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8 octobre 2024 2 08 /10 /octobre /2024 05:35
« Israël a perdu son humanité dans cette guerre », dénonce Gideon Levy (L'Humanité, entretien avec Pierre Barbancey, 6 octobre 2024)

Le journaliste israélien à la renommée internationale, Gideon Levy, revient, pour l’Humanité, sur les massacres perpétrés le 7 octobre 2023 et la guerre menée par Israël à Gaza, en Cisjordanie et au Liban.

Pierre Barbancey, L'Humanité, 6 octobre 2024

Au quotidien Haaretz depuis 1982, Gideon Levy est devenu une conscience rare, se rendant régulièrement dans les territoires palestiniens occupés. À longueur de colonnes, il dénonce l’occupation et l’apartheid. Lui, dont les grands-parents sont morts dans un camp de concentration nazi, ne craint pas de critiquer la politique de l’État d’Israël.

Qu’aviez-vous en tête lorsque vous avez appris ce qui s’est passé le 7 octobre ?

Je vais être franc. D’abord, j’ai entendu que des Palestiniens avaient franchi la clôture et je me suis dit : « Oh, le mur de Berlin est en train de tomber. » J’ai vraiment ressenti ça, et même un certain bonheur. Je pense que Gaza ne peut pas vivre dans une cage avec des barrières éternelles. J’ai cru que nous assistions peut-être à une protestation qui allait mener à une forme de liberté.

Durant les premières heures, je devais écrire ma chronique. Mon rédacteur en chef m’a appelé et m’a informé – ce que je ne savais pas – qu’il y avait des centaines d’Israéliens tués. J’ai compris qu’il ne s’agissait pas du mur de Berlin, et j’ai changé d’avis.

« Le 7 octobre est arrivé de la manière la plus brutale, mais après dix-huit ans en prison, les gens peuvent devenir fous. »

À la fin de la journée, il était clair que des choses terribles s’étaient produites, ce 7 octobre. Il faut néanmoins rappeler que ce qui s’est passé ce jour-là s’inscrit dans un contexte. Il y a une raison à tout ; cela ne veut pas dire que je justifie tout.

Mais, pensez-vous vraiment que 2,3 millions de personnes vivraient pendant dix-huit ans dans la plus grande prison au monde et l’accepteraient pour toujours ? Le 7 octobre est arrivé de la manière la plus brutale, mais après dix-huit ans en prison, les gens peuvent devenir fous.

Netanyahou revendique le droit d’Israël à se défendre. Après 41 000 morts à Gaza, peut-on parler de « défense » ?

Il y a eu un choc et un traumatisme. Je suis allé dans les kibboutz et les villages attaqués, deux jours plus tard ; j’ai vu des scènes terribles. Je ne minimise rien. Mais, dorénavant, tout se passe comme si nous pouvions faire ce que nous voulons.

Nous pouvons tuer 41 000 personnes sans que quiconque n’ait le droit de nous dire que c’est criminel, illégal et génocidaire ? Nous pouvons tuer 17 000 enfants et dire que c’est de l’autodéfense ? Non. Israël a le droit de se défendre, mais pas de commettre un génocide. Le 7 octobre ne donne pas à Israël la liberté de se comporter en sauvage.

Pourquoi le peuple israélien dans sa majorité accepte-t-il cette façon de penser ?

La société israélienne se trouve dans l’un des pires moments de son histoire. Depuis le 7 octobre, les gens croient que la seule chose à faire est de se venger.

Ils sont choqués par ce qui s’est passé et pensent qu’il n’y a ni place pour l’empathie envers les Palestiniens ni limite à notre agression. C’est ce qui explique l’incroyable soutien de presque tous les Israéliens à la guerre menée à la fois à Gaza et au Liban.

L’expression d’une certaine empathie envers les Palestiniens est quasiment considérée comme criminelle. Des enseignants ont perdu leur emploi, des Palestiniens israéliens ont été arrêtés pour cela. La société israélienne a beaucoup changé, le 7 octobre, et pas en mieux.

Mais l’extrême droite était déjà élue…

Exact. Mais tout est sorti de la boîte après le 7 octobre. Le racisme, la haine des Palestiniens, la soif de sang, l’avidité primitive de se venger, de punir : tout est devenu légitime.

Le 7 octobre a aussi tué la soi-disant gauche israélienne. Les manifestations que vous voyez ici sont très impressionnantes, mais ce n’est pas contre la guerre. Ne vous méprenez pas : c’est contre Netanyahou, pour la libération des otages, mais pas contre le massacre, ni la famine à Gaza. Il ne s’agit pas non plus de ce que nous faisons au Liban.

Comment la société israélienne peut-elle continuer ?

