 000 élevages avec les emplois induits qu’ils génèrent, à moins de considérer qu’on peut ainsi en finir, au nom de la sacro-sainte rentabilité, avec le modèle français d’agriculture paysanne. Empêchons ce massacre social et les fractures territoriales aggravées. Ce fameux « label France » sera inopérant si on n’augmente pas le pouvoir d’achat de l’ensemble des salariés dans toute l’Europe au lieu de poursuivre l’ensemencement du poison de l’austérité. L’intérêt général commande d’élaborer un nouveau projet agricole européen humain et durable

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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 12:40

Gérard Le Puill Lundi, 20 Juillet, 2015 - L'Humanité

Soumis à la double peine des prix bas du fait de la mondialisation capitaliste et de l’augmentation des coûts de production imputables à la sécheresse, les éleveurs ont mené des actions spectaculaires ces derniers jours. Stéphane Le Foll promet de le recevoir jeudi prochain, alors qu’un rapport sur les prix des produits agricoles doit lui être remis la veille.

Ceux et celles qui s’informent régulièrement sur l’Humanité n’auront as été surpris par les actions menées ce week-end et poursuivies aujourd’hui par les éleveurs normands autour de Caen. Qu’ils produisent de la viande bovine, de la viande porcine ou du lait de vache, nous avons montré depuis plusieurs semaines que la situation des éleveurs devenait intenable. Dans ces trois productions, les prix payés aux paysans ne couvrent pas les coûts de production. A l’issue de réunions tenues au ministère de l’Agriculture en mai et le 17 juin, les abatteurs et les distributeurs s’étaient engagés à sur une hausse du prix du kilo de carcasse de bovin de 5 centimes par semaine durant douze semaines afin de parvenir à une augmentation globale de 60 centimes du kilo vers la fin de l’été.

Les mêmes avaient aussi donné leur parole pour une augmentation de 20 centimes du kilo de carcasse de porc dont le prix du marché au cadran de Plérin dans les Côtes d’Armor sert d’indicateur. Dans un cas comme dans l’autre, les engagements des abatteurs et des distributeurs ’ont pas été tenus, chacun accusant l’autre de ne pas avoir joué le jeu. Résultat, le prix du kilo de carcasse de porc était en légère baisse au début du mois de juillet par rapport à la dernière semaine de juin et il en était de même pour les jeunes bovins de boucherie comme pour les vaches de réforme.

S’agissant du lait, la sortie des quotas en avril 2015 a mis fin aux limitations des volumes à produire dans les 28 pays membres de l’Union européenne. Certains pays dont l’Allemagne, les Pays Bas, l’Irlande et la Pologne avaient déjà augmenté leur production et gardé plus de vaches que les années précédentes en vue de produire plus de lait à partir de cette année. Leur but était de gagner des parts de marché dans les pays non membres de l’Union européenne pour la poudre de lait, le beurre et certains fromages. Mais l’embargo russe décrété en août 2014 en rétorsion aux sanctions économiques prises par l’Europe contre la Russie a durablement fermé la porte à une partie des surplus laitiers européens. Comme les importations chinoises sont également moins importantes que prévues, il en résulte en Europe une surproduction laitière. Quand il y a surproduction, les industriels de la transformation laitière fabriquent davantage de beurre et de poudre de lait, deux produits stockables dont les cours mondiaux s’orientent alors à la baisse. Voilà pourquoi le prix moyen du lait payé aux producteurs a chuté de 17% depuis 2014 passant d’un prix moyen de 365€ les 1.000 litres à 305 € en ce début d’été 2015.

S’exprimant samedi lors d’un déplacement en Lozère, François Hollande a déclaré : « Je lance un appel à cette grande distribution, pour qu’elle offre aux consommateurs de la qualité et aux agriculteurs un prix ». Réplique facile de Jacques Creyssel , de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution : « les distributeurs ont joué le jeu , pour la viande comme pour le lait. Nous demandons que le médiateur (nommé par le gouvernement, ndlr) vérifie que cela a été le cas à tous les échelons de la filière. Dans nos rayons viande, notre marge est négative», a-t-il ajouté.

