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20 août 2023 7 20 /08 /août /2023 06:00
Ian Brossat en meeting à Rennes pour les élections européennes de 2019 - Photo France Chapa

Ian Brossat en meeting à Rennes pour les élections européennes de 2019 - Photo France Chapa

Ian Brossat : L'union est nécessaire mais elle ne doit pas être déconnectée de la base sociale du pays

 

L’ENTRETIEN POLITIQUE DU WEEK-END. Le porte-parole du PCF estime que l’union, « nécessaire », doit se faire sur d’autres « bases qu’en 2022 » et insiste sur la déconnexion avec la base sociale du pays.

À l'aube d'une rentrée politique chargée, les communistes affichent la mine des « jours heureux ». Fabien Roussel, qui avait fait de cette formule un marqueur de sa campagne présidentielle, est la personnalité préférée des électeurs de gauche, selon un récent sondage Elabe pour Les Échos. Il devance Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin et François Hollande.

Si le secrétaire national du Parti communiste est placé aussi haut, c'est qu'il incarne « une gauche populaire, authentique, qu'on a bien connue et qui a disparu », selon Ian Brossat, porte-parole du PCF et adjoint à la maire de Paris en charge du logement. À mille lieues du reste de la Nupes, qui s'est émue que Fabien Roussel partage sa recette de salade de hareng dans un camping corse.

La polémique aoûtienne est révélatrice d'un « mépris de classe », assène Brossat, qui ajoute qu'« on ne peut pas se faire aimer du peuple si l'on déteste tout ce qu'il est ». La césure entre le PCF et les Insoumis, notamment, semble actée… Pour la première fois, un cadre communiste explique sans ambages que l'union de la gauche ne devra pas se faire sur les mêmes bases qu'en 2022. Comprendre : sans LFI et, si possible, autour du projet de Roussel. Ian Brossat revient aussi sur son vieux combat contre la prolifération d'Airbnb à Paris, l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne (UE) et à l'Otan, l'université d'été du parti à Strasbourg et le refus d'y inviter le rappeur Médine

Le Point : Partagez-vous l'avis de Nicolas Sarkozy, qui estime, dans un entretien au Figaro, que l'Ukraine ne devrait rejoindre ni l'Otan ni l'UE, mais « rester neutre » ?

Ian Brossat : Nicolas Sarkozy n'est pas une référence pour nous en matière de politique internationale. C'est le moins que l'on puisse dire. Néanmoins, sur le fond, je ne pense pas que l'entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne ou l'Otan soit une bonne idée. Au Parti communiste, nous ne sommes pas favorables à un nouvel élargissement de l'UE.

Depuis plusieurs décennies, nous n'avons cessé de faire entrer dans l'UE des pays qui n'ont pas du tout le même modèle social que le nôtre. Cet élargissement sans fin nous tire inévitablement vers le bas. Quand vous pensez que la Moldavie frappe à la porte de l'UE alors que son smic est à 46 euros par mois ! Quant à l'Otan, permettre à l'Ukraine de l'intégrer renforcerait une logique de blocs qui ne serait pas propice à la résolution pacifique du conflit.

En cantonnant l'Ukraine à cette neutralité, ne se plierait-on pas aux désidératas de Poutine ? N'est-ce pas une façon de dire « puisque Poutine ne veut pas qu'on le fasse, ne le faisons pas » ?

Il faut être pragmatique. La question essentielle, c'est : comment sort-on de ce conflit ? Or, de fait, l'entrée de l'Ukraine dans l'Otan ne réglerait pas le conflit ; elle l'aggraverait. Notre seule boussole doit être la résolution pacifique de ce conflit.

L'organisation, par exemple, de « référendums strictement encadrés par la communauté internationale » peut-elle y contribuer ?

Oui, je suis favorable à l'autodétermination des peuples.

À la Ville de Paris, où vous êtes adjoint en charge du logement, vous avez remporté plusieurs bras de fer avec Airbnb, notamment la limitation de la location des résidences principales à 120 jours par an. Envisagez-vous de mettre en œuvre d'autres mesures à la rentrée pour renforcer la régulation de la plateforme ?

Il faut d'abord rappeler que nous revenons de loin ! Lorsque je me suis emparé de ce sujet en 2014, personne ne s'y intéressait. Nous avons perçu très tôt que le développement anarchique d'Airbnb risquait de se faire au détriment du logement et du cadre de vie des Parisiens.

Nous avons donc construit tout un arsenal juridique et je constate que toutes les initiatives que nous avons lancées ont porté leurs fruits : la limitation de la location des résidences principales à 120 jours par an, l'interdiction (sauf autorisation exceptionnelle) de location de résidences secondaires sur les plateformes de location touristique, la mise en place d'un numéro d'enregistrement qui fait qu'un loueur doit désormais s'enregistrer auprès des services de la ville… Tout cela fonctionne.

D'ailleurs, sur ce dernier point, Airbnb a été condamné en 2021 à 8 millions d'euros et, depuis, la plateforme ne publie plus d'annonces sans numéro d'enregistrement. Les propriétaires qui fraudent ont été sanctionnés à hauteur de 6,5 millions d'euros depuis deux ans et demi. Sans ces mesures, nous aurions été totalement envahis par Airbnb dans les quartiers touristiques.

Faut-il désormais aller plus loin ? Évidemment. Je pense à la fois à des mesures que la Ville de Paris va prendre et à des revendications que nous portons auprès du législateur. Sur le plan strictement municipal, nous avons voté, il y a maintenant deux mois, un nouveau plan local d'urbanisme (PLU) qui doit nous permettre d'interdire totalement la création de nouvelles surfaces dédiées à la location touristique à l'année.

Elles seront purement et simplement interdites dans les quartiers les plus impactés par le développement de ces plateformes, donc les quartiers les plus touristiques : Montmartre, le Marais, les abords de la tour Eiffel… Le PLU est maintenant soumis à une enquête publique. Il faut donc compter un peu plus d'un an pour que ces mesures puissent être appliquées.

Et sur le plan législatif ?

Nous portons deux exigences. Premièrement, il n'est pas normal que les propriétaires qui louent sur Airbnb ou d'autres plateformes bénéficient d'une niche fiscale. Il faudrait au moins aligner la fiscalité de ces locations touristiques sur la location classique. Je souhaite que, dans le cadre du prochain projet de loi de finances, cette hérésie soit purement et simplement supprimée.

Deuxièmement, il y a la question des passoires thermiques. Ce qui est prévu aujourd'hui, c'est l'interdiction progressive, à la location classique, des logements qui sont des passoires thermiques. Pour l'instant, cette mesure ne s'applique pas aux locations touristiques. Mon souhait est que cela change et que les passoires thermiques soient aussi interdites à la location sur les plateformes de type Airbnb. Juste avant l'été, le gouvernement a annoncé son intention de changer les choses. Il est temps qu'il passe aux actes car, pour l'instant, l'exécutif avance à la vitesse d'un escargot qui aurait perdu le sens de l'orientation…

Vous organisez l'université d'été du PCF à Strasbourg, du 25 au 27 août. Vos partenaires de la Nupes ne figurent pas parmi la liste des intervenants. Vous faites bande à part ?

Non, nous avons envoyé une invitation à l'ensemble des forces de la Nupes, qui ont loisir de participer à notre université d'été. Le PC a également un calendrier particulier puisque le grand moment de débat public, pour nous, reste la Fête de l'Humanité, qui a lieu le deuxième week-end du mois de septembre. En ce qui concerne notre université d'été, elle remplit d'abord un rôle classique de formation des adhérents. D'autres universités d'été ne ressemblent plus à cela mais nous, nous en sommes tenus à cette tradition. Nous n'en faisons pas un moment de grand show politique.

C'est la raison pour laquelle vous n'avez pas invité le rappeur Médine, dont la participation aux universités d'été d'EELV et de LFI a fait couler beaucoup d'encre ?

Il n'a jamais été question de l'inviter.

La Nupes est-elle dépassée ? Est-ce devenu « un boulet, une camisole », selon l'expression de Fabien Roussel ?