Il est très difficile d’attendre un changement de la société israélienne. Elle est désormais totalement aveugle. Elle a subi un lavage de cerveau. Personne ne parle de paix, de solidarité avec les Palestiniens, de leurs souffrances.

« Les gens ont perdu l’empathie. Ils ne voient pas les Palestiniens comme des êtres humains. »

Israël a perdu son humanité dans cette guerre, et la société israélienne également. Israël peut faire ce qu’il veut, personne dans le pays ne s’en souciera. Les gens ont perdu l’empathie. Ils ne voient pas les Palestiniens comme des êtres humains. Pour eux, tous les habitants de Gaza ont tué, le 7 octobre.

Le peuple israélien sait-il exactement ce qui se passe à Gaza ?

Non, il ne le sait pas parce que les médias israéliens évitent de lui montrer la réalité. Savoir qu’il y a 41 000 morts, c’est une chose. Voir les images des enfants affamés et mourant sur le sol des hôpitaux, c’est autre chose. Les citoyens français ont vu plus d’images de Gaza que n’importe quel Israélien qui vit pourtant à une heure de Gaza.

Comment est-ce possible à l’heure des réseaux sociaux ?

Grâce à la collaboration des médias libres, qui se comportent comme les médias russes. Pas à cause de la pression du gouvernement ou de la censure. À cause de considérations commerciales. Nous savons ce que les gens attendent de nous : ils ne veulent pas voir, ils ne veulent pas savoir.

Nous ne les montrerons donc pas, à part à Haaretz. Nous sommes au XXIe siècle, il y a Internet, il y a les réseaux sociaux, mais il faut vouloir voir. Il faut choisir de voir. Si vous n’êtes pas intéressé, vous ne voyez rien. La plupart des Israéliens, sinon tous, ne veulent pas savoir.

Comment réparer ce qui a été cassé ?

Je ne suis pas sûr que tout puisse être réparé. Je ne vois pas comment nous pouvons nous en sortir quand les Israéliens ont perdu tout espoir dans un quelconque type de règlement, de coexistence ; quand la plupart des Israéliens croient que tous les Palestiniens sont le Hamas et tous les Palestiniens sont la Nukhba – les forces spéciales du Hamas qui ont commis les meurtres le 7 octobre.

Je ne vois pas comment quand il n’y a ni médias ni dirigeants en Israël qui essaient de changer les choses. Je ne vois pas de solution, sauf si la communauté internationale commence à agir, comme elle l’a fait avec la Russie après l’invasion de l’Ukraine ou envers l’Afrique du Sud, avec l’apartheid. La Russie a envahi l’Ukraine en quelques semaines. Israël a envahi Gaza et, maintenant, le Liban. Qui parle de sanctions contre Israël ? Personne.

En Europe et en France, critiquer Israël revient à se voir accusé d’antisémitisme…

Ignorez cela. C’est une manipulation cynique de la propagande israélienne. Il y a de l’antisémitisme, et il faut le combattre. Mais tous ceux qui critiquent Israël ne sont pas des antisémites, pour l’amour de Dieu ! La plupart d’entre eux ne le sont pas car ce sont des gens de conscience. Quand un citoyen français voit le massacre d’enfants et crie « Arrêtez ça ! », il crie à son gouvernement de faire quelque chose. Qu’est-ce que cela a à voir avec l’antisémitisme ?

« Personne n’ose dire un mot sur Israël. Ne tombez pas dans ce piège : vous n’avez pas seulement le droit de critiquer Israël, vous en avez le devoir. »

Cette manipulation est très efficace parce que l’Europe est paralysée. Personne n’ose dire un mot sur Israël. Ne tombez pas dans ce piège : vous n’avez pas seulement le droit de critiquer Israël, vous en avez le devoir. Le contexte est l’occupation et la colonisation depuis cinquante ans, et vous en voyez les résultats.

Les Palestiniens n’accepteront jamais l’occupation. Connaissez-vous un peuple prêt à vivre sans citoyenneté ? Tout dissident russe a la citoyenneté russe. Tout combattant africain de la liberté a une citoyenneté ; Nelson Mandela avait une citoyenneté.

Lorsque la Cour internationale de justice parle d’un possible génocide à Gaza, la réponse israélienne consiste à réfuter cette possibilité du fait de la Shoah. Que répondez-vous à cela ?

Est-ce que cela vous convainc ? Non. Ça ne me convainc pas non plus. Les victimes du plus grand génocide de l’histoire devraient être encore plus sensibles lorsqu’il s’agit du génocide d’autres peuples. Les Israéliens font le contraire.

