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ANDRÉ TOSEL, PHILOSOPHE
LUNDI, 18 JUILLET, 2016
L'HUMANITÉ
Quatre jours après l’attentat qui a plongé sa ville natale « dans le chaos de la violence mondiale », le philosophe André Tosel analyse la situation politique actuelle pour mieux sortir de cette spirale meurtrière.
L’histoire bégaye. Par trois fois, la France a été frappée d’attentats innommables qui massacrent des victimes innocentes de tout âge et de toute condition. La compassion et l’indignation ne peuvent être que nos premières réactions. Il nous faut d’abord respecter le temps du deuil et non pas engager des polémiques obscènes comme celles des élus de la droite hégémonique dans les Alpes-Maritimes alors que les dépouilles des victimes ne sont pas inhumées. Ainsi, Christian Estrosi fait sans vergogne son marché électoral en déplorant l’insuffisance des services de sécurité surpris par une forme d’attaque inédite, et Éric Ciotti, sans davantage de pudeur, reprend son antienne de défenseur de la civilisation chrétienne libérale contre la barbarie (effective, bien sûr) de l’acte meurtrier. Tous deux oublient que leur mentor Nicolas Sarkozy a supprimé des milliers de postes de policiers pour des raisons d’économie et a laissé se dégrader la situation des populations les plus démunies, notamment les plus jeunes qui sont les plus tentés par la rage et la radicalisation. La promesse de passer au karcher les délinquants n’a rien de républicain ni de social.
Une des pires conséquences de ce crime pourrait être de réduire au silence la raison sous l’injonction d’unité obéissante émanée du pouvoir politique et d’empêcher la compréhension de ce qui peut paraître incompréhensible. Un Tunisien vivant et travaillant à Nice depuis des années, affecté de troubles de caractère, s’est, en effet, transformé en quelques mois de petit délinquant en islamiste, présenté par Daech comme un soldat de l’islamisme le plus radical, capable de mourir pour la cause du califat universel dans la lutte contre l’Occident mécréant et impérialiste. Il faut comprendre que l’émergence de l’« État islamique » relève d’une stratégie réfléchie au contenu volontairement effrayant, exposée dans un ouvrage de 2004, signé d’Abu Bakr Naji, traduit sous le titre Gestion de la barbarie en 2007 (Éditions de Paris, Versailles). La traduction anglaise rend plus visible la modernité de l’intention en évoquant le « Management of Savagery » qui est défini comme l’étape la plus critique que doit traverser la réalisation de l’oumma, c’est-à-dire de la communauté universelle de l’islam mondialisé. Cette entité politique n’a rien d’archaïque en ce qu’elle se veut une alternative à la mondialisation identifiée à la domination de l’Occident colonisateur, corrompu, antimusulman et impie. Elle fait de ses adversaires musulmans, sunnites ou autres, des hérétiques à éliminer ou soumettre comme les mécréants. Daech n’est pas anticapitaliste de principe ; il se veut protecteur social de ses membres obéissants ; il sait gérer les compromis avec les forces locales, user de l’arme du pétrole et amasser un capital prédateur. La violence, la cruauté, la terreur, le massacre sont des moyens nécessaires qui, relayés par la mise en spectacle assurée par les médias contemporains, imposeront au monde l’ordre du jour de Daech.
Ainsi une stratégie de guerre anti-occidentale se fait explicitement stratégie d’hyperviolence et d’horreur volontaires exigées par la foi. Comment expliquer le succès de cette stratégie dans des franges déterminées de la jeunesse française qui n’est pas nécessairement musulmane pratiquante ? On doit se contenter d’énoncer en gros les causes complexes qu’il faudrait analyser finement.
Tout d’abord, Daech profite du vide laissé par la disparition de cette alternative de dimension mondiale que fut le communisme abhorré des intégristes. Il en abandonne l’anticapitalisme internationaliste et la dimension éthico-politique du commun. Il en est la caricature, mais il sait capitaliser la rage des populations stigmatisées comme ethnies inassimilables, vouées à subir les inégalités de leur condition subalterne et les discriminations imposées par les dirigeants occidentaux. Il est invincible à toute revendication de laïcité si celle-ci dégénère en laïcité punitive, réduite au rang de pièce du patrimoine national exclusif et est sacralisée comme partie de l’héritage chrétien.
Dans le cadre d’une concurrence impitoyable émergent les stratégies impériales rivales des quelques grands États-nations pour l’hégémonie et l’appropriation des ressources conduisant à des états de guerres multiples. S’ensuivent l’affaiblissement de certains États, voire leur disparition, et celle de leur fonction relativement protectrice, la production d’un chaos ouvrant des brèches pour le surgissement d’entités politiques radicales compensatoires fondées sur le ressentiment et la haine de l’autre et légitimée, sur des bases confessionnelles (sunnites versus chiites au Moyen-Orient musulman).
Dans le cadre de l’Union européenne se généralisent l’imposition de politiques néolibérales organisant le chômage, l’exploitation de la force de travail internationale, la pénalisation des États endettés et la réduction de leur souveraineté à peu de choses (voir la Grèce), la destruction par la mise en concurrence des solidarités ouvrières, la racisation des conflits sociaux en conflits identitaires, la fragmentation du monde du travail sous le joug d’un capital de plus en plus autonome.
Dans le cadre de la France s’aggrave le maltraitement général de la jeunesse populaire des villes : absence d’avenir et de sens, stigmatisation des populations musulmanes françaises « de papier », montée des racismes opposant la population majoritaire française, dite de souche, apeurée par la menace de l’invasion étrangère qu’accrédite le terrorisme, et les populations musulmanes minoritaires de plus en plus insécurisées. Tout se passe comme si Daech visait l’émergence de réactions violentes des populations majoritaires blanches afin de créer un état permanent de quasi-guerre civile qui justifierait son anti-occidentalisme et sa cruauté comme contre-violence.