Cela peut arriver en effet pour deux raisons que le consommateur a du mal à saisir. Les viandes sont souvent des produits d’appel mis en promotion. Mais ce sont alors les abatteurs qui paient la note en baissant leur prix de vente à la grande enseigne. Quand elle met de la viande en promotion, la grande surface cherche à faire venir plus de clients dans ses magasins en se disant qu’ils y feront toutes leurs courses une fois entrés. Voilà à quoi servent les prix d’appel sur la viande. Mais il y a souvent une part d’invendus plus ou moins importante qui finira à la poubelle, voire sera donnée aux organisations caritatives pour cause de date limite de vente. Quand au consommateur « malin », il va congeler une bonne partie cette viande bon marché et en achètera rarement en dehors des promotions. Voilà comment les promotions servent aussi à faire baisser le prix de la viande payée au producteur, qu’elle soit porcine, bovine ou de volaille.

Voilà aussi pourquoi l’appel du président de la République aux grandes surfaces n’aura aucun effet. Il en aura d’autant moins que la concurrence intra-européenne est forte et que la Commission , avec l’accord des chefs d’Etat et de gouvernement -dont François Hollande – continue de négocier des accords de libre échange avec les Etats Unis et d’autres groupes de pays pour importer demain, avec des tarifs douaniers réduits, plus de viande des pays tiers dans l’Union européenne. Ajoutons que la sécheresse en cours, peut conduire beaucoup d’éleveurs de bovins à vendre plus d’animaux que prévu d’ici l’automne pour économiser les fourrages. Et cette nouvelle offre de viande sur un marché déprimé ferait encore baisser les prix.

Il est grand temps pour le gouvernement de sortir du commentaire sur la crise pour prendre des mesures susceptibles d’assurer un revenu aux éleveurs. Alors que les manifestants normands réclamaient la venue du ministre de l’Agriculture, ce dernier a fait savoir qu’il les recevrait jeudi prochain après avoir prix connaissance, la veille, d’un nouveau rapport du médiateur sur l’évolution des prix depuis le 17 juin.

Eleveurs ruinés par la mondialisation capitaliste
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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 06:03
Eleveurs : "Les mesures doivent à la hauteur de l'urgence de la situation"

Des éleveurs bloquent des routes pour exprimer leur désarroi devant la précarité économique auxquels ils sont acculés.

Face à cela, il faut des réponses politiques fortes.

L'appel à la bonne conduite commerciale des grandes et moyennes surfaces par le gouvernement est un emballage vide.

Comme l'a proposé le PCF à travers une proposition de loi, des mesures de soutien auraient dû être déclenchées préventivement.

Le PCF sera particulièrement attentif aux propositions de François Hollande demain.

Les mesures annoncées doivent être à la hauteur de l'urgence de la situation.

Lorsque qu'on est de gauche, il faut être courageux : dans ses 15 mesures d'urgence pour la France, le PCF veut encadrer les marges de la grande distribution. Un coefficient pourrait être appliqué dès maintenant à tous les produits de base, garantie d'un juste prix aux consommateurs et paysans.

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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 05:59

L’exécutif Hollande-Valls élu en 2012 a tourné le dos aux engagements pris devant les électrices et les électeurs. Il pousse avec ardeur les feux d’une transformation de notre pays qui réponde à la dictature de la finance et devance parfois les souhaits du grand patronat. De la régression des droits des salarié-e-s organisée par la loi du Pacte de stabilité, de la contre-réforme des collectivités à la loi Macron, la somme de ces mesures, et de bien d’autres, dessine les contours d’une France davantage asservie au capitalisme. Ils veulent en finir avec l’idée de gauche comme avec celle de transformation sociale progressiste. La droite rêve, elle, de revenir très vite aux affaires pour poursuivre et aggraver les choses. Le Front national, lui, se repaît du désarroi en faisant monter les haines et les divisions. Tout cela déboussole, choque ou met en colère.

Nous refusons le terrible scénario qu’on veut nous imposer : échec du pouvoir socialiste, victoire possible de la droite et du Front national. Nous mobilisons donc toutes nos forces pour développer le travail commun. Notre projet, ancré dans l’idée de rassemblement, affirme haut et fort: «Non, il n’y a pas qu’un seul monde possible ! Citoyennes et citoyens de France, du monde nous avons le choix ! Nous voulons écrire et vivre le nouveau ! ».

Aucun effort ne sera négligé pour dialoguer et construire avec toutes celles et tous ceux, qu’ils soient au sein du Front de gauche, ou socialistes, écologistes, et républicains, engagés ou non dans un parti qui, comme nous, sont de plus en plus convaincus de l’impasse actuelle. Nous invitions à réinventer la gauche, élargir le Front de gauche et travailler aux multiples rassemblements pour redonner espoir et faire rêver à nouveau autour d’un projet d’émancipation.

