Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 18:22
Recomposition politique et sociale - Lutte de classes en France - par Serge Halimi et Pierre Rimbert, Le Monde Diplomatique, février 2019

Recomposition politique et sociale

Lutte de classes en France

Au mouvement des « gilets jaunes » le chef de l’État français a répondu en lançant un « grand débat national ». Ce genre d’exercice postule que les conflits sociaux s’expliquent par des problèmes de communication entre le pouvoir et ses opposants, plutôt que par des antagonismes fondamentaux. Une hypothèse hasardeuse…

Partager cet article
Repost0
21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 18:15
Institutions. Quand le Sénat atteint l’Élysée en visant Benalla
Jeudi, 21 Février, 2019

Le rapport de la commission d’enquête est sévère pour la présidence, dépeinte comme dépassée par les événements et en proie à de récurrents dysfonctionnements.

Comment « tout se déglingue ». On n’attend pas ce genre de langage familier au Sénat, ­surtout pas dans la bouche du ­sénateur Jean-Pierre Sueur (PS). Onctueux, le phrasé soigné, le corapporteur, avec Muriel Jourda (LR), de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla a, en toute fin de présentation, lâché ce verbe. À l’heure de remettre son rapport, la commission des Lois du Sénat a demandé hier des poursuites contre l’ex-collaborateur d’Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, mais aussi la saisine de la justice sur les déclarations des principaux collaborateurs du président. En raison des « dysfonctionnements majeurs » que la commission dit avoir mis au jour, les membres de la commission présidée par Philippe Bas (LR) demandent de saisir le parquet « des déclarations » d’Alexandre Benalla et de son comparse Vincent Crase. Ils soupçonnent un « faux témoignage » d’Alexandre Benalla sur le « périmètre de ses fonctions » à l’Élysée et « son rôle dans le dispositif de sécurité du chef de l’État », mais aussi sur l’utilisation de ses passeports diplomatiques. « L’Élysée nous a d’abord présenté Benalla comme un bon élément, puis, au fil de révélations dans la presse, comme un individu isolé, explique la sénatrice Muriel Jourda. En réalité, il évoluait dans un système dont les dysfonctionnements ont affecté la sécurité du chef de l’État. » Les sénateurs doutent même de l’effectivité des sanctions prises à l’encontre du chargé de mission après l’épisode du 1er Mai. Pas de retenue de salaire, mais sur ses droits à congés, seulement. Il peut le jour même renouveler son passeport diplomatique, obtenir un logement de fonction, et sa relégation à des tâches d’organisation connaît de sacrées entorses : il est de la panthéonisation de Simone Veil, du défilé du 14 Juillet, de la descente des Champs des Bleus le 16, et des déplacements privés du couple présidentiel, soulignent les rapporteurs.

Saisir la justice pour vérifier « un certain nombre d’omissions »

Le rapport de la commission d’enquête après six mois de travaux et 40 personnes entendues au cours de 34 auditions, parfois accablant pour l’Élysée, dessine un palais où « chacun se défausse sur l’autre de la responsabilité ». Il comporte aussi plusieurs révélations. C’est notamment pour avoir, déjà, demandé en vain un permis de port d’armes que Benalla s’est fait licencier par le ministre Arnaud Montebourg. Toujours soucieux de l’obtenir une fois à l’Élysée, Benalla rédige lui-même un argumentaire à destination de sa hiérarchie, envisageant même, en cas d’échec des voies normales, que le président prenne un… « arrêté confidentiel » pour le lui accorder.

Au centre de l’affaire la plus retentissante depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron, Benalla et son associé Vincent Crase, ex-employé de la République en marche, ont dormi en prison mardi soir, après la révocation de leur contrôle judiciaire. Les deux sont en outre soupçonnés d’avoir menti au sujet du contrat de ­sécurité privée pour le compte du Russe Iskander Makhmudov, alors que les révélations du site Mediapart, peut-on lire dans la lettre que les rapporteurs adressent au président du Sénat pour les suites judiciaires, laissent supposer « l’implication de M. Alexandre Benalla dans la négociation dudit contrat alors que ce dernier était encore en fonction à l’Élysée ». Contrat qui fait aujourd’hui l’objet d’une enquête récente du parquet national financier.

Tout aussi explosif pour Emmanuel ­Macron, les commissaires demandent au bureau du Sénat de saisir la justice pour vérifier « un certain nombre d’omissions, d’incohérences et de contradictions » relevées lors des auditions des plus hauts collaborateurs du chef de l’État. Sont nommés le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, et le chef de cabinet Patrick Strzoda, mais aussi le chef du groupe de sécurité de la présidence, le général Lionel Lavergne, soupçonnés d’avoir « retenu une part significative de la vérité » lors de leurs auditions. D’autres, non encore entendus, insistent les rapporteurs, pourraient faire l’objet d’enquêtes.

Le faux témoignage sous serment passible d’emprisonnement

La décision finale de saisir ou non la justice reviendra au bureau du Sénat, un organe où tous les groupes sont représentés. Le faux témoignage sous serment devant une commission d’enquête parlementaire est puni de cinq, voire sept ans d’emprisonnement, rappelle la commission. « Cela fait tout de même beaucoup, si bien que les faits constatés le 1er Mai apparaissent maintenant comme la partie émergée d’un iceberg », résume encore Philippe Bas. Le président de la commission des Lois liste notamment des « sanctions insuffisantes au départ, une justice tenue à l’écart, un permis de port d’armes irrégulier, un port d’une arme par Alexandre Benalla en présence du président de la République ». Mais aussi « non-respect des règles de déontologie sur les conflits d’intérêt, maintien en possession de M. Benalla d’un téléphone crypté, de passeports diplomatiques ou de service qui n’ont pas été récupérés, absence d’instructions données à la police aux frontières de ne pas permettre à M. Benalla de sortir au moyen de ses passeports diplomatiques ou de service ».

