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26 août 2024 1 26 /08 /août /2024 09:18
Réalisme - Editorial de Sébastien Crepel - L'Humanité, 26 août 2024
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26 août 2024 1 26 /08 /août /2024 09:11
Procès de l'agent orange - Le combat continue! (L'Humanité, 24 août 2024)
Agent orange : le combat continue !

Tribune

Malgré le revers enregistré devant la justice française qui refuse de poursuivre les sociétés impliquées dans le scandale de l’agent orange, le collectif Vietnam Dioxine entend poursuivre la lutte

Le jeudi 22 août, la Cour d’Appel de Paris a rendu son verdict sur le procès en appel de Tran To Nga, victime de l’agent orange face à 14 multinationales agrochimiques l’ayant produit ou commercialisé : comme le Tribunal de première instance d’Evry, elle rejette l’appel, confirmant l’argument « d’immunité de juridiction » dont se prévalent les sociétés incriminées. Comble de l’ironie, Nga doit verser 1500 euros à chacune des entreprises.

Nous sommes consterné·es par cette nouvelle, qui atteste d’un net recul dans la reconnaissance des victimes de l’agent orange, aujourd’hui près de 3 millions au Vietnam, au Cambodge, et au Laos. Autant de voix et de corps invisibilisés et abîmés par la Guerre, autant d’espoirs qui s’éloignent, elles qui n’ont jamais pu obtenir une quelconque forme de justice, près de 50 ans après la fin de la Guerre du Vietnam. Elles qui comptaient sur Tran To Nga, dernier recours pour demander réparations aux entreprises ayant perpétré l’un des plus grands écocides de l’Histoire.

Aujourd’hui nous sommes attristé·es de la nouvelle mais nous nous tenons aux côtés de Tran To Nga, une femme qui a consacré et consacre la fin de sa vie à ce digne combat contre l’agent orange. Une femme qui a connu la Guerre, le deuil, la maladie, la prison et la torture, mais qui connaîtra un jour la justice. Une femme qui a politisé toute une génération d’asiodescendants et bien au-delà, et verra, quoiqu’il advienne, sa relève assurée. Avec « patience, courage et détermination », comme elle aime si bien le dire, nous l’encourageons dans son pourvoi en cassation, annoncé suite à la décision de la Cour d’Appel de Paris par ses avocats.

Ce long combat judiciaire a néanmoins permis la visibilité du drame de l’agent orange dans l’espace public, sujet autrefois méconnu en France comme au Vietnam. La bataille n’est pas que juridique mais aussi culturelle et mémorielle, et nous sommes ravi·es de l’engager à ses côtés. Le soutien engagé par des politiques, syndicats militants des associations antiracistes et décoloniaux, écologistes et la médiatisation importante autour du procès nous donne l’envie de poursuivre la lutte.

Ainsi, le Collectif Vietnam-Dioxine, association créée en 2004 par la diaspora vietnamienne pour mettre en lumière les effets de l’agent orange, continuera sans relâche de raconter l’histoire de Tran To Nga, et de défendre toutes celles et ceux qui se sont battus et se battent actuellement contre les pesticides de l’industrie agrochimique et les armes chimiques.

Tran To Nga : « Avec ce procès, les fabricants de l’agent orange montrent leur faiblesse et leur peur de moi »

Ce jeudi 22 août, l’appel de la militante de 82 ans a été jugé irrecevable. Mais la Franco-Vietnamienne continuera la lutte contre les fabricants états-uniens de la dioxine, aussi appelée agent orange, laquelle est responsable de millions de morts en Asie du Sud-Est.

Axel Nodinot, L'Humanité, 24 août 2024

Les multinationales ne souffleront jamais. Quelques minutes après le verdict de la Cour d’appel de Paris, qui a débouté Tran To Nga ce 22 août, la Franco-Vietnamienne pense déjà à la suite, depuis son fief de Hô Chi Minh-Ville. L’infatigable militante promet de repartir pour un tour, après avoir passé sa jeunesse dans la jungle inhospitalière à combattre l’oppresseur américain lors de la guerre du Vietnam.

Adolescente dans le maquis, elle passe des colis ou écrit pour les communistes du Viêt Minh. Victime directe de la dioxine, la jeune femme y perd sa première-née ainsi que des camarades, tués sous les bombardements. Un terrible destin qu’elle raconte dans son autobiographie, Ma terre empoisonnée (Stock, 2016).

Désormais, l’octogénaire représente les millions de victimes de l’agent orange qui réclament justice. Cette substance a été épandue entre 1961 et 1971 par les avions états-uniens. Une arme de guerre biologique particulièrement infâme, utilisée pour débusquer les résistants de la piste Hô Chi Minh, et qui a tué entre 3 et 5 millions de personnes au Vietnam, au Cambodge et au Laos.

Plus de cinquante ans après, des bébés continuent de naître avec des malformations, et plusieurs millions d’hectares de forêt et de mangrove sont toujours pollués par la dioxine. Mais ce qui est devenu le premier écocide de l’histoire n’a pas suffi aux juges pour mettre en cause Monsanto, Dow Chemical et la dizaine d’autres multinationales ayant fourni l’armée américaine. Pas de quoi faire baisser les bras à l’ancienne journaliste et résistante.

Le verdict vient de tomber. Quelle est votre réaction ?

Je ne pense pas que nous ayons perdu, même si la décision de la cour d’appel est telle qu’elle ne nous arrange pas. Nous ne sommes pas très surpris, je ne suis pas si déçue que ça non plus. Bien sûr, nous avons espéré et attendu que les juges de la cour d’appel soient plus forts que ceux du tribunal judiciaire d’Évry. Mais c’est une décision conservatrice, selon mes avocats.

Les avocats des multinationales qui ont produit l’agent orange ont été très virulents envers vous lors des deux audiences de 2021 et 2024. Comment êtes-vous parvenue à rester calme ?

À travers leur méchanceté et leur mépris, ils montrent leur faiblesse et le fait qu’ils ont peur de moi, mais aussi de la justice quant à notre cause et notre combat. Ils ont dit : « Madame Tran To Nga ne peut pas prouver qu’elle a été victime de l’agent orange, elle ne fait que rameuter des personnes. »

Mais si la véritable justice n’était pas de mon côté, comment aurais-je fait, moi, une personne âgée, pour rassembler sur la place de la République ces centaines de personnes de tous âges qui ont crié « Justice pour Tran To Nga » ? Comme à Évry, ils montrent qu’ils ont peur de la justice et de la vérité. Moi, je n’ai pas peur d’eux

Les soutiens qui vous accompagnent au quotidien vous aident-ils aussi à mieux supporter leur cynisme ?

C’est vrai qu’ils ont été choquants et particulièrement méchants. Mais ils ne voient pas mes maladies, et je ne m’en plains pas. Ce n’est pas grave, nous ne réagissons pas aux mensonges. Nous allons continuer à prouver au monde que la justice est de notre côté, et nous allons poursuivre notre lutte pour les victimes de l’écocide, les déshérités et les malheureux. C’est pour ça qu’ils ont peur : ils sont seuls, alors que nous étions entourés d’amis qui ont attendu quatre heures pour nous témoigner leur sympathie, leur générosité et leur soutien.

Pas à Tran To Nga, mais à notre combat. Parce que cette action n’est pas que notre combat, c’est celui de tous ceux qui sont épris de justice et qui aiment aider les plus malheureux qu’eux. Ce n’est pas que nous soyons très heureux nous-mêmes, mais il y a pire, et on peut encore aider, on le prouve.

Comment s’annoncent les semaines à venir ?

Je vais revenir en France, assister à une réunion du comité de soutien. Nous ferons une conférence de presse et appellerons à un rassemblement. Avec William Bourdon et Bertrand Repolt (ses avocats – NDLR), nous avons tout de suite pris la décision de nous pourvoir en cassation. C’était prévu. On avance, toujours, on ne s’arrête pas. Donc, non, ne croyez pas que nous soyons déçus. Je n’ai pas perdu courage, je suis plus déterminée que jamais à mener ce combat.

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26 août 2024 1 26 /08 /août /2024 08:58
Lucie Castets avec Fabien Roussel à l'université d'été du PCF vendredi 23 août à Montpellier (photo Igor Zamichéi)

Lucie Castets avec Fabien Roussel à l'université d'été du PCF vendredi 23 août à Montpellier (photo Igor Zamichéi)

Guillaume Roubau Quashié, Lucie Castets, Fabien Roussel - Université d'été du PCF 2024 à Montpellier, 23 août 2024 (photo Ogor Zamichéi)

Guillaume Roubau Quashié, Lucie Castets, Fabien Roussel - Université d'été du PCF 2024 à Montpellier, 23 août 2024 (photo Ogor Zamichéi)

Lucie Castets : « Je proposerai un gouvernement resserré et une orientation claire »

Dans un entretien à l’Humanité, suite à sa rencontre avec Emmanuel Macron à l’Élysée, Lucie Castets défend la nécessité de faire des compromis du fait de la majorité relative. Mais sans céder sur les « priorités » insiste-t-elle. Elle répond également à la Macronie et la droite qui jouent le blocage en menaçant d’une motion de censure immédiate dans le cas d’un Gouvernement comportant des ministres issus de LFI. Ce vendredi, la candidate du Nouveau Front populaire à Matignon s’adresse aux communistes depuis leur université d’été de Montpellier.

À l’issue de sa rencontre avec le chef de l’État vendredi matin, accompagnée des dirigeants du Nouveau front populaire, Lucie Castets relève une évolution dans la posture d’Emmanuel Macron. Pas encore au point que celui-ci ne la nomme à Matignon la semaine prochaine.

Mais, dans un entretien accordé à l’Humanité au sortir du rendez-vous avec le chef de l’État, la candidate de la gauche assure être prête : elle détaille les mesures qu’elle prendra sitôt nommée et ce que sera la pratique du pouvoir de son gouvernement.

Avec les chefs de parti et les présidents de groupes parlementaires, vous avez été reçue par le président de la République. Que lui avez-vous dit pour le décider de vous nommer à Matignon ?

Je ne cherche pas à convaincre le président de me nommer à Matignon. C’est la logique des institutions qui veut que le président de la République désigne une Première ministre issue des forces politiques arrivées en tête des élections législatives. Le Nouveau Front Populaire est arrivé en tête, et ce sont les organisations politiques qui le composent qui m’ont désignée pour diriger le futur gouvernement.

En 2022, il n’y avait pas de majorité absolue non plus. Le Président de la République a pourtant désigné une Première ministre dans les rangs de la force arrivée en tête. Il doit en être de même avec le Nouveau Front Populaire, après le résultat des dernières législatives. Je note avec inquiétude qu’il était prêt à nommer Jordan Bardella, même en l’absence de majorité absolue, avant le second tour, alors qu’il s’y refuse jusqu’ici pour la gauche.

J’ai dit au chef de l’état que j’étais extrêmement préoccupée par la situation du pays, et qu’il était de notre responsabilité commune de trouver un chemin pour répondre aux préoccupations des Français. Je lui ai rappelé que le résultat des élections traduisait un rejet très clair de la politique menée depuis sept ans. Enfin, quand bien même le barrage républicain a fonctionné, l’extrême droite n’est pas loin du pouvoir. Il est tout à fait légitime à considérer que notre programme ne lui plaît pas sur le plan idéologique. Il peut regretter que nous souhaitions revenir sur ses orientations politiques. En revanche, s’appuyer là-dessus pour nous empêcher de former un gouvernement revient à dévoyer la logique des institutions de la Ve République, à la fois dans leur lettre et dans leur esprit.

Il y a déjà eu des cohabitations, et elles ont bien fonctionné. Moi Première ministre, j’agirai avec tout le respect des prérogatives de chacun, en vertu de la Constitution. Sur les sujets internationaux et européens par exemple, il n’est pas question de parler d’une voix non consensuelle.

Pensez-vous l’avoir convaincu ?

