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18 août 2024 7 18 /08 /août /2024 08:44
120 ans du journal L'Humanité: un livre et une revue à se procurer de toute urgence auprès de la fédération et des sections communistes du Finistère

Maud Vergnol le rappelle dans son avant-propos: "l'Humanité est un combat quotidien." Jaurès l'exprime aussi dans l'éditorial "Notre but" du premier numéro de l'Humanité le 18 avril 1904, il y a 120 ans, tout juste: "notre tentative serait vaine ou même dangereuse si l'entière indépendance du journal n'était point assurée... L'indépendance du journal est entière. Faire un grand journal sans qu'il soit à la merci d'aucun groupe d'affaires est un problème difficile mais pas insoluble".

Un problème difficile auquel s'attellent les directions de l'Humanité depuis 120 ans, et les communistes depuis plus de 100 ans. La publication de Hors-série, de numéros spéciaux et thématiques de l'Humanité, de beaux livres édités par l'Humanité, l'élan militant pour la vente de l'Humanité et obtenir des nouveaux abonnements, les efforts des journalistes pour se mettre à la page et s'adapter aux contraintes économiques et aux nouveaux besoins du lectorat font partie de l'équation, tout comme les fêtes de l'Humanité, dont la réussite financière est une condition sine qua non de la survie du journal dans des conditions acceptables et de sa qualité, le rôle des CDH, créés en 1930, des amis et lecteurs de l'Humanité, des nombreux donateurs à la souscription, principalement des adhérents communistes, mais aussi beaucoup de sympathisants et lecteurs de l'Humanité.

Un nouveau beau livre collector grand format de 275 pages est consacré à sonder avec originalité et en laissant une part à la subjectivité et à la diversité des approches du journal et de l'histoire qu'il reflète l'immense histoire du journal l'Humanité: "l'Humanité, 1904-2024: 120 ans, 120 unes, 120 regards"

Ce livre est disponible auprès de la fédération du PCF Finistère qui en a acheté plusieurs en lot pour diminuer les frais de port pour les militants, et des sections du PCF Finistère, au prix de 39,90€

Sa vente et son achat contribuent bien sûr aussi grand à soutenir le journal l'Humanité. Notre journal, un des moyens au centre de nos luttes pour l'égalité et la dignité humaine.

On y trouve des textes éclairant et commentant des Unes de journal, une pour chaque année depuis 120 ans d'existence du journal, correspondant à de grands évènements historiques à l'échelle nationale ou mondiale, ou des évènements moins connus mais significatifs de basculements que l'Humanité a mis en valeur plus que d'autres journaux de presse quotidienne: ainsi, le lecteur lira avec beaucoup d'intérêt en miroir d'évènements et de unes de l'humanité des textes ciselés de Fabien Gay, actuel directeur de l'Humanité, et sénateur communiste de Seine Saint-Denis, de l'ancien directeur de l'Humanité et député européen Patrick Le Hyaric, de Marie-George Buffet, de Pierre Laurent, de Fabien Roussel, , les trois derniers dirigeants du Parti Communiste qui se sont succédé depuis 20 ans, de Raoul Hedebouw, député et président du PTB (Parti du travail de Belgique), de Claude Askolovitch responsable de la revue de presse de France Inter et écrivain, de Christiane Taubira, du fondateur du groupe Zebda Moustafa Amokrane, des historiens Serge Wolikow, Alain Ruscio, Guillaume Roubaud Quashie, Roger Martelli, Nicolas Offenstadt, Patrick Boucheron, du sportif Lilian Thuram, du journaliste Daniel Mermet, de la journaliste Hajar Raissouni, de la déportée juive rescapée d'Auschwitz Ginette Kolinka, de l'ancien ministre communiste de la Fonction Publique Anicet Le Pors, du comédien, journaliste et écrivain François Morel, de l'astronaute Thomas Pesquet, de Ariane Ascaride, du cinéaste chilien Patricio Guzman (sur le coup d’état de Pinochet contre le gouvernement de Salvador Allende), des écrivains Lyonel Trouillot et Joseph Andras, de l'ambassadrice de l'OLP et de Yasser Arafat Leïla Shahid, ou de l'actuelle ambassadrice de la Palestine en France Hala Abou Hassira, de l'écrivain et journaliste Sorj Chalandon (sur la mort de Bobby Sands), de Rony Brauman, Hubert Védrine, Ian Brossat, Clémentine Autain, François Ruffin, Cédric Villani, de l'humoriste Guillaume Meurice, de la sociologue Monique Pinçon-Charlot.

Les éditions de "l'Humanité" publient aussi sous forme de revue souple papier glacé de 121 pages et moins onéreuse complémentaire pour célébrer ses 120 ans: "Instantanés d'Humanité. 120 ans d'un journal engagé". Il s'agit d'un regard d'historien coordonné par Alexandre Courbat et de journalistes sur le fonctionnement du journal l'Humanité, ses principes, son éthique, ses directions, sur son originalité dans le monde des médias, et sur la fête de l'Humanité. On y trouve aussi de nombreux documents d'archives magnifiques - photos, unes, qui montrent le lien du journal communiste avec la grande Histoire, à la fois témoin et acteur de cette Histoire du côté de la défense des dominés, des exploités, des damnés de la terre. Ce hors-série fait notamment la part belle aux engagements féministes et internationales, pour la paix et la décolonisation, du journal L'Humanité. Il est à vendre au prix de 9,90€ et la fédération du PCF Finistère en dispose là encore d'un nombre important d'exemplaires à disposition des camarades, sympathisants, lecteurs et amis de l'Humanité, ou tout simplement des passionnés d'histoire et de la presse.

Le livre et la revue Hors-Série ne font pas doublon mais se complètent très utilement et viennent aussi compléter sans redondance des livres tout aussi indispensables comme:

- La fête de l'Humanité, 80 ans de solidarité, de Valère Staraselski (Le Cherche Midi, 2010, 32€)

- "Un siècle d'Humanité 1904-2004" sous la direction de Roland Leroy au Cherche-midi toujours (2004, 18€)

ou d'autres livres monographiques de Alexandre Courban, Georges Cadiou, consacrés respectivement à Gabriel Peri, Marcel Cachin, grandes figures de l'Humanité des années 1920-1930.

A l'heure où l'invasion des idées d'extrême-droite dans les médias menace gravement notre démocratie (à l'image de beaucoup d'autres pays et régions du monde), ce qu'ont traduit les élections européennes et législatives de juin et juillet 2024, il est nécessaire de rappeler combien l'Humanité avec sa triple exigence d'engagement pour la transformation de la société et la cause des plus démunis et des travailleurs face aux capitalistes, de qualité et d'émancipation par l'éducation populaire, d'indépendance journalistique vis-à-vis des puissances d'argent, et son ambition d'exprimer l'originalité du point de vue communiste sur la société et le monde dans un esprit d'ouverture, d'intelligence, de débat et de rassemblement pour être utile au peuple, est une exception française et un patrimoine inestimable à préserver et faire fructifier pour défendre à la fois la République sociale, les valeurs universelles de l'internationalisme et des droits humains, et notre démocratie face aux coups de boutoir des Bolloré, Sterin, Elon Musk et consorts, ces forces du Capital qui sont prêts à nourrir la "bête immonde" du fascisme et du racisme pour mieux servir leurs intérêts.