Comment « tout se déglingue » ne répond pas à la question pourquoi. Là, pourtant, Jean-Pierre Sueur revient sur l’extrême mansuétude dont a bénéficié l’ex-chargé de mission, dépeint comme autorité que personne ne peut contester à l’intérieur même de l’Élysée. Le genre de propos qui n’éteindra pas de sitôt la rumeur d’une protection venue du chef de l’État en personne.

Lionel Venturini
Institutions. Quand le Sénat atteint l’Élysée en visant Benalla (L'Humanité, Lionel Venturini, 21 février 2019)

Alexandre Benalla: nous sommes face à un gigantesque scandale d'Etat - Fabien Roussel, sécrétaire national du PCF

Nous sommes face à un gigantesque scandale d'Etat (Fabien Roussel)

Faux témoignages, parjures, port d'armes, conflits d'intérêt, fébrilité de l'exécutif, absence de sanctions... Le rapport de la commission d'enquête de Sénat est accablant. La totale impunité dont Benalla et ses compères ont bénéficié est démontrée. Nous sommes face à un gigantesque scandale d'Etat.

L'affaire Benalla révèle de graves dysfonctionnements au plus haut sommet de l'Etat. Elle met en cause Benalla mais aussi de nombreux membres des cabinets de l'Elysée et de Matignon.

Il y a encore beaucoup de zones d'ombre et la justice doit être saisie en urgence pour faire toute la lumière sur cette affaire et pour que des sanctions fermes soient prises à l'encontre de ceux qui ont mis en cause nos institutions.

Cette affaire met en évidence les abus de pouvoirs de collaborateurs de la Présidence et les conflits d'intérêts avec des puissances étrangères.

Heureusement que le Parlement et particulièrement le Sénat a pu mener cette enquête poussée, malgré les pressions. Cela conforte encore plus le rôle des parlementaires dans leur diversité pour qu'ils puissent exercer le contrôle strict de nos institutions.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord

 

Paris, le 20 février 2019.

 

Partager cet article
Repost0
21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 17:40

Tribune de Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH, à lire dans Mediapart

Bien sûr que les insultes essuyées par Alain Finkielkraut relèvent d’une parole antisémite déguisée. A l’évidence, le mot sionisme n’est ici que le cache sexe de l’antisémitisme. Et rien ne peut relativiser cette réalité. Même pas l’ire réactionnaire d’un académicien qui rêve d’un pays fantasmé et propriété des élites, surtout pas le double discours d’un opposant à la colonisation et au gouvernement actuel d’Israël dont la voix ne se fait entendre que lorsqu’il s’agit de défendre Israël, pas plus lorsqu’il s’agit de pointer les incohérences énervées d’un intellectuel qui en 2002 évoquait le souvenir de « la nuit de Cristal » à propos des actes antisémites en France ou, en 2005, à propos de la révolte des banlieues, les « pogroms antirépublicains », pour finir par exprimer sa peur de « l’immigration de peuplement » et du « grand remplacement ».

Qu’Alain Finkielkraut attire et attise la haine ne saurait justifier ni cette haine, ni sa nature raciste et antisémite. C’est la raison pour laquelle, avant de prendre en considération ce qui peut déplaire dans le personnage, les insultes qu’il a supportées impliquent une condamnation sans réserve car, au-delà de l’individu qu’elles atteignent, il s’agit là d’une agression contre le fondement de tout contrat social.

Est-ce une raison pour faire de ceux et celles qui se proclament antisionistes des délinquants ? C’est pourtant ce que souhaitent, paraît-il, une trentaine de députés se sentant, sans doute, soutenus par un président de la République qui a cru bon d’abonder en ce sens et d’introniser Benjamin Netanyahou comme représentant des juifs du monde entier.

Il est vrai que la Cour de cassation a déjà cru bon d’assimiler l’appel au boycott des produits israéliens à une manifestation d’antisémitisme. On attend avec impatience ce que dira la Cour européenne des droits de l’Homme d’une interprétation si extensive du droit pénal français et si restrictive de la liberté d’expression.

Je ne suis pas de ceux et celles qui délégitiment l’existence de l’Etat d’Israël. On peut gloser à l’infini sur les raisons qui ont amené à sa création, sur la catastrophe qu’a représentée cette création pour les habitants chrétiens et musulmans de la Palestine (sauf à nier l’évidence…), etc. Le débat historique n’a d’intérêt qu’en ce qu’il redresse certains mythes (les Palestiniens n’existent pas et sont partis d’eux-mêmes, il n’y avait pas de juifs en Palestine, par exemple) mais il ne résout en rien la contradiction qui perdure depuis plus de 100 ans et qui s’exprime aujourd’hui autour d’une réalité simple et cruelle : une nation occupante d’une nation occupée et colonisée.

C’est pourquoi, j’ai du mal à m’identifier à un débat qui mêlerait anti ou pro sioniste et pro ou anti Palestinien. La seule question qui vaille c’est celle du droit, du droit d’Israël à exister et du droit du peuple palestinien à avoir son Etat. Or, à ce jour, c’est bien la deuxième partie de la proposition qui est niée : ce n’est pas l’existence d’Israël qui est menacée par les Palestiniens, c’est le droit des palestiniens à exister qui leur est refusé par une puissance occupante qui bénéficie d’appuis qui vont de la caution active, j’évoque ici les USA, à une lâche complicité, j’évoque ici l’Union européenne, y compris la France.

Il y aurait donc une certaine incongruité à vouloir légiférer à ce propos alors et surtout que personne ne songe à incriminer ceux et celles, en Israël comme en France, y compris dans la représentation nationale, qui contestent le droit des Palestiniens à avoir leur Etat voire vont jusqu’à nier leur existence !

Renvoyer le débat politique au juge, en deçà des limites qui mettent en cause les principes essentiels, n’a jamais rien produit d’autres qu’une restriction aux règles démocratiques au mieux et une radicalisation mortifère au pire.

Déjà injustifiable, cette criminalisation du débat autour d’Israël et du sionisme est totalement contreproductive au regard des objectifs que lui assignent ses soutiens.

