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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 06:28
A Paris, premier «nassage» d’une bourse du travail

28 JUIN 2016 | PAR KARL LASKE

En fin de matinée, les CRS ont encerclé la Bourse du travail de Paris dans l’intention de filtrer et d’interpeller les participants de l’AG interpro’. La nasse ordonnée par le préfet a provoqué une manifestation devant les locaux syndicaux.

Vers 11 h 30, les CRS se sont placés en catimini aux abords de la Bourse du travail de Paris. À petits pas, comme des voleurs. Peu à peu, ils ont encerclé le bâtiment, dans l’intention de fouiller, filtrer et interpeller les militants qui en sortaient. En déployant ainsi la police, le préfet Michel Cadot – ancien directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie au ministère de l’intérieur – a pris une décision symbolique et lourde : sauf réquisition judiciaire, les locaux syndicaux, tels que la Bourse du travail, sont réputés inviolables par l’Organisation internationale du travail. Le contrôle des militants qui s’y rendent ou en sortent constitue une entrave à la liberté syndicale. En outre, la fouille des manifestants est en principe limitée par l’arrêté du préfet à la zone de manifestation commençant à Bastille et aux rues alentour.

À République, à l’intérieur de la Bourse du travail, justement, se tenait l’assemblée générale interpro’ regroupant syndicats, inorganisés, dont certains membres de Nuit debout, et l'on discutait des nasses policières et de l’intérêt de rejoindre la manif intersyndicale contre la loi sur le travail. La proposition des représentants de SUD PTT 92, en grève depuis 48 jours, était d’y aller groupés, tandis que d’autres militants reprenaient les termes d’un appel à rester en périphérie du cortège – « Contre la mise en cage du droit de manifester » – ou à se retrouver ailleurs dans Paris.

« Le virage a déjà eu lieu, je n’irai pas à ce rendez-vous qui est un rendez-vous policier »,proclame un militant. « Je veux bien me faire nasser mais ce sera devant mes camarades en lutte, rétorque un postier, qui préconise de rejoindre la Bastille. L’alternative, c’est quoi ? Se faire nasser ailleurs quelque part dans Paris ? » Sans le savoir, le préfet met donc tout le monde d’accord en déployant une nasse jusqu’aux portes de la Bourse du travail.

« Les flics se sont positionnés partout ! » annoncent deux jeunes, interrompant l’AG.« C’est tout le quartier qui est bloqué ! » Dans le quart d’heure qui suit, tous les syndicats sont prévenus. Un texte est concocté dénonçant le « déploiement de la police », et le« quadrillage d’un quartier autour d’un local syndical ». Il appelle « à tout mettre en œuvre pour que la police quitte les lieux ». « C’est une séquestration ! » réagit un militant qui veut durcir le texte. « Non, pour le moment, ils ne nous séquestrent pas…corrige un animateur de l’AG. Mais il faut lancer un appel pour que les organisations nous rejoignent ici. »

Leur appel est entendu et des soutiens se pressent bientôt derrrière la nasse. Les vigiles du bâtiment ont reçu de la police « l’instruction de fermer les portes » derrière les militants en cas de sortie. Dans l'AG, l’idée d’un départ en manif se fait jour, mais sans illusion. « Il faut un groupe important qui garde le contrôle des portes », propose l’un des animateurs de la réunion. « L’UD CGT a appelé Martinez, qui a appelé le préfet pour dire que c’est scandaleux de venir à la Bourse du travail », rapporte un militant qui a joint la centrale syndicale.

Les militants SUD font la proposition de « sortir du bâtiment » et de « refuser collectivement de se soumettre à la fouille ». « Ils nous laissent pas passer et puis voilà, ils gazeront », murmure une jeune femme, fataliste. « Si ça finit en nasse, on s’engage à ne pas montrer nos cartes d’identité ! » lance un militant. « Personnellement, je n’irais pas à Bastille, tranche un autre. Essayons de nous rassembler ici ! » S’il y a repli et charge policière, on songe à l’occupation. « On est deux cents, sortons et voyons comment ils réagissent, propose Xavier Mathieu, l’ancien délégué syndical CGT de Continental, signataire de l’appel « contre la mise en cage ». Manifestons devant la Bourse du travail. La même manif pourrie que le 23 juin, on la refuse. Il faut refuser ça, parce que sinon toutes les manifs seront comme ça. »