Ce qui est nouveau dans la posture du président de la République, c’est qu’il semble prendre acte du fait que les Français attendent un changement dans la politique menée depuis sept ans. Il a accepté la clarification qu’il a lui-même appelée de ses vœux avec la dissolution. Mais j’ai l’impression qu’il ne prend pas acte du fonctionnement institutionnel. Il a l’air de chercher à vouloir construire lui-même ses coalitions. Ce n’est pas son rôle. Dans une démocratie parlementaire, il doit désigner un ou une Première ministre issue de la force arrivée en tête. À ce dernier, ou cette dernière, le soin de constituer un gouvernement et d’aller chercher des coalitions. Pour ma part, je fais le choix d’un gouvernement resserré avec une orientation politique claire. Ensuite, j’ai bien conscience qu’avec une majorité relative il faudra trouver des compromis.

Les consultations se poursuivent en début de semaine. Si à l’issue de celles-ci vous n’êtes pas nommée à Matignon, comment réagirez-vous ? Que devra faire le NFP ?

S’il choisit de désigner quelqu’un d’une autre force politique la semaine prochaine, c’est qu’il n’a pas vraiment compris l’aspiration au changement des Français. Il ne peut être incarné que par le Nouveau front populaire. Aucune autre coalition ne s’est présentée en tant que telle devant les Français. Aucune autre n’a présenté le nom d’un possible chef de gouvernement. Aucune autre n’a un programme clair de rupture et de changement politique, à la fois crédible et ambitieuse.

Si vous êtes nommée, vous avez promis un « changement de pratiques ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

C’est déjà prendre acte que nous n’avons qu’une majorité relative. En l’absence de majorité absolue, le Parlement doit jouer un rôle encore plus grand, le travail parlementaire être au cœur de notre démocratie. C’est aussi ce que j’ai dit ce matin au Président de la République.

Il est fondamental de s’appuyer sur nos parlementaires, mais aussi sur nos élus locaux. J’en ai rencontré énormément depuis un mois, mais aussi auparavant de par mes activités professionnelles. Ils ont beaucoup d’idées, une grande capacité à innover, même s’ils manquent de moyens pour mettre en œuvre leurs compétences. Ils savent aussi chercher du consensus sur le terrain, même avec des forces politiques qui leur sont opposées. Lutter contre les déserts médicaux par exemple, ça rassemble bien au-delà des forces de gauche. Je pense que les élus locaux ont un souci sincère de la condition de leurs concitoyens. Ils doivent nous inspirer.

Lorsque j’entends davantage écouter le terrain, je pense aussi aux salariés, aux forces syndicales, aux chefs d’entreprise, aux associations, aux collectifs… La société civile a joué un rôle majeur dans la dernière campagne électorale. Elle s’est massivement mobilisée contre le RN. J’aspire à jouer un rôle de traits d’union entre les partis, mais aussi à incarner quelque chose qui les dépasse. Ils jouent un rôle fondamental dans la vie politique, mais il faut aussi reconnaître les aspirations des collectifs et des électeurs de gauche qui ne se reconnaissant pas forcément dans un parti.

Comment comptez-vous éviter une censure, comme vous la promet l’ancienne ministre Aurore Bergé ?

Je la renvoie à ses responsabilités. Aurore Bergé semble être à l’aise avec le fait de contredire la décision du Président de la République s’il est amené à me nommer. Elle a l’air de l’être aussi avec le fait de rajouter de l’instabilité à un pays qui ne demande que de la stabilité. Enfin, elle a l’air confortable avec l’idée de censurer, avec le RN, une coalition qui propose du progrès pour la vie des Français. Il est problématique que des ministres ou des proches d’Emmanuel Macron puissent tenir de tels propos.

Sur le fond, j’ai sincèrement à cœur d’améliorer la vie des Français. Nous essaierons de trouver des mesures consensuelles. Sur la santé, sur l’éducation, sur le logement, sur la sécurité, il y a beaucoup d’attentes des Français. Les élus d’autres camps que le NFP savent que les électeurs attendent ces mesures. Ils sauront prendre leurs responsabilités.

S’il faut bâtir des compromis au-delà des rangs du NFP, jusqu’où irez-vous ? Sont-ils seulement possibles compte tenu des rapports de force à l’Assemblée nationale ?

Ils existent déjà. Des parlementaires hors du NFP ont déjà déclaré vouloir travailler sur un impôt sur la fortune vert, sur la conditionnalité des aides publiques aux entreprises, sur le fait de revenir sur les exonérations de cotisations patronales pour les hauts salaires… La question sera celle du curseur. Je ne sais pas exactement où il tombera. Si je le disais maintenant, ce serait ne pas respecter le travail parlementaire. En tant que Première ministre, je n’aurais pas à m’y immiscer. Je donnerai des orientations, des impulsions.

Le pouvoir d’achat reste l’une des premières préoccupations des Français. Le programme du NFP prévoit une hausse du Smic, des salaires du privé et des fonctionnaires comme des pensions de retraite : comment faire ?

Ce sont des objectifs extrêmement clairs pour le Nouveau front populaire, et ils sont attendus par les Français. Je n’envisage pas, si je suis nommée, d’abandonner ces priorités. Personne ne le comprendrait, et revenir sur ce genre de promesses ferait le jeu du RN.

Pour y parvenir, il faudra trouver des compromis au Parlement, mais aussi redonner la main aux partenaires sociaux. Lorsque j’ai pu les rencontrer cet été, ils m’ont rappelé combien la méthode d’Emmanuel Macron leur paraissait inadmissible. Les propositions qui lui étaient transmises étaient aussitôt jetées au fond d’un puits.

Sur les retraites, notre objectif est de prendre un texte réglementaire à très court terme, pour décaler l’entrée en vigueur de la réforme et redonner la main aux partenaires sociaux pour discuter des conditions de financement du système.

Sur le Smic, notre objectif reste la revalorisation à 1 600 euros. Nous discuterons aussi avec les partenaires sociaux des modalités de sa mise en œuvre. Le « changement de pratiques » n’est pas un slogan.

À Matignon, votre première échéance serait de préparer un budget et de le faire voter par une Assemblée où il manque 100 sièges à la gauche pour être majoritaire. Est-ce mission impossible ?

On ne connaît pas encore les conditions de discussion d’un budget, puisqu’on ne sait toujours pas quand Emmanuel Macron nommera le gouvernement. Il est inadmissible sur le plan démocratique qu’un gouvernement démissionnaire, chargé de la gestion des affaires courantes, soit en train de construire un budget austéritaire, à rebours des aspirations exprimées par les électeurs.

Dès 2025, nous voulons faire voter certaines mesures, et elles devront être financées. Nous y travaillons. Nous conditionnons nos nouvelles dépenses à de nouvelles recettes. Nous ne voulons pas creuser le déficit public. L’enjeu est d’arriver à un niveau de recettes suffisant pour ne pas décevoir les Français qui ont voté pour nous. Nous respecterons nos interlocuteurs au Parlement, mais un budget est typiquement une situation pour laquelle nous pourrions passer par un 49.3 si nous y étions obligés. Ce n’est pas ce que je souhaite.

Pourrez-vous revenir sur les orientations austéritaires fixées par Gabriel Attal dans ses lettres de cadrage ?

Tout dépend de la date à laquelle nous arrivons à Matignon. Si le budget est déjà en discussion, il faudra faire des amendements du gouvernement. C’est une opération périlleuse, et en tout cas, pas du tout satisfaisante.

À l’échelle internationale, vous aurez à traiter des guerres en Ukraine et à Gaza. Comment la « diplomatie de la paix » peut-elle se concrétiser, alors que les Affaires étrangères sont en général un domaine réservé au président de la République ?

Il faut que la cohabitation fonctionne. C’est déjà arrivé par le passé, et je ne suis pas inquiète à ce sujet. Il n’y a pas de différences majeures en matière de politique étrangère. Il est nécessaire de reconnaître rapidement l’État de Palestine, mais ce n’est pas à rebours de la politique étrangère menée jusqu’ici par la France. Il faudra de la concertation. Il n’est pas question que le président de la République et la Première ministre s’affichent désunis à l’échelle européenne comme internationale.

Vous tenez votre légitimité du choix des 4 partis du NFP, lesquels affichent souvent publiquement des divergences, notamment tactiques. Par exemple, sur la menace de destituer Emmanuel Macron. Comment gérerez-vous ces désaccords ?

Comme tous les Premiers ministres l’ont fait auparavant. Des désaccords, il y en a toujours au sein des partis eux-mêmes. Je ne me pose pas en arbitre. Les discussions au sein du Nouveau front populaire sont saines et productives. J’ai été amenée à m’exprimer sur la question de la destitution. Ce n’est pas l’option que je privilégie, en revanche il me semble légitime de chercher à mettre un terme à la situation actuelle qui n’est bonne pour personne. Il y aura sûrement des discussions, mais je ne suis pas inquiète.

La gauche surprend jour après jour. Personne ne pensait qu’elle parviendrait à s’unir pour les législatives, puis qu’elle trouverait un nom pour Matignon. Tout le monde pensait que l’union exploserait dans le mois suivant les élections. En réalité, l’union de la gauche est toujours là, comme l’a montré la rencontre à l’Élysée ce matin.

Vous n’êtes donc pas « prisonnière de votre camp » comme l’a écrit l’Opinion ?

Pas du tout. Je suis assez libre. Je n’ai jamais pensé à devenir Première ministre. J’ai un engagement associatif sincère, un travail passionnant auquel je suis attaché. Je ne suis prisonnière de rien, même si j’ai accepté cette mission périlleuse. J’ai la légitimité que m’ont accordée les quatre partis du NFP. En réalité, ils me laissent beaucoup de place.

Vous avez dit déjà réfléchir à votre potentiel gouvernement. Avec quelle méthode ? Quels équilibres ?

Toutes les forces du NFP seront représentées dans ce gouvernement. J’envisage aussi son ouverture à des figures de la société civile, parce que c’est important et que les Français y sont attachés. Les ministres seront nommés en fonction de leurs compétences et de la nature leur engagement.

Vous intervenez ce soir devant les communistes à Montpellier. Que comptez-vous leur dire ?

J’aurai un échange avec eux. Je travaille très bien avec les communistes. Ce sont des gens dont j’estime beaucoup l’engagement, et avec qui j’ai en commun la défense acharnée des services publics. C’est un parti qui arrive à se renouveler, et à peser au sein de la gauche.

Jean-Luc Mélenchon a ouvert la porte à un soutien sans participation de la FI à votre gouvernement pour permettre au NFP d’appliquer son programme. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Luc Melenchon s’est exprimé samedi je crois que c’est clair. Ils ont posé la question (à Emmanuel Macron et aux partis de droite et du centre – NDLR) et nous attendons la réponse. La France Insoumise souhaite être une solution pas un problème pour les français. La priorité du NFP c’est changer la vie du pays et proposer un gouvernement dans les plus brefs délais.

Lucie Castets : « Je proposerai un gouvernement resserré et une orientation claire » (Entretien avec Diego Chauvet, L'Humanité, 25 août 2024)
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20 août 2024 2 20 /08 /août /2024 09:04
Programme de l'université d'été du PCF du 23 au 25 août à Montpellier

Voici le programme de l'Université d'été du PCF du 24 au 25 août à Montpellier avec un discours de clôture pour la première fois d'une camarade finistérienne Gladys Grelaud, conseillère régionale de Bretagne et membre de la direction nationale du PCF (comité exécutif national) !!!