Dire que l’antisionisme ne recouvre pas, chez certains, une manifestation d’antisémitisme serait scandaleusement stupide. La défense des droits des Palestiniens a servi de cache-sexe à bien des pouvoirs et à bien des manipulations. Des régimes arabes qui mobilisent les foules sur ce thème pour éviter qu’elles se préoccupent de leur propre sort, aux pseudos idéologues en même temps qu’antisémites avérés comme Soral et consorts, les Palestiniens ont subi plus qu’à raison cette instrumentalisation. Qu’il faille lutter contre cela, nul n’en disconvient et le code pénal contient suffisamment de dispositions pour condamner quiconque s’aventure sur ce terrain.

Aller au-delà ne permettra que d’interdire toute critique de la politique des gouvernements israéliens.

C’est bien l’objectif recherché dans la tentative de l’IHRA [1] de faire adopter une définition normative de l’antisémitisme. Outre la pauvreté intellectuelle que recèle le texte proposé, ce sont les exemples, en particulier l’un d’entre eux, qui éclairent l’assimilation des critiques que supportent la politique israélienne à de l’antisémitisme. Cette proposition de définition est, en effet, assortie d’exemples de manifestations d’antisémitisme dont celle-ci : « Appliquer deux poids, deux mesures en imposant à celui-ci [l’Etat d’Israël] un comportement non attendu ni exigé de la part d’un autre pays démocratique. »

On ne peut dire plus clairement que ce qui est ainsi recherché c’est l’absolution et l’impunité de la politique israélienne.

Cette tentative, soutenue par le ban et l’arrière-ban des organisations communautaires juives, comme la volonté de criminaliser le discours antisioniste, ne serviront nullement à combattre l’antisémitisme mais, tout au contraire, à le renforcer. En assimilant une manifestation de racisme intolérable à une critique fût-elle radicale, d’Israël et de sa politique, ce sont tous les juifs qu’on assimile ainsi aux errements de celle-ci et, particulièrement, à ce qu’elle conduit à faire subir au peuple palestinien.

Si l’on voulait tirer un trait d’union entre juifs français ou d’autre nationalités et le discours raciste et les pratiques déshumanisantes des autorités israéliennes, on ne s’y prendrait pas autrement.

C’est le chemin que s’apprêtent à emprunter ceux et celles qui caressent l’idée d’introduire la dimension de l’antisémitisme dans la critique des gouvernements israéliens.

C’est le chemin qu’a déjà emprunté le président de la République en invitant Benjamin Netanyahou à la cérémonie du Vel d’Hiv et en y recourant à ce même syllogisme.

Lequel Netanyahou s’est empressé de remercier Emmanuel Macron en réunissant à Jérusalem ce quarteron de gouvernements autoritaires et plus ou moins antisémites du groupe de Visegrad.

Non, critiquer la politique israélienne, réclamer l’application de sanctions devant le refus permanent des autorités israéliennes de respecter le droit international, exiger que les produits israéliens qui arrivent sur nos tables et dans nos magasins ne soient pas issus des colonies, tenter de faire juger les généraux israéliens coupables de crimes de guerre, dénoncer la discrimination dont sont victimes les hommes et femmes d’Israël qui ne sont pas juifs, tout cela n’a rien à voir avec l’antisémitisme.

Cela concerne l’idée qu’il n’y a qu’une seule humanité soumise aux mêmes règles.

Paris, le 18 février 2019

Michel Tubiana, Président d’honneur de la LDH

[1] https://www.holocaustremembrance.com/

18 février – Tribune de Michel Tubiana, président d'honneur de la LDH - Du bon usage de l’antisémitisme en politique - publiée dans Mediapart
Partager cet article
Repost0
21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 17:32
Manifestation contre l'antisémitisme. Agression. Violences contre des militants communistes (Jeudi, 21 Février, 2019, Olivier Morin, L'Humanité)
Agression. Violences contre des militants communistes
Jeudi, 21 Février, 2019

Lors du rassemblement contre l’antisémitisme à Paris, deux participants ont été insultés et frappés à cause de leur engagement politique.

Insultés d’« antisémites », de « sales communistes », menacés et frappés au sol… Deux jeunes militants du Parti communiste français et du Mouvement jeunes communistes de France (MJCF) ne s’attendaient pas à subir de telles violences en se rendant au rassemblement contre l’antisémitisme qui se tenait place de la République à Paris, mardi soir, et auquel appelait notamment leur formation. Les étudiants avaient quitté la faculté de Nanterre en fin d’après-midi pour gagner le rassemblement. Après s’être frayés un chemin à travers les couloirs du métro bondés, ils se positionnent sur la place qui ne l’est pas moins.

Une deuxième salve de coups et d’insultes

Identifiés grâce aux drapeaux et aux autocollants de leur organisation, ils ont été très vite l’objet de provocations. « On nous reprochait de soutenir le peuple palestinien avec un confusionnisme énorme sur la question. Les gens prétendaient que les Palestiniens étaient tous des criminels qui en voulaient aux juifs », décrit l’un d’entre eux. « Je porte un keffieh autour du cou que ma mère m’a offert », raconte-t-il encore. Celui-ci lui sera arraché violemment, « en m’étranglant et en m’insultant », précise-t-il, évoquant le symbole que celui-ci représentait. « Quelques personnes disaient nous soutenir », mais pas suffisamment pour empêcher une deuxième salve de coups et d’insultes. Et, si la police était présente, elle est, selon les victimes, « restée indifférente ». Pire, un des militants rapporte avoir été empoigné et plaqué par un agent, après avoir subi l’agression des participants. L’autre a passé la nuit en observation aux urgences et est sorti hier matin avec cinq jours d’ITT.