La Nupes a partiellement et ponctuellement rempli sa mission il y a un an, au moment des élections législatives. Elle a permis à la gauche, qui aurait pu être rayée de la carte, d'en sortir vivante. Cela dit, l'alliance ne nous a pas permis de gagner. Aujourd'hui, la gauche est encore trop faible : nous ne représentons qu'un quart des députés à l'Assemblée nationale ! Il faut de toute urgence se donner les moyens de remporter des victoires. La Nupes, dans sa configuration actuelle, nous le permet-elle ? Je n'en suis pas certain. Il faut aller au-delà de ce que nous avons fait et arrêter de croire que la Nupes serait une sorte d'œuvre sacrée que l'on n'aurait pas le droit de toucher.

Faut-il l'élargir au reste de la gauche, notamment aux figures qui y sont notoirement hostiles, comme Bernard Cazeneuve ?

Pour gagner, il ne suffira pas d'agréger des forces supplémentaires. Le sujet, c'est notre base sociale. Elle est trop étroite. Nous enregistrons de très bons résultats dans les grandes villes et dans les quartiers populaires, mais nous réalisons des contre-performances dans la France périphérique. Nous ne parlons pas aux classes populaires des campagnes. Or, pendant le mouvement de contestation de la réforme des retraites, il y a eu des mobilisations énormes dans les petites et moyennes villes. Ceux qui ont marché contre le report de l'âge légal de départ à 64 ans ne votent pas tous pour nous, loin de là. Cela doit nous interpeller. Ce n'est pas une question de casting, c'est une question de fond.

Comment analysez-vous le récent sondage qui place Fabien Roussel en tête des personnalités préférées des électeurs de gauche, devant Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin et François Hollande ?

C'est la reconnaissance de ce que Fabien Roussel fait depuis des années et le début de quelque chose. Pourquoi est-il à ce niveau de popularité ? Parce que les Français reconnaissent la sincérité de son engagement, sa générosité, ses combats sur la nécessaire revalorisation du travail, sur le partage des richesses, sur la défense des valeurs de la République. Il incarne une gauche populaire, authentique, qu'on a bien connue et qui a disparu.

omment la gauche peut-elle, justement, renouer avec les classes populaires ? Faut-il s'inspirer des caravanes de LFI, qui sillonnent la France l'été ?

Inspirons-nous d'exemples locaux. La victoire de Jean-Marc Tellier, désormais député du Pas-de-Calais, dans une circonscription où Marine Le Pen était majoritaire à la présidentielle et où le député sortant était RN est, de ce point de vue, éclairante. Pour reconquérir les classes populaires, il faut les prendre au sérieux, ne pas les prendre de haut, accepter de parler de leurs problèmes de la vie quotidienne et ne pas cliver inutilement sur un certain nombre de sujets.

Pourtant, même lorsque vous ne cherchez pas à cliver, vous êtes pris dans des polémiques. Une simple vidéo de Fabien Roussel partageant sa recette de salade de hareng dans un camping a beaucoup fait réagir. Comment s'entendre sur le fond quand on s'invective à propos de telles futilités ?

C'est ridicule mais assez révélateur. On ne peut pas se faire aimer du peuple si l'on déteste tout ce qu'il est. Tout cela suinte le mépris de classe. Si Fabien Roussel atteint ces niveaux de popularité, c'est que les Français savent qu'il ne se fiche pas d'eux. Il n'a pas commencé à fréquenter le camping quand il est devenu candidat à la présidentielle. Il ne joue pas de rôle. Certains devraient arrêter de créer de toutes pièces des polémiques absurdes.

Comment comprendre la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, ses outrances, ses remontrances et ses sorties complotistes ? Que cherche-t-il, selon vous ?

Jean-Luc Mélenchon vit sa vie. Notre ambition, c'est de permettre à la gauche de gagner avec tous ceux qui le souhaitent. L'union est nécessaire mais, pour être gagnante, elle ne doit pas se faire sur les mêmes bases qu'en 2022.

Aux sénatoriales, les Insoumis ne font pas partie de l'accord entre écologistes, socialistes et communistes. Aux européennes, chaque composante de l'alliance devrait avoir son propre candidat. Peut-on être unis tout en ayant des listes séparées à chaque échéance électorale ?

L'union prend des formes différentes. Rappelons que même lorsque toute la gauche participait au gouvernement de la gauche plurielle de Lionel Jospin, chaque composante avait sa liste aux européennes de 1999. Nous ne portons pas le même projet sur l'Europe. Il serait insensé que nous nous retrouvions sur une liste de gens qui défendent les traités européens que nous avons rejetés. Une campagne menée sur des bases aussi friables ne tiendrait pas deux semaines.

Emmanuel Macron a annoncé une « initiative politique d'ampleur à la rentrée ». Qu'en attendez-vous ? Y participerez-vous ?

 

Je n'en attends pas grand-chose. Emmanuel Macron est condamné à annoncer en permanence de grandes initiatives qui ne voient jamais le jour. S'il s'agit de nous demander de monter à bord du Titanic avec lui, il n'en est pas question. On peut toujours discuter, mais cela ne mènera à rien tant que le chef de l'État ne changera pas radicalement de politique.

Source Le Point

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17 août 2023 4 17 /08 /août /2023 06:30
En Palestine, des élus français pour la solidarité en actes - Marion D'Allard, L'Humanité
En Palestine, des élus français pour la solidarité en actes

Venue des quatre coins de France, une délégation de maires, de responsables associatifs et de syndicalistes s’est rendue, fin juin, en Cisjordanie occupée à l’invitation de l’Association de jumelage des camps de réfugiés palestiniens avec les villes françaises.

Publié le
Mardi 18 juillet 2023

Cisjordanie occupée, envoyée spéciale.

Se rendre en Palestine n’est jamais anodin. Y aller dans le cadre d’une délégation de l’Association pour le jumelage des camps de réfugiés palestiniens avec les villes françaises (AJPF) l’est sans doute encore moins.

Fin juin, une petite quarantaine d’élus, de responsables d’associations et d’organisations syndicales, venus des quatre coins de France, ont fait le voyage, à l’invitation de l’association créée en 1999 par le militant communiste Fernand Tuil et le Palestinien Ahmed Muhaisen, aujourd’hui disparus.

Si les deux tiers d’entre eux n’avaient jamais mis les pieds en Palestine occupée, tous y sont allés avec un objectif : faire vivre la solidarité concrètement et sur le terrain, porter haut les revendications de la reconnaissance d’un État palestinien et du droit au retour des réfugiés.

Un voyage initiatique

« J’imaginais que ce serait comme un voyage initiatique, et ça l’a été », confie Stéphane Buisine, conseiller municipal à Limay, jumelée depuis plus de vingt ans avec le camp de réfugiés de Shuafat. Avec Djamel Nedjar, maire communiste de cette ville des Yvelines, ils ont profité de leur passage en Palestine pour rencontrer le responsable du comité de résistance populaire de Shuafat.

Une séance de travail au cours de laquelle « on a beaucoup travaillé sur la question des déchets, de l’éducation et de l’intégration des femmes », détaille Stéphane Buisine. Pas de jumelage encore mais un premier voyage aussi, pour Carole Thomas. Élue à la solidarité à la mairie d’Alba-la-Romaine (Ardèche), elle mesure désormais « la réalité d’un système colonial, la toute-puissance de l’État israélien qui grignote le territoire palestinien ».

Si embarquer la population de sa ville dans un grand projet de coopération décentralisée lui semble pour l’instant prématuré, Carole Thomas assure que d’autres passerelles existent pour créer des liens de solidarité. Construire des projets d’échanges autour de l’archéologie en fait partie.

Lui aussi du voyage, Samy Charifi Alaoui a troqué, le temps d’une petite semaine, sa casquette de cheminot contre une bonne paire de baskets. Secrétaire général du secteur fédéral de la CGT cheminots de la région Paris-Est, il est « venu dans l’idée de (s)’engager dans une coopération avec un camp de réfugiés ». Mais les jours passant, les rencontres se faisant, les choses ne se sont pas passées comme prévu.