Le renforcement nécessaire des mesures de sécurité ne suffira pas à changer la situation. Les grandes puissances ne créent pas les conditions de l’affaiblissement durable de la victoire militaire sur Daech car la politique néolibérale n’attaque pas les causes de la fascination vénéneuse que peut exercer le radicalisme islamique sur leur territoire. Elle est en réalité la cause majeure d’un effet qui est son double sanglant. La politique de compétitivité et de restriction économique suivie par la droite et le PS n’a rien pour apaiser la rage et le dégoût qu’éprouve une partie de la jeunesse, entrée en émeutes réelles ou virtuelles depuis les émeutes de 2005. Elle est impuissante à dissiper le scepticisme légitime de cette jeunesse quant aux capacités sociales et culturelles des politiques suivies par le parti unique de la droite – incluant le PS – et ses factions rivales.
Nice n’a pas été choisie, hélas, au hasard par la criminelle stratégie de Daech. Elle a été frappée comme un symbole de ce que hait le radicalisme islamiste : capitale nationale et internationale de cette grande entreprise hyperrentable qu’est le tourisme. Sous l’action de forces économiques et politiques dominantes néolibérales subtilement racistes, Nice est devenue une capitale du tourisme national et international, une ville de consommation de loisirs de masse et de spéculation immobilière, plus intéressée par le football et son super-stade que par le devenir de ses populations laborieuses, surtout de celles de confession musulmane. Faut-il rappeler que la mairie de Nice a refusé d’autoriser la construction d’une mosquée (400 places) et que seule la rigueur républicaine du préfet a permis son ouverture et le respect de la loi de laïcité ? Faut-il souligner que les responsables politiques de l’hyper-droite hégémonique ont refusé l’extension de la ligne n° 1 de tram au quartier populaire de l’Ariane, jugé racialement dangereux, en stigmatisant et pénalisant ainsi les habitants de ce quartier et en faisant apparaître que les citoyens français musulmans ne sont pas des citoyens comme les autres ? Comment accepter qu’à Nice parade en toute impunité une extrême droite identitaire qui se flatte d’organiser des soupes au porc pour les pauvres afin que les musulmans refusent de les consommer ?
Tout ceci n’ôte rien évidemment au refus radical de la violence terroriste. Tout ceci plaide pour que naisse à Nice et en France et ailleurs une radicalité sociale et culturelle, politique et économique, qui puisse créer un espace commun interculturel de réflexion et de proposition, une dynamique de lutte réunissant Niçois et non-Niçois, Français musulmans ou non, résidents de toute couleur et confession. Il y a urgence avant que ne se franchisse à Nice même un autre pas vers l’abîme de la haine. Il faut penser les raisons de cette haine de l’Occident et les conjurer. L’Occident a beaucoup à faire de son côté pour changer radicalement la politique aveugle qui le conduit dans le mur et qui fait de ses dirigeants des somnambules cyniques. N’oublions pas, en effet, que l’Occident attire autant qu’il repousse, comme nous le rappelle sur la Côte d’Azur même l’exode massif des réfugiés qui fuient la guerre et la misère pour venir s’échouer sur nos rivages au péril de leur vie. Pendant que nous pleurons comme il se doit nos morts et rendons le dernier hommage dû aux vies sacrifiées dans ce carnage abject, aujourd’hui, entre Menton et Vintimille, à la frontière franco-italienne, s’entassent un millier de réfugiés privés de tout et secourus par les organisations humanitaires. Cela se passe dans l’indifférence générale. Les autorités françaises locales et nationales sont avant tout soucieuses de refouler ces indésirables, et l’Union européenne a pour souci de les marginaliser et achève ainsi discréditer un peu plus l’humanisme dont elle se prévaut hypocritement. Il ne s’agit pas d’opposer ces deux situations inverses l’une de l’autre, il s’agit de prendre la mesure d’une conjoncture d’ensemble caractérisée par l’excès de ce qu’on pourrait nommer l’inhumain dans l’humain et d’y porter remède. Il s’agit d’inventer une politique de la solidarité contre l’hypercapitalisme et les terrorismes, contre les barbaries de l’un et des autres et de produire du commun.
Nice a un grand effort à accomplir pour apprendre la solidarité citoyenne et la fraternité active. La tragédie vécue, la plus grande de son histoire, devrait l’inviter à se reconnaître dans les héros de la radicalité solidaire qu’ont été Blanqui et Garibaldi, non dans les chefs populistes des clientèles affairistes et racistes qui scandent une histoire trop souvent dépourvue de dignité éthique et politique.
Loi travail
mercredi 20 juillet 2016
Son retour hier au Sénat et son adoption définitive cette semaine par l’Assemblée n’y changeront rien : les Français sont toujours aussi opposés au projet de loi travail et aussi favorables à une poursuite de la mobilisation contre ce texte. Ce sont les principaux enseignements d’un sondage Odoxa-FTI Consulting pour « Les Echos » et Radio Classique."
A la question « Etes-vous satisfaits de l’adoption de la loi travail ? », 71% des sondés répondent qu’ils sont « mécontents », dont 36% de « très mécontents ». A l’opposé, ils sont seulement 4% à se déclarer « très satisfaits ». Ces six derniers mois, cette proportion de Français hostiles au projet de la loi travail n’a pas varié.
"Chiffre plus surprenant encore, 55% des personnes interrogées estiment que les syndicats auraient raison de continuer leur mobilisation à la rentrée malgré l’adoption de la loi."
L’article des Echos
RTBF avec AFP, mercredi 20 juillet 2016
Un enfant palestinien de 12 ans a été tué mardi par des tirs de soldats israéliens lors d’affrontements dans une localité de Cisjordanie occupée proche de Jérusalem, a indiqué le ministère palestinien de la Santé.
"Mohiyeh al-Tabakhi, 12 ans, a été tué par des tirs de soldats de l’occupation dans la localité d’al-Ram", proche banlieue palestinienne de Jérusalem, séparée de la Ville sainte par le Mur construit par Israël, a indiqué en soirée un communiqué de ce ministère.
L’enfant a été touché à la poitrine par une balle caoutchoutée, au corps métallique, qui a provoqué un arrêt cardiaque, ont indiqué des sources médicales citées par l’agence officielle palestinienne Wafa.