Y participeront pour notre fédération du Finistère cette année Gladys Grelaud, Taran Marec, Yann Foucher, Enzo de Gregorio et Ismaël Dupont

Le programme de l'Université d'été 2024
Vendredi à 13h45 - Discours d'ouverture par Nicolas Cossange, secrétaire départemental de la fédération de l'Hérault, Catherine Fromage, de la commission Handicap, Guillaume Roubaud-Quashie, directeur de l'Université d'été du PCF & Assan Lakehoul, secrétaire général du MJCF

VENDREDI APRES MIDI
15h15 - 16h40
  • Quelle organisation pour le PCF ? - Véronique Mahé, responsable du secteur Vie du parti et membre du CEN du PCF
  • Comprendre la séquence électorale de 2024 - Cécile Cukierman, membre du secteur Elections et du CEN du PCF & Pierre Lacaze, membre du secteur Elections et du CEN du PCF
  • Les défis de l'énergie face aux enjeux climatiques et sociaux - Virginie Neumayer, de la FNME-CGT & Valérie Gonçalvès, membre secteur Energie et du CN du PCF
  • Faire classe : enjeux théoriques - Stéphane Bonnéry, directeur de La Pensée et membre du CN du PCF
  • Transformer l'école : mesures d'urgence et de long terme - Sébastien Laborde, membre du réseau Ecole et du CEN du PCF, Arnaud Roussel, membre du SNES-FSU 34 & Carole Nejjari, membre du SNES-FSU 34
  • La propriété, enjeu de classe - Taylan Coskun, membre du CEN du PCF
16h45 - 18h15
  • Penser les classes avec les quartiers - Stéphane Beaud, sociologue
  • Les parlementaires communistes - Cécile Cukierman, sénatrice de la Loire et présidente du groupe CRCE-K & Yannick Monnet, député de l'Allier
  • Du courant par tous les temps : l’approvisionnement électrique décarboné dans le plan climat Empreinte 2050 - Marie-Claire Cailletaud, syndicaliste CGT et conseillère honoraire du CESE & Victor Lény, ingénieur et membre du secteur Ecologie
  • Communisme : regard sur un chemin d'avenir - Eric Le Lann, auteur
  • Qui sont les députés RN ? - Gérard Streiff, journaliste
  • Militer avec les réseaux sociaux - Pierrick Lavoine, membre du secteur Communication
18h20 - 19h45
  • Nouveau Front populaire : échange avec Lucie Castets en présence de Fabien Roussel. 🔴 Retransmission en direct sur nos réseaux sociaux !
  • Quelles perspectives de paix juste et durable au Proche-Orient ? - Pierre Barbancey, grand reporter à L'Humanité & Vincent Boulet, membre du secteur International et du CEN du PCF
  • UNEF : regard sur une histoire - Guillaume Hoibian, historien
  • Fiscalité, dépense publique et gestion des entreprises - Jean-Marc Durand, membre du secteur Economie et du CN du PCF

SAMEDI MATIN
9h - 10h30
  • Quelle politique économique pour la France ? - Frédéric Boccara, économiste, membre du CEN du PCF & Aurélie Trouvé, économiste, députée LFI de la Seine-Saint-Denis. 🔴 Retransmission en direct sur nos réseaux sociaux !
  • Faire classe : expériences locales - Patrice Bessac, maire de Montreuil et président d'Est ensemble
  • L'électorat communiste aujourd'hui - Adrien Tiberti, membre du secteur Elections et du CN du PCF
  • Extrêmes droites : état des lieux européen - Daniel Cirera, secrétaire du conseil scientifique de la Fondation Gabriel-Péri
  • Créer, diffuser et protéger la connaissance : quel projet communiste ? - Léna Raud & Nicolas Tardits
  • Prendre la parole en public - Christophe Rouxel
10h30 - 12h
  • Comprendre la progression de l'extrême droite en France - Pierre Wadlow, politiste & Valentin Guéry, politiste
  • Quelle politique de paix aujourd'hui ? - Vincent Boulet, membre du secteur International et du CEN du PCF & Alain Rouy, secrétaire national du Mouvement de la paix
  • Les enjeux de la vie financière du PCF dans un contexte juridique et politique nouveau - Christophe Grassullo, trésorier national et membre du CEN du PCF
  • Carte blanche à Dominique Noguères, militante des droits humains, avocate et ancienne vice-présidente de la LDH
  • Prendre la parole en public - Christophe Rouxel
  • Réaliser une vidéo - Gérald Briant, membre du secteur Communication

SAMEDI APRES MIDI
14h - 15h30
  • Quelles leçons tirer des dernières campagnes électorales du PCF ? - Léon Deffontaines
  • Quelle nouvelle planification pour répondre à la crise ? - Fabien Gâche & Evelyne Ternant
  • Carte blanche à Nathalie Garraud, directrice du Centre dramatique national de Montpellier
  • Le défi agricole - Jonathan Dubrulle, membre du secteur Agriculture et du CN du PCF & Cécile Faliès, géographe
  • Mener la bataille antiraciste pour faire reculer l'extrême droite - Florian Gulli, philosophe & Bora Yilmaz, membre de la commission Antiracisme et du CN du PCF
  • Faire vivre et renforcer les cellules - Benoît Roger, membre du secteur Vie du parti
15h30 - 17h
  • Carte blanche à la CGT et à la FSU avec Nathalie Bazire secrétaire confédérale de la CGT & Benoît Teste secrétaire général de la FSU
  • Monde du travail : une radiographie - Michael Orand, statisticien
  • République : un enjeu de classe ? - Christian Picquet & Emmanuel Maurel
  • Saint-Just (1767-1794) et nous - Anne Quennedey, historienne
  • Quelles perspectives pour l'unité irlandaise ? - Brian Carty, Sinn Féin
  • Après les JO, faire grandir le sport populaire - Hervé Martin, maire adjoint aux sports de Montpellier & Grégoire Bosselut
17h - 18h30
  • Quels défis pour le Nouveau Front populaire ? - représentant·e EELV (en cours), Nathalie Oziol, députée LFI, Emma Rafowicz, députée européenne (PS) & Igor Zamichiei, coordinateur du CEN du PCF. 🔴 Retransmission en direct sur nos réseaux sociaux !
  • Transports : quelle ambition à gauche ? - Michaël Delafosse, maire de Montpellier & Jean-Luc Gibelin, vice-président aux Transports de la région Occitanie
  • Uberisation et exploitation des travailleurs immigrés - Pascal Savoldelli, sénateur du Val-de-Marne & Patricia Tejas, membre du secteur Migrations et du CEN du PCF
  • Contradictions du capital et lutte des classes aux Etats-Unis - Alec Desbordes, membre du secteur International
  • Faire vivre la politique dans les lieux de travail : un enjeu structurant pour le PCF - Fabien Gâche, syndicaliste CGT & Frédéric Mellier, membre du secteur Entreprises et du CN du PCF
  • Numérique : des outils pour militer - Jean-François Penin, membre du secteur Révolution numérique & Farès Sellaouti, membre du secteur Révolution numérique

Samedi à 18h30 - Allocution de Fabien Roussel, secrétaire national du PCF. 🔴 Retransmission en direct sur nos réseaux sociaux !

DIMANCHE MATIN
9h - 10h30
  • Féminiser le PCF et ses directions - Roséane Auguenois, secteur Vie du parti
  • Quelle ambition pour l'hôpital public ? - Michèle Leflon, membre de la commission santé et protection sociale du PCF, présidente de la Coordination nationale de défense des hôpitaux et maternité de proximité & Mireille Stivala, sécrétaire générale de la fédération CGT de la santé et de l'action sociale
  • Sécurité sociale alimentaire ? Réflexions à partir d'expériences locales - Dominique Paturel, docteure en sciences de gestion & Patrice Ndiaye, juriste
  • Conscience de classe : un silence de Politzer ? - Jean-Michel Galano, philosophe
  • Luttes sociales et question judiciare - Léa Talrich, avocate
  • Extrême droite et droits des LGBT : la grande imposture - Anouk Veyret, membre du secteur Fier.e.s et révolutionnaires
  • L'Afrique des grands lacs au coeur de guerres de possession - Françoise Germain-Robin, journaliste
10h30 - 12h
  • Les étrangers et la République. La République et les étrangers - Ian Brossat, sénateur de Paris et membre du CEN du PCF & Bruno Morel, FAS et président d'Emmaüs France. 🔴 Retransmission en direct sur nos réseaux sociaux !
  • Où va la Russie ? - Clémentine Fauconnier, politiste
  • Faire vivre et renforcer les cellules - Benoît Roger, membre du secteur Vie du parti
  • Mener la révolution féministe : un défi et une condition pour le progrès social - Shirley Wirden, responsable du secteur Féminisme et membre du CEN du PCF & Alyssa Ahrabare, présidente de la CLEF (Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes)
  • Quel avenir pour la presse ? - Maxime Picard, président de la coopérative CPMM de distribution de la presse, Léo Purguette, président de La Marseillaise & Anthony Daguet, secrétaire général de L'Humanité
  • Réaliser la communication d'une section - Soizic Lozachmeur, membre du secteur Communication
  • 😎 Le truc en + : Amar Bellal et la revue Progressistes assureront pendant toute la durée de l'université d'été un atelier d'observation du soleil, venez-y nombreux·ses !

Dimanche à 12h - Discours de clôture par Gladys Grelaud, conseillère régionale de Bretagne et membre du CEN du PCF

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20 août 2024 2 20 /08 /août /2024 07:08
Affiche de l'exposition "La révolte des sardinières" au port-musée de Douarnenez avec le tableau de Charles Tillon (1926)

Affiche de l'exposition "La révolte des sardinières" au port-musée de Douarnenez avec le tableau de Charles Tillon (1926)

Photo de la manifestation des sardinières bigoudènes de Lesconil jusqu'au Guilvinec à l'été 1926 avec Charles Tillon, ce sera l'inspiration de son tableau peint en 1926 (source Le Chant des Sardinières de Marie-Aline Lagadic et Klervi Rivière, Coop Breizh, 2022)

Photo de la manifestation des sardinières bigoudènes de Lesconil jusqu'au Guilvinec à l'été 1926 avec Charles Tillon, ce sera l'inspiration de son tableau peint en 1926 (source Le Chant des Sardinières de Marie-Aline Lagadic et Klervi Rivière, Coop Breizh, 2022)

Entrée du port-musée de Douarnenez avec le mot slogan Pemp real a vo! (Cinq sous il y aura)

Entrée du port-musée de Douarnenez avec le mot slogan Pemp real a vo! (Cinq sous il y aura)

A Douarnenez, on célèbre les 100 ans de la grève des sardinières
Douarnenez en 1924: première commune de France gérée par un maire communiste - Grève des sardinières de Douarnenez (Finistère), 1924 : « le cortège des grévistes » - Source : CEDIAS-Musée social La « grève de la misère » des sardinières est soutenue par la municipalité communiste et son maire, Le Flanchec (à gauche sur la photo), nouvellement élu. Une manifestation, la « procession », a lieu chaque jour dans la ville.

Douarnenez en 1924: première commune de France gérée par un maire communiste - Grève des sardinières de Douarnenez (Finistère), 1924 : « le cortège des grévistes » - Source : CEDIAS-Musée social La « grève de la misère » des sardinières est soutenue par la municipalité communiste et son maire, Le Flanchec (à gauche sur la photo), nouvellement élu. Une manifestation, la « procession », a lieu chaque jour dans la ville.

A Douarnenez, on célèbre les 100 ans de la grève des sardinières
Le comité de grève du mouvement de Douarnenez (novembre 1924-Janvier 1925)

Le comité de grève du mouvement de Douarnenez (novembre 1924-Janvier 1925)

A Douarnenez, on célèbre les 100 ans de la grève des sardinières
A Douarnenez, on célèbre les 100 ans de la grève des sardinières

A Douarnenez, on célèbre les 100 ans de la grève des sardinières

Autour d’un tableau de Charles Tillon : la révolte des sardinières

Depuis le 6 juillet, et jusqu’au 1er février 2025, on peut aller découvrir gratuitement au port-musée de Douarnenez une très belle exposition sur la révolte des sardinières.

On y trouve plusieurs kakemonos explicatifs très bien faits avec des éclairages d'historiens et de nombreuses photos d’époque, dont certaines du fonds personnel de l’ancien maire communiste Michel Mazéas (1928-2013), par ailleurs prof d’histoire, à l’origine de l’aménagement du Port-Rhu et de la création du Port-Musée (1993), des reproductions d’archives de la presse communiste et régionale, des enregistrements sonores, faits en 1977, d’ouvrières, actrices du mouvement social, par Nicole Le Garrec (« Des pierres contre des fusils », « Avoir vingt dans les Aurès », avec René Vautier), des costumes d’ouvrières de l’époque de Douarnenez et du pays bigouden.