Ismaël Dupont, 18 août 2024

120 ans du journal L'Humanité: un livre et une revue à se procurer de toute urgence auprès de la fédération et des sections communistes du Finistère
120 ans du journal L'Humanité: un livre et une revue à se procurer de toute urgence auprès de la fédération et des sections communistes du Finistère
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18 août 2024 7 18 /08 /août /2024 08:36
Rencontre avec le président Macron le vendredi 23 août des groupes politiques avec l'invitation de Lucie Castets- Fabien Roussel explique la démarche du Nouveau front populaire au quotidien Libération (17 août 2024)
"Le secrétaire national du Parti communiste français explique à «Libération» ce que la gauche unie compte présenter à Emmanuel Macron, le vendredi 23 août, pour leur réunion à l’Elysée.
 
Il incite les Français à se mobiliser à la rentrée en cas de refus du Président d’appeler la gauche à gouverner.
L’annonce de l’Elysée modifie quelque peu ses plans de rentrée. Le vendredi 23 août, Fabien Roussel avait prévu d’être à Montpellier, encore en tenue estivale pour ouvrir l’université d’été du Parti communiste français (PCF).
 
Il devra finalement renfiler son costume et remettre une cravate pour se rendre à l’Elysée avec tous les chefs de partis et les présidents de groupes parlementaires du Nouveau Front populaire.
L’ex-député du Nord confirme à Libération que Lucie Castets, leur candidate au poste de Première ministre, sera également présente.
 
Quelle a été votre réaction à l’invitation d’Emmanuel Macron ?
Je me suis dit «enfin !». Car maintenant que les Jeux olympiques sont terminés, que tout le monde en a bien profité, les Français ont le regard tourné vers la rentrée et ils sont inquiets. Pour leur avenir, pour leur pouvoir d’achat…
Ils se demandent aussi qui va gouverner le pays et comment. Il devient donc urgent de nommer un gouvernement qui va changer leur quotidien.
 
 En même temps il ne reçoit pas que la gauche. Toutes les familles politiques sont aussi invitées à échanger avec le président de la République. Il y a toujours très peu de chances pour qu’il accepte de nommer Lucie Castets à Matignon…
Nous verrons bien. Malheureusement, les institutions de la Ve République offrent le pouvoir à un président de nommer qui il veut comme Premier ministre, sans tenir compte forcément du résultat des législatives.
C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a besoin d’aller vers un vrai régime parlementaire où l’Assemblée nationale et les représentants du peuple peuvent se mettre d’accord sur un chef ou une cheffe de gouvernement.
Emmanuel Macron fera ce qu’il a décidé de faire. C’est son droit.
Mais s’il nomme les mêmes pour poursuivre la même politique alors que les Français se sont majoritairement exprimés contre les 30 juin et 7 juillet, alors il suscitera beaucoup de colère.
 
Pourquoi avoir décidé de vous rendre tous ensemble à cette convocation ?
Nous voulons montrer que nous sommes un bloc cohérent, qui représente près de 200 députés élus sur la base d’un programme présenté aux Français, donc sans surprise. Et que nous sommes d’accord sur une Première ministre.
Aucun autre bloc politique n’en est à ce niveau-là ! Il était donc très important de nous montrer unis.
Nous affirmerons auprès du chef de l’État nos priorités pour le pays – pouvoir d’achat, services publics, transition écologique – que nous comptons mettre en œuvre dans le respect du Parlement, sans le brutaliser, en trouvant les compromis nécessaires pour construire des majorités.
 
Lucie Castets sera-t-elle avec vous malgré le fait qu’elle n’ait pas été invitée par l’Elysée ?
Oui. Nous irons ensemble. En délégation.
 
Et si Emmanuel Macron refuse de la nommer à Matignon malgré vos arguments ?
Les Français devront faire, à un moment ou un autre, pression pour se faire entendre.
Il faut que leurs voix, exprimées dans les urnes les 30 juin et 7 juillet, soient respectées par le président de la République.
Si elles ne le sont pas ? Alors il faudra se mobiliser dans chaque circonscription, dans la rue, pour se faire entendre.
Imaginez un pays d’Amérique latine où le chef de l’Etat ne respecte pas les élections ? Tout le monde en France dirait que c’est un coup d’Etat."
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18 août 2024 7 18 /08 /août /2024 07:38
Les combattants de la libération - Charles Tillon, le combat clandestin dès 1940 (Pierre Chaillan, L'Humanité, 7 août 2024)

Légende photo - Charles Tillon à Carhaix en 1945 comme ministre de l'Air (archives Jean-Claude Cariou): Une photo prise au milieu de la foule sur le stade de Carhaix en 1945, près de l'emplacement actuelle des "Vieilles Charrues". Cette photo appartient à la collection privée de Jean-Claude Cariou. Au dos, on y trouve un tampon du service du ministère de l'Air. De gauche à droite, on peut voir avançant au milieu de la foule un officier de l'armée de l'air, Charles Tillon, Alain Cariou, résistant communiste, vice-président du Comité Départemental de Libération, chargé de l'épuration des fonctionnaires, permanent du PCF jusqu'en 1947 avant de reprendre ses fonctions d'instituteur, Gaby Paul, député PCF de Brest, membre du Comité Départemental de Libération, un élu (le maire de Carhaix), et sans doute le secrétaire de Charles Tillon et un membre du cabinet (légende Jean-Claude Cariou)

Natif de Bretagne, syndicaliste CGT, élu député de la Seine sous le Front populaire, il est l’un des trois principaux dirigeants de l’organisation communiste clandestine. Chef fondateur des Francs-Tireurs Partisans français, il sera nommé ministre à la Libération.

Pierre Chaillan - L'Humanité

Nous sommes le 17 juin 1940. Charles Tillon, dirigeant du Parti communiste français clandestin, lance un appel à la constitution d’un gouvernement « luttant contre le fascisme hitlérien (…) pour l’indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes ».

Cet appel titré « Peuple de France » est diffusé sous forme de tract, en particulier dans la région de Bordeaux où l’ancien député PCF du Front populaire, déchu et condamné par contumace au début de l’année, a élu domicile. En tant que l’un des quatre instructeurs interrégionaux, il est chargé de réorganiser le parti clandestin dans le quart sud-ouest. Ce travail souterrain est conduit au sein de l’Organisation spéciale, assurant l’impression de journaux et de tracts ainsi que la protection des responsables.

À partir du mois d’octobre 1940, Charles Tillon devient un des trois principaux dirigeants du Parti communiste et rejoint Paris en décembre. Benoît Frachon a en charge la gestion des cadres régionaux et le mouvement syndical, la CGT, Jacques Duclos l’appareil politique et la presse, et Charles Tillon, l’organisation militaire.

Un dirigeant de premier plan

Le Breton a été repéré très tôt comme un excellent organisateur. Il a déjà acquis une grande expérience de la lutte collective dans les situations les plus difficiles. Né à Rennes (Ille-et-Vilaine) en 1897, le jeune marin, âgé d’une vingtaine d’années, est un des meneurs d’une grève puis d’une mutinerie de près de 200 hommes à bord d’un bateau engagé aux côtés de Russes blancs en mer Noire. À la suite de cette mutinerie, il est condamné à cinq années de bagne et aux travaux forcés. Sa peine sera réduite et il retrouve sa Bretagne natale, où il commence à militer à la CGTU et au Parti communiste naissant.

Le jeune militant, peu après avoir pris la tête de l’union départementale CGTU en 1923, devient permanent syndical. Comme le relate l’historien Denis Peschanski dans sa notice du Maitron, Charles Tillon suit en particulier la grève des sardinières, les « Penn sardin » (ouvrières des usines de conserves) de Douarnenez (Finistère), déclenchée en 1924. Il encadre ensuite plusieurs grands mouvements revendicatifs et devient un dirigeant de premier plan, d’abord au sein de la Fédération des céramiques et produits chimiques, puis de celle des ports et docks.