Voici les 15 mesures d’urgences que nous proposons pour répondre à l’urgence sociale.

1. Augmentation de 15% du Smic sur 3 ans, fin du gel du point d’indice dans la fonction publique et augmentation des retraites de 15% sur trois ans dans la perspective d’un minimum de retraite au Smic.

2. Suppression de la TVA sur les produits de première nécessité, suppression des niches fiscales spéculatives, et doublement de I’ISF.

3. Interdiction des golden parachutes et instauration d’un salaire maximum équivalent à 20 fois le salaire minimum dans l’entreprise.

4. Annulation de la baisse des dotations aux collectivités locales et moratoire sur les intérêts bancaires payés par les collectivités locales.

5. Remboursement à 100 % des soins par la Sécurité sociale pour les jeunes de moins de 25 ans et pour les étudiants de moins de 30 ans.

6. Interdiction des coupures d’énergie et d’eau et d’expulsion locative pour cause de précarité tout au long de l’année et instauration du gel provisoire des loyers avant la mise en place d’une nouvelle réforme du logement.

7. Renforcement immédiat des dispositifs contraignants pour l’égalité professionnelle femmes-hommes.

8. Nationalisation des autoroutes pour financer les infrastructures de transport et moratoire sur les plans de privatisation des entreprises publiques et services publics.

9. Encadrement des marges de la grande distribution.

10. Mise en œuvre du droit de vote aux résidents étrangers aux élections locales.

11. Instauration d’un moratoire sur les fermetures de services publics et sur les fusions avec des structures privées.

12. Lutte contre le contrôle au faciès avec l’instauration du récépissé lors des contrôles d’identité. 13. Régularisation des travailleurs sans papiers.

14. Dénonciation du pacte de stabilité, engagement de renégociation du traité budgétaire et des traités européens et déclaration de la France, zone hors Tafta.

15. Reconnaissance de la Palestine et engagement de la France pour l’organisation d’une conférence internationale sous l’égide l’ONU pour la paix et le développement au Proche et Moyen-Orient

15 mesures d’urgence proposées par le PCF
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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 05:49

Devant plus de six cents personnes attentives et en présence de plusieurs personnalités, dont Monsieur le Maire du Guilvinec et plusieurs adjoints, ainsi que des responsables d'associations et organisations du Pays Bigouden, Etienne Le Belle, membre de la direction départementale du Parti Communiste, s’est adressé aux participant de la fête organisée par le PCF du Pays Bigouden.

Monsieur le Maire, chères et chers amis,

L’histoire – dit-on – se répète toujours deux fois…

Le 28 octobre 1940 les armées de Mussolini envahissaient la Grèce. Ce petit pays, d’environ à l’époque de sept millions et demi d’habitants, allait mettre en déroute l’armée Italienne. Il fallut l’intervention de l’état Allemand, avec toute sa puissance militaire pour venir à bout du peuple Grec.

Les puissances de l’axe mirent six mois pour obtenir ce résultat et planter la svastika au sommet de l’acropole, e qui fit dire à Winston Churchill « Nous ne dirons mais que les Grecs combattent comme des héros mais que les héros combattent comme les Grecs ». Et Joseph Staline sur radio Moscou devait déclarer : « Le peuple Soviétique sera éternellement reconnaissant envers les Grecs pour avoir retardé l’armée Allemande aussi longtemps, pour que l’hiver s’installe, et de ce fait nous donnant le temps précieux dont nous avions besoin pour nous préparer »

A t’on oublié que la flotte des Hellènes ne se saborda pas comme nous le fîmes à Toulon et qu’elle continua le combat avec les Alliés ?

450 000 morts, un pays détruit, exsangue par la barbarie nazie; mais un peuple insoumis qui jamais ne mit les genoux à terre.

L’histoire se répète toujours deux fois

Et 75 ans après ces événements tragiques, comment ne pas être scandalisé par la politique de la chancelière Merkel. Elle a oublié que l’état allemand bénéficia après la guerre de l’annulation de la plus grande partie de sa dette et oublié également que les dommages de guerre dus à la Grèce ne lui furent jamais versés.

Bien sûr, les gouvernements grecs – ou plutôt les clans – qui se sont succédé jusqu’aux dernières élections législatives portent une responsabilité écrasante.

Responsabilité écrasante, entre autre, d’avoir fricoté avec la banque américaine Goldman Sachs, qui présenta de faux rapports sur l’économie grecque en vue de son admission au sein de la communauté européenne.