Le centre de cette exposition conçue par une équipe pluridisciplinaire avec notamment Sarah Chanteux, la directrice par intérim du port-musée, sur une idée originale de Kellig-Yann Cotto, avec le soutien de Fanny Bugnon, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’université  de Rennes 2, spécialiste des questions de genre dans le rapport au pouvoir, à la politique et au mouvement social, autrice d’une biographie remarquée de Joséphine Pencalet, une des premières femmes élues en France (1925), présentée par le parti communiste à Douarnenez, est le prêt et la présentation du tableau « La révolte des sardinières » (1926).

Appartenant au musée de Bretagne de Rennes, c’est le tableau célèbre d’un peintre amateur, le rennais Charles Tillon, futur grand résistant et dirigeant communiste à l’origine du premier appel du 17 juin 1940 à la Résistance intérieure « luttant contre le fascisme hitlérien (…) pour l’indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes » et de la création des FTP, et trois fois ministre communiste (de l’Air, de l’Armement, de la Reconstruction et de l’Urbanisme) dans les gouvernements issus du CNR à la Libération.

Sorte de réplique bretonne en mode mineur du  « Il Quarto Stato » (« le quatrième état » : le prolétariat), du peintre Giuseppe Pellizza, qui se suicidera en 1907, immense tableau réaliste présent au musée Novecento de Milan, on y voit une foule résolue d’ouvrières bretonnes en coiffes blanches porter fièrement le drapeau rouge en avançant vers nous le long de la grève, se détachant progressivement à l’arrière-plan et en queue de cortège d’une falaise, comme si leur force venait du granit, celui dont on forge les têtes dures des « Penn sardin ».

Charles Tillon ne fit pas peu pour rappeler la nouveauté et la fécondité des grèves gagnantes des sardinières finistériennes de 1924 à 1927 dans son livre : « On chantait rouge » (Robert Laffont, 1977).

En novembre 1924, quand commence la grève des sardinières de Douarnenez, pour gagner 5 sous supplémentaires (une augmentation réclamée de 25 centimes par heure : passer de 80 centimes de l’heure à 1,05 pour les ouvrières), Charles Tillon a 27 ans.

Ajusteur à l'arsenal de Brest en 1916, il s'est embarqué comme matelot mécanicien sur le croiseur "Guichen". En 1919, par solidarité avec la révolution bolchevique que combat l'armée française, il provoque une mutinerie sur le "Guichen" en Méditerranée. Il est condamné au bagne pour 5 ans et envoyé au Maroc. Bénéficiant finalement d'une amnistie comme les mutins de la mer Noire, il devient ouvrier ajusteur à Nantes, puis adhère au Parti Communiste en 1921. Adhérent à la CGT, il soutient la scission avec la création de la CGTU en 1923 et devient permanent de la CGTU en 1924.

La grève des sardinières de Douarnenez constitue sa première grande mission sur le terrain pour organiser un mouvement social, avec pour associées l’institutrice savoyarde féministe, antimilitariste et communiste de la CGTU Lucie Colliard, puis Alice Brisset qui succédera à cette dernière.

Charles Tillon continuera son œuvre de « gréviculteur » comme il le disait dans la revue Bretagnes dans un très bel entretien accordé en 1978 au regretté journaliste morlaisien et militant syndical Michel Kerninon, l’organisation du mouvement de lutte des ouvrières bretonnes et pêcheurs à Lesconil et dans tout le pays bigouden en 1925 et 1926 : le tableau est d’ailleurs inspiré d’une photo noir et blanc d’une manifestation de sardinières bigoudènes à l’été 1926 entre le port de Lesconil et celui du Guilvinec. Charles Tillon accompagnait les 60 ouvrières chantant l’Internationale en cortège auprès des murets de pierre de la côte bretonne*.

 

Saluez, riches heureux

« Saluez, riches heureux

Ces pauvres en haillons

Saluez, ce sont eux

Qui gagnent vos millions »

 

Cette chanson anarchiste de la Belle époque est restée attachée au mouvement de grève des ouvrières de la sardine à Douarnenez, des sardinières ayant été licenciées après avoir chantée à l’usine cette chanson de lutte que leur avait apprise Charles Tillon. Cette chanson interdite, bréviaire de lutte des classes, contre l’exploitation capitaliste, deviendra une sorte d’« hymne national » douarneniste. Elle fut aussi connue et prisée des ouvrières bigoudènes.

Rembobinons un peu …

Dans le sud du Finistère, les années 1920 ont été marquées par de grands conflits sociaux dans l’univers de l’industrie de la sardine. Déjà, au tout début du siècle, les ferblantiers se sont mobilisés pour défendre des revendications salariales. Ils n’ont pas obtenu les résultats espérés. En revanche, entre 1905 et 1910, les ouvrières de conserverie du littoral finistérien exigent d’être payées à l’heure et non plus au rendement et au mille de sardines travaillées. Elles obtiennent gain de cause. Première victoire. Douarnenez, haut lieu de l’essor de la conserverie de poisson en Europe, est donc déjà une ville de lutte.

Il y avait à Douarnenez 2100 employés des conserveries, dont 1600 femmes. Celles-ci, vêtues de longues jupes épaisses et de sabots, pouvaient travailler jusqu’à 18 heures par jour sans interruption, rentrant chez elles à minuit pour être rappelées parfois à 4 heures du matin, quand la flottille de pêche rentrée au port déchargeait sa cargaison.

Douarnenez, port communiste de Bretagne depuis 1921

Quand s’engage la révolte des sardinières, Douarnenez, premier port sardinier de France depuis 1850, et premier site de mise en boîtes de sardines depuis le début du 20e siècle, travaillant en connexion avec le capitalisme et la métallurgie de la région nantaise, est déjà ce que l’Humanité de l’époque appelle un "port rouge".  Sa dépendance à la mono-industrie de la pêche rend la ville sensible aux crises de misère liées à la conjoncture économique.

En mai 1921, Sébastien Velly, tapissier, condamné par le conseil de guerre de Nantes en août 1917 pour désertion à deux ans de travaux forcés, trésorier de la nouvelle section communiste de Douarnenez, est élu maire de Douarnenez par le Conseil Municipal contre la tête de liste qui vient d’emporter les élections partielles, Fernand Le Goïc, professeur à Nantes, à qui l’on reproche son hostilité à l’adhésion à la IIIe Internationale et sans doute aussi sa présence insuffisante dans sa ville.

Douarnenez fut donc une des premières municipalités françaises à faire élire un maire communiste. Même si en Bretagne et dans le Finistère, le premier maire communiste est bien Louis Jacques Lallouet, maire de Huelgoat, ancien élu SFIO ayant fait le choix de l’Internationale communiste dès 1921.

Sébastien Velly prend des mesures symboliques : en août 1922, il fait baptiser une rue « Louise Michel » : cela devient une véritable affaire qui oppose gauche et droite et qui débouche sur un refus du ministre de l‘Intérieur. Les conservateurs ironisent : « Quant à Pasteur, on verra plus tard, quand on aura épuisé le calendrier rouge. Il reste encore Lénine, Trotski et quelques autres... ».

Le 18 juillet 1924, Sébastien Velly meurt d’une tuberculose galopante.

C’est Daniel Le Flanchec, ancien ouvrier et employé municipal, passé par l’anarcho-syndicalisme à Brest avant de rejoindre le parti communiste, qui est élu maire de Douarnenez en octobre 1924.

Il était depuis 1923 le secrétaire fédéral du PCF dans le Finistère.

 

Pemp real a vo ! (« 5 sous il y aura ! »)

Cette « grève de la misère » éclate donc pour obtenir un salaire horaire de 1,05 francs pour les ouvrières au lieu des 80 centimes payés, et s’étend aux vingt usines implantées dans la ville. 25 centimes d’augmentation, à rapporter aux prix de l’époque. Un kilo de pain valait 1,60 franc, la douzaine d’œufs 9 francs, le kilo de bœuf 23 francs. Le personnel des conserveries était sous-payé et les femmes à travail égal gagnait 40 % de moins que les hommes qui gagnaient 1,30 francs de l’heure. La grève, portée à 70 % par des femmes, voulait porter le salaire à 1,50 francs de l’heure pour les hommes.

Ces salaires sont près de trois fois inférieurs au salaire moyen des ouvriers au niveau national. Beaucoup de femmes et de familles vivent à crédit, tout en travaillant à la chaîne au gré des arrivages 10 à 14 heures par jours pour une paye minuscule versée par des industriels dont même le ministre du travail dira dans sa rencontre à Paris avec une délégation d’ouvriers et de sardinières emmenés par la syndicaliste Lucie Colliard en décembre 1924 qu’ils sont « des brutes et des sauvages ».

La réglementation du travail n’est pas appliquée : les heures de nuit ne sont pas majorées, le droit syndical n’est pas respecté, ni le code du travail avec notamment ce qu’il contient de garanties pour la protection de l’enfance. Dans les usines ni chauffées ni isolées, à même la terre battue, les filles d’usines enchaînent les heures de travail dans des conditions désastreuses, sous l’autorité intransigeante des contremaîtresses. Beaucoup d’entre elles sont malades.

Le 21 novembre 1924, un patron refuse de recevoir des ouvrières exténuées. Cet évènement met le feu aux poudres.

Elles vont être une centaine à se mobiliser immédiatement, avec 40 manœuvres de l’usine métallurgique Carnaud qui débrayent avec elles, suivies par d’autres les jours suivant dans les 20 conserveries de la ville aux côtés de leurs maris, artisans-pêcheurs, de leur maire. Une lutte de 7 semaines et 46 jours de grève générale s’engage, rythmée par des manifestations et des meetings, où s’expriment de nombreux dirigeants nationaux du PCF et de la CGTU venus sur place. 2000 grévistes sont recensés, aux trois quart des femmes. Le 26 novembre, un comité de grève se met en place sous l’impulsion des cadres communistes de la CGTU venus organiser le mouvement et unifier ses revendications.

Les réunions publiques du soir regroupent de 2000 à 4000 participants. Des soupes populaires et caisses de solidarité sont organisées par la CGTU, le PCF, la mairie. On y distribue jusqu’à 2000 repas. Les vivres proviennent de dons de toute la France. En décembre, les marins rejoignent le mouvement, en soutien à leurs femmes, et donnent une partie de leur pêche au comité de grève.

Le syndicat des usiniers refuse d’aller à la négociation, dénonçant une « grève communiste, révolutionnaire, politique », sauf Mme Quéro, propriétaire d’une usine qui accorde satisfaction à certaines revendications des ouvriers en lutte en décembre.

La lutte douarneniste est spectaculaire et symbolique, notamment parce que des femmes et des travailleuses en sont le fer de lance.

Charles Tillon, permanent régional de la CGTU est à la manœuvre. Le PCF missionne aussi d’autres cadres dirigeants, comme Lucie Colliard et Marie Le Bosc. L’implication politique de ces deux femmes marque d’autant plus les esprits qu’elles ne sont pas citoyennes c’est-à-dire qu’elles n’ont pas le droit de vote.

Mais dans le port sardinier, ce sont bien les femmes qui sont en première ligne : au comité de grève elles sont 6 sur 15 membres. Parmi les responsables communistes, le Breton Marcel Cachin, directeur de l’Humanité, député communiste de la Seine, vient en décembre 1924 apporter « le salut de la classe ouvrière parisienne pour la grève si sympathique des sardinières ». Il dira aussi : « Là où est la femme est la victoire ».

Le maire communiste est aux côtés des grévistes : Le Flanchec défile en tête de cortège, ceinturé de son écharpe tricolore, et l’Internationale en bouche. Le maire met en place un fonds de chômage. Mais les patrons de conserverie ne veulent rien lâcher. Deux d’entre eux financent l’intervention violente de briseurs de grève. Le 1er janvier 1925 ces hommes tirent sur le maire : une balle lui traverse la gorge. La presse militante s’écrie : « On a voulu tuer notre camarade Le Flanchec et l’on voulait aussi tuer la grève ». L’émotion est très forte au plan national. On en débat à la Chambre des députés. Des députés de gauche criant : « Assassins ! », « Assassins ! », ceux de droite répondant : « Nous ne laisserons pas saboter la République ».