Contactée par l’AFP, la police israélienne a affirmé avoir tiré des grenades lacrymogènes et assourdissantes sur des manifestants dans le secteur.
"Après avoir essuyé des jets de cocktails Molotov, les policiers ont utilisé des grenades lacrymogènes et assourdissantes pour disperser les manifestants", a déclaré à l’AFP la porte-parole de la police israélienne Luba Samri. "Il n’y a pas eu de tirs".
Depuis octobre, les violences dans les Territoires palestiniens et en Israël ont coûté la vie à 217 Palestiniens, 34 Israéliens, deux Américains, un Érythréen et un Soudanais, selon un décompte de l’AFP.
La plupart des Palestiniens tués sont des auteurs ou auteurs présumés d’attaques, selon Israël. Les autres ont été abattus lors d’affrontements, de manifestations ou de bombardements israéliens sur la bande de Gaza.
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Comment qualifier une oppression coloniale qui place un grand nombre d'enfants dans un désespoir tel qu'ils ne voient qu'une manière de défendre leur dignité ou d'assouvir leur rage quand le vase déborde: lancer une attaque au couteau alors qu'ils ont toute chance de ne pas en sortir vivants?
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Lire aussi, consultée sur la lettre de diffusion de l'AFPS :
Ma’an News, mardi 19 juillet 2016
Un tribunal militaire israélien a condamné dimanche Muawiya Alqa, âgé de 14 ans, à six ans et demi de prison, accusé d’une attaque au couteau à Jérusalem en novembre menée avec son cousin de 12 ans.
La sentence de Muawiya comprend également trois ans de probation avec une peine de prison automatique de dix mois en cas de violation de cette probation, et sa famille a été condamnée à payer une amende de 26 000 shekels (environ 6 100 €).
Cette sentence est conforme à l’accord de plaider-coupable atteint avec le procureur militaire israélien par l’avocat de Muawiya plus tôt ce mois-ci.
En novembre, Muawiya avait été inculpé de tentative de meurtre et de possession d’un couteau.
Les forces israéliennes avaient tiré sur le cousin de Muawiya, Ali Alqam âgé de 12 ans, et l’avaient blessé après qu’ils ont supposément poignardé et blessé un garde de sécurité israélien dans le tramway près de la colonie israélienne illégale de Pisgat Zeev au nord de Jérusalem.
Ali, qui a été touché au moins trois fois et a qui a dû subir une intervention chirurgicale pour retirer une balle de son ventre, est actuellement détenu dans un centre de rééducation pour mineurs puisque les autorités israéliennes ont décidé en avril de maintenir sa détention d’un an.
Pendant ce temps, Muawiya a été déplacé entre les prisons israéliennes du Russian Compound, de HaSharon, et de Megiddo.
Selon l’organisation Addameer pour les droits des prisonniers, 414 des 7 000 Palestiniens actuellement détenus dans les prisons israéliennes sont des mineurs. En mai, environ 104 de ces jeunes étaient âgés de moins de 16 ans.
La pratique israélienne généralisée de la détention d’enfants palestiniens, parfois dans les mêmes établissements pénitentiaires que les adultes, a été critiquée comme une violation de la Convention internationale sur les droits de l’enfant, ratifiée par Israël en 1991.
La convention stipule que « l’arrestation, la détention ou l’emprisonnement d’un enfant doit être conforme à la loi et qu’elle ne doit être utilisée que comme une mesure de dernier ressort et pour la plus courte période de temps nécessaire."
[Brest] Le maire de Brest et ses proches pris la main dans le sac, omerta de la presse locale
https://brest.mediaslibres.org/spip.php?article484
Pour assurer la promo des fêtes maritimes, l’événement phare de l’été brestois, la municipalité bretonne a fait appel à son agence de com préférée. Un marché public qui fait des vagues...
Article de Jacques Duplessy et Arnaud Bouillin, publié dans Marianne du 8 au 14 juillet 2016.
A Brest, les fêtes maritimes ressemblent un peu aux jeux Olympiques. Organisée tous les quatre ans dans la cité du Finistère, cette parade de ketchs, goélettes et vieux gréements venus du monde entier attire des centaines de milliers de spectateurs. La septième édition, du 13 au 19 juillet prochains, promet un joli ballet dans la rade. Mais, en coulisse, ça gîte et ça s’agite depuis l’éviction, il y a quelques mois, du maître de cérémonie, François Arbellot.
Recruté en février 2015 pour diriger Brest événements nautiques, l’association qui chapeaute la manifestation, ce professionnel reconnu du nautisme a été brutalement débarqué en mars dernier. Un licenciement pour faute grave, qu’il conteste aujourd’hui devant les prud’hommes et dont l’un des motifs, dûment notifié, laisse perplexe.
Cet ancien dirigeant d’une association loi 1901 présidée par le maire socialiste de Brest, François Cuillandre, contrôlée par des collectivités publiques (la ville de Brest, Brest Métropole, le conseil départe-mental, le conseil régional), subventionnée à coups de millions d’euros d’argent public et soumise, à ce titre, à l’ordonnance du 6 juin 2005 relative aux marchés publics, cet homme, donc, qui baignait dans le public, a eu le tort de réclamer des comptes à Rivacom, l’un des prestataires privés de l’événement « L’agence Rivacom, qui est en charge de la communication des fêtes maritimes, à fait savoir que vos interventions directes et vos demandes de validation pour tout le travail de cette société ralentissaient le process prévu au marché passé avec elle et la décrédibilisait en parallèle, en sa qualité de partenaire extérieur », écrit François Cuillandre dans la lettre de licenciement adressée le 29 mars à François Arbellot. Sous la plume du maire de Brest, l’agence, dirigée par son ami Régis Rassouli, n’est pas un prestataire - redevable à son donneur d’ordres - mais un « partenaire ».
