Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 08:28
Mort de la cotisation sociale, fin de la sécurité sociale: un livre pour comprendre les enjeux de la Secu, la lutter et la conserver, par Michel Etiévebt

2018 Fin de la cotisation sociale, mort de la sécurité sociale…, )

UN LIVRE POUR COMPRENDRE LES ENJEUX DE LA SECU ET LUTTER POUR LA CONSERVER; MICHEL ETIEVENT

Il est à craindre que les français ne soient pas conscients de ce qu'ils sont en train de perdre avec les attaques violentes contre la sécurité sociale. Ce formidable projet de société, imposé par le peuple français à la libération et qui, selon Ambroise Croizat, le bâtisseur, devait « mettre fin à l'obsession de la misère et aux incertitudes du lendemain" est aujourd’hui en passe de s’effondrer sous les coups de boutoir du gouvernement contre ce qui fait son fondement solidaire : la cotisation sociale. Au fil des 70 ans qui nous séparent de sa création, un continuum acharné de mesures de dégradation et de plans de casse successifs n’a cessé de mettre à mal une institution devenue pierre angulaire de notre identité sociale. Dès sa conception en effet, droite, patrons, médecins libéraux, lobbyings privés de tous ordres, ont peu à peu sapé les principes fondateurs de l’institution. A ces oppositions, un moment tues par le rapport de force de l’époque, s’est ajoutée une avalanche de réformes passant par les ordonnances gaulliennes de 1967 qui ont fait basculer sa gestion dans les mains du patronat, les plans Barre de 1980 libérant les honoraires, les mesures Fabius ouvrant aux complémentaires santé la gestion de la protection sociale, l’impôt CSG de Rocard l’étatisant progressivement. Viendront ensuite les mesures Georgina Dufoix imposant forfait hospitalier et déremboursements , les lois Veil Balladur de1993 à 1995 allongeant la durée de cotisation à 40 ans et accélérant la fermeture des hôpitaux, les plans Chirac Raffarin attentant aux retraites, les lois Jospin de 2001 imposant les règles assurantielles et les normes européennes aux mutuelles. Sans oublier les lois Douste Blazy de 2004 qui videront les conseils d’administration de leurs pouvoirs en chapeautant la sécurité sociale par la création de l’Uncam directement nommée par l’état. N’oublions pas enfin l’instauration de la T2A en 2005, les lois Bachelot de 2009 confiant la gestion de la protection sociale aux « préfets sanitaires » des ARS. En imposant l’obligation de mutualité d’entreprise, l’ANI 2013 accélérera un peu plus la voie de la privatisation, 
Si la destruction affichée de la cotisation sociale par le gouvernement Macron, n’est pas récente, elle est aujourd’hui ouvertement frontale . Le rêve du patronat devenu une arme de gouvernement néo libéral. Il importe de rappeler la quadruple peine qu’elle impose aux bénéficiaires. Elle est tout d’abord une amputation directe du salaire dont la cotisation est partie intégrante. C’est un « salaire socialisé » fondé sur les richesses créées dans l’entreprise. La seule création de richesse qui va directement du cotisant vers le bien être des gens afin de faire face aux aléas de la vie sans passer par la poche des actionnaires. Si le salaire net c’est pour le quotidien du mois, le salaire brut c’est pour la vie. La seconde peine réside dans la destination même de cette « économie » patronale. Elle n’ira ni vers l’emploi, ni l’investissement mais servira comme le gouvernement l’annonce à « restaurer » ou à augmenter les marges patronales et à gonfler les poches des actionnaires. (80% des profits patronaux terminent leur course dans la poche des actionnaires). A cette atteinte aux salaires, s’ajoute la troisième peine : la hausse de la CSG qui alourdit la feuille d‘impôt et plus gravement encore fiscalise et étatise un peu plus encore la sécurité sociale. ( Depuis 1995 la part de la fiscalisation dans le financement de la sécu est passé de 4, 9 à 28 % tandis que la part de la cotisation sociale tombe de 86,8 à 67,3 %) Imagine-t-on ce que pourrait devenir une sécurité sociale entièrement abandonnée aux mains de l’état ? il lui suffira de dire on ne peut plus payer et une seule ordonnance à l’image de ce qu’a vécu l’Espagne pourrait engendrer coupes sombres et surtout privatisation immédiate.. La quatrième peine est encore plus lourde. Par la fin du grand principe de solidarité, la mort de la cotisation sociale n’est rien d‘autre que la mort de la sécu. Une coquille vide prête à être livrée par l’état au privé, aux assurances santé inégalitaires et coûteuses. La fin du droit de vivre dignement…
Michel Etiévent 
Historien, biographe d’Ambroise Croizat

Mort de la cotisation sociale, fin de la sécurité sociale: un livre pour comprendre les enjeux de la Secu, la lutter et la conserver, par Michel Etiévebt

Un article que j'ai écrit en 2013...

Qui se souvient de Ambroise Croizat?... - par Ismaël Dupont, à partir de la lecture du livre de Michel Etiévent

Quel média, quel éditorialiste, quel intellectuel médiatique aborde l'œuvre révolutionnaire et néanmoins si proche de nous de ce député communiste ouvrier, fils du peuple, que la République capitularde, puis Vichy, firent croupir dans leurs prisons abjectes, à Paris puis en Algérie, avant qu'il ne soit libéré en 1943 et ne contribue à mettre en place les bases de la démocratie sociale à la française au sortir de la guerre, après avoir été un des contributeurs du programme du CNR: « Les jours heureux ».

Le devoir de mémoire, on s'y astreint volontiers quand il s'agit de remuer les plaies avec une certaine complaisance voyeuriste ou sensationnaliste, de confronter l'homme et la nation à leurs limites, à leurs souffrances passées, à leurs puissances de destruction et de division, mais surtout, se disent les gardiens de la mémoire, petits ou grands bourgeois serviteurs du système qui se conçoivent aussi souvent comme des gardiens du troupeau, n'allons pas montrer, en faisant revivre des figures héroïques et populaires de la conquête sociale, que la volonté du peuple a su être souveraine, que le progrès social rapide et réel, facteur d'émancipation immédiate des travailleurs, ont pu être d'actualité.

On efface les traces ...

Les traces de la fierté et de la combativité ouvrière, de la République sociale et de la contribution décisive qu'y ont apporté les luttes des travailleurs et des communistes admirablement dévoués, intelligents et rassembleurs, formés par l'expérience de l'injustice sociale, les combats ouvriers, les jours lyriques du Front Populaire, la répression sans pitié d'une droite revancharde et collaboratrice, la Résistance et l'espérance d'un monde meilleur.

L'historien Michel Etiévent, universitaire de Grenoble qui a collaboré récemment au film « Les jours heureux » de Gilles Peret, nous permet de découvrir ce si noble modèle d'humanité et d'action politique au service du peuple dans une biographie magnifiquement illustrée qui fait la part belle aux dits et écrits de Croizat et de ses compagnons, Ambroise Croizat ou l'invention sociale (Editions GAP, 20€).

J'ai rencontré Michel Etiévent à la fête de l'Humanité Bretagne de Lanester et nous espérons pouvoir l'inviter à venir parler à Morlaix au printemps prochain d'Ambroise Croizat et de ses réalisations comme député, négociateur du programme du CNR, ministre du Travail de la Libération.

Les éléments d'information qui suivent sont tous empruntés au livre de Michel Etiévent dont on ne saurait trop recommander l'achat et la lecture. 

Ambroise Croizat est né en 1901 dans la vallée de la Tarentaise, en Savoie.

Son père, originaire de Chambéry, est ferblantier dans la métallurgie et « travaille douze heures par jour, face à l'éclat des fours, sept jours sur sept (la loi sur l'attribution du congé hebdomadaire ne date que du 13 juillet 1906), le visage et les mains brûlés par les ébarbures de métal en fusion ». Ils travaillent d'abord à Notre-Dame de Briançon et vivent dans une maisonnette de deux pièces bien exigües pour une famille de cinq, mais c'était le lot commun du peuple à l'époque. En 1906, son père, ayant récemment adhéré au Parti Ouvrier Français et à la CGT est un des meneurs d'une grande grève organisée après un accident de travail ayant causé la mort de huit ouvriers. Il est licencié et doit embaucher à Ugine, dans une autre usine, dont il sera à nouveau chassé pour activités syndicales.

Ambroise commence à travailler à treize ans comme apprenti ajusteur-outilleur dans une usine de Lyon. A 19 ans, au sortir de la guerre, il adhère à la Jeunesse socialiste qui rejoint la IIIème Internationale et prend vite des responsabilités dans le Syndicat CGTU des Métaux. Dans les années 1920, Ambroise Croizat milite contre le militarisme, pour une paix plus juste avec l'Allemagne, contre le colonialisme et la guerre du Rif au Maroc, quand Pétain et Franco s'associent pour éliminer les insurgés dans les montagnes du Nord du Maroc. En 1926, il devient permanent du PCF à Paris, puis secrétaire général de la Fédération CGTU des métaux, pour laquelle il organise des grèves partout en France pour les salaires, la réduction du temps de travail, contre le chômage. En 1934, le PCF et la CGTU lancent une stratégie de Front Populaire face à la montée de la menace fasciste et la tentative de coup d'état du 6 février 1934. Les mots d'ordre de la gauche unifiés sont « Pain, Paix, Liberté ». L'unité de la CGT sera finalement réalisée le 1er mars 1936, deux mois avant l'arrivée du Front Populaire au pouvoir. Aux élections législatives du 28 avril 1936, Croizat devance le candidat socialiste sortant de 900 voix environ dans la circonscription de Plaisance, 14e arrondissement de Paris puis il est élu député avec trois mille voix d'avance sur le candidat de droite.