L’Humanité, dont un journaliste, Daniel Renoult, est sur place à Douarnenez depuis décembre pour suivre le conflit social au jour le jour, titre début janvier à la Une: « A Douarnenez : première « flaque de sang fasciste » ». La quasi totalité de la Une, reproduite à l’entrée de l’exposition, est consacrée à la description de la « Journée sanglante » à Douarnenez, à la description de la misère des ouvrières et pêcheurs de Douarnenez, et à l’appel de la CGTU à l’action de l’État pour faire plier les patrons d’usine.

Le Flanchec sort de l’hôpital le 5 janvier 1925. Plus de 1500 grévistes l’escortent jusqu’au centre-ville au son de l’Internationale.

Le préfet exige finalement des industriels une sortie du conflit : le 8 janvier les revendications salariales sont satisfaites. Le lendemain, les usiniers acceptent les mêmes conditions négociées dans l’usine de Madame Quero, la première patronne a avoir satisfait une partie des revendications des ouvriers en décembre : une augmentation de 20 centimes de l’heure, la majoration des heures supplémentaires et des heures de nuit, le respect du droit syndical ainsi que l’interdiction du renvoi du personnel gréviste.

La ville est en fête. Une gigantesque manifestation est organisée sur le port du Rosmeur. Le travail reprend le 8 janvier.

La grève des sardinières chantant « Pemp real a vo ! » est aussi le symbole de l’engagement citoyen et social autonome des femmes pour leurs droits, même si l’on n’est pas encore sur une revendication d’égalité salariale absolue, ce qu’aurait souhaité Lucie Colliard (cette grève féminine inspiratrice du féminisme n’est pas encore à proprement parler une grève féministe) mais aussi de la fin d’une résignation qui n’est plus de mise face aux magnats de l’industrie qui emploient et exploitent, les grandes dynasties industrielles comme Chancerelle ou la famille Béziers représentant une bourgeoisie vivant dans le luxe et l’ostentation. Appuyées par un clergé très réactionnaire, qui pesait encore beaucoup en Bretagne sur les consciences, elles dominaient un large prolétariat d’ouvriers et d’ouvrières des conserveries, et de marins pêcheurs.

Ces semaines de lutte, relayées au plan national, sont un succès pour le jeune PCF et la CGTU. Douarnenez est désormais un phare du communisme en France. Son maire, devenu célèbre, est autant admiré des marins et des usinières qu’il est détesté des puissants. L’élection municipale de 1925 se transforme en plébiscite en faveur de Le Flanchec. Le Flanchec a incarné, de 1924 à 1940, un communisme municipal original faisant honneur à la réputation douarneniste de « turbulence et d’audace téméraire » (Michel Mazéas). La suite est plus complexe. Électron libre en position tendue avec la direction départementale et régionale du PCF dès le début des années 1930, il est exclu en 1937 et rejoint le parti de Doriot, le PPF. Resté patriote, après avoir symboliquement refusé de retirer le drapeau tricolore de l’Hôtel-de-ville de Douarnenez à l’arrivée des troupes allemandes, il est destitué comme maire de Douarnenez. En 1941, après avoir été dénoncé par sa compagne, une comtesse collaborationniste, pour « propagande communiste », Daniel Le Flanchec est arrêté. Il est déporté par les Allemands en mars 1944 et il meurt en camp de concentration dans des conditions mystérieuses, peut-être exécuté par la résistance communiste du camp.

Au final, ces luttes sociales et politiques auront néanmoins ancré pour longtemps le communisme à Douarnenez et ouvert la voie, après-guerre, à ses maires PCF : Joseph Pencalet, Yves Caroff, Joseph Trocmé et surtout à Michel Mazéas qui dirigea la ville de 1971 à 1995.

A la suite du mouvement de grève, Joséphine Pencalet, ouvrière mobilisée dans la grève, est présentée en quatrième position sur la liste communiste (Bloc ouvrier et paysan) aux élections municipales et élue conseillère municipale en mai 1925. L’élection de Joséphine Pencalet fut annulée par arrêté préfectoral le 16 juin 1925, décision confirmée cinq mois plus tard par le Conseil d’État. Signalons que la décision du Conseil d’État du 27 novembre 1925 concerna également l’annulation de l’élection de Charles Tillon pour non-résidence à Douarnenez.

On peut saluer dans cette exposition un très bel éclairage sur l’histoire sociale de la ville de Douarnenez, et plus généralement des ports ouvriers du sud-Finistère, avec une mise en avant particulière de l’histoire ouvrière et du rôle des femmes dans celle-ci, mais aussi une reconnaissance tout à fait significative du rôle joué par les militants communistes pour ces luttes pour la dignité au travail et l’émancipation des ouvriers et des femmes.

Ismaël Dupont,

 

* A Michel Kerninon, qui m'a fait découvrir cette interview il y a quelques années pour la publier dans le Chiffon Rouge, dans la revue Bretagnes, en 1978, il dit avec passion l'importance dans sa vie de ces combats avec les pêcheurs et les ouvrières du pays Bigouden et de Douarnenez:

"J'ai donc appris à devenir ce que le "Comité des Forges" de l'époque appelait un "gréviculteur". La plus belle des grèves, la plus héroïque et la plus empreinte de sentiment populaire fut certainement pour moi la grève de Douarnenez. Alors j'en ai fait d'autres, au milieu de ceux qui parlaient la langue bretonne, je suis vraiment devenu non seulement un Breton de la région des fortifications qui défendaient la Bretagne autrefois, c'est à dire de l'Ille-et-Vilaine mais de cette Bretagne plus profonde, moins connue et si vivante, celle du Finistère, des Côtes-du-Nord, cette Bretagne "qui va au-devant de la mer" (...) En Bretagne, "il y avait une grande misère, le long des côtes surtout. Pour le reste, il n'y avait pratiquement pas d'industrie. Sur la côte, la pêche nourrissait l'industrie de la conserve; à la fois la pêche du 19e siècle et le début d'une industrialisation de la conserve. Les pêcheurs étaient des artisans. Ils allaient à la mer et ne connaissaient qu'elle. Mais, à terre, ils se défendaient mal. Les tempêtes ne leur faisaient pas peur, mais ils restaient désarmés devant les préfectures et leurs moyens de police. Soutenus par l'appareil d’État, les acheteurs s'entendaient pour contraindre les pêcheurs à vendre le moins cher possible. Mais voilà bientôt qu'en Bretagne, la grande grève des usines de Douarnenez rayonnait de la juste fierté d'avoir vaincu le patronat le plus rapace qu'on puisse trouver puisqu'il avait osé aller jusqu'à l'organisation du crime pour terroriser la population et faire tuer, s'il l'avait pu, le maire communiste Le Flanchec! Avant la grève, les pêcheurs n'étaient pas syndiqués, il fallait donc organiser dans le même syndicat le patron de la barque qui gagnait un peu plus, et ses matelots, ses compagnons de tempêtes et de souffrances. Ce n'était pas simple et c'est sans doute pourquoi il n'y avait pas eu, jusque là, de syndicat durable. Mais les femmes avaient le leur. Et la fierté qui les avaient animées gagnait en 1925 tous les ports de Bretagne. La colère déferlait parmi les ouvrières les plus exploitées, comme à Pont-l'Abbé ou à Concarneau, où une jeune fille d'usine sur quatre ou cinq était tuberculeuse... Le mouvement victorieux des femmes d'usine a entraîné les pêcheurs à mieux prendre conscience de leurs droits, et qu'en labourant la mer, ils étaient la source de tout. Mais le patronat de la côte aussi s'organisait. Et, au lieu de petits syndicats locaux, les patrons jusqu'à Saint-Jean-de-Luz, s'unissaient en un énorme Comptoir d'achat soutenu par le Comité des armateurs de la marine marchande et par l'Administration maritime. Alors commença leur grande offensive pour rationaliser l'industrie de la pêche, pour exporter des capitaux et des usines au Portugal, au Maroc, là où les salaires sont les plus misérables. Une "révolution" sur le dos des salariés et qui dure encore.. Nous avions été heureux pendant deux ans. Mais viendraient les défaites! Rationaliser l'industrie de la pêche pousserait à rationaliser l'industrie de la conserve. Aussi, commençait une autre histoire de la mer…"

(Charles Tillon, entretien avec Michel Kerninon dans la Revue « Bretagnes. Littérature. Art. Politique », daté de mars 1978, dont le siège se trouvait à Morlaix, impasse de la Fontaine-au-lait)

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20 août 2024 2 20 /08 /août /2024 07:02
Achetez vos vignettes bon de soutien et d'entrée pour la fête de l'Humanité auprès des militants communistes: 40€
Au cœur de la rentrée sociale et politique, dans une actualité plus brûlante que jamais pour la gauche et le nouveau front populaire, avec la nécessité de résister ensemble aux offensives régressives de l'extrême-droite raciste et du capitalisme financier inégalitaire et violent prêt à tout pour gonfler ses profits au mépris des besoins humains.  
 
J-23 avant la @fetedelhumanite
 
https://fete.humanite.fr/
 
40€ / 3 jours de fête, de politique, de culture / 3 jours D’HUMANITÉ. Pour acheter votre bon d’entrée ➡️ contactez les sections communistes du Finistère et la fédération du parti communiste du Finistère.
 
Pour la section de Morlaix, pour vous procurer des vignette militantes à 40€ ouvrant droit aux 3 jours d'entrée de la fête les vendredi 13 septembre, samedi 14 septembre, et dimanche 15 septembre, contactez Jean-Luc Le Calvez: 06 86 40 16 08 / ou Ismaël Dupont : 06 20 90 10 52/ ou Michel Tudo Deler pour le secteur de Lanmeur: 06 83 24 83 90
 
Au niveau de la fédération du PCF Finistère, contactez la fédération: 5 rue Henri Moreau 29200 BREST Téléphone 02 98 43 47 78. Courriel Federation@29.pcf.fr
 
Même si vous ne pouvez pas venir à la fête cette vignette bon de soutien est aussi et surtout un soutien politique et financier à l'existence du journal créé par Jean Jaurès qui fête ses 100 ans cette année, un journal d'éducation populaire de la gauche sociale, au carrefour de toutes les luttes contre les dominations économiques et sociétales, pour la Paix, les droits des femmes et l'internationalisme, contre le racisme, l'impérialisme et le colonialisme.
 
Les capitalistes ont leurs médias aux ordres, les travailleurs ont "L'Humanité", pour relayer les combats de l'émancipation humaine, et aujourd'hui en France ceux du Parti communiste et du Nouveau Front Populaire.
 
L'objectif de la fédération pour parvenir à l'équilibre financier de la fête de l'Humanité est de vendre 400 vignettes en 2024.
 
Cette année encore, le programme de la fête de l'Humanité sera d'une immense richesse au niveau musical (Tiken Jah Fakoly, Tinariwen, Angélique Kidjo, les finistériens du groupe Gwendoline, produits par Wart, Jain, La Rumeur, Louise Attaque, Rodolphe Burger et Sofiane Saidi, que fait tourner le label morlaisien Wart, Pomme, Mc Solaar, La rumeur, Zélie, etc), culturel, politique, international.
 
La fête aura lieu à la base 217 du Plessis Paté dans l'Essonne/ Brétigny sur Orge.
La fédération PCF du Finistère sera présent comme chaque année avec son stand restaurant et bar, ses 75 à 80 bénévoles environ et sa belle ambiance.
Pour être bénévole sur notre stand, contact: federation@29.pcf.fr / 02 98 43 47 78.
 
Même contact pour trouver des covoiturages à partir du Finistère.
 
Il y aura aussi comme chaque année un espace Bretagne de concerts et de débat partagé entre les 4 fédérations de la Bretagne administrative.
 
 
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20 août 2024 2 20 /08 /août /2024 07:00
Les combattants de la libération - Françoise Leclercq, la foi rouge écarlate - L'Humanité, Scarlett Bain, 8 août 2024

La série Les Combattants de la Libération de L'Humanité en août 2024.

Scarlett Bain, L'Humanité, 8 août 2024

La responsable de l’Union des femmes françaises sera agente de liaison de Rol-Tanguy durant la Libération. Rien ne destinait cette bourgeoise et fervente catholique à rejoindre la résistance communiste.