Étonnante formule de la part d’un docteur en droit. Il est vrai que l’édile PS, aux commandes de la ville depuis 2001, et le communicant, installé depuis 1997, ont tissé des liens qui dépassent largement le cadre client-fournisseur. Laure, la fille de François Cuillandre, a fait ses classes d’attachée de presse à Rivacom. Laurence, l’épouse de Régis Rassouli, a bouclé récemment une longue mission chez Brest’Aim, une grosse société d’économie mixte présidée - elle aussi - par François Cuillandre. Quant à la compagne de Régis Lerat, l’adjoint de Rassouli, elle s’occupe des relations publiques et de l’événementiel au cabinet du maire. La solidarité des gens de mer, sans doute.
« Légalité douteuse »
En 2008 puis en 2012, Rivacom avait déjà décroché la médiatisation des fêtes maritimes. Pour cette nouvelle édition, la reconduction de l’agence faisait si peu débat que de simples « contrats de collaboration », sans appel d’offres ni publicité, ont été établis en décembre 2014. Le premier attribuait au seul Régis Rassouli une mission de « conseil et coordination » jusqu’en octobre 2016, facturée 154 000 € HT, assistante comprise. Le second détaillait les différentes tâches de l’agence - suivi des journalistes, relais de l’événement sur les réseaux sociaux... -, moyennant le paiement par l’association de 287 600 € HT. Total du package : plus de 440 000 €. Un deal que François Arbellot a découvert en prenant ses fonctions et qu’il a refusé de tamponner, vu les sommes en jeu, l’absence de consultation et les risques encourus. Au-delà de 25 000 €, un contrat passé sans mise en concurrence peut en effet valoir à son signataire public d’être poursuivi pour favoritisme : un délit.
Dès son arrivée, le nouveau directeur de Brest événements nautiques exige donc un appel d’offres. Furax, Régis Rassouli lui adresse un mail le 19 février 2015, avec en copie le directeur de cabinet du maire, Marc Mathieu, pour lui dire qu’il annule illico ses rendez-vous concernant les fêtes, dans l’attente de ce fameux appel d’offres. « Je ne te cache pas que vous mettez l’agence dans une situation très délicate tant au niveau financier qu’au niveau de sa crédibilité, tance le communicant. J’espère que des solutions seront trouvées. » La solution ? Elle s’échafaude un mois après, en comité restreint. Le 19 mars, Laurent Bonnaterre, le responsable des relations presse à la mairie de Brest, envoie un mail à François Arbellot : « J’ai proposé ce matin à Régis Rassouli (que j’ai eu en ligne sur autre chose) de passer un temps tous les trois demain après-midi. Il était prêt à se rendre dispo pour un examen commun du CC (cahier des charges). » Le jour de la réunion, nouveau mail du même Bonnaterre à 12 h 22 : « On se retrouve chez Rivacom et je sors trois exemplaires. » En pièce jointe. un fichier intitulé « CC Com Brest 2016 ». La mairie, l’association et l’agence se sont-elles coordonnées pour rédiger le cahier des charges ?
Contacté par Marianne, Régis Rassouli dit ne retrouver aucune trace de cette réunion dans son agenda. Quant à François Cuillandre, il récuse toute entente. « Je respecte à la lettre le code des marchés publics » nous a-t-il assuré. Toujours est-il que l’appel d’offres, publié le 25 mars 2015 au Bulletin officiel, est remporté haut la main par Rivacom. Et pour cause : l’agence de Régis Rassouli est la seule à avoir concouru...
Fin de l’histoire ? Pas tout à fait. Le dossier mis au point par Brest événements nautiques plafonnait à 200000 € HT « le budget maximal des prestations attachées à cette consultation ». Mais il laissait aussi aux candidats la possibilité de présenter des « variantes ou propositions complémentaires, par rapport aux besoins définis par le donneur d’ordres ». Une aubaine pour Rivacom : en sus de son offre, parfaitement calibrée à 195 500 €, l’agence a suggéré divers services annexes comme la « production de contenus rédactionnels » (pour 36 400 € HT), la « production de vidéos » (36 4OO €) ou « le suivi éditorial Brest 2016 » (31200 €).
Miracle ! Tous ces zakouskis - il y en a, au total, pour plus de 150000€ - ont été acceptés par l’association et payés, pour partie, dès le mois de septembre 2015, comme l’atteste un document comptable. Ce quasi doublement de l’enveloppe prévue dans l’appel d’offres ne manque pas de poser question. car les « variantes » sont censées se substituer à l’offre de base, pas se rajouter.
Les trois experts que Marianne a interrogés - avocate spécialisée, responsable de la commande publique dans un conseil général et un juriste à l’Union des groupements d’achats publics (Ugap) - se sont montrés plus que circonspects sur la manœuvre, deux d’entre eux pointant même une « légalité douteuse ». Régis Rassouli renvoie la balle à François Arbellot « Rien ne l’obligeait à passer et à signer ces bons de commande. » Quant au maire de Brest, il a cette formule lapidaire au sujet de l’ancien directeur des fêtes : « Arbellot est un incompétent. » Pour le remplacer, l’édile a nommé Marc Mathieu, son propre directeur de cabinet. C’est plus sûr...
Lu sur le site du Cidefe. Allez parcourir le compte rendu intégral (en lien actif) de ces rencontres-débats introduites par Didier Le Reste vaut le coup.
mardi 19 juillet 2016
Le 8 juillet, la Convergence nationale des services publics a publié le compte-rendu complet des Assises nationales du service public Ferroviaire qui se sont tenues le 30 avril.
Didier Le Reste a, en introduction, rappelé les objectifs de cette journée de travail : permettre, non seulement d’échanger les expériences et de partager les expertises, mais aussi de venir alimenter utilement les travaux des Assises de la Convergence Nationale des Services Publics qui se tiendront à l’automne 2016.
Beaucoup d’idées ont fusé dans le débat avec une ligne directrice, l’implication des citoyens.
Table-Ronde n°1 : Un Service Public Ferroviaire au service de tous les citoyens
Intervenants :
Martine SELLIER (INDECOSA-CGT)
Marc PÉLISSIER (FNAUT-IDF)
Michel JALLAMION (Convergence Nationale des Services Publics)
Patrick BACOT (ALF)
Les intervenants ont notamment souligné la désertification des services publics dans les zones rurales et populaires, avec un accompagnement de la concentration des capitaux sur les métropoles.