Ils estiment qu’après la Shoah, nous avons le droit de faire ce que nous voulons. Que personne n’a à nous dire ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas, ce qui est moral et ce qui ne l’est pas.

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8 octobre 2024 2 08 /10 /octobre /2024 05:28
Guerre au Liban : les crimes et les morts se succèdent (Vadim Kamenka, L'Humanité, 7 octobre 2024)
Guerre au Liban : les crimes et les morts se succèdent

L’armée israélienne a bombardé, ce lundi, la plupart des régions libanaises et tué des dizaines de civils. Face à cet engrenage régional, plusieurs dirigeants européens ont rappelé que la seule solution était politique et non militaire.

Vadim Kamenka

Au Liban, la litanie du nombre de morts rejoint petit à petit celle de Gaza. Lundi 7 octobre, dix pompiers qui se trouvaient dans leur caserne de Baraachit, au sud du pays, ont été tués dans une frappe aérienne israélienne. Le ministère libanais de la Santé a dénoncé un « massacre » alors que « le déblayage des décombres se poursuit dans le bâtiment très endommagé » et « un nouveau crime de guerre contre les pompiers et le personnel paramédical ». Depuis le début des affrontements, il y a un an, entre Israël et le Hezbollah, plus de 115 secouristes et pompiers ont été tués, selon un bilan établi par l’AFP. Au total, le nombre de victimes s’élèverait désormais à 2 083 tués et 9 869 blessés.

Les forces israéliennes ont mené d’importants bombardements, ce 7 octobre, sur l’ensemble du pays en ciblant principalement Beyrouth et Liban du sud. Le quotidien l’Orient-le Jour évoque de nombreux villages touchés « Qleilé, Aïtit, Aïn Baal, Chéhabiyé, Blat, l’Iqlim el-Touffah » et des villes : « Nabatiyé, Tyr, Hoch, Saïda, Bint Jbeil et Marjayoun ».

Une source des services de sécurité a affirmé à l’AFP qu’une frappe avait également visé une zone proche de l’aéroport international de Beyrouth. Deux personnes ont été tuées lors d’opérations aériennes dans la vallée de la Bekaa et dans la ville de Qaliya.

Une cible militaire peut-être illégale

Le porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a confirmé sur X « de larges attaques au Liban du Sud sur des cibles terroristes du Hezbollah », sans toutefois donner plus de détails, ainsi qu’« une attaque de précision à Beyrouth ». Une « précision » qui a déjà coûté la vie à de nombreux civils libanais.

Mais cette intensification des attaques pourrait coïncider avec l’arrivée d’une autre division militaire pour renforcer l’invasion au sol lancée par Tel-Aviv, le 1er octobre. Ce qui n’empêche pas les sirènes d’alerte de retentir en Israël comme cela a été le cas, lundi. Les autorités militaires israéliennes ont relevé 135 roquettes tirées depuis le Liban.

L’ONG Human Rights Watch (HRW) a condamné les bombardements qui « empêchent les civils de fuir » et « entravent les opérations humanitaires » à la frontière libano-syrienne.

L’armée israélienne a multiplié les opérations dans l’est du pays, non loin du poste frontière de Masnaa, coupant la principale route entre les deux voisins. « Une attaque israélienne sur une cible militaire légitime peut être illégale si elle est susceptible de causer un dommage aux civils disproportionné par rapport aux gains militaires », rappelle HRW.

« Seule une solution politique apportera la paix, la sécurité et la prospérité »

À Beyrouth, le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, a averti au cours d’une visite diplomatique que « l’agression israélienne, qui a commencé à Gaza et se poursuit maintenant au Liban, pousse toute la région vers l’abîme d’une guerre régionale totale ».

Depuis Jérusalem, le ministre français des Affaires étrangères a prévenu que si « le Hezbollah porte une lourde responsabilité (…) la force seule ne peut suffire à garantir la sécurité d’Israël ».

À l’instar d’Emmanuel Macron, le 6 octobre, Jean-Noël Barrot a insisté : « Le temps de la diplomatie est venu. » Il a rappelé que la proposition franco-américaine de cessez-le-feu au Liban restait sur la table et qu’il continuerait à y travailler. Même tonalité de la part du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, qui a soutenu que « seule une solution politique apportera la paix, la sécurité et la prospérité ».

Incapacité à faire taire les armes

Ce dernier s’inquiète d’une situation qui « ne fait qu’empirer » et s’est alarmé du sort « des populations qui sont prisonnières d’un cycle sans fin de violence, de haine et de revanche ». Le Proche-Orient apparaît « au bord d’une conflagration totale et la communauté internationale semble incapable de contrôler », a-t-il constaté.