Ils ont été agressés « parce que communistes et militants de la cause palestinienne », ont déclaré la fédération du PCF des Hauts-de-Seine et celle du MJCF dans un communiqué, décrivant un « climat de haine largement entretenu depuis plusieurs jours par des irresponsables politiques, qui de nouveau tentent d’associer toute critique de la politique du gouvernement israélien à de l’antisémitisme ». Pierric Annoot, secrétaire départemental du PCF, se souvient des agressions que lui et ses camarades avaient subies de la part de la Ligue de défense juive et du Betar, deux mouvements extrémistes et violents, lorsqu’il militait pour la libération de l’avocat Salah Hamouri, en 2012. Les deux organisations communistes estiment que « la lutte indispensable contre l’antisémitisme ne doit pas être prétexte pour des groupes radicalisés à faire régner la terreur et remettre en cause la liberté d’expression et d’opinion ».

Partager cet article
Repost0
20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 13:19
Elsa Faucillon

Elsa Faucillon

« École de la confiance » : les députés communistes votent contre

mercredi 20 février 2019

Adopté hier par l’Assemblée nationale, le projet de loi "Ecole de la confiance"porté par le ministre Jean-Michel Blanquer entérine l’obligation d’instruction à 3 ans, prévoit de confier des missions d’enseignement à certains surveillants volontaires ou de créer des rapprochements entre écoles et collèges.

Les députés communistes ont voté contre.

"Cette loi, comme la supression de 2500 postes d’enseigants, répond plus aux injonctions de CAP 22 qu’aux exigences d’égalité si nécessaires à une société émancipatrice" dénonce Elsa Faucillon députée dans l’explication de vote du groupe.

Partager cet article
Repost0
20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 13:12
Alexandre Benalla: nous sommes face à un gigantesque scandale d'Etat - Fabien Roussel, sécrétaire national du PCF

Nous sommes face à un gigantesque scandale d'Etat (Fabien Roussel)

Faux témoignages, parjures, port d'armes, conflits d'intérêt, fébrilité de l'exécutif, absence de sanctions... Le rapport de la commission d'enquête de Sénat est accablant. La totale impunité dont Benalla et ses compères ont bénéficié est démontrée. Nous sommes face à un gigantesque scandale d'Etat.

L'affaire Benalla révèle de graves dysfonctionnements au plus haut sommet de l'Etat. Elle met en cause Benalla mais aussi de nombreux membres des cabinets de l'Elysée et de Matignon.

Il y a encore beaucoup de zones d'ombre et la justice doit être saisie en urgence pour faire toute la lumière sur cette affaire et pour que des sanctions fermes soient prises à l'encontre de ceux qui ont mis en cause nos institutions.

Cette affaire met en évidence les abus de pouvoirs de collaborateurs de la Présidence et les conflits d'intérêts avec des puissances étrangères.

Heureusement que le Parlement et particulièrement le Sénat a pu mener cette enquête poussée, malgré les pressions. Cela conforte encore plus le rôle des parlementaires dans leur diversité pour qu'ils puissent exercer le contrôle strict de nos institutions.

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF et député du Nord

 

Paris, le 20 février 2019.

Alexandre Benalla: nous sommes face à un gigantesque scandale d'Etat - Fabien Roussel, sécrétaire national du PCF
Partager cet article
Repost0
20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 08:35

Maryam Madjidi, écrivaine, professeur de Français Langues Etrangères travaillant avec les réfugiés, fille de militants communistes iraniens contraints à l'exil, militante pour le droit d'asile, auteur de "Marx et la poupée", un magnifique roman sur l'exil, son découverte de la France, son rapport avec l'Orient et les illusions de l'orientalisme, et l'engagement de ses parents qui a reçu le Prix Goncourt du Premier Roman en 2017 et le prix Ouest-France Etonnants Voyageurs en 2017, le prix Soroptimist de la romancière francophone 2018 !

Maryam Madjidi qui est candidate en 8ème position sur la liste Européenne de Ian Brossat et du PCF sera l'invitée du PCF Finistère le vendredi 5 avril et le samedi 6 avril. 

Elle donnera une conférence d'éducation populaire le vendredi 5 avril à 18h au local du PCF Morlaix sur sa trajectoire personnelle et familiale, sa vocation d'écrivain, son roman "Marx et la poupée". Elle fera une causerie et des lectures le lendemain en librairies et devrait animer une réunion publique à Brest le samedi 6 avril à 18h sur les enjeux des Elections Européennes, et notamment sur la question de l'Europe face au défi de l'accueil des réfugiés.

A lire aussi:

Maryam Madjidi, auteur de Marx et la Poupée, écrivaine d'origine iranienne, militante pour les droits des exilés, candidate sur la liste Européennes du PCF et de Ian Brossat, sera à Morlaix et à Brest le vendredi 5 et samedi 6 avril à l'invitation du PCF Finistère

40 ans de la révolution islamiste en Iran, la force de la résistance des femmes - 3 livres témoignages d'écrivaines iraniennes ou d'origine iranienne victimes de ce régime liberticide à lire absolument!

Maryam Madjidi - d'une révolution à l'autre, Portrait par Maud Vergnol dans L'Humanité, 15 février
Portrait. Maryam Madjidi, d’une révolution à l’autre
Vendredi, 15 Février, 2019

Prix Goncourt du premier roman pour Marx et la poupée, Maryam Madjidi enseigne le français à des mineurs isolés. Elle s’engage pour les élections européennes aux côtés des communistes.

Elle paraît bien loin la petite fille mutique de 6 ans, exilée en France avec sa famille pour fuir le régime de Khomeyni. Démarche déterminée, regard noir pétillant, rayonnante et volubile : elle en jette, Maryam Madjidi. Le mercure affiche – 3 °C dans la capitale quand la jeune femme de 38 ans, franco-iranienne, arrive à notre rendez-vous. Elle ne décolère pas contre les élus du très chic 16e arrondissement de Paris qui refusent qu’un gymnase du quartier abrite provisoirement les migrants. « On parle de vies humaines, de la survie de personnes qui crèvent de froid dehors… et ces gens pleurnichent sur le sport de leurs enfants ! » C’est le climat autour de l’accueil des réfugiés qui a décidé Maryam Madjidi à s’engager pour les élections européennes au sein de la liste PCF menée par Ian Brossat. L’exil, le déracinement, l’écrivaine en a fait la douloureuse expérience.