Devenu membre du bureau confédéral de la CGT, il gagne la région parisienne et est élu au comité central du PCF. Il se présente aux élections locales à Aubervilliers et en devient conseiller général en 1935, puis député en mai 1936. Un temps membre du bureau politique, il quitte l’instance. Mais déjà les nuages annonciateurs des heures sombres s’accumulent à l’Est. Le terrible combat contre fascisme et nazisme est à l’ordre du jour.

En avril 1939, l’élu est membre d’une délégation internationale envoyée en Espagne pour aider au rapatriement des républicains espagnols grâce à des bateaux affrétés par France-Navigation. En 1940, il compte parmi les neuf députés communistes qui échappent à leur arrestation. Il plonge alors dans la clandestinité à Bordeaux, puis à Paris.

Un organisateur tout terrain

Fort de ces années de luttes sociales et de son expérience d’organisateur hors pair et tout-terrain, le membre du secrétariat du PCF crée fin 1941 les Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) dont il prend la tête. Ces groupes de combattants de l’ombre sont la branche armée du Front national constitué par le Parti communiste en mai pour élargir son action au-delà des rangs communistes.

Durant trois longues années, les FTP implantés aux quatre coins du pays se constituent en maquis et jouent, souvent au prix de leur vie, un rôle primordial dans le combat de la Résistance intérieure. À partir du débarquement du 6 juin 1944, ils participent activement à la libération du territoire national et des grandes villes françaises. Son rôle dans la lutte victorieuse sera reconnu : Charles Tillon devient à la Libération ministre de l’Air dans le premier gouvernement formé par le général de Gaulle, puis ministre de l’Armement et, dans le troisième, ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme.

Il est réélu aussi député de la Seine. Mais le monde entre dans la guerre froide, et déjà l’ancien résistant doit faire face à une épreuve à laquelle il n’était pas si bien préparé. Piloté depuis Moscou, un règlement de comptes digne du pire procès stalinien est ourdi : c’est ce que l’on appellera pudiquement « l’affaire Marty-Tillon » en 1952 durant laquelle André Marty, héros des Brigades internationales, sera exclu et le second, remis à la base. Charles Tillon sera définitivement exclu en 1970 et sa mémoire dans le livre héroïque du communisme français sera trop souvent effacée en dépit de son engagement de la première heure.

À lire Charles Tillon, le chef des FTP trahi par les siens, de Fabien Tillon, éditions Don Quichotte/Seuil, 2021.

 

Lire aussi sur le Chiffon Rouge:

http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/2018/06/17-juin-1940-l-appel-a-la-resistance-de-charles-tillon.html

 

1978: Charles Tillon revient sur sa traversée du siècle et ses engagements avec Michel Kerninon dans la revue Bretagnes n°8 : Désenchaîner l'espérance

1945: Charles Tillon, ministre de l'air, en visite à Carhaix (une photo inédite avec Gaby Paul et Alain Cariou, cadres du PCF dans le Finistère à la libération)

Les communistes et la résistance: 17 juin 1940: la reconnaissance de l'appel de Charles Tillon

Communistes de Bretagne (1921-1945)

« Les gouvernements bourgeois ont livré à Hitler et à Mussolini : l’Espagne, l’Autriche, l’Albanie et la Tchécoslovaquie... Et maintenant, ils livrent la France.
Ils ont tout trahi.
Après avoir livré les armées du Nord et de l’Est, après avoir livré Paris, ses usines, ses ouvriers, ils jugent pouvoir, avec le concours de Hitler, livrer le pays entier, au fascisme.
Mais le peuple français ne veut pas de la misère de l’esclavage du fascisme.
Pas plus qu’il n’a voulu de la guerre des capitalistes.
Il est le nombre : uni, il sera la force.
Pour l’arrestation immédiate des traîtres
Pour un gouvernement populaire s’appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, établissant la légalité du parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles, s’entendant avec l’URSS pour une paix équitable, luttant pour l’indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes.
Peuple des usines, des champs, des magasins, des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes,

UNISSEZ VOUS DANS L’ACTION!"
Charles TILLON,
Gradignan, 17 juin 1940
 

Antoine Porcu (1) a présente le texte de cet appel et en a expliqué le sens dans un entretien accordé à l’Humanité le 4 mars 2006
 

« L’appel de Charles TILLON est un appel à la résistance sur le territoire national, tandis que celui du général de Gaulle s’adresse d’abord aux français présents en Angleterre pour leur demander de se rassembler autour de lui. Par ailleurs, l’appel de Charles TILLON est explicitement lancé au nom de la lutte contre le fascisme.
Cela le différencie également de l’appel de Thorez et Duclos du 10 juillet 1940, conforme à la ligne de la IIIeme Internationale. Celle-ci réduisait la guerre en cours à un affrontement antiimpérialiste. Cela ne permettait pas de cerner la spécificité du phénomène fasciste. À l’inverse, Charles Tillon en appelle au rassemblement du peuple dans l’action contre le « fascisme hitlérien », dans le droit fil de la stratégie du Front Populaire pour laquelle Maurice Thorez s’était lui-même battu.
Depuis la Libération, la propagande anticommuniste affirme que les communistes ne sont entrés en résistance qu’en juin 1941, lorsque l’Union soviétique est attaquée par les nazis. C’est une parfaite falsification. D’ailleurs, l’importance de ce texte a été appréciée par la direction clandestine du Parti Communiste, laquelle intègre Charles Tillon, à la demande de Benoît Frachon. Mais derrière ce genre d ‘accusation, c’est le rapport même des communistes au peuple français de l’époque qui est questionné. L’appel de Charles TILLON permet de lever toute ambiguïté. Il prouve que l’engagement des communistes s’est fait indépendamment des directives de la IIIeme Internationale.
Car cet appel n’est pas une initiative purement personnelle. Lorsqu’il le rédige Charles TILLON est mandaté par le Comité central pour réorganiser le parti communiste dans tout le Sud-Ouest de la France. Son appel y rencontre un certain écho. Les kiosquiers de Bordeaux l’insèrent dans les journaux. Il parvient même jusqu’aux chantiers navals de Saint-Nazaire. Le Parti communiste français a été traversé par de nombreuses et dramatiques contradictions. Mais il a toujours été avant tout un collectif de femmes et d’hommes mobilisés pour l’émancipation humaine. Le combat pour cette reconnaissance est crucial dans un contexte où la droite la plus réactionnaire reprend le flambeau de la virulente campagne anticommuniste d’après-guerre dans le but de briser tout espoir de transformation sociale. »
(1) Antoine PORCU, ouvrier métallurgiste, il adhère au PCF en 1943. Il rejoint alors le réseau des jeunes communistes résistants. Secrétaire de la fédération du PCF de Meurthe et Moselle de 1961 à 1979, 
Il est député de 1978 à 1981, il collabore au cabinet de Charles Fiterman au ministère des transports. Il ne renonce pas à son idéal et écrit de nombreux ouvrages en l’honneur des militants et résistants communistes. Il meurt le 1er mars 2017

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18 août 2024 7 18 /08 /août /2024 06:35

Un très bel article de Julien Tremel, jeune communiste brestois originaire des Côtes d'Armor, sur l'histoire de notre amie et camarade Lucienne Nayet, présidente du réseau du musée national de la résistance. C'est dans la revue nationale de la Jeunesse communiste, L'Avant Garde. Un entretien passionnant.

Lucienne Nayet, entretien avec une passeuse de mémoire - par Julien Tremel, L'Avant-Garde, février 2024
Lucienne Nayet, entretien avec une passeuse de mémoire

Le 27 janvier dernier marquait la journée internationale à la mémoire des victimes de la Shoah.  