« La conviction très forte que c’était là que notre engagement serait utile »

« À Masafer Yatta, quand je me suis assis dans cette petite école menacée de destruction, j’ai tout de suite eu la conviction très forte que c’était là que notre engagement serait utile », confie le syndicaliste. Dans cette zone semi-désertique du sud de la Cisjordanie, les populations de tradition bédouine subissent quotidiennement les assauts de la colonisation. Il lui fallait acter un engagement concret.

Et c’est sous la forme d’une prise en charge financière du salaire d’une dizaine d’animateurs qu’il s’est concrétisé. « Les gamins du coin étaient même privés de leur camp d’été. On a fait en sorte qu’il puisse avoir lieu », sourit Samy.

Dans le camp de réfugiés de Nur Shams, dans le gouvernorat de Tulkarem, c’est une tout autre ambiance qui attendait les élus de la petite ville armoricaine de Rostrenen. Hymnes nationaux, spectacle de danse traditionnelle, la signature officielle de l’accord de coopération s’est faite en grande pompe.

Un brin impressionné, Guillaume Robic explique que « la grandeur de la cérémonie est à la hauteur de l’espoir que suscite ce genre d’accord ». Le maire de Rostrenen n’en était pas à sa première visite en Palestine. Sur place, il a constaté l’aggravation des tensions. « Il y a ici un véritable apartheid, un colonialisme territorial doublé d’un impérialisme culturel qui laissent un sentiment très fort de colère et d’indignation. »

Yveline Le Briand ne le contredira pas. Première adjointe à la mairie de Grigny (Essonne), elle est venue officialiser une démarche de jumelage, entamée un an plus tôt par Philippe Rio, le maire communiste de sa ville, avec le camp de réfugiés d’Aïda, au nord de Bethléem. Sensibilisée à la cause palestinienne, Yveline concède que ce voyage a eu sur elle l’effet d’un électrochoc. « Savoir est une chose, mais le vivre, être témoin de ce traitement réservé aux Palestiniens dans le silence ahurissant de la communauté internationale, dépasse l’entendement », confie l’élue.

La montée en tension de la situation sur place, constatée par toutes celles et tous ceux qui connaissaient le terrain, va de pair avec l’extrême-droitisation du pouvoir israélien, explique Isabelle Tordjman-Tuil.

Elle qui vient « depuis trente ans en Palestine » a vu « la colonisation s’intensifier ». « Les populations palestinienne et israélienne sont de plus en plus isolées les unes des autres », déplore la militante. Avant de conclure, sans jamais se lasser, que « la paix se fera par les peuples ».

La maire communiste de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, a pris la présidence de l’Association pour le jumelage entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises (AJPF) en janvier dernier. Elle s'est rendue avec une délégation d'élus fin juin en Palestine

La maire communiste de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, a pris la présidence de l’Association pour le jumelage entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises (AJPF) en janvier dernier. Elle s'est rendue avec une délégation d'élus fin juin en Palestine

Palestine : « En tant qu’élu, notre premier devoir est de témoigner »

La maire communiste de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, a pris la présidence de l’Association pour le jumelage entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises (AJPF) en janvier. Charlotte Blandiot-Faride revient sur l’engagement de l’association auprès du peuple palestinien et interpelle directement le gouvernement français sur la situation.

Publié le
Mardi 18 juillet 2023
La maire communiste de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, a pris la présidence de l’Association pour le jumelage entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises (AJPF) en janvier dernier. Elle s'est rendue avec une délégation d'élus fin juin en Palestine
 
 

Chaque année, l’AJPF (Association pour le jumelage entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises) organise le déplacement de délégations d’élus en Palestine et dans les camps de réfugiés, en Cisjordanie et au Liban. En quoi est-ce essentiel ?

Il n’y a pas meilleure façon de se rendre compte de la situation que d’y aller. Constater ce que subissent chaque jour les Palestiniens, ce que perpètrent une armée et un gouvernement colonial. L’AJPF s’est constituée, en complémentarité de beaucoup d’autres associations qui luttent pour les droits du peuple palestinien, avec une certitude : les liens tissés entre les peuples peuvent faire gagner la paix.

Alors que la question palestinienne a été reléguée au second rang des priorités internationales, que les médias dominants parlent peu et mal de ce conflit, envoyer sur place des élus de la République – mais pas que – permet de constater l’oppression, le mépris, la haine même qui s’abattent sur ce peuple dans le silence assourdissant de la communauté internationale, qui condamne, certes, de temps en temps, les actes du gouvernement et de l’armée israélienne, mais sans jamais prononcer de sanctions.

Pourtant, on l’a vu avec la guerre en Ukraine, elle a les moyens d’agir. En parallèle, lors de ces délégations, l’AJPF s’oblige à travailler avec un panel de partenaires locaux, responsables politiques palestiniens ou personnalités issues de la société civile – y compris israélienne. L’AJPF ne cherche pas à imposer un récit mais à opposer le réel aux préjugés.

Quelles actions menez-vous sur le terrain ?

Le but de notre association est avant tout de créer des réseaux, des liens privilégiés avec les camps de réfugiés palestiniens. Il appartient ensuite à chacun de développer des projets en fonction des besoins, des affinités, des capacités d’investissement. Ce lien de jumelage est d’abord politique. Nous militons pour la reconnaissance de l’État de Palestine et du droit au retour des réfugiés. Mais pas seulement.

Le jumelage ou la coopération décentralisée permettent également des échanges culturels, sportifs ou de solidarité. Soutien scolaire, formation d’animateurs socioculturels, financement de centres de santé, projets d’assainissement ou de traitement des déchets, accueil en vacances de jeunes Palestiniens… le panel d’actions possibles est large.

C’est grâce à cela que, par exemple, des jeunes Palestiniens du camp de Balata (dans les environs de Naplouse, au cœur de la Cisjordanie occupée – NDLR), ont pu, en se rendant à Mauléon (Deux-Sèvres), voir la mer pour la première fois.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la situation sur place ?

Je suis allée en Palestine pour la première fois il y a dix ans, et j’y suis retournée quatre fois depuis. À tous les niveaux, la situation s’est largement durcie et profondément dégradée, y compris ces derniers mois. Depuis janvier, le nombre d’incursions israéliennes dans les camps et les villages palestiniens a explosé, avec plus de 200 Palestiniens tués en quelques mois à peine.

Il est particulièrement frappant de constater à quel point les colons agissent violemment, encore plus que l’armée parfois. Ils détruisent des maisons, incendient des terres agricoles et des véhicules, assassinent en toute impunité.

En face, le peuple palestinien fait preuve d’une immense résilience, mais, coupé géographiquement de ses voisins et ignoré de la communauté internationale, il ressent aussi une profonde lassitude, un véritable sentiment d’isolement.

En tant qu’élue, quel message adressez-vous au gouvernement français et à l’Union européenne ?

Notre premier devoir est de rendre compte, clairement, de ce que nous avons constaté et vécu sur place. Il est évident qu’à chaque fois que la communauté internationale réagit sur la situation des Palestiniens, la réponse n’est pas à la hauteur du préjudice subi. L’ONU a reconnu à plusieurs reprises que l’État d’Israël bafouait le droit international.

Dans certaines villes palestiniennes, comme Hébron, les soldats, armés jusqu’aux dents, qui ont contrôlé plusieurs fois l’identité des membres de notre délégation et retenu pendant des heures nos accompagnateurs palestiniens sans raison, étaient franco-israéliens. C’est-à-dire que, là-bas, certains de nos compatriotes se sentent tout-puissants.

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16 août 2023 3 16 /08 /août /2023 06:00
Rentrée : des étudiants toujours plus précaires, selon l’Unef

Dans une étude publiée ce lundi 14 août sur leur compte X, le syndicat étudiant Unef a révélé une augmentation du coût de la vie étudiante à hauteur de 6,47 %. Pour Flavie Quilan-Lacour, présidente de la branche picarde du syndicat, le problème n’est pas nouveau, il fait craindre une dégradation des conditions de vie pour les étudiants.

