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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 06:12
Notre Finistère - supplément à l'Humanité -  22 novembre 1964 article sur les 20 ans de la Libération de Quimper - Théo Le Coz représentait la section PCF de Quimper en octobre 1944 à un meeting pour la Libération de Quimper en présence de Eugène Hénaff, membre du Comité Central du PCF, de Marcel Cachin et d'Alain Signor

Notre Finistère - supplément à l'Humanité - 22 novembre 1964 article sur les 20 ans de la Libération de Quimper - Théo Le Coz représentait la section PCF de Quimper en octobre 1944 à un meeting pour la Libération de Quimper en présence de Eugène Hénaff, membre du Comité Central du PCF, de Marcel Cachin et d'Alain Signor

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère:

89/ Théo Le Coz (1900-1976) 

Né le 22 juillet 1900 à Concarneau (Finistère), mort en août 1976 à Quimper (Finistère) ; employé de bureau ; résistant communiste FTP du Finistère puis des Côtes-du-Nord ; secrétaire politique du PCF clandestin dans les Côtes-du-Nord en 1944  ; membre pour le PCF du comité départemental de Libération des Côtes-du-Nord (mai 1944-novembre 1944).

Jeune, Théo Le Coz est l'ami de Théophile Le Rose, le père de Pierre Le Rose,  qui succéda à son père à la tête de la voilerie artisanale et familiale employant cinq ouvriers, et fut lui-même militant communiste. 

Frère de Joseph Le Coz, un important militant communiste et CGTU de Concarneau interné par Vichy de juin 1940 à son évasion en décembre 1942, Théodore Le Coz adhéra au PCF en 1940. Il contribua rapidement à l’organisation du PCF clandestin et du Front national (vers la fin 1941) à Quimper. Il participa à plusieurs actions des FTP du Finistère avant d’être muté dans les Côtes-du-Nord pour des raisons de sécurité à la suite d’arrestations à Quimper (affaire de l'hôtel de la Tour d'Auvergne).

Théo Le Coz est muté dans les F.T.P des Côtes du Nord, puis devient responsable politique dans notre département pour le P.C.F. Au début de l’année 1944 devient membre du CDL, plus connu sous son pseudonyme Jean Louis. « Toujours souriant dans les périodes dangereuses comme dans les heures calmes »

A la fin de 1943 ou au début de 1944, Théo Le Coz, « Jean-Louis », devint l’un des principaux responsables politiques du PCF après la vague d’arrestations du SPAC, la police anticommuniste de Vichy, qui désorganisa le PCF clandestin. Le parti était alors dirigé par Louis Picard, Yves, présenté dans le comité de patronage de la liste communiste en novembre 1946, comme le « responsable interdépartemental du PC dans l’illégalité » tandis que Théodore Le Coz était « le secrétaire départemental du PC dans l’illégalité ».

Lors de son départ des Côtes-du-Nord pour le Finistère, le 18 novembre 1944, L’Aube nouvelle parlait du « sympathique Jean-Louis » comme du « secrétaire fédéral dans la clandestinité ». Au nom du PCF, il remplaça en mai 1944 Jean Le Parenthoën*, envoyé dans la Sarthe, au CDL clandestin et continua de siéger après la libération des Côtes-du-Nord dans le CDL élargi. Son frère Joseph Le Coz appartenait lui au Comité départemental de Libération du Finistère. Théodore Le Coz avait contribué à fonder L’Aube nouvelle, l’hebdomadaire du PCF.

En novembre 1944, Théodore Le Coz regagna le Finistère, étant remplacé depuis octobre au CDL par son camarade finistérien, l’instituteur Pierre Moalic. Il aurait alors assumé des responsabilités au bureau fédéral du PCF du Finistère, selon Eugène Kerbaul, notamment comme directeur de La Bretagne Ouvrière, Paysanne et Maritime. Théo Le Coz est membre du bureau fédéral du PCF à la Libération dans le Finistère.

L’Aube Nouvelle évoque en ces termes le départ de Le Coz des Côtes du Nord : «  Jean-Louis, le sympathique Jean -Louis, de son vrai nom Théodore Le Coz, Finistérien, aujourd’hui de retour à Quimper, où il dirige l’hebdomadaire de la fédération communiste du P.C.F, a laissé, pendant son séjour dans les Côtes du Nord, le souvenir d’un excellent camarade. Secrétaire fédéral dans la clandestinité, il est peu de communes des Côtes du Nord qu’il n’ait visitées. Tous ses amis ( et il sont nombreux) ainsi d’ailleurs que les adversaires politiques qu’il a connus, lui ont gardé leur estime, voire une affection particulière. Si , sous sa bonhomie souriante, il savait être ferme, c’est qu‘en toute occasion il restait le communiste conscient de ses responsabilité »

Le journal communiste publié à la Libération dans le Finistère est d'abord "L'Aurore" dont Théo Le Coz sera le directeur jusqu'en septembre 1946. Il avait pu se faire la main avec "L'Aube Nouvelle". En 1964, il témoigne au Supplément de l'Huma Notre Finistère (25 octobre 1964): "... Moi un journaliste. Mais il a bien fallu s'y mettre... C'est ça que le Parti fait de ses gars". Le journal est imprimé à Landerneau. Le 9 septembre 1944, par exemple, "il stigmatise les profiteurs, ceux qui volent la Résistance, ces officiers de classe qui, venus la dernière heure, veulent commander ou discréditer les F.T.P.F: attentistes hier, diviseurs aujourd'hui". Le journal témoigne aussi des actes de résistance du peuple et des militants communistes pendant l'occupation. Depuis le siège de la fédération à Quimper, dans les locaux de la rue Théodore Le Hars, Théo Le Coz, Alain Cariou, Gaby Paul, Jean Le Berre, transfuge du Morbihan, parcourent les routes du département pour recueillir des témoignages. Chaque semaine, Théo Le Coz transporte les articles à imprimer à Landerneau.  

Mais en 1953, il ne figurait plus dans les organismes de direction. Après guerre, Théodore Le Coz milita à Quimper, en particulier à l’Amicale laïque (président d’honneur), fut trésorier départemental des délégués à l’Éducation nationale et vice-président du comité France-URSS.

"Théo Le Coz militait à la section de Quimper à la cellule Texier avec Jean-François Hamon, il me semble qu'il en était trésorier à mon arrivée à Quimper. Il avait aussi un gros CDH qui rayonnait sur les quartiers du Moulin Vert et du Manoir des Salles. Dans cette cellule il côtoyait aussi notre camarade Alain Le Bec toujours adhérent de notre section, qui est marié à la petite-fille de Pierre Gueguin. Alain fut pendant de longues années le président de l'Amicale laïque de Quimper" (Yvonne Rainero). 

A partir de l'article du Maitron: Le Coz, Théodore, pseudonyme Jean-Louis

https://maitron.fr/spip.php?article107773, notice LE COZ Théodore. Pseudonyme Jean-Louis par Christian Bougeard, version mise en ligne le 13 novembre 2010, dernière modification le 5 septembre 2011.

 

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 89/ Théo Le Coz (1900-1976)

Le Télégramme de l'Ouest et de Brest, Journal républicain du matin, 29 novembre 1944

Quimper

"Meeting communiste

-

Le dimanche 26 novembre, le parti communiste a tenu un meeting dans la salle des fêtes. Plusieurs milliers de personnes y assistaient. 

M. Théo Le Coz, de la section de Quimper, présente Alain Signor, membre du comité central, qui s'évada du camp de Saint-Augeau, dans le Cantal, en 1940, et dirigea l'insurrection de Marseille lors du débarquement allié. 

M. Alain Cariou, membre du C.D.L (Comité Départemental de Libération) et du bureau régional du parti, entretient l'assemblée du problème du ravitaillement général, qui laisse à désirer, des collaborateurs dont les biens devraient être confisqués au profit de la nation, de la commission des profits illicites qui fera, sans faiblir, l'épuration économique. Il exalte le courage de nos vaillants F.F.I et s'élève contre la menace de saisie du journal communiste "L'aurore". 

M. Signor déclare que son parti a toujours travaillé à l'union de tous les Français. Il rappelle les atrocités commises par les boches et dit que les troupes françaises doivent aller à Berlin pour poser de sévères conditions de paix et libérer nos prisonniers et nos déportés. Il demande à chacun de travaille à l'amélioration des conditions économiques du pays et réclame l'augmentation des salaires et des retraites, la suppression des trusts et la disparition du chômage. Il fait appel au patriotisme de tous pour souscrire à l'emprunt.

M. Signor s'élève contre la décision du gouvernement de désarmer les gardes civiques républicaines et de procéder à des élections en l'absence des prisonniers et des déportés. Il préconise la préparation des Etats généraux dans toutes les villes et communes. Des assemblées réunissant des patriotes seraient chargées, sur la base du programme de la Résistance, d'établir des cahiers de la Renaissance française et de désigner les délégués aux États généraux de leur commune. Ceux-ci désigneraient leurs délégués au département: ces derniers, à leur tour, enverraient des délégués aux Etats généraux de la Renaissance française qui se réuniraient à Paris. 

Après un appel de M. Signor en faveur de son parti et le vote des deux résolutions, l'assemblée se sépare au chant de la "Marseillaise".

 

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

 

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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 05:34
Décès de la militante communiste Paulette Sarcey, résistante de la M.O.I, juive, survivante de la déportation et militante de l'humanité et de la mémoire

Paulette Sarcey-Szlifke épouse Swiczarczyk (changé en Sarcey), Martine en résistance, vient de nous quitter. Juive, communiste, résistante, elle aimait la France, les autres, l'humanité et était une femme que j'admirais infiniment. A son fils, Claude Sarcey et sa famille, ses camarades de MRJ-MOI, de L'UJRE, et du PCF, toutes mes pensées affectueuses.

Catherine Vieu-Charier, 4 mai 2020
https://maitron.fr/spip.php?article175389

https://www.telerama.fr/…/le-temoignage-bouleversant-de-pau…

 

Nous regardions il y a 9 jours encore son témoignage émouvant, témoignage de la solidarité entre camarades communistes juifs résistants de la MOI qui se retrouvaient à Drancy, dans le documentaire de Jean-Patrick Lebel sur le camp de transit et de concentration de Drancy, "Cité de la Muette" tourné en 1983, mis en accès libre pour la journée du souvenir des victimes de la déportation le 26 avril 2020...  

https://vimeo.com/278189683

 Cité de la muette de Jean-Patrick Lebel

Cité de la Muette est le premier documentaire consacré au camp de Drancy, principal centre d’internement des juifs français et étrangers avant leur extermination en Europe de l’Est durant la Seconde Guerre mondiale. Le film ausculte les lieux de l’internement et donne la parole à des témoins encore jeunes, dont beaucoup livrent leur expérience pour la première fois devant une caméra.

Ces entretiens, captés entre 1982 et 1983 par Dominique Chapuis (chef-opérateur de Shoah de Claude Lanzmann), constituent de précieux matériaux pour l’histoire de la résistance communiste et juive. Paulette Sarcey, résistante au sein d’un groupe de jeunes communistes de la M.O.I. (Main d’œuvre immigrée), y raconte son parcours militant avec un remarquable sens du récit.

Mardi, 5 Mai, 2020 - L'Humanité
Disparition. Paulette Sarcey, le combat obstiné de la résistance

Rescapée d’Auschwitz, la militante communiste et compagnon d’arme sous l’Occupation d’Henri Krasucki, est décédée à l’âge de 96 ans.

 

Née le 11 avril 1924 à Paris, Paulette Szlifke vient d’avoir 16 ans quand Pétain signe l’acte de capitulation de la France le 22 juin 1940 et se voit octroyer les pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale le 10 juillet de la même année. Issue d’une famille ouvrière d’émigrés polonais fuyant la misère et les persécutions antisémites arrivée en France l’année qui précéda sa naissance – son père Froïm, ouvrier du cuir, militant syndicaliste et communiste, avait déjà fait de la prison dans son pays ; sa mère, Jenta Przepiorka, travaillait dans la confection –, Paula fréquente les milieux syndicalistes et communistes de la Main-d’œuvre immigrée (MOI) du quartier de Belleville dans les années 1920 et 1930.

Le foulard rouge des « pionniers » noué autour du cou, elle participe aux fêtes et soirées des salles de la Mutualité ou de la Bellevilloise et vend à la criée, tous les dimanches au métro Belleville, le journal  Mon Camarade à côté de son père vendant la Naïe Presse, quotidien progressiste et antifasciste d’expression yiddish. Elle participe aux actions de solidarité auprès de l’Espagne républicaine.

C’est au cours de l’été 1940 qu’elle crée, avec Henri Krasucki et Pierre Beckerman, le premier « triangle » de résistance clandestine du 20e arrondissement, qui manifestera contre l’Occupation et le gouvernement Pétain-­Laval, le14 juillet 1941, habillé de bleu-blanc-rouge. « Nous faisions des lancers de tracts sur les marchés, dans les cinémas de quartier, dans les usines et les métros. Les gens les ramassaient mais ne les lisaient pas sur place. On faisait aussi des actio ns spectaculaires. On brûlait des poteaux indicateurs le soir. Dans la rue des Panoyaux, à l’occasion du 25 anniversaire de l’Armée rouge, on a accroché un drapeau rouge le long d’un fil électrique. Il est resté deux jours. Ce sont les pompiers qui l’ont décroché », témoigne-t-elle dans un entretien publié dans l’Humanité du vendredi 9 février 2007.

Responsable des jeunes de la MOI avec Henri Krasucki sur la capitale, elle est arrêtée par les policiers français des brigades spéciales avec son compagnon d’arme le 23 mars 1943 alors qu’ils occupaient une planque située près de la porte de Bagnolet. Internée à Drancy, déportée à Auschwitz-Birkenau le 23 juin, elle sera libérée par les Soviétiques début mai 1945 après une « marche de la mort » qui l’avait conduite à Ravensbrück puis à Neustadt.

« Son idée, c’était de témoigner de ce qui s’était réellement passé »

« Tout au long de sa vie, elle a continué de militer et puis surtout de procéder à un travail de mémoire, participant à des débats dans des collèges et dans des lycées et, en particulier, en écrivant un livre, Paula survivre obstinément (Tallandier, 2015), témoigne son fils Claude Sarcey : son idée, c’était de témoigner de ce qui s’était réellement passé en rappelant notamment que ce ne sont pas les Allemands qui l’avaient arrêtée mais la police française et en insistant sur des aspects éducatifs qui sont quelquefois édulcorés dans les enseignements scolaires. Toujours avec ce sentiment qu’il fallait privilégier la Résistance quand c’est nécessaire.»

Mariée en 1946 avec Max Swiczarczyk, membre des FTP-MOI et des Bataillons du ciel parachuté en juin 1944 en Normandie qui participa à toutes les batailles de la Libération jusqu’à la prise du nid d’aigle d’Hitler à Berchtesgaden, Paulette obtint avec son mari le droit, en 1968, de « franciser » (Sarcey) leur nom… difficile à prononcer.

Jérôme Skalski
Décès de la militante communiste Paulette Sarcey, résistante de la M.O.I, juive, survivante de la déportation et militante de l'humanité et de la mémoire

«  À mon retour d’Auschwitz, le 22  mai 1945, j’ai eu la chance inouïe de retrouver à Paris ma famille miraculeusement épargnée. Je n’ai ni oublié, ni pardonné et j’ai tenu parole : j’avais promis à mes camarades de déportation de tout raconter. Aujourd’hui, souvent inquiète pour l’avenir, je suis heureuse que mon histoire puisse être lue par tous. »

Paulette Sarcey

 

Paulette Sarcey, rescapée des camps

Revenue vivante d'Auschwitz, Paulette Sarcey témoigne et livre ses souvenirs de jeune résistante, juive et communiste, devenue le matricule 46650 au camp de la mort.

Paulette Sarcey et ses amies s'étaient fait une promesse: si l'une d'entre elles réchappait à l'enfer d'Auschwitz, il lui faudrait témoigner. 

Dire les semaines d'internement au camp de Drancy; le voyage de deux jours et deux nuits dans la promiscuité et la puanteur des wagons à bestiaux; la sélection, dès l'arrivée au camp, entre les déportés aussitôt envoyés vers les chambres à gaz et les autres, condamnés à la faim et au froid, à la maladie et aux coups; l'errance sur les routes glacées de Pologne et d'Allemagne, après l'évacuation du camp. 

Paulette, 91 ans, a tenu parole. Toute sa vie, elle a raconté, encore et encore, ses souvenirs de jeune résistante, juive et communiste, devenue le matricule 46650 à Auschwitz. "Maman, écris", lui ont demandé ses enfants. C'est chose faite.

 

Radio. Communiste, juive, résistante, elle témoigne sur RFI
Vendredi, 24 Janvier, 2020

La marche du Monde www.rfi.fr, à partir d’aujourd’hui Diffusé dimanche 26 janvier à 11 h 10 sur l’antenne de RFI
Paulette Sliwka-Sarcey a plus de 95 ans et a vécu l’horreur de la déportation à Auschwitz-Birkenau, en 1943. Un témoignage saisissant sur l’univers concentrationnaire.

 

«Nous , nous étions un groupe, une organisation. Il y avait toujours quelqu’un pour soutenir l’autre. Pour survivre, et témoigner. » Paulette Sarcey, au micro de Valérie Nivelon, raconte ses années de résistance et de déportation. Et c’est bouleversant, tant sa voix sonne clair, tant ses souvenirs sont précis dans l’horreur, mais aussi dans la pudeur. Ses paroles sont pour RFI le moyen de célébrer le 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz.

Paulette Sarcey est née en 1924 à Paris, dans le quartier de Belleville, de parents juifs polonais persécutés pour leurs opinions communistes dans leur pays d’origine. Elle joue dans la rue, elle participe aux patronages fondés par son père et d’autres militants. Quand les nazis débarquent à Paris, elle refuse de porter l’étoile jaune. Et entre dans la clandestinité, avec un groupe de militants, dont Henri Krasucki, alors son compagnon. Ils étaient 27 membres : ils ne sont plus que 6, à son retour d’Auschwitz, en 1945. Leurs missions : balancer des tracts dans les cinémas, saboter des entreprises…

Et ce que raconte Paulette Sarcey, c’est la façon dont elle a survécu, après que son réseau a été trahi : par la solidarité avec les membres de son groupe, d’abord à Drancy, puis dans le convoi, le 23 juin 1943, qui envoie ces hommes, ces femmes et ces enfants vers l’horreur. Mais elle dit aussi la force de la solidarité quand l’espoir est réduit à néant, les sabotages dans le camp, les dons de nourriture aux plus faibles, les chaussures et la gamelle qu’on doit protéger pour survivre. Avec au cœur cette force du collectif, qui se renoue à l’intérieur du camp. Elle évoque son hébétude devant la liberté retrouvée, aussi. Et cette force de combattre, qui la porte jusqu’à aujourd’hui.

L’intégralité de l’entretien avec Paulette Sarcey ainsi que le film Cité de la Muette, qui en reprend quelques extraits, sortiront en DVD fin janvier dans une coédition Ciné-Archives et Périphérie.
Caroline Constant

 

Paulette Sarcey dans les années 1980, lors d’un témoignage sur la Résistance (photo Maitron)

Paulette Sarcey dans les années 1980, lors d’un témoignage sur la Résistance (photo Maitron)

 

https://maitron.fr/spip.php?article175389

Paula, épouse SWICZARCZYK, changé en SARCEY ; dénommée Martine par les Brigades spéciales]

Née le 11 avril 1924 à Paris (XIIe arr.) ; résistante PCF-MOI et JC ; déportée ; militante parisienne de l’UJRE, de l’AADJF et du PCF ; employée à la CCE (Commission centrale de l’Enfance) de l’UJRE, puis d’autres entreprises de la mouvance communiste.

 

Les parents de Paulette Sarcey, Froïm Szlifke et Jenta Przepiorka, tous deux issus de familles juives de la banlieue de Varsovie, s’établirent en France en 1923, juste après leur mariage. Lui était en effet connu comme militant communiste dans son pays d’origine et avait déjà fait de la prison. Son beau-père lui conseilla d’émigrer, comme le faisaient alors un grand nombre de personnes de leur communauté originaires d’Europe de l’Est. Quand leur fille Paula naquit à l’hôpital Rothschild, ils habitaient dans une pauvre chambre d’hôtel du quartier du Marais, rue du Bourg-Tibourg, puis ils se fixèrent durablement au bas de Belleville, 14 rue de Vaucouleurs dans le XIe arrondissement. La petite fille suivit sa scolarité dans l’école primaire du boulevard de Belleville. C’est là qu’elle apprit le français, car dans la famille, on ne s’exprimait qu’en yiddish. Un jeune frère, Robert, naquit en 1934.

Alors que la mère travaillait comme finisseuse dans la confection au service de divers petits patrons, le père était ouvrier du cuir. Il avait commencé comme chausseur piqueur de tiges, puis il se spécialisa dans la confection de vêtements, d’abord dans un local de la rue Saint-Maur, puis au 34 rue de Vaucouleurs. Il exerçait surtout des responsabilités au syndicat CGT des Cuirs et peaux, et fréquentait assidument l’Arbeiterorde du 10 rue de Lancry, lieu de ralliement de la communauté yiddishophone. Il militait également au « groupe de langue » yiddish mis en place par le PCF, et diffusa dès sa parution le journal Naïe Presse fondé par les militants de cette mouvance. La mère gardait le contact avec sa famille restée en Pologne et sa fille l’y accompagna une fois en visite alors qu’elle était encore toute jeune.

L’enfance de Paulette Szlifke fut heureuse, selon son témoignage, animée notamment par les « patronages » de leur communauté et affinité politique. Même si l’appellation communiste n’y était pas mise en avant, les « pionniers » portaient un foulard rouge et les animateurs étaient tous communistes. Parmi celles qui ont marqué Paulette, elle cite Régine Grimberg, Lili Berger, Alice Blum, ou la chorégraphe Halina Edelstein, avec qui elles montaient des spectacles qu’elles donnaient dans les fêtes et soirées des salles de la Mutualité ou de la Bellevilloise. Elle-même vendait à la criée, tous les dimanches au métro Belleville, le journal des pionniers, Mon Camarade, aux côtés de son père qui proposait Naïe Presse. L’été, les enfants partaient dans les colonies de vacances du Secours rouge à l’île de Ré. Ils participaient à des rassemblements politiques, au Mur des Fédérés par exemple, organisaient des collectes en faveur des enfants des républicains espagnols…

La guerre venue, Paulette fut impressionnée par l’arrivée des soldats allemands, entrés par la porte des Lilas, avec le bruit des bottes résonnant sur les pavés de la rue du Faubourg-du-Temple. Au cours de l’été 1940, une femme inconnue d’elle, Annette, dont elle apprit plus tard qu’elle était l’épouse de Jean Kerbel, vint lui demander si elle « voulait faire quelque chose ». Elle répondit positivement, et peu après un jeune homme se présenta avec des projets d’actions concrètes. C’était Henri Krasucki, un garçon de son âge, qui appartenait avant-guerre au groupe de pionniers de la Bellevilloise dans le XXe arrondissement. Avec Pierre Bekerman, ils constituèrent le premier « triangle » clandestin du XXe arrondissement qui fut opérationnel dès le mois de septembre. Avec des moyens de fortune, tels que des petites imprimeries destinées aux enfants et des feuilles de papier-pelure, ils préparaient des papillons qu’ils affichaient un peu partout, des tracts qu’ils déposaient sous les paillassons ou jetaient à la volée depuis le métro aérien ou les balcons des cinémas. Ils y dénonçaient le régime de Vichy, le rationnement et les pénuries. À un match de football important qui se déroulait au stade de Colombes, ils participèrent à un lâcher de pigeons porteurs de rubans bleu-blanc-rouge, déçus de n’avoir pas réussi à capturer eux-mêmes un de ces volatiles. Avec son camarade Koszitski, munis de journaux et d’une bouteille d’alcool, ils brûlèrent en plein jour un poteau indicateur allemand place Martin-Nadaud. Ils étaient aussi parmi les manifestants contre l’Occupation et le gouvernement Pétain-Laval, le 14 juillet, habillés de bleu-blanc-rouge, ou le 13 août 1941, quand deux jeunes furent fusillés après avoir été pris au métro Strasbourg-Saint-Denis. Ils tentèrent de récidiver au métro République pour le 150e anniversaire de la bataille de Valmy.