« Devant la porte de l'usine,

Le travailleur soudain s'arrête.

Le beau temps l'a tiré par la veste,

Et comme il se retourne

Et regarde le soleil,

Tout rouge, tout rond,

Souriant sous un ciel de plomb,

Il cligne de l'œil

Familièrement:

Dis-donc camarade soleil,

Tu ne trouves pas

Que c'est plutôt con

De donner une journée pareille

A un patron? »

A l'image de ces Paroles de Jacques Prévert, l'été 1936 est lumineux. Dès la victoire du Front Populaire, un vaste mouvement de grèves avec occupations d'usines traverse la France. Le but est autant d'aider le gouvernement face au patronat que de le pousser à entreprendre les profondes réformes réclamées depuis longtemps par la classe ouvrière. Tout commence à l'usine Bréguet-Le Havre, une usine de construction d'avions, le 9 mai, à l'initiative des métallos. Croizat est présent sur place. Il encourage le mouvement qui s'étend à l'ensemble de la métallurgie: dès le 14 mai, les ouvriers de Block à Courbevoie, de Lavalette à Saint-Ouen, d'Hochkiss à Levallois prennent en main leurs usines. Les 33 000 travailleurs de Renault à Billancourt les rejoignent le 28 mai. Le mouvement s'étend aux grands magasins pour paralyser, fin mai, la France entière. Partout, on prend possession des ateliers. On y entretient l'outil, on y découvre les loisirs et la culture. Le 7 juin s'ouvrent les discussions qui aboutiront aux Accords de Matignon qui donneront à la classe ouvrière les congés payés, les 40 heures, les conventions collectives, le libre exercice du droit syndical.. Dans les entreprises, les salaires augmentent de 15 à 40%, doublent parfois. Une énorme flambée syndicale accompagne le mouvement. Le 25 novembre 1936, à la tribune du Congrès d'unité de la Fédération des métaux, Croizat dresse un premier bilan: « En mars dernier, nous étions 40 000, en juin 100 000, aujourd'hui 700 000, repartis en 725 syndicats. A Lyon, de 1000 adhérents en trois syndicaux lors de l'unité, le syndicat unifié enregistre aujourd'hui 25 000 cartes. Marseille passe de 600 à 15 000 adhérents, Bordeaux de 300 à 10 000, dans le Haut Rhin, 97% des ouvriers se sont syndiqués. Partout, les métallos ont été à la pointe du mouvement et s'enorgueillissent aujourd'hui de l'avoir déclenché. La France vit de belles heures. Jamais de son histoire, le mouvement ouvrier n'aura connu de telles conquêtes. En un mois a té réalisé ce que trente législatures n'étaient jamais parvenues à accomplir. Le patronat a cédé mais restons vigilants. Tout reste à faire. Dans chaque secteur, chaque entreprise, il faut maintenant défendre et faire germer les acquis obtenus. Tout dépendra du syndicat, de sa puissance. Tout dépendra de nous, et de nous seuls...  ».

Depuis mai 1936, Croizat siège à la « Commission spéciale » du gouvernement qui a été chargée d'élaborer les réformes et veille à leur application sur le terrain. En 1937, il inaugure des maisons de repas, des parcs de loisirs, des colonies de vacances pour la classe ouvrière. Mais dès février 1937, le gouvernement, sous la pression du patronat, décide d'une pause dans les réformes. La guerre civile en Espagne, et le refus de Blum et du gouvernement, sous la pression anglaise notamment, de venir en aide à la République assiégée par les fascistes, éloigne les communistes de leurs alliés socialistes et radicaux. Le 12 novembre 1938, le gouvernement Daladier publie une série de décrets-lois qui instaurent la baisse des salaires, déjà fortement grignotés par l'inflation (50% en 2 ans), des impôts nouveaux et surtout la fin de la semaine des 40 heures, qualifiée pour l'occasion de « loi de paresse et de trahison nationale ». Entre ces parlementaires qui vont remettre la République dans les mains de Vichy et l'UMP actuelle, la comparaison s'impose... Daladier le capitulard s'écrie déjà tel un Jean-François Copé, reprenant le discours haineux des privilégiés vis à vis de la classe populaire: « Cette loi est responsable de tous les maux de l'économie. On ne peut avoir une classe ouvrière à deux dimanches et un patronat qui s'étrangle pour faire vivre le pays ». En novembre 1938, suite à de grandes grèves ouvrières suivies de licenciements arbitraires et d'états de sièges policiers, le gouvernement envoie les troupes devant les entreprises. Le 1er décembre 1938, 36 000 ouvriers sont licenciés dans l'aéronautique et les arsenaux, 8000 dans la chime et l'autombile. Plus de la moitié sont des responsables syndiquaux CGT. Dans son modeste appartement du 79, rue Daguerre où il vit depuis 1936, Croizat rédige son édito: « Le 30 novembre, le patronat a opéré le savant triage qu'il attendait. Il tient sa revanche sociale sur 1936. Des femmes ont faim, des enfants ont froid. L'homme n'est plus au travail. Partout, les consignes ont été données par les patrons revanchards. Des listes noires circulent. Les sous-traitants des grandes entreprises ont été sommés de ne pas embaucher des ouvriers licenciés sous peine de voir leurs commandes supprimées. La haine est partout. Ils ont défendu leurs outils parce qu'ils croyaient en la grandeur de la France, en ses traditions de dignité, en cet espoir que mai 1936 avait fait éclore. Plus que jamais, nos solidarités vont vers eux. C'est eux, la France. Cette France bafouée par ceux qui ne rêvaient que de revanche ».

Le mouvement ouvrier est décapité. Début 1939, avec l'aval de Daladier, Hitler s'empare de la Tchécoslovaquie. Le pacte germano-soviétique signé à l'été 1939, les communistes, contre lesquels on avait déjà prévus des mesures de rétorsion en cas de conflit avant la connaissance du pacte, sont jetés en pâture. Le 27 août, l'ensemble de la presse communiste est interdite. Le 26 septembre, le PCF est dissous. 666 élus sont déchus. Le 7 octobre 1939, Croizat est arrêté sur les marches de l'Assemblée Nationale, puis enfermé à la Prison de la Santé avec d'autres députés communistes, dont le père de Guy Môquet, bientôt fusillé à Chateaubriand, Prosper. L'extrême-droite réclame purement et simplement la loi martiale pour les communistes. En Janvier 1940, Croizat fait parti des 36 députés communistes condamnés à 5 ans de prison au terme d'un simulacre de procès, sous l'impulsion des anciens collègues de l'Assemblée Nationale, dont certains appartenaient à la majorité du Front Populaire. En octobre 1941, Croizat est au côté de Prosper Môquet quand le député communiste apprend l'assassinat de son fils Guy, arrêté le 13 octobre 1940 alors qu'il distribuait des tracts, le plus jeune des otages cégétistes ou communistes fusillés à Châteaubriand. Dans son ouvrage « Le temps des illusions », le chef de cabinet de Pétain révéla, quelques temps plus tard, que le nom de Guy Môquet ne figurait pas sur la liste des otages de Châteaubriand. Le ministère de l'Intérieur l'avait « rajouté ».

En avril 1941, Croizat et ses camarades communistes sont envoyés en prison en Algérie, où ils vivent dans des conditions de détention très dures. Le débarquement allié à Alger a lieu le 8 novembre 1942 mais les députés communistes ne sont libérés que le 5 février 1943, après trois ans d'enfermement. Les communistes dérangent, inquiètent. Les Américains craignent qu'une fois libérés, ils ne deviennent vite les principaux animateurs de la politique anti-vichyste et soulèvent entre autre le problème du droit à la Liberté des pays du Maghreb. Et de fait, une fois libéré, Ambroise Croizat contribue à réorganiser le mouvement communiste et le syndicat au Maghreb, à tel point qu'en janvier 1944, la CGT affiche 120 000 adhérents en Afrique du Nord. Dès août 1943, dans un discours devant un public d'ouvriers, il parle de cette France nouvelle qui naîtra de la Libération: « Redonner à la Nation sa grandeur et aux travailleurs la place qu'ils méritent par leur effort et leur sang versé sera notre tâche. Les larmes et la mort n'auront pas été vaines. Elles accoucheront d'une France nouvelle, celles des nationalisations et de la Sécurité Sociale ».

« En septembre 1943, Ambroise Croizat rejoint, au titre de la CGT clandestine, l'Assemblée Consultative instaurée autour du Conseil National de la Résistance créé par De Gaulle à Alger le 3 juin 1943. Il préside la commission du Travail. C'est là que va prendre vie le programme du Conseil National de la Résistance. «Véritable déclaration des droits nouveaux, charte des futures grandes réformes nées dans la nuit et le feu du maquis ». (Michel Etiévent).