Dans un communiqué publié par la Maison-Blanche, le président des États-Unis a lui regretté que « beaucoup trop de civils ont souffert depuis un an ».

« Nous n’arrêterons pas d’œuvrer à la conclusion d’un accord de cessez-le-feu à Gaza », a promis Joe Biden, qui a conclu sa déclaration en soulignant que « les Israéliens comme les Palestiniens méritent de vivre dans la sécurité, la dignité et la paix », sans toutefois annoncer un arrêt des livraisons d’armements à Israël.

Autre intervention diplomatique, celle du pape François qui a fustigé, dans une lettre aux catholiques du Moyen-Orient, « l’incapacité honteuse de la communauté internationale et des pays les plus puissants à faire taire les armes et à mettre fin à la tragédie de la guerre ».

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8 octobre 2024 2 08 /10 /octobre /2024 05:21
Stéphane BONNÉRY - Favoriser l’école privée : 20 ans de politiques économiques (I.R.FSU)
Stéphane BONNÉRY - Favoriser l’école privée : 20 ans de politiques économiques (I.R.FSU)

Stéphane BONNÉRY
Favoriser l’école privée : 20 ans de politiques économiques 
La Pensée n°419, juillet septembre 2024
20,00€

Lire et voir l'interview sur le site de l' IR.FSU

Cinq questions à Stéphane BONNÉRY
Propos recueillis par Paul Devin

Vous dites qu’un facteur essentiel du développement de l’école privée est lié au baby-boom des années 2000.
Merci de nous expliquer pourquoi.

Plus exactement, mon étude statistique (notamment à partir des données de la DEPP au Ministère) publiée dans le dernier numéro de la revue La Pensée[1], montre que le développement de l’enseignement privé depuis un quart de siècle résulte de la conjonction entre deux phénomènes qui ont été instrumentalisés par les gouvernements néolibéraux : l’enlisement dans la crise économique du capitalisme et le babyboom de l’an 2000. C’est spécifique au cas français, d’abord parce que cette vague de naissances n’a pas eu lieu dans les pays voisins, ensuite parce que le réseau public était particulièrement fort, et que les gouvernements ont eu besoin, pour imposer des choix néolibéraux à l’école, de cette pression démographique cumulée à la pression budgétaire liée à la crise économique.
Schématiquement, et paradoxalement, l’enseignement privé traditionnel est en difficulté : il n’est plus fréquenté que marginalement pour des raisons idéologiques par les familles de tradition catholique. Moins d’un élève sur cinq du privé suit l’ensemble de sa scolarité dans ce seul réseau. Les autres passent de l’un à l’autre. Ce n’est d’ailleurs plus dans les zones géographiques de son implantation traditionnelle que le privé sous-contrat progresse. Et il un peu concurrencé sur ce créneau par les établissements « hors contrat », dont les effectifs ont presque triplé dans la décennie 2010, mais qui restent très faibles dans la masse globale : ces derniers concernent soit des établissements ultra-religieux, soit des projets dits de pédagogies alternatives, avec un coût important pour les familles. La très grande majorité des nouveaux « clients » du privé sous contrat est bien davantage constituée des familles qui veulent éviter l’établissement du secteur. Beaucoup d’études mettent en avant cette « demande » d’évitement, qui pour certaines familles est motivée par de la crainte des mauvaises fréquentations populaires. Avec d’autres chercheurs, il me semble important de souligner les causes qui se situent dans « l’offre », surdéterminée par les questions économiques et politiques, notamment les familles qui quittent le public du fait de l’inquiétude sur le niveau d’enseignement : il est je crois inefficace d’aborder cette question en termes moraux, de culpabilisation. Car cela ne relève pas que du fantasme : si des équipes pédagogiques sont motivées pour maintenir le niveau dans les établissements de fréquentation populaire, il y a toute une pression de la hiérarchie, des injonctions, des outils pédagogiques à disposition… pour « adapter », dans le sens du renoncement à viser la même ambition partout. La suppression massive des heures d’enseignement, dans le premier degré comme dans le second (où elle a conduit à d’énormes suppressions de postes, notamment de CAPESsiens titulaires en collège), a été un levier déterminant pour pousser les profs à choisir entre la restriction des objectifs sur le seul socle minimal, ou la possibilité de traiter l’autre partie du programme.