S’intéressant à la transmission de cette mémoire, l’Avant-Garde a pu s’entretenir avec Lucienne Nayet, fille d’un couple juif polonais ayant émigré en France en 1930 pour fuir l’antisémitisme, dont le père est mort en déportation. 

Suite à son enfance marquée par la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences, Lucienne Nayet a décidé de transmettre son récit à la nouvelle génération, dans les collèges et lycées. Elle est désormais passeuse de mémoire.

L’enfance de Lucienne Nayet

“Je suis fille d’un couple de Juifs polonais, la famille Lerman. Mes parents ont émigré en France en 1930 pour fuir la montée de l’antisémitisme, et ils ont pensé que la France, pays de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, des Lumières, serait un bon refuge pour eux. Ils ont emménagé dans le 20ᵉ arrondissement de Paris. Ils y ont ouvert une boutique de tailleur, dans laquelle ma mère était finisseuse. Ma grande sœur est née en 1933. La famille a mené une vie tranquille jusqu’au 15 mai 1941, où mon père a reçu un « billet vert » de la police française, qui le convoquait au gymnase Jappy, tout comme 4 000 autres Juifs étrangers, dans le 11ᵉ arrondissement pour une vérification de papiers. Mon père s’y est rendu sans crainte, ses papiers étant en règle, et est parti en disant à ma mère, alors enceinte de moi, de prendre ma sœur et d’aller se promener au parc en attendant son retour.

Mais il n’est jamais revenu. Il a été retenu, puis interné dans des camps en France, à Drancy, Beaune-la-Rolande et Pithiviers. Puis, suite à la rafle dite « du Vel d’hiv » les 16 et 17 juillet 1942, il a été déporté dans un des premiers convois pour Auschwitz, dans des conditions effroyables, dans des wagons à bestiaux, tellement entassés que certains mourraient avant même la fin du voyage.

Quand ma mère est revenue du parc avec ma sœur le jour de la convocation de mon père, un voisin, attendait ma mère en bas de l’immeuble et lui a dit de ne pas rentrer dans leur appartement. Ce même voisin, qui était politisé, leur a trouvé un endroit où se cacher. Le 4 août, ma mère a accouché de moi à l’hôpital Rothschild, alors que ce voisin s’occupait de Rachelle, ma sœur, qui avait alors 8 ans. Dans cet hôpital, il y avait un réseau de résistance tenu par des véritables héros de l’ombre : des membres du personnel médical, qui, pour protéger les enfants juifs qui y naissaient, ne déclaraient pas les naissances ou déclaraient les enfants mort-nés, ce qui a été mon cas. Mais ce réseau a été vite démantelé par la police française et la Gestapo.

Le voisin qui avait gardé ma sœur pendant que ma mère était à l’hôpital avait réussi à cacher ma sœur et à lui trouver une famille d’accueil via une association humanitaire. Elle avait été envoyée à Pouzauges, en Vendée. Il a fallu beaucoup de courage à ma mère pour réussir à sortir de l’hôpital et à prendre le train pour Pouzauges avec moi bébé pour rejoindre ma sœur.

Ma mère a retrouvé ma sœur dans sa famille d’accueil, un couple de fermiers d’une cinquantaine d’années, qui avaient deux fils qui avaient à peu près le même âge que ma sœur. Ma mère leur a demandé de me garder aussi, mais ils ont refusé, de peur que leur âge ne rende suspect le fait qu’ils aient un bébé, d’autant plus que pour essayer de boucler les fins de mois, ils lavaient et repassaient le linge de la Kommandantur allemande locale.

Le curé de Pouzauges nous a trouvé un petit logement de 20 m² pour nous cacher. On a été nourris grâce à des habitants. Mais il fallait être très discrètes pour ne pas courir le risque d’être dénoncées, ne pas faire de bruit, donc ne pas parler, ne pas pleurer, ne pas jouer, ne pas sortir. C’est assez difficile à vivre pour une aussi jeune enfant. Ça n’a pas été une enfance normale, je n’ai pas eu la vie qu’un bébé devrait avoir, loin de là.”

La libération

“Ma mère est partie récupérer ma sœur dans sa famille d’accueil, puis nous sommes rentrées à Paris. Ma mère avait gardé la clé de notre appartement, mais au moment de la mettre dans la serrure, elle ne rentrait pas. Elle a été voir le voisin qui nous avait aidés, et il nous a dit que des gens s’étaient installés dans notre logement durant notre absence. Nous avons donc dû trouver un autre logement. Ma mère est parvenue à trouver, par l’intermédiaire de l’association Le croissant rouge, un petit logement dans le 20ᵉ arrondissement, mais il était trop petit pour nous trois. Donc ma mère a été obligée de m’envoyer dans une famille d’accueil, à Gargenville dans les Yvelines. C’étaient des gens très gentils, qui n’ont jamais demandé d’argent à ma mère pour ma garde. Elle venait me prendre pour les week-ends pour que nous puissions nous voir tout de même.

Le premier week-end à Paris, après notre retour de Pouzauges, nous avons été à l’hôtel Lutécia où arrivaient les déportés qui avaient survécu aux camps. Ma mère avait avec elle une photo de mon père. Un déporté s’est approché de nous, en reconnaissant mon père sur la photo, et a dit à ma mère qu’il était mort à Auschwitz.

À ce moment-là, de nombreuses familles juives se sont reconstruites. Ma mère s’est remariée à un homme juif qui avait survécu à la déportation, et qui possédait une production de vêtements, elle s’est installée en ménage avec lui, ils ont eu un enfant, et m’ont fait rejoindre la maison.”

« On imagine que votre jeunesse et votre vie ont été marqués par les conditions particulières de votre enfance.”

“Oui effectivement. J’étais une enfant très turbulente, et même violente. Par exemple, je ne supportais pas le bruit des jouets de mon demi-frère, et je les lui cassais. Je me sentais inadapté, mais à l’époque, on n’allait pas chez le psychologue. Heureusement, j’ai pu me reconstruire grâce à l’école publique.”

Retracer l’histoire…

“C’est la mort de ma mère en 1988 qui a été le déclic. Ma mère a toujours refusé de me raconter ce qu’il s’était passé à l’époque, elle ne voulait pas en parler. À sa mort, j’ai recomposé quelques éléments, mais j’ai surtout interrogé ma sœur, qui avait connu mon père, et qui était assez grande pendant la guerre pour avoir des souvenirs. Mais elle non plus ne voulait pas parler, et j’ai dû lui forcer un peu la main.

Elle avait souffert de la séparation avec ma mère, s’était retrouvée à travailler dur à la ferme, alors qu’elle avait connu avant cela une vie heureuse et paisible avec mes parents. Mais elle a fini par me donner des éléments, notamment le fait que nous étions cachées à Pouzauges après l’arrestation de mon père et ma naissance. J’y suis donc allée en 1990, avec en poche une photo d’époque de mère avec ma sœur et moi. Mais les gens éprouvaient une sorte de peur, même après tout ce temps, et me disaient qu’il n’y avait jamais eu de Juifs à Pouzauges pendant la guerre. Ils avaient sûrement peur qu’on remue le passé.

Alors, je suis allée à la mairie et j’ai laissé mes coordonnées, dans l’espoir de retrouver les gens qui nous avaient aidés là-bas. Et huit jours après, j’ai reçu un appel d’un des fils de la famille qui avaient recueilli ma sœur et qui m’a dit qu’ils avaient cherché à me retrouver, mais en vain.”

… pour ensuite la transmettre

Aujourd’hui, Lucienne est une passeuse de mémoire. Elle parcourt les collèges et lycée de France pour témoigner, à l’appel des professeurs, des horreurs que la guerre engendre en prenant l’exemple de son propre parcours.