Le lien de la résistance aux conquêtes sociales de la Libération, c'est d'abord un contexte politique: c'est la gauche et les communistes qui à partir de 1943 constituent les gros bataillons de la résistance armée intérieure tandis que même la résistance de droite ou de centre-droit se déporte vers la gauche en voyant le patronat et la droite traditionnelle s'enfoncer dans la collaboration en France occupée et en mesurant combien l'unité de la Résistance, qui ne peut se faire que sur un projet politique commun, est précieuse pour gagner et la guerre et préparer l'après-guerre, éviter une soumission de la France aux probables vainqueurs américains. C'est aussi une donnée existentielle: la lutte forge et se nourrit du rêve, de l'exigence, de l'optimisme: elle est surtout le fait d'hommes jeunes qui rêvent d'un pays neuf débarrassé des injustices, des faillites démocratiques et sociales de l'avant-guerre, celles-ci s'étant encore aggravées pendant l'occupation. Dans la douleur, la soif de vivre est immense: c'est elle qui permet d'endurer en attendant des lendemains meilleurs, de s'astreindre à une discipline de fer, de consentir au sacrifice de sa vie en sachant qu'il prépare un monde meilleur, que le combat ne sera pas vain. « La souffrance engendre les rêves, écrit Michel Etiévent, et les rêves parlent tout haut ». Et l'auteur de citer De Gaulle lui-même, homme d'ordre qui a cette époque considère la réforme sociale et morale de la France inéluctable: « Impossible de ne pas entendre la voix profonde du peuple comme on entend la rumeur de la mer... La France délivrée ne voudra ni reprendre la route de l'abîme, ni demeurer dans celle de l'esclavage. D'avance, elle a choisi un chemin nouveau. Elle aura subi trop d'épreuves pour ne pas être résolue à de profondes transformations. Elle veut que cesse un régime économique dans lequel les grandes sources de la richesse nationale échappaient à la Nation, où la conduite des entreprises excluait la participation des organisations des travailleurs ».

 

Le Conseil National de la Résistance, né le 27 mai 1943 grâce aux efforts de Jean Moulin notamment, chargé par le général de Gaulle de travailler à unifier la résistance intérieure et à la soumettre à l'autorité du général, à l'époque rival de Giraud, soutenu par les américains et même les anglais en sous-main, trace les contours de son programme révolutionnaire par l'ampleur et le caractère structurel des réformes proposés, même s'il ne met pas à bas le capitalisme, se contentant de le neutraliser en partie et de créer de nombreuses espaces de socialisation des richesses, est arrêté le 15 mars 1944. Il paraît en zone sud sous le nom simple et magnifique « Les jours heureux » et décline au futur liberté, démocratie économique, solidarité, avec pour fondement L'humain et l'intérêt général d'abord.« Mettre définitivement l'homme à l'abri du besoin, en finir avec l'indignité, la souffrance, le rejet, l'exclusion ». Les mots esquissent les grandes réformes qui fondent une nouvelle République de citoyens ayant conquis une égalité fondamentale. L'invention sociale est en marche: « Instaurer une véritable démocratie économique et sociale impliquant l'éviction des féodalités économiques et financières de la direction de l'économie... Retour à la Nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sol-sol, des compagnies d'assurance et des grandes banques... Droit d'accès dans le cadre de l'entreprise aux fonctions de direction et d'administration pour les ouvriers et participation des travailleurs à la direction de l'économie... Droit au travail... Liberté de pensée et d'expression ».

Le chantier s'ouvre à la Libération avec une classe ouvrière grandie par engagement dans la résistance, une CGT à cinq millions d'adhérents, un parti communiste à 27% des voix... Le « Parti des Fusillés », premier parti de France, a acquis le prestige et l'autorité d'un parti national, d'autant que les groupes FTP ont accepté de rendre les armes pour que s'installent les commissaires de la République et l'autorité des lois plutôt que celles des maquis. En Octobre 1945, 5 millions de voix se portent aux législatives sur les communistes, qui obtiennent 151 députés à l'Assemblée Nationale. Le 13 novembre 1945, De Gaulle, chef du gouvernement provisoire, fait appel à cinq communistes. Aucun grand ministère régalien mais Charles Tillon au ministère de l'armement, François Billoux à l'Economie Nationale, Marcel Paul à la Production Industrielle, tandis que Maurice Thorez se voit confier un ministère d'état et qu'Ambroise Croizat hérite du travail et de la Sécurité Sociale.

 L'ordonnance qui crée la Sécurité Sociale paraît le 4 octobre 1945. La protection sociale, qui relevait jusque là des « Assurances sociales » (loi du 5 avril 1928, combattue par les patrons d'entreprises jusqu'à la nouvelle loi du 1er juillet 1930), ne protégeait contre la maladie qu'une faible partie des salariés et de leurs ayant droit. A peine un tiers de la population française... Le système était anarchique, avec une multitude de caisses patronales, confessionnelles, syndicales, mutuelles, concurrentes entre elles et n'offrant pour la plupart qu'une protection aléatoire. Pour les retraites (loi de 1910), la couverture est dérisoire ou inexistante. Pas plus d'un million de Français en bénéficient, alors que 5 millions d'entre eux pourraient y prétendre et n'ont pour seuls recours que la charité et leurs économies. 

 

"Désormais, analyse Michel Etiévent, la sécurité sociale devient un droit fondamental, universel, obligatoire et solidaire et non un mécanisme d'assurance couvrant un risque. Dans l'esprit d'Ambroize Croizat, la Sécurité Sociale devait couvrir tous les travailleurs, salariés ou non (loi du 22 mars 1946). Les non-salariés (petits commerçants, professions libérales et artisans notamment) refusèrent par la voix de leurs responsables, qui n'acceptaient pas de se laisser assimiler à de "vulgaires prolétaires". Beaucoup le regretteront. 

Le nouveau système va "digniser" l'ensemble autour de quatre mots clefs: 

L'unicité: une institution unique, obligatoire, couvrira désormais l'ensemble des domaines de la protection sociale, des "risques sociaux", dit-on à l'époque (maladie, vieillesse, décès, invalidité ainsi que les accidents du travail, gérés jusque-là par les assurances privées). "L'ambition, déclarait Croizat à l'Assemblée, le 20 mars 1946, est d'assurer le bien-être de tous, de la naissance à la mort. De faire enfin de la vie autre chose qu'une charge ou qu'un calvaire". 

L'universalité: la couverture est étendue à tous les citoyens, avec la volonté de généraliser à court terme le nouveau système. Et ceci malgré l'opposition de certaines professions qui refuseront de s'y intégrer....

La solidarité: c'est la pierre angulaire du système. Solidarité inter-générations, solidarité actifs-inactifs, malades bien-portants. Le tout financé par les richesses créées dans l'entreprise. En ce qui concerne le financement de l'institution, les propos de Croizat sont d'une modernité brûlante: "Outre le fait que cela grèverait fortement les contribuables, disait-il, faire appel au budget de l'Etat serait subordonner l'efficacité de la politique sociale à des considérations purement financières qui paralyseraient les efforts accomplis". 

Démocratie enfin, et c'est là "l'exception française" car seule une gestion par les intéressés eux-mêmes peut garantir que la santé restera un droit fondamental pour tous. Là encore, les mots du ministre sont novateurs: "Pour la première fois, l'appareil nouveau met la gestion de l'intérêt des travailleurs dans les mains des travailleurs eux-mêmes. Ceci est d'autant plus important car l'assurance (et particulièrement pour les accidents du travail) relevait jusqu'à ce jour de compagnies commerciales et, pour les allocations familiales, d'une gestion purement patronale". 

L'ordonnance n'avait fait qu'énoncer les principes. Il restait à bâtir l'édifice. Ce sera l'oeuvre principale de Croizat. Entouré d'une équipe au sein de laquelle on retrouve entre autres, Marcel Willard, Jean Briquet, Maurice Patinaud, Marcel Lamour, Le Quéré, Henri Raynaud, le "bâtisseur de la Sécu" y consacrera l'essentiel de ses deux années de ministère. Deux ans d'un chantier immense, rendu possible par l'élan de solidarité et le nouveau rapport de forces politiques qui suit la Libération. Tout est à faire, substituer à l'immense fatras des 1093 Caisses diverses et organismes privés un système cohérent, décentralisé, bâti autour de 138 Caisses primaires d'assurance-maladie et 113 caisses d'allocations familiales, essentiellement gérées - au début tout du moins- par les travailleurs...".. 

En mai 1946, grâce aux efforts d'Ambroise Croizat, une loi accorde une pension de retraite à tous les salariés âgés de plus de 65 ans. Quand Croizat quittera le gouvernement en mai 1947, le montant des retraites sera majoré de 130 à plus de 200%. 4 millions de français bénéficient de la retraite.

Croizat présente ainsi dans un discours à l'Assemblée Nationale le 4 août 1946 le sens de son action gouvernementale:

"La sécurité sociale, née de la terrible épreuve que nous venons de traverser, appartient et doit appartenir à tous les Français et à toutes les Françaises, sans considération politique, philosophique ou religieuse. Ce qu'elle donne aux Français ne résulte pas de la compassion ou de la charité, elle est un droit profond de la nature humaine. Elle sera, nous en sommes sûrs, d'une portée considérable à long terme. Elle permet d'espérer, en raison des perfectionnements postérieurs qui pourront lui être apportés, voir la France et la République se placer au premier rang des nations du point de vue du progrès social...".