Il y aurait eu nécessité d’investissements pour accueillir cette croissance de la population enfantine et ils n’ont pas été faits. Vous considérez que ce n’est pas seulement par austérité budgétaire mais parce que cela constituait une opportunité de développement du privé ?
Mon étude statistique montre que l’arrivée de la vague du babyboom en primaire a permis au privé d’accroitre ses effectifs d’élèves, et d’obtenir des postes (payés par l’État), tout en ayant les moyens de sélectionner les familles selon leur niveau scolaire et social. Pendant ce temps, le primaire public a dû absorber toute la vague, dans sa diversité sociale, avec des moyens très contenus afin de maintenir les taux d’encadrement en classe sans trop augmenter le nombre de professeurs des écoles : il y a eu une suppression massive des classes de toute petite section (de 35 % d’enfants de 2 ans scolarisés, à 10 % entre 1998 et 2023) et des postes dédiés à la remédiation des difficultés pour les rapatrier sur les autres classes. De même qu’un détournement des postes massivement fermés dans l’enseignement secondaire (surtout le collège et la voie professionnelle) et le supérieur. Le ministère a aussi joué avec la démographie enseignante, où les départs en retraite n’ont pas été remplacés. Et quand la vague démographique d’élèves est arrivée au collège, l’enseignement public n’a pas eu davantage de postes : pendant le ministère Valaud-Belkacem, les fermetures ont ralenti, et ont été remplacées par des contractuels, ce qui s’avère très loin d’une reconquête. Et depuis, Blanquer et ses successeurs ont eu toutes latitudes pour poursuivre l’austérité et dégrader les scolarités publiques. Si les dogmes austéritaires néolibéraux pèsent, avec les injonctions et les contrôles européens, il faut prendre la mesure de ce que ces gouvernements tentent de répondre aux ordres du privé : pour maintenir le profit, quand l’industrie ne suffit plus du fait de la crise économique, alors ils cherchent à marchandiser l’éducation, comme la santé, et donc favorisent le développement du privé. Les gouvernant ne sont pas que des idéologues, ils subissent une grosse pression de leur classe sociale, la bourgeoisie, dans laquelle ils sont socialisés et à qui ils rendent des comptes, laquelle a besoin de faire travailler son capital.

Quels éléments vous amènent à considérer que le développement du privé ne constitue pas une évolution sociétale mais le résultat d’une politique choisie ?
Beaucoup de familles vont dans le privé avec le sentiment de faire un choix contraint : le manque de postes se ressent dans les absences de professeurs non remplacées, à force de réduire les recrutements, par la faiblesse de certains contractuels, et par l’abaissement du niveau des objectifs visés dans certains établissement de secteur à force que les équipes manquent de temps avec les élèves et de soutien. Le sabotage du public produit ses effets. Quand les parents se sentent isolés et sont inquiets, ils cherchent des solutions de sauvetage individuel s’ils ne trouvent pas de moyens de gagner collectivement une éducation de qualité pour leur enfant.
Dans toutes les périodes depuis1999, en primaire et dans le secondaire, le nombre de postes du privé, payés et alloués par l’État, baisse moins que ceux du public quand les effectifs d’élèves baissent, et symétriquement, le privé profite davantage que le public de financements publics des postes quand le nombre d’élèves augmente. C’est une politique nationale organisée, même si silencieuse, de favoritisme au profit du privé en matière d’utilisation de l’argent public pour recruter des professeurs.
De même, les collectivités locales sont obligées par la loi de financer le fonctionnement du temps scolaire (pédagogie, loyers ou entretien du bâti, etc.) des établissements privés à la même hauteur que le public : cela existait un peu depuis la loi Debré de 1959, mais depuis l’imposition de la Charte des droits européens en 2007 (en substance, c’est le Traité de Constitution Européenne refusé par référendum qui a été imposé par le parlement) et depuis sa conséquence, la loi Carle de 2009, c’est d’une toute autre ampleur. Et l’obligation de scolarité à 3 ans par Blanquer, puisqu’elle était déjà effective à 100 %, n’avait d’autre but que d’imposer le financement de la maternelle privée. Au total, ce sont les trois quarts des coûts de l’enseignement privé sous contrat qui sont pris en charge par l’argent public.
Aujourd’hui, où la vague démographique a quitté le primaire et quasiment le collège, le privé est inquiet : comment éviter un plan social, en conservant les postes, alors que la génération scolarisable est moins fournie ? C’est tout le sens de l’offensive conduite par l’éphémère ministre Oudéa-Castéra, qui certes était maladroite et dont les manipulations se sont avérées trop visibles pour servir son camp, mais qui traduit cette politique volontariste de favoritisme : discréditer le public, lui couper les moyens, le laisser s’enliser dans la gestion des flux et la baisse du niveau ainsi provoquée, en utilisant ces difficultés au profit du recrutement par le privé.
De même, des propositions comme celle du « chèque éducation », portée par la droite et l’extrême droite (Marion Maréchal), visent à aider encore le privé, en aidant les familles à payer le quart des dépenses qui reste à leur charge, et qui constitue en réalité les « à-côtés » de l’école : temps des devoirs, cantine, sorties, projets, etc. Car ces « à-côtés » ont pris une importance considérable avec la baisse du temps d’enseignement dans les programmes du primaire et du collège, ce qui constitue un produit d’appel pour le privé.
Cette politique n’est pas que nationale : elle constitue la copie conforme des directives européennes, qui veulent réduire le service public à la française à un service rendu au public, que cette prestation soit gratuite ou marchande, réalisée par les pouvoirs publics ou par des prestataires. L’égalité de la préparation des enfants face à l’avenir n’est pas l’objectif. Rappelons que jusque dans les années 1990, la commission européenne invitait le privé à investir dans l’enseignement ainsi que dans la recherche et développement. Depuis, avec le plan « Europe 2020 », les directives ont été réorientées en pire, pour que l’argent public serve à favoriser les entreprises privées qui n’assument plus les coûts mais simplement les bénéfices, notamment dans une logique de rentabilité financière. On voit ainsi les fonds de pension, les conglomérats financiers, investir dans l’enseignement supérieur privé parce qu’il est soutenu financièrement par l’argent public. Non seulement, cet argent sert d’autres logiques, mais les bénéfices ne sont pas réinvestis dans l’éducation, fût-elle privée, mais dans la rémunération de la finance.