Cette pieuvre est présente dans tous les rouages de l’union : l’actuel président de la la banque centrale européenne, Mario Draghi, n’est autre que l’ancien président de Goldman Sachs.

L’étranglement de la Grèce doit nous faire réfléchir. C’est un mauvais signal envoyé aux peuples de l’Europe par la finance.

L’épisode grec dont l’épilogue n’est pas encore écrit, plaide au contraire pour une refondation démocratique de l’Union Européenne, pour une rupture avec les marchés financiers, pour qu’il en soit fini de la mise en coupe réglée du continent européen par l’état allemand.

L’histoire se répète toujours deux fois, la première en tragédie la seconde en farce.

Les Français, sont – eux aussi – confrontés tous les jours aux difficultés dues à l’austérité. Le ministre Macron, cette créature de la banque Rothschild, au sein du gouvernement, va promulguer une loi scélérate grâce au 49-3, c'est-à-dire sans vote des assemblées.

La loi Macron : 

-- c'est la transformation du travail de nuit par le travail dit de « soirée » 

-- c’est le travail du dimanche non payé dans les zones dites touristiques. 

-- c’est l’ouverture 12 semaines dans l’année pour les grandes enseignes.

75% des sondés seraient favorables à l’ouverture le dimanche mais 85% disent aussi qu’eux mêmes ne veulent pas travailler ce jour-là. L’ouverture généralisée profitera aux grandes chaînes contre les petits commerces qui en subiront le contrecoup. On peut déjà avancer un solde négatif de 30 000 emplois perdus. 

-- c’est l’attaque sans précédent contre les conseils de prud’hommes, vieille revendication du patronat rétrograde. 

-- c’est la suppression de nombreuses attributions des inspecteurs du travail. 

-- c’est également la suppression à bref délai de la médecine du travail. 

-- c’est la limitation des indemnités dues aux salariés licenciés. 

-- c’est le fait que les entreprises pourront désormais faire appel à des personnes handicapées qui ne serons pas payées sous prétexte de « mise en situation en milieu professionnel ». Vous savez, c’est un peu comme ces milliers d’étudiants qui fournissent du travail gratuit et que l’on remercie pour en prendre d’autres...

La liste est bien plus longue encore, mais chacun aura compris que cette loi dite « pour la croissance et l’activité » nous ramène au milieu du XIX° siècle.

Les mesures prises par le tandem Hollande-Valls n’ont fait qu’accroître le chômage. La loi ANI du 14 juin 2013 qui devait censément – en assouplissant les licenciements – sécuriser l’emploi a produit 250 000 chômeurs supplémentaires.

Et comment peut-on croire que les 41 milliards d’euros offerts au grand patronat dans le cadre du pacte dit « de responsabilité », pourraient favoriser l’emploi alors, que forts d’une manne inespérée, les grandes entreprises se contentent d’augmenter la rente et les jetons de présence des puissants ?

Il conviendra un jour de faire le compte des sommes astronomiques dispensées au privé, au niveau de l’Etat, des régions, des départements, des communautés de communes, voire des communes.

Ici même, dans notre pays bigouden, la communauté de communes se transforme en banquier, construisant une usine pour la société Furic pour la modique somme de 3 millions d’euros, sans compter les agencements périphériques qui en découlent.

Le SIOCA vient de voter le SCOT. Cet organisme confidentiel, composé de 22 notables désignés, vient de décider du sort de 90 000 habitants pour les 20 ans à venir. Le bal des faux culs étant ouvert, c’est à bulletin secret qu’il a délibéré...

Sur les neuf représentants du pays bigouden, seul trois, selon nos informations auraient voté contre.

Ils ont voté l’asphyxie du commerce de proximité programmée, par l’implantation supplémentaire d’une nouvelle grande surface à Kerganet à la sortie de Pont l’Abbé. Cinq grandes surfaces sur une distance d’un kilomètre : comme ont dit, il y aura des morts...

Je m’abstiendrai de parler des vaches en plastique de la société Leclerc, lesquelles paissent à l’ombre des palmiers et de l’optimisation fiscale, mais j’invite nos amis qui sont en visite dans le pays Bigouden d’aller s’inspirer à Leclerc Park et admirer le bon goût des nouveaux riches.

Chers amies et amis, pour terminer, permettez-moi de remercier pour sa présence Jean-Luc Tanneau, maire du Guilvinec, qui nous fait l’amitié d’être des nôtres ce soir ce qui est l’occasion pour moi de le remercier aussi pour la logistique que la ville a mise à notre disposition, sans laquelle cette fête n’aurait pu se tenir. Comme quoi, quelles que soient les divergences, les appréciations différentes, les opinions parfois tranchées, nous sommes toutes et tous, ici, comme ailleurs, les enfants de la République.