Les JC parisiens ayant connu de nombreuses chutes, les jeunes juifs de la MOI étaient de plus en plus sollicités. Paulette Szlifke reçut ainsi des tracts, imprimés cette fois, émanant du PCF, des mains d’un jeune communiste. Elle cohabitait alors avec Henri Krasucki, tout en restant en relations étroites avec leurs parents respectifs, et ils étaient désormais responsables des jeunes de la MOI sur l’ensemble de la capitale.

Après une traque et des filatures minutieuses des policiers français des Brigades spéciales, suite à l’infiltration d’une jeune fille de la rue des Immeubles industriels qui était en contact avec eux, 57 personnes furent arrêtées, soit la quasi-totalité de leur groupe, parmi lesquels Henri Krasucki, sa mère Léa, et Roger Trugnan*, un des amis d’enfance de Paulette. Elle-même fut cueillie le 23 mars 1943 dans la planque qu’elle partageait avec Henri Krasucki, au 8 rue Stanislas-Meunier près de la porte de Bagnolet. Les policiers venaient d’arrêter son compagnon, sorti avant elle, et la perquisition qui suivit ne laissait aucune ambiguïté sur leurs activités. La famille Szlifke était heureusement à l’abri, les parents cachés dans leur atelier, le petit frère placé dans la Sarthe. Un des rares rescapés des jeunes de la MOI, Robert Endewelt, eut la charge de reconstituer leur organisation démantelée.

Les militants arrêtés furent très rudement maltraités, torturés. Paulette Szlifke subit ces brutalités pendant huit jours au siège de la Brigade spéciale, jusqu’à ce que, incapable de marcher, trainée devant le commissaire qui commandait à ses bourreaux, elle se prétendit malade sur le conseil d’une autre détenue, et demanda à voir un médecin. Elle fut emmenée à l’Hôtel-Dieu voisin, où elle put demander à celui qui l’ausculta de la sauver. Il la fit transférer à l’hôpital Rothschild en prétextant une imaginaire salpingite aigüe. Une fois là, elle put correspondre avec son responsable Adam Rayski, à qui elle communiqua un rapport sur les circonstances de leur chute.

Un médecin de l’hôpital l’opéra d’une appendicite qui devait lui permettre de bénéficier des semaines de convalescence propices à l’organisation de son évasion. Mais le 18 mai, des policiers allemands vinrent la chercher dans une Citroën noire pour la conduire à Drancy avec une autre détenue, la mère de leur camarade Sam Radzinski. Elle y retrouva ses amis, à l’exception de Krasucki et deux autres qui avaient été transférés à Fresnes, mais qui les rejoignirent peu après en vue de leur déportation. Celle-ci s’opéra depuis la gare du Bourget le 23 juin 1943 par le convoi 55.

Arrivés à Auschwitz-Birkenau deux ou trois jours plus tard, hommes et femmes furent séparés, la majorité gazés immédiatement, mais Krasucki, sa mère, Paulette et plusieurs de leurs camarades, dont Trugnan et Radzinski, furent affectés à des commandos de travail. Dès le début, ils avaient compris le système d’extermination et ne se faisaient pas d’illusion sur leurs chances de survie, d’autant qu’ils étaient eux-mêmes affectés à cette sinistre besogne. Paulette, avec Régine Grimberg, eut aussi à s’occuper d’enfants et nourrissons polonais du camp, dont bien peu survécurent. Elle assista aux pendaisons des quatre filles impliquées dans la révolte du Sonderkommando qui détruisit deux des quatre crématoires en septembre 1944. Elle dut sa survie à la résistance intérieure du camp organisée par le Comité international clandestin, qui assurait une solidarité efficace ; son principal contact y était Marie-Claude Vaillant-Couturier ; elle resta jusqu’au bout aux côtés de Léa Krasucki.

À l’approche de la fin de la guerre, en janvier 1945, elle survécut encore à la « marche de la mort » jusqu’à Ravensbrück. Parquées sans aucune nourriture dans des baraques à Neustadt sur l’Elbe, les rescapées furent prises en charge par les Soviétiques début mai 1945, et par les Américains le lendemain. Beaucoup moururent encore d’avoir avalé trop précipitamment de la nourriture aux cuisines après que des Français d’un camp voisin, qui pourtant les avaient mises en garde, avaient les premiers cisaillé les barbelés qui les enfermaient. Après de longues pérégrinations à travers l’Allemagne dévastée, les survivantes arrivèrent à Lille le 20 mai, y subirent un contrôle sanitaire et d’identité ; on leur remit un manteau et un pécule. Le 22 mai elle était à l’hôtel Lutetia, et le 23 chez ses parents. Ils ne furent que six survivants des 57 qui avaient été arrêtés avec elle.

Le samedi suivant, elle se présenta au local du Parti et des Jeunesses communistes, rue Julien-Lacroix. Elle y découvrit l’existence de l’UJRE (Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide) et sa section de jeunes, l’UJJ, qui allait bientôt se fondre dans la nouvelle UJRF (Union de la jeunesse républicaine de France).

Paulette Sarcey considère qu’elle n’a pas eu trop de difficultés à se réinsérer. Sa famille avait survécu, sa santé n’était pas trop ébranlée, et son moral pas du tout. Elle reprit ses activités militantes, en s’engageant notamment comme permanente dans l’Amicale des anciens déportés juifs de France, créée dès le retour des premiers déportés. Marceau Vilner en était le président ; ils siégeaient dans un ancien local nazi qui leur avait été attribué au 9 rue Guy-Patin, avant une installation plus durable au 120 rue Vieille-du-Temple puis au 14 rue de Paradis. D’emblée, elle s’occupa en particulier des colonies de vacances de la CCE (Commission centrale de l’enfance) de l’UJRE. Elle encadra ainsi la première qui fut organisée pour les petits orphelins juifs rescapés, en juillet 1945.

Dans les années d’immédiat après-guerre, Paulette Szlifke retrouva un camarade d’enfance, Max Swiczarczyk, né et grandi dans le XIXe arrondissement voisin du sien. Son père avait émigré aux États-Unis juste avant la guerre ; sa mère, ses deux frères et lui avaient pu rejoindre la zone Sud. De là, les deux aînés passèrent en Espagne, au Maroc, et après maints tracas parvinrent à rallier Londres où ils s’engagèrent dans les FFL. Après la guerre, grâce à la nationalité américaine acquise par le père, la famille se réunit outre-Atlantique. Max, qui avait été démobilisé en 1946, mena de brillantes études d’économie à New York, qui lui permirent d’occuper des emplois importants dans l’expertise d’entreprises aux quatre coins du monde. Paulette le rejoignit aux États-Unis, ils se marièrent, leur fille y naquit en 1950. Mais la jeune femme ne se faisait pas à la vie américaine, et au bout de trois ans, la famille regagna Paris. Le couple eut encore un garçon, né en 1956.

Après avoir d’abord vécu dans un minuscule taudis du XIe arrondissement, puis dans un beau studio du XXe, Paulette Swiczarczyk et sa famille profitèrent d’un échange pour s’installer en 1959 dans un trois-pièces à Montreuil, dans le quartier excentré de Bel-Air. Elle devait rester attachée à cette ville de solide tradition communiste, profitant en 1968 d’un nouvel échange pour un appartement de quatre pièces proche de la Croix de Chavaux, qu’elle ne devait plus quitter. Cette même année, pour résoudre la difficulté de prononciation de leur nom polonais, Max et Paulette obtinrent le droit de le franciser en Sarcey.

À Montreuil, bien intégrés à la vie locale, les Sarcey restèrent simples militants d’une cellule locale du PCF, mais elle continua à s’investir très activement dans les organisations d’anciens résistants et déportés, multipliant les témoignages et les entretiens. Elle travailla aussi quelques années dans diverses entreprises d’obédience communiste, la Sorice notamment, dont le directeur, Maurice Lubczanski, un autre de ses amis d’enfance, avait résisté et milité comme elle.

Son mari Max Sarcey mourut le 14 juillet 2003, mais Paulette Sarcey, à 90 ans révolus, continue à témoigner avec constance des engagements et épreuves de sa jeunesse. Dans les années 1967-1968, elle s’était vu décerner l’ordre de la Légion d’honneur, la médaille militaire et la croix de guerre avec palmes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article175389, notice SARCEY Paulette [née SZLIFKE Paula, épouse SWICZARCZYK, changé en SARCEY ; dénommée Martine par les Brigades spéciales] par Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 9 septembre 2015, dernière modification le 14 mai 2016.
 
Lire aussi:

DISPARITION. ROBERT ENDEWELT, COMBATTANT DU PARIS POPULAIRE (L'HUMANITE, 18 octobre 2018)

 

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 06:00
Manifestation du Front Populaire à Concarneau

Manifestation du Front Populaire à Concarneau

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

88/ René Lijour (1900-1979) et Lucie Lijour née Le Goff(1909-1986)

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La Résistance et les communistes à Concarneau (à partir des notes et archives de Pierre Le Rose)

Contribution à l'histoire de la libération de Concarneau - par Alphonse Duot, ancien responsable du Front National de lutte pour la Libération et l'indépendance de la France, adjoint au commandement de la 7ème Compagnie F.T.P.F: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose

Né le 25 octobre 1900 à Beuzec-Conq (Finistère), mort le 27 décembre 1979 à Riec-sur-Belon (Finistère) ;  Réné Lijour fut ouvrier aux conserveries, puis sabotier ; militant syndicaliste, militant communiste et résistant.

René Lijour était le fils d’un sabotier et d’une cultivatrice. Il fut ouvrier aux conserveries Bonduelle de Bannalec (Finistère) où il dirigea une grève en 1920. Devenu sabotier, membre de la CGTU puis de la CGT réunifiée, il participa à la fondation de la cellule communiste locale. Devenu membre du comité régional du Parti communiste de 1935 à 1939, il fut secrétaire de la section de Bannalec de 1936 à 1939.
Pendant l’Occupation, il participa à la réorganisation du Parti communiste dans la clandestinité, il appartenait au triangle de direction, avec Eugène Le Bris et Eugène Le Caignec, du secteur de Concarneau (Finistère). Devenu FTP, il fut condamné à mort par contumace en 1942.

Alphonse Duot fils (témoignage repris par Pierre Le Rose): "la section du Parti de Concarneau aidé par les J.C entreprend dès l'arrivée des nazis dans l'été 40 des actions de sabotage. René Lijour paie de sa personne et entraîne les jeunes. Trolez, Y. Le Gall, Ch. Tocquet entre autres participent au déboulonnage des voies ferrées, à la destruction des lignes téléphoniques. Des soldats nazis sont victimes de cette ardeur vengeresse et plus d'un trouvera dans le port une fin prématurée. La nuit est quelquefois trouée d'explosions insolites qui réveillent les Concarnois. C'est la grue de la gare qui saute, ou bien un transformateur ou un poteau supportant la haute tension. Les explosifs sont pris à l'ennemi. Les chantiers sont mis en coupe réglée. Des groupes prennent le titre de "terroristes patriotes". En septembre et octobre 42, une trentaine de membres du groupe commandé par René Lijour sur Concarneau sont arrêtés.

Après, courant 42:  Tollec Fanch. Interné Rennes. Libéré; Touchard Fanch. Interné Rennes. Libéré; Kerledou André. Interné Rennes. Libéré; Louarn Victor. Déporté; Jourden Esprit. Mort en déportation; Berthou Joseph. Fusillé à Thouars; Carduner. Mort à Dachau; Daoudal. Fusillé au Mont-Valérien (le dépôt d'armes des T.P se trouvait chez ce camarade); Le Lay Alain. mort à Auschwitz - Le 25 septembre 1942, sont arrêtés les résistants communistes de la région de Concarneau: Serre Jacques; Le Caignec Eugène père; Touchard Fanch; Kerledou André fils; Dréano Joseph; Rioual Arthur; Guiffant Louis; Loch Mathias; Rossignol Jean - Puis le 27 septembre:

Le Bris Eugène fusillé (affaire Le Bras, juge de Nantes); Lijour Lucile, déportée; Breton Françoise déportée; Bodéré Marie-Jeanne internée; Baudry (agent de liaison) fusillé au Mont-Valérien; Huon frères internés; Thomas Yves: déporté. Et Fin septembre: Tocquet Charles. interné; Louarn Théo. Mort en déportation; Trichard Yves. Tué au combat ; Le Gall Yves. Mort en déportation; Le Gall Joseph. Interné; Péron Louis. Interné

Dolliou Charles. Interné; Trolez Jean. Déporté; Bourbigot Jean. Déporté.

C'était un coup très dur porté à la Résistance. René Lijour avait réussi à s'échapper et à disparaître dans la nature et quelques camarades avaient passé entre les mailles du filet, mais l'organisation était détruite.

Une caisse de secours aux familles des déportés et fusillés fut créée et alimentée par des dons en argent et en espèce. La liaison avec René Lijour, malade, est reprise par Mme Le Caignec et Mme Duot, qui avait déjà servi d'agent de liaison avant la rafle de septembre 1942. Les indications sont les suivantes: la haine de l'occupant s'est développée, il est mis en échec à Stalingrad, les conditions sont créées pour élargir le combat. La question de la création du Front National et de ses groupes de combat, les F.T.P.F, est posée.

La liaison reprise par René Lijour par Alphonse Duot (fils) qui était également en contact avec Robert Jan, un travail de réorganisation fut entrepris aussitôt en tenant compte de la nécessité de sauvegarder la sécurité de chacun des résistants. Une difficulté subsistait: la coupure avec le centre. Elle allait durer un certain temps, mais qu'importe, le travail fut entrepris quand même. A côté du groupe du Parti Communiste fut formé un groupe des Jeunes Communistes organisé en triangle pour les nécessités de la sécurité, dont Pierre Le Rose assure la direction jusqu'à la Libération. Il y a chez ceux qui sont en liberté la volonté de poursuivre le combat de leurs frères arrêtés, déportés, abattus, torturés, exécutés. Il y a la volonté de la population d'exprimer son hostilité au nazisme, il y a la confiance née des premiers revers de l'armée nazie. Stalingrad, de Novembre 42 à février 43, stimule la combativité des français. 

En septembre 1943, quelques jeunes concarnois, en contact avec les étudiants de l'Ecole Primaire Supérieure (E.P.S) de Quimperlé, constituent le premier groupe de F.T.P, rattaché à la "compagnie Sous-Marin Curie". 

Le recrutement devint intensif. Les jeunes de vingt ans et moins se constituèrent en groupe de F.T.P (Francs-Tireurs et Partisans Français).

Du coup les choses prirent une autre tournure. Les conseils de René Lijour et ses indications permirent d'envisager la reprise du combat armé. Mais il fallait élargir le combat à d'autres que les communistes et pour cela créer le Front National et sa force militaire les F.T.P.F. René Lijour, Pierre Le Rose, Robert Jan, Alphonse Duot fils, Louis Trichard s'y emploient. Alphonse Duot fils et Pierre Le Rose créent un groupe de Jeunesse communiste. Il commença sans tarder et tracts et journaux sortirent de notre presse clandestine, une simple pierre humide (ils insistaient sur les problèmes de ravitaillement de la population).  De là devait sortir le journal "L'étincelle" appelant la population à renforcer et soutenir la Résistance.

L'étincelle: journal de la Résistance communiste de Concarneau, Mai 1944- Juin 1944: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose


René Lijour s’était marié à Riec-sur-Belon (Finistère) le 27 octobre 1925 avec Marie-Joséphine, dite Lucie, Le Goff, née le 27 octobre 1909 à Riec-sur-Belon, arrêtée en septembre 1942 et déportée à Ravensbrück.

Site Mémoire de guerre sur les déportés du Finistère:

LIJOUR née LE GOFF Lucie, née le 6 octobre 1909 à Riec-sur-Belon (29). Commerçante, domiciliée 24 avenue de la Gare à Concarneau, épouse de l'un des chefs du parti communiste à Concarneau, réputée "propagandiste active des idées subversives, au courant des faits et geste". Arrêtée le 27 septembre 1942, elle est écrouée à Quimper. Elle est déportée de Paris, gare de l’Est, le 13 mai 1944 vers le KL Ravensbrück. Autre lieu de déportation:  Zwodau . Rescapée.


Lucie Lijour fut conseillère municipale communiste de Concarneau de 1945 à 1953. Elle est décédée à Riec-sur-Belon en décembre 1986.

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 56/ Pierre Cauzien (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 55/ Albert Jaouen (1909-1976)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 54/ Pierre Hervé (1913-1993)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 53/ Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier (1910-2007)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 52/ Yves Le Meur (1924-1981)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 51/ Jean Burel (1921-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 50/ Jacob Mendrès (1916-2012)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 49/ Henri Tanguy dit Rol-Tanguy (1908-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 48/ Carlo de Bortoli (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 47/ Robert Jan (1908-1987)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 46/ Denise Roudot (1933-2002)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 05:13
Photo d'Eugène Le Bris publiée par le maitron: https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article156904

Photo d'Eugène Le Bris publiée par le maitron: https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article156904

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

87/ Eugène Le Bris (1913-1943)

Source: Jean-Pierre Ravery - Maitron en ligne des fusillés: https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article156904

Né le 12 juin 1913 à Lanriec (Finistère), fusillé le 29 janvier 1943 terrain militaire du Bêle à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; marin ; militant communiste ; résistant FTPF.

Fils de Corentin Pierre Marie Le Bris et de Victorine née Joffrézic, ménagère, Eugène Le Bris était mécanicien dans la Marine marchande.
Il avait adhéré au Parti communiste français (PCF) en 1936 à bord d’un cargo qui transportait des armes soviétiques entre Mourmansk et les ports de l’Espagne républicaine pour le compte de « France Navigation ».
En 1939, la mise sous séquestre de la compagnie par le gouvernement Daladier le priva de travail et le ramena à Concarneau (Finistère).
Il y devint rapidement l’une des chevilles ouvrières du PCF clandestin. Il était membre du triangle de direction avec René Lijour et Eugène Le Caignec jusqu’à son affectation à l’Organisation spéciale (OS) en mars 1942.
Pierre Le Rose écrit:

"En juillet 40, à Concarneau, le triangle de direction du Parti Communiste clandestin est constitué et tient sa première réunion au bois de Kerguerès. Il comprend René Lijour, Eugène Le Caignec et Joseph Berthou.

A Concarneau, le travail de propagande, la diffusion des tracts notamment, ne s'arrêtera jamais. Mais dès cet été 1940, les actions de sabotage contre les installations allemandes commencent. René Lijour paie de sa personne et entraîne les jeunes. Yves Le Gall (qui mourra à Rennes en revenant de déportation), Jean Trolez, entre autres, Eugène Le Bris participent à de nombreuses opérations: déboulonnage des voies ferrées (en mai 1942) et à la destruction des lignes téléphoniques (à l'initiative de Charles Tocquer, responsable des jeunes). Des soldats nazis sont attaqués. La nuit est parfois troué d'explosions: c'est la grue de la gare qui saute (en août 1942), ou bien un transformateur ou un poteau à haute tension."

En septembre 1941, la police de Vichy, au service des Allemands, sous les ordres du commissaire SOUTIF, va démanteler l'organisation clandestine du Parti et des Jeunesses Communistes et les groupes armés de l'Organisation Spéciale.

En septembre 1941, Berthou échappe à une arrestation de la police de Vichy venu à son domicile. Il est hébergé par Pierre Guillou jusqu'à Décembre et, clandestin, devra quitter le département. Entre-temps, Eugène Le Bris l'aura remplacé au triangle de direction.

Au printemps 1942, le "Père Georges" (Venise Gosnat) organisateur régional du Parti Communiste prend contact directement avec René Lijour et lui annonce une prochaine arrivée d'armes. Un sous-marin anglais attendra aux Glénans que les Résistants viennent en prendre livraison. Le mot de passe est donné. Contact est pris avec Guillaume Bodere et son camarade Baudry (agent de liaison fusillé au mont Valérien). Les deux résistants se font reconnaître du sous-marin qui est bien à l'endroit prévu. Les containers pris en charge sont débarqués sur la côte bigoudène où trois membres du groupe dont René Lijour viendront les prendre pour les transporter dans la ferme du Vourgoat, en Melgven, chez Daoudal (également fusillé au Mont-Valérien). Des parachutages sont annoncés.

Eugène Le Bris allait se distinguer dans l'Organisation spéciale par son audace exceptionnelle. Selon Eugène Kerbaul, « c’est lui qui abattra le premier Allemand descendu à Concarneau, au Cabellou », un acte de résistance dont l’auteur resta ignoré des polices françaises et allemandes.
Mais après l’avoir arrêté, elles allaient lui en imputer beaucoup d’autres. À commencer par l’exécution du juge d’instruction Le Bras le 9 septembre 1942 en plein palais de justice de Nantes lors du coup de main qu’Eugène Le Bris avait organisé pour délivrer son camarade Raymond Hervé. D'une audace folle, il pénètre dans le bureau du juge Le Bras, l'abat avec son arme et libère son ami.

Par une étrange ironie du destin, ce dernier allait provoquer sa chute deux semaines plus tard.
 
Le 26 septembre en fin d’après-midi, Eugène Le Bris, Raymond Hervé et Jean-Louis Prima avaient attaqué la recette des PTT de Kerentrech-Lanester (Morbihan) pour y récupérer des fonds destinés à leur organisation.
 
Mais Raymond Hervé était arrêté un peu plus tard aux abords de la gare de Lorient par des gardiens de la paix, au terme d’une lutte acharnée. Le lendemain vers 17 heures, le commissaire Mitaine, représentant la « section spéciale des affaires judiciaires à caractère politique » de Lorient, téléphonait à son collègue du service des Renseignements généraux (RG) de Quimper, Henri Soutif, pour l’informer qu’il avait fini par arracher au jeune résistant le nom de l’un de ses complices, Eugène Le Bris, « un individu dangereux et armé, auteur probable de l’assassinat de Nantes [...] susceptible de se trouver à son domicile à Lanriec, près de Concarneau ».
 