Comment une telle politique a-t-elle agi sur les conditions de l’égalité à tous les niveaux du cursus scolaire au sein de l’école publique ?
Avec ces politiques, et avec un plus grand nombre d’enfants dans la génération, le privé sous contrat a pu davantage sélectionner ses clients : notamment, les familles voulant que leurs collégiens quittent le public (c’est le niveau le plus demandé du privé) ont été mises devant la pression qu’il ne soit accepté qu’à la condition que toute la fratrie bascule. Les candidatures sont sélectionnées sur critères sociaux et sur les résultats scolaires.
L’article de Pierre Merle publié conjointement dans le même numéro de La Pensée[2] montre que sous la présidence Macron, la population des collèges s’est de plus en plus spécialisée dans son recrutement social : embourgeoisement du privé, ghettoïsation des établissements des quartiers populaires. Ces changements pèsent sur les résultats PISA de la France : les écarts sociaux se creusent.
En amont du collège, je montre que la casse de la scolarité à deux ans, et le manque de temps pour enseigner, dans une logique d’économies budgétaires, de même que la suppression des postes de remédiation, participent de ces politiques inégalitaires.
Le projet politique à l’œuvre n’est pas celui de la disparition de l’enseignement public, mais de son dévoiement pour le limiter à une sous école destinée à ceux qui ne peuvent se payer mieux, destinés à des postes d’exécution. La réforme du « choc des savoirs », vient en cohérence franchir un cran de plus que la précédente dite du « socle commun » en inégalisant les parcours, en limitant les enfants de travailleurs d’exécution au minimum, pour réserver le reste, au nom des soi-disant « compétences individuelles », à ceux qui pourront se payer la part du programme en option : le primaire est transformé en gare de triage vers des filières étanches du collège, pré-orientant vers le lycée général ou vers la voie pro privatisée.
L’extrême-droite a exactement le même projet éducatif, celui d’une politique de classe, même s’ils la déguisent derrière des critères ethniques qui viennent aggraver le problème : les familles populaires qui penseraient pouvoir accéder à une meilleure qualité d’éducation grâce au RN seraient victimes d’une belle arnaque : l’extrême-droite ne s’en prend pas à la bourgeoisie, qu’elle laisse dans son entre-soi, elle promeut plutôt un privé low-cost, pour diviser les enfants de travailleurs selon leurs origines supposément ethniques. La racialisation des problèmes sociaux invisibilise les enjeux profonds.