Elle file droit sur son vélo à travers les rues de Paris. Aux premières heures de l’insurrection, ce matin du 19 août 1944, Claire, de son nom de résistante, se rend à la préfecture de police où 2 000 policiers en armes ont lancé le soulèvement de la capitale. Elle transporte aux risques de sa vie du matériel sanitaire destiné à soigner les combattants. Mais une rencontre fortuite se produit. « À la porte de la préfecture, je tombe sur le colonel Rol, raconte Françoise Leclerq1 (1). Il me donne le mot de passe pour descendre dans les catacombes sous le lion de Belfort. » C’est là, à 26 mètres sous terre, que le chef des Forces françaises de l’intérieur (FFI) Île-de-France a installé son nouveau PC ; c’est là que Françoise Leclercq devient son agente de liaison jusqu’à la Libération. Ils se connaissent depuis 1942, année où la grande bourgeoise et fervente catholique s’engage dans la Résistance aux côtés des communistes.

Rien ne l’y destinait, mais Françoise Leclercq a fait mentir le sort que lui réservaient sa classe sociale et son éducation religieuse. Née en 1908 dans une riche famille du Nord, elle est placée en pensionnat au couvent des Dames Bernardines. Mariée à l’âge de 19 ans à un industriel fortuné, elle commet après vingt années de vie commune un acte quasi révolutionnaire pour son milieu : elle demande le divorce et s’installe à Paris avec ses quatre enfants. En cette année de 1938, Françoise Leclercq ne manque de rien, elle vit dans un appartement cossu, rue de Montpensier, dans le très chic quartier du Palais Royal. Mais elle a conscience de la menace de la guerre et décide de passer le diplôme de la Croix-Rouge. Lorsque le conflit éclate, elle apprend à conduire des camions pour ravitailler les camps de prisonniers. Puis quand Pétain signe l’armistice avec Hitler et que les premières lois antisémites sont promulguées, elle affiche avec audace son engagement aux côtés des juifs : « J’ai décidé de porter moi aussi une étoile jaune. J’ai fait fondre pour cela mes médailles de baptême et de communiante, et j’ai demandé à l’orfèvre Cartier de se charger de ce travail. »

Décorée de la croix de guerre pour ses actes de courage

Françoise Leclercq tombe malade et choisit sciemment un médecin juif pour la soigner : le grand professeur Raymond Leibovici. Cette rencontre sera déterminante. Au cours d’un examen, elle lui glisse un message : « Ma maison est la vôtre et celle de vos amis. » Le médecin juif est aussi communiste, ce qu’elle ignore, et il la prend au mot. Bientôt l’appartement de Françoise Leclercq devient le refuge et le lieu de réunions des combattants Francs-Tireurs et Partisans (FTP). « Il nous fallait tout de même faire très attention car, au-dessus de chez moi habitaient les propriétaires de chez Maxim’s et on voyait des Allemands en uniformes qui parfois se trompaient d’étage et sonnaient à ma porte », se remémorera-t-elle plus tard.

Elle file droit sur son vélo à travers les rues de Paris. Aux premières heures de l’insurrection, ce matin du 19 août 1944, Claire, de son nom de résistante, se rend à la préfecture de police où 2 000 policiers en armes ont lancé le soulèvement de la capitale. Elle transporte aux risques de sa vie du matériel sanitaire destiné à soigner les combattants. Mais une rencontre fortuite se produit. « À la porte de la préfecture, je tombe sur le colonel Rol, raconte Françoise Leclerq1 (1). Il me donne le mot de passe pour descendre dans les catacombes sous le lion de Belfort. » C’est là, à 26 mètres sous terre, que le chef des Forces françaises de l’intérieur (FFI) Île-de-France a installé son nouveau PC ; c’est là que Françoise Leclercq devient son agente de liaison jusqu’à la Libération. Ils se connaissent depuis 1942, année où la grande bourgeoise et fervente catholique s’engage dans la Résistance aux côtés des communistes.

Rien ne l’y destinait, mais Françoise Leclercq a fait mentir le sort que lui réservaient sa classe sociale et son éducation religieuse. Née en 1908 dans une riche famille du Nord, elle est placée en pensionnat au couvent des Dames Bernardines. Mariée à l’âge de 19 ans à un industriel fortuné, elle commet après vingt années de vie commune un acte quasi révolutionnaire pour son milieu : elle demande le divorce et s’installe à Paris avec ses quatre enfants. En cette année de 1938, Françoise Leclercq ne manque de rien, elle vit dans un appartement cossu, rue de Montpensier, dans le très chic quartier du Palais Royal. Mais elle a conscience de la menace de la guerre et décide de passer le diplôme de la Croix-Rouge. Lorsque le conflit éclate, elle apprend à conduire des camions pour ravitailler les camps de prisonniers. Puis quand Pétain signe l’armistice avec Hitler et que les premières lois antisémites sont promulguées, elle affiche avec audace son engagement aux côtés des juifs : « J’ai décidé de porter moi aussi une étoile jaune. J’ai fait fondre pour cela mes médailles de baptême et de communiante, et j’ai demandé à l’orfèvre Cartier de se charger de ce travail. »

Décorée de la croix de guerre pour ses actes de courage

Françoise Leclercq tombe malade et choisit sciemment un médecin juif pour la soigner : le grand professeur Raymond Leibovici. Cette rencontre sera déterminante. Au cours d’un examen, elle lui glisse un message : « Ma maison est la vôtre et celle de vos amis. » Le médecin juif est aussi communiste, ce qu’elle ignore, et il la prend au mot. Bientôt l’appartement de Françoise Leclercq devient le refuge et le lieu de réunions des combattants Francs-Tireurs et Partisans (FTP). « Il nous fallait tout de même faire très attention car, au-dessus de chez moi habitaient les propriétaires de chez Maxim’s et on voyait des Allemands en uniformes qui parfois se trompaient d’étage et sonnaient à ma porte », se remémorera-t-elle plus tard.

Durant les jours de la Libération, au plus fort des combats contre les Allemands, Françoise Leclercq assurera le service de liaison entre le chef des FFI et le comité d’action militaire. Elle sillonne Paris, les sacoches de son vélo pleines de tracts et d’affiches que ses enfants colleront sur les murs de la capitale. Au sortir de la guerre, elle devient conseillère municipale communiste de Paris dans le 18e arrondissement et dirigeante de l’UFF. Elle est décorée de la croix de guerre pour ses actes de courage. Par la suite, Françoise Leclercq sera de tous les combats féministes et siégera au Mouvement pour la paix aux côtés d’Aimé Césaire et de Pablo Neruda. Jusque dans les années 1970, elle restera une compagne de route des communistes et fidèle à ses valeurs jusqu’à sa mort.

  1. Écrits de Françoise Leclercq, collectés par sa petite-fille Irène Danon et cités dans Marie-Claude Vaillant-Couturier, Petit Cahier, numéro 21, octobre 2014, Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah – Amicale d’Auschwitz. ↩︎
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19 août 2024 1 19 /08 /août /2024 08:46
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
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Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
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Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
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Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
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Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
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Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
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Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden

Une belle Fête du travailleur bigouden à Loctudy avec repas fraternel et concerts organisée par le parti communiste du pays Bigouden. Fête en place depuis 60 ans, une des deux fêtes d'été du PCF Pays Bigouden avec celle de Lesconil désormais en juillet, qui s'est engagé sous un grand soleil avec la batucada du groupe très dansant et dynamique "Les tambours d'Eckmühl".

Puis c'était le repas saucisses ou moules-frites, Far bigouden - Kouign

La prise de parole de Maryse Rousseau, secrétaire de section, de Alexis Lapaert, candidat suppléant aux élections législatives de juin et juillet 2024 pour le Nouveau Front Populaire sur la 7e circonscription du Finistère (Douarnenez- Pont L'Abbé), avec Jugdeep Harvinder comme titulaire (FI), et d'Ismaël Dupont pour la fédération du PCF Finistère.

Plus de 400 personnes étaient présentes au repas ce samedi 17 août.

Des stands du Mouvement de la Paix, du nouveau front populaire, et du PCF étaient présents.

A signaler la présence dans le public d'Eliane Assassi, ancienne présidente du groupe communiste au Sénat pendant plusieurs mandats, présidente de la commission d'étude sur l'influence des cabinets d'audit comme Mc Kinsey sur la décision publique et les abus d'entre-soi du recours à ces cabinets qui servent à la fois au pantouflage, renvois d'ascenseur entre politiques et milieux économiques et financiers, et à servir les politiques néolibérales, et de Hervé Bramy, ancien président du Département de Seine St Denis, président de la société des lecteurs de l'Humanité.

Des camarades de plusieurs autres sections du Finistère étaient là (Brest, Morlaix, Scaër, Crozon, Carhaix, Concarneau) en même que des habitants du pays bigouden, des militants et sympathisants, des vacanciers.

Merci à tous les bénévoles et organisateurs de la fête! 

Photos Daniel Laporte - Gérard Desmarest - Ismaël Dupont

Une belle fête du travailleur bigouden aux halles de Loctudy sous un grand soleil avec la section PCF du Pays Bigouden
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19 août 2024 1 19 /08 /août /2024 08:40
"Le rêve de Fanny" - film documentaire de Jean-Christophe Yu sur un couple de communistes - a reçu le prix du meilleur film documentaire du Festival international du film de Bretagne
Festival International du Film de Bretagne

" LE RÊVE DE FANNY " de Jean-Christophe Yu

Un film sur l'esprit de résistance et de solidarité inspiré par la vie d'un couple de militants communistes du XXe siècle

Meilleur Film Documentaire dans la catégorie "Films d'Europe"

à la disposition des cinémas, ciné-clubs et associations culturelles de France

Le Groupe "Le Rêve de Fanny"

https://www.facebook.com/groups/847211420137717

 

PRÉSENTATION DU FILM

Le rêve de Fanny, entre histoire, humour, tendresse et poésie

J-C Yu évoque la vie militante de Paul Renotte et Jeanne Massart tel que le rêve leur fille, Fanny, la mère du cinéaste.

Avec eux, nous retraversons un siècle de luttes politiques et sociales menées par ces deux figures d’exception.

De la Résistance à la solidarité avec l'Espagne républicaine, en passant par le combat pour l'Art à la disposition de tous

ou encore l’accouchement sans douleur, sans cesse, la petite histoire croise la Grande Histoire et devient universelle.

 

"Tout de suite après s’être rendue à Paris  pour assister aux cours du Docteur Lamaze à la maternité de la CGT-Métallurgie (Les Bluets),  Jeanne, ma grand-mère maternelle, devint, en Belgique, aux côtés du Docteur Peers, l’une des pionnières militantes de l’accouchement sans douleurUne révolution alors !

 C’est adjoint d’un prêtre et d’un gendarme que Paul dirigea la résistance armée (FI-PA)  dans la province du Luxembourg pendant la seconde guerre mondiale.  Avant de redevenir militant, Échevin des Beaux-arts, puis de nouveau artiste, 30 ans après cette période où,  aux côté d’Aragon, il avait participé à la création des Artistes et des Écrivains Révolutionnaires. Jeanne, Paul, deux protagonistes de mon dernier film « Le Rêve de Fanny », militants pour la résistance, la paix et la fraternité.

Et puis il y a moi, jeune militant participant activement, en 1983, à l'une des plus grandes manifestations pour la paix organisée en Belgique ! Soit, une longue histoire mouvementée, grave, triste, drôle, poétique, le tout en un.  Une véritable épopée ! Un film (professionnel/coproduction RTBF) qui évoque l’engagement et les combats, politiques, sociaux ou culturels, de deux personnalités "ordinaires" à travers le 20e siècle, entre France et Belgique. Un film à vocation universelle et tout à fait intemporel !"

Jean-Christophe Yu, le réalisateur

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19 août 2024 1 19 /08 /août /2024 07:52
Après la guerre, devenu élu local, Pierre Ouzoulias consacre son énergie à rendre hommage à ses camarades clandestins. © CSH / Mémoires d'Humanité / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

Après la guerre, devenu élu local, Pierre Ouzoulias consacre son énergie à rendre hommage à ses camarades clandestins. © CSH / Mémoires d'Humanité / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

Le militant communiste et prisonnier de guerre s’évade pour rejoindre la Résistance. Le « colonel André », à la tête des Francs-Tireurs et Partisans (FTP) parisiens, participe à l’insurrection d’août 1944.