“Je pense que raconter ma petite histoire au sein de la grande peut éveiller les jeunes. Je veux les amener à penser, car les événements du présent résonnent parfois étrangement avec ceux du passé, notamment dans l’actualité, les forces politiques qui cherchent à attiser la haine de l’étranger. Même si c’est émotionnellement pénible pour moi de raconter cette lourde histoire, je le vis comme un acte de citoyenneté et un acte militant.”

Son combat ne s’arrête pas là. Lucienne est la présidente du réseau national des musées de la résistance et membre de l’Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance. Elle est également membre du Parti communiste Français et a été adjointe à la mairie de Champigny-sur-Marne.

“J’ai également fait partie d’une association qui aidait un camp de réfugiés palestinien, ce qui montre bien que l’on peut être issu de la culture juive tout en s’opposant à la politique d’Israël quant à la Palestine”. 

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18 août 2024 7 18 /08 /août /2024 06:34

Une captation vidéo par Lucien Guélard de l'intervention de Lucienne Nayet, accompagnée par Marianne Gauthier, devant des lycéens en auditorium à Guingamp en janvier 2024 avec un petit film d'introduction sur l'histoire de sa famille. Une vidéo diffusée en partenariat avec le Pôle Jean Moulin et le musée national de la résistance sur l'histoire d'enfant cachée de Lucienne, la perte de son père victime de la rafle du billet vert et de la Shoah et la persécution des juifs en France pendant l'occupation au nom d'une idéologie raciste et avec la compromission des institutions de Vichy et de l'administration et de la police française.

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18 août 2024 7 18 /08 /août /2024 02:36
Gaza : après l’assassinat du dirigeant du Hamas par Israël à Téhéran, le risque d'un incendie régional - Pierre Barbancey, L'Humanité, 13 août 2024
Gaza : après l’assassinat du dirigeant du Hamas par Israël à Téhéran, le risque d'un incendie régional

 

L’Iran pourrait mener des représailles contre Israël après l’assassinat du dirigeant du Hamas à Téhéran. La diplomatie internationale se mobilise en faisant miroiter un cessez-le-feu à Gaza après dix mois de guerre. Benyamin Netanyahou n’y semble pas disposé.

 

Tous les signaux sont au rouge. L’Iran et ses alliés ont menacé Israël d’une riposte armée après l’assassinat, le 31 juillet à Téhéran, du numéro 1 du Hamas, Ismaïl Haniyeh, attribué à Tel-Aviv, et la mort, la veille, du chef militaire du Hezbollah, Fouad Chokr, tué dans une frappe israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth. Une éventualité totalement plausible dans un Proche-Orient volatile où la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres. Washington a indiqué prévoir « une série d’attaques conséquentes » pouvant intervenir dès « cette semaine » de la part de l’Iran et de ses alliés. Outre-Atlantique, on n’en oublie pas l’Ukraine pour autant. Le département d’État américain a averti le 12 août que l’Iran devait s’attendre à d’importantes conséquences s’il décidait de fournir des centaines de missiles balistiques à la Russie.

Les États-Unis, suivis par l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, mettent maintenant dans la balance un possible accord de cessez-le-feu dans le cadre de négociations qui devaient reprendre ce 15 août. « Les combats doivent cesser maintenant et tous les otages encore détenus par le Hamas doivent être libérés. La population de Gaza a besoin d’une aide urgente et sans entrave », écrivent le président français, Emmanuel Macron, le chancelier allemand, Olaf Scholz, et le premier ministre britannique, Keir Starmer. Il aura fallu 310 jours de guerre pour parvenir à une telle déclaration.

Après dix mois de conflit, l’instabilité régionale inquiète les États-Unis. Le Proche-Orient tient une place importante dans la campagne présidentielle américaine. Washington s’appuie sur le Qatar et l’Égypte, avec, dans l’ombre, l’Arabie saoudite, pour parvenir à un accord acceptable pour les pays arabes, l’Autorité palestinienne et partagé par certains dirigeants israéliens aptes à remplacer Netanyahou.

L’Iran cherche-t-il la guerre avec Israël ?

En avril dernier, après l’attaque de son consulat à Damas par Israël (13 morts, dont un général du Corps des gardiens de la révolution), l’Iran avait promis de riposter. Ce qu’il avait fait de manière proportionnée même si les projectiles étaient tirés depuis l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Yémen. Deux sites militaires israéliens avaient été légèrement touchés. Au-delà des déclarations, les dirigeants iraniens ne veulent pas déclencher un conflit régional. Ils n’en ont pas les moyens et ce serait politiquement inutile. Selon le site Iranwire, « certains membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) sont frustrés par le retard pris dans la réponse à l’assassinat du chef du Hamas ». Pourtant, l’agence iranienne Irna indique de son côté : « Les médias sionistes ont spéculé sur le fait que la République islamique va bientôt mener une attaque directe sur le régime israélien » (sic).

Plus intéressant encore, cette information exclusive donnée le 12 août par l’agence britannique Reuters : « Seul un accord de cessez-le-feu à Gaza, issu des pourparlers espérés cette semaine, empêcherait l’Iran de mener des représailles directes contre Israël pour l’assassinat du dirigeant du Hamas, Ismaïl Haniyeh, sur son sol, ont déclaré trois hauts responsables iraniens. » Ce qui remet Téhéran dans le jeu, même indirectement, pour un règlement final de la question de Gaza à la veille de la reprise des négociations. Le nouveau président iranien, Massoud Pezeshkian, y verrait également l’opportunité de faire revivre l’accord sur le nucléaire (JCPOA), synonyme de levée de sanctions, essentielle pour donner de l’oxygène à l’économie de son pays.

Que cherche Benyamin Netanyahou ?

Et si le piège tendu par le premier ministre israélien pour rester au pouvoir se retournait contre lui ? Guidé par sa volonté de poursuivre la guerre, seul moyen selon lui d’obtenir la libération des Israéliens capturés le 7 octobre et, dans le même temps, d’éradiquer totalement le Hamas, il tente maintenant d’embraser la région. Pour ce faire, il a fait tuer le chef militaire du Hezbollah libanais puis, le lendemain, à Téhéran, le numéro 1 du mouvement islamiste palestinien, Ismaïl Haniyeh. Qui d’autre que le premier ministre israélien avait intérêt à la disparition de ce dirigeant considéré comme un « modéré » qui ne cachait pas sa volonté de faire évoluer le Hamas et dirigeait les négociations indirectes avec Israël ?

Benyamin Netanyahou n’ignore pas que le Hezbollah tout autant que Téhéran ne peuvent rester muets face à une telle provocation. Mais le dirigeant israélien sait aussi que ses alliés, à commencer par Washington, viendront à son secours. Ainsi, en avril, la plupart des tirs contre Israël ont été interceptés avec l’aide principale des États-Unis et de la France, ainsi que de la Jordanie.

 

Netanyahou ne veut pas d’un cessez-le-feu impliquant le retrait des troupes israéliennes de Gaza, notamment dans le secteur de Netzarim, qui coupe le territoire en deux, et sur le corridor de Philadelphie, qui marque la frontière avec l’Égypte. Il n’a de cesse de faire bombarder les écoles de Gaza, où des milliers de personnes ont trouvé refuge, comme pour saboter tout accord.

Selon la presse israélienne, Yoav Gallant, le ministre de la Défense, aurait déclaré le 12 août devant une commission parlementaire que « la raison pour laquelle l’accord (pour une trêve à Gaza – NDLR) est retardé est, entre autres, Israël. (…) Il existe une option d’accord qui mènerait à un arrangement au nord et au sud » et « une deuxième option qui est l’escalade qui mènera à la guerre ». Il aurait ajouté : « Moi et l’appareil militaire, nous soutenons la première option. » Pas Netanyahou.