Autre constat, du fait des politiques de régionalisation, il y aura en pratique autant de politiques ferroviaires que de majorités régionales. Il faut que l’Etat joue son rôle d’aménagement du territoire. Les lignes d’importance nationales ne doivent pas être transférées aux Régions.
Ont également été abordées les questions de la sécurité, du fret, des conditions de travail des cheminots, l’environnement, la « discrimination territoriale », à la fois en terme de desserte et de tarification.
Table- Ronde n°2 - Un Service Public Ferroviaire moteur de l’économie nationale et des économies régionales
Intervenants :
Dominique LAUNAY (UIT-CGT)
Roger DILLENSEGER (UNSA cheminots)
Pierre MÉNARD (CNR)
Luc BOURDUGE (ancien vice-président du conseil régional Auvergne en charge de la mobilité et des transports)
Les différentes réformes de régionalisation amènent à une recentralisation et donc une désertification des territoires. Les intervenant ont réfléchi à un véritable Service Public du transport de marchandises.
Les responsabilités de l’Etat, avec le manque de moyens donnés aux collectivités territoriales et son désengagement ont été pointées ainsi que les choix politiques des régions et la complicité du groupe SNCF. Les lois NOtre, MAPTAM, MACRON ... .
Ouverture à la concurrence, TAFTA ont également été abordés...
Table-Ronde n°3 – Un Service Public Ferroviaire garant de l’environnement et du développement durable
Intervenants :
Alain PATOUILLARD (MNLE)
Jean-Yves PETIT (ancien Vice-Président transports PACA)
Hervé GOMET (Administrateur CGT SNCF)
René DAHON (Ligne de vie Nice-Tende-Cuneo-Vintimille)
La question du transfert sur route et des impacts en matière de santé sont revenus fortement tout comme l’enjeu du Fret.
Le développement durable, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et la lutte contre le réchauffement climatique sont des objectifs politiques sans cesse affichés. Mais à la COP 21, dans la loi sur la transition énergétique, voire dernièrement dans la 4ème conférence environnementale, le transport est systématiquement négligé. Il y a un décalage entre les intentions affichées et les faits, ce qui laisse un espace à investir pour la Convergence National du Rail.
L’enjeu du Service Public, c’est un choix de civilisation a déclaré en conclusion Didier Le Reste.
Lu sur le site du CIDEFE, Elunet.
mardi 19 juillet 2016
Dans une interview à la Gazette des communes, la ministre de la fonction publique revient notamment sur le gel/dégel du point d’indice des fonctionnaires.
"Le gel du point d’indice depuis 2010 a permis aux employeurs publics d’économiser 7 milliards d’euros. Il était temps que nous passions au dégel. Il a donc été décidé d’augmenter le point de 1,2% en deux fois : 0,6% en juillet 2016 et 0,6% en février 2017.
Il faudra que ce débat sur le point d’indice puisse se faire chaque année et ne plus attendre aussi longtemps. 2017 étant une année d’élection présidentielle, nous donnons rendez-vous aux syndicats après cette date.
Le dégel du point coûte 2,4 milliards d’euros en année pleine, c’est une réponse significative, selon les termes mêmes de François Hollande, parce que les fonctionnaires représentent 20% de la population active. Le coût est partagé entre l’Etat à hauteur de 49%, de 27% pour la territoriale et de 23 % pour l’hospitalière".
La ministre a confirmé qu’il n’y aura pas de compensation financière pour les collectivités territoriales. Elle estime que la diminution de la baisse des dotations aux communes annoncée par François Hollande, apportait une réponse à cette compensation réclamée par les élus.
20 JUILLET 2016 | PAR CHRISTOPHE GUEUGNEAU
En dix minutes, mercredi à l’Assemblée, le premier ministre a engagé la responsabilité de son gouvernement sur le texte, entraînant son adoption sans débat. L’aile gauche du PS ne tente pas cette fois-ci de déposer une motion de censure. La loi n’a donc jamais vraiment été débattue dans l’hémicycle.
Ils n’avaient même pas fait semblant. À l’ordre du jour à l’Assemblée mercredi 20 juillet, l’examen du texte de loi sur le travail était suivi lors de la même séance d’une discussion sur un rapport, de la lecture définitive de la loi sur la biodiversité, et encore de plusieurs autres points. Dans une courte allocution, vers 16 h 30, le premier ministre n’a donc pas beaucoup développé, assénant, une fois de plus, qu’« il n’y a pas de majorité alternative dans cet hémicycle et chacun le sait ».
La loi sur le travail portée par la ministre Myriam El Khomri n’aura donc jamais été débattue au gré de ses trois passages devant les députés. L’aile gauche du PS, emmenée par le député de la Nièvre Christian Paul, ne compte pas tenter de réunir les 58 signatures nécessaires au dépôt d’une motion de censure. Les « frondeurs » n’en promettent pas moins d’autres initiatives à venir.
En février, alors que le projet de loi sur le travail n’était pas encore rendu public, les députés étaient sortis fatigués, « lessivés » pour reprendre l’expression de l’un d’eux, du long et fastidieux débat sur la déchéance de nationalité et la révision de la Constitution. Le gouvernement a fini par perdre la partie face au Sénat et sa majorité de droite. Mais le vote à l’Assemblée avait déjà donné lieu à un tel jeu de pressions, de menaces, de manœuvres dans les couloirs, que les députés socialistes avaient accueilli avec soulagement l’annonce par François Hollande de l’abandon de sa réforme constitutionnelle.
Cette défaite avait cependant été immédiatement suivie de la fuite dans la presse de la première version du projet de loi sur le travail. Levée de boucliers, premières alarmes du côté syndical comme du côté de la majorité. Le gouvernement recule une première fois, se donne deux semaines de plus avant la présentation au conseil des ministres, le temps de convaincre les syndicats amis (la CFDT et la CFE-CGC notamment). Il présente alors un texte déjà expurgé de certains points bloquants.