Est-il réaliste dans la situation actuelle de revendiquer que le subventionnement public soit réservé à l’école publique ?
Quand les défenseurs du service public d’éducation s’interrogent sur les sommes versées sans contrôle à l’école privée, financée aux trois quarts par des fonds publics, ils se voient aussitôt accusés de vouloir « relancer la guerre scolaire ». Or celle-ci a bien lieu, depuis un quart de siècle. Elle se déroule à bas bruit, par le biais des politiques publiques qui favorisent l’enseignement privé.
Depuis 1959, le camp laïque réclame de réserver l’argent public pour l’école publique, sans succès, et même en enchaînant les défaites. Si l’on veut atteindre cet objectif, en étant réaliste, il semble plus stratégique de se fixer un objectif intermédiaire en mesure de convaincre au regard du rapport de forces idéologique. La grossièreté d’Oudéa-Castéra, et le scandale Stanislas ont permis a beaucoup de français de découvrir que le privé était autant subventionné. Il nous faut d’abord des occasions de faire connaître l’ampleur du scandale, de cette politique de favoritisme, de sabotage du public pour favoriser le privé. Pour que les nombreuses familles qui se sentent tiraillées, contraintes de quitter le public, comprennent les causes réelles de ce qui leur arrive, à savoir une politique délibérée incitée par la crise du capitalisme. Donc, l’une des entrées, c’est effectivement, comme le propose le sénateur Pierre Ouzoulias, d’exercer un contrôle sur l’argent versé au privé. On se rendrait ainsi compte du grand flou qui règne, dans la possibilité qu’ont les établissements privés de faire glisser des moyens entre primaire et secondaire. De même que le temps scolaire est déjà financé par l’argent public, et que le privé tente de se faire payer par la collectivité les activités bonus qui ont pris davantage de place avec la réduction du temps de classe. Et on démasquerait la fausse idée selon laquelle les familles choisissent l’établissement… c’est l’inverse, les établissements bourgeois choisissent leurs clients sur critères sociaux et scolaires, n’ayant aucun mérite à avoir de meilleurs résultats. Exigeons de la transparence sur ce à quoi sert l’argent : à rémunérer des actionnaires ?
Tout cela est nécessaire pour élever le niveau de conscience que ce qui se joue à l’école est d’abord une duplication de la lutte entre classes sociales, de deux projets qui s’affrontent. D’un côté, les politiques conduites depuis plusieurs décennies, avec la marchandisation des services et la prédestination à une future place de travailleur dès l’enfance, selon la qualité d’éducation à laquelle l’enfant a accès, c’est une politique d’individualisation, c’est-à-dire où chacun reçoit selon là où il est né. De l’autre côté, une politique de service public, pour transmettre une culture commune et pour réduire les inégalités, où chaque individu bénéficie de cette garantie collective de la qualité éducative : pour cela, il faut des moyens, pour que les établissements publics aient du temps pour enseigner, pour que les profs puissent se former. Et donc, pour faire prendre conscience par ces batailles intermédiaires qu’il faudra poser la question de la nécessité d’utiliser l’argent public pour l’école publique.

—–

[1] Stéphane Bonnéry, « Favoriser l’école privée : 20 ans de politiques économiques », La Pensée, n° 419, 2024. Disponible en numérique sur Cairn et en fascicule imprimé à la Fondation Gabriel Péri.

[2] Pierre Merle, « Embourgeoisement des collèges privés et résultats PISA », La Pensée, n° 419, 2024. Disponible en numérique sur Cairn et en fascicule imprimé à la Fondation Gabriel Péri.

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7 octobre 2024 1 07 /10 /octobre /2024 08:12

 

 

 

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6 octobre 2024 7 06 /10 /octobre /2024 07:35
Vente solidaire de fruits et légumes à Landerneau ce samedi 5 octobre avec la cellule de Landerneau du PCF
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Vente solidaire de ce matin plus de 100 kilos de légumes partis!
Au Voaz Glaz à Landerneau
Merci à notre agriculteur bio du Nord Finistère!
Et sinon, en bas @MichelBarnier , les travailleurs, les retraités disent qu’ils n’ont pas de trou supplémentaire à la ceinture
Avec Aline, Christian, Jean-René, Patrick, Gladys …
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5 octobre 2024 6 05 /10 /octobre /2024 12:28
Marché de Morlaix - 5 octobre 2024 - les militants communistes vendent L'Humanité magazine et distribuent A coeur ouvert, le journal santé du PCF
Marché de Morlaix - 5 octobre 2024 - les militants communistes vendent L'Humanité magazine et distribuent A coeur ouvert, le journal santé du PCF
Marché de Morlaix - 5 octobre 2024 - les militants communistes vendent L'Humanité magazine et distribuent A coeur ouvert, le journal santé du PCF
Marché de Morlaix - 5 octobre 2024 - les militants communistes vendent L'Humanité magazine et distribuent A coeur ouvert, le journal santé du PCF

Marché de Morlaix - 5 octobre 2024 - sous un grand soleil, les militants communistes, comme chaque samedi entre septembre et juin - ce samedi Roger Héré, Jean-Luc Le Calvez, Ismaël Dupont - vendent L'Humanité magazine et distribuent "A cœur ouvert", le journal santé du PCF.

Tous les exemplaires de l'"Humanité magazine" ont été vendus.

Merci à Pierre-Yvon Boisnard pour ses photos.

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4 octobre 2024 5 04 /10 /octobre /2024 15:08
Réservez votre week-end: fête de l'Humanité Bretagne au parc des expositions de Lanester le 23 et 24 novembre 2024

Possibilité d'acheter la vignette d'entrée auprès des sections communistes du Finistère dont la section de Morlaix: 20 euros pour les 2 jours, 14 euros pour 1 journée.