Publié le
Lundi 14 août 2023

Transport, alimentation, énergie… Plusieurs secteurs dont les frais sont en hausse devraient impacter le porte-monnaie des étudiants français à la rentrée, c’est ce qu’indique une étude du syndicat étudiant Unef publiée sur leur compte X, ce lundi. Entre inflation et manque d’action du gouvernement, la précarité étudiante ne fait que croître depuis plusieurs années.

Malgré l’annonce du gouvernement de revaloriser le montant des bourses étudiantes à hauteur de plus de 500 millions d’euros, «  jamais, en 19 ans d’enquête de l’Unef, l’évolution du coût de la vie étudiante n’avait atteint de tels sommets », s’indigne l’Union nationale des étudiants de France.

Conditions de vie dégradantes, études en péril

Contactée par l’Humanité, la présidente de l’Unef Picardie, Flavie Quilan-Lacour, dresse un constat aussi prévisible qu’alarmant de cette hausse des coûts. «  La hausse généralisée du coût de la vie pour les étudiants est une réalité depuis bien longtemps, argue-t-elle, l’inflation les a déjà beaucoup touchés avec une augmentation de l’alimentation de 14,3 % et de l’électricité de 10,1 % en France sur l’année 2023. »

«  Tout au long de l’année, nous avons reçu des étudiants qui ne pouvaient pas manger tous les jours ou qui ne pouvaient pas manger à leur faim chaque jour », s’insurge-t-elle. Partout en France, des milliers d’étudiants luttent pour vivre décemment, faisant parfois l’impasse sur plusieurs repas. «  Sur l’année 2023, nous avons 4 étudiants sur 10 qui ne mangent pas à leur faim ».

Un étudiant avec le ventre vide «  ne peut pas étudier dans de bonnes conditions », rappelle la présidente du premier syndicat étudiant en Picardie. «  On craint également l’impact psychologique que tout cela va produire sur les étudiants, beaucoup tombent en dépression et les services de santé universitaire croulent sous les demandes d’aide psychologique. »

Des solutions, certes, mais trop insuffisantes

L’enveloppe de 500 millions d’euros prévue par l’État prévoit notamment d’augmenter le montant des bourses de 37 euros à 127 euros par mois, soit de 6,2 % à 34 %, a précisé à l’AFP le ministère de l’Enseignement supérieur. Un montant lacunaire puisque «  les charges au sein des résidences CROUS augmentent de 3 à 4 % », déplore Flavie Quilan-Lacour.

Derrière ce montant d’un demi-milliard d’euros, une mobilisation étudiante record «  réunissant 500 000 étudiants dans les rues de France durant la réforme des retraites ». Néanmoins, l’Unef Picardie, par la voix de sa présidente, met en exergue une «  familiarisation du système », c’est-à-dire «  qu’avec des situations familiales complexes non prises en compte (…) des étudiants passent à côté de ces aides ».

Fort de ce constat, le syndicat réclame, entre autres, «  une allocation d’autonomie d’un montant équivalent au seuil de pauvreté, soit 1 110 euros par mois » et «  une politique davantage ambitieuse avec la création de 150 000 logements CROUS ». Un service minimum qui, espérons-le, ne viendra pas entacher le SNU rêvé par le gouvernement et son budget faramineux de deux milliards d’euros.

Rentrée : des étudiants toujours plus précaires, selon l’Unef - Youri Léger, L'Humanité, 14 août 2023
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15 août 2023 2 15 /08 /août /2023 07:22
Pascal Champvert rappelle dans L'Humanité le dramatique sous-investissement dans le secteur de l'accompagnement des personnes âgées, dans les EHPAD et l'aide à domicile

Pascal Champvert, Président de l’AD-PA Association des Directeurs au service des Personnes Âgés, invité à plusieurs reprises par l'atelier citoyen PCF Bretagne et Christiane Caro à des débats à la Fête de l'Humanité Bretagne et de l'Université d'été du PCF, rappelle quelques vérités et chiffres alarmants dans son interview intégré dans un article d'Ameline Roussel le 3 août 2023 sur les suites de la gestion de la canicule dans les EHPAD, suite au décès de 15 000 personnes âgées lors de la canicule de 2003:

« On ne passe pas suffisamment de temps avec les personnes âgées, et ça s’aggrave en ce moment, puisque la plupart des établissements n’ont pas augmenté leur budget à la hauteur de l’inflation. » Alors que la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie (Casa) mise en place en 2013 devait permettre d’augmenter les moyens, le taux d’augmentation des budgets pour les personnes âgées a depuis diminué, passant de 9 % en moyenne par an à 2 %. À ce jour, la part du PIB consacré aux personnes âgées s’élève à 1,7 % en France. Par comparaison, les Pays-Bas y consacrent 3,7 % de leur PIB…

Pourtant, pour financer les actions en faveur de l’autonomie des personnes âgées et des personnes en situation de handicap, une journée de solidarité a été mise en place et la Caisse nationale de solidarité pour l’auto­nomie (CNSA) a été créée en 2004. Seulement, l’AD-PA dénonce le détournement de ce dispositif : « Pendant toutes ces années, on s’est servi de la CNSA pour financer d’autres mesures, et maintenant la CNSA est en déficit », s’indigne Pascal Champvert. De mi-2013 à fin 2015, l’AD-PA estime la somme détournée à 1,5 milliard d’euros. L’organisme ­précise qu’en 2016 30 millions d’euros ont encore servi à financer la sécurisation des universités.

Sans les moyens financiers adéquats, la situation reste critique : « On est à peine à six salariés pour dix résidents, alors que le plan solidarité grand âge prévoyait huit pour dix dès 2012, déplore le président de l’AD-PA. Comme tout le monde sait que les conditions sont dégradées, un certain nombre de jeunes ne veulent plus entrer dans le secteur et d’autres le quittent. C’est une spirale infernale. Les cyniques disent que l’on n’a pas besoin de mettre d’argent dans le secteur puisqu’il est délaissé. Alors que c’est parce qu’il n’y a pas d’argent qu’il est délaissé. »

De la même manière, alors que ce plan de solidarité s’est fixé comme objectif la création de 232 000 places de service de soins infirmiers à domicile pour 2025, il n’en comptait que 23 800 fin 2017. « La situation à domicile est à plein d’égards pire que celle au sein des établissements », affirme Pascal Champvert.

Selon lui, l’âgisme est un facteur expliquant le manque de moyens alloués : « Les personnes âgées sont considérées comme des citoyens de seconde zone, et le sujet n’est jamais prioritaire. » En témoigne le scandale révélé par le livre les Fossoyeurs, de Victor Castanet . Sauf que l’unique réponse apportée par les pouvoirs publics s’est résumée à des contrôles accrus, « dont il ne ressort rien ». Comme pour illustrer son propos, l’examen de la proposition de loi « bien vieillir » a été reporté fin juillet, après avoir déjà été suspendu une première fois en avril.

https://www.humanite.fr/societe/canicule-2003/canicules-les-ehpad-toujours-en-surchauffe-804959

 

Lire aussi:

Financement de la dépendance - l'Etat a détourné 20 milliards affirme Pascal Champvert, président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (L'Humanité, 13 juillet)

Pascal Champvert rappelle dans L'Humanité le dramatique sous-investissement dans le secteur de l'accompagnement des personnes âgées, dans les EHPAD et l'aide à domicile
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15 août 2023 2 15 /08 /août /2023 06:41
Porto Empedocle près d'Agrigente au sud de la Sicile: Sea Watch et Océan Viking bloqués administrativement au port - août 2020

Porto Empedocle près d'Agrigente au sud de la Sicile: Sea Watch et Océan Viking bloqués administrativement au port - août 2020

Le Ouest-France du 14 août 2023 l'annonce dans ses pages internationales  et son article en Une:

Il y a toujours plus de migrants à mourir en mer.

Tristes records que l'on bat avec une régularité confondante dans une quasi indifférence générale d'année en année.