« En avant Paris ! Sus aux Boches ! Pas de quartier jusqu’à la victoire ! » Ces mots couvrent les murs de la région parisienne ; ils annoncent l’insurrection à venir. Nous sommes le 10 août 1944. Les Alliés approchent, les cheminots amorcent une grève générale. Un homme a supervisé le placardage des milliers d’affiches qui tapissent les façades d’immeubles, Albert Ouzoulias, responsable des Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF). « Dans une vie de militant, j’ai rédigé beaucoup d’affiches ; aucune n’eut un tel succès », s’amusait-il au soir de sa vie.

Après le Débarquement, Albert se voit confier le commandement des FTPF de toute la région parisienne. Il est le « colonel André », en liaison avec Henri Rol-Tanguy, commandant parisien des Forces françaises de l’intérieur (FFI). À partir du 19 août, il coordonne les opérations pour la libération de Paris depuis l’appartement de sa dactylographe, Alba Matta, avenue de Saint-Mandé. Tout à la fièvre du moment, il ne dort que trois heures par nuit, ne mange presque plus, s’adonne corps et âme à sa tâche. « Surtout, n’ayez pas le sentiment que les résistants furent des êtres exceptionnels », relativisait-il dans son livre les Bataillons de la jeunesse, à destination de la génération contestataire des années 1960.

Il embrasse l’élan du Front populaire

Né en 1915 dans une famille de sabotiers, il n’a jamais connu son père, gazé dans les tranchées de la Grande Guerre, près de Belfort. Pupille de la nation, il éprouve la discipline du pensionnat. Son premier emploi est trouvé au tri postal de la gare de Bourg-en-Bresse. À 17 ans, il adhère à la CGTU, rejoint le PCF, devient délégué national des Jeunesses communistes. Licencié pour des motifs politiques, il est surveillé de près par la Sûreté nationale et s’initie à la vie clandestine.

« Fils de tué de la guerre de 1914-1918, j’ai eu, dès ma plus tendre enfance, la haine de la guerre. » Lecteur de Romain Rolland, il rejoint Paris pour animer le comité Amsterdam-Pleyel. Dans les petites usines des montagnes du Bugey, dans son Ain natal, il embrasse l’élan du Front populaire. Mais Albert est rattrapé par les événements et mobilisé dans la « drôle de guerre ». Il vient seulement de rencontrer Cécile Romagnon, ouvrière du textile et militante dans l’Aube. Il l’épousera au cours d’une permission spéciale.

Il est fait prisonnier : direction l’Autriche. Au stalag, une première tentative d’évasion lui vaut d’être placé à l’isolement. Il lui faut un an pour déjouer pour de bon la surveillance des gardes, avec l’aide des communistes du camp. « La libération de nos villes, de notre pays, fut avant tout leur œuvre, celle de la population laborieuse unie aux autres nations alliées », saluait-il. Arrivé en France, il trouve la maison des Romagnon vide : Cécile est entrée dans la clandestinité, en laissant leur premier fils, Maurice, chez sa belle-mère. Son père ne fera sa connaissance qu’un an plus tard.

« L’internationalisme était, à ce moment, de tuer le plus grand nombre de nazis possible »

À son retour dans Paris occupé, rendez-vous lui est donné par Danielle Casanova, dans l’atmosphère feutrée de la Closerie des Lilas. Elle lui propose de diriger les Bataillons de la jeunesse, branche combattante des JC. Albert sera désormais « Marc » avant de devenir le « colonel André ». Son acolyte : Pierre Georges, alias « Fredo », le futur colonel Fabien. Été 1941 : le jeune Ouzoulias organise des entraînements rudimentaires à l’abri des regards, au bois de Lardy (Seine-et-Oise). Le 21 août, sur le quai du métro « Barbès », Pierre Georges abat l’aspirant Moser. Hésitation morale d’Albert : « Les camarades se refusaient à exécuter un soldat allemand qui pouvait être un camarade de Hambourg, un ouvrier de Berlin. » Mais, poursuit-il avec aplomb : « L’internationalisme était, à ce moment, de tuer le plus grand nombre de nazis possible. »

Malgré le danger, il voyage un peu partout en zone occupée pour superviser le recrutement des combattants : Rouen, Rennes, Angers, Nantes, Le Havre. Il s’installe dans une petite chambre de la rue de Varize, dans le 16e arrondissement parisien, se fait passer pour un représentant de commerce. Il connaîtra 23 domiciles, tous plus ou moins clandestins.

Responsable des opérations au sein des FTPF, il côtoie Charles Tillon, Eugène Hénaff, René Camphin. Il fait entrer dans les FTP son épouse, agente de liaison, pour pouvoir vivre avec elle. L’angoisse les tenaille : par deux fois, Albert manque d’être abattu par la police française. Cécile apprend l’arrestation de deux de ses frères et l’exécution de son père. Sous un faux nom, elle est même arrêtée lors d’un contrôle d’identité : emprisonnée à la Roquette, elle en est exfiltrée in extremis. Peu après, elle accouche de son deuxième enfant, déclaré sous une fausse identité.

Albert n’aura jamais vraiment quitté la Résistance, « l’ouvrier, le cheminot, le cultivateur, le professeur, le libraire du quartier, l’étudiant, le galibot ou le valet de ferme », compagnons d’armes, de route, de métier, pour certains disparus. Après la guerre, devenu élu local, il consacre son énergie à rendre hommage à ses camarades clandestins. Il a toujours répété qu’il devait la vie à Missak Manouchian et à Joseph Epstein, restés muets sous la torture.

Lire aussi sur le Chiffon Rouge:

http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/2016/06/les-communistes-francais-dans-la-resistance-avant-l-invasion-de-l-urss-en-juin-1941-relisons-albert-ouzoulias-et-ses-bataillons-de-l

C'est ce que nous rappelle Albert Ouzoulias, lui-même ancien responsable des "Bataillons de la Jeunesse" et de la Résistance Communiste armée, compagnon du colonel Fabien, dans "Les bataillons de la jeunesse" (éditions sociales, 1967).

"Que pense la population en général (aux premiers temps de l'occupation)? Il faut dire la vérité. En juillet 1940, beaucoup de Français ont accueilli l'armistice avec soulagement et à leurs yeux Pétain apparaît comme "le sauveur". Les communistes pour beaucoup sont des "gêneurs" qui risquent "de nous faire avoir des histoires avec l'occupant". C'est dans ces conditions que le Parti communiste reprend contact avec les masses parisiennes.

Le Parti communiste français essaye de combiner le travail légal et illégal. Que dans cette reprise de contact avec les masses, des erreurs aient été commises c'est sans doute certain, mais le pire à cette époque comme pendant toute l'occupation aurait été "d'attendre" et ce reproche ne peut s'adresser aux communistes.

D'ailleurs, dès juillet 1940, les occupants et la préfecture de police ne s'y trompent pas, il suffit de relire leurs rapports. Les seules mesures de répression prises en ces premiers mois d'occupation le sont contre les communistes.

Sous la direction de Jean Catelas, des camarades comme Jean Baillet, André Bréchet, Jean Chaumeil, Maucherat, Savenau, Le Morillon, sont parmi les premiers à remettre en place l'organisation du Parti communiste dans la région parisienne.

En juillet, la région Est (banlieue Est de la Seine et de la Seine-et-Oise) compte environ cinquante adhérents regroupés dans des petits groupes agissant clandestinement.

En septembre, ils sont mille. Il y a 300 arrestations environ. Mais en octobre, grâce au recrutement de nouvelles forces, ils sont encore un millier. En octobre, 300 autres communistes de la région parisiennes sont arrêtés...

Des hommes n'ayant jamais appartenu à aucun parti recherchent la seule grande organisation de résistance existant et adhèrent au Parti communiste.

En dehors du Parti communiste à Paris, il y a encore peu d'organisation de résistance.

Le 15 décembre 1940, quelques savants du musée de l'Homme organisent un groupe de résistance limité à quelques intellectuels et agents du personnel du musée.

Ripoche crée "Ceux de la Résistance" qui fusionneront avec le groupe "Vengeance".

De petites feuilles, autour desquelles se regroupent quelques résistants (feuilles tirant à l'époque à quelques centaines d'exemplaires) comme Pantagruel, Valmy , Défense de la France, commencent à paraître à la fin de l'année 1940. En septembre 1940, Arthuys publie La lettre aux Français, elle est ronéotypée à quelques centaines d'exemplaires et donnera naissance à l'O.C.M (Organisation civile et militaire).

Des socialistes comme Christian Pineau et l'écrivain Jean Texier, des syndicalistes comme Neumeyer et Lacoste, de la Fédération des fonctionnaires, vont créer Libération Nord (fin 1940-début 1941).

Mais la seule organisation illégale ayant des racines à Paris comme dans la plupart des grandes villes de banlieue et bientôt dans tous les départements, c'est le Parti communiste français. Il aide à créer des organisations syndicales illégales, telles les "Comités populaires".

Le Parti communiste et les "Comités populaires" interviennent dans les entreprises et dans les syndicats légaux contre les créatures de Vichy, organisent la solidarité, la lutte pour les revendications et un meilleur ravitaillement? Chacun de ces mouvements, manifestations, délégations, ayant pour base les revendications immédiates, prend de plus en plus l'aspect d'une lutte contre l'occupant et Vichy.

C'est ainsi que dans les premiers mois de l'occupation, on recense les grèves dans la région parisienne: métallos de chez Farman à Boulogne, chez Bardet dans le XVIIIe, à Argenteuil... En mars 1941, c'est le tour des ouvriers du bâtiment. Ce sont les comités populaires clandestins qui sont à l'origine de ces mouvements.

Les femmes communistes organisent des manifestations pour un meilleur ravitaillement à Paris, à Bezons, Argenteuil, et dans de nombreuses villes de la banlieue.

Le 7 avril 1941, 3000 femmes de l'usine "Le Raffia" à Issy-les-Moulineaux, usine travaillant pour l'armée allemande et fabriquant des filets de camouflage pour les canons, se mettent en grève et manifestent jusqu'à Montrouge. La police française intervient: 17 femmes sont arrêtées et livrées aux Allemands. Un groupe de l'O.S tente d'incendier l'usine, n'occasionnant que de faibles dégâts.

En Seine-et-Oise, les directions fédérales du Parti communiste, comme dans les autres départements, font récupérer les armes abandonnées, nécessaires à la lutte armée de demain, quand elle deviendra possible...

Des tracts du Parti Communiste, et des éditions clandestines de l'Humanité sont distribués, des fils téléphoniques de l'armée allemande cisaillés.

Dans une affiche datée du 23 août 1940, le préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevalier, se plaint en ces termes de l'activité des communistes:

"Habitants de Seine-et-Oise,

(...) Je donne un premier avertissement aux fauteurs de trouble qui... poursuivent leur campagne de haine et d'agitation par des tracts et des affiches anonymes... Les manifestations de cet ordre, dès qu'elles seront découvertes dans une commune de Seine-et-Oise, entraîneront, à titre de sanction, l'internement administratif des principaux militants communistes résidant dans la commune. Des actes de sabotage continuent à s'exercer contre le matériel des armées d'occupation. Je ne saurais assez blâmer ces tentatives aussi lâches que stupides... Celui qui se livre à ces gestes criminels est un mauvais citoyen...

Vous ne servirez utilement votre pays, tout en gagnant l'estime des autorités d'occupation avec lesquelles je collabore en toute loyauté pour la défense de vos intérêts, que par votre attitude correcte, disciplinée, digne de la réputation et des traditions françaises".

Dès l'été 1940, la Jeunesse Communiste se réorganise en zone occupée avec des camarades comme Danielle Casanova, André Le Roy, Camille Baynac, Madeleine Vincent, Henriette Schmitt, Lucien Dorland (responsable de l'Avant-Garde), et parmi les étudiants, Francis Cohen, François Lescure, Suzanne Dijan, Claude Lalet, Bernard Kirschen (Bob).