« Nous sommes condamnées à la vigilance permanente »

En 1980, depuis le ventre de sa mère, Maryam subit déjà les heures sombres de la révolution iranienne. Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes. Elle, si. Sa mère, enceinte, étudiante en médecine, saute par la fenêtre de l’université pour échapper aux barbus. « Ma mère porte ma vie mais la mort danse autour d’elle en ricanant », écrit-elle dans Marx et la poupée, son premier roman autobiographique, récompensé en 2017 par le prix Goncourt des lycéens. La confiscation de la révolution par les islamistes scelle le destin de la petite fille à naître. « Tu veux être considérée comme une sous-merde parce que tu as un vagin ? » lui demandera sa mère quand, adulte, Maryam projette de retourner vivre en Iran. « J’ai du mal à comprendre comment on peut être une femme sans être féministe. Nous sommes condamnées à la vigilance permanente. Car à la moindre crise économique, politique… tous nos droits durement acquis peuvent être balayés. Le féminisme est en moi, il fait partie de mon identité. » Une identité du tout-monde, construite entre Téhéran, Paris, Pékin et Istanbul. En 1986, parce que leurs vies sont en danger, la famille Madjidi décide de quitter l’Iran, direction Paris. « Ils n’ont pas hésité une seule seconde : la France, c’était la gauche, la patrie des Lumières, du progrès… » Il faut enterrer les livres marxistes au fond du jardin, donner ses jouets aux enfants du quartier. Maryam rechigne. « La mère soupire. Mais, bon sang, qu’est-ce qu’on a fait au monde pour avoir une enfant pareille ! Elle ne pige rien au communisme. » Une poupée comme symbole de tout ce qu’il a fallu laisser derrière soi. C’est dire si Maryam comprend aujourd’hui la détresse des réfugiés, qui survivent dans les « camps » de la capitale. Depuis février 2016, elle enseigne le français à des mineurs isolés. « Je voudrais que les réfugiés puissent marcher dans les rues de France la tête haute, confie-t-elle. Car des personnes qui risquent leur vie pour traverser la Méditerranée… moi, j’appelle ça des héros. » Son père en est un. Pourtant il aura fallu trente-six ans pour qu’il retrouve le goût de la fierté. « Lorsque j’ai reçu le prix, je l’ai appelé le lendemain pour savoir ce que cela lui faisait », raconte Maryam. « Maintenant je marche dans Paris la tête haute », répond-il à sa fille. « Là, j’ai réalisé que, toutes ces années, mon père avait rasé les murs… »

La famille Madjidi arrive en France en 1986, sous Mitterrand. Elle obtient des papiers au bout de deux mois. « Pas inutile de le rappeler », précise amèrement Maryam, à l’heure des « quotas », du « tri » des immigrés et des régularisations au compte-gouttes. Déracinée, la petite fille de 6 ans plonge dans le mutisme, engloutit sa langue maternelle, le persan, qu’elle mettra de longues années à déterrer. Ce monde silencieux, sa mère aussi y a sombré : « À la place des mots, tu souriais. Le sourire qui s’excuse, le sourire gêné de ceux qui ne parlent pas la langue du pays. » Sa longue renaissance, de Paris à Drancy, où elle a grandi, Maryam Madjidi l’a racontée avec tendresse et humour dans Marx et la poupée, où la douleur du déracinement coule jusqu’aux rives du Bosphore, à Istanbul, cette ville qui l’a consolée, où s’est achevée l’écriture, et le début d’une nouvelle vie.

« Il faut que ce pays se réveille. Classer les êtres, c’est du fascisme ! »

« J’ai redécouvert mes racines mobiles. L’être humain est en mouvement permanent. Il faut arrêter avec les identités figées », s’agace la candidate aux européennes, 8e sur la liste. « La France d’aujourd’hui, j’ai du mal à la reconnaître. J’ai un profond attachement à ce pays même si j’ai tendance à dire que ma patrie, c’est la littérature », affirme celle qui, jeune adulte, à Pékin, rêvera du croissant chaud offert par son père, qu’elle avait refusé à 6 ans. « Il faut que ce pays se réveille ! Je n’accuse pas les Français mais les gouvernements successifs d’avoir fait de l’immigration une bataille électorale, de jouer sur les peurs. Classer les êtres, c’est du fascisme ! » Le verbe haut, des convictions solidement ancrées… pourtant Maryam Madjidi ne s’était jamais engagée politiquement jusqu’à présent. « Je ne suis pas militante communiste, mais la période n’est plus à refaire le monde entre écrivains parisiens autour d’un verre de sancerre. D’où mon engagement sur cette liste, que je trouve belle, à l’image de la société française », explique celle dont les priorités demeurent l’écriture et son travail social. « Je sais bien que cet engagement reste symbolique, mais j’y tiens ! » En 2012, de retour dans les rues de Téhéran, un chauffeur de taxi lui confie : « Je vais vous dire quelque chose, ma petite dame, la seule chose que nous avons su préserver, c’est notre poésie, et c’est la seule chose à sauver de l’Iran. » La politique ne devrait pas se passer de poésie.

Maud Vergnol
Partager cet article
Repost0
20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 08:27
Education: la loi Blanquer menace les directeurs d'école (Olivier Chartrain, L'Humanité, mardi 19 janvier 2019)

Ecole de la confiance : "Cette loi, comme la supression de 2500 postes d'enseignants, répond plus aux injonctions de CAP 22 qu'aux exigences d'égalité si nécessaires à une société émancipatrice." - Elsa Faucillon, députée communiste

Introduits par un amendement LaREM, les établissements publics des savoirs fondamentaux permettent de regrouper des écoles primaires sous l’égide d’un collège. Avantage pour le ministère : plus besoin de directeurs et moins de postes à créer.