Samedi, l'Organisation internationale pour les migrations de l'ONU a recensé au moins 2060 morts en mer, rien qu'en Méditerranée, depuis le début de l'année. Le macabre "bilan" de 2022 est déjà dépassé en août en 2023.

Et encore, il est certain que de nombreuses noyades collectives, disparitions en mer, ne sont pas connues. Parfois, les passeurs ou bien les policiers (dans certains États d'Afrique du Nord, en Turquie, en Grèce), sont complices de ces noyades qui sont carrément provoquées.

Des milliers d'autres migrants sont renvoyés à la mort dans le désert, sans eau, sans nourriture.

Les États européens aussi ont une responsabilité écrasante en sous-traitant la politique de lutte contre l'immigration irrégulière en connaissance de cause à des pays non démocratiques où le respect des droits de l'homme n'est pas une priorité des régimes en place et qui sont de toute façon en difficulté pour gérer l'arrivée des exilé.e.s et réfugié.e.s pour des raisons économiques. Et la responsabilité principale des États européens dont le nôtre est d'abord de ne pas suffisamment ouvrir de voies d'immigration légales et sécurisées, notamment pour rendre effectif le droit d'asile. De ne pas reconnaître de droit au déplacement et à la mobilité alors même que nos ressortissants, eux, voyagent, s'installent à l'étranger, y travaillent.

Des États européens qui peuvent aussi comme l'Italie bloquer temporairement l'activité des bateaux de sauvetage en mer comme l'Océan Viking de SOS Méditerranée, qui a sauvé 623 personnes ces derniers jours, dont de nombreux réfugiés fuyant les conflits et les crises humanitaires, venus du Soudan, de Guinée, du Burkina Faso, de Côte d'Ivoire...

Des États européens qui se livrent à un concours Lépine de la politique la plus répressive en matière de lutte contre l'immigration et de restriction des droits des réfugiés, comme le Royaume-Uni qui envoie des demandeurs d'asile au Rwanda, ou l'expérimentation de barge en mer pour réfugiés qui ressemblent à des prisons flottantes.

Samedi 12 août, c'est dans la Manche entre la France et l'Angleterre qu'un bateau a fait naufrage, avec 65 exilé.e.s à son bord. 6 afghans ont perdu la vie. Depuis le verrouillage du port de Calais et du terminal Eurotunnel en 2018, plus de 100 000 migrants auraient traversé, au péril de leur vie, la Manche à bord de petites embarcations selon des estimations britanniques.

Ce qui fait naufrage depuis des années, ce sont bien sûr des femmes, des hommes, et des enfants, par dizaines de milliers, sur des radeaux de la Meduse que l'on abandonne à leur sort, mais ce sont aussi les prétentions à l'humanisme et à la défense des droits de l'homme de l'Europe dont la politique vis-à-vis des exilé.e.s est, il faut le dire sans détour, criminelle.

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15 août 2023 2 15 /08 /août /2023 06:36
Le capitalisme, c'est l’arnaque plus… l’électricité - par Patrick Le Hyaric, L'Humanité, 25 juillet 2023
Le capitalisme, c'est l’arnaque plus… l’électricité

Avec l’augmentation des tarifs réglementés, ce 1er août, les ménages, les petites entreprises, les paysans auront subi une majoration cumulée de 31 % du coût de leur courant depuis février 2022.

Mardi 25 juillet 2023

Du haut de son mépris, le pouvoir considère que nous devrions nous estimer heureux car les tarifs de l'électricité auraient pu augmenter de... 75 %. Diantre ! Comment cela est-il possible alors que les coûts de production ont tendance à baisser ? 


En même temps que cette hausse, le gouvernement décide de supprimer ce qu’il avait baptisé le « bouclier tarifaire ». Curieux. Dans son petit précis de petite politique pour les nuls, lors de la réunion du Conseil des ministres rafraîchi du 21 juillet, le président de la République n’en a pas soufflé mot. Lors de son entretien télévisé du 24 juillet, il nous a raconté une fable sur les centrales nucléaires qui permettraient de baisser les prix. Nous ne manquons ni de centrales, ni d’électricité et les prix montent Monsieur le président ! Et, pour cause : le même gouvernement, par la voix de Bruno Le Maire, a participé le 13 juillet dernier à la prise de décision des ministres des Finances de l’Union européenne décidant de supprimer tous les mécanismes budgétaires de soutien permettant de lutter contre les effets de la flambée des prix de l’énergie

Laisser augmenter les prix pour lutter contre l'inflation ?

Pourquoi une telle décision ? Pour obéir aux injonctions de la Banque centrale européenne (BCE) qui insiste pour revenir aux fameux critères du traité de Maastricht de réduction des déficits publics et de la dette, et prétendre ainsi lutter contre l’inflation. Il ne reste guère qu’Ubu pour affirmer sans ciller qu’afin de lutter contre l’inflation, il faudrait laisser augmenter les prix !

Dans une Europe démocratisée, ce ne serait pas la banque centrale qui donnerait des ordres aux ministres, mais le contraire. Le pouvoir qui prépare le budget 2024 considère que les temps sont venus de serrer toutes les vis sauf celles des cadeaux au grand patronat. Le projet est de réaliser sur ce chapitre de 19 à 29 milliards d’euros d’économies. 

Pour aider à faire passer l’amère pilule, la Commission de régulation de l’énergie (CRE), qui détient le monopole de la fixation du prix « théorique de l’électricité », explique qu’il faudrait augmenter les prix de 74,5 %. C’est une manière de faire valoir la générosité du gouvernement. Voilà une belle arnaque ! 

En effet, une fois déduite la programmation du remboursement des investissements réalisés par EDF et l’État, la production d’électricité se calcule à coûts fixes. Or, la France produit 80 % de l’électricité qu’elle consomme. Puisque les tarifs sont toujours au-dessus de la moyenne de ces coûts fixes de production, pourquoi faudrait-il alors les augmenter dans de telles proportions ? 

L'anarque de l’« ouverture du marché » de l’électricité

On ne peut comprendre la situation sans se souvenir de l’opération décidée lors de l’acceptation en 1996, à Bruxelles, par le gouvernement français de l’« ouverture du marché » de l’électricité. Le gouvernement de l’époque instaure une disposition permettant aux nouvelles entreprises, en général non productrices d’énergie mais fournisseuses d’électricité, de disposer d’une partie de la production électrique nucléaire produite par EDF, afin de les placer sur « un pied d’égalité » avec l’entreprise publique. Le nom barbare de ce dispositif : l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh). 

Ceci se fait au nom du sacro-saint dogme de « l’économie de marché où la concurrence est libre et non faussée». Un marché juteux s’est alors ouvert pour des entreprises fournisseuses d’électricité qui se sont multipliées comme des petits pains, souvent logées dans de grands groupes pétroliers ou financiers. 

Rendez-vous compte : l’équivalent du quart de la production électrique nucléaire d’EDF leur est réservé au prix de 42 € par mégawattheure (MWh) qu’ils revendront de 6 à 10 fois plus cher. Comble de l’absurdité capitaliste pour le commun des mortels : sous la pression de ces mêmes fournisseurs privés – qui ne sont en réalité que des intermédiaires – la fameuse CRE décide de considérer EDF, productrice essentielle de notre électricité, comme un « fournisseur » comme un autre. En conséquence, l’entreprise nationale doit répercuter dans ses tarifs réglementés un coût d’achat « théorique » de sa propre production. 

Et pour que l’ubuesque tableau soit complet, c’est cette même CRE qui détermine le légendaire prix théorique – non pas, à partir des cours moyens annuels des prix de gros de l’électricité, mais en prenant seulement les références des cours du mois précédent de décembre, c’est-à-dire au moment où la demande est la plus élevée. Voilà les charmes discrets du concept de « concurrence libre » et prétendument « non faussée ». 