Le travail de Croizat au ministère du travail ne s'arrête pas là. Le 25 février 1946, il fait voter la loi sur la majoration des heures supplémentaires (25% entre 40 et 45h, 50% au-delà, 100% les dimanches et jours fériés). Il fit de même pour l'augmentation des primes et le travail de nuit et du dimanche. C'est également Croizat qui fixe la durée des congés payés à un mois pour les jeunes de moins de 18 ans et à 3 semaines pour la classe d'âge entre 18 et 21 ans. Il est également à l'origine d'un vrai service public de l'emploi, de la refonte d'une grande partie du Code du Travail, de la revalorisation des rentes des mutilés du Travail et des vieux mineurs, de la création d'un Conseil national du Travail chargé d'examiner les projets relatifs à la législation sociale, mais également d'innover en la matière. Il engage un vaste chantier dans le domaine de la formation professionnelle pour libérer l'enseignement technique de la tutelle patronale ou confessionnelle. Grâce à ses efforts et à ceux de Maurice Thorez, de nouveaux statuts de la fonction publique sont adoptées. "On y trouve des avancées extraordinaires comme la reconnaissance intégrale du droit syndical, la participation des syndicats à la gestion du personnel, la démocratisation du recrutement, l'égalité des sexes pour l'accès à la promotion dans les services publics". On développe la prévention des accidents et des maladies du travail en créant la médecine du travail, les ancêtres des comités hygiène et sécurité. On attribue pour la première fois un rôle économique et décisionnel aux comités d'entreprise. En avri 1946, Croizat propose d'instituer l'égalité de salaire entre homme et femme: "Si l'égalité politique est une victoire partielle, l'égalité économique est une victoire complète" dit-il alors. 

" Aux côtés de Marcel Paul, complice de longue date, il se battra avec acharnement pour imposer le statut des mineurs (14 février 1946) et celui du personnel du gaz et de l'électricité (22 juin 1946). Il cosignera d'ailleurs ces documents, qui vont transformer les conditions matérielles, sociales et culturelles des agents de ces deux services publics. On retrouve en effet, dans les deux statuts, des avancées considérables: sécurité d'emploi, protection sociale de haut niveau, unicité de traitement, activités sociales gérées par les travailleurs eux-mêmes, 1% des recettes d'EDF pour les électriciens et les gaziers".

Pour faire comprendre et obtenir une mise en oeuvre concrète de ces mesures en contournant les obstacles et les difficultés, Croizat effectue des centaines de déplacements, aussi bien à Paris qu'en province. Il y démontre sa capacité d'écoute et son humilité, en même temps que son sens de l'efficacité et du travail bien fait.

Cette profond mouvement de rénovation sociale de la société française pour l'universalité de l'accès au droit et la souveraineté du travail va pourtant s'interrompre.

En 1946, le patronat redresse la tête, sabote l'application du programme du CNR. Les tensions au sein du gouvernement croissent. Droite et socialistes freinent les nationalisations ou remettent en cause les statuts des mineurs, des gaziers et électriciens, des cheminots et des travailleurs de chez Renault... Ils entament la guerre d'Indochine. Le blocage des salaires et la flambée des prix créent un climat social tendu. Les pressions des Américains sur le gouvernement s'accentue pour faire sortir les communistes.

L'éviction a lieu le 5 mai 1947. Le motif est la solidarité trop voyante des communistes aux revendications des ouvriers de Renault. En réalité, dans un contexte de début de guerre froide, les Américains monnayent leur aide à la France contre une marginalisation des communistes.  

Evincé du gouvernement, Croizat reprend à plein temps la tête de la Fédération CGT de la métallurgie. En cette année charnière, les grèves contre le blocage des salaires et la vie chère se multiplient: mineurs, métallos, dockers, ouvriers de chez Renault. "La police intervient. Elle embarque, incarcère. Partout, au coeur des carreaux de Lorraine ou du Pas de Calais, la violence s'installe. A Firminy, dans le bassin de la Loire, la grève lancée le 4 octobre 1948 tournera à l'émeute entre mineurs et CRS pour la possession du puits". 2 mineurs sont tués par balle.

Croizat tonne en décembre 1947 dans l'Union des métallurgistes: "Ce gouvernement n'a pas hésité à faire tirer sur les grévistes, à employer des gaz lacrymogènes, en un mot, à mettre tout en oeuvre pour venir à bout de la résistance ouvrière. Rien n'a été ménagé. On a utilisé des mesures répressives et spéculé à fond sur la misère et la faim des valeureux combattants... Si Hitler n'a pas réussi à mater le peuple, ce n'est pas Jules Moch et ses sbires qui y parviendront".  

Plus tard, en 1950, Croizat bataille contre le plan Schuman et le projet de Communauté du Charbon et de l'Acier avec l'Allemagne. Il y voit un projet de mise sous tutelle américaine, de réduction de l'indépendance industrielle de la France. Il remet aussi en cause les cadences et la productivité imposés par le patronat dans les industries.

En juillet 1950, Croizat, déjà éprouvé par un cancer du poumon, perd son fils, ouvrier électricien de 26 ans, dans un accident du travail à Lyon. Il meurt le 12 février 1951 après une opération qui n'a pas suffit. Son cortège funèbre, le 17 février 1951, rassemble des centaines de milliers de personnes venus lui rendre hommage.

A cette vie exemplaire et si riche de réalisations durables et révolutionnaires, nous avons le désir d'être fidèles à notre humble niveau en perpétuant et prolongeant l'héritage et surtout en commençant par le défendre face à la réaction capitaliste progressant depuis 30 ans sous des gouvernements de droite comme (prétendument) de gauche sous couvert de modernisme, d'adaptation à la mondialisation, à la concurrence internationale.

Ismaël Dupont

Un autre livre indispensable de Michel Etiévent

Un autre livre indispensable de Michel Etiévent

Partager cet article
Repost0
27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 20:06
Ethique en politique. Les frères Bocquet récompensés par l’association Anticor
AURÉLIEN SOUCHEYRE
SAMEDI, 27 JANVIER, 2018
HUMANITE.FR
Le sénateur et l’ancien député PCF ont reçu le prix du « combat pour l’égalité des citoyens devant l’impôt », vendredi 26 janvier à Paris, au cour d’une soirée dédiée à la lutte contre la fraude, l’immoralité et la corruption.
Les élus communistes Alain et Eric Bocquet ont reçu vendredi 26 janvier le prix Anticor de l’éthique, venant récompenser leur « combat pour l’égalité des citoyens devant l’impôt ». « Il y a eu unanimité pour vous remettre ce prix afin de saluer votre combat contre la fraude fiscale », a lancé Lionel Bretonnet, administrateur d’Anticor, association fondée en 2002 pour lutter contre la corruption. L’apport des travaux parlementaires des deux frères (Alain a été député jusqu’en 2017, Eric est toujours sénateur), et de leur ouvrage Sans domicile fisc, pour dénoncer le fléau de la fraude fiscale a été souligné par les organisateurs. « Après 3000 pages de rapports, on a voulu rendre cette question accessible à tous, de façon pédagogique et didactique », a précisé Alain Bocquet, en recevant un petit buste blanc de Marianne en guise de trophée.
 
« On continue notre tournée, sans paillette, partout en France autour du livre, a raconté Eric Bocquet. Il est primordial de sonner l’alerte. La fraude fiscale coûte 80 milliards d’euros par an à la France, soit plus que son déficit, au nom duquel on nous impose une austérité qui mine partout notre société ». L’action déterminée des deux élus pour supprimer le verrou de Bercy (qui place le ministre du Budget au dessus de la justice en matière de poursuites contre la fraude fiscale), leur proposition de COP de la finance mondiale et de la fiscalité, ou encore leur volonté d’ajouter des normes fiscales obligatoires dans l’attribution de marchés publics ont aussi été vivement appréciées par Anticor.
 
« Après 39 ans à l’Assemblée nationale, je peux vous dire que la finance a pris le pouvoir mondialement. Si l’on en fait pas une affaire citoyenne, on arrivera pas à gagner ce combat », a prévenu Alain Bocquet. Le livre, dédié à leurs petits enfants, appelle à ne pas leur laisser « un monde en putréfaction ». S’il considère que le chemin est encore long (« On se retrouve un peu comme une poule qui a trouvé un couteau »), l’ancien député ne manque pas d’idées et a proposé d’accueillir un contre sommet de Davos sur le site minier d’Arenberg, à Wallers (Nord), là où se situe le siège de la communauté d’agglomération de la Porte du Hainaut, qu’il préside. « Ce sera là-haut dans les cimes blanches contre chez nous dans le trou noir », a-t-il plaisanté.
 
Plusieurs autres personnes ont été récompensées par Anticor, vendredi soir à la Maison de l’Amérique latine, à Paris. « Un anticorps est une protéine indispensable au système immunitaire. De la même manière, les personnes reçues ce soir sont des garde-fous nécessaires pour que la République tiennent debout », a lancée en introduction Marie-Claire Neveu, qui a présenté l’événement. « Nous sommes connus pour nos plaintes, nos recours en justice, mais nous aimons aussi mettre en lumière, reconnaître des comportements particulièrement vertueux. Nos récipiendaires donnent le goût de la République et tentent de la relever », a ajouté Jean-Christophe Picard, président d’Anticor.
 