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 07:23
Loi NOTRe : « La fin du processus démocratique de décentralisation en œuvre depuis 30 ans dans notre pays »

Les députés et sénateurs de droite et PS réunis jeudi matin en commission mixte paritaire ont trouvé un accord pour adopter cette réforme territoriale dénoncée par l’Association des élus communistes et républicains qui avait appelé à un rassemblement devant le Sénat.

Les députés du Front de gauche ont émis un votre contre ce projet de loi.

C'est Marc DOLEZ qui s'est exprimé au parlement, au nom des députés du Front de Gauche, pour réaffirmer leur opposition à cette loi NOtre.

Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le secrétaire d’État, monsieur le rapporteur, chers collègues, s’il n’en reste qu’un, notre groupe sera celui-là. En effet, alors que l’Assemblée s’apprête à ratifier l’accord trouvé en commission mixte paritaire par la majorité gouvernementale et la droite sénatoriale, les députés du Front de gauche réitèrent leur opposition résolue à une réforme territoriale dont ce projet de loi constitue le troisième volet.

De cette réforme territoriale, nous contestons depuis le début la philosophie tout autant que le dispositif. Elle signe la fin du processus démocratique de décentralisation entamé en 1982 en ouvrant la voie à la disparition programmée des collectivités territoriales de proximité que sont les communes et les départements, par l’évaporation progressive de leurs compétences et par leur asphyxie financière. C’est toute notre démocratie locale qui est ainsi mise à mal avec la concentration des pouvoirs locaux et l’éloignement des citoyens des centres de décision.

C’est bien une logique de régionalisation qui est en marche parallèlement à la métropolisation qui s’accélère, pour déboucher à terme et à n’en pas douter, comme l’a évoqué notre collègue Paul Molac, sur un État fédéral et non plus unitaire, qui mettra les territoires en concurrence et bafouera l’égalité républicaine.

En somme, cette réforme donne une traduction législative au renoncement à la singularité française héritée de la Révolution et à l’aménagement équilibré du territoire. Il s’agit ici, ni plus ni moins, de réorganiser entièrement l’action publique, c’est-à-dire ses structures et ses procédures, pour parvenir à la réduction de la dépense publique et répondre ainsi aux injonctions ultralibérales, austéritaires et technocratiques de Bruxelles.

Lors des deux lectures du texte, nous avons tenté par quelques amendements de préserver un peu mieux la place de la commune et du département dans l’architecture territoriale – hélas sans succès. Certes, un compromis a été trouvé en commission mixte paritaire afin de rétablir à 15 000 habitants au lieu de 20 000 le seuil minimal de constitution d’un EPCI mais, malgré les dérogations retenues, ce seuil demeure irréaliste, arbitraire et déconnecté des réalités des bassins de vie.

Si l’abandon par la CMP du principe de l’élection au suffrage universel direct des conseillers intercommunaux à l’horizon 2020 constitue évidemment un point positif, nous n’entretenons cependant aucune illusion sur la suite. La perspective du suffrage universel direct, maintes fois évoquée par le Gouvernement et par sa majorité, s’inscrit dans la logique de renforcement de l’intégration des communes au sein d’intercommunalités au périmètre élargi et aux compétences renforcées. C’est la remise en cause de la nature même de la coopération intercommunale, l’objectif final étant de transférer la compétence générale à des intercommunalités élues au suffrage universel direct, comme le propose explicitement le rapport commandé par le Gouvernement au Commissariat général à l’égalité des territoires.

Et que l’on ne vienne pas nous dire qu’il s’agit seulement de la proposition d’un rapport n’engageant personne. La lettre de commande est claire puisque, dans la perspective du relèvement du seuil minimal de constitution d’un EPCI, il s’agit de « disposer d’analyses actualisées à l’échelle des territoires permettant de définir les lignes directrices pour les prochains regroupements intercommunaux ».

Que restera-t-il des communes quand leurs compétences essentielles auront été transférées à des collectivités devenues autonomes par le mode d’élection de leurs assemblées ?

Des coquilles vides, sans compétence significative et sans ressources propres.

Les perspectives pour les départements ne sont, hélas, guère plus encourageantes. Je n’en veux pour preuve que l’acharnement mis à déposséder le département d’importantes compétences de proximité comme en témoigne le débat que nous avons eu dans cet hémicycle sur le transfert de la gestion des transports scolaires.