Accompagné du commissaire Jouannic de Concarneau, des inspecteurs Le Marchand et Le Roy de son service, et d’une escouade de gendarmes commandés par le chef d’escadron Poignant et le capitaine Le Thomas, le commissaire Soutif réussissait à capturer Le Bris dans une petite ferme isolée au bout d’un chemin de terre.
 
Plusieurs armes à feu chargées étaient saisies, parmi lesquelles le pistolet utilisé contre le juge Le Braz.
 
Sévèrement battu et bientôt transporté à Lorient pour être confronté à Raymond Hervé, Eugène Le Bris allait connaître un long calvaire. Dans une déposition recueillie le 5 janvier 1945, une secrétaire du service des RG de Quimper, Mlle Marie Philippe, devait témoigner : « je l’ai vu à Lorient et à Quimper, il a certainement été torturé, ainsi qu’Hervé d’ailleurs [...]. Chaque fois que j’ai vu Le Bris, il se trouvait couché, à la suite des nombreux coups qu’il avait reçus ».

Dans le rapport de synthèse qu’il transmit au préfet du Finistère le 24 octobre 1942, le commissaire Soutif récapitulait les actions imputées à Eugène Le Bris :
 
« En mars 1942 : cambriolage d’un dépôt d’explosifs de l’organisation Todt au lieu-dit Rouz au passage en Lanriec en compagnie de Huon Pierre. Il a tenté de faire sauter les explosifs qu’il ne pouvait pas emporter mais n’y est pas parvenu. Fin avril 1942 : cambriolage du dépôt d’explosifs de la firme Heller à Quimperlé en compagnie de Prima (en fuite), Marc Jean (en fuite), Abalain Albert (arrêté) et Corre Pierre (en fuite). 1er mai 1942 : sabotage à l’Anse de Lin près de Concarneau d’un poste de relais téléphonique. Vers le 15 juin 1942 : sabotage d’un pylône en béton de la ligne électrique Concarneau-Quimperlé. 9 septembre 1942 : coup de main à Nantes sur le cabinet d’instruction no 1 et meurtre du juge d’instruction Le Braz. Sabotage au mois de septembre 1942 d’une pelle mécanique allemande dans la cour de la gare de Concarneau. Cambriolage à Concarneau de l’usine Teysonneau en mars 1942. Mars 1942 – vol de sucre et de conserves aux usines Cassegrain de Concarneau. 30 avril 1942 – cambriolage du bureau de l’armement Charrier à Beuzec-Conq en vue de se procurer une machine à écrire destinée au Parti communiste sur ordre du sieur Lijour (en fuite). 24 septembre 1942 – cambriolage en compagnie d’Hervé de la mairie de Beuzec-Conq. Vol important de tickets d’alimentation, d’une machine à écrire et de cachets à empreintes humides officielles. Le 26 septembre 1942 – coup de main sur le bureau de poste de Kerantrach-Lanester. »
 
Secondés par la gendarmerie et la 13e brigade de police judiciaire, les RG arrêtèrent dans cette affaire une cinquantaine de cadres du PCF, du Front national et des FTP dans les régions de Quimper, Lorient, Brest et Nantes. En outre, plusieurs containers d’armes et d’explosifs fournis aux FTP par les services spéciaux britanniques furent saisis.
 

Pierre Le Rose: En septembre 1942, 35 résistants de Concarneau, communistes pour la plupart, sont mis hors de combat. Outre Eugène Le Bris sont arrêtés:  Alain Le Lay, mourra à Auschwitz, comme Théophile Louarn. Sont arrêtés également Esprit Jourdain (mort en déportation), Daoudal (il sera fusillé), Fanch Touchard aussi (qui après sa première arrestation avait été relâché), André Herlédan, Armand Villard, Christophe Digoust, Charles Huchon, Jacques serre, Yves Le Gall (qui meurt en revenant de déportation), Joseph Dréano, Arthur Rioual, Mathias Lorc'h, Eugène Le Caignec, Louis Guiffant (de Trégunc), Yves Trichard, Jo Le Gall, Jean Bourbigot, Jean Trolezz, Charles Tocquet, André Herledan (père et fils), Louis Péron, Charles Dolliou, les frères Huon, Marie Jeanne Bodere. René Lijour ayant réussi à échapper à l'arrestation, une vaste opération de police est montée le dimanche 27 pour perquisitionner à son domicile. Sa femme Lucie Lijour sera arrêtée et déportée. Réné Lijour et quelques militants ayant réussi à passer entre les mailles du filet, la propagande allait pouvoir continuer.

 


Livrés aux Allemands, Eugène Le Bris et la plupart des résistants capturés comparurent devant un tribunal de guerre qui siégea au palais de justice de Nantes du 15 au 28 janvier 1943. Il était présidé par le colonel Dr. Hanschmann. Le procureur était une « vedette » de la justice militaire allemande en France, le Dr. Gottloeb. Cinq avocats français, maîtres Guineaudeau, Lerat, Lauriot, Mouquin et Pascal, étaient censés assister les quarante-cinq accusés (parmi lesquels deux femmes). La traduction d’une partie des débats fut assurée par Edmond Duméril.
Selon les notes prises par ce dernier, le réquisitoire du Dr Gottloeb visa explicitement à criminaliser la Résistance française, à un moment où la Wehrmacht était sur le point de subir une défaite historique à Stalingrad et où les jeunes Français rejoignaient en masse les maquis pour se soustraire au service du travail obligatoire en Allemagne : « il ne s’agit pas de criminels dévoués à une idée, mais bien d’assassins, de bandits organisés, que l’attaque de l’Allemagne contre la Russie rend dangereux. Leurs chefs enrôlent des jeunes gens pour se camoufler en patriotes afin de ne pas être reconnus comme communistes. Leur devise est celle de la terreur, alors que le vrai soldat allemand est entré dans la lutte pour libérer l’Europe et son pays du communisme. Ils ont mérité la mort ! » La presse collaborationniste fit chorus, comme Le phare qui titra son compte-rendu du procès : « La civilisation occidentale épure... »
Trente-sept condamnations à mort furent finalement prononcées pour « actes de franc-tireur », ainsi que trois peines d’emprisonnement et trois acquittements faute de preuves (deux des « acquittés », Roger Guédon et Ernest Le Goff, furent déportés). Le cas des deux femmes, Renée Losq et Marie Michel, fut renvoyé à un complément d’enquête mais elles furent elles aussi déportées.
Eugène Le Bris et huit autres des condamnés furent exécutés le 29 janvier 1943, quatre jours avant l’expiration du délai de grâce officiel, sur le terrain militaire du Bêle à Nantes. Vingt-cinq de leurs camarades subissaient le même sort le 13 février. Les trois derniers étaient fusillés à leur tour le 7 mai.
Eugène Le Bris a été reconnu Mort pour la France le 16 février 1945 (rectifié le 20 février 1947pour l’orthographe du nom de sa mère Joffrézic et non Jaffrézic) et homologué sergent FFI.
Après la guerre, le nom d’Eugène Le Bris fut attribué à une rue de Concarneau et gravé sur le monument aux morts du cimetière de Lanriec dans cette ville.
 
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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 45/ Paul Le Gall (né en 1925)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 44/ René Le Bars (1933-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 43/ Louis Le Roux (1929-1997)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 42/ Pierre Corre (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 10:01
Alphonse Duot, dit Fachoda, sera maire de Concarneau par interim au lendemain des deux conflits mondiaux (photo publiée par Ouest-France dans un article du 15 août 2015)

Alphonse Duot, dit Fachoda, sera maire de Concarneau par interim au lendemain des deux conflits mondiaux (photo publiée par Ouest-France dans un article du 15 août 2015)

Les Communistes de Beuzec-Conq, commune limitrophe de Concarneau et attachée à elle après-guerre par Alphonse Duot, au début des années 30 probablement

Les Communistes de Beuzec-Conq, commune limitrophe de Concarneau et attachée à elle après-guerre par Alphonse Duot, au début des années 30 probablement

Le Front Populaire à Concarneau - Archives Pierre Le Rose

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Jeunes communistes à Concarneau (à la Libération probablement) - Archives Pierre Le Rose

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1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

86/ Alphonse Duot (1874-1964)

Sources: Maitron - articles de Claude Geslin et Gilles Pichavant - et hommage de Pierre Le Rose 

Article du Ouest-France, 15 août 2015

Né le 5 septembre 1874, mort le 4 décembre 1964 à Concarneau (Finistère) ; militant socialiste, maire de Concarneau en 1918-1919, puis à la Libération, après avoir présidé le Comité Local de Libération, défenseur de l'adhésion à la IIIe Internationale au sein des socialistes finistériens, il mit en place la section communiste de Concarneau en 1921.

Article du Ouest-France, 15 août 2015: " Né le 5 septembre 1874, les racines d'Alphonse Duot sont attachées à une lignée de marins installés en Ville-Close depuis le XVIIe siècle. En juin 1896, il embarque sur le sardinier l'Héroïne, puis, quelques années plus tard, sur les Trois Mousquetaires. À l'âge de 24 ans, il en devient le patron. En 1898, la possession de Fachoda au Soudan, à des milliers de kilomètres de Concarneau, donne lieu à un incident diplomatique anglo-français. Marqué par cet événement, le jeune homme baptise son bateau Héros de Fachoda. Dès lors, les Concarnois ne connaîtront plus Alphonse Duot que sous le surnom de Fachoda. Comme l'ensemble de ses congénères, Duot est profondément marqué par la pauvreté qui règne à Concarneau au début des années 1900, à une époque où la sardine se fait de plus en plus discrète dans les filets des pêcheurs. Cette situation de crise l'incite, avec d'autres marins, à créer en 1905 la première coopérative de pêche, dont le siège est en Ville-Close, à l'emplacement du Musée de la pêche. Au plus fort de la crise, il écrit au député pour lui dépeindre une situation qu'il juge des plus critiques. « Le fourneau économique n'étant pratique que pour quelques familles, mais pour les marins étant obligés de rester en mer pendant deux à trois jours, et n'ayant pas de pain pour y aller, c'est bien triste car nous vous ferons remarquer qu'il y a un grand nombre de familles refusées par leur boulanger de ne leur faire aucune avance. » Il a l'idée d'organiser une fête de bienfaisance et s'adresse à M. Chatelard, le chef de la société musicale l'Indépendante de Concarneau. « Le syndicat de marins pêcheurs dont je suis le président ayant l'intention d'organiser une fête dans le genre de celle qui a été donnée l'année dernière par les ouvriers boîtiers, je viens solliciter de votre bienveillance le concours pour cette fête, à titre gracieux de la Société musicale dont vous êtes le chef », fait savoir en 1903 l'ardent défenseur des marins."

Marin-pêcheur, Alphonse Duot défendait les marins, et il fut donc, en 1905, le fondateur de la première conserverie de marins-pêcheurs. Il fut de longues années le Président actif de la Fédé-Coop des marins-pêcheurs, et, jusqu'à la fin de sa vie, son président d'honneur... Défenseur des travailleurs, c'est dans la lutte de classe contre les usiniers et les gros patrons qu'il fallait devenir un élu. Il siégeait avec Jean Rospars, bien avant la première guerre mondiale, dans la première municipalité de Concarneau. En 1917, après sa démobilisation, Alphonse Duot sera élu maire par le Conseil municipal. Il fera montre de ses talents d'administrateur-ouvrier au service de la population.  Entre temps, Alphonse DUOT avait fait la guerre. Blessé aux Dardanelles en 1916, il prendre la guerre en horreur et entendra en 1917 l'appel de Lénine et de la Révolution d'Octobre. Sa haine de la guerre, son amour du socialisme libérateur en fait un ardent propagandiste en faveur de l'adhésion du Parti Socialiste à la IIIe Internationale

Élu, le 19 février 1911, deuxième adjoint au maire socialiste de Concarneau, Duot passa premier adjoint le 12 mai 1912. Du 15 septembre 1918 au 20 décembre 1919, il fit fonction de maire. Devenu communiste, fondateur de la section concarnoise du Parti Communiste avec Jean Rospars, il ne fut pas réélu au conseil municipal.
Il se consacra dès lors à son métier - patron de petite pêche - et aux œuvres coopératives.
De 1905 à 1938, il fut membre du conseil d’administration de la coopérative des Patrons-pêcheurs et, de 1938 à 1957, son président.

Il s'implique dans les mouvements grévistes en 1928, dans la lutte pour l'unité qui devait, en 1934-1935, face au fascisme naissant, aboutir au Front Populaire. Dans cette période, le Parti acquit le siège au Conseil général, puis, en 1935, dans l'unité avec le Parti socialiste et les républicains de gauche, le conseil municipal.

Alphonse DUOT devint l'adjoint au maire de Pierre Gueguin. Les années suivantes allaient montrer combien ces communistes, ces internationalistes, allaient se trouver parmi les meilleurs patriotes.

En 1939, le Conseil municipal est dissous. Si la police oblige Alphonse DUOT à débaptiser le "Lénine", son bateau, il l'appellera "La Marseillaise", associant sa foi de communiste à l'amour de la République Française et de ses traditions révolutionnaires.

La loi de Vichy du 16 novembre 1940 permet d'"épurer" plusieurs communes bretonnes de personnalités de gauche (Saint-Brieuc, Dinan, Saint-Malo, Saint-Servan, Fougères, Vannes), dont Concarneau. Le maire de Concarneau Pierre Guéguin avait déjà été destitué en octobre 1939 par l'Assemblée Nationale du Front Populaire qui avait levé l'immunité des élus communistes après le pacte de non agression germanosoviétique, en même temps que 316 autres maires communistes, et 2778 élus communistes déchus de leur mandat.

Jean Rospars, arrêté par les Français, sera livré aux Hitlériens et ira en camp de déportation en Allemagne (il mourra des suites de sa déportation en 1948). PIERRE GUEGUIN sera fusillé à Châteaubriand. Des dizaines de communistes et jeunes communistes concarnois donnent leur vie dans la Résistance. Alphonse DUOT deviendra le Président du Comité local de libération clandestin. En 1944, au mois d'août, le Conseil municipal remis en place, élit Alphonse Duot maire de la Libération (le 3 septembre 1944). Il saluera au nom de Concarneau, le défilé des troupes de la Résistance. Il ne vit pas son mandat renouvelé le 18 mai 1945.

Il devra, par la suite, faire face aux difficultés de l'Administration de guerre, s'attacher aux durs problèmes du ravitaillement. Il contribuera, par la fusion de Concarneau et de Beuzec, à la création du grand Concarneau que nous connaissons aujourd'hui.

Car Alphonse DUOT avait le souci du développement du Port, de son activité économique, au service des travailleurs. Et, en organisant les marins dès 1905, il voyait loin, il voyait la nécessité pour ceux qui peinent de s'unir s'ils ne veulent pas voir le fruit de leur travail accaparé par une poignée d'hommes. Il appartenait au conseil d’administration de la caisse locale du Crédit maritime. Président de la Fédération des coopératives maritimes de 1947 à 1957, il devint à cette date président honoraire.

Alphonse Duot père est décédé en décembre 1964.

Le supplément à l'Humanité, "Notre Finistère", consacre un article à ses obsèques le 18 décembre 1964:

CONCARNEAU

Alphonse Duot, vétéran du Parti communiste français, n'est plus

Une foule nombreuse l'a conduit à sa dernière demeure

Alphonse Duot, une figure concarnoise populaire et aimée des travailleurs, est mort. Le vieux lutteur s'est éteint dans sa 91e année. Plus de 60 ans de vie militante au service de la classe ouvrière et de la cité.

La population a rendu à ce vétéran l'hommage mérité. De tous les horizons l'on est venu s'incliner devant la dépouille mortelle de l'homme droit, honnête, à la vie irréprochable. Dans la foule qui l'accompagne au cimetière, l'on remarque ses compagnons de lutte: MARC SCOUARNEC, maire de Guilvinec; Jos PENCALET, ancien maire de Douarnenez, une forte délégation de Lesconil, etc... Ses compagnons de lutte sont là aussi avec PIERRE LE ROSE, secrétaire de section. Madame ROSPARS, dont le mari est décédé des suites de la déportation, fut avec Alphonse DUOT, un des fondateurs du Parti Communiste Français. Au cimetière, ce fut PAUL LE GALL, secrétaire fédéral, membre du Comité Central du Parti Communiste Français, qui rendit l'ultime hommage...  Au cours d'une séance, le vendredi, au "Celtic", PIERRE LE ROSE avait fait l'éloge funèbre d'Alphonse Duot et retracé sa vie et ses luttes. C'est cette allocution que nous reproduisons intégralement ci-dessous. 

UN MILITANT EXEMPLAIRE.

"Ce soir, notre section du Parti est en deuil. Tôt ce matin, notre vieux camarade, vétéran du Parti, doyen de la section, Alphonse DUOT est mort; il y a deux mois, il venait d'achever la 90e année d'une vie bien remplie, entièrement consacrée à la lutte pour le bonheur des hommes.

Nous perdons en lui l'un des fondateurs de notre section de Concarneau avec Jean Rospars.

Venu tout jeune aux idées du socialisme, il était, au début du siècle, un militant de la section du Parti Socialiste de Jules Guesde et de Jean Jaurès. N'isolant pas les grandes idées à la pratique révolutionnaire,  à une époque où les travailleurs n'étaient nulle part au pouvoir, Alphonse DUOT était un ardent défenseur des revendications. 

Marin-pêcheur, il défendait les marins, il fut aussi, en 1905, le fondateur de la première conserverie de marins-pêcheurs.

Il mettait ainsi, dans les conditions de l'époque, en application dans la vie ses principes d'union, de collaboration et de solidarité des travailleurs en face du Patronat.

Il fut de longues années le Président actif de la Fédé-Coop des marins-pêcheurs, et, jusqu'à la fin de sa vie, son président d'honneur... Défenseur des travailleurs, c'est dans la lutte de classe contre les usiniers et les gros patrons qu'il fallait devenir un élu. Il siégeait avec Jean Rospars, bien avant la première guerre mondiale, dans la première municipalité de Concarneau. En 1917, après sa démobilisation, Alphonse Duot sera élu maire par le Conseil municipal. Il fera montre de ses talents d'administrateur-ouvrier au service de la population. 

Entre temps, Alphonse DUOT avait fait la guerre. Blessé aux Dardanelles en 1916, il prendre la guerre en horreur et entendra en 1917 l'appel de Lénine et de la Révolution d'Octobre. Sa haine de la guerre, son amour du socialisme libérateur en fait un ardent propagandiste en faveur de l'adhésion du Parti Socialiste à la IIIe Internationale.

Ses efforts furent récompensés. A Tours, la Fédération du Finistère votera l'adhésion avec la majorité des congressistes. Avec Jean Rospars, il sera l'un des fondateurs de notre section concarnoise du Parti Communiste.

Mais la lutte va continuer: Contre l'occupation de la Rhur, contre la guerre du Maroc. Mouvements grévistes en 1928, lutte pour l'unité qui devait, en 1934-1935, face au fascisme naissant, aboutir au Front Populaire. Dans cette période, le Parti acquit le siège au Conseil général, puis, en 1935, dans l'unité avec le Parti socialiste et les républicains de gauche, le conseil municipal.

Alphonse DUOT devint l'adjoint au maire de Pierre Gueguin. Les années suivantes allaient montrer combien ces communistes, ces internationalistes, allaient se trouver parmi les meilleurs patriotes.

En 1939, le Conseil municipal est dissous. Si la police oblige Alphonse DUOT à débaptiser le "Lénine", son bateau, il l'appellera "La Marseillaise", associant sa foi de communiste à l'amour de la République Française et de ses traditions révolutionnaires.

Jean Rospars, arrêté par les Français, sera livré aux Hitlériens et ira en camp de déportation en Allemagne. PIERRE GUEGUIN sera fusillé à Châteaubriand. Des dizaines de communistes et jeunes communistes concarnois donnent leur vie dans la Résistance. Alphonse DUOT deviendra le Président du Comité local de libération clandestin. En 1944, au mois d'août, le Conseil municipal remis en place, élit Alphonse Duot maire de la Libération. Il saluera au nom de Concarneau, le défilé des troupes de la Résistance. 

Il devra, par la suite, faire face aux difficultés de l'Administration de guerre, s'attacher aux durs problèmes du ravitaillement. Il contribuera, par la fusion de Concarneau et de Beuzec, à la création du grand Concarneau que nous connaissons aujourd'hui.

Car Alphonse DUOT avait le souci du développement du Port, de son activité économique, au service des travailleurs. Et, en organisant les marins dès 1905, il voyait loin, il voyait la nécessité pour ceux qui peinent de s'unir s'ils ne veulent pas voir le fruit de leur travail accaparé par une poignée d'hommes.

Vieux compagnon de Marcel Cachin qu'il revoyait avec plaisir à nos fêtes de la Bretagne, Alphonse DUOT avait gardé l'esprit jeune, en bon communiste. Il n'y a pas si longtemps, il égayait encore, par ses chansons, les réunions de remise de cartes de sa cellule, la cellule Fabien".

Le fils d'Alphonse Duot, Alphonse Duot fils,  participa en 1939 à la restructuration, dans la clandestinité, du parti communiste interdit par le gouvernement Daladier. Sous l’occupation allemande, propagandiste résistant, il diffusa les publications clandestines du PCF et du Front national de la Résistance, notamment L’étincelle, organe du Parti communiste et des J.C, l’Insurrectionnel, bulletin du Front National. Il participa à la création des FTPF à Concarneau, et prit part aux actions contre l’occupant. En 1943 il fut désigné comme responsable de la section du PCF clandestin pour la région concarnoise, reconstituée à la suite des arrestations de 1942. Il participa à la création des milices patriotiques du secteur, qui joueront un rôle important dans la libération de Concarneau. Membre du Comité Local de Libération (clandestin) de Concarneau dont son père était le président, et Pierre Le Rose le secrétaire. Il y représenta le PCF. A la Libération, il fut le secrétaire de la section communiste de Concarneau, et membre du comité fédéral du Finistère pendant de nombreuses années. Il mourut le 29 octobre 1982 à Louviers (Eure)

Lire aussi sur les communistes de Concarneau:

La Résistance et les communistes à Concarneau (à partir des notes et archives de Pierre Le Rose)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 47/ Robert Jan (1908-1987)

 

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 86/ Alphonse Duot (1874-1964)

Contribution à l'histoire de la libération de Concarneau - par Alphonse Duot, ancien responsable du Front National de lutte pour la Libération et l'indépendance de la France, adjoint au commandement de la 7ème Compagnie F.T.P.F: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose

Contribution à l'histoire de la libération de Concarneau - par Alphonse Duot

manuscrit d'Alphonse Duot présent dans les archives de Pierre Le Rose, écrit en 1964
(recopié pour le Chiffon Rouge et l'intérêt des lecteurs et passionnés d'histoire d'aujourd'hui par Ismaël Dupont)

Depuis 1944, on a tenté dans les livres et dans la presse d'écrire une histoire objective des combats pour la libération de notre ville dans lier ces combats à celui permanent des patriotes qui pendant quatre ans sacrifièrent tout pour la libération du territoire national. Il nous apparaît nécessaire de combler quelques lacunes qui laissent dans l'ombre par exemple l'action des F.T.P.F pendant l'occupation dont les trois compagnies du bataillon La Tour d'Auvergne de Quimper participeront aux combats pour la libération de Concarneau. 