Le lanceur d’alerte Alain Gautier a reçu le prix du « courage face aux procédures baillons », pour avoir fait face aux 12 procédures lancées contre lui par l’entreprise Vortex. Celui qui a dénoncé les agissements (fraude, maltraitance, travail dissimulé, surfacturation) de cette société chargée du transport public d’enfants handicapés dans plus de 70 départements à notamment salué le travail de Laurence Mauriaucourt dans l’Humanité, qui a participé à rendre public ce scandale (https://www.humanite.fr/le-requin-vortex-croque-le-transport-public-des-...).
 
Le prix de la « recherche sur la corruption » a été attribué à Adrien Roux. Le chercheur, auteur d’une thèse sur la corruption, a signalé qu’il n’existe aucun centre de recherches sur la corruption en France, quand c’est par exemple le cas en Italie, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. « J’ai été surpris des embuches inattendues et des difficultés rencontrées lors de ma thèse, alors que je ne suis ni lanceur d’alerte, ni journaliste, ni juge », a-t-il commenté, se désolant également de l’actuelle « hypocrisie du droit » dans notre pays, alors même que « l’honneur du droit est de permettre que les rapports sociaux ne soient pas que des rapports de force ».
 
Le site internet d’informations Médiacités, spécialisé dans l’investigation à l’échelle locale, a reçu le prix du « contre-pouvoir contre les féodalités locales ». « On a choisi l’investigation locale, très peu usitée, très peu pratiquée, car le local est un peu l’école de la corruption », a indiqué Jacques Trentesaux, directeur de la publication.
 
La journaliste Stéphanie Fontaine, membre du collectif Extra-Muros, s’est vue décerner le prix de la « vérité sur le business du contrôle routier », pour son travail sur la privatisation des radars mobiles et véhicules banalisés.
 
Mathilde Mathieu, de Médiapart, a reçu le prix de la « révélation des mauvaises pratiques parlementaires ». « Les cas Fillon, Le Roux, Mercier, ne constituent pas des dérives individuelles. C’est un écosystème qu’il faut révolutionner », a-t-elle mesuré, avant de remercier le Canard enchaîné pour ses révélations, ainsi que tous les assistants parlementaires, élus et fonctionnaires du parlement qui ont été des sources tout au long de l’année.
 
Enfin, le collectif Regards citoyen a lui aussi été distingué, avec le prix du « numérique au service de la démocratie », pour son travail de simplification dans l’accès à des ressources publiques, dont la publication en Open Data des comptes des partis politiques et des comptes de campagne des candidats aux élections.
 
La soirée s’est achevée avec une casserole, décernée au sénateur LR François-Noël Buffet, qui a présenté un amendement visant à ce que le calcul de la durée de prescription concernant une infraction clandestine démarre dès qu’elle est commise plutôt qu’au moment où elle est découverte… Jean-Jacques Urvoas, ministre socialiste de la Justice au moment des faits, a lui aussi reçu une casserole pour avoir soutenu cet amendement, et activement participé à son adoption. La mise à disposition par ses soins, alors qu’il était garde des Sceaux, de documents couverts par le secret de l’instruction auprès de Thierry Solère lui a valu une deuxième casserole. Il n’en manquait plus qu’une pour répondre à la célèbre expression, et elle était toute trouvée : l’action d’Urvoas pour faire condamner pour « atteinte à la vie privée » un citoyen qui avait dénoncé le montage lui ayant permis de faire entrer, de façon légale mais à partir de deniers publics, sa permanence parlementaire dans son patrimoine personnel, lui a offert une troisième casserole.
Ethique en politique. Les frères Bocquet récompensés par l’association Anticor (L'Humanité, samedi 27 janvier 2018)
Partager cet article
Repost0
27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 20:03
Fiscalité: et si on arrêtait de tout donner aux riches? (Cyprien Boganda, Humanité Dimanche, 27 janvier 2018)
Fiscalité. Et si on arrêtait de tout donner aux riches ?
CYPRIEN BOGANDA
SAMEDI, 27 JANVIER, 2018
HUMANITÉ DIMANCHE

es études s’accumulent pour démontrer par les chiffres ce que tout le monde pressentait : la politique fiscale d’Emmanuel Macron favorise plus que jamais les contribuables les plus riches. L’association Attac jette un nouveau pavé dans la mare, pour alerter sur les risques de régression sociale et dessiner les contours d’une politique alternative.

Ils annoncent la couleur dès la première phrase : « Jamais un gouvernement de la Ve République n’avait osé décider d’une politique fiscale aussi clairement en faveur des riches et de la finance. » Dans leur dernier ouvrage (« Toujours plus pour les riches. Manifeste pour une fiscalité juste »), les économistes d’Attac passent à la moulinette les options économiques du pouvoir actuel, qui ne cache plus son orientation ultralibérale en la matière. Hasard du calendrier, l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) vient de sortir un nouveau rapport qui tente d’estimer l’impact de la réforme fiscale d’Emmanuel Macron sur les revenus des contribuables. Résultat des courses : tout le monde en profite, certes, mais les plus modestes en profitent un peu, et les riches beaucoup plus que les autres !

« En 2019, les ménages les plus aisés devraient rester les premiers bénéficiaires des réformes entamées, écrit l’OFCE. À eux seuls, les 5 % de ménages les plus aisés, et au sein d’eux, les 2 % les plus riches, capteraient 42 % des gains à attendre de la mise en place des mesures. » Dans le détail, les 5 % les plus aisés rafleraient, en 2018, 3 190 euros par ménage en moyenne, grâce à la réforme de l’imposition du capital – suppression de l’impôt sur la fortune (ISF) et introduction d’un prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital. Une fois déduite la hausse de la CSG et de la fiscalité indirecte (tabac et environnement), la ristourne fiscale s’élève à environ 1 700 euros. Rappelons qu’il ne s’agit que d’une moyenne : les milliardaires empocheront beaucoup plus…

Les partisans de ­Macron (et les libéraux en général) invoquent souvent la « théorie du ruissellement », selon laquelle une réduction de la fiscalité pour les plus aisés finirait par profiter à tous, grâce à un regain d’investissements. Hélas, cette fable n’a jamais été démontrée. Pire, dans le cadre du capitalisme boursier, les cadeaux fiscaux faits aux plus riches risquent surtout d’alimenter les bulles financières. « La richesse ne ruisselle pas vers le bas, elle est pompée vers le haut ! » résument les économistes d’Attac.

Comment savoir si un système fiscal est juste ? Quand il est « composé de taxes prenant en compte la situation des différentes catégories de contribuables », écrivent-ils. Or c’est la loi inverse qui régit la fiscalité française : en 2017, la TVA (impôt le plus injuste car ne tenant pas compte de la situation financière de chacun) représentait 51 % des recettes de l’État, alors que l’impôt sur le revenu (le plus juste car progressif) ne représentait que 25 %.

dégâts collatéraux

Pour Attac, les dégâts collatéraux de cette politique fiscale ne se limitent pas au creusement – dramatique – des inégalités : par son iniquité revendiquée, elle risque aussi de miner le « consentement à l’impôt », en accréditant l’idée que ce dernier est nécessairement injuste et contraire à l’intérêt général.

Comment faire face au danger ? En modifiant de fond en comble le système fiscal. Dans leur livre, les économistes avancent plusieurs pistes de réformes répondant, selon eux, à un double impératif d’équité sociale et d’efficacité économique. Pas question de révolution ici, mais d’une remise à plat complète. Au programme : réforme de l’impôt sur le revenu (avec suppression de la plupart des niches et augmentation de sa progressivité) ; élargissement de l’ISF à l’ensemble des actifs (immobilier, produits financiers…) ; réforme de l’impôt sur les sociétés (avec maintien d’un taux réduit pour les PME et suppression du crédit d’impôt compétitivité) ; baisse de la TVA… Sans oublier une réforme de la fiscalité verte, qui renchérisse la tonne de CO2 (gaz carbonique) produite, tout en prévoyant des mesures compensatoires pour les plus modestes.

Pour que ces pistes ne se limitent pas à un catalogue de bonnes intentions, et l’exigence de justice fiscale à un vœu pieux, il reste encore à construire un rapport de forces politique, ce qui n’est pas une mince affaire. Comme le disent justement les auteurs, la fiscalité est bien l’affaire de tous…

Journaliste à l'humanité dimanche
Fiscalité: et si on arrêtait de tout donner aux riches? (Cyprien Boganda, Humanité Dimanche, 27 janvier 2018)
Partager cet article
Repost0
27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 08:43

Gwendal Rouillard, protégé et un des derniers dauphins de papi Jean-Yves Le Drian, député PS hollandais défenseur de sa politique libérale et pro-patronale sans cas de conscience, puis passé avec armes et bagages à Macron sans problème aucun derrière son mentor.

Je j'ai bien connu au MJS, où j'ai milité entre 1995 et 2001 et où il est arrivé après moi, avec très peu de bagage et de culture politique, mais a vite appris, non la profondeur d'un engagement de gauche au service des opprimés, mais plus sûrement la trajectoire et les us et manières du carriériste. Son idole à l'époque était Ségolène Royal...  Et non Jaurès malheureusement! 