Dès la fin de l’année 2021, alors que les prix de l’électricité sur le marché de gros commençaient à monter, tous les fournisseurs privés se sont précipités sur le dispositif Arenh pour demander à disposer de plus d’électricité. Ce qui leur fut accordé. Comme cela eut lieu au moment où EDF était contrainte d’arrêter plusieurs réacteurs nucléaires en raison de corrosions détectées, la spéculation s’est envolée sur ce « marché de gros ». 

Nous perdons deux foix

La CRE refuse de tenir compte de cet événement exceptionnel et maintient le prix dit théorique à un haut niveau. Imaginons le montant de la plus-value pour ces entreprises privées fournisseuses d’un bien (qui devrait être commun) qu’elles ne produisent pas ! Elles achètent, depuis des mois, de l’électricité à 46,2 € /MWh pour les revendre entre 500 et 800 €. De surcroît, le rapport parlementaire à l’initiative du sénateur communiste Fabien Gay et de sa collègue LR, Dominique Estrosi-Sassone, révèle que plus de 72 fournisseurs ont abusé du dispositif Arenh. Ajoutons qu’EDF, qui a eu besoin d’acheter de l’électricité à la suite des pannes dans son parc nucléaire, a dû débourser 256 € MWh – mais pour le revendre aux alentours de 46 €. 

Et l’essentiel de l’argent permettant d’instaurer le bouclier tarifaire est reversé en priorité aux fournisseurs privés pour compenser leur « manque à gagner » du fait du gel des tarifs. Cette compensation, estimée à 11 milliards d’euros en 2022 et qui pourrait atteindre plus de 20 milliards d’euros en 2023, est censée être reversée aux usagers sous forme de baisses de facture. 

L’usager paie, ou plutôt perd, donc deux fois. Une fois en payant les lourds investissements d’EDF avec les frais financiers qui les accompagnent. Une seconde fois, sous forme d’impôts, pour financer les opérateurs privés qui spéculent sur les prix de l’électricité. C’est ce que les économistes de cour, avec leur ton de « sachants », appellent le « marché ».

Tel est le niveau de créativité capitaliste pour détruire le fleuron de l’électricité, créée à la Libération par le communiste Marcel Paul.

Il est temps, pour la France, de faire du combat pour la sortie de l’électricité du marché unique européen, voire de sa refonte complète, une priorité. Cela se joue dans des luttes rassemblant usagers et agents d’EDF. Très nombreuses et nombreux, aujourd’hui loin des sphères syndicales ou communistes, seraient prêts à se joindre à un mouvement contre l’absurdité capitaliste dans le secteur de l’énergie

Car ce que notre siècle pose avec force, c’est la question fondamentale de faire de l’électricité un bien commun, en lançant un processus de réappropriation sociale, citoyenne et démocratique d’EDF, gérée selon les  critères de l’intérêt général, humains et écologiques.

Le capitalisme, c'est l’arnaque plus… l’électricité - par Patrick Le Hyaric, L'Humanité, 25 juillet 2023
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15 août 2023 2 15 /08 /août /2023 06:29
Georges Ibrahim Abdallah : « Le refus de le libérer est politique », déplore André Chassaigne - L'Humanité, 14 août 2023
Georges Ibrahim Abdallah : « Le refus de le libérer est politique », déplore André Chassaigne

Georges Ibrahim Abdallah, militant libanais condamné pour complicité d’assassinat, est détenu en France depuis trente-neuf ans. Engagé pour sa libération, le député PCF André Chassaigne lui a rendu visite ce samedi.

Lundi 14 août 2023 - L'Humanité

Depuis 1984, Georges Ibrahim Abdallah dort en prison. Condamné à perpétuité pour complicité d’assassinat sur deux diplomates, un Israélien et un Américain, dans le contexte de l’invasion du Liban par Israël, il est pourtant libérable depuis 1999. Engagé pour sa libération depuis plusieurs années, André Chassaigne, président du groupe GDR à l’Assemblée, où siègent les communistes, a réitéré sa demande en mai dans une tribune, tandis que le PCF, aux côtés de treize organisations dont la Ligue des droits de l’homme ou le Parti de gauche, a adressé un courrier à ce sujet à Emmanuel Macron. Ce samedi, l’élu du Puy-de-Dôme a rendu visite au détenu libanais pour une rencontre d’une heure et demie au parloir du centre pénitentiaire de Lannemezan (Hautes-Pyrénées).

Pourquoi avez-vous rendu visite à Georges Ibrahim Abdallah ?

Il s’agissait de tenir une promesse faite il y a longtemps. C’était avant tout pour rencontrer l’individu. J’ai découvert une personnalité à la fois ordinaire et exceptionnelle. Il est plein d’humilité quant à son cas personnel. Il se considère avant tout comme un militant communiste libanais de base. Son combat est celui de la cause de l’indépendance et de l’avenir politique du Liban, et de la cause palestinienne. Avec une hauteur d’analyse politique impressionnante. Il s’astreint, intellectuellement, à une connaissance de l’actualité politique. Il est très curieux, très intéressé. Il est tellement attaché à de grandes causes que son cas personnel passe après. à ce sujet, il avait fait neuf demandes de libération conditionnelle. Elles ont été rejetées jusqu’en 2012, où il a obtenu de la justice une libération sous condition d’expulsion. Le Liban est prêt à l’accueillir. Mais il fallait qu’il y ait l’arrêté d’expulsion, qui a été refusé par Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur. Depuis, il avait renoncé. Or il vient de faire une nouvelle demande, le 8 juin. Si on veut qu’elle puisse aboutir, il faut un large mouvement.

Est-ce parce que ça ne dépend pas uniquement de la justice qu’une mobilisation des élus est importante ?

Oui, le problème est là. Éric Dupond-Moretti avait répondu à un courrier de Jean-Paul Lecoq (député PCF – NDLR) que ce n’était pas au gouvernement de s’immiscer dans la justice au nom de la séparation des pouvoirs. C’est se moquer du monde : si la décision de libération est conditionnée à l’expulsion, il faut un arrêté signé par le ministre de l’Intérieur. Toutes les garanties sont données par le Liban. Il n’y a aucun élément qui justifie de le refuser. Si, en 2012, le ministre de l’Intérieur a refusé de signer l’arrêté d’expulsion, c’est sous la pression des États-Unis et d’Israël. Cette affaire est une honte pour un pays qui se proclame le pays des droits de l’homme. C’est une tache noire pour la justice française. Qu’une décision de justice soit bloquée par le ministre de l’Intérieur, c’est absolument inacceptable. Cela exige donc une mobilisation au plus haut niveau des élus de ce pays. Nous avons même trop attendu. Il est l’un des plus vieux prisonniers d’Europe. Le refus de le libérer est politique.

Dans quel état d’esprit est-il par rapport à ses chances de libération ?

Il l’attend, mais il n’y a pas d’exaltation. Il a un espoir raisonné. Il a conscience que cela exigera un affrontement entre la France d’un côté, et les États-Unis et Israël de l’autre. Il sait la difficulté de cette tâche, que le contexte dépasse sa seule personne.

Quelles suites comptez vous donner à cette visite ?

Nous allons d’abord relancer notre tribune pour organiser une réponse collective des parlementaires. Avec les députés de la Nupes et les sénateurs de gauche, on peut sans difficulté atteindre les 150 parlementaires. On demandera aussi à ce qu’elle soit signée par des députés d’autres sensibilités, Liot voire LR au nom de l’indépendance de la France, soumise aux États-Unis. Je suis même certain qu’on aura des signatures issues de la majorité. Ensuite, je compte demander une rencontre avec le président de la République : il faut qu’il prenne conscience. Nous devons saisir toute occasion d’être les porte-voix exigeant sa libération. Par exemple, il faut que l’initiative prévue autour de Georges Ibrahim Abdallah lors de la Fête de l’Humanité prenne une dimension beaucoup plus large, que cela devienne une affaire nationale. Il faut en faire un mouvement massif au niveau du pays.

 

Lire aussi:

Georges Ibrahim Abdallah : pourquoi la France s'acharne sur le plus ancien prisonnier d’Europe (Parti communiste, Pierre Barbancey dans L'Humanité, AFPS)

George Ibrahim Abdallah doit être libéré!