D'où venaient les F.T.P.F? 

Quelle a été leur action? 

Tout d'abord, un point d'histoire. Après la déclaration de la guerre le 3 septembre 1943, le Parti Communiste Français est dissous, les municipalités communistes dissoutes et remplacées par des délégations spéciales. La municipalité communiste-socialiste de Concarneau dont le maire P. Guéguin est aux armées est dissoute. Une délégation spéciale le remplace dirigée par M. Scalar (en mai 40, arrestation de Jos Le Coz Scouazec gérant de "la Bretagne").  En juin 40, c'est l'invasion, le jeudi 18, les troupes nazies font leur entrée dans une ville déserte, les habitants s'étant calfeutrés chez eux pour ne pas assister à ce drame qui les laisse accablés, désemparés. Au cours des semaines qui suivent c'est le retour au foyer de ceux qui ont pu échapper aux camps de prisonniers, parmi eux des militants du PCF qui n'ont rien perdu de leur courage malgré la défaite. Parmi eux Alain Le Lay, le plus brave, le plus estimé de toute la population. Il faut faire quelque chose. "La France ne sera jamais un peuple d'esclaves" viennent de proclamer M. Thorez et J. Duclos. Alors commence un combat où les meilleurs devaient tomber.   

Parallèlement au travail de propagande qui ne s'arrêtera pratiquement jamais, la section du Parti aidé par les J.C entreprend dès l'arrivée des nazis dans l'été 40 des actions de sabotage. René Lijour paie de sa personne et entraîne les jeunes. Trolez, Y. Le Gall, Ch. Tocquet entre autres participent au déboulonnage des voies ferrées, à la destruction des lignes téléphoniques. Des soldats nazis sont victimes de cette ardeur vengeresse et plus d'un trouvera dans le port une fin prématurée. La nuit est quelquefois trouée d'explosions insolites qui réveillent les Concarnois. C'est la grue de la gare qui saute, ou bien un transformateur ou un poteau supportant la haute tension. Les explosifs sont pris à l'ennemi. Les chantiers sont mis en coupe réglée. Des groupes prennent le titre de "terroristes patriotes".

Pendant ce temps, Alain Le Lay va, vient, visite les sections et organise le combat. La liaison avec Paris est assurée par Venise Gosnat dit Père Georges. Mais les armes manquent cruellement, cela gêne l'action des premiers F.T.P¨.F.

Cependant la police de Vichy vient d'arrêter l'ancien maire (notre camarade) Pierre Guéguin et l'instituteur Marc Bourhis. Transférés au camp de Chateaubriand, ils périront le 22 octobre de la même année dans la sablière tragique avec 48 autres patriotes. La population est saisie d'une émotion intense et dès la nouvelle connue, une manifestation spontanée se déroule au cimetière devant les tombes des familles.

La haine de l'ennemi s'accentue et les actions des F.T.P.F sont mieux comprises et soutenues par la population qui n'a jamais été neutre comme l'a déclaré dans un rapport Y. Aubert qui a remplacé Scalar à la tête de la délégation spéciale, le développement du mouvement F.T.P.F le prouvera par la suite.

En 42 a eu lieu une grève des ouvrières des usines pour obtenir de l'huile et des conserves: utilisation des délégués prévus par la Charte du travail de Vichy.

Au printemps 42, "Père Georges" prend contact directement avec René Lijour, lui annonce que des armes vont arriver par mer à bord d'un sous-marin anglais qui attendra aux Glénans que les résistants viennent en prendre livraison.

Le mot de passe est donné. Contact pris avec Bodéré Guillaume et son camarade Baudry agent de liaison qui sera fusillé plus tard au Mont-Valérien. Les deux résistants se font connaître du sous-marin qui est bien à l'endroit prévu. Les deux résistants se font connaître du sous-marin qui est bien à l'endroit prévu. Les containers sont pris en charge et débarqués sur la côte bigoudène où Lijour, Eugène Le Bris et Fauglas viendront les prendre pour les entreposer à la ferme Daoudal à Melguen. Ce camarade sera également fusillé au Mont-Valérien.

Des parachutages seront également annoncés. René Lijour et plusieurs camarades dont les noms échappent après 20 années d'histoire se rendront plusieurs fois sur les lieux sans succès. Mais le combat continue. Carduner de Pont-Minaouet tente de faire sauter le pont du même nom. Il sera arrêté lui aussi et mourra. Madame Le Breton sera arrêtée et déportée.

Joseph Berthou syndicaliste et résistant du même groupe sera arrêté à cette époque et fusillé à Thouars. Eugène Le Bris se rendra à Nantes où son camarade *** arrêté doit être jugé. D'une audace folle, il pénétrera dans le bureau du juge Le Bras au moment de l'interrogatoire de son camarade. Il délivrera celui-ci après avoir abattu le juge. Mais ses imprudences ont compromis sa sécurité et celle du groupe insuffisamment cloisonné.

En septembre 42, ils seront arrêtés tous deux. Quelques jours plus tard, alors que Concarneau vit encore sous l'émotion de la découverte d'un immense trafic de marché noir entre les établissements Provost-Barbe et l'organisation Todt, une grande rafle de la police de Vichy fidèle collaboratrice de la Gestapo permet l'arrestation de presque tous les membres de l'organisation. La date de l'arrestation d'Alain Le Lay nous est imprécise après si longtemps mais il mourra à Auschwitz, comme Théophile Louarn.

Voici la liste des membres du groupe Lijour arrêtés en septembre et octobre 1942:

(Notes annexes: 

courant 42: 

Tollec Fanch. Interné Rennes. Libéré

Touchard Fanch. Interné Rennes. Libéré

Kerledou André. Interné Rennes. Libéré

Louarn Victor. Déporté

Jourden Esprit. Mort en déportation

Berthou Joseph. Fusillé à Thouars

Carduner. Mort à Dachau

Daoudal. Fusillé au Mont-Valérien (le dépôt d'armes des T.P se trouvait chez ce camarade). 

Le Lay Alain. ? 

25 septembre 1942: 

Serre Jacques

Le Caignec Eugène père

Touchard Fanch

Kerledou André fils

Dréano Joseph

Rioual Arthur

Guiffant Louis

Loch Mathias

Rossignol Jean

27 septembre:  

Le Bris Eugène fusillé (affaire Le Bras, juge de Nantes)

Lijour Lucie déportée

Breton Françoise déportée

Bodéré Marie-Jeanne internée

Baudry (agent de liaison) fusillé au Mont-Valérien

Huon frères internés

Thomas Yves: déporté

Fin septembre: 

Tocquet Charles. interné

Louarn Théo. Mort en déportation

Trichard Yves. Tué au combat 

Le Gall Yves. Mort en déportation. 

Le Gall Joseph. Interné

Péron Louis. Interné

Dolliou Charles. Interné

Trolez Jean. Déporté

Bourbigot Jean. Déporté.

Thomas Yves. Mort en déportation

6 octobre:

Le Caignec F.: interné à Compiègne. Evadé en décembre 43

Tous ces camarades firent parti du groupe T.P (Terroristes Partisans) par la suite appelé groupe Lijour, 1er responsable dès 1940 et même avant. Le Lay Alain par la suite.)

 

C'était un coup très dur porté aux T.P et à la Résistance, mais René Lijour avait réussi à s'échapper et à disparaître dans la nature et quelques camarades avaient passé entre les mailles du filet, mais l'organisation était détruite. Pendant quelques mois seule la propagande nazie fonctionna. Remi Nédellec était en contact avec Quimper et les tracts nous parvenaient. Le cheminot François Le Beux du dépôt de Quimper nous en fournissait également. Il nous faisait rire en nous racontant les bons tours qu'il faisait aux nazis, expédiant les wagons qui leur étaient destinés dans les directions les plus insolites. Il devait mourir tragiquement lors d'une attaque de l'aviation anglaise en février 1944.

Une caisse de secours aux familles des déportés et fusillés fut créée et alimentée par des dons en argent et en espèce.

Et bientôt le contact fut rétabli avec René Lijour. Mme Duot qui avait déjà servi d'agente de liaison avant la rafle de septembre 42 reprit du service et assura le contact.

Du coup les choses prirent une autre tournure. Les conseils de René Lijour et ses indications nous permirent d'envisager la reprise du combat armé.

Mais il fallait élargir le combat à d'autres que les communistes et pour cela créer le Front National et sa force militaire les F.T.P.F. Je posai la question à Robert Jan qui avait également fait partie du groupe Lijour et qui quoique en contact avec Le Bris n'avait pas été arrêté. Nous convînmes de la nécessité d'accélérer la réorganisation de la résistance aux Nazis d'autant qu'après Stalingrad, l'espoir était revenu dans la population et le moment favorable pour une telle opération. Je contactai Louis Trichard frère d'Yves Trichard qui devait être tué dans les combats de la Libération.

Ce dernier me conseilla de voir Pierre Le Rose dont il me dit beaucoup de bien. Dans les circonstances de l'occupation et de la clandestinité, il était hasardeux de contacter une personne inconnue sans avoir reçu de solides garanties, aussi je me fis donner l'accord de P. Le Rose pour cette entrevue avec Le Trichard. Au premier contact je sentis tout de suite que ça allait marcher. J'avais eu de la chance, j'avais saisi le bon chaînon. Nous convînmes de la création d'un groupe de Jeunesse communiste et du travail à faire. Il commença sans tarder et tracts et journaux sortirent de notre presse clandestine, une simple pierre humide (ils insistaient sur les problèmes de ravitaillement de la population).  De là devait sortir le journal "L'étincelle" appelant la population à renforcer et soutenir la Résistance.

L'étincelle: journal de la Résistance communiste de Concarneau, Mai 1944- Juin 1944: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose

Des journaux destinés aux jeunes, les appelant à la lutte armée. Celle-ci fut immédiatement envisagée avec les moyens dont nous disposions. Le groupe des 8 jeunes communistes se transforma en commando F.T.P.F. Il y avait là outre P. Le Rose dit Michel ou Pierre Humide, Dédé le Craz dit Fredo, Yves Le Moal dit Losse (à moelle évidemment) et gloire locale actuelle de la gouache et de l'aquarelle. Nous étions arrivés fin 43 et ce groupe où se trouvait également le regretté Henri Joncourt, tué depuis en Algérie, commença ses actions de commando. Au même moment Fanch Caignec faisait son apparition imprudente à mon avis à Concarneau. Il venait de s'évader du camp de Compiègne où il était en instance de départ pour les camps de la mort. Je craignais pour sa sécurité mais la police de Vichy commençait à sentir tourner le vent et ne voulu pas l'inquiéter. Il nous fut d'un grand secours pour le recrutement de nouveaux éléments qui permirent un développement extraordinaire des F.T.P.F. Tout ceci était fait malgré tout avec un maximum de prudence et le cloisonnement était sévère. Nous pratiquions l'organisation en triangle qui nous permit cette fois d'arriver à la Libération sans trop de casse.

Pour René Lijour j'étais Arsène, pour P. Le Rose dit Michel, j'étais Henri flexible, pour le regretté Félix Delorn j'étais Maurer. J'ai souvent souri en le trouvant en conversation avec un jeune, et en l'entendant me parler confidentiellement d'un certain Henri flexible mystérieux et grand mamitou de la résistance. Toute modestie mise à part. 

Puis tout devint plus facile, relativement s'entend. J'eus le contact avec l'état major F.T.P.F du Finistère par Louis Stéphan dit commandant André, prisonnier évadé qui avait repris le combat. Nous nous rencontrions le plus souvent dans la nature, dans le champ d'un fermier ami comme chez Fanch Touchard de Colguen, avec des responsables régionaux. Jacob Quillen assistait parfois à ces entrevues où nous faisions le point sur la situation et étudions l'état et l'organisation de nos forces. André vint également me voir chez moi et sur mon lieu de travail. Le problème qui se posait était l'armement de toutes nos recrues. Les parachutages de Kernabat auxquels participaient nos F.T.P.F ne nous permettaient pas d'équiper les 2 compagnies que nous avions recrutés et la récupération d'armes sur l'ennemi était assez limitée. Ici j'ouvre une parenthèse pour dire que nous avons passé des journées, Félix Delorn et moi, à enregistrer les adhésions à notre mouvement. Pour trouver à chacun un nom de guerre, désigner les chefs de groupe. Félix était passionné pour ce travail. Il avait encore une autre corde précieuse à son arc, il réparait avec art toutes les armes endommagées qu'on lui envoyait. Parfois de la fenêtre de notre PC de la rue de l'Alma nous voyiions passer une patrouille nazie dans la rue des Ecoles que nous dominions. Nous avions quelques alertes de ce genre. 

Un jour de printemps 44, nous fûmes surpris de voir à Concarneau Jos Le Coz qui avait été libéré d'un camp d'internement de la zone Sud. Je vis immédiatement René Lijour qui m'incita à la plus grande prudence, Jos pouvant à son insu servir d'appât pour la Gestapo. Pourtant il pouvait nous être d'une grande utilité connaissant pas mal de monde, de jeunes en particulier. Je gardais le contact avec lui et nous rendit les services qu'on attendait de lui sans que je lui ai révélé les détails de notre organisation. Après tant d'années, avec le recul nécessaire pour juger objectivement la situation en ces temps là, il ne m'en voudra pas de ces "cachotteries".

Dans le courant de 43 lors d'une attaque de l'aviation anglaise contre un convoi nazi ancré sur rade de Concarneau, un gros cargo chargé de matériel militaire de toute sorte avait été touché gravement. Les nazis essayèrent de le remorquer jusqu'à Lorient afin de le réparer, mais il coula dans les parages des Glénans. Nous pensâmes à tirer profit de cette affaire et contactâmes Charlot Le Cras qui, scaphandrier en ce temps là, était chargé par la société qui l'employait de visiter l'épave pour étudier les possibilités de récupération. Il fut convenu que tout ce qui était armement léger serait récupéré par nous, Charlot se faisait fort de nous le procurer. En effet à quelques temps de là il nous prévint que sa mission était accomplie, qu'un lot de mitraillettes et de munitions nous attendait signalé au-dessus de l'épave par une bouée reliée par un filin au paquet d'armes bien arrimé. 

Felix et notre gentil camarade Auguste Le Rose dit "la poitrine" qui possédait un canot se rendirent sur les lieux, trouvèrent la bouée, tentèrent de soulever la charge sans résultat. Ils revinrent plusieurs fois et abandonnèrent devant l'inutilité de leurs efforts. C'était une occasion manquée d'armer nos F.T.P.F dont l'effectif se montait maintenant à deux compagnies. Entre temps, j'eus la visite des responsables régionaux du Parti et des F.T.P.F. Le "père Henri" cheminot du dépôt d'Auray et Leduc, entrepreneur à Plestin-les-Grèves, capitaine F.T.P.F à qui il arriva une aventure invraisemblable. Arrêté par les nazis, ils lui firent un simulacre d'exécution, puis ... le relâchèrent. S'ils avaient su qui ils tenaient entre leurs mains, les choses évidemment auraient tourné autrement. Nos réunions clandestines avec Pierre Le Rose se poursuivaient. Nous discutions outre de l'organisation armée, du contenu de nos journaux polycopiés qui étaient diffusés dans la population. Les actions de commandos inquiétaient et gênaient l'ennemi et ses complices. Vint le 6 juin et le débarquement allié. L'ennemi aux abois, ses lignes de communication coupées à tout instant par la Résistance. Il fallut entrevoir des actions plus larges et transformer la guerilla en insurrection. Les groupes de commandos avaient vécu. Il fallait mettre sur pied de véritables unités militaires. Pierre me posa le problème de l'armement dont nous disposions qui permettait d'équiper une compagnie. Mais vu les effectifs dont nous disposions, c'est deux compagnies que nous aurions dû équiper. Mais nous dûmes limiter nos ambitions au nombre d'armes dont nous disposions. Ainsi naquit la 5ème Cie F.T.P.F du bataillon La Tour d'Auvergne. Le reste des effectifs en réserve fut appelé provisoirement Milice Patriotique, son rôle initial faute d'armes étant destiné au barrage des voies de communications par abattis d'arbres, etc...

Il fallut songer sérieusement à la libération tant attendue. Rétablir la légalité et la démocratie.

Un comité local de libération fut constitué avec à sa tête Alphonse Duot ancien premier adjoint de Pierre Guéguin. Si je m'en souviens bien, les premières réunions eurent lieu à la campagne. Le bois de Kerneac'h vit se dérouler une de nos réunions où nous discutâmes des points d'un programme que nous voulions établir pour l'avenir de Concarneau. Les noms des participants à ces réunions champêtres m'échappent mais je me souviens parfaitement de l'ultime réunion qui eut lieu au Café Lancien des Sables Blancs où le programme fut mis au point et adopté. Il y avait là Alphonse Duot adjoint au maire, futur maire de la Libération, François Herlidan du parti socialiste, Le Bris du parti radical, Julien Larsouneur, syndicaliste et responsable clandestin des syndicats, R.Jan, Felix Delorm, P. Le Rose et moi-même.

(Note d'Alphonse Duot en marge: Le programme attachait une importance particulière à un retour à la légalité républicaine par le moyen de l'insurrection (mise en place du conseil municipal et aux problèmes du ravitaillement - au concours de la population - en opposition aux conceptions gaullistes: Phily; seuls les gens aux brassards dans la rue. Insister sur les efforts pour élargir le CLL et le Conseil Municipal. Les problèmes de l'Union des groupes armées). 

Ceci se passait le dimanche après-midi, 6 août. Le 8 août, Quimper était libéré. Une compagnie F.T.P.F de Concarneau (la 5ème) avait pris part aux combats pour la libération de cette ville.

Le jeudi 10 dans la matinée, si mes souvenirs sont exacts, 2 destroyers prennent position près de la bouée du cochon et se mettent à tirer sur les fortifications allemandes, le port, la ville et ses environs. Dans les rues, c'est l'affolement. Tout se vide en un instant. Je vais aux nouvelles, croisant sur mon chemin Robert directeur de l'hospice qui n'a pas l'air dans son assiette. J'arrive au coin de la rue Bayard et du Boulevard Bougainville suivi par mon oncle Dédèle et Jean Flâtrès. Mal nous en prend. Un des bateaux a dirigé son feu sur nous. Je rebrousse chemin à toute vitesse précédé de Jean Flâtrès. Nous faisons un petit pas de course et nous nous plaquons au sol. Il était temps. Un obus de fort calibre vient d'éborgner le coin de l'usine Azéma et le mur qui lui faisait face dans la rue Bayard. Des éclats volent dans tous les coins. Je sens un choc à la fesse droite. Un éclat miniature m'a touché. Je me retourne, la rue est noire de fumée et sent la poudre. J. Flatrès et moi prenons nos jambes à notre cou et détalons. Mais mon oncle un peu plus haut est blessé; fracture ouverte de la jambe. Il perd du sang en abondance. Nous le transportons chez lui, établissons un garrot et une gouttière faite de planches de barils de rogue. Le Dr Crescence arrive aussitôt et le fait transporter à l'hôpital. Il boitera le reste de sa vie.

Le 12 août, 2 compagnies F.T.P.F, la 3ème et la 5ème, prennent position au nord de Concarneau conjointement avec une compagnie F.F.I de Rosporden commandée par le capitaine Mercier. Le 13 août, le capitaine OTTO, commandant la garnison allemande, décrète l'état de siège et fait placarder un avis selon lequel il incendiera la ville si la Résistance attaque. Des habitants commencent à évacuer. Les troupes nazies sont bloquées. Elles ne peuvent plus s'enfuir que par la mer. Le 16 dans la journée les chars américains arrivent. Ils sont accompagnés d'une ou deux batteries d'artillerie.

Le lendemain matin 17 les chars et l'artillerie bombardent les positions allemandes en ville. Quelques éléments d'infanterie amorcent une attaque soutenue par les chars. Deux Cie F.T.P.F et des éléments de la milice patriotique participent à l'action et pénètrent prudemment en ville ou l'on se bat autour de la Kommandantur. Louis Guillerme, Georges Le Coz, René Rioual détruisent un petit poste aux abords du Q.G allemand. G. Le Coz est blessé par éclats de grenade et nous aurons malheureusement à déplorer la perte de Doumard (?) de la 3e Compagnie tué aux Sables-Blancs. Mais les chars américains se replient et les F.T.P.F sont obligés de décrocher. 

Cette action aura permis malgré tout de faire quelques dizaines de prisonniers et de récupérer du matériel qui va permettre d'équiper la milice patriotique qui devient du coup 7ème Cie F.T.P.F. Des éléments de cette Cie ont attaqué avec les Américains la casemate du quai Est mais se sont également replié.

Quelques jours plus tard, notre agente de liaison Lisette Jaffrézic faisant preuve d'un grand courage ira distribuer aux allemands des tracts les appelant à la reddition.

Elle nous ramènera plusieurs prisonniers. Le 17 toujours à l'issue de la reddition des allemands en position au Dorlett à Kernéac'h et Kéraudron nos hommes ont vite fait de récupérer les armes. La police vichyste qui a abandonné ses (?) mais pas son état d'esprit arrive un peu tard pour le même travail et pour des fins moins patriotiques. Cependant, elle a arrêté Eugène Le Rose qui avait récupéré un fusil mitrailleur. En compagnie de Louis Moalie, de Felix Debour, de Jo Beux, nous tentons de transporter une mitrailleuse lourde et son armement, lorsqu'une patrouille d'agents se jette sur nous.

Les agents Le Doux et Le Grand me mettent un revolver sur la figure menaçant de me descendre si je mets mon projet à exécution. Je leur crie mon indignation et j'ordonne à Moalic d'enlever le ressort récupérateur de l'arme afin qu'elle ne puisse pas servir contre nous. Un camion à cheval qu'ils sont allés chercher emporte une arme qui nous aurait été précieuse. A la lecture d'un rapport de l'époque je précise qu'il y avait plusieurs armes et munitions, une centaine d'allemands s'étant rendu à ces endroits. Quelques heures plus tard en ville où les rues sont désertes nous nous heurteront encore à une patrouille d'agents conduite par le commissaire Jouarnic. Nous leur rappelons les reproches précédents et la même scène honteuse recommence. Le Doux, Le Grand et Trolez me mettent leur revolver sur la figure. Ils sont blêmes de rage et sans l'imminence d'un revirement de la situation j'ai l'impression qu'ils iraient jusqu'au bout de leur geste. Nous rejoignons la Milice Patriotique qui s'organise. Yves Furic en a pris le commandement en l'absence de Felix Delorm qui avait été chargé de cette tâche. Quelques jours plus tard il sera remplacé par Albert Autret de Quimper. Félix et moi-même deviennent ses adjoints. Nous prenons position à la ferme de Kéraudron derrière les talus et la chicane qui barre la route à hauteur du château d'eau. Le fermier nous fait don d'un fusil-mitrailleur et de munitions qu'il a subtilisées. Paul Choisnet et Moalic sont alternativement servants. Je suis pourvoyeur. Quelques rafales partent par ci par là. C'est assez calme.