Il raconte aujourd'hui dans une interview assez complaisante du Télégramme du jour pourquoi il faudrait aider de manière prioritaire les "chrétiens d'Orient" ne laissant pas cette cause à l'extrême-droite.

C'est vrai que les chrétiens d'Orient, en Irak, en Egypte, en Syrie, en Palestine, vivent des situations très angoissantes et qu'il faut s'en préoccuper car c'est toute une partie de cet héritage multiséculaire de l'orient métissé et pluri-confessionnel qui risque de disparaître, mais il faut s'en préoccuper comme de l'ensemble de ces peuples et des minorités ou "communautés" qui les composent, sans faire de discrimination sur des bases ethniques ou religieuses.  

Le devoir de solidarité humaine et l'internationalisme ne se divisent pas sur des critères confessionnels, ethniques ou sectaires.

Je me sens autant et plus solidaire même des Syriens qui sont opprimés par Bachar-al-Assad et luttent contre lui que de ceux qui, certes pour des raisons subjectives et historiques qu'on peut comprendre, parce qu'ils sont chrétiens et ont peur des islamistes, sont instrumentalisés par le régime et soutiennent, plus ou moins contraints, le pouvoir du tortionnaire de Damas.

Quant aux philippiques de Gwendal Rouillard sur la gauche laïcarde, on ne se sent pas concernés nous au Parti Communiste: il y a le pire et le meilleur dans le christianisme comme dans toutes les religions, et nous ne nions pas le potentiel révolutionnaire et émancipateur de certains aspects du christianisme, mais notre règle éthique et politique à nous, c'est de ne pas mélanger religion et politique, et de faire référence à une communauté universelle de l'humanité qui n'exclut pas les particularismes, les diversités culturelles, philosophiques, religieuses, mais ne s'appuie pas sur eu pour définir les droits à l'existence et à la considération.

Alors, oui, aider les Chrétiens d'Orient, comme tous nos frères humains syriens, égyptiens, irakiens, yéménites, palestiniens, libanais, sans solidarité sélective, et sans reprendre la vieille politique coloniale française d'instrumentalisation des minorités. 

Par rapport à l'accueil des réfugiés, des persécutés demandeurs d'asile aussi, il faut accueillir tous ceux qui ne peuvent plus vivre dans leurs pays et qui frappent à notre porte, pas seulement les chrétiens d'orient, comme on l'a entendu dans certains discours de ministres socialistes à l'époque de Hollande.   

Aider les chrétiens d'Orient, oui mais pas qu'eux, monsieur Rouillard...

Le Télégramme, 27 janvier 2018 

 

Le député du Morbihan (à droite) et le révérendissime père abbé Neemtallah Hachem, Supérieur général de l'Ordre libanais maronite, en 2016, au Liban.

Le député LREM (ex-PS) de Lorient (56), Gwendal Rouillard, vient d'être nommé coprésident du groupe d'études pour les chrétiens d'Orient à l'Assemblée nationale. La coprésidence sera exercée à ses côtés par un député LR, nommé prochainement. 



Pourquoi un groupe d'études sur les chrétiens d'Orient à l'Assemblée ?
Il a été créé en 2014. Beaucoup de parlementaires souhaitaient qu'on ait un espace de réflexion et de rencontre dédié à la question des chrétiens d'Orient et des minorités. J'ai souhaité reprendre le flambeau pour marquer le soutien de la France, et, en particulier, du Parlement, à cette cause. Elle a une relation privilégiée avec ces populations et elle est attendue. Nous devons être au rendez-vous de cette attente. 

Quelle est leur situation aujourd'hui ?
Daesh a exécuté nombre de chrétiens et de yézidis, beaucoup d'autres ont fui leur pays. Aujourd'hui, on constate un retour de ces populations : en Irak, à Qaraqosh, et dans la plaine de Ninive. En Syrie, à Homs et Hama, des réfugiés commencent à rentrer chez eux, et parmi eux, il y a des chrétiens. C'est encourageant mais il demeure encore des centaines de milliers de réfugiés loin de leurs territoires. L'enjeu est donc devant nous car il faudra garantir leur sécurité. Je souhaite que ce sujet soit un paramètre majeur des négociations de paix pour les pays de la Région. 

Quelles actions comptez-vous mener ?

 

D'abord, en apportant un soutien politique durable aux populations ; ensuite, par un soutien aux actions humanitaires, celles des autorités religieuses mais aussi celles des ONG françaises et des ONG locales, qui font un excellent travail. Enfin, par un soutien au développement dans la perspective de la reconstruction des différents pays. Je pense en particulier à la santé, à l'éducation, à la sécurité, aux infrastructures et bien sûr à l'économie. Je souhaite donner une dimension opérationnelle à nos travaux. Nous irons d'ailleurs sur place, ces prochains mois. 

On imagine que Jean-Yves Le Drian vous soutient ?
Il viendra naturellement s'exprimer devant notre groupe d'études. Ce sujet est un engagement personnel et constant de sa part, il en a encore parlé avant-hier au Sénat. C'est aussi un engagement personnel du Président Macron et je peux en témoigner. 

Vous avez dit récemment que la gauche ne s'était pas assez impliquée pour les chrétiens d'Orient...
Parce que la gauche a un problème avec les religions ! Elle est en tension permanente entre, d'un côté, un courant humaniste, ouvert et laïc auquel j'appartiens, et le courant laïcard avec des gens qui sont contre les religions et toute forme de croyance. Par ailleurs, je ne souhaite pas que le sujet des chrétiens d'Orient soit instrumentalisé, notamment par certaines mouvances d'extrême droite. C'est un combat républicain à partager. 

Vous êtes marié à une Libanaise maronite. C'est votre vie privée qui vous a inspiré cet intérêt pour les chrétiens d'Orient ?
C'est un sujet que je suis depuis plus de vingt ans. Mais avec mon épouse, j'ai la chance d'avoir à mes côtés une conseillère spéciale qui me fait part de ses connaissances et de ses analyses. Elle joue un rôle très précieux à mes côtés.
 

Partager cet article
Repost0
27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 06:53

 

Point de vue par Jean Ortiz

Jean Ortiz est un maître de conférences, syndicaliste et parfois homme politique. Il est d’abord spécialiste des littératures des Amériques et des littératures de langue espagnole, il est aussi journaliste, donnant des chroniques à L'Humanité, et à la revue altermondialiste Mémoire des luttes.

 

 

Pensez-vous qu’il soit possible de détruire scrupuleusement le Service Public, tout en feignant de le révérer ? Savez-vous comment convaincre tout un pays que sa richesse dépend d’abord de celle des uns, les plus riches comme de bien entendu ? D’aucuns appellent cela le « ruissellement »... on nous propose donc comme modèle la pluie pour les petits, les peu fortunés, les qui comptent leurs sous, les qui tirent le diable par la queue..., au lieu du soleil, réservés aux seuls milliardaires qui, à leurs dires, se le gagnent.

Qui aurait l’outrecuidance de tout tenter pour rendre un peuple enthousiaste à l’idée de son propre sacrifice ? Et qui se laisserait berner par des changements d’image, éculés jusqu’à la couenne ? Antan, Giscard avait voulu donner un coup de jeune à sa présentation des vœux à la nation, en col roulé, au coin du feu... Alors, une interview dans un escalier, ce n’est qu’une resucée des ficelles d’école de com’ basique. Et c’est aussi réduire les journalistes, fascinés ou feignant de l’être, complaisants pour la plupart, à des sous-marches ancillaires.

Savez-vous comment créer et maintenir un climat anxiogène dans le but caché d’apparaître comme le seul sauveur possible, au sourire rassurant et à l’intelligence au-dessus de la moyenne ? Savez-vous comment redorer le blason de la France, tout en étant en réalité cul et chemise avec Trump, Erdogan, Netanyahou, etc. ? Savez-vous comment mettre les gens à genoux avec leur propre consentement ? Et avec la collaboration des médias appartenant majoritairement à 9 milliardaires, à des fabricants d’armes, à des marchands de canon ?

S’il faut appeler un chat un chat, un chien un chien, ces chiennes de méthodes fleurent bon la dictature « douce », doucereuse, mais pas heureuse, « soft » en bon français de France... On choisit sa propre position, on ment et on manipule en permanence, en pensant dominer l’art de convaincre par la rhétorique... On tait les luttes, on voudrait faire croire que les communistes n’existent plus, qu’il n’y a pas d’alternative au capitalisme...

En fait, c’est la démocratie que l’on travestit , que l’on martyrise, avec des yeux d’un bleu à prendre les Français pour des bleus. Nous sommes en pleine liquidation des conquêtes du Front Populaire, de la Libération, de Mai 68. Et il faudrait l’accepter, voire s’en féliciter, au nom de l’intérêt bien compris de la France et des Français d’en bas.

Alors, non merci ! Il est vrai que l’opération formol a marqué des points, que nous sommes en pleine restauration, dans un climat de contre-révolution euphorique... Tous les ingrédients sont réunis d’une dictature de l’argent par une petite caste de nababs sans scrupules. Agrémentée de toutes les recettes plus néolibérales les unes que les autres : comme culpabiliser et criminaliser les précaires au lieu de développer des politiques inclusives, comme faire payer les pauvres pour que les poches des riches débordent et vomissent le fric...