Toujours les mêmes logiques, toujours les mêmes méthodes au service des mêmes objectifs, dans l'Education comme pour tous les autres secteurs de la société :

- baisser les coûts du service public au lieu de le considérer comme un investissement indispensable à l'équilibre de la société ;

- regrouper, fusionner, pour faire des économies d'échelle, donc en réalité pour éloigner la proximité et favoriser les grands ensembles ;

- spécialiser les établissements pour mieux trier, sélectionner, favoriser la compétition ;

- libéraliser les statuts, les métiers, par croyance aveugle aux règles du privé, du marché...

Ces petits comptables nous préparent une société basée sur le tri sélectif à tous les étages.

Éducation. La loi Blanquer menace l’existence des directeurs d’école
Mardi, 19 Février, 2019

Introduits par un amendement LaREM, les établissements publics des savoirs fondamentaux permettent de regrouper des écoles primaires sous l’égide d’un collège. Avantage pour le ministère : plus besoin de directeurs et moins de postes à créer.

L’agitation identitaire, avec drapeaux et Marseillaise, qui a entouré l’examen de la loi pour l’école de la confiance à l’Assemblée nationale, ne doit pas faire oublier une réalité : ce texte, sur lequel les députés vont se prononcer aujourd’hui par un premier vote solennel, porte une transformation profonde de l’école en France. Il le fait, comme toujours avec ce ministre, en toute absence de franchise, avec force dissimulation et antiphrases – le contre-emploi du mot « confiance » étant le premier terme du lexique de cette novlangue blanquérienne. À cette aune, la création des « établissements publics des savoirs fondamentaux » (EPSF) apparaît comme la mesure la plus marquante, tant par sa portée concrète que par la méthode employée pour l’imposer.

On a parlé d’« écoles du socle » pour désigner cet article 6 bis, qui prévoit le regroupement d’une ou plusieurs écoles sous l’égide du collège de secteur et la direction de son principal. L’expression n’est pas heureuse, car elle crée une ambiguïté entre une visée pédagogique – le « socle » des connaissances que tout élève doit acquérir à la fin du collège – et l’objectif politico-administratif consistant à regrouper des structures scolaires pour faire des économies, quelles qu’en soient, justement, les conséquences pédagogiques, sociales, territoriales…

« Tout ce qui les intéresse c’est de faire des économies »

C’est par le biais d’un amendement, présenté par la députée LaREM Cécile Rilhac, que les EPSF sont entrés dans la loi. « La manière dont les choses se passent est inadmissible, dénonce Francette Popineau, porte-parole du Snuipp-FSU (premier syndicat du primaire). Nous avons voté au Conseil supérieur de l’éducation un texte qui n’est pas celui examiné à l’Assemblée ! » Ce « bricolage » présente pour le ministre un double avantage : éviter l’examen préalable par le Conseil d’État, qui juge de la qualité du texte, et son intégration dans l’étude d’impact, qui doit permettre aux parlementaires, avant les débats, de mesurer ses implications concrètes.

Or, celles-ci sont considérables. Toutes les écoles, rurales ou urbaines, sont potentiellement concernées par ces regroupements qui seront autoritaires, puisque décidés par le préfet et les collectivités locales concernées. Les services de l’éducation nationale ne pourront donner qu’un avis. Quant à la communauté éducative – enseignants, parents, élèves et les divers conseils d’établissement –, elle n’aura même pas voix au chapitre ! « Il n’y a pas de visée pédagogique derrière cette mesure, pointe Francette Popineau, tout ce qui les intéresse c’est de faire des économies. » En effet, ce jeu de regroupement entraînera mathématiquement des fermetures de classes : alors que près de la moitié des écoles françaises comptent entre deux et quatre classes, leur regroupement dans des EPSF beaucoup plus volumineux permettra de respecter au plus près les taux d’encadrement… avec moins d’enseignants.

Économie aussi avec la disparition des directeurs. Car l’EPSF est placé sous l’autorité du principal du collège, assisté d’un adjoint spécifique pour le primaire – un seul, au lieu d’un directeur pour chaque école qui peut, selon les effectifs, bénéficier d’une décharge d’enseignement partielle ou totale. Pour donner une idée des économies réalisables, il y a actuellement en France 5 300 collèges et… 45 000 écoles, avec 45 000 directeurs. Même si tous ne sont pas déchargés, le potentiel d’économies a de quoi aiguiser l’appétit de tout ministre tenté de jouer au « cost killer »…

L’intérêt de l’enfant, dans tout cela, paraît presque un gros mot. Que des minots d’à peine plus de 3 ans aient à accomplir des kilomètres en car par tous les temps pour rejoindre leur classe de maternelle près du collège devenu EPSF, ni le ministre ni les députés qui s’apprêtent à voter pour ce texte n’en ont cure. Qu’il n’y ait plus de directeur au quotidien dans l’école pour assurer l’animation de l’équipe pédagogique, faire l’interface avec les familles, les collectivités locales (voire les forces de l’ordre), impulser des projets au plus près du terrain : soucis vulgaires que tout cela. Avec Jean-Michel Blanquer, le char de l’État passe, la pédagogie trépasse.

Olivier Chartrain
Partager cet article
Repost0
20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 08:06
Tous unis contre l'antisémitisme. Lassana Bathily, héros franco-malien de l'Hyper Cacher en 2015, avec Fabien Roussel, André Chassaigne et Ian Brossat, hier place de la République à Paris

Tous unis contre l'antisémitisme. Lassana Bathily, héros franco-malien de l'Hyper Cacher en 2015, avec Fabien Roussel, André Chassaigne et Ian Brossat, hier place de la République à Paris