Que disent les Palestiniens ?

Soumis à un génocide, au bord de la famine, menacés par les épidémies et même le retour de la polio (poliomyélite), les Gazaouis n’attendent que la fin de la guerre. Au moins 40 000 d’entre eux ont été tués. Le Hamas et son nouveau chef, Yahya Sinouar, réclament l’application d’un plan en trois phases présenté le 31 mai par Joe Biden pour une trêve dans le territoire palestinien, « plutôt que de mener plus de négociations ou d’amener de nouvelles propositions ». Ce plan, que le président américain avait faussement présenté comme émanant d’Israël, prévoyait, dans un premier temps, une trêve de six semaines accompagnée d’un retrait israélien des zones densément peuplées de Gaza et de la libération d’otages contre des prisonniers palestiniens détenus par Israël.

L’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dirigée par Mahmoud Abbas, n’entend pas être exclue si ce n’est des négociations elles-mêmes (sous couvert d’anonymat, un diplomate palestinien a certifié à l’Humanité que le Hamas tenait l’OLP au courant) en tout cas des plans d’avenir pour la bande de Gaza. Le président palestinien s’est rendu ce 12 août à Moscou pour une visite officielle. « Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour soutenir la Palestine et le peuple palestinien », lui a promis Vladimir Poutine, répétant être attaché à l’établissement d’un « État palestinien à part entière ». La semaine dernière, dans une interview donnée à la presse russe, Abbas dénonçait l’attitude de Netanyahou, qui « cherche à prolonger la guerre ». Mais il a surtout martelé, citant l’OLP – le mouvement de libération et non pas l’Autorité palestinienne, entité politico-administrative créée par les accords d’Oslo : « Notre peuple a besoin d’un cessez-le-feu qui doit se traduire par le retrait de l’armée israélienne. Ensuite, Gaza sera dirigée par l’OLP. »

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17 août 2024 6 17 /08 /août /2024 03:36
Fête du travailleur bigouden à Loctudy ce samedi 17 août 2024 à partir de 18h30 place de la mairie : on vous attend nombreux à la fête du PCF pays bigouden!
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17 août 2024 6 17 /08 /août /2024 02:42
Guerre à Gaza : Washington approuve pour 20 milliards de nouvelles ventes d’armes à Tel Aviv (Pierre Barbancey, L'Humanité, 16 août 2024)
Alors que les crimes de guerre et crimes contre l'humanité se multiplient contre les Palestiniens, à Gaza, quasiment complètement détruite et où le gouvernement de Netanyahou engage un processus génocidaire contre la population gazouie, et en Cisjordanie où les violences racistes des colons armés par le gouvernement et le nettoyage ethnique font rage avec la complicité du pouvoir et de l'armée, les USA du président démocrate Joe Biden, plutôt que de faire pression pour arrêter le génocide en cours et obtenir un cessez le feu à Gaza, confirment qu'ils sont les principaux soutiens et alliés de cet État voyou et criminel qui ne respecte aucune des conventions internationales. Un article de Pierre Barbancey dans "L'Humanité".
***
Guerre à Gaza : Washington approuve pour 20 milliards de nouvelles ventes d’armes à Tel Aviv
Le département d’État américain a annoncé le 13 août un marché de 20 milliards de dollars dont 18 pour l’envoi d’avions de combats F15 à Israël.
Alors que de plus en plus de voix s’élèvent à travers le monde pour exiger un arrêt d’envoi des armes à Israël pour mettre fin au génocide en cours dans la bande de Gaza, l’annonce faite mardi 13 août par le département d’État américain a fait l’effet… d’une bombe. Celui-ci vient d’approuver la vente d’armes à Tel Aviv pour un total d’environ 20 milliards de dollars. Dans le paquet, 50 avions de chasse F-15 d’une valeur de plus de 18 milliards de dollars.
Ces ventes doivent être approuvées par le Congrès mais en réalité l’annonce n’est faite que lorsque l’administration a l’assurance que les élus approuveront le marché. Pour cela, des discussions informelles se déroulent avec les présidents des comités des affaires étrangères, de la Chambre aussi bien que du Sénat. Une fois les ventes officiellement notifiées, comme c’était le cas mardi, les législateurs ont 30 jours pour les bloquer. Ce qui ne sera pas le cas. La rhétorique est même intéressante.
Un mauvais signal envoyé
Ainsi, au mois d’avril, le représentant démocrate du comité des affaires étrangères de la Chambre, Gregory Meeks, avait retardé sa signature. Il expliquait alors à la chaîne CNN qu’il cherchait encore des « assurances » de la part de l’administration Biden sur les types d’armes avant de donner son approbation à la vente. Au mois de juin, le même mettait en avant les menaces qui pèseraient sur Tel Aviv, affirmant qu’il demeurait « favorable au droit d’Israël de se défendre contre les véritables menaces posées par l’Iran et le Hezbollah » et notant que les avions ne seront pas livrés à Israël avant des années.
S’il est vrai que les livraisons de l’équipement ne commenceront pas avant des années (celles des aéronefs n’est pas prévue avant 2029), les votes successifs servent à empêcher toute rupture de stocks. En l’occurrence, Israël utilise tellement d’armes et de munitions qu’il convient de prévoir l’avenir rapidement. Outre les F15, les ventes concernent des véhicules tactiques moyens, de missiles air-air à moyenne portée, de cartouches de mortier à haute puissance explosive et des cartouches de char.
Les Démocrates, qui entrent en campagne électorale, tentent de se justifier. Mais ils sont rattrapés par leurs alliés israéliens. Yoav Gallant, le ministre de la Défense de Netanyahou, a remercié le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, et le secrétaire d’État, Antony Blinken, dans un billet publié sur X ce même mardi 13 août à peine l’annonce faite, pour avoir « fait progresser les initiatives essentielles de renforcement des forces qui aident Israël à développer et à maintenir son avantage militaire qualitatif dans la région ». Histoire d’être bien clair, il a ajouté : « Alors que nous luttons pour défendre Israël sur 7 fronts différents, votre message de soutien et d’engagement envers la sécurité d’Israël est clair ».
L’approbation de cette vente d’armes a été rendue publique alors que la tension ne fait que monter au Proche et au Moyen-Orient. Un très mauvais signal envoyé si ce n’est à vouloir se conformer à ceux qui préconisent la guerre comme solution.
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8 août 2024 4 08 /08 /août /2024 07:41

En pleine période estivale, la direction de la PJJ a annoncé devoir réaliser 1.6 à 1.8 millions d’euros d’économies. L’intersyndicale mène la bataille pour préserver les près de 500 postes de contractuels menacés. Leurs disparitions mettraient en péril la prise en charge des mineurs. Un préavis de grève a été déposé.

Dans les couloirs de la protection judiciaire de la jeunesse, depuis février la rumeur circulait déjà à grand bruit. Mais le couperet est tombé le 31 juillet, quand Caroline Nisand, aux manettes de l’institution, a réuni les syndicats et les directions interrégionales. L’annonce est brutale : 1,6 à 1,8 million d’euros doivent être économisés avec pour conséquence le non-renouvellement de postes de contractuels.

« La rencontre était complètement hors-sol. Nous avons été confinés au silence », rapporte Béatrice Briout, secrétaire générale Unsa SPJJ, « La directrice de la PJJ s’est présentée selon ses mots « dans une volonté de transparence » mais elle n’a communiqué aucun chiffre sur le nombre d’emplois concernés ». Aurélie Posadzki, représentante de la CGT PJJ poursuit : « c’était une pure démonstration d’amateurisme, l’ exemple d’une décision prise dans la précipitation pour pallier des mois de mauvaise gestion ».