Alors que le retour de la gestion des transports scolaires aux départements avait été voté, le Gouvernement a exigé une seconde délibération contraignant notre Assemblée à se déjuger en moins de quarante-huit heures. Nous regrettons ici que la CMP ne soit pas revenue sur le maintien au niveau régional élargi des transports scolaires, lesquels nécessitent pourtant une connaissance fine des besoins des familles et des itinéraires.

Faisant fi des inquiétudes et des oppositions fortes, exprimées dans la diversité de leurs sensibilités par les élus locaux du pays, le Gouvernement a donc choisi d’aller au bout d’une réforme qui bousculera notre organisation territoriale pour des décennies et consacrera une France des territoires à plusieurs vitesses.

Nous ne saurions nous y résoudre et nous croyons à l’absolue nécessité de maintenir l’ossature de la République que constituent communes, départements et régions.

Fidèles à l’esprit des lois pionnières de 1982 et 1983, nous continuerons de défendre avec obstination une décentralisation au service de nos concitoyens, organisée en fonction du principe de proximité pour faire vivre la démocratie et les libertés locales.

Tel est le sens du vote contre, que les députés du Front de gauche émettront une nouvelle fois sur ce projet de loi.

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 07:18
Entretien réalisé par Rosa Moussaoui
Vendredi, 17 Juillet, 2015 L'Humanité

Éric Toussaint est universitaire et porte-parole du CADTM Maître de conférences à l’université de Liège, porte-parole du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM), Éric Toussaint est le coordinateur scientifique de la Commission pour la vérité sur la dette grecque.

Avons-nous assisté ces dernières semaines, à Athènes, à un coup d’État financier, comme l’affirment nombreux observateurs, en Grèce et à l’étranger ?

Éric Toussaint

Oui et non. Ce qui était décisif ici tenait à des décisions politiques, prises par des instances politiques complices, bien sûr, des intérêts financiers. Ce n’est pas un coup d’État mené directement par la finance, mais par les institutions, la Commission européenne, les chefs d’État et de gouvernement des pays de la zone euro. L’Allemagne n’est pas seule impliquée. Il est clair que l’Espagnol Mariano Rajoy ou le Portugais Pedro Passos Coelho, sans parler des gouvernements finlandais ou letton, dévoués aux politiques néolibérales, tenaient à démontrer à leurs peuples respectifs que l’option présentée aux Grecs et aux peuples d’Europe par Syriza ne pouvait pas fonctionner. Il s’agit donc bien de décisions d’abord politiques. Il est clair que les grandes banques privées, les multinationales voulaient aussi obtenir la démonstration qu’il est impossible de tourner le dos à l’austérité. Mais il faut rappeler que les principaux créanciers de la Grèce sont aujourd’hui des créanciers publics. Les banques ne sont plus aux premières loges, elles l’étaient jusqu’en 2012, avant de se défaire des créances qu’elles détenaient. La restructuration de la dette en 2012 leur a permis de s’en tirer à bon compte. Aujourd’hui, la Commission européenne, la Banque centrale européenne et les États de la zone euro veulent absolument, en dépit de l’échec des politiques économiques imposées à la Grèce, que le pays reste sur les rails du néolibéralisme. Le FMI aussi, bien entendu, qui est aussi une instance politique.

Alexis Tsipras espérait, en contrepartie de sa capitulation sur les politiques d’austérité, obtenir des engagements sur un allégement de la dette. Les créanciers, eux, concèdent tout juste l’ouverture en 2015 d’une discussion sur un éventuel réaménagement de la dette à partir de 2022. Pourquoi cette intransigeance, alors que le FMI lui-même juge désormais la dette insoutenable ?

Éric Toussaint

À mon avis, il pourrait y avoir une restructuration de la dette avant 2022. Les créanciers disent « pas avant 2022 » parce qu’ils savent que ce plan ne va pas fonctionner, que le paiement de la dette sera insoutenable. Ils la restructureront, cette dette. Mais en conditionnant cette restructuration à la poursuite de réformes néolibérales. La dette est un moyen de chantage, un instrument de domination. Fondamentalement, dans le cas grec, ce n’est pas tellement la rentabilité qui compte pour les créanciers, même si elle existe. Ce qui les motive, c’est de démontrer à leurs propres peuples et à ceux des autres pays périphériques qu’il n’est pas question de dévier du modèle. Pour Hollande, pouvoir dire : « Regardez, même Tsipras, même la gauche radicale ne peut sortir du carcan ! », c’est a posteriori et dans le débat français la justification de sa propre abdication, en 2012, sur la promesse de renégocier le traité européen sur la stabilité budgétaire.