Et soudain l'enfer fond sur nous. Les Allemands tirent de toutes leurs pièces des obus de tous calibres, fusants et percutants, arrosant Kerneac'h, Kéraudron, Minven où tout le bétail sera anéanti. Cela dure 4 heures. Nous décrochons et remontons le long des talus vers le poteau vert où se trouve notre cantonnement. La 5ème Cie qui était derrière nous fait comme nous et se met à l'abri. Nous n'avons aucune perte ni aucun blessé. C'est miracle. Mais mon mitrailleur qui marche devant moi fusil à l'épaule déclenche malencontreusement la gâchette de son arme. Une rafale s'ensuit passant à quelques centimètres de ma tête. J'en frémis encore. 

Le problème de la subsistance se pose. Henri Serre employé à la Mairie de Beuzec et qui fait partie de notre troupe y pourvoira le premier jour. Ensuite nous nous débrouillerons. Théodore Vidarment se défendra très bien dans son rôle de pourvoyeur de nourriture. Nous sommes plus de 200 à la Cie. 

Le lendemain 18, reddition du capitaine Otto commandant de la place. L'artillerie américaine - il y a une batterie juste aux abords de notre cantonnement - et les chars - ils sont 5 ou 6 - recommencent le bombardement de la ville. Vers 18h, des groupes d'habitants commencent à arriver évacuant Concarneau. Dans la soirée un sérieux bombardement allemand a lieu provoquant des incendies en ville. Cattegrain, Rödel, quelques maisons particulières sont en flammes. Nous regardons navrés ce spectacle. Un appui sérieux des chars nous permettrait d'éviter la destruction de la ville dont les allemands semblent avoir décidé le sort.

Louis Moalic a toujours sur le coeur l'histoire de la mitrailleuse lourde. Profitant de l'évacuation de la population, il se glisse en ville, entre au commissariat revolver au poing, se fait remettre l'arme qu'il charge sur un camion rempli d'évacués. Il la camoufle ainsi que les munitions avec des objets divers. Il est accueilli par les F.T.P.F avec stupéfaction et respect. C'est un beau coup. L'arme servira sur le front de Lorient pendant tout le siège. C'est à cette époque que se situe également la fin d'un individu qui faisait une navette constante entre nos lignes et probablement la Kommandantur. Une balle perdue a mis fin à sa carrière. 

Le 20 les chars et l'artillerie américains se replient. Les F.T.P.F soucieux d'éviter à la ville un sort tragique amorcent une attaque. Tout le bataillon est dans l'affaire, mais l'artillerie nazie se déchaîne clouant les compagnies au sol. Le repli est ordonné. Des patrouilles seront envoyées ici ou là. Quelques accrochages sans dégâts se produiront.

Charly interprète à la Kommandantur nous harcèlera avec un camion équipé de plaques de blindage et sur lequel est monté un canon à tir rapide. Il arrosera sans répit les talus de Kéraudron, de Kernéac'h et de la Maison Blanche. Au cours de ces incursions, Louis Tudal sera grièvement blessé à la cuisse.  

Quatre jours se passent ainsi en escarmouches. Dans la nuit du 24 au 25 de fortes explosions venant de la ville se font entendre. Nous sommes saisis d'angoisse à la pensée que les allemands sont en train de la détruire. Quelques instants plus tard nous subissons un court mais violent bombardement. Puis c'est le silence, à l'aube une patrouille de la 7ème Cie F.T.P.F commandée par le gentil Paul Sabersmann, ukrainien déserteur de l'organisation Todt et audacieux diable, pénètre dans la ville vide de ses habitants. Plus tard nous voyons quelqu'un monter la côte qui mène à nos positions et qui fait de grands gestes des bras. C'est un pompier. Germain Bourdon si je ne m'abuse, mais mes souvenirs sont flous.

Alors c'est la descente en masse sur une route jonchée de débris, les fils à haute tension cisaillés par la mitraille et pendant lamentablement. Nous nous attendions à trouver une ville à moitié en ruines. Apparemment il n'en était rien, mais le port avait souffert. 

Nous primes immédiatement notre cantonnement à l'hôtel de la Mer. Le lendemain avec une voiture de notre Cie, je filai vers une destination connue de moi seul.

René Lijour m'accueillis avec un sourire quand je lui annonçai que l'épreuve était terminée et que je venais le chercher. Il avait attendu longtemps ce moment de joie un peu amère car depuis 2 ans il n'avait plus de nouvelles de sa femme Lucie déportée à Ravensbrück. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'il aurait l'occasion de serrer dans ses bras celle qui fut si courageuse au moment décisifs.     

Quelques jours plus tard Concarneau, sa population retrouvée, arborait un air de fête. Les Libérateurs de la ville allaient recevoir un hommage mérité. En défilant avec les camarades de la 7ème Cie F.T.P.F sous les acclamations de la foule en délire, mes pensées allaient à mes camarades de combats, qui levés avant le jour nous avaient montré le chemin de la lutte et l'exemple du sacrifice. Grâce à eux nous connaissions enfin des heures de joie. 

 

Alphonse Duot

ancien responsable du Front National

Adjt au commandant de la 7ème Cie F.T.P.F

    

     

                                   

 

 

  

Contribution à l'histoire de la libération de Concarneau - par Alphonse Duot, ancien responsable du Front National de lutte pour la Libération et l'indépendance de la France, adjoint au commandement de la 7ème Compagnie F.T.P.F: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose
Contribution à l'histoire de la libération de Concarneau - par Alphonse Duot, ancien responsable du Front National de lutte pour la Libération et l'indépendance de la France, adjoint au commandement de la 7ème Compagnie F.T.P.F: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose
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Contribution à l'histoire de la libération de Concarneau - par Alphonse Duot, ancien responsable du Front National de lutte pour la Libération et l'indépendance de la France, adjoint au commandement de la 7ème Compagnie F.T.P.F: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose
Contribution à l'histoire de la libération de Concarneau - par Alphonse Duot, ancien responsable du Front National de lutte pour la Libération et l'indépendance de la France, adjoint au commandement de la 7ème Compagnie F.T.P.F: un document exceptionnel des archives Pierre Le Rose

 

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 41/ Daniel Le Flanchec (1881-1944)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 40/ Joséphine Pencalet (1886-1972)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 39/ Sébastien Velly (1878-1924)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 38/ Edouard Mazé (1924-1950)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 37/ Guy Liziar (1937-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 36/ Henri Moreau (1908-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 35/ Alphonse Penven (1913-1994)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 34/ Michel Mazéas (1928-2013)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 33/ Pierre Guéguin (1896-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 32/ Jean-Louis Primas (1911-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 31/ François Paugam (1910-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 30/ Angèle Le Nedellec (1910-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 07:41
La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur
La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur
La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur
La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur
Supplément à l'Huma - Notre Finistère, 1965

Supplément à l'Huma - Notre Finistère, 1965

La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur
La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur

A partir de l'expo préparée par Jean-Luc Le Calvez pour la 50ème fête du Viaduc en 2014 et du dépouillement de quelques exemplaires du Journal du PCF, Le Viaduc, on pouvait restituer quelques moments forts de l'histoire de la section PCF de Morlaix ces 50 dernières années, tour à tour dirigée par Michel Derrien, Alain David, Jean-Yvon Ollivier, Stephane Mayer, François Bourven, Daniel Ravasio.

La Fête du Viaduc est née non pas le 1er Mai mais en septembre 1964.

Elle avait lieu d'abord au Stade de Kernéguès et était déjà une grande fête populaire. L'entrée était payante (2 francs). Il n'y avait pas encore de partie musicale et artistique mais on pouvait y entendre l'allocution d'un membre du comité fédéral du PCF (Gabriel Paul en 1965), y participer ou y assister à des tournois de foot (entre des équipes coporatives: Ameublement, Renault, Hôpital...), des concours de Palais, de Luttes Bretonnes.

Plus tard, à la fin des années 1960 et jusqu'en 1978, la Fête du Viaduc s'est déplacée au Terrain de la Madeleine. La Musique s'est invitée, comme le Radio-Crochet, la Course à l'Oeuf, la Course Humoristique, les Floralies, les Concours de Dominos.

Dans les années 1980 et jusqu'en 2004, la Fête du Viaduc avait lieu dans la Vallée du Ty-Dour. Puis à Ploujean en 2005 et 2006, place Allende de 2007 à 2009, place de la Commune en 2010 à La Boissière, puis à nouveau place Allende.

 

La naissance de cette fête du Viaduc témoigne d'un renforcement et d'une ambition nouvelle du PCF dans le Pays de Morlaix et coïncide avec la création du journal Le Viaduc, organe de la section du Parti Communiste de Morlaix.

Ce journal naît fin 1963 avec pour directeur de publication Louis Ollivier. On y lit aussi des articles de Michel Derrien, le secrétaire de section du PCF Morlaix, qui sera adjoint au maire pendant plusieurs mandats, et de François Paugam, le très estimé dirigeant de la CGT des Cheminots, responsable à l'organisation du PCF.

Alain David, qui sera secrétaire de section du PCF Morlaix de 1968 à 1976, devient à la fin des années 1960 et pour plusieurs décennies le directeur de publication et la plus brillante plume du Viaduc.

 

Le premier éditorial du Viaduc commence ainsi, donnant le ton à la fois populaire, impertinent et bien senti du journal :

 

"Travailleurs morlaisiens, vivez-vous au dessus de vos moyens? C'est du moins l'avis de notre Ministre des finances qui entend ajouter un cran à votre ceinture. Toute la propagande gaulliste de la presse, de la radio et de la télévision, est insuffisante pour démontrer que les vessies sont des lanternes. En effet, depuis 1958, les prix ont augmenté de 42,50%, les taxes de vie chère de 78% et les profits des grosses sociétés de 85%. Mais depuis 5 ans, bien des yeux se sont ouverts sur la nature du pouvoir des financiers dont les méfaits pèsent de plus en plus sur la population laborieuse de notre ville.

- Les salaires et traitements sont en retard sur les prix

- Les vieux vivent dans la misère

- Les logements neufs sont inabordables

- Notre zone n'a d'industriel que le nom. Pourquoi?

La main d'oeuvre qualifiée manque, mais le pouvoir et la municipalité laissent dormir dans les cartons le projet de collège technique...

Nous voulons combattre avec vous sur tous les plans la politique néfaste du gaullisme, du patronat et de leurs représentants à la municipalité".

 

Au delà de ces déclarations politiques générales, le 1er Viaduc fait aussi la part belle aux revendications locales: mieux équiper pour les besoins des sportifs la salle du Poulliet, datant d'un an, et que l'on détruit cette année, 50 ans après, prévoir une école pour le quartier Saint Augustin, dont la population a cru avec les nouveaux immeubles de la Rape Saint Augustin.

 

L'édito du Viaduc n°2, publié en janvier 1964, a un titre et des propositions que l'on ne renierait pas aujourd'hui:

 

" Pour une démocratie véritable.

Le remplacement du pouvoir gaulliste par une république démocratique est à l'ordre du jour. De part, la constitution actuelle, le pouvoir sert les banquiers, les marchands de pétrole, les trusts: il faut que ça cesse. Il faut remplacer le pouvoir d'un seul homme par celui de tout le peuple et non par celui d'un autre homme. Le PCF propose à tous les démocrates comme base d'un programme commun:

- élection à la proportionnelle d'une assemblée constituante qui dotera le pays d'une constitution démocratique.

- par l'intermédiaire de l'Assemblée Nationale, le gouvernement doit être l'émanation de la volonté populaire.

- transfert du pouvoir des Préfets aux conseils généraux élus à la proportionnelle

- laïcité de l'Etat et de l'Ecole et réforme démocratique de l'enseignement

- réforme de la fiscalité permettant de faire payer les grosses sociétés

- nationalisation des monopoles pour permettre une véritable politique sociale

- abandon de la force de frappe, signature des accords de Moscou et politique de désarmement"

 

Suite une présentation de François Paugam, "sympathiquement connu de notre population", candidat du Parti aux Cantonales.

 

Au verso du journal qui ne compte que feuille A4 recto verso jusqu'en 1970, on trouve des articles locaux truculents sur la nécessité de nettoyer les abords de l'école du Calvaire - en l'occurence la promenade ombragée par les peupliers qui offre un magnifique panorama sur la ville mais où s'entassent les boîtes de conserve qui servent aux jeux de "foot boîtes" des enfants. On demande à brancher les eaux de ruissellement de future école Corentin Caer au tout-à-l'égoût et à installer des bancs en contrebas sur la promenade. On apprend que les crédits pédagogiques dont bénéficient les écoles publiques morlaisiennes sont insuffisants, comme leurs systèmes de chauffage sont défaillants. A l'inverse, on nous présente une école maternelle et primaire modèle de Moscou où le taux d'encadrement et les conditions pédagogiques sont optimales: "dans l'Etat socialiste, l'ENFANT EST ROI".

 

Viaduc n°3 - Mars 1964 - sous le titre ironique "Les arguments frappants des patrons", une charge contre Tilly qui fait tabasser les militants de la CGT à Guerlesquin: "La direction "TILLY" à GUERLESQUIN, n'aime pas les défenseurs des ouvriers. F. PAUGAM, responsable CGT en a fait l'expérience. Aux tracts qu'il distribuait à GUERLESQUIN pour dénoncer l'exploitation dont sont victimes les ouvriers de cette entreprise, le beau-frère de Mr Tilly a opposé les coups de poing. La classe ouvrière ne peut tolérer de telles méthodes. Pour parer cette méthode fasciste dont notre camarade F.PAUGAM a déjà été victime, tous les travailleurs doivent faire preuve d'une vigilante solidarité à l'égard de leurs responsables, prévoir et assurer leur défense dans tous leurs déplacements intéressant leur travail de militant".

 

Sur le plan local, diatribe contre les voitures qui encombrent l'allée du Poan Ben, jadis "réservée aux jeunes enfants et aux vieillards qui y trouvaient une paisible retraite, loin de l'agitation de la ville": "leur gaz d'échappement n'a rien de comparable avec l'air pur des sommets" et la mairie ne finance pas de classe de neige pour les enfants, "la pétarade des moteurs crée dans les classes une ambiance défavorable aux études et sensibilise des organismes déjà fortement éprouvés par les trépidations de la vie moderne".

Cette attaque contre l'invasion de l'allée du Poan Ben par la voiture ne s'arrête pas là: "Le moins dangereux n'est pas le gymkana des voitures parmi les enfants aux heures d'entrée et de sortie des écoles. Attend-on un accident grave pour remédier à cet état de chose? Qu'a cela ne tienne des mesures sont envisagées: un agrandissement du parking par la couverture de la rivière! pas moins...

Ce qui, parait-il coûterait plus cher que la couverture du bassin. Ce serait, avouez-le, porter beaucoup d'estime aux quatres roues et bien peu à nos enfants qui n'ont, il est vrai, que deux jambes à garer. Pourquoi ne pas transformer les cours d'écoles en parking? ..."

 

Toujours dans ce Viaduc n°3, le PCF, dans son programme pour les cantonales, plaide pour le rattachement de Morlaix à St Martin des Champs, précise sa conception du soutien public au développement économique du territoire: "l'expansion économique ne signifie pas pour nous, des cadeaux aux capitalistes sous forme de terrains et d'installations gratuites (zone de Kerivin aménagée aux frais du contribuable)".

 

En fin, au bas de la page 2, ce qui deviendra une tradition dans le journal des communistes morlaisiens, on peut lire une mise en cause du Télégramme:

 

"LES SILENCES ... DU TELEGRAMME"

Le télégramme a omis d'informer ses lecteurs des raisons pour lesquelles il n'a pu paraitre vendredi 21 février:

Les linotypistes ont fait grève pour soutenir un de leur camarade mis à pied injustement. Bravo pour cet exemple

LOUABLE DE SOLIDARITE OUVRIERE!".

 

Dans le Viaduc N°4 (juin 1964), les rédacteurs qui militent pour l'installation d'un centre médico-pédagogique à Morlaix s'offusquent que la Salle Omnisports de Morlaix soit retenue pour la célébration du messe à l'occasion de la fête Diau tandis que le 7 juin, le stade de Kernéguez est également retenu pour la célébration d'une messe: "Décidément le pouvoir encourage au maximum le clergé et celui-ci en profite. Après la radio et la télé, la réaction monopolise les installations sportives".

 

Dans Le Viaduc n°6 (novembre 1964), le PCFMorlaix justifie la constitution d'une liste indépendante au 1er tour des élections Municipales tout en se montrant partisan d'une union avec les socialistes au second tour sur la base d'un programme commun. "Une liste d'union au 1er tour consisterait à passer sous silence les grandes réalisations des élus communistes, notamment à SCAER, LEUHAN, SCRIGNAC, HUELGOAT etc... où ils détiennent la municipalité depuis 20 ans... En présentant une liste d'union au 1er tour comme en 1959 nous créerons la confusion et faciliterons ainsi l'élection des représentants du pouvoir... Notre Parti, qui arrive en tête des partis de gauche à MORLAIX, ne peut accepter d'être une force d'appoint. Pour avoir la confiance des travailleurs, il faut que chaque Parti détermine le niveau de ses forces...

Quand nous aurons mis en échec les défenseurs du Pouvoir Gaulliste, au soir du 1er tour, les Communistes feront tout, à Morlaix, pour former une liste d'union pour le 2e tour; sur la base d'un programme commun et compte-tenu des forces de chaque organisation.

Les Communistes ont prouvé leur discipline républicaine en votant en masse pour élire les camarades PRAT et TANGUY PRIGENT. Il est temps de cesser la polémique et de passer au travail de masse, c'est à dire à l'explication aux électeurs des malfaisances du régime gaulliste et de l'équipe du docteur Le Duc".

 

Lors des Municipales de 1965, les communistes affirment le caractère politique des élections locales:

"Nous proclamons que les élections municipales ont un caractère politique.

Pour qui réalise t-on?

Qui paie?

Répondre à ces deux questions, c'est faire un choix politique.

Nous, Communistes, avons choisi. Nous voulons réaliser pour les travailleurs, pour les classes les plus deshéritées; nous voulons faire payer les riches et avant tout les gros patrons.

Toutes les municipalités communistes ont toujours appliqué ces deux principes.

Le rôle d'une municipalité ouvrière est de réaliser avant tout pour alléger la peine des travailleurs, de défendre l'enfance, d'organiser les loisirs de la jeunesse, d'aider les vieux".

Pour les enfants, le PCF de Morlaix propose la création de trois nouveaux patronages laïques (Madeleine, centre-ville, Rampe Saint Augustin) et le soutien au départ en vacances en colonies des enfants de famille modeste. Pour les mères qui travaillent à la Manufacture, à l'hôpital, aux PTT, il propose une crèche municipale. Pour les vieux, la création d'un Foyer, la création d'une aide aux travailleurs. La création aussi d'un office municipal d'HLM et l'achat par la ville des terrains nécessaires à la construction de logements accessibles aux bourses modestes. Le gros chantier du mandat parait-être celui de l'aissinissement: "le docteur Le Duc, maire de Morlaix depuis 18 années, écrit: "il convient d'améliorer les conditions d'hygiène et de ne plus utiliser la rivière comme exutoire naturel". Bravo, Monsieur le Maire, il eut fallu penser plus tôt et commencer par construire un épurateur et un collecteur central et ensuite étendre à toute la ville le tout-à-l'égout".

 

Dans le Viaduc de juin 1965, c'est une pétition pour demander l'implantation d'un STOP à l'intersection de la Bellevue de la Madeleine et de la Venelle de la Madeleine à cause des collisions de voitures à répétition. "Attend t-on un autre accident, peut-être mortel, celui-là? La vie d'un homme vaut-elle moins qu'un panneau? Les habitants du quartier de la Madeleine, lorsqu'ils entendront un crissement strident et si un malheur arrivait sauront accuser les responsables de cette négligence que l'on pourra qualifier de criminelle".

 

Après une interruption, en 1970, Le Viaduc, qui a a désormais comme directeur de publication Alain David, secrétaire de section du PCF Morlaix depuis quelques mois, s'étoffe, gagne en quantité d'articles, à qualité de mise en page, et en ambition: notamment celle d'établir un dialogue avec les lecteurs. Il parait toujours tous les deux mois.

En novembre 70, le journal qui coûte 30 centimes, auquel on s'abonne, a pour éditorial:

 

Pourquoi ce journal?

 

AMIS LECTEURS,

 

En France, l'écrasante majorité des journaux appartient à un petit nombre de groupes financiers. Quant à la radio-télévision, elle demeure un instrument de propagande au service du gouvernement. Et ce n'est pas parce qu'un dirigeant communiste ou syndical peut faire de temps à autre une apparition sur le petit écran que cela change quelque chose à l'essentiel. L'information est unilatérale, dirigée, partiale.

C'est pourquoi la section de Morlaix du PCF a décidé de publier un journal local afin de faire connaître à la population de Morlaix et de ses environs le point de vue des communistes sur quelques questions internationales, nationales et locales.

Il est évident que, dans une publication modeste comme la nôtre, il nous sera impossible d'aborder ou de développer tous les problèmes de l'actualité. D'autre part, les auteurs des différents articles de ce journal sont des militants de base de la section de Morlaix du Parti Communiste, ce sont des ouvriers, des paysans, des artisans, des enseignants et ils n'ont pas, pour rédiger, la facilité des journalistes professionnels.

Nous espérons cependant que vous lirez avec intérêt ce journal que vous recevrez tous les deux mois.

C'est avec plaisir que nous accepterions de dialoguer avec vous en répondant, dans nos prochains numéros, aux questions que vous nous auriez posées en écrivant au siège de notre parti, situé 5, rue Haute à Morlaix.

Le Comité de rédaction".

 

Signent leurs articles dans ce journal Renée Deroux (la place de l'EPS dans l'éducation nationale), François Paugam (luttes sociales aux Combustibles Morlaisiens), Daniel Crassin (Regards sur la RDA: réaction argumentée à un article du Télégramme), Janine Tardivel qui fait le compte rendu d'une conférence où Alain David et Louis Le Roux, membre du Comité Cental du PCF, ont parlé de la situation prometteuse du Chili.

 

En juin 1971, Le Viaduc relate une conférence débat avec le grand résistant communiste ROL-Tanguy, né en gare de Morlaix, ouvrier metallurgiste, ancien des Brigades Internationales et libérateur de Paris. "150 personnes étaient venues assister à la conférence-débat que donnait Rol-Tanguy dans la salle des conférences de la mairie de Morlaix. Aux côtés de Rol-Tanguy avaient pris place au bureau les camarades Alain David, secrétaire de section, Louis Aminot, membre du comité fédéral et Le Nagar de Plougonven".