500 postes en moins pour seulement 0,30 % d’économies

Et pour cause, les dépassements budgétaires invoqués par la direction de la PJJ afin de justifier sa politique étaient, selon les syndicats, prévisibles et anticipables depuis longtemps. Parmi eux : la prime destinée aux agents travaillant durant la période des Jeux olympiques et celle de fidélisation du personnel officiant en Seine-Saint-Denis. « Donc rien de nouveau sous le soleil », tempête Béatrice Briout.

Pour se justifier, Caroline Nisand invoque pelle mêle les économies imposées à toutes les institutions d’État, prévues par décret du 27 février 2024. « Pourtant, à la date de sa parution la direction nous avait garanti que ça ne toucherait pas les ressources humaines. Aujourd’hui elle fait l’inverse et assure devoir répondre aux injonctions de Bercy qui pointe du doigt un dépassement du plafond d’emploi », insiste la représentante syndicale.

Marc Hernandez, co-secretaire national du SNPES-PJJ/FSU, complète : « nous sommes face à un gouvernement démissionnaire, mais Bercy, lui, continue à imposer ces politiques d’austérité et la DPJJ y répond en totale roue libre ».

Dans la foulée de cette rencontre, la réponse des organisations syndicales est immédiate. Pour mener la lutte contre « un plan social sans précédent », l’Unsa SPJJ, la CFDT, la CGT PJJ et le SNPES se constituent en intersyndicale. Et elles font le calcul. « Pour réaliser une économie de seulement 0,30 % sur le budget total consacré aux ressources humaines, ce serait 7 % de la masse salariale qui serait condamnée, soit près de 500 postes de contractuels », affirme Marc Hernandez.

« La direction estime qu’il faudrait poursuivre cet effort durant deux mois, afin que Bercy ouvre finalement notre droit de puiser dans la réserve budgétaire. Ce, après quoi elle s’engagerait à rouvrir les embauches. Nous n’y croyons pas une seconde ! » tance l’élu syndical.

Et même si c’était le cas, une question demeure pour Aurélie Posadzki, celle de la continuité du service public. « Que deviennent les jeunes qui sont sous la responsabilité de ces agents durant cette période d’austérité ? Ils ont en majorité été abandonnés par leurs familles. Qu’est-ce qu’on va leur dire ? Ton éducateur est parti mais il va peut-être revenir dans trois mois ? C’est une façon de mettre le cœur de notre métier à la poubelle et de faire primer la gestion budgétaire sur les missions de l’institution », peste la représentante CGT.

L’intersyndicale dénonce dans la foulée une politique totalement déshumanisante pour les travailleurs : « Nous avons beaucoup de témoignages qui remontent de la part de contractuels qui ont peur pour l’avenir. Certains avaient déménagé, quitté leur emploi précédant en vue de leur contrat avec la PJJ. Et finalement, l’institution leur ferme la porte. D’autres étaient partis en vacances. Leur promesse de réembauche part en fumée. Derrière ces professionnels, il y a des familles plongées dans la précarité par cette décision brutale. »

Un préavis de grève déposé pour le mardi 14 août

À force d’insister, l’intersyndicale décroche un rendez-vous avec le cabinet du ministère de la Justice, mardi 6 août. « Au cours de cette réunion, elle a été informée du dégel de 3 millions d’euros, obtenus auprès de la direction du budget. Ce déblocage permettra à la PJJ de solutionner en grande partie les difficultés de renouvellement de contrats auxquelles elle est confrontée », promet le ministère de la Justice contacté par l’Humanité.

Mais vingt-quatre seulement après « ces annonces significatives pour le budget de la PJJ, Caroline Nisand s’entête en affirmant que ces 3 millions d’euros débloqués ne serviront pas à l’embauche », rapporte Béatrice Briout, effarée.

En témoigne la lettre ouverte adressée par l’intersyndicale à la directrice en charge de l’institution : « Votre silence assourdissant est un très mauvais signal. Les informations que nous avons des terrains sont détestables et nous scandalisent : les personnels continuent de recevoir des notifications de non renouvellement de leur contrat et les directions territoriales et régionales nous laissent entendre qu’il ne serait pas question de revenir sur votre plan social ». L’intersyndicale a déposé un préavis de grève à partir du 14 août.

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6 août 2024 2 06 /08 /août /2024 07:26

Entrée dès son plus jeune âge en résistance, elle a abattu un soldat allemand sur le pont de Solférino. Les armes à la main, elle prend part à la libération de Paris. La femme de lettres, anticolonialiste, deviendra journaliste, grande reporter à l’Humanité.

Les combattants de la Libération - Madeleine Riffaud, une poétesse sur les barricades (L'Humanité, Margot Bonnéry, 4 août 2024)

Tout débute par le « coup de pied au cul » d’un officier allemand. C’est cette humiliation qui décide Madeleine Riffaud, 16 ans, à entrer dans la Résistance avec un horizon : libérer la France de l’occupant. Devant les nazis, comme face à la maladie, la jeune femme n’a pas le choix : sa posture, c’est la lutte. Atteinte d’une primo-infection tuberculeuse, Madeleine Riffaud, de son vrai prénom Marie-Madeleine, quitte sa famille en 1941 pour rejoindre le sanatorium des étudiants à Saint-Hilaire-du-Touvet, dans l’Isère.

Au cours de son séjour dans l’établissement – où, elle l’apprendra plus tard, les infirmiers cachaient et soignaient des blessés juifs ainsi que des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) –, Madeleine n’a qu’une obsession : guérir, prendre part à l’action pour libérer son pays. Au sanatorium, elle rencontre Marcel, son premier amour ; c’est lui qui l’aide à entrer dans la Résistance. En 1942, elle se relève de la maladie, rejoint à Paris les rangs de cette armée de l’ombre.

Une affaire de femmes

Comme près d’un million et demi de soldats français sont prisonniers en Allemagne, « la Résistance est aussi une affaire de femmes », témoigne la militante dans la bande dessinée de Jean-David Morvan 1. Le jour, Madeleine est étudiante à l’école des sages-femmes. La nuit, elle devient « Rainer », un pseudonyme qu’elle emprunte au poète allemand Rainer Maria Rilke. « Je n’ai jamais détesté les Allemands. Seulement les nazis », confie-t-elle à Télérama en 2021.

Après avoir débuté comme passeuse de colis (une clé de tire-fond remise à un cheminot pour faire dérailler les trains), Madeleine prend des responsabilités jusqu’au triangle de direction d’un groupe d’étudiants résistants. Au fil des missions, la tâche se fait plus difficile : ravitaillement de clandestins, recrutement de nouveaux arrivants, vol de nourriture, de machines à écrire ou de tickets de rationnement, organisation de planques, attaques de dépôts d’armes… « Il n’y a rien d’extraordinaire dans ce que j’ai fait », élude pourtant dans un documentaire de Jorge Amat2 la résistante, qui se considère encore aujourd’hui comme une anti-héroïne.

C’est en mars 1944 qu’elle rejoint les Francs-Tireurs et Partisans (FTP), mouvement de résistance armée fondé en 1942 par les communistes. Dans les tourments de la guerre, la jeune femme garde le goût de la littérature et de la poésie. Elle en tire des forces pour le combat. D’une craie blanche, elle recouvre les murs de la capitale de ses vers : « Vaincre et vivre », « Croix de fer, croix de bois, ils ont remis l’amour en croix », « La France n’est pas vaincue ».

Des sévices inoubliables

Comme bien des étudiants qui s’engagent de plus en plus nombreux dans la Résistance, au risque des rafles et des rafales, Madeleine prend la parole en public, distribue des tracts dans les universités pour appeler la jeunesse à la révolte.