À l’extérieur, les CRS ont été rejoints par les gendarmes, qui forment une ligne de boucliers. « On laisse sortir de manière isolée avec contrôle des sacs », crachote un officiel sur la radio des CRS. La manifestation s’improvise, les banderoles sortent, les slogans fusent, malgré l’interdiction d’avancer. On annonce l’interpellation d’un membre de SUD éducation à son domicile. Le 23 juin, les postiers qui se rendaient à la manif ont été contrôlés trois fois, puis matraqués, pour finalement passer l’après-midi devant un commissariat du XVIIIe arrondissement, deux d’entre eux ayant été interpellés – l’un parce qu’il avait des lunettes de plongée, l’autre pour « rébellion » à la suite d’une charge. Ils sont présents tous les deux devant la Bourse du travail.

Après 48 heures de garde à vue, Adil doit comparaître le 6 septembre pour « outrage et rébellion ». Matraqué dans le dos et sur les jambes, il a subi deux décharges de taser lors de son interpellation. « J’avais seulement repoussé un CRS qui m’avait bousculé deux fois, raconte-t-il. Il m’a dit “toi, je vais pas te lâcher“ et il m’a tiré vers l’arrière, et là c’est parti en coups de matraque sur moi. Quand il a vu ma carte de résident, il m’a dit : “Je vais faire en sorte qu’on te renvoie” ! » Secrétaire adjoint de SUD PTT 92, Xavier a lui aussi été matraqué le 23 juin. « L’idée du pouvoir, c’est d’empêcher syndiqués et non syndiqués de se retrouver, comme ici dans les AG interpro’ ou dans les cortèges de tête de manif, analyse le syndicaliste. C’est leur cauchemar qu’il y ait une convergence entre des familles politiques différentes, des comités d’action et des syndicats. Je ne partage pas l’idée de renoncer à manifester. Mais avec un pouvoir qui est prêt à encercler des bourses du travail, on va se retrouver face à des dispositifs comme en Turquie. On va être obligés de sortir très nombreux dans la rue. »

En fin d'après-midi, la préfecture a annoncé, sans évoquer son travail de filtrage, que les personnes rassemblées devant la Bourse du travail avaient été rejointes, vers 17 h 30, « par environ 1 500 manifestants provenant de la place de la République et de la place d’Italie ». « Les forces de l’ordre ont été positionnées afin d’éviter tout départ en cortège, cette manifestation n’étant pas déclarée »,a-t-elle indiqué.

En début de soirée, les policiers desserrent légèrement leur étau, tout en maintenant un important dispositif aux abords immédiats de la Bourse du travail. Et l’AG reprend son cours dans la grande salle de la Bourse du travail, bondée.

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 06:21
Julien Tanguy avec Philippe Mora et Yvan Le Gall de la CGT

Julien Tanguy avec Philippe Mora et Yvan Le Gall de la CGT

Manif contre la loi El Khomri à Morlaix le 28 juin: photos de Pierre Yvon Boisnard
Manif contre la loi El Khomri à Morlaix le 28 juin: photos de Pierre Yvon Boisnard
les camarades de Solidaires

les camarades de Solidaires

Avec une centaine de manifestants, ce n'était pas la plus grosse mobilisation à Morlaix mais c'était la 11 ème - sur 3 mois - contre la loi travail et une partie des manifestants était partie à Quimper le matin pour l'opération escargot. Sans compter les lycéens qui sont en vacances...

Nous ne rendons pas les armes pour autant et une nouvelle journée de mobilisation est prévue le mardi 5 juillet.


https://www.flickr.com/photos/pyb29/albums/72157667606398883

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 15:41

Revalorisation allocations chômage, 0 %

Après l’échec des négociations assurance chômage, le patronat bloque la revalorisation des allocations des privés d’emploi !

Le conseil d’administration de l’Unedic s’est réuni ce 27 juin, pour la première fois après l’échec des négociations du régime général d’assurance chômage le 16 juin dernier.

Un des points à l’ordre du jour portait comme chaque mois de juin sur la revalorisation des allocations au 1er juillet.

La CGT, ayant constaté une hausse des prix de plus de 5 % depuis 2011, non compensée par les augmentations des seules allocations minimales et de la partie fixe depuis deux ans, a demandé 5 %.

FO, CFDT, CFTC, CGC ont proposé 0,5 %.