Rassemblés contre la haine
Mardi, 19 Février, 2019
Élus du champ républicain et citoyens se sont rassemblés en nombre place de la République le 19 février au soir pour témoigner de leur refus de l’antisémitisme.  
Au milieu de la foule massée sur la place de la République, Marie-France tenait à être présente ce soir là. De confession juive, la jeune femme de 22 ans confie son inquiétude face à la montée des violences antisémites. « Je n’ai aucune autre réponse que d’être là ce soir », souffle-t-elle. Son amie Candice, qui l’a accompagné ce soir, se dit également touchée par le climat de haine qui caractérise les dernières semaines.  Le « front uni » des partis politiques ? Ni l’une ni l’autre ne souhaite le commenter. « Il serait de toute façon mal venu de pas afficher l’unité… », laisse simplement entendre Candice. Parmi les élus de toutes obédiences, à l’exception de ceux d’extrême-droite, Ian Brossat, tête de liste des communistes pour les élections européennes et maire-adjoint de Paris est venu accompagné de parlementaires PCF, dont le secrétaire national du parti et député du Nord Fabien Roussel ainsi que  du président de son comité de soutien Lassana Bathily. Un symbole fort puisque ce dernier est le héros de l’Hyper casher, théatre de la sanglante attaque antisémite perpétrée le 9 janvier 2015. « C’est une réaction salutaire », estime le candidat PCF jaugeant le nombre imposant de participants. « Elle témoigne d’un rejet massif de l’antisémitisme et de toutes les tentatives visant à instiller le venin de la haine et de la division au sein de notre peuple. Devant les membres du gouvernement et un parterre d’élus en écharpe installés sur une scène, Robert tend une pancarte sur laquelle est inscrit « Il n’y a pas de mais ». Le retraité explique : « Dans une telle situation, aucun « mais » n’est tolérable, aucune justification n’est acceptable. Racisme, antisémitisme, sexisme … Il ne faut pas transiger. » Un avis partagé par Samir, kiosquier à Barbès, qui se dit choqué par les violences perpétuées à l’encontre de juifs ces dernières semaines. « Face à la montée du rejet, que ce soit celui du judaïsme, de l’islam ou de n’importe quelle religion, il faut faire front. Dans mon quartier, des gens de toutes confessions cohabitent, en harmonie. Oui, il est possible de vivre ensemble ! »
 
Sur la scène, un rabbin prend la parole : « Le combat n'est pas seulement celui des juifs mais de la France entière. (Ces actes sont) un test de sa dignité et de sa grandeur ». Peu après, c’est au tour du chanteur Abd-Al-Malik de marteler : « C'est important que nous soyons tous là pour dire vive la France unie et débarrassée de ses peurs », avant que des collègiens ne récitent des textes de  Franz Fanon, Georges Moustaki ou encore Simone Veil, particulièrement applaudie. «  Les enfants sont venus ici dire qu'ils reprenaient le flambeau », a souligné Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, à l’initiative du rassemblement. Et si le député Jean Lassalle se félicite de « la conscience du peuple qui rêve d'un printemps, et plus de rivières de sang », le patron de LaRem estime que « Ce ne peut pas être la seule réaction. C'est aussi une bataille culturelle, dans l'éducation, la justice et la police ». Il souhaite notamment «  punir les actes racistes sur internet » au motif que « ça commence toujours par des mots et finit par des actes »..  
 
Malgré des bémols, l’unité manifestée ce soir là n’a pas manqué de toucher Emmanuelle. De religion juive, celle-ci se félicite de la participation massive des Parisiens au rassemblement. « Nous étions seuls après l’hyper cacher, seuls après l’attentat de Toulouse… Aujourd’hui, l’unité nationale contre l’antisémitisme est un soulagement. Mais nous ne nous faisons pas d’illusions : on sait que la violence à l’égard des juifs existera toujours », ajoute-t-elle avant d’écouter avec émotion les paroles de paix lancées au micro par des collégiens parisiens.
 
Au milieu de la foule sombre, trois jeunes hommes ont revêtu le gilet jaune. François, 18 ans, est l’un d’entre eux. « Il était important qu’on soit là. Les violences perpétrées à l’égard des juifs durant les dernières mobilisations ont terni l’image du mouvement. Des actes isolés que la grande majorité d’entre nous condamne sans détour ! » Et si les trois gilets jaunes suscitent parfois quelques commentaires sur leur passage, la plupart des Parisiens présents se félicitent de leur présence. Deux jeunes militants du PCF venus au rassemblement auraient quant à eux été agressés, selon Pierric Annoot, secrétaire départementale de la fédération communiste des Hauts-de Seine qui dénonce « un climat de haine, largement attisé (…) par des de nombreuses déclarations d’irresponsables politiques ».
 
A quelques rues de là, à Ménilmontant, quatre cents personnes s’amassent autour de la place Jean Ferrat qui entoure la bouche de métro à l’appel de plusieurs associations et partis, dont l’union juive française pour la paix (UJFP) ou le NPA.  Au micro, sur une scène improvisée au milieu d’un parterre de fleurs surélevé, les représentants des différentes organisations se succèdent, s’accordant à dénoncer l’instrumentalisation des actes antisémites et affirmant leur combat contre toutes les formes de racisme.  Tous dénoncent « les actes de racisme et de haines » engendrés par un « régime violent et inégalitaire ».
 
Rosa, enseignante installée en France depuis 30 ans, applaudit. S’il était important pour elle de se rassembler contre l’antisémitisme, elle ne l’aurait pas fait n’importe où. Et surtout pas là-bas, à République, où s’est rassemblé ce gouvernement qu’elle trouve « rempli de condescendance et de mépris » à l’égard des citoyens. « Ils ont du mal à accepter que la population ne soit pas fidèle à une image fixe, homogène et qu’elle soit au contraire le fruit de mélanges, qu’elle change sans cesse de couleurs et d’accents », estime-t-elle.
Même constat pour Pasionaria, 64 ans et gilet jaune sur le dos. Cette manifestation Place de la République, ce « bal des hypocrites, des faux-culs », la fait doucement rigoler : « Vous ne voudriez quand même pas que je marche avec un gouvernement contre lequel je manifeste depuis des mois ? »
Comme elle, une trentaine de gilets jaunes sont venus témoigner. « Quand j’entends dire que les Gilets jaunes sont racistes, ça me blesse profondément, témoigne Yannick, 38 ans. Notre mouvement, c’est un panel complet de la société française, avec ce qu’elle fait de meilleur comme de pire », se désole-t-il.
Marie, 60 ans, acquiesce. De passage dans le quartier, elle s’est arrêtée pour discuter avec les autres. « C’est surtout l’instrumentalisation dont ils sont victimes qui m’afflige », s’indigne-t-elle. « Ca et l’amalgame insupportable entre antisémitisme et antisionisme », enchérit Alima, la soixantaine également, qui dénonce « une stratégie du gouvernement » pour faire porter le chapeau à ceux qui souhaitent « davantage d’égalité, et non d’identité ».
 