À son arrivée en séance publique dans l’hémicycle, le 3 mai, le texte se voyait garni de près de 5 000 amendements, et doté de seulement quelques jours d’examen au calendrier parlementaire – un vote sur le texte était prévu le 17 mai. Le 49-3, dont Myriam El Khomri avait brandi la menace avant même la présentation du texte, frappait déjà doucement à la porte. Ne restait qu’à habiller son entrée en scène. Ce sera chose faite le 10 mai.
« Prendre une telle décision n’est jamais facile, mais nous le faisons car nous avons la conviction que ce projet agit pour l’emploi durable », lance le premier ministre à la tribune de l’Assemblée. Vantant la « recherche permanente du compromis » de son gouvernement sur ce texte, le premier ministre s’en est vivement pris aux opposants au texte, une « alliance des contraires, des conservatismes ». « Poursuivre le débat parlementaire fait courir le risque de revenir sur l’équilibre du projet de loi », a ajouté Valls, qui a jugé que l’enclenchement de la procédure du 49-3 était une sorte de « fronde contre la division ».
Le lendemain, le 11 mai, après une journée d’intenses discussions, les « frondeurs » du PS, emmenés par les députés Christian Paul (Nièvre) et Laurent Baumel (Indre-et-Loire), ne sont pas parvenus à réunir les 58 signatures de députés nécessaires pour déposer une motion de censure « de gauche » contre le gouvernement.
Rebelote le 5 juillet. Lorsque le premier ministre monte à la tribune pour ouvrir la discussion sur le texte en seconde lecture, tous les députés, de droite comme de gauche, savent déjà que le 49-3 va être dégainé. Manuel Valls tente néanmoins, pour la forme, de faire avaler la pilule, et accumule les éléments de langage déployés depuis quatre mois.« Nous avons fait des choix, et des choix clairs, de décentraliser le dialogue social et de faire confiance à la négociation. » « L’entreprise est l’échelon pertinent pour décider du taux de rémunération des heures supplémentaires », martèle Manuel Valls à l’adresse des frondeurs et associés.
Le premier ministre enchaîne, sa voix couverte par le brouhaha qui monte des travées :« Ce texte est un texte de progrès social, il a fait l’objet d’une large concertation. » Huées à droite. « Il y a ceux qui font semblant de vouloir construire artificiellement le compromis. » Huées à gauche. Pour finir par la déclaration attendue : « Nous avons rencontré l’ensemble des organisations syndicales et présenté la semaine dernière de nouveaux amendements. Malgré ces avancées, une alliance des contraires, des immobilismes et des conservatismes s’est constituée. Face à cela, le gouvernement est déterminé à avancer. »
C’est reparti pour la motion de censure, comme au mois de mai, ou presque. Car cette fois-ci, les députés de droite ont décidé de ne rien déposer. Pour le député PS Denys Robiliard, l’explication est terre à terre : « Ils savent qu’une motion de censure de droite est vouée à l’échec, et ils veulent partir en congé et aller voir le foot [nous sommes en plein Euro – ndlr], c’est méchant mais il faut le dire. » À gauche, le même groupe de communistes, d’écologistes et de frondeurs du PS, à l’origine de la première tentative en mai, annoncent qu’ils retentent le coup.
Le lendemain, ils sont obligés de s’avouer à nouveau vaincus. Entre la première tentative et la seconde, le PS avait menacé d'exclure de ses rangs les députés qui voteraient une motion de censure. D'autres menaces visaient les investitures des députés.
La loi sur le travail n'en a pas pour autant fini avec la contestation. Un recours devant le conseil constitutionnel, pour non respect par la France de conventions internationales sur le travail, a été plusieurs fois évoqué, notamment par l'alliance communistes-écolos-frondeurs. Par ailleurs, les syndicats, qui sont parvenus à organiser une dizaine de manifestations entre mars et juillet, ont d'ores et déjà donné rendez-vous à la rentrée pour d'autres actions. Les collectifs qui se sont créés autour de Nuit debout ne comptent pas non plus lâcher l'affaire. On a d'ailleurs aperçu des militants au meeting d'Emmanuel Macron à Paris, le 12 juillet, ou bien à Avignon pour la représentation à laquelle devait assister le président François Hollande le 14 juillet (il s'est en fait envolé pour Paris après l'attentat de Nice et n'a donc pas assisté au spectacle).
Le choc de l’attentat de Nice suscite des réactions extrêmement inquiétantes parmi les responsables politiques et singulièrement chez certains élus des Alpes-Maritimes.
Venant d’habituels supporters inconditionnels de la politique israélienne, nous ne sommes pas surpris de les voir jour après jour montrer en modèle l’exemple israélien en matière de lutte contre le terrorisme, la France ayant comme le dit savamment l’un d’eux « les mêmes ennemis (sic) ». Ces propos sonnent comme une insulte aux victimes et à leurs familles qui méritent autre chose que ce genre de business sur leur dos.
Pour tel « penseur » de haut vol qui se lâche dans « Le Figaro », il faut « restreindre le spectre des libertés fondamentales », « passer au niveau supérieur dans la répression et s’inspirer de l’exemple d’Israël confronté à cette situation depuis 40 ans ».
Non, nous ne sommes pas confrontés à la même situation : ce n’est pas à l’organisation de l’"Etat Islamique" que l’Etat d’Israël est confronté, mais à un peuple, le peuple palestinien, dont il continue à confisquer la terre, qu’il occupe, colonise, assiège, et plonge dans la misère et la révolte.
Et non, nous ne voulons en aucun cas prendre modèle sur l’Etat d’Israël : jamais dans l’histoire le pouvoir israélien, dont toutes les références morales ont disparu au profit de l’occupation et de la colonisation de la Palestine, ne s’est autant attaqué aux libertés de ses propres citoyens, au point qu’un ancien Premier ministre déclare y déceler des "germes de fascisme".