Le patronat (Medef, CGPME, UPA) déjà responsable de l’échec des négociations, par un refus d’augmentation des recettes, notamment des cotisations patronales, a catégoriquement refusé toute augmentation.

La CGT s’est ralliée à la proposition des autres syndicats pour permettre une augmentation minimale, et malgré cela, le patronat a persisté dans son entêtement.

À vote égal entre représentants patronaux et salariés, additionné à une certaine confusion sur les pouvoirs du côté patronal, la majorité n’a pas été atteinte, ce qui confirme l’insupportable véto du Medef et de ses acolytes.

Le nouveau refus d’augmentation des allocations des privés d’emploi confirme l’urgence de revoir toutes les règles de négociation !

Montreuil, le 27 juin 2016

Revalorisation des allocations chômage: 0% (communiqué de la CGT, 27 juin 2016)
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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 15:38
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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 15:35
Guerlesquin: débrayage à l'usine de volaille Tilly Sabco (France 3, 28 juin)

http://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/cotes-d-armor/guerlesquin-debraye-l-usine-de-volailles-tilly-sabco-1036201.html

Guerlesquin : débrayage à l'usine de volailles Tilly Sabco

Une quarantaine de salariés de l'usine de volaille de Tilly-Sabco à Guerlesquin ont cessé le travail ce mardi matin de 4h à 9h. Ils sont inquiets pour leur avenir et demandent plus d'information concernant l'activité de leur usine.

Depuis plusieurs mois, l’usine de volaille de Guerlesquin tourne au ralenti avec moins de 30 000 poulets abattus chaque semaine, contre 340 000 par jour il y a trois ans à peine. Face à cette chute de leur activité, inquiets pour leur avenir, les salariés de Tilly-Sabco Bretagne ont débrayé ce mardi, de 5h à 9h.

Une réunion avec Alain Moysan, directeur général de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Morlaix, actionnaire majoritaire de l’entreprise, est prévue à midi. Elle sera suivie du comité d'entreprise, prévu hier mais reporté au dernier moment.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 15:28

La mobilisation pour le retrait du projet de loi Travail reste d’un haut niveau, en témoignent les rassemblements et manifestations de ce jour sur l’ensemble de la Bretagne.

Cet enracinement revendicatif se confirme également par le succès de la votation citoyenne qui s’est mise en place au mois de juin. Depuis, dans les entreprises, les localités, des initiatives ont été construites pour impliquer les salariés, les populations dans des formes nouvelles de mobilisations.

Ce sont 21 856 votations citoyennes (704 129 au niveau national) qui ont été remises par la Cgt dans les préfectures de la Région Bretagne aujourd’hui.

91% des votants se sont prononcés pour le retrait du projet de loi, et 84% demandent des droits nouveaux pour les salariés.

Ce premier dépôt valide un fort rejet des politiques sociales du gouvernement. Il confirme bien que l’attitude jusqu’au-boutiste du gouvernement est aux antipodes des attentes des salariés. La Cgt, avec les autres organisations syndicales, appelle à poursuivre cette votation auprès des salariés, des citoyens afin de peser sur le débat à l’Assemblée Nationale à partir du 5 juillet, jour de la prochaine mobilisation interprofessionnelle.

Communiqué de la CGT Bretagne sur la votation citoyenne sur la loi travail - 28 juin 2016
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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 14:15

Collectif Front de Gauche Centre Finistère

Lettre ouverte à M. Richard FERRAND

Député de la 6ème circonscription du Finistère

Copies : Le Télégramme Ouest France

Monsieur le Député,

Depuis plus de trois mois les Françaises et les français refusent majoritairement la loi travail. Cette proposition de loi serait un recul sans précédent dans l’histoire sociale de notre pays, si elle venait à être adoptée.

Vous la défendez en argumentant qu’elle offrirait de nouveaux droits pour les salarié(e)s et que celle-ci se fera par le dialogue. (votre interview du télégramme).

Quel dialogue alors que les organisations syndicales n’ont pas été sollicitées, en amont de ce projet, par le gouvernement ?

Quel dialogue quand ce même gouvernement utilise le 49-3 à l’Assemblée Nationale?

Quel dialogue quand les syndicats qui s’y opposent sont assimilés à des terroristes ?

Quel dialogue quand les forces de l’ordre s’acharnent sur les manifestants à coups de matraques et de gaz lacrymogènes ?