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4 octobre 2024 5 04 /10 /octobre /2024 05:35

 

 

 

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4 octobre 2024 5 04 /10 /octobre /2024 05:32
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3 octobre 2024 4 03 /10 /octobre /2024 05:30
Ce Jeudi 3 octobre à Quimper, 18h: un film sur la résistante communiste juive FTP MOI Eva Golgevit, par Jean Barat: "La résistante et l'enfant" (Médiathèque Alain Gérard)
Ce Jeudi 3 octobre à Quimper, 18h: un film sur la résistante communiste juive FTP MOI Eva Golgevit, par Jean Barat: "La résistante et l'enfant" (Médiathèque Alain Gérard)
C'est ce soir, jeudi 3 octobre, à la médiathèque de Quimper, à 18h: le film sur la résistante juive agent de liaison du mouvement de résistance communiste FTP MOI Eva Golgevit, rescapée de la rafle du Vel d'Hiv avec son fils: "La résistante et l'enfant", par Jean Barat.
 
CINEMA DOCUMENTAIRE ET TEMOIGNAGE
 
     Médiathèque Alain-Gérard - esplanade Julien Gracq à Quimper
« La résistante et l’enfant »
 
Film de Jean Barat, France, 80 min, 2024
Jeudi 3 octobre à 18h séance tout public 
En présence de Jean Golgevit
La résistante, c’est Eva Golgevit, du groupe Solidarité de la section juive de la M.O.I (Main-d’œuvre Immigrée), mouvement de résistance communiste - l’enfant, c’est Jean, son fils qu’elle cache après avoir réchappé à la Rafle du Vel d’Hiv. Pilier de la Chorale populaire juive, la poésie et le chant étaient pour Eva Golgevit l’expression de sa lutte contre la barbarie et de l’espoir dans un monde meilleur. À Auschwitz, elle chantait pour ses camarades. Ce film entrecroise le témoignage filmé dans les années 2000 d’Eva qui livre un récit passionnant sur l’avant-guerre de Varsovie à Paris, la Résistance, son arrestation, Auschwitz, le Block 10, Birkenau… avec celui de son fils, Jean, qui raconte aujourd’hui, la séparation, sa survie, les retrouvailles et un lien indéfectible qui l’unissait à sa mère : le chant yiddish.
Projection du film et discussions
85 places 
Entrée libre et gratuite sans inscription - dans la limite des places disponibles
 
Bande annonce:
 
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Eva Golgevit, rescapée des camps nazis, Eva Golgevit, est décédée en mai 2017, à l'âge de 104 ans. Eva Golgevit est née en Pologne le 16 juin 1912 dans une famille juive pratiquante. Elle s'installe à Paris en 1934 et y épouse Charles Goldgewicht en 1937. Engagé volontaire étranger, Charles est fait prisonnier en juin 1940. En mai, Eva s’engage quant à elle dans le groupe Solidarité, section juive du mouvement de résistance communiste de la MOI (Main-d’Œuvre Immigrée). Elle y porte assistance aux familles démunies et cherche des familles d'accueil pour les enfants juifs en danger.
Arrêtée sur dénonciation au printemps 1943, elle est emprisonnée puis déportée, comme la majorité de son réseau, par le convoi 58, le 31 juillet 1943. À son arrivée à Auschwitz, Eva est internée dans le Block 10, celui des "expériences médicales". Durant dix mois, elle parvient à échapper au pire, notamment grâce à la solidarité de ses camarades.
Elle est ensuite transférée à Birkenau puis au camp annexe à Rajsko, une ferme agricole expérimentale où les conditions sont un peu moins dures. Elle survivra encore à trois "marches de la mort" qui la mèneront aux camps de Ravensbrück et de Malchof. Le 1er mai 1945, elle est libérée par les troupes soviétiques au nord de Berlin.
De retour à Paris, elle retrouvera son mari puis son fils, Jean. En 1952, Eva donnera naissance à un second enfant, Elie. Elle ne se départira jamais de l'esprit de solidarité et de cette foi en la vie qui la caractérisait.
Témoin d'un monde yiddish en grande partie disparu dans la Shoah, Eva n'a cessé de chanter les airs populaires de sa jeunesse polonaise. Ces derniers ont fait l'objet d'un enregistrement et d'un CD sorti en 2013. Elle avait livré son témoignage dans un ouvrage intitulé Ne pleurez pas, mes fils... (Le Manuscrit / Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 2010).
 
Source: Fondation pour la Mémoire de la Shoah
 
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