Guy Moquêt, responsable des Jeunesses Communistes du XVIIe, est arrêté le 13 octobre 1940 à la gare de l'est alors qu'il avait pendant des semaines collé des papillons patriotiques et distribué des tracts dans le XVIIe. Emprisonné à Fresnes puis à Clairvaux, et Châteaubriant où il restera 8 mois, il sera fusillé le 22 octobre 1941.

Le 11 novembre 1940, les lycéens et étudiants communistes parisiens vont frapper un grand coup à l'Etoile, se dirigeant vers les Champs Elysées pour rejoindre des anciens combattants.

Dès juillet-août 1940, ils reconstituaient leur organisation en Sorbonne et faisaient paraître le journal communiste étudiant clandestin et de résistance La Relève , sous l'animation de Francis Cohen, François Lescure, Suzanne Dijan. A l'été 1940, ces étudiants communistes, menés par Christian Rizo et Tony Bloncourt, jettent des tracts avec l'appel de Maurice Thorez et Jacques Duclos contre Vichy dans l'amphi de la Sorbonne, ils manifestent contre un professeur tenant des propos antisémites en étalant des œufs frais sur son tableau. Ils perturbent les cours des étudiants collaborateurs. Fin octobre 1940, le professeur Paul Langevin, libre-penseur, est arrêté, et les étudiants communistes organisent des manifestations et des distributions de tracts en sa faveur. La "marseillaise" déjà est chantée par des jeunes.

Le 11 novembre, l'UNEF, les lycéens et étudiants communistes organisent par des diffusions de papillons, d'affiches et de tracts un regroupement des lycéens et étudiants pour une cérémonie patriotique aux Champs-Elysées. Des arrestations ont lieu, des jeunes sont blessés grièvement par les soldats allemands, à qui la police française prête la main.

Les journaux de la "kollaboration" comme le Cri du Peuple du 22 novembre vitupèrent les responsables de la manifestation, "ces jeunes Juifs, ces jeunes socialo-communistes, ces jeunes pourris de la maçonnerie..." auxquels il ajoute les "Camelots du Roy".

19 jeunes communistes sont arrêtés le 20 novembre, dont des dirigeants de secteur comme Bernard Kirschen, Othman Ben Aleya, Claude Lalet. Francis Cohen écrit à propos de la journée patriotique et anti-allemande de la jeunesse parisienne du 11 novembre 1940:

"Le fait est que.. la seule force politique organisée qui soit intervenue alors était constituée par les communistes. Mais une grande quantité d'individus et de groupes de tendances démocratiques ou patriotiques diverses se sont mis en mouvement. C'est cette rencontre qui devait être le sens de la Résistance française et la signification historique du 11 novembre 1940".

" Dans le XVIIIe, c'est Jacques Grinbaum, vingt ans, des H.B.M du boulevard Ney qui reconstitue l'organisation locale clandestine de la jeunesse Communiste. Il se procure une ronéo, commence à tirer les premiers tracts.

Avec Jacques parmi les premiers jeunes communistes, il y a en 1940, Odile Arrighi, Nicolas Berger, Georges Tondelier, Léone Bourgineau, Marie-Rose Cullet, Bernard Pickewitz, Rosine Radzinski...

Une nuit de juillet 1940, avec ses camarades, Jacques va écrire au minium sur les bassins qui entourent le Sacré-Coeur ces trois mots d'ordre: "A bas l'occupant", "Vive l'URSS", "Vive la France" .

Jacques Grinbaum sera fusillé avec Gabriel Péri et quatre-vingt douze autres camarades, au mont Valérien, le 15 décembre 1941. Dans sa dernière lettre, il écrit à sa maman:

"Parmi toutes les mères, tu as été une mère exceptionnelle parce qu'avec papa tu as fait de moi ce que je suis... Des années heureuses viennent, je le sens. Dans son post-scriptum, il ajoute: Trois heures quinze du matin! Bientôt l'exécution. Je suis calme et j'attends. Une force me soutient et je tiens! J'espère que vous tiendrez, promettez-le moi au delà de la mort"..."

"Dans le XIe, Jean Capievic, Gilbert Brustlein, Jean Bozon, Liliane Levy, Henri et Maurice Chevit, Bernard Zalkinov, Acher Semhaya et sa sœur, reconstituent les cercles des Jeunesses communistes. Ils partent le dimanche, sac au dos dans les belles régions de l'Ile de France, y préparent les tracts clandestins qui vont apparaître dans le XIe, seront les premiers à distribuer en juillet 1940 l'appel de Maurice Thorez et Jacques Duclos, dans le XIIe, au marché d'Alligre".

A Saint Denis

En banlieue, les jeunes des H.L.M et de toutes les grandes cités populaires ne baissent pas la tête face à l'occupant. A Saint Denis où sévit le traître Doriot, dès juillet 1940, des jeunes communistes dionysiens sont arrêtés dans le quartier de la mutualité pour distribution de tracts antinazis. En août des affiches manuscrites antiallemandes sont collées durant la nuit en divers endroits de la ville notamment à la gendarmerie, à la légion d'honneur et à la mairie.

Le 2 septembre, cinq jeunes communistes, dont le dirigeant est Fernand Devaux ainsi que René Lambolley, sont arrêtés en distribuant des tracts rue des Ursulines (René Lambolley mourra à Auschwitz).

A la plaine, dès juillet 1940, sous la direction de Brazzini, un groupe très actif des Jeunesses Communistes se reconstitue. Ils sont une vingtaine dans le cercle de La Plaine qui dès 1940 vont organiser la résistance. Six seront fusillés par les nazis en 1942: Lucas Fernandez, Emile Chrétien, Ferrec, Marcos, Pérez et Toupin.

Quatre sont morts dans les camps de concentration: Louis Rivero, Riancho, Bacna et une jeune fille Eléonore Rubiano. Sept sont revenus de déportation; Angèle Koulikoff, Manuel Torrès, Granja, Marcel Martin, Jean Simon, Febrero et Zoilo.

Parmi eux, Benito Sacristan, dit Manuel, échappé aux rafles de 1940 et de septembre 1941, fera partie des premiers groupes franc-tireurs de la Jeunesse communiste (Les Bataillons de la jeunesse); arrêté en juillet 1942, il sera fusillé le 11 août 1942, sans qu'il est dénoncé un seul de ses camarades malgré les plus affreuses tortures infligées par les nazis. Il avait 21 ans.

La répression de 1940

En novembre 1940, la Jeunesse communiste organise dans toutes les mairies de Paris et de la banlieue le dépôt des pétitions et des cahiers de revendication des jeunes démobilisés. Des milliers de jeunes seront touchés par cette campagne.

Jean Calma, membre du Comité Central des Jeunesses Communistes, est à la tête de plusieurs centaines de jeunes de la banlieue Est dont il est le responsable; ils portent les "cahiers" des démobilisés. J. Calma est arrêté ce jour-là. Jeune étudiant en médecine, aux traits si fins, si beau au physique comme au moral, un des espoirs de la Jeunesse communiste, il sera enfermé dans une cellule, torturé jusqu'à ce qu'il perde la raison et ensuite fusillé par les nazis.

C'est grâce au courage de ces pionniers de la Résistance que dans Paris et sa banlieue, comme en Seine-et-Oise, les actions se développent.

Les rapports hebdomadaires de la Gestapo sont significatifs. Celui du 30 septembre 1940 s'exprime ainsi:

"Pour mettre un terme à tout nouvel accroissement de la propagande communiste à Paris, la police parisienne appliquera des mesures préventives qui consistent à arrêter et interner dans un camp tous les dirigeants et militants communistes actifs connus à Paris".

Le bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 21 octobre 1940 publie un arrêté du préfet de police Langeron:

"Toutes découvertes de tracts clandestins sur le territoire d'une commune de la Seine entraînera l'internement administratif d'un ou de plusieurs communistes notoires connus résidant sur le territoire de cette commune".

Des affiches analogues seront placardées dans la Nièvre, en Bretagne et dans des dizaines de départements. Le journal "kollaborateur" Le Matin donne le 14 novembre 1940 l'information suivante:

"La police parisienne collabore loyalement avec l'autorité d'occupation. Elle s'est dressée contre la propagande communiste qui essayait d'exploiter les difficultés de l'heure. Elle a arrêté en quelques semaines 871 "meneurs".

Le traître Marcel Déat s'en prend dans son éditorial du 6 novembre 1940 dans l'Oeuvre à la propagande communiste, il écrit:

"Nos communistes sont redevenus nationalistes. Leurs tracts clandestins ont des conclusions entièrement parallèles aux propos gaullistes. Il n'est question que de libération et de l'indépendance de la France et que l'on nous assure que seul le communisme lui restituera sa pleine souveraineté".

Le rapport de la Gestapo, transmis à Berlin en janvier 1941, reprend le thème de l'article de Marcel Déat et ajoute:

"Le Parti communiste affirme son intention de tendre la main à chaque Français ayant conservé le sens de l'honneur et à qui l'intérêt national tient à coeur".

Les premiers frappés: les communistes et les juifs

Aujourd'hui encore, certains qui n'étaient pas dans la Résistance en 1940, ou d'autres tout simplement parce qu'ils n'y ont jamais été, accusent les communistes de n'y être entrés qu'après l'attaque d'Hitler contre l'U.R.S.S le 22 juin 1941.

Pourtant Joseph Kessel dans l'Armée des ombres (1943) reconnaît l'engagement précoce des communistes dans la résistance.

La lutte des communistes pour réaliser l'union de tous les patriotes, de tous les résistants, ne cessera pas de 1940 à 1944 et le Comité central l'exprimera avec force le 15 mai 1941 dans son appel à la création d'un "Front national de lutte pour l'indépendance de la France":

"Guidé par le souci exclusif de réaliser l'union de la nation pour la cause sacrée entre toutes de l'indépendance nationale, le Parti Communiste français, mettant au-dessus de tout l'intérêt du pays, déclare solennellement qu'en vue d'aboutir à la création d'un large front de libération nationale, il est prêt à soutenir tout gouvernement français, toute organisation et tous les hommes dont les efforts seront orientés dans le sens d'une lutte véritable contre l'oppression nationale subie par la France et contre les traîtres au service de l'envahisseur".

Ce même 15 mai 1941, 5000 juifs sont envoyés en camps de concentration.

La belle presse de la collaboration, Paris-Soir, avec ses journalistes traîtres ayant pignon sur rue, commente le départ de la gare d'Austerlitz de ces "Israélites": "Cinq mille Juifs sont partis, cinq mille Juifs étrangers ont couché leur première nuit dans un camp de concentration. Cinq mille parasites de moins dans le grand Paris qui en avait contracté une maladie mortelle. La première ponction est faite, d'autres suivront".

Dès la fin 1940 et le début 1941, Gabriel Péri et Georges Politzer rédigent des textes polémiques brillants qui portent le fer contre l'antisémitisme, les idées nazies et de collaboration.

En mars 1941, la direction du PCF considère que l'objectif de libération nationale est prioritaire même par rapport à la révolution sociale et au combat de classe, comme aux divergences idéologiques.

"Le premier objectif de notre peuple, c'est la libération nationale... Les communistes s'adressent à TOUS les Français qui placent avant toute autre préoccupation la libération nationale de notre peuple, et qui sont décidés à lutter effectivement pour ce but. Nous appelons à l'union et l'action les travailleurs socialistes et radicaux qui ont lutté avec nous dans le passé pour faire triompher le Front populaire, trahi par leurs chefs. Nous appelons à l'union et à l'action les travailleurs catholiques, éloignés de l'esprit rétrograde et de soumission au Capital des princes et de l'Eglise. Nous appelons à l'union et à l'action les travailleurs égarés jusqu'alors derrière les partis de réaction et les groupements dits "nationaux", traîtres à la nation" (Maurice Thorez, Mars 1941, cité par Roger Martelli dans Communisme français: histoire sincère du PCF, 1920-1984)

Mais en réalité les deux combats vont se mener de front. En mai 1941, des dizaines de milliers de mineurs se mettent en grève dans le Nord et le Pas-de-Calais, mouvement prépaté par des militants clandestins qui débouche sur un puissant combat de portée nationale.

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