 

En mai-juin 1972, il est question de la 8e fête du Viaduc. Louis Ollivier commente: "Le 1er mai 1972, malgré son temps incertain, a apporté sur le terrain de la Madeleine, un millier de personnes. Notre "Fête du Viaduc" devient la kermesse la plus importante de notre ville. En effet, le grand nombre de stands, leur décoration, leur qualité et surtout le match de football ont contribué à son succès en créant une ambiance gaie, joyeuse et sportive". Alain David écrit un article anti-colonialiste de circonstance:

Halte à l'agression américaine au Vietnam:

"Depuis plus d'un quart de siècle, les peuples d'Indochine sont contraints à défendre leur existence et leur dignité, leur indépendance et leur liberté. En minant les ports de la République Démocratique du Vietnam, en reprenant les bombardements intensifs sur les objectifs civils, le gouvernement américain fait un pas de plus dans l'escalade de la guerre. Il faut en finir avec cette "sale guerre". Comme tous les peuples du monde, les peuples indochinois ont un droit imprescriptible: le droit à la paix. Cette paix ne pourra voir le jour tant que l'envahisseur américain occupera l'Indochine"...

Comme d'habitude François Paugam se fait écho des luttes sociales dans la région de Morlaix, aux PTT et aux Imprimeries. Michel Derrien écrit sur les implantations d'école à La Vierge Noire et à La Boissière, et sur le manque d'espaces de vie collective dans le nouveau quartier HLM de La Vierge Noire. Son texte, toujours d'actualité, mérite d'être cité:

"Le vendredi 19 mai, la première chaîne de télévision présentait une dramatique: "Un dimanche volé". C'est le drame réel d'un ouvrier vaincu par la fatigue du travail, les bruits de la rue et de l'immeuble filtrant à travers les cloisons et les fenêtres de l'appartement, le manque de sommeil accumulé. Au-delà de cette existence, on peut trouver une condamnation des logements construits au rabais, véritables usines à névroses, des cadences de travail, de l'absence de terrains de jeux pour les enfants des HLM, condamnés à jouer au milieu des voitures ou dans les escaliers. Allez vous promener dans la rue de La Vierge Noire à Morlaix. Voyez ces clapiers humains qui montent, les espaces libres sont chichement mesurés. Dans quelques années, des centaines d'enfants y habiteront. Ce décor de béton vous fera immanquablement penser au film de Gérard Chouchan. Existe t-il une solution? Certes oui. Les constructions de ce quartier sont en place, on n'y peut plus rien. Mais il existe encore, tout à côté, du terrain. Il faut d'urgence que la ville de Morlaix achète, si ce n'est déjà fait, le "petit bois de Coat Serho", ainsi que les prés et les terrains qui bordent la route de Lanmeur. A cet endroit, il est possible, sans de trop grandes dépenses, d'aménager une part de promenade et de loisir. L'aménagement d'un bassin ne pose aucune difficulté. En outre, il faut des terrains de jeux pour les enfants. Ne serait-il pas possible de prévoir un tel espace entre la Boissière et la Vierge Noire? L'erreur serait d'attendre que les constructions soient terminées pour penser à un tel problème..."

 

En décembre 1972, Le Viaduc s'ouvre sur un article d'Alain David sur le Programme Commun:

 

"Le programme... c'est le vôtre.

Le programme commun signé par le Parti Communiste, le Parti Socialiste, et les Radicaux de Gauche ouvre au peuple des perspectives nouvelles.

Ce programme n'est pas un simple accord électoral conclu entre les dirigeants des trois partis; ce programme commun que les travailleurs ont attendu si longtemps c'est une arme que nous mettons entre leurs mains pour qu'ils puissent se libérer des quelques monopoles parasites qui sucent le fruit du travail de tout un pays.

Le programme commun est le programme de tous ceux qui ont intérêt à l'avènement d'une démocratie véritable. C'est le programme des ouvriers dont l'exploitation est sans cesse accrue, des employés et des fonctionnaires dont le pouvoir d'achat est sans cesse menacé par la hausse des prix, des artisans et des commerçants de plus en plus victimes du secteur monopoliste, des paysans que l'on force à quitter la terre pour grossir les rangs des chômeurs ou des O.S, des femmes surexploitées qui bouclent de plus en plus difficilement leur budget, des jeunes à qui ce régime n'offre aucun espoir et des personnes âgées qu'il oblige à vivre dans la misère.

En un mot le programme commun que nous vous appelons à acheter, à étudier, à populariser et à soutenir, c'est le VOTRE.

A.DAVID"

La fête du Viaduc du PCF pays de Morlaix, née en septembre 1964, a 56 ans, 55 éditions au compteur
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30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 17:20
Disparition. Denis Goldberg, une vie à lutter contre l’apartheid et pour la liberté de l’Afrique du Sud (Pierre Barbancey, 30 avril 2020)
Jeudi, 30 Avril, 2020 - L'Humanité
Disparition. Denis Goldberg, une vie à lutter contre l’apartheid et pour la liberté de l’Afrique du Sud

Militant communiste et de l’ANC, il était aux côtés de Nelson Mandela lors du procès de Rivonia et condamné à la prison à vie en 1963. Il s’est éteint mercredi soir au Cap. Il avait 87 ans.

 

Denis Goldberg venait d’avoir 87 ans. Il s’est éteint ce 29 avril, peu avant minuit, comme l’a annoncé sa famille sur son compte Facebook en inscrivant : « Sa vie a été bien vécue dans la lutte pour la liberté en Afrique du Sud. Il nous manquera ».

De parents, immigrants, juifs et communistes, Denis Goldberg a très vite appris ce qu’était l’injustice dans une Afrique du sud d’abord raciste puis franchement d’apartheid. Il milite dans des associations progressistes de jeunesse tout en poursuivant ses études d’ingénieur à l’Université du Cap, puis, recruté par l’avocat Braam Fischer, rejoint en 1957 le parti communiste alors interdit. Malgré les dangers, dès cette époque, il participe à différentes actions, notamment des distributions de tracts et la création du Congrès des Démocrates où se retrouvent les blancs opposés à apartheid.

En 1961, Nelson Mandela et Joe Slovo, secrétaire général du parti communiste sud africain, forment la branche armée du Congrès national africain (ANC) qui prendra le nom de Umkhonto we Sizwe (MK). En tant qu’ingénieur, donc capable de manier et de fabriquer des explosifs, Denis Goldberg est très vite contacté pour rejoindre les MK. Ce qu’il fera sans hésiter, d’autant que lui-même penche pour l’action armée depuis pas mal de temps déjà ! Il devient officier technique. Une période dont il se souvient dans une interview qu’il m’avait accordé en 2013 .

Alors qu’en août 1962 Nelson Mandela a été appréhendé par la police d’apartheid, grâce à l’aide de la CIA, les actions se poursuivent. Mais en juillet 1963, il est arrêté au siège clandestin du parti communiste, Lilies Farm, dans le quartier de Rivonia à Johannesburg. Avec lui, Walter Sisulu, Govan Mbeki, Ahmed Kathrada, Raymon Mhlaba, Elias Motsoaledi et Andrew Mlangeni (qui est maintenant le dernier survivant du groupe). Ils seront tous dans le box des accusés, aux côtés de Mandela, dans ce qu’on appelle le « procès de Rivonia ». Ils seront tous condamnés à quatre fois la prison à vie. Denis Goldberg, que Madiba appelait « the Boy », parce que « le plus jeune des accusés », est le seul blanc. Il est emprisonné à Pretoria alors que les autres sont emmenés sur l’île de Robben Island, ségrégation oblige ! Il ne sera libéré que 22 ans plus tard, en 1985. De 1985 à 1994, il est à Londres où il travaille pour la représentation de l’ANC. Puis, en 2002, de retour en Afrique du Sud, il devient conseiller de Ronnie Kasrils, alors ministre des eaux et des forêts.

Jusqu’à la fin, Denis Goldberg n’aura rien perdu de ses convictions politiques et humaines, toujours membre du parti communiste et de l’ANC. « Il était un « mensch », un être d’honneur de la plus haute intégrité qui rejetait les ambitions personnelles », a immédiatement réagi l’archevêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix. « Sa vie dédiée à l’Afrique du Sud et à son peuple était sans pareil. Avec son décès c’est comme si la nation avait perdu une partie de son âme ». Dans un long communiqué, le Parti communiste sud africain, salue « un géant est tombé », et veut s’assurer « que la société socialiste pour laquelle il a vécu et s’est battu, devienne une réalité ». Pour le président de l’Afrique du Sud et du Congrès national africain, Cyril Ramaphosa, Denis Goldberg était « un vrai patriote qui a sacrifié sa vie pour la liberté de notre peuple et dont les idées nous inspirent. »

Disparition. Denis Goldberg, une vie à lutter contre l’apartheid et pour la liberté de l’Afrique du Sud (Pierre Barbancey, 30 avril 2020)
Communiqué du Parti communiste sud-africain (SACP) - traduction Nico Maury

Hamba Kahle (adieu en zoulou) camarade Denis Goldberg.

Nous serons éternellement solidaires avec les travailleurs-travailleuses en souvenir de votre nom.

Le SACP abaisse sa bannière rouge et salue le camarade Denis Goldberg, piliers du Parti, de l' uMkhonto weSizwe ("fer de lance de la nation" - branche militaire du Congrès national africain d'Afrique du Sud et du Parti communiste), membre du SACP et de l'ANC, dirigeant de l'ANC et communiste jusqu'au bout de sa vie. Le camarade Denis Goldberg est décédé juste avant minuit, le 29 avril 2020 à l'âge de 87 ans. Le SACP est profondément attristée et a exprimé ses sincères condoléances à sa famille, à la fondation, à la classe ouvrière, aux camarades et amis, pour la grande perte rencontrée .

Son message au SACP, aux communistes et aux amoureux de la liberté du monde entier lors de son interview en février de cette année, nous a appelé à intensifier la solidarité avec les travailleurs-travailleuses et, à travers cette solidarité, à défendre les droits de ces derniers.

Nous avons appréciés la pertinence de ses luttes pour vaincre la pandémie de Covid-19 et pour garantir que les plus vulnérables de notre société soient à l'abri du virus, pour être en mesure de mettre de la nourriture sur la table et d'avoir un abri et de l'eau pour la vie. Le camarade Denis Goldberg en tant qu'ingénieur de formation a servi ce pays comme conseiller au ministère en charge de l'eau après son retour d'exil, de 2002 jusqu'à 2004. Il nous appartient de récupérer sa lance tombée et de nous assurer que le droit d'accès à l'eau propre et potable soit une réalité pour tous les Sud-Africain.e.s.

Le camarade Denis a été politisé enfant face à la montée du fascisme en Europe et suite aux événements de la guerre. Son engagement envers l'internationalisme n'a jamais faibli. Il a rejoint la Modern Youth Society alignée sur les socialistes en 1953 alors qu'il étudiait le génie civil à l'Université du Cap.

Le camarade Denis a été recruté au Parti communiste par le camarade Braam Fischer et a servi loyalement au sein du Parti tout au long de sa vie. Il était un membre actif du Parti clandestin dans les années 1950 et a joué un rôle actif dans la distribution du matériel du SACP au Cap, en utilisant son toit de voiture comme mécanisme de distribution pour les zones où les risques de distribution étaient connues. Telle est la créativité d'un ingénieur communiste!

En tant que membre du SACP, il a rejoint d'autres membres éminents pour former le Congrès des démocrates, la maison des militants du mouvement des congrès blancs dans les années 1950, et a fait partie de son exécutif. Pendant l'état d'urgence en 1960, Goldberg et sa mère ont été détenus pendant quatre mois. Il a donc été licencié, mais cela ne l'a pas dissuadé de sa contribution à notre révolution.

Le camarade Denis a rejoint le uMkhonto weSizwe en 1961 et a été officier technique. En juillet 1963, il a été arrêté au siège clandestin du SACP, Liliesleaf Farm. Décrit par camarade Nelson Mandela dans son autobiographie, Long Walk to Freedom, comme «le plus jeune des accusés», il a été inculpé dans le procès de Rivonia et condamné en 1964 à quatre peines de prison à perpétuité. En raison de la ségrégation raciale, il ne fut pas enfermé avec ses camarades à Robben Island, mais à la prison centrale de Pretoria. Le camarade Denis était un fervent partisan de l'abolition de l'apartheid pendant que d'autres étaient opprimés et exploités.

Fidèle au principe selon lequel l'apprentissage est une activité permanente, il a étudié en prison et a obtenu des diplômes en administration publique, en histoire et géographie, et en bibliothéconomie. Goldberg avait presque terminé ses études de droit à sa sortie de prison, après avoir purgé 22 ans. En 1985, il part en exil à Londres pour rejoindre sa famille.

À Londres, il a repris son travail à l'ANC dans son bureau de Londres de 1985 à 1994. Il a été porte-parole de l'ANC et l'a également représenté au Comité anti-apartheid des Nations Unies. Il a été reconnu internationalement pour son travail contre l'apartheid.

Le camarade Denis Goldberg est retourné en Afrique du Sud en 2002 et a été nommé conseiller spécial de Ronnie Kasrils, alors ministre des Affaires hydrauliques et forestières, jusqu'en 2004. Ces dernières années, le camarade Denis a lutté contre la maladie avec le même esprit indomptable qu'il a combattu contre l'apartheid et capitalisme. Il est resté un activiste jusqu'à son dernier souffle, avec de merveilleux plans de développement communautaire dans sa région natale de Hout Bay, qui en son honneur doivent être maintenus et développés.

Un géant est tombé.

Un révolutionnaire a respiré son dernier souffle.

Alors que nous saluons notre camarade décédé et exprimons nos condoléances à sa famille et à ses camarades, veillons à ce que la société socialiste pour laquelle il a vécu et combattu devienne une réalité.
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30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 09:02
Alain Signor (deuxième homme en partant de la droite) avec Pierre Le Rose (caché derrière la première bigoudène), Rol-Tanguy et Paul Le Gall et des résistantes du Pays Bigouden à une fête de la Bretagne dans les années 50. Corentine Tanniou Dornic est la bigoudène située au centre, une courageuse résistante du pays bigouden (4ème portrait des 100 ans d'engagements communistes en Finistère)

Alain Signor (deuxième homme en partant de la droite) avec Pierre Le Rose (caché derrière la première bigoudène), Rol-Tanguy et Paul Le Gall et des résistantes du Pays Bigouden à une fête de la Bretagne dans les années 50. Corentine Tanniou Dornic est la bigoudène située au centre, une courageuse résistante du pays bigouden (4ème portrait des 100 ans d'engagements communistes en Finistère)

Corentine Tanniou Dornic est la bigoudène située au centre, elle est entourée de Rol Tanguy (chef FFI qui a libéré Paris, ancien métalo né à Morlaix, ancien des Brigades Internationales), Paul Le Gall (futur secrétaire départemental du PCF Finistère Sud), Alain Signor, responsable communiste depuis l’avant guerre, résistant, député à la Libération, et Pierre Le Rose (archives Pierre Le Rose)

Corentine Tanniou Dornic est la bigoudène située au centre, elle est entourée de Rol Tanguy (chef FFI qui a libéré Paris, ancien métalo né à Morlaix, ancien des Brigades Internationales), Paul Le Gall (futur secrétaire départemental du PCF Finistère Sud), Alain Signor, responsable communiste depuis l’avant guerre, résistant, député à la Libération, et Pierre Le Rose (archives Pierre Le Rose)

Alain Signor (photo officielle du député communiste)

Alain Signor (photo officielle du député communiste)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

85/ Alain Signor (1905-1970)

Devoir de mémoire. Au nom de son père, Alain Signor, député communiste du Finistère à la Libération (Le Télégramme, 25 juillet 2019)

En juillet 2019, à 89 ans, la fille du député communiste du Finistère et cadre de la Résistance Alain Signor, Elise Foliot, membre du PCF Pays Bigouden, témoignait dans le Télégramme (article de Delphine Tanguy, 25 juillet 2019):

"Une rue de Pont-l’Abbé porte son nom. « Ce n’est pas lui qui l’a demandé. C’était après sa mort », s’empresse de préciser Élise Foliot, sa fille, qui souhaite raviver le souvenir de son père, un homme intègre, trop tôt disparu à l‘âge de 65 ans. C’était un homme très simple qui a passé une grande partie de sa vie à Pont-l’Abbé où il est né et qui a fait deux mandats de député », expose cette dernière qui tient à effectuer ce devoir de mémoire avant d’elle-même disparaître. « Il était instituteur et il a été arrêté dans sa classe, devant ses élèves, par la police pétainiste, avant que les Allemands n’arrivent, puis interné à l’île d’Yeu. N’avait-il pas le droit d’avoir ses idées comme tout un chacun ? », s’interroge encore aujourd’hui la vieille dame à propos de ce père qui a créé une section des jeunes communistes en 1924 à Pont-l’Abbé et a adhéré au PCF en 1927. Depuis l’âge de 20 ans, il était communiste et nous, sa femme et ses quatre filles, on a dû se cacher. se souvient Élise. Révoqué de son poste d’instituteur par le régime de Vichy le 28 octobre 1940, il rejoint les rangs de la Résistance en zone sud après s’être évadé du camp de Saint-Augeau, dans le Cantal. « Nous étions seules, ma petite mère et ses quatre filles. Il a bien fallu qu’on nous accueille quelque part. La résistance était déjà organisée et s’est occupée de nous trouver une famille, ma sœur aînée et moi, à Plougonvelin, dans une ferme. En Bretagne il y avait des gens vraiment bien, raconte Élise avec émotion. J’avais 10-11 ans et pendant une année, on n’est pas allé à l’école. Une fois les vacances finies, on faisait attention de ne pas faire de bruit pour que les gens ne posent pas de question sur notre présence. Il y avait de la délation », complète celle-ci qui avait 15 ans à la Libération et sa sœur Monique 17 ans. Sa mère s’était quant à elle réfugiée avec les deux plus jeunes chez sa sœur dans le 14e arrondissement de Paris.  Il a repris ses fonctions d’instituteur après la guerre, à Issy-les-Moulineaux puis à Brest, et il a enseigné jusqu’à sa retraite. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à écrire sur son Pays bigouden qu’il adorait avant tout », raconte encore Élise à propos de son père qui est l’auteur d’un livre sur la révolution à Pont-l’Abbé. Elle se souvient également de son séjour en URSS, accompagné de sa femme. « C’est ma grand-mère bigoudène qui est venue s’occuper des quatre filles à Issy-les-Moulineaux ». Une grand-mère qui tenait un commerce de bières, boissons gazeuses et confiserie au n° 5 de la rue Lamartine à Pont-l’Abbé avec son fils Pierre. « Il est resté six mois là-bas et il a vu des choses qu’il n’aurait pas dû voir mais il ne pouvait pas rester sans parler », ajoute Élise. Il séjourna à Moscou de septembre 1945 à mars 1946 comme correspondant de l’Humanité et représentant du PCF et milita après son retour en France au sein de l’association France URSS. Le 10 novembre 1946, Alain Signor fut élu député du Finistère en troisième position sur la liste « d’Union républicaine et résistante », avec Pierre Hervé et Gaby Paul. Lors de ses mandats, il fut membre des commissions de l’agriculture (1946-1947), de l’Éducation nationale (1949-1951), et surtout de la Marine marchande et des pêches (1946-1951). À la Chambre, il fut très actif : défense des agriculteurs, des pêcheurs, des normaliens et des écoles normales dont il devint le spécialiste, tout en protestant contre la guerre d’Indochine » détaille le site internet « Guerre et résistance en Pays bigouden » créé en 2016 par trois enseignants à la retraite dont Jean Kervision, ancien instituteur qui a connu la rafle du 12 août 1944. "

Notice du Maitron par Christian Bougeard et Jacques Girault sur Alain Signor:

Pour citer cet article : http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article131174,

Né le 28 septembre 1905 à Pont-l’Abbé (Finistère), mort le 6 février 1970 à Menton (Alpes-Maritimes) ; instituteur ; membre du comité central du PCF ; député communiste du Finistère (1946-1955).

Le nom de Le Signor fut annulé par décision de justice et transformé en Signor en 1949. Les parents d’Alain Le Signor, domestiques de ferme, vinrent à Pont-l’Abbé après leur mariage en 1903 et travaillèrent comme manœuvre. Le père mourut en 1911 et la mère exploita un commerce de bière, boissons gazeuses et confiserie qui employait en 1933 un frère d’Alain, son beau-frère et deux employés. Le Signor, élève du cours complémentaire de Pont-l’Abbé, entra à l’École normale d’instituteurs de Quimper (promotion 1921-1924) et obtint le brevet supérieur. Il enseigna en pays bigouden (Plomeur puis Plobannalec-Lesconil) jusqu’en 1940. En janvier 1924, il adhéra au syndicat des membres de l’Enseignement (CGTU) dans lequel l’influence de militants anarcho-syndicalistes comme Josette Cornec et Jean Cornec était forte. Il fut le secrétaire adjoint de la section départementale du syndicat « unitaire » de 1930 à la fusion dans le Syndicat national des instituteurs en 1936.

Après son service militaire effectué comme soldat de 2e classe au 106e régiment d’Infanterie de Châlons-sur-Marne de 1925 à 1927, Le Signor épousa le 4 décembre 1927 à Pont-L’Abbé, Yvonne Guillaumat, qui, née de père inconnu, abandonnée par sa mère, fut élevée par Charles Le Signor, un simple homonyme, un maçon qui militait avant la guerre à la SFIO, fut secrétaire du syndicat du bâtiment de Pont-l’Abbé en 1913-1914 puis resta fidèle lecteur de l’Humanité après la guerre. Ouvrière brodeuse puis ménagère à partir de 1927, elle était présentée par son mari comme sympathisante communiste « mais son attachement au foyer est encore plus grand. » Après la guerre, sans profession, elle adhéra au Parti communiste français. Le couple eut cinq enfants.

Le Signor fonda une section des Jeunesses communistes à Pont-l’Abbé en septembre 1924. Secrétaire de la Xe Entente des Jeunesses communistes, il adhéra au Parti communiste le 12 mai 1927, ce qui en fit en 1953 l’un des deux plus vieux adhérents de la direction fédérale du Finistère avec Pierre Salaün (adhérent depuis 1925), ouvrier papetier, maire de Scaër après 1945.

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes dans le Finistère: 59/ Pierre Salaun

Secrétaire du rayon communiste de Pont-l’Abbé de 1927 à 1939, il devint membre du comité de la région communiste de Bretagne en 1930, secrétaire du comité départemental, responsabilité étendue au secrétariat de la région bretonne Finistère-Morbihan lors de sa création en juin 1934. Placé à la tête des délégations bretonnes en 1936 au congrès de Villeurbanne, en décembre 1937 au congrès d’Arles où il défendit la politique de la « main tendue », il fut élu membre suppléant du comité central. Depuis 1935, lors de sa recréation, il dirigeait le journal hebdomadaire régional La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime. Candidat aux élections législatives d’avril 1936 dans la troisième circonscription de Quimper, il obtint 15,5 % des voix et se désista pour le député sortant radical-socialiste Albert Le Bail, favorable au Front populaire. Dans ce fief électoral des Le Bail, père et fils, la percée communiste, notamment dans les ports de pêche, n’était pas négligeable.