Alors, non merci ! Osons « penser mal », ce que nous vivons ressemble de plus en plus à l’étouffement mielleux de toute pensée critique, par une dictature feutrée qui sait parfaitement qu’il lui faut taire son nom. Dénonçons-là, sans prendre de gants, même si l’opinion publique, muselée par les sondages et la guerre idéologique sans répit, respire encore des vapeurs de chloroforme.

Macron nous prend pour des couillons ! Et derrière les mots, la pensée macronienne n’est qu’une stratégie au service des siens, qui l’ont mis là où il est précisément pour cela. Tant pis pour les dupes, s’ils se laissent duper ; cela ne durera pas éternellement. La baudruche Macron peut se dégonfler plus vite que son ombre.

ooooooooooooooooooooooooooooooooooo

 

Le Meilleur des mondes : la prédiction dépassée d'Aldous Huxley

(publié en 2015 - Blogs Politis)

S'il vivait encore de nos jours, Aldous Huxley (1891-1963) serait sans doute amené à constater combien son anticipation d'un « Meilleur des mondes » est aujourd'hui complètement dépassée.

Aldous Huxley publia son roman prémonitoire en 1932. Vingt-six ans plus tard, en 1958, l'écrivain constatait dans son essai « Retour au meilleur des mondes » combien ses prédictions entraient déjà dans les mœurs, plus rapidement encore qu'il ne le pensait.

 

« La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. »

Qui ne reconnaitrait pas encore nos pseudo-démocraties dans ces lignes au scalpel devrait lire la description qui suit (extraite comme la précédente citation du "Retour au Meilleur des mondes") :

 

« Sous la poussée d’une surpopulation qui s’accélère et d’une sur-organisation croissante et par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation des esprits, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques -- élections, parlements, Cours suprêmes, et tout le reste -- demeureront, mais la substance sous-jacente sera une nouvelle espèce de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu’ils étaient au bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions de radio et de tous les éditoriaux. Entretemps, l’oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs des esprits, mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera. »

Il faut avoir l'esprit sérieusement chloroformé par la propagande mainstream pour parler encore de démocratie occidentale dans des pays où les candidats présentés aux électeurs sont préalablement sélectionnés et adoubés par les milieux financiers (qui financent ou non leurs partis et leurs campagnes électorales), les instituts de sondage (qui imposent ou détruisent leurs images selon des critères édictés par les classes dominantes) et par les médias (qui décident de la place qu'ils leur accorderont pour présenter -- ou non -- leur projet).

La plus pitoyable caricature du Meilleur des mondes selon Huxley ne se trouve-t-elle pas dans les institutions supranationales du monde présent (celles de l'Union européenne, par exemple) ?

Leur incommensurable bêtise

Il y a cependant une chose qu’Aldous Huxley n’avait pas anticipée : l’usure de ce système oppressif à visage démocratique, puis son effondrement sous l'effet conjugué de causes hautement destructrices :

– l'éclatement de la bulle financière dans laquelle s'étaient réfugiées ses élites

– la décomposition de son univers économique reposant exclusivement sur l'exploitation de ressources énergétiques en voie d'épuisement

– le total délitement moral et intellectuel de dirigeants politiques dégénérés (de Bush à Obama en passant par des Berlusconi, des Cameron, des Chirac, des Sarkozy ou des Hollande, des Juncker, des Dijsselbloem ou des Hillary Clinton...)

– le poids de la menace climatique déclenchée par l'irresponsabilité absolue des sus-nommés et des lobbies qui les font danser.

La multiplication de l’arsenal répressif visant tous les citoyens (lois d'exception à prétexte antiterroriste, militarisation outrancière des forces dites "de l'ordre"...) montre que les apparences démocratiques de cette dictature bonasse ont mordu la poussière et ne suffisent plus à en garantir la pérennité. Nul doute que devant ce constat sans appel, Aldous Huxley, qui, lui, était intelligent, aurait revu sa copie.

Car l'agitation puérile des oligarchies du vieux monde face aux menaces des barbares à ses portes achève de miner leur lamentable édifice, miné par leur incommensurable bêtise.

 

 

https://www.politis.fr/blogs/2015/05/le-meilleur-des-mondes-la-prediction-depassee-daldous-huxley-31256/

 

Partager cet article
Repost0
27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 06:51

 

Pour une éthique de l'hospitalité des réfugiés

Une « hypocrisie française » pour certains, un « déni d'humanité insupportable » pour d'autres ! Le bruit médiatique est tel autour des questions relatives à l'asile et l'immigration que les postures politiciennes prennent le pas sur l'essentiel, nous voulons dire sur ces personnes, femmes, hommes et enfants, qui transportent leurs histoires tragiques de vie comme un baluchon sur leur dos et viennent ici et maintenant frapper à la porte du pays des Lumières, le pays de Voltaire et de Montesquieu. Cette République qui, en son sein a accueilli l'abbé Pierre et Jean-Paul Sartre, a aussi construit l'école de l'émancipation, de l'indignation de Stéphane Hessel !

Ici et maintenant, pour construire la société de demain, fidèle à ses valeurs originelles et originales qui devraient faire de notre pays un phare de cet humanisme enraciné et rayonnant. Comment préparer cet avenir si, dans notre cher et vieux pays, la première rencontre est celle de murs qui ne sont pas des barbelés ­ comme notre Europe est capable d'en laisser ériger ­ mais des constructions bien plus insidieuses car techniques, administratives, pour surfer sur la vague d'une opinion publique qui est pour le moins inhospitalière, voire franchement hostile à l'accueil de l'autre, dans l'a priori de fraudeur qui est donné comme image à celle du migrant.

Notre indignation est celle de citoyens d'ici et d'ailleurs, pour qui, au-delà de la convention de Genève sur les réfugiés, clé de voûte de ce que nous sommes les uns et les autres par-delà nos différences, qu'elles soient philosophiques, religieuses, politiques, se sont rencontrés pleinement sur cet enjeu

d'humanité qui nous oblige. Les mots forts prononcés, les unes de journaux parfois caricaturales peuvent à leur insu desservir les causes que nous pouvons partager. Il n'y a pas d'indignation sélective ou de sentimentalisme dans ces lignes. Il n'y a pas de ce pragmatisme que l'on veut opposer aux idéologies, mais qui en devient une au nom d'un bon sens qui n'a justement de sens que de décrédibiliser celles et ceux qui, comme nous tous, croient que leur responsabilité est celle de faire progresser le sens de l'accueil dans une opinion publique soit indifférente, soit hostile car se repliant sur cette idée saugrenue du « c'était mieux avant », que Michel Serres, sage parmi les sages, met à bas.

Est-ce une société de la peur, de l'a-tolérance, de l'imperméabilité aux « fugitifs » qui nous rejoignent que nous voulons comme horizon ?

C'est bien au contraire l'accueil inconditionnel, fédérateur et ambitieux qui est le chemin, celui de l'honneur de la République qui nous anime ; cet accueil inconditionnel dans tous ces lieux chéris de notre creuset républicain que sont l'école, l'hôpital, les espaces de culture. Nous ne pouvons accepter que cette inconditionnalité, inscrite dans le Code de l'ac-

tion sociale et de la famille dès 1956, mais, au-delà, dans le génome de ce que nous sommes à la suite des grands penseurs, et les valeurs de fraternité, laïcité qui ont fait rayonner notre pays de Québec à Pékin en passant par Haïti ou bien Le Cap, soient foulées aux pieds par une circulaire d'un éphémère ­ au sens d e l ' Histoire­mini stre de l'Intérieur.

Cette inconditionnalité, pratiquée par les associations catholiques ou protestantes, laïques, inscrite dans la loi, ne doit pas être balayée d'un revers de la main au mépris de notre histoire mais, surtout et avant tout, de celui des hommes, femmes et enfants qui, dans ces lieux sanctuarisés, viennent chercher un peu de paix et d'oxygène pour se reconstruire. Briser ce lien de confiance entre acteurs de l'accueil et migrants pour de bas motifs liés à un suivisme d'une opinion publique est indigne.

C'est probablement le moyen le plus cynique de renforcer le sentiment selon lequel ces réfugiés, quels que soient les motifs de leur venue, sont des fraudeurs en puissance. Les inciter à rester dans la rue ne pourra qu'accroître le sentiment de rejet et de haine. Si, en 1981, François Mitterrand n'avait pas bravé la pensée dominante de l'opinion publique sur la peine de mort, elle n'aurait pas été abolie alors ! Notre devoir et notre honneur sont de convaincre que cette question de l'accueil et le refus du tri des réfugiés ne sont non seulement pas mineurs, mais constituent un enjeu de civilisation. Lorsqu'il s'agit de la vie d'êtres humains en situation de fragilité, c'est la conscience de chacune et de chacun qui est interrogée.

Notre engagement commence ici et maintenant ; il commence dans une démarche visant à convaincre nos concitoyens que c'est l'essence même de la société, que nous voulons construire et laisser aux générations futures, qui est en jeu, au même titre que les questions d'environnement, car ce sont les deux faces d'une même pièce.