La mort d’un ami tué d’une balle dans le dos attise sa colère contre le régime nazi. Madeleine brûle de rage. Le 23 juillet 1944, elle se porte volontaire pour une mission : abattre un soldat allemand. Elle en repère un, seul, sur le pont de Solférino. Deux balles dans la tempe. Ce moment-là, la résistante ne l’oubliera jamais : tuer un homme, même un nazi, est une épreuve. Elle prend la fuite à bicyclette, est aussitôt renversée par la voiture du chef de la milice de Versailles qui se promenait avec son épouse.

Celle que l’occupant qualifie de « terroriste » est conduite au siège de la Gestapo, rue des Saussaies, où elle est torturée. Aujourd’hui encore, Madeleine peine à dire la douleur et la souffrance de ces sévices. Elle est rouée de coups, sa mâchoire et son nez sont brisés et, pour la faire craquer, ses bourreaux torturent sous ses yeux d’autres détenus. Son calvaire dure trois semaines. Mais elle tient bon et garde le silence. Madeleine manque d’être fusillée ; elle échappe in extremis à la déportation grâce à un échange de prisonniers.

Le 19 août 1944, à l’appel de la Résistance dirigée par le colonel Henri Rol-Tanguy, l’insurrection du peuple parisien est générale. À seulement 20 ans, Madeleine est élevée au grade de lieutenant FFI et dirige aussitôt la capture d’un train allemand aux Buttes-Chaumont. Le IIIe Reich s’écroule, ses yeux se tournent déjà vers d’autres guerres : celles qui mettront à bas le régime colonial en Indochine, puis en Algérie. Correspondante de guerre pour l’Humanité, poétesse toujours, cette héroïne a traversé le XXe siècle avec, au cœur, la même aversion contre toutes les formes d’oppression.

  1. Madeleine, résistant, de Jean-David Morvan, Bertail, Riffaud, éditions Dupuis. ↩︎
  2. Les 7 Vies de Madeleine Riffaud, de Jorge Amat, Doriane Films. 

Lire aussi:

http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/2023/02/communist-art-madeleine-riffaud-poete-en-resistance.html

Madeleine Riffaud, poète en Résistance

(Dans "La Résistance et ses poètes", Pierre Seghers. Le recueil de poème de cette femme, partisan et poète, officier FTP à 20 ans, adjointe du colonel Fabien, qui a abattu des chefs miliciens et des officiers allemands, a été arrêtée, torturée, condamnée à mort, échappant par miracle à l'exécution, ont été publiés dans le recueil "Le poing fermé" préfacé par Eluard, puis à nouveau dans un nouveau recueil de poèmes de Madeleine Riffaud en 1973 - Le Cheval Rouge, aux éditeurs français réunis).

Neuf balles

A Jean-Pierre M (16 ans)

Neuf balles dans mon chargeur
Pour venger tous nos frères.

ça fait mal de tuer.
C'est la première fois.

Sept balles dans mon chargeur.
C'était si simple.

L'homme qui tirait l'autre nuit.
C'était moi.

***
Traquenard

Peur des bottes
Peur des clefs

Peur des portes

Peur des pièges

 

Ils me font marcher entre eux deux

Ce dimanche de plein soleil

Vers la grande prison

A l’entrée des enfers.

A ma gauche est un policier.

A ma droite est un policier.

Dans chaque poche un revolver.

Et devant moi

Et devant moi

Oh ! Les hautes grilles de fer !

 

Peur des bottes
Peur des clefs

Peur des portes

Peur des pièges

 

Sitôt les verrous refermés

On entend les nôtres crier.

Et dehors c’est dimanche

Et dehors c’est l’été.

Dans une église, l’orgue chante.

Un pigeon tout blanc dans l’air bleu

En vol, a caressé ma joue.

Et derrière moi

Et devant moi

Oh ! les hautes grilles de fer !

 

Peur des bottes
Peur des clefs

Peur des portes

Peur des pièges

 

Si je suis prise, me disai-je

Me restera-t-il seulement

Un coin de ciel tout bleu

A regarder souvent

Un coin de ciel comme une flaque

Au bois, telle la flaque de pluie

Où vont boire les bêtes blessées ?

- Mais la fenêtre ils l’ont murée,

La fenêtre aux barreaux de fer.

 

Peur des bottes
Peur des clefs

Peur des portes

Peur des pièges

 

BS 2, 23 juiller 1944*

 

* BS 2 : Brigade spéciale n°2. Il s’agit d’une section de la Gestapo française, siégeant alors en face de la cathédrale Notre-Dame de Paris

 

***

 

Mitard

 

1

 

Un Allemand, poison et fer

Écrase des souris à grands coups de talon.

Le sol de la cellule est sanglant

De leurs petits corps mutilés.

Une patte levée, dans la chair et le sang.

Un petit cri aigu à transpercer la tête.

Un Allemand s’amuse à tuer des souris.

Et la pluie nous rend fous.

 

2

 

Ils m’ont jeté un chapelet

Dans le noir glacé du cachot

- Chaîne de fer et croix de bois -

Le chapelet des fusillés.

Il sent l’église au mois de mai

Fête-Dieu, cierges et encens,

Réticule de mère-grand.

Entre mes mains chaîne légère

Auprès des menottes coupantes.

Ils m’ont jeté un chapelet

Comme au chien un os à ronger.

 

3

 

Les grosses clefs dans les serrures

Même la nuit tournent encore

Et les éclats de leurs voix dures

Me font sursauter si je dors.

 

Bottes ferrées dans les couloirs.

Porte entrouverte et refermée :

Un camarade est emmené.

 

Sur les murs, il y a des cris

Des mots gravés avec un clou.

Oh désespoir, ou espoir fou

De ceux qui sont morts avant moi…

 

Je sens bien qu’ils sont encore là

Autour de moi, et me regardent.

Leurs yeux s’allument quelquefois

Dans le noir comme dans les étoiles.

 

Et ma tête s’appuie

A leurs épaules d’ombre.

 

***

 

CHANSON

 

Ils me band’ront les yeux

Avec un mouchoir bleu

Ils me feront mourir

Sans me faire souffrir

 

Ils m’avaient tué un camarade,

Je leur ai tué un camarade.

Ils m’ont battue et enfermée

Ont mis des fers à mes poignets

 

- Sept pas de long

A ma cellule

Et en largeur

Quatre petits-

 

Elle est murée – plus de lumière-

La fenêtre de mon cachot.

Et, la porte, elle est verrouillée.

J’ai les menottes dans le dos.

 

- Tu te souviens ?

Soirs sur la Seine…

Et les reflets…

Le ciel et l’eau...

 

Ils sont dehors, mes frères de guerre

Dans le soleil et dans le vent

Et si je pleure – je pleure souvent -

C’est qu’ici je ne puis rien faire

 

- Sept pas de long

Et puis un mur,

Si durs, les murs

Et la serrure.

 

Ils ont bien pu tordre mes mains

Je n’ai jamais livré vos noms.

On doit me fusiller. Demain.

As-tu très peur, dis ? Oui ou non ?

 

Le temps a pris

Le mors aux dents

Courez, courez

Après le temps !

 

Ceux-là, demain, qui me tueront,

Ne les tuez pas à leur tour.

Ce soir, mon cœur n’est plus qu’amour.

Ce sera comme la chanson :

 

Les yeux bandés

Le mouchoir bleu

Le poing levé

Le grand adieu.

 

Poèmes écrits pour la plupart à la prison de Fresnes, repris dans Le Poing fermé (1945) et dans Cheval Rouge, éditeurs français réunis

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