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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 08:44
Irène Frachon au débat de la fête de l'Huma Paris le 11 septembre 2016 sur l'espace PCF Bretagne sur le médicament avec Christiane Caro, Fabien Cohen

Irène Frachon au débat de la fête de l'Huma Paris le 11 septembre 2016 sur l'espace PCF Bretagne sur le médicament avec Christiane Caro, Fabien Cohen

Irène Frachon au débat de la fête de l'Huma Paris le 11 septembre 2016 sur l'espace PCF Bretagne sur le médicament avec Christiane Caro, Fabien Cohen

Irène Frachon au débat de la fête de l'Huma Paris le 11 septembre 2016 sur l'espace PCF Bretagne sur le médicament avec Christiane Caro, Fabien Cohen

 Irène Frachon : « J’ai échappé de peu à la tromperie de Servier »
Jeudi, 17 Octobre, 2019
Alexandre Fache

Procès. Appelée à témoigner, mercredi, au procès du Mediator, la lanceuse d’alerte Irène Frachon a raconté son combat pour révéler un scandale sanitaire qui n’aurait jamais dû exister.

Les douze ans de combat d’Irène Frachon contre le Mediator du groupe Servier, depuis la première victime identifiée dans son service de pneumologie de l’hôpital de Brest, en 2007, jusqu’au mégaprocès qui se tient depuis le 23 septembre, et pour au moins six mois, au palais de justice de Paris, annonçait une audience fleuve, mercredi, à l’occasion du témoignage de la lanceuse d’alerte. Le moins que l’on puisse dire est qu’on n’a pas été déçu. Pas moins de trois heures se sont ainsi écoulées avant que la présidente, Sylvie Daunis, n’accorde une première pause, dans cette audience démarrée un peu après 13 h 30, devant une salle comble. Trois heures pendant lesquelles Irène Frachon est revenue méthodiquement sur sa découverte d’un scandale sanitaire parmi les plus retentissants que la France ait connus… et ses difficultés à le faire émerger, du fait du « déni inébranlable de Servier » et de l’attentisme coupable de l’Agence du médicament.
À l’audience, la pneumologue avait beaucoup de choses à dire

Pantalon beige et veste marron, la pneumologue est arrivée dans la salle 2.01 du palais de justice de Paris avec une petite valise à roulettes et une clé USB pour projeter des documents. « Je vais vous raconter comment je me suis inquiétée de la toxicité du Mediator et comment, en obtenant ou pas des documents, j’ai eu la confirmation de cette toxicité », a-t-elle résumé, en prévenant que son exposé serait sans doute « plus technique et plus complet » que celui couché par écrit dans son livre, publié en 2010, Mediator 150 mg, Combien de morts ? Technique, c’est sûr, son témoignage l’aura été, quand, à coups de schémas et de tableaux projetés sur l’écran de la salle – barbares pour le commun des mortels –, la pneumologue tentera d’expliquer les mécanismes d’action destructeurs des dérivés de la fenfluramine, dont deux furent retirés du marché (Isoméride et Pondéral) en 1997 en France, quand un troisième, le Mediator, allait poursuivre douze ans de plus sa carrière mortelle.

« Ça va, je ne vais pas trop vite ? » s’inquiétera à plusieurs reprises Irène Frachon en regardant la présidente, Sylvie Daunis. « Je vous préviendrai », répondra la magistrate une première fois, avant, deux heures plus tard, d’avouer : « Euh, non là ça ne va plus, on n’arrive plus à noter. » C’est que la pneumologue, dont l’histoire a été adaptée à l’écran en 2016 dans la Fille de Brest, mais aussi au théâtre dans la pièce Mon cœur, mise en scène en 2017, avait beaucoup, beaucoup de choses à dire. Après un petit exposé sur sa vision de la médecine, l’intérêt de la pharmacovigilance et ce qu’est une hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), cette maladie rare devenue sa spécialité, Irène Frachon a raconté les prémices de sa salutaire découverte. « En 1990, j’arrive dans le service de pneumologie de l’hôpital Antoine-Béclère, LA référence en France pour les HTAP. J’ai été très frappée de voir l’inquiétude qui régnait dans ce service. » Les médecins voient arriver des cas de plus en plus nombreux de jeunes femmes touchées par cette maladie. Une véritable épidémie. Un article est publié en 1993, sans conséquence. « Servier ne veut rien entendre. Et les autorités de santé sont pétrifiées », constate Irène Frachon. Ça ne sera pas la dernière fois.

Et quand le groupe Servier ne veut rien entendre, il a des moyens bien à lui de le faire savoir, a aussi rappelé mercredi la lanceuse d’alerte. « Ses menaces étaient incroyables », a-t-elle raconté, citant les cas de ce journaliste du Parisien, Éric Giacometti, ou d’une juriste belge, soutiens de victimes de ces produits, qui ont reçu « des photos de leurs enfants devant leur école ». « Après ça, la juriste belge a complètement disparu du dossier », note Irène Frachon, qui évoque aussi les pratiques de « harcèlement » du groupe, de « falsification » des traductions de la littérature médicale ou, plus largement, de « pressions » sur l’ensemble de la chaîne de pharmacovigilance.
« Aujourd’hui, je suis comme les victimes, inconsolable »

Suffisamment pour exonérer l’Agence du médicament (Afssaps à l’époque), elle aussi au banc des accusés dans ce procès ? Certes pas. « La première fois que j’ai été reçue là-bas, en juin 2009, après mes alertes, on m’a dit de “faire court”, se souvient Irène Frachon. J’ai quand même suggéré qu’il fallait envisager le retrait du Mediator. On m’a dit : “Mais madame, on ne retire pas comme ça un médicament !” »

Cinq mois plus tard, la pneumologue obtiendra pourtant l’interdiction du produit de Servier, abattant un à un les obstacles mis sur sa route par le laboratoire et son allié alors au garde à vous, l’Agence du médicament. « La puissance de ce laboratoire faisait qu’il ne fallait pas trop y toucher », tente d’expliquer aujourd’hui la pneumologue, qui rappellera aussi, à l’audience, que « dénoncer ce scandale (l’avait) marginalisée de manière majeure dans le monde médical ».

Pressée par le tribunal d’en terminer avec sa déclaration liminaire, Irène Frachon a conclu, hier, par ces mots inquiets : « J’ai échappé de très peu à la tromperie de Servier. Ça me fait froid dans le dos de voir à quoi cela a tenu, à très peu de choses. Aujourd’hui, je suis comme les victimes, inconsolable. Des victimes qui ne pourront pas parler ici parce que Servier a acheté leur silence, en conditionnant les indemnisations à ce silence. J’espère que ce procès tardif sera utile pour protéger les patients face à la firme Servier. »
Alexandre Fache

Lire aussi:

Irène Frachon: Servier était plus puissant que l’Agence du médicament (Rozenn Le Saint, Médiapart, 22 septembre 2019)

Irène Frachon - 17 octobre 2019: J'ai échappé de peu à la tromperie de Servier (Alexandre Fache, L'Humanité, 17 octobre 2019)

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