Georges Ibrahim Abdallah : « Le refus de le libérer est politique », déplore André Chassaigne - L'Humanité, 14 août 2023
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15 août 2023 2 15 /08 /août /2023 06:16
Irène Frachon à la fête de l'Humanité 2016 sur l'espace Bretagne de débats pour un débat sur la politique du médicament face à la révolution numérique avec Christiane Caro, animatrice de l'atelier citoyen santé Bretagne, Fabien Cohen (commission nationale santé-protection sociale), Isabelle Lorand, Yann Le Pollotec

Irène Frachon à la fête de l'Humanité 2016 sur l'espace Bretagne de débats pour un débat sur la politique du médicament face à la révolution numérique avec Christiane Caro, animatrice de l'atelier citoyen santé Bretagne, Fabien Cohen (commission nationale santé-protection sociale), Isabelle Lorand, Yann Le Pollotec

Irène Frachon au débat de la fête de l'Huma Paris le 11 septembre 2016 sur l'espace PCF Bretagne sur le médicament avec Christiane Caro, Fabien Cohen, Yann Le Pollotec, Isabelle Lorand

Irène Frachon au débat de la fête de l'Huma Paris le 11 septembre 2016 sur l'espace PCF Bretagne sur le médicament avec Christiane Caro, Fabien Cohen, Yann Le Pollotec, Isabelle Lorand

Fête de l’Humanité : Irène Frachon, le goût du combat et du collectif

La pneumologue Irène Frachon a combattu les laboratoires Servier pendant près de 15 ans. Elle sera à la Fête de l’Humanité pour un débat à l’Agora sur les politiques du médicament. 

Publié le
Mardi 1 août 2023

Elle a participé plus d’une fois à la Fête, la dernière en 2016, à l’invitation de l’Espace Bretagne. Quand nous lui avons proposé de revenir cette année pour un débat à l’Agora sur les politiques du médicament, la réponse n’a pas tardé. « C’est oui ! »

Pourtant, la pneumologue de Brest et lanceuse d’alerte dans l’affaire du Mediator aurait pu se lasser de ces innombrables allers-retours entre sa chère Bretagne et la région parisienne, elle qui les a multipliés, en particulier pendant les deux très longs procès, en première instance (2019-2020) et en appel (2023), avec ce scandale sanitaire. 

Franc-parler et authenticité de cette médecin pas comme les autres

Mais le goût du combat et des œuvres collectives – marque de fabrique de la Fête de l’Humanité – aura été le plus fort. Chacun pourra donc profiter du franc-parler et de l’authenticité de cette médecin pas comme les autres, qui a raconté en BD, avec son compère Éric Giacometti et l’illustrateur François Duprat, sa longue lutte contre les laboratoires Servier ( Mediator, un crime chimiquement pur, Delcourt, 2023).

À l’Agora, elle témoignera de ces quinze années d’un « combat insensé », comme elle le qualifiait elle-même dans l’Humanité magazine en février. Et tentera aussi d’en tirer des leçons, sur le poids des grands labos ou le rôle des pouvoirs publics pour réguler ce secteur.

Elle aurait volontiers confronté son point de vue au syndicat des industriels du médicament, le LEEM, que l’Humanité avait invité pour ce débat, mais celui-ci a décliné l’invitation… Irène Frachon, elle, n’esquivera pas. Et se battra « jusqu’au bout pour les victimes du Mediator ». Le verdict du procès en appel est attendu pour le 20 décembre.

 

Voir aussi:

Irène Frachon - 17 octobre 2019: J'ai échappé de peu à la tromperie de Servier (Alexandre Fache, L'Humanité, 17 octobre 2019)

Irène Frachon: Servier était plus puissant que l’Agence du médicament (Rozenn Le Saint, Médiapart, 22 septembre 2019)

Fête de l'Humanité 2016: Le débat de l'atelier citoyen PCF-Front de gauche Santé sur le médicament avec Irène Frachon, Yann Le Pollotec, Sophie Pène, Isabelle Laurent, disponible en vidéo sur You Tube: à regarder

1ère partie du débat sur le numérique et la santé à la fête de l'Huma 2016 (Espace Bretagne)

  https://www.youtube.com/watch?v=5SnVyX24JUs

2e partie du débat sur le numérique et la santé à la fête de l'Huma 2016 (Espace Bretagne)

https://www.youtube.com/watch?v=MavPuC5p5lQ

3e partie du débat sur le numérique et la santé à la fête de l'Huma 2016 (Espace Bretagne)

https://www.youtube.com/watch?v=HG5hiklt8AE

4e partie du débat sur le numérique et la santé à la fête de l'Huma 2016 (Espace Bretagne)

https://www.youtube.com/watch?v=m0hBHUJtVHU

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15 août 2023 2 15 /08 /août /2023 06:09
Derrière la baisse du chômage, des radiations en masse, une explosion de l'emploi précaire - décryptages de Cécile Rousseau et Marie Toulgoat dans L'Humanité des 27 et 28 juillet 2023
Derrière la baisse du chômage, des radiations en masse

Alors que le gouvernement se satisfait de la très légère baisse du nombre de demandeurs d’emploi, la CGT pointe des sanctions en hausse pour les chômeurs.

L'Humanité - Vendredi 28 juillet 2023
 
 
La CGT pointe la « nette augmentation des radiations » : + 6,8 % pour un an et + 3,6 % sur le trimestre, soit 54 700 radiés durant les trois derniers mois
 

Des statistiques prétendument au beau fixe. Mercredi 26 juillet, la parution des chiffres du chômage pour le deuxième trimestre a fait état d’un nombre d’inscrits en catégorie A (sans activité) en très légère baisse – 0,2 % par rapport au premier semestre, soit 4 900 personnes en moins –, portant leur nombre à 3,011 millions.

En incluant ceux ayant une activité réduite (catégories B et C), le nombre de demandeurs d’emploi est en chute de 0,5 % au deuxième trimestre (– 26 100) et s’établit à 5,343 millions, selon la Direction des statistiques du ministère du Travail. Sur un an, la baisse est de 1,9 %.

Le nombre de personnes travaillant moins de 78 heures par mois grimpe de 7,7 % sur un an

Le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a aussitôt salué sur Twitter une «  bonne nouvelle vers le plein-emploi ». Ces belles paroles gouvernementales ne suffisent pas à occulter la précarisation croissante du marché du travail. En catégorie B, regroupant les personnes travaillant moins de 78 heures par mois, le nombre d’inscrits grimpe de 7,7 % sur un an, avec notamment une flambée de 26,5 % des contrats de moins de 20 heures par mois.

De son côté, la CGT pointe surtout la « nette augmentation des radiations » : + 6,8 % pour un an et + 3,6 % sur le trimestre, soit 54 700 radiés durant les trois derniers mois. « La politique de sanctions semble donc être la principale cause de cette “amélioration” : une sortie sur dix est désormais due à une radiation, tout sauf une reprise d’emploi. » Effectivement, les statistiques font état d’un recul des sorties pour reprise d’emploi de 3,3 % sur le trimestre et de 14,5 % sur l’année.

Pierre Garnodier, secrétaire général de la CGT chômeurs, explique recevoir de très nombreux témoignages de privés d’emploi ainsi exclus. « Si une personne refuse d’aller aux formations “toutes les clés pour mon emploi durable” ou “AccelèR’emploi”, délivrées par des opérateurs privés de Pôle emploi, elle est radiée. Ce qui est illégal. Ce phénomène est massif. Depuis la fin du premier confinement et le lancement de ces nouvelles prestations, on observe une recrudescence des radiations. »

Le plan du gouvernement pour « remobiliser » les demandeurs d’emploi de longue durée : les contraindre à se former sur les métiers en tension

Sur le front du chômage de longue durée, alors que le problème est structurel, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits depuis un an ou plus à Pôle emploi diminue de 1 %, et même de 8,6 % sur un an. Pour Pierre Garnodier, cela pourrait aussi s’expliquer par le plan du gouvernement pour « remobiliser » les demandeurs d’emploi de longue durée, consistant à les contraindre à assister à des prestations et à se former sur les métiers en tension. Sous peine d’être radiés. « Une chômeuse a ainsi été convoquée pour une de ces séances de formation. 80 % des gens étaient des aidants… »

Pour atteindre son objectif de plein-emploi – au sens du Bureau international du travail, un taux de chômage autour de 5 % en 2027 (contre 7,1 % actuellement) –, l’exécutif mise notamment sur la transformation de Pôle emploi en France Travail, avec des sanctions renforcées pour les allocataires du RSA, et sur la négociation d’une nouvelle convention de l’assurance-chômage d’ici à la fin de l’année. De quoi redouter de nouvelles exclusions massives des chômeurs des statistiques.