M. le Député, les habitants de la 6ème circonscription du Finistère sont également, pour la plupart, hostiles à cette loi.

M. le Député, en tant que tel vous êtes, vous devriez être, leur représentant et non celui d’un clan politique. Vous n’avez pas été élu pour détruire le code du travail et avaliser les mesures anti démocratiques comme il y a quelques jours, l’annonce de l’interdiction de manifester.

M. le Député, vous n’êtes pas élu pour répondre aux injonctions de la commission Européenne, dont on connaît les conseils avisés.

En imposant, sans débat parlementaire, une loi inspirée de la technocratie européenne, le gouvernement de M. VALLS s’est discrédité aux yeux de l’opinion publique.

Cette loi prépare, en fait, la mise en application des traités transatlantiques qui bafoueront les droits démocratiques des peuples au profit des seules multinationales. L’orientation ultra libérale de la politique Européenne, dictée par Mme MERKEL, rebute de plus en plus les Européens. La victoire du non à l’Europe ce jeudi en Grande-Bretagne en est une illustration.

Force est de constater, M. FERRAND, que vous avez jusqu'ici approuvé la politique de droite menée par le gouvernement, acceptant même d'être le porte-parole de la loi ultra libérale dite « loi MACRON ».

Dans les tout prochains jours, la loi travail va revenir à l’Assemblée Nationale. Osons espérer que le 49-3 ne sera pas une nouvelle fois utilisé, vous laissant l’occasion de vous opposer à cette loi scélérate et ainsi respecter le mandat pour lequel vous avez été élu.

Vous en souhaitant bonne réception,

Recevez, M. le Député, l’expression de nos salutations les meilleures.

Loi travail: lettre ouverte du collectif Front de Gauche Centre Finistère à Richard Ferrand
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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 05:29
manif à Morlaix du 26 mai 2016

manif à Morlaix du 26 mai 2016

Mardi 28 juin 2016

Tous ensemble mobilisé contre la « loi Travail » (loi El Khomri)

Le 28 juin, une opération escargot est prévue en partance de Morlaix vers Quimper pour la remise des votations citoyennes à la Préfecture.

Départ 8h30 - Maison du peuple

Arrivée 11h30 - préfecture Quimper

Pour en faciliter l'organisation, faire part de sa participation à l’UL CGT de Morlaix.

En plus de cette action, un rassemblement aura lieu à Morlaix le mardi 28 à 12h.

Le PCF soutient cette mobilisation et appelle à venir nombreux à ce rassemblement.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 05:26
Construire une politique offensive à gauche pour la France en Europe: grand débat du PCF le 30 juin à Paris
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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 05:00

Notre-Dame-des-Landes: un Oui teinté de Non

27 JUIN 2016 | PAR JADE LINDGAARD

Avec plus de 55 % des votes, la majorité exprimée en faveur du projet d’aéroport est confortable mais des poches inattendues de résistance apparaissent. À l’issue de la consultation, deux camps irréconciliables se font face.

A peine une demi-heure après l’annonce par la préfecture de Loire-Atlantique de la victoire du « oui » à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes avec 55,2 % des voix, Manuel Valls annonçait le commencement des travaux dès l’automne et l’évacuation prochaine des occupants de la ZAD : « Le gouvernement fera appliquer le verdict des urnes. Les travaux préparatoires à la réalisation du nouvel aéroport s’engageront dès l’automne prochain. » Quant aux « personnes qui occupent illégalement le site du nouvel aéroport », elles « devront partir d’ici le début des travaux. L’autorité de l’État et les lois de la République s’appliqueront à Notre-Dame-des-Landes comme partout ailleurs dans le pays ». Sur sa page Facebook, Johanna Rolland, la maire de Nantes, célébrait un « oui en clarté » : « La volonté démocratique qui vient de s’exprimer doit permettre la réalisation de ce transfert dans la sérénité, la sécurité et le respect de l’état de droit. L’État doit maintenant mener à bien ce projet essentiel pour l’accessibilité de l’Ouest, pour le développement économique et pour l'emploi. » Le président (LR) de la Région Pays-de-la-Loire, Bruno Retailleau, se réjouissait de « la victoire du civisme et du bons sens. Les habitants ont dit oui à l’emploi, ils ont aussi dit non aux casseurs de la ZAD. Ce soir, c’est la défaite de la violence et de la décroissance ». À ses yeux : « Les habitants ont eu la détermination que François Hollande a été incapable d’avoir. François Hollande n’a pas eu le courage de décider, qu’il ait au moins le courage d’agir. »