L'urgence de l'indignation doit être accompagnée de la persévérance de la pédagogie de cette forme d'humanité qui nous habite et doit être au cœur du courage politique des décideurs d'aujourd'hui !

C'est aussi cela, incarner la République et son avenir ! Conduire l'opinion publique, plutôt qu'être soumis à son diktat ! C'est aussi cela, dépasser les postures, le simplisme, qu'exige cette forme de démocratie de l'opinion, démocratie aussi médiatique, qui sont un déni du temps long et des valeurs qui ont pétri notre histoire hier pour bâtir celle de demain. Il est temps d'agir collectivement ! Soyons à la hauteur des exigences pour demain !

 

PAS DE SENTIMENT SÉLECTIF

« Notre préoccupation est celle de citoyens d'ici et d'ailleurs qui, par-delà nos différences philosophiques, religieuses, politiques, revendiquent que cet enjeu d'humanité nous oblige. Il n'y a pas d'indignation sélective ou de sentimentalisme à avoir, mais une politique rationnelle à fonder. » indiquent les signataires de « Réhabiliter le combat humaniste », parmi lesquels Bertrand Gaufryau et Jacques Gaillot.

 

.NOTRE DEVOIR ET NOTRE HONNEUR SONT DE CONVAINCRE QUE L'ACCUEIL ET LE REFUS DU TRI DES RÉFUGIÉS CONSTITUENT UN ENJEU DE CIVILISATION.

 

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 18:19
Distribution de tracts sur le marché de Morlaix le 9 septembre dernier -

Distribution de tracts sur le marché de Morlaix le 9 septembre dernier -

Vivre et vieillir dans la dignité et le respect: L'Humain d'abord. Tract du PCF en soutien à la manifestation et la grève du 30 janvier 2018 dans les EHPAD - distribution samedi 26 janvier sur le marché de Morlaix

Plusieurs militants du PCF seront présents sur le marché de Morlaix samedi prochain, 26 janvier, de 10h à 12h, devant la mairie et place Allende, pour alerter la population sur la situation ultra-tendue des EHPAD et la prise en charge du vieillissement et du droit à l'autonomie des personnes âgées.  

Vivre et vieillir dans la dignité et le respect: L'Humain d'abord. Tract du PCF en soutien à la manifestation et la grève du 30 janvier 2018 dans les EHPAD - distribution samedi 26 janvier sur le marché de Morlaix
Vivre et vieillir dans la dignité et le respect: L'Humain d'abord. Tract du PCF en soutien à la manifestation et la grève du 30 janvier 2018 dans les EHPAD - distribution samedi 26 janvier sur le marché de Morlaix

Le 30 janvier, et les jours d'avant et les mois d'après, soyons mobilisés pour une autre politique d'accompagnement du vieillissement et des EHPAD, car la situation est de plus en plus dramatique, touchant bien souvent la maltraitance institutionnelle en dépit du professionnalisme et du dévouement des personnels.

A connaître et  signer aussi, cette pétition "Dignité des personnes âgées, des moyens pour nos EHPAD !".

C'est une cause importante. Voudriez-vous la signer à votre tour ?

Voici le lien:

https://www.change.org/p/ dignité-des-personnes-âgées- des-moyens-pour-nos-ehpad?utm_ medium=email&utm_source= petition_signer_receipt&utm_ campaign=triggered&share_ context=signature_receipt& recruiter=31851652 

 

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 13:25

Communiqué du groupe CRCE

Nous demandons au Conseil d’État la suspension de ParcourSup

vendredi 26 janvier 2018

Le 25 janvier 2018, le groupe CRCE au Sénat a demandé au Conseil d’État la suspension de la plateforme ParcourSup.

Le groupe CRCE organise un recours pour suspendre l’arrêté " PARCOURSUP ", pour défendre les droits du Parlement et le libre accès des bacheliers à l’Université

En forçant l’application de la loi sur la sélection à l’université avant son vote par le Parlement, le Gouvernement prend le risque d’une crise majeure à la rentrée
La ministre de l’enseignement supérieur a pris, le 19 janvier, un arrêté pour la mise en œuvre du traitement automatisé des données collectées par le nouveau portail " Parcoursup" qui remplace APB.

En plus des informations habituelles, ce nouveau portail permet de demander aux candidat-e-s des données sur leur parcours extrascolaire (CV, activités sportives et artistiques, attestations de formations diverses, etc.).
Ces ajouts substantiels modifient radicalement l’objectif du portail qui devient un outil aux services des établissements supérieurs pour sélectionner les étudiant-e-s qu’ils souhaiteraient accueillir. Il constitue sans conteste une application anticipée du projet de loi relatif à " l’orientation et à la réussite des étudiants " qui sera discuté par le Sénat les 7 et 8 février prochains et qui donnera aux universités ce pouvoir de sélection.

Le groupe CRCE du Sénat s’indigne de cette violation flagrante des droits du Parlement auquel le Gouvernement demande de voter une loi qui est déjà mise en application. Cette stratégie du fait accompli révèle malheureusement la fonction d’enregistrement que le Président de la République souhaite assigner à la représentation nationale.

Ce déni de démocratie et cette volonté de mettre en place le plus rapidement des dispositifs illégaux dans la plus totale improvisation mettent en danger les choix des candidat-e-s et de leurs familles.

En responsabilité, le groupe CRCE du Sénat a décidé d’organiser un recours en référé auprès du Conseil d’État pour obtenir la suspension de l’arrêté du 19 janvier 2018 qui met en place le nouveau dispositif "Parcoursup". Il agit ainsi pour contraindre le Gouvernement à respecter les droits du Sénat et pour réaffirmer son attachement au libre accès des bacheliers à l’enseignement supérieur qui est une des composantes majeures du pacte républicain.
Des sénateurs déposent un recours contre Parcoursup 

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2018/01/26012018Article636525427612018416.aspx

 

Peut on mettre en application la loi sur l'orientation avant même qu'elle soit discutée et adoptée ? C'est ce que conteste le groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste du Sénat. Il relève que " La ministre de l’enseignement supérieur a pris, le 19 janvier, un arrêté pour la mise en œuvre du traitement automatisé des données collectées par le nouveau portail « Parcoursup» qui remplace APB. En plus des informations habituelles, ce nouveau portail permet de demander aux candidat-e-s des données sur leur parcours extrascolaire (CV, activités sportives et artistiques, attestations de formations diverses, etc.). Ces ajouts substantiels modifient radicalement l’objectif du portail qui devient un outil aux services des établissements supérieurs pour sélectionner les étudiant-e-s qu’ils souhaiteraient accueillir. Il constitue sans conteste une application anticipée du projet de loi relatif à « l’orientation et à la réussite des étudiants » qui sera discuté par le Sénat les 7 et 8 février prochains et qui donnera aux universités ce pouvoir de sélection". Le groupe CRCE du Sénat "s’indigne de cette violation flagrante des droits du Parlement" et organise un recours contre le texte auprès du Conseil d'Etat.

 

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 13:23
Logement - 6 maires communistes de Seine St Denis en lutte contre les expulsions locatives
Six maires en lutte contre les expulsions

vendredi 26 janvier 2018

Des élus de 6 municipalités PCF de Seine-Saint-Denis (Aubervilliers, Bondy, La Courneuve, Saint-Denis, Stains, Villetaneuse) étaient convoqués jeudi 25 janvier au tribunal administratif pour justifier devant le juge leurs arrêtés visant à interdire toute mise à la rue sans relogement.

Ces arrêtés ne se mêlaient pas de l’expulsion en elle-même mais demande une assurance quant au relogement des personnes expulsées, conformément au droit au logement (Constitution et traités signés par la France).

Verdict prévu le 7 février.

L’Humanité reviens sur cette convocation au tribunal administrative dans l’édition du jour.

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 13:21

Analyse de Isabelle Rey-Lefebvre pour Le Monde

"Macron, le président qui voulait privatiser les HLM"

vendredi 26 janvier 2018

La journaliste Isabelle Rey-Lefebvre a analysé dans le journal Le Monde le projet d’Emmanuel Macron concernant les HLM. Elle définit son projet comme une volonté de transformer les organismes HLM en "entreprise à structure capitalistique, avec des actionnaires".

Elle cerne le projet du président de la République en deux premières étapes : Réduire les aides au logement et les loyers HLM et regrouper les bailleurs sociaux.

"Mais la réforme voulue par M. Macron va bien au-delà et vise « à faire circuler le capital ». Des mots qui ne sont pas anodins et heurtent le monde HLM : « Faire circuler le capital ? On n’en a pas, il n’y a rien à faire circuler ! », s’exclamait, le 10 janvier, Freddy Grzeziczak, président de l’office public de l’habitat de l’Aisne."

Pour Isabelle Rey-Lefebvre, Emmanuel Macron vise un changement radical de modèle économique : "Il s’agit donc de donner une valeur à ce patrimoine dans la perspective de le vendre, ce qui constituerait, selon nombre d’élus de gauche, une atteinte au bien commun. [...] Mais intégrer la vente future d’un logement social dans son plan de financement, donc le montant de son loyer, c’est envisager une cession systématique : un changement radical de modèle économique."

Retrouvez ici l’intégralité de son analyse.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011