Non mobilisable pour des raisons de santé (ancien tuberculeux, difficultés cardiaques) en septembre 1939, inscrit au carnet B depuis 1927, Le Signor fut astreint à résidence forcée dans l’arrondissement de Quimper au 1er octobre 1939. Puis il reprit son travail en octobre 1939. Selon Eugène Kerbaul, il contribua à la mise en place des premières structures clandestines du Parti dans le Sud-Finistère. Le 17 septembre, son domicile avait déjà été perquisitionné. Il fut suspendu de ses fonctions par décision préfectorale du 18 novembre 1939 qui, sans doute, ne reçut pas d’application. Selon ses Souvenirs d’un militant, il subit en janvier 1940 de nombreuses pressions de l’inspecteur d’Académie et de la police : demande de condamnation de l’URSS et du pacte germano-soviétique. La suspension de son poste d’instituteur en février fut suivie d’une nouvelle perquisition policière le 13 mars 1940. La police cherchait à éliminer les cadres qui tentaient de réorganiser les communistes. Arrêté le 25 mars. interné à l’île d’Yeu puis, à la fin d’avril 1940, au camp de Saint-Angeau près de Riom-ès-Montagne (Cantal), il s’évada de ce dernier, le 15 septembre 1940. Révoqué le 28 octobre 1940 avec deux autres instituteurs du Finistère, Jean Cornec et Charles Drapier, il participa dès lors à la Résistance en zone sud.

Responsable régional à Grenoble (Isère) en 1941, au début 1941, il prit la direction clandestine du Parti communiste dans la région marseillaise, remplaçant Caresmel. Après l’arrestation de Barthel (Jean Chaintron) en mars 1941, envoyé à Lyon, il devint instructeur du comité central, puis membre de la délégation du comité central en zone Sud jusqu’à l’été 1944 du triangle de direction avec Léon Mauvais et Hubert Ruffe. Il participa à la préparation des grèves, à l’organisation paysanne dans les villages, la constitution de comités de défense et d’action paysanne, à la préparation de l’insurrection à Marseille en juillet-août 1944. 

Dans ses professions de foi, il écrivait que ses « services dans la Résistance étaient homologués du 1er septembre 1940 au 1er septembre 1944 avec le grade de lieutenant-colonel » et se présentait comme un grand invalide de la Résistance.



En novembre 1944, Alain Le Signor revint dans le Finistère où il joua un rôle important dans la mise en place de la nouvelle direction d’une fédération en plein essor, s’occupant de la sélection et de la formation des cadres. En mars 1945, il était membre du secrétariat du PCF du Finistère et fit de Gabriel Paul le secrétaire fédéral qui devint député en septembre 1945. Il fut lui-même élu au comité central lors du congrès de 1945 et occupa des responsabilités dans la section idéologique, dans la section de propagande. Il fut aussi nommé à la direction des Cahiers du Communisme où ses choix sur le contenu des articles furent parfois critiqués. Il séjourna à Moscou (septembre 1945 – mars 1946) comme correspondant de l’Humanité et représentant du PCF. Il milita après son retour en France à l’association France-URSS. Reconduit comme membre du comité central par le congrès de 1947, il fit partie d’une délégation du comité central dans les Antilles françaises (septembre-octobre 1947).

Le 10 novembre 1946, Alain Signor fut élu député du Finistère en troisième position sur la liste « d’union républicaine et résistante », avec Pierre Hervé et Gaby Paul, la liste communiste recueillant 27,84 % des suffrages (plus 10 000 voix depuis juin 1946) et 3 sièges sur 10.

Pierre Le Rose, Lettre à Pierre Crépel datée du 16 octobre 1985:

"Dans des élections législatives à la proportionnelle, le Parti Communiste recueillait 70 000 voix en novembre 1945 (2 députés), 80 000 voix en mars 1946 (2 députés), 105 800 voix en novembre 1946 (3 députés sur 10 députés finistériens). La part de la jeunesse et des femmes fut considérable dans cette période. Nous avions la première femme maire (Kernevel), des adjointes. Notre Parti faisait le plus confiance aux jeunes (Gabriel Paul, député et secrétaire fédéral à 26 ans), Marie Lambert, députée et secrétaire fédérale à 33 ans (idem dans les Côtes d'Armor avec Hélène Le Jeune). On retrouve des jeunes de nos fédérations bretonnes également à Ouest-Matin (sur Rennes comme correspondants).

L'audience du Parti était très grande dans le Finistère à la Libération. On évaluait les adhérents à 10 000 ou 12 000. Les cartes étaient placées aux réunions publiques au lendemain de la libération. L'organisation ne suivait pas. Mais dans les localités importantes (Brest, Morlaix, Quimper, Douarnenez, Concarneau), les cellules avaient des Bureaux et des activités réelles. Le premier pointage réel que j'ai pu faire en Avril 47 (je venais d'avoir la responsabilité de l'organisation fédérale) faisait apparaître plus de 7000 adhérents. Nous avons vu jusqu'à 12 000 personnes à nos fêtes fédérales (fête de la Bretagne, notre journal, avec Marcel Cachin; 40 000 personnes à Brest sur le cours d'Ajot avec Maurice Thorez le 6 juillet 1947). Parallèlement, les JC (44-45) puis l'UJRF (à partir d'avril 45) comptaient entre 9 et 10 000 adhérents (jeunes venus des FTP, jeunes filles très nombreuses). Les jeunes prenaient leurs responsabilités pour organiser les activités ( 400 Jeunes Communistes à Quimper, 200 à Concarneau, mêmes chiffre à Douarnenez; organisations existant dans les localités rurales du Centre Finistère, Riec sur Belon, etc...). Les meetings des JC rassemblaient autant et parfois plus d'auditeurs que le Parti. Ce sont les JC (garçons et filles) qui ont vite fourni les cadres du Parti (peut-être au détriment de l'organisation des jeunes)."

L'audience du Parti Communiste à la libération dans le Finistère

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 54/ Pierre Hervé (1913-1993)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

Durant la campagne, Signor s’était signalé par son antisocialisme. En tête de la liste communiste, il fut réélu le 17 juin 1951, ainsi que Paul (20,93 % des suffrages). Lors de ses mandats, il fut membre des commissions de l’agriculture (1946-1947), de l’Éducation nationale (1949-1951), et surtout de la Marine marchande et des pêches (1946-1951). A la Chambre, il fut très actif : défense des agriculteurs, des pêcheurs, des normaliens et des écoles normales dont il devint le spécialiste, tout en protestant contre la guerre d’Indochine.

Lors de la conférence fédérale de février 1949, présidée par Jeannette Vernmeersch,  une véritable « purge » frappa le comité fédéral : 24 nouveaux membres y entrèrent avec la promotion de Daniel Trellu, ancien chef départemental des FTP, comme secrétaire fédéral. Cette mesure résultait de la crise politique de la fédération du PCF du Finistère en 1948-1949, marquée notamment par la démission de Pierre Hervé de son siège de député le 15 juin 1948.

Bien qu’ayant quitté le comité central, Signor, dans le Finistère, participa à la reprise en main et au durcissement de la ligne du parti et de la CGT. Selon les Renseignements généraux, la direction Trellu-Signor fut chargée d’écarter les militants considérés comme « titistes, déviationnistes ou mous ». En mars 1949, ils présentaient Signor comme « très autoritaire et sectaire ». Les autocritiques, les mises à l’écart de cadres et les exclusions se succédèrent.

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 1/ Daniel Trellu (1919-1998

Signor fit partie des 26 membres (15 titulaires et 11 suppléants) écartés lors du XIIe Congrès du PCF en avril 1949. Ses liens avec Charles Tillon inquiétaient la direction du PCF.

Au printemps 1950, une série de grèves violentes secoua le Finistère. Le 14 avril, une manifestation de femmes de l’Union des femmes françaises à Brest se solda par l’arrestation de la députée communiste Marie Lambert et de deux cadres du Parti.

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

En effet, du 17 mars au 24 avril 1950, une longue grève des ouvriers du bâtiment brestois, organisée par un comité intersyndical CGT-FO-CFTC et soutenue par les ouvriers de l’arsenal, les traminots, les cheminots, les dockers et les agents de la Sécurité sociale, se termina tragiquement. Le 17 avril, lors d’une manifestation de protestation de 5 000 personnes contre l’intransigeance patronale, l’ouvrier communiste Edouard Mazé, frère du secrétaire général de la CGT du bâtiment, fut tué au cours d’affrontements avec la police d’une balle en pleine tête. Il y eut une cinquantaine de blessés dont quatre par balles et seize arrestations dont celles de deux députés du PCF. Une foule immense et traumatisée participa aux obsèques de Mazé le 19 avril. Arrêté le soir même, Signor fut bientôt relâché ainsi que sa collègue alors que Jacques Duclos interpellait le gouvernement contre la violation de leur immunité parlementaire. Les deux députés finistériens furent condamnés à six et cinq mois de prison avec sursis. Dans le procès en appel, il fut défendu par les avocats Léo Matarasso et Marcel Willard.

Durant cette période, l’affrontement entre les communistes et les socialistes SFIO dirigés par Tanguy Prigent était très virulent. Reflet de cette politique sectaire, Signor conduisait, pour la première fois, la liste du PCF dans le Finistère aux élections législatives du 17 juin 1951 (six listes sans apparentements). Le PCF devançait encore nettement la SFIO (16,1 %) qui avait stabilisé son score de 1946. Mais avec 20,9 % des suffrages exprimés (moins 27 345 voix) au lieu de 27,8 % en novembre 1946, il perdait un siège de député dans le Finistère.

Aux élections législatives de janvier 1956 (9 listes), après un nouveau changement de direction fédérale et la dénonciation du sectarisme passé, Signor fut écarté de la liste du PCF alors que Gaby Paul et Auguste Penven étaient élus députés (18,6 % des voix). (...)

Alain Signor n’appartenait plus aussi à la direction fédérale, devenant membre du seul comité de la fédération en 1953. Selon le rapport de Servin, la conférence fédérale en mai 1956 ne procéda pas à sa réélection comme membre du comité fédéral. (...)

Alain Signor, après la fin de son détachement comme parlementaire, réintégra l’Éducation nationale et demanda sa mutation en région parisienne. Il reprit en octobre 1956 du service dans l’enseignement à Issy-les-Moulineaux où il habitait, d’abord, puis à Brest, jusqu’à l’heure de sa retraite, en 1959. Il se retira à Pont-l’Abbé et consacra dès lors ses loisirs à la recherche historique. Puis il partit pour la Côte d’Azur pour des raisons de santé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article131174, notice SIGNOR Alain, Pierre, Marie [LE SIGNOR dit] par Christian Bougeard, Jacques Girault , version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 20 février 2020.
1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère: 85/ Alain Signor (1905-1970)

Le Télégramme de l'Ouest et de Brest, Journal républicain du matin, 29 novembre 1944

Quimper

"Meeting communiste

-

Le dimanche 26 novembre, le parti communiste a tenu un meeting dans la salle des fêtes. Plusieurs milliers de personnes y assistaient. 

M. Théo Le Coz, de la section de Quimper, présente Alain Signor, membre du comité central, qui s'évada du camp de Saint-Augeau, dans le Cantal, en 1940, et dirigea l'insurrection de Marseille lors du débarquement allié. 

M. Alain Cariou, membre du C.D.L (Comité Départemental de Libération) et du bureau régional du parti, entretient l'assemblée du problème du ravitaillement général, qui laisse à désirer, des collaborateurs dont les biens devraient être confisqués au profit de la nation, de la commission des profits illicites qui fera, sans faiblir, l'épuration économique. Il exalte le courage de nos vaillants F.F.I et s'élève contre la menace de saisie du journal communiste "L'aurore". 

M. Signor déclare que son parti a toujours travaillé à l'union de tous les Français. Il rappelle les atrocités commises par les boches et dit que les troupes françaises doivent aller à Berlin pour poser de sévères conditions de paix et libérer nos prisonniers et nos déportés. Il demande à chacun de travaille à l'amélioration des conditions économiques du pays et réclame l'augmentation des salaires et des retraites, la suppression des trusts et la disparition du chômage. Il fait appel au patriotisme de tous pour souscrire à l'emprunt.

M. Signor s'élève contre la décision du gouvernement de désarmer les gardes civiques républicaines et de procéder à des élections en l'absence des prisonniers et des déportés. Il préconise la préparation des Etats généraux dans toutes les villes et communes. Des assemblées réunissant des patriotes seraient chargées, sur la base du programme de la Résistance, d'établir des cahiers de la Renaissance française et de désigner les délégués aux États généraux de leur commune. Ceux-ci désigneraient leurs délégués au département: ces derniers, à leur tour, enverraient des délégués aux Etats généraux de la Renaissance française qui se réuniraient à Paris. 

Après un appel de M. Signor en faveur de son parti et le vote des deux résolutions, l'assemblée se sépare au chant de la "Marseillaise".

Sur le blog de Gaston Balliot: https://bigouden1944.wordpress.com

A la mémoire des fusillés de Poulguen, par Alain Signor

A LA  MEMOIRE DES FUSILLES DE POULGUEN par Alain Signor en 1964 

Le  8 mai dernier (1964), dans toutes les communes de France, a été commémoré l’Armistice du 8 mai 45. Au Guilvinec, à Treffiagat et Penmarc’h, cette cérémonie a  été marquée par un dépôt de gerbe au monument aux Morts. La plupart des participants se sont ensuite rendus au monument des fusillés de Poulguen, Poulguen où, d’avril à mai 1944 (voici donc 20 ans), tombèrent avec un grand courage 33 combattants de la Résistance.

Deux républicains espagnols y achevèrent leur héroïque combat pour la liberté, mêlant un sang généreux à celui de nos compatriotes . Plus tard les bourreaux hitlériens, après avoir abattu sur le territoire de leur commune natale les deux frères Volant, de Plobannalec-Lesconil. vinrent enfouir leurs cadavres dans le sable abreuvé de sang de Poulguen. Au total 35 patriotes y trouvèrent une fin glorieuse.

Leurs noms sont gravés dans le granit du monument érigé en 1947 à l’initiative de la municipalité de Penmarc’h, sur les lieux même du massacre, sauf pour quatre d’entre eux, non identifiés et qui y figurent sous l’inscription : «  quatre Anonymes » .Quatre soldats sans uniforme, de la  liberté et de l’indépendance, soldats aux noms perdus, d’autant plus chers, s’il est possible, à nos cœurs.

Ces combattants étaient tous des travailleurs : ouvriers, paysans, marins, artisans, commerçants, enseignants, fonctionnaires…

La noble figure du docteur Nicolas, né à Pont-L’Abbé , le 16 décembre 1879, domicilié à Concarneau représentait les professions libérales. C’était aussi le doyen d’âge de tous ces héros. Il aurait pu être le père, et même le grand-père de beaucoup d’entre eux.

Ce qui frappe, en effet, c’est leur jeunesse. La plupart étaient Finistériens; mais l’Ille-et-Vilaine, L’Eure-et-Loir et la Région parisienne y étaient aussi représentés, et, nous l’avons vu les Républicains espagnols . Ce qu’ils avaient tous de commun, c’était la haine de l’oppression, l’amour de la liberté, la volonté d’une vie  meilleure dans un monde libéré de la servitude.

Nom et prénoms                    date de naissance       lieu de naisance     Résidence
Quatre anonymes
MORENO (pseudo) Joseph           15.09.1915          Madrid (Espagne)        Réfugié en France
GARCIA Martin Antonio              13.0.1911              Avila  (Espagne)           idem
LE GALL François                       09.11.1923                   ?                        Saint_Grégoire(IetV)
CARON William                             18.02.1919                  ?                    Sorel-Moussel (EetL)
COCHERY René                          06.01.1914          Chartres (E et L)          Morlaix
BEVIN Yves                                 09.01.1921          Peumerit ( Fin.)        Vitry-sur-Seine
LANCIEN Jean-Louis                  05.05.1921          Scaër                          Scaër
QUEINNEC Arthur                      18.09.1919          Quimper            Quimper
LE PORT Charles                          2301.1920           Quimper             Quimper
VOLANT Marcel                        04.08.1916           Quimper               Quimper
KERGONNA Marcel                 08.09.1919             Beuzec-Cap-Sizun    Quimper
PLOUZENNEC Pierre               12.05.1920         Plogastel-Saint-Germain  Quimper
CAM  Maurice                            20.06.1919             Pont-De-Buis           Pont-de-Buis
NORMANT Robert                    30.07.1919         Plouhinec                    Plouhinec
VOLANT Antoine                       20 ans           Plobannalec-Lesconil  Plobannalec-Lesconil
VOLANT Yvon                            30 ans                              idem               idem
GRALL Henri                             07.01.1922          Pleyber-Christ            Pleyber-Christ
BOURLES Jean                          11.06.1920            Pleyber-Christ            Pleyber-Christ
CREAC’H Albert                        07.08.1920                           idem             idem
PHILIPPE François                     22.09.1920                   idem                  Landivisiau
LE BUANEC Arthur                   01.09.1919            Guerlesquin                 Morlaix
LE SIGNOR Roger                     29.12.1919            Camaret-sur-Mer Camaret-sur-Mer
COAT Paul                                 03.03.1925             Brest St Marc              Brest
TANGUY Hervé                         25.01.1926                    idem                     idem
PAUGAM Roger                        12.10.1923                    idem                     idem
LE BAUT Roger                         17.09.1921                    idem                     idem
BRUSQ  Emmanuel                     13.08.1923              Audierne               Audierne
SIMON Jean                              09.10.1924                    idem                  idem
CADIC Eugène                           14.04.1921               Bannalec                Bannalec
LOREC Eugène                          10.04.1920             Pont-L’Abbé              idem
Dr NICOLAS Pierre                   16.12.1879                   idem                 Concarneau

Les Résistants étaient astreints à la stricte observation des règles de la clandestinité. La moindre indiscipline en ce domaine pouvait entraîner de redoutables conséquences. C’est pourquoi de leurs épreuves, de leurs combats, de leurs succès comme aussi de leurs revers, il subsiste peu de traces écrites, car l’ordre était, ici, inflexible : il fallait détruire toutes les traces écrites susceptibles de renseigner l’ennemi.

Toutefois, voici deux témoignages : l’un émane de Jean-Roland PENNEC de Camaret-sur-Mer, plus connu de ses compagnons d’armes sous le pseudonyme de « Capo ». L’autre vient  d’un douanier allemand de la Gast de Guilvinec, recueilli par un de ses collègues d’Audierne et rapporté par Francis POSTIC, ancien maire de cette dernière commune et ancien douanier lui-même.

« Capo » avait 23 ans lors de évènements dramatiques de Poulguen. Ce n’est qu’à une énergie indomptable qu’il  dut de ne point partager le sort de ses infortunés compagnons.

Très tôt, sa volonté de combattre l’envahisseur les armes à la main le conduisit à s’enrôler dans les F.T.P.F., avec une poignée de Camarétois aussi décidés que lui à la lutte. Affecté au maquis de Spézet, il entra, avec son ami Roger SIGNOR dans l’unité de choc constituée en 1943 et placée sous le commandement de Yves BEVIN, professeur à Vitry-sur-Seine.

L’unité comprenait d’autres résistants connus pour leur bravoure : Jean-Louis LANCIEN de Scaër , Fernand AUMEL, probablement de Callac ( Côtes du Nord), Jean-Louis DERRIEN de Plonéour-Ménez, leur agent de liaison et un Camarade juif dont « Capo » ignorait l’identité et dont il pense qu’ils seraient parmi les « anonymes » de Poulguen.

Cette unité harcela l’ennemi dès sa constitution ; elle battait un vaste secteur de la Montagne Noire. Admirablement renseignés, elle frappait les postes isolés, mitraillait les cantonnements, les transports, faisait sauter les dépôts de munitions et de matériel de guerre. L’objectif atteint la troupe s’évanouissait, puis se regroupait sur des bases éloignées.

Cependant Yves BEVIN fut arrêté au Fell en Spézet, en 1943, avec son agent de liaison et un autre camarade. Condamnés à mort, ils furent exécutés à Poulguen. L’unité reconstituée,

Le commandement en fut confié à « Capo ».

Au début de l’hiver 1943-44, elle reçut la mission de transférer cinq aviateurs américains dans les Côtes-du-Nord. La tâche accomplie, l’escorte s’arrêta à Gourin sur le chemin du retour ; elle fut hébergée à l’hôtel-restaurant Perrot, près de la gare. A ce moment « Capo » contracta une forte grippe et dut garder le lit. Il demanda en vain à ses compagnons de quitter l’hôtel-restaurant, mais aucun ne voulut le laisser seul. Deux jours plus tard , ils y étaient encore. Au cours de la dernière nuit passée à l’hôtel, 200 Allemands transportés par camions, cernèrent l’immeuble. Jetés dehors, en chemise, les mains levées et aveuglés par les phares des camions, Capo et ses compagnons demeurèrent deux heures durant exposés aux morsures d’un froid glacial. Emprisonnés d’abord à Carhaix, privés de toute nourriture et de boisson pendant trois jours, ils furent ensuite transférés à la prison Saint-Charles de Quimper. Tous furent condamnés à mort. Ils se retrouvèrent à dix dans le cachot destiné aux condamnés à mort. Aussitôt, ils entreprirent de s’évader, se procurèrent une corde, peu solide hélas, percèrent le plafond de la cellule puis la toiture. Selon l’ordre déterminé; Capo sortit le premier suivi de Jean-Louis DERRIEN. Lorsque Roger SIGNOR, plus corpulent parvint presqu’à la toiture, la corde se rompit. Les huit patriotes qui restaient furent exécutés à Poulguen en avril-mai 1944.

Pour terminer cette évocation et faire toucher du doigt – notamment aux jeunes générations- le courage inouï de ces hommes , nous rappellerons l’exemple de Manu BRUSQ d’Audierne. Ce témoignage nous vient d’un douanier allemand de la  GAST  (Douane allemande) du Guilvinec, recueilli par un de ses collègues d’Audierne et que nous a rapporté Francis Postic, ancien maire de cette commune et ancien douanier lui-même.

Manu Brusq, jeune homme athlétique. Dynamique, très intelligent et cultivé, était l’homme des coups de main spectaculaires, I’homme « sans peur ». Il avait du mal à se contenir et sa témérité frisait apparemment l’inconscience du danger comme en témoigne son dernier acte avant son exécution.

Alors que les condamnés arrivaient au lieu désigné pour leur exécution, encadrés par les soldats allemands, fusils chargés, baïonnette au canon, un capitaine commit l’imprudence de s’approcher trop près des patriotes pour lancer un ordre aux soldats de tête. D’un geste frénétique, Manu BRUSQ s ‘empara du petit sabre de l’officier et le tua. Presque massacré à coups de crosses, il fut fusillé quelques minutes plus tard.

Ni chez Manu, ni chez ses camarades, il n’y avait la moindre inconscience du danger. Bien au contraire, ils étaient bien placés pour apprécier la sauvagerie de l’ennemi et savaient pertinemment à quoi ils s’exposaient, mais leur détermination venait d’abord de leur haine d’un oppresseur particulièrement féroce, mais aussi dans ce que, dans le combat, ils s’étaient aguerris et connaissaient parfaitement ses insuffisances et ses faiblesses.