Amélie Beaucour, Mylène Coste, Audrey Loussouarn et Olivier Morin
Lutte contre l'antisémitisme: Rassemblés contre la haine (L'Humanité, mardi 19 février 2019)
Partager cet article
Repost0
20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 07:53
Dominique Vidal: une poignée de voyous et une loi liberticide (L'Humanité, interview de Julia Hamlaoui, mardi 19 février 2019)
Dominique Vidal « D’une poignée de voyous à une loi liberticide »
Mardi, 19 Février, 2019

Citoyenneté. Après les violences antisémites du week-end, Dominique Vidal déconstruit l’amalgame qui conduit un député LaRem à proposer de faire de l’antisionisme un délit.

Après l’annonce de l’augmentation de 74 % en 2018 des actes antisémites et les violences qui ont émaillé ces derniers jours, quelle est votre réaction face à cette recrudescence ?

Dominique Vidal Il est très important d’être extrêmement intransigeant face à toute manifestation d’antisémitisme et plus généralement de racisme, et en même temps de vraiment garder son sang-froid. Par exemple, le ministre de l’Intérieur a donné ce chiffre d’augmentation de 74 % sans données plus précises nécessaires à un jugement circonstancié. Une bonne partie du caractère spectaculaire de cette augmentation est liée au fait qu’une très forte diminution est intervenue entre 2015 et 2017. 541 actes de violence sont recensés alors qu’en 2015 on en avait plus de 800. Et cela, le ministre de l’Intérieur ne nous l’a absolument pas dit. Il est très important de resituer la réalité de l’antisémitisme tel qu’il est sans l’exagérer ni le diminuer.

Les insultes proférées ce week-end à l’encontre d’Alain Finkielkraut conduisent à nouveau à assimiler antisionisme et antisémitisme. Comment l’analysez-vous ?

Dominique Vidal Pour comprendre ce qui s’est passé samedi, il faut avoir en tête que Dieudonné et Alain Soral, après des années d’incitation à la haine des juifs sans être poursuivis, l’ont été. Pour continuer leur campagne antisémite, ils ont remplacé le mot « juif » par le mot « sioniste ». C’est exactement ce qu’a fait la poignée de voyous racistes qui ont agressé verbalement Alain Finkielkraut. Sauf que ces gens ont une telle haine en eux qu’ils ne peuvent pas réussir totalement une telle opération de camouflage. Sur les vidéos, on entend ainsi très clairement « sale juif », « sale race »… Vous avez donc une poignée de voyous qui insultent, quelques idiots utiles qui se demandent pendant une journée si c’est vraiment antisémite, pendant ce temps-là l’orchestration médiatique fonctionne à plein. Résultat : le président du groupe d’étude sur l’antisémitisme à l’Assemblée nationale annonce qu’il va déposer un projet de loi ou de résolution contre l’antisionisme. On part de quelques cris de haine dans une rue et on finit à l’Assemblée nationale avec une loi liberticide qui, si elle était adoptée, mettrait fin à un acquis très important, l’absence du délit d’opinion en France.

Ce projet du député LaREM Sylvain Maillard prévoit la reconnaissance de l’antisionisme comme un délit. Quel problème pose cette proposition ?

Dominique Vidal Outre le délit d’opinion qu’elle instaurerait, cela pose un problème d’analphabétisme historique. Ceux qui prétendent que l’antisionisme serait antisémite qualifient en fait d’antisémites des millions de juifs de 1897 à nos jours qui ont majoritairement rejeté le projet d’État juif en Palestine. Jusqu’à 1939, 95 % des juifs au bas mot étaient hostiles au projet de Herzl, porté ensuite par la Grande-Bretagne. Les vagues d’émigration d’après-guerre ne sont pas marquées par un choix sioniste mais parce qu’ils n’ont pas d’autre choix. Par exemple, les survivants de la Shoah auraient voulu aller aux États-Unis mais il n’y avait pas de visas. Aujourd’hui, 6 millions de juifs vivent en Israël et dans les colonies et 10 millions vivent ailleurs. Tous ceux qui ne veulent pas y aller sont-ils antisémites ? On en arrive à des analyses ubuesques qui relèvent du surréalisme le plus débridé. C’est un enchaînement de manipulations qui vise à faire taire les critiques dans un moment de radicalisation sans précédent de la politique israélienne. Comme avec cette loi du 19 juillet dernier qui promulgue que « seul le peuple juif a le droit à l’autodétermination en Israël ». Autrement dit, elle instaure un État d’apartheid au sens propre, auquel s’ajoutent plusieurs lois d’annexion qui permettent d’enterrer la perspective des deux États ou encore des lois liberticides absolument impensables en démocratie. L’amalgame entre antisionisme et antisémitisme, justifié par les agissements de quelques poignées de voyous, est le mécanisme privilégié pour faire taire les critiques. Car être identifié comme antisémite, c’est une infamie.

Dominique Vidal

Journaliste et historien spécialiste du Proche-Orient

Entretien réalisé par Julia Hamlaoui
 
A relire aussi l'interview que Dominique Vidal avait donné à Rouge Finistère, le journal du PCF Finistère, en septembre:
Dominique Vidal: une poignée de voyous et une loi liberticide (L'Humanité, interview de Julia Hamlaoui, mardi 19 février 2019)
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le chiffon rouge - PCF Morlaix/Montroulez
  • : Favoriser l'expression des idées de transformation sociale du parti communiste. Entretenir la mémoire des débats et des luttes de la gauche sociale. Communiquer avec les habitants de la région de Morlaix.
  • Contact

Visites

Compteur Global

En réalité depuis Janvier 2011