Devant la violence de l’offensive des créanciers, Tsipras avait-il d’autres choix ? L’alternative se résumait-elle à la sortie de l’euro ?

Éric Toussaint

Non, je ne le crois pas. Le choix n’est pas entre le Grexit et le maintien dans la zone euro assorti d’un nouveau plan d’austérité, en continuant à payer la dette. Il était possible de rester dans la zone euro en désobéissant aux créanciers par l’invocation du droit. Des violations de droits humains sont en jeu, ici. Il fallait suspendre le paiement de la dette ; prendre le contrôle de la Banque de Grèce dont le gouverneur, nommé par Antonis Samaras, joue contre les intérêts du pays et peut-être, aussi, lancer une monnaie électronique complémentaire qui aurait pu aider à faire face à l’assèchement organisé des liquidités, tout en restant dans la zone euro.

La BCE, instrument du coup d’État, inonde les marchés financiers de liquidités, dopant la machine à spéculer. Peut-on mettre la création monétaire au service de l’économie réelle, des besoins sociaux, du développement humain ?

Éric Toussaint

Bien sûr ! Mario Draghi n’est pas « indépendant ». Il est l’interface entre les grandes banques privées et les gouvernements de la zone euro. La BCE a déstabilisé l’économie grecque de façon délibérée, pour soumettre la Grèce à ses exigences et à celle des autres créanciers.

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 05:50
Le chômage, le gros "BUG" du quinquennat

Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF

Mois après mois, les chiffres du chômage battent des records. Après un mois d'avril avec 3,536 millions de chômeurs de catégorie A (+26 200 en 1 mois) et un total 5,344 personnes inscrites tenues de faire des actes de recherche d'emploi (catégorie A, B, C), soit + 54 100 en 1 mois, le mois de mai enregistre 3 552 200 chômeurs de catégorie A (+16 200) et 5 414 200 pour les 3 catégories confondues. La rue de Grenelle évoque un nouveau "bug" pour expliquer la hausse vertigineuse pour les catégories B et C (+ 69 600).

Mois après mois, le gouvernement ne cesse en effet de bugger avec des mesures de réduction du coût du travail au nom de la compétitivité censées permettre aux entreprises d'embaucher. Loi de sécurisation, Pacte de responsabilité, lois Macron et Rebsamen, plan PME… autant de mesures gouvernementales qui à ce jour permettront d'ici à 2017 de réduire de l'ordre de 70 Mds d'euros les « charges fiscales et sociales » des entreprises, comme l'exige le Medef, et de renforcer le pouvoir des patrons de licencier, de réduire les salaires, de flexibiliser au gré de la conjoncture et des exigences des actionnaires...

En réalité, ces baisses de coûts du travail, comme les diminutions des dépenses publiques et sociales qui servent à les financer, freinent la demande et brident l'efficacité de l'offre. Elles servent l'augmentation des profits des grands groupes et les marchés financiers, mais en aucun cas la création d'emplois.

Selon l'INSEE, entre le 1er trimestre 2014 et le 1er trimestre 2015, le secteur marchand aura encore perdu 18 400 postes. Avec des pertes massives d'emplois dans l'industrie et la construction : -36 400 postes pour la première et -48 300 postes pour la seconde. Et si le tertiaire tire son épingle du jeu (+66 300 postes), c'est au prix de la création d'emplois précaires. Au 1er trimestre 2015, 87,1 % des déclarations d'embauche sont des CDD, parmi lesquels 70 % sont des CDD de moins de 1 mois. En un an, les déclarations d'embauche en CDD de moins d'un mois croissent de 3,6 %, celles en CDD de plus d'un mois stagnent (-0,2%), alors que les déclarations d'embauche en CDI reculent de 1,6 %.

Certains voudraient croire au retour de l'embellie pour 2016 portée par la croissance. Rien n'est moins sûr, car l'action gouvernementale ne répond pas aux difficultés des entreprises, elle les amplifie.

Les entreprises françaises, et notamment les PME, ont besoin d'accroître leurs débouchés et la qualification de leurs salariés ; mais le gouvernement contribue à la précarisation des emplois et aux politiques de bas salaires des entreprises, ce qui affaiblit la demande des ménages, en même temps que ses politiques d'austérité dépriment la demande publique.