Non, nous ne devons pas nous inspirer de l’"exemple israélien", mais au contraire cesser toute coopération militaire et sécuritaire avec l’Etat d’Israël tant que ce pays viole le droit international. Pour éviter de voir à nouveau les familles de Gaza massacrées par des missiles israéliens utilisant des composants français, comme vient de le mettre en évidence la plainte d’une famille de Gaza soutenue par l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture).
Et parce que le combat pour la sécurité ne peut pas être séparé du combat pour le droit.
Le Bureau national de l'AFPS
Impossible paix israélo-palestinienne : deux siècles d’histoire vus par Henry Laurens
Le cinquième et dernier tome de La question de Palestine conclut sur une note pessimiste vingt ans de travail d’Henry Laurens sur deux cents ans d’histoire. Car après les échecs successifs d’Oslo et de Camp David et la persistance d’un jeu à somme nulle entre Israéliens et Palestiniens, force est de constater que la « réinvention » de la Terre sainte entreprise par l’Occident au début du XIXe siècle finit dans le sang, la spoliation et le malheur.
Pierre Prier, Orient XXI, lundi 18 juillet 2016
Henry Laurens a terminé son grand œuvre. Le tome V de La question de Palestine sera le dernier. Vingt ans de travail pour peindre minutieusement deux cents ans d’histoire, qui forment une boucle… Dans le tome I (couvrant la période de 1799 à 1922, de l’expédition d’Égypte au mandat britannique), on voit « la petite Palestine, pas plus grande qu’un ou deux départements français », prendre « une place qu’elle n’avait jamais occupée dans les imaginaires, sauf peut-être dans la période des croisades ». Au début du XIXe siècle, « après s’en être passé pendant cinq siècles, l’Occident réinvente la Terre sainte ».
Les ingérences étrangères sont multiformes : recherche des origines qui voit une France de plus en plus laïque défendre ses droits sur les lieux saints chrétiens, débarquement en masse des ordres enseignants catholiques et des missionnaires protestants, montée des nationalismes sioniste et arabe qui croisent les volontés impérialistes occidentales, tout cela se cristallise autour de Jérusalem. La question de Palestineest aussi une question d’Occident.
À l’horizon 1900, toutes les questions la définissant sont présentes : deux groupes humains se constituant en peuples revendiquant une même terre, avec un rôle permanent des acteurs impériaux extérieurs à la région et la double caractéristique d’un irrédentisme absolu et d’un jeu à somme nulle. Les uns et les autres se battront tout aussi bien pour avoir le droit à exister que pour conquérir ou défendre quelques mètres carrés.
Le dernier chapitre du premier tome s’intitule « L’impossible conciliation ». Il annonce le titre du tome V, dernier paru : La paix impossible (de 1982 à 2001). La boucle est bouclée. L’auteur se dit, dans une récente interview à L’Orient le jour, d’un « pessimisme total » pour l’avenir de la Palestine et même de la région. Le « jeu à somme nulle », où il doit y avoir un perdant et un gagnant, sans possibilité de compromis, est toujours à l’ordre du jour. Sauf qu’il s’agit d’un match inégal. La réserve propre à l’historien ne l’empêche pas de constater que l’un des joueurs ne respecte pas les règles de base. Sans que l’arbitre — les États-Unis — brandisse le carton rouge.
Oslo, un jeu à somme nulle
Le tome V commence avec la guerre du Liban, « première guerre israélo-palestinienne », à l’issue de laquelle l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) s’installe à Tunis et entame sa longue marche vers la reconnaissance d’Israël et les accords d’Oslo de 1993. Une grande partie de l’ouvrage est consacrée au lent processus d’étouffement de ces accords par le gouvernement de droite qui a succédé au signataire israélien des accords, le premier ministre Yitzhak Rabin, assassiné par un militant israélien juif d’extrême droite le 4 novembre 1995. Le vice est dans les détails de négociations d’une grande complexité, mais il est d’abord au cœur des accords d’Oslo eux-mêmes, écrit Henry Laurens, pour qui le climat de confiance nécessaire n’a jamais été installé. Les gouvernements israéliens de la période — tant de droite que de gauche — en sont pour lui les premiers responsables, en continuant de coloniser les terres d’un éventuel État palestinien.
Oslo aurait été jouable si l’on était entré dans un processus de décolonisation, mais on est allé au contraire dans le sens d’une colonisation et d’une cantonisation renforcées... La dépossession n’a jamais été aussi forte que durant l’application des accords.
Les Israéliens établissent des « faits sur le terrain » dans le but de les voir traduits en droit à la fin de la partie. Ils utilisent ainsi à leur avantage la faille principale des accords, « la contradiction essentielle du processus » : il ne précise pas où il va. Toutes les questions importantes, du statut de Jérusalem aux frontières et à la question des réfugiés, sont remises à plus tard. Oslo ne précisait pas la nature de la future entité palestinienne. État indépendant ou simple autonomie ? Yasser Arafat s’en tenait aux lignes du 4 juin 1967, avant la guerre, y compris Jérusalem-Est, annexée par Israël après la guerre — annexion jamais reconnue internationalement. Les Israéliens ne voulaient pas de cette référence, les États-Unis les ont soutenus. C’est le déséquilibre fondamental d’Oslo, et la cause de son échec. « Deux juridismes s’opposent », dit Laurens.
Aux yeux des Palestiniens, le droit est pour eux, puisque les résolutions des Nations unies, y compris celle du Conseil de sécurité ont fixé que toute la colonisation, y compris celle de Jérusalem, est illégale : ils ne font donc que négocier dans le cadre de l’application de ce droit, auquel s’ajoute le principe fondamental du droit à l’autodétermination. Or, les Américains ont suivi les Israéliens en mettant de côté ces droits au profit d’une négociation définie comme pragmatique… Américains et Israéliens entendent établir un nouveau droit fondé sur les accords qui mettraient fin au conflit.
Il n’est pas certain que Rabin, s’il était resté en vie, aurait changé la donne. Rien n’indique que le premier ministre assassiné, malgré la légende qui s’est répandue, aurait envisagé un autre schéma.