Mais le scrutin révèle un paysage politique éclaté en Loire-Atlantique. Si la majorité des voix exprimées en faveur du projet est confortable, et la participation supérieure aux prévisions autour de 51 %, leur répartition géographique fait apparaître des poches inattendues de résistance au projet d’aéroport. À Nantes, bastion PS, dont l’ancien maire Jean-Marc Ayrault est l’un des plus fervents promoteurs du nouveau site aéroportuaire, le oui ne l’emporte qu’avec 100 voix d’avance (41 906 votes contre 41 806). C’est une grosse surprise et une gifle pour les socialistes qui n’ont cessé de justifier le projet au nom du développement de Nantes et du bien-être de ses habitants. À Rezé, importante commune PS (30 000 habitants), située sous le trajet des avions empruntant l’actuel aéroport de Nantes Atlantique, dont le maire Gérard Allard est aussi vice-président de Nantes Métropole chargé du développement économique des territoires, le non l’emporte avec plus de 53 % des voix. À La Chapelle-sur-Erdre (16 000 habitants), ville dirigée par Fabrice Roussel, premier fédéral du PS en Loire-Atlantique, le non gagne à plus de 51 %. À Bouguenais, commune qui accueille l’actuel aérogare et en subit les nuisances sonores, le oui l’emporte de justesse, avec 50,6 % des voix (À ce sujet, écouter l’analyse du politiste Goulven Boudic lors de notre live du 26 juin). En revanche à Saint-Aignan-de-Grandlieu, construite en bout de piste de l'aéroport de Nantes Atlantique, le oui est très largement majoritaire.

Sans surprise, les villages impactés par le projet d’aéroport ont voté massivement contre le projet : à 73,6 % à Notre-Dame-des-landes, à 60,3 % à Fay-de-Bretagne, à 66,6 % à Grandchamp-des-Fontaines, à 69,4 % à Vigneux-de-Bretagne. Ainsi, les habitants directement menacés par le projet le refusent, tandis qu’une partie de ceux qui sont dérangés par l’actuel aérogare ne le rejettent pas. Au total, 268 981 personnes se déclarent favorables à la construction du nouveau site. Elles sont majoritaires. Mais 218 537 autres s’y refusent. Cela représente une forte minorité d’opposants. À l’issue de la consultation, deux camps irréconciliables se font face.

Dans ce contexte de polarisation politique, quelles pistes de sortie de crise ? La situation semble en partie bloquée. La ZAD, cette zone de 1 800 hectares réservée pour le chantier de l’aéroport il y a quarante ans et aujourd’hui occupée par 200 à 300 opposants, sera-t-elle évacuée de force ? Lundi matin, au lendemain du scrutin, Ségolène Royal a laissé entendre sur RTL que le gouvernement y travaille d’ores et déjà : « Ça a été promis par le premier ministre. Je pense que ceux qui ont voté oui l’attendent. Je crois que les discussions entre le premier ministre et le ministre de l’intérieur ont commencé pour savoir comment procéder ».

La ministre de l’environnement a aussi déclaré qu’« il y a eu une consultation démocratique, maintenant la procédure doit se poursuivre », sans préciser de quoi elle parlait exactement : la construction de l’aéroport validé par la déclaration d’utilité publique en 2008 (avec deux pistes), celui de moindre envergure (une seule piste) qu’elle appelait de ses vœux au printemps, ou l’épuisement de la procédure de l’Union européenne contre la France (concernant le non-respect de la loi sur l’eau notamment). Elle a annoncé la publication d’une ordonnance sur la participation du public aux décisions qui ont un impact sur l'environnement, et son envoi au Conseil d’État. Il s’agit en réalité du texte adopté par le Conseil national de la transition écologique (CNTE) le 16 février dernier, organisant plus généralement l’accès à l’information du public et le débat en amont de la décision des projets d’aménagement. L’ordonnance créant spécifiquement la possibilité de consulter les citoyens sur les projets ayant un impact sur l’environnement a déjà été publiée – et fait l’objet de recours sur le fond devant le Conseil d’État par France nature environnement et Attac.