Les entreprises françaises ont besoin de conditions de financement de leurs investissements qui réduisent les coûts du capital qu'elles supportent ; mais le gouvernement refuse de mobiliser les banques pour le financement de ces investissements et de s'appuyer sur le réseau d'institutions financières publiques pour amorcer la réponse, il préfère ouvrir grand la porte au crédit inter-entreprises, aux financements non bancaires, à l'épargne salariale, …

Au final, moins de débouchés et moins d'investissement matériels et de recherches développant l'emploi, c'est une perte d'efficacité du capital des entreprises françaises qui alimentera le chômage.

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 05:45
Hop!. «Le site de Morlaix est sacrifié»

Le Télégramme - 17 juillet 2015

La fusion des trois compagnies aériennes régionales de Hop! en une seule société est désormais actée. Confirmée ce jeudi à Morlaix, elle s'accompagne de 245 suppressions de postes, dont une centaine concerneraient le site finistérien. Pour Morlaix et Brit Air, c'est le coup de massue. « La catastrophe annoncée a bien eu lieu. » Délégué CFDT des personnels au sol de Hop! Brit Air, Hervé Kergutuil ne cachait pas son amertume, hier soir. Comme tous les représentants syndicaux, le Morlaisien était invité, lors d'un comité d'entreprise extraordinaire, à prendre connaissance du contenu du projet d'entreprise « Hop! 2020 ». Projet très attendu, puisqu'il devait détailler les modalités de regroupement entre Brit Air, Airlinair et Régional, les trois antennes régionales d'Air France, toutes porteuses de l'appellation Hop!, depuis 2013.

« Beaucoup d'amertume »

La présentation et la discussion du document de cent pages ont duré toute la journée. La direction confirme bien, désormais, le terme de fusion. Au total, un sureffectif de 245 postes a été identifié, au sein des trois antennes régionales, vouées, d'ici à avril 2016, à ne devenir qu'une société unique, capable « d'optimiser les coûts, de simplifier l'organisation et de rendre l'entreprise plus agile et compétitive », confirmait, hier soir, dans un communiqué, la direction de Hop!, qui veut devenir, à terme, « la première compagnie court-courrier européenne ». Et sur ces 245 postes (dont 80 au sein du personnel navigant, 80 dans les activités supports au sol et 85 à la maintenance), les délégués syndicaux en ont dénombré plus d'une centaine sur le site historique de Morlaix, où travaillent encore 350 personnes aujourd'hui. « Il y a beaucoup d'amertume. On espérait qu'il y ait une équité des suppressions de postes avec les deux autres antennes régionales. Mais Hop! Brit Air est sacrifiée. C'est ce que l'on craignait. On ne s'est pas trompés », poursuit Hervé Kergutuil. Un nouveau tournant social s'amorce pour le bassin d'emplois de Morlaix, déjà très fragilisé. « On nous a indiqué que le Centre de coordination opérationnelle (une trentaine de personnes) serait regroupé à Nantes. La hotline technique (une trentaine de postes) partira chez Régional, sur le site de Clermont-Ferrand. La direction opération des vols est, elle, recentrée sur Paris. La DRH, la paie, le bureau d'études du site morlaisien... sont tous impactés, confirme cet autre délégué Unsa. Le renfort annoncé de la maintenance et l'arrivée de toute la planification des pilotes ne suffisent pas. Morlaix est bien la grande perdante du plan ».

Le centre Icare maintenu

Une appréciation que ne partage évidemment pas la direction, pour qui « le site de Morlaix est conforté », grâce notamment « à une activité de maintenance importante et à la confirmation du centre de formation Hop! Training by Icare ». Reste maintenant à déterminer les modalités de ces suppressions et redistributions de postes, envisagées dans les deux ans. Le directeur général du site morlaisien, Georges Daher, réunit les salariés à 9 h, ce matin. « Les départs naturels, dont ceux en retraite, devraient absorber une part non négligeable de ces sureffectifs », annonce, d'ores et déjà, la direction.

La fin de Brit Air

Côté syndicats, on comptait sur la soirée et la nuit pour mieux décortiquer les premiers chiffres annoncés. Un debriefing avec le cabinet de Manuel Valls est toujours prévu dans la journée. La ministre Marylise Lebranchu a, elle, confirmé une rencontre avec l'intersyndicale en sous-préfecture de Morlaix à 17 h 30. Au-delà des chiffres, la force symbolique de l'annonce est réelle. D'ici à avril 2016, c'est la fin définitive de la marque morlaisienne historique Brit Air qui est désormais programmée.

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