La baisse du nombre de chômeurs, un leurre statistique

Désintox. Bonne nouvelle en apparence, la décrue des chiffres du chômage marque en réalité une explosion de l’emploi précaire et des radiations.

Publié le
Vendredi 27 janvier 2023
 
Selon la Dares, 52 900 personnes ont été tout bonnement radiées des listes de Pôle emploi.

Voilà de quoi ravir le gouvernement et son obsession du plein-emploi. Selon la Dares, 6 134 100 personnes étaient inscrites à Pôle emploi au quatrième trimestre 2022, chiffre au plus bas depuis 2014. « Le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité baisse de 112 000 personnes au T4 2022. Le plein-emploi, c’est aussi le bon emploi. Nous poursuivons notre mobilisation », s’est réjoui le ministre du Travail, Olivier Dussopt, sur Twitter. Pourtant, à y regarder de plus près, les statistiques peinent à confirmer cette bonne nouvelle.

Explosion du nombre de chômeurs en catégorie B

Les données de la Dares montrent avant tout que la large baisse du nombre des chômeurs de la catégorie A (n’ayant pas du tout travaillé durant le mois) est compensée par un impressionnant bond des inscrits en catégorie B (moins de 78 heures dans le mois). Avec 2 834 000 privés d’emploi dans cette première catégorie au quatrième trimestre 2022, le nombre d’inscrits a ainsi diminué de 3,8 % en un trimestre, et de 9,4 % en un an.

Le nombre de chômeurs en catégorie B, occupant des emplois très précaires, a lui explosé : il a augmenté de 8,8 % en un an, et de plus de 30 % si l’on se concentre exclusivement sur les personnes ayant travaillé entre 1 et 20 heures dans le mois.

Un transfert qui pourrait être en partie expliqué par un bug informatique, explique la CGT : lors de la réactualisation de leurs droits, certains chômeurs ont été forcés de déclarer 1 heure travaillée au minimum, même sans activité. Mais pas que. « Il y a une vraie volonté de Pôle emploi de servir la soupe du gouvernement. Par exemple, de nombreuses personnes ont été désinscrites car en arrêt maladie, alors qu’elles auraient pu être transférées dans la catégorie D », explique Pierre Garnodier, du comité CGT chômeurs et précaires.

La réforme de l’assurance-chômage alourdira encore la tendance

Si le gouvernement se targue de la baisse du taux de chômage, les personnes ayant quitté les statistiques pour cause de reprise d’un emploi déclaré sont de moins en moins nombreuses : leur nombre a chuté de 30,1 % entre le quatrième trimestre 2021 et le dernier trimestre 2022. « Aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’on sort de Pôle emploi qu’on retrouve un boulot. La majorité des sorties s’explique parce que les gens ne peuvent pas recharger leurs droits et se retrouvent au RSA », fustige Pierre Garnodier.

Selon lui, la nouvelle réforme de l’assurance-chômage, qui entre en vigueur le 1er février, alourdira encore la tendance. En raccourcissant la durée d’indemnisation de 25 %, nombreux seront les privés d’emploi à disparaître des statistiques sans reprendre une activité.

Selon l’institut statistique, enfin, 52 900 personnes ont été tout bonnement radiées des listes de Pôle emploi. Bien plus qu’un seul accroissement du nombre de radiations (+ 2,3 % par rapport au trimestre précédent et + 16,5 % par rapport au dernier trimestre 2019), il s’agit tout simplement d’un record depuis la naissance de ces statistiques en 1996. Une « volonté » politique, pour Pierre Garnodier. « On peut être radié dès lors qu’on rate un appel téléphonique, c’est considéré comme une absence à un entretien », explique-t-il.

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15 août 2023 2 15 /08 /août /2023 06:03
L’Arenh ou le pacte des profiteurs de crise - Fabien Gay, L'Humanité, 5 août 2023
L’Arenh ou le pacte des profiteurs de crise
Samedi 5 août 2023
 

Ce pourrait être le titre d’un polar. Imaginez l’histoire : un pacte entre des traders, des fournisseurs alternatifs d’énergie profitant d’opportunes décisions gouvernementales pour tirer d’énormes bénéfices de la mise à terre de deux victimes – EDF dépecée, et les usagers de l’électricité rackettés.

L’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique), c’est ce système inventé de toutes pièces sous la présidence de Nicolas Sarkozy pour accélérer la libéralisation du secteur de l’énergie, sous l’impulsion de l’Union européenne. La seule véritable règle de ce système est de permettre aux acteurs alternatifs de revendre aux usagers – devenus des clients – l’électricité produite par EDF, plus chère que si lesdits usagers étaient restés chez EDF. Le tout, en leur faisant croire qu’ils allaient y gagner, et dans le seul but d’engranger des bénéfices.

Puis, pour emballer ce douteux paquet, des règles opaques, des objectifs de production tellement flous qu’ils ne seront jamais respectés, et une bonne couche de lâcheté politique des gouvernements successifs pour ne surtout rien remettre en cause. Tant pis si EDF s’endette, n’a plus les moyens de s’autofinancer pour investir ou d’entretenir ses infrastructures. Et tant pis si, dans le même temps, près d’un Français sur quatre se trouve en situation de précarité énergétique.

Si l’Arenh n’est pas responsable de tous les maux qui accablent le secteur de l’énergie, elle en est un des principaux symptômes, du moins la traduction d’une étape dans la recherche effrénée de libéralisation.

Déjà en 2010, c’était folie d’obliger EDF à vendre un quart de sa production au prix de 42 euros le mégawattheure. Au lendemain d’une crise énergétique où celui-ci s’est échangé au prix de 1 000 euros sur le marché en août 2022, persister avec l’Arenh est une aberration. D’autant que ces prix ne reflètent en rien le coût de la production, mais bien celui du trading.

Car, en 2022, les acteurs alternatifs ont bien vu la manne financière qui s’offrait à eux : surévaluer leurs besoins avec un portefeuille clients conséquent, puis se défaire ensuite de l’essentiel de leurs clients pour revendre le surplus des quotas achetés 42 euros le mégawattheure… sept à huit fois plus sur le marché !

Et pendant qu’ils engrangent des milliards de bouclier tarifaire et de filet de sécurité auxquels s’additionnent les reventes de l’Arenh, les Françaises et les Français ont vu leur facture augmenter de 15 % en février et de 10 % au 1er août.

Et l’amende record, appelée complément de prix par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), de près de 1,6 milliard d’euros sera redistribuée… aux acteurs alternatifs eux-mêmes. Dans ce mauvais polar, pas de happy end. Il est temps d’en finir avec ce pacte absurde.

Pour écrire la suite, il faudra tout rebâtir. À l’image de Marcel Paul, ministre communiste de la Production industrielle de novembre 1945 à décembre 1946, il nous faut réfléchir, écrire, proposer et faire adopter une nouvelle loi de nationalisation de tous les secteurs énergétiques. S’y regrouperaient EDF, Engie et TotalEnergie sous une même bannière : GEDF, le Groupe énergie de France. Bénéficiant d’un monopole public, de la production en passant par le transport et jusqu’à la distribution de l’électricité, mais aussi du gaz et de l’essence, ce nouveau groupe aurait à charge de décarboner l’énergie et de la rendre accessible à toutes et tous. De l’audace ! À vos stylos.

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