Les écologistes apparaissent divisés sur le sens à accorder au résultat de la consultation. Nicolas Hulot, dont la fondation a défendu le principe d’une consultation des électeurs mais sur un périmètre plus large que la seule Loire-Atlantique, a déclaré sur Europe 1 lundi midi : « On ne peut pas demander d’aller voter et après, si le résultat ne nous plaît pas, ne pas en tenir compte. Je prends acte. Je suis profondément attristé par ce que je vois, cette espèce de rouleau compresseur d’artificialisation des sols, de destruction de la biodiversité, ne s’arrête jamais » mais « en ce qui me concerne, je m’incline ».

Le député François de Rugy, ex-EELV, va dans le même sens : « Le oui majoritaire à l'échelle départementale est un fait politique qui ne peut être ignoré. Nous aurions préféré l'inverse, mais nul ne peut ignorer ce résultat qui, du point de vue de ses promoteurs, notamment l'État, ouvre la voie à la poursuite du projet d'aéroport. »

« Il faut que tout le monde reste très calme parce que j'ai entendu ce matin des déclarations très véhémentes sur le sujet et ce n'est pas par la violence qu'on règlera la situation, a déclaré de son côté Emmanuelle Cosse, ministre EELV du logement,
avant d’ajouter qu'il fallait que « les choses rentrent dans l'ordre au fur et à mesure » et qu’« en effet, il y a un moment où se posera la question du maintien des zadistes dans la zone ».

Mais, pour Cécile Duflot, députée et potentielle future candidate à la présidentielle de 2017, « pour nous, ça ne change rien sur le fond » : « ce dispositif a été choisi pour aboutir à ce résultat. Ce n'est pas un aéroport pour les habitants de Loire-Atlantique. C'est un aéroport pour tout le grand Ouest. Les régions Bretagne et Pays de la Loire vont payer pour ce projet ». À la question « Est-ce que cet aéroport doit se faire ? » que lui a posée le journaliste Patrick Cohen sur France Inter lundi matin, elle a répondu : « Je pense que non. »

France nature environnement, l’une des ONG qui ont le plus travaillé sur les enjeux de la démocratie environnementale et qui portent le deuil de Rémi Fraisse, ce jeune homme tué par les gendarmes lors d’un rassemblement contre le barrage de Sivens fin 2014, considère qu’« étant donné le périmètre incohérent et la partialité de l'information délivrée par la CNDP et certaines collectivités pro-bétonnage à l’attention des citoyens, il est difficile d’affirmer que ce vote légitime un projet qui continue d’être rejeté sur le plan national ». Dans un sondage publié la semaine dernière, 60 % des personnes interrogées dans toute la France se prononçaient contre le projet d’aéroport. « Le bricolage du code de l’environnement engagé pour pouvoir organiser cette consultation est regrettable, mal pensé, médiocrement mis en œuvre et parfaitement néfaste pour la protection de la nature et de l'environnement, indispensable aux générations actuelles et futures », précise le réseau d’associations dans un communiqué.

Tous les collectifs d’opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes s’étaient prononcés contre l’idée d’une consultation de type référendaire, par crainte qu’une question binaire n’aggrave la polarisation des opinions sans dégager de solution. Mais cette critique est bien difficile à faire entendre alors qu’ils ont accepté de faire campagne et n'ont pas choisi de la boycotter. Depuis la ZAD dimanche soir, le mouvement contre l’aéroport a publié une déclaration commune expliquant que « le cadre, le processus et le contenu de cette consultation étaient fondamentalement biaisés. Celle-ci était basée sur une série de mensonges d'État et radicalement inéquitable. Il ne s'agissait pour nous que d'une étape dans la longue lutte pour un avenir sans aéroport à Notre-Dame-des-Landes ». Ils annoncent : « De notre côté, nous n'allons pas cesser pour autant d'habiter, cultiver et protéger ce bocage. Il continuera à être défendu avec la plus grande énergie parce qu'il est porteur d'espoirs aujourd'hui indéracinables face à la destruction du vivant et à la marchandisation du monde. Nous appelons tous les soutiens et comités partout en France et au-delà à se mobiliser et à redoubler de vigilance dans les semaines et mois à venir. Il n'y aura pas d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes. » Face à cette détermination militante, nul ne sait si le oui teinté de non à l’aéroport suffira au gouvernement pour justifier une évacuation de force de la ZAD, au risque de causer un ou plusieurs morts et de nombreux blessés.

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