Les Palestiniens de leur côté ont-ils eux aussi voulu saper le processus d’Oslo ? Les Israéliens ont fréquemment dénoncé les divisions palestiniennes, principalement entre l’OLP, chargée des négociations, et les partis islamistes Hamas et Djihad islamique, opposés aux accords. L’auteur n’adhère pas à cette explication. « Les dernières années du processus ont été les moins violentes de la période. Arafat a réussi à neutraliser le Hamas ». Les militants islamistes n’ont pas oublié les rafles de la « sécurité préventive », la police politique palestinienne. La relative modération (il y eut tout de même des attentats sanglants) du Hamas devait toutefois autant à une réflexion très politique qu’à la répression : « le Hamas avait de toute façon fait le diagnostic sûr que la politique israélienne réussirait à faire échouer le processus ».
L’échec de Camp David
Le sommet de Camp David, en présence de Ehoud Barak et de Yasser Arafat, sous l’égide de Bill Clinton donnera raison au Hamas. Même s’il peut paraître facile de trancher quand on connaît la fin de l’histoire, on se demande encore comment le président des États-Unis a pu sérieusement croire à un règlement final du conflit ; ce n’est pas faute d’avoir été averti. À la veille de la rencontre encore, les négociateurs palestiniens « supplient les Américains de ne pas tout miser sur un sommet unique ; personne n’est prêt pour un accord qui serait à prendre ou à laisser. On ne veut pas les entendre ». Clinton cède au premier ministre Ehoud Barak, qui veut à tout prix une victoire diplomatique. Privé de majorité, Barak compte sur un succès pour reprendre la main. Pourtant il le rend lui-même impossible en publiant des « lignes rouges » inacceptables par Arafat : pas de retour aux lignes du 4 juin 1967, pas de retour des réfugiés palestiniens en Israël, pas de division de Jérusalem, pas d’armée étrangère à l’ouest du Jourdain, regroupement de 80 à 90 % des colons israéliens dans des blocs de colonies. Arafat devra non seulement accepter tout cela, mais en outre faire une déclaration mettant fin au conflit.
Dans la perspective israélienne, le sommet abolira toutes les négociations précédentes et tous les textes juridiques — y compris les résolutions de l’ONU. Clinton a traité cet enjeu colossal avec désinvolture. « Camp David a été l’une des négociations les moins bien préparées de l’histoire », écrit Henry Laurens. Les pays arabes n’ont pas été consultés, malgré l’importance pour eux de Jérusalem. On n’a même pas prévu de cartes ! Clinton se fait faute de mieux le porte-parole des Israéliens. Ehoud Barak refusant le contact direct avec Arafat, c’est le président des États-Unis qui présente les propositions israéliennes comme si elles étaient américaines, après en avoir discuté avec Barak qui ne lâche pas grand-chose. La véritable négociation se déroule entre Israéliens et Américains. Et si des versions différentes de ce fiasco peuvent encore circuler aujourd’hui, c’est parce que de nombreuses réunions n’ont pas fait l’objet de transcriptions écrites... Il n’existe pas non plus de procès-verbal unifié du sommet.
La négociation échoue. Sur Jérusalem et l’esplanade des Mosquées, mais aussi sur la question territoriale, les Israéliens proposant des territoires morcelés, plutôt « contigus » que « continus ». Pour couronner le tout, Clinton désignera publiquement Yasser Arafat comme le responsable de l’échec, en violation de la promesse qu’il lui avait faite de ne pas l’accuser en cas d’insuccès.
Un double mensonge, un simple procédé de « com’ » surtout destiné à sauver le soldat Barak vis-à-vis de l’opinion israélienne, relayé par nombre de journalistes occidentaux qui répètent jusqu’à plus soif le mot d’ordre israélo-américain : Arafat a « refusé les offres généreuses d’Ehoud Barak ». Alors que Camp David n’était finalement qu’une étape. Le communiqué final précise que « les deux parties s’engagent à poursuivre leurs efforts » sous l’égide des États-Unis. Ce qu’ils firent d’ailleurs.
L’esplanade des Mosquées, théâtre du malheur
En décembre 2000, Clinton publie des « paramètres » qui vont plus loin que les soi-disant « offres généreuses » de Barak. Les négociations continuent, jusqu’à la rencontre de la dernière chance dans la ville égyptienne de Taba, sur la mer Rouge, du 21 au 27 janvier 2001. Le représentant européen Miguel Angel Moratinos en rédigera un compte-rendu officieux ; est-on passé à côté de la paix, comme on l’entend dire parfois ? C’était en réalité trop tard, des élections étaient programmées en Israël et la défaite de Barak assurée. Et Taba n’a pas résolu les principaux problèmes. Certes, des cartes ont été présentées pour la première fois, les Palestiniens se sont montrés flexibles sur le droit au retour des réfugiés — et ont obtenu qu’Israël reconnaisse, pour la première fois, la nécessité de résoudre la question centrale des réfugiés et d’envisager la question de « l’application de la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies » [1], et on a avancé sur le partage de Jérusalem. Mais Moratinos ne peut que constater les désaccords qui subsistent. Sur les frontières et les colonies, et surtout sur le cœur du problème, l’esplanade des Mosquées (le Mont du temple pour les Israéliens). Aucun accord n’a été trouvé, et la solution a été renvoyée à plus tard.
Ce lieu saint est à la fois symbolique et essentiel, selon Henry Laurens, qui en tire l’argument principal de son pessimisme.
C’est là que réside l’irréductibilité du conflit… avec une confusion totale du national et du religieux chez les Israéliens comme chez les Palestiniens, et un biblisme américain incompréhensible pour les musulmans.
Le futur premier ministre Ariel Sharon, adversaire de toute négociation avec les Palestiniens, l’a bien compris. Le 28 septembre 2000, en effectuant une « visite » sur l’esplanade, escorté par une centaine de policiers, il déclenche la seconde intifada, qui permettra à Israël de réoccuper la plus grande partie des territoires palestiniens. La « réinvention de la Terre sainte » s’achève dans le sang et le malheur.
[1] Lire Alain Gresh, « Proche-Orient, la paix manquée », Le Monde diplomatique, septembre 2001.