A l’heure où certains s’efforcent de ternir l’image de la Résistance, de réhabiliter quelques criminels nazis, où certaines organisations d’extrême-droite se réclament ouvertement de l’idéologie fasciste, il était bon que soient rappelés les immenses sacrifices consentis par notre peuple pour libérer notre territoire de l’oppresseur hitlérien.

Alain Signor, Député du Finistère

 

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 18:30
Senso (1954) - Visconti

Senso (1954) - Visconti

Luchino Visconti: celui qui ouvrit les portes du Néoréalisme entre beauté et Résistance

Partie 5

Entre réalisme et mélodrame : Senso et Le notti bianche

Visconti, après l’expérience cinématographique de « Bellissima », continue avec ses expérimentations théâtrales mettant en scène d’abord « L’Auberge » de Goldoni au Théâtre La Fenice de Venise, puis « Trois sœurs » de Anton Tchekhov au Théâtre Eliseo de Rome, en renversant en même temps la récitation maniérée des éditions précédentes des spectacles et leur chorégraphie baroque. Le réalisateur se rapproche d’un réalisme cru, essentiel, moderne, qui le conduit aussi à faire évoluer sa vision cinématographique. Elle s’éloigne de plus en plus de l'époque néo-réaliste désormais arrivée à son terme et qui se transforme avec le début de comédies qui continueront à être produites dans les années à venir par l’industrie cinématographique italienne.

Luchino Visconti s'oriente de plus en plus vers une réappropriation du mélodrame qui trouvera son point d’aboutissement dans « Senso ». Il tourne d'abord l’épisode « Anna Magnani » dans « Siamo donne » (1953). Le film collectif est basé sur une idée de Cesare Zavattini qui voulait démystifier la figure de la diva, en engageant quelques grandes actrices pour raconter des épisodes privés de leur vie.

Nous sommes à Rome en 1943 et Anna Magnani doit se rendre au théâtre pour un spectacle. Mais elle a une dispute avec le chauffeur de taxi qui veut lui faire payer le transport du chien. L’actrice se refuse parce qu’il est de petite taille, et il naît ainsi de cet incident une série d’imprévus qui l’amèneront en retard au théâtre. Bien que considéré comme un travail mineur, en fait, le court-métrage renverse complètement les théories zavattiniennes et Visconti construit un portrait sanguin et vrai de l’actrice romaine avec une performance digne de sa grandeur. La diva Magnani est "authentique" parce que populaire, vraie femme. Le court-métrage sert de jonction avec la deuxième période du cinéma viscontien, où la mise en scène théâtrale se mêle à celle du quotidien. La séquence à l’intérieur de la caserne des carabiniers où l’on constate la taille de l’animal donnant raison à l’actrice est une scène naturelle, avec la cour où les militaires se montrent comme pour assister à un spectacle. Cette séquence s’oppose à la scène finale du théâtre, où la Magnani chante une chanson populaire, jouant une vendeuse de fleurs. Le théâtre de la vie se greffe sur le théâtre de la fiction.

En synthèse, Visconti évoque les thèmes qu’il aborde dans la grande fresque de « Senso » (1954). Situé à Venise en 1866 pendant la troisième guerre de l’Indépendance, l’histoire raconte un amour impossible entre la belle Comtesse Livia Serpieri (Alida Valli) et le lieutenant autrichien Franz Mahler (Farley Granger) ; amour né sur la scène du théâtre de la Fenice pour sauver le cousin de Livia, le marquis patriote Ussoni (Massimo Girotti) qui a défié Franz en duel. Dans le théâtre est en scène « Il Trovatore » de Giuseppe Verdi et quand il y a le solo du ténor qui incite les hommes aux armes, les patriotes irrédentistes lancent des tracts qui acclament à l’unité nationale et à l’éloignement des forces d’occupation. La séquence initiale est un véritable chef-d’œuvre de mise en scène et de cadrage par le réalisateur. La représentation de « Il Trovatore » se fond avec ce qui se passe dans la réalité, mais toujours à l’intérieur du théâtre, comme pour souligner le côté mélodramatique de l’action, le spectacle excessif face à un épisode toutefois mineur de protestation. La caméra se déplace horizontalement et verticalement, en partant de la scène et en encadrant le public dans la salle et le long des scènes et des galeries bondées de spectateurs. Les militaires autrichiens sont assis dans les premières rangées et sont symboliquement "attaqués" par les acteurs armés en face et inondés par les tracts et les cris de protestation du public d’en haut. Déjà ici, nous avons en résumé ce que sera l’affrontement armé sur le terrain entre les troupes autrichiennes et italiennes.

Cette première partie de « Senso » renferme deux styles de grande élégance qui se retrouveront tout au long du film. Le premier est la théâtralité du mélodrame, puisque tous les intérieurs sont toujours aménagés comme si on était en présence d’une représentation sur scène (la maison de la Serpieri, la villa de campagne, la chambre en location à Vérone où Mahler vit) mais aussi les extérieurs tels que les « calli » vénitiennes ou les rues nocturnes de Vérone dans les séquences finales sont filmés comme sur une scène naturelle. Le deuxième style est le reflet du miroir qui dénote la duplicité des deux personnages : d’une part, la femme qui, par une passion folle trahit les idéaux du Risorgimento et l’amour pour son cousin, de l’autre celle de Mahler qui est en réalité amorale, lâche, dévoué seulement à l’argent qui se fait donner par les femmes, trahissant l’image d’officier et de galant qu’il devrait représenter.

Pendant presque tout la durée du film, en outre, la Serpieri utilise des voiles et des tulles qui arrivent à couvrir son visage complètement, comme pour cacher sa vraie nature de femme qui sacrifie sa propre morale et les idées de liberté (exprimées au contraire sans hésitation au visage découvert au début du film).

Tiré d’un récit de Camillo Boito, le scénario complexe est écrit par le même Visconti avec Suso Cecchi d'Amico et la collaboration de Carlo Alianello, Giorgio Bassani, Giorgio Prosperi et de Tennessee Williams et Paul Bowles qui soignent en particulier les dialogues des deux amants, qui greffent le mélodrame personnel des deux personnages à l’intérieur d’un décor historico-culturel plus vaste.

Visconti se sert des costumes de Marcel Escoffier et de Piero Tosi et des décors d’Ottavio Scotti qui reconstruisent dans le détail le cadre historique dans lequel les personnages se déplacent. « Senso », visuellement, est une magnifique synthèse de la peinture du XIXe siècle avec des références à Francesco Hayez, Giovanni Fattori et au mouvement des « Macchiaioli », où l’on peut admirer les compositions soit dans les intérieurs des palais et des villas, soit dans les extérieurs des campagnes. Mais surtout, la fusillade final de Mahler sur les murs de Vérone la nuit à la lumière des torches reprend les toiles du peintre espagnol Francisco Goya. Cette utilisation de la musique et de la peinture élargit le souffle culturel du film, la rendant riche du point de vue expressif et élargissant au maximum les potentialités du moyen cinématographique.

Le mélodrame pour Visconti devient ainsi l’art national véritable et original à opposer à une politique pauvre, périphérique, face aux événements européens de l’époque qui représentent par translation celle de l’actualité historique du réalisateur. Si la lutte pour l’unité nationale était tout à fait secondaire par rapport aux mouvements historiques européens et mondiaux, tout comme l’Italie d’après-guerre était un pion à l’intérieur du front occidental dans la politique mondiale des deux blocs (américain et soviétique), ce qui reste comme expression nationale originale est le mélodrame, forme de réalisation d’un esprit artistique concret et original. Du reste, la conscience de la nation est loin d’être formée, ainsi que l’idée d’un bien public, et tout se résout en passions individualistes, véritables fins en soi qui ne conduisent qu’à la trahison et à la tragédie finale, ainsi que dans le fond le Risorgimento est défini comme une  "révolution trahie".

Mais « Senso » est aussi une œuvre de grande inspiration scénique. Il reste un exemple, plus unique que rare, dans le cinéma italien, la représentation sans rhétorique des batailles du Risorgimento, en particulier la défaite à Custoza des troupes du général Alfonso La Marmora contre celles d’Alberto d’Autriche. Tout en étant vaincu, le Royaume d’Italie annexe la Vénétie en profitant de l’alliance avec les Prussiens qui battent les Autrichiens à Sadowa en les forçant à la capitulation. Les séquences sur le champ de bataille de Custoza rendent de façon réaliste le mouvement chaotique et peu organisé des troupes italiennes du fait d'incompréhensions entre La Marmora et le général Enrico Cialdini, en faisant vivre au spectateur le caractère dramatique de ces moments. Visconti privilégie des cadrages dans des champs longs en évitant les gros plans, en soulignant l’inutilité de cette bataille sanglante. Le film, principalement pour cette raison, est frappé par la censure précisément pour l’esprit révolutionnaire, qui contraint la coupe des scènes où l’état-major empêche l’intervention des patriotes civils par peur d’un tournant démocratique. Et c’est aussi une des raisons du boycott du film à l’Exposition du Cinéma de Venise en réduisant les probabilités de l’attribution du Lion d’Or. Mais cela ne l’empêche pas de devenir l’un des chefs-d’œuvre reconnus pas seulement de Visconti, mais du cinéma italien.

Dans un article paru sur « L’Europeo » en 1966 Luchino Visconti affirme :

"Cinéma, théâtre, opéra : je dirais que c’est toujours le même travail. Malgré l’énorme diversité des moyens utilisés. Le problème de faire vivre un spectacle est toujours le même. C'est plus d’indépendance et de liberté dans le cinéma, bien sûr, et dans le cinéma le discours devient toujours très personnel : on est beaucoup plus auteur en faisant un film, même s’il s’agit d’un film de d'adaptation littéraire. Mais il faut aussi dire que le cinéma n’est jamais de l’art. C’est un travail d’artisanat, parfois de premier ordre, plus souvent de deuxième ou de troisième ordre".

Cette déclaration apparaît comme une dévalorisation du cinéma en tant que septième art, en la réduisant à un simple artisanat. Et il peut sembler étrange pour quelqu’un comme Visconti, plus connu pour ses productions cinématographiques. Mais ce qui importe dans cette déclaration, ce sont trois concepts. Le premier est que, de toute façon, le réalisateur d’un film est un "auteur" autonome et peut donc, en tant que tel, exprimer sa poétique. Le second, pour Visconti, le mélange - et l’influence - entre cinéma, théâtre et opéra est évident et se répercute dans tous ses films. Le troisième aspect est le discours sur l’art et l’artisanat.

Il est indubitable que le cinéma est un ensemble d’autres arts : photographie, peinture, écriture, sculpture, théâtre, poésie; tout comme l’aspect collectif de l’équipe technique pour réaliser un film est déterminant. Le décor, la construction du décor, les costumes, bref, tout ce qu’on appelle le profilmique, sont faits par de grands artisans, par des personnes qui utilisent l’esprit, les mains et la passion. Et l’artisanat élevé frôle l’art. Art et artisanat dans le cinéma se mêlent et à plus forte raison dans celui de Visconti, où la recherche du détail, de l’objet, de leur disposition, de la scénographie et des costumes n’est jamais secondaire. Un discours qui a conduit beaucoup à accuser Visconti d’être une esthète formaliste.

Mais dans la réalité, le cinéma de Visconti est complexe et contradictoire dans son opération de fusion entre  culture et spectacle, né de la crise personnelle et sociale de ces années, où les ferments innovateurs allaient diminuer. 

"Nuits blanches" (« Le notti bianche »), sorti en 1957, est comme le signe emblématique de cette vision du cinéma - et de cette crise. Le film naît d’une production indépendante, dont font partie Visconti lui-même, Suso Cecchi D'Amico, Marcello Mastroianni et Franco Cristaldi, qui, pour surmonter les difficultés d’ordre économique traversée par le cinéma italien, décident de s’autofinancer, en fondant CI.AS (Cinématographique associée).

S’inspirant du récit homonyme de Dostoïevski, sur proposition de Suso Cecchi d'Amico, Visconti écrit le scénario ensemble, bouleversant l’original, transportant l'histoire à notre époque, dans un lieu qui pouvait être n’importe quelle ville italienne.

Marcello Mastroianni joue le personnage de Mario, tandis que le personnage de Natalia est confié à l’actrice Maria Schell, rencontrée par Visconti peu avant le tournage, et qui récite de mémoire les répliques en ne connaissant pas l’italien. Précisément par le type d’histoire d’amour contrasté, aussi bien aléatoire que littéraire, Visconti, en utilisant Mario Chiari et Mario Garbuglia, cherche à donner corps aux événements des deux personnages en s’appuyant sur la scénographie, en faisant construire une ville miniature dans le studio 5 de Cinecittà et en demandant à Giuseppe Rotunno de créer une photographie « d'atmosphère », en tournant en nocturne et en jouant sur les ombres et les lumières artificielles. Considéré comme une œuvre mineure, « Le notti bianche » remporte le Lion d’argent à l’Exposition du Cinéma de Venise en 1957, pour sa reconstruction où l’élément théâtral et scénographique devient prépondérant.

Un travail grandiose, de haut artisanat, justement, apprécié pour la capacité de rendre réel ce qui n’est pas. Pour Visconti, le film est aussi l’occasion d’explorer des voies nouvelles, inhabituelles. Une fois de plus, le mélange de cinéma, de théâtre et de littérature devient un terrain pour se détacher d’un style traditionnel et maniériste de l’époque, de la comédie à l’italienne et d’un néoréalisme désormais disparu et assimilé aux films qui traitent de sujets où le protagoniste est « le peuple », mais caricatural et avec un style maniériste. De plus, « Le notti bianche » devient le contrepoids positif de « Senso » : si dans ce dernier nous avons des personnages remplis d’inquiétude existentielle, où l’amour conduit à la ruine, dans « Le notti bianche » Visconti décrit des personnages qui croient en l’espoir, en attente de l’amour véritable, et Natalia est à la fin  récompensée par l'union avec l’homme qu’elle aime et qui s’était éloigné. Inversant les attentes avec une fin heureuse, cette vision "néoromantique" dicte le dépassement définitif du néoréalisme par Visconti (après Bellissima), de plus en plus conscient que la route à parcourir est celle d’un réalisme où la culture et l’analyse politique-sociale sont des éléments essentiels.

Andréa Lauro, 28 avril 2020

"Nuits blanches" (Le notti bianche), 1957 de Visconti - Marcello Mastroiani dans le rôle de Mario

"Nuits blanches" (Le notti bianche), 1957 de Visconti - Marcello Mastroiani dans le rôle de Mario

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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 15:52
Marc Scouarnec (photo article du Maitron en ligne - Claude Pelletier)

Marc Scouarnec (photo article du Maitron en ligne - Claude Pelletier)

1920-2020: Cent ans d'engagements communistes en Finistère:

84/ Marc Scouarnec (1894-1968)

Source: Article du Maitron en ligne - Claude Pelletier

Né le 18 février 1894 au Guilvinec (Finistère), mort le 29 février 1968 au Guilvinec ; marin-pêcheur puis patron-pêcheur ; militant syndicaliste CGTU ; militant communiste ; maire du Guilvinec de 1935-1939, 1944-1963.

Fils d’un marin-pêcheur et d’une ménagère, Marc Scouarnec, déclarait en 1933 : « Je parle le breton mais pas bien le français ». Il avait fréquenté l’école des Sœurs de quatre à sept ans puis l’école communale de sept à onze ans. Son épouse, Maria Pouzennec, était ménagère et vendeuse de broderie en été.

Il fut mobilisé de 1914 à 1919 dans la Marine nationale.

Mousse en 1905, marin-pêcheur, puis patron-pêcheur, il touchait une pension de guerre comme invalide 15% et disait gagner, en 1933, 1500 F en cinq mois (soit l’équivalent du salaire mensuel d’un ouvrier professionnel parisien). Il entra au conseil municipal du Guilvinec le 30 novembre 1919 comme socialiste et y resta jusqu’au 3 mai 1925. Après le congrès de Tours, il refusa de choisir et resta hors du Parti communiste jusqu’en février 1929, date à laquelle il créa une cellule de cinq membres. En fait, depuis quelque temps il était très proche du Parti communiste mais ne se trouvait « pas assez éduqué pour adhérer » ; en 1928 sa décision était prise mais on lui demanda de rendre son adhésion publique lorsqu’il aurait regroupé quelques camarades pour une entrée collective au Parti communiste. Il avait commencé à lire régulièrement l’Humanité en 1926. Scouarnec avait cependant formé une liste du BOP pour les élections municipales de 1925 et celles de 1929. Le Parti communiste le présenta aux élections cantonales de 1931 et le délégua à la conférence nationale de 1930, salle Bellevilloise.

La commission des cadres lui avait demandé de faire son autobiographie en juin 1933. L’évaluateur nota le contraste entre la biographie « pas mal rédigée » et ses affirmations sur la grave « faiblesse de sa mémoire » et son manque de culture politique. Il disait d’ailleurs qu’il avait lu, entre autre, un résumé du Capital, des œuvres de Lénine (dont l’Etat et la Révolution). La commission des cadres concluait : « Bonne bio. Camarade souvent cité dans les autres bios comme militant actif. »

Membre de la CGTU depuis 1923, secrétaire du syndicat CGTU des marins-pêcheurs de Guilvinec depuis octobre 1924, il fit paraître plusieurs articles dans la presse. En 1926, il organisa une grève de solidarité avec les ouvriers et ouvrières de la sardine. En janvier 1927, il devint administrateur de la coopérative « Les Dentelles et broderies bretonnes ». Président du comité de grève en 1927, il fut envoyé par Charles Tillon à Quiberon pour animer le mouvement. Marc Scouarnec prit part à la conférence de la CGTU qui, en mars 1930, se tint à Douarnenez. Il fut permanent de la Fédération des marins d’avril à novembre 1930 mais n’étant pas payé régulièrement, il dut reprendre son travail. La CGTU lui confia un temps le secrétariat intérimaire de la 16e Union régionale unitaire. Il écrivit dans Le Cri des marins et La République ouvrière et paysanne.

En janvier 1931, dans une de ces réunions « publiques et contradictoires » ¬ où parlaient les réformistes Beaugrain et Leguen, Scouarnec, sûr d’être compris de son auditoire de marins-pêcheurs, tous très bretonnants, parla en breton et en français. Le Breton Socialiste parla de cette intervention en breton que ni Beaugrain, ni Leguen ne comprenaient en écrivant de Scouarnec : « pauvre diable qui veut parler le breton qu’il ignore comme le français ». Pour comprendre cette réaction et ce dépit, il faut savoir que les socialistes étaient dans leur quasi totalité hostiles à cette « langue des curés », alors que les communistes bas-bretons soutenaient la nécessité de la défendre. Scouarnec était un homme attaché à sa langue et de plus parlait un excellent breton, riche d’images, le breton maritime bigouden qu’on parlait encore partout dans cette région. Il connaissait particulièrement son vocabulaire, noms, verbes, adjectifs, tout ce qui avait trait à la pêche, aux poissons, aux coquillages, aux algues, etc. Hélas si Scouarnec parlait bien le breton, il ne l’écrivait pas !

Au Guilvinec, il lutta contre le maire socialiste, Kernaflen, qu’il accuse publiquement d’être au service des mareyeurs et des usiniers de la conserve. En 1929, il porte la contradiction au député de droite Quéïnnec, lors d’un compte-rendu de mandat au Guilvinec, et on s’aperçoit alors que dans cette localité il faudra désormais compter avec cet homme large, placide.
Aux élections municipales de 1935 : il conduit la liste patronnée par le Parti Communiste Français qui obtient la plupart des sièges . Élu maire le 20 mars 1935, il le demeura jusqu’à la guerre. Il avait représenté le PC aux élections sénatoriales du 23 octobre 1938, obtenant 32 voix. De 1934 à 1939, il fut membre du bureau régional du parti pour la région Finistère-Morbihan.

En 1938-1939, il apporta un soutien actif aux Républicains espagnols, un certain nombre de réfugiés espagnols arrivés par bateaux au port du Guilvinec furent hébergés dans des locaux municipaux et une collecte de vêtements et de nourriture fut organisée, dès leur arrivée , organisée par le Secours Rouge.

Avec la « drôle de guerre », la municipalité fut dissoute et remplacée par une délégation spéciale désignée par la préfecture.

Dès le début de l’occupation, Il prend part à la reconstitution , dans la clandestinité, du Parti communiste interdit, en collaboration avec Alain Signor, secrétaire Régional et Alain Le Lay.

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)


Le 25 septembre 1942, il fut arrêté par la police française et dirigé sur le camp de Voves, puis de Pithiviers où il resta jusqu’en 1944. Il fut responsable de la solidarité, son rôle consistant à répartir les rares provisions reçues de l’extérieur. "L’intéressé ayant refusé de souscrire à l’engagement sur l’honneur" de ne pas combattre le régime de Vichy, il fut maintenu au camp de Voves (Eure-et-Loir) au moment (24 novembre 1942) où beaucoup de communiste furent libéré.


A sa Libération, toute une population en liesse l’attendait aux limites de la commune , à Pen An Nen , pour lui remettre son écharpe de maire. Marc Scouarnec fut réélu maire de Guilvinec et le resta jusqu’en 1965. Il démissionna alors pour raisons de santé, mais resta second adjoint de Jean Lebrun jusqu’à sa mort. Son nom n’apparaît ni dans les comités fédéraux du Finistère dans les années cinquante et soixante, ni dans les commissions administratives de l’UD-CGT.

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

Devoir de mémoire. Au nom de son père, Alain Signor, député communiste du Finistère à la Libération (Le Télégramme, 25 juillet 2019)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article130840, notice SCOUARNEC Marc par Georges-Michel Thomas, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 20 février 2020.

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1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 29/ Jules Lesven (1904-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 28: Raymonde Vadaine, née Riquin

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 27/ Jeanne Goasguen née Cariou (1901-1973)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 26/ Gabriel Paul (1918-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 25/ François Bourven (1925-2010)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 24/ Yves Autret (1923-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 23/Pierre Jaouen (1924-2016)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 22/ André Berger (1922-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 21/ Joseph Ropars (1912-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 20/ Paul Monot (1921-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 19/ Jean-Désiré Larnicol (1909-2006)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 18/ Jean Le Coz (1903-1990)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 17/ Alain Cariou (1915-1998)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 16/ Jean Nédelec (1920-2017)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 15/ Alain Le Lay (1909-1942)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 14/ Pierre Berthelot (1924-1986)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 13/ Albert Abalain (1915-1943)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 12/ Andrée Moat (1920-1996)

1920-2020: cent ans d'engagements communistes en Finistère: 11/ Jean Le Brun (1905-1983)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 10/ Denise Larzul, née Goyat (1922-2009)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 9/ Pierre Le Rose

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 8/ Marie Salou née Cam (1914-2011)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 7/ René Vautier (1928-2015)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 6/ Denise Firmin née Larnicol (1922-2019)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 5/ Fernand Jacq (1908-1941)

1920-2020: 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 4/ Corentine Tanniou (1896-1988)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère: 3/ Albert Rannou (1914-1943)

1920-2020 - 100 ans d'engagements communistes en Finistère - 2/ Marie Lambert (1913-1981)

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